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— DB raiLOSOPniB CATHOLIQUE, — DES C0!IVERSI05S AU CATHOLICISME, — DESArOLOCISTES IHTOLONT AIRES, —
D*iL0QIIE2ICE CnRÉTIE!l5E, — DE LITTÉRATURE f^., — D^ARCOÉOLOCIE II/., — d'OR!(EME9ITATIOX U.
- D*ARCaiTEGTCRE, DB PBINTURB ET DE SCULPTURE fif., — DE NUMISMATIQUE fif., — D^UÉRALDIQUE td.,
— DE MUSIQUE id,^ — D*ANTHR0P0L0CIE fif., — DR PALÉONTOLOGIE id,^ —
A'iHCRAFMJB fil., — DB BOTANIQUE id., — DE ZOOLOGIE id., — d'eTHHOGRAPAIE, — DBS MA!IUSCRITS, —
DES I5VE1IT10KS ET DÉCOUVERTES. —
DB MÉDECINE-PRATIQUE, — D*ACEI-S1LV1-VITI-ET-H0RTICULTURE, ETC.
PUBUEK
PAR M. L'ABBÉ MI6NB,
ilBIVava MM &A MIM&IOVHACVM «aiVMSSMli&M MO GlbMJIMA.
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DBS CMBM OttMVUnS SUR CMAQOB BBAMCOB DB LA SdBNGB ECCLÉSIASTIQUB.
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SOCSCRIPTEOB A TBL 00 TEL DKTlOmiAIlB PABTICOLIER*
TOMDS QUAHUUITE-DEUXIÂnE.
PICTIONNAIRE D'ANTHROPOLOGIE.
TOMB t'RIQUE.
nix : 8 nuiic^.
S'IMPRIME BT SE VEND CHEZ J.-P. MI6NB , ÉDITEUR,
AUX ATKUBBS CATHOLIQUES, RUE FAMBOIS^ AU PETIT-MONTROUGE ,
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185a
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Imprimerie M1GN£« au Peiit-Montravge«
DICTIONNAIRE
D'ANTHROPOLOGIE
9
OU
HISTOIRE NATURELLE
B£ L'HOMME ET DES RAGES HUMAINES.
AUTODE. PHYSIOLOGIE. PSYCHOLOGIE, ETHHOLOGIE.
aiVUTATIOll Vm THioaUS lUTftmiàUSTES» PAHXHilSTKS, BATIOHAUSTBS, SIC.
PAR L.-F. JEHAN lé.
de la Sodèlé GèologIqM de Pinaee, de rAcidéaile tapim dei Stkmtm de Tirte, eie^ «Mr dei
Hifli— Mifrfi d'AsuoMode, de Pbyaqoe, de Chimie» de Boiaelqae, deZoologle, eie.« eie.
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Salm Aveonn.
La adeeoe la plea iatéreanole et la plat iaportaeie
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Ohlla belle, la noUe deaUeée d'avaaeer to^foert
vefs la perfeetioa aoa Jaaiaia reaeoalrer le tenae
deaes|ffegrèft
PUBUÉ
PAR M. L'ABBÉ MIGNE ,
llMTEVa MB Uà mSBMMWWmÈ/^CE 1J!ll¥ESflaLUB MI CAMICÉ,
NS O91B0 coansis sini cbaoob brahcbe m la sciehcb wcojêmuêjhkbb.
TOME UNIQUE.
PftIX : 8 FRANCS.
S'IMPRIMC ET SE VEND CHEZ J.-P. MIGNE, EDITEUR ,
AUX ATELIERS CATHOLIQUES, RUE D'AMBOISE, AU PETIT -MONTROUGE»
BARitiine n'BxrER pe paris.
1853
'■_ 1
INTRODUCTION.
PUISSANCE, SAGESSE ET BONTE DE DIEU
£tcidiées
DANS LES MECANISMES 0D MONDB ORGANIQDfi
ET PARTICULIEREIBSNT DANS LA STRUCTUBE DU CORPS HUMAIN.
L^escdlenee de lâ*beaiité âppdniicnl à riioinnie«
m c'est comme en admiraUe rejaillissemenl de Fi*
mage de Dieu sur sa face.
L'homme est le Goroplémenl des oeuvres de Dieiu
ei après Tavoir fait comme son chef-d^œiivre, il
demeure en repos.
(BossucT, £//r. $nr lei my$t,)
»
Bans les divers ouvrages que nous avons publiés jusqu ici, sur les sciences physiques et
tiatorellesy nous nous sommes complu à arrêter nos yeux et notre pensée sur le spectacle
de cette nature terrestre, où la puissance et la sagesse de Dieu se déploient, avec une va-»
riété sans Ix>mes9 en chefs-d'œuvre de grâce, de beauté, de perfection, qui confondent ou
ravissent. Sur celte scèfie admirable, nous avons vu que chaque créature a son langage, son
moyen d'expression, pat lequel elle se manifeste et parle à Thomme. La terre parle par
toutes ses productions : le minéral, le végétal, l'animal, parlent par leurs formes, par leurs
mouvements, par leurs qualités et leurs phénomènes. La nature est cet ariire merveilleux
dont il est fait mention dans lafiible orientale : arlirc immense, aux milite cris, aux innont**
brables voii; toutes ses feuilles chantent, et forment en chantant, sous le ciel, un perjié*
Cuel concert d'ineffable harmonie» qui varie selon Tordre des saisons, selon Theurc de la
nuit ou du jour.
Portez vos regards dans les profondeurs des cieus, al»«iissez^les dans la poussière de la
terre, partout vous trouverez la nature se présentant avec une apparence d'infinité, qui est
le caractère propre de son Auteur. Cest un |)alais où le moindre des serviteurs porte la
livrée du prince. \jci% astres dans le ciel> les flots de lumière qui inondent res|>oce, Tinnom^
brable multitude d'êtres qui se meuvent sur noire jtlanèle, les relations qui les
lient harmonieusement les uns aux autres» écrasent de leur volume ou de leur
petitesse, de leur nombre ou de leur distance, Timaginalion do rhmnme; mais la puis*
sance et ia sagesse du Créateur sont présentes parlout; ce qui nous échappe» son œi! le voit,
son gouvernement Temlirassc. Il sait combien d'atomes de lumière remplissent Icspace,
combien de molécules aqueuses sortent du sein des mers et combien y retournent; il sait
le nombre des soleils qui resplendissent dans rincommcnsuralile étendue; il a compté
les êtres de ehaque espèce qu'il devait appeler à la vie; il a vu rinsocto qui, sur un point
imperceptible» est lui-même un point... Il n*y a ]ias d'infini pour Dieu, rien n*est graml,
rien n>st petit pour celui qui est lui-même sans mesure. Etudier ses ouvrages, c'est les
admirer : toute découverte qu'on y fait devient une preuve de ses attributs di\ins. On y
aperçoit en même temps une similitude et une correspondance assez prononcées pour cons-
tater qu'ils sont sortis de la même main, et une diversité assez caractéristique ]K>ur nous
apprendre combien les plinns de l'Ouvrier furent vastes et ses pensées fécondes. Les objets
?es plus uniformes dilTèrcnl p<ir quelque cêté, et ix)urtant l'unité existe : les contrastes sont
DlCT«0?iK. D*.\KTUKOrOI.OGIK, 1
41
fî
niaiiifcslcs, el les rapports j^c'ii6r»iiix ou parlimiliers en déconïcnl. D.ins rctte immeii^u
l.iiri'pjc, cliiitpie iniiivhiii tbriiic tiii loiit, »atvs cesser ti'^lre p(rrli:f K&rmoDiqno de Ico-
drinlile (1).
i)iins (DUS les ôlres il y a niio iik^c, Tidéc qui a présidé à leur cr<^.alion, cl qui est h la
fois îc principe cl la lin de leur existence. La sagesse qui les a formés brille, h travers leurs
phi^nomènes cl dans leur développement, par l'harmonie de leurs parties, par leurs rap-
ports avec les autres existences el avec l'ensemble du monde, cl c'est de celle manière
(|u ils élèvent noire raison jusqu'à l'Etre supérieur qui les a créés el qui les conserve. Mais
luette intelligence, cette sagesse qu'ils révèlent n'çst pas à eux; ils no comprennent pas l'i-
dée qu'ils exprirpent : ce sont des symboles qui ignorent leur signification; ils ne parlent
(]uh l'homme intelligent, ou plutôt celui qui les a faits nous parle par eux 3 il les emploie
comme les lettres et les caractères d'un langage sublime pour se révéler à l'homme, l'hom-
me, caractère le plus saillant, lettre la plus significative de ce monde de jihénomènes. La
science est cette interprétation de la nature qui nous élève, par l'observation des laits cl
des lois qui les régissent, jusqu'au Créateur. Voir, percevoir, concevoir avec ronscienccv
puis exprimer ce qui a été vu, perçu, conçu, pour bénir et glorifier l'Auteur de tous ies
êtres, c'est le propre de la créature intelligente, c'est le rôle de l'iionmie sur la terre.
Ohl que la contemplation de ce magnifique, de cet immense, de ce ravissant système de
bienveillance qui embrasse tout ce qui pense, sent ou respire, est propre h élever, ù agran-
dir notre âme, à balancer, à adoucir toutes les épreuves de cette vie fugitive, à soutenir, h
augmenter notre patience, notre résignation, notre courage, h nourrir, h exalter tous nos
sentiments de reconnaissance, d'amour, de vénération pour cette bonté adorable qui aime
tout ce' qui est, qui ne hait rien de tout ce quelle a fait, qui n'a rien crée\ rien établi que par
amour (2).
Aujourd'hui une nouvelle série de merveilles plus frappantes encore, s'il est j^ossibie,
6'offre à notre contemplation ; nous allons étudier le chef-d'œuvre du Créateur, nous ai ions
parler de rhomme.
L'homme réunit dans l'organisation de son corps les modulations et les concerts les plus
agréables, les courbes les plus ravissantes. La beauté repose sur son visage, la grâce est em-»
preinte dans chacun de ses traits. La noblesse et la dignité respirent dans son attitude et
dBns sa démarche ; les proportions les plus harmoniques &e révèlent dans la forme, la dis*
position et le jeu de ses membres; ses yeux, où brillent une lumière pénétrante, un rayon
tout céleste, ont des mouvements ineffables, et les contours de sa bouche sont dessinés par
le doux renflement de deux lèvres vermeilles où siège le sourire qui répand la joie autour
de lui, et d'où s'échappe, en flots mélodieux, la parole, présent divin, écho de ces voix in-
térieures, l'intelligence, le sentiment, la raison qui constituent notre grandeur et établis-
sent nos véritables titres è la domination de la terre. Toutes les parties de son corps se
rapprochent sans gène et s'agencent avec harmonie. Ses bras l'accompagnent et ne le por->
(1) Parmi tant de créaiurcs terrestres, aquatiques, aériennes, dont se compose le monde animé, pas une
n'a le droit de se croire négligée. Le ciron se repall, et le taurcaa superbe remplil à discrciior. son double
estomac. Quelle variété de mets le gi*and Pourvoyeur élail dune chargé d'apprèler! Ici, il falh^ildes gia-
mens; là, du feuillage; ailleurs, des racines; è tel animal, des chairs; a tel autre, des fleurs. Au milieu de
tant de sollicitudes, la nature suffit à tous les besoins, el, gardienne intelligente; elle conscne ses maga-
sins dans une inépuisable abondance. De même qu'elle assigne à chaque èire son emploi dîreei ou imiirect
dans le système général, de même elle lui indique un genre particulier de nourriture. Si le trèfle avait été
raliment exigé ile tous les quadrupèdes; s'il avait fallu du cbènè ou du jasmin à tons les insoclos, plusieiirs
plantes se fussent trouvées inutiles, et les nulles eussent été dévorées jusqu'à la racine. Qifa fait 1? voh nié
créatrice? En multipliant les espèces dans le règne animal, elle les a «livcrsiiiécs dans le lègne vé^'éinl. Dans
celui-ci, elle a varié les formes et les saveurs; dans celui-là. les goùls el les pcnclianls. Selon Pappéiil on
rimportance des convives, elle les appelle par couples, par centaines ou p:n* nuUiors, à la consommation do
ses richesses. Toujours elle balance les Wsoins par fa quantité, et It-s destructions par des générations
nouvelles. Les espèces sont-elles plus nombreuses qu'il n'entre dans ses desseins ? elle suscite un ennemi
adroit ou puissant pour la débaiTftsser d'une |Nipulat ion superHiie. L«nrs trilms conunencent^'?iles au ccn-
Il aire à s'épuiser ? elle en recueille les restes cpars el les préserve d'une ruine totale, ainsi que le lirent les
Hébreui, pardonnant aux Benjaminltes retirés sur le rocher de Uliimmon, pour que le nom d*un des enfanis
de Jacob ne fiU pas effacé p;u'mi ses frères.
(a) $ap, M, 25.
!3 INTRODUCTION. U
trnl pas. C*est par la moindre portion de lui-même qu'il touche là terre ; il ne communique
avec elle que par un point, comme s'il ne devait la fouler qu'en passant. Il marche, et Ion
sent qu'il va donner des ordres; il s'arrête, et le soU dont sa noble figure se détache, ne lui
sert que comme de piédestal autour duquel les divers animaux se groupent en manière de
bas-reliefs. Cne ligne moelleuse et flexible semble descendre de sa tète à la plante de ses
pieds : Tesprit de vie la parcourt tout entière, circule autour des formes, les anime^ et fait
briller sa teinte carminée à travers une peau diaphane : création merveilleuse où la vigueur
et la grâce naissent l'une de l'autre et s'unissent sans efforts. L'homme a reçu de la nature»
avee les plus belles formes dans son corps» le sentiment de la Divinité dans son coeur, rin-"
telligeQce de ses ouvrages dans son esprit, Tinstinct de Imûnité et de l'immortalité dans ses
« Contemplateurs des œuvres du Tout«*Pui$sant, votre admiration s'épuise à la vue de
ce merveilleux ouvrage. Pénétrés de la noblesse du sujet, vous voudriez en exprimer forte^
ment tontes les beautés, mais votre pinceau trop faible ne répond pas à la Vivacité de vos
conceptions. ^
« Comment, en effet, réussir à rendre avec énergie ces admirables proportiobs^ ce port
noble, majestueux ; ces traits pleins de force et de grandeur, cette tète ornée d*une agréa-
ble chevelure, ce front ouvert et élevé, ces yeux vifs et perçants, éloquents interprètes des
sentiments de l'Ame ; cette bouche, siège du ris, organe de la parole ; ces oreilles, dont la
délicatesse extrême saisit jusqu'à une nuance de ton ; ces mains» instruments précieux»
source intarissable de productions nouvelles ; cette poitrine ouverte et relevée avec grâce }
cette taille riche et dégagée ; ces jambes, élégantes colonnes, et qui répondent si bien à Yé-*
dîGce qu'elles soutiennent; ce pied enfin» base étroite et délicate, mais dont la solidité et
les mouvements n'en sont que plus merveilleux.
« Si nous entrons ensuite dans Fintérieur de ce bel édifice, le nombre prodigieux da
ses pièces , leur surprenante diversité , leur admirable construction » leur harmonie
merveilleuse 9 Fart infini de leur distribution, nous jetteront dans un ravissement
dont nous ne sortirons que pour nous plaindre de ne pas suffire à admirer tant de mer-»
veilles.
« Les os, par leur solidité et par leur assemblage, forment le fohdemetit oti là charpente
de l'édifice : les ligaments sont les liens qui unissent ensemble toutes les pièces. Les
muscles, comme autant de ressorts, opèrent leur jeu. Les nerfs, eii se répandant dans toute
les parties, établissent entre elles une étroite communication. Les artères et les veines,
semblables à des ruisseaux , portent partout le rafraîchissement et la vîe^ Le cœur, placé
au centre, est le réservoir ou la principale force destinée à imprimer le mouvement au
fluide et à l'entretenir. Les poumons sont une autre puissance ménagée pour porter dans
Fintérieur un air firais et pour en chasser les vapeurs nuisibles. L'estomac et les viscères
de différents genres, sont les magasins et les laboratoires où se préparent les matières qui
fournissent aux réparations nécessaires. Le cerveau, appartement de Fâme , est, comme
tel, spacieux et meublé d'une manière assortie à la dignité du maître qui l'habite ; les sen.«,
domestiques prompts et fidèles » Favertissent de totit ce qu'il lui convient de savoir, et
servent également à ses plaisirs et à ses besoins (3). »
Prêtons l'oreille à la voix mélodieuse de Bernardin de Saint^-Pierre :
« Le corps humain offre mille harmonies avec toutes les puissances de Ja nature , mai^
surtout avec celles de la terre. Le paysage le plus varié n'a rien d*aussi ravissant dans ses
forêts aériennes» les groupes de ses montagnes, les sinuosités de ses valloos» les projections
lointaines de ses plaines. Considérez, l'homme assis» couché» debout » dans un ibnd» sui*
une hauteur» vous découvrirez dans toutes ses attitudes et ses positions de nouvelles beautés.
Les artistes, qui le dessinent depuis tant de siècles, trouvent ses formes aussi inépnisablesi
oiie les moralistes qui Fétudient, ses passions ; il semble que son cœur ait autant d*instincts
ûiJérenis que son corps a de muscles. C'est avoir atteint le comble de Fart en tous genres» qud
(3)Ch.
15 INTRODUCTION «6
de savoir rendre ses grâces , ses proportions , les affections variées qui raniment , et tout
son ensemble. Les animaux n'offrent rien de semblable ; leurs facultés, bornées à une
seule industrie, sont enchaînées par la nécessité; leurs formes sont offusquées de poils, de
plumes , d'écaillés ; vous apercevez en eux , non une raison libre , mais des instinct»
circonscrits ; non un corps, mais un vêlement. L'homme seul étend son intelligence à toute
la nature ; lui seul montre sa beauté personnelle à découvert. Les dépouilles de tous les
animaux servent à sa parure, depuis la peau du lion, qui couvre les épaules d'Hercule,
jusqu'aux fils transparents du ver à soie dont se voile Déjanire.
« Viens donc, belle figure humaine, viens et reçois mes hommages; que la terre
reconnaisse en toi son mailre ; parcours-en les monts les plus escarpés et les vallées les plus
profondes, traver$es-en les différentes zones : toi seule, de tous les êtres animés, en as la
pouvoir. Que Targile, les rochers, les métaux, obéissent à tes lois, et qu'ils entrent dans
la construction de ton habitation passagère ; qu'ils figurent ta propre image sous tes mains,
mais que la beauté de cette image disparaisse devant la tienne. O homme l n'admire point
les chefs-d'œuvre des Grecs : l'Apollon du Belvédère n'est que le chef-d'owivre de Phidias,
et toi, tu es celui du Créateur. Fusses-tu contrefait comme Esope , toi seul es digne de ton
admiration. Jamais le marbre n'a palpité : il reçoit au dehors la forme humaine, mais il
reste toujours au dedans sans vie et sans reconnaissance. Pour toi , tu es sensible aux
bienfaits de ton auteur, tu es à toi-même la preuve la plus toucnante de sa providence. En
couvrant la terre de biens , il donna le mouvement de progression à tes muscles pour la
parcourir, mais il t'éleva au-dessus de ta sphère, en te donnant l'idée de lui-même : il a fait
servir ses ouvrages de modèle à ton intelligence ,' afin de t'approcher de lui et de te fair^
connaître que tu étais réservé à de célestes destinées. »
Entrons dans les détails.
r ■ •
^ - r
§1.
Le meilleur moyen de préparer l'esprit à la contemplation du vaste sujet qui nous occupe
et de faire saisir avec évidence cette vérité, qu'i7 y a un dessein dans les ouvrages de la
naturCf c'est de comparer d'abord un objet individuel avec un autre , comme un organe
avec un instrument fabriqué par l'homme. Essayons, par exemple, de comparer l'œil humain
avec une lunette d'approche. Le premier examen nous montre une parfaite analogie entre
l^ deux machines et leur but. Il est clair que l'œil a été fait pour voir, tout comme la
lunette a été faite pour dider l'œil. L'un et l'autre sont faits sur les mêmes principes, et
conformément aux lois qui règlent la transmission et la réfraction de la lumière. Je ne
parle pas de l'origine des lois elles-mêmes; mais ces lois étant déterminées, la construction
des deux machines leur est également analogue. Par exemple, les lois dé la réfraction
demandent que, pour produire le même effet, les rayons de lumière qui passent de l'eau
à l'intérieur de l'œil soient réfractés par une surface plus convexe que cela n'est nécessaire,
pour produire le même effet que ces rayons de lumière produiraient, s'ils passaient de l'air
Clans l'œil. En conséquence, nous voyons que la lentille, appelée cristallin, est beaucoup
plus sphérique dans l'œil d'un poisson ([ue dans l'œil d'un animal terrestre. Quelle preuve
plus évidente d'un dessein peut-on donner que c«tte différence? Comment un mathématicien
ou un faiseur d'instruments d'optique pourrait-il mieux démontrer la connaissance des
lois relatives à la vision, que par une telle application des'moyens au but? ^
> Mais, dira-t-on, comment peut-on comparer un organe qui aperçoit, avec un instrument
qui n'aperçoit point? Le fait est que l'œil et la lunette sont également des instruments,
et que le mécanisme de l'un est parfaitement analogue au mécanisme de l'autre. Observons
quelle est la constitution de l'œil. Pour que la vision s'opère, il faut que l'image d'un objet
se forme dans le fond de l'œil. Pourquoi le faut-il? Comment cette image qui se dessine au
fond de l'œil se trouve-t-elle en rapport avec la sensation produite? C'est ce qu'il est peut-être
impossible de déterminer. Mais ce n'est pas ce qui nous importe dans ce moment. Ici ,
comme dans beaucoup d'autres cas, nous pouvons suivre jusqu'à un certain point la partie
mécanique de l'invention; mais nous arrivons bientôt à la partie qui n'est pas mécanique.
17 INTRODUCTION. fS
el là nous sommes arrêtés. Cela n*empèche poîBl que nous n*ayoDs une certilbde parfaite
de la diose que nous ayons saisie. Il y a cette différence entre un automate el un animal ,
que dans celui-ci, nous suivons la trace du mécanisme qui le fiiit mouvoir, jusqu'à un
certain degré, oH nous sonmies tout à coup arrêtés, soit parce que les parties à observer
deviennent trop subtiles pour nos sens et pour nos instruments, soit parce qu'au delà des
lois mécaniques, il se trouve quelque chose qui en est tout à fait en dehors , et que nous
ne pouvons comprendre; au lieu que dans l'automate, nous remontons jusqu^au principe
de chacun des mouvements qu'il est capable d'exécuter. Dans les deux cas, le raisoniltaient
est également concluant pour toute la partie de Teiamen que nous sommes en état de suivre.
Par exemple, dans le cas» dont il s*agit, c*est une chose certaine, parce que l'observation
et l'expérience la démontrent, que la formation d'une image au fond de l'œil est une
ronditioB nécessaire de la vision parfaite. Tout ce qui peut rendre l'image moins distincte,
aSecte également la vision. La formation de cette image étant donc nécessaire (n'importe
comment) à l'exercice du sens de la vue , je dis que Tappareil de l'œil qui détermine la
formation de cette image, est arrangé exactement sur le même principe que l'appareil du
télescope ou de la chambre obscure. Les instruments sont parfaitement analogues entre eux;
le but est commun, les moyens sont semblables, et l'invention est précisément la même.
Les lentilles de la lunette d'approche , les humeurs de l'œil se ressemblent parfaitement
dans la forme générale, dans la position, et dans la faculté de réfracter les rayons de
lumière de iaçon à les rassembler en un seul point, à la distance requise du cristallin et de
la lentille. Qr dans l'œil , cette distance se trouve exactement calculée afin que l'image se
trace nettement sur la membrane étendue pour la recevoir. Comment serait*il possible ,
dans deux cas si parfaitement semblables, d'exclure l'invention pour l'un des deux , et de
reconnaître que, pour l'autre, rien au monde ne peut être plus évident que l'invention?
La ressemblance des deux choses est encore plus rigoureuse qu'elle ne le parait d'abord.
Les lunettes d'approche étaient imparfaites tant que les lentilles séparaient les couleurs
dans le passage des rayons de lumière, et teignaient les objets, surtout dans les bords, des
couleurs de l'iris. Depuis longtemps, on désirait trouver le moyen d'ohvieràcet inconvénient;
lorsqu'enfin un opticien habile imagina d'analyser avec plus de soin qu'on ne l'avait fait
jusqu'alors, le disposition de3 diverses humeurs du globe de l'œil ; car il y avait eu, dans la
fabrication de l'œil, le même genre de difficulté à vaincre. U découvrit que cet inconvénient
avait été prévenu par la combinaison de diverses lentilles appliquées les unes aux autres,
et composées de substances dont le pouvoir réfracteur était différent. L'opticien partit de
là pour essayer de composer ses lentilles avec des verres de densité différente; et il parvint
à corriger le défaut des lentilles simples, en imitant, au plus près possible, les moyens
employés dans la construction de l'œil. Je demande si le modèle après lequel l'opticien a
travaillé et atteint son but, en employant les mêmes moyens, a pu être construit sans aucun
but {k).
11 y a d'autres points qui ne sont pas d'une ressemblance rigoureuse entre Tœil et la lu-
nette d'approche, mais qui peuvent fournir à la comparaison, parce que la supériorité de
l'œil sur l'ouvrage de Tart est fondée sur les lois qui appartiennent également aux deux
machines.
L'ceil avait besoin de deux propriétés qui n'étaient pas nécessaires au même degré dans
une lunette d'approche. 11 fallait 1* que l'organe pût se prêter aux différents degrés de lu-
mière ; 2* qu'il fût également propre à remplir sa destination, quelle que fût la distance
(4) A mesare que l*art d'observer se perfectioDoe, on découvre de nouveaux sujets d^admiratlon dans
M organes des èlres animés. On peut voir, dans la BibL BriL, vol. IXII {Sciences et Artê)^ p. 5i5, le
Tcsoltat des (^Mervations du chimiste Cbenevix sur les humeurs de Fceil. Dans rϔl du mouUm, la pesan-
teur Médfique de Thumeur aqueuse et de rhumeur vitrée est de 10,090, Feau étant 10,000. L'humeur
cristanine pesé 11,000. Dans rail de rhomme, Thumeur aqueuse et rhumeur vîuée pèsent 10,033, et celle
du cristallin, 10,790. Cooune le volume de Toeil de Fhomme est moindre que le volume de Toeil du mou-
loo, OD peut conjecturer que TAuteiir de la nature a augmente la densité de Tliumeur cristalline, pour
à Forgane sa propriéîë achromatique.
<9 INTRODUCTION. iO
(lo Tobjet, depuis trois ou quatre pouces, jusqu^à plusieurs lieues. Ces diflicultés ne . se
présentaient pas au constructeur de la lunette ou du télescope. Il a besoin de toute la lu*
piière qu'il peut se procurer, et Tinstrumeut n*est point fait pour observer de près.
Cn admirable mécanisme a été employé daqs la fabrication de l'œil , pour pourvoir ^ ce»
deux choses. La pupille, ou le tfou par lequel la lumière pénètre dans l'oeil, a une cons*
truction qui lui permet de se contracter lorsqu'il j a trop de liunière, et de se dilater
lorsqu'il n'y en a pas assez. L'intérieur de l'œil est une chambre obscure, dont la fenêtre
8'ouvr# plus ou moins, pour régler la quantité des rayons de lumière qui pénètrent : cela
se fait sans eQbrt, promptement, et toujours au momeqt du besoin, par le seul effet de ce
curieux mécanisme.
Observoqs ici, en passant, que la pupille de l'œil humain conserve toujours exactement
$a forme circulaire, quelles que soient ses dimensions. C'est une structure extrêmement
^inguliè^e ; et si un artiste essayait de l'imiter, il verrait quMl n'y a qu'une seule manière
de disposer et combiner des cordons ou des fils, pour que le problème se trouve résolu,
c'est'-à-dire, pour que la pupille puisse former un cercle exact, dont le diamètre varie sans
cesse : jor les cordoqs ou Qbres de la pupille ont été disposés précisément de cette ma-^
pière-là.
La seconde difBculté n'était pas moindre. Il existe de certaines lois fixes, dont les effets
^ont calculables, et qui règlent la manière dont la lumière doit se transmettre. Il fiillait
que l'œil fût susceptible d'une certaine modification pour pouvoir toujours rassembler
dans le même point sur la rétine (ou la toile tendue pour recevoir les images) les rayons
qui lui arrivaient de diverses distances, et sous des angles différents. Les rayons qui par-
tent d'un objet très-voisin de l'œil, et qui par conséquent entrent dans cet organe en di«»
vergeant beaucoup, ne peuvent pas être rassemblés par un simple instrument optique de
manière à former une image nette dans le même point où se rassemblent des rayons pres-
que parallèles entre eux, c'est-à-dire, partant d'un objet placé à une grande distance. Il
faut, pour opérer cette réunion, des lentilles plus ou moins convexes selon les distances,
Chaque lentille a son foyer, c'est-à-dire que le point de réunion des rayons qui arrivent
sur sa surface, est à une distance fixe et toujours la même. Mais il faut que le foyer de la
lentille de l'œil se trouve rigoureusement sur la rétine, pourvue l'image de Tobjet soit
pette. Cependant, par les propriétés immuables de la lumière, le foyer se trouve plus loiq
derrière une lentille quand l'objet est rapproché, que quand l'objet est éloigné. Dans les
instruments d'optique, l'on change les oculaires, ou bien l'on rapproche ou on éloigne les
Terres les uns des autres pour obtenir l'efifet désiré, c'est-à-dire une image nette. Maïs
comment cela pouvait-il se faire pour l'œil? Cette question a été un objet de recherches
pour les anatomi^es et les physiciens. La modification qui devait remplir cet objet est
d'une nature si subtile, qu'elle a dû échapper longtemps aux observateurs ; cependant un
pxameq judicieux et persévérant de l'organe de l'œil parait avoir triomphé de ces difficul-
tés. On a enfin découvert que lorsque la vue se dirige sur un objet très-rapproché , il s'o*
père tout i^ la fois trois changements dans la disposition des parties de l'œil. La cornée , ou
Tenveloppe extérieure du globe de l'œil, devient plus convexe ; le cristallin se] porte en
avant, et la profondeur de l'oBil s'augmente. Ces trois changements font varier l'action de
l'organe sur les rayons de lumière exactement au point convenable pour atteindre le but,
p'est-à-dire pour que l'image de l'objet très-rapproché se dessine' nctloment sur la rétine.
La vue se fixe-trelle sur un objet éloigné? la cornée redevient moins convexe, le cristallin
s'en éloigne, et l'axe de la vision se raccourcit (5). Ainsi, à mesure que l'œil parcourt des
objets plus distants ou plus rapprochés, ces changements se font simultanément, sans aucun
effort, avec la promptitude de la pensée, et toujours leur résultat est <Ie poindre nctlcmcnl
iH) Le« causes qui permetleiu à l'œil de s'accommodor aux distances, pcuvf ni êire chorcliros dans dos
mics irès-ilifférenies. On poulies aliribuer aux mouvcinenls de Tiris, au dcf>h«'(?nu»nl du crisl:dliu oi de
a rornée. On trouve, dans la grande Phfitiologie de Haller (l. V, 1. wi), dans rouvraj^e d*()UM«is ri dans 1»
riofogic de Tiévirsinus (l. VI, p. 51!^), Texposc de louU's les hvpolhtsts «pii uni clé imaginées à ce surr.
C
H INTHODUCTIOX, n
sur ia rétioe Tobj^ que nous re^arJo:i.s. Comment pourrail-on dire qu*il ny a |xâni de
dessein U-dedans 7 Les lois les plus mystérieuses de Toplique étaient éridemmeut cou*
nues de celui qui a si menreilieusemeut adapté la disposition des parties de rœil aux lois
îe la transmission de la lumière.
Qbsenrons un eulant qui Yient de uattre , et qui ouvre pour la première fois ses yeux
à la lumière. Que découvrons-nous quand ses paupières se séparent? Nous voyons la partie
antérieure de deux globes transparenls. Si nous analysons ces globes, nous les trouvons cons-
traits et (nrganisés d*après les principes les plus rigoureux de Toptii^ue : princi|)es que
nous suivons nous-mêmes dans la construction des instruments semblables. Nous trou-
vons que ces globes sont parfaitement propres à transmettre, par la réfraction, Fimagc des
objets. Nous voyons qu'ils sont composés de parties différentes, dont chacune a sa desti-
nation. Lorsqu'une des parties a rempli son office sur un rayon de lumière , elle le trans-
met à une autre partie; celle-ci à une troisième, et ainsi de suite. Le sucras de cette av-
tion progressive dépendant toujours de la disposition la plus rigoureusement exacte (ie
chacune des parties de rœil et de leur parfait accord, le résultat final ne s'obtient que par
une combinaison très-variée d'action et d'effets. Et comme cet organe doit s'adapter aux
lois immuables qui règlent la marche de la lumière, comme il est destiné à agir sur les
objets voisins, comme sur les objets éloignés , avec beaucoup de lumière, comme avec pe^
nous trouvons des moyens correctifs ou régulateurs pour tous ces cas.
Dans les machines è mesurer le temps, inventées par Harrison , il existe un régulateur
ou moyen correctif 'des variations de rinstrument, lequel a certains rapports avec les
moyens de correction observés dans le globe de l'oeil. L'artiste a inséré dans son ganie-
temps uo mécanisme qui, au moyen des diverses capacités d'expansion dos divers métaux,
conserve l'égalité de mouvement sous les différentes températures. Cette invention a é\é
re^rJée, avec raison, comme extrêmement ingénieuse. Comment se f ourrait-il qu'une ii^ -
vention infiniment plus ingénieuse encore , mais dans le même genre, fût sérieusement
contestée? Et si le mécanisme de l'oeil est une invention, il y a donc un inventeur.
Ce que nous avons observé jusqu'ici des merveilles de la vision n'est pas tout, à bea«!-
coup près. Chez les différents animaux, l'organe de la vue est modifié de diverses maniè-
res, selon le genre de vie auquel ils sont appelés, et selon les moyens qu'ils emploient
pour se procurer leur nourriture. Ainsi, par exemple, les oiseaux, qui soiil pourvus d'un
bec, ont besoin de voir très-distinctement à la distance ou leur bec peut atteindre. Mais
d'un autre cAté, comme les oiseaux sont appelés à parcourir les airs à «ie jurandes hau-
teurs, leur sûreté exige qu'ils puissent voir jusqu'à un irès-çranJ éloigne nunl ; et, en
particulier, chez les oiseaux de proie, cette faculté est indispensable pour qu'ils puibsir'
se nourrir. En considération de ce besoin, ou ce cette extréJic convenance, l'œil des oi-
seaux est remarquable dans son mécanisme, sous deux rapports. Un cercle osseui, mais
cependant flexible, entoure l'œil. Il gêne l'effet de laclion des muscles dans ics parties la-
térales, pour augmenter d'autant cet effet, quant è l'accroissement de la convexité du globe
dans sa partie antérieure ; afin que l'axe de la vision se trouve proioni;é, et que les objets
très-voisins puissent se peindre nettement sur la rétine. L'autre addition remarquable dans
le mécanisme de l'œil des oiseaux, est un muscle particulier, nommé marsupiumj dont la
fonction est de retirer le cristallin en arrière, afin que l'organe puisse servir à déœuvrii*
les objets les plus distants. C'est ainsi que l'œil des oiseaux peut passer avec facilité de la
contemplation d'un objet très-voisin et très-petit à celle d'un objet placé à de grandes
di^tance3, et cela par des alternatives fréquemment répétées.
La forme du cristallin, chez les poissons, est adaptée à la nature du fluide par lequel la lu-
mière passe jiour parvenir à leur rétine. La convj^iiéJu globe de l'œil e.<t plus graiulo dan«s
les poissons que chez l'homme et les quadrupèdes, | arce que, ce qui intéresse surtout leur
sûreté et leur subsistance, c'est de bien voir à une petite distance autour d'eux ; et comme
leurs yeux sont naturellement très-convexes, l'appareil des muscles correcteurs qui appar-
tiennent au mécanisme de la vision chez eux, est principalement destiné à ap'-atir le giobe
de l'œiL
S5 INTROMICTie^ M
Chez les poissons, Piris ne se contracte pas. Cette différence essentieUe semble proaver
que, dans l'eau, la lumière n'est jamais trop forte pour la rétine des animaux qui y vivent.
L'anguille, destinée à vivre dans la vase, et à frayer son chemin dans îe sable mouvant
au fond des eaux, avait besoin d'un mécanisme particulier qui préservât ses yeux. Ils ont
été couverts d'un voile transparent, mais solide, qui défend l'organe sans gêner la vue.
Peut-on rien imaginer de plus convenable à un animal appelé à ce genre d'existence t
Ainsi, ?^ mesure que l'on compare entre eux les yeux des différents animaux, l'on trouve
qu'il existe un plan général; puisque certaines distinctions ont été appropriées à certains
cas, selon que l'exigeait le besoin ou la convenance.
Lorsqu'on pense à la manière dont un vaste paysage vient se peindre '.tout entier sur la
rétine de ToBil, on demeure confondu d'élonnement de la netteté parfaite de celte minia-
ture, dans laquelle» aucun trait n'est oublié, et où chacun des nombreux objets du tableau
conserve ses proportions exactes et son dessin correct. Un ensemble de six lieues carrées
se irouve réduit à un espace d'un demi«pouce, et cependant rien n'est omis : position, figure,
grandeur, couleur, tout est conservé. Si le paysage est traversé par une grande route, et
qu'une chaise de poste y chemine, l'image de cette voiture met une demi->heure à parcoun
rir sur la rétine l'espace d'uqe ligne ; et cependant le mouvement de la chaise est distinc-i
tement aperçu pendant tout ce temps-là.
La contexture interne de Tœil démontre l'intelligence qui l'inventa; mais tout ce qui
•cntoupo cet organe, et qui concourt ou à en assurer les fonctions, ou à le garantir comme une
partie précieuse et faible, n'est pas moins propre à exciter notre admiration. L'œil est logé
llans une o^^bite solide et profonde, composée de la réunion de sept os différents qui s'en-r
chassent dans leurs lK)rds. Cette orbite est doublée d'une substance graisseuse, singulière-'
ment adaptée au repos comme au mouvement de l'organe. Les cils qui se projettent en
avant dans une direction inclinée, sont comme un avantrtoit, qui garantit l'œil, soit de la
trop grande lumière, soit de la sueur qui découle du front. Mais les paupières surtout pro<-
légeut l'organe avec une facilité, une promptitude, et des effets qu'on ne saurait trop
admirer. 11 serait impossible, je crois, de trouver dans les ouvrages de l'art un seul exem-
pte d'un mécanisme dont le but fût plus évident, et oh les moyens employés eussent un«
utilité plus distincte.
L'œil a besoin, pour remplir sa destination, d'être entretenu sans cesse humide et bril-
lant : une sécrétion est particulièrement destinée à lui fournir une humeur qui l'abreuve
et facilite les mouvements du globe dans son orbite. Le superflu de cette humeur filtre par
les points lacrymaux dans le conduit nasal, puis s'étend sur la membrane interne du nez»
où le courant d'air chaud qui passe et repasse^ans cesse, s'évapore à mesure qu'elle arrive,
Y a-t-il une invention plus véritablement mécanique que celle de ce trop-plein qui, au
moyen de la perforation d'un os, débarrasse continuellement Tceil de l'excédant d'une
Uqneup nécessaire?
Obçervons que cet appareil ne se trouve pas dans les poissons, parce que le globe de leur
C&il est suffisamment abreuvé par l'élément dans lequel ils vivent.
Avant d'abandonner l'examen de l'œil, comme machine curieuse, il convient de dire un
mot de cette pellicule admirablement inventée, qu'on a nommée membrane clignotante et
qu'on trouve chez les oiseaux, comme chez quelques quadrupèdes. Son olficc est de répan-
dre promptement et également sur la surface antérieure du globe, l'humeur lacrymale; de
défendre l'œil des atteintes subites, en laissant pourtant à l'animal la perception de la
lumière, au travers du tissu qui la forme. Il est facile d'observer que cette membrane est
commodément ployéc dans l'angle supérieur de l'œil, et qu'elle remplit son office avec
aisance et célérité; mais ce qui n'est pas moins admirable, quoique plus difficile à découvrir,
c'est que la membrane clignotante se déplie et se replie par la combinaison d'une substance
musculaire avec une substance élastique, qui agissent de deux manières différentes. Dans
la plupart des mouvements musculaires réciproques, le changement de situation est produit
par l'action des muscles antagonistes, dont les uns tirent en avant et les autres en arrière,
}vi l'appareil est différent. La membrane elle-même est une substance élastique, suscepli-
Hc d'un certain degré d'extension, et reprenant ensuite sa forme cl sa position primitives,
** INTRODUCTION. iS
comme une bande de gomme élastique. Cette propriété étant donnée, fl ftUait un moyen
d'étendre ce rideau, lequel ensuite devait se replier par son propre ressort. Pour cela,
rinrenteur de ce voile mobile lui a attaché un tendon, ou W si délié (quoique suffisamment
fort) que lors même que ce fil passe par-devant la pupille, la vue n'en est point obscurcie.
Ce tendon est attaché à un muscle placé dans le fond de l'œil. Lorsque le muscle se con-
tracte, le fil se tend, et la toile couvre l'œil. Au moment où la volonté de contraction cesse,
rélasticité de la membrane la lait replier dans le coin de l'œil. Ce mécanisme est l'ouvrage
d'un artiste qui connaissait les propriétés de ses matériaux, et qui savait bien en tirer
parti.
Ce n'est pas tout. D y a encore quelque chose de bien admirable dans f emplacement et
}es fonctions d'un autre muscle auxiliaire, qui forme un anneau, et au travers duquel passe
le cordon destiné à tirer le rideau. Dn muscle et son tendon qui auraient été placés sur
BOe même direction, comme ils le sont à l'ordinaire, auraient bien pu étendre la mem-
brane s'il y avait eu assez de place pour que la contraction du muscle sufllt à tirer le rideau
tout à fait. 11 aurait fallu pour cela un muscle plus long que l'espace contenu dans le fond
de l'œil. Pour obtenir plus d'effet dans un petit espace, l'inventeur de cette machine a
coudé le tendon, en le faisant passer, non pas sur une poulie fixe, mais sur une poulie
mobile, c'est-à-dire dans un anneau formé par un autre muscle, lequel, se contractant au
même moment que le muscle princiiial, concourt à raccourcir le tendon précisément au
degré convenable.
Il y a une question qui s'est peut-être déjà présentée à l'esprit du lecteur. Pourquoi, se
demande-t^n, l'invenleur de celle merveilleuse machine n'a-t-il pas donné aux animaux la
faculté de voir, sans employer cette complication de moyens ?
Un élément fait exprès pour la vue, qui est réOéchi par les substances opaques, réfracté
par les substances transparentes, et toujours d après des lois invariables ; un organe com-
pliqué; un appareil remarquable par l'art qui l'inventa et l'exécuta : le tout pour produire,
en conformité de certaines lois fixes, une image sur une membrane qui communique avec
le cerveau! Pourquoi ce long circuit? Pourquoi créer la difficulté, pour la surmonter
ensuite? S'il s'agissait de produire, dans l'homme, la perception des objets éloignés, la
simple volonté du Créateur n'y suftisait-elle pas? Là où la puissance est sans bornes, pour-
quoi est-il besoin d'un expédient? Tout expédient est une ressource de faiblesse : il sup-
pose empêchement, gène, uifliculté. Cette objection s'applique également à tous les sens ;
elle s'applique à toutes les fonctions de la vie animale, telles que la nutrition, la sécrétion,
la respiration; elle s'applique encore à l'économie des végétaux, et à presque toutes les
opérations de la nature.
n existe probablement de bonnes raisons de cet état de choses, et que nous ne sommes
point capables de saisir : mais cependant, nous pouvons lui assignei* un motif qui me parait
suffisant pour expliquer cette marche. L^cxîstence, la sagesse et l'action de la Divinité
ne pouvaient être démontrées à des créatures raisonnables par aucun autre moyen que
par révidence de l'invention. C'est en contemplant les ouvrages de la nature, et en médi-
tant les traits d'intelligence dont ils sont remplis, que nous arrivons peu à peu à la connais-
sance des attributs du Créateur. Nos facultés actuelles étant données, ce n'est que sur la
partie de l'invention dans les ouvrages de la nature, que nous trouvons à observer et à rai-
sonner : ôtez la partie de l'invention, et il n'y a plus lieu au raisonnement pour nous. C'est
dans l'invention et la construction des instruments, c'est dans le choix et l'application des
moyens, que l'intelligence créatrice se manifeste. C'est là ce qui constitue l'ordre et la
beauté de l'univers. Dieu a voulu circonscrire par certaines limites les bornes de son pou-
voir; ces limites sont marquées par les lois générales de la matière, telles que la gravité
et l'impénétrabilité, les lois du mouvement, la réflexion et la réfraction, la constitution des
fluides élastiques ou non élastiques, la transmission des sons, les lois du magnétisme,
celles de l'électricité, et probablement d'autres encore que nous ignorons.
La nature adhère à ces lois générales, avec une constance très-remarquable. Le Créateur
ayant un but àalleindre, n'a Dolnt eu recours à des lois nouvelles, il n'a point suspenJu
27 INTRODUCTION. 38
Teilel des lois établies^ il ne les a poiut fait fléchir dans telle ou telle occasion donnée, il a
fait ce que nous venons d'observer en parlant de I'cbII : il a inventé, exécuté, et placé un
appareil correspondant aux lois établies et au but à atteindre. C*est précisément comme si
le Créateur avait travaillé d'après des lois établies par un autre être, et sur des matériaux
qui lui eussent été assignés : il eût évidemment fallu une invention pour former un monde
comme celui qui existe. On peut imaginer plusieurs ôtres subordonnés les uns aux autres.
Ce n'est pas que je prétende avancer cette supposition comme un sfstème de philosophie
ou de religion, mais on peut, sans aucun risque, considérer la création sous ce point de
vue ; parce que si Dieu agit d'après des lois générales, c'est, quant aux conséquences de la
supposition sur notre raisonnement, la même chose que s'il eût prescrit k un autre agent
les lois générales de l'univers. On dit que la matière et l'attraction étant données, en com-
poser un monde était le problème de la création. Cette manière de considérer la chose n'eu
donne peut-être pas une fausse idée.
Nous avons choisi l'œil comme une preuve de l'invention et du dessein qu'on peut re-^
marquer dans la construction humaine. L'œil avait l'avantage de pouvoir se comparer
exactement avec un instrument d'optique. Il est probable que l'oreille n'est pas d'un méca-
nisme moins admirable ; mais nous n'en connaissons pas si bien les diverses parties inter-
nes. Ce que nous voyons cependant avec évidence, c'est que sa forme, soit etterne, soit
interne, annonce un instrument fait pour recevoir les sons. Une fois que nous savons que
le son se propage par les vibrations répétées de l'air, nous voyons que l'oreille est cons-
truite d'une manière propre à recevoir les impressions de ce genre d'action, et à les pro-
pager au cerveau. La conque de l'oreille, ou le cartilage extérieur, est formée en enton-
noir, pour recevoir et retenir les vibrations dont je parle. Chez plusieurs quadrupèdes»,
cette conque se tourne du côté où le son arrive. Les plis et les sinuosités internes de cette
conque sont évidemment destinés à conduire le son dans le tube qui se dirige vers l'inté-
rieur de la tête. Nous trouvons ensuite une membrane déliée, tendue au travers du pas-
sage comme la peau d'un tambour sur un rebord osseux. Nous trouvons une chaîne de
quatre petits os mobiles, et extrêmement curieux, lesquels établissent la communication
butre la membrane du tympan et les nerfs auditifs. Nous trouvons un tube délié, nommé
la trompe d'Eustache, lequel communique avec l'arrière-bouçhe. Ce tube permet à l'air
contçnu dans la cavité du tympan, de sortir et de rentrer, selon que la température change,
ou que les vibrations de la membrane s'exécutent : ce tube a précisément le but et l'em-
ploi des trous qui se font dans les tambours. Tout cet appareil est logé, tout ce labyrinthe
de (évités formées pour la propagation du son, est taillé dans la masse solide de l'os nommé
le rocher^ ou l'os pierreux, le plus dur de tous ceux qui composent la charpente du corps
humain, parce qu'il avait à préserver des prganes précieux et délicats, et que les sons
devaient être fortement réfléchis par ses parois internes.
La communication du son se fait par le moyen de quatre petits os articulés entre eux,
de manière que tous quatre sont mis en mouvement à la moindre vibration du tympan. La
base du dernier de ces osselets recouvre l'entrée d'un canal sinueux qui communique au
cerveau. Les articulations de ces osselets concourent à accroître l'effet des sons sur les
perfs auditifs, parce que les leviers augmentent la force de la vibration, et qu'il n'est point
nécessaire que l'oscillation de la membrane soit considérable, pour que la sensation soit
(iistincte.
Les avantages de la trompe d'Eustache peuvent être démontrés d'après les principes
pneumatiques. Ce conduit délié établit une communication entre le tambour et la bouche.
J-e tambour ne pouvait pas demeurer vide ; car la pression de l'atmosphère aurait rompu
le tympan, et il fallait que l'équilibre fût maintenu. Cet espace ne pouvait pas non plus être
rempli de lymphe ou d'une autre liqueur quelconque; la vibration de la membrane et le
jeu des osselets en auraient été gênés. Enfin, cet espace n'aurait pas mieux pu être rempli
par de l'air qui ne se serait point renouvelé ; parce que sa dilatation par la chaleur, et sa
condensation par le froid, auraient distendu et relâché la membrane du tympan, de ma-
pièrc à gêner ses mouvements, et à empêcher qu'elle ne remplit son objet. Le seul parli
LMKODUCT.OX 90
qui restât, était de fSûre oommuniquer cette eavité avec Tair atmosphérique^ et c est pré*
cisément à cela que sert la trompe d'Eustache.
La membrane du tympao ne se trouve point dans les poissons; ce qui achève la preuve
de tout ce que nous avons dit sur l'invention et le but de Torgane. Cette membrane ne
pouvait remplir son office que par Faction d'un fluide élastique. Cette pellicule mérite
tout Texamen qu'il est possible d'en faire. Son usagç dépend de sa tenêion. La tension
est son état naturel : il fallait pourvoir à ce que cet état se soutint : Finventeur de To*
reille j a réussi en faisant servir le manche du tnarleau (l'un des quatre ossel^^ts) à tendre
plus ou moins le tympan par les muscles qui font mouvoir ce petit os , attaché lui-même
au muscle radié, c'est-à-dire à un muscle dont les tendons partent du centre de la mem^
brane, et s'attachent à l'os qui l'entoure. Everard Home, qui a consigné dans les Transac-
iious philosophiques pour 1800» les résultats de ses observations sur la membrane du tym*
jMuiy croit, et avec vraisemblance, que le muscle radié est destiné à proportionner la ten-
sion du tympan à la force de sons ; mais cette gradation ne saurait avoir lieu si les mus-
cles du marteau ne concouraient à tenir la pellicule habituellement tendue. Il observe
9vec raison que cette manière de Toreille en rapport juste avec les sons est une des plus
belles a[^lications de la force musculaire que nous offre le corps humain : le mécanisme
en est aussi simple que les effets en sont variés.
Une chose qui surpasse toute compréhension, c'est la manière prompte et nette dont
Toreille saisit les sous divers qui vibrent en même temps sans se confondre, en sorte
qu'elle discerne à la fois leur variété et leur unité, comme il arrive à un chef d*orchestre,
dirigeant un grand nombre d'exécutants et de chanteurs. Ici l'art d'écouter parait poussé
au plus haut degré. Qu'on se figure, si l'on peut, des milliers de rayons sonores arrivant à
la fois à la membrane du tympan, inondée pour ainsi dire par des torrents de mélodie et
d'harmonie, et qu'on explique comment tous ces rayons s'unissant sans se confondre, se
croisant sans se gêner, parviennent à déposer dans l'oreille une impression d'ensemble
qui leur correspond, et à exciter dans l'esprit par le sens une perception analogue à cette
impression. Quelle immense multiplicité, et en même temps quelle belle unité 1 Que doit-
ce être que Tâme humaine avec son esprit et sa sensibilité, pour suffire à tout cela, pour
recevoir à la fois tant d'excitations et y réagir? Nous voyons tous les jours ces merveilles ;
nous en sommes les témoins et les acteurs, et il faut toute la puissance de l'habitude
pour ne pas être h chaaue instant stupéfait d'admiration.
SU.
La reproduction de l'animal n'explique pas mieux l'invention de l'œil , ou de l'oreillo^
que la production d'une nouvelle montre, par le mouvement d'une montre existante, n'ex-*
pliquerait l'art et l'intention» dans cette dernière.
Je commence par la fructification des plantes; et je demande si l'on peut douter que U
semence d'une plante ne contienne une organisation particulière. Soit qu'il existe une
plantule, entourée des moyens de se développer et de se nourrir; soit qu'on adopte une
autre supposition, il existe dans un grain de semence une organisation quelconque, dont
doit résulter la germination d'une plante nouvelle. Je demande si la plante qui a produit ce
germe a quelque part à l'invention de l'organisation intérieure de ce même germe ? Pas
plus, ce me semble, que dans la supposition adoptée ci-dessus, la montre n'aurait eu part
h rinveution du mécanisme duquel devait résulter la montre nouvelle. L'inventeur et l'on i
vrier de la première montre, en y insérant un mécanisme dont il devait résulter une s»,
conde montre, a réellement inventé cette seconde : l'action , l'effet , l'usage de celle se-
conde montre sont les résultats du dessein , de rintclligence et du travail de l'ouvrier. Il
en est exactement de môme de la plante et du germe qu'elle produit. L'une et l'autre sont
des machines organisées, des substances passives , lesquelles n'ont point la conscience de
leur mouvement, et n'ont par conséauent ni intention, ni dessein : ce sont des ins^lrumeuls
Si INTRODUCTION. 5f
proprement dits. Si, des semences de végétaux, nous passons à considérer les œufs , nous
verrons que l'oiseau a tout autant, et pas plus de part à la formation de Tœuf, que la plante
à la formation de la graine. La constitution interne de l'œuf est tout aussi bien un secret
pour la poule, que si elle était inanimée. Sa volonté ne saurait changer la couleur d'une
seule plume du poulet qui doit naître. Elle ne saurait prévoir quel sera le sexe de la nou-
velle production ; et , bien Join de savoir choisir et appliquer des moyens dont doivent
résulter certains oflfets, elle ne sait pas même quels seront ces effets. Si la coque de Tœnf
renferme une substance adaptée à la nourriture de l'individu à mesure que le germe avan-
cera vers la vie, ce n'est point la poule qui a préparé cette nourriture, et prévu son usage :
elle n'a rien inventé là-dedans, et pas plus que la plante n'a inventé relativement à l'or-
ganisation interne de la graine qu'eHe a produite. Si Tétat de vie constitue une différence
caractéristique entre l'oiseau et la plante, cette différence est tout à fait étrangère à l'objet
qui nous occupe : l'oiseau est précisément au niveau de la plante relativement au dessein
sur leurs productions. Nous ne trouvons point là cette intention d'un ouvrier relativement à
son ouvrage, celle que nous voyons, par exemple, chez un menuisier qui fabrique une table.
Mais nous avons besoin de trouver une cause qui soit dans le même genre de rapports ,
afin d'expliquer pourquoi les moyens sont adaptés au but , et pourquoi les parties soni fai-
tes les unes pour les autres.
Si nous considérons les animaux vivipares , nous n'observons aucune différence entre
eux et les ovipares, relativement à Tinfluence intentionnelle qu'ils ont sur l'organisation
intérieure de leurs productions. Si nous parcourons l'échelle des êtres animés , nous ver-
rons qu'il n'existe entre eux aucune différence quelconque à cet égard. Quel que soit l'a-
nimal qu'on choisisse pour exemple, il n'est la cause de l'animal produit que dans le même
sens qu'un jardinier est la cause des fleurs qui naissant dans son jardin. Nous examinons
ces fleurs, nous admirons la concordance de leurs diverses parties , et comment il a été
pourvu à leur développement, à leur protection, à leur fécondation , sans avoir l'idée d'at-
tribuer toutes ces choses à l'intelligence et à l'art du jardinier ; sans lui cependant, les
fleurs n'existeraient pas : il a produit la fleur dans le même sens que l'animal donne la
vie à un autre animal. Pour expliquer l'invention, il nous manque toujours un inventeur.
Le père le plus intelligent n'a pas mieux inventé la structure intérieure de son enfant, que
le chêne n'a inventé la structure interne du gland qui en provient.
Une montre peut se déranger ; sa marche peut être sujette à des irrégularités plus ou
moins marquées, sans que pour cela il soit moins évident qu'elle a eu un inventeur, et
que cet inventeur l'a destinée à marquer les heures. Il peut y avoir dans la construction de
cette montre des imperfections apparentes ou réelles , sans qu'on puisse rien en inférer
contre la supposition de l'existence de l'ouvrier qui l'a faite , et de son dessein en la fai-
sant. De même, dans les ouvrages de la nAture, les irrégularités ou imperfections apparen-
tes n'ont aucun poids quand il s'agit de juger si ces ouvrages ont été faits par un être
intelligent.
Si l'on voulait argumenter de ces irrégularités ou imperfections contre les attributs du
Créateur, on pourrait le faire avec une sorte de raison. Mais alors , il ne faudrait pas pré-
tendre conclure de certains faits isolés; il faudrait prendre l'ensemble des ouvrages de la
nature ; voir si les preuves d'intelligence, de puissance et de bonté ne surpassent pas infi-
niment, en nombre et en force , les inductions qu'on peut tirer des irrégularités et des
imperfections que nous observons ; et nous serions conduits à penser que ces défauts ap-
parents doivent se rapporter à certaines causes que nous ne pouvons pénétrer, mais qui
sont étrangères à l'inteHigence, à la puissance et à la bonté de l'Auteur de la nature.
Il peut y avoir dans les plantes et dans les animaux certaines parties dont l'usage n'est
pas connu, et d'autres dont nous ignorons la manière d'agir, quoique nous sentions qu'elles
sont nécessaires. Ainsi , par exemple , nous ne savons pas comment l'air agit sur le sang,
ni de quelle manière cette action a lieu sans le contact immédiat, dans le poumon : cepen-
dant nous voyons qu'une suspension, même très-courte de l'oflice du poumon, tue l'animal.
Nous ne savons point comment il se fait qu'un dérangement dans le système lymphaliiue
SS INTRUDUCTIOM. 9»
soit accompagné des plus graves inconvénients pour la santé ; car nous ne savons nous
rendre compte de l'emploi de la lymphe dans l'économie animale. L'usage des thymus et
de !a rate n'est pas encore bien constaté. Le nombre des opérations inconnues, en physio-
logie , diminue graduellement. Il n'y a pas d'année qu'il ne se fasse quelque découverte
sur l'économie du corps humain ; et il viendra peut-être un jour où les connaissances ac-
quises sur cette science ne laisseront aucun doute sur la manière dont chaque partie con-
court aux fonctions nécessaires à la vie, et est, par conséquent, indispensable au maintien
de l'individu, et à l'accomplissement du but de son existence.
On nous répond que tout objet matériel doit avoir une forme quelconque , et quil n'y
avait pas de raison pour que les objets soumis à nos sens eussent une autre forme que celle
qu'ils ont. Appliquons ce raisonnement à Torgane de l'œil.
11 fallait, nous dit-on , que ce vide qu'on appelle l'orbite de l'œil fût rempli d'une subs-
tance animale. Ce pouvait être un os, un muscle, une membrane, un cartilage. Mais le ha-
sard a fait que cette substance, au lieu d'être opaque comme toutes les autres parties du
«orps, se trouve transparente, et composée de trois lentilles de densités diverses. Derrière
ces lentilles est une membrane noire (la seule dans tout le corps de l'animal qui soit sans
couleur), laquelle se trouve placée à la distance précisément indispensable pour que les
objets extérieurs viennent s'y peindre d'une manière distincte. Le hasard a encore plac^
an nerf qui établit la communication entre cette membrane et le cerveau , et sans lequel
limage serait en vain produite, puisque la sensation n'existerait pas. Mais cette heureuse
conformation n'a pas été le partage d'un individu privilégié : toute l'espèce a eu le même
bonheur ; des milliers d'espèces diverses ont été également favorisées du hasard ; et cela
uniquement parce qu'il fallait bien qu'il y eût quelque substance animale dans les cavités
qu'on nomme les orbites de l'œU. Le fond de cela est trop absurde pour comporter un rai-
sonnement suivi. , X. •
On a cru donner quelque force à ce raisonnement en observant que lorsqu une fois un
événement s'est réalisé, il est inutile de discuter la considération des chances qui 1 éloi-
gnaient : la considération des chances conserve toute sa force lorsqu'il s'agit d'examiner si
une organisation imitative, et utile, peut être le produit du hasard.
Essayons de raisonner d'après l'expérience, et voyons ce que le hasard fait pour le monde
matériel Relativement au corps humain, le hasard produit certaines difformités, certains
accidents : il peut donner une loupe, une envie, une verrue; mais produire un œil, c'est ce
que jamais on n'a vu. Dans les substances inanimées, ou voit se former des pétrifications,
L stalactites; on voit se réaliser certains accidents de formes : mais on n a jamais vu
Litre du hasard, une machine telle qu'une montre ou un télescope, ou même un corps
organisé quelconque dont les parties soient disposées relativement à un but utile. Jamais
une telle machine ne s'est réalisée sans qu'il y ait eu une intention.
On prétend encore résoudre les difficultés en faisant intervenir le hasanl d une au re
«.«i"è?e TOUS les corps organisés que nous voyons, dit-on, sont le résidu du travail de
chances pendant une suite infinie de siècles. Des millions et des ">«'«»;^;^^»"^^f »
de formes diverses ont péri, et n'ont pas pu constituer une espèce, parce que leur forme et
leur organisation les rendaient incapables de se conserver et de se rep-oduire
Cette conjecture ne se trouve justifiée par aucune des analogies de a nature. Nou^ na
voyons point que la nature fasse des expériences semblables; nous ° observons 1 action
d'aucune force qui tende à produire de nouvelles espèces, et nen ne nous conduit à con-
LturTcme dans des temps antérieurs à nous, la nature ait jamais fait des essa^ sembla-
Cno^ imagination p'eut nous représenter une multitude ^^^^m^^'^le éefor^^
„ou;elles, soit^ur les animaux, soit pour les végétaux. 11 y «^^ P»«f ^ J^f «"^Z"''
Mrmi les végétaux , pour la création de nouvelles espèces et variétés de plantes. Si la na-
ure faisait des essais en créations nouvelles, nous verrions se réaliser les êtres fantastiques
que l'imagination des poètes a inventés ; ou bien, si l'on prétend que de tels êtres seraient
en dehors des possibilités de la vie et de la reproduction, nous aurions dû voir, au moins,
des races entières dont l'organisation eût été différente, dans les choses qui n intéressent
pas essentiellement la vitalité. Ain^i, par exemple, nous aurions vu des nations qui nau-
SS lNTnODtJCtlOiN< 36
raient eu que quatre doigts aux pieds ou aux mains ; ues races qui auraient été dé|X)urvues
du sens de i*odorat ; des peuples entiers qui n'auraient eu qu'un œil, ou qui auraient été dis*
tingués par' telle autre variété de conformation qu'on veuille imaginer. Nous pouvons
nous flgurer une espèce quelconque, modifiée de mille et mille manières» toutes compa*
tibles avec l'existence, la conservation et la reproduction. Si nous appliquions ces suppo-
sitions à toutes les espèces et variétés connues des animaux et des plantes» le nombre des
espèces et variétés nouvelles serait hors de tout calcul. Mais il est impossible de donner
une bonne raison qui ait empêché ces espèces et ces variétés d'exister, ou qui explique
pourquoi elles sont anéanties.
L'hjpothèse [que nous examinons établit que, dans un temps ou dans un autre, toutes
les variétés possibles ont existé, et que le monde que nous voyons n'est que le résidu de
ees diverses existences ; mais cette supposition me parait exclure nécessairement un plan
ordonné comme celui que nous offre la nature. La division des corps organisés en animaux
et en végétaux; la distributiou en genres et en espèces : tout cet arrangement méthodi-*
que qui n'est nullement arbitraire, mais qui dépend des caractères essentiels imprimés
aux substances, exclut nécessairement la supposition que le monde matériel soit le résidu
d'une variété indéfinie de diverses existences produites par le hasard, car celui-ci n'admet
point la possibilité d*un plan..
Que penserions^nous d'un homme qui, parce qu'il n'aurait jamais vu faire un moulin^
une montre, un télescope, une machiné à vapeur, et parce qu'il ne saurait pas comment
ces choses-là peuvent se faire, nierait qu'il y eût eu un inventeur et un ouvrier ; mais qui
prétendrait, au contraire, que les matériaux de ces constructions ayant été modifiés par l&
hasard en toutes les variétés possibles de formes et de combinaisons, les machines qui res«
tent sont le résidu de toutes celles qui ont existé, et que les magasins qui contiennent des
machines ont contenu une fois toutes les variétés imaginables de machines bonnes ou
mauvaises, utiles ou non utiles? Or cette hypothèse est précisément celle dont je viens do
parler.
On a essayé de contester la conséquence que nous avons tirée de l'intelligence et de l'in^
vention que Ton trouve dans l'organisation des corps, en disant que les parties de ces ma^
chines animées n'ont pas été faites dans un certain but ; mais que le but a résulté de l'arran^
gement des parties. Cette distinction n'est pas intelligible. Un ébéniste frotte son bois avec
de la peau de chien marin; mais ce serait bien abuser des mots que de prétendre que la
peau de chien marin est rude afin qu'on puisse s'en servir à polir le bois d'acajou. Ce rai-
sonnement revient à dire qu'un menuisier se sert de ses instruments parce que le hasard a
fait que la scie, le rabot, le ciseau, sont précisément ce qu'il lui faut pour couper et polir
le bois; et que ces instruments s'étant trouvés fabriqués sans aucun dessein pareil, il a
imaginé de les appliquer à son travail.
Mais l'absurdité du raisonnement devient de plus en plus palpable lorsqu'on essaie d'en
faire l'application aux organes de l'animal dont le jeu ne dépend en aucune manière de sa
volonté. Est-il possible de soutenir sérieusement que l'œil ait été fait sans aucune intention
relative à la vue ; mais que l'animal ayant découvert qu'on pouvait s'en servir pour voir,
s'est avisé de l'employer à cet usagé? La même chose peut se dire de l'oreille et des autres
organes des sens. Aucun des sens ne dépend du choix de l'animal, ni par conséquent de sa
sagacité et de son expérience. C'est l'impression qu'ils reçoivent des objets extérieurs qui
constitue leur usage. L'animal est passif sous le rapport de la véritable acception du mot qui
désigne un de ses sens.
Cette solution n*est pas plus satisfaisante quant à l'emploi des parties du corps sur les-
quelles la volonté de l'animal exerce plus d'empire. Les dents sont-elles destinées à mAcher,
les mains à saisir, les jambes à marcher? ou bien l'homme a-t-il imaginé d'employer ces
instruments à ces différentes choses, parce qu'il les y a trouvés propres?
La partie un peu raisonnable de ce système, la voici : l'organisation paraît déterminer
)es habitudes de l'animal et le choix de sa manière de vivre. Mais qu'on y prenne garde, et
Ton verra qne les habitudes ainsi déterminées sont toujours favorables à l'organisation
eljc-mémc; or cela n'arriverait pas si les diverses organisations des animaux n'avaient pa^i
S7 INTRODUCTION. jg
été înTenlées et disposées poar se IrouTer en rapport avec les substances dont ! aninial
est entouré. Le canard nage, dites>Tons, parce qu*il a les pieds palmés : mais à quoi lui
senrirait cette membrane oui réunit les doigts de ses pieds, s'il n j avait point d eau dans
laquelle il pAt nager? Avec son bec fort et crochu , ses pieds armés de griffés aiguës,
Poiseau de proie se trouve, dites-vous, naturellement conduit à vivre de lacbair des oi-
seaux qull a pris; d'autres oiseaui ayant uu l>ec faible et des pieds propres à gratter !i
ferre, se trouvent forcés de vivre des grains et des insectes qu*ils découvrent sur le $0*
Mais à quoi serviraient les serres du faucon et le i>ec des granivores, s*il n'y avait ni suos
tances animales à déchirer, ni grains à mander? Le pic pourvu d'un bec fort et pointu, d'ube
langue arrondie et prolongée, s'est avisé d'aller chercher les insectes derrière 4'éeorce
pourrie des vieux arbres, et d'étendre sa langue comme un appAt pour attirer les fourmis r
mais s'il n'y avait point de fourmis et d'insectes, cette organisation particulière lui serait
inutile? L*abeille porte une trompe qui détermine l'insecte ailé à chercher le miel dans lu
calice des fleurs : mais s'il n'y avait point de miel à tirer des fleurs, la trompe serait inu-
tile? En un mot, si les facultés des animaux avaient été répandues sur eux au hasar.l et
sans aucun rapport avec les objets qui sont à leur portée, ces facultés ne leur seraient
d^aucun service. Mais puisque ces rapports existent, il y a donc un plan, un ensemble, une
intention.
EnCn ce raisonnement des naturalistes tombe par lui-même, si l'on veut Tappliquer aux
plantes. Les différentes parties des végétaux remplissent leurs fonctions et leur destination,
sans qu*il existe en elles ni choix ni volonté.
Quelques raisonneurs ont prétendu que les phénomènes de la nature devaient être at-
tribués à ce qu'ils ont appelé un principe d'ordre. Mais on n'a jamais expliqué ce que pou-
vait £tre un principe d'ordre, sans un créateur intelligent. L'ordre ^^^^^ V^^ 1^ concours
des moyens vers un but : le principe de l'ordre est donc l'intelligence qui détermine ce
concours. Il n'existe aucune analogie qui finisse nous faire concevoir un principe d'ordre,
d'une autre manière que celle-là. Nous n'avons jamais rien vu qui justifie la supposition.
Fne montre a-t-elle jamais été produite par un principe d'onire? Et pourquoi pas aussi
bien une montre qu'un uni?
D'ailleurs il y a une observation toute simple et qui démontre de plus en plus l'absurdité
de l'hypothèse : c'est que l'ordre n'existe que là où il est utile. Nous voyons que dans la
structure de l'œil l'ordre le plus exai:t est employé ; mais dans la forme des rochers, des
montagnes, dans les lignes qui bi»nJent les fies, les liaies, les continents, nous ne voyons
aucune trace de régularité et d'orire. Il u*y aurait eu aucun but utile dans le soin de
façonner les montagnes en solides réguliers, et de dessiner les terres en compartiments
symétriques.
On a essayé encore d'attaquer les preuves que nous offre la nature, de l'existence d'un
agent intelligent^ en insistant sur notre ignorance et la faiblesse de notre cocception.
Qu'importe que nous ne puissions tout comprendre, si nous comprenons nettement le ra})| on
de certains moyens à certain but? Faudra-t-il que nous expliquions l'usage de toutes ies
parties du corps humain, pour pouvoir croire à l'utilité d'une seule? Faudra-t-il que nous
nous rendions compte de l'usage de la rate, [»ar exemple, avant de croire que Tœil soit fait
f)Our voir? Et, pour ne parler que du même organe, lorsque nous aurons bien compris
comment les rayons de lumière se réfractent par les humeurs de l'œil, et comment les
images des objets se peignent sur la rétine, faudra-t-il renoncer à croire que Tœil soit fait
pour voir, uuiqueuient parce qu'il y a dans cet organe certaines fibres dont nous ne compre^
non« pas l'usa^e^ Il vaudrait autant douter que le télescope soumis à notre inspection fât
un instrument d'optique, parce qu'il y aurait une vis, ou une coupelle dont cous iznore-
rions l'usaze.
Lorsqu'il n'existerait dans l'univers physique aucun autre exemple d'invention que l'œil,
cet exemple suffirait à la conclusion que nous en tirons, savoir : l'existence d'un Créateur
intelligent. On ne pourrait pas y échapper. 11 serait impossible d'expliquer la chose j ar
ancnne supposition qui ne contredit tous les principes que nous avons sur l'existence des
cbase«: principes d'après lesquels le vrai et le faux se démontrent. par l'expérience, toutes
59 INTRODUCTION; W
les fois qiie rexpérience est applicable. Les diverses parties de l'œil, tout l'appareil que
nousavon« examiné, montrent une invention et un dessein si manifestes, un résultat si juste
et si parfait, que les seuls phénomènes de cet organe ne laisseraient pas lieu au moindre
doute. Si tout le reste de la nature était obscurité et confusion, cet exemple ne serait pas
moins valide et concluant. Quand il n'existerait dans le monde qu'une seule montre, il n'en
serait pas moins certain qu'elle a été faite par un ouvrier. Il en est précisément de même
des preuves de l'action divine. Chacune de ces preuves n'est point une conclusion placée
à l'extrémité d'une longue chaîne de raisonnements ; elle naît de chaque exemple soumis
à notre observation ; elle est complète pour chaque cas; une fois que le dessein nous est
démontré, et que nous voyons la structure et l'arrangement des parties concourir vers un
but, l'intelligence de l'ouvrier est évidente pour nous ; d'autres observations peuvent bien
corroborée, mais aucune ne peut altérer cette preuve.
5 1ÎL
Toutes les parties qui composent l'animal ou la plante procèdent également d*une iiitel*
iigence inventive; mais les lois d'après lesquelles ces diverses parties concourent au but*
ne sont pas également bien entendues. Par exemple , nous ne comprenons point quelle
est la cause de la contraction d'un muscle, soit que cette contraction dépende de la volonté
ou de quelque irritation. Nous ne savons de quelle nature est le principe du mouvement
musculaire. La substance qui y est employée est-elle solide, fluide, gazeuse, électrique^
ou diGTérente de tout cela? Dans les machines que nous faisons , nous ne saurions imiter
le mouvement musculaire. Les phénomènes prouvent son existence : c'est tout ce qud
Rous en savons. Une fois ce principe de mouvement admis , nous comprenotis la disposi-
tion des diverses parties du corps, pour l'exécution des divers mouvements nécessaires^
aussi bien que nous pouvons comprendre le mécanisme qui fait mouvoir une marionnette i
leur disposition et leur action réciproques sont mécaniques.
Nous sommes obligés quelquefois de donner des noms à des choses inconnues, nous ap^
pelons donc influence nerveuse cette force , ce principe, cette action, qui fait que le muscle
se contracte : ce principe n'est pas mécanique. Nous observons l'effet, mais le moyen nou^
échappe.
L'obscurité dans laquelle nous sommes relativement à l'origine du mouvement muscu->
laire n'empêche pas que nous ne puissions suivre tous les phénomènes de ce mouvement ^
et les rapporter à des lois fixes et connues. Nous voyons d'abord que le muscle est cons»
truit de manière que son renflement momentané dans sa partie la plus épaisse raccourci*
les tendons. Nous voyons ensuite que les muscles sont en nombre prodigieux, et que leurê
positions respectives se prêtent à une étonnante variété de mouvements. Nous découvrons,
en troisième lieu, que chaque muscle est admirablement disposé pour l'objet particulier
auquel il est destiné , c'est-à-dire , pour mouvoir les diverses parties du corps dans untf
certaine direction, puis pour laisser agir d'autres muscles qui changent ou modifient cell^
direction. Tout ce système se trouve conforme aux lois connues de la mécanique : il csi
soumis à notre inspection et à notre intelligence, tout comme le système des mouvemeiili
d'un automate.
Supposons que l'automate ait pour principe du mouvement , le magnétisme; il sera un
objet de comparaison très-propre à nous faire sentir la distinction établie entre les partie»
et fonctions mécaniques , et celles qui ne le sont pas. Nous n'en savons guère plus sur la
nature de l'émanation magnétique que sur celle du fluide nerveux ; mais , une fois l'action
du magnétisme supposée, nous pouvons suivre avec une certitude parfaite le mécanisme
dans loates ses parties. Nous voyons la suite des leviers, les roues, les engrenages, les fils,
par lesquels le mouvement se communique jusqu'aux doigts de l'automate. Nous aviserions-
iit/U^^CL douter de l'application des lois de la mécanique, dans cette figure mouvante, par la
raison que nous ne comprendrions pas les lois el l'action du magnétisme? non, assurément.
41 i>iTuoi)trTio:^. i%
Il en est ciaclcment <Jc môme de la structure et des mouvements du corps huoiaiii, dans
lequel nous ne comprenons |ias les lois et Taciion du fluide neri-eux.
Il j a, dans la physiologie , beaucoup d'autres phénomènes que nous n*entendon.s pcxs.
L*îrrital>ilité» le mouvement volontaire, ie principe de vie, celui de la sensation , celui de
la clialeur animale, etc., sont autan', de mystères c|ue nous ne pouvons pénétrer ; mais la
partie mécanique du corps et de ses monvemenls est complètement soumise à notre exa-
men et à notre intelligence.
Cette machine , qui se meut par une force inconnue, nous démontre tout aussi claire-
ment rintelligence et rinvenlion de Touvrier qui Ta faite, que Texamen d*une machine
ordinaire puisse nous démontrer rintelligence de Phomme qui Fa construite.
11 y a« dans la constitution des corps animés, une partie qu'on peut appeler îe syslèmo
chimique des corps. Nous ne pouvons pas embrasser tous les détails, et nous rendre crjnipte
de tous les phénomènes de cette partie chimique, parce que nous ne sommes |)d$ suflTisam-
ment habiles dans cette science ; mais nous en savons assez pour voir netlenienl rinv(*n-
tionet l'application des moyens au but, dans tes procédés chimiques des fonctions vil«ile5.
Far exemple» le suc gastrique, ou la liqueur qui fait digérer les aliments dans resloraac,
est le menstrue le plus actif et le plus universel. On ne peol voir sans étoimemeut la variété
de différentes substances que ce menstrue réduit en une pulpe ou mucilage uniforme, dans
Testomac de Thomme , et dans un temps très-court. Il attaque et dissout la texture de
presque tontes les substances qu'on lui soumet. L'altération que ces substances subissent
est d'une nature différente de celle qui résulte des dissolvants employés en chimie; et la
plupart des dissolvants que nous employons n'agissent que sur un petit nombre de subs-
lances. Lorsque Ton considère Tuniversalilé d'action de ce menstrue , et que Ion réfléchit
que ce dissolvant se reproduit sans cesse par Faction de l'estomac lui-même , on trouve
qu'il a été bien nommé le miracU chimique de la nature animale.
Nous ignorons la composition de ce fluide et la manière dont il agit : nous ne pouvons
pas assimiler exactement ses opérations à celles de l'art du chimiste, comme nous pou-
vons assimiler les opérations mécaniques du corps humain à celles du mécanicien. Cela
lient à l'imperfection de nos connaissances chimiques. Nous viendrons peut-être à com-
poser un dissolvant semblable au suc gastrique ; nous saurons peut-être un jour de quels
principes chimiques dépend son efficacité, et de quelle action dans le corps humain déiive
La perfection de ce suc pour l'objet auquel il est destiné; mais cet objet est évident pour
nous, malgré notre ignorance. Sa reproduction continuelle , ses propriétés , le lieu qu'il
occupe, sa prodigieuse efficacité, sont des fiaits qui nous démontrent que les moyens ont
été appliqués à un but avec intelligence.
Une autre fonction animale infiniment curieuse, et dont la marche est d^une analyse bien
difficile, c'est la sécrétion : elle est à demi chimique et à demi mécanique. L'importance
et la variété des sécrétions sont inGnies. Une seule sécrétion imparfaite ou viciée suffit à
faire de la vie un tourment , ou à amener la mort. Environ vingt fluides divers sonc sépa-
rés du sang humain par les organes sécrétoires et excrétoires. Tous diSEèrent entre eux
par la consistance, le goût , la couleur et l'odeur. Si nous examinons les résultats des sé-
ca^tions chez certains animaux, nous y trouvons les choses les plus opposées : ces sécré-
tions fournissent tour à tour un aliment sain , un poison mortel , des parfums délicieux
et des odeurs fétides. La plupart des produits des sécrétions sont employés à conserver le
jeo des organes ou à maintenir l'exercice des fonctions vitales. Ainsi , la salive et le suc
gastrique préparent le chyle ; la bile a une influence salutaire sur les fonctions des intes-
tins ; la synovie iacilite le jeu des articulations ; les larmes lubréfient le globe de l'œil ; la
cire défend les oreilles. Tout cela a un but d'utilité évidente. Les excrétions ne sont point
aus^ évidenmient utiles, mais elles sont pourtant indispensables, puisqu'elles ne sauraient
être dérangées ou suspendues sans que la vie soit en danger.
Un autre système de fonctions dans le corps des animaux, et auquel l'art humain n'offre
T^j«a de comparable , c'est Yatsimilation : cette vertu magique par laquelle le sang se
nicno!i?r. D'A!«TBnopoLoeu. â
45 INTRODUCllON. 44
trouve métamorphosé en os, en muscles, en tendons, en nerfs et en membranes ; choses
aussi différentes entre elles que le fer et le bois , et les toiles , et les cordages qui entrent
dans la composition d'un vaisseau.
I^ marche de la sécrétion dans les glandes n*est pas pour nous un mystère complét»-
menl impénétrable. Dans les reins des plus grands animaux nous pouvons suivre les
nombreuses ramifications de Tartère émulgente. Les extrémités de ces ramifications se
perdent dans des petits corps sphériques, et c'est dans ces corps que s'opère le mystère de
la sécrétion. Nous discernons h la loupe des tuyaux déliés , qui se réunissent pour en for-
mer de plus considérables, lesquels convergent tous vers un bassin situé dans la substance
du rein. Le fluide séparé du sang filtre continuellement de ce premier dépôt vers le récep-
tacle qui lui est destiné. C'est là tout ce que nous savons sur le mécanisme de celles des
glandes du corps des animaux qui prêtent le plus k l'observation. Mais ce peu que nous
entrevoyons suffit à nous montrer une intention. Nous voyons un canal destiné à conduire
le sang jusque dans l'intérieur de la glande. Nous voyons dans cette glande un appareil
d'organes k l'action duquel le sang est soumis. Nous voyons qu'après avoir subi une mo-
dification, le sang ressort du rein par un autre vaisseau destiné k en débarrasser la glande.
Nous voyons enfin que le fluide produit par l'opération mystérieuse de la sécrétion est
conduit par un autre canal dans un dépôt d'excrétion.
Nous ne savons rien sur la manière dont se fait la séparation du fluide dans l'intérieur
de la glande. Nous sommes précisément comme celui qui n'entend point la mécanique, et
qui voit travailler un moulin ou une machine à carder et filer. Il voit que le blé entre en
grain et ressort en farine et en son ; il voit que le coton entre en bourre et ressort en fil.
Il observe que les modifications opérées par la machine ont un résultat utile. Faudra-t-il
que cet observateur s'éclaire sur la manière dont chaque partie de ces machines concourt
au résultat, avant de croire qu'il y ait de l'intelligence et du dessein dans ces mêmes
machines 7
J'ai donc voulu montrer : 1* que dans l'examen des oeuvres de la nature, notre igno-
rance n'empêche pas que nous ne puissions conclure avec certitude sur l'intention du
Créateur ; 3* que les diverses parties du corps des animaux peuvent être classées selon la
plus ou moins grande facilité de les comparer aux ouvrages de l'art ; S** que les parties mé-
caniques du corps humain sont celles dans lesquelles nous so'rmes le plus capables de
comprendre le dessein du Créateur.
§IV.
Je défie un ouvrier quelconque d'imaginer une construction plus ingénieuse, et dans
laquelle l'objet soit mieux rempli, que celle des vertèbres du cou de l'homme. II fallait
obtenir deux choses, savoir : un mouvement facile de flexion en avant et en arrière, et un
mouvement circulaire horizontal d'environ cent vingt degrés. Deux inventions distinctes
ont été employées pour cela : 1** La tête repose immédiatement sur la dernière des vertè-
bres, et est unie avec elle par une articulation qui fait que la tête se baisse et se relève jus*
qu'au point où le permettent les ligaments; 2" le mouvement circulaire se fait par le
moyen d'un mécanisme qui met la tête en rapport, non pas avec la première, mais avec
la seconde vertèbre du cou. Cette seconde vertèbre a ce que les anatomistes appellent une
apophyse, c'est-à-dire une saillie assez semblable en forme et en volume à une dent. Cette
dent entre dans une cavité de la première vertèbre, et sert de pivot aux mouvements de
cette première vertèbre, laquelle tourne circulairement avec la tète. Les deux genres de
mouvements sont parfaits, et ne se nuisent en aucune manière. Nous voyons une inven-
tion toute semblable dans la monture des télescopes : pour le mouvement vertical, il y a
une charnière; pour le mouvement horizontal, il «y a un axe ou pivot, sur lequel le téles-
cope et la charnière tournent ensemble. 11 faudrait être de mauvaise foi, ou hors de son
l)on sens, pour admettre l'invention dans un des cas, et la nier dans l'autre. Ajoutons en-
45 IXroODUCTIO?!* U
core ime observation qui est à notre portée, et qui nous explique par quelle raison l'intel-
ligence qui a inventé Farticulation de la tète sur les vertèbres verticales n*a pas voulu que
la première vertèbre pût se mouvoir en avant et en arrière comme la tète, tandis que cette
^r^mière vertèbre se meut h droite et à gauche : c*est que le mouvement en avant et en ar-'
rière n^aurait pas pu se fiûre sans que la moelle épinière fût comprimée par Tapophyse de
la seconde ver^bre^ qui sert de pivot aux mouvements circulaires.
Une antre invention mécanique assez semblable à la précédente quant à son but, maiA
différente quant aux moyens, s'observe (lans Tavant-bras. Pour l'usage parfait de l'avant-
bras, il fadlait deux genres de mouvements : savoir, le mouvement oscillatoire ou récipro-
que, qui se fait en pliant et étendant le bras, et le mouvement rotatoire, qui se fait en
tournant la paume de la maîki alternativement dessus et dessous. Voici comment cela sV
père : L'avant-bras k deux os placés à c6té l'un de l'autre, mais qui ne*se touchent qu'à leurs
extrémités. L*un de ces os, nommé le eubiius^ s'articule avec l'os du bras, ou Thuméms^ et
ne peut se mouvoir que dans le même plan ; l'autre, nommé h raéUuSf ne s'articule qu'avec
le poignet. Toutes les fois que nous tournons la paume de la main en dessus, le radius
roule sur le cubitus au moyen d'une rainure ou cavité de l'un des os qui répond à une
saillie de l'autre. Si les deux os de l 'avant-bras avaient été articulés avec l'humérus, ou
que tous deux eussent été articulés avec le poignet, ce mouvement rotatoire n'aurait pas
pu se faire. Il fallait, pour cela, que l'un des os fût libre à une de ses extrémités, et l'autre,
à l'autre. De cette manière les deux mouvements différents peuvent s'exécuter en même
temps ; le grand os de l'avant^bras peut opérer le mouvement oscillatoire sur l'articulation
du coude, au même instant que le petit os de l'avant -bras, lequel porte la main, tourne au^
tour du cubitus. Diins le voisinage du coude, c'est une tubérosité du radius qui répond i
une cavité du cubitus ; et auprès du poignet, c'est le contraire , c'est-à-dire qu'un tuber-*
cnle du cubitus répond à une cavité du radius.
S*il n'y avait eu qu'un os dans l'avant-^bras, et que l'articulation du coude eût été dans
le genre de l'articulation de l'os du bras avec l'épaule , c'est-^à^-dire une tête sphérique se
mouvant dans une cavité, le résultat de plier le bras et de tourner la main tout à la fois
aurait pu être obtenu, mais il est incomparablement plus parCût, d'après l'arrangement
existant : chacun peut s'en convaincre par Taisance et la vitesse avec lesquelles il peut
mouvoir la main circulairement, tout en fléchissant et étendant le bras; tandis que le mou-
vement de rotation du bras autour de l'épaule est comparativement lent et pénible.
L'épine du dos, ou la colonne vertébrale, est une chaîne d'articulations d'une construc^
lion très^xtraordinaire. Il fallait que le même instrument exécutât diverses fonctions très*
différentes, et en quelque sorte contradictoires. Il fallait que cette eolonae fût solide et ce*
pendant flexible : solide, pour pouvoir supporter le corps dans ,Ia position verticale ;
flexible, pour pouvoir se prêter à tous les mouvements que nous faisons en nous courbant
en avant, en arrière ou de cAté. Il fallait enfin que la colonne vertébrale contint et proté-
geât la moelle épinière, c'est-à-dire qu'elle servit de conduit au plus important de»
fluides animaux, celui dont dépendent les niouvements volontaires, et qui part du cerveau
pour se répandre dans toutes les parties du corps : il firilait que cette colonne osseuse
garantit elficaeement de toute pression accidentelle, une substance extrêmement délicate,
et tellement essentielle aux fonctions vitales, que la moindre atteinte qu'elle éprouve est
suivie de la paralysie ou de la mort.
La colonne vertébrale n'était pas seulement destinée à donner protection au tronc prin-
cipal de la substance médullaire procédant du cerveau, il fallait encore que cette colonne
€k>nnât passage à des conduits latéraux dans toute sa longueur, pour la distribution des
nerfs à toute les parties du corps. Il fallait que cette colonne vertébrale fournit une suite
de points d'appui pour l'attache des muscles qui s'étendent sur le tronc humain, et imfiff
qu'elle servît de base pour l'insertion des côtes.
Commandez à un habile mécanicien une machine qui doive remplir ces diters objets^
et laissez-le exercer ses facultés inventives, sans lui donner connaissance de la construction
4T iNTnoDUcrioN. a
de la colonne dorsale. Qu'il compare ensuite c^ qu*il aura inventé avec /outrage de la
nature, et il demeurera confondu d'admiration sur la sagesse qui y a été employée. Vingt-
quatre os spongieux sont sui>erposés les uns aux autres et se touchent par des bases élar-
gies. Cette largeur des bases assure la solidité de la colonne ; la porosité des os lui donne
sa légèreté; leur nombre, qui multiplie les articulations, rend cette colonne singulière*
ment flexible, et, ce qui est remarquable, sa flexibilité varie dans sa longueur, selon le be-
soin, c'est-à-dire que le bas des reins est plus souple que la partie voisine des épaules, et
que les vertèbres du cou sont les plus flexibles de toutes. Chacun de ces vingt-quatre os
est percé dans le centre, pour fournir passade à la substance médullaire, en sorte que lors-
qu'ils sont réunis, ils forment un canal non interrompu. Mais comment empêcher que,
dans les diverses flexions du corps, les vertèbres ne se croisent et n'occasionnent ainsi sur
la moelle épinière une pression funeste? L'habile et sage ouvrier de cette belle construc-
tion a placé entre chaque vertèbre et les vertèbres voisines une substance cartilagineuse
éminemment élastique. Ces cartilages se pressent du côté où Tépine fléchit, et se renflent
du côté opposé, de manière qu'il n'en résulte aucune ouverture. La flexion, quoique con-
sidérable sur la totalité de la colonne, est h peine sensible d'un os à l'autre. D'ailleurs,
comme la flexion en avant devait être plus fréquente que la flexion en arrière, les carti-
lages ont plus d'épaisseur de ce côté-là, en sorte que les bases des vertèbres sont plus pa-
rallèles entre elles, lorsque le corps est plié en avant, que dans la position verticale..
Comme il fallait que la distribution des nerfs pût se faire dans toute la longueur de l'é'^
pine, chaque vertèbre porte deux rainures au bord supérieur, et deux autres au bord in-
férieur. Ces rainures symétriquement espacées se correspondent d'une vertèbre à l'autre,
de manière que, quand les vertèbres sont réunies, deux rainures forment un trou, lequel
donne passage à un nerf. Ces nerfs sortent par paires, et se suMivisent en un grand
nombre de ramifications dans toutes les parties du corps.
11 fallait enfln que les muscles et les côtes trouvassent dans l'épine du dos un point d*ap-
pui solide, auquel ils pussent s'attacher. Les vertèbres ont reçu une forme propre à rem-
plir ces deux objets. Leur face antérieure, qui répond à la capacité de la poitrine, de l'es-
tom'î'* et du ventre, est unie, parce que les aspérités auraient pu blesser les viscères; mai$
en arrière et sur les côtés, les vertèbres sont hérissées d'apophyses prolongées. C'est h ces
apophyses que s'attachent les muscles nécessaires aux mouvements du tronc. Ces attaches
sont faites avec un art qui remplit à la fois deux objets essentiels; car, en même temps
que les muscles sont assujettis aux os, les tendons de ces mêmes 'muscles servent à con*
solider la structure de la colonne et à retenir fortement chaque vertèbre à sa place.
Sans une dernière précaution pour assurer la torce d'une si longue charnière , les luxa-
tions auraient été à craindre. Cette précaution prise par l'ouvrier a été de faire articuler
ensemble ces diverses apophyses. Il résulte des croisements artistement disposés, entre
une projection et l'autre, qu'aucune des vertèbres ne peut se tourner ni se déplacer. Un
coup très-violent peut rompre la colonne dorsale, mais jamais la luxer. Dans la partie de
l'épine à laquelle les côtes sont attachées , la précaution pour fortifier la colonne a été
poussée plus loin encore ; chaque côte s'attache à deux vertèbres et au cartilage qui les
sépare. Enfln» dans le but de prévenir l'effet qu*une force extérieure aurait pu avoir pour
désunir les vertèbres par une extension violente dans le sens longitudinal, la colonne a éii
doublée et fortifiée d'une membrane épaisse qui règne dans toute la longueur de l'épine.
Dans la plupart des quadrupèdes, la construction de la colonne vertébrale est analogue à
ce que nous observons dans l'homme ; mais dans la famille des serpents il existe, à cet
égard, une variété très-remarquable. Le serpent ayant essentiellement besoin de souplesse,
il fallait que lo^nombre des articulations fût plus considérable : en conséquence la colonne
dorsale du serpent est composée de cent cinquante vertèbres, qui ont entre elles une arti-
culation différente de la nôtre extrêmement curieuse à observer. On ne peut rien imaginer
de plus parfait et de plus analogue au but que cette chaîne de cent cinquante anneaux. La
chaîne, qui se roule tour à tour sur le barillet et la fusée d'une montre, est un ouvrage im-
parfait et grossier auprès de ce chef-d'œuvre mécanique.
49 INTRODUCTION. SC
Toutes les fois qae nos poumons se dilatent par Tinspiration de Pair, et se contractent
par i expîraiioDy la jioîtrine augmente et diminue de capacité. Cela a lieu par Teflet d'util
invention mécanique dans la construction et la dis|)Osition des os qui lacement. Les côtes».
«u lieu d'être articulées à angle droit avec Tépinc, le sont dans une diret^tion un peu des-
cendante. Il en résulte que tout ce qui tend à les rapprocher de Tangle droit augmente l«i
capacité de la poitrine et fait avancer le sternum : c'est ce qui arrive à chaque inspiration.
Si les cAtes eussent été articulées à angle droit avec Fépine, ou qu*étant implantées obli-
quement à répine, elleâ eussent été soudées à la colonne dorsale, la capacité de ta poi-
trine n*aaraitpas pu s'augmenter, comme celaélait nécessaire. En même temps que les côtes
s*élèvent, le diaphragme s'abaisse, et il en résulte un accroissement de caftacité de quarante-
deux ponces cubes, laquelle se remplit immédiatement par de lair. Dans une inspiration
forcée, il entre jusqu'à cent pouces d'air de plus que dans Tétai d'abaissement de» côtes.
Le thorax est un véritable soufflet d'une construction extrêmement ingénieuse.
La rotule est un os dont la forme et les fonctions ne ressemblent à celles d aucun autre
os du corps humain. Il a une forme un peu lenticulaire; il est de la grosseur d*un éru de
cinq francs 9 et recouvert d'un cartilage. Les forts tendons qui s'attachent d'une part au
fémur et de l'autre au tibia, et dont l'emploi est de porter les jambes en avant, traversent
cet os : la rotule en fait pour ainsi dire partie. Elle protège l'articulation quelle recouvre,
et em{ièche en même temps que les tendons ne puissent être exposés aux chocs des corps
extérieurs, comme ils l'auraient été sur la saillie du genou. Elle donne encore à l'action des
tendons des muscles releveurs une plus grande facilité mécanique, parce que la rotulç
fiorte en avant la direction de leur force. Mais la circonstance la plus rcraarquablj dans
Texistence de la rotule, c'est qu*elle est, pour ainsi dire, de convenance plutôt que de né-
cessité. Elle est isolée, elle ne s'articule avec aucun os; elle est molle et à peine visible
dans l'enfance. Son ossification se forme peu k peu, et par un procédé dont il est impossi-
ble de se fiiire une idée ou de se rendre compte par sa structure ou son exercice.
Presque tous les os du corps humain ont des articulations enlre eux : or, la manière dont
ils s'articulent offre des variétés qui tendent toujours également à démontrer Tinvention el
la sagesse du grand mécanicien qui a construit cette machine. Donnons-en quelques
exemples.
L'os de la cuisse s'articule à charnière avec la jambe, parce que celle-ci ne doit s'étendre
et se fléchir que dans le même plan. Mais l'os de la cuisse s'articule à la hanche d'une toute
autre manière. Le fémur se termine par une tète, laquelle entre et tourne librement dam^
une cavité de l'os de la hanche. Il en résulte que la cuisse est susceptible de mouvement»
soit de rotation, soit dans toutes les directions nécessaires. Si la tète du fémur se trouvait
en bas, et que sa charnière fût en haut, e'cst-à-dire que les deux genres d'articulations
eussent été appliqués de la manière opposée à celle qui existe, la direction de la cuisse
aurait été fixée en avant une fols pour toujours, et la faculté rotatoire de la jambe aurait
été complètement inutile. Le but d'utilité a donc été pris en considération par l'ouvrier
intelligent qui a mis la tète du fémur en haut et la rainure en bas.
Pour consolider les articulations, il existe une memliraiic forte et épaisse qui part de l'os
qui reçoit, et entoure fos reçu, en s'insérant dans sa substance un peu au delà du renfle-
ment de cet os. Cette membrane emprisonne la jointure et en assure la solidité, en main-
tenant les saillies dans les cavités correspondantes. On observe, en outre de cette mem-
braae^dans lesarticulations trës-importantes,etoù une forte extension aurait pu occasionner
une dislocation; l'on remarque, dis-je, un ligament vigoureux, court et flexible, dont l'in-
sertion se fait d'un côté dans la tète de l'os, et de l'autre dans le fond de la cavité. On aurait
peine à concevoir quelle force peut èlre appliquée à ce ligament, avant de pouvoir le dis-
tendre ou le rompre; cependant il est si flexible qu'il ne met aucun empêchement aux
mouvements de l'articulation.
Dans les articulations à charnières, les ligaments qui entourent et retiennent en sa place
le renflement de l'extrémité de l'os, sont toujours plus forts dans les côtés que sur les par-
ties antérieures et postérieures, afin que les os ne puissent pas glisser hors de leur
engrenage. A l'articulation du «^enou» vu son importance la variété et la (brct Us mou*
<« IN rUODUCTION. M
vements auxquels elle est destinée, on observCf en outre de la précaution ordinaire, deux
ligaments très-forts, lesquels sont croisés do manière à ce que i*articu1ation ne puisse pas
•e disloquer, sans que les ligaments se déchirent.
Une précaution dont le but est le même, mais dont le moyen est différent, s'obscrr^ à
l'articulation du coude-pied. Les os de la jambe ont deux apophyses, ou prolongements
qui servent à emboiter l'os du tarse qui s*articule avec eux. Le but est évident dans la
forme de ces deux os : i! n*y a aucun doute que ces cornes on saillies qui les tcrmineot
niaient été destinées à emprisonner Tos qui s'y joint et h prévenir les dislocations.
L'articulation du bras avec l'épaule est du même genre que celle de la cuisse avec la
hanche, et sa solidité est également assurée par un ligament qui s'attache au fond de la
cavité. Mais celle-ci a beaucoup moins de profondeur, parce qu'il fallait que les mouve-
ments du bras pussent avoir plus d'étendue, do promptitude et de liberté que ceux de la
cuisse. Le bord de la coupe qui reçoit la tête de l'os du bras est garni d'une membrane
forte etsouple qui augmente la capacité du calice, en même temps qu'elle laisse h tous les
mouvements du bras la plus grande liberté.
Les extrémités des os, dans les articulations, ont été façonnées, non-seulement de manière
k prévenir autant qu'il est possible les luxations, et h faciliter tous les mouvements néces-
saires, mais encore à protéger les nerfs, les tendons et les vaisseaux dans leur passage aux
articulations. Il est évident que ces fils ou ces conduits, qui partent du tronc et se subdi-
visent jusqu'aux extrémités , ont à passer sur les articulations. Il est évident encore qu'ils
y sont exposés à de brusques changements de direction , à des compressions ou à des dé-
chirements par l'action des corps extérieurs. Mais ils ont été protégés avec un soin tout
particulier, dans leur passage au travers des articulations , et cela par la figure même des
os. Ainsi, nous voyons que les nerfs de l'avant-bras passent l'articulation du coude par un
chemin couvert formé entre deux protubérances de l'os. Le fémur est sillonné , dans son
extrémité inférieure, d'une canelure profonde dans laquelle les ^os vaisseaux et les nerfs
de la jambe passent en sûreté. Dans l'arliculation de l'épaule, on remarque, au bord de la
cavité qui reçoit l'os du bras, une petite rainure recouverte de la membrane. Les vaisseaux
sanguins du bras se glissent par celte ouverture, au lieu de passer sur le tranchant de la
coupe. Qui est-ce qui a pourvu avec tant de soin et de sagesse à la sûreté de ces vaisseaux
et de ces nerfs 7
Toutes les extrémités des os, l'intérieur des cavités et des charnières sont doublés de
cartilages mous et élastiques, qui prêtent au degré convenable, et assurent le jeu doux
des articulations sans que les os puissent s'user. On a essayé d'affaiblir l'évidence du des-
sein dans cette disposition des cartilages, en prétendant que le cartilage n'estfqne l'os ra-
molli par le frottement continuel , ou maintenu dans une consistance qui était son état
primitif, et dont le frottement l'etnpêche de sortir; qu'enfin cet effet est nécessaire et non
préordonné dans un certain but. Le lecteur pourra apprécier la force de l'objection contre
le dessein de cette disposition de l'ouvrier.
Le jeu de toutes les articulations est singulièrement facilité par un mucilage plus émoi
lient et plus glissant que l'huile même. Des glandes fixées auprès de toutes les jointures
sont chargées de séparer du s^ng ce Uniment nécessaire; et les canaux sécrétoires, conter-
nus dans des filets déliés , sont suspendus comme une frange dans la cavité de l'articula-
tion. On a inventé un mécanisme dont il résulte une infiltration continuelle d'huile
dans une boite qui contient un engrenage. Cela ressemble à l'invention qui fait filtrer con-
tinuellement la synovie dans les articulations; mais il y a cette différence essentielle,
que la synovie se crée à mesure du besoin, pour faciliter le mouvement des join-
tures.
Nous ne réfléchissons point assez combien il est surprenant que les articulations ne
s'usent pas. Où est la machine de construction humaine qui pourrait soutenir, dans ses
engrenages, un mouvement presque continuel de soixante années, sans rien perdre ? Le
poli des cartilages qui frottent l'un sur Tautre, la filtration continuellement renouvelée de la
synovie, ne sufliscnt pas pour expliquer celte durée ; elle dépend essentiellement de
l'ammilaiion^ c*est-à-dire, de cette étonnante pro[)ricté des cons^titulions animales qui
5S INTBODUCTIOli S4
(kit que les substances des corps, Quelles qu'elles soient, se ré|»arent. se restaurent et se
renouTellent sans cesse.
IV
Les muscles et les tendons sont les instruments immédiats des divers mouTements que
foni les animaux. Je Tais indiquer les cas dans lesquels la disposition de ces instruments
et leur application sont aussi mécaniques que peuvent Tètre la disposition et Tapplication
des fils qui font mouToir une marionnette.
Nous pouTons d*aliord obsenrer un rapport inyariable entre chacun de nos membres et
les muscles qui le font mouToir ; c'est-à-dire, que les muscles sont toujours disposés de
manière à ISure exécuter à un membre quelconque les mouvements auxquels ce membre
parait destiné, et dont il est capable. Par exemple : lorsque Tarticulation est de nature k
faire mouvoir un de nos membres par flexion et extension dans le même plan, comme
raTant-4>ras et la jambe, les tendons (ou les parties qui terminent chaque muscle) sont
attadiés aux os, de manière que la contraction et le relâchement des muscles produisent
ees mouvements de flexion et d'extension, et aucun autre. Si ces deux articulations du
genou et du coude pouvaient se prêter à un autre mouvement, il n'y aurait point de
muscle pour le produire ; mais à la hanche et h Tépaule, où l'articulation admet un mou
vement rotatoire, les tendons sont attachés aux os de manière h produire le mouvemen
que rartienlation permet. Par exemple, le muscle nommé le grand oblique, ou le musck
du tailleur, s'attache à l'épine du dos, croise diagonalement par-dessus le fémur et le
mouvement de flexion du tibia. Nous avons vu qu'il existait une disposition particulière
dans les articulations de la tète et de la main ; les muscles ont été attachés dans une
direction oblique, afin que la disposition pût avoir son eflet. L'articulation aurait été
inutile sans les muscles obliques, les muscles obliques auraient été inutiles sans cette
disposition particulière de l'articulation. On peut observer, par rapport à la tète, que son
indinaison et ses mouvements obliques sont souvent le résultat de la combinaison des
mouvements directs de plusieurs muscles qui agissent ensemble.
Les muselés obliques attachés à la tète ont aussi pour fonction de la maintenir droite
entre les épaules. La tète d'un petit enfant a besoin d'être soutenue pour rester également
entre les épaules ; et la tète d'un homme mort tombe à droite et à gauche par son propre
poids. C'est donc par l'équilibre de l'action des muscles, que la tète conserve sa position.
Les muscles, dans ce cas, suppléent à ce qui manque çn force à l'articulation de la tète et
du cou.
La destination particulière des muscles et des os à un certain but déterminé est encore
évidente dans le rapport exact que les anatomistes ont remarqué entre la longueur des
apophyses de la colonne vertébrale et la quantité de mouvements que les os voisins per*
mettent, et que les muscles respectifs peuvent produire
Un muscle n'exerce sa force que par la contraction. Lorsque sa contraction cesse, il
revient dans son premier état, e'est*à-dire qu'il se relâche ; mais dans ce relâchement il
n'y a aucun emploi de force. La nature de la fibre musculaire étant telle, il est évident
que nous ne pouvons opérer des mouvements contraires et vigoureux que par l'action
opposée des muscles antagonistes, c'est-i-dire des fléchisseurs et des extenseurs, qui se
correspondent. Par exemple : deux grands muscles, le biceps et le brachial interne, sont
placés sur la partie interne du bras ; et leur contraction fait plier l 'avant-bras avec le
d^;ré de force qui se trouve nécessaire, et que le sujet comporte. Le relâchement de ces
deux muscles laisserait simplement retomber l'avant-bras sans force ; mais pour que le
bras, après s'être ployé, puisse se déployer avec force et donner ce que l'on appelle un
roup de rerer», d'autres muscles, savoir, le long extenseur, le brachial externe et Vanco-
mxtuâ, ont été attachés au dehors du bras, pour pouvoir, en se contractant, ramenei
avant-bras sur la même ligne que le bras, et cela avec le même degré de force précisé
15 INTRODUCTION. S»
ment que Ton en avait employé dans la flexion. Jamais on ne plie et étend un doigt que
par la contraction de deux muscles opposés, que Ton nomme antagonistes. Chaque museie
a son adversaire, et les deux ensemble travaillent comme des scieurs qui tirent et lAehent
alternativement pour que leur travail se fasse. Il est difficile de citer une preuve plus
évidente d'un dessein, que cette position respective et ce balancement d'action des divers
muscles dv corps humain. La nature des muscles étant telle, les animaux ne pouvaient
exécuter les divers mouvements dont ils ont besoin que par la disposition qui a été
adoptée.
Or, cette disposition est faite de manière que les formes etla symétrie du corps humain
sont conservées dans les différents mouvements musculaires. Une autre propriété très-
remarquahle dans l'arrangement des muscles, c'est qu'ils ne se nuisent pas réciproque-
ment dans Faction qu'i4s exercent. Je ne connais qu'un exemple dans lequel l'action de
certains muscles nuise à l'action d'autres muscles ; nous ne pouvons pas avaler en bAillant.
Il n'était probablement pas nécessaire que les deux choses pussent avoir lieu à la fois ;
il y aurait peut-être eu de l'inconvénient à ce que la déglutition pût se faire en même
temps que le bâillement avait lieu ; quoi qu'il en soit, cet exemple prouve quelle perte,
quels retards, quel embarras il y aurait dans l'emploi des facultés musculaires, si le cas
était plus fréquent. Or, ce n'était assurément pas une chose facile que de placer les uns à
côté des autres, ou dans des directions croisées de diverses manières, quatre cent qua-
rante-six muscles que nous comptons dans le corps humain. Ces muscles non-seulement
se croisent, mais s'emboîtent les uns dans les autres, et se traversent même quelquefois,
afin que chacun ait sa liberté tout entière, et son jeu parfait. L'ensemble de cet arrange^
ment demandait, il faut l'avouer, de Tintelligence et de la méditation.
En certains cas, dans l'arrangement des muscles, leur volume aurait été embarrassant,
là où leur action était pourtant nécessaire. Qu'a fait l'ouvrier? Il a placé le museie à une
distance plus considérable, et il Ta fait communiquer par des ûls déliés avec Tendmt où
il fallait que son action fût sentie. Si les muscles qui mettent les doigts eu mouvement
avaient été placés dans la paume ou sur le dos de la main, celle-ci aurait été d'une gros-
seur embarrassante et désagréable ; la beauté et les proportions de cette partie eussent été
manquées. En conséquence, ces muscles sont placés sur l'avant-bras, et jusqu'au-dessus du
coude. Ils agissent par des tendons très-longs, assujettis au poignet, et passant sousuii liga-
ment jusqu'aux doigts, qu'ils sont destinés à mettre en mouvement. Il en est de même des
muscles qui mettent en mouvement les orteils. Ils sont disposés d'une manière symé-
trique et gracieuse, pour former le gras de la jambe, au lieu de se trouver placés sur le
pied môme où ils auraient fait un effet déplaisant, et auraient gêné la marche. J'ai déjà
cité un exemple frappant de la manière judicieuse dont le distributeur des muscles et de
leurs fonctions les a arrangés, je veux dire l'emplacement du muscle de la membrane
clignotante des oiseaux ; il est placé au fond de l'œil, où il n*est point en obstacle à la
vision, tandis qu'un tendon extrêmement délié passe sans inconvénient devant la cornée
pour tirer le rideau, quand cela est nécessaire.
Il paratt que c'est une loi invariable dans le système musculaire, que la contraction du
muscle se fasse vers son centre. Il a donc fallu modifier la forme et la position des mus-
cles, de manière à produire, dans tous les cas donnés, l'effet à obtenir.
En conséquence, la configuration et la situation des muscles sont infiniment variées ;
quelquefois un muscle a plusieurs tendons ou n'en a point du tout ; quelquefois un tendon
appartient à plusieurs muscles ; mais l'unité du principe d'action est constamment la
même, et d'une simplicité parfaite. L'ouvrier qui a disposé le système musculaire paratt
avoir agi précisément comme un artiste qui emploie à produire certains effets dont il a
besoin, les matériaux qui ont certaines propriétés inhérentes à leur nature ; il se plie à
CCS propriétés et règle son travail en conséquence
Quel concours de différentes choses ne faut-il pas pour que nous soyons une heure
«ntière en bonne santé 1 Quel concours plus grand, plus étonnant encore, ne faut-il point
f7 LNTRODUCTIO.X.
pour qae toutes nos feeuHés soient en rigueur, et que notre activité se déploie I Cepen»
dant la très-grande {rfuralité des iridiridus jouit de l'exercice de toutes ses facultés, et le
dérangement d*un seul muscle, sur quatre cent quarante-six, suffit à rendre la vie misé-
rable. L*auteur du Mt/bf opA« religieux dit: « J'ai vu avec Tattendrissement de la pitié,
mais anssi arec un retour de reconnaissance enrers le conservateur de la nature, Tétat
d*un homme qui se portait bien h tous égards, mais qui avait une faiblesse dans les mus-
cles releveurs de la paupière. Il était obligé, pendant tout le temps que dura cette incom-
modité, d'employer ses mains pour lever ses paupières. » Ceux qui jouissent de tous
leurs organes ne se doutent guère de la complication des moyens continuellement employés
pour maintenir intact Texercice de leurs facultés.
Arrêtons-nous quelques moments à considérer la variété et la miraculeuse promptitude
des divers mouvements de certains muscles. Par exemple, il vaut la peine d'observer
comment la langue exécute les divers mouvements dont elle est chargée. Chaque syllabe
que nous articulons exige un mouvement particulier de la langue, des joues, des lèvres et
de la gorge. La disposition de la bouche, pour Tarticulation de chaque syllabe déterminée,
est sensible, même à la vue, quand celle-ci y a été suffisamment exercée. On sait que les
sourds viennent à comprendre en voyant parler. Pour la même personne, lorsqu'elle a
appris à articuler correctement, il n'y a qu'une seule position de la langue, et des parlies
dont elle est entourée, qui puisse produire un certain son dans le discours; avec quelle
incompréhensible promptitude les diverses positions de la langue et du reste de la bouche
ne se succèdent-elles pas I Quelle variété, et pourtant quelle sûreté dans tous ces chan-
gements si rapides! Ce qu'il y a de plus admirable ce n'est pas la faculté initiative, ou la
laculté d'un changement arbitraire «t rapide : c'est la variété infinie soumise à une règle
6ie, conduisant à un effet certain, et en rapport avec des objets pour lesquels elle a été
calculée. L'anatomie de la langue nous donne Tidée de l'extrême actnrité de cet organe.
Les muscles sont si nombreux, tellement entrelacés, que la dissection ne saurait s'en faire
complètement; et cependant le nombre et l'entrelacement de ces muscles ne nuit en
aucune manière à la précision des diverses opérations de l'organe : il est même probable
que ce nombre et cette disposition compliquée sont absolument nécessaires à l'entier accom-
plissement des fonctions de la langue.
Je désire Caire ici une petite digression sur les autres facultés de la bouche. On a dit
cpie quand la nature essayait de remplir deux objets différents avec le même instrument,
elle n'y réussissait qu'imparfaitement pour chacun des deux. Je demande si cette asser-
tion se trouve vraie en l'appliquant aux différentes fonctions de la bouche. Cela est-il vrai
de la langue, considérée comme Finstrument de la parole, l'organe du goût et l'un des
principaux moyens de la déglutition? Assurément non I car sur mille individus, il y en a
peut-être neuf cent quatre-vingt-dix-neuf chez lesquels la langue remplit très-bien ces
trois fonctions à la fois. La chaleur et l'humidité constantes de la langue, la finesse de
sa peau, et les papilles nerveuses dont sa surface est parsemée la rendent tout aussi propre
à être l'instrument du goût, que la multitude inextricable de ses fibres musculaires la ren-
dent propre à l'innombrable variété des mouvements rapides que la parole nécessite. Les
animaux qui sont destinés è paître Theriicont la langue recouverte d'une peau percée d'un
noaiiire infini de trous déliés, lesquels répondent à des hou|>es nerveuses qui transmettent
la sensation de la saveur, mais qui, sous cette couverture, sont à l'abri des accidents que
les pointes ou les barhes des graines ou de l'herbe pourraient leur occasionner.
La cavité de la bouche renferme une plus grande variété d'instruments destinés à diffé-
rents objets qu'aucune autre partie du corps. Elle rcnfei'me premièrement les dpnts, do
trois formes différentes , c'est-à-dire fK)ur couper, pour casser et pour triturer ou mou-
dre ; des muscles artislement disposés pour le njouveraent composé de la mâchoire infé-
rieure, lequel est à demi vertical et à demi latéral, afin que la trituration des aliments
sous les dents molaires suit plus complète; des jets de salives destinés à se mêler aux
aliments {tendant que la mastication a lieu; des glandes qui fournissent continuellement %
59 INTRODUCTION. 60
ces jets ; une contraction musculaire d'un genre tout à liiit particulier» laquelle a lieu
dans rarrière-bouche» pour guider vers l'estomac les aliments broyés, contraction qui sa
propage dans le gosier et le conduit de roBSophage, et force, s'il le faut, les aliments à re-
monter, ainsi que nous l'observons dans un animal qui broute l'berbe.
La bouche renferme en second lieu un appareil absolument distinct de tout ce quejo
Viens de dire, et dont le jeu va continuellement, sans se laisser déranger par l'action si-
multanée de la mastication ; cet appareil est celui de la respiration et de la parole. La
bouche sert d'entrée à un conduit du larynx, qui est principalement destiné à faire passer
l'air dans le poumon. Le larynx est garni de certains muscles qui doivent produire, avec
le concours de l'air et l'action de la langue, des sons modulés à l'infini, et avec une pré-
cision et des nuances dont aucun instrument de musique n'est susceptible.
Ce qui me semble caractériser spécialement la bouche de l'homme comme un chef*
d*œuvre parmi les machines, c'est que la yartie mécanique y est maintenue tout à fait
distincte de la partie pneumatique ; nous respirons et nous parlons tout en mangeant.
Ces deux merveilleux appareils, [associés sans confusion, occupent peu d'espace; leurs fonc*
tions cheminent sans aucun embarras, et ce magasin de tant de parties diverses, de tant
d'or^anesimportants, n'est qu'une simple cavité.
L'action de sucer ne peut pas avoir lieu en même temps que la respiration, par la bou*
che seule. L'enfant nouveau-né n'aurait pas pu teter et respirer tout à la fois si l'inventeur
des organes n'eût pourvu à un autre conduit pour l'air. Le nez était indispensable, lors
même qu'il n'aurait point été destiné à être le siège de l'odorat. L'inventeur a employé à
des fonctions utiles un organe qui d'ailleurs se trouvait nécessaire.
le reviens à l'objet qui doit principalement nous oc(*upef dans ce cliajntrc, savoir : la
précision et la célérité des mouvements musculaires. Observons ce phénomène chez un
homme qui joue des passages difficiles sur le violon. L'obéissance instantanée de ce nom-
bre de muscles qui concourent avec une précision rigoureuse do temps et d'action h la for-
mation des sons variés à l'inQni semble tenir du prodige.
Faites une observation qui est encore mieux h votre [K>rtée : contemplez les mouve-
ments de votre main pendant.que vous écrivez. Arrôtez-vous & considérer le nombre des
muscles qui concourent au résultat tracé sur le papier. Cinq cents traits sont façonnés
dans une minute, et cependant il n'y a pas une lettre qui n'exige deux ou trois contrac-
tions distinctes de certains tendons déterminés, lesquelles contractions doivent être d'une
justesse minutieuse, afin que le bout de la plume, où le mouvement se trouve multiplié,
ne parcoure que précisément l'espace qu'il faut. La preuve de cette obéissance prompte
et exacte se trouve dans la parfaite ressemblance des caractères tracés par la même main..
Home a observé que les fonctions les plus délicates et les plus importantes dans le corps
humain étaient remplies par des muscles d'une petitesse microscopique. Ainsi, les mus-
cles du tympan, et ceux qui servent à contracter la pupille, sont si déliés qu'on ne peut
les découvrir qu'à la loupe ; et cependant l'exercice de deux de nos Acuités les plus pré-
cieuses dépend de leur jeu et de leur conservation.
' Il est K remarquer que les muscles agissent sur les articulations avec désavantage sous
les rapports mécaniques ; c'est-à-dire qu'ils sont souvent attachés si près de l'articulation
qu'il en résulte que la force musculaire a à vaiQcre une résistance très-considérable, occa-
sionnée par la longueur du levier contre lequel elle agit. Si le Créateur, en fiibriquant le
cor.ps humain, s'était proposé de nous faire mouvoir lentement un poids considérable
dans un petit espace, il eut dû, pour accomplir cet objet, faire un autre emploi des le-
viers, et une autre disposition des muscles; mais leur disposition et l'emploi des leviers
tels qu'ils existent étaient également convenables pour accomplir le but des mouvements
que nous sommes appelés à ûiire. N'est-il pas bien plus nécessaire que nous puissions
porter la main vivement à notre tôle, qu'il ne nous est utile de pouvoir soulever lentement
un poids de plusieurs quintaux? L'usage de celle force extraordinaire-ei d'un emploi très-
lent peut être applicable de temps en temps ; mais nous avons un besoin continuel des
61 IMIRODUCTIOX 62
moaTements prompts. C*est ainsi qu'un ouvrier lait plus de travail avec un fléau, ou une
tànXf instruments dans lesquels la vitesse se trouve multipliée, qu'il ne pourrait en fiûre
avec des instruments dont la force serait plus grande, mais qui travailleraient dans un
plus petit espace. La même observation est applicable à la construction des animaux : en
général, ils auraient à perdre s'ils échangeaient la vivacité de leurs mouvements contre
une force plus grande, une structure plus lourde, et des mouvements plus lents (6).
n est difficile de se faire comprendre des lecteurs qui ne sont point de l'art, en décrivant
les mouvements de certains muscles spécifiques, surtout si l'on n'a pas le secours des figu-
res^.J'essaierai cependant d'expliquer de quelte manière se produit l'action musculaire
dont résulte le mouvement de la mâchoire inférieure. J'indiquerai du moins comment agit
le muscle principal. L'objet à remplir était d'abord de tirer en bas la mâchoire inférieure,
pour (aire ouvrir la boudie. L'expédient qui se présente serait d'attacher à la poitrine un
muscle qui répondrait au menton, et qui, par sa contraction, ferait ouvrir la bouche. Mais
il est évident que la liberté des mouvements du cou en aurait souffert, et que la conserva-
tion des formes actuelles ne i^mportait pas un tel moyen. En conséquence, un certain
muscle nommé digastrique part d'un os de la liice, au-dessus de l'articulation de la mâ-
Jioire. En descendant, ce muscle se convertit en un tendon arrondi. La contraction d'un
tel musde, s'il eût conservé sa direction en s'attachant à la mâchoire inférieure, l'aurait
tenue soulevée, au lieu de la faire baisser. Il ftllait donc changer la direction de la force,
en faisant passer le tendon sur une poulie : c'est ce qui a été fût. Ce tendon passe dans un
anneau de l'os hyoïde, et vient s'attacher au menton, en sorte que la contraction du muscle
lait ouvrir la boudie.
Rien ne saurait être plus véritablement mécanique que l'invention suivante, savoir : une
gance fiûte au travers d'un tendon pour faire passer un autre tendon par cette gance ; c'est
ce que nous voyons dans le mécanisme des doigts des pieds et des mains. Le long tendon
qui lait fléchir la première phalange passe au travers du court tendon qui fait fléchir la
seconde phalange. H en résulte beaucoup plus de liberté dans les mouvements qu'il n'au-
rait pu y en avoir sans cela.
11 y a une circonstance de l'arrangement des muscles qui manifeste aussi dairemeut un
dessein qu'il soit possible de l'imaginer : c'est la ligature des tendons du pied dans le bas
de la jambe ; le pied faisant un angle très-considérable avec la jambe, il est évident que des
lendons ou des cordes flexibles, passant en dedans de cet angle, se seraient soulevés à cha-
que contraction des muscles dont ils sont le prolongement. 11 fallait donc les lier au bas
de la jambe, sans cependant empêcher leur jeu : c'est ce qui a été fait, lis passent libre-
ment sous un ligament très-fort qui les retient assujettis. La ressource de l'art humain
aurait été exactement semblable.
Je demande comment le système de ceux qui prétendent que toutes les parties de l'ani-
mal se sont formées par appétence^ c'est-à-dire par une tendance imperceptible dont l'effet
a été prolongé dans une suite incalculable de générations, je demande, disje, comment ce
système peut se oondlier avec le lait dont je viens de parler. Loin d'y avoir appétence ou
tendance, il y a résistance et combat dans le cas du ligament qui assujettit les tendons du
pied. La jn-ession du ligament agit sur les tendons; et ceux-ci, toutes les fois que le muscle
se contracte, réagissent sur les fibres du ligament. 11 est impossible que le ligament ait pu
Mre engendré par l'exerdoe des tendons, car cet exerdce a, au contraire, une tendance
continuelle à en rompre les fibres
de ci6lé; la seconde observation, c*cst que rappUcation da levier le plus'désavantaseai, quant à la force,
^iC indispensable pour la conservation des formes : par exemple, si le muscle qui s^attache d*on côté k
avanirbras, an lieu d'èire
agissant par contradioi*,
. , aurait cnangé la forma
actecOe en une niasse uiangulaire de chair et d*os.
«5 INTRODUCTION. C4
On a observé, d'après Galien, qu'il y a dans chaque muscle dii circonstances distinctes
à «onsidérer, qui toutes sont nécessaires à l'usage complet de chacun d'eux : 1* la forme
du muscle, laquelle est en raison de sa destination ; 2'' sa grosseur, qui est également pro-
portionnée ; 3* son point d*appui ; k'^ son point d^action ; 5* le rapport des positions de ses
deux extrémités ; 6** la position du muscle considéré dans son ensemble ; T sa direction ;
8* l'insertion des nerfs dans ce muscle ; 9* l'introduction et la sortie des artères ; 10* Tintro-
duction et la sortie des veines. Gomment des choses dont l'arrangement est si compliqué
peuvent-elles être faites et disposées sans admettre de l'intelligence dans l'ouvrier ?
Je me suis étonné quelquefois de ce que le mécanisme des corps des animaux ne nous
frappait pas, tandis que nous admirons beaucoup les machines des artistes humains. Une
des raisons de cette différence est probablement que les corps des animaux sont formés
de substances dans lesquelles nous ne sommes point accoutumés à chercher et à suivre un
mécanisme quelconque, au lieu que les machines faites de main d'homme sont composées
de bois, de métaux et d'autres substances dans lesquelles nous sommes accoutumés à
suivre l'intention de l'ouvrier qui a modifié leurs formes pour obtenir un certain résultat.
Mais enfin, il est bien évident pour celui qui veut y appliquer son attention, que les mê-
mes lois de mécanique, les mêmes genres d'inventions et de moyens, se retrouvent dans
les corps des animaux et dans les machines que les hommes exécutent.
J VI.
La circulation du sang, et tous les vaisseaux qui y ont rapport, dépendent d'un système
et montrent une invention qui, l'un et l'autre, sont peut-être plus évidents pour nous
qu'aucune autre partie de la constitution des corps. Le système lymphatique et le système
nerveux peuvent être plus compliqués : il y a peut-être plus d'art encore dans leurs détails
et leur ensemble ; mais nous ne les comprenons pas aussi bien.
Je suppose que l'on convient que la circulation du sang est une chose utile. Il résulte
évidemment de cette circulation que la nourriture qui est entrée dans l'estomac, une fois
élaborée et changée en san;;, se distribue avec une parfaite égalité dans toutes les parties
du corps. Le problème mécanique à résoudre était celui-ci : faire en sorte de réparer con-
tinuellement les pertes que le corps éprouve, et faire arriver sans cesse de la substance
nouvelle dans toutes les parties d'une machine aussi compliquée. Le système qui y pour-
voit offre deux genres d'objets à considérer : 1* les vaisseaux qui servent de conduits au
sang ; 2** la construction de la machine qui chasse le sang dans ces conduits, depuis le
centre jusqu'aux extrémités.
La disposition des vaisseaux sanguins relativement aux besoins du corps peut être con-
sidérée comme la disposition des canaux de conduite qui distribuent l'eau dans une
ville. Ce sont des canaux considérables, qui communiquent le fluide à des conduits d'un
moindre diamètre, et ceux-ci à des tubes plus petits encore, lesquels se dirigent dans tous
les endroits où il est nécessaire de faire parvenir l'eau. Mais il fallait ' pourvoir au retour
du sang vers le réservoir, chose qui n'est point nécessaire pour l'eau qui fournit aux be-
soins d'une ville. Il y a été pourvu par une disposition dans l'assortiment des vaisseaux
tout opposée à celle dont je viens de parier ; c'est-à-dire que des ramifications très-déliées,
qu'on appelle des veines, se réunissent dans les extrémités du corps aux ramifications
des vaisseaux qui ont apporté le sang, et qu'on appelle les artères. Ces veines déliées se
réunissent entre elles pour former des tubes de plus en plus considérables, et enfin ae
gros vaisseaux par lesquels le sang revient au cœur, d'où il est parti. Tout cela est , je
pense, bien évidemment du mécanisme.
Nos corps contiennent donc deux systèmes de vaisseaux sanguins, celui des artères et
celui des veines. H y a des différences caractéristiques dans la constitution de ces vais-
seaux, et ces différences répondent aux fonctions que ces vaisseaux ont à remplir. Le san j,
partant du cœur et cheminant toujours d'un tube plus large dans des tubes plus étroits.
es INTRODUCTION. «G
puis rerenant des extrémités en passant de tnyaux étroits en tujranx de pius en phis l«tr-
gest doit exercer nne pression bien plus forte sur les parois des artères que sur les parois des
Teine^ : aussi Yoyons-nous que ces parois sont plus épaisses, plus résistantes, plus élasti-
ques que celles des reines : Yoilà la première différence. L'autre annonce mieux encore,
s*il est possible* la sollicitude et les soins de Touvrier qui a inrenté et exécuté tout cela.
Comme les artères portent le sang arec une grande force, une piqûre ou un déchirement y
est beaucoup plus dangereux qu'aux reines, dans lesquelles le sang coule d'une manière
uniforme et douce. En conséquence, non-seulement Tenreloppe de Tartère est pi 113
épaisse, mais ces vaisseaux sont situés et disposés avec un soin tout particulier pour les
préserver des accidents. Us rampent au-dessous des veines, dans des sinus profonds dé-
coupés pour eux dans la substance des os. Ainsi nous voyons que les côtes ont été sillon-
nées uniquement pour le passage des artères. Quelquefois elles sont garanties de part et
d autre par des parapets élevés, comme on le voit dans les doigts de la main, où les artères
sont nicbées dans des rainures si profondes qu'où peut se couper jusqu'à Tos sans les
atteindre. Dans d'autres endroits, les artères passent dans des trous faits exprès au travers
de l'os, pour éviter le danger de la compression par une courbure très-brûsque : nous en
avons un exemple dans la mAchoire inférieure.
On a dit que le système entier des artères pouvait procéder du cœur comme la tige
et les ramifications d'une plante procèdent de sa racine, et que c'était une manière d'ex-
pliquer la formation du système artériel. Si ce raisonnement pouvait résoudre le prohleuic
de l'existence des artères, je demande comment il résoudrait le problème de la formation du
système veineux. SMl y avait quelque fondement dans la supposition, les artères s'allon-
geraient ou croîtraient indéfiniment, en se subdivisant toujours; mais les veines, par quelle
énergie du même genre out-«lles pu se former?
Nous avons maintenant à examiner le mécanisme du cœur, c'est-à-dire du grand réser-
voir d'où part le sang, et où il revient. Quel que soit le principe d'action du cœur, il est
. certain que les fibres musculaires qui le composent ont la faculté de se contracter et de se
reUcber tour à tour, et de produire ainsi une suite de mouvements non interrompus. Voilà
la force dont l'ouvrier avait à disposer; voyons l'usage qu'il en a fait.
Cn gros muscle creux, formé de fibres disposées en spirale, et qui se croisent entre elles, .
contient des cavités dont les parois se resserrent et s'écartent alternativement. Dans la con-
traction, le sang est chassé dans les artères comme il le serait par l'action d'une seringue :
dans la relaxation, le sang rapporté par les veines remplit] les cavités qui se rouvrent.
Voilà» en gros, de quelle manière le cœur agit.
A chaque contraction il se fait un mouvement progessif de la masse du sang dans les
artères, qui équivaut à ce que contenait la cavité au moment de la contraction. Dans l'honim»
lait, cette quantité est d'environ une once, soit deux cuillerées ordinaires. .Voyons à com-
bien cela revient par heure.
Qiaque ventricule contient an moins une once de sang. Le cœu.r se contracte quatre
mille fois par heure. 11 en résulte que quatre mille onces, c'est-à-dire trois cent cinquante
livres de sang, passent au travers du cceur dans le cours d'une heure. La masse totale ou
sang d'un homme adulte est d'environ vingt-cinq livres, en sorte qu'une quantité égale à la
masse totale passe quatorze fois par heure au travers du cœur, c'est-à-dire de quatre mi-
nutes en quatre minutes.
Qu'on se représente ce que c'est que ce mouvement chez les très-granas animaux.
L'aorte, ou le tronc principal des artères d'une baleine, a un pied de diamètre; et à chaque
contraction du cœur, ce canal reçoit tout à la fois une masse de cinquante à soixante pintes
ée sang, qui coule avec une vélocité incalculable. Il y a assurément quelque chose d*in^
posant dans un semblable appareil.
Le cœur est le principfil agent de la circulation; mais un autre organe était également
nécessaire pour mettre le sang, sinon cn contact, du moins cn proximité presque immé-
diate avec l'air atmospliéric|ue, circonstance indi$pen<>able au maintien de !a vie, et dont
67 INTRODUCTION. 88
la raison chimique n*a pas encore été donnée d'une manière pleinement satisfaisante. Ce
que Ton peut présumer d'après les pliénomènes , c'est que l'air atmosphérique est com-
posé d'air pur et vital ( oxygène ) , et de gaz nuisibles à la respiration (acide carbonique, etc.).
Lorsque nous inspirons l'air atmosphérique dans le poumon, et que nous le mettons
ainsi en une espèce de contact avec le sang, celui-ci prend à l'air quelque chose qui lui
est nécessaire (oxygène), et lui rend quelque chose qui lui est superflu ou nuisible (acide
carbonique } : du moins , si nous comparons l'air qui a été respiré avec celui qui ne l'a pas
été, nous voyons que la partie impure, ou non respirable, est augmentée dans l'air qui a
passé par le poumon.
Il n'est d'aucune importance p<5ur l'objet qui nous occupe, de décider si l'explication chi-
mique qu'on a donnée des effets de la respiration est satisfaisante, ou si elle ne l'est pas •
il nous suffit de savoir que la plupart des animaux ne peuvent pas vivre sans que leur
sang soit mis en proximité presque immédiate de l'air. Cette nécessité étant admise, voici
la disposition que l'ouvrier a faite pour y pourvoir. Un organe qu'on nomme le jioumon
contient des vaisseaux ou conduits destinés à l'air, et d'autres destinés au sang.
Ces conduits sont appliqués les uns contre les autres : partout où il y a un conduit
d air, il se trouve entre une veine et une artère, et tous trois suivent la même direction.
Ces vaisseaux sont si multipliés, que toutes leurs surfaces internes, prises ensemble dans
le poumon d'un homme fait, couvriraient un espace de quinze pieds carrés. II. s'agit main-
tenant de faire passer et repasser le sang dans ces conduits nombreux et déliés : voici
comment cela s'opère. Aussitôt que le sang a été au cœur par les veines, et avant que
d'être chassé de nouveau par tout le corps, il est poussé par la contraction d'une des ca-
vités, et par une artère spécialement destinée à cet office, jusque dans le poumon, oii il
subit l'opération mystérieuse dont j'ai parlé. Il revient de là au cœur par une veine desti-
née à ce retour, il est alors chassé de nouveau par tout le corps, jusqu'aux extrémités. Le
cœur a donc deux offices distincts : l'un de la circulation pulmonaire, et l'autre de la
circulation générale.
Pour que les deux systèmes de circulation pussent cheminer sans se nuire, il fallait
quatre cavités dans le cœur; l'ouvrier les y a placées. Deux de ces cavités se nomment les
ventricules : ce sont ceux-ci qui chassent le sang, savoir, J'un dans le poumon, et l'autre
partout le corps ; les deux autres cavités se nomment les oreillettes : ce sont celles-ci qui
reçoivent le sang, savoir : Tune, après que ce fluide a parcouru tout le corps; et l'autre,
après qu'il a passé dans le poumon. Les oreillettes communiquent avec les ventricules;
elles se contractent pour y faire passer le sang qu'elles ont reçu. Les ventricules se con-
tractent, à leur tour, pour faire |iasscr le sang dans les artères.
Je sens bien que ceux de mes lecteurs qui n'ont point de notions d'anatomie ne peuvent
recevoir de la description que je viens de faire quune idée très-imparfaite, mais cette
idée suffit pour prouver l'invention qu'il y a dans la chose.
Un anatomiste a dit, avec beaucoup de raison, que la sagesse du Créateur ne se voit
nulle part avec plus d'évidence que dans le cœur. En effet, ce viscère exécute ses fonc-
tions avec une précision et une sûreté qu'on ne peut trop admirer. Un observateur, après
avoir bien saisi le mécanisme du cœur, déciderait assurément qu'il doit cheminer, mais il
craindrait que la complication de l'organe et la délicatesse de certaines parties n'amenas-
sent bientôt son dérangement ou sa destruction. Et cependant cette étonnante machine
peut conserver son mouvement pendant un siècle entier, à raison de cent mille bnttcmcuts
par Vingt-quatre heures, ayant à chaque contraction une grande résistance h vaincre» et
sans se déranger ni se lasser jamais.
Comment se fait-il, dit le lecteur qui ne connaît de l'organisation du cœur que ce que
|e viens de lui xlécrîre, que, lorsque la contraction du ventricule a Hou, le sang ne rétro-
grade pas dans l'oreillette, au lieu de cheminer dans l'artère? il y a donc des soupapes qui
s'opposent h ce retour? — Précisément. L'on vrier.a placé, partout où cela a été nécessaire»
«les soupapes qu'on nomme valvules^ lesquelles s'abaissent pour laisser passer le sang, puis
$9 INTRODUCTION. 70
se rdèTent pour empêcher son retour. Les yentricales et les oreillettes sont séparés par des
soupapes semblables, n y en a également à la sortie des Yentricules, ou à rentrée de Tar-
tère pulmonaire et de l'aorte. Ces Talrules sont d'une construction admirable. Qu'on se
représente des cornets formés d'une membrane déliée, fixée d*un cAté et libre de Tautrc :
quand le sang passe dans un sens, ces cornets s'appliquent exactement contre les parois
du Taisseau, sans en diminuer le calibre d'une manière appréciable. Lorsque le sang tend
à revenir dans l'autre sens, la partie libre de la yalTule se rclëTe, d'autres tsItuIcs placées
sur les parois opposées du yaisseau se rdèTent en même temps : toutes sont bridées p^ir
des fils d'une longueur déterminée, lesquels permettent à la Talvule de s ouTrir au juste
point oà il le faut pour que toutes ensemble ferment complètement Je passage. Niera-t-on
l'inTention ik-dedans? Il faudrait fermer les yeux à l'évidence même.
Le jeu de ces valTules n'est pas moins curieux que leur office n'est important : la vie
même de l'animal dépend de la îuste longueur des fibres qui règlent l'ouTerture de ces
soupapes. Ici nous pouvons répéter l'observation que nous avons faite, concernant de cer-
tains ligaments ; c'est-à-dire que les valvules n'ont pas pu se former par l'influence pro-
gressive du jeu des parties voisines. L'action continuelle que le sang exerce pour les sou-
lever tend à les détruire plutôt qu'à les former. Or, comme ces soupapes sont évidemment
utiles et même indispensables pour le mouvement de la circulation, elles ne peuvent qu'ê-
tre l'ouvrage d'un Créateur intelligent.
11 se présente naturellement une réflexion relative aux importantes fonctions desquelles
dépend la conservation de la vie, c'est que, grâce à la sagesse du Créateur, ces fonctions
sont involontaires. S'il eût fallu l'intervention de la volonté, ou quelque attention , quelque
soin de notre part pour en soutenir l'exercice, nous aurions à peine sufli à maintenir le
eœnr en mouvement et l'estomac dans ses fonctions. Nous eussions été continuellement
en souci et en alarmes ; et cette constitution eût nécessairement exclu le sommeil.
Cn organe d'une importance aussi sérieuse pour les fonctions vitales que l'est le coeur
demandait d*être préservé des accidents extérieurs avec un soin tout particulier. En con-
séquence le cœur a été placé dans un étui ou cavité membraneuse qui le protège, sans
gènei ses mouvements, et qui entretient autour de lui une certaine quantité d'un liquide
destiné à lubréfier la paroi externe du coeur. Je demande comment la formation de cette
envekqype protectrice pourrait dépendre de l'action mécanique et prolongée du coecr lui-
même.
Un des principaux objets d'utilité de la circulation du sang est la nutrition, c'est-à-dire
l'entretien et le renouvellement de toutes les parties du corps. Nous ne pouvons pas percer
notre peau avec une pointe d'aiguille, dans quelque endroit du corps que ce soit, sans
faire couler du sang. Ce fût seul peut nous donner l'idée de la multitude de vaisseaux ou
ramifications déliées dont notre peau est garnie. Bans l'intérieur du corps, la diffusion des
vaisseaux sanguins n'est pas moins grande. Ils tapissent les membranes comme un réseau;
ils pénètrent dans la substance des muscles et dans les os eux-mêmes. Chaque dent d'un
animal reçoit par une artère le sang dont elle a besoin pour se nourrir, et rejette par ina
veine la partie de ce sang qui ne lui est pas nécessaire.
Mais avant d'être convertis en sang, les aliments doivent subir certaines préparatic m
auxquelles un autre appareil de vaisseaux est exclusivement destiné. Cet appareU est eus-
eeptible d'être démontré dans la dissection du cadavre, et nous pouvons y suivre sa
marche.
Les aliments descendent dans les intestins, en subissant deux préparations importantes :
la première , la mastication , pendant laquelle ils se pénètrent de salive ; la seconde, la
digestion dans l'estomac. Je ne dis rien encore de cette dernière opération qui fait une
métamorphose, parce qu'elle tient à la chimie, et que je ne considère ici que la partie mé*
canique des fonctions vitales.
La figure et la position de notre estomac sont calculées de manière à retenir les aliments
assez longtemps pour que l'action des sucs digestifs soit suflisante. Il a la fi^re du sao
d'uue cornemuse, et est placéde manière que le pylore» ou la sortie du sac>est un peu plut
71 INTRODUCTIO. 7S
élevé que Tcesophage, ou rentrée de l'estomac. En sorte que ce n est que par la contrac-
tion de Tenyeloppe musculaire de ce sac, que les aliments en ressortent, après avoir subi
l'action du suc gastrique.
Par la mème»raison que je ne m'arrête point à examiner quelle est cette action du suc
gastrique, je passe sous silence les effets opérés par la bile sur les aliments. J'observerai
seulement qu'uu conduit a été placé pour transporter la bile, depuis les organes qui la ré-
parent du sang jusqu'en dedans de l'intestin, qui est le prolongement de l'estomac; que
dans cet endroit-là la bile se mêle peu à peu aux aliments à mesure qu'ils passent ; et je
ferai remarquer que ce fluide, si nécessaire à la digestion complète, tant qu'il reste dans
rintestin, occasionne des dérangements graves lorsqu'il reflue dans l'estomac.
Les aliments, parvenus dans le premier intestin, se trouvent convertis en une pulpe
blanchâtre et homogène, suffisamment liquide pour que sa partie essentielle puisse être
soutirée par d'autres vaisseaux, qu'on nomme lactés ou chylifères, parce qu'ils sont des-
tinés à transporter le chyle, qui est une espèce de lait. Ces vaisseaux aboutissent par milliers
aux parois du odual des intestins. Ils sont si déliés qu'on les nomme aussi tuyaux capil-
laires, c'est-à-dire du diamètre d'un cheveu, et que la vue ne peut les distinguer que lors-
qu'ils sont pleins de chyle. Toutes les petites branches de ces conduits se réunissent
successivement pour en former de plus grosses, lesquelles se terminent par des glan-
des. Le chyle, après avoir subi dans ces glandes un travail mystérieux, en ressort par
d'autres vaisseaux d'un diamètre plus grand, lesquels se réunissent tous dans un
réservoir, qui peut contenir à peu près deux cuillerées de ce liquide élaboré. De ce
réservoir, le chyle remonte le long de la colonne dorsale, par un canal qu'on nomme
thoracique, jusqu'à ce qu'il arrive à la veine sous-clavière gauche, dans laquelle il se verse
peu à peu. Il se trouve alors mêlé au sang veineux, et chemine avec lui vers le cœur.
Toute cette route peut être suivie à l'œil. La marche du chyle n'a rien de caché pour l'ob-
servateur attentif.
L'ensemble de cet appareil a évidemment un but utile et très-bien rempli ; mais cer-
taines circontances en sont remarquables, et font admirer de plus en plus la sagesse de
l'inventeur. Ainsi, par exemple, il fallait donner du temps et de l'espace, multiplier les sur*
faces pour que le chyle, qui n*aurait pas pu être absorbé par les premiers vaisseaux, pût
l'être par les vaisseaux suivants : en conséquence, le canal intestinal a, chez l'homme, en«
viron six fois la longueur de Tindividu. Une autre circonstance remarquable, c'est que
les intestins ont un mouvement continuel, qu'on a nommé péristaltique, ou vermiculaire,
parce qu*il ressemble aux contractions successives qui parcourent la surface d'un ver de
terre lorsqu'il chemine. Ces contractions ou ondulations, qui dépendent de l'action d'un
grand nombre de fibres demi-circulaires, ont pour objet de forcer les aliments en avant»
afin que toutes leurs parties nutritives arrivent successivement en contact avec les bouches
des vaisseaux lactés.
Observons encore qu'il importait que les orifices de ces vaisseaux lactés fussent d'un
très-petit diamètre, afin qu'aucune partie grossière des aliments ne pût y pénétrer, parce
quedans cette supposition, il aurait pu en résulter des obstructions dans ces conduits déliés.
Mais, puisque ces vaisseaux devaient être si resserrés, il fallait qu'ils fussent prodigieuse-
ment nombreux pour suffire au passage de la totalité du chyle nécessaire à la réparation
du sang, c'est-à-dire, à une quantité qui va jusqu'à trois pintes par jour, dans un sujet
bien portant et bien nourri. Le nombre de ces vaisseaux excède tout calcul, et leurs ori-
fices sont si petits, qu'ils échappent à l'œil armé du microscope.
Le canal thoracique, ou conduit du chyle depuis le réservoir jusqu'au sang, est dans une
position verticale. Le chyle ayant donc à vaincre U gravitation, ce canal a été garni de
valvules dont l'ouverture est en haut et qui empêcheqt le retour du chyle à mesure qu'il
a passé (7).
L'endroit où le chyle entre dans le sang, c'est-à-dire vers le cou, semble singulièrement
(7) L*ouvricr inteUigent et sage a placé le canal thoracique à cété d^une des principales artères du corps
humain, alh) que le battement energ que de cette artère servit à faire monter le chyle dans ce canal, qui
est étroiteiueiii emprisonné, et n'a pas de mouvement propre qui lui soit sensible.
1
^ rnnoMJcno!!. 74
rhuisi; mais c'était Tendroit le plos faTorable pour que ce fluide arrivât promptement au
cœar. La reine sous-clayière est considérable, et par conséquent le mélange du chyle au
sang 7 lait moins de sensation : mais surtout le chemin que cette liqueur nouTeUe a à
parooQiir, ayant de reccToir dans le poumon la préparation qui en fait un Téritabie sang,
est un chemin très-court. Sans doute il j aurait eu de rincouTénient à ce que cette li-
queur, encore crue et imparfaite, circulât dans un grand espace avec la masse du sang. Qui
est-ce qui aurait imaginé qu'il existât ainsi une communication directe entre les intestins
et une yeine du col , pour le transport du fluide qui nourrit toutes les parties du corps ?
le n ai rien dit de la digestion, parce que je craignais que le détail de ce procédé ne
nous fit perdre de Tue la marche des aliments, depuis la bouche jusqu'à leur entrée dans le
sang. J'en riens à cette opération importante.
Le suc gastrique est ici l'agent immédiat et princii^al. Cest un dissolvant très-actif, et
distinct, par sà nature, de la salive et de la bile. La digestion qu'il opère n'est point une
pntrétaction : au contraire, le suc gastrique résiste puissamment à la tendance putride, et
restaure même les substances déjà en putréfaction.
La digestion n'est point un prof*édé de fermentation : elle commence à la surbce des
substances, et se propage vers le centre : au Heu que la fermentation commence vers lu
centre et s*étend vers les surfaces. Le secours de la chaleur n'est point indispensable à
Faction du suc gastrique, comme il l'est dans les digestions artificielles, car le suc gastri-
que tiré d'un esturgeon ou d'un cabillaud, et parfaitement froid* dissout les écailles des
crabes et des écrevisses de mer. En un mot, la digestion animale est un procédé êui geHeriêj
et en dehors de toutes les opérations chimiques que nous connaissons. Le suc gastrique
d*on oiseau de proie n'a aucune action quelconque sur le grain, pas même pour achever
de dissoudre le grain déjà macéré dans le gésier d'un moineau qu'il mange. Chez les oi-
seaux granivores, le suc gastrique n*attaque point le grain tant qu'il est entier, et que sa
pellicule snlisiste ; mais du moment où le grain est entamé, l'action de ce suc est très-ra-
pide. Le broiement du gésier est donc une préparation indispensable à l'eiTet du suc gas-
trique : il faut la réunion des moyens mécaniques et des moyens chimiques.
Pour opérer ce broiement, ou cette trituration pré|)aratoire sur le grain, le gésier a été
armé des muscles les plus forts, et doublé de cartilages solides. Le suc gastrique se forme
daos cette poche, et suinte de là dans l'estomac pour y achever la digestion.
Chez les moutons, le fluide gastrique n'a aucune action digestive sur les plantes, à moins
qu^elles n'aient été préalablement mâchées. Mais lorsque les plantes ont subi la mastica-
tion, le suc gastrique de ces animaux les attaque avec tant de force qu'il en décompose
très-promptemeat les nervures, et même les plus dures.
Le suc gastrique du mouton et du bœuf ne fait aucune impression quelconque sur les
viandes. Hnnter a découvert une singulière propriété du suc gastrique des animaux carni-
vores, c'est de demeurer sans action sur les substances animales vivantes, tandis qa'ii dé-
compose promptement la chair des animaux morts. La fibre vivante n'a point à en souf-
frir. Des vers y subsistent pendant des années, et les parois internes de l'estomac n'en
sont point attaquées tant que l'animal vit; dans le cas de mort soudaine', pendant que
l'estomac était vide, le suc gastrique a quelquefois corrodé les parois de l'estomac jusqu'à
les percer d'outre en outre.
La vésicule du fiel est une invention très-remarquable. Ce n'est point un canal, mais un
réservoir placé à portée du canal qui porte la bile depuis le foie jusqu'à l'intestin, lequel
canal se nomme le canal hépatique. La vésicule du fiel communique avec ce canal, par un
antre , nommé le conduit cystique ; au moyen de quoi le réservoir peut fournir au besoin
ane augmentation de bile dans le duodénum. La positicm de la vésicule du fiel parait cal-
culée avec soin et prévoyance pour cet office. EUe touche à la paroi externe de l'estomac.
Lorsque ce viscère est distendu par une surchai^e d'aliments , la vésicule se trouve com-
prianée. H en sort alors une plus grande quantité de bile, pour répondre à la quantité ex-
traordinaire d'4diments sur laquelle la bile a à travailler.
n est bien probable que la vésicule dn fiel a d'antres avantages, et une autre destination
I>ICT10!V5. D'A?(TBa0P0L06IC. 3
7Î5 INTRODUCTION. 7€
(i;jo celle que je viens de reinanjiier. 11 esl vraisemblable que le séjour que fait la bile
tinns ce réservoir modifie la nature et les qualités de ce fluide.
L'insertion du conduit de la bile dans l'intestin offre à l'observateur une invention des-
tinée à empêcher le retour du fluide. Ce n'est pas une valvule ou soupape qui s'oppose au
•reflux; mais le conduit, après avoir percé obliquement la paroi externe du duodénum, che-
mine l'espace d'un pouce entre les deux tuniques de l'intestin, avant de percer la seconde.
Nous retrouvons la môme invention dans l'insertion des uretères près du col de la vessie.
Ils clieminent également l'espace d'un pouce entre les tuniques de cette cavité, avant de
.percer la paroi intérieure. Le but de cette invention est évidemment , dans les deux cas,
dV.mpôchor le retour du fluide : la même force qui tendrait à faire refluer celui-ci tend
également h appliquer la tunique interne sur la tunique externe, et à fermer par consé-
quent le passage en comprimant le tube.
Parmi les vaisseaux du corps humain, il en est un très-remarquable par sa disposition,
c'est celui qui conduit la salive depuis l'endroit où elle est principalement fabriquée jus-
qu'à l'endroit où sa présence est nécessaire. Les glandes parotides, situées entre l'oreille
et l'angle de la mâchoire inférieure, filtrent la salive, ou la séparent du sang. Un canal, de
trois travers de doigt de long, et de la grosseur d une paille , est situé en dehors de la
joue, puis traverse dans toute son épaisseur un gros muscle, pour pénétrer dans la bouche,
et y lancer la salive, dont la sécrétion, le cours et le jet sont provoqués par la mastica-
«
tion.
Il y a, dans notre structure, un autre conduit extrêmement curieux, mais dont le méca-
nisme est différent de ceux dont j'ai parlé, parce qu'il n'est pas destiné à contenir un li-
quide», je veux parler du larynx et ae a trachée-artère.
Nous savons tous que nous avons dans le cou deux conduits différents : l'un qui mène h
l'cslornac, et l'autre aux poumons : le premier est le canal des aliments; le second sert au
passage de l'air, pour la respiration et la voix.
Nous savons tous aussi que ces deux conduits viennent aboutir dans l'arrière-bouche. Il
s'agissait d'empêcher, que les aliments, surtout les liquides, n'entrassent dans le conduit
qui mène à la poitrine : voici comment l'ouvrier y. a pourvu. Le passage des aliments s'ou-
vre dans l'arrière-bouche sous la forme d'un entonnoir ; à l'entrée même du canal, est une
fente qui communique au larynx. Cette fissure esl recouverte d'un cartilage mobile, ou
d'une petitfc langue, qu'on nomme l'épiglolte, et qui ferme exactement l'ouverture, lorsque
les aliments solides ou liquides passent par-dessus pour descendre dans l'œsophage. Le
poids des aliments et l'action des muscles qui opèrent la déglutition concourent à mainte-
nir cette langue appliquée sur l'orifice, tant que les aliments passent. A l'instant oii ils
cessent de passer, le ressort de ce petit cartilage le fait relever un peu, afin que l'air ait
un libre accès dans le poumon. Lorsqu'on réfléchit à la fréquence de la déglutition et h la
continuité de la respiration, l'on s'étonne que ces deux fonctions se nuisent si rarement. Il
semble que l'accident d'avaler de travers devrait être beaucoup plus fréquent qu'il ne l'est,
puisque la moindre particule de matière solide ou liquide qui pénètre dans le larynx occa-
sionne une toux incommode, et que cependant l'ouverture du larynx s'ouvre nécessaire-
ment pour respirer, entre chaque eflbrt que nous faisons pour -avaler.
•On -ne prétendra pas que l'action des parties voisines ait pu former graduellement Tépî-
f^lotle dans une suite de générations ; car l'espèce ne pouvait pas attendre la formation d'un
organe dont la perfection est indispensable h la vie du premier individu.
Le conduit do l'air jusque dans le poumon a une structure très-particulière : il est com-
posé d'une suite d'anneaux cartilagineux qui, par leur nature , maintiennent le passage
constamment ouvert. La construction des autres vaisseaux du corps humain ne pouvait
pas être appliiiible ici : des parois moites et flasques auraient mis le conduit en danger do
se former par la compression des corps extérieurs, ou par celle des aliments descendant
jmr l'œsophage ; cependant, comme ces aliments, pour descendre le long du gosier, ne de-
vaient pas ôtr»^ gênis par le voisinage d'un conduit cartilagineux inflexible, le sage inven-
teur de cet appareil a fait en sorte que le c6lé de la trachée-artère qui touche au gosier
oùt céder, au besoin, à la pression des aliments : les cartilages ne font pas le cercle
n iimiODucTio^. t$
enlier; ils sont réunis par une membrane flexible, dans toute la longueur du cuuJuit.
La tracbée-artère, réunie au larjnr, forme un instrument de musique, c^es^à-dire une
pièce de mécanique appropriée à la modulation des sons. On réussit à imiter le cri des ani-
maux en soufflant dans la tracbée-artère enlevée è l'animal mort« et en resserrant ou re-^
lâchant le larynx. Les oiseaux, dit Bonnet, ont une anche semblable à celle d*un hautbois,
et qui se trouve placée à l'extrémité inférieure de la trachée -artère, pour la génération du
son que la trachée-artère et le larjnx doivent modifier.
I ai dit que l'action des poumons sur le sang était d'une nature mystérieuse, mais leur
action, relativement à la formation des sons, est précisément celle* du soufilet dans la forma»
tion des sons d'un oi^e.
Si j'ai considéré séparément la charpente, les muscles et le système vasculaire des corps
vivants, c'est pour traiter la matière avec plus de méthode ; mais le lecteur doit sentir que
c'est aflaiblir rarement de l'intention et de la sagesse du Créateur, que de séparer ainsi
les objets. L'intelligence et le dessein brillent surtout dans le concours de tous les moyens
vers un certain but d'utilité : c'est l'action collective, c'est la mutuelle dépendance de tou*
les les parties de l'ensemble, que l'on doit surtout admirer.
Quelqu'un a dit, avec raison, que la seule action de porter la main au visage sufiit à un
homme pour lui démontrer l'existence de Dieu. Réfléchissons en eflet aux principales con-
ditions nécessaires pour ce simple mouvement. Il a fallu pourvoir à des cylindres inflexi->
blés qui pussent s'articuler ensemble, et qui donnassent au bras sa solidité. Il a fallu pla-
cer une articulation à l'épaule pour soulever le bras, et une autre au coude pour le olier.
il a fallu nourrir le liant de ces articulations par un mucilage qui les abreuve, et en assu-
rer la solidité par des ligaments sufBsamment forts. Il a fallu implanter des tendons dans
les os, aux endroits convenables pour produire les mouvements que permettent les arti-
culations, et faire de ces tendons le prolongement de certains corps que l'on nomme
muscles, et qui ont la propriété de se raccourcir en se contractant. Voilà en gros le méca^
nisme du bras; et il y en a assez de cette connaissance jiour conclure à l'existence d'un
Créateur : mais ce n'est pourtant encore là qu'une pièce de mécanique dépourvue de vie et
d'action. Il a fallu mettre cette pièce de mécanique en correspondance avec le cerveau,
pour que la volonté de l'individu pût agir sur elle. Cette correspondance existe par les
nerfs : nous en avons la certitude, [larce que nous voyods ces fils de çomiz^iinication, et que
nous savons que la section de ces fils paralyse les membres où ils aboutissent; mais par
delà ce fait, nous savons bien peu de choses sur l'oi^anisation des nerfs : elle est trop sub-
tile pour nos moyens d'observation.
A tout ce que je viens d'indiquer comme indispensable pour qu'un homme puisse por-
ter 3» main à son visage, il faut ajouter tout ce qui est nécessaire à l'entretien et à la répa-
ration des forces du bras, et par conséquent du corps entier : il faut que le sang circule ;
eue les sécrétions et les excrétions se fassent ; que l'équilibre soit maintenu dans le système
des diverses humeurs du corps comme dans le système nerveux ; en un mot, ilfhut que le
miracle de la vie se soutienne, pendant que le mouvement dépendant deJa volonté s'exécute.
i VU.
On est frappé d'admiration lorsqu'on réfléchit quelques instants au nombre et à la variété
des instruments mis en ceuvre vers un certain but , dans le corps de l'animal vivant. Un
petit oiseau qui pèse une onc« est pourvu d'instruments pour manger, pour digérer, pour
assimiler la nourriture en sa propre substance, pour respirer, pour chanter, pour se repro-
duire, pour marcher, pour voler, pourvoir, pour entendre et pour sentir. Chacun de ces
instruments est distinct de tout le reste, et merveilleusement approprié à son objet.
Le corps d'un animal vivant, considéré dans son ensemble , donne lieu à trois observa-
tions principales qui m'ont toujours paru des preuves éridentes de l'attention et de l'exacti-
tude de l'ouvrier 'dans l'accomplissement du dessein qu'il avait en formant l'animal.
La première observation à foire, c'est la correspondance exacte des deux côtés de l'ani-
mal. Chaque partie répond à l'autre avec une précision qui fait une des grandes difficultés
du statuaire et du peintre.
L'ostéologie démontre le soin qni a été pris pour que les treize os de la foce humaina
79 INTRODUCTION. 80
fussent placés dans une parfaite symétrie, savoir : sii d'un côté , sii de l'autre , et le trei-
zième au milieu.
Quand on compare rœil d'un individu avec Tœil de divers individus successivement, on
admire la prodigieuse variété de formes et de teintes qu'admet cet organe. Sur dix mille
yeux^ il serait impossible peut-être d'en assortir deux qui n'appartinssent pas au même indi-
vidu , et cependant l'assortiment de cet organe compliqué est rigoureusement exact chez
chacun de nous.
La symétrie existe partout où elle sert à l'utilité ou à la beauté : partout ailleurs , elle
n'existe pas. Elle n'est point nécessairement dans la nature du sujet ; sans cela , elle serait
universelle. Les deux ailes d'un oiseau sont semblables ; mais les deux côtés d'une plume
ne le sont pas. Dans les insectes qui ont un grand nombre de jambes , il n'y a pas deux
jambes du même côté qui soient exactement semblables , et les jambes qui se correspon-
dent le sont rigoureusement.
La seconde observation que je fais, c'est que, tandis que les cavités du corps sont confor-
mées extérieurement de manière à produire la symétrie la plus exacte , les parties conte-
nues dans ces cavités ne sont point entre elles dans les mômes rapports. La section verticale
du thorax, par le centre du sternum, divise la poitrine en deux parties, dont les formes
extérieures sont exactement semblables ; et cependant les parties intérieures ne le sont
point. Le poumon est à droite, et le cœur à gauche ; mais les formes et la masse de ces
organes sont tout à fait différentes. La même chose se remarque dans la cavité de l'abdo-
men. Le foie est à droite, mais il n'y a point , h gauche , de viscère correspondant : la rate
n'a aucun rapport au foie, pour la forme et le volume. L'estomac a une construction régu-
lière, une position oblique. Les intestins sont repliés et redoublés sans aucune symétrie
entre la droite et la gauche ; cependant cette correspondance de forme est conservée sur
toute la surface du tronc , avec un soin d'autant plus remarquable que les muscles ont une
souplesse et une variabilité de proportions qui rendaient la chose beaucoup plus difficile.
La forme extérieure ne résulte point ici de la pression mécanique des parties contenues ;
cette forme symétrique résultf de la correction des inégalités, des compensations étudiées
et minutieusement exactes, entre diverses formes irréguiières pour obtenir des formes qui
soient symétriques dans leurs moindres ondulations.
La troisième observation importante, c'est que les vaisseaux par lesquels se fait la nutri-
tion sont disposés et distribués de manière à ne point produire d'inégalité entre les parties
qui doivent se répondre. Les deux bras sont symétriques ; et, cependant, il n'existe aucune
symétrie entre les vaisseaux qui leur portent le sang ce ne sont pas deux artères d'égal
diamètre, se bifurquant d'un tronc commun, et sous des angles égaux, qui abreuvent nos
deux bras de leur fluide nourricier ; cependant , le résultat est exactement le même pour
l'un et pour l'autre. On voit que la symétrie a été un des objets de la sollicitude de l'ou-
vrier intelligent qui a façonné cet ouvrage.
Je ne sache pas qu'on ait jamais considéré avec une attention suffisante l'art avec lequel
toutes les parties du corps humain sont placées, serrées, contenues, sous le moindre volume
possible, et pourtant avec une sûreté parfaite. Voyez combien de différentes choses, toutes
importantes, compliquées et délicates , se trouvent renfermées dans le tronc de l'homme.
Réfléchissez au danger du moindre dérangement dans les fonctions vitales , par l'effet des
compressions, des blessures, des obstructions, des viscères ou des vaisseaux ainsi serras en
masse les uns contre les autre''. Considérez cette pompe placée dans la poitrine , et qu
donne quatre-vingts coups de piston par minute ; ces deux appareils de vaisseaux pour por<
ter et rapporter le sang dans toutes les parties du corps ; le poumon , qui distend et con
tracte sans cesse des milliers de vaisseaux de deux espèces, pour agir mystérieusement sur
la nature intime du sang ; le laboratoire de l'estomac dissolvant et modifiant les substan-
ces ; les intestins chassant peu à peu la pulpe en digestion , et aspirant sa partie essentielle
(!t nutritive pour réparer le sang. Le foie, les reins , le pancréas , et des milliers d'autres
glandes, séparant du sang certains sucs nécessaires ou nuisibles. Toutes ces opérations , et
un grand nombre d'autres dont les détails nous échappent par leur subtilité , cheminent
ensemble. Quand on réfléchit à cette com[)]ication, et qu'on voit cependant le tronc , ou le
WTRCM)UCTION. 8Î
ballot qui contient tant d*organes délicats, heurté, froissé , plié, secoué de la manière la
plus Tiolenle sans qu*il en résulte aucun dérangement, on reste confondu. Un sauteur, un
danseur de corde, un faiseur de tours, au milieu des secousses les plus rudes , et des con-
torsions les plus extraordinaires, n*éprouTe ni déplacement dans les yiseères, ni suspension
dans TacÛTité de chaque organe de la nutrition et de la rie. ÀTec quel art tant de parties
diverses ne sont-elles pas assujetties, maintenues en sûreté , et comme emballées en uu
petit Tohime dans le tronc de l'homme !
Je désire m*arréter un moment à faire sentir à mes lecteurs les précautions prises poui
prévenir les déplacements des viscères et des oi^anes importants à la Yîe , dans les deux
carîtés du tronc de Thomme, quoique ce détail m'oblige à employer certains termes tech-
niques que j aurais Youiu pouvoir éviter.
Lecœur est fixé 4lans la poitrine, entre les deux lobes du poumon. Il est attaché au
médiastin et au péricarde. Celui-ci, qui est une membrane extrêmement forte, adhère à la
duplicature du médiastin , et est assujetti par sa pointe à un tendon du diaphragme. Lq
coeur est encore maintenu en place par les gros vaisseaux sanguins qui eu sortent.
Les poumons sont liés au sternum par le méJiastin, dans leur partie antérieure , et aux
vertèbres par la plèvre, dans leur partie postérieure. Le médiastin est une cloison qui par-
tage la poitrine et parait destinée à prévenir le déplacement des parties contenues dans cette
cavité, comme aussi à empêcher que Tun des lobes du poumon ne presse sur l'autre, lors-
que nous sommes couchés sur le cêté. Le foie est assujetti par deux ligaments ; le premier,
qui est très-fort^ pénètre dans sa substance même , et tient au diaphragme ; Tautre lien est
la veine ombilicale, qui, après la naissance, se convertit en un ligament. Le premier fixe
le foie dans sa position quand nous nous tenons debout : le second cm{.éche que ce viscère
ne presse contre le diaphragme lorsque nous sommes couchés sur le côté. Quand nous
sommes étendus sur le dos, les deux ligaments concourent également à empêcher que le
tne ne comprime la veine cave, à laquelle appartient la fonction importante de rapporter
le sang au cceur.
La vessie est attachée à Tombilic par un ligament qui , dans le fœtus, était le conduit. Le
péritoine empêche que les intestins ne pressent trop fortement la vessie , ou ne se confon*
(lent avec elle ; car une duplicature du péritoine est spécialement destinée à séparer lof
reinset la vessie des autres parties contenues dans l'abdomen.
Les reins sont logés dans un lit de graisse.
Le pancréas est fortement attaché au péritoine , ou membrane adipeuse qui enveloppe
tous les viscères contenus dans le bas-ventre.
La rate est fixée à sa place par une adhérence au péritoine, au diaphragme et àl'épiploon.
On a été embarrassé d'expliquer l'usage de la rate : il est possible que ce soit un corps de
remplissage, uniquement, et sans lequel il j aurait du ballottement dans les parties voisi-
nes, en cas de seeousses violentes. Lors même que la rate n'aurait pas d'autre destination ,
il fandrait toujours qu'elle eût une circulation et une nutrition , pour être maintenue en
vie ; c'est-à-dire avec les attributs des corps vivants.
L'épiploon est un tablier redoublé ou relevé dans sa partie inférieure. Son extrémité
supérieure est adhérente à l'estomac, à la rate et à une partie du duodénum. Le bord de
la partie redoublée s'attache au colon et à Tintestin voisin.
Voilà quelques notions sommaires sur les précautions prises contre le déplacement des
principaux viscères ; mais ceUe de toutes les précautions qui annonce, ce me semble, le
plus de soin et d'art, c'est celle qui a été piise pour empêcher les accidents du canal des
intestins. Cn tube flexible, qui a cinq ou six fois la longueur de l'homme, qui a été replié
snr lui-même en circonvolutions nombreuses, semblait devoir être exposé à des déplace-
ments, des noeuds, ou des compressions fondées dans les secousses brusques et les mouve-
ments variés du corps qui le contient*, il devait au moins être exposé k se déranger de
t ordre dans lequel il a été plié et disposé pour remplir les importantes fonctions qui lui
Miut dévolues. Voici la précaution que l'ouvrier a prise pour prévenir les accidents. Le canal
des intestins est cousu, dans toute sa longueur, à une bordure ou fraise membraneuse et
grasse, nommée le mésentère. Mais couimelc canal iutestinal est quatre fois plus long que lo^
S3 INTRODUCTION. W
mésentère, Tintestin a été froncé, pour pouvoir lui être rai)porlé et faire corps avec lui. Le
mésentère étant une substance grasse , souple, et ayant une forme aplatie , a pu être re-
doublé plusieurs fois sur lui-raôrao sans les inconvénients qu'on aurait dû craindre si
l'intestin ne lui avait pas été réuni. Cette fraise est d'ailleurs le dépôt d'un nombre infini
de glandes etdc vais^aux, et surtoutde vaisseaux lactés ou chylifères, qui pompent l'essence du
chyle k mesure qu'il chemine dans l'intestin. Enfin, cette substance membraneuse, qui est
le dépôt de l'appareil alimentaire et le garant de la sécurité de Tintestin , est attachée so-
lidement aux trois premières vertèbres lombaires^
Une autre propriété générale des corps des animaux, c'est la beauté. Je n'entends pas ici
la beauté relative, c'est-à-dire l'avantage que tel individu ou telle espèce peut avoir à cet
égard , je parle de la précaution prise pour adapter l'apparence extérieure des animaux
aux perceptions des autres animaux avec lesquels ils sont en rapport. Dans notre espèce,
par exemple, si Ion considère quels sont les matériaux et les parties intérieures du plus
beau corps, on voit évidemment qu'il a été pris un soin particulier de réduire le tout ea
une masse symétrique et d'un aspect agréable pour nos perceptions. Les formes sèches ,
anguleuses des os« ont été dissimulées ; les intestins, les viscères ont été cachés ; les mus-
cles ont été arrondis, entrelacés avec art ; et le tout ensemble a été enveloppé d'une mem-
brane cellulaire ou tissu graisseux, placé immédiatement sous la peau, et qui lui sert
comme de doublure. Le tissu mou, glissant, compressible, remplit partout les interstices
des muscles, arrondit les contours, et produit toutes ces formes ondoyantes et gracieuses qui
convertissent des matériaux dégoûtants en un objet plein de charmes, et sur lequel du
inoins la vue s'arrête avec satisfaction.
Tout cela montre avec une extrême clarté le dessein de l'ouvrier. La considération de la
beauté une fois démontrée dans l'intention du Créateur pour un seul de ses ouvrages, il
parait bien probable que cette même considération est entrée dans ses desseins pour d'au-
tres ouvrages de la nature, et qu'ainsi les teintes des fleurs , le plumage des oiseaux , les
fourrures de certains quadrupèdes, les écailles des poissons, les couleurs brillantes et va-
riées des insectes ont été distribués avec l'intention d'embellir les espèces et les indivi-
dus,^ c'est-à-dire de les rendre agréables aux perceptions des espèces et des individus avec
lesquels ils sont en rapport.
Il y a dans les animaux certaines parties qui sont belles, d'une manière évidemment in-
dépendante de l'utilité: pai^ çiemplc, l'iris des yeux, dans presque toutes les espèces de
quadrupèdes et d'oiseaux, est d'une beauté remarquable ; il n'en résulte cependant point
une perfection plus grande dans la vision; mais l'ouvrier ne pouvait pas employer son
pinceau plus avantageusement par rapport à la beauté des nuances , parce que c'est la par-
tie qui se préseiite la première aux re;$ai;ds de l'observateur.
Chez les plantes, et surtout dans le^ fleurs des plantes, le principe de la beauté parait avoir
été pris en considération avec plus de soiix encore que dans toute autre partie de la créa-
tion. Pour choisir un exemple entre mille, quelle peut être la raison pour laquelle la^co-
rolle d'une tulipe change de couleur quand elle arrive à un certain point de son dévelop-
pement? Le but de la nutrition et de la maturité delà graine aurait pu s'accomplir égale-
ment lorsque les pétales auraient conservé la couleur verte. Si les lois de la végétation
exigeaient un changement de couleur^ pourquoi cette riche variété de teinles qui charme
les yeux? On a prétendu que c'était là un effet nécessaire de la décadence de la plante «.
une maladie de TAge, semblable à celle qui fait jaunir les feuilles en automne; mais il n'y
a aucune vraisemblance à celte explication du phénomène, car la plante est en pleine
vigueur, et la sève dans toute son activité, lorsque le développement des tQintes se mani-
feste. Il parait évident que ce déploiement de couleurs est indépendant des besoips de la
plante, étranger au but d'utilité, et uniquement destiné à embellir la fleur
On a objecté que la beauté en elle-même était un mot vide de sens, et que ce que nous
sommes accoutumés à trouver agréable , quant aux formes et aux couleurs , est beau ,
quèIiC3 que soient ces couleurs et ces formes. Nos idées 4e la beauté sont susceptibles do
tS INTRODUCTION. 85
tant de modificalionsy par l'habitude, par Texeinple, par la mode, ou par l*eipérieuce de
1 arantage et du plaisir, à laquelle expérience se lient certaines impressions, que Ton a pu
douter, en effet, si la notion de la beauté existerait indéi.endamment de toutes ces causes
influentes. Mais c*est, Cv me semble, abuser du raisonnement, que de nier l'existence du
principe (c'est-à-dire d'une certaine capacité native de recevoir la perception de la
beauté), de nier, dis-je, ce principe, par la raison qu'il est soumis à Tinfluence des causes
accidentelles : d'autres principes, dont l'existence n'est nullement contestée , sont égale-
ment soumis à cette influence, et susceptibles d'êlre modifiés par elle. Voici, je pense, ce
qu indique l'analogie.
Cliacun de nos sens et des sens des animaux distingue ce qui est agréable et ce qui est
désagréable. Il y a certains goûts qui répugnent au palais, et d'autres qui le flattent : cette
distinction du goût des aliments est plus marquée et plus régulière chez la brute que
chez l'homme. Tous les chevaux, tous les bœufs, tous l^s moutons recherchent et rejettent
invariablement certaines plantes. Certains insectes ne mangent que des végétaux déter-
minés et meurent plutôt que de changer de nourriture. C'est donc une préférence décidée
du sens pour certaines substances, et un éloignement non moins marqué pour d'autres.
Nous voyons de même que le sens de l'odorat est flatté de certaines odeurs, ou qu'il y
répujine. Certains sons, ou simples, ou composés, sont délicieux à l'oreille, tandis que-
d'autres en font le tourment. L'habitude peut beaucoup, sans aoute, pour modifier tout
cela, et c'est fort ueureux, car nous sommes souvent appelés à nous accommoder avec la
né(;essité; maL« en résulte-t-il donc que la distinction entre ce qui est agréable et ce qui
est désagréable soit tout à fait illusoire. Or je dis que tout ce qui est vrai de tous les
autres sens est également vrai du sens de la vue, c'est-à-dire que nous en recevons cer-.
laines impressions qui sont agréables et d'autres qui sont pénibles.
Mais de quelque manière que nous arrivions à avoir la perception de la beauté, c'est un4
lail que nous l'avons. Peu importe au raisonnement que cette perception dépende de l'or-^
ganisation native ou de la réunion des causes accidentelles. Ce qu'il y a de certain, c'est-
qae les formes et les couleurs des objets ne nous sont pas indifférentes ; que ceux-ci nous
sont agréables ou désagréables à voir. Ce n'est pas l'effet de l'habitude que de trouver beau
ce qui ne Test pas, car souvent ce que nous trouvons beau est très-rare. L^habitude nous
fiait supporter ce qui est désagréable à la vue, mais c'est tout ce que l'habitude peut faire.
Je dis donc que, soit que la perception de ce qui est agréable à la vue dépende de la consti-
tution native du sens, ou bien que cette perception résulte d'un grand nombre de causes
accidentelles, c'est un fait cpie nous en avons la capacité , et que l'aspect des animaux et des
Tégétaux a été déterminé par le Créateur de manière à être dans de certains rapports avec
cette capacité.
La peau oes animaux est la partie de laquelle dépend essentiellement leur aspect, et
relie qui a été la plus généralement ornée par la main du Créateur. Mais en comptant la
beauté pour rien, les té^juments qui enveloppent notre corps ont une utilité bien évidente :
c'est de cacher le jeu de notre organisation interne. Si nous pouvions voir le mécanisme
dont dépend l'entretien des fonctions vitales, noiu serions singulièrement effrayés. « Ose^
rions-nous faire un pas, un simple mouvement, dit .un auteur, si nous voyions notre sang
couler dans nos veines , nos muscles • nos tendons se contracter et se relâcher tour à tour,
nos poumons se remplir et se vider d'air et de sang, nos humeurs se filtrer dans les glan-
des, et tout cet incompréhensible assemblage de fibres, .de canaux, de pompes, de valvules,
de courants et de pivots, qui maintient l'existence d'un animal à la fois si frêle et si pré-
somptueux 7
Il y a une autre faculté des animaux, considérée dans leur ensemble, et qui est particu-
lièrement admirable chez les bipèdes ; c'est la faculté de se tenir debout. Celte faculté est
bien plus merveilleuse qu elle ne le parait. La statue d'un homme debout, que l'on placerait
en équilibre sur son piédestal, ne pourrait pas y tenir : il faut la fixer par des vis et dos
étrotts, ou bien le premier coup de vent la renverse. Cenendant <îcttc statue rend exacte-
97 INTROIHiCTiON. «S
ment les proportions du corps humaiR. Ce n'est donc pas seulement de la précaution de
placer le centre de gravité en dedans de la base, que dépend la faculté de se tenir debout»
A quoi tient cette faculté? Elle tient à un ensemble de mouvements compliqués que nous
faisons sans nous en apercevoir, et qui maintiennent le centre de gravité en dedans de la
base, malgré la variété des attitudes que nous sommes appelés à prendre. Un corps mort
que l'on place debout tombe par son propre poids : il faut donc plus que l'arrangement
des poids et des pressions : il faut cette mystérieuse faculté qu'on appelle la force.
J'ai dit que les mouvements que nous faisons pour maintenir notre centre de gravité en
dedans de la base se font sans que nous nous en apercevions. Il faut, il est vrai, un appren-
tissage : l'enfant qui apprend à marcher s'exerce à des équilibres que l'habitude lui rend
faciles ensuite; mais il faut une aptitude native qui puisse se perfectionner par l'usage :
sans la capacité première donnée par le Créateur, l'habitude ne pourrait point s'acquérir.
Quelles sont les parties principalement employées à maintenir l'équilibre dans la variété
des mouvements que l'homme est appelé à faire? Cela est difficile à expliquer. Peut-être les
petits os du pied y ont-ils la principale part. Chaque mouvement que nous faisons les met
en action, et il concourt à rétablir l'équilibre à mesure qu'il se dérange. Il est du moins
très-remarquable que le pied ait été composé d'un grand nombre de petits os de figures
irrégulières, qui reposent les uns sur les autres, et s'articulent ensemble, au lieu d'être
formés d'une ou deux pièces, en forme de semelle.
il serait bien difficile, cependant, de faire tenir debout une figure organisée, et dans
laquelle on aurait exactement imité la disposition des os du pied. 11 faut le concours des
articulations du genou, des hanches , et des vertèbres, pour maintenir l'altitude verticale
et l'équilibre du corps. Il faut surtout la parfaite flexibilité de la colonne dorsale, dont
chaque vertèbre peut se mouvoir précisément au point convenable, pour rompre la vio-
lence des chocs, et conserver l'aplomb dans tous les moments. Il faut également un certain
degré de tension dans les nerfs, les muscles et les tendons, pour maintenir l'attitude ver-
ticale. Or ce résultat dépend d'une merveilleuse combinaison de facultés, et d'un grand
nombre d'opérations compliquées.
Si la faculté de se tenir debout est une chose admirable chez l'homme, elle l'est peut->
être davantage dans les oiseaux. Une poule sortant de la coquille se met à courir. Cependant
un poulet, considéré géométriquement, et par rapport à son centre de gravité, sa ligne de
direction et son équilibre, est un solide tout à fait irrégulier. Qui est-ce qui adonné à ce
solide l'admirable faculté de l'équilibre? Na-t-il pas fallu dans l'ouvrier un soin tout parti*
entier j^our balancer ainsi le corps sur ses pivots?
11 y a une partie du mécanisme des jambes de la poule qui mérite notre attention sous
ce rapport : c'est que quand la jambe se replie, les doigts du pied se referment d'eux-
mêmes; c'est avec les jambes repliées que la poule dort sur sa perche. La contraction
machinale des doigts des pieds assure ainsi sa position pendant le sommeil (8).
Si nous considérons l'ensemble des analogies du corps humain, nous y remarquons des
suspensions ou des interruptions qui ne peuvent s'expliquer que par un dessein chez l'in*
venteur de la construction humaine. Je vais donner quelques exemples.
Tous les os de notre charpente ont un périoste : les dents seules sont exceptées. Au lieu
d'un périoste, les dents ont un émail d'une dureté extraordinaire. Qui est-ce qui peut douter
que cette exception à une règle,^ d*ailleurs invariable, n'ait un but ? N'est-il pas évident
que si une membrane aussi sensible que l'est le p^ioste eût recouvert les dents, l'animal
eài été continuellement exposé à souffrir 1 II leur fallait une enveloppe dure, insensible
t impénétrable ; et c est précisément ce qui leur a été donné.
La peau qui enveloppe toutes les parties du corps cède la place, dans les extrémités des
doigts, à une substance d'un tout autre genre, savoir, les ongles. Si la règle d'après laquelle
(t) Il y a un fait pliia fràj^^t eiicore : o*e9t i|u'il v a beaucoup d'oiseaui qui dorment habltaellemenl,
non pas accroupis sur les deux jambes , mais debout sur une seule et en équilibre sur leur branche^
Ne semble-t-il pas y avoir quelque chose de miraculeux dans cette faculté de conserrer un éauilibre par-
fait, qaal<|iie lea fondions des organes des sent soient suspendues, et malgré les causes accidentelles qui*
peuvent déplacer la centre de gravité, comme par exemple le vent, nui fait balancer la branche sur laquelle
roiseau dort !
tt INTRODUCTIOX W
les corps sont recoaTerIs de peau était nécessaire, ou bien que la déviation de la règle fût
îji parement accidentelle, cela ne serait point ainsi. J'entends par règle nécessaire un
concours de causes aveugles agissant indépendamment de tout desseiu. On ne pourrait
alors expliquer pourquoi la formation de la peau serait interrompue au bout des doigts,
et seulement d'un c6té des doigts. Si, d'autre part, la déviation était purement accidentelle,
si elle n'était pas l'eOét d'une intention, nous verrions paraître des ongles sur toutes les
(parties du corps, comme on y voit paraître accidentellement des boutons ou des verrues.
Toutes les grandes cavités du corps sont entourées de membranes, excepté la cavité du
crâne. Pourquoi le cerveau n'est-il pas garanti parle même genre d'enveloppe que les autres
organes principaux de la vie? Le cceur, les poumons, le foie, l'estomac, les intestins sont
entourés de té^niments flexibles. Je ne sais voir aucune raison de cette diflérence que dans
la cause finale. Le cerveau est une substance si molle et si délicate , sa conservation est
d'une telle importance à la vie, qu'il a été renfermé dans un étui solide. Si un anatomistc
observait que Texception n'est pas en laveur du cerveau seul, et que la moelle épinière
est garantie de la même manière, je lui répondrais qu'il ajoute à la force de l'argument.
S'il cite la poitrine comme également protégée par une enveloppe solide, je lui réponds :
que les côtes servent à la fois de protection aux organes contenus dans la poitrine, et de
charpente au soufflet du thorax, puisqu'elles s'articulent avec les vertèbres, pour pouvoir
s'élever et s'abaisser. Ce qui distingue la cavité du crâne, c'est qu'elle est entourée d'un os
qui sert exclusivement à défendre le cerveau. Les protubérances et les cavités du crâne
répondent exactement aux dépressions et aux renflements des lobes du cerveau, de manière
à les protéger contre toute secousse violente.
i \m.
Je ne pense pas qu'il existe de preuve plus certaine d'un dessein que la préparation,
c'est-à-dire les dispositions relatives à des choses qui ne doivent se réaliser que dans un
temps plus ou moins éloigné : la contemplation de l'avenir n'appartient qu'à Tintelligence.
Le corps des animaux fournit plusieurs exemples de cette prévoyance.
-Chez l'homme, le développement des dents est gradué de manière à prouver que le
complément de l'exécution a été suspendu avec dessein. Les dents sont déjà formées dans
les gencives; mais elles s'y arrêtent. Si elles sortaient trop têt, elles seraient non-seulement
inutiles à l'eniant, mais extrêmement embarrassantes pour sa nourrice. Au moment oîji
elles deriennent nécessaires, elles paraissent. La nature, c'est-à-dire cette intelligence qui
a été employée dans la création, a regardé au delà de la première année de l'enfant ; et
tandis qu'elle préparait des instruments pour des fonctions à venir, elle prenait soin que
ces instruments ne fussent point un obstacle aux fonctions du moment. Observons que
toutes les parties de la bouche sont parfaites, tandis que les dents ne sont point encore
développées. Les lèvres, la langue, les joues, le palais, le larynx sont parfaits, et les dents
ne le sont pas. Toutes les parties parfaites sont employées et nécessaires : les dents ne se-
raient qu'un obstacle à l'allaitement.
Lorsrpi'un ordre contraire se trouve convenable, il prévaut : chez les vers qui nais-
sent des CBuls de certains insectes, les dents sont le premier organe qui arrive à sa per-
fection ; Finsecte commence à ronger aussi têt qu'il est né, quoique d'ailleurs ses organes
ne toieni pas complets.
Ce que j'ai observé des dents de l'homme est vrai des cornes de certains animaux.
Les cornes du veau ne poussent que lorsqu'il est capable de paître; si elles parais*
saient plus têt, elles blesseraient la mère , quand l'animal frappe les mamelles pour
laire couler le lait qu'il suce.
La nature na pas seulement pourvu à un assortiment de dents pour le moment où ces
instruments deviennent nécessaires à l'enfant, mais elle a préparé d'autres dents mi
germent et se développent avec lenteur pour être employées plusieurs années après. Il
y avait, dans le mécanisme de la bouche, un obstacle très-dilBcile à surmonter, il dé-
pendait de l'accroissement de la mâchoire, qui a eu lieu en même temps que le dévelop-.
DmoKcnc^. «
l«e eH*^^ «I rkiUmr»]!^ qui en réwilte t-ernt «n ift'yynrétient «^^ILIe ►«!« î-rTir usage.
br^iif^ q«i5! Uf« précérfenliw , l« ef^ai^^eal et ^rf^n^mi !f-or jrU*e.
Il ea diflk'îie de *e r'-[^ré*eiiter qnelque rf*<rte qaî prouve p!a5 cc'îri;-!éteii;ent llnte!-
lr//rfàfe jHétorêoie que la fr/raadoo do lait efjez le* feacf- !!e5 des aiiician TÎTipares. A
rira'ani cù raoiinal oalt^ ^a nourrstare e^t pfêt*», et U>a* Ie< détails de celte disposition
¥fuitrêifif9ul%. D'êlffjr4 le liqaide pré^faré font le jeune animal est d*one nature nour-
ris%su%ihf ce en quoi il tUffére fie tOtt% !es autres prr>]ait5 des «é-.TéÛMas d« corps; et
la nature dani^ la eoinpr^ition de ee flaide n*a point été imitée: personne na réu5si à
laire da lait parde^ proeéflés chimiques, arec des herbes. Il tant obserrer, en second
ÏUsUf Vorjf^ne destiné h le séparer da san^, et les coudai ts par lesquels Tenfant Teitrait
da Mrio. Enfin , il faut remarquer que le lait ne se forme que dans les moments où il
4l<;vient nkte^saxre. Il n*f a, daas Tétat d^nne gestation arancée , aucun rapport qui nous
*oil inUtWv^ïAe arec la sécrétion du lait. Lorsqu*une partie du corps a besoin d*un sup-
plément de nouniiHre et l'attire» il ne parait pas probable qu'une production nouTelle
de nourriture se forme dans une autre partie du corps, c'est ce que personne ne conjec-
tarerait d'aranee %am avoir eonnaissanee du fihénomène. Tout le système lacté est un
Ufirade prolongé. Ce qui doit ajoutera notre admiration, c'est que le nombre des ma-
melons f chez les femelles , est proportionné au nombre des petits que la femelle doit faire.
Lacbienise, la laie, la femelle du lapin, du diat et du rat, ont les mamelons disposés
en grand nombre sous le Tentre, parce que les portées sont nombreuses. Dans la Tache, la
jument, etc., les mamelons sont rassemblés et en petit nombre. On ne peut expliquer ces
proportions raisonnées qu*en les rapportant à un Créateur intelligent.
Dans la matière qui nous occupe, c'est-à-dire les inventions qpii supposent prévoyance,
il importe de (tomuiéret les corps avant le moment oii ils sont animés.
Avant la naissance du fœtus, Tœil est déjà tout formé, et cependant il est inutile.
Ce^t une lunette dans une prison où la lumière ne pénètre pas; c'est un instrument
géométriquement et physiquement en rapport avec un élément avec lequel il n*a point
do communication ; mais cette communication va s'établir , donc il y a une intention.
C*est une provision faite pour une époque prévue : cette époque sera celle d'un chan-
gement complet dans la position et les circonstances de l'animal. Est-il probable que
Tœil ait été formé sans la prévoyance de ce changement , après lequel l'aûl devient abso-
lument nécessaire, au lieu qu'il était inutile auparavant? £st-il probable que l'œil ait été
formé sans l'intention de le mettre ensuite en contact avec cet élément qui le rend
utile, cl qui avait été exclu jusqu'à un certain moment fixé ? Un jeune homme fabrique
des lunettes pour le temps où sa vue baissera. Quand elles sont faites, il ne peut pas s'en
servir, elles rendent sa vue trouble ; mais, puisqu'il a fait une lentille convexe au point
convenable pour corriger l'aplatissement du globe de l'œil, il sait que l'âge amènera
le défaut delà vue qui résulte de la moindre convexité de la cornée; nous compre-
nons qu'il a prévu le changement qui devait survenir, qu'il y a réfléchi, et qu'il y
a travaillé an conséquence ; tout cela appartient à un être qui raisonne : mais la créa-
lion de l'œil , pour un terai)s qui n'est pas venu , et pour un état qui n'existe point
encore, appartient non moins évidemment à un être qui raisonne.
Ce que je viens de dire est également a[)plicable aux poumons. Cet organe de la res-
piration n a aucun jeu tant que l'air est exclu. Tout ce bel appareil de vaisseaux aériens
et do vaisseaux sanguins demeure sans usage tant que l'enfant n'a pas vu le jour ; mais
c est une machine prête à jouer, à l'instant nécessaire ; c'est une machine en magasin, et
i|ui doit être employée quand le moment en sera venu. Cela prouve que l'ouvrier a
prévu ce moment ; or c'est là le propre de rintelligence. Si Ton considère l'état de
ranimai dans le soin de sa mère , les poumons paraissent aussi déplacés que le serait
un suufllot do forge au fond de l'eau ; ils sont également hors de tous rapports avee
rélérnent qui les entoure; ils sont évidemment faits pour un autre élément et up autre
état.
« INTRODUCTIOX. «^4
Indiquons un détaU qni appartient au même appareil , et qui proclame également fin-
telligence préyojraote et la «fllicilude de l'ouvrier. J'ai dit que tant que l'enfant n'a pas
respiré , les raisseaux sanguins des poumons restent sans usage. Mais , en parlant de la
m&rche de la circulation, nous ayons vu que le sang, chassé du ventricule droit, fM>-
sait dans le poumon avant de revenir au ventricule gauche; comment donc se faii l.i
circulation dans le fœtus 7 Elle se fait au moyen d'une comoiunication temporaire enlr«>
un ventricule et l'autre, par un trou nommé botal ou otale, et par une artère qui joint
l'artère pulmonaire à l'aorte. Mais, tout cela est tellement provisoire cjue, dès que l'en-
tàDt a respiré , le trou botal se ferme de lui-même , et l'artère se convertit en un liga-
ment. Si cela n'est pas de l'invention, des ressources , des expédients, je demande ce
que c*est.
Mais, dira-t-on, l'action secrète de l'air sur le sang, par le contact presque immédiat
dans le poumon, n'est donc pas si nécessaire à la vie de l'animal qu'on Ta prétendu,
puisque le f(£tus vit sans cela; et, puisque l'animal peut vivre sans cela, pourquoi la
communication la plus courte n'est-elle pas conservée? La réiK)nse h celle objection ,
c'est que le sang qui nourrit le fœtus est le sang de la mère, et que c'est aans le pou-
mon de celle-ci que ce sang a subi la préparation qui lui est indispensable. Au moment
de la naissance, l'instrument de la respiration, qui était tout prêt, se met en jeu par
le seul effet du contact de l'air.
I IX.
Nous avons essayé jusqu'ici de donner un aperçu des merveilles du corps humain et
des traits innombrables de bonté , de prévoyance et de sagesse que nous présente son
admirable organisation. Nous ne terminerons pas sans recueillir quelques-uns de ces
y blimes témoignages rendus à la beauté, à l'excellence du corps de l'homme, afin de
célébrer l'auteur de toute chose dans la création de son chef-d'œuvre. Ecoulez Bossuet
commentant ces paroles de la Genèse : Faisons rHomme. ^ Faisons ! Dieu prend conseil
en lai-même, comme allant fa!ro un ouvrage d'une plus haute perfection, et, pour ainsi
dire, d'une industrie particuiii're, où reluisît plus excellemment la sagesse de son au-
teur. Dieu n'avait rien f:iit sur |.i terre , ni dans la nature sensible , qui pût entendre les
beautés du monde qu'il avait !*âh, ni les règles de son admirable architecture, ni qui
pût s'entendre soi-même h l'exemple du Créateur, ni qui de soi-même pût s'élever à
Dieu et en imiter rintelligence et l'amour, et comme lui être heureux. Pour donc créer
une si belle image, Dieu consulte en lui-même, et voulant produire un animal capable
de conseil et de raison , il appelle en quelque manière à son secours un autre lui-même,
à qui il dit : Faisons. »
Et un peu plus loin :
■ Dieu nous montre^dan^ la formation du corps de l'homme, un dessein et une attention
particulière. Cest parmi les animaux le seul qui est droit, le seul tourné vers le ciel, le
seul oià reluit par une si belle et si singulière situation, l'inclination naturelle aux choses
hautes, c*est de là aussi qu'est venue à l'homme cette singulière beauté sur le visage, dans
les yeux, dans tout le corps. D'autres animaux montrent plus de force, d'autres plus de vi«
tcsse et plus de légèreté, et ainsi du reste ; l'excellence de la beauté ai^iartient à Tbomme,
et c'est commo un admiraue rejaillissement de l'image de Dieu sur sa face (9). »
EcoutOQS lès Pères de l'Eglise expliquant ce même verset de la Genèse :
« Dieu, qui d'une seule parole avait fait sortir l'univers du néant, délibère au moment
OÙ il s'agit de créer l'homme; il tient conseil, il semble dessiner h l'avance l'ouvrage nou-
veau qui va sortir de ses mains. Il s'arrête, se parlant à lui-même : Fiisons^ dit-il, Vhommt
à noire image; qu'il commande à tous les animaux^ qu'il exerce son empire sur toute la terr^
Chose remarquable! le soleil, le fifmament, les deux productions jusque-là les plus admi-
9) Etisatiotu $ur tes Mf/êîeref^ iv* Semaine.
9$ INTRODUCTION. 96
râbles de ses mains divines, ont été formés sans nul préliminaire. L'écrivain sacré ne nous
apprend point de queUe manière ils ont été produits autrement que par la féconde parcXr
du Tout*Pui5saiit. Pour Thomme seul un conseil, un examen réfléchi, une nature préexis-
tante, un dessein particulier qui exprime la forme dans laquelle il va paraître, et le magni-
fique original dont il doit recevoir Tempreintel Parce qu'il est destiné à l'empire, son au-
teur en a tracé les caractères s»ur tout sou être, tant dans les qualités de son Ame que dans
la forme de son corps. Tout en lui respire le commandement, tout annonce le roi de la na-
ture (10).
« Quand l'empereur doit faire son entrée dans une ville, toutes les personnes attachées
è son service prennent les devants, afin qu'à l'arrivée du maître tout se trouve disposé à le
recevoir. Ainsi Dieu en a-t-il agi à l'égard de celui qu'il établissait le roi de l'univers. Par
ses ordres le soleil s'est empressé de naître, le ciel de se développer, la lumière de dissi-
siper les ténèbres pour éclairer et pour embellir son entrée triomphale (11). •
« Faisons Vhomme: quelle expression nouvelle, ex traordinaireî Quel est donc l'être qui va être
créé, pour qu'il faille que le Créateur se consulte et délibère auparavant avec lui-même?
Votre étonnement va cesser. De toutes les créatures visibles, l'homme est la plus noble,
la plus excellente; c'est pour luiqu'onl été faits le ciel, la terre, les mers, les astres du fir-
mament, et tous les animaux. C'est en raison de sa supériorité qu'il ne fut créé qu'après
tous les autres. Faisons Vhomme à noirs image^ c'est-à-dire que comme Dieu ne connaît
point de maître dans le ciel, ainsi l'homme n'en a point sur la terre.
« 11 n'a point encore paru, et déjà il est investi de la souveraineté. Indépendamment du
privilège de la raison qui assure notre supériorité sur tous les animaux, la seule forme
de notre corps démontre notre excellence, tant nous l'emportons sur eux par la noblesse
de la stature, la majesté des traits, la beauté et les rapports des parties diverses dont le coips
humain se compose, digne séjour de TAme intelligente à laquelle il est uni (12).
« Reconnaissez donc les tendres soins du Dieu qui, dès votre entrée dans le monde, vous
a investis de l'empire et d'un commandement perpétuel, et contre lequel rien ne peut pres-
crire. Un homme qui reçoit la puissance d'un homme est un mortel qui reçoit d'un mortel,
qui emprunte à celui qui iui-m6me ne possède que d'emprunt, condamné à perdre aussi-
tôt qu'il reçoit. Vous, c'est de Dieu que vous tenez votre puissance; les titres en sont inef-
façables, papce qu'ils ne sont pas écrits sur des tables de pierre, sur des chartes périssables,
que la corruption menace, qu'ils sont imprimés dans cette parole souveraine : Qu'il com^
mande! Dès lors, tout a été assuietti à l'empire de l'homme, et l'est jusqu'à la consomma-
tion des choses (13). »
. « Dieu, en créant l'homme à son image, a déployé sur sa personne toute sa magnificence,
il en a fait un être privilégié, le chef-d'œuvre de ses mains, devenu par là un objet digne
de ses complaisances. L'homme est donc aimé de Dieu (U). »
« Lève les yeux vers le ciel, A homme, s'écrie Herder, et réjouis- toi, en remolant,
de l'immense supériorité que le Créateur du monde t'a donnée, et qu'il a établie
«ur un principe aussi simple que la station droite. Si tu marchais incliné vers la terre
l
même - ,.
core paru dans le monde... Comparez la formation de Tbomme avec celle des autres ouvrages de la
niaÎD qui Ta mise en couvre, et vous vous écrierez , avec Saiomon : Ct$l quelque cho$e de grand que
l homme! i
(11) Saint 3i\ji Chrtsosto», serm. 3 m Gffi., et hom. 8 in €en
(li) Saint Jean Corysostohe, hom. 11 ad Pap. Antiock.
(13) Saint BÀSirE.
(Il) CUMc.'iT iVAlexandric.
f7 INTRODUCTION. M
i«
rommc ranimai, si ta tête était grossièrement formée pour le (roût et Todorat, si la struc-
ture de tes membres répondait à ces transformations, que deviendrait la puissance immor-
telle de ta pensée? Combien Timagede la Divinité en toi ne serait-elle pas dégradée?... Mais
en formant tes membres pour Tattitude droite, la nature a tracé les nobles contours de ta
tète; elle en a marqué dignement la place, et a commandé au cerveau, ce germe délicat et
éthéré du del, d'en remplir les capacités et d'étendre au loin ses branches. Le front s*élève,
riche de pensées et de souvenirs; les organes animaux se retirent et font place à la forme
humaine. A mesure que le cerveau s'élève, l*oreille descend : elle est plus étroitement unie
k l'oeil, et ces deox sens ont un fccès plus intime auprès de l'enceinte sacrée où se forment
les idées. Le cervelet, la moelle épinière et les principes vitaux des sens qui dominent
dans l'animal sont subordonnés à l'encéphale. Les ravons qui, par leur arrangement mer-
reilleux forment les corps striés (15), sont mieux marqués et plus délicats dans l'homme;
ce qui indique qu'une lumière infiniment plus pure se concentre dans cette région et part
de là en divergeant. C'est ainsi, pour me servir de cette image, que se forme la plante
qui, donnant naissance au bouton de la moelle épinière, s'épanouit en une fleur éthérée
dont le germe ne pouvait se trouver que dans cet arbre céleste, m
Nous ne pouvons mieux terminer ces considérations si incomplètes sur l'homme or-
ganique que par un morceau de Bossuet, qui sera comme le magnifique couronnement de
celte Introduction :
« Quiconque connaîtra I*homme verra que c'est un ouvrage de grand dessein, qui ne
pouvait être ni conçu ni exécuté que par une sagesse profonde.
« Tout ce qui montre de l'ordre, des proportions bien prises, et des moyens propres k
produire certains effets, montre aussi une fin expresse, par conséquent un dessein formé,
une intelligence réglée et un art parfait.
« C'est ce qui se remarque dans toute la nature. Nous voyons tant de justesse dans ses
mouvements et tant de convenance entre ses parties, que nous ne pouvons nier qu'il n'y ai!
de l'art ; car s'il en faut pour remarquer ce concert et cette justesse, à plus forte raison pour
rétablir. C'est pourquoi nous ne voyons rien dans l'univers que nous ne soyons portés k
demander pourauoi cela est, tant nous sentons naturellement que tout a sa convenance et
sa fin.
« Mais, de tous les ouvrages de la nature, celui où le dessein est le plus suiri, c'est sans
doute l'homme. Son corps devait être composé de beaucoup d'organes ca|:ables de recevoir
les impressions des objets et d'exercer des mouvements proportionnés à ces impressions.
Ce dessein est parfaitement exécuté.
■ Tout est ménagé dans le corps humain avec un artifice merveilleux. Le corps reçoit da
tous les cdtés les impressions des objets sans en être blessé. On lui a donné des organes
pour éviter ce qui l'ofl^ense ou le détruit, et les corps environnants qui font sur hii cet effet»
font encore celui de lui causer de l'éloignement. La délicatesse des parties, quoiqu'elle
aille k une finesse inconcevable, s*accorde avec la force et avec la solidité. Le jeu des res-
sorts n'est pas moins aisé que ferme; à peine sentons-nous battre notre cceur, nous qui sen-
tons les moindres mouvements du dehors, si peu qu'ifs viennent à nous; les artères vont,
le sang circule, les esprits coulent, toutes les parties s'incorporent leur nourriture sans
troubler notre sommeil, sans distraire nos pensées, sans exciter tant soit peu notre senti-
ment : tantlNeu a mis de règle et de proir-ortion. de délicatesse et de douceur dans de si
grands mouvements.
< Ainsi nous pouvons dire avec assurance que, de toutes les proportions qui se trou-
vent dans les corps, celles des corps organiques sont les pins parfaites et les |dus
palpables.
« Tant de parties si bien arrangées et si propres aux usages pour lesquels elles sont
faites, la disposition des valvules, le battement du cœur et des artères, la délicatesse des
(15) On appelle ainsi une portion du cerveau.
09 INTRODUCTION. IM
parties du cerveau, et la variété de ses mouvements, d'où dépendent tous les autres ; la
distribution du sang et des esprits, les effets différents de la respiration, qui ont un si
grand usage dans le corps ; tout cela est d'une économie, et, s'il est permis d'user de ce
mot, d'une mécanique si admirable, qu'on ne la peut voir sans ravissement, ni assez
admirer la sagesse qui en a établi les règles.
« Il n'y a guère de machine qu'on ne trouve dans le corps humain. Pour sucer quelque
liqueur, les lèvres servent de tuyau, et la langue sert de piston. An poumon est attachée
la trachée-artère , comme une espèce de flûte douce d'une fabrique particulière, qui,
s'ouvrant plus ou moins, modifie l'air et diversifie les tons. La langue est un archet qui,
. battant sur les dents et sur le palais, en tire des sons exquis. L'œil a ses humeurs et son
cristallin ; les réfractions s'y ménagent avec plus d'art que dans les verres les mieux
taillés. Il a aussi sa prunelle, qui se dilate et se resserre ; tout s'englobe, s'allonge ou
s aplatit , selon l'axe de la vision, pour s'ajuster aux distances, comme les lunettes à
longue vue. L'oreille a son tambour, où une peau aussi délicate que bien tendue résonne
au mouvement d'un petit marteau que le moindre bruit agite ; elle a, dant un os fort dur,
des cavités pratiquées pour faire retentir la voix de la môme sorte qu'elle retentit parmi
les rochers et dans les échos. Les vaisseaux ont leurs soupapes ou valvules tournées en
tous sens; les os et les muscles ont leurs poulies et leurs leviers : les proportions qui font
et les équilibres et la multiplication des forces mouvantes, y sont observées dans une jus-
tesse où rien ne manque. Toutes les machines sont simples; le jeu en est si aisé, et la
structure si délicate, que toute autre machine est grossière en comparaison.
« A rechercher de près les parties, on y voit de toutes sortes de tissus; rien n'est mieux
filé, rien n'est mieux passé, rien n'est serré plus exactement.
«c Nul ciseau, nul tour, nul pinceau ne peut approcher de la tenuresse avec laquelle la
nature tourne ei arrondit ses sujets.
«t Tout ce que peut faire la séparation et le mélange des liqueurs , leur précipitation,
leur digestion, leur fermentation, et le reste, est pratiqué si habilement dans le corps hu-
main, qu'auprès de ces opérations la chimie la plus fine n'est qu'une ignorance grossière.
« On voit à quel dessein chaque chose a été faite, pourquoi le cœur, pourquoi le cer-
veau, pourquoi la bile, pourquoi le sang, pourquoi les autres humeurs. Qui voudra dire
que le sang n'est pas fait pour nourrir l'animal; que l'estomac et les sucs sécrétés par les
glandes ne sont pas faits pour préparer par la digestion la formation di^ sang; que les
artères et les veines ne sont pas faites de la manière qu'il faut pour le contenir, pour le
porter partout, pour le faire circuler continuellement; que le cœur n'est pas fait pour don-
ner le branle à cette circulation ? Qui voudra dire que la langue et les lèvres, avec leur
prodigieuse mobilité, ne sont pas faites pour former la voix en mille sorte d'articulations,
ou que la boucfie n'a pas été mise à la place la plus convenable pour transmettre la nour-
riture à l'estomac; que les dents n'y sont pas placées pour rompre cette nourriture et la
rendre capable d'entrer, que les eaux qui coulent dessus ne sont pas propres à la ramollir
et ne viennent pas pour cela à point nommé, ou que ce n'est pas pour ménager les organes
et la place que la bouche est pratiquée de manière que tout y sert également à la nourri-
ture et à la parole? Qui voudra dire ces choses, fera mieux de dire encore qu'un bfttime&t
n'est pas fait pour loger , et que ses appartements, ou engagés ou dégagés, ne sont pas
construits pour la commodité de la vie, ou pour faciliter les ministères nécessaires ; en un
mot, il sera un insensé qui ne mérite pas qu'on lui parle.
«( Si ce n'est peut-être qu'il faille dire que le corps humain n'a point d'architecte, parce
qu'on n'en voit point l'architecte avec les yeux, et qu'il ne suffit pas de trouver tant de
raison et tant de dessein dans sa disposition, pour entendre quil n'est pas fait sans raison
et «ans dessein.
a Plusieurs choses font remarquer combien est grand et profond l'artifice dont il est
construit.
« Les savants et les ignorants, s'ils ne sont tout à fait stupides, sont également saisis
d'admiration en le voyant. Tout homme qui le considère par lui-même trouve faible toul
ce qu*il a ouï dire, et un seul regard lui en dix plus que tous les discours ef tous les livres.
101 nnnoDUcmN. los
« Depuis tant de temps qu*oo regarde et qu*on étudie curieusement le oorps bornai u,
quoiqu'on sente que tout y a sa raison, on n a pu encore panrenir à en pénétrer le fon*f .
Plus on le considère, plus on trouTe de choses nouTellcs , plus beUes que les premières,
qu'on avait tant admirées; et quoiqu'on trouve très-grand ce qu'on a d^k découvert, on
voit que ce n'est rien en comparaison de ce qui reste à chercher.
« Par exemple, qu*on voie les muscles si forts et si tendres, si unis pour agir au concours,
si dégagés pour ne se point mutuellement embarrasser, avec des filets si artistement tissus et
si bien tors, comme il faut pour faire le jeu ; au reste, si bien tendus, si bien soutenus, si
proprement placés, si bien insérés où il faut , assurément on est ravi, et on ne peut quitter
un si beau spectacle, et, malgré qu'on en ait, un si grand ouvrage parle de son artisan.
£t cependant tout cela est mort, faute de voir par oii les esprits s'insinuent, comment ils
tirent, comment ils relâchent, comment le cerveau les forme, et comment il les envoie à
leur adresse fixe, toutes choses qu'on voit bien qui sont, mais dont le sei^ret principe et le
maniement n'est pas connu.
« Et parmi tant de spéculations faites par une curieuse anatomie, s'il est arrive quelque*"
fois à ceux qui sy sont occupés de désirer que, pour plus de commodité, les dioses fussent
autrement qu'ils ne les voyaient, ils ont trouvé qu'ils ne faisaient un si vain désir que
faute d'avoir tout vu; et personne n'a encore trouvé qu'un seul os dût être figuré autrement
qu'il n'est, ni être articulé autre part, ni être emboîté plus commodément, ni être percé
Ml d'autres endroits, ni donner aux muscles dont il est l'appui une place plus propre à s'y
enclaver, m enfin qn'il y eût aucune partie dans tout le corps à qui on pût seuleiçent dé*
sirer ou une autre constitution on une autre place.
« Ainsi, nos corps, dans leur formation et dans leur conservation, portent la marqua
d'une invention, d'un dessein, d'une industrie admirable. Tout y a sa raison, tout y a sa
fin , tout y a sa proportion et sa mesure, et par conséquent tout y est fait avec art et avec
une sagesse profonde. »
IX.
Qu'on nous permette un dernier mot, non plus sur l'organisation, mais sur la puissan.^e
et la grandeur de l'homme au sein de la nature terrestre.
Peut-être méditant sur l'homme, dans les accès d'une sombre misanthropie, vous est-il
arrivé quelquefois d'abaisser jusque dans la poussière le diadème de sa destinée ; eh bien !
malgré ses fidblesses, malgré ses misères, l'homme est une (Buvre grande et sublime, il est
vraiment le vice-roi de la nature. Considéré organiquement, il est le centre vers lequel
rayonnent toutes les formes de la série des êtres animés, comme étant sur la terre la beauté
la plus parfaite et l'image la plus élevée de la Divinité. Ainsi, dans l'air et au fond des
cmx, sur les hauteurs et dans les abtmes, les êtres innombrables appartenant à la création
animée peuvent être regardés comme autant d'expressions des pensées de Dieu et de ses
inventions, conformément à un type suprême d'art et de sagesse, et nous voyons, pour
ainsi dire, les animaux s'avancer vers l'homme, comme ils s'avançaient vers le premier
père de notre race, et s'approcher pas à pas de sa forme.
QuanJ l'Auteur des choses eut achevé son ouvrage, et qu'il eut épuisé en apparence
toutes les formes fiossibles sur notre terre, il s'arrêta et contempla le produit de ses mains ;
et comme il vil que la terre manquait encore de son principal ornement, de son souve-
rain et d'un second créateur, il prit conseil en lui-même, il combina entre elles les formes
et composa son chef-d'œuvre, la beauté humaine. Avec une affection de père, il tendit la
main à la dernière créature de sa pensée, et lui dit : Sois debout sur la terre ! abandonné
à toi-même, tu eus été un animal semblable aux autres animaux; mais, par mon appui et
mon amour, marche la tête levée, et sois le dieu des animaux.
L'homme, sur la terre, achève l'ouvrage que Dieu l'a chargé de terminer : sa main se
promène avec une infatigable persévérance sur la surface rude et ébauchée du globe pour
(n |K)lir ; et si le monde terrestre est l'œuvre de Dieu, il est aussi en un certain sens l'œuvre
liç l'homme; car partout déjà sa volonté et sa puissance ont laissé leur trace et leur em-
405 INTftWWCTfON. m
prcinte (16). Aui brausMÎRes et aux forêts, qui hérissarent le front de notre planète couimo
une crinière sauvage, succède une douce et ondoyante chevelure de moissons et de prai-
ries ; les fleuves obéissent à la voix et reçoivent de nouveaux lits ; les torrents vagabonds
dans les plaines se resserrent entre des rivages escarpés comme une digue de rochers; de
nouvelles lignes d*eau se dessinent et sillonnent la terre de leurs bassins et de leurs canaui;
l^s montagnes s*aplanissent ; tes rochers, frappés par la verge des sondeurs, laissent jaillir
des fontaines ; et Thomme, devenu créateur de la lumière, éclaire dans la nuit la face de sa
planète, qui, parée de ses lanternes, se promène silencieusement parmi les ténèbres de
Tespace.
L'homme tient à tout, il est la chaîne de communication entre tout ce qui existe. L'ani-
mal, la plante, sont circonscrits dans leur sphère; la nôtre embrasse l'univers par nos be-
soins naturels ou factices, par nos connaissances et par le commerce; nous sommes l'âme
du monde physique. L'homme, par le nombre et par ses flicultés, s'est a^cquis la prépondé-
rance sur la terre; il est devenu le dominateur des continents et des mers. C'est à lui seul
qu'appartient, dans la nature, le droit de vrincre et de régner; il en est digne par son
génie et maître par ses facultés. Quels animaux peuvent lui disputer le trône? 11 n'a point
fondé ses droits sur la violence, mais ils sont établis sur son mérite et sur ses qualités. Si
Tempire appartenait uniquement à la force, le lion et Téléphant combattraient pour le
sceptre du monde, la baleine et le requin se disputeraient la domination de l'Océan; mais
tous reconnaissent la supériorité de ihomme; sa main sait asservir le tigre, soumettre
l'éléphant, harponner la baleine; la balle va dompter l'orgueil de l'aigle au sein des airs;
les bêtes les plus farouches, les tyrans de la terre et des airs, les monstres ae l'Océan
fuient sa présence ou tremblent à sa voix. Il donne la loi aux puissantes baleines, et fait
agenouiller l'éléphant à ses pieds 1 Sa supériorité est telle sur les animaux, qu'il leur est
plus avantageux de s'en faire oublier, comme l'insecte, que de lui résister, comme le lion
et le rhinocéros (17).
A mesure que l'homme s'est répandu sur le globe, non-seulement il a diminué l'étendue
sur laquelle s'étaient retirés les animaux encore libres, mais toutes leurs forces ont été,
pour ainsi dire, comprimées par le défaut d'espace, de sûreté et de nourriture. Leurs associa-
tions ont'été dispersées à l'approche de la société humaine, qui n'a pas souffert de rivale (18).
Son génie a dompté tous ceux dont il a cru pouvoir tirer quelque servicéf : il a modifié
leur naturel, altéré leurs goûts, cliangé leurs appétits; il les a dominés au point de n'avoir
plus besoin d'autre chaîne que celle de l'habitude pour les retenir auprès de sa demeure. Il
lef a faits ses esclaves, et, après s'être emparé de leurs forces, de leur adresse ou de leur
agilité, il a donné à l'agriculture le bœuf, au commerce l'Ane, si patient, et le chameau, ce
vaisseau vivant des immenses mers de sable; à la guerre, l'éléphant; à l'agriculture, au
commerce, à la guerre, à la chasse, le cheval généreux et le chien fidèle ; à ses goûts, le
lièvre, le cabiai, le cochon, le chevreuil, le pigeon, le coq des contrées orientales, le faisan
de l'antique Colchide, la pintade de l'Afrique, le dindon de l'Amérique, les canards des
deux mondes, les perdrix, les cailles voyageuses, l'agami, les tortues, les poissons; aux arts,
les fourrures, les martres, les dépouilles du lion, (Ui tigre et de la panthère, les poils du
castor, ceux de la vigogne et des diverses chèvres, la laine des brebis, l'ivoire de l'élé-
r
(IG) Dieu nous a donné la substance des choses; il en a abandonné les modifications à notre travail et à
industrie de Thommo. Par exemple, il a fait croître le blé, c'est à Tbomme à le chanser en paiii.
Dieu nous donne la vigne ; il ne nous donne pas le vin ; la laine qui sert à nous vèlir , c'est à nous â
faire le vêlement; la pierre, et non Tédifice. Parce qu'il créa Thomme à son image, il semële rassocier
à l'œuvre de la création. C'est lui qui a produit les matériaux ; c'est par les mains de l'homme qu'il achève
la création et embellit la nature. Tout-puissant parce qu'il est Dieu, il a fait éclore du sein du néant cha-
cune des substances génératrices ; l'Iuimme fait naître de leur sein ce qui n*existait pas. — Voy. S. J.
Chrysost., De dicto Abraham,
(17) * On conviendra que le plus stupîde des hommes suffit pour conduire le plus spirituel des animaux ;
il le commande et le fait servir à ses usages , et c'est moins par force et par adresse que par supériorité
de nature et parce qu'il k un projet raisonné, uu ordre d'actions et une suite de moyens par lesquels il
contraint l'animal à lui obéir, car nous ne vovons pas que les animaux qui sont plus forts et plus adroits
commandent aux autres et les fassent servir ^ leur usage. > (BtTproiv.)
(18) f Us se retirent devant lui à mesure qu'il étend les limites de son domaine. Le déserf est tout ce
quil leur faut, et ils le céderont encore à rhonime au jour où il lui plaira d'y planter sa iciiie. •
(UESCOt'iTS, L'homme et la création^ etc.)
4iS INTRODUCTION. 100
pbantt de IT.ippopotame, du morse, les défenses du narwol, Thoile des phoques, des la-
mantins, des cétacés, le blanc des cachalots, les fanons des baleines, la substance odorante
du musc, le duret de Teider, la plume de l'oie, Taigrette du héron, les pennes frisées de
l'autruche, les écailles du caret, et jusqu'à celles de l'argentine.
II ne s'est pas contenté d'user et d'abuser ainsi de tous les produits de tant d'espèces qu*il
s'est assujetties, il les a formées k contracter des alliances que la nature n*ayait point or-
données : il a mêlé celles du cheval et de l'âne, et il en a eu, pour les transports difficiles»
le mulet et le bardeau. Il a augmenté, diminué, modifié, combiné les formes et les cou-
leurs de tous les animaux sur lesquels il a vouhi exercer le plus d'empire. S'il n'a pu arra-
dier à la nature le secret de créer des espèces, il a produit des races par la distribution de
la nourriture, l'arrangement de l'asile, le choix des m Aies et des femelles. Surtout par la
constance, cet emploi magique de la force irrésistible du temps, il a fait naître de grandes
rariétés dans l'espèce du chien, plusieurs dans celles de la brebis, du boeuf, de la chèrre,
du bouc, un grand nombre dans celle du coq, une multitude dans celle du pigeon. On con-
naît les différentes races par le moyen desquelles le cheval arabe s^cst diversifié sous la
main de l'homme, depuis les climats très-chauds de l'Afrique et de l'Asie jusque dan5 le
Danemark et les autres contrées septentrionales. Et lorsque Thomme n*a pu soumettre
qu'impar&itement les ammaux, n'a-t-il pas su encore employer l'aliment qu'il a donné, la
retraite qull a offerte ou la sAreté (pi'il a garantie, à se délivrer des rats par le chat, des
reptiles dangereux par les ibis et les cigognes, d'insectes dévastateurs par les coucous et les
mainotes, etc.?
Uatlention, l'adresse et le temps, domptent les animaux les plus impatients du joug. Par
rabondan(% de l'aliment, la convenance de la température et les commodités de l'habitation,
des animaux nouvellement connus, tels que la vigogne du Chili et la chèvre de Cachemire^
fournissent un poil doux, soyeux, léger, très-l>rillant, à des ateliers que des machines in-
génieuses rendent chaque jour plus avantageux. La science indique à 1 agriculture et les
propriétés des divers terrains et les qualités des semences qui varient les recettes et multi-
plient les produits par leur convenance avec le sol; et les herbes destinées à former les
prairies les plus nourricières; et les animaux dont l'adresse, la force, la tempérance et la
docilité peuvent le plus alléger ses travaux ; et les arbres que les vergers réclament, et jus-
qu'aux fleurs qui doivent embellir les jardins et couronner les heureuses tentatives.
A mesure que les temps se succèdent, les difficultés diminuent, les obstacles disparais-
sent, les ressources s'accroissent; chaque découverte, chaque perfectionnement, chaque
succès en enfante de nouveaux. L'art de la navigation s'agrandit, la mécanique lui fournit
des vaisseaux plus agiles. Les rivalités des peuples, les jalousies du commerce, les fureurs
mêmes de la guerre, n'élèvent plus de liarrières au-devant des hommes éclairés qui cher-
chent de nouvelles sources dlnstruction. La physique et l'hydraulique créent de nouveaux
moyens de descendre sans périls dans les profondeurs de la terre. Des canaux, conduits
aux travers des chaînes de montagnes, lient les bassins des fleuves, et forment pour les
voyages et les transports un immense réseau de routes et de communications faciles. Les
observations ISûtes dans les contrées les plus éloignées les unes des autres peuvent être
comparées avec précision. La chimie ne cesse de découvrir ou de former de nouvelles subs-
tances. La cristallographie dévoile la structure des minéraux; un métal longtemps inconnu
sur une terre lointaine sert à perfectionner le système des mesures par l'invariabilité des
modèles, les arts chimiques par l'inaltérabilité des creusets, l'astronomie et l'art nautique
par la pureté des miroirs du télescope. On transporte au delà des mers les v^étaux les plus
délicats sans leur 6ter la vie : le café, le tabac, le thé, le sucre, les épiceries, portés avec
soin et cultivés avec assiduité dans des pays analogues à leurs propriétés, donnent aux
échanges une direction plus régulière, affranchissent les nations d'une dépendance rui-
neuse, et distribuent avec plus d'égalité les fruits du travail parmi les peuples civilisés.
Quelles images, quels tableaux, quelle source inépuisable de sujets d'imitation, d*acces-
soires pour les faire ressortir, et d'ornements pour les embellir, Téloquence et la poésie ne
tiouvent-elles pas dans le spectacle de la nature ainsi dévoilée et dans l'admirable variété
de ses productions rassemblées de toutes parts? Quelle puissance k chanter par les Homères
PiCnONN. D*A5TH1lOPOL04*re. 4
407 l.NTRODUCTSON. IQg
ot les Virgilcs moUemes, que celle do cette même nature physique combattant ^nlrc le
temps I Quel secours pour Thistorien des sociétés humaines, incertain sur l'origine^ la du-
rée ou la succession des événements, que Tétude de ces sublimes annales que la nature a
gravées elle-même sur le sommet des monts, dans les profondeurs des mers et dans les en-
trailles de la terre!
Une des grandes causes des progrès de cette civilisation qui a donné & l'homme un si
grand empire a été ce besoin de penser, de réfléchir, de méditer, qu'ont dû éprouver ceui
qui ont joui d'un sort paisible et de beaucoup de loisir. Plus frappés des divers phéno-
mènes qui les ont environnés que les autres hommes, et ne pouvant résister au désir d'en
tiécouvrir les causes, ils ont examiné avec soin et comparé avec assiduité les objets de leur
attention, et, de comparaison en comparaison, ils se sont élevés à ces idées générales qui
deviennent si fécondes lorsqu'on les rapproche les unes des autres pour en distinguer tous
les rapports et en déduire toutes les conséquences. C'est alors que l'imagination s'anime
et que le génie s'élève. Le courage entreprend de surmonter tous les obstacles ; ni les dis-
tances, ni les nrantagnes, ni les forêts, ni les déserts, ni les fleuves, ni les mers, rien ne
Tarrète. Le hasard, Terpérience et le calcul donnent au verre les qualités et la forme qui
Aj^randissent dans le fond de l'œil Timage des objets que leur distance trop grande ou leurs
dimensions trop petites' auraient dérobés à leur vue. L'active curiosité pénètre dans les
profondeurs des cieux et dans l'intérieur des productions de la nalure. Le génie s'avance,
pour ainsi dire, comme un géant suivi d'une légion d'hommes illustres; il enflamme cette
troupe immortelle, ce bataillon sacré qui combat pour accroître le domaine de la science*
OujcIs trophées élèvent ces hommes si favorisés de la nature, dont les rangs se muLiplient
et s'étendent sans cesse I Le môme souffle inspirateur les anime, les mèaies rayons les en-
vironnent.
Oui, l'homme est grand, surtout par les lois de sa nature intellectuelle, par le degré de
perfection où ses facultés peuvent atteindre. Voyez-le exerçant son génie dans tous les
arts, dans toutes les sciences, élevant sa pensée aux plus hautes conceptions; tantôt, d'une
voix solennelle, il chante dans un poëmeDieu, la création, les grands hommes elles
grandes choses; ou, combinant les lois de l'harmonie, dont le type se révèle à lui dans le
murmure des mers, les soupirs des vents, le chant des oiseaux, les mille bruits de la
nature, il compose de ravissants concerts, éloquente transformation de sa pensée, sublime
expression des émotions de son âme (19) ; tantôt, par la magie de son pinceau, il déroule
sur une simple toile une perspective enchantée, les scènes les plus variées, les plus pathé-
tique:^ ; ou bien c'est le marbre qui s'anime sous son ciseau, le bronze qui respire sous son
burin, ou la pierre qui, dirigée par le fila plomb et l'équcrre, s'élève en magniûques
palais, en dômes luisants d'or qui fendent la nue. D'autres fois, muni de merveilleux ins-
truments d'optique qu'il a inventés, il découvre de nouveaux mondes dans des atomes
invisibles, ou il interroge l'immensité des cieux, étudie les lois des corps célestes, couipie
et classe les astres, trace aux planètes leurs orbites, calcule leurs éclipses, mesure la terrt,
pèse le soleil, et suit dans son énorme parabole la comète en feu. 11 reconnaît et promulgue
les lois éternelles auxquelles obéissent tous ces globes immenses, et qui dirigent tous les
mouvements, règlent tous les équilibres, déterminent tous les repos. Il en découvre l'cm-
irire dans tous les phénomènes , dans le poids de l'atmosphère qui environne la terre et
dans les soulèvements réguliers des mers qui la divisent en continents, dans les pluies qui
l'arrosent et dans les orages qui la fécondent. Par son art, heureux rival de la nature, il
s'empare de tous ses agents, maîtrise l'eau, l'air, le feu, les vapeurs les plus subtiles; sou-
met toutes les substances à leur action , en sépare les éléments, les examine, les réunit à
son gré; décompose, analyse et recompose jusqu'aux rayons de la lumière. Ailleurs, plus
hardi encore, il s'élance dans les hautes régions de la méta])hysique, il recherche la nature
(19) Avec quel^pics points nairs, Thomme peut tracer tous les sons qui frappent son tireilic, depnis ce»
sons graves qui inurniurent comme un bruit souterrain, jusqu'à ceux qui font crisper Pocîe sous leurs vi-
l»r:itiiiiiK multipliées. Il peut, dans le silence, évoïucr, par cet art admirable, des voix sonores qui chap-
»m, (f »» se croisent et s'accordent, et cela en parcourant des yeux quelques lignes muettes qui porienl cfs
:oiM-«rl» & son oreille assoupie.
fO»
INTRODUCTION.
lia
des êtres, examine leurs rapports et la menreilleuse harmonie qui les enchaîne; s'élève
d'on bond jusqu'au suprême Auteur de Tunivers, jusqu'à Dieu, et là, dans les splendeurs
d où émane tout bien, toute vérité^ tout ordre, il sonde les mystères de la destinée des
âmes, plonge ses regards dans les profondeurs de rétemité» et redescend tout radieux
d'espérances immortelles.
Et pourtant, malgré cette infinie rariété de connaissances et de sublimes conceptions»
Inintelligence de l'homme n'est pas saturée ; elle a faim, elle dérore tom'ours ; elle n*est ni
troublée ni aflaiblie; elle est au contraire plus heureuse et plus complète. Que l'oreille ne
se lasse pas d'entendre, que la mémoire ne s'emplisse point par l'étude, que toutes les
sciences Tiennent se décharger dans cet esprit qui, comme l'Océan, reçoit toujours et ne
se déborde jamais : c'est un profond mystère , mais c'est le jnystère de la grandeur et de
la force humaine.
« Seigneur, que votre nom est grand dans toute la terre I
« Tous avez élevé au-dessus des deux le trdne de votre gloire. Quand je considère ces
eieux, l'ouvrage de vos mains, la lune et les étoiles que vous avez affermies, je m'écrie :
« Qu'est'^e que l'homme» pour mériter que vous vous souveniez de lui et que vous le
visitiez! Tous Tavez pour un peu de temps abaissé au-dessous des anges; vous l'avez cou«
ronné de gloire et d'honneur, vous lui avez donné l'empire sur les oeuvres de vos mainSf
vous ayez tout mis à ses pieds.
« Seigneur, que votre nom est grand dans tonte la terre I » (19*)
CLASSIFICATION DES RACES HUMAINES.
OmtiL Lnmi. BuTinmAïai. DcnâuL. DEiiioiimif. Boar db Saiht- Tmit. GEtoV. Ukuttmcm
YmcEiiT.
ftjre bbDche blanclie. Csocatieoae. Caucasiqoa. Cello-ScjUio- Iêf»éiïqae^
o« cawaii- JjQRe. Moogoli()ue. Hjperborè- Arabe. Arabique.
qoe. iNègri». Ethiopiqiie. enae. Mongole. Hindooe.
JmÊtMt^mmom'Bnme. Américaine. Mongole. Elfaiopienne. Scyiiqne.
Monsirven- Malaise. £Uiio|.tenne. Earo-Africai- Siniqnf.
Ktere on
écàioinqnt.
se*
Américaine,
Makiie.
Hjpêrboré*
Anatro - afri - enne.
eaioe. Neptuoienne.
Malaise ou 0- Ani4ralasiea*
céanique. ne.
I^pooe. Co!oiiibiqae.
Kègre Océa- Amériraioe.
uieooe. Paiagonoe.
Anstnlasien* Eibiopienne.
ne. Cnflk'e.
Colombienne. M'^lanienni»,
Houenlotc.
Blancbe. Blanehe.
Basanée. Jiiiiie.
Koire. Nègre.
CttiTrenseUouge.
Bnine.
Koiriire.
Pelsire»
Finoise.
SeljTone.
Gochico germani«
que.
Urcidentsle-Eu*
ropéenne.
Grecque et Pélat*
giqoe.
Arabe.
Indienne.
Maure.
Tartnre tt Mon*
iro'e*
Noire.
Bauni'p du grand
Océan.
Américaine.
Malaise.
Noire de l'Océan
PaeiCqiie.
foire de rAfrique
crienirie.
(19*) Pf . V».
DICTIONNAIRE
D'ANTHROPOLOGIE,
ou
HISTOIRE NATURELLE DE L'HOMME ET DES RAGES HUMAINES.
A
ABABDEHS. Yoy. Ncbiens.
ABASSIENS ou Abases. Voy. Aborigènes.
ABERRATION DE SPHÉRICITÉ. Yoy.
Œil.
ABIPONES ou CENTAURES DU NOU-
VEAU MONDE. Voy, Méditerranéens.
ABORIGÈNES. — Nom latin par lequel on
désigne tes habitants originaires [ah oriçfine]
ou primitifs d'une région.
Nous diviserons cet article en deux para-
graphes. Le premier comprendra les races
aborigènes de rindo; le second, les restes
des nations aborigènes dans les cantons
montagneux de Touest de lancicn monde.
§ I. Race» aborigènes de l'Inde. — On
comprend sous cettedénomination un certain
nombre de rt^ccs diverses, ou, pour mieux
«lire, de tribus qui, parlant des langues diffé-
rentes , et n'offrant d'ailleurs aucun signe
manifeste d'affinités mutuelles, se trouvent
^lispersées dans diverses contrées de l'Inde.
Toutes ces races sont distinctes des Indous,
qui appartiennent h la souche indo-euro-
péenne ou ariane , et elles étaient proba-
blement répandues dans les contrées qu'elles
habitent maintenant, ({uoique peut-être elles
y fussent Irès-clair semées, longtemps avant
que les ancêtres des indous eussent traversé
pour la première fois le ffeuvo Indus.
Leurs langues, d'après ce qu'on en connaît
maintenant, ont un système de construction
grammaticale tout à fait différent du sanskrit
et des langues de môme famille. Plusieurs,
comme le tamoul , paraissent au contraire
se rajjprocher, à cet égaiM , des langues
parlées par les nations tarlares. Sous le
rapport des caractères physiques, ces nations
n'appartiennent pas toutes h un type uniaue.
Quelques -unes ressemblent considéraole-
ment aut Indous, d'autres se rapprochent
de la forme indo-chinoise. Faire une seule
classe de nations qui se ressemblent aussi
{►eu, c'est sans doute confesser l'imper-
éction do l'ethnologie, mais leur nombre
est trop çrand pour qu'on en fasse autant de
classes distinctes, et on ne doit pas même le
faire, puisqu'il est certain qu'on pourra les
ramener plus tard à un assez petit nombre
dégroupes; cette répartition d'ailleurs ne
pourra être tentée avec quelque espoir de
succès qu'après qu'on aura analysé et com-
paré leurs langues.
En attendant , et pour la commodité de
l'étude , j'établirai maintenant les subdivi-
sions suivantes :
!• Le groupe cingalais, comprenant les
Cmgalais proprement dits, les Kandiens, les
Vaidas, en un mot tous les habitants de l'île
de Ceylan qui n'appartiennent pas à la race
tamoule.
^ La race tamoule, qui habite une partie
de l'Ile de Ceylan et est répandue dans la
plus grande partie du Dekhan. Les Tamouls
proprement dits occupent les parties méri-
dionales de ce dernier pays ; mais des peuples
séparés d'eux par une assez grandie distance,
et qui parlent cependant des dialectes de la
même langue , se trouvent jusque dans le
voisinage |des monts Vind'hya et du fleuve
Nerboudda , qui forment la limite entre le
Dekhan et l'Indoustan.
#»3" Différentes tribus des montagnes du
Dekhan, sur lesquelles on n'a pu encore
avoir assez de renseignements pour déter-
miner si elles sont de la m Ame souche que
les Tamouls, ou si, étant tout à fait ms-
tinctes de ce peuple, elles n'auraient pas été
repoussées par lui dans les gorges des mon-
tagnes.
V Un grand nombre de petites tribus
barbares situées sur les confins de la pé-
ninsule indienne et de la péninsule indo-
chinoise , c'est-à-dire dans des pays voi-
sins du cours inférieur du grand fleuve
iS
AW>
DlCnONNAlttE D*ANTHROroL0GlC.
ABO
114.
Brahmapootra. En voyaitl tant de tribus
différentes sitoées tout près de cette grande
Yoie de eommunieatioa • et ounsidérant la
ressemblance très-maniuée qu'elles ent pour
la plupart avec les nations de la haute Asie,
on esi porté à supposer qu'à une époque
très-ancienne elles sont descendues, en
suivant le cours dn fleuve, des pays situés au
nord de rflimaiaira , et se sont établies seit
dans la yallée même, soit dans des mon-
tages qui en sont peu distantes.
f La race cingaiaist. — Les Cinçalais ha-
bitent rinlérieur et la partie méridionale
de la grande tie de Ceylan, la Selendiva des
anciens géographes , nommée aussi Tapro-
bane, probablement de Tampabanni, un de
ses noiQS indiens. La race cingalaise occupe
la moitié de Tlie environ, depuis Chilaw
jusqu'à Batticaloa. Le peuple que Ton dési-
gne particulièrement sous le nom de Cinga-
lais habite les parties du pays voisines de
la cùle méridionale. Dans 1 intérieur, on
trouve les Kandiens, sujets du roi de Randi.
Il y a en outre, dans "intérieur, une tribu
sauvage qui habite les montagnes voisines
de Batticaloa : c'est la tribu des Vaidas ou
Vaddhas. Ces hommes vivent dans Tétat de
la plus complète barbarie, se nourrissant des
fruits <iue la terre donne sans culture, et de
la chair des animaux que le hasard fait tom-
ber en leurs mains. On a supposé qu'ils ap-
Cirtenaient à une autre race que les Cinga-
is, et on a voulu voir ea eux les restes de
la race aborigène de Tlle. Il se peut gu'ils
soient au nombre des plus anciens habitants
da pays, et même il est très-probable qu'ils
le sont en effet; mais comme leur langue,
ainsi que nous le savons depuis longtemps
par Knox, est un dialecte de la langue que
parlent les Cingalais, il y a tout lieu de pré-
su aaer qu'ils sortent les uns et les autres
d'une même souche, dont quelques branches
se sont civilisées, tandis que d autres seront
demeurées dans leur état primitif de barba-
rie. Les Kandiens et les Cingalais se res-
semblent par les mœurs, la langue et la re-
ligion, et il est érident qu'ils ne durent
former dans l'origine qu'un seul peuple.
Us sont tous adorateurs de Bouddha , aont
la religion fut introduite dans File de Ceyyin
(quelques siècles avant l'ère chrétienne et
eiablie par Asoka, roi de Maeadha, qui régna
sur une grande partie de 1 Inde , très-peu
d'années après l'invasion d'Alexandre le
Grand. Les Vaddhas, selon M. Cordiner, sont
encore de la religion de Brahma , religion
2UÎ, avant l'introduction du bouddhisme,
tait celle de toute l'Ile, le temple de Siva à
Dwinur, près de l'extrémité méridionale de
Ceyian, étant alors le terme du pèlerinage
qui aujourd'hui s'arrête à l'Ile de Ramisse-
ram. Le bra!iraanisme est resté jusau'à ce
jour la religion des Tamouls ou Maiabares
qui habitent la partie septentrionale de l'ile.
Voici la description que lait des Cingalais
le docteur Davy, le plus moderne et le
mieux informé de tous les écrivains qui ont
parlé de Ttle de Ceyian et de ses habitants :
« Les véritaJiles Cingalais que l'on trouve
dans l'intérieur, et ce ne sont que ceux-là
que je décrirai, sont tout è fait Indiens par la
ngure, le langage,, les nuBurs, les coutumes,
la religion et le gouvernement.
4 De même que les Indiens, les Cingalais
ne diffèrent pas tant des Européens par les
traits que par des caractères de moindre im-
portance, tels que la couleur, la taille , les
proportions du corps. La couleur de leur
peau varie 9u brun clair au noir; celle de
leurs yeux présente aussi des différences,
mais moins marquées. Lés cheveux et les
yeux noirs sont les plus communs ; les yeux
châtains sont moins rares que les cheveux
de même nuance ; les yeux gris et les che-
veux roux sont encore beaucoup plus rares.
Pour la taille, les Cingalais de l'intérieur
sont au-dessus des habitants des parties bas-
ses de nie et de la plupart des habitants de la
côte de Coromandel et du Malabar, mais au-
dessous des Européens. La stature moyenne
est chez eux (Tenviron cinq pieds quatre ou
cinq pouces (mes. angl.}- Us sont bienfait^:»
ont les os petits et les muscles bien des-
sinés Ils sont vigoureux (lour des Indiens,
et ont généralement la poitrine très-dévc-
loppée et de larges épaules, surtout les ha-
bitants du haut pays qui ont, comme pres-
que lous les montagnards, les cuisses et les
jambes un peu courtes , mais très-fortes et
très - musculeuses. Leurs mains et leurs
pieds sont communément très-petits, et
même si petits, com{)arativement aux nô-
tres, qu'ils nous paraissent disproportion-
nés. Leur crâne est généralement d'une
bonne forme, peut-être un peu plus allongé
que celui des Européens; ce qui , selon le
docteur Spurzheim , est un caractère parti-
culier aux Asiastiques. Leurs traits sont
communément agréaliles et même parfois as-
sez beaux. Leur physionomie est intelli-
gente et animée. Ils ont reçu de la nature
une abondance de cheveux qu'ils laissent
croître à toute leur longueur. Ils en font dit
même pour leur barbe qui est très-fournie,,
étant apparemment du nombre de ceux qui
{lensent que, loin de gâter le visage, la barbe
'embellit; et il est vrai que, dans beaucoup
de cas, j'ai remarqué qu'elle donnait à la
physionomie un air de dignité qui aurait as--
sûrement disparu avec l'usage du rasoir.
« Les femmes cingalaises sont en général
bien faites; elles ont bon air, et on en trouve
souvent qui peuvent passer pour belles. Les.
hommes de ce pajrs, grands connaisseurs en
fait de beauté féminine, et qui ont des livres
ex professa sur le sujet, avec des règles qui
doivent guider dans ces sortes de jugements,,
n'admettent point qu'une femme puisse pas-
ser pour une beauté accomplie, à moius
qu'elle ne réunisse tous les caractères sui-^
vants que ie vais rap|>orter tels qu'ils m'ont
été énumérés par un dandy kandien 1res-
versé dans ces sortes de matières, où l'on
peut dire môme qu'il avait une profonde
érudition.
« Sa chevelure doit être fournie comme la
queue du paon, assez longue pour atteindre
jusqu'aux genoui, et se terminant en hou-
il8
ABO
DICTIONNAIRE
ADO
ira
Clos gracieuses ; ses sourcils doivent avoir
la forme de Tarc-en^iel ; ses yeux, le bleu
du saphir ou des pétales de la fleur du ma-
nilla azurin ; son nez doit être comme le bec
d'un faucon ; sqs lèvres être rouges et bril-
lantes comme le corail ou la jeune feuille de
l'arbre de fer; ses dents petites, régulières,
bien serrées entre elles et semblables aux
boutons du jasmin : son cou doU être long
et arrondi comme le berrigodia j sa poitrine
très-développée, ses seins fermes . et coni^
ques comme le ft'uit jaune du cocotier, et sa
taille assez fine pour qu'on puisse presque la
saisir d'une main j ses hanches doivent être
larges, ses membres arrondis et délicats vers
les extrémités; la plante de ses pieds doit
être plate ; enfin, la surface de tout le corps
doit être douce, délicate, polie , à contours
arrondis et ne présentant en aucun point de
proéminence formée par la saillie des muS"
pies ou des tendons (20). w
Le docteur Davv, dans un autre ouvrage ;
nous donne, d'après sesprop)res observations,
la description de trois individus appartenant
ii la race des Vaddahs ou Vaidas (21).
« Ils disaient partie d'une troupe assez
considérable qui était venue à Kandi appori-
ter un tribut de viande de cerf desséchée et
rie miel d'abeilles sauvages. Ils étaient entiè-
rement nus, sauf un fragment d'étoffe qui
leur ceignait les reins. Leurs cheveux et
leur barbe, très-longs et très-mêlés, n'a-
vaient été jamais, bien certainement, ni pei-
gnés, ni coupés ; leurs yeux avaient de la vu
vacité,mais une vivacité inquiète et sauvage.
Ils étaient bien faits et bien musclés sans
être çros : c'était même surtout par ce qu'il
y avait do grêle dans la forme de leurs mem-
bres, autant que par leur air hagard et l'ap-
parence sauvage de toute leur personne,
qu'ils se distinguaient des Kandiens. Nous
sûmes d'eux-mêmes qu'ils venaient d'un
pays voisin du lac de Birtenne, où ils vivent
(lu gibier qu'ils tuent à lâchasse, de racines,
de fruits sauvages et de quelques sraines do
végétaux qui croissent sans culture. Ils
iUaient profondément ignorants, ne pouvaient
pas compter au delà de cinq, et étaient près-»
que*complétement étrangers aux arts, même
Jes plus simples. Bien qu'ils craignissent les
démons, de même qu'ils craignent les bêtes
féroces, ces hommes n'avaient aucune con-r
naissance d'un Etre suprême et bienfaisant,
et pas la moindre notion d'une vie future.
Cependant ils se regardaient comme très-ci -
vihsés, en se comparant aux tribus plus sau-r
vages de Vaidas, qui ne quittent jamais leurs
retraites dans les bois. Pour ces derniers, ils
?n'ont été dépeints par des Kandiens d'une
province limitrophe, comme des hommes qui
ne se nourrissent que de viande crue, qui
vont entièrement nus, et qui non-seulement
n'ont aucune religion, mais n'ont pas même
de superstitions; on me les représenta, en un
mot, comme des êtres qui vivent dans un
état lrès*peq différent de celui des brutes. »
On a souvent remarqué que les albinos
sont assez communs dans l'tle de Geyian. Le
docteur Davy en parle lui-même, et je vais
rapporter ici les observations qu'il a faites
sur un de ces individus.
« L'albinos que nous observâmes était
une jeune fùle de douze ans. En Angleterre
et surtout en Norwége, on ne lui aurait rien
trouvé d'extraordinaire, ses yeux étaient
bleu clair et n'annonçaient pas une grande fai-
blesse, ses cheveux avaient la couleur qui va
ordinairement avec ce genre d'yeux, et son
teint était frais et presque rosé. Elle avait de
très^grandes prétentions à la beauté, et n'é^
tait pas sans admirateurs parmi ses compa-
triotes. » Il est facile de concevoir qu'une
variété accidentelle de ce genre ait pu se
propager, et que la race blanche ait résulté
d'une semblable variété. C'est l'opinion des
Indiens, et il y a parmi eux une tradition ou
une histoire où 1 on nous assigne cette ori-
gine, à nous autres Européens.
2" La race tamoule, — Les Tamouls pro-
prement dits habitent la partie septentrio-
nale de l'île de Ceylan et le sud du Dekhan.
Leur langue et leu r race sont répandu es dans ce
dernier pays, sur toute la côte du Coroman-
del, depuis le cap Comorin en remontant au
nord jusqu'à Pullicat, et sur la plus grande
partie des provinces de Barahmahl, Salem et
Coïmbatore. Vers l'ouest ils confinent avec
des populations qui parlent le malaya'lma,
et avec les Malabares qui, de même que les
habitants de la côte occidentale de la Pénin-
sule, aussi loin que Tulava, parlent un dia-
lecte de la même langue. Toutes ces nations
peuvent être considérées comme apparte-
nant à la n^rtion tamoule , en prenant ce
mot dans un sens plus restreint et plus strict
que celui où je l'ai employé précédemment
en parlant de la race tamoule.
Je rattache à la race tamoule plusieurs
autres grandes nations de l'Inde, dont les
langues sont alliées de très^près à celle que
parlent les Tamouls proprement dits : ce
sont, d'abord : les Telingas, qui habitent la
partie orientale du Dekan (le royaume d'An-
dhra des auteurs sanskrits), et qui parlent
la langue appelée telin^a ou telugu. Les
Ka#nates ou Canarais qui habitent le plateau
situé au-delà des Gates dans l'intérieur de I4
Péninsule et dans la province de Mysore.
Les habitants du pays de Tulava, dans U
partie occidentale de la Péninsule, lesKar-
nates dans sa partie moyenne, et les Telingas
dans sa partie orientale, sont les plus septen-
trionaux des peuples de la race tamoule.
Les peuples situes encore plus au noi'd^^
d'un côté, les Mahrates, et de l'autre, les
Uriyas ou habitants d'Oryssa, parlent des
dialectes ou blashas du sanskrit, et sont
d'origine indoue.
La littérature, les arts, la religion et la
civilisation du Dekhan ont complètement le
caractère indou ou brahmanique, et toutes
les langues des nations tamoules dont nous
(iO) Açcçnm of the Uiand çf Ceylan, par John
1>AV . .
(âl) Phtfsiological and anatomUat reseorches, {yar
John i).vv¥, Londres, 4859, vol, U,
m
ADO
D*A?1T1IROI>OLOG1E.
ABO
IIS
▼encns de tàïre mention, quoique offmnt
pour le fond des différences radicales avec le
sanskrit, ont emprunté beaucoup à cette
langue. Une question qui a été souvent a^-
tée, c*est de savoir si les nations de la Pénin-
sule avaient déjà une certaine culture qui
leur fût propre antérieurement à la domina-
tion des conquérants, c*est-à-dire des prêtres
de riu.loustan ; quelques personnes suppo-
sent aue jusqu'à cette époque elles n'étaient
pas plus avancées que les tribus des monta-
g:nes et des foréls de Tintérieur, qui ont fui
devant la civilisation et ont conservé dans
les pariies inaccessibles du pays leur bar-
liarie originelle. Les plus anciennes compo*
citions |)oétiques dans la langtie sanskrite
repr .«sentent les habitantsdu ]ÎK3khansousce
point de vue. Le fameux Ramayana^ le plus
ancien poème épique des In Jous, et que Ton
Fense être antérieur de plusieurs siècles à
Hîade^ a pour sujet une guerre soutenue
|iar le héros Rama, roi d'Oude dans le nord
de rinJoustan, contre Ravana, roi de Lan-
ka twipa ou Ceyian, qui possédait une grande
p.ir'.ie de la Péninsule. Dans cette région
méridionale, le poème ne nous montre point
d*hommes civili>és réunis dans des vilic:-^, ni
inétne des sauvages habitant des forêts ou
des cavernes, et il y place seulement quel-
ques ermites, des singes, des purs, des vau-
tours et des maipciens ; le but des exploits
de Rama, en pénétrant dans ces solitudes,
était de délivrer de saints pénitents des ter-
reurs que leur causaient Ravana et ses géants,
«fui possédaient Ceyian et le Dekhan. A la
tête de ces pénitents et pèlerins, se trouvait
Muni Agastya, le célèbre apôtre de la roli-
içion de Siva, dont les efforts furent secondés
l»dr Rama et ses compagnons. A cfuelle éfio-
que les brahmes et les guerriers xatrias
qui les secondaient, réussirent-ils réelîe-
uieiit à établir leur domination dans l'Ile de
Ceyian? C'est c^ qu'on ignore; mais ve doit
être à une époque bien reculée, puisque le
l>ouddhisme qui, pendant plusieurs siècles,
remplaça la religion des Védas dans le
l>ekhan et enfin la remplaça dans Tlle de
Ceyian elle-même, fut établi dans ces con-
trées, ainsi au'il a déjà été dit, par Asoka,
prince que 1 on sait avoir été contemporain
«lu premier Antiochns.
Les personnes qui se sont le plus occu-
•ées de l'histoire de Tlnde croient cependant
|u'il existait une certaine civilisation dans
les contrées tamoules, antérieuremont à la
conquête des Indous, ei qu'on y connaissait
même l'art de l'écriture ; mais les sources
de cette civilisation complètement inconnues,
et le caractère qu'elle avait ne peut être que
matière à conjectures. Les relations commer»
ciales avec l'occident ne commencent proba-
blement au*après la conquête indoue (22).
3* La Parbatiyat ou montagnarde^ tribus
sauvages de FJnde. — Le nom sanskrit de
(Î2) Parmi les objets qui furent d*aboril i^hangés,
Ifi pmr-sMor Karl RiUer croit qu*un des premi^^rs
fut réiaîn« et il est probable nue dés le temps dHo-
uiêrc les Grecs liraient de TEsl ce méu!. Le nom
Parbaiiya est employé pour désigner diffé-
rentes races (|ui haiiitent les parties monta-
gneuses de 1 Inde septentrionale. Ce nom
siji^nifie proprement monlai^nard ; mais, pris
dans un sens plus étendu, il peut également
être employé comme nom commun pour
toutes les tribus qui vivent loin des villes et
des pays civilisés, et qui mènent une vie
sauvage au milieu des bois et des forêts ; en
le prenant dans ce sens, on peut dire qu*ii
y a plusieurs races parbatiyas dans diffé«
rentes parties de l'Indoustan et du Dekhanu
L'ethnologie est dans un état beaucoup trop
imparfait pour au'il soit possible aujourd'hui
de déterminer les ranports que ces tribus
peuvent avoir entre elles et avec les nations
civilisées dans le voisinage desquelles 6lle&
se trouvent ; il y a cependant quelque raisoi^
de croire que certaines races sauvages- du
Dekhan sont alliées aux tribus tamouIes,.et
on peut supposer que la plupart sont descen-
dues de ces nations qui rx^fusèrent de rece-
voir des apôtres de la religion indienne une
civilisation qui leur était apportée avec Tcs-
clava;^e. Ces nations d'ailleurs se montrent,
dans les diverses parues de l'Inde, très-diffé-
rentes les unes des autres, par les mœurs
et surtout par les caractères physiques ;que!-
qucs-unes nous présentent des hommes vi-
§oureux et ayant de i>ellcs formes, d'autres
es hommes petits et mal faits. Dans beau-
coup lie cas, il est vrai, ces différences trou-
vent leur explication dans l'influence du
climat et des circonstances locales.
Il faudrait des volumes pour écrire l'his-
toire de toutes ces nalit»MS. Pour le moment,
je ne puis guère faire plus que d'en citer
quelques-unes des plus importantes.
1! y a dans ic Dekhan trois régions qui
sont peuplées |>rHici|ialcnient par des tribus
aliorigènes ; ce sont, dans les parties centra-
les de la (léninsule, la chaiiic du Vind'hya
et les montages du Ciondwana, et, dans sa
partie mêridiuniile, l«*s NiLi^pris Nigllierries
ou montagnes Bleues, l^n rhaiuedu Viud'hia et
les régions moiitai^neu^cs qui longent la
rivière Nermada soîit habitées par les Biiils,
race sauvage et inculte i|ui paratt no s'être
guère modifiée ]>ar le voi>iiiago îles habi-
tants de la plaine. Le major To<l suppose
qu'ils sont originaires ilu Rajastlian et qu'ils
ont été vaincus et réduits en esclavage, ou
expulsés de leur pays natal par les Radj|N>u-
tes. La petite chaîne du Gondwana a reçu
son nom du peuple qui Thabite, des sauvages
Gonds. Les Culi ou Coolies se trouvent dans
les parties hautes duGuzarate.
Dans les régions montueuses qui sont der-
rière Orissa, et, plus loin au sud, dans les
montagnes de Gumsur ou Goumsor, il y a
plusieurs tribus désignées sous les noms de
khonds et de l'K'oi-yali. Dans les petites
montagnes du Sri^haricotta, on connaît les
Yanadu-yati. Enfin dans les Nilgberries, ou
sanskrit de Tétain est kaslira^ dont les Grecs ont fait
rwvin^ : le métal avait son nom sanskiii tians
rinde avant Tère de Rm>j<»,
419
ARO
DICTIONNAIRE
ABO
»0
montagnes Bleues, qui forment la jonction
des deux chaînes des Gates, au point où elles
cony errent yers le sud, on trouve plusieurs
races bien distinctes les unes des autres» qui
sont désignées sous les noms de Tudas ou
Thodaurs, de Buddagurs et de Kothurs ; elles
diffèrent extrêmement entre elles par les ca-
ractères physiques et par les mœurs.
Dans le nord de Tlndoustan proprement
dit, et vers sa partie orientale, les petites
montagnes du Rajamahal nous offirent encore
un peuple remarquable. Les habitants de ces
montagnes, distin^és par des caractères
physiques particuliers et des habitudes qui
leur sont propres, ne paraissent pas être
aussi sanvages que les Bhils et les Gonds :
ils ont une religion et une organisation clé-
ricale qui semblent différer complètement
de celles des Indous. Leur langue a, dit-on,
de la ressemblance dans un certain nombre
de mots ayec le tamoul, et elle en a évidem-
ment avee l'es langues de quelques tribus
établies au delà du Brahmapoutra.
A ces différentes races qui se trouvent dans
les limites de l'Inde proprement dite, nous
devons ajouter beaucoup de tribus qui habi-
tent différents districts assez peu étendus
situés dans la vallée du Brahmapoutra,
dans les contrées voisines de l'embouchure
et du cours inférieur de ce fleuve et sur les
bords du golfe du Bengale. Nous citerons
entre autres les Ahoms, les Garros, les Ca-
chars, les Cossyahs, les Manipurs, les Miris,
les Abors, les Kangtis et les Nagas ou Kukis.
Il y a parmi ces races une grande diversité
dans les caractères physiques : quelques-
unes par la physionomie se rapprochent des
Indous, d'autres ont plus de ressemblance
avec les Bhotiyas (23).
Si certains traits de ressemblance dans les
caractères physiaues, certaines analogies
soupçonnées plutôt que constatées entre des
langues encore mal connues, pouvaient ser-
vir de base à des conjectures sur la route
que durent suivre les races par lesquelles
1 Inde fut d'abord peuplée, et sur les points
du globe d'où elles étaient parties, nous di-
rions que de même que les nations chinoises
sont descendues des montagnes du Yunnan
et du Laos, dans les provinces méridionales
et dans les districts maritimes de l'Inde au
delà du Gange, en suivant le cours du
Mekon, du Menam, du Saluen et de l'Irra-
wadi, de même les tribus allophyliennes de
l'Indoustan et du Dekhan descendirent vrai-
semblablement des* pays situés au nord-est
par la vallée du Brahmapoutra; et, arrivées
près de la côte, où elles ne rencontrèrent
aucun obstacle à leur marche, elles se répan-
dirent dans les plaines centrales de l'In-
doustan, pénétrèrent dans les parties de la
péninsule situées en deçà et au delà des
Gates, et arrivèrent enfin dans l'Ile de Cey-
lan. Elles occupaient déjà probablement
toutes ces contrées^ lorsque les Indous,
peuples d\)riRiHe ariaàe ou inda-^euro-
Kéenne, franchirent la barrière de Tlndus^
epoussées de l'Indoustan par Jes nouveaux
eonquérants, elles ne laissèrent dans le pays^
dont elles avaient eu la possession non con-^
testée, que quelques hordes barbares réfu^
S;iée^ dans les cantons montagneux de la
routière orientale. Dans le Dekhan^ elles
conservèrent beaucoup plus longtemps leur
indépendance, et là, comme dans rile de
Ceylan, la population descend en grande
partie de la souche aborigène.
§ II. Rbstbs des nations aborigènes dans
LES GANTONS MONTAGNEUX DE l'oUBST. — DaUS
différents articles de ce Dictionnaire {VoyeA
Nomades, Ichthyophagbs, etc.] nous ferons
voir que, dans les parties les plus septen-^
trionales de l'Europe et de l'Asie, se trouvent
encore les restes des populations qui de->
vaient s'avancer beaucoup plus loin dans
l'intérieur du continent, avant que les na-*
tions indo-européennes, parties des régions
méridionales, n'eussent envahi leur terri-
toire. Ces restes des anciens habitants ne
sont pas les seuls que l'on connaisse , il en
existe aussi au milieu de 'pays conquis de-*
puis un temps immémorial par les races
ariane et syro-arabe , et qui ont pu se con-
server dans des régions montagneuses et de
difficile accès. Ainsi la chaîne du Caucase
renferme de nos jours plusieurs peuplades
dont l'origine est inconnue et dont la langue
toute particulière prouve qu'ils ne doivent
avoir aucune affinité avec les habitants des
pays voisins. Dans l'ouest de l'Europe , les
Pyrénées et plusieurs parties de la chaîne
des Alpes étaient habitées au commencement
de l'ère chrétienne par ûes tribus , peut-être
aborigènes , d'Ibériens , de Liguriens et de
Rhétiens. De ces trois peuples, le premier a
conservé jusqu'à ce jour, dans les montagnes
situées antre la France et l'Espagne, sa lan-
gue propre, qui paraît être Tunique reste
d'une langue parlée anciennement dans une
grande partie de l'Europe occidentale , de-
Suis la Sicile jusqu'aux colonnes d'Hercule.
Infin , dans le nord de l'Afrique, ainsi que
dans la chaîne de l'Atlas et dans d'autres
cantons de l'intérieur on trouve encore des
restes de l'ancien peuple libyen. La race
libyenne occupait la côte méridionale de la
Méditerranée , et , conjointement avec les
tribus ibériennes , elle avait peuplé plusieun
des îles de cette mer. Ce fut dans les contrées
occupées par ces races que les Phéniciens
fondèrent des colonies et répandirent au loin
la langue syro^rabe Au temps de Massi-
nissa et de Jugurtha, comme nous l'appre-
nons par bs recherches de Gesenius, la ran*
gue des Phéniciens était déjà la langue des
nations civilisées de l'Afrique ; plus tard, par
suite de l'invasion arabe, les Libyens abori^
gènes furent complètement repoussés et obli-
gés de chercher uu refuge dans les -déserts
et dans les montagnes de l'intérieur.
(25) Le lecteor qui s'intéresserait à ce gêore dln - races, dans le gaatrièiiie volume de Reuarckeê tnie
«vestî^alions trouvera toat ce qu*U a ë^ possible de ihe Phyticai Aî^lary o/* mankind, par PârcQAap,
tecueillir, pour réclaircissement de Thistoire de ces
Ml
ABQ
D*ANTUBOPOL0GIE.
ABO
112
VùQS ecmsacreroBS ce paragraphe à dire
quelque chose de rfaiatoire de ces différentes
natioiiSy mi Umtes ont dû à des droonstan-
ees semblables d'échapper à une extinction
complète ; d'aiUears,en les rapprodiant ainsi
je suis loin de Touloir fSûre entendre qu'elles
aient entre elles des rapports de parenté. Je
ne serais nas cependant, il est bon de le re-
marquer, le premier à fidre une pareille con-
jecture : ainsi, on a supposé, d'après l'iden-
tité du nom , que les Ibères du pied du
mont Caucase pouvaient être la souche d'où
étaient sortis les Ibériens de l'ancienne Es-
fà^n^l mais les différences radicales qui
existent entre ces nations,sous le rapport de
la langue et des mceurs, ne permettent pas
de s'arrêter un moment à une pareille 07-
e^thèse. Due autre conjecture tout aussi peu
ndée, et qui n'est pourtant complètement
r^tée que depuis peu de temps, taisait Te-
nir d'Aiiique les premiers habitants de la
péninsule, et les supposait alliés du peuple
Si habite le mont Atlas ; jamais les recher-
es philolo^ques (24) n'ont pu donner à
cette supposition le moindre degré de Trai-
semMance.
I. Naiions cameariemnu. — La haute chaîne
du Caucase qui , à diyerses époques, a op-
posé aux barbares du Nord un rempart , et
a protégé ainsi contre leurs inyasions les ha-
bitants plus drilisés et plus efféminés du
sud de 1 Asie, renferme des lieux d'un accès
très-diflScile et qui peuvent être fiidlement
défendus contre de puissantes armées d'in-
Tasiott. Dans ces cantons, plusieurs tribus
à demi barbares maintinrent leur indépen-
dance contre les efforts des Grecs, des Ro-
Buins , des Mongols, des Turcs , et 'encore
aujourd'hui elles ne sont qu'imparfûtement
subjuguées par les armes de la Russie. Les
habitants de cette région appartiennent à
des races anciennes , et diffèrent de tontes
les autres nations par le langage aussi bien
oue par les mœurs ; plusieurs même à cet
égara diffèrent beaucoup entre elles (25).
Kotts dcTons pourtant fiiire une exception
pour les Ossètes ou Ossetines, peuples qui
parlent un-dialecte de la souche ariane ou
indo-européenne , et qu'on suppose être les
restes des Germains Alains. Ils demeurent
près des sources du fleuye Terek, et on sup-
pose qu'ils sont au nombre de quarante
mille âmes.
H 7 a aussi une exception k faire pour les
tribus basianes qui', avec les Chumjks, vi-
▼ent dans l'inténeur du Caucase. Celles-ci,
de même que quelques tribus turcomanes
établies entre le Kuma et le Terek, sont d'o-
rigine turque.
Des recherches faites avec beaucoup de
soin et d'intelligence sur l'histoire et sur les
(tl) Celte opînioo a été toutenoe par Xeireel
Jones, aoiear d^Moe dissertation insérée dans VOntéo
Mhmimca de Cbambeelatiib.
<i3) il bot remarquer qull y a de fortes indica-
^ d'âne andeaiie ooooeiioo oies oa moios in-
enm qnelqaes iangnes da uuicaie H les dia-
Imes de la Sibérie Mpleotrionale. C^est im s^jet
dam on s'oocnpe maifOeiNUit , et sur lequel noos
langues des peuples du Caucase, ont conduit
à reconnaître que les habitants primitifs ou
aborigènes de cette région montagneuse ap-^
partiennent à quatre familles distinctes, dont
chacune compte plusieurs tribus, lesquelles
ne se comprennent pas toujours entre elles.
Ces quatre races peuvent être , et sont com^^-
munement distinguées par des dénomina-
tions relatives è leur situation locale ; ou a
donc les Caucasiens occidentaux , ceux du
centre, les Caucasiens orientaux et les méri-
dionaux. Dans cette dernière dirision se
trouvent compris les Géorgiens , dont les
{>rindpaux centres d'habitation étaient sur
e fleuve Kur ou Cvrus, Je vais éaumérer
les tribus prindpales qui appartiennent à
chacune de ces familles.
1* Le groupe des Caucasiens occidentaux
se compose ae deux nations que l'on a sup-
posées longtemps devoir être distinctes ,
mais qui , d'après un examen attentif de
leurs langues, et bien qu'elles diffèrent par
les caractères physiques, ont été reconnues
pour deux branches d'un même tronc. Ces
nations sont les célèbres Circassiens et les
Abassiens ou Abases.
Les Abases paraissent être établis très-
anciennement dans la partie nord-ouest de
la chaîne du Caucase. Ce sont en général des
hommes qui rivent des produits de leurs
troupeaux et des firuits de leurs brigan-
dages. Ils se dirisent en deux nations con-
nues sous le nom de grands et de petits
Abases.
Les caractères distinctib des Abases sont»
selon Klaproth , une tête comprimée latéra-
lement, un fisage étroit, très-court dans sa
partie inférieure , un nez proéminent , des
cheveux d'un brun foncé.
Les Circassiens sont à l'est des Abases ; ils
habitent le pays compris entre le Caucase et
le Ruban, et plus loin à l'est les prorinces
de la grande et de la petite Kabarda, sur le
Terek. Les habitants de ces prorinces sont
aussi appelés KabarJines. Les Circassiens se
donnent à eux-mêmes le nom d'Adigi et
'ont reçu des Tartares celui de Tscherkesses,
d'où est venu le nom sous lequel on les
désigne en Europe. Les parties hautes de
leur pays sont en général couvertes de forêts ;
le climat en est froid.
Pallas nous dit que les Circassiens sont une
race très-belle : « Les hommes, surtout dans
les classes élevées, sont presque tous d'une
haute stature et taillés en Hercules, sans
d'ailleurs avoir dans les formes rien de lourd
et de grossier; ils sont étroits de ceinture,
ils ont les pieds petits et ont dans les bras
une force extraordinaire.lls ontgénéralement
la tournure martiale et le port vraiment ro-
main. Les femmes circassiennes ne sont pas
irouveroDS vraîsemHablemeDt des renseîgDeineiiia
satisfaisants dans le troisienie Tolame , inpatiem-
ment atlenda, du savant ouTra^^e de Huiler sur la
race ugrienne. La lan^uecéorgienoe a été, dcnois
queique temps , oonsidéiés comme pouvant être,
jusqu'à un certain poîni, ramenée au langues de
la famille indo-européenne.
î^
ADO
Dl':TîOi>»:\AlUE
ABO
li4
\bûXù% dô3 beautés, mois elles ont généra-
lement de belles formes , la peau blanche ,
des cheveux bruns ou noirs, et des traits
ré^juliers. >» II ajoute : a J'ai rencontré un
beaucoup plus ^rand nombre de beautés
parmi les Circass4ennes que parmi les fem-
mes de tout autre pays non civilisé (26). »
Suivant d'autres voyageurs , un mélange de
l'on^e dans les cheveux est un trait caracté-
ristique des Circassiens. Klaproth dit qu'ils
ont les yeux et les cheveux bruns , la ûgure
longue, mince , le nez droit et des formes
élégantes (27). Reinegçs refuse de reconnaî-
tre en eux cette prééminence qu'on leur ac-
accorde généralement pour la beauté des
formes et du visage. « Je ne sais, dit-il, d'où
est venu le préjugé en faveur des femmes de
ce pays ; je ne trouve rien qui le justifie :
une jambe courte, un petit pied et des che-
veux d'un roux éclatant, voilà ce qui cons-
titue une beauté circassienne. »
2" Les Caucasiens du centre habitent le
pays élevé qui domine la Kabarda et les can-
tons habités par les Circassiens; on les
irouve près des sources du ïerek et de quel-
ques autres rivières qui descendent des
régions supérieures du Caucase. Ce groupe
comprend plusieurs tribus qui , d'ailleurs ,
paraissent être alliées de très-près par le
langage. Les principales sont celles des Miz-
jcgnis, nom sous leguel , suivant Klaproth ,
se trouvent compris les luguschis ou In-
içousches et les ïschetschengis, aussi appe-
lés Taschis. Ces derniers sont plus au sud
et plus voisins de la Géorgie. Guldens-
tâdt donne «aux Inguschis le nom de Kistes
ou Kistis.
d** Les Caucasiens orientaux, ou lesLes-
ghis, habitent cette partie du pays que Ton
a nommée d'après eux le Lesghistan. Gul-
denstâdt les divise en sept tribus ou nations,
dont l'une est celle des Avares , que l'on
suppose être les restes du peuple qui autre-
fois s'est rendu si formidable sous ce nom.
4' Plusieurs nations qui habitent la chaîne
méridionale du Caucase appartiennent à la
race géorgienne ou grusienne. Les Persans
Appellent leur pays Guristan, d'après le
ileuve Kur, et do ce nom les Européens ont
fait celui de Géorgien. Les Géorgiens pro-
prement dits sont les Kart*uhli , habitants
du Kartuel et de l'Imérétie. L'ancienne lan-
gue géorgienne, dans laquelle on a fait une
version de l'Ecriture sainte, est un dialecte
du Kartuel. Le dialecte parlé aujourd'hui
dans cette province est le géorgien mo-
derne.
Une seconde section de la race géorgienne
comprend les Mingréliens, gui habitent l'an-
cienne Colchide, la Mingrélie actuelle , et le
f)ays de Guriel ou Gourie, sur les bords de
a mer Noire. Les Souanes, peuplades de
montagnards qui occupent les régions al-
pestres du midi du Caucase, forment dans
(26) Pallas, Voyages dans Us provinces méridio-
nales de l'empire russe.
(il) Klaprotu, Voyages dans les contrées cauca-
siennes.
cette race une troisième section. Une qua-
trième enfin est celle des Lazians ou Fjizes,
très-connus dans le moyen âge comme une
tribu barlvare qui exerçait ses déprédations
sur les côtes de l'Euxin et les étendait à
l'ouest jusqu'à ïrébizonde.
Les Géorgiens ont les traits et les formes
des Européens. Reineggs dit que leurs fem-
mes sont plus belles que les Circassiennes,
mais qu'elle n'ont pas généralement la peau
aussi blanche que ces dernières, qui habi-
tent une région plus élevée du Caucase.
II. Habitants aborigènes des côtes et des
îles de la Méditerranée. — Si nous pouvez
donner quelque crédit à d'obscures tradi-
tions puisées à différentes sources par les
historiens et les géographes anciens, Thu-
cydide, Strabon, Pline, etc., les îles et les
deux côtes de la partie occidentale de la
Méditerranée , étaient , à l'époc^e la plus
ancienne à laquelle remonte l'histoire, oc-
cupées par des tribus de deux races diffé-
rentes, les Libyens et les Iberiens, qui sou-
vent se trouvaient mêlés dans une même
île ou s'en partageaient la possession.
1* La langue des anciens Iberiens s'est
conservée jusqu'à nos jœjrs dans celle aue
parlent les Biscayens en Espagne et les
Basques en France , peuples qui occupent la
région montagneuse située sur la limite des
deux pays. Le nom national de ces hommes,
celui qu'ils se donnent dans leur propre
langue, est celui d'Euskaldunes. Quant à
leur langue même, ils l'appellent langue
euskarienne ou euskara. Les Euskaldunes
étaient anciennement divisés en un grand
nombre de tribus, parmi lesquelles nous ci-
terons seulement celles des Yascones et des
Varduli^ desquelles descendent les Euskal-
dunes modernes : ces tribus occupaient,
en effet, le pays que possèdent aujourd'hui
les hommes qui parlent euskara. C'est par
erreur ou par vanité nationale qu'ils ont élé
désignés dans les temps modernes, ou se
sont désignés eux-mêmes, sous le nom de
Cantabres; caries Cantabres vivaient dans
une partie de l'Espagne où l'on ne parle pas
biscayen (28). Il a été prouvé que l'eus-
kara est tout à fait distinct du celtique et des
autres langues indo-européennes , et que
dans sa construction il a beaucoup de traits
de ressemblance avec les langues américain
nés : cependant cette analogie ne va pas
jusqu'à être ce que nous avons appelé ail-
leurs une ressemblance de f)amille, c'est-à-
dire une de ces ressemblances qui sont l'in-
dice d'une origine commune ; d'ailleurs si
l'on était tenté, pour le cas qui nous oc-
cupe, de tirer une pareille induction de rap-
ports existant entre les langues, on trouve-
rai des difficultés d'un autre ordre qui ne
permettraient pas d'aller bien loin.
Les anciens Iberiens étaient arrivés de
très -bonne heure à un certain état de civi-
(28) Prûfung der Vntersuchengen ûber die urbewho^
ner Uispaniens, von Wiloëlii vod HunoLPT» iii-^'i
Berlin.
lij
ABO
D'ANTitROPOLOGlE.
AiK>
ii%
satioD et posséJaient l'usage des lettres ;
levr alphabet, dérivé sans doute originaire*
ment de Talphabet phénicien» ressemblait
beaucoup à r«ux de quelques-unes des an-
ciennes nations italiques. On ne les connaît
d'abord dans l'histoire que comme habitants
de la cAte septentrionale et des lies de la
Méditerranée. Les premiers habitants de la
Sidle appartenaient à cette race, et les re-
cherches de Guillaume de Humboldt sem-
blent prouver que des traces de leur langue
se peuvent encore retrouver dans une par-
tie considérable de Tltalie, où peut-être ils
précédèrent les nations italiques de race
ariane. Les côtes de la Gaule» à Touest de
l'embouchure du Rhône, étaient occupées
par des Ibériens qui y vivaient conjointe-
ment avec les Liguriens, ce dernier peuple
ayant seul la possession des cantons mariti-
mes compris entre le Rhône et Tltalie :
Toilàdu moins ce que nous aprend le péri-
ple de Scjlax, que Niébubr considère comme
un? compilation des notes recueillies par
(le Irès-anciens navigateurs. On croit que
les Ligurien? vinrent du voisinage du fleuve
Lj^'vs ou Ligyros, que Ton suppose être la
Ijv.re et qu'ils expulsèrent les Ibériens
ilune partie de leur amien territoire. Ces
événements furent probablement antérieurs
à l'invasion des Ceftes dans l'Europe occi-
dentale. Les Celtes, qui étaient d'un natUi*
rel plus guerrier que les Ibériens, parais-
bonl les avoir dépossédés d'une partie
ronsidérable de l'Espagne , car des traces de
Toccupation celtiaue ont été reconnues par
de Humboldt dans les noms de villes et de po-
pulations de presgue toute la moitié occi-
dentale de la Péninsule : cependant les Ibé-
riens restèrent toujours en possession des
Pyrénées. Les Ibériens étaient aussi da
nombre des premiers habitants de la Corse,
de la Sardaigne et des lies Baléares, où ils
portaient le nom de Balares. Ils y avaient pin-
ceurs tles où se trouvaient à la fois des
Ibériens et des Libyens.
Les populations qui, de nos Jours, parlent
dans les provinces espagnoles de la Biscaye
et du Guipuzcoa la langue vascongada ou
b9$cuence^ et dans les provinces basques de
France, le basque ou le dialecte labourdin,
forment une race très-intéressante et qui
nous offre des traits particuliers de carac-
tère et de rooBurs ; ces populations ont été
tout récemment le sujet d'une description
vive et animée dont je citerai ici quelques
pd^sages» qui me semblent former une es**
qiii> s 3 ethnographique (29) assez complète.
« Les Basques, tels qu'ils existent main*
l^'nant, hommes et femmes , ont dans leur
<'vi^-rieur un attrait que Tonne trouve chez
aurune autre race humaine. Les hommes,
<1^ taille moyenne, mais bien proportionnés,
p;>rlent l'expression de la vij^ueur et de l'a^
wlité; le proverbe, courir comme un Basque^
<'^t fwrfaitement juste. Leur costume lé^er,
^dipié à leur climat et à leurs mœurs , laisse
apercevoir tous leurs mouvements, natu-»
rellement plus gracieux que ceux d'aucun
autre peuple. Une jaquette brune, négligem-
ment jetée sur l'épaule gauche, un gilet
rouge ouvert, une chemise toujours très-
propre, une culotte colltfûte, assujettie au
moven d'une écfaarpe rouge, des bas bleus
ou bruns, d'élégantes sandales faites avec
des nattes de chanvre et attachées avec des
rubans rouges, forment l'habillement du
jeune Basque. Sa tète est couverte d'un pe-
tit bonnet plat qu'il met de côté, ou bien ses
cheveux sont retenus dans un réseau de
soie. D'ordinaire le Basque ne porte point
d'armes, mais il quitte rarement son bâton
ferré dont, en cas de rixe, il sait se servir
avec une merveilleuse adresse, tant pour
l'attaque que pour la défense. Il est diffi-
cile de donner de la beauté et des grâces
des femmes une idée qui approche seuliv
ment de la réalité. Que dire d'elles, si ce
n'est qu'elles ont les plus belles proportions,
la taille la plus fine, te teint le plus ravis-
sant : que leurs beaux bras, leurs belles
mains, leur pied mignon sont dans la plus
parfaite harmonie avec un profil vraiment
grec I .Mais il est impossible de faire com«
prendre combien tous ces attraits sont rele-
vés par l'ineffable aménité de tous leurs
mouvements, par la grâce de leur démar-
che, par le sourire malin qui voltige autour
de leur bouche de corail, et embrase d'un
nouveau feu leurs yeux noirs dc^jà si vifs ;
de décrire avec quelle adresse elles lancent
en lair leur fuseau ou maintiennent en
équilibre sur leur tôte une petite cruche de
terre : avec quel art elles nouent autour de
leurs cheveux le mouchoir dont les longs
bouts retombent sur leur nuque ; de faire
sentir à quel poil.' t leur va bien leur cha-
peau de feutre blanr, leur fichu d'un rougo
éclatant et leur jupon court écarlate; de
peindre le feu de leur regard, la pantomime
de tous leurs membres qui accompagne
leurs discours. On reproche ordinairement
à ces créatures enchanteresses un peu de
coquetterie et beaucoup de légèreté ; mais
j'ai tout lieu de croire qu'en lesaccusant,*on
prend l'apparence pour la réalité; le ton
mièvre par exemple, avec lequel elles crient
à tous les étrangers leur Lgun hon Jauna , la
manière folâtre dont elles les accostent et|Ies
turlupinent ; leur disposition constante à rire
et à plaisanter, peuvent très-bien prendrejeur
source dans leur naïve candeur même, et
passera tort pour de la facilité. Du moins
cette prétendue falicité ne me parait-elle
guère compatible avec cet esprit profondé-
ment religieux, nvec cette innocence d'ex-»
pression, avec cette réserve dans toutes les
actions, avec cette modestie dans tous lest
mouvements que j'ai trouvés à Ustarritz, à
Has[îarren, et dans d'autres bourgs éloi-
gnés. Au reste, la sévère retenue que les
hommes observent en leur présence, et qui
forme un constraste tranchant avec la U-
i'^» E virai: du vojagc de Luncniann dans les Pvrcnci*s { Sonvclles Annales dc$ vofjages; Pans,
137
ABO
nCTI055IA:RE
ABU
lis
berté de neaBières des Français eC des Alle-
mafHJs, me parait fournir une preave Tîcto-
rieuse en fmur de mon ooinion.
€ Le fiasque est actif, persérérant et eou-
rageux comme le sont toujours les hommes
rigoureux et amples ; comme soldat, il D*est
pas propre à servir dans la lîgtie, mais dans
la petite ^ni^rre il se montre trè^-actif et de-
TÎent reJoatable ; son sang est ebaïul comme
son climat, son courage inébranlable comme
ses rochers, son attaque est impétueuse
cr>mme Ii| mer qui baigne son pays. Le pro-
fond sentiment religieux qui ranime ne suf-
fit qu'à peine à tenir ses fougueuses passions
en bride, et quelquefois la passion 1 emporte
sur la religion ; cependant il ne connaît pas
les Tengeances de FEspagnol et il est hospi-
tilier comme lui. La profonde Ténération
avec laquelle les Basi^es parlent des morts
est un trait caractéristiqiîe de la nation.
C*est probablement à cette Ténération que
tiennent les marques d*nne douleur outrée
qu*ils donnaient autrefois lors du décès d*un
Rarent; ils s'arrachaient les cheveux, ils se
ageilaient ; le gouvernement a défendu ces
excès sous des peines sévères. Le Basque
aime ayec passion la petite guerre et les jeux
où il peut déployer sa force et son adresse ;
il ne connaît d'autre patrie que ses monta-
gnes, et aujourd'hui même il ne parle de
la France que comme d'un pays étranger.
Le Basque est prot>e dans le commerce, il
ne^ moiitre point d'avidité et se contente d'un
gain mo iéré ; il a échappé, dans sa solitude,
aux vices dont les peuples limitrophes sont
d'ordinaire entachés. Il est fort rare que le
pâtre des contrées les plus élevées descende
de ses montagnes, et si cela arrive, ce n'est
Îue pour aller rendre une chèvre à ta ville.
insi étranger è la culture intellectuelle et
aux mœurs de notre siècle, il reste tout près
de l'état primitif de nature, et il vit content
dans son ignorance. Le cultivateur, plus
aisé, frénuente les foires, et là il apprend
un peu de français, il n'en rapporte point
dans ces vallées les nouvelles mœurs et la
politesse de ses voisins, mais il reçoit l'é-
tranger qui vient le visiter dans sa demeure
avec l'hospitalité et la franche bonhomie des
anciens temps. i»
2* Les anciens Libyens étaient mattres de
toute la côte septentnonale de l'Afrique, de-
puis l'E^pte jusqu'au détroit, et, à partir
de ce point, de toute la portion de la côte
occidentale connue des Grecs et des Ro-
mains. Il parait qu'ils étaient les seuls habi-
tants de toute celte étendue de côtes jusqu'à
l'époque où y arrivèrent les colonies phé-
niciennes. Les Carthaginois ont été nom-
més : Tyrii bilingues^ parce qu'ils parlaient
ézaleroent bien le libyen et le phénicien,
c est-à-dire le berbère et l'hébreu. Cette
(50) \je Drcnûer échantillon qu*on ait en des dia-
lectes berbères est on vocabulaire showiab, im-
primé dans le Vouage de Sbaw. Le berbère a été,
depuis étudié par M. Venture et par M. d*Avezac eu
France, par M. Ilodgson, et avec beaucoup de succès
par M. Balliol, oui a fait paraître , dans le West of
Kn^land journal, un excellent mémoire sur la con-
dernière langue cependant prit avec le temns
une grande extension, et, comme nous le
savons par G^enins, derint dans toute l'A-
frique septentrionale la langue des inscrip-
tions. La langue libyenne s'est conservée
chez les tribut grossières qui habitent le
mont Atlas, et dans diverses provinces de
l'intérieur. Dans le nord de l'Atlas, on ap-
pelle Berbères les hommes qui parlent cette
langue ; dans les prorinces méridionales,
ils portent le nom de Shulos ou Shelhas.
Dans un canton montagneux qui dépend de
Tunis, les Kabries du mont Auress parlent^
le showiab, qui est un autre dialecte de la
même langue (30). II est probable qu'on ne
tardera pas à avoir sur le mécanisme de cette
langue des notions plus satisfaisantes que
celles qu'on possè<ie aujourd'hui. Il pa-
rait d*ailleurs qu'elle a dans son vocabu-
laire une partie qui lui est propre, et est
bien distincte, mais qu'elle a de plus un
grand nombre de mots et de formes gram-
maticales syro-arabes, ce qui fait que dans
sa structure et dans tout son système d'in-
flexion, elle a pris complètement le carac-
tère des langues sy ro^arabes ou sémitiques?
Le seul point maintenant indécis, c'est de
savoir si cette langue était oriçnairement
syro-arabe, c'est-à-dire si l'on doit la consi-
dérer comme un rameau depuis longtemps
séparé des souches orientales, sur lequel s»
serait enté plus tard un nombre considéra-
ble de mots particuliers, ou bien si l'on doit
y Toirun fond primitif, une langue plus
grossière à laquelle sera Tenu se superpo*
ser ultérieurement le système grammatical
des dialectes syro^arabes. C'est là un point
sur lequel je ne me hasarderai pas à pré*
senter d'opinion.
* 111. Berbères de TAthu smtentrional. —
On dit que les montages de l'Atlas sont
occupées par plus de yingt nations différen-
tes, constamment en guerre les unes con-
tre les autres, tribu contre tribu, village
contre village; des querelles héréditaires ne
finissent que par l'extermination de familles
entières. Les peuplades qui habitent les
monts neigeux de l'Atlas vivent dans des
cavernes depuis le mois de novembre jus-
qu'au mois d'avril ; leurs exploits ont été
1 origine de traditions et de légendes qui
remplissent de terreur les habitants des
plaines. Toutes ces tribus sont très-pau-
vres, et ce n'est guère que le butin qu elles
rapportent de leurs excursions qui peut leur
procurer des moyens de substance. C'est
une race très-robuste et pleine d'activité.
1" Les Berbères du haut Atlas sont repré-
sentés par Lemprière, qui leur donne le
nom de Brèbes, comme des hommes aux
formes athlétiques, aux traits rudes, à la
physionomie sévère; il ajoute qu'ils sont
struction {grammaticale de cette langue. Ce travail,
qui est fau de main de maître, et remarquable par
sa lucidité, prouve que, quel que soit le fend de
la langue, sa forme est une forme très-ancienne des
langues sémitiques ou svro-aral)es, souvent très-
différente de celle de Tarabe moderne.
Ii9
ABO
DANTHROrOLOGIE.
ADO
f36
patients, endurcis au trayait et à la fatigue
et peu enclins à s'éloigner du lieu de leur
naissance. Ils se rasent le devant de la tète,
mais ils laissent croître leurs cheyeux depuis
le sinciput jusqu*à la nuque.
Ils ont pour unique Tôtement une tunique
de kine sans manches, assujettie autour de
la taille par une ceinture. Lempfière lyoute
que ces peuples diffèrent complètement des
Arabes et des Maures, et sont \es habitants
aborigènes du pays ; ils ont leurs villages
sur la montagne, où ils vivent dans un état
presque complet d*indépendance, des pro*
dnits de leurs troupeaux et des produits de
lâchasse.
2* Les Shulus, qui sont les montagnards
de TAtlas septenîrional, habitent des villa-
ges dont les maisons sont en pierre et en
terre, et couvertes d*ardoise; quelquefois
ils vivent sous des tentes ou même dans des
cavernes. Us sont principalement chasseurs,
mais ils cultivent aussi la terre et élè^icnt
des abeilles. Léon rAfricain les considère
comme appartenant à la même race que les
Berbères du nord de TAtlas, et M. Venture
nous apprend que leur langue, à laquelle ils
donnent le nom d'amazigh, ce qui veut dire
la langue la plus noble, est de la même £i-
mille que la lan^e berbère. M. Jackson len
croyait tout à lait différente, mais la justesse
de ropinion de M. Venture parait liien éta-
blie par les preuves que le capitaine Was-
hington a présentées dans le Journal de la
Société géographique de Londres. Le capitaine
Washington donne une liste de mots obte-
nus de la bouche d'un homme natif de
Shelha, qui avait passé sa vie dans les mon-
tagnes de TAtlas, et il la compare avec les
listes formées par Venture et par quelques
autres voyageurs.
Les Berbères des régences de Tunis et d'Al-
ger sont désignés par les habitants des villes
sous le nom des Kabyles ou Kabaïies ; ils
occupent toute la chaîne du petit Atlas. Les
habitants de certaines parties de la montagne
ont cependant des noms particuliers, tels que
ceux de Benî-Saia ou Beni^Mcissera , ce qui
veut dire : « Enfants de Sala ou de Meissera. »
Ils parlent la langue berbère qu'ils nomment
shoviab , et ceux de l'intérieur n'ont même
aucune connaissance de l'arabe. Leurs habi-
tations, sortes de huttes faites de branches
d*arbres et couvertes d'argile, très- sembla-
bles par conséquent aux magalia des anciens
Numides , sont dispersées en petits coupes
sur les flancs de la montage ; les crains, les
l^umes et les divers produits qu'ils obtien-
nent de la culture dusol, sont conservés dans
des maimouree ou excavations coniques pra-
tiqijéesen terre. Ce sont les hommes les
Élus laborieux et les plus entreprenants des
llats barbaresques. L'agriculture n'est pas
leur seule industrie ; ils s'occupent encore
avec succès de l'exploitation des mines que
renferment leurs montagnes, et ils en tirent
du plomb, du fer et du cuivre.
La nation desj'ouariks est partagée en un
grand nombre de peuplades dont les caractè-
res physiques varient avec les climats , et
qui sont répandues dans toutes les parties
habitables de l'immense plaine du Sahara.
Les Touariks ont été très-bien décrits par
Léon l'Africain , qui avait visité tout leur
pays , mais ils étaient à peine connus dans
les deux siècles derniers , et leurs rapports
de parenté avec les Berbères n'étaient pas
même soupçonnés jusqu'à Tépoque du voyage
deHornemann, à qui l'on doit en quelque sorte
la, découverte de cette race répandue sur
une si vaste étendue de pays. C'e^tè M. Mars-
den , d'ailleurs , que 1 on doit la preuve de
l'identité des Touariks et des Berbères. 11
résulte des recherches de ces deux auteurs
que les Touariks s'avancent à l'est jusqu'aux
confins de l'Egypte. L'oasis d'Ammon est
habité par un peuple qui parle leur langue.
M. Rozet nous tait connaître dans les ter-
mes suivants les caractères physiques des^
Berbères ou Kabyles de l'Algérie. « Les Ber-
bères, dit-il, sont de taille moyenne ; ils ont
le teint brun, quelquefois noirâtre , les che-
veux bruns et lisses , rarement blonds ; ils
sont tous maigres, mais extrêmement robus-
tes et nerveux ; leur corps grêle est trè5«
bien fait , et leur tournure a une élégance
que l'on ne trouve plus que dans les statues
antiques. Ils ont la tête plus ronde que les
Arabes, les traits du risage plus courts, mais
aussi bien prononcés ; les beaux nez aqui-
lins , si communs chez ceux-ci , sont rares
chez les Berbères; l'expression de leur
figure a quelque chose de sauvage et même
de cruel; ils sont extrêmement actifs et
fort intelligents (31). »
Les Shuluhs des montagnes au delà de
Maroc, nous sont représentés par le capitaine
Washin^n comme des hommes vifs, intelli-
gents, bien faits, ayant des formes athléti-
ques, une taille peu élevée , un visage sans
traits bien marqués, et un teint clair.
Nous devons encore citer une observation
du docteur Shaw, concernant les Kabyles du
pays de Tunis. « Les Kaljyles , nous dit-il ,
sont généralement très-basanés et ont les
cheveux de couleur foncée ; mais ceux qui
habitent les montagnes d'Auress, ou le mons
AurariuM des anciens , bien que parlant la
même langue, ont la peau blanche, le visage
coloré et les cheveux d'un blond jaunâtre. »
Des auteurs qui croient à la permanence
des caractères pliysiques, au lieu de revenir
de ce préjugé en présence d'un fait comme
celui-ci, ont préféré supposer, contre toute
vraisemblance , aue les Berbères blonds du
mont A uress sontles restes des Vandales vain-
cus par Bélisaire. Les Touariks sont blancs
dans certaines contrées ; ils sont noirs dans
d'autres, mais sans avoir des traits de n^res»
L'extension de cette race dans toutes les
lies Canaries est une découverte curieuse et
intéressante des temps modernes.
Les Iles Canaries et les mers voisines
furent , pour le roi Juba, le sujet d'une ex-
ploration dont Pline nous a transmis les
(St) Vayoff d4ai$ «a TêgtHce (TM^r; 1 ans, 1833, 3 vol. iD-8%ct allas iu-i*.
!51
ABO
DICTlONNÂiaE
ABO
432
résultats, en reproduisant même textuelle-
ment, à ce qu'il paraît, les descriptions de ce
prince qui n'était pas seulement un hardi
navigateur, mais encore un savant géographe.
Selon Juba, la première île, qui fut nom-
mée Ombrios , ne présentait pas de vestiges
d'habitation humaine : ce qu'elle avait de
f)lus remarquable, c'était un lac situé sur
e haut d'une montagne ; la seconde , dans
laquelle on trouva les restes d'un édifice en
pierre , fut appelée Junonia, et ce nom était
celui d'une petite île voisine ; la suivante ,
nommée Capraria , abondait en très-grands
lézards ; l'île de Nivaria (Ténériffe), qui avait
reçu ce nom à cause de ses neiges , était un
pays de brouillards ; près de Nivaria se trou-
vait Canaria, ainsi nommée parce qu'il s'y
trouvait des chiens de très-haute taille, dont
deux furent amenés à Juba ; on y voyait des
restes d'habitations. Toutes ces îles abon-
daient en fruits et en palmiers à dattes , les
bois étaient remplis d'oiseaux et de différen-
tes sortes d'animaux.
Il paraîtrait , d'après cette description ,
2ue , du temps de Juba , les îles Canaries
laient ou complètement désertes, ou seule-
ment habitées sur cjuelques points qui ne
furent pas alors visités.
L'histoire moderne des Canaries commence
avec la découverte qui en fut faite acciden-
tellement entre l'année 1326 et Tannée 1334.
£ar suite du naufrage d'un vaisseau français.
»epuis lors , ces îles furent le but de plu-
sieurs expéditions de la part des Espagnols,
gui n'v venaient que pour piller et pour j
faire clés esclaves; dans «ne de ces expédi-
tions , le roi et la reine de Lancerote furent
faits prisonniers avec soixante-dix des leurs.
Au commencement du xV siècle , un baron
normand, Jean de Béthancourt , soumit plu-
sieurs de ces îles , mais il se passa encore
quatre-vingt-quinze ans avant que la con-
quête de Ténériffe fût complète, les habitants,
connus sous le nom de Guaiiches, ayant
opposé aux conquérants une héroïque résis-
tance. Les meilleurs renseignements que
nous ayons sur ces Guanches se trouvent
dans les relations de quelques anciens voya-
geurs qui visitèrent les Canaries à l'époque
où elles n'étaient encore que très-incoraplé-
ment subjuguées.
La population de la grande Canarie s'éle-
vait à 9,000 âmes , et celle de Ténériffe à
S,000. On raconte que les indigènes de cette
dernière île étaient extrêmement grands et
avaient même parfois des proportions gigan-
tesques. C'était un peuple de mœurs simples,
qui connaissait très-peu d'arts, ignorait l'usage
des métaux et se servait, dit-on , des cornes
de bœuf pour labourer la terre. Ils croyaient
à une vie future et adoraient un être su-
prême , qu'ils désignaient sous le nom
d'Achuharahan, et qu'ilsconsidéraient comme
l'auteur et le conservateur de tout ce qui est
bon et utile aux hommes. Ils croyaient aussi
à un génie du mal qu'ils nommaient Guayotta ;
enfin ils admettaient un lieu de peines pour
les méchants, et le plaçaient dans le cratère
brûlant du pic de Teyde. Us avaient des
cérémonies pour sanctifier le mariage, et
diverses pratiques liées à un système de
dogmes moraux et politiques.
L'ttsage d'embaumer les corps et de les
déposer dans les cavernes des montagnes ,
dans des espèces de catacombes^ est le fait le
plus curieux de l'histoire des Guanches)
c'est au moins celui qui a le plus fixé l'atten-
tion. Les momies étaient placées debout et
appuyées contre les parois de la grotte. Dans
la main des chefs était un bâton de comman-
dement, et, près d'eux, était déposé un vase
plein delait. Nicol, voyageur anglais, dit avoir
vu réunis en un même lieu trois cents de
ces cadavreS) dont la chair était desséchée et
le corps aussi léger aue du parchemin. On
conta à Scorey que 1 on avait trouvé dans Je
tombeau des rois de Guimar un squelette de
Suinze pieds de haut et dont les mâchoires
taient garnies de quatre-vingts dents. Depuis
quelques années nous avons eu, par suite des
recherches de Golberry , de Blumenbach et
de Humboldt , des détails plus exacts de ces
momies et sur la manière dont on les prépa-
rait. Il paraît qu'on enduisait les corps avec
une espèce de résine et qu'on les faisait
sécher devant un petit feu ou seulement en
les exposant au soleil. La dessiccation s'o| é-
rait si complètement, que toutes ces momies
étaient excessivement légères , et Blunaen-
bach nous dit en posséder une qui, avec tou-
tes ses bandelettes , ne pèse que sept livres
et demie, ce qui est près d'un tiers de moins
que le poids d'un squelette entier de môme
taille, auquel l'on vient d'enlever la peau et
les chairs. En ouvrant ces momies on trouve
des débris de plantes aromatiques, au nom-
bre desquelles est toujours, dit-on, leC/ieno-
podium Ambrosioides. Les corps sont ornés
de bandelettes étroites auxquelles sont sus-
pendus de petits vases en terre cuite.
M. Golberry nous a donné la description
d'une momie qui est en sa possession , et
qu'il a choisie dans un très -grand nombre
qui restaient encore de son temps dans les
grottes de Ténériffe. Voici ce qu'il en dit :
« Les cheveux étaient longs et noirs, la peau
sèche et flexible , d'un brun foncé, le dos et
la poitrine couverts de poils, les cavités jiec-
torale et abdominale étaient remplies d une
espèce de graine qui ressemblait a du riz, le
corps était enveloppé de bandelettes de peau
de chèvre. »
Blumenbach a cru découvrir quelque res-
semblance dans le système d'ornements des
momies guanches et celui des momies égyp-
tiennes. On trouve dans les unes et les au-
tres des colliers de corail , mais cela peut
n'être qu'une ressemblance accidentelle, tan-
dis que l'usage de la peau de chèvre en place
d'étoffes tissées , la manière de remplir les
corps et do les dessécher , et bien d autres
particularités encore , diffèrent essentielle-
ment du procédé égyptien.
Les incisives des momies des deux nations
sont usées de manière à représenter un cône
tronqué. Cela peut venir de ce que ces deux
peuples auraient fait usage de semblables
aliments , et de ce que tous les deux , par
1Ô5
ACT
D'AMKIIOPOL'CIE
ABT
f-4
fxeujpICy auraient eu l*habitude de manger
lies grains très-durs.
Le langue que parlaient les anciens habi-
tants des Canaries est perdue depuis long-
temps ; il ne nous en reste qu'un petit nom-
bre de mots dont la conservation est due au
hasard , mais qui sufllsent pour nous porter
à penser que cette nation, aujourdliui com-
plètement éteinte, appartenait à la race
atlantique (33).
ABSTRACTION. Voy. Lahgigb.
ABYSSINIENS. — L Abyssinie, est certai-
nement, après rEgjrpte, plus digne qu aucune
antre partie de 1 Airique, de fixer notre at-
tention, en raison de la multitude des faits
curieux qui se r&ttacbent à son histoire.
Toujours d*un accès difficile par la nature
montagneuse de son territoire et par sa po-
sition locale, cachant dans son sein les
sources longtemps cherchées du Nil, et
l'origine plus mystérieuse encore de ses
singuliers habitants, l'Abyssinie a seule con^
serré, dans le cceur de l'Afrique et au milieu
de nations païennes et mahométanes, sa
littérature propre , et son ancienne Eglise
chrétienne. Ce qui est plus remarquable en-
core, l'Abyssinie a conservé des traces pro*
fondes, multipliées, d'un état antérieur, d*un
judaïsme anciennement très-répandu, et une
langue qui se rapproche plus qu'aucune
autre langue rivante de l'hébreu pur; enfin
l'ensemble des habitudes et le caractère par«
ticulier de son peuple représentent, de nos
I'ours, les moeurs et les coutumes des anciens
sraélites du temps de Gédéon et de Josué.
La ressemblance entre les Abyssiniens mo^
dernes et les anciens Hébreux a ouelque
chose de si frappant, qu'il nous est oifficile,
au premier abord, de ne pas considérer ces
deux peuples comme étant deux branches
d*unc même nalion ; si donc nous n'avions
pas la preuve irrécusable du contraire, si
nous ne savions i>as positivement aue les
Alirauiides tirent leur origine de la Clialdée,
desfiayssituésau nord elà l'est de la Palestine,
nous aurions pu fabriquer une hypothèse
Irès-prolialfic, qui les eût fait descendre en
hordes nomades des montagnes de l'Habesh;
lis se seraient ainsi trouvés identifiés avec
les rois pasteurs, qui, selon Manétbon, mul«
tinlièrent leurs liandes dans le pays des
Pfiaraons, pendant un séjour de plusieurs
siècles, mais qui» enfin, contraints par la
volonté des dieux à fuir de ce vàySf cher-
chèrent nn refuge en Judée, où ils élevèrent
l€^s murs de|Jérusalem. Une semblable hypo-
thèse ferait comprendre l'existence, dans
TAfrique tropicale, d'un peuple presque
Israélite, et la conservation d'une langue si
iroisine de celle des Hébreux; malheureuse-
ment , elle est d'une fausseté évidente, et
c'est grand dommage, puisqu'elle nous four-
nirait, iiour la plupart des fliits qui se ratta-
cheot a Thisloire de l'Abyssinie, surtout
' (ââ) 11. Ilaréilo, de i/isbonne, a soiitena, dans un
mémoire fort in^èmemi, qall a commiiniqiié k la So-
« icié ittyalc géo{(rapbiciiic de l^omln^s, que la langue
^c% Cuâttclics éiaii Jîll^rciilc de ccUc «les avtrcs
|H)ur l'extension si ancienne de la rc'i^^ion et
des coutumes juives dans tout ce pays, une
explication très-simple et la seule qui puisse
être sérieusement proposée, car la légende
gui fait descendre de Salojnon et de la reine
de Saha la maison royale de Menilek est un
conte absurde.
Le plateau de l'Abyssinie , comparé par
M. de Humboldt à la plaine élevée de Quito,
s'étend au nord de la grande chaîne de mon-
tagnes qui traversent l'Afrique de l'est à
l'ouest. Les habitants de l'Abyssinie, d'après
ce que nous apprend Tellez, nomment leur
pays Albtrogran ou la Haute -Plaine, par
opposition au KwoUa ou plat pays, dont elle
est entourée de tous les cdtés, excepté du
côté du sud. Ils comparent leur Alberogran
è la fleur du denguelet, dont la magnifique
corolle est environnée d'épines, faisant ainsi
allusion à la barbarie des nombreuses peu-»
plades qui habitent les vallées et les plaines
environnantes. I^ plaine de Narea ou d'Ena^
réa, forme, du côté du sud, un prolongement
du haut pays, et ainsi que le fait observer
Ritter, relie le Habesh aux montagnes en*^
core plus élevées de KaSa et au grand pla*
teau de l'Afrique centrale. Les plateaux de
l'Abyssinie proprement dite s'étendent du
neuvième au quinzième degré de lalituic
nord, c'est-à-dire, depuis les provinces mé-
ridionales de Choa et d'Efat, qui ne sont pas
très-éloignées d*£naréa , jusqu'à Tcherkin
ou Waldubba,el là les montagnes s'aliaissent
tout à coup et se perdent dans les forêts
basses, occupées par les nègres Changallas.
La plus grande |)artie du plateau du Ha-
besh est un pays de pâturages alpestres*
Il offre aussi quelques plaines cultivées <
mais on y voit très-peu de forêts ; dans cer-
taines saisons il est aijondamment arrosé
par de nombreux ruisseaux qui le fertilisent,
et il nourrit d'innombrables troupeaux de
bcBiifs et de chevaux. La race d'hommes qui
l'habite est vigoureuse, belle, active, intelli-
ligente; c'est une race beaucoup plus portée
vers les arts de la guerre que vers ceux de la
paix, et ainsi que Ludolph en fait la remar-
que, elle ne dépose guère les armes, que
lorsqu'elle v est rx>ntrainte par le retour
périodique des pluies tropicales (33).
Pendant des siècles, l'Abyssinie ne formH
qu*un seul empire gouverne par tm negusli,
ou empereur, qui résidait d'abord à Axourof
ancienne capitale du Tugray, ou Tigré, et
depuis quelques siècles à Gôndar, dans une
partie plus centrale du pays. Cet empire se
divise en plusieurs provinces ou royaumeSf
et i I est habité par di£réren tes races d^liommeSf
qui^bien que semblables pour les caractères
moraux et physiques, se distinguent les
X unes des autres par ce grand cachet d'ori-
gine diverse , la différence de langage.
N'ayant rien reçu de l'ancienne civilisation
de l'Egypte et de l'Ethiopie, l'Abyssinie pa-
lâes, et différente aassi da dialecte berbère. Ce sujrt
demande de plus amples érlaircissemcnts
(55) LcDOLPH, Unt. jEîhiop.^ lib. f. — Rittee,
Erdlundj th. i. c. 3.
f3.1
An\
DICTIONiNAlUE
ABK
156
raîl devoir ses prcnièrcs connaissances aux
nations sémitiques établies sur les rives
opposées de la mer Rouge. De celte contrée
leur vinrent probablement les caractères
syllabiques qui furent à ce qu'il paraît, bien
longtemps communs aux Abyssins et à des
Êeuples qui leur sont alliés de uarcuté, les
[omérites, ou Hymiarites du Yémen méri-
dional. La portion de la côte de la mer Rouge
correspondant à l'Abyssinie, et le plat pays
qui la borde constituent la province de
Sarahar ou Samhara ; de là le voyageur gra-
vit les coteaux élevés d'Assauli et de Ta-
ranta, et arrive au plateau occidental du
Tugray. C'est dans cepays, à Axoum, mélro-
pole des negush , que les arts furent d'abord
cultivés; là, quoique le judaïsme fût à ce
qu'il paraît très-prédominant, la connais-
sance de la sculpture et des lettres grecques
avait pénétré en même temps que la mytfio-
logie polythéistique des Grecs égyptiens,
vers 1 époque dos Ptolémées, époque où la
province d'Adei et d'autres parties des bords
de 'la mer Rouge étaient fréquentés par des
marchands étrangers. Cependant 1. ancien
gbiz ou hébreu-éthiopique continua à être la
langue du peuple d'Axoum, longtemps en-
core après l'arrivée de Frumentius qui,
consacré par le grand Athanase, devint fapô-
tre de l'Abyssinie. Frumentius traduisit les
saintes Ecritures enghiz, l'ancien dialecte
parlé dans les provinces de l'est chez les
Tugrayeus, qui étaient alors la tribu domi-
nante. Dans les provinces de l'intérieur, les
Falashas conservèrent le judaïsme, tandis que
les tribus du sud, les Agows et d'autres,
persistèrent dans leur paganisme africain et
leur adoration du Nil. Les Tugray ens qui
habitaient à l'est de l'Astaboras ou Takazay
étaient les vrais Abyssiniens, de race sémi-
tique, ou peut-être cushite. Les Amharas,
peuple qui parlait l'amharique, habitaient la
plus grande des provinces de l'Abyssinie :
c'est dans leur pays que se trouve Gondar,
qui devint plus tard le siège de l'empire.
L'hamarique nous offre un grand mélange
d'arabe et de ghiz, mais les plus savants phi-
losophes pensent que cette langue n'est point
d'ongine syro-arabe : ce point d'ailleurs
n'est pas encore tout à fait décidé, et c'est
seulement lorsqu'il le sera qu'on pourra dé-
terminer si les Amharas étaient une nation
sémitique ou une raie purement africaine.
Au point où en sont les recherches, cette
dernière opinion paraît être la plus proba-
ble, et elle peut s'étendre à toutes les autres
nations qui étaient, ainsi que les Tugrayens,
sujets du negush.
Caractères physiques des Abyssiniens, -r-
Les Abyssiniens sont considérés comme fai-
sant partie des races noires. Les auteurs
arabes qui ont écrit l'histoire des guerres
entre les anciens princes du Yeraen et les
neçushs leur donnent le nom de noirs y
et leur appliçiuent des épithètes que Shul-
teus a traduites par . « ^Ethiopes crispa tor-
tilique coma ?» Un prince arabe en ambas-
sade près du roi de Perse le supplie de
chasser ces vilains corbeaux dont ta pré-
sence est odieuse à ses compatriotes. Sur-
ckhard dit que les femmes abyssiniennes
sontlesplusbellesde toutes lesfemmesnotr^f.
Le docteur Ruppell nous apprenë ou'il y
a deux types principaux chez les Aoyssi-*
niens,enne comprenant, sous cette déno-
mination, ni les Gallas, ni les Changallas.
Le type le plus commun est un type, on
peut le dire, européen; les hommes ;qui y
appartiennent ont de belles formes , et , par
les traits comme par l'expression de la
physionomie, ils ressemblent tout à fait
aux Bédouins de l'Arabie. Leurs caractères
distinctifs sont : une forme de visage ovale;
un nez effilé , d'un contour pur; une bouche
bien proportionnée avec des lèvres modé-
rément grosses qui ne sont nullement ren-
versées; des yeux vifs, des dents bien
rangées, des cheveux un peu frisés ou lisses,
et une taille moyenne. C'est à cette classe
qu'appartiennent la plupart des habitantsdes
hautes montagnes de Samcn et des plaines
qui entourent le lac Tzana; les Falashas
ou juifs, les Gamants, peuple idolâtre, et
les Agows, malgré la différence de leurs
dialectes, y appartiennent également. Sui-
vant le même voyageur, une seconde
classe encore très-nombreuse d'Abyssiniens
se confond , du moins quant aux carac-
tères physiques, avec la race qu'il dési-
gne sous le nom de race éthiopienne, n Ce
dernier type, ajoute le docteur Rtippell, se
distingue principalement par un nez qui
est moins effilé et même un peu aplati dans
toute sa longueur, par des lèvres épaisses ,
des yeux longs et peu animés , enfin par des
cheveux très-crépus, presque laineux et
tellement épais qu'ils se tiennent droits
sur la tête. Une partie des habitants de la
côte d'Abyssinie, de la province d'Hamasen,
et d'autres cantons voisins de la frontière
nord de l'Abyssinie, appartiennent à celle
race éthiopienne. » Les caractères que Rup-
pell vient d'indiquer sont justement ceux
qu'il avait, dans un ouvrage précédent, as-
signés aux Barabras du Nil et aux Abab-
dehs. Il dit que le portrait de l'Arabe Soua-
kini, inséré dans les Voyages de lord Va-
lentia, donne une très-bonne idée de ce
qu'est en général la conformation et l'ex-
pression du visage chez les individus ap-
partenant au type dont nous parlons.
Ce type , que Rûppell , ainsi que nous
l'avons dit, désigne par l'épithète d'Elhio^
pien , et qu'il assure être commun à une
partie considérable des populations abyssi-
niennes et nubiennes, ainsi qu'aux Bara-
bras, aux Ababdehs et ^ux Bicharis, est
précisément le caractèio de physionomie
que la plupart des autres auteurs donnent
pour le type le plus général de la physio-
nomie abyssinienne. Ainsi, le baron Larrey,
qui s'est beaucoup occupé de l'histoire phy-
sique de ces races, admet un type com-
mun aux Cophtes, ou descendants des an-
ciens Egyptiens , aux Barabras et aux Abys-
siniens , mais fort éloigné de celui des races
nèsres. Je citerai ses observations comme
celles de l'homme qui doit le plus faire au-
m
AOC
D'AXTOROPOLOGiE.
àGC
j;s
lorilé SOT e» sujet Les BgypCiens ou Cophtes
S*il nous représente eomme fermant une
incbe de cet assemblage de raees, ont
« on teint de peau jaunâtre et fumeux « le
risage bouffi , les paupières un peu tumé-
fiées, le nez éyasé Ters sa pointe et à peu
près droit » les narines dilatées , les lèvres
grosses, les pommettes saillantes, la barbe
et .les dieTeux noirs et erépus. Cependant,
afoute notre auteur, je n'en eonelus pas
comme Volner que ces hommes soient de
la race des nègres de Fintérieur de TAfri*
ooe ; Tanalogie des traits de la taee chez ces
aemiers arec ceux des Ethiopiens présente
des différences assez sensibles pour ne pas
les confondre. Les nègres africains ont les
dents plus larges, plus avancées, les ar-
cades dTéolaires plus étendues et plus
prononcées ; les lèrres plus épaisses , ren-
yersées , et la bouche plus femlue : ils ont
aussi les pommettes moins saillantes , les
joues plus petites , les veux moins brillants
et plus ronds , leurs cheveux sont lanugi-
neux. 9 A cette description du nègre, il
oppose dans les termes suivants celle de
rAbjssinien :
« L^Abvssin a les yeux plus grands « d'un
regard phis agréable et dont Tangle inipme
est un peu indiné. €bez lui les pommettes
et les arcades zygomatiques sont plus sail-
lantes : les ioues forment, avec les angles
prononcés de la mâchoire et de la bouche,
un triangle plus régulier; les lèvres sont
épaisses sans être renversées comme chez
les nègres; les dents sont belles, bien plan-
tées et moins avancées; les arcades alvéolaires
sont moins étendues. Le teint des Abyssins
D*est pas aussi noir que celui des nègres de
Tintérieur deVAfrique, et cette différence est
emnmnne à presque tous les Ethiopiens
ou les hommes de couleur qui habitent les
contrées de l'Afrique correspondantes à la
partie supérieure du Nil. Ces derniers
traits que je viens de décrire se remar-
quent avec quelques nuances presque in-
sensibles chez les Quobtes ou vrais Egyp-
tiens d*autrefois ; on les retrouve dans les
télés des statues égyptiennes , surtout dans
eelles de «ihinx.
« Pour vérifier ces faits, poursuit-il, j'ai
recueilli un certain nombre de crânes dans
plusieurs cimetières des (^obtes , dont la
déncolition avait été nécessitée par les tra-
Tacx publics. Je les ai comparés avec ceux
des autres races, surtout avec ceux de
quelques Abyssins et Ethiopiens, et je me
sais convaincu que ces deux espèces de
erânes présentent à peu près les mêmes
formes. • 1! dit due les tètes des momies
trouvées à Saecarraa lui ont présenté pré-
cisément les mêmes caractères , tels que la
saillie des pommettes et des arcades zygo-
matiques, la forme particulière des fesses
Dasules , et le peu de ^projeetion des arcades
atvréolaires , comparativement à ce que nous
offrent ces areatles dans le crâne dn nègre.
ACCLIMATEMENT. RésoiiA dbs ibiflce5-
CES KXTémiEumEs ET wTÉaiECEBS.— L'Améri-
oue en fournissant des richesses même à la
DiCTioxff. d'Ahthbopolooib. 1.
sdeoce,^a renouvelé, parUnedoubleéfM^uve,
rhistoire curieuse dé rêedîmalement et de
la domeatieation des animaux. L'Europe, où
les WÊdeagris américains ont tant de peine à
se naturaliser, fournit à l'Amérique du sud
l'oie apprivoisée, dont les premières généra-
tions produisirent des pontes rares; un quart
à peine venait à éclore, et plus de la moitié
des jeunes oisons mourait dans les premiers
mois. Peu à peu les CBufs furent jhus nom-
inaux, la réussite des petits moins précaire,
et l'oie se naturalisa dans le nouveau monde,
eomme le maleagris ou ooq d'Inde dans Tan-
den. L'oie tricolore d'S^pte , que le gou-
vernement français propage dans ce moment,
a offert les mêmes phénomènes pendant son
acclimatement et sa domestication au Jardin
des Plantes. Les observations finies par nos
fermiers sur le meleagris se sont renouve-
lées en l^vpte et aux grandes Indes , où l'on
a transporte ce précieux sallinaeé. Le bœuf,
le cheval, l'âne, le chien, le chat, le cochon,
le mouton, la dièvre, ont présenté des phé-
nomènes à peu près pareils quand on les a
dépaysés. Dans I Amérique du Sud , la plu-
part de ces espèces livrées à une nature luxu-
riante , sont passées à l'état sauvage et ont
subi des transformations de mceurs, de forme
et de couleur. La vaobe et la chèvre ont
perdu leurs amples mamelles. Les bœuls,
chevaux et moutons j ont changé de couleur
et de pelage ; les cluens et les chats y ont
pc^tfai leur cri particulier : l'aboiement et le
miaulement. Les porcs ont repris la robe de
sangler. Dans l'Australie, le chien d'in^
offire l'apparence d'un loup; le chien d'tu-
rope, transporté è la côte d'Afrique , tourne
rapidement au chacal : le poil roux , la
qneue rameuse, les oreilles roides, la voix
reduite à hurler. L'aboiement parait une
fonction dépendante du dimat et de l'imita-
tion ; car deux chiens hurleurs , apportés
d'Amérique en Angleterre, par Makensie, y
ont engendré un petit qui apprit & aboyer.
Ce va-et-vient d un type à un autre dans
la même espèce a été constaté aussi dans
les végétaux alternativement remaniés par
la culture et par l'état sauvage : le thym
cultivé élargit en feuilles amples et vertes
les petits evlindroides glauques du thym
montagnard. Vilmorin a fait reparaître la
souche primitive de la carotte fibrille, mince
et âpre, où l'on aurait peine à reconn^tre
la racine gigantesque et sucrée servie sur
nos tables. J'ai trouvé aux environs de Bal-
bec, dit M. de Salles, dans la vallée de
Bouha, un arbuste de deux pieds, portant
uo imperceptible fnîit à noyau, où les bo-
tanistes n'ont pu méconnaître, soit la souche
primitive de l'abricotier de Damas, soit la
dégénération de cet arbre et de ce fruit, con-
quête fameuse de la plus ancienne horti-
culture.
Tous ces diangements d'apparence, too-*
tes ces révolutions profondés dans l'écono-
mie d'une espèce animale et végétale , ne
laissent aucun doute sur TidentUé de l'ef/-
pèce aux deux états, parce qu'un seul siè-
cle, un même homme ont ou les constater.
I>J
ACC
D1CT10.N.\AIRË
ACC
JiO
L'observation a été moins heureuse et moins
commode sur l'espèce humaine.
La médecine a décrit les malmlies de
tliomnie expatrié, crises qui compromettent
plusieurs générations, mais qui finissent [mr
changer profondément les organes, et les ac-
commodera leurs nouvellesconditions d'exis-
tence. Les blancs, transportés dans les pays
chauds , éprouvent des maladies véritables :
fièvres intermittentes, peste, choléra, ûèvre
jaune» dyssenterie, furoncles, résultalsd'un
trouble profond du foie et des viscères qui
accompagnent Tictère et les altérations su-
perficielles de la peau. L'homme blond de-
vient bilieux, le brun se basane. La pre-
mière génération meurt h la peine; la vie
s'allonge graduellement dans les générations
suivantes. L'Egypte, conquise par des étran-
gers, a constamment offert ces luttes de
racclimalement. Le renom de meurtrier fait
à son climat doit s'entendre pour les pre-
mières générations. Les Mameluks s'y re-
produisent comme jadis les- Gret^ et les
Cophtes , mais en passant par les mêmes
épreuves, absolument comme les oiseaux
domestiques expatriés.
Dans ces mouvements, les apparences exté-
rieures de l'homme confirment rim|iortance
que nous leur avons concédée; car elles se
montrent bien plus tenaces que des combinai-
sons vitales intérieures. Des nègres, à la
Seconde, à la troisième génération, sont ac-
commodés aux climats tempérés de TAmé-
rique du Nord ou de l'Angleterre, et devien-
nent aussi malades que les blancs quand on
les transporte en Afrique , patrie de leurs
pères ou de leurs aïeux.
Si les maladies de l'homme et des ani-
maux expatriés trouvent une raison sufîi-
santc dans les influences physiques percep-
tibles à nos sens, et appréeiabies par nos
instruments, les endémies, les épidémies et
épizooties signalent d'autres influences plus
mystérieuses, et qui doivent nous rendre
sobres d'aflirmations absolues sur la coréla-
tion des influences physiques et de ralléra-
tion des espèces. Les femmes abyssines meu-
rent poitrinaires au Caire, où la tempéra-
ture est aussi douce et plus uniforme que
dans la Suisse africaine. Un pays froid cou-
vre de laine la peau des animaux^ c'est le
pays chaud qui rend crépue ou laineuse la
chevelure de l'homme. L'alimentation pré-
caire rapetisse la taille et amaigrit les mem-
bres, et pourtant beaucoup de nègres et Nu-
biens sont des géants, maigres de [lartout,
excepté de la face qui est gonflée et turgide.
Les nègres, les Australiens, les Indous, les
Arabes, et en général tous les peuples affa-
més , oflrent un mollet grêle et des bras
charnus. C'est le contraire chez la plupart
des races blanches, où la iambe est habi-
tuellement mieux faite que le bras. Là aussi
les mains et les pieds ne sont menus que
chez les castes riches; plusieurs nations
d'Amérique et d'Afrique méridionale, plu-
sieurs peuples mongols, indous, indo-chi-
nuis, ont vas i*xirciiiiié.> mignonnes avec ou
>aus travail. Les oreilles ain.p!us cl épaisses,
i*un (les traits parlicidiers aux crétins de hv
ces idanches, se renconlrent chez plusieur-s
races mou^^oles clamùriiaiiics avec la vali-
dité du corps, et, sumn avec la culture, an
moins avec la validité de riiitelligeiice.
.Aussi, tout en écoutant respectueusement
la formule suivante , feroiis-iious encore
quelques réserves : « Les dilTérences de va-
riétés tiennent à des circoustames détermi-
nées; leur étendue augmente avec Tinteii-
sité des circonstances, les carat-tères les plus
superficiels sont les plus variablcd {3\] ; la
couleur tient à la lumière; l'épai^iienr du
poil à la chaleur; la grandeur à rabondamo
de la nourriture; liédlunoins les variétés tes
plus tranchées neditfèrenl pa> pour le sque-
lette. » Le grand zoologiste avait principale-
ment en vue les animaux libres; car un peu
plus loin il dit que» par le climat et les croi-
sements, Findusthe huuiaine a obtenu lo
maximum des variantes sur le rliien, où ces
variantes ont porté sur le squelette lui-
même.
Si Cuvier croyait à la multiplicité des er-
pèces hamainesii d'après les tlilTerences oi-
seuses ofl'ertes par les races, Cuvii^r ne fai-
sait pas attention à un grand argument, qu'il
ne faut pas se lasser de répéter. La domes-
tication de Thomme, tiscillant perpétuelle-
ment entre les extrêmes île civilisation et
d'état sauvage, doit avoir modifié l'homme
encore plus pntfondément que les autres
animaux di»me^tiqnes; le s(]uelette n'y ap;is
plus échappé que les organes superficiels,
car Tindustrie, capable île modérer raeliou
des milieux, est, à plus forte raison , capable
de changer les mœurs, les idées , les sei.t:-^
ments, fonctions qui modifient par degrés la
boite osseuse du cerveau et les traits de la
figure.
£n discutant la valeur hiérarchique des
apparences phvsiques, nous verrons les mê-
mes mesures du crâne, les mêmes ossatuns
de la face, reparaître chez les nations les plus
diverses; nous retrouverons toutes les va-
riantes réunies parfois dans la même rare
où ces variantes ont tout au plus un i^enain
rapport avec rétat social.. Au contraire, les
teintes de la peau nous paraîtront moins va-
riables, et, en tout cas, dans une indépen-
dance absolue de la charpente osseuse du
corps, et surtout de la face. Les Yolofs, les
Nubiens sont très-noirs avec des traits eu-
ropéens. Beaucoup de voyageurs ont vu
des tribus Kalmoukes par les traits, maispar-
faitement blanches de peau. Certains Carres,
qui ont le t^int noisette des Abyssins, sont
rattachés souvent aux Mozambiques Zangue-
barrais, aux Assyriens eux-noêmes, et tous
à des tribus arabes par leurs belles formes
de tête.
Quelques parties molles de la face sont
sensiblement modifiées par. le sauelette:
comme l'écartement des narines et la saillie
du nez après sa racine. La pommette, ou
(Si) CuviER, Oiumenls fossiht.
la
ACC
DAKTllROPOLOGiE
ACC
fit
zigoma^ peut rendre l'ouverture de Vœil li-
néaire, en repoussant en haut la paupière in-
férieure; la rendre oblique et bridée, si cet
rts est jeté au dehors et en haut , comme
tlaos beaucoup de figures mongoles, kamt-
cliadalesY hottentotes et américaines. Pour
(faùtres particularités , si les hypothèses à
priori sont moins vraisemblables , nous de-
TOiis «u moins remarquer la coïncidence de
certains progrès moraux avec la modifica-
tion de quelques traits du visage.
Toutes les nations peu avancées en civi-
lisation, à quelque race d'ailleurs qu'elles
appartiennent , ont la touche forte , très-
fendue, garnie de lèvres épaisses. Ce fait
est frappant chez les Indous, les Arméniens,
les Arabes aussi bien que les Malais, Tar-
(ares et nègres.' L'esprit, la réflexion, lacir-
conspiection rapetissent la bouche et amin-
cissent les lèvres. En observant ja bouche
des penseurs, des diplomates et' des femmes
élégantes d'Europe, ou prend bonne opinion
deresprit des Chinois, si on l'harmonise
avec les bouches délicates de leurs poupées
et de leurs dessins. On prend bonne opi-
nion de quelques bouches vivantes, si on les
reconstruit aaprès le marivaudage des ro-
mans chinois.
Le mécanisme de cette coaptation se
trouve formulé dans une fine observation
de Lavater : Prenez momentanément un senti"
mentf une passion^ vous en faites la panto*
mime. Le sentiment, la passion, devenus
habitude, rendent permanente la grimace
3 ui devient trait de la physionomie au bout
«quelques générations. De la même façon
il faudra plusieurs générations pour eflacer
le symptôme extérieui quand l'habitude in-
térieur aura disimru.
il faut aussi mettre sur le compte des in-
flnences morales le changement qui survient
dans les traits et même dans le crâne delà race
nè^, établies depuis plusieurs vénérations
en Amérique, en partivfi|)ant au bénéfice de la
eniii$dtion. Comme la peau n*a pas offert
pendant cette période des changements très-
iirononcés, il faut accueillir avec défiance
l'histoire du nègre de Caldené qui, établi
très-jeune à Venise, serait devenu pâle et
jaane en vieillissant. Ce n*était probable-
ment qu*ua quarteron ou un mulâtre à che-
veux très-crépus. Les enfants de cette caste
paraissent proportionnellement très-bruns ;
mais leur teint s'éclarcit beaucoup avec
l'âge.
La puberté et la vieillesse précoce des
femmes, attribut supposé des races nègres
et iîasanées sans exception de climat et d'é-
ducation, est encore un de ces préjugés re-
dressés )iar les vovageurs instruits. Chez
(«s races comme chez les blancs, le climat
ehaud et la pensée stimulée par Téducation
des villes hâtent ^un peu la puberté, mais
non pas au point de l'avancer de cinq ou
six ans. Les nations incultes ont permis
le mariage à tout âge , parce qu'elles ne
s'inquiétaient guère du temps nécessaire
pour élever la femme et surtout parce
qu'elles favorisaient la sensualité des hom-
mes auteurs de la loi. Mahomet épousa,
dit-on, Aïscha à l'âge cfe neuf ans; mais il
n'en eut d'enfant que beaucoup plus tard ;
et dans le Koran, que ni Montesquieu, ni
Ualler ne {taraissent avoir pris la peine de
consulter, Mahomet établit un âge légal
])0ur le mariage des femmes. Plusieurs com-
mentateurs fixent cet âge à dix-huit ans; (
aucun ne l'a mis au-dessous de quinze.
Les influences morales se combinent avec
le climat pour modifier la physionomie des
Î peuples. La richesse du sol africain favorise
a (laresse du nègre; la rigueur du ciel si-»
bérien, les glaces du Groenland, les neiges
du Canada, ont rendu l'industrie indispen-
sable pour que le Kalmouk , l'Esquimaux ,
l'Algonquin, pussent être nourris et vêtus.
Dans les races blanches, l'esthétique peut
déjà noter des nuances là où l'ethnographie
ne saisirait pas de différences tranchées. La
paresse doit avoir dégradé la physionomie
de ces Portugais devenus sauvages au Bré-
sil, tandis que l'aisance acquise par le tra-
vail libre ennoblit et embellit chaque jour les
paysans de la Toscane (35).
Actions et réactions morales, physiologi-
ques ou pathologiques résumées par quel-
ques générations , consolidées et transmises
par plusieurs autres, voilà le fait pratique,
commun à l'homme et aux animaux. La
multiplicité de ces agents, leur jeu croisé
et enchevêtré , rendu plus mystérieux par
la complication de l'organisme humain,
voilà ce qui retardera longtemps le dernier
mot de la science, le dernier dégagement
des X de la formule algébrique.
Nos adversaires sont moins circonspects ;
l'omnipotence des agents physiques est au
fond de leur doctrine. Heureusement plu-
sieurs hommes, qui auraient autant queper-
sonne l'excuse des grands succès pour mo-
tiver la même infatuation, ont apporté leur
contingent à nos doutes en même temps qu'à
nos espérances 1 Quand l'Afrique aura ses
Humboldt , ses d'Orbignv, ses Roulin, ses
Dumont-d'Urville ; quand les races de la
Haute -Asie et de 1 Amérique polaire au-
ront été étudiées dans leur histoire, leurs
migrations , leurs climats comme les navi-
gateurs ont étudié l'Océanie, alors Téthno-
frraphie classera méthodiquement plusieurs
aits qu'elle s'est bornée a enregistrer avec
surprise : ces Tourages blancs, qui de l'A-
frique centrale viennent trafiquer aux ports
voisins de Guardafuï et qui sembleraient
signaler un Himalaya dans l'Afrique cen-
trale, comme la race jaune aux petites mains
et aux yeux obliques semble coapté^ à
un plateau mongol de l'Afriaue du Sud f Ces
Mandans à peau si pâle, à cheveux si clairs
que les Anglais les réclament comme débris
de l'armée Welsh du prince Madoc, et les
Danois comme des Scandinaves établis daitt
l'Amérique du Nord , bien avant la décou-
verte de Colomb ! les Californiens, eos Oinoa*
(^ SiSIIOSDL
117
AFP
DiCTIO!l?rilBe
APF
M
porté k eiereer rintelligenee dont il a été
doué. Or ce penchant est Vamaur <fe la
$cim€€.
11 est né pour la vie sociale ; il fallait
donc qo*il y fAt porté par des sentiments
en rap|M>rt arec cette manière d'eiister ; de
là Yamour filial , qui le retient dans la fa-
mille ; Yamùur de $e$ itmhlables, qui ratta-
che à pa société générale ; Yauumr du $ol
naial^ qui le fixe dans celle qui Fa tu
naître, et Yanumr de la pairie^ qui lui fait
sacrifier ses propres intérêts au bien pu-
blic,
Lliomme ne peut exister sans lois morales,
elles constituent son principe de rie. Mais
quels effets auraient-elles pu produire sur
im cceur qui n'y eût [K>int été préparé ? Quel
aurait été leur pouvoir, ^i\s une dis|K)sition
secrète qui les fit accueillir d'une manière
tnTorable 7 Or, cette disposition innée , c'est
Yamour de V équité.
L'homme , créature privilégiée , est né
Kur connaître son Créateur. Il devait donc
imer : car comment pourrait-il n'être
point pénétré d'amour pour l'J^^re lotif-puij-
iant de qui il tient l'existence? de là Yamour
ée Dieu.
L'homme doit modifier tout ce qui l'en-
toure , commander en maître à la nature
enti&TP, étendre son pouvoir sur tout Tuni-
rers. Il fallait donc qui! fût porté par un
penchant naturel vers cett^ destiné?, qu'il
«'onçAt un vif désir de la remplir. Or, ce
désir que devait ressentir toute l'espèce ,
ce penchant qui devait être commun à tous
les individus, et nui se montre si sou-
vent funeste, c'est Yamour de la domina-
iion.
Enfin l'exercice de la puissance de l'homme
sur tous les objets qui 1 environnent entraîne
nécessairement le désir de les posséder;
car comment pourrait-il exercer pleinement
sur eux son intelligence , s*il ne pouvait en
disposer à son gré? Ce sentiment, rpii le
porte vivement vers les objets qu'il doit sou-
mettre à son empire, constitue Yamour de la
potteuion ou de la propriété.
Telles sont les affections morales primiti-
ves qm existent dans le cœur de Thomme,
et qui^ comme nous le verrons bientôt, sont
la source de toutes les autres. Jetons un
coup d'cBil rapide sur chacune d'elles en
particulier.
!• Vamour de eoi-^néme. — Ce sentiment ,
le plus profond de tous, naît avec l'homme,
et ne finit qu'arec sa vie. Très-développé
dans l'enfant ^ qui ne donne rien de ce qu il
a , qui veut posséder tout ce qui l'entoure,
qui rapporte tout à lui-même et ne voit que
mi dans l'univers, il est un peu moins vif
dans les Ages suivants , oti les devoirs so-
ciaux sont mieux Sentis. Mais il reprend
une nouvelle activité dans la vieillesse, où
l'homme, voyant que tout lui échappe, et
que sa fiiiblesse toujours croissante exige
sans cesse de nouveaux secours, concentre
toute son affection sur lui-même, et se
montre indifférent à tout ce qpii lui est
étranger.
9r Vamour du eexo ne se développe qu a-
vec les organes qui le provoquent , et qui
doivent en seconder les effets. Il s*éleint, ou
du moins il s'affaiblit considérablement 9
quand cenx-n cessent d*agir, comme dans la
Tieillesse. Il est prédileciif. et cette (M^ilec-
tîon , qui varie selon les individus, qui cons-
titue les affections particulières, se trouve
en harmonie avec les variétés des traits phy-
sionomiqoes nécessités par la vie sociale , et
prévient tous les désordres qui , sans elle,
naîtraient de choix communs ou trop li*
mités.
3" L'amour de la progéniture^ lien primitif
de la famille, et par suite de la société entière,
est proportionné, dans les parents, aux soins
que chacun d'eux doit donner au fruit de
leur union. Il est plus vif dans la mère que
dans le père , comme un dédommagement
des douleurs qu'elle a épronvées en lui don-
nant le jour, et des sacrifices qu'elle doit
s'imposer, des peines qu'elle doit endurer
encore pour le lui conserver. L'amour pa-
ternel prend de l'accroissement à mesure
que l'enfant avance en Açe, parce que, alors
c est à ses soins ou*il doit être confié. Dans
les animaux, qui doivent vivre isolés , Ta-
mourde la progéniture s'éteint dès que les
Iietits peuvent se passer de leur mère. Dans
'homme , qui doit ^ivre en société , il se
conserve et se perpétue par Thabitude et les
rapports réciproques des parents et des en-
fants ; ce qui montre dans cet être une ad-
mirable harmonie entre ses affections et ses
destinées.
4' L'amour de la êcience est , comme les
sentiments ci-dessus, commun à tous les in-
dividus de l'espèce. L'homme brûle du désir
de iavoir^ parce qu'U est dans sa Rature de
connaitre^ et que, sans l'exercice de son in-
telligence , il ne saurait exister. Ce désir
commence, pour ainsi dire , avec sa vie ; il
est très-remarquable dans l'enfance , où il
constitue ce sentiment de curiosité qui la
porte à tout voir, à briser ce qui la charme
le plus , les instruments de ses jeux, pour
les connaître , à tout dissocier, a tout dé-
truire, pour remonter aux causalités. Ilpro-
voûue l'exercice de nos facultés inteller-
tuelles sur tout ce qui nous entoure , et il
est, sous ce rapport, la source première des
sciences et des arts. Il s'affaiblit dans la vieil-
lesse, où l'homme, se trouvant sur les limi-
tes de la vie, n'est plus attiré par les cho-
ses terrestres , et ne recherche plus que
réternclle vérité.
5* L'amour pliai est, comme l'amour pa-
ternel, un des liens de la famille, et, par
suite,, du corps social. Il concourt, sous re
rapport, avec f amour de se» semblable^ Ta-
mour du gotnata^ei Vamour de la patrie^ k
l'entretien de la vie sociale. Né de l'habitude,
(rafle fortifie, il s'affaiblit par l'absence, et
s éteindrait même entièrement par des rap-
ports nouveaux, si elle se prolongeait trop
longtemps dans le jeune âge; de là l'utilité
de l'éducation paternel, pour donner de Iji
durée et de la force à ce précieux sentimrnt.
En rapport avec les besoins de l'individu» et
i;"i
An
DANTnROIH)LOClE.
ivv
K(l
ftît poar rattacher fortemen. a ceux qui
«loiTent j pourvoir, il est très-TÎf dans Ten-
ant pour celle qui lui a donné le jour et
qui doit entretenir son eiistence. Mais peu
à peu, et à mesure qu'il ar<inee en âge, il
5e parui^e entre elle et le chef de Ja fiiiniile,
f pii floit soutenir sa faiblesse et veiller à son
L<inbenr.
6* L'amour de «et êembiableg est à la so-
ciale ce que Famour paiemei et famaur fi^
liai sont à la famille. L'homme est entraîné
vt'rs ses semblables par un sentiment ir-
résistible, qui est en harmonie avec ses
l»^5oin.s comme les membres d'une même
famille sont liés les uns aui autres, et
à leur insu, par leurs nécessités récipro-
que$«
7* Vamowr du ioi naial attache l'hom?!0
auT lieux qui l'ont vu naître, préviéfû les
elfets de son inconstance el maintient ainsi
réunies les socié^A^ particnlières dont l'en-
SPiûUle iurme le corps social. C'est cet amour
qui rend si doux pour ceux qui les habitent
letsclimals les plus rufSes, les contrées les plus
inhospitalières, et qui prévient ainsi le$ com-
i>at$ sanglants et continuels que se livreraient
i^ns lui les peuples divers pour la posses*
iion des régions les plus fortunées. C'est lui
qui fait que le Lapon vit heureux au milieu
ues frimas, TAfricain sous les feux brû«
lants de son soleil perpendiculaire, comme
Thabitant des contrées méridionales de l'Eu-
rope dans son climat tempéré.
L'amour du sol natal prend sa source dans
les souvenirs du passé. L'homme, en effet,
s'attache à tout ce qui lui retrace les évé^
nements de sa vie, qu'il cherche à étendre,
ftoar ainsi dire, jusque dans le temps qui
n'est plus; et cette affection s'accrott avec le
iKHnbre de ses années. Peu développé dans
Teafance, où il n'y a point encore assez de
souvenirs, et oh l'homme n'est retenu dans
le lieu où il a reçu le jour aue par les liens
ue la famille, l'amour du sol natal se fortifie
avec l'âge, et devient irrésistible dans la
vieillesse, qui, comme nous l'avons déjà dit,
ne vit plus que dans le passé. Aussi le
vieîHard n abandonne-t-il jamais ses fovers,
et meurt-il toujours près du tombeau de ses
pères.
L'amour du sol natal est plus prononcé
citez la femme que chez l'homme, parce que
c«-lle qui est la source de la famille, et d où
doivent provenir tous les soins qu'elle exige,
devait le moins s'en éloigner; aussi ne la
quitte-t-elle que très-rarement, et ne pour-
rait-elle en demeurer longtemps séparée.
Voilà pourquoi l'on voit si peu de fem-
mes avoir le goût des voyages , même
(îans les familles dont l'aisance alfranchit la-
nière des soins domesliqnes et de tout
travail.
• Sr Lamour de la patrie est ce sentiment
qui attache à la société générale par les lois
qui la eouvernent et le bonheur dont on y
jouît, lia pour objet les institutions plutôt
que les hommes ; d'où l'on voit que la pa»
irf>, pour un peuple, est ce qu'est la famille
pour un individu. Ilans l'une comme dans
l'autre^ ce sont : .e mode au gouvernement
qui y est établi, l'ordre qui y règne, les se-
cours qu'on en attend, la protection qu'on
en reçoit, qui sont la source derattachemcnt
qu'où y porte. La patrie est donc un être
moral ; elle ne consiste donc point dans le
sol que l'on habite; et un peuple peut aller
s'établir dans une autre région de la terre
sans changer de patrie, s'il ne change point
ses institutions.
Il est aisé de comprendre, d'après ce que
nous venons de dire, pourquoi l'amour de
la patrie est nul dans l'enfance, qui ne peut
concevoir l'idée qui le constitue. p*>af ijûoî
« se développe, se fortifie avec Tâge, et
s exalte daR^ la jeunesse et la virilité, enûn
pwsqtKn il ne s'éteint point dans la vieil-
lesse, qui le nourrit par le sentiment de sa
faiblesse et le fortifie dans ses souvenirs.
9* L'amour de V équité^ fondement de toute
société humaine, existe dans le cœur de tous
les hommes; et le méchant lui-même, qui
viole toutes les lois de la justice, ne se livre
jamais à ses désordres sans faire^olence à ce
généreux sentiment, il est le lien de toutes les
relations sociales; il les multiplie et les fé-
conde • et malheur à la société dont tous les
individus résisteraient k ses bienfaisantes
impulsions I
- iijrL amour de Dieu naft de la connaissance
d*ttne intelligence suprême et créatrice; il
constitue le témoignage, la raison générale
des peuples 9 qui s'accordent tous, et sur
l'existence d'un Etre souverain de tous le^
êtres, et sur l'amour, et les hommages qui
hii sont dus. Il est la source de toutes les
opinions religieuses, de tous les cultes ré-
pandus parmi les hommes, à travers lesqpiels
on voit clairement, malgré leurs diversités-
dépendantes des préjugés, des erreurs de
l'ignorance, des institutions politiques, des
passions mêmes, une conformitéde croyance
sur l'être qui en est l'objet.
11* Uamour de Dieu est nul dans l'enfant,
qui ignore de qui il tient la vie. Il est sou^
vent étouffé dans la jeunesse par la violence,
des passions. Il se ûix toujours sentir dans
la virilité, lorsque rien n'obscurcit l'intelli-
gence. Mais c'est surtout dans la vieillesse,
où l'homme, à qui tout échappe , qui voit
toutes SCS illusions s'évanouir, se trouve
en présence de la vérité éternelle, que ce
sublime sentiment jouit de toute son acti*
vite.
La femme le ressent plus vivement que
l'homme. Sa vie plus sédentaire, qui la pré-
serve davantage des égarements du cœur, et
Fhabitude de la réflexion que sa vie retirée
lui fait contracter de bonne heure, et our
donne plus de rectitude à son jugement, lui
font mieux connaître l'Etre^ouverain qu'elle-
doit aimer, tandis que son âme, plus sensi-
ble, plus tendre, donne à cet amour une
plus grande énei^.
Ce sentiment est d'autant plus vif chez les
individus, que leur éducation a été plus soi-
gnée, qu'ils ont un jugement pins parfait
et une imagination plus vive, et qn ils se
151
AfV
DICTIONNAIRE
AFF
m
trouvent plus éloignés des icenires sociaux
de corruption.
12" V amour de la domination rè^e en
souverain dans le cœur de tous les hommes.
II se montre dans tous les ftees, depuis Ten-
fance jusqu*à la vieillesse. L enfant, en effet,
veut commander i tout ce qui l^nteure ; il
balbutie encore qu'il prêtent! maîtriser ceux
qui sfOni Tappul de sa faiblesse; et ses résis-
tances opiniâtres, et ses pleurs si réitérés,
et ses cris d*impatienee, attestent assez son
penchant à dominer. Plus tard, dans ses
jeux, c'est la première place qu*il brigue,
c*estle premier rang qu'il dispute, c'est Thon-
nedr de la victoire qu'il prétend obtenir, ce
sont des hommages qu'il croit lui être dus
et qu'il exige ; de là les querelles continuel*
Tes qui s'élèvent entre lui et sqs petits c^m-
pa^nons. Lamour de la dominalton ne s'af-
faiblit point dans la jeunesse; il s'accroît
dans la virilité, qui est l'à^e où il exerce le
I)Iu8 son empire, et où 0 produit souvent
es plus funestes effets. Le vieillard lui-même,
bien qu'il sente toute sa faiblesse, ne peut se
soustraire à ce sentiment, et il montre, par
son opiniâtreté inflexible, qu'il en «st mat-*
trisé jusqu'au dernier çoupir.
13" Enfin, Famour de ta po$$e9$ion ou de
la propriété se montre non moins puissant
9ur l'âme humaine que celui de la domina^
tion. 11 apparaît dans tous les Ages de la vie
comme un témoignage éclatant des destinées
de rhop)me,de sa puissance modificatrice et de
I immense héritage que lui lègue l'Éternel.
II est très-actif, très-véhément dans l'enfonce.
Voyez l'enfant dans le premier âge, il sem-
ble ne respirer que pour posséder; il désire
tout, il veut se rendre maître de tout, alors
même quç sa faiblesse le met hors d'état de
rien atteindre. Ses cris, ses pleurs, lorsqu'on
lui ravit le moindre objet, témoignent assez
tout le prix qu'il attache à ^ possession.
Dans les âges suivants, ce sentiment ne perd
rien de sa puissance. Seulement un autre
pejichant plus impétueux le modère momen-
tanément dans la jeunesse ; mais il reprend
toute sa force dans la virilité, et ne s affai-
blit point dans la vieillesse, où l'homme s'at-
tache d'autant plus à ce qu'il possède qu'il
est plus près de le (;^uitter.
Tels sont les sent^nents primitifs du cœur
de l'homme, sentiments auxquels il ne peut
se soustraire, car ils constituent son exis-
tence, et qui produisent toutes les affections
morales secondaires dont nous allons nous
occuper dans le paragraphe suivant. Mais au-
paravant nous ne devons point oublier de
faire une remarque importante. Ces senti-
ments, que l'éducation ne fait que modifier,
mais qui sont invariables dans leur nature,
sont communs à tous les individus , où ils
ne diffèrent que par leur degré de vivacité ,
et ou ils forment, pour chacun d'eux , des
dispositions morales identiques, parce que
C*eM dans cette uniformité, dans cette unité
soiitimentale, que la vie sociale devait trouver
son existence; comme c'est dans l'identité
du principe de la vie physique que r«spèf e,
comme être matériel, devait puiser la sienne.
De là vient que tous lesf peuples s'entendent
. et établissent entre eux cfes relations intimes,
sur ce qui leur est essentiel les idées mo-
rales et les sentiments. Mais il n eu est pas
de même dos bencfaanis inteliectliels , gui
varient, selon les individus, pour le bien
commun de tous, car la vie sociale n'existe
que par la diversité des dispositions intellec-
tuelleis, comme elle ne se soutient que par
l'uniformité des affections.
Remarquez encore que nous ne pouvons
rien ajouter à notre cœur ; qu'il est au-des-
sus de notre pouvoir d'acquérir aucune idée
affective nouvelle , et que, sous le rapport
moral, l'homme est aujourd'hui le même que
dans les siècles les plus reculés; tandis que
nous pouvons étendre la sphère d< nos
idées des rapporté des étreSf et agrandir notre
domaine intellectuel. Cela vient de ce que
les idées morales sont le principe de la vie
de l'homme , le constituent ce qu'il est , et
qu'un être ne peut rien igouter a sa nature,
car autrement il pourrait se créer, se modi-
fier, ehan^Dr à son gré son essence, et dé-
truire l'harmonie delà création. Si l'homme
peut étendre son intelligence, c'est que les
progrès ^u'il fait sous ce rap[)ort ne chan-
(;ent rien à ce qu'il est, qu'il reste toujours
e même, et qu'il ne fait que développer ses
facultés; aussi entre le savant et l'ignorant
il n'y a d'autres différences que dans le nom-
bre des idées de rapports des êtres qu'ils ont
acquises, et, dans 1 un comme dans l'autre,
l'homme se montre avec tous ses attributs.
§ li. Des idées affectives secondaires.
— Tout n'est au'amour dans le cœur de
l'homme, nous I avons vu dans le paragraphe
précédent. C*est donc de ce iseutiment pri-
mitif, dont nous venons d'exposer les divers
objets , que naissent jtoutes ses autres affec-
tions morales. ^Montrons-en le développe-
ment sans sortir des bornes qui nous sont
prescrites.
De Vamour de soi'-méme proviennent le
penchant à notre conservation (car on ne
f)eut vouloir conserver aue ce aue l'on aime),
'horreur qu'inspire l'idée de la mort ou de
la destruction de nos organes, la joie dans le
bien qui nous arrive et la douleur dans le
mal qui nous survient, la crainte que nous
éprouvons dans un événement incertain, la
frayeur qui nous saisit dans un danger qui
nous presse, le désir de posséder tout oe qui
peut nous être utile et l'aversion pour tout ce
qui peut nous être désavantageux, la recon-
naissance qui suit le bien que l'on nous fait
et le déplaisir qui accompagne le mal que l'on
nous cause, lahainepfmrce qui metTobstarle
à l'accomplissement de nos désirs, ete. Lors-
qu'il n'est point dirigé par la religion, et qu'il
sort de ses limites légitimes, il constitue ce
que l'on nomme égoïsme. 11 produit alors la
pusillanimité, l'indifférence ou la fVoideur
du cœur pour tout ce qui nous est étranger,
la cupidité, l'envie, la jalousie, l'aversion
pour tout ce qui nous blesse, le désir de la
vengeance , lx>ubli de toutes les lois mora-
les, l'impiété, le mépris de tous les devoirs,
un amour sans bornes pour l'i^idéoenJance,
13
D^ANTDBOPOLOGie.
AF^
V^
et il devient «uua un sentiment Téritable-
ment anti-sodal. C'est alors qne rbomme
s'écrie, poussé par ses passions désoniou-
nées : Briêmu iou$ les hen$ dm Seiffneur et
de son Ckriêi^ ei rejeUnu loin de nouâ leur
jmmg (Ps. n). L'é^îsme altère aussi le juge-
ment d*une mamère remarquable et donne
naissance k l'orgueil et à la ranité ; car celui
qui n'aime que lui, n'estime aussi que lui,
ne Toit rien an-dessus de lui et reut ^u'on
Testime de même.
Cejiendant cet amour de soi-même ne
saurait id-bas Atre satislait. Malgré tous les
soins que l'homme prend de combler les
désirs qu'U lui inspire, de noureaux désirs
se suooèdent continuellement et un yide
immense reste toujours dans son âme ; de là
Tiennent l'inconstance oui le caractérise et
le profond ennui dans lequel il traîne son
eustence, tandis oue tout rit paisible autour
de lui dans la création. Ce sentiment qu'il
éproure sans cesse , qui se mêle à tous les
antres, oui lui annonce que Yinfni est l'ob*
jet vers lequel il doit tendre, qui le tient,
selon l'expression énergique du grand apd*
tre, comme dan$ le troxaà de renfaniemenij
loi apprend que sa destinée- est toute diffé-
rente de celle des autres êtres, et que ce
n'est point sur cette terre que se troure le
bonheur parfiiit qu'il attend.
L'amour du $exe produit la pudeur et ses
douces alarmes dans un coeur ou il commence
à naître, sentiment précieux destiné à en
moilérer les effets. Légitimé par la relision,
il cause ce plaisir pur, cette joie ineffable de
deux âmes qui se confondent dans une
même yie. Mais lorsqu'il sort des limi-
tes établies par la sagesse et la vertu , il
trouble la raison et donne à l'imagination
une impulsion désordonnée. Il peut même
s^opposer au jugement et causer l'abrutisse-
ment ou un état Yoisin de l'idiotisme , lors-
que l'on ne surmonte point l'attrait de la
modification or,^nîque qui y est liée, et que
saint Paul a appelée si énergiquement Vins-*
piruiion de la ekair. Il ensendre les agita-
tions du cœur les plus douloureuses, la
crainte sans cesse renaissante de perdre
Fobjet aimé, la jalousie avec toutes ses an-
goisses, la colère avec toutes ses fureurs, le
désespoir avec toutes ses inquiétudes, et
mille autres passions funestes qui sem-
blent destinées à punir l'homme de ses éga-
rements.
De famour de la progénilure naissent tous
les sentiments qui découlent de l'amour pa-
ternel et de la tendresse maternelle; mê-
lai^ de plaisirs et de peines, d'espérances
et de craintes, de joie et d'affliction, qui
montre à l'homme qu'il n'est point de feli-
rîté parfaite sur cette terre, et que, même
«'ans ce qu'il y a de plus pur dans ses aflec^
lions morales, la douleur lait sentir son ai-
guillon. LorsouMl est porté au delà des bor-
nes, et qu'il n est point dirigé par la raison,
il donne lieu à cette tendresse aveugle, bien
p!us dan^reuse par ses effets que ne le se-
rait la bame; et lorsqu'il est exâusif, il pro-
duit ces prédilections funestes qui troublent
la paix des Cimilles et en éloignent pour
toujours le bonheur.
Lamour de la uience produit ce sentiûient
de plaisir que l'on éprouve à la poursuite de
la vérité, pour laquelle l'homme est né, et
sans laquelle il ne saurait Are, l'admiration
dont on est pénétré à la vue des csuvres du
Créateur, et la joie que Ton ressent en d<?-
couvrant une vâi té nouvelle. 11 est la source
première de llntérêt que nous inspire tout
ce qui nous frappe , tout ce qui cous sur-
prend, tout ce qui, en étonnant notre intelli-
Sence, en sollicite vivement l>xercice, et il
onne naissance è cet aipotirdii merveilleux
commun à tous les hommes, et A remarqua-»
ble dans l'enfance et chez les peuples peu
civilisés. Porté au delà des bornes,| il pro-
vo<jue une vaine curiosité pour les objets
aui ont été dérobés à notre entendement, et
onue lieu à ce (aux savoir mille fois plus
nuisible que l'ignorance, par les fausses
idées qu'il enfante et l'orgueil qu'il fiotit ger-
mer au fond .du cœur.
L'amour filial donne naissance à la dou-
leur, aux pleurs, aux cris de l'enfant que
l'on enlève des bras de sa mère. Dans un
âge plus avancé, il produit la reconnaissance
Kur les soins des parents, le chagrin que
n éprouve d*en vivre séparé lorsque les
circonstances l'exigent, la nostalgie, la joie
de les revoir après une absence prolongée,
enfin tous les sentiments affectueux qui font
le bonheur de la famille.
L'amour de eee $emblable$ entendre tous
les sentiments secondaires qui s'^ ratta-
chetit, tels que la pitiés la tromimsérâtion
que nous ressentons à la vue de l'infortune,
la générosité qui nous porte à la soulager,
la joie oue nous éprouvons du bonheur des
autres, la douleur que nous causent leurs
afflictions, tous les sentiments généreux que
l'on observe dans les amitiés électives, et
qui ont produit tant d'actions héroïques
aont l'histoire nous a conservé le souvenir.
De Vamour du $ol natal dérivent toutes
les affections morales qui s*y lient; c'est
l'attachement au berceau qui nous reçut à
notre entrée dans la vie, à la prairie, témoin
des jeux de notre enfance, au vieux chêne
sous lequel nous nous sommes si souvent
assis, à l'allée solitaire qui entendit le pre-
mier soupir de notre cœur; c'est le plaisir
ineffable de revivre par la mémoire dans les
lieux où nous avons vécu, de voir tous nos
jours passés, et jusqu'à nos malheurs re-
tracés dans tout ce qui nous entoure; enfin,
c'est cette douce tristesse que nous res-
sentons auprès du tombeau qui renferme
les restes d'une mère adorée, d'un fils
chéri ou d'une épouse tendrement aimée.
D'autres sentiments secondai res naissent de
Famour du $ol natal ; tels sont : le malaise que
nous éprouvons, quand il a été fortifié par
râge,en quittant nos foyers domestiques,
l'impatience de les revoir, le tourment que
nous cause une absence trop prolongée, la
nostalgie qui en est souvent la suite, la joie
qui nous pénètre, dans un ]iays lointain, à
la vue inattendue d'un compatriote , dost
fr>5
AFF*
DICtlONNAmE
ALRf
i'S
la présence nous retrace tous nos souve-
nirs, etc.
L'amour de la patrie enfante tous les gé-
néreux sentiments nécessaires à sa défense,
et qui produisent tant d'héroïques dévoue-
ments, l'abnégation de soi-même, le sacri-
fice de ses biens, l'abandon do la vie, le
mépris de la mort, et toutes ces détermi-
nations éclatantes dont nous pouvons, nous
Prani;ais, otfrir tant de beaux modèles à tous
les peuples de TUnivers.
L amour de f équité feit naître celui de
Tordre moral, l'estime, le respect, l'admi-
ration pour la vertu, l'horreur pour le vice,
et sert ainsi de soutien aux lois divines et
humaines relatives au bonheur des intel-
ligences dans la vie en société. Il ne s'éteint
jamais dans le cœur de l'iiomme; c'est lui
qui fait éprouver à une âme corrompue la
honte dont elle ne peut se défendre, et que
manifeste la rougeur du front.
Vamaur du Créateur produit les senti-
ments d'humilité, de respect, d'adoration
qii'inspirent la bonté et la toute-puissance
oivines , et l'attachement au culte qui lui
est dû. Il inspire le goût de la retraite aux
cœurs qu'il pénètre vivement, et leur fait
sentir toutes les douceurs de la vie ascé-
tique. Chez les peuples qui ont perdu les
traditions sociales, dont la raison s'est obs-
curcie, que les préjugés et surtout les pas-
sions désordonnées égarent , et qui sont
tombés dans l'enfance morale, il inspire tous
les sentiments superstitieux du polythéisme
et l'amour pour les divinités imaginaires
qu'ils se créent dans les désordres de leur
cœur.
L'anour de la domination fortifie les pen-
chants individuels pour les professions di-
verscii, parce que dans toutes il y a quelque
empire à exercer sur des êtres qui doivent
se soumettre à obéir, et il concourt ainsi k
l'entretien de la vie sociale. Il donne nais-
sance à l'amour de la gloire et des distinc-
tions honorifiques qui élèvent l'homme au-
dessus de ses semblables, et étendent son
pouvoir porté au delà de ses limites, il pro-
duit l'ambition démesurée, le désir effréné
de sortir du rang social où l'on se trouve
placé; de là naissent toutes les disputes i
toutes les querelles de la prééminence,
l'envie, la jalousie, la haine, et, dans le
cœur des chefs des empires , la passion fu-
neste des conauérants.
L amour de la domination est aussi, comme
l'amour de soi-même, la source du penchant
à la liberté sans bornes ; car celui qui désire
de commander aux autres , a , par cela même,
de la répugnance à obéir. Il inspire aussi à
l'homme le sentiment de ,sa dignité, qui le
rend si sensible aux injures, aux humilia-
tions et aux outrages, et qui, dans bien des
circonstances lui fait préférer la mort à un
affront. Cest ainsi que, lorsqu'il est înju-
rieusement frappé au visage, la partie la
plus noble de son organisation, parce qu'elle
lui est intimement liée comme instrument
d'expression de ses sentiments et de ses
pensées, il éprouve une angoisse insuppor-
table; et si la religion bienfaisante ne vient
calmer sa fureur, il lave dans le sang de
son ennemi l'insulte qu'il en a reçue, ou
il meurt de la main même qui Ta offensé.
Vamaur de la possession ou de la propriété
forliOe 'celui du sol natal et celui de la pa-
trie; car on en aime le sol natal par la
jouissance des biens qu'il procure, et la
patrie, parce qu elle en assure la possession.
Aussi taitwur de la propriété, lorsque les
législateurs fondent sur lui les institutions
politiques, concourt -il puissamment à la
stalnlité des empires, par le solitie appui
qu'il offre aux lois établies, et par la résis-
tance qu'il provoque contre tout ce qui ten-
drait à les renverser. Lorsqu'il franchit les
bornes que la sagesse lui prescrit,, il se
change en cupidité, en avarice; et si l'équité
ne lui sert point de guide, si Té^oïsme
l'excite, si les lois morales sont mises en
oubli, s'il résiste aux cris de la conscience,
il produit l'envie avec toutes les actions
basses et criminelles, qu'elle traîne à sa
suite comme le mensonge, la mauvaise foi,
la fraude, le vol, et souvent les forfaits dont
la peinture serait trop horrible.
Telles sont les af!ections morales secon-
daires, que développent au dedans de nous
nos sentiments primitifs (39); telle est en
abrégé l'histoire du cœur de l'homme. Mais
ces sentiments deviendraient pour lui un
tourment insupportable, s'il ne pouvait les
exprimer, comme les idées des rapports des
êtres, qu'il a conçues, lui seraient inutiles,
s'il ne pouvait les communiquer à ses sem-
blables, et, sans cette double communica-
tion , la vie individuelle , comme la vie
sociale, ne saurait exister. Il faut donc
nécessairement, pour que l'homme puisse
étrcy qu'il [)ossède les moyens de transmettre
au dehors ce qu'il sent, comme ce qu'il
pense. Voy. PnYsiONOniE, Geste, Voix, Lan-
gage.
AFRIQUE INTÉUiEDRE. Voy. Soudan.
AINOS. Voy. Ighthyophages.
ALBINISME et MÉLANISME. — L'altéra-
tionde la peau, au lieu de s'effectuer par de-
grés, chez l'individu ou dans la suite des gé-
nérations, peut apparaître subitement. Dans
les races basanéesderarclûpel Indo-Chinois,il
naît souvent un individu blanc, qui grandit,
vit et meurt avec un teint blanc mat, cti]ui,
à cela près, ressemble à ses parents par les
traits. Le même accident est assez commun è
Ceyian, où le docteur Davy l'a observé chez
une jeune ûUe, ayant toutes les apparences
d'une blonde Finlandaise, les cheveux ccn-
(39) Les sentiments primitifs^ que nous nvons ex-
posés dans le paragraphe précédent , influent les
uns sur les atitres, et se moditient réciproquement.
11 en est de inéine des sentiments secondaires dont
nous venons de nous occuper; ils influent aussi sur
ï-»s piTHiicrs, et en reçoivent à leur tour des raodi-
Hcâtions sensibles. Mais ces influences , si nom-
breuses, si variées, ne peuvent trouver place ici
Chacun, d'ailleurs, pourra les étudier sur $oi-inén¥
eu sondant son propre cceur.
197
4LF
d*antiiropologie:.
AI.P
SSit
dré blanc e\ filasse, la peaa blanche el-ro-
«ée, les yem bleu clair ; sa santé était par-
faite, son Caractère était benreui.
« Des cf'éoles instruits de llle-de-France,
dit M. de Salies, ni*ont assuré avoir observé
Talbinisme chez des nègres mozambiques.
M. Combiîs Ta tu chez plusieurs races nè-
gres et >^ilas de TAbyssinie k son second
voyage. Abdallatif en cite un exemple chez
un Cophie; je Tai observé plusieurs fois en
E^pte, chez des individus rappelant laCeyla-
naise de Davy, et, mieux encore, l'apparence
bien n»nuue des albinos qu'on rencontre en
Europe, puis<{u'ils offraient la foiblesse de
la vite et la teinte rose des iris. »
Ijes albinos sont très-connus dans llndo-
Cliine, sous le nom de kacrelas; k Ceyian,
sous le nom de bedas ; eu Afrique, sous ce-
lui dedondos, dans l'Amérique espagnole,
sous lappellatioû même adoptée par la
science. Banks et Solander, qui en avaient
rencontré chez les races océaniennes, en vi*
rent aussi dans l'Amérique moyenne; et
Ton s'est rappelé que l'empereur Montéznma
entretenait dans son palais des hommes of-
frant cette singularité, recherchée encore
aujourd'hui par le roi de Bantam , chez cer-
taines femmes de son sérail.
L'albinisme est fort , commun chez les
animaux, chevaux, lapins, pigeons. A Siam,
il attaque parfois 1 éléphant, auquel il pro-
rare, comme on sait, les honneurs divins.
Chez les races humaines blanches, le mé-
lanîsme est borné aux accidents partiels que
nous avons décrits; mais, en revanche, il
est aussi commun chez les animaux que
Talbinisme. On l'observe chez les bêtes bo-
vines, chevalines et ovines, et dans -toutes
les races du chien. Dans les gallinacées do-
mestiques, notamment dans les races de
M^aooxo; en Afriane orientale, la teinte
iioire n'est pas bornée au plumage, k la peau
et à la crête, elle s'étend a des oi^anes in-
térieurs, les membranes séreuses, le pé-
rioste, la gaine cellulaire des muscles.
Les hommes albinos d'Europe ne sont pas
stériles ; mais comme ils ont le soin de ne
pas s'unir par couples pareils, on n'a pas vu
si leur postérité propagerait sa teinte spé-
ciale. Ailleurs les mêmes unions sont gê-
nées par des préjugés, ou plutôt les résul-
tats n en ont pas encore été enregistrés par
la science. Wuffer a avancé que l'albi-
nisme était héréditaire dans l'isthme de Da-
rien. A Ceyian, à Madagascar, de vagues tra-
ditions tirent d'un accident pareil quelques
peuplades blanches. Mais nous savons de
toute certitude que les animaux albinés et
mélanés se propagent et transmettent leurs
caractères à leurs descendants.
ALFOLROU. — Les Alfourous sont des
fiommes qui nous présentent des caractères
physiques tout particuliers et qu'on sup{)o$e
iiabiter l'intérieur de la Nouveile-ljuinée et
plusieurs des plus grandes Mes situées au
suil de l'Océan indien. On les nomme Ha-
raforas, Alfoërs et Alfourous ; leur véritable
nom est encore incertain.
Les Alfourous de la Nouvelle4îuinée sont
nommés Endamènes par M. Lesson, qui en
parle dans les termes suivants :
m Les Alfourous-Endamènes vivent de la
manière la plus sauvage et la plus miséra-
ble ; toujours en guerre avec leurs voisins
ils ne sont occupés que des moyens de se
préserver de leurs embûches, et ^'échapper
aux pièges qu'on leur tend sans cesse. L'na-
bituoe qu'ont les Papouas des côtes de les
mettre h mort, et d'ériger en trophées leurs
dépouilles, rend compte de la difliculté qu'on
éprouve k les observer, même k la Nouvelle-
Guinée; et deux ou trois de ces hommes ré-
duits en esclavage, que nous vîmes à Dorery,
sont tout ee que nous en connaissotfs. Les
Papouas nous les peignirent comme des
hommes d'un caraetâ^ cniel, féroce et som-
bre, n'ayant aucun art, et dont toute la vie
s'écoule k chercher leur subsistance dans
les forêts. Mais ce tableau hideux que cha-
que tribu ne manque pas de foire de la tribu
voisine ne peut être regardé comme authen-
tique. Les Endamènes que nous vîmes
avaient une physionomie repoussante, le
nez aplati, des pommettes saillantes, de
gros yeux, des dents proclives, des extrémi-
tés longues et grêles, une chevelure très-
noire, très-fournie, roide et comme li^se
sans être longue. La liarbc très-dure et très-
épaisse. Une profonde stupidité était em-
preinte sur leurs traits, peut-être était-elle
due à l'esclavage. Ces nègres, dont la peau
est d'un noir brun, sale, assez foncé, sont
nus. Ils se font des incisions sur les bras et
sur la poitrine, et portent dans la cloison du
nez un bâtonnet long de près de six pouces.
Leur caractère est silencieux et leur phy-
sionomie farouche. Leurs mouvements sont
irrésolus et s'exécutent avec lenteur. Les
habitants des côtes nous donnèrent quel-
ques détails sur ces Endamènes; mais
comme ils nous parurent dictés par la haine,
et que les versions ne s'accordaient point
entrb elles, soit que le sens de ce qu'ils
nous exprimaient fût mal compris, soit
qu'eux-mêmes nous racontassent, dans l'in-
tention de nous inspirer de la frayeur, des
habitudes auxquelles ils ne croysient point,
nous pensons qu'il est inutile de taire con-
naître par des renseignements faux^ ou in-
exacts une espèce d'hommes dont l'histoire
est encore entourée d'épaisses ténèbres. »
Le capitaine Forrest est un des premiers
vo}'ageurs anglais qui ait décrit les Alfou-
rous, mais les renseignements qu'il nous
donne sur ce sujet ne sont pas à comparer
avec ceux que nous a fournis le docteur
Leyden, qui a tant contribué au progrès de
l'ethnolOKie de l'Archipel indien. Suivant
Leyden, les Tirun ou Tedons sont un peu-
ple d'ori^ne Alfourou. « Ces Tedons, dit-iU
vivent principalement au nord-est de la côte
de Bornéo, et sont connus comme des sau-
vages adonnés à la piraterie et qui ont l'ha
bitudede manger la chair de leurs ennemis.
Je ne sais absolument rien de leur langage.
J'ai entendu dire qu'il leur est particulier;
eepend<int, il est prolwblc qu'ils ne s.inl
qu'une tril)U des Jéûn^ que je suppose eux-
fS9
AW
D:cTioNx\iafi
ILG
m
m^es appartenir à la race des Haraforas ou
Alfoërs, comineles nommentMes Hollandais,
raee qui se^ible être ]a plus originale de
toutes cpUes qu'pn trouve dans les îles orien-
tales, à ]*exception peut-être des Papouas.
« Les Idân sont quelquefois nommés Ma-
rût; ils sont certainement les habitants ori-
ginaires de Born<;o,et r(^ssemblent aux Hara-
ioras par la taille, lagililé,; la couleur et les
habitudes. Les Haraforas sont indigènes dans
presque toutes les îles orientales, et on les
.trouve q\^GlquefQis dans la même île, cton-
joiutement avec les Papouas ou nègres orieiî-
taux. Ils sont souvent uioins foncés en cou-
leur que les races musulaianes, et ils rem-
portent généralement sur celles-ci en force
et en activité. .Ils sont, partout où oh les ob-
serve, grossiers et illettrés, et, dans lespa^s
où ils n'ont pas été réduits en esclavage, ils
offrent dansleurshabitudes une ressemblance
générale. Le trait le plus singulier de leurs
mœurs est la nécessité imposée à chaque in-
dividu de tremper, au moins une fois en sa
vie, ses mains dans le sang humain : en gé-
néral, parmi toutes leurs tribus, aucun
homme n*a la permissioù de se marier s'il
ne peut montrer le crûne d'un ennemi qu*il
a tué. Ainsi que les Battas, ils mangent la
. chair de leurs ennemis et boivent dans leurs
crânes ; les ornements de leurs-n^aisons sont
des crânes et des dents, auxquels, en consé-
quence, ils aUac1ient«un grand prix, comme
le faisaient anciennement les habitants de
Sumatra, qui. n'avaient, dit-on, dans l'ori-
gine, d'autre monnaie que les crânes de leurs
ennemis. Les Haraforas se trou vent dans les
îles Moluqucs, les Célèbes, les Philippines
et dans Magind^nas (Mindanao), où ou les
nomme Snbano ou Manubo. On doit proba-
blement leur rattacher la race féroce men-
tionnée par Marsden comme vivant dans l-in-
térieur de Sumatra, et chez laquelle les cou-
pables obtiennent le pardon de leurs crimes,
en offrantaux chefs de leurs villages les têtes
des étrangers.
« l)'après ce que nous avons appris depuis
quelques années, relativement aux Davaks,
par les ré its de M. Earle et de quelques
autres voyageurs, je doute beaucoup, dit Pri-
chard, que ces hommes appartiennent à la
race alfourou, ils paraissent ressembler da-
vantage aux Malais ; mais jusqu'à ce que
nous ayons des spécimens de leur langue, il
sera impossible de se former à cet égard un<^
o;)inion bien fondée. »
On pense que les Australiens appartien-
nent à la race alfourou; mais les mêmes cau-
ses qui, dans le cas précédent, rendraient la
question indécise, nous obligent encore ici
h suspendre notre jugement.
. ALGONQUINS-LENAPES et IROQUOIS.
— La plus grande partie du Canada et de
'cette partie du territoire des Etats-Unis,
C(ui est à l'est du Mississipi, était habitée, à
1 époque où les Européens en firent la décou-
verte, pai* des peuples qui appartenaient à
deux races principales, les Algonquins et les
Lenni-Lenapes ou Indiens Delawares, deux
puissantes et célèbres nations appartenant à
l'une de ces races ; à l'autre appartenait le
peuple que les Français ont désigné sous le
nom d'Iroquois. Ces noms, tels que nous les
avons donnés, peuvent être employés pour
désigner les deux races, quoique ni l'un ni
l'autre n'ait été une dénomination géné-
rale.
Les deux races étaient subdivisées en un
grand nombre de tribus qui formaient au-
tant de nations distinctes, toutes reconnais-
sant, d'ailleurs, les liens de parenté qui les
unissaient entre elles. Les Algonquins-Le-
na pes étaient de tous les peuples de l'Amé-
rique du Nord ceux qui occupaient le terri-
toire le plus étendu, et les cantons habités
par des hommes de cette race entouraient
'presque de toits les côtés le pays des Iro-
quois. En raison de cette circonstance et at-
tendu que dans l'histoire de ces deux na-
tions les points de contact sont presque con-
tinueTsje suivrai l'exemple de M. Gallatin,
et je les décrirai ensemble.
Le territoire algonçiuin-lenape a cour li-
mites : au nord, le Mississipi ou rivière de
. Churchill, qui le sépare du pays des Atha-
pascas ou Chipe ways. Depuis le point où
elle sort des montagnes Rocheuses jusqu'à
celui où elle se jette dans la baie d'Hudson,
cette rivière a sur sa rive gauche des Atha-
.pascas; sur sa droite des Algonquins ; mais
ces derniers s'avancent encore plus loin
vers l'est, et on en trouve de l'autre côté de
la baie. d'Hudson. A partir de ce point, les
Algonquins confinent, non plus avec les
Atnapascas qui ne se trouvent pas dans le
Labrador, mais avec les Esquimaux. La
portion de la côte de l'Atlantique , qui s'é-
tend depuis l'embouchure du fleuve Saint-
Laurent jusqu'aux environs du cap Hattcras,
•forme la limite orientale du pays occupé par
les Algonauins et les Iroquois. Du côté du
sud, une ligne irrégulière qui, parlant du
cap Hatteras arrive jusqu'au confluent de
rohio et du Mississipi, sépare les nations
iroquoise et Algonquine d un peuple plus
méridional, les \lléghaniens. Du côté de
l'ouest, c'est le Mississipi lui-même qui, de-
puis le point que nous avons indiqué jus-
qu'à sa source, sert de limite aux tribus al-
gonquines. Plus loin, au nord, ces tribus
sont séparées des Sioux par la rivière Rouge
qui se lette dans le lac Winnipeg. Enfin, à
partir de ce lac, la ligne frontière de l'ouest
se continue jusqu'aux sources de la rivière
Churchill, mais dans cette portion elle n'est
pas aussi bien déterminée que dans le reste
de son étendue.
Les Iroquois, peuples distincts des Algon-
3uins, mais qui leur ressemblent à beaucoup
'égards et avec lesquels ils sont presque
toujours en guerre, formaient autrefois deux
grandes divisions. La première, composée,
des Iroquois du Nord, qui étaient entourés;
de tous côtés par les tribus algonquines-le-
napes, occupait une contrée assez difiicile h
bien désigner, qui s'éteiidàit depuis les ert-
virons du lac Huron jusqu'à la rivière de
rOhio. La seconde division, celle des Iro-
quois du Sud, se composait des Tuscasoras»
in
•ALe
D*A1ITHR0P0I.0CI£.
àSM
lialutantsde la Virginie et de la Caroline du
Nord.
Histoire des Atgonçuins-Leuapes. — De-
puis TAtlantique jusqu*au Mississipi, les
noms des rÎTieres et des montagnes sont gé-
néralement algonquins, ainsi que Fa ob-
serré ledocteur Barton ; tels sont les noms
de .M assachnssHtSy Connectient, Monenga-
hetla, All^hanr, Muskinsam, Savannah et
Uississipi. Les Indiens Delawares ou Lenni-
Lenapes étaient une grande branche de
cette race. Leurs traditions historiques, qui
ont été recueillies par Heckerrelder, nous
fournissent les renseignements suivants :
Les Lenni-Lenapes, ou peuple primitifs habi-
taient dans Tongine, d'après ce qu'ils avaient
appris de leurs ancêtres, un pars très-élor-
^é, situé dans la partie occidentale du con-
tinent américain. Pour des motifs dent le sou-
venir ne s'est pas conservé, ils se déterminé-
rent à émigrer vers Test, et ils se réunirent
en corps pour marcher dans cette direction.
Après un long voyage et tieaucoup de cann
pements de nuit (expression qui signifie
chez eux une halte- d'une ;innée dans le
même lieu), ils arrivèrent enfin aux bords
du Namcesi-Sipu, rivière de poissons, ou
Mississipi, et ils s'y rencontrèrent avec les
Mengwes ou Irdquoîs, qui. avaient aussi
émt^ d'un pays éloigné, et s'étaient arrê-
tés en un point un peu supérieur du cours
de cette ritièrte. m voyagaient dans le
même but que les Lenapes*, et se proposaient
de continuer leur marche vers 1 est jusqu'à
ce qu'ils trouvassent un pays qui leur con-
vint. Les Lenapès formèrent alliance avec
cette nation, dont les armes devaient leur
être un jour si funestes, et les deux peuples
réunirent leurs forces pi»ur accabler un en-
nemi commun, une nation puissante que
leurs avant-eoureurs avaient découverte dans
une portion du i>ays située k l'est du Missis-
sipi, et qui avaient MU de ^andes villes
X>rès des rivières qui traversaient s<mi terri-
toire. Les Talligewis, ou pour mieux dire, les
AlKgewis^ étaient une race robuste, d'une
taille supérieure h celle des plus grands
Lenapes; ils furent pourtant vaincus par
ces derniers, et contraints de fuir leur pays
natal; ils descendirent dans le bas de la val-
lée du Mississipi, d'où ils ne revinrent ja-
mais. C'est d'après leur nom que l'Ohio est
encore appelé, dans la langue des Delawares,
Aiiigewi-Sipu ou rivière des Alligewis; la
chaîne de montâmes situées k Test de ce
flouve conserve paiement leur nom. Les
nations victorieuses partagèrent entre elles
le pàfs à l'est du Namœsi-Sipu. Les Lenapes
pnrent, dans le cours d'un certain nombre
d'années, possession de la partie méridionale
du pays; et s'établirent sur quatre grands
fleuves, le Delaware, l*Hudson, le 8usque*
hannah et le Potowmach ; les Mengwes ou
Iroquois, qui occupèrent les terres plus au
Kord, se fixèrent dans le voisinage des grands
(441) 0 y a^ dios Thistôire de ces natioDS, des
époques très-intéressantes : telles sont les guerres
d'Irocas, chef des Hobicans, et celles dn roi Phi-
lippe, udieoi des AYampazioags, guerres qui oui été
làrs et le long des ririères qui s'y versent.
Selon les traditions des Lenapes, cette émi-
gration fut cause que lébr race se divisa en
différents corps : plusieurs ne passèrent pas
le Mississipi, d'autres se fixèrent sur la nve
orientale de ce fleuve , mais le plus erand
nombre s'établit sur les bords de l'Atlanti-
que. Cette portion considérable des Lena-
pes de l'Atlantique se divisa en trois nations,
les Unamis, les Unalachtigos ou Indiens
Tortues et indiens Dindons, qui habitèrent
les bords de la mer, depuis 1 Hudson jus-
qu'au delà du Potowmack, et les Minsis ou
Indiens Lou}>s, qui se fixèrent plus à l'ouest.
Ces derniers étaient appelés communément
Monseys.
De ces trois tribus qui forment la nation
que les Anglo-.Amérîcains désignent sous )e
nom de Delawares sortirent plus tard beau-
coup d'autres divisions de la même race, qui
continuèrent à se reconnaître comme ues
branches issues du tronc Lenape, et qui don-
naient en conséquence aux Lenni-Lenapes
la dénomination dé grands-pères.
Nations septentrionales de la rare algon-
quine-lenape. — Les tribus septentrionales
Ï[ii appartiennent à cette famille sont les
risteneaux ou Crées, qui confinent au norJ.
avec les Athapascàs et habitent depuis la
baie d'Hudson jusqu'aux montagnes Ro-
cheuses, les Algonquins et Chippeways ou
Qjibways, les OCtawas, les Potomatomis et
les Missfssagiies.-
La division du nord-est se 'compose, dans
la classification de M. Gallatin, des AlgoiH
quins du Labrador, des Micmacs, des Etche-
mens et des Abenaquis.
Ces peuples ont été décrits par Charlevoii,
La Hontan et d'autres auteurs français qui
ont écrit sur l'histoire du Canada.
La division orientale comprend toutes les
tribus de la Nouvelle-Angleterre. H y avait
dans ce pays« ainsi que nous l'apprend La
Hontan , une foule de nations qui se re-
connaissaient pour des desrendants des De^
lawares et leur appliquaient l'expression in-
dienne que nous avons déjà employée plus
haut, c'est-è-dire qu'ils désignaient ce peupla
par le titre respectueux de grand-pêre^ Tels
étaient les Minsis et )es Mohicans ou Mohe*
gans, les Nalchitoches du Maryland, les Sus-
quehanuahs, les Pohatans de Vir^nie et les
Pamlicos de la Caroline du nord, tous appar-
tenant à cette division de la race algonquine.
• Les langues de ces nations ont été étudiées
analytiquement par divers écrivains dos
EtatSrCnis, qui ont donné pour quelques -^
unes d'entre elles des grammaires et des dir«>
tionnaires. Parmi les auteurs qui se sont
occupés de ce sujet, nous trouvons le célèbre
Jonathan Edwards, Eliot, Heckewelder, Zeis-
berger, Pichering et le grand philologue du
Nouveau -Monde, le vénérable Du Pon-»
eeau (40).
C'est avec les Lenni-Lenapes ou Delawares
c!écrites , arec beaucoup de cbilë et arec' tons' !^ .
détails satisfaisants^ dans ToiiTrage classique de
M. Callatin.
163
ALG
DICTIONNAIRE
ALG
lu
quo William Penn fit son célèljre traité, De
son temps les Delawares étaient tombés sous
le joug des Iroquois^, qui en avaient fait un
peuple femmej de sorte que Penn et ses com-
pagnons furent obligés d'acheter des Dela-
wares Je droit de possession, et des Cinq-Na-
tions ou Iroquois celui de souveraineté.
La branche occidentale de la race algon-
qùine se compose des Menomonies, ap})elés
par les Français Folles-Avoines, des Miamis
ou tribus illinoises, des Sauks, des Indiens-
Renards, desKickapoos et eniin des Shaw-
nos. On pourrait ajouter à celle liste de
noms ceux de beaucoup de petites tribus,
mais je nç veux m'occuper ici que des na-
tions les plus importantes.
Nations iroquoises, — Les Iroquois, qui
sont, comme je Tai dit, compiétemeut Uis-
tincls des hommes de race algonquine, ont
été néanmoins, à diverses époques de leur
histoire, singulièrement associes avec celte
famille de nations. Les Iroquois septentrio-
naux se partagent en deux groupes : les
orientaux, qui forment la fameuse confé é-
ration des Cinq-Nations, et les occidentaux,
ou les Quatre -Nations, dont la principale
tiibu est celle des Wyandots, appelés Hu-
rons par les Français. A l'époque des guerres
sanglantes des Cinq-Nations contre Tes na-
tions algonquines, les Wyandots étaient
leurs plus redoutables adversaires, et consi-
dérés comme la tête de la confédération al-
gonquine dans laquelle ils occupaient le pre-
mier rang; les Delawares eux-mêmes, qui
se vantent d'être la plus ancienne souche de
la race lenape, reconnaissent la supériorité
des Wyandots, qu'ils appellent encore au-
jourd'hui leurs oncles: ainsi là prééminence
comme droit d'ancienneté ne leur a jamais
été disputée. Ces tribus, dont le nom véri-
table parait être Yendots, étaient concentrées
près du lac Huron, et étaient plus adonnées
a l'agriculture qu'aucune autre des races in-
digènes. Les nations iroquoises en général
étaient supérieures aux nations algonquines,
sur lesquelles elles avaient acquis un ascen-
dant marqué même avant la découverte de
l'Amérique. La plupart de ces tribus sont
aujourd'hui presque éteintes, par suite de
leurs guerres intestines, des ravages de la
petite vérole et autres maladies, et par Tetfet
des vices qu'ont introduits parmi eux les
Européens. Les missionnaires français ca-
tholiques furent infatigables dans leurs ten-
tatives pour les convertir au christianisme,
et huit ou dix Jésuites trouvèrent la mort
chez les Hurons en poursuivant ce pieux
dessein.
Caractères physiques des Algonquins et des
Iroquois, — H ne paraît pas y avoir, relati-
vement aux caractères physiques, de diflé-
rences très-marquées entre les nations appar-
tenant à ces deux races.
La description que Mackensie a donnée
des Knisteneaux , et celle des Potowatomis
des bords du lac Michigan, due au professeur
son
Keating, peuvent être considérées romii e
un portrait général de TAIgonquin-Leuape.
Le voici tel que nous le trouvons dans les
relations de ces deux voyageurs. « Lis
Knisteneaux sont de mo^'enne taille , bien
proportionnés et très-*actifs. Leur teint est
cuivré et leurs cheveux sont noirs , ce qui
est général chez tous les naturels de l'Amé-
rique (41); ils les coupent en différentes
formes, selon les goûts des diverses tribus ;
quelques-uns, cependant, les laissent longs,
pendants et plats, tels que la nature les leur
a donnés. Très-généralement ils s'arrachent
la barbe , et l'usage d'enlever les poils dtt
toutes les parties du corps et des membres
parait même commun aux deux sexes. Ils
ont les yeux noirs, le regard perçant et pé-
nétrant; leur physionomie est ouverte et
agréable; ils aiment beaucoup la parure, et
un des principaux objets de leur vanité est
de décorer leur personne du plus grand
nombre possible d'ornements : un article
essentiel de leur toilette est le vermillon
dont ils opposent la couleur à celles de l'ocre
naturel qu'ils retirent du sol , et de diffé-
rentes terres blanches ou brunes, quelque-
fois même à celle du charbon pilé.
« De toutes les nations que j'ai vues sur
ce continent, je n'ai pas trouvé de femmes
(^ui eussent autant d'agrément que celles de
Knisteneaux ; elles sont généralement bien
proportionnées, et la beauté de leurs traits
serait reconnue sans contestation dans les
pays les plus civilisés de l'Europe. Leur
teint n'a pour ainsi dire rien de cette teinte
obscure et terne qui est si commune clie^
les sauvages, et qui parait être en grande
partie due h la malpropreté. »
« Les Potowatomis sont, pour la plupart,
bien proportionnés; leur taille est de cinq
pieds huit pouces environ (mes. angl.). Ils
ont une grande force dans les muscles du
bras, mais ils en ont très-peu dans les reins;
ils ont le cou fort, et sont doués d'une très-
grande agilité; leur voix est faible et sourde,
mais elle dévient perçante lorsqu'ils parlent
sous l'influence de quelque excitation. Leurs
dents sont bonnes et bien entretenues, mais
n'ont rien de remarquables pour la régula-
rité; chez les individus faibles ou qui ont
une disposition aux scrofules , les dents
sont sujettes à se gâter, ce qui n'a |ms lieu
pour les individus bien portants. Il parait
que le temps de la dentition est très-pénilile
pour les enfants indiens; c'est à quoi l'on
ne se serait pas attendu. Par suite de
Texposition au soleil et au vent , la cou-
leur de leur peau se rembrunit beaucoup,
mais les parties du corps qui sont cons-
tamment couvertes conservent leur ton na-
turel. Les enfants sont rouges en venant au
monde; au bout de peu d'années ils de-
viennent jaunes. »
Le professeur Keatinz ajoute encore quel-
ques observations sur la perfection des or-
.ganes des sens et en général des facultés
(i\) L\nutour lui-même, dans un autre endroit de cette remarque, et restreint ainsi ce qu'elle a de
m livre, raciU.onne des cas qui fout exception à trop absolu
1C5
AIX
DANTlHlOrOLOGI£.
ALL
1C6
phy^iiitues i;iioz toutes ces nations. Kalm a
iléfKMnl lesHiironsct quelques autres tribus
r(e ia nation iroquoiso. D*après ce qu'il en
r.ip|K>rte, il paraîtrait qu'il n'existe pas,
»|ij«iut à rexléricur, de ditrérence rcmar-
({uaijje entre ce peuple et la race algonquino.
Ihiit : « Les Huronssontdes hommes ^ran(Ks,
n)hustcSt Men faits et à peau cuivrée; ils
ont les clieveux courts et noirs et ilô !es
rasent sur le dessus de la tète, do|'Ui.s une
oreille jusqu'à l'autre. Les Auie>, aulre
trilm iro<|uoise,'et qui parlent la langue
liaronc» sont également de grande taille. Les
Barons iNiraissent avoir en général la figure
|iIqs allongée et les Anies l'/ivoir plus ronde.
Les yeux des Anies ont une expression de
rruauté. Les U lirons et les Anies sont plus
grands que les Mickmacks. Ces derniers ne
fkiricnt \)às la même langue. » Nous avons
déjà parlé de ces derniers comme d'une
Iribu d'AI)cnaquis, et par conséquent ap-
IKirtenant à la rîiee algonquine. Kalm ajoute :
< Jft n'ai pas vu d'Indiens dont les cheveux
soient aussi longs et aussi droits que les
lours. Prescfue tous les Indiens ont les
rhevcux noirs cl droits; cependant j'en ai
connu qui avaient les cheveux assez frisés.
11 est vrai que les Indiens du Canada se
sont un peu mélangés avec les Français. ^
Les liohawks sont une Iriliu de race iro-
quoise.
4LIJgr.HANI£NS. — On désigne ainsi les
nations indiennes qui vivent au sud des Le-
napes et des Iroquois dans l'Amérique- du
Nord. Il y avait autrefois, dans la partie mé-
ridionale du territoire des Etats-Unis, une
multitude de nations qui, parlant des langues
complètement et radicalement différentes,
constituaient probablement autant de races
distinctes. La plujMrt de ces nations sont
éteintes aujourd'iiui ; celles qui restent sont
les suivantes : les Catawhas, tribu qui n'est
plus que l*ombre de ce qu'elle était jadis,
les Clierokces, les Choktaws, les Chickasahs
et les tribus comprises en tout ou en partie
dans ce qu'on nomme la confédération Creek,
savoir : les Muskhogees, de la race des Sé-
minoles^ les Uchees, les Natchez et quelques
autres moins connues. Comme toutes ces na-
lions habitent les parties méridionales des
monts Alléghanys, ou le voisinage des riviè-
res qui prennent leur source dans cette
chaîne, je les désignerai sous le nom collec-
tif d'AIIeghaniens, non que cette dénomina-
tion me paraisse complètement bonne, mais
|»arce que je n'en trouve pas de meilleure :
1" L nistoire des Cherokees a été admira-
Idement bien tracée par M. Callalin, et j y
renverrai ceux de mes lecteurs qui désire-
raient de plus amples renseignements sur
ces indiens. Leur nom, si l'on voulait se
conformer à la prononciation véritable, de-
vrait être écrit Cnilahees ou peut-être mieux
encore Tsalakies. Le territoire qu'ils occu-
pent est situé au «ord et au sud du prolon-
l?<*mcnt sud-ouest des montagnes Appala-
fJiiennes. Du temps d'Adair, qui avait habité
|«rjiii eux, le nombre de leurs guerriers
*--nl oiimé h deux mille trois cents. Au-
jourd'hui leur population totale s'élève à
quinze mille âmes, y compris douze cents
nègres qu'ils possèdent comme esclaves; il
paraît, ainsi que l'observe M. Gallatin, qu'ils
se sont augmcnlè> depuis le temps d'A-
dair.
Il ol ]Tiyl»able que les Cbt^rokees ont été
dan> ifrigine une 'branche de la race des
Irociuois : le docteur Barton et M. Oallatin
s'accordent pour reconnaître une alfinilé es-
sentielle, bien qu'assez éloignée, entre les
langues de ces deux races. Leur idiome est
aujourd'hui une langue écrite: un Indien
Clierokce, Sequoyah, que les Anglo-Améri-
cains connaissent sous le nom de Guess, a
inventé un système de raractères syllabi-
quos, lequel, suivant M. Callalin, est mieux
adapté aux mots qu'il est destiné à rendre,
que ne le seraient nos caractères aiphabéli-
aues. Les Cherokees ont maintenant des lois
écrites, et paraissent marcher dans la voie
de la civilisation ; on est donc fondé à croire
qu'ils pourront transmettre leur nom aux
siècles futurs et qu'ils prouveront au monde,
contrairement a l'ofiinion soutenue par
quelques hommes j>révenus, que les races
natives de l'Amérique sont canables de par-
ticiper aux bienfaits dont le cnristianisme a
été la source pour les populations de l'ancien
continent. Nous apprenons par M. Catlin,
qui a visité les établissements des Cherokees
et des Owahs, ou Muskhogees, sur la rive
Arkausas, dans la Louisiane, qu'ils ont de
belles fermes, des champs immenses de blé,
et qu'ils habitent des maisons commodes et
bien bâties. U ajoute : « Les Creeks, de
même que les Cherokees et les Choctaws,
ont des écoles et des églises dirigées par des
hommes pieux et d'un excellent caractère,
dont l'exemple leur sera d'une grande utilité
et amènera chez eux d'importantes et dura-
bles améliorations. »
2* Les Catawhas, qui appartiennent à la
même famille que les Woccons, les Cberaivs
et les Congarees, sont les faibles restes d'une
nation jadis considérable, qui occupait le
pays arrosé par le Cheraw et d'autres dis-
tricts à l'est du territoire Cherokee. Leur
langue a quelque rapport avec celle des
Muskhogees.
3" Les Muskhogees forment les sept huitiè-
mes de la confédération Creek. Les Semino-
les, ou plus proprement dits, les Istaj-Semole,
ce qui signifie hommes sauvages; ne sont pas
compris dans la confédération ; mais ils par-
lent la même langue. Plusieurs autres pe-
tites tribus font jjartie de cette ligue, tels
sont les débris de la célèbre nation des Nat-
chez, qui était venue du Mississipi, et les
Uchees, anciens'jîabitants des ])ays traversés
par la rivière Coosa.
^"Les Chickasahs et les Chactaws, ou plutôt
Chaklas, ce qui veut dire têtes plates^ sor.t
deux nations différentes Tune de l'autre,
mais appartenant è une même race; elles
habitaient autrefois la plus grande partie des
|:ays situés le long du Mississipi, presque
jus(|u*à la hauteur de i'embouchure de
rohio. M. Gallatin pense que la langue do
1^7 ALL bieTIONNAlUE AtL m
ofette race a unci relation éloigné© de parenté ble, avec l'apparence de la^vteueur, sans
SîïccTedSsMuskhogees.^ "^ œpeiidantavmVdés formas atU^^
Toutes ces nations ^néridionale* fdrméfrt membre* sont bien proportionnés, leurs
dans îéur ensemble, suivant l'estimation du traits sent réguliers et leur physionomie est
département de la guerre , une popèlatioft osyerte, pleine dexlignité et d une douceur
ie soixanle à soixante-dix mille âmes, qui qui n'ex<^m pas 1 idée de courage ; au cou-
^e répartit dd la manière suivante : traire, i\y a dans la çspnfiguration de leur
ip/cherokees ....:..........:. ^5,000 ffont et cfe leur sourcilquelque chose qui
LeI Staws 7////. 18,500 j «i ooo ^'^P^^' ^^ premier abord, comme indiquant
LeI SS i:il'" 5,8eof^'^ la bwivœïre et même l'héroïsme; leurs ^eux,
LesMiiskhogécs, Séminoles eiliil- bien qu'un peu petits, sont irifs et pleins de
^Ijiiecs v 26^000 feu, et Firis en est toujours noir. Leur nez
Les Ûchees, Atibamons, Coosadas . incline vers le caractère aquilin ; dans tout
et Natchez - ^^^^ leur etlérieup règne un air de magnanimité,
67 000 ^^ supériorité et d'indépendance. Leur teint
' estd*un brun rougefttre ou cuivré, leurs
YesCiaes d"me ancienne civilisatian parmi cheveux «ont longs, droits, assez gros, d'un
les races aliéghanienneê. — A l'époque de la noir de corbeau, et, offrant môme, sous cer-
' conauèle on observait encore chez uH assez tames incidences de la lumière, les reflets du
crand nombre de nations américaine* cer- plumage d© cet oiseau. Les femmes des Che-
mins usa'^es qui n'étaient pas ew harmonie rokees sont grandes, sveltes, élancées et déli-
avec lô ïeste de leurs habitudes, et q«i* sem- cakes de formes ; leurs traits offrent unepar-
blaient se rattacher à un étal ariféfieui^ iort faite symétrie, leur physionomie est gaie et
suDérieur à l'état présent, non-seulement bieoveillantcetilyadanstousleurs raouve-
sous le raDDort du développement inteHec- ments une dignité et une grâce ravissantes,
tuel ^aais encore souscelui des iitetitulions « Lôsi femmes muscogulges, uuoique re-
politiaues Plusieurs de cesl cotttiimes re- marquaWement petites* sont bien faites;
marauablês se conservent encore parmi les elles ont le visage rond, lea traits beaux et
ra es allé-^haTiiennes, et c'est en effet chez réguliers, les sourcite hauts et bien arqués;
elles ou' A^iairërutrecormaltre les inslitu- leurs yeux grands, noirs et languissants ex-
tions du iudaïsme. Les Cherokees avaient priment la modestie, la réserve et la Umi-
une cité de refuse ou de' paix (Echoteh),. où . dite; c'est peut-être la race de femmes la
même les raèurtriétà trtmvaient, pour un plus petite qui soit encore connue; très-
' temns un asile. On y entretenait un feu rarement elles dépassent cinq pieds (mes.
DerDétuel et c'était la résidence des ftom- angl.), et jecrois.quelapJupart natteiment
mes bieti-aimés en la présence desquels jamais cette taille ; leurs main« et leurs
aucun acte de violence n^ pouvait être -com- pieds ne sont pas plus grands que ceux des
mis hommes qu'il ne faut point confondre enfants d Europe à 1 Age de neuf à dix ans;
avec les chefs de guerre d«s tribus. Charle- cependant les noiï»ne3^ sont beaucoup plus
voit et du Pratz virent le temple et le feu grands que les Européens et d'une taille
sdcré'etperpé(îièlde»Naichez ; ces peuples presque çigantesque,- ayant communémei.t
adoraient le soleil et le feu. de cinq pieds huit ou dix pouces à six pieds
ShIou le P Cbarlevoix (h3) la plupart des de haut, souvent plus et très-rarement moins,
nations indiennes se divisent en trois tribus Leur couleur, est beaucoup plus foncée que
ou clans, chacun portant lé nom d'un ani- celle d aucune des tribus du Nord que jai
mal • ainsi il y avait chez lés Hurons tes clans eu occasion d observer. La descripUon que
du loup, de la tortue et de l'ours. On ne pei^ je viens de donner des Muscogulges peut
mettait pas un à homme de se marier dans convenir également, je crois, à leiii« con-
son chin c'est-à-dire d'épouser mie femme fédérés, les Choctaws et les ChicQsaws, en
dont le à totem » ou nom de claUf fût le exceptant cependant quelques bandes lio
même que le sien. Selon Loskiel la division Séminoles, d Ucheesetde Sanavawsqui sont
des clans fut établie originairement dans: l'in- un peu plus grands, plus minces et d'une
lention de prévenir la possibilité diBsmaniages couleur claire. ; ^ . ^
entre parents. Ces institutions n'étaient point • Les Cherokees sont encore plus hauts de
particulières aux nations méridionale^; elles taille et plus robustes que les Muscogulges;
se trouvaient aussi chez les Lenaî>es et chez leur race est à beaucoup près la plus grande
le« Sioux eraiide famille de nations établies et la plus forte de toutes celles que ie con-
à l'ouest du Mississipi. nais. Leur teint est plus clair, et chez les
Caractères physiques'. — Nous empruntons adultes surtout, il est ce qu'on peut appeler
à la relation des voyages de Bartram dans olivâtre; chez quelques jeunes femmes, on
l'Amérique la description suivante des Che- trouve un teint presque aussi blanc et aus^si
rofcees et des Muskhogecs, ou comme l'auteur frais que celui des femmes européennes. •
tes nomme, des MusèogUlges. ^ ■ M. tatlin a donné des détails très-intéces-
<f Chez les Cherokees, iW Muscogulges, sants sur 1 établissement que les Cherokees
les Semînôles, les Chikasahs, lesChoktaws, et les Muskhogees ont aujourd'hui, dans la
et les nations confédérées des Crecks, les Louisiane, pays où ils ont été transportés par
hommes sont de haute taille, d'un port no- suite d'un traité avec le gouvernement des
(45) ïhiîoire et descfipiion gérJralc de h Nwveth-Frawe, etc.; Paris, 1741, 5 voL in-i*.
iG9
ALP
D'ANTimOMLOGIE.
ALP
171
Etats-Fnis. « Les Hiiskhogees, nous dit-il»
(tcmpâieni naguère qb pajs compris en par*
(ie dans TEtai du Mississipi, en partie dans
cr'lui d*Alabama; mais pour les mêmes mo-
tifs qui ont amené le déplacement des Cbe-
rokees et an moyen d'un semblable arran-
f'ernent arec le gouTememenl , ils ont
(Vidangé les possessions qu'ils avaient dans
CCS deux Etats» pour des terres voisines de
tf^lles de Cberokees, sur la riVe sud de TAr-
kâDsas ; ils y sont déjà établis ; et, de même
qne les Cberokees, ils y organisent de belles
fermes» eonstruiseot pour leurs demeures
iie bonnes maisons, d*où plusieurs déjà peu-
rf'ïïi voir ^'étendre autour dVui d'immenses
rijdmps de blé et de maïs. Il n*y a guère
f.ans le monde de plus beau pays que celui
qui est possédé aujourd'hui par les Creeks,
ei certainement il u'y a point dans l'Améri-
que du nord de peuple indien plus avancé
qu'eux dans l^arts et dans l'agriculture. II
n'est pas rare de voir un Creek avec vingt
ou trente esclares employés sur sa planta-
tion. »
PeupMhê témppi^n mire ie Jkute Mobile
H le Miestssipi , d enire ce aemier fleure
et la riciêre Houge. — Beaucoup de petites
tri Uns biibitaieni autrefois le pays qui s'é-
tend entre la rivière Mobile et le*Mississipi.
Les Cfaîtimacbes formaient une tribu dis-
tincte, qui, d'après ses propres traditions»
éMi! venue de l'Ouest ; celle tribu est ré-
duite maintenant à trois cents âmes, et est
incorporée avec les Creeks» mais elle a con-
servé sa langue.
L'histoire, la plus complète des petites
f ri Nus qui existent encore à l'ouest du Mis-
si^sipi, et depuis là jusqu'à la rivière Rouxe»
tbU comme nous l'apprend M. Gallatin, celle
qu'a écrite le docteur Sibley deNatcbitoches.
Les Indiens peuvent être repartis en deux
gf^iupes, Tun comprenant les tribus qui ont
tr.iversé le Mississipi à une époque connue»
l'auire les tribus qui sont considérées comme
diKirigènes. Le premier groupe se com|>osc
o^'S Appalaehes, des Alibamas et de plu-
sieurs autres; le second, des Caddoes et
iJ au très tribus moins célèbres. Les Caddoes
viraient autrefois à trois cents milles au-
clessius de l'embouchure de la rivière Rouge»
oans une région de prairies, non loin d'une
itfontagne sur laquelle, après que le genre
iiuraaiii eut été détruit par un déluge» le
• tjraod Esprit » plaça une seule famille de
t^d'ioes, de laçiuelle sont, par la suite, sor-
ti> Cous les Indiens.
ALLOPHYLIENS (Peuples). Toy. Ec«<>-
ALPHABETS. — L'instrument au moyen
drjquel on a fiié les langues est un appen-
^ Joe important de l'histoire des langues elles-
luf-mes. Représenter la pensée à rœil, ren-
ore la parole permanente et monumentale
'.^i un résultat si beau» suppose un effort si
sublime do génie humain que l'on se sent
I»orlé h Tadoietlre non plus comme un art,
il: a 15 coauBe une iacullé contemporaine et
coadjutriee de la parole, et par conséquent,
comme participant à cette révélation.
Si rhomme est Tinventeur de l'alphabet,
c'est son plus bel ouvrage» et» en tout cas,
un de ses plus précoces. La pricnité des al«
phabets est mystérieuse comme la priorité
lies langues ; mais en revanche la tradition
y est beaucoup plus aisée à apercevoir et à
suivre. Nous en avons esquissé ailleurs la sé-
rie relative aux langues sémitiques (^43). L'al-
phabet grec est une importation phénicienne
qui reçut quelques additions» comme plus
tard ce même alphal>et grec fut augmenté
de onze caractères par les Slaves. Pour re-
connaître les lettres phéniciennes dans les
grecques, il faut se souvenir qu'elles furent
renversées dès que l'écriture cessa de pro-
céder de droite a gauche. La même opéra-
tion peut rendre compte d*une métatlièse,
ou inversion de lettres assez fréquente. Les
langues sémitiques et japhétiques ont en
commun plusieurs racines absolument pa-
reilles» mais où les lettres procèdent en sens
précisément inverse. Ira, terre, latin, est le
renversement de ariy tudesque et arabe;
grdj graduêj est le renversement de drg.
Athin, nom de Minerve et d'Athènes» vient
de nUhOj la Minerve delà Basse-Egypte; le
sémitique lif a fourni le latin fil (filum).
Cette innovation doit être rapportée à des
infiltrations de la civilisation japhétique ar-
rivées par la Thrace» et ayant fait connaître,
avec le mode nouveau d'écriture, les lettres
généralement attribuées à Palamède et Si-
monide. L'alphabet iranien était d'un luxe
prêt pour tous les besoins» et il avait» depuis
bien des siècles» prêté son secours à l'indus-
trie sémitique. LesChaldéens et Assyriens du
Caucase méridional avaient écrit leurs lan-
gues dans un caractère indou. C'est peut-^tre
du synchrétisme des langues et des alpha-
bets que naquit le caractère cunéiforme. Les
alphabets phonétiques de l'Asiecentrale sont
tous subintrants et générateurs les uns des
autres» comme les sémitiques et européens.
Le sanscrit» dans sa forme simple, fait !a
base de tous les alphabets indiens, tbibé-
tains, mandchous, tartares (U).
Le Pâli et Birman ont arrondi les traits
que l'alphabet de Java a repris et carrés.
Beaucoup d'indianestes ont reconnu la phy-
sionomie indienne dans les anciens carac-
tères éthiopiens et dans les lettres décou-
vertes par Burckhardt sur les rochers du
mont Sinaï, lettres que de récents voyageurs
ont retrouvées scuV|)lécs sur des montagnes
de la Sibérie méridionale. Les dessins rap-
Sellent les runes Scandinaves qui sont aussi
'origine asiatique» au moins dans leur forme
ancienne. Les lettres tudesques modernes
ne sont quç lalphabel romain avec les con-
tours fleuris et tourmentés qui avaient pré-
valu partout dans le moyen âge.
Les alphabets idéographiques passent pour
plus anciens que les phonétiques, et avec
toute vraisemblance, si la nroposition est
relative et non absolue, si elle s'applique à
(15) F09. Fart, dmopc MODcsn.
IHcnoMi. B'AirmaoroijMiB.
(il) Paléogr. unir., par Su.7£STB£.
I7t
ALP
DICTIONNAIRB
AME
471
une nation et non pas à l'univers. Les Mexi-
cains écrivaientavec un syslème hiéroglyphi-
3ue et n'avaient pas encore de représentation
es sons. Les Mexicains étaient îles l)art)are$
en progrès vers la civilisation; mais il est
certain que les Aztèques et Toltèques furent
des civilisés déchus.
Les Chinois sont des peuples très-raflSnés
et qui se sont contentés d*un alphabet mixte
où ridéographie domine» mais on n*a pas
prouvé qu'un alphabet phonétique pareil au
mantchou ou au thibetain n'appartînt ja-
mais aux Chinois sortis du Thioet. Les ca-
ractères mystérieux nommés kotm et sus-
ceptibles de soixante-quatre combinaisons,
chiffre fort rapproché de celui des lettres du
grand ali)habet sanscrit, sont une des nom-
breuses inventions rapportées au très-an-
cien règne d'Hoang-ti. Aujourd'hui la lan-
fue chinoise détaille la pensée avec la ru-
esse des sourds-muets, et l'écriture se
préoccupe d'idées et d'objets, et nonpas de
sons; fort bien. Mais beaucoup de muets
qui préfèrent la pantomime ont commencé
par parler un peu parce qu'ils entendaient,
t)u finissent par entendre et continuent par
paresse ou routine à préférer le langage des
signes.
Les Arabes hymiarites curent, au temps
du roi Saba, une écriture idéographique;
mais d'autres hymiarites, encore plus anciens
dans l'Arabie méridionale, les Phéniciens,
avaient déjà un alphabet phonétique. L'Inde
eut des hiéroglyphes en même temps que
d'autres alphabets.
L'Egvpte, éternel argument en fait d'anti-
quité de toute espèce, a longtemps, a tou-
ûiurs employé un alphabet en apparence
riiérogl vpnique, mais où pourtant 1 on a re*
trouve le système phonant. Lucain, qui ne
savait pas ceci, attribue l'alphabet des sons
aux Phéniciens pendant que le Nil n'avait
encore qu'hiéroglyphes. Platon n'élahlil pas
la distinction des deux systèmes, et fait in-
venter îes lettres par theut ou l'Hermès
Egyptien. Tacite répète Platon, et Pline con-
tinue Lucain, en reculant des Phéniciens aux
Assyriens l'invention première.
Le trait abrégé de l'hiéroglyphe paraît in-
dubitable dans l'écriture hiératique égyp-
tienne. Une approximation de ce système a
été cherchée dans le chinois ancien en y
rapportant l'alphabet romain. La distance
de ces deux extrêmes trahit un rapproche-
ment un peu forcé et d'ailleurs fait à une
éj)oque ou l'en croyait l'écriture égyptienne
purement idéographique.
L'argument Te i>lus fort et le plus ancien
en faveur de la parenté des deux systèmes
d'alphabet est le nom traditionnel des lettres
hébraïques a/epA, beth^ gimely horam'e, mai-
son, chameau, etc. ; toutefois, i) peut, lui
aussi, n'être qu'un arrangement pole(>tiquc
ai coipnarable aux dessins de l'arménien
-ou de l'estranghelo ornés, ou aux images
avec lesquelles de nos jours môme on
cherche à appeler ratteation des enlbnls sur
notre alphabet.
Somme toute, la filiation des alphabets
phonétiques s'induitde leurs ressemblances,
là oii l'histoire laisse obscures leurs origi*
nés ou leurs communications. Le système
qu'ils impliquent est de ces choses à la fois
grandes et simples que l'humanité n'invente
pas deux fois, en supposant même qu'elle
Tait inventé une (^S).
La peinture des objets naturels, au con*
traire, procédé ingénieux et grossier, peut
avoir séduit maintes fois des hommes dé-
chus qui avaient oublié, ou leurs descen-
dants naïfs qui n'avaient pas appris encore.
La trace d'un pied ou d'une main sur le
sable, l'ombre d'une plante ou d'un animai
sur un rocher, sur la terre ou sur le mur
d'une cabane peuvent avoir bien des fois
commencé ou recommencé les arts du des-
sin ou de récriture, comme on le prête à
Dibutade. Cette fille de Sycione, en traçant
f'ombre de son amant, éoaucha un art qui
ailleurs était dès longtemps pratiqué et
parfait.
AME, SA ffPiBrruALrré démontrée. Voy.
Physiologie intellectuelle et Encéphale.
AMU: DES BÊTES. — Celte question grave
et curieuse de l'Ame des bêtes, impliquée
dans la question de l'échelle des êtres, a
besoin d'un examen spétsial.
Accorder une âme aux bêtes comme aux
hommes, c'est affirmer l'identité de cette
force motrice dans les deux cas : c'est faire
l'Ame des bêtes immortelle, ou l'Ame hu-
maine matérielle et mortelle comme celle
des animaux.
Les Indous ont accepté la première con-
clusion : ils s'abstiennent des viandes, et se
font scrupule d'écraser un insecte.
Cette logique serrée fut aussi celle des
rêveurs py thagoriens. En l'éludant on tombe
dans la contradiction comme Mahomet, com-
mandant les sacrifices d'animaux en même
temps que la croyance à leur Ame. Mais le
cauteleux Arabe voulait à tout prix établir le
dogme de la responsabilité humaine contre
les arguments matérialistes qui assimilaient
l'organisation de l'homme à celle des bétes.
A ce sophisme il opposait, de par la théolo-
gie, une fin de non-recevoir, en attendant
que la science eût trouvé la réponse péremp-
toire. L'expédient peut être pardonné en
faveur de 1 utilité et de la grandeur du but
Les Turcs n'ont pris au sérieux que la moi-
tié de l'affirmation de Mahomet; car s'ils
ménagent les chiens, les chats, les pigeons;
ils se nourrissent de moutons, de bœufs et
de poules. Les philanthropes anglais, dont
M. Prichard s'est fait l'écho, ont déjà pro-
tégé par des lois la sensibilité et même la
dignité des animaux domestiques : les voilà
obligés de considérer bientôt comme un sa-
crilège et un cannibalisme regorgement de
ces animaux pour en manger la chair.
La contradiction disparaît, il est vrai, si
(A5) Sclidgcl, Coitrl de Gcliclin, PArnvcv, llcnlcr, tons les alphabets, et les dérivent tous d*on alphabet
W. lluiubuliU, Wiseniaii admcUciit la soiidariic de primitif oonleinporaio de la création de la uarole.
113
AME
D*ANTHROPOU'iGIE.
AME
174
Ton ne concède à Tbomnie qu*ane âme ma-
térielle arec les conséquences morales du
matérialisme, les droits de la force.
Telle est, en effet, l'opinion impliquée
aiycHirdliui dans la irojance à Tâme des
bêtes. On répète, avec le xtiiT siècle, que
I*homme et les animaux exen^^ut des fonc-
tioûs semblables, sont doués de facultés
identiques; les différences ne sont que du
plus au moins.
Gall, qui après Cabanis et arant Broussais
a basé sa doctrine crânioscopique sur le ma-
térialisme de l'âme, et son identité chez
rbomme et les animaux, Gall cherche natu*
rellement, dans la forme et les protubérances
du cerveau, les signes et instruments de
fonctions identiques. Il trouve le génie ar-
chitectural chez le castor, qui est un gros
rat^vec un cenreau, mais il ne pense pas à
chercher la bosse de Tarchitecture chez
labeille, qui est un insecte avec un cerveau
très-problématique, ni la bosse des provi-
sions et de Ta varice chez la fourmi, usecte
encore plus imparfait que Tabeille.
Quand on admire chez les animaux la rai-
son et le génie de la cause animatrice, la
conclusion est vicieuse, car on oublie le
pouvoir de Tinstinct, mobile très-différent
de la raison humaine, ou plutôt mobile tout
à fait hors de proportion avec l'organe ap-
pelé cerveau. L'instinct est en proportion
inverse du développement organique dans
récbelle des êtres. Nous venons de voir de
pauvres insectes infiniment supérieurs aux
animaux les plus élevés. Les associations
des fourmis et des abeilles réalisent l'har-
monie phalanstérienne, peu réalisable parmi
les hommes.
'L*abeiUe est dtovenne d*une ruche, admi-
rable république où la constitution politique
est fort compliquée, où les trois grands
onJres du gouvernement sont combinés, où
les pouvoirs sont balancés, où chaque mem-
bre a sa place, son rang, ses droits, ses de-
voirs, et remplit ses fonctions sans négli-
gence , sans usur^tion , sans ambition ; et
Gortant la conduite des al>eilles n'est pro-
blement pas le résultat d'une profonde in-
telligence au droit public.
Le castor, enfermé dans une cage avec des
morceaux de bois et du mortier* fabrique
des constructions évidemment inutiles, puis-
im*il n'est pas dans une rivière et possède
déjà un logement. Son travail est donc ins-
tinctif et aveugle : l'homme proportionne
toojonrs son travail à ses besoins; le rai-
sonnement qui le guide est libre, et non
latal et irrésistible.
On répète que les peuples sauvages, Hot-
tentots. Papous, sont inférieurs en tnduslrie
h certains animaux : aux castors, aux singes,
aux éléphants; on pourrait même aiouter
aux fourmis et aux abeilles, au ver a soie
loi-même! Mais que signifie ce mottndta/rtc
appliqué au travail produit et non à l'inten-
tion directrice? On oublie que l'intelligence
humaine a des aptitudes qui peuvent de-
nicurer dans l'enfance si les circonstances
ue les font pas valoir, mais qui progressent
ind^niment quand les circonstances don-
nent l'impulsion éducante. Plus un être
rivant montrera de supériorité sans éduca-
tion, plus il sera permis d'assurer que cet
avantage est inné, innineiifei non intellec-
tuel.
Les animaux domestiques sont nos cama-
rades , et pourtant ils n'ont pu s'accointer
avec nous par quelque chose dfe plus intime,
de plus précis que les habitudes purement
vitaUê. La pensée ne se greffe pas sur la
simple force vitale, mais seulement sur l'âme
intelligente. Vous oseriez associer aux spé-
culations transcendantes de l'esprit humain
un Huron, un Hottentot, un Papou, conve-
nablement éduqués, vous n'oseriez pas en-
treprendre la même tâche sur le singe le
plus adroit, sur l'éléphant le plus charmant.
Vos puissances vitales respectives pourraient
se convenir, mais votre sens intime se senti-
rait seul et n'obtiendrait ni écho ni sym-
pathie.
Voici les exemples classiques de l'âme des
bêtes quand on ose rétablir similaire à la
nAtre. Notions du beau , notions du vrai ,
notions du juste : tel est l'inventaire de Tâme
humaine , voici les contre-épreuves chez les
animaux.
L'éléphant se place, contemplatif et pres-
que adorant, en face du soleil qui se lève
oans les beaux paysages des pays tropiques.
L'éléphant est donc artiste, il goûte, admire,
vénère un spectacle sublime ?
Le chien arrive périodiquement aux heu-
res de vos repas pour recevoir la part que
lui offre votre amitié, votre habitude. I^
chien compte <lonc juste les heures, suppute
le temps avec précision ?
Le même chien , humble et soumis quand
son maître le corrige i^our une faute , se
montre colère et hostile contre un larron ,
contre un ennemi, contre un indifférent qui
le frappe sans motif. Le chien connaît donc
le juste aussi bien que le vrai ?
Plus on parlera de l'assiduité aux époques
accoutumées , plus on vantera chez les ani-
maux la constance , l'infaillibilité , plus on
gâtera la cause. C'est précisément par cette
impeccabilité qu'ils s'éloignent de la nature
intellectuelle , qu'ils se rapprochent de la
nature physique et mécanique. Le sens in-
time de l'homme n'est pas capal>1e de calcu-
ler la marche des heures comme une horloge.
La force vitale montre souvent cette qualité
périodique dans les fièvres, dans le sommeil
magnétique, dans la folie. Le semblant d'édu-
cation dont les bêtes sont susceptibles serai t un
argument, bon tout au plus contre l'organisa-
tion mécanique imputée â ces animaux par les
cartésiens. L'éducation s'applique à ta force
vitale comme au sens intime. Mais il n'y a res-
semblance ni dans les procédés , ni dans les
résultats. L'imitation produira chez l'anima^
une simple reproduction : chez le singe, des
gestes, chez l'oiseau des sons. Chez l'homme,
rimitation amène l'établissement des princi-
})es abstraits au bout desquels se trouve l'art
du comédien ou du musicien. Hais hors du
Timitationi quelle ressemblance y a-t-il entre
171 ALP ru
Qno nation et non pas à l'univers. Los V
cains écrivaienlavec un système hiéroii;! v
3U0 et n'avaient pas encore de reprc^sc m
es sons. Les Mexicains étaient des l)ni i
len progrès vers la civilisation; mais
certain que les Aztèques etTollèquos i
des civilisés déchus.
Les Chinois sont des peuples trrs-r.'
et qui se sont contentés d'un alpliahc?
où l'idéographie domine, mais on i
prouvé qu'un alphabet phonétique p.
mantchou ou au thibetain n'a|)p.uî
mais aux Chinois sortis du ïhilKl. "
ractèpos mystérieux nommés koun
ceptihies de soixante-quatre conil» .
chiffre fort rapproché de celui des h
grand alphabet sanscrit, sont une «.
breuses inventions rapportées ri'.
cien règne d'Hoang-ti. Aujounl'hi!
Sue chinoise délaiUe la pensée a^
esse des sourds-muets, et l'r
préoccupe d'idées et d'objets, et n
sons; fort bien. Mais beaucoiu»
qui préfèrent la pantomime ont
par parler un peu parce qu'iN »^
ou finissent par entendre et i • •
paresse ou routine à préférer le
signes.
Les Arabes hyraiarites oui»'
du roi Saba, une écriture i.
waisd'aulreshymiarites, en» ".
dans l'Arabie méridionale, l •
avaient déjà un alphabet plio .
eut des hiéroçlyplies en n-
d'autres alphabets.
L^Egvple, éternel ar^imi»
(|uilé de toute espèce, a l
iours employé un ali)ii.i.
liiéroglvpnique, mais <.ù i
trouvé le système phon.î!.
savait pas ceci, atlrilme
aux Phéniciens pentiant
encore qu*hiéroglyplies. ;
la distinction des den\ ^
venter tes lettres par
Kgj'ptien, Tacite répètt .
linueLucain, en reml.
Assyriens Vinvention «
Li trait abrégé de li
dubitable dans réen><
tienne. Une approxim.
i^té cherchée dans le •
rapportant lalphalx t .
de ces deux exlrèni. -
raent un |>eu forcé rt
é|HX)ue où Ton cr<»v,i *
purement idéoçrapli <
L>rgument le p'i
en faveur de la p.ir<
d>1phabot est le n<
héiiraïques aieph. h
S4>n. chameau, oh .;
aussi, n>lre qu'un
ol c*>m|virablo aux
ou de re>ira!ij:heî"
•^•ec le>*jueîiès »tr
•Ao* SrlifH-^^. Court
D^ANTHROPOLOGIE.
AME
178
•.iiiie, dont le langage,
strumentetlesi^ne.
lA iangue ordinaire ,
Mfi>nii)i une pour ses
uuii avec ses sembla-
luoavements , des
dk^^Uità t la pantomime
,.4 uore pensée. Qu est-
•ai les animaux supé-
uc langue ou de nous
de s'en créer une
ai'c^ent , si vraimeat
logos, c'est-à-dire un
icil au nôtre avec sa
, ilution et son échange?
Je hgos ) , le mutisme,
Jisotument tous les ani-
Vi\ langage, une pensée.
Te , voilà ce qui élève
Tç tous les animaux pour
"WniENS D'AMÉRIQUE,
- Les aborigènes de TA-
'■nnsidérés généralement
n« la famillo humaine
Urtincle de celle des ha-
monde. L'isolement de ce
"^ fauche par aucun point
iplen monde , l'époque tar-
M a été connu, l'absence
Mratîon entre ses habitants
notions du globe sont des
^t! ont dû contribuer à faire
ftp d'examen cette opinion,
américaines , considérées
^^^pi^ ~^Me , ne présentent pas , à
^.., autant d'uniformité,, au-
iiptance , au moral et au phy-
^ÊÊfmÊtmSL ^^ ^'^'^^^ communément, et
<|ii|l|piT^gmarc'ation entre elles et les
^Zjfll de l'espèce humaine n'est
■llcc, JilBccusée ni si distincte qu'on
t^a^U être. Toutefois, il faut con-
"' certains caractères qui sont
lair JBItes ces nations ou à presque
affr^iiste pour elles , sinon des
JtA moins de fortes indications
Icoimr^^ commune, ou d'une très-an-
MMat Hwlé; enfin, que, lorsque nous
'■'S^aw^ jkTensemble des peuples du nou-
yé^-'^Wf* la nature humaine se montre à
■^ ir"MSn aspetît particulier. En comparant
~^ tt les nations américaines, nous
•, je le répète, des motifs pour
f|D*elles ont dû former, depuis les
^ âges du monde, un groupe déta-
il ne devons pas par conséquent
linidre h ce que les recherches entre-
tels le but de découvrir les relations
ees peuples et le reste du genre
^floug conduisent iamais à la preuve
* Vnt leur origine de telle tribu ou
% fltliM 'particulière du vieux conti-
HflV- fKWence, comme race distincte.
-^ dUtt-probablement de cette épo-
où les habitants de Tan-
^{Airèrent en diverses na-
tions , et où chaaue branche de la famille
humaine prit un langage et une individua-
lité propres.
Les traits qui servent à caractériser les
nations américaines pris collectivement ,
ne sont pas , comme je l'ai dit, aussi appa-
rents que quelques personnes le supposent.
Ces nationç sont désignées fréquemment
sous le nom de Peaux-Rouges ; mais d'une
part, il y a en Afrique et dans la Poly-
nésie des tribus également rouges, et qui
môme méritent peut-être encore mieux
cette épithète ; d'un autre, les Américains
ne nous offrent pas tous cette teinte dite
a ronge » c'est-à-dire cuivrée. Quelques
tribus sont aussi blanches que beaucoup de
nations européennes ; d'autres sont brunes
ou jaunes; d'autres sont noires, car les
voyageurs les dépeignent comme ressem-
blant beaucoup par la couleur aux nègres
d'Airique. Certains anatomistes ont distin-
gué dans les crânes humains ce qu'ils ap-
jjellent la forme américaine ; c'est une dis-
tinction qui n'est pas admissible , une
généralisation erronée, à laquelle ils sont
arrivés en considérant comme universels
les caractères fortement prononcés que leur
E résentent quelques tribus particulières,
es nations américaines sont répandues sur
une immense étendue de pays , habitent
dans des climats très-différents, et la forme
de leur tête diffère suivant les lieux. Ajou-
tons que, de même qu'on ne peut trouver
dans leur conformation corporelle aucun
caractère physique qui leur soit commun à
toutes, on ne peut non plus tirer de leur
genre de vie un caractère ethnologique qui
soit général. Tous les naturels de 1 Améri-
que ne sont pas chasseurs : il y a parmi eux
beaucoup de tribus de pêcheurs ; il y a des
tribus nomades ; d'autres qui s'appliquent
à la culture de la terre et qui ont des de-
meures fixes. Une partie de ces peuples
étaient agriculteurs avant l'arrivée des Eu-
ropéens ; d'autres ont appris de leurs vain-
queurs à labourer la terre et ont changé
les anciennes habitudes de leur race, ce
qui prouve que ces habitudes n'étaient pas
un résultat nécessaire de leur organisation»
ou celui d'un penchant instinctif, inné et
irrésistible. Si aonc nous voulons nous faire
une juste idée des particularités caractéris-
ticjues qui forment réellement le lien d'u-
nion entre les races américaines , et les
constituent en un groupe bien distinct, nous
ne pouvons nous contenter d'un coup-d'œil
superficiel , et il est nécessaire que nous
entrions profondément dans la question.
La preuve la plus décisive , la plus clai-
rement marquée d'une parenté entre ces
nations se trouve dans la structure carac-
téristique de leurs langages. C'est un sujet
sur lequel les travaux des philologues, sur-
tout ceux des philologues Américains , ont
jeté depuis Quelques années beaucoup de
jour. A la vérité , Hervas avait déjà réuni
dans ce but quelques matériaux {k^) , mais
ur, dcl abbatc Hbiitas.
175
AME
DICTIONNAIRE
ASIE
176
les moyens (réducalion chez Thomnie et les
animaux ? On instruit le premier avec la
parole, on dresse le second par la faim , les
privations , les coups ; chez le cheval , qui
semble obéir à ta voix du maître , la voix
humaine excite -t -elle le souvenir d'une
idée , ou bien est-elle un simple bruit , pré-
lude d'une douleur gue l'instinct évite , ou
d'une perception voluptueuse que Vinstinct
cherche ? Chez l'homme un sens intime, in-
telligent, a reçu essentiellement des idées
pari intermédiaire du langage, véhicule con-
ventionnel doiit la partie matérielle est sans
valeur et dont le prix est purement abstrait.
Nous commettons de graves erreurs en
estimant les notions de justice et encore plus
les notions artistiques des animaux. Le chien,
que la musique fait hurler, éprouve-t-il
plaisir ou douleur ? L'éléphant, qui regarde
Je soleil levant, aspirc-t-il l'air frais de
l'Orient, le fumet de sa femelle, ou une sen-
sation d'artiste qui admire 7 L'interprétation
fait honneur à I imagination de l'homme qui
explique selon sa propre logique un phéno-
mène étranger à sa propre nature, à peu près
comme le arogman traduisant et arrangeant
ingénieusement et à sa manière un discours
tiré d'une langue étrangère ignorée ou assez
imparfaitement comprime.
Enfin , les animaux les plus remarquables
par leur industrie instinctive ou par leur
capacité d'éducation sont certainement infé-
rieurs par un point aux hommes sauvages les
i)lus dégradés. Les Papous, Hottentots, Har-
oros , ont un langage aussi bien que les
Romains, les Anglais, les Français. Un lan-
gage, industrie assurément admirable et
haute entre toutes les industries ! industrie
qui n'est pas l'instinct du castor ou du ver à
soie , travaillant toujours fatalement et sans
éducation préalable. Une langiie s'apprend
avec peine et lenteur ; la simple conservation
exige mille peines , suppose mille calculs ,
même ; que dis-je ? surtout quand cette con-
servation est imparfaite , car alors l'art qui
conserve est presque égal à celui qui invente
ou révèle une première fois.
Oui, les hommes ont partout une langue ,
et voilà leur profonde et éternelle distinction
d'avec les animaux. La langue, voilà le signe
véritable de l'Ame immortelle, voilà sa mani-
festation la moins équivoque. La bête se
conserve par l'instinct, qui est l'antagoniste de
l'intelligence ; elle ne parle pas, ne manifeste
pas des idées, et rien ne prouve que le ma-
niement des idées soit ou fût pour elle un
bonheur. L'homme se conserve par sa raison
seule, puisque l'instinct fait si peu pour lui.
li se rend heureux par ses idées et par le
commerce qu'il en fait avec ses semblables ,
au moyen dTe la parole. Le logos , mot grec
qui signifie à la fois langage et pensées, est
propre à l'homme ; les animaux n'usent entre
eux, et à pi us forte raison envers nous, de rien
de semblable au logos. Il faudrait pourtant
une communication pareille , directe et ex-
plicite pour avoir le droit d'affirmer, l'Ame
(les bâtes ou la similitude de leur dynamisme
au nôtre.
Voici UD homme privé de langage par son
éducation ou plutôt son inculture primitive,
comme le sauvage de l'Ave jrron ; il n'a que
des cris à la façon des animaux. Voici un
sourd^muet de naissance, ignorant les signes
convenus à l'école de l'abbé de )'Épée. Allons
plus loin : Toici un accusé en cour d'assise
3ui s'obstine à se taire devant lés charges
'un délit ou d'un crime. En voici un autre
qui, accusé aussi, veut bien pafler, mais ne
sait qHliue langue étrangère ignorée des
juges et jurés. Dans tous ces cas nous serons
dans un embarras cruel pour assigner lés
motifs des actions. Et nous aurions la pré-
somption d'affirmer la nature du moteur
înterae chezdes animant, dont le plus parfait
est fort au-dessous même du saurage de
l'Àveyron T
Aussi les philosophes du siècle dernier
n'ont-ils pas balancé a accorder un langage
aux animaux. Mais leurs arguments et leurs
essais dans ce genre n*ont jamais remonté
au-dessus du pur badinage. Dupont de Ne-
mours et Bougeant ont traduit la langue des
singes, des rossignols et même la pantomime
des araignées, oonmid on vient de la refaire
pour celle des amours de je ne sais quel
petit poisson. Mais on comprend que les
animaux, principaux intéressés , devraient,
une fois au moins , certifier l'exactitude des
textes et de la traduction. Un texte plus
connu et non moins controversable est le
gloussement de la poule à ses poussins.
« Dans ce cas, ditK>n, l'animal a montré dans
sa conduite une iiiteiition,unbut,desmoyens,
et , par conséquent , un raisonnement «t de
rintelligence. Ses cris sont donc un véritable
langage , des sons spéciaux avec une signi-
fication arrêtée, dont la valeur a été connue
de ceux qui en ont proflté. »
Or il est certain que la poule aura le
même gloussement si elle est sortie d'un œuf
éclos au four , loin de la mère de ce même
œuf. Le gloussement est le même par toute
la terre ; comme le chant du rossignol, qui,
lui aussi , se devine tout d'un coup et sans
professeur. Il n'a pas été arbitrairement
inventé ou modifié comme les langues hu-
maines. Quant aux intentions , au but , au
raisonnement apparent , voici d'autres faits
pareils : l'enfant vagit, et par là fait venir sa
nourrice, qui le nettoie, 1 emmarllotte et lui
donne le sein. Le vagissement signifierait
donc : je veux être nettoyé, emmaillotté ,
allaité? La plante pousse une racine dans
une bonne veine de terre, s'élioleens'allon-
geant vers le soleil ; les molécules pierrmi-
ses se groupent en cristal régulier ; voilà
bien des actes utiles dirigés vers un but par
une série de mouvements qui paraissci.t ,
calculés.... Oui, mais par les grands incon- *
nus appelés instinct , force physiologique , '•
force d'aflSnité 1 Tout celant pas l'Ame
humaine, et, encore une fois, il faudrait que
le cristal , la plante , l'enfant vagissant , la
poule gloussante, l'éléphant guèbre prisser:t
notre propre langage pour que nous eussiot s
le droit d'affirmer touchant leur mmeur
interne, ce que nous alTirmons âur le nôtre
m
AME
D'ANTHROroiiOGI£
AME
I7t
à savirir : une âme peiuanle» dont le langage»
le logos» est à la fois rinstrumeat et le S]^e«
LlMMame » privé de la langae ordlDaure »
sait en fabriquer bienidt une pour se$
besoins. Il établit relation arec ses sembla-
Mes par des bruits , des mouvements , des
lamières , par la télégraphie , la pantomime
auxquelles il confie sa propre pensée. Qu est-
ce donc qui empêcherait les animaux supé-
rteors d'apprendre notre langue ou de noos
oommuniqner la leur ; de s'en créer une
autre eo cas de besoin argent , si vraiment
les animaux avaientun logos» c'est-ànlire un
priucipe pensant pareil au nôtre avec sa
manifestation» son é voluticm et son échange?
Vmiogig ( absence de logos ) » le mntisme»
voilà ce QUI sépare absolument tous les ani-
maux de l'homme. Un lan^e» une pensée,
ufle Ame immortelle , voilà ce qui élève
IlMMnme au-dessus de tous les animaux pour
le rapprocher de Dieu.
AMÉRICAINS» INDIENS D'ASIÉRIQUE»
RACE ROCGE « etc. Les aborigènes de i*A-
mériqoe sont considérés généralement
comme formant dans la Camillo humaine
une division très-diclinete de celle des ha-
bitants de l'ancien monde. L*isolement de ce
continent qui ne touche par ancun point
aax terres de Tancien monde » Tépoque (ar-
dîre à laquelle il a été connu , Tabsence
de toute communication entre ses habitants
et le reste des nations du globe sont des
circonstances qui ont dû contribuer à faire
adopter sans trop d*examen cette opinion.
Les nations américaines» considérées
dans leur ensemble » ne présentent pas » à
beaucoup près» autant d*uniformîté». au-
tant de ressemblance» au moral et au phy-
sii{ne» qu*on le croit communément» *et
la ligne de démar^-ation entre elles et les
autres branches de Tcspèce humaine n'est
pas si fortement accusée ni si distincte qu on
Ta iNen voulu dire. Toutefois» il faut con-
venir qu'il y a certains caractères qui sont
communs è^toutes ces nations ou à presque
toutes; qu'il existe pour elles» sinon des
preuves» du moins de fortes indications
<]*nne origine commune» ou d'une très-an-
cienne parenté; enfin» que» lorsque nous
considérons l'ensemble des peuples du nou-
veau monde» la nature humaine se montre à
nous sous nnaspec't particulier. En comparant
entre elles les nations américaines» nous
trouvons» je le répète» des motifs pour
croire qu'elles ont dû former» depuis les
premiers âges du monde» un grou|)e déta-
ché ; nous ne devons pas par conséquent
nous attendre à ce que les recherches entre-
prises dans le but de découvrir les relations
entre ces peuples et le reste du genre
bamain» nous conduisent jamais à la preuve
qu^ils tirent leur ori^ne de telle tribu ou
de telle nation particulière du vieux conti-
nent; leur existence, comme race distincte.
et isolés, date probablement de cette épo-
que si ancienne où les habitants de l'an-
cien monde se séparèrent en diverses na-
iiS) Cmtmlotfo ddU lingue, dd abbalc HnvAS.
lions» et où chaoue branche delà fiunille
humaine prit un langage et une individha-
lité propres.
Les traits qui servent à caractériser les
nations américaines pris collectivement,
ne sont pas » comme je Tai dit, aussi appa-
rents que quelques personnes le supposent.
Ces nations sont désistées fréquemment
sous le nom de Peaux-Rouges ; mais d*une
part, il y a en Afrique et dans la Poly-
nésie des tribus également rouges, et qui
même méritent peut-être encore mieux
cette épithète ; d*un autre, les Américains
ne nous offrent pas tous cette teinte dite
« ronge j» c'est-4i-dire cuivrée. Quelques
tribus sont aussi blanches que beaucoup de
nations européennes ; d'autres sont brunes
ou jaunes; d'autres sont noires, car les
voyageurs les dépeignent comme ressem-
blant beaucoup par la couleur aux nègres
d'Alrique. Certains anatomistes ont distin-
gué dans les crânes humains ce qu'ils ap-
j>ellent la forme américaine ; c'est une dis-
tinction qui n'est pas admissible , une
généralisation erronée, à laquelle ils sont
arrivés en considérant comme universels
les caractères fortement prononcés que leur
présentent quelques tnbus particulières.
Les nations américaines sont réfiau^ues sur
une immense étendue de pays , habitent
dans des climats très-diflérents, et la forme
de leur tète diffère suivant les lieux. Ajou-
tons que, de même qu'on ne peut trouver
dans leur conformation corporelle aucun
caractère physique qui leur soit commun à
toutes» on ne peut non plus tirer de leur
genre de vie un caractère ethnologique qui
soit général. Tous les naturels de I Améri-
que ne sont pas chasseurs : il y a parmi eux
beaucoup de tribus de pêcheurs ; il y a des
tribus nomades ; d autres qui s'appliquent
à la culture de la terre et qui ont des de-
meures fixes. Une partie de ces peuples
étaient agriculteurs avant l'arrivée des Eu-
ropéens ; d'autres ont appris de leurs vain-
queurs à labourer la terre et ont changé
les anciennes habitudes de leur race» ce
qui prouve que ces habitudes n'étaient pas
un résultat nécessaire de leur organisation»
ou celui d'un penchant instinctif» inné et
irrésistible. Si donc nous voulons nous faire
une juste idée des particularités caractéris-
tiques qui forment réellement le lien d'u-
nion entre les races américaines » et les
constituent en un groupe bien distinct» nous
ne ponvons nous contenter d'un coup<l'œil
superficiel, et il est nécessaire que nous
entrions profondément dans la question.
La preuve la plus décisive» la plus clai-
rement marquée d'une parenté entre ces
nations se trouve dans la structure carac-
téristique de leurs langages. C est un sujet
sur lequel les travaux des pliilologucs, sur-
tout ceux des phiiolo^es Américains , ont
jeté depuis quelques années beaucoup de
jour. A la vérité , Hervas avait déjà réuni
dans ce but quelques matériaux (46) , mais
179
AME
DiCTtOiNNAlRE
AME
iflu
le docteur Smith-Barlon , de Philadelphie ,
esi réellement le premier qui ait fait une
tentative sérieuse de classification pour les
langues de rAmérigue du Nord ; deHumboldt
et Vater ont continué son œuvre sur une
plus grande échelle et avec de beaucoup plus
amples ressources; toutefois, c*est à M. du
Ponceau que nous devons les éclaircisse-
ments les plus importants (kl). L*histoire
de la philologie américaine est un sujet
beaucoup trop étendu pour que nous le
fassions entrer dans cet ouvrage, et nous
devons nous contenter d'en exposer le ré-
sultat général , résultat qui , ainsi que le
remarque le célèbre voyageur, M. de Hum-
boldt, est un fait de la plus grande impor-
tance pour l'histoire du genre humain.
ff En Amérique, dit M. de Humboldt, de-
puis le pays des Esquimaux jusqu'aux rives
de rOrénoque, et depuis ces rives brûlantes
jusqu'aux glaces du détroit de Magellan, les
langues mères, entièrement différentes par
leurs racines, ont, pour ainsi dire, une même
Î)hysionomie. On reconnaît des analogies
rappantes de structure grammaticale , non-
seulement dans les langues perfectionnées,
comme la langue de l'inca, l'aymara, le gua-
rani, le mexicain et le cora, mais aussi dans
des langues extrêmement grossières. Des
idiomes dont les racines ne se ressemblent
pas plus que les racines du slave et du bas-
c[ue, ont des ressemblances de mécanisme
intérieur qu'on trouve dans le sanscrit , le
persan, le grec et les lances germaniques. »
Ces remarques que faisait, il y a bien des
années, M. de Humboldt, ont été confirmées
par des recherches plus étendues, dont la
conclusion est présentée par M. Gallatin,
dans les termes suivants :
ff Au milieu de la grande diversité que
présentent les langues américaines, quand
on les envisage seulement sous le rapport
l'e leurs vocabulaires , il existe entre elles ,
relativement à la structure et aux formes
grammaticales, une ressemblance qui a été
aperçue et signalée par les philologues amé-
ricains. Le résultat de leurs recherches pa-
raît conûrmer Topinion déjà soutenue par
MM. du Ponceau, Pickeriiig et autres écri-
vains, savoir, que les langues parlées en
Amérique, non-seulement par nos Indiens ,
mais encore par toutes les peuplades indi-
gènes que Ton rencontre depuis l'océan Arc-
tique jusqu'au cap Horn, ont un certain ca-
chet qui leur est commun h toutes, et qui ne
{)ermet pas de les assimiler à aucune des
angues connues de l'ancien continent (^8). »
On remarquera que les idiomes des Es-
quimaux se trouvent ici compris dans la
classe des langues américaines , et c'est en
effet l'opinion à laquelle se sont arrêtés,
après un mûr examen, M. du Ponceau et
plusieurs autres écrivains qui se sont occu-
pés de la question. Les Esquimaux doivent
tlonc être compris dans la catégorie des na-
(47) Les sayants ouvrages de MM. Pickernig et
Gallatin ont apporté de grands secours à relbiiogra-
pliic américaine.
tions parmi lesquelles fut originellement
répandue la forme ancienne de lances pro-
1>res au nouveau monde. Us appartiennent à
a souche américaine, auoique différant par
plusieurs caractères tres-saillants de la ma-
jorité des autres tribus. Du reste, ils ne
sont pas les seules nations du nouveau
monde qui présentent de pareils exemples
de déviations.
H y a des conclusions tirées par la science
ethnographique de l'observation de phéno-
mènes, tant généraux que locaux , qui ont
complètement renversé toutes les difficultés
provenant de la multiplicité des langues
américaines. Et d'abord l'examen de la struc-
ture commune à toutes les langues améri-
caines ne permet plus de douter c[u'ellcs
ne forment toutes une famille individuelle,
tissu serré fortement dans toutes ses parties
par le plus essentiel de tous les fils, 1 analo-
gie grammaticale. Cette analogie n'est pas
d'une espèce vague et indéfinie, mais com-
plexe au plus haut deçré , et affectant les
parties les plus nécessaires et "les plus élé-
mentaires de la grammaire; car elle consiste
spécialement en des méthodes particulières
de modifier, en forme de conjugaison, le
sens et les rapports des verbes par l'insertion
des syllabes, et cette forme a engagé M. de
Humboldt à donner aux langues américai-
nes un nom de famille , indiquant qu'elles
forment leurs conjugaisons par ce qu'il ap-
pelait Tagfflutination. Cette analogie n'est
pas partielle, mais elle s*étend sur les deux
Srandes divisions du nouveau monde , et
onne un air de famille aux langues parlées
sous la zone torride et au pôle arctique, im
les tribus les plus sauvages et les peuples
les plus civilisés. Cette merveilleuse unifor-
mité^ dit un écrivain, dans la manière parti-
culière de former les conjugaisons des verbes^
depuis une extrémité de l'Amérique jusque
Vautre , favorise singulièrement (hypothèse
cfun peuple primitif qui aurait formé la soU"
che commune des nations indigènes de V Amé-
rique (49). Suivant la remarque d'un autre,
la conclusion la plus naturelle que l'on
puisse tirer en voyant une affinité si extraor-
dinaire entre des langues séparées par tant
de centaines de lieues, c'est que toutes ont
rayonné d'un centre commun de civilisa-
tion (50).
Secondement, plus on donne d'attention
à l'étude des langues américaines, plus on
les trouve soumises aux lois des autres fa-
milles; ainsi, par exemple, cette grande
famille tend chaque jour a se subdiviser en
larges groupes d idiomes, ayant entre eux
des affinités plus étroites qu'avec la grande
division, dont, à leur tour, ils fornnent une
Eartie. Les missionnaires avaient de bonne
eure observé que certaines lances ik)U-
vaient être considérées comme la clef des
autres dialectes, en sorte que celui qui les
possédait apprenait très - facilement les
(i8) Arckœologia Americana^ vol. IL
(49) Malte-Brun, p. 217; p. 2i5.
(50) Vater, p. Ôi9.
Ht
AME
DANTffilOPOljOCiC.
AME
autres. Cette remarqae a été qnelqae part
faite par Henras, et les recherches subsé-
<{ueote$ l'ont pleinement confirmée. Aussi
Kallii^ dans son tableau des langues amérî-
ricaines, a-t-îl pu les diriser en certaines
{grandes provinces Y ayant cbârune de nom-
breuses dépendances.
Voilà donc I objection contre Fnniié des
nations américaines, que l'on tirait de la
multitude de leurs langues, résolue d*une
Hianière satisfaisante par Téludc même qui
Tavait fournie; et en même temps disparaît
la difikulté de rattacher ces peuples h la
v>uche commune des habitants de Tancien
monde. Mais la collection et la comparaison
lies faits liés aux recherches linguistiques
ont conduit à un autre résultat non moins
Siiitislidsant ; car tous remarquerez qull nous
f*<le encore à expliquer la dissemblance des
f!ialectes parlés par des nations ou des tribus
limitrophes, et composées d*un petit nombre
fi'iodÎTidus. Or il a été observé que ce plié-
ni»fKène n*est nullement particulier à FAmé-
rique^ mais commun à tous les pavs non
civilisés. Si nous n'avions d^autre critérium
lie funité d*orîginc oue le langage, nous
1 Mourrions peut-être éprouver quelque em-
barras sur ce point. Mais une autre science,
la cràniologie, confirme puissamment les
cf>aclusions oue je tire, et peut établir des
caractères à raide desquels les connexions
lie tribus formant une race unique sont
aisément déterminées. Nous observerons que
clans des cas où Ton ne peut douter de l'unité
orî^naire de certaines bordes sauvages, il
s'P'M formé cependant parmi elles une va-
riété de dialectes infinie; qu'on nV peut
(lé-^oQvrir que peu ou noint d'adinité ; et de
la nous tirons cette rè^^e : que l'étal sauva.:xe
en isolant les familles et les tribus, et en
Armant le bras de chacun contre ses voisins,
a une influence essentiellement contraire à
tfHites les tendances de la civilisation , qui
rapprochent et unissent. Cet état introduit
fi»-'essairement une diversité jalouse, lïes
i Jomes inintelligibles, des jargons qui assu-
ré nt l'indépendance des ditîérentes hordes.
Nalle part cette puissance de désunion n'a
é*é plus atcentiveraent observée que dans
UfS tribus de la Polynésie.
Les PapouM ou nègres orientaur^ dit le doc-
teur Levden, sembieni tous divisés en petits
Etais^ ou plutôt en petites sociétés^ qui nont
fj i^ irès-peu de rapport ensemble. De là leur
f'jn^fageest brisé en une muttitude de dialectes
qtti^à la longue^ par séparation^ par accident^
f II par corruption orate^ ont presque perdu
tiute ressemblance (51). Les langues^ dit
M- Crawford, suivent la même marche; dans
Céiat sauvage elles sont très - nombreuses ;
f^^ms la société perfectionnée elles le sont peu,
ISétat des langues sur le continent américain^
fo tmit une preuve convaincante de ce fait^ et
il Ht se manifeste pas avec moins dCindépen-
dance dans les îles de F océan indien. Les races
nègres qui habitent les montagnes de la pénin--
suie malaise^ dans Fêtai de la dégradation la
plus profonde^ quoiquelles soient três-pem
nombreuses^ sont divisées en une três^ande
quantité de tribus distinctes ^ parlant aulani
de langues différentes. Parmi la population
éparse et grossière de File de Timor j on croit
quit ny a pas moins de quarante langues
parlées, Iktns les Iles de Ende et de FlorCj on
trouve aussi une muttitude dCidiomes^ et par^
mi la population cannibale de Bornéo, il est
probable qu*on en parle plusieurs centai-
nés (o£). Les mêmes faits s'observent chez
les tribus de l'Australie, qui appartiennent
à la même race; quand on examine les listes
des mots i^articuliers à chaque tribu, que le
capitaine King nous a donnée (53), la plus
grande dissemblance existe entre eux. Quel-
3ues-nns, cependant, comme les équivalents
u mot <Ei7, se retrouvent dans tous ces dia-
lectes, et il arrive aussi, comme dans les
mots qui signifient chevelure, que des tribus
en contact immédiat dilTèrent essentielle-
ment, tandis qu on les trouve en acconi avee
celles d'Iles fort éloignées. Or, si ces causes
agissent ainsi ailleurs, elles doivent être bien
(>Tus puissantes en Amérique; car là, comme
'a très-bien observé de Humboldt, la configura
ration du sol, la vigueur df la végétation, ta
crainte quant les montagnards, sous les tropi»
ques, de s'exposer à la chaleur brûlante des
plaines, sont des obstacles à la eommunication-
et contribuent à F étonnante variété de dialectes
américains! Cette variété, comme on Fa observé,
est plus restreinte dans les savanes et les
forêts du nord, qui sont aisément traversées
par le chasseur, sur les bords des grandes ri^
vières, le long des côtes de FOcéan et dans
les contrées où les Incas avaient établi leur
théocratie par la force des armes {5V).
Ainsi donc, je |>en5eque dans celle bran-
che lie ses recherches, rclhnographie a fait
son devoir, en reluisant d'aboni le nombre
immense des dialeries américains à uno
seule famille, et en expliquant |iar l'analogie
leur extraordinaire mullipliciié.
Oulre les ressemblances dans le caractère
général de leurs îançues, les nalions améri-
caines offrent dans leur étal social el leur
condition morale, divers traits communs
qui indiquent enlre elles une sorte de p%-
renlét el qui servent à les distinguer des
races de l'ancien monde.
Ces deux ordres de faits extrêmemcni re-
marquables ont été diversement înter| ré-
lés; mais, quelle que soit Thypoibè^c qn on
adopte relativement h leur naturu et à leur
cause, l'impression qu'ils pio luisent e^t
toujours la même: c'est de nous iJoniier uns
haute idée de rantiquité de la rare améri-
caine, de reculer très-loin dans les temi^
répoqueà laquelle ellei'c>lsé|*arée «lu reste
de Tespècc humaine. Un savant et im^cnieux
<5I Recherches msiaUques, vol. X, p. iOL WeUeru coasU of Amsttahm. I^ndon, t8î6, vd. il.
|.^i» HUoire des indiens de VArcbïpet , vol. II, Apiicml. ,. . .. , ... ,.
j.j;;. 79. ('»4) KMfs ift-i toraillnci, vi.|. I-, pag. 1 1-
i3) Ssrratite ofasurreif of the iêiUrirùpUal and
483
AME
DiCTIONiNAmE
AMB
m
écrivain qui a fait une étude attentive du
caractère des Américains aborigènes, et qui
a su profiter habilement des fticilités toutes
particulières qu'il avait pour acquérir sur ce
sujet d*amp1e5 renseignements, a été amené
à penser que Tétat de barbarie dans lequel
nous voyons les nations du nouveau monde»
n'est pas leur état primitif; que ces nations
ne doivent point être considérées comme
conservant jusqu'à ce jour, la simplicité
originelle aune nature inculte; mais au
contraire comme nous offrant les restes
d'une race qui a été anciennement assez
haut placée dans Téchelle de la civilisation,
et qui, tombée aujourd'hui au dernier de-
f;ré de décrépitude , est pour ainsi dire sur
e point de s éteindre.
Le docteur Martins a observé, parmi plu-
sieurs tribus américaines, des traces a'an-
ciennes institutions, qui semblent n'avoir
pu nattre qu'au milieu d'une civilisation
assez avancée, qui indiquent un état social
fort éloigné de la simplicité primitive : ainsi
il trouve des formes très -complexes de
gouvernement, des monarchies, qui ne sont
{>as de purs despotismes, des ordres privi-
é^iés, des cérémonies d'investiture pour
certaines dignités, une ordination sacerdo-
tale , un corps de lois bien lié dans toutes
ses parties, régissant le mariage, les héri-
tages, les relations de parenté; bien d'autres
coutumes enfin , gui ne contrastent pas
moins que celles-ci avec les habitudes sim-
ples et irréfléchies des nations restées tou-
jours étrangères à la civilisation (55).
Le langage de ces nations, ainsi que le
remarque le savant voyageur, abonde en
expressions qui indiauent une certaine Âi-
muiaritéavec lesconailions métaphysiques,
les conceptionsabstraites.Leurs croyances re-
lativement à un état futur, à la nature et
aux attributs des agents invisibles, diffèrent
d'une manière frappante de celles des na-
tions qui ne sont jamais sorties de la bar-
barie primitive. Un autre fait qui, ainsi que
le remarque M. Martins, tend a nous connr-
mer dans l'opinion que les naturels du
nouveau monde sont déchus d'un état de
civilisation plus avancée, c'est Vusa^e qu'ils
ont, de temps immémorial, de certains ani-
maux domestiques, de certaines plantes cul-
tivées, et l'idée qu'ils se font des moyens
par lesquels ils sont venus origiuairement
en possession de ces biens. L'économie ru-
rale de l'ancien continent a ses espèces ani-
males et végétales qui lui sont particulières;
celle du nouveau monde a également les
siennes qui diffèrent complètement des pre-
mières. — Nous ne savons pas dans notre
vieux monde, quels sont les types primitifs
de nos chevaux, de nos chiens, de nos bètes
à corne et des diverses espèces de céréales
que nous cultivons ; les nations américaines
sont également hors d'état de nous appren-
dre quelle est la souche sauvage du chien
muet des Mexicains, du llama, de la racine
de manioc, du mais et du quinoa.
(55) Mart|]«9 , Vber die Verganaenheit nnd die
Zukunft der AmericaHischen Mcnschheit,
Nous voyons figurer dans los traditions de
l'ancien monde, certains êtres mylhologi-
Îues bienfaiteurs de rhumanité, Céres,
riptolème, Bacchus, Pallas et Poséidon, à
qui l'on doit le blé, le vin, l'olivier sacré et
le cheval ; et nous en inférons que toutes ces
choses ont été connues parmi nous dès l'an-
tiquité la plus reculée. De même, chez les
Américains, la tradition attribue la connais-
sance des plantes cultivées, des animaux
domestiques et l'art du labourage, h quel-
3ue personnage fabuleux qui descendait
es dieux, ou qui était apparu soudainement
au milieu de leurs ancêtres : tels sont le
Manco-Capac des Péruviens, le Xolotl etlo
Xiuhtlatodes Toltèqueset des Chichimecas.
Maintenant,quana nous voyons les premiè-
res conquêtes faites sur la nature , les arts,
qui sont le résultat le plus simple d*un com-
mencement de civilisation et qui appartien-
nent nécessairement à la première enfanco
des sociétés, attribués à certains personna-
Îfes dont l'histoire est conservée dans des
égendes mythiques , et que nous trouvons
ces légendes différentes pour chacune des
grandes divisions du genre humain , nous
sommes nécessairement portés à faire remon-
ter jusqu'aux premiers âges du monde l'é-
poque de leur séparation.
Enân,comme preuves matérielles à l'appui
de rhvpothèse du docteur Martins » on peut
citer les restes anciens de sculpture et d'ar-
chitecture répandus dans le Mexique , le
Yucatan et le Chiapa , dans la haute plaine
de Quito et dans d'autres parties de 1 Amé-
rique méridionale, ainsi que les grands ou-
vrages d'art, tels que les fortifications et les
vestiges de temples ou de palais, découverts
tant dans Tenessi que dans l'intérieur du
Nouveau Mexique» non loin de la rivière de
Gila.
Si nous interrogeons les traditions des
Américains eux-mêmes, nous trouvons que
ces traditiuns nous les représentent comme
un peuple émigrant et descendant du noni-
ouest vers le sud. Les Toltèques , puis les
Sept-Tribus, comme on le sappelle, les Che-
chenecks et les Aztèques sont tous repré-
sentés dans l'histoire mexicaine comme des
nations successives , araivant dans l'Ana-
huac ou Mexique. Dans les peintures hiéro-
glyphiques représentant les migrations de
ce dernier peuple , on le voit , selon Bortu-
rini , traversant la mer , .probablement le
golfe de Californie, circonstance aui ne peut
laisser de doute sur la route qu il suivait.
Ces traditions racontent, en outre, Farrivéc
d'une colonie plus récente, qui avança gra^i-
dement la civilisation de ces contrées. Manco-
Capac est le plus célèbre de ces colons ,
comme étant lé fondateur de la dynastie et
de la religion des Incas. Un écrivain d'ima-
gination a basé sur cette circonstance et
construit une histoire complète d'une con-
quête du Pérou et du Mexique par les Mon-
sols (56). 11 suppose que Manccn-Capac était
le fils de Kublaï , empereur Mongol , petit-
(56) Recherchet historiaues de Hankina sur la con-
quête du Pérou et du Me^ciquCt etc., aan$ U iiif
AME
D'ANTUROPOLOGie.
AMfi
iSt
fils de Qeogis-Kban, qui fui enroyi par son
père avec «ine flotte considérable contre le
Japoo. Cne tempête dispersa la flotte , au
point qu^elle ne put re;;agner son pays , et
œi auteur imagine qu elle fut jetée sûr les
eûtes de TAmérique , où son commandant
s'établit comme chef. Quelque ingénieuse
et même {urobahile que puisse être cette
eonje«-ture , les preuves que Ton fournit
pour rétablir ne sont nullement satisfaisan-
tes. Beaucoup d*analogies peuvent sans
docte exister entre les Péruviens et les
llon^Is t mais on peut facilement les faire
Tenir d*autres sources. Toutefois les don-
nées dironologiques , la nature de la reli-
gion qu*ils établirent et les monuments
qa*ils érigèrent ne permettent pas de dou-
ter que le Tliibet ou la Tartarie ne fussent
la partie originaire de Témigralion deManco-
Caipac. Secondement , la computation du
temps parmi les Américains présente une
eoîncîdence trop mar»|uée dans ur.e matière
de pur caprice, avec celle de TAsie orien-
tale , pour être purement accidentelle. La
dirisîon du temps en ^nds cycles d années,
subdivisées en portions plus petites dont
chacune porte un certain nom, est, sauf des
diflerences insi^ifiantes , le plan adopté
parmi les Chinois , les Japonais , les Kal-
moucksy les Monspls et les Mantchoux, aussi
bien que parmi les Toltèques, les Aztèques
et d^autres nations américaines. Le caractère
de leurs méthodes re^iectaves est précisé-
ment le même, surtout si Ton compare cel-
les des Mexicains et des Japonais. Mais une
comparaison du zodiaque , tel qu'il existe
chez les Thibétains , les Mongols et les Ja-
IMioais, avec les noms donnés par cette na-
tion américaine aux jours du mois, satisfera,
fe pense, les plus incrédules. Les signes
identiques sont : le ti^p^ le lièvre , le ser-
peot, !e singet le ehien, et un oiseau ; signes
dont aucune aptitude naturelle n*a pu évi-
demment suggérer (adoption sur les deux
continents. Cette étrange coïncidence est
encore complétée par le fait curieux que
plusieurs des signes mexicains , manquant
dansTle zodiacpie tartare , se retrouvent dans
les SkoBirashindouâ^ dans les positions exac-
tement correspomlantes. Et ces signes ne
sont pas moins arbitraires que les premiers ;
c'est une maison , une canne è sucre , un
couteau et trois empreintes de "pied. Mais
pcNir traiter convenablement ce sujet, il fau-
drait entrer dans des détails beaucoup plus
minutieux (57).
Enfin, si tout le reste nous manquait, les
traditions si claires conservées en traits pré-
ris et Tivantes parmi les Américains, snr
lliistoire primitive de Thomme , sur le dé-
In^ et la di5persion,sont si exactement con-
formes k celles de Tancien monde, qu'elles
rendent impossible toute hésitation sur leur
I^ood., 1927.
(57) Fi>f . ks pbndies comparatÎTes, etc^ dans
le vol. n des Taes des Cordillères.
(58i De HcKBOiDT, Vues its Co:dil!fre%, îhit'..
origine. Les Aztèques, les Mittèques,les Fias-
caltèques etd autres nations avaientdespein-
tures innombrables de ces derniers événe-
ments. Tezpi ou Coxcox, comme on appelle le
Noé américain, est peint dans une anrhe flot-
tante sûr les eaux, et avec lui sa femme, ses
enfimts, plusieurs animaux et diOérentes es-
pèces de grains. Quand les eaux se retirè-
rent, Tezi>i envoja un vautour qui, trouvant
à se nourrir sur les corps des animaux novés,
ne revint ftas. L'expérience n'ayant *pas
mieux réussi avec plusieurs autres oiseaux,
Toiseau-mouche revint à la fin, portant une
branche verte dans son bec. Dans les mê-
mes peintures hiéroglyphiques , la disper-
sion de rhumanité est ainsi représentée.
Les premiers hommes après le déluge
étaient muets ; et on voit une colombe per-
chée sur un arbre leur donner des langues
à tous ; la conséquence de cela fut que les
familles au nombre de quinze se dispersè-
rent en différentes directions (38). Cette
^x)încidence, qui me rappelle que je me suis
encore laissé aller à une digression , suffi-
rait à elle seule pour établir une chaîne
étroite de connexion entre les peuples des
deux continents. Mais , dans le fait, si nouH
breuses, si eitraorJinaires et si minutieuses
^nt les ressemblances entre les trmlitions de
Tun et de Tautre monde, que dans un ou»
yrage dont je dois dire quelques mots, on a
inséré deux longues et savantes dissertations
pour prouver que les J uifs d*abord et des chré*
tiens ensuite ont colonisé TAmérique (S9).
L'ouvrage auquel je fais allusion est la
collection vraiment royale des monuments
inexicains , publiés par Lonl Ringboroug^ ;
c'est un tr^r de matériaux pour ceux qui
se consacrent à cette étude. Il semble im-
possible de parcourir ces magnifiques vo-
lumes sans être frappé des caractères va-
riés de Tart qui y est déployé. Les figures
hiéroglyphiques représentant la forme hu-
maine, dans des proportions ramassées ou
difformes, n'ont nen de commun avec les
reliefs sculptés. Ici nous trouvons de gran-
des figures posées dans des attitudes guer-
rières; là, des femmes assises les jambes
croisées sur des monstres à double tète, avec
leurs enfants dans leurs bras, leur cou orné
de colliers de perles , leur tête couronnée
d'une coiffure conique et quelquefois en
forme d'animaux; ailleurs nons trouvons la
tortue , Temblèmc sacré de llnde ; dans un
autre endroit , nous voyons le serpent se
roulant autour d*un arbre , ou des hommes
près d*être dévorés par des monstres infor-
mes ; en sorte qu'on s'imagine examiner les
sculptures de quelque caverne indienne ou
d'une ancienne pagode (W) , et j'ajouterai
que le type physionomiquei. ans ces sculptu-
res n'est nullement américain, mais rappelle
vivement à Tesprit 1 ancienne manière in-
J59) Us AmiiquiUs mejncaines^ publiées par AcLio,
. VI, pag. ^32-409, et 409-420.
(60) V^. le vol. IV, part, i", ûf^. 20, 36, 27, 2S,
32; Spécimen de scolplare nH^ifaine , ea b pos-
sessioB de M. Latoar-Albrd, à Paris, fig. 1 5, part, h
ig. 8
IB7
AME
DIGT.ONNÂIRE
AME
188
ditfnne. Enfin nous avons une autre classe
de monumenU également distincte et qui
semble s'harmoniser avec l'art égyptien :
ce sont des pyramides construites' sur le
même modèle et en apparence pour le même
but ; ce sont des figures serrées dans leurs
vêtements, de manière à ne laisser paraître
que les pieJs en bas, et les mains de chaque
côté, comme dans les statues égyptiennes;
tandis que la coiffure entoure la tête et des-
cend de chaque côté en poussant en avant
u'énormes oreilles ; puis d'autres figures
agenouillées où cette toilette est encore
plus marquée; en sorte qu'elles pourraient,
comme la observé E. G. Visconli, avoir été
copiées sur le portique de Dendorah , dont
les chapiteaux leur ressemblent exactement.
Dans les figures de cette classe , la physio-
nomie n'est nullement la même que dans la
l)r3mière, mais d'un caractère qui convient
mieux au style de l'art (61).
Qui nous résoudra cette énigme , et nous
dira si ces ressemblances sont accidentelles
ou si elles ont été produites par quelque
communication actuelle? Assurément cest
encore là une terre mystérieuse , envelop-
pée de nuages, et il faudra encore bien des
études pour éclaircir des anomalies , récon-
cilier des contradictions et placer nos con-
naissances sur une base plus solide. Nous
ne pouvons même surmonter les diflicultés
de ce genre qui se rapprochent le plus de
notre temps; nous ne pouvons , par exem-
ple, expliquer comment, ainsi gue Muratori
l'a prouvé, le bois du Brésil était au nombre
des marchandises payant entrée aux portes
de Modène en 1306; ou comment la carte
d'Andréa Brianco, conservée dans la biblio-
thèque de Saint-Marc, à Venise , et faite en
1436 , a pu placer une île dans l'Atlantique
avec le nom même de Brasile. Combien
plus de diflicultés ne devons-nous pas ren-
contrer , quand nous essayons de dénouer
l.»s nœuds compliqués de l'histoire primi-
tive, ou de reconstruire les annales des an-
ciens temps, avec quelques débris de monu-
ments!
Soit que nous adoptions Topinion de
M. Marlins et que nous considérions avec
lui les nations américaines comme tombées
d'un haut état de culture intellectuelle dans
leur état présent de barbarie, soit que nous
essayions de trouver une autre explication
pour les phénomènes qui ont conduit le sa-
vant'Bavarois à cette supposition, nous de-
vons reconnaître qu'il y a dans Thistoire
morale et intellectuelle des tribus indigènes
de l'Amérique plusieurs traits qui servent à
les distinzuer, et qui leur donnent (du moins
à la grande inajorité de la race) un caractère
national (X)mmun. Leurs langues, par ce ca-
chet auquel nous avons déjà fait allusion,
indiquent peut-être plus d'habitude de ré-
flexion, plus de capacité ppur l'observation
des vrais rapports que les idiomes grossiers
de plusieurs races de l'ancien continent.
Les coutumes et les institutions nationales et
beaucoup d autres traits auxquels M. Martm^
a attaché tant d'importance, s'ils ne suffisent
pas pour établir complètement son hypothèse,
prouvent du moins des habitudes de médita-
tion, un développement de la pensée et une
culture de l'esfirit qui indiquent un étattrès-
différent de celui des sauvages en général.
Mous pouvons, en outre, observer chez les
Américains quelques caractères moraux qui
servent de même à les distinguer : une cer-
taine vigueur, une certaine énergie de ca-
ractère sont , dit-on , unies chez eux à une
tendance à la cruauté et à un esprit de ven-
geance. Les affections sociales paraissent
avoir moins d'influence sur eux que sur la
plupart des autres races humaines : les Bé-
douins des déser!s de l'Arabie sont cruels et
vindicatifs sans doute, mais leurs mauvaises
passions exercent sur eux une influence plus
passagère que la sombre méchanceté des
Américains. Le contraste entre les nomades
de l'Asie et de l'Amérique est frappant en
plusieurs points ; il a été tracé par un des
plus éloquents écrivains de notre époque,
M. de Chateaubriand, qui avait eu occasion
d'observer les deux races dans leurs solitudes
natales. Dans la citation que je vais faire de
ce passage, mes lecteurs remarqueront peut-
être avec intérêt la différence des conclu-
sions auxquelles sont parvenus, en méditant
sur les mêmes faits, le naturaliste allemand
et le poète français.
« Ce qui distingue surtout, dit M. de Cha-
teaubriand , les Arabes des peuples du nou-
veau monde , c'est qu'à travers la rudesse
des premiers, on sent pourtant quelque
chose de délicat dans leurs moours : on sent
qu'ils sont nés dans cet Orient, d'où sont
sortis tous les arts, toutes les sciences, tou-
tes les relisions. Caché aux extrémités de
l'Occident, dans un canton détourné de l'uni-
vers, le Canadien habite des vallées ombra-
gées par des forêts éternelles et arrosées par
des fleuves immenses ; l'Arabe, pour ainsi
dire jeté sur le grand chemin du monde, en-
tre l'Afrique et "Asie, erre dans les brillan-
tes régions de l'Aurore, sur un sol sans ar-
bres et sans eau. 11 faut, parmi les tribus des
descendants d'Ismaël, des maîtres, des ser-
viteurs, des animaux domestiques, une li'
berté soumise à des lois. Chez les hordes
américaines, l'homme est encore tout seul
avec sa fière et cruelle indépendance : au
lieu de la couverture de laine , il a la peau
d'ours ; au lieu de la lance, la flèche ; au lieu
du poignard, la massue ; il ne connatt point
et il dédaignerait la datte, la pastèque, le lait
du chameau : il veut h ses festins de la chair
et du sang. Il n'a point tissu le poil de chè-
vre pour se mettre à l'abri sous des tentes:
l'orme tombé de vétusté fournit l'écorce à sa
hutte. Il n'a point dompté le cheval pour
suivre la gazelle, il prend lui-même 1 ori-
gnal à la course. Il ne tient point par son ori-
gine à de grandes nations civilisées; on ne
rencontre point le nom de ses ancêtres dans
les fastes des empires ; les contemporains de
(61) Voir le spédmcn de sculpture mexicaine,. p. I, fis- ' <*^ suiv., 48, £tc.
189
AlfE
DUMTHROrOLOGIE.
A1IE
no
aîeui sont de Tîeux cbénes encore ûef^ouL
Mcifanments de la nature» et non de This-
loire^ les tombeaui de ses pères s^élèvent in-
eonnos dans les forêts ignorées. En an mott
tout annonce chez rAméricain » le sauvage
qui n'est point encore jianrena à Tétat de
«dTÎlisation 9 tout indioue chez TArabe,
rhonnne dnlisé retombé dans Tétat sau-
rage (fâ). t
Quelques différentes que soient les con-
clusions auxquelles sont arrivés en définitive
les deui écrivains, il parait qu'ils ont par-
la ^ Fun et raatre, relativement aux traits
saillants du caractère américain, Fimpres-
$ion qu a produite, cbez tous les hommes ca-
pables de réfléchir, la contemplation des
loémes phénomènes ; tous ceux qui ont ob-
servé avec soin ces espèces de brutes que
Fon trouve encore dans quelques coins re-
culés de Fancien continent, ces sauvages stu-
pides, uniquement occupés du soin de satis-
faire leurs appétits grossiers et incapables de
fixer sur quelque autre chose que ce soit leur
attention, tous ceux, dis-je, qui ont observé
attentivement ces hommes et les ont com-
parésaux indigènes du nouveau monde, ont
été frappés de la supériorité des Américains
sous le rapport de fa profondeur et de l'é-
nergie des sentiments, de la vigueur de Ves-
prit, de Faptitude à la réflexion, du courage,
de la persévérance. Ce qui les a non moins
vivement frappé^ , c*est la taciturnité et le
défaut de sociabilité de ces hommes , Fab-
sence chez eux de presque tout sentiment
affectueux, Forgueil qui se montre aussi
bien dans leur affectation d'indifférence pour
les objets capables d'éveiller leur curiosité ,
que dans leur apparence d'insensibilité au
fuiliett des douleurs, la profondeur de leur
haine, Fardeur de leur soif de vengeance, là
dissimulation sous laquelle ils cachent leurs
projets infernaux, enfin toutes ces qualités
odieuses qui ont porté quelques personnes à
supposer que les descendants du premier
meurtrier étaient allés chercher un refuse
dans les sombres forêts de l'Amérique, loin
des veux des hommes, loin des êtres bien-
veillants.
La crdniologie des nations américaines a
lait tout d'un coup un pas immense, grâce
aux savants travaux du docteur Morton,dont
le magnifique ouvrage est bien connu de
tous ceux qui portent intérêt aux recherches
ethnolo^ques. Cet écrivain a observé beau-
coup de faits importants dont on ne pourra
dé^rmais se dispenser de tenir compte dans
l'histoire physique des races américaines
considérées chacune en particulier; mais les
types d'organisation aue présentent ces ra-
ces sont trop multiplies, et les traits qui pa-
raissent les distinguer, trop fugitifs ou trop
faiblement marqués pour servir de base à
nue distribution des indigènes du nouveau
monde en groupes ethnologiques. Je citerai
cependant , d'après Fouvrage du docteur
Morton, les résultats généraux de la compa-
(€2) Ulmêrmre de Parié à JérmsaUm.
(C3 Belathm é^un toff^ge de la mer du Sud aux
raison qu'il a laite des crânes américains
« Apres avoir examiné, dit cet écrivain,
un grand nombre de crânes, j'ai trouvé que
les nations situées à Fest des monts Aue-
ghanis et celles qui leur sont unies par des
nens de parente, ont la tête plus allongée
que les autres tribus américaines. Cette re-
maroue s'applique spécialement à la grande
soucne Lenapé, aux Iroquois et aux Chero-
kees. A l'ouest du Alississipi, nous retrou-
vons encore Fallon^ment de la tête chez
les Mandans, les Ricaras, les Assiniboines
et quelques autres tribus ; mais, même dans
ces cas, la troncature caractéristique de Fo«>
ciput est toujours plus ou moins apparente,
pendant que beaucoup de nations à l'est de«
montagnes Rocheuses, tels oue les Osages,
les Missouris, les Daeotas et plusieurs autres,
nous offrent cette forme arrondie de la tète
qui est si caractéristique de la race. La même
conformation est commune dans la Floride ;
mais quelques-unes de ces nations sont évi*
demment de famille Toltèque, comme Fat*
testent leurs caractères physiques aussi bien
que leurs traditions. Les têtes des Caraïbes,
tant des Antilles que de la terre ferme, sont
aussi naturellement arrondies, et , d'après
ce que nous avons pu faire d'observations,
ce caractère persiste chez des races plus mé«
ridionales encore, chez les nations situées à
Fest des Andes, chez les Patagons et chez
les tribus indigènes do Chili. Bref, Te dé-
faut de saillie de la portion occipitale du
crâne parait caractériser un nombre plus ou
moins ^and d'individus dans toutes les tri-
bus qui se rencontrent depuis la Terre de
feu jusqu'au Canada. Si nous examinons par
derrière les crânes américains, nous voyons
que le contour occipital est modérément
courbé extérieurement, qu'il s'aplatit vers
la protubérance occipitale et se renfle à par-
tir de ce point jusqu'à Fouverture de Fo-
reille. Des protubérances pariétales au ver-
tex, les parois crâniennes se rapprochent en
se courbant légèrement, de manière à donner
dans leur ensemble une surface conique ou
plutôt prismatique.
« M. de Humboldt a remarqué qu'il n'y a
sur tout le globe aucune race chez laquelle
l'os frontal soit aussi fuyant et le front aussi
petit; il faut observer cependant que le peu
de hauteur du front est, jusqu'à un certain
point, compensé par sa largeur qui est en
général considérable. Le front plat était con-
sidéré par un grand nombre de tribus comme
une beauté, et cette étrange idée est ce qui
a conduit principalement à l'habitude de
mouler la tète au moyen d'une compression
exercée dans l'enfance.
« Quoique les cavités orbitaires soient
grandes, les yeux eux-mêmes sont plus pe-
tits que ceux des Européens, et Frezier (63)
nous assure que les femmes puelches qu'il
vit au Chili les avaient d'une petitesse qui
les rendait complètement hideuses. Les yeux
sont profondément enfoncés dans la tête, et
C€ite% du CAî/r, du Pérou, frit fffndaut U$ umUe%
i7lièl7IG; Taris 1^'''
m
AllG
DIGTJONNAIliE
AME
iOi
semblent l'être encore davantage par suite
de la saillie «.les bosses sourcilières qui sont
très-bas placées.
fi Parmi les Indiens de -rAmérique du
Nord, il est très-rare de voir se prononcer
netlemeat cette obliquité des yeux qui est si
générale chez les Malais et les Mongols ^ mais
S{)ii i;t Martins l'ont observée dans quelques
tribus brésiliennes,etdeHumboldt,danscelles
dci rOrénoque : parmi les Pouris, le prince de
Wied a vu un homme qui , sous ce rapport,
comme sous beaucoup aautres, ressemblait
d'une manière frappante à un Calmouque.
« Ce que nous avons dit ailleurs de la
forme des orbites osseuses est applicable,
pour ainsi dire, à tous les individus, sans
exception : le bord supérieur n'est gue très-
légèrement «ourbé, pendant que l'inférieur
peut être comparé a un cintre renversé, et
que les bords latéraux offrent une courbure
qui tient le milieu entre les deux autres. Ce
fait est particulièrement intéressant à cause
du contraste que nous présente la race ma-
laise, chez laquelle l'orbite est allongée et à
bords parallèles. Cette dernière conforma-
tion cependant se trouve quelquefois dans
les têtes américaines, mais ce n'est guère
que dans celles qui ont été déformées par une
pression exercée sur l'os frontal.
ff Le nez. constitue un des traits les plus
prononcés et les dIus uniformes du type
dé visage indien. Cnez presque tous les in*
dividus il a unb forme décidément arquée
sans cependant être aquilin ; il est excessive-
ment rare de trouver parmi eux un nez plat.
« Les cavités nasales correspondent aux
dimensions extérieures du nez, et l'extrême
finesse d'odorat que possèdent les Améri-
cains indigènes a été attribuée au grand dé-
veloppement de la membrane olfactive;
mais chez eux probablement la perfection
de ce sens, aussi bien que du sens de l'ouïe,
tient en grande partie à la fréquence des oc-
casions qu'ils ont d'en faire usage, et à l'at-
tention qu'ils apportent à recueillir et à
comparer ses moindres indications.
« Les pommettes sont grandes et saillan-
tes, et inclinent rapidement vers la mâ-
choire inférieure, donnant ainsi à la face
une forme triangulaire. La mâchoire supé-
rieure est souvent allongée et très-inclinée
en avant, mais les dents ont en général une
direction verticale, La mâchoire inférieure
est forte et massive ; les dents sont grandes
et peu sujettes à se gâter ; il est rare d en ren-
contrer qui portent des traces de carie, mais
il est commun de les trouver fort usées, par
suite de la mastication de substances dures.»
Tout intéressantes et importantes que
soient ces observations, elles ne nous four-
nissent point les moyens d'établir des divi-
sions parmi les races américaines, et de les
grouper conformément aux affinités existan-
tes entre les différentes tribus. Nous voyons
dans le nouveau continent, aussi bien que
dans rancicn, que des tribus dont les carac-
tères physiques son tdifférents rentrent pour-
tant dans les mêmes familles de nations. La
rcmarcpie que nous avons citée du docteur
Morton nous en offre un exemple, puisque
les Mandans, les Minetaris. et les Osages
dont il fait , d'après la forme de leurs têtes ,
une classe à part, sont connus comme étant
de laffrande famille des Sioux, famille à
laquelle appartiennent également les Baco*
tas et d'autres tribus caractérisées par une
conformation différente de la tête.
L'affinité des langues fournit la seule base
solide pour les arrangements ethnologiques,
et c'est la méthode qu'ont suivie en effet les
srands philologues de la race américaine,
du Ponceau, Pickering et Gallatin. Nous
devons suivre ce fil jusqu'au point où il
nous conduit, et, dès qu*il vient à nous
manquer, nous devons nous contenter de
probabilités, de ce degré d'approximation vers
la vérité historique auquel on peut attein-
dre en se laissant guider par l'examen des
circonstances géographiques et de quelques
autres données analogues.
AMERICAINS INDIGÈNES, point de vue
psychologique apprécié. Voy, Races hu-
maines
AMERIQUE DU NORD. Voy. Esquimaux;
Atbapascas ; Algonquins ; Alléghaniens ;
Sioux ; — Californiens ; Nootka-Côlom-
BI^NS.
AMÉRIQUE DU SUD. — Le nombre des
races distinctes dont se compose la popula-
tion de l'Amérique du Sud parait , diaprés
les observations les plus récentes n'être pas
aussi grand, à beaucoup près, qu'on l'avait
d'abord supposé. A mesure que les langues
ont été mieux connues, on a pu faire des
rapprochements dont le résultat a permis de
réduire notablement le nombre des familles.
Aujourd'hui nous sommes en état de rappor-
ter avec quelque certitude, à un nornbre de
groupes comparativement fort petit, une
multitude de dialectes qui avaient été long-
B autant
cependai
langues de rAmériqi
est encore dans l'enfance : car, bien qu'elle
permette dans plusieurs cas particuliers de
constater les amnités existant entre deux
nations séparées par un grand espace de
pavs, il s'en faut de beaucoup qu'elle nous
onre les ressources sudisantes pour classer
et grouper convenablement les races de cette
{wrtie du monde. Le seul essai un peu satîs-
àisant de répartition qui ait été fait jus-
qu'ici, repose sur une tout auire base, et
part de données purement physiques, relati-
ves les unes à la configuration du pajrs, les
autres aux formes cor|3orcl1es des habitants.
En faisant, avec discrétion, usage de pareilles
données, on parvient, comme le remarque
un écrivain pnilosophe qui s'est particuliè-
rement occupe de 1 histoire des nations de
l'Amérique du Sud, à diviser la population
entière de cette grande i>éninsule en un
petit nombre de groupes parfaitement dis-
tingués les uns des autres par leurs caractè-
res physiviues, et en même temps à établir ce
fait capital , que les différences en question
sont dans un rapport constant avec fes con-
ditions géa.iraphiqucs des divcrscis régions.
ISS
AME
D ANTHROPOLOGIE.
AUE
IM
ATUit d^aUer pins loiny nous devons
remarquer cni*n n'y a anciine partie du
monde dont la géogra^ie physique se des-
sine par des traits aussi tranchés que celle de
l'Amérique du Sud, aucune dans Jaquelle
tes diverses r^ons se distinguent aussi
nettement entre elles par leurs caractères
physiques. « L'Amérique du Sud, dont la
suiierfieie est égaie à plus de la moitié de
celle de VEurope^ s'étend, dit M. d'Orbigny,
depuis la zone torrtde jusqu*aux régions
glacées de la Terre de fea. Sa constitution
orographique l'élève du niveau de la mer
aux neiges perpétuelles ; son sol est on ne
peut plus varw dans ses formes et dans sùn
aspect. A l'oceident, une vaste chaîne de
montagnes qui s'élève jusqu'aux nues, suit
les rives ;du grand Oofon ; elacée à son ex-
trémité méridionale, sous la xone torride
elle offre partout. les clim^s les plus di-
vers : st^ile* sèche et brûlante sur les
pentes aliru{ites de son versant ouest; tem-
pérée ou froide sur ses immenses plateaux ;
couverte d'une végétation sur les pentes lé-
gèrement inclinées de son versant est. A
Porient des collines basses boisées, bornées
par l'océan Atlantique offrent une unifor-
mité remarquable d aspect, de composition,
de formes. Au milieu de ces terrains si dis-
tincts, des plaines immenses, d'abord froi-
des arides et sèches sur les parties méridio-
nales, puis tempérées, verdoya nies, avec un
horizon sans bornes sur les pampas; brû-
lantes enfin et couvertes de forêts sous la
zone torride. Tels sont les traits généraux
de la nature dans les lieux dont nous par-
lons. Nous verrons plus tard rinQuence
qu'ils exercent sur les caractères physiques
et moraux des hommes qui peu{)lent ces di'
verses parties.»
On peut diviser comme il suit les trente-
neuf nations de l'Amérique méridionale :
FAMILLE QClClirE3!TIB. l QoîdlIiaS.
i, 51 5,400. lAymaras.
Teini foncé, formes massives, îniis pronoocés, \ Atacamas.
pli} s'ionomie sérieuse. r Changea.
rAMILLE À5T18IE5!IE.
145,000.
Teint dIqs dair, formes moins massives, traits'
plus eHeoiinés.
FAMILLE AIACCAKICICIB.
54,000.
Taracarés.
Mocéiëaés.
Tacanas.
Maropas.
Apolistas.
IAocas.
FuégieBS.
«t
RAMEAU
MERIDIONAL.
FAMILLE PAMPÉE55E.
52,500.
S'étend depuis le détroit de Magellan jasqa*aa
lord de Pîcolmavo; teint brun marron; taille
inde; nez court, cpalé; traits prononcés
lysïonomie froide, souvent féroce.
%MO,000. Les caractères des
peBples de ce rameau sont plus va-
riables que dans les Indiens duj
Ror4; e*e8t parmi eux que se trou-
vent les nations les pics propres à
b civHisalioA.
Se0 FmwnlUt.
FAMILLE CniQl'lTÉEX^IE.
19,500.
Oabile le sud-est de la Rolivie : teint brun
dair; formes peu robustes; taille moyenne; fi-
gure enjouée et vive; pommettes non saillantes;
icfae moyenne; lèvres minces.
PatagOBS.
Puelches.
I Charmas.
Mocobis.
Mauguayos.
Abipones.
L«nguas.
Samucus.
(liiiquitos.
Saravécas.
jOiukés.
iCuruminacat»
Covarécas.
iCuravés.
Tapiûs.
'Cunicaiiécas.
Paionécas.
tk>rab€cas.
/Moxos.
FAMILLE M0xÉE?(!(E. Icbacapuras.
27,200. lllononias.
Habile vers les confins de la Bolirie, du Pérou /Canicbaiias.
[et du Brésil : teint brun olivâtre, peu foncé; -nez \Moviinas.
court, peu large; lèvres et pommettes peu sail-iCayuvavas.
lanies : physionomie douce, un peu enjouée. f Pacaguaras.
. Vltéuès.
t
FAMILLE GUARA5IE.^3IE.
557,000. iCaraibes.
S*élend depuis la mer des Antilles jusqu*anlGuaiai»is.
iode la Plala ; composée de peuplades sau-\t{otocudjs.
ra^es converties par les missionnaires du xviiriTupis.
siècle. I
Rio
Sur la ehatne des Andes, sur les deux versants el sur la côle du grand Océan, une Duis-
%99
ANA
OICTIONMAIIie
AMA
m
où il est humide et où les brouillards sont
fréquents. Les observations relatives à la
configuration de la tôte n ont pas été négl:-
gées par notre voyageur, mo^is elles ne l'ont
conduit à aucune loi générale : la forme du
crâne varie dans chaque tribu. Les Péruviens
ont, cependant communément la tète d'une
forme allongée, légèrement comprimée sur
les côtés, le front un peu saillant, bas et
fuyant à sa partie supérieure. Les Antisiens
et* les Arauoaniens présentent h peu près la
même forme. Chez les habitants des pampas,
la tète est généralement arrondie, presque
ellipsoïde, contractée dans sa longueur et
peu comprimée laléralemcnt, avec un front
moyennement saillant et non fuyant. Les Chi-
quitos nous présentent une exagération de
ce caractère, et leur tète est presque circu-
laire, tandis que celle des Moxos est plus
oblongue. Cette dernière forme est à Irès-
Feu près celle des Guaranis. On sait que
habitudede déformer artificiellementla tète
a existé aussi chez quelques nations de l'A-
mérique du sud. Cette déformation était
poussée au plus haut degré chez certaines
nations du Pérou, qui aujourd'hui ne diflfèi-ent
Eoint à cet égard du reste des Péruviens.
esAymaras, en effet, sont supposés être
les descendants de la nation à laquelle ap-
Îwrtenaient les tètes si prodigieusement dé-
ormées qu'on a trouvées sur le plateau de
Titicaca.
C'est encore une opinion tout à fait insou-
tenable que celle qu a mise en avant Ulloa,
ce grancl ennemi des indigènes de l'Améri-
que du Sud, lorsqu'il a dit que leur phy$io-
nomie est en tous lieux la même : Visio un
Jndio de qual^uiéra région y se puede decir
iifue se han vtsto todos. Il n'y avait qu'un
)omme prévenu qui pût hasarder ainsi une
assertion si peu d'accord avec les faits.
M. d'Orbigny, au contraire, assure qu'un
Péruvien diffère plus d'un Patagon, et un Pa-
ta^çon d'un Guarani, qu'un Grec d'un Ethio-
pien ou d'un Mongol. L'expression du visage,
chez ces nations n'est pas non plus la même ;
elle n'est pas uniformément triste et sévère;
elle diffère dans une même nation sous Tin-
fluence de conditions morales diverses. « Les
Guaranis du Paraguay, de Corientes et de
Bolivia, soumis presqu'en esclaves aux co-
lons, ont l'air triste, abattu; l'indifférence
se peint sur leurs traits ; ils ne semblent ni
penser ni sentir. Les Guaranis indépendants
ou Guarayos nous montrent une ligure
douce, intéressante, pleine de fierté ; leur
aspect dénote des hommes spirituels »
" AMOUKS DIV£RS« Yoy. Affections vo-
BALES.
ANALYSE DE LA PENSÉE. Voy. Lan-
gage.
ANATOMIE GÉNÉRALE. — Les différen-
tes subtances du corps humain, les solides
et les liquides, renferment des parties élé-
mentaires , nommées éléments anatomiques.
Ce sont les dernières particules (seulement
reconnaissables au microscope), auxquelles
on peut ramener par séparation mécanique
les différentes substances du corps. Ces élé-
ments sont très-variés sous le rapport de
leur forme et de leur composition chimi-
que , mais pris dans des conditions données,
chacun d*eux se présente toujours avec les
mêmes caractères.
Les éléments anatomiques d'une même
espèce, ou de différentes espèces» se com-
binent d'une manière plus ou moins com-
plexe pour former les tisms.
Les tissus sont donc des agrégats d'é-
léments anatomiques similaires ou hé-
térogènes , unis par une substance vis-
queuse, gélatineuse ou solide, et dont
1 arrangement est caractéristique i)Our cha-
que tissu. '
Les tissus, en se combinant entre eux, for-
ment les différents organes du corps. .
Les parties formées des mêmes tissus
constituent des. groupes, nommés systèmes
organiques y par exemple le système osseux,
le svsteme musculaire , le système nerveux,
L'étude de l'état matériel des éléraents
anatomiques, des tissus et des systèmes
organiques forme l'obiet de l'anqtomi^ géné-
rale.
L'anatomîe générale étudie donc : V les
caractères physiques , chimiques et micros-
copiques des éléments organiques. 2" Les
tissus ou l'arrangement réciproque des élé-
ments anatomiques (histologie ou iinatomie
de texture). 3° Les systèmes organiques,
étude, qui consiste dans l'examen de la
distribution générale d'un même tissu dans
toute l'économie.
Des propriétés physiques, chihiques et
MICROSCOPIQUES , CONSIDÉHËES d'uNE MANIÈRE
GÉNÉRALE DANS LES DIVERSES SUBSTANCES DU
CORPS HUMAIN. — Dss propriétés physiques,-"
Les substances du corps obéissent aux lois
générales de la matière : i* Par. leur état
de cohésion et de densité : elles sont à Tètat
solide ou liquide, et elles présentent les
degrés les plus divers de densité , depuis la
fluidité la plus complète jusqu'au plus haut
degré de dureté , nar exemnle Fémail des
dentSi qui donqe ues étincelles avec Tacier.
2* Par leur élasticité: plusieurs tissus jouis-
sent d'une élasticité très-prononcée , d'au-
tres en sont entièrement privés; voici
l'ordre , dans lequel ils sont placés quant à
cette propriété : 1. le tissu jaune élastique,
2. les cartilages, 3. les flbro-cartilages ,
4. les membranes cellulaires et fibreuses ,
5. les muscles , 6. les os , 7. les membranes
muqueuses et séreuses, 8. les nerfs. 3* Par
leur coloration : les substances du coi^s de
l'homme présentent diverses nuances de
coloration, qui varient du blanc au noir et
du jaune au rouge foncé. 4' Par leurp^ii^
teur spécifique f qui vr.rie entre celle do s^
?;raisse (0,892), et celle des os et des dent^
1,8T7). 5* Par leur transparence : elles jouis-
sent toutes d'dn certain degré de transpa-
rence quand elles .sont examinées sôus la
forme de lamelles ou 4^ couches Irès-min-
ÎOl
A?IA
fTANTHROPOLOGIE.
ANA
ces. G* Par îciir chaleur spécifique cl par leur
condueiibiiiié pour téleciricaé. Ces subslan-
ces sont lions concluctciirs de rélcclricîté ,
les iioils exce|iiés. 7* Mais ia plus remar-
aualilc propriété des élémenls el des tissus
du corps est celle de se trouver imbibés
Ciir Tcau, qui leur communique do la ileii-
ilité et de Télasticilé.
Cette eau ne paraît pas leur appartenir
yekc affinité cliimîque, puisqu'elle s'évapore
peu à peu , et qu il est |)Ossible de Texpri-
mer instantanément par une forte pression
entre des feuilles de jiapier gris; aussi peut-
on en augmenter on en diminuer la quan-
tité. L*eau d'imbibition remplit les espaces
qui se trouvent entre les ])arties élémen-
taires, et elle est en même temps retenue
entre leurs molécules comme dans une dis-
solution; de manière que, même au moyen
'Aes meilleurs microscopes, on ne saurait
distinguer des espaces remplis d*eau et d'au-
tres occu|iés par la substance organique.
Les corps inor^nigues ne se laissent
}«s imbilier; ou bien 1 eau est placée entre
leurs particules , ou bien elle est intime-
ment unie à leurs molécules et dans des
C reportions déterminées, jiar exemple dans
^s cristaux. Hais alors si on les sècbe ,
l'eau s'évapore de suite et brusquement ;
tandis que dans les corps organisés imbibés,
elle s'évapore graduellement, et sa guantité
n'est pas dans une proportion déterminée.
L'eau qui imbibe les tissus joue un rôle
important dans les fonctions de la nutri-
tion ; elle sert de vébicule aux diverses
sulislances du sang qui |iénètrent dans les
ti^^sus |M>ur servir au mouvement de com-
position et de déeom|iosition.
Dvs propriétés chimiques communes à toutes
les substances du corps humain. — Les sub-
stances de l'organisme humain sont formées
d'un certain nombre ûes mêmes corps sim-
ples que Ton rencontre dans la nature inor-
^nique.
A '/état de santé, on n'en a rencontré
<|ue 15. «^ si»ot : f l'oxygène, £• l'Iiydro-
i:ène , 3^ le carbone , hr l'azote. Ces quatre
é!/rnieuts constituent à eux seuls la masse
l»rincipale des liquideset des r^arties molles,
en formant les substances protéïniques ou
immédiates du corps; 5* le soufre, 6' le
pliosphore , qui s'unissent à la protéine
f lour constituer l'albumine et la fibrine ; le
M>ufire seni existe dans la caséïne , uni à
La protéine; le phosphore est combiné à
une matière grasse particulière du sang,
cju cerveau et des muscles ; le soufre et le
|.bosphore se trouvent enfin en assez grande
cfuantité dans les phosphates et les sulfates
alcalins et terreux, qui sont répandus dans
les liquides et les solides du corps. T Le
cblore • uni à d'autres substances pour for-
mer des sels , dissous dans presr|ue tous les
liquides du coqis ; 9r le fluor, uni au cal-
cium dans le tissu osseux et dentaire; 9" le
potassium , 10* le sodium, 11* le calcium ,
sa* Se magnésium, dans les os, dans les
dents , et dans les liquides, à l'état de sels.
13' Le manganèse, IV le silicium. Ces
DjCTto3(3i. i>'ANTnKOPOi.ocii;.
deux dans les poils ; 15* le fer, dans Thé-
roatine, le pigment noir, le cristallin et les
IKiils.
Combinaisons. —De ces élémenls , les uns
existent à l'état de pureté, les autres sous
forme de 'ombinaison binaire ; ainsi l'azote
et roxygfcne se rencontrent nurs , I oxygène
et le carbone sous forme de combinaison
binaire, dans le sang; d'où on peut les
dégager au moyen d'une |K)mj)c pneumati-
que, ou en faisant p-asser lar le sang d'au-
tres es|}ècesde gaz, ijar exemple , Tliydro-
gène. L*eau et les divers sels, dont on
constate la présence h l'aide de réactifs or-
dinaires , sont d'autres exemples de com-
binaisons binaires.
Quelques-uns de ces éléments, Toxygènc,
l'hydrogène, le carbone el l'azote, se com-
portent d*une manière toute jtarticulière
pour former des composés organiques. Ces
côm|)0$és oi^niques, nommés principes
immédiats^ n existent (|ue dans la substance
organisée, et jusquli ce jour ils n'ont pu
être reproduits par le chimiste. Les uns sont
azotés, ce sont : la fibrine, l'albumina , la
caséïne, laglobuline, la gélatine et la clion-
drine. Dans la bile et Turine on trouve
bien encore des substances azotées , la bs-
line, l'urée, et l'acide urique, mais ce sont
des substances d'excrétion, cl elles ne sont
pas rangées parmi les substances immédia-
tes. Les autres principes immédiats ne sont
{tas azotés ; ce sont les graisses , le sucre
cl l'acide lactique.
Pour ce qui concerne les propriétés chimi-
ques particulières à ces substances et les
diverses théories émises sur leur mode de
combinaison, consultez les ouvrages de
chimie oi^anique.
Des caractères microscopiques des substan^
ces du corps^ considérés aune manière gêné»
raie. — Sous le rapport de leur composition
intime ou microscopique, la plupart des li-
quides du corjis sont formés d une substance
liquide amorphe et transparente qui renfer-
me des particules microscopiques ou élé-
ments anatomiques d'une forme bien déter-
minée ; tels sont le sang, le mucus, le lait
et le sperme ; quelques-uns, l'urine et la
bile, n en contiennent ]ias.
Les |)arties solides ou les tissus du corps
sont des agrégats ou des amas d'éléments
microscopiques, unis par une Quantité très-
petite de substance inlermécliaire, vis-
queuse, gélatineuse ou dure, qui a reçu le
nom de cytoblastème.
Dans les tissus ou les |»arties solides, les
éléments anatomiques sont, pour un espare
donné, en plus grande quantité que dans
les liquides. Quelquefois cependant ces élé-
ments ne sont p«'is plus nombreux que
dans le sang, par exemple, mais la subs-
tance qui les unit est solide ; tel est le tissu
cartilagineux.
De la forme des éléments anatomiques. —
La forme des éléments microscopiques du
corps de l'homme est très-variée. Dans quel-
ques tissus, |iarexehi|ile, dans répitliéléons
on reconnaît des cellules ^semblables au3|
203
ANA
DICTIONNAIRE
ANA
201
cellules tics ]ilanles ; ilans d'aulrcs ces cel-
lules resscmbleiil à des globules solides,
|vir exemple, ti«ins le sang cl dans le mucus ;
dans d'aulres elles présentent l'aspect d'é-
cailtes, par exemple, dans Tépiderme. Dans
le plus graml nombre des tissus du corps,
dans le tissu cellulaire, le tissu jaune élasti-
3 ne, le tissu musculaire, ce sont des fibres ;
ans d'antres ce sont des cylindres creux ou
des tubes, tels sont.les nerfs, les vaisseaux
capillaires et les glamles.
Des éléments analomiques considérés aux
différentes périodes de leur développement. —
Quelque variée que soit la forme des élé-
ments anatomiques lorsqu'ils ont acquis leur
dévelopi)ement complet, tous cependant
Turésentent, au premier degré de leur déve-
loppement , une forme commune : celle
d'une cellule ; de manière qu'à une certaine
époque de son existence l'embryon ne pré-
sente d'autres éléments anatomiques que
des cellules. Pour comprendre les dill'é-
rents changements de forme que les cellules
offrent pendant leur transformation en élé-
ments permanents, ils est nécessaire d'exa-
miner : l*" la composition des cellules ;
2° leur mode de déveloijpement ; 3° la ma-
nière dentelles se transforment en éléments
anatomiques permanents.
; A. Composition dune cellule. — Les cel-
Tules se composent V d'une membrane cellur
laircy transparente, homogène, sans struc-
ture (semblable à une membrane de géla-
tine) ; 2* de leur contenu^ qui varie dans
les différentes cellules ; 3** la plupart des
cellules renferment un noyau qui est situé
hors du centre, attaché à un point quelcon-
que de la paroi cellulaire. Le noyau a une
forme ronde ou ovale, sphérique ou aplatie;
il est ordinairement solide, quelquefois
creux, quand l'intérieur a été résorbé ; 4^ or-
dinairement on distingue dans le noyau un
ou deux corpuscules, nommés nucléoles.
On peut observer ces différentes parties
sur réuitbéléon de la bouche.
B. Développement des cellules. — Les cel-
lules naissent au milieu d'un liquide d'une
certaine consistance, nommé cvtoblastême.
Cette substance est composée d'eau tenant
en dissolution des combinaisons de pro-
téine et de graisse. Bientôt cette substance
se trouble et on y voit apparattre une foule
.fe points opaques, extrêmement petits,
nommés granulations élémentaires qui parais-
sent formées de graisse et d'une enveloppe
de protéine. Elles iouissent d'un mouve-
ment moléculaire très-vif, attribué par Ro-
bert Brown aux courants qui se développent
dans le liquide par l'évaporation. Parmi ces
Sranulations élémentaires on en rencontre
'un volume plus considérable, à contours
bien délimités, ordinairement transparents
au milieu, ce sont les nucléoles. Toutes ces
formations peuvent être considérées comme
une sorte de cristallisatidn s'opérant par
suite de la condensation du liquide.
Autour du nucléole se dépose une couche
de substance, composée de grains très^fins,
irrégiilière .d'abord , mais prenant bien-
tôt des contours nettement circonscrits | ar
le dépôt successif de nouvelles moiécujcs
entre les anciennes, jusqu'à une distance
bien déterminée du centre. Ainsi se forme
un noyaUf à surface bien limitée, mais or-
dinairement un peu granuleuse.
Si le dépôt des nouvelles molécules est
plus considérable à la ])artie superficielle du
la couche, la surface peut se condenser en
une membrane ; la partie centrale est résor-
bée et le noyau devient creux comme on
l'observe dans le tissu cartil(i;{incux. La sur-
face du noyau est granuleuse quand il est
solide ; elle est lisse quand il est creux.
La formation des noyaux qui ont plus d*un
nucléole provient de ce que les dém^ts se
sont confondus, au moment môme ou ils se
formaient autour do deux nucléoles Irès-
rapprochés.
La membrane cellulaire se forme d*apres
le môme procédé. II se dépose sur la surfile o
extérieure du noyau une couche de granu-
les très-fins qui, d'abord irrégulièrement dé-
limitée, acquiert ensuite des contours net-
tement circonscrits, par la dé^iosition conti-
nuelle de nouvelles molécules entre les pre-
mières. Cette couche se condense peu k peu
en une membrane, par l'interposition a un
grand nombre de nouvelles molécules. Cette
membrane c'est la meiûbrane cellulaire.
Tout au commencement de sa formation,
la membrane cellulaire entoure étroitement
le noyau; puis elle s'étend et elle s'éloigne
de celui-ci sans s'amincir, quelquefois même
elle s'épaissit pendant qu elle s'étend ; ce
n*est donc pas par une simple extension
mécanique qu'elle gagne en ampleur, oiais
par la déposition de nouvelles molécules en-
tre celles qui la formaient primitivement.
De cette manière elle s'éloigne du novau, et
l'espace intermédiaire se remplit de liquide
ou d'une substance granuleuse variable.
Cette membrane cellulaire se développe
d'ailleurs sur un côté du noyau, de telle
manière que celui-ci est fixé à un point de
sa surface interne, la portion libre de la
membrane cellulaire le recouvrant comme
le ferait un verre de montre. Quelquefois
cependant il est fixé à un point de sa surface
externe, comme dans les cellules du cristal-
lin. 11 peut arriver que deux noyaux soient
enveloppés à la fois par la substance qui se
transforme en membrane cellulaire ; ainsi
se forment les cellules qui renferment plus
d'un noyau.
Il y a un mode de développement des cel-
lules qui diffère essentiellement du précé-
dent. La membrane cellulaire se forme au-
tour d'un amas de granules qui ne peut être
considéré comme un noyau, puisqu'il ren-
ferme lui-même le noyau. La membrans
cellulaire se forme donc par la condensation
de la couche la plus externe d'une substance
3ui devient ensuite le contenu de la cellule.
►n rencontre ce mode de formation de 'a
membrane cellulaire, .autour de son contenxi,
dans le développement des animaux et dans
la formation cfe quelques produits patholo-
giques.
20
ANA
DUNTimOPOLOGIF.
ANA
%)t
li eiiste eotrc la membrane cellulaire et
le nojraa une différenee chimique dont on
n'ë pis encore déterminé la nature ; la mem-
tirane cellulaire est détruite par Tacide acé-
tique, tandis que le noyau devient plus
apparent.
De ta multipUcatiofi des eelluks. — La
roui tiplication des cellules a lieu de plusieurs
manières : 1* par génération iniereellulaire.
De nouf elles cellules se forment, isolées les
unes des autres, dans le liquide ou le cyto-
tflastème interposé entre celles qui existent
déjà. Cest le mode de multiplication le plus
fréquent dans Tor^^nisme complet; ainsi
se forment les nouvelles cellules dans le
tissu corné et dans Texsudation inflamma-
toire. 2' Par aénération tn4oaèn€j quand de
nouTcUes cellules naissent dans Tintérieur
d*une ceilule^mire aux dépens de son conte-
nu. Les jeunes cellules détruisent, par suite
de leur accumulation et de leur développe-
ment, la membrane de la cellule-mère , de-
viennent ainsi lilires et peuvent à leur tour
jouer le r61e de cellules-mères. 3* Par seg-
wumiaiion du «oyaii. La multiplication des
cellules par segmentation du noyau a élé
observée dans le développement de l'em-
bryon et du tissu cancéreux. Le no^au qui,
dans ce cas, est ordinairement vésiculeux ,
tout en croissant, se divise en deux, en trois,
mais jamais en plus de quatre portions;
chacune de celles-ci devient le noyau d'une
nouvelle cellule.
Lorsau'un tissu ne contient pas de vais-
seaux, le développement des nouvelles cel-
lules n*a lieu que dans la couche la plus
rapprochée des vaisseaux du tissu voisin ;
ainsi les nouvelles cellules de Tépiderme
De se forment que dans la couche la plus
rapprochée du derme, tandis que quand les
tissus sont vasculaires les nouvelles cellules
se forment dans toute leur épaisseur.
Du dévtloppemeni ultérieur et de la traits*
formation ae$ cellules élémentaires. — 11 ré-
sulte de ce qui précède, que les tissus du
corps ont pour éléments primitifs : 1* les
cellules, 2" leurs noyaux , dr leur contenu.
Ces éléments, pour devenir parties élé-
nentaires définitives du corps, subissent di-
verses aMXiifications.
f* Ik» mcdif cations que subit le noyau. —
Le rôle du noyau est généralement terminé,
quand la celliue a acquis son développement
entier. Quelquefois il continue à exister sans
subir aucune modification , par exemple,
dans les cellules de Tépithéléon; mais le
plus souvent il disparaît,, comme dans les
rellules de Téfiiderme^ de Tongle, du tissu
aiipeux, du cristallin, du cartilage ossifiant,
(le l'émail dentaire, etc.
D*autres fois, le noyau change de nature
et subit une modification chimique , par
exemple, dansJes cellules des cartilages
l>eroianents, où il se transforme souvent en
un amas de gouttelettes de graisse.
Fibres de noyaux. — Souvent les noyaux,
«surtout les noyaux granuleux, se transfor-
ment en une espèce particulière de fibres.
\\s s'allongent, pendant que leurs pucJéoIes
disp^araîssent, et en même temps iis se ré-
trécissent et se transforment en fibre^i à
contours foncés qui reposentsur les cellules
correspondantes, mais transformées en leur
forme définitive. Ces fibres, plus ou moins
longues, ondulées, contoum&s quelquefois
en demi-cercle, se bifurquent souvent et
s*anastomosent quelquefois entre elles de
manière à constituer un véritable feutrace.
Ces fibres se caractérisent, ainsi que les
noyaux, en ce qu'elles résistent à Faction de
Tacide acétique, ce qui les distingue de
toute autre espèce de fibres, excepté de celles
du poil.
2* Des modifications du contenu. — Le
contenu des cellules d*abord grenu devient
peu à peu liquide , et plus transparent ; il
peut ensuite subir diverses transformations,
1. soit parce qu'il sert à la formation de nou-
velles cellules ; 2. soi t parce qu'il est remplacé
par du pigment, substance granuleuse d'une
couleur noirâtre ou brunâtre, par exemple ,
rhématine;3. soit parce qu'il se transforme en
fibres , par exemple, en fibres musculaires ;
4. soit en graisseou en substance particulière
5 l'on rencontre dans les diverses sécrétions,
uelquefois le contenu des cellules, par
exemple, dans les cartilages du larynx , se
transforme en couches stratifiées, interrom-
pues dans quelques points du centre à la
circonférence , de manière à $imuler des
canaux poreux. Dans l'épiderme, le contenu
des cellules subit un cnangement dans sa
nature chimique. Arrivées au plus haut
degré de leur développement, les cellules
de l'épiderme constituent des lamelles ren-
fermant une cavité remplie d'un contenu,
ainsi qu'on peut Tobserver après les avoir
ramollies par un liquide. Traitées par lacide
acétique, immédiatement après leur forma-
tion, ces cellules se dissolvent; tandis que,
plus tard, lorsqu'elles se sont transformées
en lamelles, eues ne subissent plus aucune
modification sous l'influence de cet acide.
3* Des modifications de la membrane celluz
laire. — A. Des modifications dans lesquelles
les cMules consertent leur individualué, —z
1. La membrane cellulaire peut subir un
changement dans sa nature chimique. Ainsi
les jeunes cellules de Tépiderme se dissol-
vent dans l'acide acétique , les anciennes y
résistent. 2. La cellule s aplatit, par exem-
ple, les cellules de Tépilhéléon, les globules
du sang, etc. Cet aplatissement a lien tantôt
en longueur, comme dans Tépithéléon cylin-
droule, tantôt en largeur, comme dans les
cellules de l'épiderme et de Fépithéléon en
pavé. 3. La membrane cellulaire envoie des
f>roIongements en diflérents sens; parce que
'accroissement n'a lieu que dans.ces points.
3i les prolongements se dirigent dans tous
les sens, la cellule prend la forme étoUée,
comme, par exemple, dans les cellules pig-
mentaires de la grenouille, k. Si ces prolon-
gements sont très-fins, très-rapprochés, situés
seulement sur un côté de la cellule et doués
d'un mouvement, on les nomme cils vibra*
tils. Les cellules pourvues de ces cils sont
appelées cellules vibratiles. 5': La m-embrane
toi
ANA
DICTIONNAIRE
ANA
SOA
cellulaire peut se confondre avec le cyto-
blastème, par exemple, dans les cartilages.
& Déhiictnce et disparition de la membrane
cellulaire. •
La déhiscence s'observe dans les cellules
des glandes'de sécrétion; les cellules, disten-
dues par leur contenu, qui augmente conti-
nuellement, crèvent et communiquent alors
librement, soit avec la surface du corps, soit
avec d'autres cellules, ou avec des cavités
comprises entre les cellules, et qu*on nomme
conduits intercellulaires. La disparition de
la membrane s'observe dans les globules du
sang; après la résorption du noyau, leur
membrane s*amincit et finit par se dissoudre
entièrement dans le liquide du sang.
' B. Des modifications dans lesquelles les cel-
lules perdent leur individualité. — 1. Les
cellules se confondent entre elles suivant
leur largeur; alors si elles se placent en
groupe, que les cloisons intermédiaires
soient résorbées, et qu'elles aient conservé
leur capacité, il en résulte des cavités plus
ou moins complexes. C'est ainsi que se for-
ment les glandes en grappe. Si les cellules
sont aplaties et qu'elles perdent leur cavité,
il en résulte des membranes, par exemple,
la membrane de Demours, de la capsule du
cristallin, et la membrane interne des vais-
seaux.
2. Les cellules s'allongent en plusieurs
fibres, par exemple, les cellules du tissu
cellulaire à l'état embryonnaire.
3. Les parois de plusieurs cellules, placées
sur une même ligne, se touchent et se con-
fondent; les cloisons sont résorbées, et il en
résulte une cellule à cavité simple, nommée
cellule secondaire. Ainsi se forment les
faisceaux primitifs des muscles, lés tubes
des nerfs, des glandes, les vaisseaux capil-
laires, etc. Dans ce cas, le contenu de ces
cellules secondaires peut encore subir des
modifications ultérieures. C'est ainsi que les
fibres primitives des muscles constituent le
contenu de cellules secondaires, représen-
tées ))ar les faisceaux primitifs. Les change-
ments par lesquels les cellules perdent leur
individualité s observent de préiérencc dans
les tissus à vaisseaux sanguins. — Yoy.
Sanq.
ANATOMIE HUMAINE. — 'Avà, entre,
rifiMcv, couper. Dans l'acception la plus ordi-
naire de ce mot, on entend par anatomie
l'étude de la structure, de la situation et des
rapports des parties dont se compose le
corps humain. C'est aussi ce que l'on appelle
Yanatomie humaine, •
Dans une acception plus générale et plus
philosophi(}ue, 1 anatomie iesl la science de
l'organisation considérée dans les différents
êtres, depuis le plus simple des végétaux
agames jusqu au phanérogame le plus com-
posé, depuis le dernier des zoopnytes jus-
qu'à l'homme^
Mais la série des corps organisés forme
une chaîne immense dont une foule de tra-
vaux accumulés depuis plusieurs siècles
n'ont pu encore mesurer toute l'étendue.
L'air, la terre, la profondeur "des eaux, sont
peuplés par des êtres vivants, qui, par leurs
variétés infinies d'organisation, de forino ei
de grandeur, attestent l'inépuisable fécon-
dité de la nature. Ainsi, tandis que chez lo
mammifère la vie est entretenue iiar le con-
cours des appareils les plus compliqués, Ton
trouve, à 1 autre extrémité de Féchelle, des
animaux, tels que l'hydre, dont la vie de re-
lation semble a peu près nulle, et dont les
fonctions nutritives se réduisent à une sim-
i)le assimilation. Celui qui chercherait dans
a forme des vertèbres le type de ranimalité
aurait sans doute de la peine à reconnaître
un animal dans l'étoile de mer, ou dans la
coralinc, rangée tour à tour parmi les végé-
taux et \qs animaux. Enfin tous les degrés
de la grandeur semblent avoir été comme
interposés entre Ténorme cachalot, sembla-
ble à une tic flottante, et l'animalcule iniii-
soire, dont le microscope découvre des mil-
liers dans une goutte de liquide. Mais cet
animalcule infusoire lui-même, qui semble
pour nos yeux l'infiniment petit, peut deve-
nir à son tour une masse gigantesque relati«
vement à d'autres êtres que des instiu-
ments plus parfaits nous découvriraient
sans doute. Cependant tous ces êtres jouis-
sent de la vie, tous possèdent la merveil-
leuse faculté de résister avec une énergie
variable aux lois générales qui régisseLt
les corps inorganiques .
L*anatomie, considérée comme la science
qui traite de l'organisation de tous les êtres
vivants, est donc la plus vaste de toutes les
sciences; l'étude approfondie de quelques-
uns de ces êtres, des insectes, par exemple,
a suffi pour occuper la vie de plusieurs sa-
vants. De là la nécessité d'établir dans la
science de l'anatomiste plusieurs grandies
divisions qui ont chacune un but distinct,
une application spéciale, et qui deviennent
autant de branches importantes des connais-
sances humaines.
Deux divisions principales se présentent
d'abord naturellement. L'une com}»rcnd 1 Ya-
natomie appliquée au corps des animaux :
c'est la sootomte (de C»»v, animal y et ri^vtn^
couper).
La seconde division comprend ranalomîe
appliquée au corps des végétaux : c'est Ta-
natomie végétale, ou [)hytotomie (de fvrir,
plante).
La phytotomîe ne nous cccupera point
ici. Rappelons seulement que ranatoroie
végétale fut longtemps entièrement négli-
gée. LœuwciihocK, Malpighi, Grew cl Haies
décrivirent tour à tour les organes internes
dâs plantes, et en dévoilèrent les usages, bb
nos jours, MM. Richard, Desfontaincs, Mir-
bel, Gaudichaud, ont enrichi de précieuses
découvertes la science de Torgantsation vé-
gétale. Malgré les travaux tie tant d'hommes
Illustres, la phytotomie est encore loin d'être
aussi avancée que la zootomie.
La zootomie elle-même se subdivise en
plusieurs branches.
Lorsqu'elle compare l'organisation dans
les différentes classes d'animaux, clic prend
le nom (yanatomie comparée ou comparative.
S09
ANA
DWNTimOPOLOGlE.
213
Si les animaai n'existaient point* a dit
Bulfon, l'homme serait moins connu. L*ana-
tumie comparée peut fournir en effet les plus
Tives lumières pour apprécier la structure
ou Tusa^e des différentes parties du corps
humain. Dans cette étude, on imite jusqu à
un certain point le physicien» qui, dans ses
expériences ou dans ses calculs, décompose
les phénomènes, et les étudie à son gré dans
leurs diTers de^s de simplicité ou de com-
plication. Le physiologiste ne saurait ainsi
isoler des phénomènes sur un animal sans
les altérer et sans changer les conditions du
1>roblème qu il se propose de résoudre. Mais
a solution de ce problème devient naturel-
lement plus facile dans les classes d*ètres où
une organisation plus simple donne nais-
sance à des phénomènes moins compliqués.
Les bonnes classifications zoologiques re-
posent essentiellement sur la connaissance
ei la comparaison des organes intérieurs des
aiiimaui. M. CuYier, par exemple, a pris Ta-
natomie comparée pour base de sa ciivision
du règne animal en quatre «randes classes :
savoir, les vertébrés, les mollusques, les ar-
ticulés et les radiaires.
L^anatomie , appliuuée à Télude du corps
d^un seul animal, se désigne d'après le nom
de celtti-ei : c'est ainsi que Ton dit l'anatomie
de rhomme, du cheval , etc. L*anatomie des
animaux domestiques preud le nom généri-
que d*amaiomie veiérinaire.
L'anatomie humaine elle-même peut être
envisagée et étudiée sous un granci nombre
de points de vue différents. De là plusieurs
espèces d'anatomies.
Lorsque Tanatomie s'occupe de décrire les
tissus anal<^es, abstraction faite des or-
gues ou appareils d'organes que ces tissus
concourent a former par leur assemblage,
elle reçoit la dénomination d'anatomie géné-
rale.
I Parmi ces tissus ou systèmes « les uns
existent partout, et semblent destinés, soit à
former la trame des autres tissus, soit à leur
apporter la nutrition et la vie : tels sont les
systèmes cellulaire , vasculaire, et nerveux.
Ijes autres systèmes sont moins générale-
Qient répandus; leur organisation, leur
mode de vitalité, leurs fonctions, établissent
entre eux les différences les plus tranchées :
tels sont les tissus muqueux, cutané, séreux,
osseux , fibreux , cartilagineux , muscu-
lâiie, etc.
Vaguement entrevue par d'anciens au-
teurs, l'anatomie générale fut réellement
créée par le génie iie Bicliat.
VatuUcimie descriptive s'occupe spéciale-
ment de faire connaître la structure, la si-
tuation et les rapports des différents orga-
nes. Pour atteindre ce but , elle suit diffé-
rentes méthodes , et admet plusieurs divi-
sions. «
L'étude des os , dont l'assemblage forme
la charpente du corps humain, constitue
une première partie de l'anatomie descrip-
tive ; c'est Yoêtéologie. On nomme sjfndM-
wuAogie l'étude des ligaments qui unissent
les 05 entre eux.
L'étude des muscles, de ces parties essen-
tiellement contractiles , de;tméc»5 à impri*
mer aux os, comme à autant de leviers , les
mouvements les plus variés , constitue la
myologie.
Un ordre de vaisseaux (les artères) va por-
ter du cœur à toutes les parties les maté-
riaux nutritifs. D'autres vaisseaux (les vei-
nes) rapportent le san^ vers le coeur. D'au-
tres enfm (les Ijrmphatiques) charrient , soit
le liquide nutritif ou ch^e qu'ils ontabsorbé
à la surCsce de Tintestin ^le , soit un li-
quide incolore (la lymphe) dont l'origine et
les usages ne sont point encore bien connus.
Vangiologie est cette partie de ^anatoroie
qui s'occupe de la description des vaisseaux.
Les sensations à l'aide desquelles l'homAïc
entretient des rapports avec le monde exté-
rieur, les mouvements imprimés aux mus-
cles parla volonté, ne peuvent avoir lieu
qu'autant que les neris établissent une libre
communication entre le cerveau et les or-
Sanes. D'autres nerf^ , différents des préiré-
ents par leur origine , leur distribution,
leur structure et leurs propriétés, semblent
spécialement destinés à présider aux fcnc-
tions nutritives. La connaissance des nerfs
est le but de la nécrologie.
Enfin, une quatrième partie de l'anatomie
descriptive, la eplanchnologie^ fait connaître
les organes des sens, de la voix, de la géné-
ration , et les viscères contenus dans les
cavités du crâne, du thorax et de l'ab-
domen.
L'ordre que nous venons d'indiquer n*cst
pas le plus philosophique , aussi ne le suit-
on plus aujourd'hui. Un de ses inconvénients
était d'isoler des parties qui , par la simili-
tude de leurs fonctions, doivent se trouver
réunies. Ainsi, par exemple, l'on étudiait le
cœur et le cerveau dans la splanchnologie ,
les vaisseaux et les nerfs dans l'angiolo^îc.
Dans les traités d'anatomie publiés dans ces
derniers temps , le cosiir et le cerveau sont
étudiés comme centres Tun de la circulation,
l'autre du système nerveux , avec les vais-
seaux et les nerfs.
Vanatomie physiologique étudie les orga-
nes en même temps que les fonctions qu ils
remplissent. ^
Vanatomie descriptive de Bichat est une
anatomie physiologique.
L'anatomie descriptive peut encore avoir
pour but spécial de guider l'instrument du
chirurgien a travers nos organes. Elle étu-
die alors spécialement les rapports et la si-
tuation des différentes parties que l'instru-
ment peut atteindre : c'est ce qu'on ap-
pelle lanatomie chirurgicale ou de rap-
ports. L'on a surtout étudié , dans ces der-
niers temps, cette espèce d'anatomie, et l'on
a tracé dans ce sens des descriptions par-
tielles des diverses régions du corps.
Enfin, l'anatomie descriptive prend le nom
d^anatomie pittoresque^ lorsqu'elle est étu-
diée par les peintres et par les sculpteurs »
dans le but de connaître les parties exté-
rieures et visibles du corps , leurs nom-
breux contourSi les modifications imprimées
su
i\X\
DiCl IONNAIKIl
ANA
212
nux rurincs par la contraction musculaire ,
les rapports des attitudes etdes mouveiueuls
avec cette même contraction.
Mars Tanatomie n'étudie pas seulement les
organes dans leur état sain ; elle nous apprend
aussi à connaître les nombreuses altérations
que ces mêmes organes peuvent subir dans
leur forme, leur volume , leur développe-
ment et leur structure. Sous rinfluence de
causes morbides , plus ou moins bien déter-
minées, des tissus nouveaux se développent
souvent au milieu de nos parties. Parmi ces
tisêus accidentels^ les uns ont leurs analo-
gues dai^ l'économie. C'est ainsi, par exem-
ple, qu'à une époque avancée de la vie le
tissu osseux tend a envahir une foule d'or-
ganes, et spécialement les artères ; c'est en-
core ainsi que des membranes séreuses, des
masses flbreuses , <les plaques cartilagineu-
ses, des touffes do prJls, etc., se forment
quelquefois de toutes pièces. D'autres tissus
accidentels n'ont point leur analogue dans
l'éconon'iie : tels sont le tubercule, le squirre,
le tissu encéphaloïde , la mélanose. Tous se
j présentent sous deux états : l'^en corps durs,
c'est leur état de crudité ; 2** dans un état de
ramollissement plus ou moins complet.
N'entratnant souvent aucun dérangement
dans la santé, tant qu'ils sont dans leur pre-
mier état, ces tissus exercent constamment
la plus funeste influence , dès qu'ils com-
mencent à se ramollir. Enfin , soit dans l'in-
térieur des grandes cavités , soit dans le pa-
renchyme même des organes, naissent et
croissent un grand nombre d'animaux para-
sites, variables par leur structure, leur
forme, leur grandeur et leur nombre.
L'anatomie, appliquée à l'étude de ces
diverses lésions , prend le nom d'atuUomie
pathologique.
Après avoir défini l'anatomie, sisnalé ses
différentes espèces, et donné une idée géné-
rale des nombreux objets dont elle s'occupe,
portons nos regards sur l'histoire de cette
science, et indiquons, dans une rapide es-
({uisse, soit les hommes supérieurs dont les
immortels travaux ont surtout hâté ses pro-
grès, soit les erandes découvertes qui, sou-
vent ducs au hasard ou aux recherches assi-
dues de la médiocrité laborieuse, ne peuvent
être fécondées que par le génie.
Chez quel peuple chercherons-nous les pre-
mières traces de la culture de l'anatomie?
Chez l'habitant de la Chine et de l'Inde • ces
antiques berceaux de la civilisation , la
science de l'organisation ne parait avoir
consisté aue dans quelques notions bizarres
ou erronées , en rapport avec les préjugés
religieux et politiques. Sur les bords du
Ctange en particulier, le dogme de la métem-
psycose apportait un grand obstacle aux dis-
sections des animaux.
H semble que la coutume d'embaumer ies
(^idavres aurait dû être chez les Egyptiens
une circonstance favorable aux progrès de
l'anatomie ; mais ce peuple vouait au mé-
pris et ne regardait qu'avec horreur les
nommes qui assuraient aux cadavres cette
sorte d'immortalité du tombeau. Adora-
teur des plus vils animaux, l'Egyptien eût
puni de mort celui qui aurait osé soumel-
tre h un examen sacrilé^u los restes inani-
més de ces bizarres divinités. On trouve
dans Homère des indications anatoraiques
assez précises, notamment h propos do !a
veine cave et des vaisseaux du cou ; ninis
ces notions ne s'élèvent pas auilcssiis ilc
celles que les l>ouchers acquièrent L>i»r (a
pratique de leur métier.
Au milieu d'Athènes, éclairée iiar In phî-
tosophie, ce furent encore les préjugés reli-
gieux qui apportèrent un obstacle invinci-
ble à la culture de Tanatomie. La vîcloirc
ne garantit pas du supplice les génén^iix
athéniens qui avaient employée poursuivrxî
Tennemi un temps qu'ils auraient dâ con-
sacrer à ensevelir les guerriers tués dans le
combat. Quelle peine, ainsi que le ronianitxe
Vicq-<i'Azir, les Grecs auraient-ils donc ré-
servée à ceux qui auraient violé les tom-
beaux? Mais du moins , chez les (ipccs * la
dissection des animaux ne fut point prrrs-
rrite; Démocrite , Empédocle, AIcméon, fu-
rent d'habiles zootomisles. C'est sur des
animaux qu'Hippocrate lui-même j»artitt
avoir étudié l'anatomie, et Timixissiliilité d*y
acquérir des connaissances précises larrcVia
dans la voie de la chirurgie.
Jusqu'à réi)oque des conquêtes d* Alexan-
dre, l'anatomie fit peu de progrès. Mais alors
les relations multmliées qui s'établirent
entre les (leuples aflaiblirent les préjugés,
en augmentant la masse des lumières et en
multipliant le choc des opinions. Alors le
vaste génie d'Aristote, embrassant riini%*cr-
^alité des connaissances humaines, sut iin-
primer à la plupart une nouvelle cl féconile
impulsion. En même temps qu'Arislole écri-
vait des traités sur la métaphysique» la |»rili-
tique et la morale , il cultivait tontes les
branches des sciences nalurelics « il «1 résé-
quait des milliers d'animaux (ju'Alexaii«lrc
lui envoyait de toutes les parties de TAsie.
V Histoire des animaux fut le résultai de «-e
noble concours du pouvoir et du ^énte.
Aristote compare souvent dans son ouvrage
l'organisation de l'homme et celle des ani-
maux, cependant rien ne prouve i|u'i: a!i
disséqué des cadavres humaiiis.
Une nouvelle ère commenta pour Tanalo-
mie dans la ville fondée par Alexamlrc^ siim5
le règne des premiers Ploleuiées. C'est dans
Alexandrie que les médecin^ , (iroié^6;> jiar
ces princes , furent pour la première fois
autorisés à ouvrir des ladavres d*lioninies.
Hérophile, Erasistrate, Eiiilènto, furent alors
les véritables fondateurs de ranaloniio hu-
maine, et l'enricliireul d'importantes décou-
vertes. On a & peine retenu le nom ile la
plupart de leurs successeurs, qui né&çli^è-
rent rétu<le île ranaloniio pour les futiles
hypothèses d'une physiologie spéculative.
Aucun des médecins de Kome ne fut re>
marquablo comme anatomiste. Galien lui-
même ne paraît avoir examiné que des corp.<>
d'animaux ; c'est surtnut d'après des dissec-
tions de singes que ses descriptions ont été
faites. II nous apprend c^e, de soui t^m^x^
tn
kW
DA^TIIROPOLOGIE.
AXA
2:4
Ton allait à Aleiandrie )K)ur %oir des sque-
lettesy encore a-Uon dit que ces squelettes
étaient de Uronze.
Pendant un intervalle de plus de mille
années, Fanatomie cessa d'être cultivée ; et
lorsque, après cette désastreuse époque d'i-
gnonince et de liarbarie, les sciences co:u-
niencërent à jeter de nouveau une fiiible
iueur, on ne chercha d*aboid à connaître la
sM'îence de Torganisation que dans les livres
de Galien. Les médecins se mirent ensuite à
ûif^séquer des corps d*animauT. Enfin, en
1515, Mondini de Luzzi, professeur de Bo-
logne, disséqua publiquement, pour la pre*
mière fois, deux cadavres humains. Sou
exemple fut bientAt suivi par un grand
nombre de médecins. Mais tous, asservis
aux idées de Galien, se traînaient pénible-
icent dans la route tracée par ce grand
liorame, et les fiiits étaient perdus pour eux*
On en vit plusieurs ne pas craindre d'ad-
itiettre que la nature avait changé depuis
Galien, plutôt que d^avouer que Galien s'é-
tait trompé. Ce fut seulement dans le xvi*
siècle qu^un homme de génie, Vésale, osa
liouter de Tinlaillibilité de Galien, et ren-
verser son autorité. Bientôt Eustachi, Fal-
îope, Varole, s'illustrèrent par Tardeur avec
laguelle ils se livrèrent à 1 étude de Tanaio-
mie humaine, et par les nombreuses décou*
▼ertes qui en furent le résultat. Cest à cette
même époque, où le retour vers la culture
des sciences signalait, en quelane sorte, le
riveil de Tesprit humain, que Cnarles-Qaint
écrivit aux docteurs en théologie de Tuni-
Tersité de Salamanque, pour savoir si Ton
pouvait, sans péché mortel, disséquer un
cadavre humain !
Cest véritablement dans le xvi* siècle que
Tanatomie de Thomme fut créée. Les diffé-
rentes parties du squelette furent alors bien
connues pour la première fois. Les osselets
de Foule furent découverts et décrits.
Jusqu'à cette époque, les veines, plus ap-
parentes après la mort que les artères, à
cause du sang qui les remplit ordinaire-
ment, avaient surtout fixé Tattention des
anatomistes. Cependant elles étaient encore
bien peu connues, puisque l'on croyait
eneore, avec Galien, qu elles tiraient toutes
leur origine du foie. La terminaison des
reines su cœur fut enfin simultanément dé-
couveite par plusieurs anatomistes, et en
même temps les artères commencèrent à être
plus spécialement étudiées.
Ce n'est pas sans un vif intérêt que Ton
▼oit les anatomistes s'élever peu à peu à la
connaissance du mouvement circulatoire du
sang, A mesure qu*ik acquièrent des notions
i^us exactes sur Tensemble du système vas-
rolaire. C'est ainsi, par exemple, que l'iso-
lement complet des deux parties du cœur et
le mode de oistribution des vaisseaux qui se
rendent A cet organe ou qui en partent, con-
duisirent Columbus et Michel Servet è ad-
mettre Texistence de la circulation pulmo-
naire. Mais c'était A Harvey oui était réservée
la gloire de démontrer, par ta méthode expé-
rimentale , un pliénomène dont les simples
connaissances anatomiques avaient fiorlé A
soupçonner l'existence.
Les muscles des différentes r^ons do
corps devinrent l'objet des plus minutieuses
recherches, et dès lors on put jeter les fon-
dements de la mécanique animale. L'origine
des nerfs fut reconnue et décrite, la situa-
tion, la forme, les rapports des riscères fu-
rent exactement aroréciés. Cependant, quel-
ques hommes s'enorçaient encore de ren-
verser les observations des modernes par
Tautorité des anciens. Césalpin, par exemple,
accumulait les raisonnements les plus bi-
zarres pour démontrer, avec Aristote, que
tous les nerfs naissaient du cœurl
Dans le xvn* siècle, les connaissances
anatomiques acquises dans le siècle précé-
dent furent renoues plus précises ; on donna
des différentes parties du corps des descrip-
tions plus exactes et plus métnodiques. L'<mi
fit aussi de prMeuses découvertes : l'une
des plus importantes fut celle du système
lymphatique, qu'avaient entrevu les anato-
mistes d'Alexandrie. La connaissance des
vaisseaux lymphatiques exer^ sur les théo-
ries physiologiques et médicales une in-
fluence presque aussi grande que la décou-
verte de la circulation du sang.
L'art des injections, poussé par Ruysch au
plus haut degré de perfection, les recher-
ches microscopiques appliquées A l'étude de
l'organisation, ouvrirent de nouvelles routes
A l'investigation des anatomistes.
On avait en quelque sorte épuisé la des-
cription des formes extérieures ; on voulut
alors pénétrer la texture intime des organes.
Hais trop souvent, dans ce genre de recher-
ches, l'on imagina au lieu d'observer. Mal-
pighi , ]?ar exemple, admettait, dans le cer-
veau, les poumons, le foie, la rate elles
reins, une structure glanduleuse, tandis que
Ruysch regardait toutes ces parties comme
essentiellement vasculaires. On chercha
aussi A démêler le lacis inextricable formé
par les fibres du cœor; mais on voit avec
peine qu'étudiées par un grand nombre
â*anatomistes, ces nbres furent différem-
ment décrites par chacun d'eux.
Les organes des sens, et spéôalemeut
ceux de la vue et de l'ouïe, devinrent Tobiet
des plus savantes recherches : le cristalUu
fut étudié par le célèbre astronome Kefder,
et le siège de la Tision fut placé, pour la
première fois, dans la rétine par Christophe
Sbeiner.
Vers le milieu du xnu* siècle, les immen-
ses travaux de Haller montrèrent les liens
intimes qui-nnissent l'anatomie et la physio-
logie. Une nouvelle direction fut impnmée
à ces deux sciences. La physiologie surtout
changea de face ; et, dès qu'on ne sépara
plus son étude de celle de l'anatomie, elle
tendit A devenir une science positive.
L*anatomie et la physiologie conservent
encore aujourd'hui la forme qui leur a été
donnée par Haller. Ce grand homme semble
avoir inspiré les belles et nombreuses re-
cherches entreprises sur toutes les bran-
ches de l'anatomie pendant les quarante de^
fis
ANà
Dir.TIONNAI.^E
K^\
m
nières années qui viennent de s'écouler. Les
travaux de Hunier, de Sieunucring, iics deux
Meckcl, de Rcil, de S<.'nrp«i» de Mciscagiii,
de Gall, de Bichat, de Cliaussicr, clc, [lour
ne parler que «les moris, remplissent ftriuci-
paiement cette période. Rappelons enfin ^
GoniBic Tun des plus beaux titres des anato-
mistes do nos jours, les curieuses rccher-
clies faites réceinmcnt en France et en Alle-
magne sur le développement des systèmes
nerveux, vasculaire et osseux.
Dès que la dissection des cadavres lin-
mains eut été permise aux anatomistes, ils
portèrent toute leur attention sur les orga-
nes de riiomme, et l'étude du corps des
animaux fut momentanément abandonnée.
Ce n'est qu'à une époque assez rapprochée
do nous que la zootomie fut de nouveau
cultivée. Les mémoires de TAcadémie des
sciences, ceux des curieux de la nature, con-
tiennent dutiles travaux sur Tanatomie
comparée. L'infatigable Malpighi fut Tun
des premiers qui cherchèrent a éclairer l'or-
ganisation de l'homme, en la comparant à
celle des animaux. Swammerdam, Perrault,
Réaumur, Geoffroy, Trembley, parcouru-
rent avec gloire la même carrière. Plus tard,
le collaborateur de BufTon, le laborieux
Daubenton, enrichit d'un grand nombre de
dissections d*animaux l'histoire naturelle de
son illustre ami. Peu de temps après, Vicq-
d'Azir conçut l'étude de l'anatomie compa-
rée sur un plan beaucoup plus vaste et plus
philosophique qu'aucun de ses prédéces-
seurs. Doué d*un savoir profond, d'un esprit
pénétrant, d'ane éloquence entraînante, (|ue
n'aurait-il point fait pour la science, si la
tnort ne l'eût frappé à l'entrée de la carrière!
A côté de tant de noms illustres, nous
pouvons citer avec orgueil, parmi nos con-
temporains, les noms des Cuvier, des Lacé-
1)ède, des Duméril, des Geoffroy-Saînt-Hi-
airCf des Blainville, etc., qui par le nombre
et l'importance de leurs travaux, ont si puis-
samment contribué aux progrès de l'anato-
mie comparée.
Lorsque Tanatomie humaine commença à
fitre bien connue, les médecins durent natu-
rellement chercher dans la lésion des orga-
nes internes la cause des fjhénomèues mor-
bides. Aussi, dès le xvi* siècle, l'on trouve
. quelques rudiments de la culture de Tanato-
mio pathologique. Euslachi la préconisait
dès lors comme l'un des plus sûrs moyens
de perfectionner le diagnostic. Dans les deux
siècles suivants, Baillou, Horstius, Bartholin,
Tulpius, Ruysch, Félix Plater, Théophile
Bonet surtout, cherchèrent à éclairer le dia-
{^ostic par l'examen des lésions cadavé-
riques. Mais les travaux de ces hommes
célèbres furent tous surpassés par les immor-
telles recherchas de Morgagni. Avant lui,
les descriptions étaient inexactes, les faits
mal interprétés, et la cause de la maladie
ea de la mort placée dans des lésions qui
leur étaient souvent tout à fait étrangères.
Morgagni sut le plus ordinairement se garan-
tir de ces défauts ; et rapprochant toujours
les symptômes et les lésions, il donna aux
rocb.erches d'anatomie pathologique un bien
plus haut degré d*intér6t et d*utilité. Enfui,
do nos jours, Tanatomie de l'homme malade
a ac<|uis encore un |)lus grand degré de per-
fection entre les mains des médecins fran-*
çais. La description eiacte des différées
tissus accidenlels est Tun des plus beaux ré-
sultats de leurs travaux. L'anatomie géné-
rale, en permettant d*envisager les lésions
des organes dans les différents tissus, a
ouvert aussi, dans ces derniers temps, nn
champ neuf et fécond aux recherches d*auft-
tomie pathologique.
L'étude de l'anatomie présente plus d'un
genre d'utilité. Ce n'est pas seulement aa
médecin, c'est aux artistes, aux savants, aux
philosophes, que cette étude est souvent
indispensable.
Le médecin doit étudier Tanatomie sou»
différents points de vue, selon la partie de
son art qu il cultive. Se livre-t-il spéciale-
ment à la chirurgie, Vanatomie des rapports^
telle que nous l'avons détinie, ne saurait lui
être trop familière. La plus petite opération
n'est pas pour lui sans <ianger, si, dans un
membre, par exemple, le trajet des nerfs, la
situation des vaisseaux, la direction des fibres
musculaires, la disposition des tendons et
des aponévroses, né lui sont pas minutieu-
sement connus. £tudie-t-il la médecine pro-
1)rementdite, il ne saurait trop méditer sur
a situation, les rapports et la structure des
différentes parties renfermées dans les gran-
des cavités du corps. Vanatomie générak
doit aussi lui fitre très-familière; c'est en
considérant les différences que présente
chaque tissu dans son organisation, dans ses
propriétés vitales et organiques, dans ses
sympathies, que le médecin pourra acquérir
les notions les plus précieuses sur une foule
d'altérations morbides, et sur leurs uom-
breuscs complications. Enfin, Vunatamk pa-
thologique deviendra pour lui une source
inépuisable de recherches et d'instruction.
C*est incontestablement à la culture de Tana-
tomie pathologique que les médecins mo-
dernes sont redevables de leur supériorité
sur les anciens, sous le rapport du diagnos-
tic. Une connaissance plus exacte du siège
des maladies a dû aussi conduire à l'emploi
de méthodes thérapeutiqucsplus rationnelles.
Cependant , l'anatomie morbide n'a point
jeté un jour égal sur toutes les parties delà
[pathologie. Elle ne nous a point éclairés sur
c siège d'une foule d'affections nerveuïcs
qui ne laissent après (^lles, dans les organes,
aucune trace de lésion. Elle a augnienlé
avec raison le nombre des ûèvres symntonia-
tiques; mais elle n'a point encore suîlîsam-
ment prouvé que toutes les fièvres fussent le
résultat d'une altération locale; elle n'a pas
encore expliqué la cause immédiate d un
grand nombre de morts, etc. L'anatomie
pathologiaue est donc une des bases les plus
sûres sur lesquelles puisse reposer la méde-
cine ; mais on doit avouer qu'il est beau-
coup de phénomènes morbides pour l'ex-
Ï)lication desquels celle science est tout à
ait insullisante.
flY
ANA
DXMIIROPOLOGiE.
A!<A
«fil
La eonnaîssance des fondions d'un or-
gane suppose nécessairement la connais-
sance de sa stroctare. Ainsi, savs anatomie,
la physiologie ne saurait exister.
L'ôlade de YatuUomie piêioresoue est très-
importante pour Tartiste (pii cnercbe à re-
produire les formes humaines sur le marbre
oa sur la toile. On doit s*étonner sans doute
que les anciens, si peu versés dans lanato-
mie» aient cependant conservé dans leurs
belles statues Texactitude des formes et des
saillies osseuses ou musculaires. Sous ce
rapport, on ne saurait trop admirer TApol-
loi du Belvédère, dont Tatlitudo sublime
n'appartient plus à la terre; le Laocoon,
dont la douleur semble se faire sentir dans
chaque contraction musculaire; le Gladia-
leor combattant, dont la pose est si bien
coordonnée avec le jeu des différents mus-
clas qui soulèvent la peau. Au reste, cette
perfection, atteinte par les anciens, prouve
que cest plutôt dans lobservation etTétude
attentive de la nature que dans les dissec-
tions qu'un artiste doit puiser ses connais-
sances anatomiqnes. Michel-Ange, entraîné
parla science de ramphithéâtre,£iitsentirle
maleU des muscles même dans les fibres
de femme; mais son génie donne à ces fib-
res un tel caractère de grandeur^ qu on tes
trouve, pour ainsi dire, plus belles que la
nature. Les artistes de la décadence croient
être aussi grands que le mattre, en se mon-
trant anatomistes comme lui; mais ils ne
font que des écorchés lourds et difformes.
Le métaphysicien, qui analyse la pensée
et décompose Tintelligence, ne saurait né-
gliger sans intonvéoient Tétode de Tanato-
mie. La connaissance du cerveau, des nerfs,
des organes des sens, devrait être, ce me
semble, en métaphysique, le véritable point
de départ. Les plus grands méla['hjsiciens
des siècles derniers. Descartes, Locke, Ma-
lebranche, Condillac, furent versés dans
ranatofflie.
Le physicien lui-même trouvera souvent,
dans la considération des organes des ani-
maux, d'importantes applications à faire aux
différentes parties de la physique. Ce fut Tê-
tu Je de la structure de l'œil oui porta Euler
à roDcevoir la possibilité des lunettes achro-
matiques. Noos avons vu de nos jours les
instruments à anche, perfectionnés à Taide
d'une sorte de lancette analogue à l'épi-
giotte. 11 n'est pas impossible que rcxamcn
4e la disoosition de Torgane de louïe ne
conduise les physiciens à des vues neuves
sur le méoBinisniie de la production et de la
propagation des sons.
Enfin, la connaissance de Tanatomie ne
devrait-elle point entrer dacs le système de
t »ute bonne éducation? Le cerveau, centre
commun où aboutit la. perception et d*où
part la volonté ; les organes des sens et de la
voix, si supérieurs aux instruments d'acous-
tique, d^optique et de musique, inventés i;ar
les honunes ; les organes de la digestion, où
Taliment grossier se métamorphose en un
suc nutritif; les ])Oumons, qui transforment
ce suc en un sang rv*i*aratfur; le cœur el ses
vaisseaux, dont Tensemble représente la
plus parfaite des machines hydrauliques ; les
organes sécréteurs, où, sous Tinfluence
d'une sorte de chimie vitale, s'élaborent les
liquides les plus variés ; les os et les mus-
cles, où se trouvent réunies les conditions
les plus parfaites de l'équilibre et du mou-
vement : ne sont-ce pas là des objets aussi
dignes des méditations de tout homme ins-
truit que la forme d*une plante, ou la décom-
position d'un sel? Espérons que, libres des
préjugés vulgaires, les philosophes, les litté-
rateurs, tous ceux qui sont jaloux d'étendre
le domaine de leurs idées par la contempla-
tion des œuvres de la nature, cultiveront de
plus en plus Tauatomie.
A?iAT0Mi£ coMPABÉB. — L'anatomîe comi)a-
rée est la science qui nous fait connaître l'or-
ganisation des animaux. Elle a été ainsi
nommée, parce aue, dans le principe, elle
avait pour objet la comparaison de Torgani-
sation de l'homme avec celle des animaux.
Moins restreinte auiourd'hui, rapatomie
comparée comprend l'étude des différences
et des analogies que présentent entre eux
les organes et les systèmes organiques, non*
seulement dans toutes la série animale, mais
encore dans la série des développem.ents
successifs que revêt cba(|ue espèce animale,
avant d'arriver à son develop][)efflent com-
plet.
I. Historique. — L'origine de ranatomie
com]>arée remonte à une haute antiquité. 11
parait certain que les prêtres égyptiens [pos-
sédaient sur cette science des notions assez
étendues, qui furent la source àlamielle vin-
rent puiser les philosophes de la Grèce, qui
seuls se livrèrent \ son étude dans ces temps
reculés. Les écoles de Pytbagore et de Tha-
ïes fournirent quelques anatomistes, parmi
lesquels il faut citer Ampédocle, l>émocrite
et Anaxaiore, le maître de Périclès et de
Socratc. Mais il faut arriver jusqu'à Aristote
pour trouver de véritables connaissances
scientifiques sur Tanatomic comparée, qui
le réclame comme son fondateur. Ce grand
homme porta dans l'étude de la nature un
esprit véritablement scientifique, recueillant
les faits avec soin, les classant avec méthode,
les comparant entre eux, et en déduisant les
conséquences qui en découlaient naturelle-
ment. Son premier chapitre de l'histoire des
animaux est une sorte de traité d'anatcroie
comparée, fort remarquable pour le tem;^s
où il fut écrit, et dans lequel on trouve déjà
la division des animaux en ceux qui ont le
sang rouge et ceux qui ont le sang blanc.
Après Aristote, qui ne laissa pas d'élèves di-
gnes de lui, nous trouvons Erasistrate,^ l'un
des plus célèbres anatomistes de l'école d'A-
lexandrie, lequel vil les vaisseaux lactés sur
les entrailles d'un chevreau. ^^'^ ^^^^
Galien étudia l'organisation de 1 nomire, en
disséquant les animaux qui s'en rapprochent
le plus, tels que l'orang-outang, es|)èee rare
de sinçes, qui vit dans les Indes orientales.
Apres une longue suite de sièsles, l'ana-
tOQiie comparée, comme les autres sciences,
fut enfin tirée de l'oubli, su xiV siècle. Vé^
«9
AiA
DlCTIONNAIIi^
ANA
m
salo, Bilan jer tîe Carj)», LoloraLms et sur-
Irmt Harvey, rimmorlel autour de la dépou-
verte de là circulation, renric'iirent d'un
grand nombre de faits nouveaux. 11 est re-
marquable de voir h cette é|îoque, encore
l)eu avancée, un anatoiniste français, Rioian,
soutenir déjà que des os fossiles d'une gran-
deur prodigieuse, attribués à Teutoboc-
chus, roi des Cimbres, avaient appartenu à
un éléphant.
A partir do cette époque, presque tous les
anatomistes étudièrent a la fois l'homme et
les animaux; tels sont : Sténon, Malpighi,
Ruish et Swammerdam, à qui nous devons
l'histoire complète de Tor^janisation des in-
sectes et de leurs métamorphoses.
Bientôt l'emploi du microscope livra aux
anatomistes tout un monde nouveau, que les
recherches de Redi et do Leeuwenhoeck fi-
rent connaître.
Haller, Spallanzani, firent servir l'anato-
mie com[)arée h la physiologie; et BufTon,
Daubenlon, Vicq-d'Azir, en firent la base so-
lide de la classification zoolo^que.
Enfin, G. Cuvier, qu'un rare et heureux
concours decirconstances avait |)lacé, comme
il le dit lui-même, dans une position telle,
qu'il ne croyait avoir aucun sujet d'envier
celle où se trouvait Aristote, lorsqu'un con-
auérant, savant lui-niAme, lui prodiguait
es trésors et lui soumettait des armées pour
lui faciliter l'étude de la nature, embrassa
de son puissant génie tout l'ensemble de l'a-
nalomie comparée, dont il est, ajuste titre,
considéré comme le second fondateur. Non-
seulement Cuvier l'a instituée comme scien-
ce; non -seulement il en a montré toute
l'importance au point de vue de l'histoire na-
turelle et de la philosophie; mais encore il
en a le premier fait l'application raisonnéc
à la géologie.
Depuis Cuvier, de nombreux anatomistes
ont marché sur ses traces ; et la science qu'il
a créée s'est enrichie d'un grand nombre de
faits, de détails, qui tous sont venus se ran-
Ser dans les ordres qu'il avait tracés. L'étude
u développement des organismes, suivie
avec plus de soin, a jeté une lumière nou-
velle sur les mystères de la formation des
organes, sur les rapports intimes qui exis-
tent entre tous les êtres jouissant de l'ani-
malité, et sur quelques-unes des lois qui ré-
gissent les modifications fonctionnelles qu'ils
nous présentent.
II. Caractères fonctionnels de VanimalUé.
— Tous les êtres organisés et doués de la
vie offrent ce triple caractère : qu'ils pro-
viennent par génération d'êtres semblables à
eux; qu'ils s'accroissent par un double mou-
vement d'absorption de molécules nouvelles
et d'élimination de molécules anciennes, ce
qui constitue essentiellement la nutrition:
et, enfin, qu'ils finissent par une véritable
mort, en retombant sous tes lois qui régis-
sent la nature inorganique. Deux facultés
générales, celles de se nourrir et de se re-
produire, caractérisent donc l'organisation en
action. Si plusieurs corps organisés n'exer-
cent que ces deux fonctioms générales et
celles qui en sont les accessoires, il en est un
grand nombre d'autres qui remplissent des
fonctions particulières, lesquelles non-seu-
lement exigent des organes qui leur soient
appropriés, mais encore modifient néces-
sairement la manière dont les fonctions gé-
nérales sont exécutées, et, par conséquent,
les organes qui sont les instruments de ces
fonctions.
De toutes ces facultés moins générales qui
supposent l'organisation, mais qui n*en sont
|/as des suites nécessaires, )a fiiculté de sen-
tir et celle de se mouvoir volontairement
sont celles qui influent de la manière la plus
remarquable sur les autres fonctions. Ces
deux lacultés sont entièrement liées : U
mouvement volontaire suppose la sensibilUé;
car on ne conçoit pas la volonté sans désir et
sans sentiment do peine ou de plaisir. Or,
pourrions-nouspenscr que la nature, toujours
si prévoyante et si pleine de sollicitude |)eur
toutes ses œuvres, ait pu priver des êtres
susceptibles de sentir le plaisir et la dou-
leur, du pouvoir de fuir l'une et de tendre
vers l'autre!
Ces deux facultés, que nous possédons à
un haut degré, nous les attribuons, par ana-
logie, et d'après les apparences, à un grand
nombre d'êtres, que nous ai)pelons des
êtres animés ou antmauor.L'existence de cette
double faculté et du double appareil orga-
nique qu'elle nécessite, avec les modifica
tons des autres fonctions plus ^nérales
qu'elle entraîne, caractérise esseutiellemenl
I animalité.
En effet, tandis que les végétaux, fixés au
sol, absorbent immédiatement, par leurs ra^
cines, les parties nutritives des fluides qui
l'imbibent, i)ar une action tranquille et con-
tinue; les animaux qui ne sont point fixés,
qui changent souvent de lieu, avaient be-
soin de transporter avec eux la provision de
sucs nécessaires à leur nutrition. Aussi,
sont-ils pourvus d'une cavité intérieure,
dans laquelle ils placent leurs aliments, et
dans les parois de laquelle s'ouvrent des
pores ou des vaisseaux absorbants, qui sont
pour e.ux, suivant l'expression deBoerhaave,
de véritables racines intérieures.
Pour les animaux munis d'une poche as-
sez grande pour admettre des substances so-
lides, il a fallu des instruments pour les di-
viser, des liqueurs pour les dissoudre, etc.
En un mot, la nutrition a dû être précédée
d'une multitude d'opérations préparatoires
dont l'ensemble constitue la dtgesHon.
Ainsi, la digestion est une fonction d'un
ordre secondaire, propre aux animaux et
nécessitée chez eux par la faculté de locomo-
tion dont ilsjouissent.
Des modifications non moins importantes
dérivent de la même cause. Dans les vé-
E;étaux dont la structure est fort simple,
e mouvement du fluide nutritif parait se
faire sous l'influence presque exclusive
des agents extérieurs ; dans les animauf .
au contraire, la complication et la multipli-
cité de leurs organes exigeaient des dispo-
sitions iiarticulieres et des forces plus ini»»-
«21
AM
D*ANTUIiOPOL€GIE.
AXA
santés pour distribuer ie Quide ré|)arateur.
De là uo systèoie de canaux ramifiés qui
eonslitueni deui troncs communiquant en-
semble, de manière que Tun reçoit dans ses
racines le fluide que Tautre a poussé dans
ses branches» et le rapporte au centre, d*où
il •doit être chassé de nouveau. A la réu-
nion des deux troncs se trouve une poche
contractile manie de soupapes tellement dis-
posées qu'elle pousse avec force dans les ar^
lères le sang qu'elle a reçu des veines. La
circulation n*est pas un caractère essentiel
de ranimalité, puisqu*un grand nombre
d*animaux en sont privés et se nourris-
sent par une sim|ile imbibition du fluide
préfiaré dans le tube digestif. Chez ceux qui
en ont une, le sang peut être considéré
romme le véhicule des matériaux nutri*
ttCi qu*il reçoit du tube digestif, des mem-
l>ranes t^umentaires et des poumons, ma-
tériaux qu*il s'incorpore d'une manière in-
time, et qu'il transmet aux oi^anes pour
leur eonservation ou leur accroissement.
Cest par les veines et par un ordre {larticu-
lier de vaisseaux , les lymphaiiques^ que le
sai^ reçoit les matériaux nutritifs nouveaux;
e*est par les mêmes vaisseaux qu'il reçoit les
nkolécules qui, après avoir vécu dans nos
tissus, s'en détachent, pour être rejelées de
noire économie.
Mais, avant de retourner aux organes, le
sans veineux doit subir le contact vivifiant
de fair atmos|)hériqae : il doit être modifié
par lareipiro/ton, fonction générale, com-
mune à tous les êtres organisés, et toujours
la même au fond, quoique tr^-diflëreute
dans son mécanisme. Chez les animaux qui
n'ont pas de circulation, elle se (ait par la
surfiue extérieure du corps, ou par des vais-
seaux aériens qui ]H>rtent partout le fluide
atmosphérique au contact au sang ré|iandu
dans les interstices des tissus or^^iques.
Ceux qui ont une circulation respirent par
Qfl organe spécial, poumon ou frraiurAïf , que
traverse le sang veineux et que l'air exté-
rieor pénètre. La respiration pulmonaire ou
bianduale est donc une fonction d'un troi-
sième ordre, liée à l'existence de la circula-
tion et, rar conséquent, aux facultés que nous
avons dit être le caractère de l'animalité.
Ce que nous venons de dire montre
quelle influence les fatuités propres aux
animaux, la ten$ibilité et la iocomoiilité^
exercent sur les fonctions communes à tous
les êtres or^nisés, et sur la disposition ana-
lomique des instruments de ces fonctions.
Nous Terrons plus loin que toutes les fonc-
tions des animaux des divers ordres exer-
cent une influence non moins puissante les
unes sur les autres, tant il y a d'ensemble
et (f harmonie dans les productions de ta na-
tjire vivante !
' fin somme, l'animal vit, se meut et se re-
produit. D'où l'on voit que toutes les fonc-
tions des animaux peuvent se diviser en
tniis ordres : celles qui leur sont essentiel-
les, qui leur donnent le caractère de l'ani-
maiité, la sensibilité et le mouvement vo-
lontaire: ce sont les fonctions anima/es; celles
qui servent à leur nutrition, à rer.tretien de
la vie individuelle : ce sont les fonctions
nutritives^ digestion^ absorption^ circulation^
respiration, transpiration , sécrétions : enfin
la génération, destinée à remplacer les in-
dividus qui périssent |*ar des indiridus nou-
veaux et a perpétuer la vie de l'espèce.
Après avoir indiqué ces fonctions, jetons
un coupd'œil rapide sur les instruments par
lesquels elles s'exercent.
Quand on iiorte son attention sur l'orga-
nisme animal, on voit qu'il se compose de
parties solides et de parties fluides. Ces der-
nières, quoique variables en quantité, prédo-
minent toujours sur les premières. Elles
comprennent le sang, la lymphe, la séro-
sité, la graisse et divers produits de sécré-
tion.
Les parties solides s*oflrent à nous sous
des aspects très-divers ; mais leur division
mécanique conduit toujours en dernier résul-
tat à iies lamelles où à des filaments qui pa-
raissent être les particules organiques élé-
mentaires. On peut les rapporter à trois ty-
t>cs ou tissui élémentaires : le tissu celluleux,
e tissu nerveux et le tissu mufcubire.
Le premier existe dans tous les animaux
et dans tous les organes. On peut le considé-
rer comme la gangue dans laquelle se déve-
loppent tous les autres organes et comme la
base de la plupart d'entre eux. Ainsi les
membranes ne sont que du tissu cellulaire
plus serré, dont les lames sont plus rappro-
chées, ce que démontre la macération ; les
vaisseaux ne sont que des membranes con-
tournées en cylindres, et presque toutes les
parties molles du corps semblent être un
assemblage de vaisseaux et ne différer entre
elles que par la nature des liquides que les
vaisseaux contiennent, par leur nombre, par
leur direction, la constitution de leurs pa-
rois, etc. C'est ainsi que l'on peut (aire dé-
river du tissu celluleux les tissus séreux,
muqueux, glanduleux, fibreux, fibro-cartila-
gineux, osseux.
Le tissu nerveux est celui par lequel nous
exerçons la faculté de sentir. Il se présente
sojjs la forme de filets, partant de certains
centres et se portant à toutes les parties du
corps. C'est par les nerfs qui se portent à la
périphérie ae notre organisme que nous
avons la sensation du monde extérieur.
Le tissu ou fibre musculaire est l'organe
du mouvement. Cette fibre se contracte et se
raccourcit en se fronçant sous l'influence de
la volonté. Haïs la volonté n'exerce ce pou-
voir que par l'intermédiaire du nerf, puis-
que la fibre n'obéit plus, lorsoue celui-ci est
coupé. Elle se voit partout ou des mouve-
ments de dilata'tion et de resserrement sont
nécessaires ; mais son principal usage est la
formation des muscles^ qui ne sont autre
chose que des faisceaux de fibres contrac-
tiles attachés par leurs deux extrémités* à
des parties mobiles. Lorsque le muscle se
contracte, les deux points auxquels il s*in-
sère se rapprochent: tel est le moyen simple
par lequel tous les mouvements extérieurs du
corps et des membres sont produits.
i»
ÂNA
dictionnâihf:
ANA
221
Chez les animaux rampants , les muscles
s'insèrent à la peau; chez ceux qui sont ca-
pables de courir, de marcher ou de sauter,
ils se fixent à des parties dures dont Ten-
semble constitue le squelette , et dont les
différentes parties, en se réunissant, forment
les articwiations.
Non-seulement le système nerveux cen-
tral, le cervéaUy influence lesgmuscles par le
moyeu des nerfs qu'il leur envoie, mais
encore il reçoit de toutes partir les impres-
sions qui lui viennent du dehors , en sui-
vant les nerfs qui partent de la périphérie.
L'intégrité du nerf sensitif est aussi indis-
pensable h la transmission de la sensation
que celle du nerf moteur, pour i>orter aux
muscles Tordre de la volonté. Qu'on le jcoupe
ou qu'on le lie^ la sensation cesse d'être
perçue.. .
Le sens le plus général est le toucher; il
existe chez tous les animaux et sûr presque
toute la surface du corps. Les autres sens
ne paraissent en être que des modifications
plus perfectionnées et appropriées à des im-"
pressions plus délicates. Il est remarquable
qu'ils sont tous placés à là tête et dans le
voisinage du cerveau. Les organes qui en
sont le siège sont merveilleusement adaptés
aux qualités des agents dont ils sont destinés
à recevoir l'impression : l'œil présente h la
lumière des lentilles transparentes qui en
rassemblent les rayons; l'oreille offre à Tair
des membranes, des fluides, qui en reçoi-
vent les ébranlements; le nez tamise en
quelque sorte la colonne d'air qui le tra-
verse pour en saisir les molécules odorantes,
et la langue présente au liquide savoureux
qu'elle doit goûter sa surface garnie de
papilles molles et spongieuses.
Le système nerveux ne nous fait pas con-
naître seulement ce qui se passe autour de
nous, dans le monde extérieur, il nous aver-
tit encore de ce qui a lieu en nous, dans
notre monde intérieur. C'est ainsi que nous
ressentons certaines douleurs internes, les
sensations de la fatigue , de la faim , do la
soif, etc.
De toutes les sensations qui naissent do
nos besoins et nous en avertissent, celle de
la faim est une des plus impérieuses qui
{missent solliciter l'animal h l'action. Elle
ui rappelle instamment la nécessité de
fournir de nouveaux matériaux à sa nutri-
tion. ^
Cette fonction est très-compliauée. Los
aliments sont pris, divisés, mâchés, insali-
vés et introduits dans le tube digestif, dont
ils traversent toute la longueur. Dans Feslo-
mac, ils sont réduits en une sorte de bouil-
lie homogène qui prend le nom de chyme;
après quoi ils passent' dans l'intestin, long
canal contourné sur lui-même, où ils se mê-
lent aux fluides abondants qu'y versent les
glandes intestinales, à la bile, aufluide pan-
créatique. C'est là qu'ils éprouvent une
élaboration dernière qui les rend aptes à
fournir les éléments nutritifs. Ceux-ci doi-
vent être absorbés, pendant l'acte de la di-
gestion, par des vaisseaux très-déliés, lym-
phatiques, qui les versent dans le système
veineux (général.
Cependant, ces matériaux nouveaux, in-
troduits dans te système Veineux, ne peu-
vent lui rendre immédiatement ses qualités
nutritives; ce sang doit enci»re être soumis
À 1 action vivifiante de la respiration. Les
t)rganes qui servent à' cette importante fonc-
tion offrent de grandes difi'érences, selon les
animaux. Chezceux qui sont privés de cir-
culation, l'air pénètre, au moyen de vais-
seaux connus sous le nom de trachées^ dans
toutes les parties du corps et va trouver le
fluide nourricier, qu'il modiflo en quelque
sorte sur place : telle est la «•espirali'n
chez les insectes et plusieurs arachnides.
Chez les animaux plus élevés et pourvus
d'une circulation sanguine, l'organe respira-
toire est constitué soit par un groupe de vé-
sicules recevant l'air par un canal unique et
ramifié, et sur les parois desquelles vien-
nent se diviser à Tlnfini tes vaisseaux qui
apportent le sang veineux, soit par des la-
mes ou feuillets qui servent de stt|>ports
aux .'•amifications vasculaircs et qui plon-
gent dans l'eau. Dans le premier cas, l'or-
gane respiratoire est un poumon: dans le
second, il porte le nortfi de branchw.
A son passage dans l'organe respiratoire,
le sang éprouve une véritable combustion;
il absorbe de l'oxygène et perd ilu carljone,
oui s'exhale sous forme d'acide carbmiique.
Plusieurs autres princi|>es sont encore
éliminés du sang par les sécrétions uriiial-
res, cutanées et intestinales. Ces différents
moyens d'épuration du sang peuvent jus-
qu'à un certain point se suppléer l'un I au-
tre : ils paraissent donc tendre vers un
même but.
Tous les phénomènes nutritifs qui se
passent dans le corps de l'animal résultent
en définitive d'un mouvement continu de
composition et do décomposition. En même
temps que le sang reçoit les matériaux nu-
tritifs que les lymphatiques ont puisé dans
le tube intestinal, il entraîne les molécules
qui se séparent des organes, et il abandonne
une multitude desubslances qui se séparent
de lui dans les poumons, Icfoie, les reins, etc.
On donne le nom de sécrétion \ rojiératioii
par la(iuelle un fluide est séparé d'un autre,
et de (jiande h l'organe chargé de celte sé-
paration. Ces glandes diffèrent beauconi>,
quant h leur aspect, h leur forme et à leur
volume, mais toutes peuvent être ramenées
h deux types élémentaires : les glandes par
dépression et les glandes par prùjeciion.
L'élément sécréteur est toujours, ainsi 'que
Ta démontré Malpighi, une membrane lim»,
très-vasculaire et douée d'une propriété qui
lui est propre, (ju'elle lient de son tirganî-
sation, celle de sénarer de la masse dtisang
un produit variable, selon le but qu*il doit
remplir et rorgane»qui le sécrète; or celle
membrane sécrétante^ qui devait avoir une
étendue proportionnée à la quantité de pro-
duit qu'elle devait fournir, s est disposée de
deux manières, pour offrir le plus de surface
avec le moins de volume poîjisiblc : lanttK
«a*
ANA
DANTIlUOrOLOGlE.
ANA
22G
elle s*est déprimée en petits sacs, en utri-
cules, en tubes ramifiés et pressés les uns
contre les autres : tel est le cas des glandes
erdiaaires; tantôt, au contraire, elle s*est
développée, projtiét à Textérieur, en for-
mant des saillies, des villosilés, des fran-
ges de formes variées. Ce second type d'or-
ganes sécréteurs, les glandes projetées^ dé-
couTertes récemment par M. Lacaucbie,
existent dans les cavités séreuses et svno-
Tîales et dans plusieurs organes où leur
présence u avait pas été soupçonnée.
Le foie sécrète la bile, les glandes sali-
vaires la balive, les glandes synoviales la
svnovie, etc. ; mais on peut rattacher aux
sécrétions un grand nombre d'autres trans-
formations ou séparations d'humeurs ou de
fluides. Ainsi, par exemple, il est permis de
penser que le cerveau sépare du sang un
lloide particulier, dont la nature nous a
échappe jusqu'ici et qui serait l'agent des
phénomènes nerveux. ^
C'est encore à une sécrétion qu'il laut
rattacher les phénomènes primitifs de la
r génération, la formation de la liqueur pro-
ifique et du germe. Les organes de cette
ftmctîon sont, d'une part, ceux oui prépa-
rent la liqueur prolifique et qui la portent
ao contact des germes ; d'autre j>art, ceux
ffui doivent contenir et prot^r les germes
jusqu'à leur développement complet. Les
premiers constituent le sexe masculin, les
seconds le sexe féminin. Lorsque Tovule sé-
erétépar l'ovaire a été fécondé par la liqueur
séminale, il se détache de l'ovaire et s'en-
isi^e dans la trompe qui le conduit dans
i'otéms, si ranimai est rtripore, ou dans
Voridueiu$9 s'il est ovipare. Dans le premier
cas, le petit germe tire sa nourriture d'un
la ns de vaisseaux, qui vont puiser dans le
sang de la mère les matériaux de son déve-
loppement. Dans le second cas, il se nourrit
d'une masse organisée, le jaune de l'œuf ou
rùellÊU^ qui lui est attaché par des liens
Taseolaires et dont le volume est assez con-
sidérable pour l'amener à un degré de dé-
veloppement tel qu'il puisse vivre de la vie
extérieure après avoir brisé sa coquille.
m. Principales différences d€ F organisation
des animaux. — Nous venons de voir, dans
ce coup d'oeil rapide, jeté sur l'ensemble de
l'organisation animale, que les différents
systèmes d'organes, tout en atteignant le but
fonctionnel qui leur a été assigné, sont loin
de présenter a Tanatomiste les md nés appa-
rences, la même disposition, la même stmo-
ture. Les différences frappent, au plus lé^er
examen, quand on compare l'organisation
des animaux oui se rapprochent le plus de
lliomme, du cnien, du cheval, par exemple,
avec oelle des animaux d'une organisation
moins élevée, des reptiles, des vers ou des
polvpes. Cette comparaison, objet principal
de l'anatomie comparée, nous fait reconnaî-
tre que les fonctions se perfectionnent et se
complètent à mesure que les organismes se
diversifient et se compliquent ; qu'elles se
simplifient, an contraire, à mesure que
l'on se rapproche de la limite inférieure de
l'animalité. Mais, soit que l'on parte de
l'homme et des animaux supérieurs, pour
arriver, en suivant des dégradations ^cces-
sivesy aux vers et aux polypes; soit que,
(prenant l'organisaliôn dans son expression
a plus simple, on la suive dans ses compli-
cations et ses perfectionnements croissants,
l'analyse physiologique nous ramène tou-
jours à ces trois fonctions fondamentales
que nous avons dit caractériser l'animalité,
savoir : les fonctions animales (sensibilité
et locomotilité volontaire), les fonctions vi-
tales ou végétatives, et les fonctions de re-
f)roduction. Le but est toujours le môme;
es moyens de l'atteindre sont infiniment
variés, il suffira, pour en juger, de compa-
rer, ainsi que nous allons le laire, les prin-
cipaux systèmes d'organes dans la série
animale.
Le système locomoteur présente deux dif-
férences générales importantes : tantôt les
os forment un squelette intérieur, autour
duquel se disposent les muscles qui doivent
les mouvoir; tantôt il n'y a pas de sque-
lette intérieur. Dans le premier cas, la
charfiente de l'animal est essentiellement
constituée par une colonne, formée de piè-
ces superposées et appelée colonne verte--
broie: d'où la dénomination de vertébrés
donnée aux animaux qui en sont pourvus.
Ceux Iqui n'ont pas de vertèbres, ou les m-
vertébrés^ diffèrent beaucoup entre eux :
les uns sont entièrement mous, comme les
vers; d'autres ont le corps enveloppé de
pièces dures, articulées les unes sur les au-
tres, et forment un squelette extérieur ^
comme les insectes et les crustacés; d'autres,
enfin, sont renfermés dans des coquilles,
comme les mollusques.
Les organes des sensations ne présentent
pas moins de différences, tant dans leur par*
tie centrale que dans leurs expansions péri*
phériques. Le système nerveux central offre
trois grandes différences : ou bien il forme
une masse allongée, placée au-dessus du
canal digestif et renfermée dans un étui os-
seux, commedans tous lesvertébrés; ou bien
il est placé au-dessous du tube digestif et ren-
fermé dans la même cavité, comme cliex
les mollusques et les articulés; ou bien,
enfin, il est entièrement confondu avec les
autres tissus, comme chez certains animaux,
placés sur les plus bas échelons de l'échelle
animale, les zoophytes eu polypes^ qui pa-
raissent formés d'une substance homogène,
dan.ç laquelle on ne trouve ni vaisseaux, ni
nerfs. ^
Les expansions nerveuses périphériques,
ou les organes des sensy varient beaucoup,
guant à leur nombre et à leur degré de per-
fection. Trois sens, le toucher, le goût et
peut-être l'odorat, paraissent appartenir k
tous les animaux. La vue et l'ouïe manquent
aux zoophytes, à plusieurs vers articulés,
à certains mollusques. Peut-être faut-il ad-
mettre que l'organisation si délicate de la
peau de ces animaux leur tient, jusqu'à uu
certain point, lieu de ces sens et leur per-
met, selon l'expression d'un savant naiura-
iî7
ANA
DICTIONNAIRE
ANA
i8
turaiiste , de palper jusqu'à la lumière.
Lorsque les organes des sens existent,
comme chez Thomme et tous les vertébrés,
ils présentent encore des différences infi-
nies dans leur degré de perfection. «L'œil,
par exemple, pr«^sente aux rayons lumineux
un appareil de lentilles plus ou moins com-
f)let, selon la perfection de ranimai, le mi-
ieu dans lequel il rit,^ etc. L'organe lui-
même peut être fixe ou jouir d'une grande
mobilité ; il peut être protégé, ou non, par
des voiles membraneux, qui le garantissent
avec plus ou moins d'efficacité de l'action
nuisible des corps extérieurs. Des différen-
ces analogues se remarquent dans la dispo-
sition des autres sens.
Les organes de la vie végétative n'offrent
pas moins de variations. Le tube disestif,
Ïui en forme la partie essentielle, présente
eux grandes différences. Dans son état le
plus simple, chez les zoophytes, c'est un
tube, ou un sac à une seule ouverture, qui
sert à la fois d'entrée aux aliments et d'issue
aux excréments. Dans tous les autres ani-
maux, il a deux ouvertures distinctes affec^
tées à chacun de ces usages. Mais, tantôt ce
canal s'étend directement de la bouche à
l'anus ; tantôt il décrit des circonvolutions
plus ou moins grandes, qui en augmentent
singulièrement retendue ; tantôt il offre, sur
son trajet, des dilatations variables pour le
nombre et la capacité. Une des différences
les plus importantes et qui influe le plus
sur le mode d'alimentation de chaque es-
pèce, c'est que la bouche peut ètro armée
de dents capables de broyer, de couper ou
de déchirer des corps durs, ou qu'elle peut
en être dépourvue et ne permettre que l'in-
troduction de corps entiers ou de substances
fluides.
Le produit de la disestion, le ehyle^ par-
vient aux organes qu'il doit réparer de deux
manières dinérentes : ou bien il transsude
au travers des parois du tube digestif, pour
baigner toutes les parties du corps, ainsi
qu'on l'observe chez les zoophytes et les
insectes qui n'ont pas de circulation dis-
tincte ; ou bien il est recueilli par des vais-
seaux particuliers qui le versent dans le
sang.
Ce liquide est lui-même tantôt incolore ,
blanc ou bleuâtre , comme dans la plupart
des mollusques, tantôt rouge, comme dans
les vertébrés. Parmi ces derniers, les mam-
mifères ont le chvle blanc et laiteux, tandis
que les oiseaux, les reptiles et les poissons,
ont le chyle transparent et semblable à la
lymphe ordinaire.
Quant à la circulation, elle offre aussi de
grandes différences. Nous venons de voir
que quelques animaux n'en ont pas. Ceux
qui en sont doués peuvent Tavoir simple ou
double. On dit qu elle est double lorsque
tout le sang veineux est oblisé de traverser
l'organe respiratoire, avant de passer dans
l'arbre artériel ; les oiseaux, les mammifères,
les poissons et certains mollusques sont dans
ce cas.
La circulation est simple ou incomplète
lorsqu'une partie du sang veineux rentre dans
le système artériel, sans traverser l'organe
respiratoire; telle est la circulation des rep-
tiles. Des différences analogues se voient
dai.>s le nombre et la position des organes
d'impulsion du sang, des coeurs. Quand la
circulation est simple , il n'y en a qu'un.
Quand elle est double , il peut aussi n'y en
avoir qu'un, lequel est placé tantôt à lori-
gine de l'artère pulmonaire ou branchiale,
comme dans les poissons, ou à Torigine de
l'aorte, rcBuraorft^ue, comme dans les li-
maçons; mais il y en a le plus souvent
deux, l'un pour l'artère pulmonaire, l'autre
lK)ur l'aorte. Ces deux cœurs sont ordi-
iialreinent réunis en un seul , comme dans
l'homme, et quelquefois sé])arés, comme
dans les sèches.
Les organes respiratoires nous présen-
tent quatl^e différences principales : ou bien
la respirât on s'effectue par toute la sur-
iïice du corps et n'a pas d organes distincts,
comme chez les zoophytes ; ou bien elle se
fait par des trachées ^ sortes de vaisseaux
aériens, qui transportent le fluide respi
rable dans toutes les parties du corps,
ainsi qu'on l'observe chez les insectes,
que nous avons vus manquer de circula-
tion; ou bien elle s'opère par des 6ran-
chies; ou bien enfin par des poMmans. La
respiration' branchiale est propre aux ani-
maux qui vivent dans Teau : elle s'effectue
Ear des lames, des franges, des houppes qui
aignent dans ce liquide et sur lesquelles
vient se ramifier lartère branchiale. La res-
piration pulmonaire appartient aux animaux
qui jouissent au plus naut degré de la vie
animale ; elle se fait au moyen d'un organe
qui peut être comparé à une grande vessie,
que l'animal peut comprimer ou distendre,
sur les parois de laquelle vient s'épanouir
l'artère pulmonaire, et qui communique à
l'extérieur par un conduit unique, làtra-
chée-artère.
A la respiration pulmonaire se rattache
intimement une fonction d'une haute impor-
tance au point de vue du perfectionnement
de la vie animale. Nous voulons parler de
la voix. La véritable voix, qu'il ne faut pa£
confondre avec certains sons ou bruits que
quelques insectes peuvent produire, en
mettant en mouvement certaines parties
élastiques, est propre aux animaux qui res-
pirent par des poumons. Eux seuls, en effet,
peuvent mettre en mouvement une colonne
d'air capable de faire vibrer les lèvres ten-
dues d un appareil particulier qui porte le
nom de gloUe et dans lequel se forme le
son. Cet appareil se présente avec deux
Î grandes modifications : tantôt il est placé à
a base de la langue, à l'extrémité antérieure
du tube qui conduit l'air aux poumons et
qui fait dans ce cas l'oflice deporte^eiU;
tantôt, au contraire, il se trouve à Texlré-
mité pulmonaire de ce même tube, qui de-
vient alors un porte-voix. La première
disposition existe chez les quadrupèdes et
les rept les ; la seconde est propre aux
oiseaux.
3i9
ANA
DAM ilROPOLOGlE.
ANA
2S0
Les organes destinés à la reproJuction de
Tespè^ nous offrent aussi de notables diffé-
rences. Chez les zoophytés, le petit animal
i^roft sur le corps ae Tadulte, comme un
bourgeon sur un arbre. Chez les autres ani-
maai, la reproduction s'effectue par le con-
cours d*oiiganes spéciaux qui constituent
les seies. Le plus souvent , ceux-ci sont
séMrés et appartiennent à deux individus
dinérents; cnez quelques mollusques les
deux sexes sont reunis sur le même indi-
ridu. Dans ce dernier cas, qui constitue
l'hermaphrodisme , tantôt la fonction s'ac-
complit au moyen des organes d'un seul
individu, comme dans les mollusques bi-
ralTes; tantôt elle exige la réunion de deux
ImliYidus semblables, ce que nous voyons
lians les limaçons. — Quant au produit de
la génération, ou bien il se développe comme
iiu bourgeon qui se détache bientôt, pour
jouir d'une vie propre; ou bien c'est un
embryon qui se greffe aux parois de l'utérus
(lésa mère, au il ne quitte que lorsqu'il
est assez développé pour jouir d'une vie
iDdé{iendante ; ou bien enfin, c'est un
genne, enveloppé dans une coque, au mi-
fiea d'une substance qui doit servir à son
accroissement. Ces trois modes de repro-
duction sont connus sous les noms de géné-
rations gemmipart^ rtvijpare, et ovipare. 11
Q*e$t pas sans intérêt de remarquer que
parmi les animaux ovipares, s'il en est
quelques-uns,' comme la vipère, qui donnent
naissance à des petits vivants, c est que les
(Bufs sont éclos aans Yoviducte.
Lorsque le petit animal est né, il présente
)e plus souvent les mômes apparences que
dans l'état adulte; mais il en est qui doivent
éprouver des changements considérables
lie forme , perdre certaines parties et en
acquérir de nouvelles. Ces métamorphoses
sin^lières sont des plus évidentes dans
les in$ecie$f les grenouilles et les salaman-
dres.
La plupart des fonctions que nous venons
d'examiner exigent des organes nombreux
chargés de la préparation de certains liqui-
des utiles à la fonction, ou de l'élimination des
matériaux qui doivent être rejetés de l'or-
ganisme. Ce sont les organes sécrétoires ou
les glandes. Aussi nombreux que variés
dans leurs formes, ils offrent cependant trois
différences générales qu'il importe de signa-
ler. Dans les zoophytes , ils ne sont pas dis-
tincts des autres organes ; dans les articulés
privés de circulation, ils représentent des
tubes aui plongent dans les organes, pour
rfl 1er chercher, si l'on peut s'exprimer ainsi,
'<*$ éléments qu'ils sont chargés de recueil-
lir; enfin, dans tous les animaux pourvus de
circulation, ils forment des masses d'un vo-
lume très-variable qui portent le nom de
glandes.
Embryogénie. — Nous venons de voir les
différences capitales que présentent les ani-
maux comparés entre eux, à leur état de
dételoppement complet; mais l'anatomie
<^mparee ne s'arrête pas là ; elle embrasse
toutes les phases de chaque individualité
animale, comme elle avait saisi l'onsemble
de toute l'animalité ; elle étudie les moditi-
cations organiques qui résultent des seies
et des Ages , elle prend chaque animal à la
première apparition de l'ovule et de fœuf,
origine première de tout corps organisé;
elle lesuit à travers les changementsde formes
des parties extérieures de l'embryon ; elle
()énetredans son intérieur pour constater
'apparition successive ou simultanée, tran-
sitoire ou permanente, de certains organes,
pour saisir le mécanisme des métamorpho-
ses qui s'opèrent dans l'ensemble ou les
parties des organes, dans leur structure in-
time et leur composition chimique. Cette
étude du développement de l'embryon cons-
titue une science d'origine toute moderne,
l'embryogénie^ science du plus haut intérêt
et qui a fourni les bases les plus impor-
tantes sur lesquelles s'est élevée l'anatomie
philosophique.
L'embryogénie a jeté aussi une vive lu-
mière sur une classe de pliénomènes qui
jusqu'à nos jours avaient paru complète-
ment en dehors des lois ordinaires de fa na-
ture; nous voulons parler des monstruosités.
A son tour, l'élude de ces formations anoi -
maies des organismes a fourni des docu-
ments précieux à l'embryogénie, à l'ana'o-
mie transcendante et à la physiologie. L'en-
semble des déductions tirées de 1 anatomie
des monstruosités, et que nous n'avons pas
à exposer ici, constitue la Tératologie (de
rip9.ç^ prodige , monstre^ et Xoyoc, discours).
IV. Anatomie philosophique^ transcendante^
spéculative. — Lorsque après avoir comparé,
dans toute l'étendue du règne animal, l'or-
ganisation de chaque espèce et les différen-
tes formes qu'elle revêt clans la série de ses
développements, on cherche à s'élever à la
connaissance des lois qui régissent les rap-
ports des organismes, soit qu'on les consi-
aère dans leurs évolutions successives dans
le même animal, ou dans l'ensemble du rè-
gne, soit qu'on les étudie dans leurs diff<^-
rents degrés de composition ou de simpli-
cité, on entre dans le domaine de l'anatomie
philosophique^ transcendante^ ou spéculative.
Cette science toute moderne, puisque le
génie de Cuvier en jeta les premiSfés et les
Ï>lus solides bases dans les Considérations sur
^économie animale^ qu'il mit en tété de ses
Leçons d'anatomie comparée^ en 1800, est
véritablement philosophique^ lorsqu'elle re-
vêt les caractères des sciences de raisonne-
ment, qu'elle s'appuie sur des laits bien ob-
servés, incontestables , et quo ses proposi-
'ons en sont logiquement déduites. Elle
devient spéculative lorsque, préjugeant les
faits ou les dépassant, elle arrive à des
conclusions hypothétiques, auxquelles Tob-
servation refuse son appui.
Loi des conditions d'existence. — Cette
loi, formulée par l'illustre fondateur de l'a-
natomie comparée, est fondée sur le prin-
cipe que tous les organes, agissant les uns
sur les autres, doivent conserver entre eux
des rapports harmoniques. Cette loi éminen -
ment pnilosophique donna la t||{jj£sprin-
esi
ANA
DICTIONNAIRE
ANA
25i
cîpirics modifiralions oiganiquos qui font
varier à rirrtiiij Jes rapports^ des Cires aiii^ ,
inés'oi des fonction? i»arlicuîi6pe5 qui côiïi-
poscnl leur existence. , . , j.«..
Nous avons indique \c$ principales diffé-
rences que peuvent présenter les organes
affectés à chaque fonction dans l'ensemble
du règne animal. Or^ si Ton supposait les
différences d'un organe unies successive-
ment avec celles de tous les autres, on ob-
tiendrait un nombre très-considérable de
combinaisons organiques, qui répondraient
à autant de classes d'animaux. « Mais ces
combinaisons, dit G. Cuvier, qui parais-
sent possibles, lorsqu'on les considère d une
manière abstraite, n'existent pas dans la na-
ture, parce que les organes ne sont pas seu-
lement rapprochés, mais qu'ils agissent les
uns sur les autres et concourent tous en-
semble h ua but commun. D'après cela, les
modifications de l'un d'eux exercent une in-
fluence sur celles de tous les autres. Celles
dfi ces modifications qui ne peuvent point
exister ensemble s'excluent réciproquement ;
tandis que d'autres s'appellent, pour ainsi
dire, et cela non-seulement dans les orga-
nes qui sont entre eux dans un rapport im-
médiat, mais encore dans ceux qui en parais-
sent, au premier coup d'œil, les plus éloi-
gnés et les plus indépendants. » Ainsi, par
exemple, quand il n'y a pas de circulation,
il ne peut y avoir d'organe respiratoire spé-
cial ; il faut que l^a respiration se fasse sur
place, pour ainsi dire, et par tout le corps.
Mais la circulation, lors(iuelle existe, a be-
soin d'organes moteurs, et ceux-ci recevant
leur force du système nerveux , il s'ensuit
que l'existence d'un poumon suppose l'exis-
tence d'un système nerveux. C'est sur cette
dépendance mutuelle des fonctions et ce se-
cours qu'elles se prêtent réciproquement
que sont fondées les lois qui déterminent
les rapports de leurs organes, et qui sont
d'une nécessité égale à celles des lois méta-
physiques' ou mathématiques; car il est
évident que l'harmonie convenable entre les
organes qui agissent les uns sur les autres
est une condition nécessaire de l'existence
de l'être auquel ils appartiennent; et que si
une de ses fonctions était modifiée d'une ma-
nière incompatible avec les modifications
des autres, cet être ne pourrait pas exister.
: La comparaison deux à deux des fonctions
de l'économie animale montre cette vérité
dans tout son jour. Prenons pour exemple le
système des organes digestils, dans ses rap-
ports avec les systèmes des organes du mou-
vement et de la sensibilité. La disposition
du tube digestif détermine d'une manière
absolue le genre de ralimeatation de rani-
mai; il faut donc qu'il trouve dans ses sens
et ses organes locomoteurs les moyens de
reconnaître et de se procurer les aliments
qui lui conviennent, faute de quoi il ne
pourrait subsister. C'est ainsi qu un animal
qui ne peut digérer que de la chair doit,
sous peine de destruction de son es|)è('c,
avoir la faculté d'apercevoir son gilncr, de
le poursuivre; de le saisir, de le vaincre, de
le dépecer. Il lui faut donc une vue per-
çante, un odorat fin, do ladresse et de In
fdrce dans les patins et les niûchoiros. Ainsi,
jamais une dent tranchante et pro|>rc h ilé-
couper la chair ne se rencontrera avec un
pied enveloppé de corne et impropre h sai-
sir. Aussi tout animal à sal)Ot est herbivore
et a par conséquent des dents molaires pro-
pres à broj^er, un estomac Irôs-^mplc et sou-
vent multiple, un intestin très-long, etc.
En suivant ces comparaisons dans tous les
organes , nous trouverions une harmonie
constante entre toutes les modifications or-
ganiques ou fonctionnelles qu'ils présentent.
— Ces lois d'harmonie, de coexistence, ou
des conditions d'existence, ayant été dédui-
tes de la connaissance de l'inlluence récipro-
que des fonctions, et l'observation les ayant
confirmées , nous pouvons, dans quelques
cas , suivre une marche inverse. Si nous
trouvons entre deux organes des rapports
constants de forme ^ nous pourrons en con-
clure qu'ils sont en rapport de^ fonction.
Ainsi, le volume considérable du'ioie chez
les animaux qui respirent le moins, et la
privation totale où en sont les insectes, qui
ont la respiration la plus complète possible,
puisque tout leur corps est, pour ainsi dire,
un poumon, ont fait penser que le foie su[»-
plée jusqu'à un certain point ce dernier or-
Sane, en enlevant comme lui au sang ses
eux principes combustibles.
Tout en respectant la loi des conditions
d'existence et sans jamais sortir du polit
nombre de combinaisons possibles entre les
modifications essentielles des organes impor-
tants, la nature s'est abandonnée à louio sa
fécondité dans les modifications de$j»arlios
accessoires. Pour celles-ei, dit Cuvier, il
n'est pas besoin qu'une ferme. Qu'une dis-
position soit nécessaire; il semble même
souvent qu'elle n'a pas besoin d'êire utile
pour être réalisée; ilsuîlit qu'elle soit pa«-
sible^ c'est-à-dire qu'elle ne détruise pas l'ac-
cord de l'ensemble. Aussi, les modiucalions
des organes les moins importants, de ceux
qui sont à la surface de ranimai, et oui sont
plus particulièrement l'objet de l'histoire
naturelle, sont-elles innombrables?
Application de cette toi à la géologie. Pa-
lœontologie. — Nul n'a poussé aussi loin
que Cuvier l'étude de ces induences récipro-
ques des fonctions et des organes les unes
sur les autres. C'est par la connaissance a[i-
profondie de ces induences que cet homme
de génie a pu arriver à la solution de ce pro-
blème: Une partied'un animal étant donnée,
un os, une dent seulement, reconstruire
cet animal et déterminer les conditions au
milieu desquelles il a vécu et ses rap.port£
avec les autres espèces. C'est par la même
voie qu'il est parvenu à retrouver des esjiô^
ces et des genres entiers des créations anté-
rieures à la nôtre, et qui ont disparu dans
les derniers cataclysmes de noire planète.
Cette ap|>licalio'ii de l'analomic comparée
a pris le nom d'anatomic yeo/o^/fti^ ou de pa-
i'vontologie. Elle nous a révélé tout un règne
animal dont nous ne trouvons plus que des
AXA
D'ANTHROPOLOGIE.
ANA
•54
déhris à la surface ou dans ré|)aisseur de la
croûte do globe. Ces débris sont toutes les
parties dures qui ont pu résister à Taction
destmctire des agents physiques. Ce sont
des squelettes, des portions de squelette, des
os, des dents, des écailles, avant appartenu
à des animaux rertébrés ; ce sont des co-
quilles de mollusques ; certaines parties du«
res des crustacés, et ces polypiers calcaires
qui caractérisent les terrains littoraux. Ce
n*est que dans des occasions rares que Ton
peut examiner des cadavres entiers des ani-
maux de Tancien monde, comme certains
insectes que Ton trouve dans Tambre jaune
on le succin; ou comme le rhinocéros et
Téléphant découverts dans la Sibérie et con-^
serves intacts pendant des milliers d'années,
au moven des glaces formées par un refroi-
«tissement subit de ces régions, refroidisse-
ment que Ton expliaue par un changement
de situation des pAIes terrestres. Aussi 1 a^
natomiste qtii se livre à cette étude , nV
gissant le pins souvent que sur des sujets
mutilés, incomplets, doit réunir à une grande
habitude une connaissance exacte de tous
les détails et de lensemble de Torganisation
actuellement existante à la surface du globe,
pour la comparer avec une organisation dont
il ne reste plus que des vestiges.
Cniié de composition oraanique. — Si Ta-
nalomie comparée recherche les différences
des organismes, elle recherche aussi leurs
ressemblances et leurs analogies. On n*a pas
tardé à reconnaître que, parmi les combinai-
sons or]ganiques nombreuses que l'organisa*
tioD animale présente, il en est beaucoup qui
ont des parties communes, qui ne diffèrent
que très-peu» en sorte qu'en plaçant les unes
à côté des^utres celles qui se réassemblent le
plus, on peut en établir une série qui s'éloi-
F ne par degrés d'un type primitif. De là
idée de l'unité de formation et même de
composition de tout le règne animal.
D après cette idée, tous les êtres pour-
raient être disposés sur une échelle com*
mençant au plus parfait et finissant au plus
simnle, h celui qui serait doué des proprié-
tés les moins nombreuses et les plus généra-
les ; échelle ou série telle que l'esprit passe-
rait de l'un à l'autre, sans presque apercevoir
dlntervalle et comme par nuances insensi-
bles. Cette conception idéale de l'animalité
suivant une progression croissante de l'être
le plus simple h celui qui est le plus parfait,
à l'homme qui apparaît au sommet de la
création et qui en est la plus haute personni-
fication, est une des plus belles conceptions
d«* Fanatomie philosophique ou transcen-
dante. Malheureusement elle va plus loin
que les faits et n'est pas d'accord avec les
résultats de l'observation.
Sans doute, en se tenant dans certaines li-
mites et en prenant chaque organe isolément
et le suivant dans toutes les espèces d'une
classe, on le voit se dégrader avec une uni-
formité singulière ; on Te trouve même en-
core en vestige dans les espèces où il n'a
plus aucun usage ; en sorte que la nature
semble ne Yj avoir laissé que pour obéir i
DicTio?!?!. d'Axtbbopologie.
la loi de ne pas faire de saut, selon lexpres-
sion de G. Cuvier. Mais ce qui est vrai pour
les organes n'est pas vrai pour les espèces :
tel organe est à son plus haut degré de f lerfec*
tion dans une espèce et tel autre dans une
espèce toute différente ; de sorte qu'il fau-
drait former autant de séries qu'on aurait
pris d*organes pour terme de comparaison.
Ce qui est incontestable, c'est qu'il existe
des groupes d'animaux qui se rattachent par
des nuances douces et insensibles et qui
paraissent évidemment formés sur un même
type fondamental. Tels sont les vertébrés,
les mollusoues, les insectes. Tant qu'on se
tient dans les limites de ces groupes, on
peut facilement suivre la transaction qui
conduit du plus simple au plus composé;
mais quand il s'agit de lier entre eux cha-
cun de ces groupes, on ne peut méconnaître
l'intervalle ou le saut le plus marqué. (Cu-
vier.)
Recherche des analogies organiques. — Les
anatomistes, qui ont poursuivi l'unité de
composition or 'aniqne, ont dû préliminaire-
ment se livrer à la détermination des orga-
nes semblables ou analogues dans toute la sé-
rie; détermination souvent pleine de diffi-
cultés, à cause des différences de stnicture,
de force, de rapports et de développement
qu'il peut offnr. Ainsi , par exemple, les
anatomistes ne s'accordent pas sur la déter-
mination de certaines parties de l'encéphale
des poissons : les uns appellent couches op-
tiques ce que d'autres prennent pour les he*
mispbères cérébraux.
Le pancréas, le foie, la rate sont souvent
difficiles à distinguer, même dans le tvpe
des vertébrés, dont l'organisation est si évi-
demment conçue d'après le même plan. Me-
ckel avait méconnu la rate chez certains
ophidiens, parce qu'elle est soudée avec le
pancréas; celui-ci, très-facile à reconnaître
dans les trois premières classes des verté-
brés, n'existe plus qu'en vestige dans les
poissons, chez lesquels on le retrouve rem-
placé par des tubes plus ou moins nombreux
qui viennent s'aboucher vers le pylore.
Lorsque ces tubes manquent, on a considéré
comme l'analogue du pancréas quelques ap-
parences glanduleuses de la muqueuse intes-
tinale. D'où il suit que cet organe , d'abord
si distinct, tend de plus en plus à se confon-
dre avec le tube intestinal, dont il n'est
qu'une dépendance accessoire.
Les difficultés de ces déterminations sont
beaucoup plus grandes quand on descend
dans les animaux invertébrés. Ainsi les
anatomistes ne s'accordent pas sur la déter-
mination et même sur l'existence du foie
dans les articulés : selon M. Duvercay, on
aurait pris de ^ands sinus veineux pour
le foie des squilles, et il parait bien dé-
montré par l'analyse chimique que les tubes
aveugles qui s'atfouchent dans fintestin des
insectes, et que l'on considérait comme les
analogues du foie et aussi du pancréas, ne
sont que les analogues des reins. Les diffi-
cultés ne sont pas moins ^andes pour les
autres organes de la digestion, surtout chez
8
25$
ANA
CnONNAIRF
ANA
»
les insectes et les mollusques, qui orA tant
exercé la sagacité de Cuvier.
Chez les zoophytes, où les organes comme
les fonctions, de moins en moins^distincts,
finissent par disparaître et se fonaVe les uns
dans les autres en une substance d*appa-
rence homogène, les analogies deviennent
fort diflSciles à saisir. Un emploi fort ingé-
nieux du microscope a servi dans ces der-
niers temps à y découvrir Torgane généra-
teur mâle : on Va reconnu à la présence des
zoospermes dans sa cavité.
Ces exemples prouvent combien il est sou-
vent difficile de déterminer un même organe
dans la série, lors même que Ton suit pour se
guider l'analogie fonctionnelle ; en d'autres
termes, lorsque cet organe remplit les mêmes
fonctions. Mais on a poussé plus loin la
recherche des organes analogues, dans les
cas mêmes où ces organes remplissent des
fonctions différentes.
Les anatomistes qui se sont jetés dans
cette voie difficile se sont souvent égarés, et
les déductions auxquelles ils sont arrivés
ne sont le plus souvent que des aperçus plus
ou moins ingénieux, suivant qu ils se sont
plus ou moins éloignés de l'observation, et
selon le principe gui les a dirigés dans cette
recherche ; parmi ces principes théoriques,
deux sont célèbres et méritent de nous ar-
rêter ; ce sont : le principe des connexions et
celui, plus général et plus hypothétique
encore, de la répétition des organismes,
• Principe des connexions. — Ce principe,
formulé et développé par M. Geoffroy Saint-
Hilaire, repose sur la dépendance mutuelle,
tiécessaire et par conséquent invariable des
parties. Dans beaucoup de circonstances, il
est incontestable en application comme en
théorie. Ainsi les organes des sens spéciaux
se rattachant d'une manière immédiate, par
leurs nerfs, au centre principal du système
nerveux, quand on trouve un globe ocu-
laire, on arrive avec certitude, en suivant le
nerf optique, à la détermination du cerveau.
Le foie étant une annexe physiologique du
tube digestif, c'est dans le voisinage de celui-
ci et dans l'épaisseur même de ses parois
qu'il faudra en chercher la présence. De
même, les organes de la respiration ayant
toujours des rapports intimes avec les prin-
cipaux troncs vasculaires, ces connexions
feront reconnaître l'organe respiratoire,
quelle que soit sa position, soit à l'intérieur,
soit h 1 extérieur.
Dans les exemples que nous venons de
citer, il s'agit de connexions physiologi-
aues, dont le motif est facile à saisir ; mais
est certaines connexions que la science
n'a pas encore expliquées d'une manière
satisfaisante; telle est, par exemple, la
situation du principal cordon des nerfs, que
l'on trouve constamment ài la face abdomi-
nale du corps des animaux articulés au^
dessous du tube digestif, tandis qu'il est
J>lacé à la face dorsale et au-dessus chez tous
es vertébrés.
Le principe des connexions, surtout lors-
qu'il se fonde sur des rapports fonctionnels,
peut être d^une véritable utilité dans l'élude
des animaux qui ont atteint un certain degré
de perfection, dans tous les vertébrés. Mm
il devient d'une application difficile et même
tout à fait impossible quand on descend
dans l'organisation si variée des animaux
non vertébrés. Ainsi, et pour ne citer qu'un
exemple, les organes reproducteurs des
mollusques et des zoophytes présentent les
connexions les plus variées et parfois les
plus bizarres. Chez quelques polypes on
trouve l'ovaire développe à rexlerieur,
comme dans les plantes.
Loi de répétition organique. — Parmi les
théories spéculatives que l'anatomie trans-
cendante a appliquées à la recherche de
l'unité de l'organisation animale, celle de la
répétition des organismes est une de ses plus
larges et aussi de ses plus abstraites con-
ceptions. Elle a pris naissance en Allemagne
et elle a été développée par des anatomistes
élevés à l'école philosophique de Schilling.
Elle est fondée sur ce principe, que chaque
Sartie de l'univers est faite sur le mouèle
e l'ensemble et chaque division de la partie
sur le modèle de celle-ci.
Tous les anatomistes philosophes qui sont
partis de celte idée sont loin de s'entendre
sur le modèle idéal de l'univers et par cm-
séquent sur le type primitif qui se répèle
dans les organismes. L'exposition de toutes
ces théories faites d'imagination nous en-
traînerait trop loin. Voyons seulement à
quels résultats a conduit cette idée mère,
appliquée à l'anatomie comparée.
Quand on examine le squelette des ani-
maux vertébrés, il est facile de reconnaître
dans son ensemble une unité de plan et par
conséquent de pensée créatrice. Celte vérité,
démontrée aujourd'hui, apparaît dans tout
son jour quand on étudie comparativement,
comme Ta fait M. Geoffroy Saint-Hilaire, le
squelette du fœtus des mammifères et des
oiseaux avec celui des reptiles et des pois-
sons. On s'assure bien évidemment que le
crâne est formé de plusieurs vertèbres mo-
difiées, et qu'il est l'analogue par conséquent
d'un tronçon de colonne vertébrale.
En généralisant les faits vrais dans cer-
taines limites, et leur appliquant la loi de
répétition or^janique, on est arrivé à ce
résultat, que la tête répète h elle seule tout
l'animal ; la cavité crânienne répète la ca-
vité rachidienne, la cavité buccale i abdomen,
les fosses nasales le thorax, le front répétant
la tête elle-même. Cet exemple suffira pour
faire apprécier la valeur pratique de cette
hypothèse.
Au reste, dans l'étude de ces ressemblances
organiques, il faut savoir s'arrêter ; car si
l'on veut démontrer l'identité, ou seule-
ment l'analogie de toutes les parties com-
posant le squelette, on est forcé d*admetlre
de simples conjectures pour l'expression
de la vérité, et l'on se trouve dans un dédale
d'opinions contradictoires. Ainsi l'opercule
des poissons a été considéré comme l'ana-
logue du cartilage tyroïde divisé, comme
les pariétaux détachés du crâne, comme \'os
£>7
ANA
DANTimOPOLOGIE.
AXA
^ôn
m
jugal, et certaines pièces de mâchoire des
reptiles, comme les analogues des osselets
(le Toaie, et enfin comme n'ajant pas d'a-
nalogue dans les autres Tertébrés.
Développemetii graduel des organismes. —
Nous rattachons à rhjpothèse précédente
celle du déreloppemeut graduel et successif
des animaux. Car si chaque partie de Tanimal
représente le tout à son développement
complet, il pourrait se faire que chaque
animal supéneur représentât successivement
et d*une manière temporaire, dans la série
de ses développements, Torganisalion des
animaux placés au-nlessous de lui dans
l'échelle des êtres. D'après cette doctrine,
soutenue par de grands anatomistes, non-
seulement les êtres animés pourraient être
rangés dans une échelle de progression qui,
partant du de^é le plus simple de Tanima-
iité, conduirait par des nuances insensibles
à sa plus haute expression représentée par
l'organisation des mammifères ; mais encore
tout animal supérieur, avant d'arriver à son
état adulte» revêtirait successivement les
caractères essentiels de tous les animaux
placés au-dessous de lui dans Téchelle dont
il devait monter tous ies degrés. D'où il suit
que rhomme qui en occupe l'échelon le
j)las élevé, avant d'atteindre la perfection
orj:anifp]e qui le distingue, passe par tous
les^ degrés inférieurs de 1 organisation à
partir de celle du poljpe, des vers, des
mollusques, puis des poissons etdes reptiles.
Tel est le principe fondamental qui do-
mine l'embryogénie. Les recherches de
M. Geoffroy Saint-Hilaire sur le s(][uelette
du fœtus des mammifères et dejs oiseaux,
qu'il a trouvé représenter cchri des reptiles
à l'état adulte, viennent à l'appui de ces
idées. Mais les métamorphoses étonnantes
que subissent sous nos yeux certains reptiles
batraciens et les insectes en ont paru four-
nir la démonstration complète. On sait en
effet que, parmi ces derniers, les lépidop-
tères ou papillons revêtent, avant d'arriver
à leur état parfait, plusieurs formes transi-
toires. Au sortir de l'œuf ils se présentent
sous la forme de larve ou de chenille. Celle-
ci s'enveloppe d'une coque particulière ,
qu'elle produit elle-même, et dont elle tisse
les fils comme nous le voyons dans le rer à
soie^ lequel n'est autre chose que la chenille
d'ao papillon du genre bombix^ et devient
chrysalide. Après cette période de réclusion,
tout entière employée à l'accomplissement
iles changements organiques les plus mer-
Teilleux, après s'être dépouillé de certains
organes pour en acquérir de tout différents,
ranimai brise sa coque et s'élance dans les
airs, brillant des plus riches couleurs. A le
Toir sucer le miel des fleurs, qui pourrait
recoonaitre la chenille hideuse et rampante
<|ai naguère dévorait les feuilles et jusqu'à
I écorce des plantes ?
• Les modifications organiqpies qui résul-
tent de ces métamorphoses ne portent pas
seulement sur la forme des organes, ou sur
les moins importants de ceux-ci ; elles
s'étendent jusqu'aux fonctions. Ainsi, cer-
taines larves qui vivent dans l'eau jouiront
de la vie aérienne lorsqu'elles seront deve»
nues insectes parfaits. D'autres échangent
des mâchoires puissantes contre une trompe *
ou suçoir propre à aspirer des matières
liquides.
Des métamorphoses aussi remarquables
se voient dans un degré d'organisation plus
élevé, dans la classe des reptiles. Les gre-
nouilles et les cra{>adfJs se présentent d'ahorJ
sons la forme d** têtards qui vivent dans
l'eau et respirent par des branchies. Bientôt
le têtard, en suivant son dévelo[*pement,
perd sa queue et ses branchies, pendant qu'il
acquiert de nouveaux organes, propres à
l'existence nouvelle à laquelle il est appelé.
Ces curieux phénomènes, en démontrant
la succession des développements et la
transformation des organismes inférieurs en
organismes plus penectionnés, méritent la
Elus sérieuse attention dans l'étude de l'em^
ryogénie. D'autre part, l'embryotomie des
animaux supérieurs montre incontestable^
ment que les organismes éprouvent d'im-
portantes modifications, que certains organes
disparaissent pour faire place à d'autres.
C'est même sur cette donnée qu'est basée
toute la doctrine de la production des mon»^
trûosités par défaut. Le développement du
fœtus s'airêtant dans quelques-unes de ses
parties, il représentera plus tard une des
phases de son développement normal.
Mais faut-il conclure de ces faits qu'un
animal supérieur ne peut atteindre ce degré
de supériorité organique qu'en remontant
tous les degrés de l'échelle animale ? Une
pareille conclusion > dans Tétat actuel de la
science, ne repose pas sur l'observation, elle
la dépasse. Comment démontrer , en effet ,
que le fœtus des mammifères ait une respi-
ration branchiale, avant de posséder une res-
piration pulmonaire ? 11 est vrai qu'on avait
cru trouver des organes de respiration bran-
chiale dans les très-jeunes fœtus de mammi-
fères ; mais il a été démontré , depuis , que
les fentes cervicales , que l'on avait prises
pourdes ouvertures branchiales, étaient fer-
mées par l'amnios, et qu'elles n'avaient
d'ailleurs aucune ressemblance avec ûts
branchies. D'une autre part, il est démontré
3 ne les premiers linéaments des embryons
es vertébrés se composent de la moelle éui-
nière , laquelle se montre avant tous les
autres systèmes. Comment, dès lors, conci-
lier ce développement primitif et prédomi-
nant du système nerveux central dans les
animaux supérieurs , avec cette idée qu'ils
revêtent d'abord les caractères des animaux
les plus simples , qui n'ont pas de système
nerveux distinct ?
En somme, la doctrine de l'unité dans l'or-
ganisation animale , cette grande et belle
conception , a séduit un grand nombre
d'anatomistes penseurs, qui en poursuivent
activement la démonstration. Mais elle a aussi
rencontré de puissants adversaires , parmi
lesquels il suffit de nommer G. Cuvier.
Cuvier n'admettait pas l'existence de la série
animale. Il soutenait que les êtres animés ,
239
AiNA
DICTIONNAIRE
ANA
2i0
loin de former une ligne continue et sans
interruption, en forment plusieurs marchant
parallèrement ; qne dès lors un seul plan
organique ne suffit plus et qu'il en faut plu-
sieurs, puisqu'il, y a plusieurs gradations
parallèles. L'unité, pour lui, réside dans les
fonctions essentielles et générales qui con-
stituent les conditions absolues de l'anima-
lité, et c'est en vain que l'anatomie transcen-
dante la cherche dans les organes.
V. — Application de Vanatomie comparée à
la classification des animaux. L'anatomie
comparée , en conduisant à l'appréciation
eicacte des ressemblances et des différen-
ces organiques que présentent tous les
animaux , est la seule base solide de leur
classification. Pour y arriver, il faut que
l'on puisse assigner à chaaue classe et à cha-
cune de ses subdivisions des qualités com-
munes touchant la plus grande partie des
organes. Pour établir les grandes divisions,
il faut choisir des caractères importants qui
expriment l'ensemble de certaines combinai-
sons organiques , en même temr)s qu'elles
excluent les combinaisons organiques qui
caractérisent les autres groupes. 11 est donc
nécessaire de considérer d'abord les organes
les plus essentiels, ceux que les naturalistes
appellent de premier rang. Mais toutes les
modifications d'un organe de premier rang
ne sont pas également propres à fournir des
/^ractëres pour les grandes divisions, celles
qui peuvent influer directement sur la fonc-
tion qu'il est destiné à remplir , et consé-
3uemment sur les autres appareils en vertu
e la loi des conditions d'existence^ que nous
avons précédemment exposée. "^ Les groupes
secondaires , les classes , les familles , les
genres, reçoivent leurs caractères des modi-
fications d'organes de second ou de troisième
ordre, ou des modifications moins essentielles
d'organes du premier rang.
C'est d'après ces principes que G. Cuvier
a créé sa classification. Cette classification est
donc fondée sur l'organisation et basée sur
le principe des aflinités naturelles. Elle suit
l'ordre descendant, c'est-à-dire que le type
le plus complexe est placé au sommet et le
plus simple au bas deVéchelle. Cette marche,
plus appropriée aux besoins de l'étude, puis-
qu'elle conduit du connu à l'inconnu f a été
généralement adoptée. Cependant on a tenté
d'y apporter diverses modifications plus ou
moins heureuses et qui ont eu peu de suc-
cès. Lamarek a cru devoir suivre une marche
inverse, l'ordre ascendant, comme répondant
mieux à l'idée de la génération successive
des êtres. Toutefois, ce renversement n'a pas
notablement changé les groupes principaux.
M. de Blainville , au contraire , a donné une
classification fondée sur des bases nouvelles
et en opposition avec celles de la classifica-
tion de Cuvier. Selon cet auteur , le règne
animal doit être partagé en trois groupes
{primordiaux , fondés sur les formes généra-
es des animaux et sur la relation de ces for-
mes avec le système nerveux.
Ces idées n'étant pas encore généralement
admises , nous suivrons la classification de
Cuvier.
Tous les animaux connus peuvent se rap«
porter à deux srandes divisions ; celle des
animaux à vertèbres : vertébrés , et celle des
animaux sans vertèbres : invertébrés, Ceui'
ci se divisent en articulés^ en mollusques et
enrayonnés. Le règne animal se trouve ainsi
partagé en quatre grands embranchements ,
dont le tableau suivant résume les princi-
paux caractères.
Ayant un squelette intérieur, formé de vertèbres , et renfermant dans
un étui osseux un système nerveux cérébro-spinal très^éveloppé ; le } P*" Embranchement,
sang rouge ; des mâchoires superposées ; des organes distincts pour \ A. vertébrés.
la vue, rouie, Todorat et le goût ; jamais plus de quatre membres , et
des sexes toujours sépares.
l:
B
c
M
Corps formé de deux
moitiés symétriques.
Une chaîne nerveuse
Un squelette extérieur
formé par des anneaux
cutanés. Système nerveux
symétrique et iongitudi-^
nal. M&choires latérales.
Sang, en général , blanc,
mais non toujours.
H" Embranchement'
A. ARTlCULÉa.
N'ayant ni ^rtè^e^ i sTnlS^lï^énS ts J-i^^'S^S'
1 MMe/««e intérieur, m / mais ni «reanes l'?* ""^^ squelette exté-
yst^c nerveux céxé-U^^^^^^^JI^'X neur Corps mou, souycnt
ni
système
Ibro-spinal. Sang près- \f"*îjf"
que toujours blanc. *
logé dans une coquille. /III* Embranchement.
Système nerveux formé de ] a. mollusques^
masses éparses. San^
blanc. En général , m
membres ni mâchoires.
Corps rayonne; système nerveux nul ou rudi*
mentaire ; sang blanc. Point de système circula^ [ IV" Embranehement.
toire complet* Point d*organes spéciaux des sens. ( A. rayonnes.
A. Vertébrés. — Cet embranchement ren-
ferme les animaux dont la structure est la
plus compliquée^ et dont les facultés sont les
plus variées et les plus parfaites.
Le corps et les membres des animaux
vertébrés sont soutenus par une charpente
solide t fbrmée de pièces mobiles les unes
sur les autres et constituant le squelette. Ce
squelette forme des cavités pour recevoir les
principaux viscères en même temps qu*il est
recouvert de parties molles et particulière-
ment des muscles destinés à en mouvoir les
diverses parties. La partie essentieJlo forme
la colonne vertébrale, creusée d'un canal
pour loger le faisceau commun des ner& t
portant à son extrémité antérieure un ren-
iil
ANA
D'ANTHROPOLOGIE.
ANA
2iS
flemcnt , qui est la tète , et se prolongeant
Miayent en arrière pour former la queue.
Les membres disposés par paires sont
ordinairement au nombre de auaire » jamais
plus ; mais ils peuTent être réduits à deux ,
ou mtoe manquer entièrement.
Le système nenreui central, très-déve-
loppé , forme nne masse médullaire renfer-
mée dans le crAne , se prolongeant plus ou
moins dans le canal Tertébral et toujours pla-
cée au'dêsêuê du canal alimentaire. Les orga*
nés des sens sont au nombre de cinq. Les
veux sont mobiles, etTodorat réside dans des
losses spéciales , creusées à la partie anté-
rieure de la tète.
Le système circulatoire est complet ; les
fdobules du sang sont rouges , et le cceur
forme au moins deux cavités.
Le tube digestif est très-compliqué ; il y a
toujours deux mâchoires , placées Tune an^
dessus ou au-devant de l'autre : des glandes
salivaires, un foie, une rate, un pancréas lui
sont anncxt's. 11 y a toujours deux reins
destinés à la séparation de Turine ; et ces
deux reins sont constamment surmontés des
capsules atrabilaires.
Les animaux vertébrés se divisent en vtct-
par^^et en ortparf^, selon que les petits
sortent vivants du corps de leur mère, ou
qu'ils naissent enfermés dans une coque avec
les matériaux qui doivent servira leur déve-
loppement. Les premiers forment la classe
des mammifères , les seconds comprennent
trois classes : les oiseaux , les reptiles et les
poissons. Les vertébrés forment donc quatre
classes , dont le tableau suivant indique les
caractères différentiels :
Onp&rts ou orovî-
«^m. Point de ma-
Inee, de placenta ni
de commaiiicatioo
Tascolaire entre
rembrjon et la mère.
Point de mameiles.
mons
dultc.
Reptiles.
VtttMffvs. LVmlrvon adhère à la matrice, s> développe, et tire sa nourriture ( »
d*iin pbcenu. Des numdles. Des poils. l Mimmiferes.
San^ chaud. Circulation double et/
complète. Des ailes et des plumes. | Oiscale.
Respiration aé- 1 ^^tîl'T f^i-Î^T"'*i*?^^^ ia. *
ncnne et des pou-/, ^^^iT'f'^'^V'^l'î»" incomplète
à face a- \ ^^''^^ ^ plumes m d ailes proprement
^ ~ ^ dites. Peau nue on couverte d*écailles.
Respiration aérienne à Tige adulte ;
quelquefois des iNnanchies dans le jeime
âge.
Respiration aquatique, et des branchies pendant toute la*£
durée de la vie. Sang froid. Des nageoires. Peau garnie d*é* c Poissons.
cailles. (
nombreux , qui forment parfois des écailles
cornées ou des piquants.
Les ovipares ou ovovivipares comprennent
des animaux très-différents , quant à leur
organisation et à leur^ manière de vivre,
mais offrant tous ce caractère commun qu'ils
se reproduisent par des œufs, et qu*ils n ont,
par conséquent , ni utérus , ni placenta , ni
mamelles. Quelques-uns donnent naissance
à des petits vivants et pourraient, au premier
abord , sembler vivipares ; mais il est facile
de s'assurer qu'ils produisent des œufs, les-
quels se couvent et éclosent dans le corps de
l'animal , d*où le nom d'ovovivipares donné
aux animaux qui offrent cette particularité.
— Parmi les vivipares, les uns ont une res-
piration aérienne etdes poumons ; les autres
une respiration aquatique et des branchies.
Les premiers ont , ou bien le sang chaud et
la circulation double, comme les mammifè-
res : ce sont les oiseaux ; ou bien , le sang
froid et la circulation incomplète : ce sont
les reptiles. Les seconds sont les poissons.
Oiseaux. — Les oiseaux se rapprochent
des mammifères {)ar leur organisation com-
pliquée et l'énergie de leurs facultés motri-
ces; mais ils s'en distinguent essentiellement
par leur mode de reproduction. Ils forment
le type le plus élevé des ovipares. Au lieu
de se fixer aux parois de Tulérus ou de l'ovi-
ducte, l'embryon en est entièrement séparé,
et sa nourriture préjjarée d'avance est ren-
fermée dans un sac qui communique avec
rintestin : c'est le ri7f//u* ou jaune de Yotuf.
Les oiseaux ont un cerveau peu développe ;
ils n'ont ni corps calleux ni pont de Varole.
Leur respiration est aérienne , cl leurs pou-
'es. — Les animaux qui forment
cette classe tirent leurs caractères essentiels
de leur mode de génération. Leur embryon
s attache à l'utérus au moyen d*un placenta,
▼éri table touffe vasculaire, par laquelle il
reçoit de sa mère les éléments de son déve-
loppement , comme il en recevra bientôt ,
apires sa naissance , une nourriture délicate
préparée par des organes spéciaux , les ma-
melles. Les mammifères sont placés à juste
titre en tète du règne animal , en raison de
la perfection de leur organisation et de leurs
facultés. Ils ont le sang chaud , à globules
arrondis ; un cœur à deux ventricules com-
plètement séparés et à deux oreillettes. Leur
sang veineux traverse en totalité les pou-
mons, avant 'de passer dans le cœur gauche
et les artères. — Leur circulation est , fwir
conséouent, double et complète : leurs vais-
seaux lactés renferment un chyle blanc et
traversent un grand nombre de glandes con-
gloLées ou ganglions lymphatiques.
Ils respirent par des poumons , renfermés
dans la poitrine et libres dans cette caxiU^
Ce'Ie-ci est séparée de la cavité abdomi-
nale , par une cloison musculeuse , le d/a-
phragme. Ils n'ont qu'un larynx situé à la
base de la langue et couvert d'une épiglotte.
Lenr cerveau , volumineux et plus com-
pliqué que dans les autres classes , remplit
le crâne et présente certaines parties qui lui
sont propres , comme le corps calleux , la
Toôte à trois piliers , la protubérance annu-
laire. Leurs yeux n'ont que deux paupières ;
leur trmpan contient quatre osselets et un
Téritable limaçon contourné en spirale. Leur
peau est recouverte de poils plus ou moins
S43
ANA
DICTIONNAIRE
ANA
tïi
iûonSf flxes contre les côtes, sont enveloppés
d'une membrane percée de grands trous qui
conduisent l'air dans plusieurs cavités de la
poitrine, du ventre , des aisselles , et jusque
dans les os. La circulation est double comme
dans les mammifères, et les globules du sang
sont elliptiques.
L'estomac des oiseaux est composé de trois
pojhes : \e jabot, \e ventricule suce enturier et
le gésier ; le rectum, les organes de la géné-
ration et les artères s'ouvrent dans u^e poche
commune, qui prend le nom de. cloaque.
Leur corps est généralement organisé nour
le vol ; il est couvert de plumes qui tombent
deux fois par an. Leurs membres antérieurs
sont modifiés pôurconstituer les ailes. Enfin
leur voix, si pleine dé mélodie dans queiC|ues
espèces, se produit dans un larynx inférieur,
placé à la partie inférieure de la trachée, tout
près des poumons.
Reptiles. — Les reptiles forment la troi-
sième classe des vertéorés. Ils respirent l'air,
comme les mammifères et les oiseaux. Mais
ils ont une circulation incomplète et le sang
froid , c'est-à-dire que leur température est
tîelle du milieu dans lequel ils sont plongés.
Le cœur né présente qu'un seul ventricule ,
lequel n'envoie dans les poumons qu'une
portion du sang veineux , 1 autre portion se
mêlant intimement au san^ artériel. Leurs
globules sanguins sont elliptiques, comme
chez les oise^iux ; et leurs poumons, en l'ab-
sence du diaphragme, flottent dans la même
cavité que les autres viscères ^ et ne se lais-
sent pas traverser par l'air , comme on l'ob-
serve chez les oiseaux.
Lès organes du inouvement sont très-»
divers dans la classe dès reptiles ; les uns
marchent, les autres volent, d'autres nagent,
et la plupart ne peuvent que ramper. Leur
oreille n'a pas de limaçon. Leur peau est riue
ou couverte d'écaillés.
Foissons.^— Tandis que chez les oiseaux
tout paraît disposé pourla vie aérienne^ l'or-
ganisation des poissons est adaptée à leur
yié aquatigue. Les poissons respirent , par
l'intermédiaire de l'eau, l'air atmosphérique
dissous dans ce liquide. Leurs branchies ,
fixées aux branches de l'os hyoïde et placées
sur les côtés du cou, se composent d'un grand
nombre de lames , siir lesquelles vient se
ramifier l'artère branchiale. L'eau que les
poissons avalent passe entre ces lames et
s'échappe en dçhors par deux ouvertures qui
I)ortent le nom d'ouïes! Ils n'ont, par consé-
quent , ni larynx, ni voix. Le sang, envoyé
aux branchies par le cœur , revient dans le
tronc aortique, sans repasser par le cœur, et
se distribue partout pour revenir à cet organe
par les veines.
Le corpé des poissons est disposé pour
nager ; outre les quatre nageoires, qui repré-
sentent les membres, ils en ont sur le dos,
sous le ventre et à l'extrémité caudale. O^iel-
ques-uus en manquent entièremept. Leurs
narines ne servent pas à la respiration ; leur
oreille est cachée dans le crâne ; leur peau
est nue ou couverte d'écaillés. Leur pancréas
^st souvent remplacé par des cœcums plus
ou moins nombreux et ramifies , qui s'-ou-
vrent près du pylore.
Enfin , quelques poissons sont ovovivipa^
resy comme la vipère chez les reptiles. Mais,
chez la plupart , il n'y a pas même d'accou-
plt^raent , et le môle féconde les œufs après
leur sortie de l'oviducté.
B^ Invertébrés. — Les animaux invertébrés
n'ont pas autant de caractères communs que
les vertébrés, et ils ne forment pas une série
aussi régulière. Leur squelette, lorsqu'ils en
ont un , est placé à l'extérieur ( squelette
extérieur). Leur système nerveux n'a pas
sa partie centrale renfermée dans un étui
osseux ; elle flotte dans la même cavité que
les autres viscères. Le cerveau seul est placé
au-dessus du canal alimentaire , tandis que
le reste du système nerveux , après avoir
formé un collier à l'œsophage, se prolonge à
la face ventrale. Ils ne respirent ih»s par des
poumons vésiculaires , et aucun d'eux n'a de
voix. Ceux qui ont des membres en ont au
moins six.
Les animaux invertébrés forment trois
embranchements : les articulés , les mollus-
ques et les rayonnes.
A. Animaux articulés. — Les nombreux
animaux compris dans cet embranchement
n'ont ni vertèbres , ni squelette intérieur ;
mais leur corps est renfermé en entier dans
un système aanneaux plus ou moins durs
et articulés les uns avec les autres. Ces
anneaux né sont pas des os ; ils ne sont que
des portions de peau endurcies , encroûtées
de matières calcaires ou cornées ; mais rela-
tivement 2^ la pfdtéction des viscères et à
l'exercice de la locomotion , ils en remplis-
sent les fonctions ; et l'on peut dire que les
articulés ont un véritable sqiielette extérieur.
' Leur système nerveux central se compose
d'une double chaîne de ganglions ou lioyaux
médullaires , disposés par paires de chaque
côté de la ligne médiane et placés à la face
inférieure du corps, au-dessus du canal
digestif. Tantôt le$i ganglions de cette double
chaîne nerveuse restent distincts et ne com-
muniquent entre eux que par des filets ; tan-
tôt ils se confondent et ne forment plus
au'une seule série , placée sur la ligne mé-
iane. D'autres ganglions, situés dans l'ex-
trémité céphalique, devant et au-dessus du
canal digestif, constituent le cerveau , four-
nissent Tes nerfs optiques, et communiquent
Avec les ganglions de la chaîne abdominale
par deux filets qui embrassent l'œsophage en
manière de collier.
Les mâchqirps, ^u lieu d'être placées l'une
devant l'autre , sont situées de chaque côté
et se meuvent de dedans en dehors. Le foie,
s'il existe, est représenté par des tubes plus
ou moins nombreux qui s ouvrent dans lin-
testin.
Les membres peuvent manquer ; mais ,
dans la plupart des cas , ils sont au nombre
de six, et quelquefois de plusieurs centaines.
Leurs yeux sont parfois très-nombreux , et
leur appareil auditif manque ou est à l'étal
de vestige.
iiS
AKA
D'A!fraROPOLOGIC.
ANA
%M
Les articulés se reproduisent par des
œuJs ; leurs seies sont séparés.
Les articulés se dirisealy comme lesyerté-
brés , en quatre classes : les insectes , les
arachnides^ les crustacés et les annétides. Les
caractères distinctifs de ces quatre classes
sont résumés dans ce tableau :
(/ Des ti^cfaées. Systéaie sanguin réduit âi un
Resinniion aérÎMine sé 1 ^i^P^ vaisseau dorsal. En général des meta-
faisant à faide de noumons 1 ™o^l>^^^^ Pattes au nombre de six ou de plus { bsccTES.
onde trachées ^^^b»^^}^^^^^''^^ ^ antennes, et en général des
iu!S^mJL. ^^^ !^ \ I>es poumons on des trachées. Un système arté- (
AnAcniMS.
s\f
^~f riel ramifié, et des Teines. Pis dé métamor-}
phoses. Pattes an nombre de huit. Ni antennes I
ni ailes. ^
Respiration aquatique sVAectuant à faide de branchies ou seulement par /
certaines parties de la sorlace cutanée. Un système circulatoire. Paites au i r.rcTACÉs.
nombre de dix. dooze, quatorze, et quelquefois plus. Quatre antennes, point I
d'ailes. 1
Point de pieds articulés; ces oi^anes formés, lorsqu'ils existent, par des tuber- 1
eûtes charnus armés de soies roides, ou remplacés par des soies seulement. Sang / A5!iélidcs.
rouge. Respiration aquatique, ou sVflectuant par la surdaioe cutanée. ..^.^.^ (
plêie lorsqu*U n'éprouve d'autre changemeLt*
que celui qui résulte du développement ul-
térieur de ses ailes.
ilracAittde». — Cette classe tire son nom de
Taraignée, qui en forme le type. Elle se dis-
tingue de celle des insectes par la réunion de
la tête au corselet, lesquels ne forment plus
qu'un segment; par le nombre des pattes,
I absence d'antennes et un développement
plus complet des systèmes vasculaire et ner-
veux. Le cœur occupe Tabdomen; il a la
forme d*un gros vaisseau longitudinal. La
respiration est aérienne, et se lait tantôt par
des trachées, comme dans les insectes, ara-
chnides trachéennes^ tantôt par des sacs pul-
monaires qui reçoivent, comme les trachées,
Tair par des stygmates, placés à la partie
inférieure de Tabdomen, aracAntdefpu/mo-
naires.
Les arachnides ont souvent plusieurs, pai-
res d*yeux lisses*; jparfois elles nen ont
qu'une ou même point. Leur bouche varie
beaucoup, selon leur genre de vie. Celles qui
sont parasites sont munies d'une trompe;
celles qui mènent uue vie errante ont des,
organes masticateur^.
Leurs pattes sont presque toujours au-
nombre de huit, longues, grêles et terminées
par des crochets. Les arachnides naissent
par des ceufs et n'éprouvent pas de mé-
tamorphoses : quelquefois cependant les jeu-
nes n ont que six pattes.
Crustacés. — Lesanimauxde cette classe ont
le corps rèvêtude pièces écailleuses, qui leur
forment une sorte de squelette extérieur.
Leur tête, tantôt distincte, comme dans les
insectes, tautôt confondue avec le corselet,
comme dans les arachnides, porte presque,
toujours deux antennes, deux yeux composés
et mobiles, et de fortes mAchoires latérales.
— Leur estomac est armé de dents à Texté-
rieur; et des tubes sécréloires nombreux ver-
sent dans l'intestin une humeur brune qui
leur tient lieu de bilç. Leur système circula-
toire est très-distinct ; il est formé de vais-
seaux et d'un cceur volumineux. Leur respi-
ration aquatique se fait par des branchies,
trèsrvariables quant à leur forme et à leur
structure ; qudquefois ces organes man
quent et paraissent remplacés i^r les tégu-
Insectes. Ils forment en quelque sorte le
type des animaux articulés. Leur corps se
crompose de trois segments distincts : la tête.
Je corselet ou thorax, ^ l'abdomen. La tête
ne les yeux, les aitlennes et la bouche;
jorax porte les pieds et les ailes ; enfin
l'abdomen est comme suspendu en arrière
du corselet , auquel il ne tient quelquefois
que par un pédicule mince; il renferme la
plus grande partie des viscères. — Les an-
tennes sont de petites verges articulées, mo-
biles et insérées sur la tète, au-devant des
yeux ; elles sont au nombre de deux seule-
ment. Leurs yeux sont de deux sortes : *iiii-
oies et tisses^ ou composés et à facettes. On
les trouve ordinairement réunis sur le
même individu et en nombre plus ou moins
grand.
La bouche est formée de six pièces, diver-
sement disposées selon qu'elle est destinée à
broyer ou couper les aliments solides, ou à
sucer des liquides. Le thorax se compose de
trois anneaux, portant chacun une paire de
pattes. Les ailes, quand elles existent, sont
au nombre de deux ou de quatre.)
Les insectes ont une respiration aérienne
tr^-complète. Elle s'opère au moyen de
vaisseaux très-nombreux, appelés trachées,
lesquels communiquent à l'extérieur et se
ramifient dans tous les organes pour y por-
ter le fluide et le mettre en contact avec le
^ang. Celui-ci est blanc et répandu dans les
interstices des organes. Le système circu-
latoire, tout à fait rudimeutaife, ne se com-
pase que d'un seul vaisseau dorsal, agité de
«{uelques mouvements alternatifs de dilata-
tion et de resserrement, mais sans ramifica-
tions. Toutes leurs glandes sont constituées
par des vaisseaux ou tubes fermés par une
de leurs extrémités et flottant dans la cavité
abdominale.
Les insectes se reproduisent par des oeufs,
et la plupart éprouvent,avant d'atteindre leur
état adiilte, des changements fort remarqua-
bles de forme et de structure, qui portent le
nom de métamorphoses. La métamorphose
est eompiête lorsque Tinsecte passe successi-
vement par l'état de larve ou de chenille, et
de chrysalide ou de nymphe immobile, avant
d'arriver à son état parfait ; elle est incom-
âi7
ANA
DICTIONNAIRE
ANA
li%
menis commune. Leurs pattes thoraciques,
ou ambulatoires^ sont ordinairement au nom-
bre de cinq ou de sept paires; et, de plus,
leur abdomen supporte une double série
d'appendices appelés fausses pattes,
Annélides. — - Les annélides sont rangés
dans les articulés, parce que leur corps se
compose d'une longue suite d'anneaux ;
mais ils diffèrent des animaux qui forment
les classes précédentes, par la n.ollesse de
leur enveloppe cutanée et par l'absence de
membres articulés. Leurs organes locomo-
teurs ne consistent qu'en tubercules charnus,
garnis de soies roiaes, ou même en simples
soies, ou enfin en ventouses situées à chaque
extrémité de l'animal. Leur sang est rouge
et circule dans des vaisseaux assez compli-
qués. I-a respiration se fait par des bran-
cnies ou par la surface cutanée. Leur sys-
tème nerveux est peu développé. Enfin, les
sexes sont réunis, mais il parait que l'union
de deux individus est uécessaire a la fécon-
dation.
B, — Animaux mollusques. Les mollus-
ques diffèrent des animaux vertébrés par
1 absence complète de squelette intérieur et
de canal vertébral ; ils diffèrent des articulés
par l'absence d'anneaux résistants, capables
de leur constituer un squelette extérieur.
Leur corps est charnu, mou et sans mem-
bres articulés. Tantôt leur peau est complè-
tement nue; tantôt elle sécrète une subs-
tance calcaire, destinée à prott^ger Tanimal
et qui porte le nom de coquille.
' Le système nerveux des mollusques est
assez développé : il se compose de plusieurs
masses médullaires, dont une, située dans la
tète, au-dessus de l'œsophage, prend le nom
de cerveau. Leur sang est blanc ou bleuâtre ;
çt leur système circulatoire est complet. Us
ont un cœur aortique et deux cœurs pulmo-
naires. Ils respirent en général par des bran-
chies. — Leur système digestif offre de nom-
breuses variétés de dispositions; mais leur
foie est généralement volumineux. Leurs
sens varient aussi pour le nombre, les uns
ayant des yeux et des oreilles, tandis que
d autres paraissent réduits au goût et au tou-
cher. Les organes de la génération n'offrent
pas moins de variétés; tantôt les sexes sont
séparés; tantôt ils sont réunis, et dans ce
dernier cas, qui constitue l'hermaphroJisme,
quelques-uns peuvent se féconder eux-mê-
mes, tandis que d'autres ont besoin d'un ac-
couplement réciproque.
L embranchement des mollusques naforme
qu'une classe, divisée elle-même en six or-
dres.
C. — Animaux rayonnes ou zoophytes,
Lfs êtres qui forment cet embranchement
sont nombreux et très-variés; mais ils se
ressemblent tous en ce qu'ils ont les parties
de leur corps disposées en étoiles ou comme
les rayons d'un cercle, au centre duquel se-
rait leur bouche. Leur structure est tort peu
compliquée. Us n'ont ni cœur, ni vaisseaux,
ni système nerveux. Parfois cependant on
(rouve quelques vestiges rudimentaires de
ce dernier. Quelques-uns n'ont [»as même
d'organes spéciaux pour la reproduction.
Les rayonnes sont divisés en cinq classes,
savoir :
Les échinodermes , dont l'intestin est dis-
tinct et flottant dans une cavité qui loge, en
même temps, d'autres organes pour la res^
piration ; la génération est une sorte de cir-
culation. — Leur peau est ordinairement
farnie d'épines mobiles, comme dans les
toiles de mer.
Les acalipsus , ou orties de mer n'ont ni
organes respiratoires n^organes circulatoi-
res distincts. Leur Cavité digestive ne com-
munique au dehors que par une ouverture
qui sert à la fois de boucne et d'anus. Leur
corps offre une forme circulaire et rayon?
nante.
Les vers intestinaux^ dont le corps ressem-
ble à celui des annélides , et qui n'ont pas
d'organes spéciaux pour la circulation et la
respiration.
Les polypes f petits animaux gélatineux
dont l'ouverture unique de la cavité diges-
tive est entourée de tentacules, et dont la
structure est dçs plus simples.
Les infusoires enfin , dont la structure est
également fort simple et que l'on découvre,
à l'aide du microscope , dans les eaux sta-
gnantes.
L'anatomie comparée a été l'objet d'un
assez grand nombre de travaux dont les plus
anciens remontent à une époque fort reculée.
Ludwig, qui s'est occupé spécialement de
l'histoire ae cette science, l'a divisée en qua-
tre périodes. La première comprend les tra-
vaux de Démocrile, d'Aristote, de Galien, de
Pline, de Rondelet, etc. ; la seconde, ceui de
Harvey, de Severini, de Malpighi, de Swam-
merdam, etc. : elle s'étend de 1600 è 1685;
la troisième commence à 1686 et finit en
1749 : elle embrasse les travaux de Valen-
tini, de Duvernoy, de Haller, de Monro, de
Trembley, etc. ; enfin dans la quatrième,
qui dure encore, se trouvent les traités de
Daubenton, de Pallas, de Spallanzani, de
Hewson, de Fontana, de Hunter, de Muller,
de Srarpa, de Vicq-d'Azyr, de Blumenbacb,
de Rudolphi, de Cuvier, de Treviranus, de
Meckel, d'Oken, de Geoffroi-Saint-Hilairo,
de Carus, etc., etc.
Les travaux des deux premières périodes,
intéressants au point de vue historique, ne
donnent qu'une idée bien imparfaite de ce
3ue peut être l'anatomie comparée; c'est
ans ceux de la troisième et de la ({uatrième
qu'on doit chercher des faits positifs servant
de base à des idées philosophiques des plus
élevées.
Pour ne pas grossir inutilement cette in-
dication bibliographique, nous nous conten-
terons de mentionner les travaux les plus
remarquables et les plus utiles à ceux qui
voudraient se livrer à l'étude tie l'anatomie
comparée. — Aristote. De historia anima-
lium libri X. — De partibus animaliwn
Hbri V. — De generatione animalium libri
V. — Valewtini, Amphitheatrum zootomi-
cumj tabulis quamplurimis exhibens histo-
riam animalium^anatomicamj Giesscn, 1^-^»
til
APL
D'ÂNTHROrOLOCfE.
APT
KO
in-fol. — Vicq-d'Aitb, Système amUomique
de» amimauXf dans VEnqfclopédie méthodi-
que^ 1.11. — CcTiER, Leçons dfanatomie
comparée. — BixifBïfBACH , Uandbuch der
Vergleicheuden Anatomiey Gœttiiigue, 1815. —
Cabcs, Lehrbuch der Zooiomie^eic,<, Leipzig»
1818. — Mbckel, Système der Vergleicheu-
den Ânaiomie^ Halle, Ifôl et ann. suivantes,
traduit en français par Riester et Sanson. —
De BLAi!nriiXB. De C organisation desanimaux^
ou Frincipes de Fanaiomie comparée^ Paris,
ISââ. — HoLLABD, Précis danatomie com-
parée^ Paris, 1837. — Ce dernier ouTrase,
exécuté d*après les idées de M. de Blain ville,
a l'avanlage de renfermer sous un petit vo-
lume tous les fiiits importants de l'anatomie
comparée et de toutes les idées capitales qui
en découlent.
On trouvera in extenso dans notre Dic-
tionnaire de Zoologie^ trois volumes in-%%
llitstoire naturelle et physiologique des
cruatre grands embranchements du règne
a limai dont nous venons de présenter un
aperçu.
A^iATOMIE PHILOSOPHIQUE , nA58CE?r-
DATTB ou SPÉCULATIVE. Yoy. AnATOMIB COM-
PABÊE
ANDAMfeNE. Voy. Lthiopique (Race).
ANDO-PÉRUVIENS. Voy. Pébcvie5S.
ANE. — On cherche Yàne sauvage dans le
koulan des Tartares, ou kouran des Per-
sans, ou y onagre des anciens. Les écrivains
srecs et latins, et les moriernos nous ont
fourni assez souvent des détails sur cet ani-
mal. Pallas nous a laissé du koulan (63),
une description assez bonne, dans laquelle
il a cherché à concilier tout ce au*en ont dit
les anciens. Le koulan, quanta la forme, se
rapproche beaucoup de Tâne domestique,
mais il est plus grand, plus élancé, sa cou*
leur est plus jaunâtre oue celle de Vâne ,
cependant celui-ci prena quelquefois cette
teinte, surtout dans les pays chauds. Le
koulan est farouche à Texcès et très -léger.
Dans les contrées tropicales, Tâne jouit
d'une forme plus grande et plus belle que
dans les pays froids; il y est aussi plus vif
et plus fort; et TÂne qui, au Chili, est
resté dans la rie sauvage, ressemble beau-
coup à la souche primitive.
ANGIOLOGIE. Yoy. Aïiatomus humaine.
ANGLES. Yoy. Eubopb ifODEB?fE.
ANIMAUX DOMESTIQUES, leurs varia-
tions. Yoy. Vabiatiotcs.
ANTHROPOPHAGIE. Yoy. NouBErruBB
ANTIQUITÉS DU MEXIQUE. Yoy. Mexi-
dâlMt et An ÉBICAIlfS.
ANTIQUITÉS DU PÉROU. Yoy. Pébu-
▼lEiis et Amébicains.
ANTISIEN, rameau de la famille uéru-
Tienoe. Yoy. Pébcviens.
APACHES. Yoy. Siôcx.
APALACHES. Voy. ALLioHAHiBiis.
APLATISSEMENT de la tète en usa*^e
chez les Nootka-Columbiens et Périiviens,
etc. , Yoy. ces mots.
APTITUDES RESPECTIVES DES RACES.
— La science européenne, qui accepte
Tinégalité intellectuelle des races, se udt
solidaire d*une sorte d'orgueil national,
puisque les races blanches sont à la fois
juge et partie dans la Question. Par ce trait
elles ressemblent déjà a d'autres races qui
se sont, elles aussi, faites centre du monde
et dernier mot de la perfection physique et
morale. Les Chinois disent , en parlant des
Tartares camus et basanés : hommes de
belle û^^re et semblables aux Chinois ; les
Européens sont des barbares à œil cave, à
nez saillant et à cheveux pâles.
L'infatuation morale des habitants de
l'empire céleste ne manquerait pas de pré-
texte dans leur habileté politique, et dans la
grandeur des spéculations d'une philosophie
qui reproduisit ou plutôt devança toutes les
philosophies de la Grèce. Les Indous au
m^me titre peuvent prétendre à un rang
supérieur, car ils eurent l'initiative du
transcendantalisme dans toutes les sciences
humaines; et les Indous, au moins, tels
que nous les voyons aujourd'hui, sont une
race très-basanée, au nord; au midi, aussi
no.'re que les nègres.
J'en dis autant dés Egyptiens, dont tout le
monde admire les mouvements, et dont la
civilisation européenne est une émanation.
A la vérité les savants ont eu fort longtemps
des idées très-confuses sur la conformation
physique des nations de TAsie moderne et,
a plus forte raison, sur la couleur précise
des nations de l'antiquité. Les dernières ré-
coltes de nos voyageurs ont étonné même
les naturalistes et anthropologues séden-
taires. II faut du temps pour que histo-
riens, philosophes et peuples arrangent sur
ces données nouvelles, et leurs idées et
leur langase.
On peut laisser les missionnaires moraves
s'affliger sur les facultés des peuples océa-
niens, qui éprouvent de la difficulté à aller
au delà de la simple imitation. La copie est
l'acheminement au dessin original ; la mé-
moire, le commencement de la composition.
Il faut pardonner aux blancs Américains
l'impéniteuce finale à laquelle ils vouent
les Peaux rouges, dont ils prennent la
terre avec ou sans achat. Eux-mêmes ont
appelé ces Peaux rouges les premiers des
sauvages, pour les profonc^es et loches
combinaisons de leurs ruses rindicatives.
L'esprit de suite, même dans le mal, est
un talent assez relevé ; c'est par là que Sa*
tan s'appelle l'ange déchu! Mill Toulant
rabaisser à tout prix la vieille civilisation
indoue, la compare perpétuellement aux
institutions des Mexicains et Péruviens.
J'accepte le rapprochement comme très-hono-
rable pour l'Amérique.
Mais c'est sur la race nègre que semblent
s'être acharnés de préférence les dédains
{îSi Nordisehê Beitrage, b. n, s.23; b. iv s. 88. Voy. aussi, Mém. académ., Sainl'Péter$bourg , où
ce ^MBoire est écrit en français.
25t
APT
DICTlONNAmS
APT
i3S
piteux ou violents. Celle-lh , dit-on, ne fut
jamais civinsée, Thistoire d\x passé la
prouvé, et ne le sera jamais, Thiistoire mo-
derne le démontre.
Nous verrons ailleurs que la définition du
mot espèce y môme telle (jue Vont employée
les zoDiogucs les plus rigoristes , ne peut
en aucun cas s'appliquer aux variétés hu-
maines; Id Qè^re ressemble bien plus au
blanc par le dehors et par le dedans , que
les diverses races de eniens ne se ressem-
blent entre elles; et de plus toutes les va-
riétés humaines donnent par le croisement
des métis féconds. Les blancs qui ont flétri
de lappellalion de mulâtre (ti6) les produits
de leur mé!anp;e avec la race noire, y au-
raient-ils mêlé quelque idée de reproche
d'infécondité physique ou morale? Les pré-
sidents Pétion, Bover; les médecins Halle,
Fournier, Pescay ; ïe ministre Loiné , le eé-
néral Dumas, Alexandre Dumas, son fils,
voilà d'énergiques et brillantes réponses.
Dans la haute antiquité, une civilisation
que Lien des gens s'obstinent à regarder
comme la première en date, et à qui per-
sonne ne contest^ un magnifique dévelop-
pement ; l'anneau primitir des civilisations
{i^-ecque, romaine, étrusque et, par consé-
quent, de celles de l'Europe moderne; le
monde égyptien fut aussi un produit métis
dont la race nègre put revendiquer une
bonne moitié. Je ne veux pas dire seulement
que quelques reines aient eu des nègres
pour pharaons et réciproquement beaucoup
(le pharaons des négresses pour épouses.
L'étude sérieuse des monuments antiaues
eti des races actuelles a permis d'établir (67),
comme une vérité irréiragable que l'Abys-
sinie d'abord, l'Egypte ensuite, furent co-
lonisées par une émigration qui greffa une
civilisation lointaine sur la race du pays,
laquelle n'était autre que la race nègre.
L'absence de civilisation chez les nègres
jiropremenl-dils n'est pas quelque chose de
définitif en supposant que ce soit quelque
chose d? cerla;n. Passons sous silence les
essais infructueux d*Haïti et des trois répu-
blique:$ Farameka, Lattika et Auka dans la
Guyane (68). Le retard extrême du réveil
d'une race peut tenir au non établissement
d'une colonie des peuples civilisés. Les
blancs, qui s'enorgueillisent aujourd'hui de
leur supériorité, non-seulement ne durent
leur civilisation qu'à une importation pa-
reille ; mais ont reçu cette importation fort
tard. Qui sait si les Pélasges d'Europe ne se-
raient pas restés sauvages comme les nègres,
sans l'arrivée des Egyptiens et Phéniciens
en Grèce, en Italie, en Espasne? Nos aïeux,
les Atlicots d'Armorique [69; étaient encore
anthropophai^es au v* siècle. Encore aujour-
d'hui lesCaréliens et autres populations fin-
•» (66) Vidée méprisante, mulu$, mulrt, est certai-
nement mêlée à cette expression dans le sens
actuel, putsqu? la charité y a substitué homme de
couleur. Il est possil^e, cependant, que Tétymologie
p^ûinitive eût un autre sens. Les Espagnols et Por-
lugas qui remplovèrent les premiers, disaient ma-
/a/o, que SiW. de Sacy dérive de malavuad, cngen-
noises sont aussi abrutis que des sauvages.
Le pays habité par les nègres énerve lac'
tivité de l'homme par sa douceur et sa fé^
condité. 11 est meurtier à l'étranger qui
importerait une idée ou un exemple. Si l'im-
portation n'a pu s'opérer qu'imparfaitement
par les races métives qui s'élaborent depuis
trente siècles, au nord, à l'orient et au sud
du continent Africain , espérons davantage
maintenant que le génie remuant des Eu-,
ropéens modei:nes a. pris possession défini-
tive de toutes les régions tempérées. Ce
rapprochement permettra aussi d'étudier
avec plus de soin les races qui habitent
l'Afrique. Le teint pâle et les cheveux plats
des Berbères les ont fait honorablement dis-
tinguer des Africains véritables; les Nubiens,
Gallas, Boschimanes, Hottentots, Malgaches
ont été^confondus dans l'anathème qui flé-
trit le nègre, et pourtant ces diverses poput
lations portent dans leurs traits presque aur
tant que certains Berbères un certificat
d'orieme asiatique. On vient de rattacher h
la même origine, les Poulies ou Fellatas,
race entreprenante et voyageuse qui traverse
en tous sens le cœur de l'Afrique et semble
appelée à y propager quelques idées d'orga-
nisation sociale. La tardive révélation éma-
nera donc du centre commun d'où la lumière
a rayonné à tous les autres peuples. Dans
l'Amérique tropicale, des causes pareille»
à celles qui énervent les nègres d Afrique
produisent déjà de semblables effets sur la
race blanche. Des Chrétiens, fils indigènes
du Portugal, ont été trouvés (70) vivant sans
mariage, sans monnaie, sans sel et presque
sans vêtements et sans rdigion, dans une
contrée du Brésil oii les troupeaux sont
d'une prodigieuse fécondité, où la vigne
donne trois récoltes par an, où le bananier
et le cotonnier sont toute l'année couverts
de fleurs et de fruits.
Dans quelques siècles d'ici, les enfants do
pareils blancs auront besoin de plusieurs
générations éduquées pour ressaisir les hau-
tes facultés de leurs aïeux d'Europe. Pour-
quoi s'étonner quo ces facultés ne surgissent
pas entières dès la première ou la seconde
génération des nègres de nos colonies ? Per-
sonne ne conteste au moins que les enfants
nés créoles ne soient supérieurs par l'intel-
ligence à leurs pères importés. El, pourtant
si le travail de l'école a été complet, il man-
que encore l'influence de la famille, la dis-
cipline, le point d'honneur, la persévérance,
la dignité, l'ambition I
Avant que les générations aient év lue le
cercle entier du progrès, assez d'individua-
lités privilégiées ont montré que, dans le
procès fait a la race nègre, on avait tort de
confondre le fait de réducation avec l'àpli-
tude à la recevoir. Un seul exemple de suc-
dré, croisé ; terme par lequel les Arabes africains
désignent les métis.
(67) Pérégritmiions en Orient^ par Eus. ds
Salles.
(68) Colombie et Guyane, par Fami.i.
(69) Saint Jérôue, ad J ovin.,, lib. n.
(70) AuG. DE Sai.nt-Hilaire. V(/y. au Baisii.
APT
D'âNTUROHNjOGIE.
ABB
«VI
ces suiErttt pour meUre 1 éJacabilité de la
race oitière nors de doute; ^ ees exemples,
ont été nombreux. On cite une compilation
de littérature nègre f71): le misaionnaire
Oldendorp Ta grossie aeûuis d*iin chuix de
sennoDS composés par des prédicateurs de
cette race. Commander ou assenrir les bom-
iiies passe pour une combinaison intelleo-
lueiie plus haute (jue de les instruire» et la
r^ -e oè^^ n> a jamais failli; car ses tri-
bns n*ont jamais manqué de chefs; ses mo-
narchies de roitelets, ses républiques de
présidents.
Les circonstances au milieu desquelles
sont apparus les noirs éminents par leur
caractère ou par leur esprit sont précisément
r-e que Fimpartialité devait considérer pour
apprécier les résultats. Au lieu de cela, le
nréjujîé a op|iosé caractère nè^^re à caractère
iiiano. Un journal socialiste qui, à cela près,
e-t partisan de Tégalité uniTcrselle, trouvait
nnuTais qu'on citât Toussaint Louverture
co jime un grand homme et lui opposait son
rrtntemporain et son yainqueur Napoléon.
C'était, on le Yoit, demander à Saiut-Domin-
^e les ressources de l'empire et à une poi-
K"ée d'esclaves révoltés et illettrés les talents
et la force de la nation française. M. de Sal-
les a précisé d*une façon plus équitable les
t.THjcs de la comparaison, en cherchant dans
quelque soldat heureux de TOrient et dans
un peuple blanc déchu depuis plusieurs siè-
c!es, lesparitésde situation, les résultats dus
i l'esprit et au caractère des chefs, et il per-
siste à croire que ces résultats ne sont ni
tant à rhonnenr de notre peau blanche ni si
fort au désavantage du masque nègre.
Ou on lise comparativement la biographie
de Toussaint Looverture dans Y Histoire de
la rétolulion de Saint-Domingue^ par le gé«
néral Pamphilede Lacroix, et les biographies
dlbrahîm-Pacha et de Méhémet-Ali dans les
livres qui' ont dit la vérité sur TE^pte ac-
tuelle, commeceux de VeminhacSaint-Maur,
Uamont, Fontanier.
Privhard a noté Taccord universel des
bomm-fs de toute couleur dans la foi à une
antre vie, avec des peines et des récompen-
ses ; dans le respect des morts, en un mot
dans ridée religieuse; accord plus remarqua-
ble encore par la nature intime de son prin-
cipe d action que par les manifestations de
5*jn activité. Ces manifestations peuvent être
les variations des traditions; la ressemblance
des sentiments intimes implique Funilé des
hommes qui les reçurent 1
Quel dommage que Prichard ait radicale^
mont affaibli l'effet de ses arguments en y
mêlant et tranchant par Taflirmative la ques-
tion de Fâme des Itétesl L'échelle des Ames est
une concession terrible aux partisans de
1 é-*rel!e des organes. Si le nègre est inter-
n*étiia re par les formes au blanc et aux sin-
*j: t<, aoo âme sera aussi la moyenne entre
i«s .ieoi âmes extrêmes.
Prichanl est un peu mieux inspiré quand
il &e félicite, au nom de la science, de l'ac-
(71 ; L'aMië GaÉcoiiE, LUtiratutes da ntqret.
ce8»ou des isaises noires au diristianisme.
Les vérités de la morale dirétienne, si conso-
lantes pour les humbles sont aussi d*une
simplicité \ la portée des faibles d esprit : il
n'est pas besoin de hautes facultés pour les
comprendre. Mais le Dieu qui, dans l'Evan*
gile, la dernière formule de sa manifestation,
a cessé d'admettre des peuples privilèges
pour proclamer tous les hommes frères, a
certainement impliqué que, malgré des re-
tards temporaires, le jour des mérites et de la
dignité sociale luirait enfin pour tous.
ARABES, Toy. SÉnrriQUE.
ARALCAMENS, rameau de la famille pé-
ruvienne. Voy, PÉauTiE5s,
ARAWACS. Toy. Caribes.
ARBRE A PAIN. — Si nos regards se
tournent vers l'Orient, nous voyons un ar-
bre qui fournit à l'homme une nourriture
abondante sans travail ; c'est Varbre à pain^
àutocarpus incisa. On le cultive à Java, à
Sumatra, dans Vile Célebs, aux Philippines,
à Amboine, à Banda, dans toutes les autres
lies aux épices, et de la mer du Sud; on le
cultive encore dans Tlnde en-deça du Gange.
Il n'est plus, à proprement parler, à l'état
sauvage dans ces contrées, car il est extrê-
mement douteux qu'un autre arbre, Fauto^
carpuê inttgri'folii ou jaquier, qui y croit
sans culture, qui donne àes fruits dont la
pulpe est désagrable au goût comme l'amande
amère, soit, comme le croient ]i>s Forster,
l'arbre à pain dans son état primitif, quelque
grande que soit l'analogie entre les deux
espèces, que, d'un autre côté, séparent des
caractères botaniques. 11 est présumable
que l'espèce entière de l'arbre à pain a passé
à l'état de culture, lorsque l'homme s'est éta-
bli dans les contrées qui le produisent. Il
en est précisément de même pour le pal-
mier, dans lequel on ne distingue plus l'e^ï-
pèce sauvage de l'espèce cultivée. L'arbre
à pain s'élève à une hauteur de M) pieds; il
a la grosseur du corps d'un homme, son
bois est tendre, et dans toutes les parties
jeunes circule un suc laiteux. La fleura peu
d'apparence ; elle manque de corolle etde ca-
lice. Le fruit devient très-gros, c'est, à pro-
firement parler, un assemblage de plusieurs
ruits agglomérés en une seuie masse; cha-
aue division partielle dufruit forme une sur-
face hexagone, sous laquelle est une subs-
tance pâteuse et une amande semblable à la
châtaigne. Cependant, il y a une variété qui
ne donne point de graine ou oui n'en donne
que les rudiments; elle est plus abondante
que la précédente et même la seule qu'on
trouve en plusieurs endroits. Il n'est pas rare
de voi r les plantes perd re leu r graine par l'effet
de la culture, témoin le raisin sans pépin, que
nous appelons raisin de Corinthe ou des sut-
/atifx.Lorsquelefniitestàsamaturité parfaite,
il est d'une couleur jaune, mou au touiher,
contenant une pulpe sans consistance, d'une
odeur fade. On évite de le laisser arriver à
ce complément de maturité, et à cet effet,
lorsqu'ayant atteint toute sa grosseur il
â:5
ARB
DICTIONNAIRE
ARB
SMi
encore vert à l'extérieur, et que son paren-
chyme est devenu blanc et celluleui, on le
fait griller sur des pierres chauffées, etalors
il prend un goût analogue à celui de la mie
de pain de froment. Un autre procédé qu'on
emploie encore, consiste à réunir les rruits
avant leur maturité en un grand monceau;
quand ils ont uni commencement de fer-
mentation, on extrait la pulpe qu'on place
dans une fosse où on la laisse fermenter,
on fait cuire cette pâte ainsi fermentée, et
elle acquiert le goût de pain de froment. Les
autres parties de Tarbre ont aussi leur uti-
lité. On creuse la tige pour en faire des ca-
nots, le liber fournit des vêtements, et la
liijueur laiteuse concentrée par la cuisson
faitdelaglu. La culture de Tarbreàpain
est facile ; il se propage non-seulement des
rejets que poussent les racines, mais il se
nialtiplie très-facilement de boutures, et
c'est même le seul moyen qu'on emploie
quand on n'a pas d'amandes pour semer.
Ainsi, nous voyons dans les contrées oii
la civilisation prit naissance, un arbre don-
nant une nourriture facile et abondante, à
l'ombre duquel les hommes pouvaient sq.
rassembler et vivre aussi longtemps que
leur fantaisie le leur disait. On a trouvé près
de Java des antiquités que nous a fait con-
naître le célèbre S. Stamford Rafles, gou-
verneur du pays pendant la domination des
Anglais. Ce qui donne à penser qu'il y eut
dans ce pays un peuple qui se lança de
bonne heure dans la voie de la civilisation,
comme en Afrique, à Méroë. Le moral d'un
peuple est donc susceptible de culture, mais
dans la marche vers la civilisation, il est ex-
posé à diverses fluctuations, tantôt poussé en
avant, tantôt refoulé en arrière, suivant les
temps et les circonstances.
ARBRES FRDITIEUS. — La culture des
arbres fruitiers remonte fort loin dans l'an-
tiquité. Les poiriers et les pommiers, avec
leurs fruits brillants, ont été cités par Ho-
mère dans V Odyssée, lorsqu'il décrit les jar-
dins d'Aîcinoiis. La culture des arbres frui-
tiers avait déjà fait de grands progrès dans
l'antiquité, comme nous pouvons en juger
par les diverses variétés de fruits que citent
les écrivains qui ont traité de 1 économie
rurale. Parmi les espèces cultivées dans nos
jardins, les anciens connaissaient les coings
icydonia), les prunes (prunus), les cerises,
les amandes, les pêches et les abricots ; ces
deux derniers fruits sont appelés persica et
armeniaca, du nom du pays dont ils sont
originaires. La culture des arbres ne date
pas seule d'une antiquité reculée, mais en-
core les moyens d'améliorer les fruits, c'est-
à-dire la grefle et l'écusson. L'histoire ne
nous a point transmis le nom de l'inventeur
de la greffe ; il se perd dans la nuit des
temps fabuleux (72). On en a attribué la dé-
(73) Touriiofort dit , en parlant du pays qui se
Irouve entre Zars et Ziflis (Voy. au Levant, t. Il,
p. 505, édit. 1717) : « Le pays èsl rempli de vigno-
bles et de veraers naturels, où les noyers, les abri-
cotiers, les pêchers, les pruniers, les poiriers, les
couverte au nasarJ, comme Pliue le raconte
assez mal (l. xvii, c. ik), et Lucrèce en ter-
mes plus généraux (v, v. 1360). Goguet a
recueilli avec soin (De V origine des lois^ des
arts et des sciences, et de l^rs progrès chez
les anciens peuples, I» 117, 118) les passages
des auteurs anciens qui ont rapport à la
greffe, il regarde comme un fait de grande
importance qu'il n'est point parlé de la greffe
ni dans la Bible, ni dans Homère, ni daD.s
Hésiode, quoique Moïse ait fait beaucoup
de dispositions réglementaires relatives aux
arbres fruitiers. Mais peut-être que les ar-
bres fruitiers dont parle Moïse n'avaient pas
besoin d*ètre greffés. C'est en vain quon
cherche dans Homère une mention de la
greffe, on devrait plutôt l'attendre d'Hésiode,
qui, au contraire, garde unsilence absolu sut*
la culture des arbres è fruits; peut-être
était-ce parce qu'elle était négligée dans le
pays qu'habitait Hésiode, car son poëme
n'est écrit que dans ua intérêt purement
local. Croire, comme on le fait commuaé*
ment, que ce soit la greffe seule qui nous
ait procuré les diverses espèces de fruits à
couteau que nous avons, c'est, à mon avis,
une erreur ; car la greffe me- paraît plutôt un
moyen aussi prompt que facile de transpor*
ter les bonnes espèces de fruits, qu*un
moyen de les obtenir. 11 y a entre le pom^
mier sauvage et celui qui est cultivé des dif-
férences essentielles. La feuille du premier
est petite, ronde, lisse des deux côtés et lui-
sante à la partie supérieure. La feuille du
pommier de nos vergers est plus grande,
ovale, un peu cotonneuse en dessus, mais
beaucoup plus en dessous ; le calice du fruit
sauvage est presque glabre, celui du fruit cul-
tivé est cotonneux. Les pétales de l'espèce
cultivée ^ont plus larges que celles de la se-.
condc. Communément on voit une plante
perdre cet extérieur cotonneux, quand elle
est portée dans un terrain cultivé et fertile ;
les pétales s'élargissent, mais on n'a jamais
fait l'observation contraire. Je crois donc
que l'espèce sauvage n*est point la môme
que celle gue l'on cultive ; ceHe-ci fut sau-
vage aussi, et nous ne devons pas espérer
trouver sa patrie plus que celle des céréa-
les (73) ; des arbres purent même, sans le
secours de la culture, produire des fruits
de bonne qualité. La greffe et les autres
procédés analogues connus des horticulteurs
purent servir à propager les bonnes variétés
qu'on obtint par la culture, mais on n'a ja-
mais pu les créer par ces moyens. La grelîe
ne peut venir ni ae l'Inde, ni de l'Egypte,
parce que dans aucun de ces deux pays il
no se trouve d'arbres greffés, et que les va-
riétés naturelles du mango dispensaient de
chercher à en varier le. fruit.
L analogie est beaucoup plus çrande en-
tre le poirier cultivé et le poirier sauvage
pommiers viennent d^eux-mémes. » Il ajoute : « Oa
ne peut pas douter que ce ne soit un de ces quartiers
de la Géorgie, où, suivant Strabon, abondent toutes
sortes de fruits que la terre produit sans culture. >.
L'assertion, quoique un peu nasardée, mérite qu'on
Y fasse attention.
1>7
ARB
D^ANTHROPOLOGIE.
ARB
25S
qa entre le pommier des bois et celui des
iardios ; il faut pourtant leur appliquer aussi
les raisonnements que nous arons laits pour
Je pommier. On Toit en Grèce une espèce
de poirier très-multipliée, formant des buis-
sons ou des arbustes très-épineux ; lafeuiHe
en est très-petite et le fruit ressemble beau-
roop à la poire sauvaze ; on ne peut le man-
ger que lorsqu'il a éprouTé un commence-
ment de putréfaction. Sibthorb et les auteurs
de la Reîaiian de texp/diitùn en Morée le
regardent comme Tespèce primitive d*où
sont Tenues toutes nos poires à couteau,
mais il ne me parait point exister d'analogie
entre eux.
Le coignassier 'puru$ cydonia) croît spon-
tanément dans les forêts du Caucase et dans
le sad'est de l*£urope ; son nom lui vient
de la Tille de Cjdon en Crète, ou peut-^tre
c*est le fruit qui a donné son nom à la
Tille. Rien ne peut nous faire croire que
ces fruits si beaux et si brillants que pro-
duisaient les jardins d*Aleinoùs, ou bien
que ces pommes d*or du jardin des Hespé-
rides dont la mythologie parle si souvent,
fassent des coings ; car ces expressions peu-
Tent s>ppliquer aussi bien à diverses varié-
tés de pommes d*un goût agréable qu*au
fruit du coignassier. Le prunier [prunus
domesiica) croit naturellement dans les
Ibréts de la partie orientale du Caucase,
suivant Marschal de Biberstein. Le merisier
i fruits doux (prunus atium) est indigène
des forêts du centre et de l'est d« l'Europe ;
on le trouve jusque dans la (léorgie ; ses
fruits sont doux, quoique petits, et proba-
blement c'est de lut que dérivent toutes les
espèces de cerises douces que nous possé-
dons. La cerise aigre (prunus cerasus) peut
tirer son nom de Cérasonte, ville de la côte
septentrionale de l'Asie mineure ; et Tour-
nefort dit (II, p. 28) l'avoir trouvée dans cet
endroit, croissant spontanément sur des co-
teaux exposés à tous les vents. C'est de là
me Lucullus l'apporta à Rome, au rapport
de Hine et d* Athénée. Théophraste ne parle
du cerisier que comme d'un arbre forestier ;
il parait ainsi que ce ne fut qu'après lui que
cet arbre fut cultivé en Europe pour son
fruit (n).
V amandier lamggdalus communis) crott,
suivant Marscnal, dans les bosquets de la
Géorgie orientale. Le passage de Toumefort
que nous avons cité plus haut, place en Géor-
gie la patrie de l'abricotier et du pécher ; mais
Marscnal ne parle point de ces deux arbres
dans sa flore de ce pa js. Si on en juge par
Hit Le passage de Théophraste présente cne
paii4e difliciilté. Lauteor commence par décrire le
bois, ensoile Tarbre ; tout ce qu'il en dit s*applique
exactement à notre cerisier; mais il termine en di-
sant qoe le fruit ressemble à celai du dioipyros^ avec
cetSe dîflêrence nue le fruit du dîospjros est dur,
tandis qoe œlal du cerisier est tendre. Si par dio-
tpgra$ on entend le diospjfros tatus de Linné, on ar-
rivera à âne conséquence qui est tout le contraire
de ce que dit le naturaliste grec. Il faut donc sup-
poft?r floU y a Ici une faute de copiste. ( Foy. les
noies de Schneider sur ce passage.) Il est constant
le nom une portent les denx arbres, il est
vraisemblable que Tun est venu de la Perse
et l'autre de TArménie. La culture de Toli-
vier ne s^étend point au delà de l'Europe
méridionale, où fréquemment on le trouve
greffé en écusson. Souvent il croit spontané-
ment dans les contrées où on le cultive ;
mais alors seulement c'est Teflet du hasard,
car il est probable que sa patrie est en Asie.
11 est souvent question de Tolivier dans la
Bible; Minerve, suivant la fable, planta le
premier qu'on vit à Athènes. L'Italie ne pos-
sédait primitivement point d'oliviers , et
l'hisloire nous apprend au*iis v vinrent par
la France et l'Espajoie n5). L'olivier sau-
vage, qui porte des feuilles petites et étroi-
tes, est une simple variété et non une es-
pece.
Il est donc très-probable que la culture
des arbres fruitiers commença avec la dé-
couverte de la greffe et de l'écusson dans
l'Asie occidentale , la Géorgie, l'Arménie «
le nord de la Perse et les contrées élevées
de l'Asie mineure.
Le figuier existait déjà dans les jardins
d'Alcinoûs. L'Europe méridionale est sans
doute sa patrie. La caprification fut un
moyen connu des anciens; ce procéJé n'est
plus maintenant en usage qu'en Grèce et en
Portugal.
Le grenadier (punica granatum) crott sans
doute à l'état sauvage dans le nord de l'A-
frique ; il a été importé de là dans toute
l'Europe méridionale, où maintenant il
croit spontiitnément et sans culture. Les La-
tins l'appelaient malus punica ^ parce qu'il
leur était venu de la côte de Carthage. Les
Espagnols et les Portugais lui donnent le
nom arabe romd. Valoës de t Amérique nous
donne un exemple de la facilité avec la-
quelle peut passer à l'état sauvage une
plante , lorsqu'elle rencontre un terrain fa-
vorable, car il s*est naturalisé en Portugal
et surtout dans le midi de l'Espagne, et
plus lard en Italie, et il s'j est multiplié
au point qu'il est devenu presque une mau-
vaise herbe. Le figuier finde [cacius opun-
tia) transporté clans l'Europe méridionale ^
s'y est acclimaté de manière au'il y crott
sans culture (76). Cette plante dont la form3
est assez remarauable , qui couvre les ro-
chers de Palamède dans le voisinage de
Nauplie, aurait certainement été connue et
cit^e par les anciens si , alors comme au-
jourd'hui, elle eût crû à quelques lieues
d'Argos et de Mycène (77).
L'armée d'Aleiandre trouva la vigne cul*
3ue la ville de Cérasonte a été ainsi appdée à cause
n cerisier, et que le cerisier ne porte point le nom
de la ville.
(75) Pl»., Hht, nat.^ 1. xv, c L
(76) Voy. , Annales des sof^ages , 1856 , t. IV^
p. 51, un article fort en rien x sur le ficus indien et le
ficus relJgio$aj par M. Cb. RiTTcn.
(77) Tbéopliraste (H. p/., i, 7, 5) décrit le figuier
Imîien. dont les branches poussent des racines qui
prennent leur direction dans le sol , de telle sorte
que la planle parait tout environnée d*un rbe^rlu de
radaes. Cet arhre est abondant dans Tlnde, et les
eso
ARB
DICTIONNAIRE
ARB
srîo
tivée dans l'Inde et elle rendit grâces à Bac-
chus; un voyageur moderne vit dans ces
contrées des coteaux couverts de vignes. La
vigne croît spontanément dans l'Europe mé-
ridionale, s'etendant jusqu'à l'extrémité oc-
cidentale; et Viviani dit, dans une petite
notice sur les plantes queCella a rapportées
de la Cyrénaïque , que la vigne sauvage des
montagnes de cette province donne des
fruits gros, sucrés et d'un bon goût. La
vi^ne sauvage des alentours de Naples pro-
duit des grappes dont les crains sont petits,
sucrés, donnant un bon vm; le dessous des
feuilles, particulièrement sur les nervures,
est rude au toucher et presque velu. En
Portugal , la vigne sauvage donne des grap-
pes dont les grains sont petits, acides , des*
quels on ne fait aucun cas ; les feuilles sont
hsses , lors même qu elles sont jeunôs. Les
feuilles de la vigne de Pezo do Regoa^ qui
croit dans le môme royaume et qui produit
le bon vin de Porto, a aussi le dessous
des feuilles rude au toucher. Les feuilles de
la vigne sauvage à fruits aigres, lorsqu'elles
sont jeunes , ne présentent pour ainsi dire
aucune division, tandis que celles de la
vigne à fruits sucrés sont profondément in-
cisées dans leur jeune fige. Link conclut
de là que la vigne cultivée dérive de plu-
sieurs espèces sauvages , aussi bien que le
chien et peut-être le froment lui-môme. La
vigne de l'Afrique septentrionale fut peut-
être la première (ju on soumit à la culture,
car c'est elle qui , spontanément et sans
culture , donne les meilleures grappes. Du
reste , la culture de la vigne est aussi an-
cienne que colle des céréales, et souvent il
en est question soit dans la Bible (78) soit
dans Homère.
L orange douce du Portugal ( citrus auren-
tiuniy Risso) a été apportée par les Por-
tugais de la Chine en Portugal, et de là elle
s'est répandue par toute l'Europe : c'est un
fait qu'on ne peut révoquer en doute. Ces
fruits portent encore en Italie le nom de
portugalli ; et du temps de Tournefort , ils
étaient encore rares en Grèce. Les anciens
ne connaissaient pas plus les oranges que
les autres productions de la Chine. La pomme
de Médie, ic ciiron^ suivant Théophraste, ne
se mange pas (Hist. plant. ^ xiv, 4, 1 et 2),
botanistes le connaissent sous le nom de ficus reli-
gioM. Immédiatement après, Théophraste nomme
une petite plante qui pousse près d'Opux, dans le
voisinage de la mer, sur le rivage du gùlfe de TEu-
bée, dont les feuilles poussent aussi des racines, et
qui parait bonne à manger. On a fait une fausse
application de ce passage à Xopuniia, qui,jpar suite
de cette erreur, a reçu te nom qu'il porte. Vopuntia
d'Amérique est une grande plante dont les rameaux
sont formés par les feuilles poussant les unes des
autres ; il n'est pas aisé de deviner ce que Théo-
phraste a voulu dire par le poussant des racines
aériennes.
(78) On ne peut, en traitant la question de Tanti-
auité de la culture de la vigne, oublier Thistoire de
loé, qui, suivant TEcriturc, planta la vigne, karam^
dont le nom est encore aujourd'hui le même chez
les Arabes.
(79) Deipnosoph, l. m, c. 25-28.
il a une odeur agréable , et la médecine en
fait usage : il ne dit point s'il avait une sa-
veur sure ou amère. Gallien(Z>e Alim.facult.^
1. II, p. 37) parle en termes clairs et pré-
cis d'un fruit acide qu'il appelle xit^w» , et
qui, ajoute-t-il, est nommé pomme de
Médie par ceux qui veulent parler à mots
couverts. 11 s'agit donc du citron {cUrus
limonium Risso). Tout le monde, dit Dios-
coride ( i , 167) , connaît la pomme de Médie
ou de Perse, ou cedromelui que les Latins
appellent citria. Get arbre produit toute
I année des fruits sans cesse renaissants. Le
fruit est allongé, rugueux, jaune doré ,
agréable au goût, d'une odeur forte; il a
des pépins comme une poire. 11 est probable
aue l'auteur a voulu parler du citron. Les
éoi)oniques citent aussi un citrus et rien
ne vient contredire la conjecture que le
fruit dont il y est question soit le citron <
quoiqu'on ne parle point expressément de
son acidité. Ce que Palladius a écrit ( 1. iv ^
t. 10, 16) concorde exactement avec tout
ceci; il avait même observé ce qu'a dit avant
lui Théophraste, qu'un fruit succède à
l'autre; il dit qu'il a une saveur acide.
Athénée a fait une savante dissertation sur
la pomme de Médie (79), de laquelle il ré-
sulte d'une manière bien précise, qu'elle
était le citrus. Tous les témoignages nislo-
riques se réunissent donc pour prouver que
les anciens connaissaient le citron, mais il
n'en est pas de même pour l'orange, à l'é-
gard de laquelle la question demeure in-
tacte. Il est bien difficile de tirer de Pline
quelque lumière, à cause de la confusion
qui paraît résulter d'une part avec le pêcher,
et de l'autre avec le cèdre, nom que les
anciens donnaient auxgenevriers et surtout
au Juniperus phœnicœa (80). Nous ne con-
naissons rien de précis sur la patrie de ces
fruits; les anciens la plaçaient d*un com-
mun accord en Médie, et leur souvenir rap-
pelle si bien celui des pommes d'or du jar-
din des Hespérides, qu Athénée cite même
un écrivain d'Afrique qui professait cette
opinion. L'orange est originaire de l'Asie.
L Inde ne produit qu'un petit citron acide,
arrondi, nommé en sanscrit djambhin ou
djanbhiray et qu'on cultive en plus grande
quantité encore que notre citron allongé, ce
(80) Virgile dit (Geor^.,», v. 126) :
Media ferl tristes suceos tardumqtie saporem
Felicis maliy etc.
Ce passage a beaucoup exerce les commentateurs
Servius cite un certain Apuleius qui disait que le
poète latin n^avait point entendu parler du rllrtu,
mais d*un arbre tout différent. On ne comprend pas
trop ce qu*a voulu dire Apuleius. Le savant Ifartyn
ne lient aucun compte de la remarque de Servius.
II applique ce passage au citronnier ; mais il ne com -
prend pas trop le tordus sapor. Voss traite cette
question d*une manière assez prolixe; mais il ne
connaissait point la matière assez à fond pour dis-
si^r Tobscurité qui règne dans les expressions de
Pline, et dans laquelle lui-même s'est embarrassé. U
n'a point assez étudié les sources qu*Âthénée a com-
mentées, surtout Théophraste.
tsi
AIU
IVANTUROPOLOGIF.
AP.I
96i
1
m donnerait à penser qu*il est originaire
e Jlnde.
ARGALI. Voy Mouton.
ARIAXE. — Prichartl désigne ainsi une
rareîie la famille humaine, à laquelle on a
donné aussi le nom d*indo-européenne. La
rare ariane est la troisième des trois grandes
nations civilisées de Tantiquité. Les deux
autres sont la race syrio-arabe et les Egyp^
tiens.
Des nations dont les langues appartien*
Dent à une même famrlle, et qui, parconsé-^
qaent, doivent elles-^mèmes descendre d'une
souche commune, s étendent^ comme chacun
lésait, depuis les bouchesdu Gange jusqu'aux
lies Britanniques, et jusqu'à Textrémité nord
de la Scandinavie : on les nomme collective-
ment nations indo-européennes. S'engager
à les décrire toutes serait s'imnoser une
tâche bien pesante ; aussi pour le présent
meborneral-je à parler de la grande bran-
che qai a peuplé quelques-unes des plus
belles contrées de TAsie.
Celte grande branche asiatique , qui est si
^teodue qu'on peut la considérer comme
une famille de nations, est divisée en deux
rameaux principaux. La tradition ne nous
apprend rien sur l'époque de leur séparation
et nous ne pou vpns les suivre jusqu'à leur
naissance ; mais nous les voyons, dès les
l'remiers temps et dans l'enfance des na-
tions, s'élever ensemble de deux foyers
irJDcipaux peu éloignés l'un de l'autre, et
situés i l'est et à l'ouest de Tlndus. Il est
bon d ol>servcr que toutes deux ont un nom
qui leur est commun : le nom d'Arians ou
d'Arias (81) qui est à la fois, pour la branche
persane et pour la branche indienne, la dé-
siforation nationale. Les anciens Mèdes se
donnaient le nom d'Arii (82), nom qui a été
conservé dans l'Aria et TAriana des géo-
graphes grecs (83) ; le pavs compris entre
les monts Himalaya et Vinahya, ancien séjour
fies indous et qui est la terre-sainte des
brahmes, est appelé Aryavarta. C'est dans la
partie nord-ouest de cette contrée , qui est
arrosée par le Saraswati, que les plus anti-
ques traditions des brahmes placent les an-
cêtres de la race indienne (8*) ; et le saras-
wati bala-bani, c'est-à-dire la langue des
enfants des bords du Saraswati est le terme
consacré pour désigner ledialecte prakrit (85),
langue vulgaire qui nous offre la plus an-
Henné moditication usuelle de la langue sa-
vante, de la langue écrite, c'est-à-dire du sans-
krit. C'est de là qu'a commencé l'existence na-
tionale des Indous, vingt-cinq siècles avant
Tère chrétienne, et c'est delà que, sous la hié-
rarchie des brahmes et sous leurs dynasties
rf»fales descendant du soleil et de la lune,
f^\) Commentaire mr le Yaçna, par H. Eug. Bra-
^^, iii-4% Paris, notes ; Ritter , Erd kunde von
^«, Iraoitche Wclt.
<^) IfeioD.^ lib. vil, ch. 02.
i^)j Staabo?!., Géog,, éd. Casaub., p. 72 i.
<Ht) iHsiiîmts te Menou, Uv. n, 17, i8; Wilson,
rtffjce da Visliiiti Purana ; IlUioire de tlnde^ par
"*ii»Tow., vol. I", p. 588.
iK) EfMf sur le$ (iiatcttet samkrit cl prakrit^ par
ils paraissent s être répanous progressive*
men^ dans le Rajputana, TAyodhya le Sau-^
rashtra, et à Test, s'être avancés jusqu'à In •
dranrest'ha, ou Belhi et avoir atteint Ma-
gadlia et les provinces du Gan^e. Du côté du
nord, ils pénétrent dans la célèbre vallée de
Cachemire , bassin d'un ancien lac , que
le Saint ou Muni Kasyapa mit à sec en ou-
vrant d'un coup de son cimeterre le rocher
qui en formait l'enceinte.
Les montagnards de l'Himalaya formaient
une race aborigène qui n'avait rien de com-
mun avec la race indienne; mais il paraî-
trait qu'un petit rameau de cette dernière
souche aurait été très-anciennement im-
Elanté sur les hauteurs de THindu-Kush ou
aucase indien, non loin du froid plateau
de Pâmer. Les descendants de ces premiers
colons ont continué à vivre dans les mêmes
lieux, inconnus du monde entier si ce n'est
de quelques Musulmans des cantons voisins
qui les (Jésiçnentsous le nom de Kaprs^ c^est-
à-dire intideles. Ces hommes n'ont guère
conservé de leur origine une leur langue
qui est un dialecte du sanskrit. D'ailleurs,
eu égard à la blancheur de leur peau, l'ani-
mation de leur teint, la couleur de leurs che-
veux , c'est aux Danois et aux Suédois qu'il
conviendraitdelescomparer.Lesindi^èncsdu
Dekham, pays séparé de rin^ioustan par la
chaîne du Vindhya, forment unerace distincte
et parlent un dialecte qui n'appartient pas au
sanskrit, mais à la famille de langues ta-
moules. On a été môme jusqu'à supposer
au'une partie des habitants d'Aryavarta
escendait d'une ancienne population con-
quise par les brahmes. Cela peut être vrai
pour les parias, mais on ne peut supposer
avec vraisemblance que les Sudres qui sont
comptés au nombre des hommes issus de
Brahma, quoiau'ils soient issus de ses pieds,
proviennent d une tige tout à fait étrangère;
et ce serait encore moins admissible pour
aucune des trois castes dites régénérées (86),
c'est-à-dire les brames , les Xalriyas et les
Yaisyas appelés aussi Aryas, qui lormaient
la masse de la nation indienne.
A l'est del'lndus, non loin de Banian ou de
Baikh, dans l'ancienne Bactriane (87), se trou-
vait (suivant Lessen (88) et E.Burnouf, qui,
les premiers, sont parvenus à tirer un sensnis-
torique des fragments mages contenus dan3
le Vendidad et le Boundebesch) le pays que
les plus anciennes traditions des Persans .dé-
signent comme la première demeure et le
Faradis de leur race. « Kdene Veedjo, ou
Iran pur, était un lieu de délices jusqu'au
jour oii Ahriman, le ^énie du mal, créa, dans
la rivière qui arrosait Eriene, le serpent de
l'hiver (89). Le peuple d'Ormuzd abandonna
CoLEnROOKR.
(86) C*esb-à-dîre pour lesquelles la science est
comme une secon le naissance.
(87) BuR^ioop, Commenittire...^ Annotations.
(88) Die hielige $age und das gesammte Religieux^
ivitem der altenBaktrer, Meder, und Pener^ oder de
lendvolks^ von J.-^. Ruodf. ; Frankf., 18i0.
(89) RiTTER Eidkunde ton Aiien , Jranische
Well.
Î8j
AU!
DiCtIONNAIRE
ARl
i6i
alors sa première habitation, el, sous la con-
duite de son patriarche Djemshid, arriva, en
traversant différents pays, d'abord dans le
Cughda ou la Sogdiane, et enfin dans la Ve-
rené ou la Perse. >» La portion la plus an-
cienne du •Vendidad est composée de frag-
ments d'anciens poëraes, qui se rapportent
ft la tradition de cette émigration. L*analvse
des anciens documents historiques sac-
corde ainsi avec le résultat, des recherches
philosophiques, pour faire sortir ces deux
grandes races arianes, sinon d'un point com-
Hïun, au moins de contrées presque conti^
guës, d'où elles se sont répandues, la bran-
che indienne vers l'est et le sud, et la branche
Eersane ou plutôt tactrientie vers l'juesl.
a principale preuve de ce fait est celle qui
se lire de l'histoire des langues, histoire sur
laquelle je ne puis entrer ici dans aucun
développement, et dont je puis à peine
mentionner les principaux résultats.
Qu'il nous suffise donc de dire que le zend,
le plus ancien idiome des Mèdes, des Perses
el des Bactriens, peuples qui, ainsi que nous
l'apprenons de Strabon et de Néarque, par-
laient tous les dialectes d'une même langue,
a incontestablement les rapports les plus
étroits avec le sanskrit et le prakrit, ou l'an-
cienne langue de Tlndoustan. Ces rapports
sont si intimes et si bien établis que per-
sonne aujourd'hui n'a le moindre cloute sur
l'affinité des nations qui parlaient le zend.
Le zend, d'une autre part, se rapproche
beaucoup de l'allemand et des langues de la
môme famille, qui se parlent dans le nord
de l'Europe (90).
Après cette rapide esquisse de la portion
de l'histoire qui est commune aux deux
branches de la famille arienne, je vais les
décrire séparément.
L Dbs Indous. — Les indigènes de l'Inde
ont été admirablement bien dépeints dans
un passage de Denis le Géographe, dont
voici l'introduction :
« A l'est s'étend une grande et délicieuse
contrée, c'est l'Inde, dont les côtes sont bai-
gnées par le vaste Océan ; c'est à elle que le
soleil, au sortir de la mer, accorde son pre-
mier sourire ; c'est sur elle qu'il répand ses
premiers rayons. Les habitants sont basanés,
et la couleur de leur chevelure nous rappelle
celle de la noire hyacinthe. Leurs occupa-
tions sont diverses. 11 y en a qui fouillent le
TOï et vont chercher l'or cache dans les pro-
fondeurs de la mine ; d'autres qui, adonnés
à l'art du tisserand, fabriquent des tissus
avec un art merveilleux ; d'autres qui façon-
nent et polissent l'ivoire avec une extrême
délicatesse; d'autres, plongeant dans les ri-
vières , vont chercher parmi les sables qui
en forment le lit le béryl flamboyant ou le
diamant qui lance des éclairs. Un sol fer-
tile, arrosé par mille fleuves qui le parcou-
rent en tous sens, répand avec profusion
(90) AfinUé du zend avec les dtalectes germa-
niques^ par Eug. BuR^ouF (Nouv. Journ, AsiaL^
tom. IX, 4832).
(91) Legrntil. Voyages aux Indes; Paris, 1779-
ses trésors sur le peuple de ce pays. »
Dans une description sommaire, telle qu'il
serait si facile d'en faire une en analysant
les ouvrages généraux qui traitent de l'Inde,
ie ne pourrais m'étendre assez pour donner
les développements convenables aux preuves
qui viennent à l'appui de la théorie que
nous avons présentée ailleurs sur l'origine
des variétés; et cependant l'histoire physi-
que des Indous fournit des faits qui y sont
extrêmement favorables. Aussi, au heu de
présenter une vue d'ensemble, je me con-
tenterai d'emprunter quelques détails à des
observateurs dont le témoignage ne saurait
être suspect. Voici dans quels termes divers
voyageurs modernes nous parlent du peuple
de rinde :
« Les Indiens, dit Legentil, sont en géné-
ral beaux et bien faits; l'œil noîr^ vif et spi*
rituel; leur couleur est connue; on y voit
de très^belles femmes, bien faites, ayant des
traits à l'européenne. La caste des bramines,
surtout, est une très-belle caste, un très-
beau sangi dans celte tribu, on voit les plus
belles femmes, les plus jolis enfants, et tout
ce monde a l'air le plus propre (91). »
L'abbé Dubois (92), qui a fait une longue
résidence dans le Mysore en qualité de mis-
sionnaire, dit que les Indous sont basanés,
mais que leur peau offre une teinte plus ou
moins foncée, selon les provinces qu'ils ha-
bitent et selon le çenre de vie qu'ils mènent.
« Les hommes qui se livrent aux travaux de
l'agriculture, et qui restent toujours exposés
au soleil, n'ont la peau guère moins noire
que celle des habitants de la Caffrerie ou de
la Guinée; mais le teint de la plupart des
brahmes ou des personnes qui, par état, tra-
vaillent à l'abri au soleil ou mènent une vie
sédentaire n'est pas à beaucoup près si foncé.
Un brahme un peu noir et un paria un peu
blanc sont regardés comme deux monstruo-
sités : de là sans doute est venu le proverbe :
Méfiez-vous d'un brahme noir et d'un paria
blanc. La couleur des brahmes est celle du
cuivre jaune, ou plutôt d'une infusion claire
de café; c'est la plus estimée; et les jeunes
femmes au teint de pain dépice sont celles
qui attirent le plus les regards. J'ai vu des
brahmes, et leurs femmes surtout, moins
basanés que bien des habitants du midi de
l'Europe; mais tous les Indiens des deux
sexes ont presque autant que nous le dedan5
des mains blanc, ainsi que la plante de^
pieds.
« II existe sur les montagnes et dans ]e5
épaisses forêts de la côte du Malabar quel-
ques hordes de sauvages dont le teint es>
beaucoup plus clair... La cause de ce phéno
mène est sans doute due à la température ef
à la nature du pays qu'habitent ces sauva
ges, qui d'ailleurs passent toute leur vie
sous des arbres touffus, dont l'ombrage Ip5
garantit de l'ardeur du soleil... Les Indien.*
1781, 2 vol. tn-4«
(92) Mœurs, institutions et eérémonieê des peucit'
de Vinde; Paris, 1845, 2 vol. îr-S-.
Aai
D*AM11ROHHjOG1C
ARI
V6
od en général les cheveox noirs et lisses, le
frotit petiU les jeux noirs, quelqudbis gris;
fort peu d'embonpoibt, le ventre {riat Leurs
jamhes, toujours tournées en dedans et un peu
tordues, oe qui Yient sans doute de Thabitude
de s'asseoir par terre en les croisant comme
DOS tailleurs, nont point de mojlets; ils re^
gardent mAme comme une difformité d'en
avoir*.. Les Indiens, surtout les brahmes,
sont en général d*une complexion faible et
de beaucoup inférieure sous ce rapport aux
Européens : ils n ont ni la force, ni la ri*
gueur, ni Tactivité de ceuxM:i. Cette faiblesse
de constitution, qu'ils tiennent en partie de
la nature, s^accroit, pour le plus ^and nom-
hre d'entre eux» i>ar Tétat de misère et de
privations auquel ils sont condamnés. »
Les ludous, en effet, ne se nourrissent
généralement que de graines ou d'autres
substances insipides. La masse du peuple
ne peut se procurer du riz pour sa nourri-
ture ordinaire, et.au contraire elle est Mi-
gée de vendre celui qu'elle récolte.
M. Orme a remarqué oue depuis la plus
haute antiquité Tlnde a été habitée par un
peuple qui n'a aucune ressemblance, ni pour
la n^re ni pour les mœurs, avec les nations
contîguës; et, bien qu'à diverses époques
des conquérants se soient établis dans diffé*
rentes parties de ce pays, cependant les ha^
bitants primitifs ont très-peu perdu de leur
caractère propre.
La grande variété de couleurs que Ton ob-
serve chez les Indous a déjà été remarquée
comme un fuit parallèle à celui qui s'observe
en ^^pte et eu Abjssinie. Ce fait a été en-
visa;^ sous son véritable point de vue par
l'^véqne Heber, qui en parle dans les termes
suivants : c Je fus très-frappé de la grande
diversité de couleurs que me présentaient
les Indiens. Dans la foiite dont j'étais en-
touré, je voyais des individus noirs comme
des nègres, d'autres de couleur cuivrée,
d^aotres qui étaient à fjeine plus bruns que
les Tunisiens que j'avais vus à Liverpool. Je
fis part de mon étonnemetit au principal du
Bishop*$ collège^ H. Mill, oui était venu à ma
rencontre avec M. Cowie, l'un des chapelains
attachés aa service de là Comptenie, et il
me dit, lui qui connaît plus de llnde que
fiersonne peut-^tre, qu'il n'avait jamais pu
s'expliquer cette vanété, qui est générale
dans tout le pays et partout firappante. Ce
o>5t pas seulement le plus ou moins d*ex^
position aux rayons du soleil qui cause ces
différences, puisqu'on les retrouve diez les
pécheurs, qui sont tous éjadement nus. Ceia
ne dépend point non plus des castes, puisone
même dans la caste la plus noble, celle aes
brahmes, on trouve quelquefois des indivis*
dus noirs, et chez les parias, des individus
presque blancs. Cette différence paraîtrait
donc purement accidentelle, comme celle
qui se voit sous le rapport du teint des Eu-
ropéens; mais oe qui la rend plus frappante
(951 Toa, RMfutkâM^ vol. I".
(94) Liait. Mac Hdbdo, AtcwuA ùf Ëaitiwr
{É9mbm9 Tratuaetwiu)^ vol I".
DtCTionn. D*AnT8aopoi.o«ia.
id que dans notre pays, c'est qu*une beau-
coup plus grande partie du corps est décou-
verte. »
.Cependant^ ce qui prouve que la couleur
fénérale des Indiens dépend beaucoup de
influence du climat, c'est que dans le oofd
du pays les habitants, surtout ceux des haiH>
tes castes, sont blancs et très-beaux. Le nuH
jor Tod et tous les écrivains qui ont en à
parler des Rjypoots du nordM>uest de l'Inde
nous les dépeignent comme étant grands»
vigoureux, bien fidts, ayant de beaux traits,
le nez aouilin, les sourcils arqués et le teint
blanc (dâ). Les habitants du Kattiwar, pays
situé aans le nord de l'Inde, ont souvent»
comme nous l'apprenons d'un homme qui a
été bien à portée de les connaître, les che^
veux blonds et les yeux bleus {9k).
Mais ce qui prouve surtout, et de la ma*
nière la plus frappante, que la couleur des
Indous dépend du climat, c'est ce qui s'ob^
serve dans les colonies de race indienne, éta^
blies depuis. des temps plus ou moins recu^
lés sur divers points de la haute chaîne de
l'Himalaya, chaîne qui forme la frontière
septentrionale de Tludoustan.
Beaucoup de familles indiennes ont, à
différentes épo(]^ues , quitté le plat pays , et
plusieurs sont fixées depuis des siècles dans
des cantons fort élevés de l'Himalaya, sur*
tout près des sources des rivières sacrées, le
Gange et la Jumna, qui sont» comme on sait«
pour les hommes de cette race, Fobjet d'une
vénération toute particulière. Dans le voisi*
nage de Gangotri et de Jumnotri, c'est'è-dire
des points où naissent ces deux rivières, les
Indous, ainsi que nous Fappraid M. Fraser*
sont très-blancs, ont souvent les yeux bleus,
la barbe et les cheveux frisés, châtains ou
même roux de couleur. Il est à remarquer
que la température de ces montagnes est
assez froide pour exiger l'usage de vète-^
ments de laine et de couvertures pendant la
nuit (95).
Les habitants de la vallée de Cachemire
sont Indous : ils parlent un dialecte de
l'hindi, qui est la langue propre de l'Inde
centrale. Le climat de Cachemire est frais :
ce pays produit des fruits semblables à ceux
de l'Europe, les Cachemiriens opt le teint
aussi clair que les Européens méridionaux.
Mais les Siah Pâsh ou Rafirs, qui habitent
les hautes régions du Rohistanetle canton
de l'Hindu^Knish dommé, d'après eux» Ka-
flristan, offrent l'exemple le plus curieux et
le plus remarquable aune branche de race
indoue , établie depuis nombre de siècles
dans un pays froid, et vivant dans des con-
ditions tout à fait différentes de celles où
sont nlacés les indigènes de l'Indoustan. Les
Siah Pâsh, comme 1 ont [m>uvé , d'après une
étude de leur langue^ le géographe Ritter et
le célèbre philologue Bopp, parlent un dia-*
lecte du sanskrit, et il n'est pas doutent
qu'ils ne soient une branche de race in*
(95) Tra9eU m
FaA8ER, Esq.
tke
, par Jaiifj tt^uLia
2G7
Ani
DICTIONNAIRE
A RI
m
dtentic. Ils adorent Mahadeo , mais ne con-
naissent point ]es autres dieux indous, et
ont des coutumes qui leur sont propres (96).
\ Les Siah Pâsh, d après ce que nous ont ap-
pris l'honorable Mou nt^Stuart Ëlphiustone et
Aleiandre Burnes, sont des hommes d'une
beauté remarquable ; ils ont les sourcils ar-
qués et le teint blanc. Un jeune homme de
cette nation, que Burnes eut occasion de voir
à Kaboul , avait les traits du visage d'une
• régularité parfaite et rappelant tout à fait
.Je type grec; ses yeux étaient bleus et son
*eint très-blanc. Quelques autres individus
qui ont été observés par les Européens avaient *
les mômes caractères phvsiques.
H. Des Persans. — • Une grande partie de
la Perse est occupée par une peuplade à demi
nomade , qui erre dans les campagnes , vit
sous des tentes, ou fait cultiver la terre par
ses esclaves et ses domestiques; ce sont les
tribus lliyatcs. Plusieurs de ces tribus n'ap-
[wirtiennênt pas àla race persane ; quelques-
unes sont turques, d*autres sont composées
de Mongols ou d'Afghans, dont l'origine est
douteuse. Les villes et leurs environs sont
occupés par la race pure des Persans , qu'on
n'appelle point Persans, mais Tajiks. Les
Tajiks sont un peuple bien connu, qui s'é-
teiîd très-loin vers l'est. Ils habitent non-
seulement les villes de la Perse, mais aussi
celles de la Transoxiane , et tous les pays
qui sont soumis aux TarlaresUsbecks. Quel-
ques personnes supposent qu'ils vont même
jusquaux frontières de la Chine, ou au
moins jusqu'au ïbibet.
Chardin, le plus célèbre de tous les voya-
geurs qui ont visité la Perse, était arrivé à
croire que dans les temps anciens la race
peis-ine était une race laide, à physionomie
dure, très-semblable aux races mongoles ,
et que la beauté qui distingue les Persans
modernes leur vient du côté des femmes ,
n les harems s'étanl depuis longtemps re-
crutés de Géorgiennes et de Circassiennes.»
Il s'est formé probablement cette opinion en
voyant les 1 livrâtes, mvil aura pris pour des
Persans. Voici ce qu il en dit : « Le sang de
Perse est naturellement grossier ; cela se
voit aux Guèbres , qui sont le reste des an-
ciens Perses (97). Ils sont laids, mal faits ,
ayant la peau rude et le teint coloré. Cel^a
se voit aussi dans les provinces les plus
proches de l'Inde, où les habitants ne sont
guère moins mal faits que les Guèbres, parce
qu'ils ne s'allient qu'entre eux; mais dans
le reste du royaume, le sang persan est pré-
sentement devenu fort beau par le mélange
du sang géorgien et circassien, qui est assu-
rément le peuple du mon le ou la nature
forme les plus belles personnes, et un peu-
ple brave et vaillant, de môme que vif,
galant et amoureux. Il n'y a presque aucun
nomme de qualité en Perse (jui ne soit né
d'une mère géorgienne ou circassienne, à
(9C| RiTTER et Bopp, ubi iupra.
(dn On sait qtie les Guèbres et les Parsis descen-
dent des Perses, adorateurs du f«*u, qui, après h
couqucte do U\xr pays parles inusulraaiLs, prôléreieut
compter depuis le roi qui d'ordinaire e<l
Géorgien ou Circassien du côté féminin ; et
comme il y a plus de cent ans que ee mé-
lange a commencé de se faire, le sexe fémi-
nin s'est embelli comme l'autre, et les Per-
sanes sont devenues fort belles et fort bien
faites, quoique ce ne soit pas an point des
Géorgiennes. Pour les hommes, ils sont
communément hauts, droits, vermeils , vi-
goureux, de bon air et de belle apparence.
Sans ce mélange dont je viens de parler, les
gens de qualité en Perse seraient les plus
laids hommes du moûde; car ils sont origi-
naires de ces pays entre la mer Caspienne
et la Chine, qu'on appelle la Tartarie, dont
les habitants, qui sont les plus laids hommes
d'Asie, sont petits et gros, ont les yeux et
le nez à la chinoise , le visage plat et lar^e,
et le teint mêlé de jaune et de noir fort dé-
sagréable. »
Rien ne pouvait être plus loin de la vérité
que la conjecture de ce digne et respectable
voyageur. Il a été contredit par sir W. Ou-
seley , qui a montré que tous les anciens
auteurs qui ont eu occasion de traiter cesu-
i'iii parlent uniformément des Perses et des
iièdes comm.e d'une race singulièrement
belle et bien faite. On les dépeint comme des
hommes d'une haute taille et d'un beau vi-
sage, xa»tt xui lAtyt^ti,
Ammien Marcellin parle de la Perse comme
d'un pays ubi feminarum pulchritudo excel-
lit. Ces témoignages sont confirmés d'une
manière qui rend superflue toute autre
preuve , par les figures que nous trouvons
dans les nombreuses sculptures des monu-
ments persans à Istahkar, a Hamadn ou Per-
sépolis, à Ecbatanc, et dans plusieurs autres
lieux. Les traits du visage ne nous offrent
pas tout à fait le tyi^e grec ; c'est un ty[ e
f>ropre, mais qui est noble et digne, et si
'expression n'en est pas animée , si elle ne
semble pas indiquer le génie, elle annonce
du moins l'intelligence et la réflexion. La
forme de la tête est entièrement indo-euro-
péenne, et n'a rien qui rappelle le type tar-
tare ou mongol.
Les Tajiks modernes, ou les vérilabKs
Persans, que les Turcs appellent Kuzzillî.i-
shes, sont, comme on le sait,*remarqiiah{e-
ment beaux; ils ont une grande régulariié
de traits, le visage ovale, un peu long, ue
gi*ands sourcils noirs et bien marqués, cl de
grands yeux noirs, des yeux de gazelle, ce
qui est considéré chez les Orientaux comme
la plus grande beauté.
Ou trouve dans certains cantons situ«5s
près des frontières de la Pei*se cl coni])r!s
r>ourla plupart dans les limites de Tancien
ran, plusieurs races qui n'aj)parliennonl
point à la nation persane proprement dite,
mais qui y tiennent cependant "de plus près
3u'à aucun autre grand peuple de rAsie; ils
oivenl, je pense, être rattachés à la race
Tcxil à Tabandon de leurs aniique$ superstitions, et
se réfugièrent en p.irtic dans les provinces nioiiia-
i^neuses du nord-est, et eo partie dans Phidc
m
AKI
D\\NTUU01H)L0Gl£.
A RI
270
ariane. Ce sont les Afj^hans, ]«s Kurdes, les
Béloutcbîs, les Brahuis, Uackaais ou Armé*-
DJéns, et enfin les Ossètes.
Des Afghane, ~ Les Afghans se donnent
le nom de Ptàstanehj et sont nommés Patans
par les Indiens. Ils sont connus des Persans
sous le nom d*Àfghanêj nom que les Euro*
Éos ont adopté. La langue pushtu est un
iecte dériyé de Tancien zend, et par con*
séquent uae laâgue sœur du persan. Ce
pushtu a aassi quelques traces de parenté
arec la langue des Kurdes.
Les Afghans habitent toute la région mon*
ta^euse qui se trouve au nord des contrées
liasses du Pei\jab, c'est-à-dire des plaines
'ie rkdus; ce qui constitue, à proprement
parler, leur pays, c*est le versant méridional
de la grande chaîne de THindu-Kush, chaîne
S' lorme le prolongement occidental de
malaya et au Paropamisus. Leur pays
comprend aussi la chaine de Soliman, et le
plateau qui est à Touest de celle-iû. Les Af-
ghans sont un peuple rude et guerrier qui,
par ses mœurs et sa langue, ne se distingue
pas moins des Persans que des Indiens.
Les Afghans, comme on le sait aujour-
d'hui, sont les A;ssecanis d'Arrien, qui en
{tarie assez lonsueooent dans son Histoire
ai fexpédition d Alexandre, Les principales
îiiles des Assecanis étaient Massaca et Peu-
cèle, situées à peu de distance de l'Indus.
Pline désigne ce même peuple sous le nom
d'Aspagonid, et les termes dans lesquels il
parle de leur pays ne permettent pas de douter
que ce ne fût TAfgaoistan. Tout récemment,
le professeur Lassen a découvert le nom de
ce peuple dans un catalo^e des nations tri-
liJiaires du grand roi, qui est gravé en lettres
cunéiformes sur les monuments de Persé-
polis (98).
Le climat de TAfghanistan est un des plus
délicieux du monde. D'après ce que nous
apprend M. Elphinstone, .Kair y est sec, la
i<^ajpérature moyenne est plus élevée que
felle de l'Angleterre, mais les eitrémes du
cljâud et du froid sont plus prononcés. Sir
Alexandre Burnes nous dit que ce pays pro-
duit les fruits de rAndeterre et ceux de
1 Europe méridionale : des pèches, des pru-
Q^) des abricots, des poires, des cerises, des
mûres, des raisins et des grenades ; les bois
•^^nt peuplés de nos oiseaux : on y retrouve
le?» rossifflQols, les merles, les gnves et les
^>iirtereires. Les poires et les pommes de
Aalioul sont célèbres, et on dit que le cli-
°t«l 7 est délicieux. Kaboul est à plus de
^•OQO pieds au-dessus du niveau de la mer
1^ partie orientale de TAfghauistan offre des
pUmes interrompues brusquement par des
cbaloes de montagnes peu élevées; dans la
fartie occidentale, qui se compose princi-
palement de plateaux et de plaines couvertes
^^ graminées, le climat est en général plus
ftpre, et dans quelques parties il est très-
froid.
Dans un semblable pays, on doit s'atten-
dre à trouver un peuple très-différent de
celui de Tlndoustan méridional. En effet, les
voyageurs nous apprennent que les Afghans
sont des hommes de constitution robuste,
très-musculeux, ayant le nez proéminent,
les pommettes saillantes et le visage allon-
gé. Leurs cheveux sont le plus souvent
noirs, quelquefois bruns, mais rarement
roux. M, Fraser (99) dit avoir vu quelques
soldats patans ou afghans qui avaient les
cheveux roux et les yeux bleus. M. Elphins-
tone nous apprend que les Afghans de l'est
ont généralement la peau de couleur très-
sombre, à peu près comme les habitants de
rindoustan, tandis que ceux de l'ouest Tont
d'une couleur beaucoup phis claire, et ont
un teint qui annonce la santé. Mais, aijoute-
t-il-, parmi ces derniers comme parmi les Af-
ghans orientaux, on rencontre des hommes
aussi noirs que les Indiens et d'autres aussi
blancs que les Européezxs ; seulement les
blancs sont plus communs dans l'ouest et les
noirs dans l'est (100). Dans un autre pas-
sage, en parlant d'une tiibu d'Afghans des
environs de Dera, le même auteur dît : « Les
enfants y étaient en nombre incroyable, et
presque tous beaux et blancs. Les jeunes
Biles ont le nez aquilin, l'ensemble du vi-
sage agréable et qui rappelle beaucoup le
type juif. Les hommes sont généralement
très-basanés, bien que quelques-uns soient
tout à fait blancs. »
. Les Afghans se divisent en un grand nom-
bre de tribus ou de clans : le clan principal
est maintenant celui des Duranis ; on dit
Îue c'était autrefois celui des Èusofzyis. Les
hyberis et les Giljis sont aussi de puis-
santes tribus, et il y en a encore beaucoup
d'autres dont il serait inutile ici de faire
connaître les noms. Bien que les Afghans
appartiennent tous à une seule et même na-
tion, et qu'ils se soient peu mêlés avec les
étrangers, ils diffèrent beaucoup entre eux
par les caractères physiques, et la différence
est même très-remarquable. Nous savons
Ear M. Elphinstone que le peuple qui ba-
lte près de l'Indus est noir et ressemble aux
Indous. Au contraire, voici comme le même
écrivain nous dépeint les Eusofzyis, qui vi-
vent dans un pa^s élevé et montagneux dont
le climat est iroid. x Ce sont généralement
des hommes vigoureux, mais qui présentent
des différences sous le rapport de la taille et
de la couleur. Ceux qui offrent le type le
plus commun, le type caractéristique de la
tribu, nous frappent par leur teint blanc ,
leurs yeux gris et leur barbe rouge ; par
leur port tout militaire , par la hauteur et
l'insolence de leurs manières (101). »
Deë Beloutchis et des Brahuis. — Les Re-
Jl »'éait Ufik«ngha ou Us'ç'nga, ce qui ne
r« m aatre chose que «ffo-f^-a-vo». — Voy.
UwEs, Âit^PenUchen kal-in$chriften, s. 94 ; et les
^iQrqott do professeur IUtter, Erd kunde von
*•«», V. 1. 906.
(99) TrawU in] the Himalaya , etc, , par Jases
Baillie Fraser.
(100) Voir la noie précédenle.
(101) Hittory of Kabul, by Mount-Stunrt RtriifN-
STOHE.
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Aftf
i>ICT10N.NAlU&
ATH
27Î
toutchis fbmfieni un peu)>ie iiombroux, dont
la vie est toute pastorale et dont les mœurs
sont tfès-sitnples. Transportant de place en
place leurs ghedans y sortes de tentes en feU'
tre Boir, sotiteaues par une légère carcasse
#n osier, ils errent avec leurs troupeaux dans
les hautes plaines qui enWronnent Kelat.
On les retrouve dans presque toute cette
partie de la Perse orientale qui f Gon>pFise
entre rAfghanislan au nord , et TOcéan In-
dien au sud, s'avance à l'ouest depuis Tin-
dus jusqu'au grand désert salé. Ces llelout-
ehis sont nt\fi branche des Iliyates de Perse
et parlent un di'alccle du persa».
Dans les mêmes limites géographiques
sont comprises les hautes montagnes sur
lesquelles ont coutume d'errer les tribus no-
mades des Brahuis,qui sont par rapport aux
Indous duPenjab ce que sont les Beloutehis
par rapport m\ Persans, et dont la langue a
«ne lres-i;rnnde aliinilé avec un dialecte in-
dien bien c^onnu, le penjabi.
Les Brahuis se tiennent dans les parties
froides et élevées des montagnes, tandis que
les Beloutchis occupent des régions plus
basses et plus chaudes ; se trouvant ainsi
dans des rapports de position géographique
inverses de ceux où se trouvaient leurs an-
cêtres PBSpectii's t les lErdous et les Persans ,
fes deux peuples ont subi des changements
en sens opposé, ont pris un teint et acquis
un ensemble de caractères physiques dttîé-
rent de ceux de leurs ancien» compatriotes,
mais en rapport arec le "climat de leur patrie
d'adoption. Les Beloutchis sont encore, à la
vérité, de beaux hommes à la taille élevée,
aux traits ré^ulierSr à la physionomie ex-
pressive; mais ceux qui habitent les l>asses
£ laines voisines de Tlndus ont, assure^ -OBPf
I peau de couleur très-noire. Les Brahuis
au contraire, comme nous l'apprend Pottin-
ger, sont petits, trapus, aiec une face ronde
et des traits plats , et on en voit beaucoup
qui ont la barbe et les cheveux bruns (102).
Les Kurdes. — Le Kurdistan , ou pays des
Kurdes, eat cette haute région montagneuse
eoupée de profomies valiées^qui est située
entre le grand plateau de la Perse et les
plaines de la Mésopotamie. Le Kurdistan
proprement dit s'étend depuis le voisinage
ties grands lacs d'Ormiahet de Vanjusffu'aux
£rontièpe»d»Louristan. Parmi les habitants
4l& Kurdistan f il y i( des chrétiens de Syrie
exilés de ce pays à cause de leur attache^
nent à l'hérésie nestorienne, et qui parlent
encore le ayriaque; mais la grande mas.se
se compose de musulmans demi-barbares y
qui sont les véritables Kurdes, et ceux-<;i,
comme le prouve la lan.;ue qui leur est pro-
pre^ siint une branche de la race aH*iane. Ils
se divisent en un grand nain[)re de tribus
qui ont toutes entre elles quelques ditféren -^
ces pour la langue et qui som plus ou moins
barbares f plus ou nM)ins civilisées. Les
Kurdes du nord se partagent en tribus qui
occupent les quatre grands districts de Bah-
dinan, Buktan, Hakari et Rawandiz; lea tri-
bus du sud sont maintenant sujettes du
pacha de Suleimaniyeh.
Les» Kurdes sont représentés parle mis-
sionnaire lioernle , a qui nous devons la
meilleure description du pays et de ses ha-
bitants^ comme clés hommes ati corps vigou-
reux, mais aux trails grossiers. Ils sont IrtV-
robustes< ont de larges épaules, le teint très-
brun, les cheveux noirs, les yeux petits, la
bouche grande, et une expression de phy-
sionomie sauvage.
De# Arméniens. — Les Arméniens sont re-
connus pour une des nations indo-euro-
péennes. Leur langue a des affinités avec îos
plus anciens dialectes de la race ariane , et
leurs plus anciennes traditions lient leur
histoire à celle des Mèdes et des Perses.
C'est utte branche issue du même tronc que
le peuple de l'Iran , mais qui en a été séi a-
rée plus tôt et qui a formé un peuple à fuire^
Les Arméniens sont très4ermement attachés
à la religion chrétienne et k leur ancienne
Eglise. Sur trois raillions d'Ames dont se
compose à peu près le peuple arménien', il
Îr en a à peîTie cent mille qui se soient
aissé rallier à la communion romaine (103J-.
Les Ossètes. — La dernière branche de la
race ariane en Asie est celle des Ossètes, qui
habite une petitepartie de la chaîne du Cau-
case, la grande majorité des habitanis de
ces montagnes appartenant d'ailleurs à des
races très-distinctes des Indo-Euronéens.
Ces Ossètes ^ ainsi que nous rapprend
Pallas, sont un peuple barbare, adonné au
pillage, qui habite les régions montagneu-
ses situév'S au delà du Phase et ilu Térek.
Leur langue i^'est parlée que par eox ei^clu^
sivement, mais elle a beaucoup de mots et
d'expressions qui se trouvent également
dans les langues ger'manique , slave et per-
sane. Par les caractères extérieurs les Os-
sètes ressemblent tout à fait aux paysans
du nord de la Russie ; comme eux , ils ont
généralement les chevettx châtains ou blon Js«
et quelquefois aussi la barbe rouge. Ils pa-
raissent être de trè»-anciens habitants de
ces montagnes.
ARMÉNIENS. Foy. AkiaiIb et Eviio>k mo-
dernisa
ARMORICAINS. Fof/. Eunors womnNK.
ASHANTIS. Voy, Glinée (Nâgres de).
ASPHODÈLE. Toy. PLAirrES POTAGÈRES.
A9SINIB0INES. Voy. Siorx.
ATAGAMAS. Fof . PiRVViBtvs.
ATUAPASGAft ou CflIPEWATS. — Le
nom d'Athapascaes a été donné par M. tial-
latin à une nation largement dissémi née dan^
KAméri^e du nord , et que Mackensic , qui
était loin d'en connaître toute l'étendue,
avait désignée sous le nom de Chipevrays. La
dénomination adoptée par M. Ciàl latin est
prise du nom indigène du lac des Bois et des
pays environnants, et elle est très-oosveBa-
(102) AceemU ef BeUkeUkisian and Sinde, far le LUerntnr nach den Werken der Mechitariuen fret
li^ul. PoTTiNGSR. bearbeiut, von K.-P. fkvMA?»; Leipzig» I83(î.
(103) Versiuh einer gesckkhle der Armenischem
273
ATM
D^ANTUROPOI^OOIE.
AT»
sn
Mt', puisque cette ré^^on est le centre du
territoire oocopé, ou si l'on veut, parcouru
]<ar les tribus de cette race.
Le pays des Atliapaseas s'étend depuis
les rives occidentales de la liaie d^Hudson,
à travers teut le continent américain, jus*
qu'au pays des Roloshiens , sur les côtes de
FOeéan Pacifique. Ses limites du c6té du
«od sont formées par la rivière Missinipi ou
Churefaill, depuis son embouchure dans la
baie d*Hudson jusqu'à sa source , puis à
partir de ee point , par une ligne imasinaire
qui se porte presque directement à 1 ouest.
Du côte du nord , les Atbapascas ont pour
frontière le pays des Esquimaux^ leurs en-*
nemb et leurs' voisios, jusqu'à l'ouest de la
baie o^ifudson; ils occupent donc à peu
près tout rintérieur du nord de TAmérique.
Les tribus connues sous le nom d'Indiens
du Nord, les Indiens Castors (Beaverlndîans) ,
les Indiens des montagnes, les Tacallas (Ta-
cnllies ou carriers), les Sussées , sont autant
de tribus aihapascas dont le territoire est
traversé mr les montagnes Rocheuses au
nord du 5â* degré de latitude septentrionale.
llackensie, qui a décrit les Chipe wajs
ou Atbapascas, n*est nullement disposé à
les comprendre dans le nombre des Améri-
cains aborigènes. « Leur marche, dit-il, est
de l'ouest à l'esté et selon leurs propres tra-
ditions, ils sont venus d'un pays qui parait
être la Sit)érie : sous le rapport des mœurs
et du costume, ils se rapprochent beaucoup,
en effet , des Asiatiaues orientaux. Il y a
iiarnu eux une tradition courante qui les
ait Tenir dans l'origine d*un pays habité
par on peuple très médiant : ils eurent en-
suite à traverser un grand lac étroit, peu
Kofood et plein d'tlés , où ils souffrirent
aneoup de la neige et de la glace qu'en-
t retenait un hiver perpétuel. A la rivière de
la Mine de Cuivre oii ils abordèrent d'abord,
le sol était couvert de cuivre; mais ce métal
a été plus tard recouvert d'une couche de
terre de la hauteur d*un homme. En ces
temps reculés , ils jouissaient d'une vie fort
longue, de sorte qu'avant qu'ils ne mourus-
sent leurs pieds étaient usés par la marche, et
leurs gosiers par le passage des aliments. Il
est aussi (|uestion parmi eux d'un déluge
qui couvrit de ses eaux toute la terre , à
Texception des plus hautes montagnes dont
les sommets leur offrirent alors un refuge. «
ATMOSPHÈRE [ Hygiène). --ÏI était géné^
ralement admis en tirèce que Tair de l'At-
ti'rae rendait philosoplie. La prodigieuse
iimaence de l'atmosphère sur nos corps
n'arait point échappe aux anciens, et le
traité dteppocrate , J^ei eaux^ des airs et
éa lieux f rend témoignage de cette vérité.
En effet, ce fluide qui nous enveloppe de
toutes parts, qui agit sur nous mécanique-
ment par la pression , physiquement par sa
température , ehimiquement par les gaz qui
le constituant, fait partie de notresubstance
pcr la rérivification du sanç , but de la res-
pÎFatioii. Dès lors il est évident que plus il
s<Ta pur, plus il influera sur l'économie.,
et même sur l'intelligence. Aussi, ce même
Hippocrate a-t-il dit : Aer sapieniktm cere^
bro et moium meaibris €xkiM. (Jte mar6.
sacro^ cap. 4. ) Il ne faut donc pas s'éton-
ner si les facultés de l'esprit ont été pous*
sées à leur plus haut degîé de supériorité
dans certains climats, et si après trente
siècles, malgré l'étendue de nos connais-
sances, nous ne sommes encore que les
disciples de Platon, d'Aristote, des poètes
et des artistes grecs. La forme des ;çon-
▼ernements, les mœurs, la civilisation de
Fheureux pays qu'ils liabitaient^ dépen-
daient elles-mêmes du climat. Si les nom-
mes du Nord ont conquis le Midi , les opi-
nions du Midi ont toujours conqpiis le Nord.
Soyez convaincu que le génie, cette jilante
céleste, ne porte ses plus beaux fruits que
sous l'influence d'un soleil ardent, d'une
atmosphère pure et brillante. C'est dans ces
climats chauds et tempérés que la nature
et la vie sont prodigues de leurs trésors :
c'est là qu'on crée; partout ailleurs on ne
fiiit qu*imiter , à l'exception des sdences
physiques, résultat d'une suite d'observa-
tions.
D'ailleurs une terre fertile , un ciel doux,
délivrent l'homme , dans les contrées méri^
dionales , des soucis du présent , des in-^
quiétudes sur l'ayenir, et lui procurent cet
heureux calme de l'âme si favorable à Tes**
sor de l'imagination ; mais <ians nos climats
brumeux ^ cœium nebuih fœdum , selon l'ex-
pression de Tacite, il faut lutter sans cesse
contre les intempéries de l'atmosphère;
dès lors l'intelligence perd la moitié de sa
force. Cette lutte est presque toujours au
désayantage des hommes éminemment im«
pressionnables, souvent réJuits à un état
d'énervation musculaire. Uobservaton mé-
dicale en fournit des preuves chaque année
dans nos erandes villes. Le froid , i'humi*r
dite, les brouillards, les* vents impétueux ,
les rapides changements de température,
les pluies abondantes, des hivers sans fin ,
des étés incertains, orageux, des exhalai-
sons malsaines, quels ennemis pour uq
organisme délicat, nerveux , irritable,
souffrant, épuisé 1 Aussi voit-on la plupart
de ces êtres débiles éprouver à chaque
instant de violentes secousses , des maladies
plus ou moins graves , dont la cause re«
monte presque toujours à l'état de Tatmos*
f)hère. Dans les grandes chaleurs de l'été ,
a sensibilité s'exalte, mais la contractilité
diminue } voilà pourquoi dans cette saisoe
les organes digestifs manquant d'énergie et
de vigueur ; on est prédisposé aux flux de
ventre, aux dyssenteries, aux cholérines ,
etc. L'état atmosphérique agit également
sur l'intelligeoce ; il y a vraiment des jours
où l'esprit ne .«ent pas juste : Sapiens dn-
minabilur asiris. Les pensées quelquefois
faciles, abondantes, s'arrêtent tout à coup;
les sources de l'imagination s'ouvrent et se
tarissent d'après les degrés du baromètre ou
du thermomètre. L'arrivée des équinoxes
ou des solstices influe plus qu'on nç croU
sur les cbefs-^d'œuvre des arts , sur les af-
fections, les événements de la vie , les ta-
i75
ATM
MCTI(KHNA.IR£:
A.TM
W5
tastrophes politiques flO'^}. Demandez aux
poètes y aux artistes, a tous les penseurs y
si chez eux un vif sentiment d'énergie >
d'alacrité » qui fait désirer le mouvement y
l'action , le travail , ou bien un certain état
de langueur, de malaise inconnu , indéfinis-
sable, ne se lient pas à Tétat atmosphérique.
II est probable que Télectricité , ce puissant
agent de la nature,, joue ici un râle impor^
tant. La polarité électrique de ratmosphère
correspond sans doute à la polarité éUctro^
vitale de éhaque organe , et dans certaines
« circonstances ; mais la science ne peut en
établir les rapports, car Varmature delà fibre
vivante nous est inconnue ; nous ignorons
quels sont les organes idio ^électriques et
ceux qui sont analectriques^ puis les maxima
et les minima de& degrés d'électrisation de
chaque orçane.
Posons donc en principe qu'un climat tem«
péré, une saison douce dû règne le sibilus
aurœ tenuis de l'Ecriture, un air pur, tou-
iours renouvelé, constituent non-seulement
la première des jouissances physiques, mais
une des conditions indispensables de la
santé. Si les circonstances le permettent, que
le médecin se hftte de conseiller le séjour de
la campagne aux personnes faibles et d'une
vive seasibilité, dont l'exaltation immodérée,
les jouissances, les travaux^ les passions, les
maladies ont U3é) dévoré la vie ; elles y trou-
veront deux biens inappréciables, la paix et
la santé. Car, retremper le corps et rasséré-
ner r&me, voilà le aouble but qu'on y ob-
tient presque toujours. La pureté de l'air,
l'aspeot de la verdure et aussi le charme
mystérieux de la campagne, auquel nul
homme, quel€[ue besoin qu'il se soit fait
de la vie active des cités, ne se soustrait
Jamais entièrement, prédisposent déjà au
)ien-ètre. Le repos de la nature a je ne sais
quoi qui se communique à l'esprit ; dès lors se
calme cette irritation Ëabitueile, cette impa-
tience maladive, propres à ceux qui exer-
cent fortement rintelligence. Un certain
apais^nent des troubles du cœur se mani-
feste; la sensibilité y est moins excitée,
moins provoquée; si les passions grondent
encore^ elles y perdent certainement de leur
ardeur, de leur ftpreté ; il semble qu'on y
parle de ses ennemis avec moins de ressens
timent, de la chose publique avec plus de
sang«froid> de la fortune avec plus d indiffé-
rence. On ne voit plus que dans. le lointain
ces formes menteuses, ces anomalies so-
ciales, véritable tourment journalier pour
certains esprits. L'économie participe bientôt
à cet état de bien-être» ou plutôl»^ la santé
(t(M) L*hlstolre rapporte que le ehaocelier de
Chiverny avertit le président de Thoa que, si le duc
de Guise irritait Tesprit d'Henri III pendant la gelée,
qui le rendait furieux, il le ferait assassiner * ce qui
arriva en eSet le 23 décembre 1589.
On sait toute la part qu^avaient les saisons sur le
géuie do Vilton et sur ses travaux.
c II me semble que j^ Fesprit fou dans les grands
vents. I (DiDEBdT.)
« Je suis toujours plus religieux un jour de soleil. >
^BvaoMO
s'améliorant,. il y a plus de satisfaction mo-
rale. Les organes gagnent de la force » du
mouvement» de la plénitude d'action; les
nerfs se détendent pour ainsi dire, le cer-
veau s'épanouit, le sang se rafraîchit, la.
transpiration est plus é^e et plus active ;
le corps devient agile, viKOureux ; on le sent
imprégné de chaleur et de lumière, pénétré
de cette puissance électrique dont les irra-.
diations actives entraînent, assemblent et
divisent les éléments. La santé a passé dans
le sang avec l'atmosphère où l'on est plongé
et dont on se sature. Enûn, le temps seoible
moins rapide, la vie plus permanente ; on vit
plus, on vit mieux, on vit pour ainsi dire de
sa propre vie, car le princii)e en est rallumé
et doucement activé.Ûn habile docteur, à qui
Ton demandait le meilleur moyen de se bien
porter, répondit : C'est de se tenir en plein
air aussi longtemps qu'on le peut sans fatigue.
. Cependant, i)our tirer du séjour à la cam-
pagne tout le bien qu'on en attend, plusieurs
précautions sont indispensables. La première
est de bien choisir le neu d'habitation, c*est^
à-dire que l'air y soit pur, car son altération
le rend de moins en moins propre à la san-
giification, et ce pabulum vitœ^ comme dit
ippocrate, devient alors un aliment de mau-
vaise qualité, aliment dont on se nourrit à
chaque instant, à chaque seconde. Il faut
encore que l'habitation soit exposée k Tin-
fluence solaire ; rien de mieux pour la santé
(lue cette influence, car selon le proverbe
italien, t où le soleil n'entre pas, le méde-
cin entre. » Faut-il admettre aue les rayons
solaires modifient les qualités de Tair en
rendant l'oxygène plus assimilable à notre
organisation, ou bien encore que la lumière
agit alors fortement et imprègne récouomie
de principes vivifiants? Peu importe; l'es-
sentiel est que l'air soit pur, le reste donné
au luxe est indifférent. Petit jardin, simple
chaumière, selon le vœu d'Horace, sont in-
finiment préférables à un château dans un
pays humide et insalubre. L'humidité sur-
tout, soit chaude , soit froide, selon le cli-
mat, est la pire chose qu'il -y ait, la plus in-
compatible avec la santé, surtout quand la
constitution est délicate. Le malheur est
3u'on ue voit plus ces appartements élevés
ans lesquels nos pères respiraient à pleins
poumons. L'air et la lumière ne se dislri-
Duent plus qu'au mètre et au centimètre.
Dans ces nouvelles maisons tout est sacrifié
à la spéculation, à un comfort intérieur, xste^
quin et petit, qui arrange et divise la vie
par compartiments, comme si on babitail un
nécessaire de voyage.
c L^influence de la lumière et de la chaleur
était surtout très-remarquable sur Fauteur de Gii-
Blas^ à une époque avancée de sa vie. Il s'animail
par degrés , à mesure que le soleil approchait du
méridien ; il semblait avoir conservé la gaieté. Fur-
banité de ses beaux ans, la vivacité de soa imagiB»*
tion ; mais, au déclin du jour, Tactivitéde son esprit
et de ses sens diminuait gradueUement, ei â tomraic
bientét dans une sorte de léthargie qui dorait ju6-
Îu'an lendemain, i {Biographie wveruUt^ article
rr
ATM
DANTIIROPOLOGIC.
ATM
S7a
La seconde précaution est d^exercer modé-
réiuent le corps et d'abandonner tout travail
de lé(e. A quoi bon d*aller aux champs , si
l'on emporte avec soi les livres et les soucis,
si Tambition, si les traces de la vie sociale
vous poursuivent sans cesse, si l'on ne veut
I»as vivre pour vivre.
La troisième enfin est de prolonger son
séjour à la campagne le pius possible. La
complète aération du sang, le besoin de
mellre en rapport la température atmosphé-
rique et la temj)érature organique, n'ont de
résultat salutaire qu'à la longue. Selon
Thompson, il faut chaque jour à chaque indi-
WtJu 18,864 décimètres d'air atmosphérique,
ei cette dose doit être respirée assez long-
leffl()s pour ihfluer sur l'économie. La ne-^
cessité Texige-t-elle? £h bien! revenez aux
travaux de l'esprit, mais modérément, en les
Iflterroaipant par ceux de la campagne. La
rie rurale et littéraire tout à la fois est peut-
èîre ce qu'il y a de mieux pour l'homme.
Voilà le seul moyen d'être raisonnablement
heureux, puisque c'est là tout ce que la sa-
gesse nous permet d'atteindre ici-bas.
Toutefois, lorsque l'hiver se fait sentir, il
ftiit regagner la ville, à moins qu'on ne soit
déterminé à habiter les champs. Dans ce der-
nier cas, on doit éviter le froid avec beau-
coup de soin. Toutes les qualités extrêmes
v>n( nuisibles aux personnes délicates et
nerreuses, mais le froid par-dessus tout. Ce
Ait à la suite d'un froid rigoureux que
BeelliOYen perdit l'ouïe. Le froid est l'en-
ncffli des nerfs, vérité presque aussi an-
cienne que la médecine. Une température
basse fait non-^seulement une imjpression
douloureuso sur la peau, mais elle engour-
dit et paralyse les extrémités nerveuses;
«lie arrête le mouvement excentrique cu-
tané, (le là des stases Sanguines^ des maux
de tète, des oppressions, des crachements de
<ang, des inflammations !plus ou moins in-
tenses, etc.
Le monde ambiant et l'intervention de ses
modifications comprend aussi les mouve-
vemeats de l'atmosphère. Les vents, leur
direction, leur violence, les corpuscules
•{u'ils transportent, leur température, doi-
vent être pns en considération. On sait tous
les effets du plumbeus ausUr sur l'économie.
11 nest pas jusqu'aux simples courants d'air,
aiu vents coulis si dangereux et si perQdes
dans certaines occasions, qui ne méritent
^^'alcment une exacte surveillaoce. Mais,
dira-i-on, faut-il vivre dans d'éternelles pré-
cautions 7 Lebèg^e dePresle, ce médecin
ami de Rousseau, compte jusqu'à trois cent
vingt-sept accidents qui peuvent arriver
<'n un seul jour ; comment les éviter? Mieux
tant cent fois ne pas s'en occuper, et se lais-
ser aller au gré du destin. Sans doute» si
votre constitution est robuste, inattaquable :
encore ne sais-je ; mais si elle est lEaible»
vous souffrirez, vous lansuirez, vous suc-
comberez. Or, c'est aux faibles principale-
aient que nous nous adressons Leur but
doit être non-seulement d'éviter les maux,
mais encore de fortifier leur constitution.
Je le répète» un des meilleurs moyens pour
y parvenir est le séjour et le travail à la
campagne. Ce goût se répand aujourd'hui de
plus en plus, et les médecins y applaudis-
sent ; grand nombre de personnes fuient les
villes, où l'on est si avare d'air, d'espace, de
lumière et de liberté. Cependant il reste
encore beaucoup à désirer. On fait raille ob-
jections plus ou moins fondées pour éviter
l'emploi de ce puissant moyen hygiénique.
Une des principales est le défaut (le fortune ;
cet obstacle n est souvent que trop réel,
mais avec des goûts simples , des désirs mo«
dérés, on l'écarte avec facilité. Il est plus
certain que de malheureux gens de lettres
attachés a la glèbe administrative, à l'ensei-
gnement, à des emplois, à des travaux in-
dispensables, sont condamnés à respirer la
méphitique atmosphère des villes. Qu'ils
échappent donc le plus possible, qu'ils rom-
pent leurs liens, qu'ils aillent aux champs
secouer la poudre des bureaux, ou déposer
le jouç académique; ils y trouveront une
inexprimable douceur à respirer sans con-
trainte. Prtn^emp* et liberté I s'écriait Vol-
ney, aussitôt que les premiers beaux jours
se faisaient sentir. « 11 m'arriva une fois à .
Compiègne, dit Marmontel [Mémoires]^ d'ôlre
six semaines au lait pour mon plaisir et en
pleine santé. Jamais mon Ame n'a été plus
calme, plus paisible, que durant ce régime.
Les jours s'écoulaient avec une égalité inal-
térable; mes nuits n'étaient au'un doux som-
meil , et après m'étre éveille le matin pour
avaler une ample jatte de lait écumeux de
ma vache noire, je refermais les yeux pour
sommeiller encore une heure. L^ discorde
aurait bouleversé le monde, je ne m'en se-
rais point énru. » Eh bienl il est des hom-
mes que ce bonheur ne séduit nullement;
ils préfèrent le réduit enfumé, la rue bour-
beuse qu'ils habitent, aux grandes scènes de
la nature, aux jouissances un peu paresseu-
ses de la contemplation. Vivre dans une at-
mosphère attiédie, tempérée, respirer le
parfum des fleurs, humer la fraîche rosée,
l'air pur et vif du matin, se laisser douce-
ment aller au courant de ses pensées, rêver
au bruit des eaux y de la lyre et des vers^
éprouver, en un mot, ce je ne sais quoi qui
fait le charme de la vie champêtre, est pour
eux le premier des plaisirs insipides. Ils ai-
ment mieux le tracas de la ville, le bruit et
le mouvement, les agitations, les intrigues
de coteries, en un mot, ils ont besoin de la
f ule. Ils ne s'aperçoivent point si la nature
est riche et féconde, si le ciel est pur, si les
fleurs répandent leur parfum ; le théâtre de
la vie humaine, vu de près dans sa réalité,
oti quelquefois ils prennent un râle dans la
pièce, est le seul moyen d'embellir leur exis-
tence. Racine aimait peu la campagne ; il a.
vécu de longues années, rue des Maçons et
dans la triste rue des Marais, au faubourg
Saint-Germain. On sait que madame de Staël
avait aussi le mal de fa capitale; en exil
sur les bords de la Loire, que de fois
n'a-t-elle pas regretté le ruisseau de la rue
du Bac. Elle aurait préféré, disait-elle, cent
Î79
BAN
DICTIOMMAH^E
BAf}
sad
louis de rente, rue Jean^Pain-Mollet à Pans,
à cent mille livres à Coppet. Mais que dire de
ceux que la chatne de 1 ambition enlace de
i toutes parts ? Jamais ils ne comprennent ce
- bonheur paisible de la campagne; cette quié-
tude de situation qui se communique a la
pensée, aux sentiments, aux organes, aux
nerfs, au sang, aux muscles. II y a un art
d'exister avec soi-même, et cet art^ ils Ti-
Snorent entièrement. C'est une belle chosi?j,
isent-ils , que la tranouillité, mais Tennui
est de sa ntmitle ; en eflet, quand on vit ha?
bituellement dans un tourbillon de passions
et d'idées irritantes, on ne s'«iperçoU guère
si la nature est riche et féconde, si l'air est
doux, le ciel pur. Un homme d'Etat ambi-
tieux et maladif ravouàit naïvement : a Quand
je suis à la campagne, disait-il, je me sens
mieux, ie respire a merveille, mon cœur est
desstrriy selon le mot de madame de Sévir
gné, mais le démon de Tambition me presse
puit et jour dçi son aiçuiilon. Il faut que je
Retourne m'enivrer de pouvoir, largement
pi'abreuver à cette coupe de mensonges et
^t de déceptions. »
Il est pourtant des individus qu'un mé-
decin doit éloigner des solitudes de 1^ cam-
pagne. Ce sont les imaginations ardentes,
exaltées, les sensibilités ramanesques, dont
îes sympathies inépuisables, la soif inc[uiète
d'émotions et d'enthousiasme ne sont jamais
satisfaites. Ces individus se font un monde
à eux, et souvent leur esprit se perd dans
rimmensité de l'univers, en voulant le com-
E rendre et le mesurer. Il y a ici une ferr
, lentat^on cérébro-intellectuelle dont on
doit be«(ucoup se méfier^. Il est urgent de
Veur interdire les lieux solitaires qu ils re-
cherchent si avidement, bien plus encore si
le clio^at est irrégulier, lé terrain boule-
Versé, les sites alpestres. C'est à eux de
craindre, le fond des. bois et Imr vqst$ silencej
car la brûlante pensée qui agite leur cer?
veau, bien loin ae se calmer, y ^icquie^'t au
contraire la plus énergique activité. Eloi--
pner d'eux-mêmes de tels malades, rompre
la série d'idéejs qui les entraîne et les ab-
sorbe, enlever le trop plein du cerveau, de
rintelligence, voilà l'indication à remplir.
Quant aux moyens, un travail matériel sou-
tenu, dos occupations graves, une certaina
complication dé choses positives, d'affaires
instantes, journalières, sont le régime I9
5 lus convenable. Le monde, ses folies, ses
istractions à la fois étourdissantes et iasi-
pjideSs auraient peut-èitre plus d'efficacité
encore ; mais comment faire entendre cette
vérité à des hommes qui précisément ont
pris le monde en aversion ? Cette difficulté
est souvent insurmontable pour le médecia
philosopha.
ATTITUDES. Yoy. Giestbs.
AUDITION. Voy. Orbillb.
AUROCHS. Vov. BwuF.
AVOINE. — L avoine a éjé cultivée paj^
les anciens et par les modernes plutôt pour
la nourriture du bétail que pour celle de
l'homme. On ne trouve rien qui, dans une
antiquité très-reculée, indique l'usage de ce
grain, car dans Homère on voit toujours
onnér da ro|*ge aux chevaux et jamais^
d*avoine. Mais on voit des témoignages de
son emploi dans des temps plus rapprochés»
car Galien dit dans le traite si souvent cité
{Df alim. facul., éd. Ktihn, t. VI, p. 322) :
« L'avoine est abondante en Asie, pa|*ti€u-
lièrement en Mysie, au delà de Pergame, où
H croît aussi beaucoup d'épeautre. Elle sert
à la nourriture des bétes de somme ; les
hommes n'en font usage que lorsqu'ils ;
sont forcés et seulement dans les années do
disette. Ce grain se mange cuit à l'eau, avec
du vin doux ou du moût qu'on a fait cuire
et du miel, comme l'épeautre, xift. Le pain
u^on en fait est d'up goût désagréable. »
a culture de l'avoine est rare dans l'Bu*
rope méridionale; elle paratt avoir écô
portée aux habitants de ces contrées par les
peuples germaniquesi car Pline dit que les
Germains vivaient de bouillie d'avoine {Hisi.
nat.^ 1. XVIII, c. 17). C'est en Ecosse, dans
le nord de la Norwége et de la Suède, que
se foit la plus grande consommation de paiq
d'avoine. Comme les anciens cultivaient ea
! général fort peu l'avoine, on peut croira
acilement qu'ils n'en connaissaient, poiul
les variétés.
AYMARAS. Voy. Péruviens.
AZTEQUES. Yoy. Mexicains.
ï
B
BALHÈS. Voy. Langage.
BANANIER ou'Pisang {Musa paradisiaca).
— Il s'étend sur une grande partie de l'Asie
méridionale, et s'avance encore plus vers le
nord que Tarbre à pain. La plante croit
f^romptement, mais sa. tige ne devient jamais
igneuse y elle se fait remarquer par ses
feuilles grandes, longues, larges et sans divi-
sion; ses fruits nombreux , de U longueur
0u doigt et de la grosseur d'un pouce où
deux, sont réunis autour d'une han^pe ; ils
sont pulpeux, d'un goût agréable et très-
nourrissants. Cette espèce comprend plu-
sieurs variétés pour la plupart dépourvue?
flamandes, cç qui prouve qu'ils furent an-
ciennement cultivés. Ces fruits font la nour-
riture principale des insulaires de la mer du
Sud. La plante et le fruit sont assez connus
dans nos serres. Nous ne voyons chez les an-
ciens aucune mention de ce végétal , car la
filante citée par Théophraste, dont les feuîl-
es ressemblaient à des plumes d'autruche,
pouvait bien être une acrostique, une fou-
Î;ère arborescente. Ce n'est qu'assez tard que
e bananier a été introduit dans l'Amérique,
pu maintenant il est cultivé.
BARABRAS. Voy. Nubiens.
BASQUES. Voy. Aborigènes et Ecrope
MODERNE.
BAUTAIN. Voy. Langage.
131
BEA
DUNTUROPOLOOiE.
B£A
983
?
BEAUTÉ, IDEAL. — Les notions de beau
ue nous portons en nftissant et qui nous le
.ont chercner en nous et au dehors de nous
sont une garantie que le beau existe à Tétat
«Lsolu ; mais l'expérience nous oblige à re-
connaître que le relatif ou le convenu peut
se mêler à cette notion dans une propor-
tion assez considérable pour rendre les ma*
ûifestations de la beauté discordantes à
quelaues années d'intervalle chez le même
peupiei à quelques lieues de distance » chez
éts peuples contemporains.
L'élément mobile est d'autant plus capri-
cieux que rétat social est plus raffiné. Les
Èiamob qui se teignent les dents en noir
pour ne pas ressembler aux bêles , les Amé-
ricains et Océaniens, qui se coupent une
phalange du petit doigt en signe de deuil,
les Hottentots, qui font un sacritlce plus
douloureux, les Zélandais qui tatouent une
sorte de blason sur leurs corps, poursuivent
unbulplus intelligible que les Chinois en
mutilant les pieds de leurs femmes ou les
Euopéens se poudrant les cheveux.
 cela près, la fantaisie des sauvages et
des civilisés a tout mis en question, excepté
peat-6tre d'estimer la jeunesse chez les
lemme, la force et le courage chez l'homme.
Lhez celui-ci le rayonnement de rénerjçie
morale et de l'intelligence, chez celle-là le
rayonnement de la volupté relevée par la
pudeur, ont été compatibles avec les plus
singuliers atours, avec les plus étranges
parures. Ni lèvres dilatées par des lamp4>ns,
ni narines trouées par des chevilles ou des
pendants, n'ont paru indignes ni de Tima^e
Tirante des dieux sur la terre, ni, à plus forte
raison, des représentations de ces dieux par
les arts.
Le sauvage ne sortait pas de sa tribu pour
chercher le modèle de ses fétiches ; Tlndou
chargea de ses propres armes ses dieux ter-
ribles, et des bijoux de son épouse les dées*
sH plus douces. Tous deux tâchèrent à plus
forte raison d'imprimer è ces dieux factices
l'image de la nation qu'ils devraient proté-
L*ariiste des nations plus avancées conti-
nua le procédé ; aei^lement le raffinement
ayant rendu sobre d'accessoires, la fantaisie
(|»i devait toujours trouver place, s'employa
à modifier, à ennoblir le type national, tnème
premier et obligé de son travail.
Il n*est pas impossible à l'esthétique de
mrre les procédés de l'art après avoir
trouvé la pensée qui lui donnait 1 impulsion.
Ni Phidias ni 2euxis ne faisaient un simple
^vncrétisme, ceci soit dit en supposant que
I y\éài grec n'est pas plus ancien que le siè-
ele de Périclès. Ils modifiaient toujours un
peu le contingent emprunté à plusieurs in-
dividus. La Grèce , malgré son cjel et ses
é^-oles, n*engeudra jamais des fropts en sur?
Momb, pas même des liçae^ de front et de
nez ri^oarensement verticales. Les artistes,
q^i voyaient de face une belle tète peinte
00 vivante, étaient frappés de la gravité
qo elle empruntait à la perspective aérienne,
Battant le front et le nez sur le même plan.
La tête vivante ou sa copie moulée acquérait
une dignité majestueuse quand on la faisait
pencher en avant, en pivotant sur l'axe des
trous auditifs. Jl ne restait plus qu'à réali*
ser les deux illusions en fixant dans le
profil la ligne verticale et même le surplomb
tels qu'ils étaient aperçus de face.
Les artistes du commencement de notre
siècle, en prétendant remonter à l'art grec,
nous ont clévoilé quelques-uns de ces arti-^
tices. La tête de Bonaparte, premier consul,
les bustes du général Bonaparte offrent un
nez creusé à sa racine et assez saillant sur
la ligne du front qui a une certaine fuite.
' Napoléon , empereur, a la ligne du front
et du nez verticale : Chaudet , Tiollier, Da-
vid, avaient renouvelé l'apothéose des por-
Iraits d'Alexandre, de Périclès et des douze
grands dieux de l'Olympe grec. Mais le pro-
cédé était antérieur à Zeuxis , à Phidias, à
Périclès même.
Les monuments de l'Egypte ont réduit
presque toutes les inventions grecques à
une imitation intelligente ; car beaucoup dé
Grecs visitaient l'Egypte dès le règne de
Psamméticus. Les sphmx de cette époque et
même de plusieurs règnes antérieurs ont
des sourcils plans , un nez à arêtes articu-
lées à angle droit avec le sourcil ; la ligne
fronto-nasale continuée, avec une légère in-
clinaison; ce qui se rapproche, comme on
sait, du type national égyptien. Les lèvres
sont plus fortes, le nez est moins haut, l'œil
moins enchâssé que dans l'idéal grec. L'école
athénienne avait modifié tous ces traits après
avoir fait pivoter la tête sur l'axe auditif.
Les sculpteurs de Thèbes et de Memphis
semblent avoir donné un soin particulier à
la sérénité, que l'on interprète parfois comme
l'expression la plus haute de l'intelligence
et de la dignité îiumaine. Le calme pouvait
ré.ner sur toutes les physionomies dans un
caJre social 6\x tout homme , même le roi ,
avait son poste prévu et réglé comme uq
rouage. Toutefois , les traits nationaux re-î
vendiquent une partie de l'idéal rêvé par
les artistes ou par les interprètes. Cette pla-
cidité est encore remarquable chez beau^
coup d'Egyptiens vivants ; elle frappa M. de
Salles plus particulièrement chez un pauvre
fellah supplicié au Caire.
Elle est visible dans les masques posthu-
mes de Napoléon et de Lacenaire. Celui-ci
mourut d'hémorrhagie comme le fellah,
mais après l'agonie de la prison comme
Tempereur. Les trois têtes avaient en com-
mun une certaine saillie de la pommette et
la quiétude de la bouche. La joue creuse
sous la pommette donne de l'ascétisme, les
lèvres un peu fortes sont exemptes de ces
plis aui ajoutent de l'amertume ou de la sé-
vérité à la bouche du Napoléon vivant de
Canpva et de Chaudet, plis que la mort avait
epcés en creusant la joue du masque de.
Sainte-Hélène.
Ajoutons que l'art égyptien, regardé comme
immobile par ceux qui en connaissent h
peine quelques pièces détachées ou copiées
négligemment, montre des périodes très^
285
BEA
EHCTIONNAIRE
B£A
S84
diverses et jusqu'à des fantaisies et des dé-
vergondages, quand on visite en détail les
monuments originaux : Blumenbach igno-
rait ceci, quand il s'aidait de portraits des
dieux égyptiens pour classer des types très-
divers des momies.
Un peuple que ses monuments font parent
de TEgypte et de Tlnde , mais qui avait dès
longtemps perdu le souvenir de ses aïeux,
l'Américain avait cherché la manifestation
du génie héroïque et divin dans une combi-
naison toute contraire. Il inclinait abusive-
ment le front de ses statues, puis il cher-
chait à se disculper du mensonge de Tart en
réalisant sur les castes nobles cette confor-
mation monstrueuse. L'épreuve réussit; elle
devint une coutume sacrée ; l'Europe éton-
née l'a surprise continuée encore par quel-
ques tribus devenues sauvages !
Quel embarras pour les phrénologistes
ayant avancé que la mort ou fidiotisme de-
vait punir ce remaniement sacrilège d'un
or^^ane si délicat et dont la fonction a donné
celle nouvelle preuve de sa liberté, de son
indépendance! Ces sauvages à front déformé
n'étaient pas plus sots que leurs frères régu-
liers. Les chefs quichoas portaient l'énergie
du commandement, l'habileté du pontife, les
combinaisons du stratège et de l'homme
d*Etat dans cet encéphale disloqué!
Aux deux bouts du monde quelque chose
de peu commun, oui of the way^ avait été
cherché comme signe de noblesse. Mais l'art
américain n'avait pu choisir que l'exaçéra-
tion d'un trait national; il ne connaissait
pas autre chose. L'art grec n'était pas au-
tochtone, ou du moins il n'avait pas eu le
temps d'oublier les fantaisies étrangères ; et,
en tout cas, son bon sens et son génie lui
avaient inspiré d'ennoblir le vrai, même dans
l'échantillon déjà recommandé par la beauté.
Or, la beauté étant toujours et partout un
privilège rare, les statues grecques ne peu-
vent, aider à reconstruire le type national
antique qu'après avoir été débarrassées de ce
double éclectisme, de ce double mensonge
de l'art : 1" choix d'un individu exceptionel
par la beauté ; ^ copie flattée, pour la rappro-
cher d'un type idéal.
L'observation et l'inspiration artiste purent
d'ailleurs s'aider de quelques types étran-
gers ; la race ariane amuait à la Méditerra-
née par l'Asie Mineure; les Phéniciens et
les Hébreux fréquentaient tous les ports.
Le tj^pe hébraïque tel qu'il est adouci dans
la juive moderne, le profil arian ou assyrien
des anciens bas-reliefs persépolitains, otTrent
un thème assez rapproché de l'idéal grec,
moyennant un très-léger redressement des
lignes naso-frontales.
La beauté circassienne, géorgienne, per-
sane, arabe, otfre encore aujourd'hui ces
lignes durement busquées chez l'homme,
mollement chez la femme. Les races indien-
nes du nord, Boukhares, Afghans, Sicks, Ca-
chemiriens, ont l'œil coupé en amande, le
sourcil plan et l'œil enchâssé par la saillie de
la racine du nez (nous parlons toujours d'un
petit nombre d'in-lividus marqués du sceau
privilégié de la beauté). Ce n'est pas oue rai-
son pour les faire descendre d'une colonie
macédonienne, dont la nationalité fut occnl-
tée en trois siècles par les alliances indo-
bactriannes
Dans toutes ces races, comme chez les
Grecs modernes, chez les Albanais et fort
probablement chez les Grecs anciens, le
commun des martyrs ressemble aux Euro-
péens modernes, avec les perpétuelles va-
riantes, galle, kimrj^. Là, comme chez nous,
ce thème se reproduit dans la même famille»
se permute de père en fils, se partage entre
frères. La laideur, comme la beauté, crée
des variations mitoyennes; on peut le voir
dans les portraits, dans les charges de Tari
moderne qui poursuit un vrai ignoble autant
que l'art grec poursuivit un beau idéal.
Si une conjecture est permise pour établir
Yatavisme de ces deux types galle, kiniry*
on peut dire que la figure courte et ronde*^à
profil peu saillant, à l'œil à fleur de tète
avec sourcil arqué, fut l'attribut primitif de
la femme; à son frère, à son époux appar-
tient l'autre type toujours un peu dur et
sévère.
L'idéal grec n'est qu'une des tangentes par
îes({uelles s'échappent les races sémitiques
et japhétiques en s'ennoblissant; nous ver-
rons la même cause amener des efl*ets approx i-
matifs dans presc[ue toutes les races. Mais
nous pouvons déjà entrevoir que les castes
élevées, sur lesquelles l'éducation agit depuis
plusieurs générations, doivent ditferer, par
quelques nuances, des castes populaires^
sans être pour cela de race ou oe nation
différente. Le temps de l'éducation d'un in«
dividu suffit pour changer la forme de ses
mains, s'il travaille manuellement. On con-
çoit qu'à la longue les mains et les pieds des
castes qui les exercent peu, diffèrent sensi-
blement des mains et des pieds du peuple.
Par contre, la famille royale ou la caste supé-
rieure peut être crue étrangère quand soo
teint offre des nuances décidément plus fon-
cées que celui du peuple, comme a Ha^^ay
où la noblesse a la peau noire et les cheveux
crépus, comme dans l'Egypte après l'expul*
sion des pasteurs, puisque les races royales
conquérantes sortaient de la Nubie.
Ouels que soient les traits ou le coloris
d*une nation, une certaine combinaison est
compatible, je ne dis plus avec les idées na-
tionales, mais même avec les idées univer-
selles de la beauté. Les blancs des colonies
savent assez que la fille de cmileur, et même
la nésresse, no sont pas dépourvues d'attraits.
Là ou le coloris sombre ne permet pas d ap-
[)récier d'autres détails, c'est la douceur de
'ovale facial et la coupe de l'œil qn'on re-
marque. Chez la mulâtresse, le aez est déjà
européen, la bouche n'est plus sauvage ; chez
la quarteronne, l'or a remplacé le bronze
dans le teint. A la quatrième génération, la
pAleur fait valoir la rêverie de l'oail et la ré-
gularité des traits , régularité que Tincarnat
des femmes blanches masque lorsqu'il existe^
compense quand il n'existe pas.
Un beau teint, dans l'échelle chromatique
MA
D^AirraROI-OLOGIE
ULC
de tous les pays et de toutes les races, est one
parure et une beauté de premier ordre. La
conleor de la peau est aussi ce que les races
oUVeut déplus remarquable, et nous verrons
que pour être supertieiel, ce caractère n'en
est ràs moins permanent. IVow, Pbau.)
BEAUTÉ ET EXCELLENŒdu corps bu-
main. Fbjf. rinTaoDCcnoa.
B(*:BÉ. roy. Naixs.
BÊLOUTCHIS. Foy Amam.
BÉNIN. Vou. tioixÉe.
BERBÈRES. Voy. AaoamfcRBS.
BHOTIYAH. Voy Nouades.
BLANCHE ou CAUCASIQUE (Racb). ^
On éTalne k fc56,000,000 le nombre d'indivi-
dus appartenant à cette race dont nous fai-
sons partie» et qui comprend aussi les des-
cendants des anciens Hébreux, les Arabes, les
Druses, les Maures, les Marocains, les Abys-
sins, les Hindous en deçà du Gange, les ha-
bitants du Bengale, de la côte de Coroman-
del, du Grand Mogol, les Malabares, les Per-
sans, les Arméniens, les Géorgiens, les
Grecs, les Espagnols, les Anglais, les Aller
mands, les Italiens, les Russes, les Suédois,
lesDanoiSy les Hollandais, les Turcs, etc.;elle
se lait remarquer par la beauté de la forme
et des proportions de la tète, dans laquelle
le crâne l'emporte de beaucoup sur la face,
ce dont on peut se convaincre par la plus
simple inspection comme par l'application
des méthodes oépbalométnques. Tons les
individus qui la composent ont, d'ailleurs,
la peau plus ou moins blanche, les joues
rosées, fe visage ovale ou presque ovale
dans le sens vertical, le nez long, arqué et
mince, le front non rejeté en arrière, bombé,
saillant, les lèvres petites, le menton plein
et arrondi, les dents droites et non inclinées.
Ce n*est que chez eux aussi qu'on trouve
des cheveux blonds ou châtains et des yeux
lileus. Jamais leurs os ne sont nulle part irès-
{ Proéminents, et les pommettes, en particu-
ier, ne font jamais une saillie prononcée.
L'illustre auteur du R^e animal distin-
gue dans la race blanche trois rameaux,
qu'il énumère dans l'ordre suivant : le ra-
meau araméen ; le rameau indien, germain
et pélttigique ; le rameau scythe et tartare.
Quoique cette division se rattache à des
considérations linguistiques et historiques
BlutAt qu'à des rapprochements zoologiques,
[. d'Omalius d'Halloy a cru devoir la pren-
dre pour base de son travail, parce qu'elle
est la plus généralement adoptée. Mais en
réunissant dans un même rameau tous les
peuples parlant des langues considérées
oomme ayant des rapports avec le sanskrit,
on groupe ensemble les hommes les plus
blancs et les plus noirs de la race blanche,
on range dans la même division les peuples
qui se trouvent à la tète de la civilisation
moderne et d'autres qui en sont fort éloi-
gnés, et on fait disparaître de la science le
groupe européen^ qui est généralement admis
par ceux qui ne font pas de classifications
systématiques.
Or, il a paru que l'on pouvait éviter ces
inconvénients en envisageant comme des
rameaux particuliers to partie européenne
et la partie asiatique de cet immense ra-
meau, ce qui donne les quatre divisions géo-
graphiques indiquées ci-après. D'un autre
rôte, en plaçant le rameau européen en
tète de la série on rompt toutes les affaires
zoologiques et sociales, puisque l'on met
des peuples aussi bruns et aussi liarbares
que les nomades du grand désert d'Afrique
avant les peuples les plus blancs et les plus
civilisés cle la terre. Cette disposition fiaraU
avoir été suggérée par la circonstance que
la civilisation se serait développée en pro*
uiier lieu dans le rameau araméen ; mais il
semble que Ton doit avoir bien plus d'é*
ganis à I ensemble du développement de la
civilisation qu'a son époque, carcette époque
peut tenir à des idées acciilcntelles, tandis
que l'ensemble doit tenir à des considéra-
tions d'aptitude, c'est-à-dire k une propriété
que l'on peut, jusqu'à un certain point, con
sidérer comme résultant de l'organisation,
ainsi que l'ont fait observer plusieursphysio-
logistes. Ce ne doit point être en effet* par
hasard aue la civilisation n'a jamais pu s'é-
tendre d une manière bien fixe chez les peu-
ples de la race noire. Or, lorsque l'on fiiit
attention à l'état où sont maintenant retom-
bés les Araméens et au point où se sont
élevés les Européens, on doit admettre que
ceux-ci ont plus d'aptitude que ceux-là pour
la civilisation ; de sorte qu'en plaçant le ra-
meau le plus blanc à la tète de la race blan-
che, de même que Ton place celle-ci avant
les races colorées, on obtient, par les quali-
tés intellectuelles comme pour celles dites
physiques, une série décroissante aussi ré-
gulière que le permet la disposition des
rapports qui existent entre les êtres.
La race blanche^ originaire du Caucase,
d'où elle se sera répandue sur tontes les
parties de la terre, a pour caractère spé*
ciaux :
Visage ovale, nez long et saillant, peau
blanche, composée d'un derme et de deux
épidermes, pouvant se nuancer depuis le
blanc rosé jusqu'au brun très-foncé, et rou-
gir et pâlir accidentellement sous l'influence
des impressions morales. Cheveux lençs,
flexibles, unis, variant du blond au noir.
Ansle facial de 80 à 90 degrés. Sourcils ar-
ques, paupières minces, front ouvert, dents
incisives verticales, pommettes peu saillan-
tes, lèvre supérieure un peu raccourcie,
barbe touffue, yeux bien ouverts et horizon-
taux, taille s'élevant généralement au-dessus
de cinq pieds, démarche assurée. Cette race
occupe un espace mesuré par un arc du mé-
ridien d'environ 50 à dO deçrés, depuis le
cercle polaire arctique jusqu au delà du tro-
pique du Cancer. Ële a une incontestable
prééminence physique et morale sur les
autres races.
Elle se partage en quatre rameaux, l'fure-
p/en, le Mcytkiquef Yindo-persique et Vara-'
fficffl.
BLÉ SARRASIN (Polygonum fagopyrum),
n'est point de la famille des céréales, mai
sa graine farineuse lui donne une telle ani*
Iȕ
BCE
PIGTIONNAIRE
Bce
£88
logie avec cette famille des végétaux, qu'on
pQut Tiadiquer comuia ea Csiisant une dé-
.pendance ; on le cultive dans les guérets et
lie la même . manière que Içs céréales. Beck-
maun a, dans son Histoire des découvertes^
exposé les documents historiques les plus
anciens qui se rattachent à ce végétal, et il
a fait voir qu'il était ignoré de 1 antiquité,
.et qu'il n'est point ni ce qu'on appelait
êrysimum^ ni Vocymum. Il cite l'ouvrage do
Bruyérin Champierre^ Dif^nosophia seu sitOf
.logiay dans lequel, c'est^à^ire vers 1530, le
blé sarrasin est donné comme un grain venu
4e la Grèce et de l'Asie en Europe depuis
.peu de temps. Les Poloqais le nomment
tatarka et les Russes gretsckika; les pre-
miers, parce qu'ils l'ont reçu des Tartares,
et les seconds des Grecs. On ne sait pas s'il
y a longtemps qu'il est cultivé dans le nord
de la Russie ou de la Grèce. 11 ne crott
point spontanément dans ces pays, surtout
en Russie ; mais comme on le cultive l>eau-
couf) aussi en Chine, il pourrait bien être
originaire de cet empire. 11 v a une espèce
voisine dont le. grain est également comes-
tible, qu'on nomme po/^g^num tartaricum :
on le trouve à l'état sauvage en Sibérie, sur
les bords du Jenisséi, comme aussi dans les
contrées situées au delà du lac Baïkal et
sur les bords de l'Argoun. On recueille le
grain de la plante sauvage pour le man-
.ger.
BC£UF, Taureau, ZAbi;, Buffle, etc. —
Le taureau est un des animaux les plus im-
.portants pour l'homme ; il lui est nécessaire
dans la vie pastorale et dans la vie agricole.
On s'est livré à de nombreuses recherches
pour t&cher de trouver la souche sauvage du
taureau. Pendant longtemps, on a pris pour
taureau sauvage lé bison ou wysent des
anciens Allemands, le zubre des Polonais,
assez souvent aussi appelé aurochs (105),
mais des caractères très-importants éta-
blissent de la différence entre ces deux
animaux ; le bison a quatorze côtes, le tau--
rpau n'en a que treize ; le premier a pendant
J'hiver les parties antérieures du corps cou-
vertes de poils longs et frisés, il exhale une
odeur de musc; le poil de la partie posté-
rieure est mou et laineux ; en hiver, sa cou^
leur est d'un brun foncé ; dans Tété, il est
4^in brun chAtain clair ; une grosse bosse
ii'éiève sur ses épaules ; les lèvres, la langue
et tout le palais sont d'un noir bleuâtre, et
la pupille est presque perpendiculaire. Gibert
avait déjà observé qu une femelle de bison
avait refusé de s'accoupler avec un tau-
reau (106). 11 ne reste donc pas le moindre
doute sur la différence d'espèce entre le
bisoii et le taureau domestique. Il existe
plusieurs descriptions exactes de cet animal
remarquable, qui , suivant les anciens bis*
toriens, était très-répandu dans toute TEu-
rope, mais qui maintenant est confiné
dans la grande forêt de Bialowicza, en Li-
thuanie, autant qu'on peut en juger (tOT).
Suivant lea observations du baron de Brinc-
ken, il est très-vraisemblable qu'une autre
espè(;e de taureau sauvage, Vaurochs urus
proprement dit, thur de Pologne, vivait
dans les forêts de cette partie de l'Eu-
rope, probablement même aussi en Alle-
magne, en même temps que le bison. Mais
le tnur n'avait point (le crinière, point de
•gibbosité sur leséjuiulesi son poil était lisse,
sa couleur toujours noire ; enfin, il res^em-
l)lait beaucoup à notre taureau domestique,
^t les 'deux espèces ont pu s'accoupler en-i
iiemble. Aujourd'hui l'espèce parait entière-
ment détruite. Le baron de Brincken ajoute
^ue des témoins oculaires affirmaient, et
aue le prince palatin Ostrorog avait consigné
ans un ouvrage resté manuscrit, qu'il
régnait entre l'urus et le bison une telle
antipathie, qu'on ne pouvait les laisser dans
le même parc. Les anciens avaient déjà dis-
tingué l'urus et le bison (106) ; ils disent
que le bison portait une crinière, et César,
qui ne parle que de l'urus, se tait sur cette
crinière (109). Conrad Gessner donne une
bosse au bison, et Buffon avait conclu de là
qu'il y avait deux espèces d'aurochs, l'isi^
qui avait upe bosse, et l'autre qui n'en
avait point. Cuvier combattit cette opinion.
Aristote décrit avec beaucoup de détail lo
bonasos, et tout ce qu'il en dit s'afqplique
exactement au bison, à l'exception de la
disposition des cornes. L'auteur dit qu'il se
défendait contre ses eniiemis avec ses ex-
créments corrosif^, ce qui peut-être lui avait
été transmis par l'accouplement avec d'au-
tres animaux (110).
L'Allemagne est probablement une des
■patries du bœuf. L'espèce sauvage primi-r
tive était anciennement beaucoup plus
répandue aue dans les derniers temps ii{ui
ont précédé sa destruction totale ; elle $*é-
tendait à l'ouest et au sud sur les monta"
sues ; maintenant encore, la Pologne et la
Hongrie sont les deux contrées où l'espèce
bovine atteint la plus grande taille ; c'est
probablement de ces deux pays que sont
sortis ces bœufs grands et forts des régions
occidentales.
Mais on ne peut guère supposer que le
bœuf d'Afrique soit sorti de cfelui des forôh
de la Pologne ou de la Russie. Le bœuf
d'Afrique, partout où on le trouve, jusqu'à
l'extrémité du cap de Bonne-Espérance, se
distingue de celui de l'Europe par ses
jambes plus élevées et plus grêles, et la
vache airicaine donne moins de lait que
(103) Suivant A. Dcshoolins , Dict. clas. d'hist.
nat.j le véritable nom de ranimai serait aurochs,
l>os (ertis, Linné. Voy. aussi Cuvier, Descript. des
an'rm. foss., t. IV, p. ii9, où il dit que Taurochs de
iPoIogi^e a quatorze côtes, et le bison de l^Amérique.
J>o$ aniêi-icanus, en a quinze.
> (1015) OpusculapiiymlogicO'XOologica, p. 70.
(107) Mém. descriptif de la forêt de BiulotncM.en
Lithuanie, par le baron de Bruvciîeii ; Varsovie, iftiS,
n-4% ch. 2.
(t08) PLniE, Hist. liai., 1. vui, c. 15.
(t09) De bello aallico, l. vi, c. 28.
ilU) Hist, antm.y par Sch.neider, lîb. tx, c iS-
BGC
DAKTBROPOLOGiC.
Bce
«Kl
oeHe d*Europft ; il psralt aussi plus docile,
plus intelligent que le nôtre ; son poil est
lisse, luisant et constamment rouge. Lorsque
les Européens firent la découverte des Uot-
tentots, ils trquvèrent chez eux du gros
bétail, et ces animaux étaient d'une telle
docilité au*on s*en servait à la §perre (111).
Le peuple des Gallas, qui, ainsi qu'un tor-
rent dévastateur, s'est répandu en Afi-ique
comme autrefois les Mongols en Asie, est un
peuple pasteur, vivant du lait, du beurre et
de la cbair de ses troupeaux, et de celle de
iKBuf par préférence. Ce même peuple a
pendant longtemps méprisé ragriculture, et
encore aijg^Hird'bui, la plus grande partie
du pajs qu'il occupe est restée inculte.
Plusieurs antres peuplades de l'Afrique,
tellBS que les Foulant, vivent encore du pro-
duit de leurs troupeaux. L'éducation des
liestiaux est-elle bien ancienne dans le nord
de l'Afrique ? C'est ce que Je n'oserais pas
dire, mais les monuments historiques de
riDtiquité la |>lu$ reculée, qui rappellent la
nvilisation des Egjrptiens, nous montrent le
taureau sacré d'Apis. L'Afrique aurait-elle
été la seconde patrie de notre bœuf domes-
tique, et principalement de la variété rouge?
Li iiMÎIité avec laquelle le bœuf est devenu
sauvage au Brésil, h Buénos-Ayres et dans
dAutres régions chaudes, et sa multiplica-
tion prodi^euse, semble prouver que le
Ixeuf est originaire des pays chauds.
Le zébu ou iKBuf bossu {boë indicui) est
lépandu dans l'Inde, la Perse, même dans
TArabie et l'Afrique orientale, comme ani-
mal domestique ; il est habituellement plus
|ietit que le Ixeuf commun (112), plus élancé
et plus agile, facile à dresser pour la mon-
ture et le charroi ; son garrot est chargé
d une bosse. Plusieurs naturalistes le con-
sidèrent comme une variété du bœuf com-
mun ; il y a, en effet, grande ressemblance
entre la disposition des organes internes de
tous deux, mais ils diffèrent par la taille, la
gibbosité et la voix ; déjà, dans une antiquité
reculée, il était un animal domestique, car
il est figuré dans les bas-reliefs des ruines
de PersépoHs, au milieu des peuplades en
marche; craendant,il porte dans les langues
anciennes le même nom que le bœuf com-
mun. En sanscrit comme en persan, on
rappelle gau (ail., kuh; arabe, isour ou
four, arabe vulg.) ; d'où est venu le taurus
des Latins, le «Iter des Allemands. Le bœuf
est pour les Indous un animal sacré, comme
il I était autrefois pour les Egyptiens ; sa
race primitive est perdue.
Dans toutes les parties de l'Inde on trouve
le buffle ayssi bien à l'état sauvage qu'à
t'élat domestique. Un ^rand nombre de rela-
tions de vo vases contiennent des notices sur
^H anknal alitât sauvage. Les plus récentes
<ie ces relations établissent que Tamt , cette
espèce de bœuf dont on avait tant exagéré
la grosseur, n'était qu'un buflle sauvage (lia).
Les collections danatomie comparée du
Uuséum de Beriin possèdent le crâne d'un
arni qui ne diffère en rien de celui du bulllo
domestique. Les cornes à leur naissance sont
assez écartées l'une de l'autre; elles sont
aplaties , et portent à la partie inférieure
des anneaux séparés par des sillons assez
profonds ; ils sont places à plat sur le front,
contournés comme chez le buffle, presque
dans le même plan en dehors et en remon-
tant. Ces observations confirment l'opinion
que le bufile et l'ami ne font qu'une seule
espèce. Un passage d'Aristote {Hist. an.,
1. II, ch. 2), déjà cite fort à propos par Buffon,
prouve C[ue le buffle n'était point inconnu
aux anciens. Mais ils ne connaissaient pas
le buflle domestique, comme J'a fait re-
marquer Bu tfon et 'comme l'avait dit avant
lui Bochart {Hieroxolc,, 1. ni, 18, 22,
JK 899 et 910}. Le nom de bubalus ou bubn-
us que lui donnaient les anciens signifie
une gazelle. C'est vers le moyen âge qu'il
est question de notre espèce de buffle comme
d'un animal domestique , et l'on croit
communément que cest à la suite des
hordes d*AitiIa qu'il est venu en Hongrie et
en Italie, où il s'en trouve encore une
grande quantité à l'état domestique.
Une autre espèce de bœuf se voit encore
dans les Indes Orientales, chez les Kukies,
peuple qui habite les montagnes au nord-
est du Êengale, dans l'Inde citérieure. à
Ceyian et à Java, où il est à la fois domes-
tique et sauvage. C'est le gayals gouvena ou
bantinger (bos frontalis^ Lamb.). Cet animal
a la taille et a la structure massive du
buffle, mais ses cornes sont bien plus
courtes ; sa couleur brune va en s'éclaircis-
sant vers les parties inférieures du corps;
sa chair et son lait sont d'une qualité supé-
rieure (114). Ainsi, nous trouvons encore
dans rinde méridionale un nouveau foyer
de civilisation. Le gour {bosgaour. Treiil.),
autre espèce de bœuf, n*a pu encore être
amené à la domesticité.
Le bœuf à crinière de cheval {bo9 gru^
niens) ou yack, est élevé comme animal
domestigue dans le Thibet et dans les con-
trées voisines, où on le trouve aussi à l'état
sauvage. Le poil long et mou qui couvre
son corps, et surtout les poils longs et fins
et souvent blancs de sa queue, le distin-
E lient de toutes les autres espèces du genre^
'yak n'était point inconnu aux anciens; la
description que fait Elien du bœuf irov^vayo/
f>arait s'appliquer très-bien à cet animal. On
'emploie comme bète de somme, car il est
fort, et il supporte bien la fatigue; ses
longs poils servent à faire des étones, et se
queue à faire des chasse-moucheê ou d^au-*
très petits ornements de luxe. Blumenbacbf
(111) KaLMK, Beuhreibuna dpr Vorgebiroe der gu-
len Hojnungi th. i, s. 160. Ils leur donnaient le nom
(Hi) Il y a anfisi deux autres vanéics, une grosse
tiWBMkyeaiie.
(113) Aêiat. Research,, v, 8, p. 526.
(114) Lambekt, in Linnean Traruact., vn, p. 57^
t. IV; CoLEDROOKC, iti Asiat, Researcheif yiu, pa(f<
51i, i ilg.
toi
bOT
DICTIONNAIRE
WT
m
dans son Athê (n* 23), a donné une bonne
figure de Tyack.
Les crAnes des bœufs fossiles ressemblent
à ceux du bœuf commun. Bojanus a démon-
tré qu'ils appartenaient à une espèce aujour-
d'hui perdue.
Nous voyons donc, de manière à n'en pas
douter, qu on a apprivoisé plusieurs espèces
de bœufs toutes diiférentes ; et la domesti-
cité de l'une amena peut-être la domesticité
de l'autre. Les circonstances . extérieures
s'opposèrent à ce que ces espèces se fondis-
sent en une seule , comme if est arrivé pour
le chien. Le zébu ne s'est point mêlé avec
notre bœuf comçiun, dont il est resté séparé.
Il est vraisemblable que la fusion des espè-
ces polonaise et égyptienne en une seule a
produit notre espèce commune. Ainsi, deux
pays s'occupèrent à la fois de la domesticité
du bœuf , l'Afrique et l'Inde méridionale ,
comme dans l'Afrique et dans l'Inde septen-
trionale on s'occupa de celle du chien. Les
peuples slaves et germains, qui étaient des
colonies venues d'Orient , n'apprivoisèrent
peut-être l'aurochs que tard , et seulement
pour leurs besoins.
BOHÉMIENS. Voy. FEurope moderne.
BONALD (de). Voy. Langage.
BOSCHISMANS. Voy. Rages humaines.
BOSSUET, beau chapitre sur l'homme
organique. Voy. V Introduction.
BOTOCUDOS (115). — La nation des Boto-
cudos, l'une des plus barbares qui soient au
monde, occupait, au xvi* siècle , une grande
étendue du pays qui forme, dans l'Amérique
méridionale, la Capitaneria de Ilheos, s'éten-
dant jusau'à Porto -Seguro ; les Botocudos
étaient alors de fâcheux voisins pour les
colons portugais du Brésil , auxquels ils fai-
saient une guerre incessante et très-meur-
trière. Aiqourd'hui ils sont repoussés dans
l'intérieur et ne se trouvent guère que du
Rio-Doceau Rio-Pardo, c'est-à-dire entre le
18' et le 20' degré de latitude sud.
M. d'Orbigny dit que la couleur des Boto-
cudos se rapproche beaucoup de celle des
Guaranis, mais est un peu plus claire, ce qui
tient, suivant lui, à ce que les premiers vivent
à l'ombre des forêts. Leur teint est à peu
près celui des Guarayos. Un Botocudo décrit
par ce voyageur ressemblait aux Guaranis
par la taille , les formes , les proportions et
môme les traits, si ce n'est que les pommet-
tes étaient un peu plus saillantes , le nez un
peu plus court , la bouche plus grande , la
barbe encore plus rare , le regara plus sau-
vage et les yeux plus petits , plus relevés à
l'angle externe , ce qui le faisait ressembler
davantage à un Mongol. Les Botocudos sont
aussi tfune couleur plus jaune que les Gua-
ranis et autres Indiens de l'Amérique méri-
dionale.
Les Botocudos ont été cannibales et étaient
les plus sauvages de tous les Américains. Ils
portaient pour ornements des colliers ou
chapelets de dents humaines (116). Depuis
quelques années, on a fait des tentatives
pour les civiliser et les convertir à la religion
chrétienne. Voici ce qu'on lit , à ce sujet ,
dans une des publications de la Société pour
la protection des aborigènes.
« Après avoir parlé de ces violations des
droits naturels dont ont été victimes les indi*
gènes de la Guyane sur les confins extrêmes
de l'empire brésilien, on est heureux de pou-
voir citer des faits d une nature opposée et
qui promettent à ces races malheureuses un
meilleur avenir, d'avoir à signaler les chan-
gements qui se sont opérés en leur faveur
dans les provinces plus voisines du gouver^
nement, et sous les auspices du îeune enape*
reur. Jusqu'ici on n'avait parlS des Boto-
cudos , qui habitent le pays arrosé par le
Rio-Doce et par ses affluents , que comme
d'une race dégradée au dernier point. Sauva-
ges dans leurs mœurs, constamment errants,
complètement nus ou peu s'en faut, ils lyou-
taient encore à leur laideur naturelle et se
donnaient une physionomie plus repoussante
par l'habitude qu'ils avaient de se fendre la
lèvre inférieure et les oreilles, et d'introduire
dans ces ouvertures de larges disques de
bois ; enfin , on les accusait d'Être , ou au
moins d'avoir été cannibales. Aujourd'hui ,
grâces aux efforts de Guido-Marlière , les
traits hideux de ce portrait tendent à s'effa-
cer. Les premiers résultats obtenus par lui ,
très-peu de temps après que des communica-
tions lui eurent été faites de la part de la
Société , ont eu pour ot^jet un Indiien Boto-
cudo, Guido-Pocrane. Cet indigène, qui parait
doué de beaucoup d'esprit naturel, embrassa
le christianisme et comprit , en très-peu oc
temps , les avantages de la civilisation. Les
connaissances (^u'il acquitfurent sur-le-champ
employées en laveur de ses compatriotes, et
avec un succès vraiment inespéré : déjà qua-
tre hordes de Botocudos sont réduites aui
habitudes de la vie civile, ont appris à culti-
ver la terre et en ont obtenu ues produits
non-seulement en quantité suffisante pour
leur propre consommation , mais avec un
excédant qui leur a permis de préserver des
horreurs de la famine une petite colonie iso-
lée d'hommes de race blanche. Des lois rela-
tives aux points les plus importants ont été
établies parmi eux, et Guido-Pocrane, dans
le code criminel qu'il a proposé pour eux, a
donné un exemple que les législateurs des
pays depuis longtemps chrétiens feraient
bien d'imiter, en abolissant complètement la
peine de mort. »
Il y a dans Tcmpire brésilien beaucoup de
nations dont les langues , quoique n'ayant
jamais été l'objet d'une étude et d'une com-
paraison sérieuse, sont cependant, en géné-
ral , considérées comme étant distinctes les
unes des autres. En attendant qu'on ait éclairci
(116) Dans le premier volume du Voyage de F t^ ^» urncmenis.
rs
BOU
D ANTHROFOLOCIE.
6011
m
repoint» qui seul nous conduirait à des con-
sé.^uences un peu satisfaisantes relativement
aux rapfïorts existants entre ces races, nous
devons nous contenter des inductions qui
peuvent se tirer de la considération de leurs
caractères physiques. Il paraît que 9 sous ce
rapport , tous ces Indiens ont beaucoup de
ressemblance avec les Guaranis, et M. d'Or-
bigny suppose qu'ils appartiennent au même
groupe de nations ; il fonde son opinion i>rin'-
eipalement sur les portraits que mM. Spix et
Martius » le prince M aximiiien de Neuwied ,
M. Rngendas et M. Debret , donnent dans
leurs ouvrages , portraits qui représentent
des Bogres de la province de Saint-Paul, des
«!Iumacans, des Puris, des Caroados et des
Coropos La même remarqne s'applique à
des Indiens de tribus moins connues et dont
nous n'avons oue des descriptions incomplè-
tes ; tels sont les Macuanis, les Penhams de
Minas-Geraes, lesMachacalis, lesCapoxos, les
Cataxos , les Comanaxos des frontières de
Porto-S^niro et de Babia , les Carivis , les
Sabncas, les Murus, les Mundrucus.
Toutes ces tribus et beaucoup d*autres ,
dont il est question dans l'ouvrage des voya-
cears que nous venons de nommer, ressem-
blent, par leur type général d'organisation ,
aux races brasilio-guaranieunes.
BOUCHE. Vov. VlniroducHon
BOUDDHA. Voy. BoronnisuB.
BOUDDHISME. — On a assigné à la civili-
sa tion chinoise une origine très-éloignée et
assez singulière. Diodore s'était contenté de
porter les colonies égyptiennes en Assyrie^
en faisant de Bélus un Thébain, et de ses
compagnons de voyage les premiers prêtres
ctbaldéens. Les monuments des rives du l^^il
fournissent assez d'allusions à des rapports
hostiles entre les deux nations qui, dans les
temps de trêves, peuvent bien avoir échangé
des idées. Huet, Kircher, Rempfer, Degui-
Ses, Langlès, sont ailés chercher en Egypte
i éléments de la civilisation indo- chinoise
et ont fait de Bouddha un Egyptien. C'était k
la vérité, pendant que la pnori té égyptienne
était à la mode et que les livres sanscrits
étaient à peine connus de nom. Un sinolo-
gue (117), qui est en même temps indianiste,
y est revenu dernièrement en s appuyant sur
un texte fort obscur et fort contestable (118).
L'écriture idéographique, le culte des aïeux
et rimmobililé du cadre social sont les ana-
logies desquelles est sortie une opinion in-
soutenable
La figure noire et les cheveux crépus de
plusieurs idoles de Bouddha, vues dans l'ar-
chipel indo-chinois, ont fourni un argument
plus spécieux, tant qu'on n'a pas connu pby
siquement les races humaines qui peuplent
ces lies, et qui font naturellement à leur
image les idoles de leurs dieux et demi-
dieux. Un bien plus grand nombre d'idoles
de Bouddha et même de Sammonokodon ont
les cheveux plats avec la face basanée, appa-
rence physique bien plus semblable aux ra-
ces américaines, qui eurent, elles aussi,
des eouverneujents immobiles et des hiéro-
S;lyphes. Les Xèqiies ou prêtres des Moscos,
es Caraïbes, caste sacerdotale er/ante, fai-
saient de longues processions que les Tam-^
naz de l'Amazone continuent encore au-
jourd'hui, la tête affublée de masques repré-
sentant divers animaux, comme un bas-re-
lief de Thèbes ou d'Ebsamboul. Est-ce
une raison pour faire naviguer les Améri-
cains vers rEgypte des Pharaons, ou les
flottes de Sésostris vers le golfe du Mexi-
que?
La préocf^upation de la multiplicité et de
la diversité des espèces d'hommes et de leur
étemel éparpillement sur la terre force tou-
jours à recourir à des communications se-
condaires et difficiles, chaque fois qu'on dé-
couvre deux points de ressemblance. Au con-
traire, pour le dogme de l'unité primitive
d'espèce et d'habitation, de pareils accidents
sont des repères prévus et commodes; l'In-
dien, le Chinois, peuvent offrir les traits phy*
siques et moraux de l'Egyptien ou de rAz-
tèque aux deux extrémités du monde et
prouver la fraternité première des races et
des traditions, à peu près comme en physi-
que trois points établissent un niveau.
« Moins oue personne, dit E. de Sali s, je
serais porté à nier de très-anciennes com-
munications entre TE^rpte, l'Ethiopie et
l'Asie maritime orientale et méridionale.
J'ai cru trouver dans ces communications la
solution du problème relatif aux races mé-
tives de la vallée du Nil. Les relations com-
merciales, même timidement entretenues,
portent quelque jour un représentant des
deux intérêts à l'extrémité des limites géo-
eraphiaues des deux échanges. L'Arabie, la
Perse, la presqu'île indienne, l'Archipel, les
vaisseaux des Chamites qui ne s'appelaient
pas encore Phéniciens, rorent le tnéâtre de
ces relations, où les deux parties finirent par
recevoir chacune des idées après des mar-
chandises; mais il y avait eu primitivement
un seul courant partant d'une métropole et
marchant graduellement vers des colonies.
Poser la métropole en Egypte, c'est mécon-
naître la loi qui fait rayonner l'espèce hu-
maine de l'Asie centrale, loi dont l'étude des
traditions historiques et reli^euses fournit
en attendant des preuves dignes d'atten-
tion. »
Sans reprendre ici tous les rapprochements
établis par Creuser, Norden, W. Jones, entre
le paganisme des Grecs-Egyptiens et le po-
lythéisme indou, on peut noter certaines
coïncidences, moins connues et non moins
remarquables : la vache dans laquelle Myce-
rinus ensevelit sa fille pour la purifier ne
rappelle-t-elle pas les purifications et adora-
tions indiennes? Le vrai nom du fleuve d'E-
xpié et d'Ethiopie, connu assez tard des na-
tions grecques, mais ancien comme la civi-
lisation égyptienne, est identique à celui de
la principale branche de l'Indus d'où Eusèbe
'117; M. Paothier.
(118) M. Staoisbs JoUen s*Mt iascril fn faax
contre la trailuction. {Jaum. asticl., M4i )
ws
toii
biCTiONNAItlÉ
BOtJ
!
tire une très-ancienne colonie» NiUAb (eaa
bleue). Nil signiflo bleu en sanscrit^ comme
bleu ou indigo en langue sémitique ; la ter-^
minaison indienne ab se retrouve dans le
nom de Godab (119), affluent des Didessa ou
Nil blane. Ces deux mois ressemblent prodi-
fieusement au persan khochab qui veut dire
onne tau, Abraham, d*abord appelé Abram
et Brabma; Aram et Armeu ne se trouvent^
ils pas placés au nœud des races de Sem et
de Japhet, comme Menés et Menou au point
de jonction des peuples de Jaçhet et de
Cham? Kousch n*est-il pas'à la lois le nom
de la patrie du brahmanisme (rindo-Kouscb^
Caucase indien), et de la principale race ïïfk^
jsaUée issue de Cham? Les tribus schatria
émigrées de Tlndo-Bactriane ont fourni,
néus allons le voir, plusieurs nations au
Caucase occidental ; on aurait dû remarquer
eu outre que la troisième caste, les Faûta
s'appelaient aussi Aria, nom des nations de
riran ou Ariane.
Tirer d'Egypte avant VExode la civilisa-
iion indienne ou chinoise, ce serait renouve-
ler le procès de Niebuhr à Tite-Live, mais
avec de bien pires chances : ce serait pré*
tendre savoir rhistoire d*£gypte mieux que
Moïse né, vieilli en Egypte et armé de toute
la science des Egyptiens (120). Après YExode^
on se rapproche effectivement des temps as-
signés au plus ancien des Bouddhas, rélbrma-
teurs homonymes presque aussi nombreux
que les zoroastres. Mais les traditions de
llnde font émigrer Bouddha au nord^^est;
celles de la Chine le font entrer par Touest.
Ceci nous ramène aux Tchinas ou premiers
civilisateurs de ce grand empire.
Le code de Menou mentionne un très-an-
cien schisme suivi de Témigration de plu^
sieurs tribus hors du territoire sacré : Les
Yavanas (Ioniens, Pelasges ou Hellènes),
les Sacas (Saces ou Scythes) , les Paradas
(Parthes), les Pahlavas (Pehlvis), et enfin les
Tchinoê. Tous ces émigrés appartenaient h
la caste militaire et allèrent former de gran-
des nations. Les Tchinas pénétrèrent en
Chine par le territoire de Chem^Si et donnè-
rent leur nom au territoire de Tchin. Fobi
ou Bouddha devint leur chef spirituel.
Les Indianistes modernes, comme embar-
rassés des richesses que chaque jour leur ré-
vèle dans les livres sanscrits, prennent tour
à tour des partis extrêmes sur ta chronologie
extraite de ces livres et sur les dates de leur
rédaction. Il faudra bien pourtant que la
.haute antiquité assignée par eux-mêmes à
Ja lan^e, mère commune des idiomes les
plus Vieux> s incarne dans une nation ayant
parlé et propagé cette lansue. Je fais cette
réflexion à propos de la date assignée par
il 19) D^Abbadie, Lettres d* Abyssinien
120) AcU VII, 21.
121) M. Adolphe Pictet a liaulcmenent désap^
prouve cette tendance modernisante de l'article /n-
dien^ dans ]t grande Encyclopédie allemande de
Tbéod. BcpsBN, tendance reproduite par M. Théod.
Pavie, Betue des Deux-Mondes^ 4843. MM. Beasen
et Pavîe soRt fort peu d^àccord avec M. Trovcr
[Joum. AfMf., 7 octobre 1845) ^ qui. admet dans
un ieune Indianiste (121) au code des lois
civiles et religieuses', dit de Menou, dont
la collection ou rédaction ne remonterait
qu*au viii* siècle avant Jésus-Christ. Quand
cela serait vrai, une simple analogie mon-
trera combien il faut reculer de ce point les
annales primitives de la nation. Le code de
Menou représente à peu près le Diaeete de
Justinien^ qui ne fut compilé qu^ quatorze
siècles après la fondation de Rome. La ré-
daction des Vedas ou premiers livres sacrés
est au moins de quinze siècles antérieure à
notre ère i et« comme Cuvier Ta fort bien
noté pour la Genèse que Moïse écrivait à peu
près vers le même temps^ un livre consiiié-
rable en suppose toujours^ d'antérieurs^
chants, traditions , poëmes, collections des
lois, de préceptes.
Mahabarat et Ilamayana sont Teeuvre dé
plusieurs générations de Rhapsodes; les
Vedas ont été remaniés vingt--nuit fois par
de grands richis ou lettrés.
Le code de Menou déûnit la terre sainte
du brahmanisme Tespace compris entre
THimalaya, le Vindjha, la mer orientale et
Toccidentale. Ce pays s'appelait A rya-Rharta,
la patrie des hommes honorables. La près-
qu lie du sud était nommée la forêt Daodaca.
Ainsi, bien avant la rédaction des lois de
Menou , la grande nation indienne avait
éprouvé une série de révolutions qui lui
avaient fait perdre son territoire primitif, la
Ractriane, et avaient altéré non-seulement sa
discipline politique et religieuse, mais ju»-
qu'aux formes extérieure^ et aux dogmes de
sa r^lieion. L'irruption des Indous dans là
presqu lie est attribuée aux triomphes des
sectes bouddhiques qui les refoulèrent au sud
parmi les barbares Rakchassas, Y edars et Cou'
roumbars. Un peu plus tard, le bouddhisme
envahit toute la péninsule, et même Tlle de
Ceylan où il est définitivement resté depuis.
Mais vers le commencement de notre ère,
le brahmanisme parvient à expulser les
bouddhistes de toute la presqu'île et à plus
forte raison du territoire d'Arya-Bbarta. Â
cette époque on rapporte tous les graads
monuments religieux. Deux siècles avant
Jésus-^Christ, l'architecture sacrée taille les
srottes d'EUora, Mababalipouram^ Eléphanla,
Salsette, qui, malgré leur magnificence, an-
noncent, dit-on, un cuite pnmitif et clan-
destin. Puis viennent les pagodes de Tri-
chinopoli , Maddura , Jaggernaut, Chillam*
bram,qui, s'élevant au grand jour, attestent
un nouveau développement de l'art et un
triomphe définitif du culte
Ces suppositions répondraient amplement
à Cuvier, demandant comment les Grecs d'A"
lexaiidre n'avaient rencontré dans llode au-
rfaide de grands Etats civilisés, plus de 5»Û00 tus
avant Jésus-Christ. U admet dans le Cachemire des
Irouhles occasionnés par des schismes religieuii
plus de vinct siècles avant notre ère. Les réformct
avaientdéjà les idées bouddhianes, si les réforinatears
ne s*appelaient pas Bouddha. Il est utile d'ajouter que
M. Troyer n'a |mis puisé ses opinions «bina les textes
de Lcgentil ou dans les révcs de Bailly.
tt7
BOU
D*ANTUIIOPOLOGIL\
BOU
inin <ics jaillis roonuiuenls qni ont dit depuis
]*a.Jiuirâlion des vovagears. Il eût été juste
de remarquer que les historiens contempo-
rains d*Aleian'ire n ont pres<]^ue rien laissé
sur sa campa^e indienne, qui d'ailleurs fut
-dirigée vers le nord de rindus, pays froid,
'neij^eui et pluvieui, où les monuments se
conservent trè^mal, et où« pour cette raison
et pour d'autres, on avait pu ju^^er à propos
de n'en élever que de très-médiocres, en
réservant les plus beaux pour un climat
conservateur. La date très-modemc attribuée
à ceu\-d, en les rapportant à la seconde oc-
cupation de la presqu'île par le brahmi-
ni^iue, serait déjà bien reculée si, comme
rû?n ne s'y oppose , ils étaient rapportés au
premier élablissement, période de zèle et de
richesse aussi favorable au développement
artiste qu'une période de réaction. Mon but
est moins de contester leur jeunesse que de
Cuire des réserves pour leur plan, lequel, ex-
pression des do^es mêmes de Findianisme,
devait avoir été réalisé bien des fois , soit à
ces lieux, soit à d autres où le temps, les ré-
volutions politiques, l'inclémence de l'air en
avaient abrégé la durée. C est aiusi que lors-
que les temples égyptiens croulent, on s'a-
{»erçoit que leurs pierres avaient déjà été
employées à des édifices antérieurs dont la
forme actuelle n'avait été qu'une dernière
é:Jition.
^. Lepsius a proclamé l'origine indoue
^jc l'architecture égyptienne même à ses
périodes les plus antiques.
I^ conquête de l'Inde par Bacchus est une
traduction grea|ne des expéditions de Sé-
V4»tri$ sous le drapeau d Osiris. £uri[)ide
n'avait conduit Bacchus ipi'à Bactres ; c'est
plus tard qu'on lui fit conquérir l'Inde. Mais
Osiris, Iswara, Yaho-Sir sont un mythe in-
dou bien antérieur, et les gens qui tirent
d'Egypte la religion et l'architecture des
linious oublient que les plus anciennes py-
ramides sont souvent attribuées aux pas-
tiMirs, et ([ue ces pasteurs étaient de la race
Ariane ; qu'il y avait iianni eux des aslro-
uooies capables de réformer l'année vague
l»ar l'addition des jours épagomùnes et à
plus forte raison des savants déjà versés
iiùns l'architecture. On oublie qu'une expé-
dition venue du Rhorasan ou de la Clialdée
Mius la conduite d'une reine Sémiramis fut
maltresse de l'Egj'ple trois mille ans avant
iésu-s-Christ. On oublie que les meilleurs
rri tiques d\\lexandrie font venir de l'Inde
la philosophie et la science égyptienne, eu
l<a>r>ant par l'Ethiopie.
Avec les avantages que leur font aujour-
d'hui les indianistes, Langlès, Kirchcr et
Ktfoipfer, au lieu de Caire arriver leur Bou-
dha égyptien par Siara ou Canton, lui fe-
raient traverser le Malal>ar, le Carnatic,
en répandant avec sa réforme reli^euse les
plans des architectures ég>'ptieunes. Car les
architectures se ressemblent autant que les
reli;pons et plus que les races I Mais les
tra/jitions de nationalité n'ayant jamais été
interrompues chez les brahmes, ooffloient
leur orgueil artiste, leur discipline reli«>
gieuse auraient-ils condescendu à accepter
les plans offerts par des étrangers qui eux-
mêmes se targuaient de posséder des arts et
une religion nationale? Us se trompaient
sans doute , et la ressemblance actuelle au
lieu d'être un hasard, provenait d'une com-
munauté d'origine, oubliée ou dissimulée
par des Africains! Cette communauté était-
elle oubliée par les brahmes? Les Africains
étaient des l)ar!;ares ! les brahmes s'en sou-
venaient-ils encore? Leur orthodoxie re-
poussait des schismatiques excommuniés I
La défense de sortir de la terre sacrée
de l'indianisme ou du brahmanisme est ua
fait commun à toute la durée de ce vieux
peuple et résulte naturellement de ce qu'il
s'est toujours rei^ardé comme un peuple
privilégié. La menace et la pénalité présup-
posent le délit qui avait été fréquent et
grave dès les temps les plus reculés. Le
dénombrement que nous avons déjà em-
prunté aux lois de Menou est un index
de tribus hérétiques en même temps qu'une
liste d'émigrés. C'est surtout parce qu'on
s'était aperçu que la foi se corromiiait vite
loin de la métropole , qu'on cherchait à y
retenir les fervents et les timides; ou plutôt
qu'on déclarait étrangers et ennemis les
aventureux qui allaient poursuivre au loin
d'autres climats en y portant d'autres
mœurs , d'autres dieux 1
Le cercle entier de la civilisation et de
l'histoire s'est déroulé sur ces nations asia-
tiques que nous retrouvons encore aujour-
d'hui fidèles à leur politique exclusive, et,
peu s'en faut, à leur système religieux.
Seulement, comme le monde regorge d'ha-
bitants et d'idées . la protection du sol sacré
s'exerce iiioins par la défense d'en sortir que
par le châtiment de l'émigré qui tenterait
iïy renlrer. A la Chine, il est puni de mort!
Le Brahme , désarmé du glaive temporel ,
a excommunié Bwamakat-Tagor malgré ses
richesses , il aurait excommunié Rammo-
hau- Roy , malgré sa science et malgré la
protection des Anglais !
Le double affront de l'étranger qui viole
le pays par la force, et du national qui
insulte le pays par le doute en le quittant
et j revenant, est un fait social fréquent
et bien antérieur aux temps modernes. Mais
les exemples des temps modernes aident
[missamment à comprendre les analogies de
'antiquité. Les invasions des Afghans et des
Perses dans l'Inde renouvelaient la des-
cente des peuples d'Iran. Les principautés
arabes de Cannanore {i22) , les monarchies
abyssines de Malabar sont un dernier jalon
du mélange des peuples aux bords de l'océan
Erylhréen. Les Banians de Mokha et de Zan-
guebar, avec leur métempsycose et leurs va-
ches sacrées ne montrent-ils pas la route
{»ar laquelle leurs aieux vinrent oublier
'Inde et commencer l'Eigrpte sur les côtes
et les montagnes d'Ethiopie?
\\tH ThéoJ. Pavie. nevu£ des DtuX'Mc'àflc$, 1S45
Diction ^. d'Anthropologie.
aO
m
CAP
IDICTIONNAIHE
CAF
:0)
BRETONS Voy, Europe modernb.
BROSSES (Président DE. ) Voy. Langues.
BROUSSAIS, réfuté. Voy. Encéphale et
Physiologie intellectuelle.
BRUNE (Race). Voy. Malaise.
BUCHEZ. Voy. Langage.
BUFFLE. Voy. Boelf.
c
CABANIS, réfuté. Voy. Physïoloôie in-
tellectuelle.
CAFRES. — La race nomade et guerrière
qui habite les parties orientales de 1 Afrique,
situées au nord du pays des Hottentots , race
à laquelle appartiennent les tribus des Ama-
kosas et des Amazulas bien connues par
leurs déprè^dations, n'a jamais été confondue
par les voyageurs avec les races au milieu
desquelles elle est placée, celle des Hotten-
tots d'un côté, et de l'autre, celles des nè-
gres. Les Cafres, en effet, diffèrent de ces
deux groupes de nations africaines par cer-
tains caractères très-frappants, ce qui n'ém-
pèche pas qu'ils n'aient en commun avec
elles d^utres caractères assez importants.
Les Cafres, et plus particulièrement quel-
ques-unes de leurs tribus, s'écartent beau-
coup, par les traits et par la conformation de
Ja tête, du type des races prognathes ; aussi
ïes écrivains qui forment principalement
leur opinion d après la considération des
*raits au visage, les ont-ils rapprochés soit
4es Arabes, soit des Européens. Rien cepen-
dant n'est plus loin de la vérité que 1 idée
qu'ont eue quelques personnes de leur at-
tribuer une origine arabe. Ce sont des
hommes à chevelure laineuse, et, dans
quelques tribus, à peau noire, chez lesquels
on trouve tous les caractères généraux du
nègre, quoiqu'à un moindre degré que chez
les naturels de la Guinée. Même dans cer-
taines tribus, qui passent pour être plus
éloignées du type nègre et qui sont indubi-
tablement de race cafre, on trouve des in-
dividus qui,'si on les rencontrait en Europe,
seraient sans hésitation déclarés de vrais
nègres.
Les principales tribus connues pour ap-
partenir à la race cafre sont les suivantes :
1° Les Cafres méridionaux comprenant
les Amakosas, les Amathymbas ou Tambou-
kis , les Amepondas et d'autres encore ;
2°. Les Amazulas, les Vatwas et d'autres
belliqueuses tribus nomades, qui depuis
peu de temps se sont avancées de l'intérieur
vers le sud ( en supposant toutefois qu'elles
ne doivent pas être comprises dans le groupe
précédent ) ;
9* Les habitants de la baie Dela^oa qui
ressemblent plus qu'aucune autre tribu no-
made , à des nègres sauvages et dégradés ;
4.** Les Bechuanas et toutes les nombreuses
tribus, situées vers le nord et dans l'inté-
rieur, parmi lesquelles on parle la langue
sichuana.
Les Amazulas sont un peuple nomade et
guerrier, appartenant, ainsi que je viens de
le dire, à la race cafre, et qui a vaincu et
exterminé les anciens habitants du pays si-
tué au sud de la baie Delagoa. Ils formaieirl
un royaume barbare d'une grande étendue,
dont TorganisatioM contrastait fortement
avec le gouvernement patriarcal sous lequel
vivent encore les autres tribus de la même
race. Ce sont de beaux hommes, et qui, à ce
que l'on assure, ont sur toutes les autres
branches de la race cafre une supériorité
marauée relativement à la taille et à la régu-
larité des traits. Le capitaine Owen dit que
ce sont « de beaux nègres srands, robustes
et vaillants, qui ont dans leurs manières,
quelque chose de franc et d'ouvert, et dans
leur port une aisance et une noblesse re-
marquables. 9
Les habitants de la baie Delagoa so&l
aussi de race cafre, comme leur langage
l'indique, mais ils sont dégradés par 1 étal
de subjugation auquel ils ont été réduits, et
aujourd'hui ils se rapprochent par leurs
caractères physiques des nègres de la
Guinée.
Les Cafres, généralement parlant, se mon-
trent à nous comme un peuple très-
supérieur, quand nous les comparons aux
habitants des hameaux isolés de la Nigritie
centrale. On ignore encore d'où leur vien-
nent les rudiments d'arts qui existent parmi
eux, et les germes du développement moral
et intellectuel qu'ils nous présentent. Une
de leurs habitudes semble indiquer une
source étrangère : ils pratiquent tous sans
exception le rite de la circoncision, quoi-
qu'ils ne se rendent point*compte de l'origine
de cette coutume, et n'aient à cet égard aucune
tradition. 11 est probable que c'est là un
reste d'anciennes coutumes africaines, qui,
comme on le sait, ont été partagées autre-
fois même paf les Egyptiens.
^ Tandis que les nations plus barbares de
l'Afrique vivent dans des hameaux isolés
les Cafres sont réunis en grandes sociétés,
dont chacune obéit à un seul chef. Tout eu
étant à demi nomades, ils habitent dans des
villes d'une grande étendue, et très-popu-
leuses, qui ressemblent à de vastes camps,
et qu'ils déplacent en effet quelquefois.
Leur habillement est des plus simples, et
pour les hommes se réduit presqu'à un
manteau ; les femmes , un peu plus couver-
tes, ont des vêtements de peau tannée.
Les Cafres ont de très-grands troupeaui
de bétail; ils se livrent aussi à ragricultiire;
ils ont des champs, des jaixlins dans lesquels
ils récoltent du mais, du millet, des fèves,
des melons d'eau ; ils font du pain et de la
bière, et ils fabriquent, avec un mélange de
sable et d'argile, des poteries auxquelles ils
savent donner la cuisson convenable, lii
connaissent l'usage du fer et du cuivre, ei
SOI
c\t
D'ANTlIROrOLOGIE.
C4F
soi
pos^è.!c.U Vari de travailler ces métaux dont
ils se serrent pour (aire non-seulemeat les
outils nécessaires aux usages domestiques,
mais encore divers ornements.
Les Cafres ne sont pas » comme Tont cm
qneloiies écnyains^ entièrement dénués
de religion. Hs croient à un être suprême
qulls désignent sons le nom d'Uhlunga
« le Suprême, » et assez souyent aussi sous
le Rom hottentoi d'Uiikm^ c*est*à-dire « le
Beau » Hs croient même à Timmortalité de
rame, mais sans qu'il en résulte pour eux
l'iJée d'un état de récompense ou de puni-
lion après la mort. Us ont quelque notion
d*ODe proYidence, et font des prières pour
le succès de leurs expéditions de guerre ou
de chasse. Us pensent que les âmes de leurs
ancêtres Teillent sur eux, et cpelqnefois ils
invoquent leur aide, ils regardent le ton-
nerre comme un résultat de Faction immé-
diate de la Divinité, et quand une personne
a été. tuée par la fondre, ils disent qu^Ub-
lunïsa a été parmi eux : dans ce cas il leur
arrive souvent de transporter ailleurs leur
habitation, et d^offrir en sacrifice un jeune
taureau on un bœuf.
Ils ont certaines superstitions assez sem-
blables à celles qui se rattachaient au culte
ridicule rendu par les anciens l^jptiens aux
animaux. Si une personne a été tuée par un
éléphant, ils offrent un sacrifice dont le but
(laralt être d*apaiser le démon sons Timpul-
sion duquel Tanimal est supposé avoir agi.
Parfois ils imaginent qu'un sbuluga, un
e^^prif, réside dans un de leurs IxBufs, et ils
clierchent par des prières à se le rendre pro-
pif^ cfuand ils partent pour quelque expé-
fiîtion de chasse.
Le professeur Lichtenstein expose , dans
les ternes suivants, les caractères physiques
des Cafres :
« Les diverses tribus de cotte grande na-
tion ont dans les formes générales du corps
et dans les traits du risage, des caractères
ifui leur sont communs à toutes, et qui ne
M» retrouvent dans aucune autre nation
africaine. Ils sont bien plus grands, plus
forts, et leui s membres sont beaucoup mieux
) proportionnés. Leur peau est brune, leurs
f^hevenx sont noirs et laineux ; leur physio-
nomie a quelque chose de tout parûculicr
qni ne permet pas qu*on puisse songer à les
comprendre dans aucune des races que nous
amn^ mentionnées ci-dessus. Ils ont le front
^îeré et le nez des Européens , les lèvres
épaisses des nègres , avec les pommettes
hautes et proéminentes des Holtentots. Leur
^anjoige est sonore, suave et harmonieux ,
/rec des elap^iements dans Farticulation.
I>^ors radicaux sont d*une ou de deux syU
lal>i»s dont le son est simple, sans diphlhôn-
î-'»ie^; leur prononciation est lente et dis-
fin*rte, af*centuée sur la dernière syllabe.
I^urs différentes tribus ne parlent pas toutes
nn niéme dialecte , mais celles qui sont le
1 12^) fioTirsrcX yogiqeto Cêii forma. Rr^marks
l*v iKr fiaUinilist oT Ibc p^p^lition, vol. III, pag. 51.'
• t2() y^icîm éf la CaH forma ff ée sm eottqHi$la
p.us éloignées les unes des autres se com-
prennent pourtant encore. •
Les tribus bechuanas, d'après la descrip-
tion qu'on nous en fait, sont, sous le rap-
port des arts et de la civilisation, supérieures
aux tribus des Amakosas. Elles haoitent de
grandes villes, cmt des maisons bien bftties,
cultivent la terre et savent conserver les ré-
coltes d'une année à l'autre. Leur physio-
nomie les place de même à un degré au-
dessus des Amakoses ; la teinte de leur peau
est plus claire , leurs traits se rapprochent
plus de ceux des Européens, et sont souvent
même vraiment beaux.
An nord-est du pays des Batzegurs les plus
méridionaux de tous les Bechuanas, le long
de la partie élevée qui limite le bassin du
Gariep, on trouve encore des peuplades plus
avancées dans la civilisation. Dans le pays
des Tammahas, M. Campbell vit, non loin
de Mashow, ville qui ne contient pas moins
de dix mille âmes, des champs de blé de
Îlusieurs centaines d'acre. Chez les Murutsis
160 milles géographiques nord-est-^uart-
est de Litakou, il fut tout à lait surpns des
progrès qu'il trouva dans les arts et l'indus-
trie; les Murutsis cultivent le sucre et le
tabac, fabriquent des rasoirs et des couteaux
avec un fer qui vaut presque de l'acier, se
construisent des maisons en maçonnerie et
les ornent de pilastres et de moulures.
Plus loin encore, vers le nord-est, sont les
Macquaïnas, peuple plus nombreux et plus
riche que les Murutsis. Ceux-ci reçoivent
des Macquaïnas, de la verroterie qui est la
monnaie du pays; ces derniers les reçoivent
eux-mêmes des MuHaquam, ouïes obtiennent
indirectement, parla voie du commerce, des
Mahalaselys, grande nation située au nord-
est des Macquaïnas. Les Mahalaselys, aussi
bien que leurs voisins les Matebeeylai, ont
la peau brune et les cheveux longs. Ils por-
tent des vèlciuents, chevauchent sur des
éléphants, ont des maisons à escaliers et
« sont des dieux. » Cette expression est ha-
bituellement employée pour désigner les
Européens avec lesquels les Mahalaselys
sont ainsi assimilés et opiacés sur un même
niveau. Toutes les nations dont nous venons
de parler, depuis les Murutsis jusqu'aux
Mahalaselys, ont l'art de mitiger la violence
de la petite-vérole, au moyen de l'inocula-
tion qu'ils pratiquent au visage, dans l'es-
pace mtersurciliere.
CALIFORNIENS. — Un voyageur moderne
nous assure que dans la mission espagnole de
Californie-, il se trouve fréquemment jusqu'à
dix races différentes d'indigènes, dont cha-
cune parle sa langue particulière (1^)- ^iais
des renseignements plus précis fonaés sur
les observations des missionnaires qui ont
longtemps résidé parmi les indigènes, rédu*-
sent leurs langues à quatre et même défini-
tivement à trois, qui sont les langues-mères
de toutes les autres (i^k). Ce sont^ les lan-
temporal eêjnritnalif ktuta d tkmpo preêênte; inemia
de la hutoria manuicrita formada en Mejico aao dt
175, por el P. Tci«6«5 w i.a €. m J. ; MaJiid«
SOS
CAF
DiCTIONNAlRE
CAR
504
gucs cochinii, pericu et loretto : la pre-
mière est la même que la langue laymon,
car les Laymons sont les Cochimis sep-
tentrionaux ; la langue loretto a deux dia-
lectes, le cuaycuru et i'uchiti. Ces trois
langues, ou si Ton veut, les trois nations
qui les parlent occupent, en Californie ^
une étendue à peu près égale. Les tril)us
particulières sont désignées chacune par
quelque nom barbare et Ton en peut trou-
ver la longue liste dans les histoires de
ce pays, mais il nous semblerait fort inutile
de les reproduire ici.
Le climat de la Californie est chaud et sec
à un degré excessif. Le sol, généralement
stérile, est, sur un grand nombre de points,
pierreux ou sablonneux, et le manque d*eau
s'y fait beaucoup sentir. En somme, ce cli-
mat est, à tous les é^jards, précisément Top-
posé de celui du climat qu'on trouve dans
la région du nord-ouest, où il y a abondance
de collines boisées, tantôt tapissées de ver-
dure et tantôt à demi ensevelies sous la
neige. On sait, depuis longtemps, que les
Californiens sont d'une couleur beaucoup
plus obscure que les indigènes de l'Améri-
que en général. La Pérouse les compare aux
nègres des Antilles (125) ; il dit ;
« La couleur de ces Indiens qui est celle
des nègres, la maison des religieux, leurs
magasins qui sont bâtis en briques et en-
duits en mortier, l'aire du sol sur lequel on
foule le grain, les bœufs, les chevaux, tout
enfin nous rappelait une habitation de Saint-
Domingue ou de toute autre colonie. » Dans
un autre passage, il s'exprime encore plus
positivement et avec plus de détails : « Leur
couleur, dit-il, est très -approchante de celle
(les nègres dont les cheveux ne sont point
laineux; ceux de ce peuple sont longs et
très-forts ; ils les coupent à quatre ou cinq
pouces de la racine. »
Un écrivain estimable qui accompagnait
La Pérouse en qualité de naturaliste, M. Roi-
lin, dit crue les Californiens, quoique placés
ilans l'hémisphère nord à la même distance
de l'équateur que les Chiliens dans l'hémi-
sphère sud, ont avec ceux-ci très-peu de res-
semblance. « La taille des hommes est plus
haute et leurs muscles mieux prononcés;
mais ils sont moins courageux et moins in-
telligents. Ils ont le front bas, les sourcils
noirs et épais, les yeux noirs et enfoncés, le
nez court et déprimé à sa racine, les pom-
mettes saillantes, la bouche un peu erande,
les lèvres épaisses, les dents fort belles, ie
menton et les oreilles de forme ordinaire.
Ils sont d'une indolence extrême, sansindus-
trie, peu curieux, et presque stupides : ils
portent , en marchant, la pointe du pied en
dedans, et leur démarche peu assurée décèle,
au premier coup d'œil, leur caractère de pu-
sillanimité... Les Californiens ont la barbe
plus fournie que les Chiliens. ^
Il semble d'après cette description que
la couleur n'est pas le seul trait par lequel
les Californiens se rapprocnent des types
que Ton observe en d'autres points des con-
trées tropicales, de ceux que nous présen-
tent, par exemple , les nègres de la côte de
Guinée, les indigènes de la Nouvelle-Guinée
et ceux des Nouvelles-Hébrides.
Au nord de la Californie, la côte, comme
je l'ai dit, porte le nom de Nouvelle-Cali-
fornie. Les habitants de tout ce pays que
les Espagnols depuis longtemps revendi-
quent comme leur appartenant, nous som
À peine connus. Cependant, nous devons à
M. Choris, des dessins et des portraits de
quelques naturels du port de Saint-François,
point qui appartient à cette province. Ces
nommes paraissent constituer une belle
race, et, par leur couleur, qui est très-fon-
cée, ils ressemblent aux habitants de la Ca-
lifornie.
CANARD et OIE. — Les divers ouvrages
qui ont traité de l'agriculture nous appren-
nent que le canard lut élevé par les anciens,
qu'il peuplait leurs basses-cours et leurs
pièces d'eaux. 11 serait difficile de fixer Vé-
poque où le canard commença à devenir un
oiseau domesticfue, parce qu'il n'est pas
pour l'agriculteur un oiseau d'une utilité
aussi grande que les poules, qui, par leurs
œufs, donnent une nourriture abondante.
Le Nord est la patrie du canard sauvage;
mais dans ses migrations, vers les répons
méridionales. Les faits suivants établiront
que la domesticité de l'oie ne commença pas
dans le Nord. On peut, dans les oies sauva-
ges de nos pays, reconnaître deux espèces :
roie des moissons, anas segetum^ et Voie
commune, anas anser, La première semble
plus nombreuse que la seconde ; cependant,
jamais on a pu en faire un oiseau domesti-
que, quoiqu elle n'ait rien qui la distingue
de l'autre, ni dans la forme, ni dans la gros-
seur, ni dans les habitudes.
CANARIES. Voy. Aborigènes.
CANTABRES. Voy. Aborigènes.
CAP... mots dérivés de cette racine. Voy-
Etymologie. "
CARACTÈRES ANAT0M1QUES DE L'HOM-
ME. — 1* On doit signaler en premier lieu
un ensemble de dispositions anatomiques
qui sont en rapport avec la destination bi-
pède de l'homme. Rien de mieux établi que
ce point de physiologie : nulle part ou n'a
trouvé de tribus humaines allant d qwUrt
pattes.
2° Une autre série de caractères distinc-
tifs se tire de la comparaison du cerveau de
l'homme avec celui des autres espèces ani-
males.
3° Une troisième source de différence en-
tre l'homme et les autres animaux découle
en partie de la précédente ; eHe se rappor e
aux proportions du crâne avec la face. Ces
proportions se mesurent par rouverture de
l'angle facial, par l'examen comparatif des
aires du crâne et de la face, et, jusqu'à un
certain point, par l'ouverture de ranglc oc-
i557, 4^», t. I**. V«9. aiiagi Vatir, mêktidau*^
ih* IV, 8. 483.
(1^) Vinf0§ed€ La Pénmse; Paris, 1797, ton. D,
\n'i% p. 26o.
5^
CAB
DANTIIROPOLUCIE
CAR
3oa
cipital de Daubenton. On trouvera dans un
aufre article (Taon occmrjkL, Cbank) des
délails sur ces modes de mensuration ; éta-
blissons seulement ici les résultats au*ils
nous donnent. Nul animai n a Tangle laciai
aussi ouvert que celui de Thomme. L'orang-
outang, qui se rapproche le plus de nous en
raison de la saillie de son front, reste en-
rore à une bien grande distance des races
humaines le mouis bien partagées à cet
éiZard. Il est même plus loin de Thomme que
lavait supposé Camper; car, reconnaissant
que Tangle descend dans certaines races hu-
maines à 70 degrés, il avait évalué à 58
1 angle facial de Torang. Or Ovren a démon-
tré que Tangle iacial ne s'élevait à 58 que
sur les tètes de très-jeunes orangs , et on
sait qu*à cette époque de la vie leur crâne
est très-développé relativement à la face ;
leur cerveau atteignant très-promptement
son développement complet. M. Owen ré-
duit à 35 degrés Tangle facial de Torang
noir ou chimpansé, et à dâ degrés celui de
Torang roux.
L examen comparatif des aires du crâne et
de la bce, facihté par une coupe verticale
autéro - postérieure , qui sé|)are la moitié
droite de la tète de la moitié gauche, per-
met d>mbrasser d*un seul coup d*œil I am-
pleur proportionnelle du crâne et de la ùkve.
Chez l'homme, la loge cérébrale surmonte
et couvre la face ; chez les animaux, elle est
relativement très-petite. On observe de plus
chez les animaux un changement de rap-
ports entre ces parties ; la lose cérébrale
étant rapportée en arrière et la âce en avant,
Gomme si l'une avait tourné autour de l'au-
tre. Il résulte de là , et c'est un des mille
arguments qui, de nos jours, ont ruiné la
pnrénologie ou plutôt la crânologie, il ré-
sulte, dis-je, de cela, que la ligne faciale
peut être extrêmement fuyante, bien que la
fiartie antérieure du cerveau s'élève à peu
près verticalement : c'est ce dont on pourra
s'assurer en regardant sur une tôte de che-
val les aires du crâne et de la face. Ces faits
avaient déjà attiré l'attention de M. Bou-
vier. Quant à l'angle occipital de Daubenton,
il est excessivement aigu chez l'homme, et
6*ouvre davantage dans les espèces animales,
à mesure que le trou occipital se porte plus
en arrière.
%* Les incisives des quadrupèdes sont por-
tée par deux os accolés l'un à l'autre sur la
liçne médiane, et placés entre les os maxil-
laires supérieurs; ces os, qu'où nomme m-
iermaxillairety manquent dans l'espèce hu-
maine. Il ne £aut pas exag^^rer la valeur de
ce caractère, car (os intermaxillaire existe
chez le fœtus huiuain, et, d'une autre fuirt ,
on a eu l'occasion de vérifier sur un chim-
pansé,. qui mourut à £xeler-Change, que
cet animal n'a pas d'os inlcrmaxillairc , ou
plutôt que chez lui il se soude comme chez
rliomme. Déjà Tyson et Daubenton avaient
annoncé qu'on ne trouvait pas cet os dans
le chimpansé. Les vestiges de l'os inter-
iiiaiillaire dans l'espèce humaine ont é(c
considérés par Âckermann comme une
preuve que la tète de l'homme aurait offert,
a une certaine époque , la conformation de
celle de la brute. Il dit : ¥utre tempera^ qum
afUediluviana dicimus^ ubi ita despeeta et
objecta erai kumama^ecieejUi bruiorwn ani"
nuMfUium naiurœ non etquivaleret iantum^ $ed
ei infra eam deprimaretur..,. Il ajoute plus
loin : 0$ iniermaxillare^ aperto indicio ; aii--
quando tn homine maxilloêy uii in brutie dio-
gi$ versus anteriora proirueas fuisse. On ne
peut alléguer aucun fait à l'appui de cette
opinion.
5* Les dents de l'homme sont presque ver-
ticales , placées en série continue , et n'of^
frant pas de sensibles différences dans leur
hauteur , tandis que les canines des singes
dépassent de beau.^oup le reste de l'arcade
dentaire. Cuvier cite un animal fossile, l'a-
noploierium^ comme offrant seul avecThom-
me la particularité analomique dont il vient
d'être question. Enfin, la saillie du menton
distingue encore la mâchoire de l'homme de
celle des quadrupèdes. Chez ces derniers ,
les arcades dentaires, organes de préhen»
sion é^s aliments , dépassent de beaucoup
le menton.
6* Le sternum de l'homme adulte est court
et composé seulement de trois pièces; celui
des autres mammifères est pronortionneHe-
ment plus long, et offre une [)ièceau niveau
de chaque intervalle des cartilages costaux.
Galien, qui vraisemblablement n'avait dis^é-^
que que des brutes, et surtout des singes,
avait donné sept os au sternum de l'homme,
et lorsaue Sylvius voulut maintenir contre
Vésale l'infaillibilité du célèbre médecin de
Pergame, il avança que les hommes, au
temps de l'ancienne Rome, avaient pu avoir,
dans la charpente de leur robuste poitrine,
un plus grand nombre de pièces au'on n'en
trouve dans notre espèce déeéuérée. Mais
celte assertion peut èlre mise à côté de celle
d'Ackermann touchant l'os intermaxillaire.
Les squelettes des momies de trois mille ans
ne diffèrent en aucune façon de ceux de no-
tre temps.
T Aucun mammifère ne présente un bas-
sin configuré comme celui de l'homme. Que
l'on comiiare, dans les planches de Prichard,
le bassin de Vorang et celui de l'homme, on
verra que sur le premier les os des iles sont
plus allongés, le sacrum moins large, tous
les diamètres transverses moins développés ,
l'arcade des pubis à peine indiquée. £ntrc
le bassin du chimpansé et celui de l'homme,
I. s différences sont encore plus grandes.
8*" Les bras de l'homme n'atteignent que
la partie moyenne do la cuisse, ceux du
chunpansé descendent au-dessous du ge-
nou, et ceux de Toraug s'étendent jusqu'à
son talon ou à la cheville, suivant la remar-
que de M. Owen. Le pouce des singes est
moins développé que celui de l'homme, et
s'oppose moins^ facilement aux autres doigts,
et, suivant la remarque d'Eustache, ce pouce
n est que la caricature du nôtre.
9" Le tissu cellulaire de l'homme, est dit-
on, plus mou qic ti^hiî des autres animaui,
mais j<» confei>sc que je n'ai jamais i»u con-
307
CAR
DIG TIONNÂldE
CAR
308
cevoir comment , ainsi aue Ta avancé BIu^
menbachy et que Ta répète J. MeckeJ» rhomroe
devrait à cette condition anatomique la fa-i
cuite de vivre sur tous les points de la
terre.
10" On regarae comme caractère de la con-
formation anatomique de Tbomme Tobli*
quité de son cœqr, qui repose sur le dia-
phragme au lieu de s appuyer sur le ster-
num, l'adhérence du péricarde au diaphrag-
me ; mais il faut avouer que certains singes
offrent la m^me disposition. Les artères ca-
rotides de l'homme ne forment j)oiïit ce ré-
seau Qierveilleux {reU mirabile) qu'on trouve
che% un. grand nombre de quadrupèdes ,
mais non chez tous. L'homme a quatre ar-
tères lyroïdiennes , deux de chaque côté ; il
n y en a que deux daos les autres mammi-^
fères.
J'wnprunlerai a Mecke?> qui lui^^même a
mis Biumenbach à contribution, l'exposé
des autres caractères anatomiques de l'hom-
me. On verra qu'un bien peut nombre de
ces caractères lui appartiennent exclusive-
ment.
11* Dans les organes du sens on a signalé :
iPour le sens de la vue^ le rapprochement
des yeux, mais ils sont encore plus voisins
chez les singes ; l'absence ou l'état rudi-
mentaire de la membrane nictitante; l'ab-
sence du muscle suspenseur de l'œil ou
choauoïde^qui manque aussi chez les singes.
Pour le sens de Vouie^ la présence du lo-
bule de l'oreille et l'immobilité de son pa-
villon. Le lobule existe en petit chez quel-
ques singes, et l'immobilité du pavillon est
commune à l'homme et au fourmiller, elle
parait d'ailleurs être chez l'homme unecon-
séciuence du défaut d'exercice, et ne se ren-
coixtre que chez les peuples civilisés.
Pour U sens de l'odorat^ l'absence du sac
ou organe de Jacobson, couché sur le plan-
cher des fosses nasales de tous les autres
mammifères; la saillie du nez au devant de
la bouche. Cette dernière particularité existe
chez la guenon nasique et les mammifères
pourvus de trompes.
Pour le sens du toucher^ enAn, on a signalé
l'état lisse et uni de la peau de l'homme,
laquelle est beaucoup moins pourvue de poils
que celle do tous les quadrupèdes et qua-
drumanes. A la vérité, les cétacés sont en-
core plus glabres que l'homme, mais ce n'est
pas avec cet ordre qu'on peut comoarer l'or-
dre ries bimanes.
t^ Dans le système musculaire^ on a signalé
l'état rudimentaire des peauciers , et le
gFand développement des muscles des fesses
et de la partie postérieure de la jambe.
13" Dans l'appareil digestifs l'appendice
du coecum. constitue des caractères uistinc-
ti£s de la conformation de l'homme.
Ih* L'appareil delà génération offre aussi
quelques particularités.
Ne pouvant nous arrêter ici à faire res-^
sortir les merveilles de l'organisation de
l'homme, ce (jui exigerait, des développe-
ments considérables, nous nous bornerons
Il dire quelques mots de la conforoialîon de
sa main, dont la perfection répond à celle
de son intelligence. Composée d'un grand
nombre d'os qui lui transmettent, les uns
beaucoup de solidité, et les autres une mo-
bilité très^rande, elle est pourvue de mus-
cles extrinsèoues qui donnent lieu à do'<
mouvements ae totalité et à des mouvements
partiels relatifs aux doigts, et des muscles in-
trinsèques qui agissent exclusivement sur
ces dernières parties. Le pouce, plus court,
plus gros, plus mobile que les autres doigts,
est placé sur un plan antérieur à celui qu'ils
occupent, et il leur devient ainsi opposable;
ce qui transforme la main en un quadruple
compas à branches brisées, compas qui, des-
tiné à apprécier les formes et a saisir des
objets peu volumineux, termine lui-mèmo
les branches du grand compas formé par les
membres supérieurs, et destiné à saisir, à
embrasser les corps d'un grand volume. Les
doigts constituent de petits membres qui
sont au corps de la main ce que les grands
sont au corps proprement dit, et les parties
qui les constituent sont entre elles ce que le
bras et l'avant-bras sont l'un à l'égard de
l'autre. Ainsi, la première phalange et l'hu-
mérus exécutent de part et d'autre les grands
mouvements ; la seconde est, par son extré-
mité supérieure, un petit cubitus qui s'étend
et se fléchit sur la première, analo^e, par
son extrémité inférieure, à un petit humé-
rus, etc. Tous les doigts qui forment des
limites sont pourvus de deux extenseurs,
tels sont le pouce, l'indicateur et le petit
doigt, ces deux derniers limitant l'espèce Oe
palette qu'ils forment avec les deux du mi-
lieu. Les quatre derniers doigts ont deux
longs fléchisseurs, le pouce n'en a qu'un, et
celui-ci ainsi que le cinquième ont de plus
un court fléchisseur, etc. Enfin, la pulpe i\%
chaque doigt, placée du côté de la flexion,
reçoit de gros vaisseaux et des nerfs volu-
mineux qui lui transmettent un dearé de vie
et de sensibilité en rapport avec Ta délic-a-
tesse du tact dont elle est pourvue, et l'ongle
qui la soutient favorise l'exercice de ce sqiïs
en résistant à la pression qu'elle exerce sur
les corps auxquels elle s'applique.
On a réuni dans le tableau suivant les
grandeurs différentes de l'angle facial dans
rhorame et dans un certain nombre d'ani-
maux :
Les marbres précieux dus au ciseau de Phi-
dias et de Praxitèle prouvent que les Grecs
comprenaient cette théorie de l'angle facial.
Lorsqu'ils ont représenté des législateurs
des sages, des poètes, auxquels ils voulaient
donner un caractère auguste et fénéral)le,
ils ont agrandi l'angle facial jusqu'à 90", et
ils ont encore augmenté ces dimensions dans
leurs statues de héros et de dieux ; dans *'
Jupiter olympien, par exemple, la ligne fa
ciale est en dehors de la perpendiculaire e
forme un angle de 100",
Dans l'homme, la ligne faciale varie de
65' à 85* pour les adultes ; chez les enfants
elle s'étend jusqu'à 90° Colle preuve, à dt-
faut d'aulres» pourrait suflirc à prouver <]ue
ce n'est pas d'après la ligne faciale quoa
309
CAR
n*À»THROPOLOGIE.
CAR
5ir
peut ahsolumeot mesurer riatelligence. Cer-
urins singes ont la ligne faciale aussi droite
que la plupart des ne^es:
Européen enfaal,
Eoropéen adulte.
Européen décrépit,
Nèfre adulte.
Femme tMMcbbmaoDe,
Orauf-outang jame,
Oraog-outaiig adulte.
Chimpanzé jeune.
Gibbon oendré jeune.
Gibbon oendré adulte.
Roussette brune,
Ph jllostame Tampire,
Hérisson,
Ours bnu des Alpes,
Coati,
Loutre commune.
Chien doguin.
Chien màtio.
Renard,
Loup,
Hjène,
lionne.
Léopard,
Phoque,
Gibbon syndaclile adulte.
Sapajou,
Guenon Tabpoint,
Ifagot,
leune mandrill,
adulte.
Hufleuproux,
Maki rouge,
Lori paresseux.
Sarigue,
Kanguroo géant.
Lièvre,
Marmotte,
Porc-^c,
Aje-aje,
llnau.
Pangolin,
Balmoussa,
Cheral,
Bélier,
Dauphin,
Ecfaidj.é,
(hnîthorhjnque.
90"
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67*
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45*
21*
23*
3(r
25*
23»
44*
30*
39»
29«
25»
30»
25»
20*
44»
Le poids du cerveau est au poids total
du corps :
Chez rHomme, eiifant,
le Jeune homme,
rAdulle.
le Vieillard,
le GH»boo,
le Saîmiri
le&iî,
rOuîstiU,
le Coaîu,
le Malbrouck jeune,
le Calliirîehe,
le Moue,
k Manga! ejr,
le Macaque,
le Magot,
le Papion,
le Moeoco,
le Vari,
le Module,
• ■
22
23
3a
35
48
22
25
2K
4i
24
41
44
48
f05
IQ4
61
84
Chez la Taupe,
le Hérisson,
rOurs,
le Chien,
le Renard,
le Loup,
le r.hac
la Pantlière,
la Martre,
le Foret,
le Dasyore Oursin,
le Wombat,
le Kangourou géant,
le Castor,
le Lièvre,
le Lapin jeune,
le Lapin aJuUe,
rOndaUn,
le Rat,
le Sarmokil,
la Souris,
le Mulot,
rOmilhorsrnque,
lEchidné,
rElépbant,
le Sanglier,
le Verrat,
le Cochon de Siam,
le Cheval,
fAne,
le Cerf,
le Chevreuil jeune,
la Brehb,
le Bœuf,
le Veau,
le Dauphin,
le Marsouin,
TAigle,
le Faucon,
le Merie,
TAlouette,
la Mésange à tète bleue,
b Mésange nooette,
le Moineau,
le Serin,
le Tarin,
le Pinçon,
le Chardonneret,
la Linotte,
le Rouge-gorge,
la Pie lemelte,
la Pie mâle,
le Geai,
le Choucas,
la Perruche,
le Perroquei,
le Pigeon,
le Coq,
rAutruche,
le Vanneau,
lePluYîer,
le Canard,
rOie,
la Sarcelle,
la Tortue de terre,
la Tortue de mer,
le Lazard vert,
la CooleuTre à collier,
la Grenouille,
la Sahmandre,
le Requin,
le Squale Roussette,
le Thon,
le Brochet,
la Carpe,
la Silure,
rAngiiille,
M
m
: 36
: 168
: 265
m* M
: 305
M
■ ■ K
: 205
: 230
M
• • •
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: 247
: 365
: 138
• • •
: 820
• • M
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: 644
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M
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: 672
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• • •
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• • m
: 400
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■ • M
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•* 4
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: 192
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: 860
: 219
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: 102
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• • 4
• ■ ■
: 160
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: 102
4
• ■ ■
: 68
4
: 56
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: 12
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M
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m
32
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• • 1
: 27
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: 44
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: 28
• • 4
: 45
4
: 91
m
• ■ m.
: 25
•* 4
• • 1
: 1200
• V 4
: 70
■• 4
• • a
: 122
• • 4
• • a
: 257
•• 4
: 360
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: 2210
■ * 4
• ■ M
: 5688
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: 160
4
: 792
•• 4 <
■ • ■
: 172
•• 4
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: 2496
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: 1344
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■ • mm
37440
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: 1305
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; 560
** 4
• • ■
: 1887
m
: I3G6
dit
CAIl
mcTioNfuiaE
CAR
Mi
CARACTÈRE NATIONAL. — Va priori
de réternellediTersUé des raees se trouve
au fond d'une thèse habilement mise eu œu-
vre par plusieurs historiens ethnographes.
Ils ont tiré des effets dramatiques de Toppo-
sition des nîations aux nations comme d in-
dividu à individu ; ils ont doté les peuples
de passions, de préjugés, d^intelligence, de
tempérament, a*idiosyncrasie , absolument
comm^ un seul homme. Au point de vue
artiste» lis ont eu parfaitement raison (126) ,
teur succès le prouve* S'ils sont justinables
au point de vue de la philosophie de This-
toire, c'est seulement pendant une période
historique donnée. Dans l'histoire univer-
selle, (fans les annales de l'humanité, leur
opinion supporterait plus difficilement
l'examen.
Les Gaulois, nous dit-on, furent toujours
ce que sont aujourd'hui les Français : leur
caractère eut toujours les mêmes qualités
brillantes avec le cortège des mêmes défauts :
bravoure aussi admirable que leur intelli*
S;ence ; mais déplorable légèreté, individua-
isme vaniteux et perpétuel, manque total
d'esprit de suite. Acceptons humbleoieut ce
portrait, au risque de faire répéter le sorite
d'EpiiEénide, le Cretois, accusant ses com-
patriotes de mensonge. Les étrangers l'ac-
cepteront ave ^. moins de façon ; mais avec
Tobligation de répondre aux objections
suivantes :
Tite-Live fait les Gaulois plus qu'hommes
avant le combat, moins que femme» à la fin.
Dion Cassius nous appelle frivoles, faibles ,
arrogants ; Julien nous dit loyaux, modérés
et noblement fiers.
LesKimrys eurent le caractère allemand :
lents, tenaces, têtus, aptes à Taggrégation ;
et les Kîmrys, depuis le vi* siècle avant Jé-
sus-Christ, ont occupé une bonne moitié de
la France I Notons que les Galles , mêlés, il
est vrai, aux Basaues sous le nom commun
d'Aquitains, ont lait la souche des Gascons.
Les nations germaniques, Franks, Bourgui-
gnons, Yisigolhs, se superposèrent auxKym-
xysei aux Galles, croisèrent et recroisèrent
le sang gaulois déjà croisé de Romain et de
Cimbre. Faisons les fractions de la fraction :
la France n'était que derai-gaële quand les
Germains redivisèrent cette demie au moins
à deux reprises : voilà l'élément gaël réduit
^u huitième ; c'est donc îe caractère germain-
i.imrys qui devrait dominer en France.
Les Irlandais et £cossais sont Gaëls de
$ang plus pur, et pourtant Ecossais et Irlan-
dais n.e se ressemblent guère. Les Anj^lais
donnent aux Irlandais la jactance et la légè-
reté française ; leurs comédies appellent les
Ecossais Gascons de la Grande*Breta.jne.
Gascon a déjà des significations bien dif-
férentes des deux côtés de la Manche. Chez
nous la decnière édition de ce caractère re-
monte à Henri IV, qui fit les honneurs de
S'îs compatriotes , pour consoler les Pari-
siens. Les nations du Nord auront juj^é à
Paris le Gascon verni d'élégance, car. Polo-
nais, Saxons, Suédois, Busses échangent à
l'envi les épithètes de Français ou de Gascons
du Nord.
Les Turcs donnent aussi volontiers aux
Persans le nom de Français de l'Asie. Ces
antonomases de voisins et de rivaux cachert
de l'envie sous apparence flagorneuse ; to
l'estime, sous un air dénicrant ; car si la
ruse gasconne est réelle, elie tempère aui-
)lement la légèreté parisienne. J'ignore au
, uste si le Parisien est Gaël ou Rirary ; mais
' e Gascon n'est pas Gaël par le caractère ac-
crédité, s'il l'est par le sang.
Le portrait suivant du caractère français,
assimile entièrement le Français au Gascon,
mais n'en proleste que plus énergiquemenl
contre la légèreté et Tétourderie qui nous
est imputée :
n Demandez un service à un Français, il
songera d'abord à l'utilité que cela peut lui
rapporter ; s'il ne peut pas vous rendre ce
service, il vous le promettra ; s'il peut le
rendrcj il ne le rendra qu'avec répugnance
et souvent pas du tout.* Le Français, nature
cupide et qui s'approprierait le bien d*au-
trui par le souffle (127). p
Le reproche de légèreté nous est fait sur-
tout par les nations qui cherchent à nous
imiter par ce point ; celui d'élourderie pour-
rait venir eles peuples qui ont le plus souf-
fert de notre persévérance. H vient souvent
aussi de nous-mêmes ; le principal intéressé se
dénonce comme Henri IV en goui-mandant
orgueilleusement ses frères.
La frivolité est la dernière formule du
raffinement épicurien de tous les peuples:
toute grande capitale en devient le sanc-
tuaire. L'histoire reproduit tour à tour les
mêmes compliments ou les mêmes reproches
en interprétant la confession. Voici un au-
tre portrait dû à un observateur non moins
spirituel que le secrétaire florentin.
« J*ai vu ce pays que vous me vantiez tant,
mon cher Serviénus , je le sais tout entier
par cœur : cette nation est légère, incertaine ;
elle vole au changement]; elle est querelleuse,
pleine de vanité et prête toujours à la sédi-
tion (VIS). » Ce ne sont pas les Gaulois niles
Romains, ni les Athéniens que l'empereur
Adrien a en vue, mais les Egyptiens!
Alexandrie, Ptolémaïdes, Hermopolis, Anti-
noë avaient avivé le sérieux des Egyptiens
théocrales, comme Corinthe et Alnèucs
avaient émancipé les Hellènes des lois de
Lycurgue etdeSolon. Ces lois avaientfaitleur
force; les grandes villes ajoutèrent la ri-
chesse, la grâce et 1^ léi5èrcté.
' Le caractère des peuples dépend de ses
institutions politiques et religieuses d*a-
î)ord, de ses mœurs ensuite. Les influences
de races agissent principalement par ies
souvenirs' des mœurs et des lois ; îiar les
tratjitions d'honneur, de discipline I Les lois
oubliées, les mœurs altérées, relâchées, f<»nt
changer la réputation après le caractère, I-e
(126) Aug. et Am. Thieiry, Nicbuhr.
(128^ L'eni|)ri'cur Adrik.n, Lettres^
311
e&»
D^AliTIJROPOLOGIE.
lu
nom de la même natioe , après avoir été
un titre glorieux, peut devenir une insulte,
à quelques siècles dlatcrvallet à quelques
kilomètres de distance. £t puisque Furba-
nité ne permet pas de citer des races euro-
péennes, Arabe ne désisne-i-ii pas des tri-
bus de guerriers et de laboureurs ? Les Ta-
kis ne sont-ils pas de paisibles aj^riculleurs
dans TA^anistan (129), des courtisans ab-
jects dans les cités persanes et des popula-
tions turbulentes, fières, vindicatives dans
les naontagnes de la Perse oenfraie?
CARACTÈRES PHYSIQUES des diverses
nations de TEurope. Yoy, Eiropb£?i.
CARACTÈRES FONCTIONNELS de Tani-
malité. Fay. A?iato«ik comparée.
CARACTÈRES PSYCHOLOGIQUES dans
les animaux. Voy. Vabiatioxs.
CARACTÉRISTIQUE DE L'HOMME. —
AancLS I" — Caractère* ptychologiques.
— Pour qui s*en tient aux analogies des f<jr-
mes et de Torganisationt i'tiomme est le pre-
mierdes mammifères, le premier desaniinaux
à Tertèbres, le premier terme de la série
animale. A ce iximt de vue, Viiésitalion ne
semble possible que sur la question de sa*
voir quelle distance sé|)are ce premier éche*
ion du suiTant. Peur Linné, riionune re-
présentait seulement un genre, et ce {^enrc
se rattachait de très-i>rès à celui des singes ;
ponr G. Cuvier, la séparation était i^lus
grande, et taudis que les singes et quelques
çroopes Toisius composaient Tordre des qua-
anunanes, le genre komme formait à lui seul
Tordre des bimanes.
Mais les analo^es d'organisation suffi-
sent-elies pour faire de Tkomme un animal,
et rien de plus ? Je ne le pense pas. Pour
que Tbomme ne fût décidément que le pre-
mier des animaux vertébrés mammifères, il
faudrait encore que ce qu*il y a de plus si-
gnificatif dans la nature, sa vie psychologi-
que, ne fût iiu*un simple développement de
la Tie supérieure de Tanimal. Or nous al-
lons voir que la psycholo^^ie humaine porte
des caractères tout*^à fait spéciaux qui sor-
tent Tbomme des caiJres de Tanimalité.
Rappelons d'abord à quelle limite, par
conséquent à quel caractère définitif, s'arrê-
tent tes facultés les plus éminentes de Ta-
nimal.
Nous constaterons chez lui au mot natubb,
des facultés intellectuelles qui viennent
prendre place au-dessus des instincts, saiA
Iamais les remplacer complètement. Nous
ui reconnaîtrons des affections moins infé-
rieures que les appétits, moins élémentaires
que les sensations.
Quant à Tentendement, Tanimal ne va pas
au delà de quelques opérations fort simples
sur les idées qui procèJent de la sensation,
soit directement, soit par voie de réminis-
cence. C*est de Tintelligcnce et rien de plus,
de Tintelligence à la mesure d'une très-pe-
tite sphère d'activité, et dans laquelle il n en-
tre que des notions fournies |iarTexpérience;
c'est un travail de |»prrep!ion, de jugement
imp^^Iiat^ et instantané, et l'imagination,
qui n'a d'autre but que de coordonner les
actes aux circonstanies présentes, lés ins-
tincts demeurant chargés de l'avenir. Ce but
atteint , le sentiment du besoin n'existant
plus, Tintelligence se repose, ou bien elle
clian^e d'objet si de nouvelles circonstances
l'y provoquent. Encore une fois, elle ne sort
pas du cercle des faits actuels et de l'intérêt
du moment.
. Les affections de Tanimal sont nécessaire-
ment proportionnées à son entendement.
Le plus haut degré de développement qu'el-
les atteignent se trouve dans ses seuliments
de rc«*oiinaissance , d'allacheuienl et de dé-
vouement que nous offrent quelques ani-
maux dome.sliquos et quel^jues iniividus
a|)privoisés des espèces sauva^^es. Dans ces
exemples, Tlionime devient Tobjjt suprême
des affections de l'animal, il en reirueille les
Ijlus heureux résultais. Mais en s'arrêlant à
l'homme, comme en <e portant sur d'autres
i>tres, ces affeclions n'en demeurent pas
moins de simples entraînements sym|iathi-
ques, éclairés et dirigés par un petit nombre
Ue notions expérimentales, et nous ne pou-
vons voir dans les sentiments les plus désin-
téressés de Tanimal que les conditions d'une
sociabilité slalionnaire, jar conséquent quel-
que chose qui se cunftmd avec les impul-
Mons instinctives. Il n'y a rien là qui n'in-
téresse immédiatement ou TinJividu ouTes-
fèce, ou l'homme quand il sait prendre sur
animal l'empire qui luiaftpanient; il n'y
a rien qui dépasse le domaine des percep-
tions.
Une préférence motivée peut décider l'ac-
tion extérieure de Tanimal ; c'est un pro-
grès sans doute vers la liberté, mais il s'en
uiut de beaucoup que ce soit la liberté elle-
même ; car la préférence une fois motivée,
c'est-à-dire déterminée par l'expérience, la
S|K)ntanéité de Tanimal est entraînée à l'ac-
tion. Celle spontanéité, esclave de Texpé-
rience quand elle ne Test pas de Tinslinet,
ne mérite pas eucore le nom de volonté, car
le monde extérieur, la circonstance |)résentc,
le besoin que suscite celle-i*i, s*imposent
encore irrésistiblement à l'être animé.
Si quelque autre ordre de faits é:ait néce<:-
saire pour achever de caractériser le plus
haut dévcIopj>ement de l'activité psycholo-
Î;ique des animaux, je le trouverais dans
es signes expressifs qu'ils donnent à leui-s
idées et à leurs sentiments; ces signes sont
ou muets ou sonores. P. Huber, voyant les
fourmisdans leurs allées et venues, se toucher
de leurs antennes et changer souvent leur
direction pccmière, après avoir re<;u ou
donné cette es|)èce de si^^nal, prêtait 'à ces
insectes un langage mimique très-varié. Ce
qui est plus généralement connu, c'est quo
le chien exprfme sa j^iie en agitant sa queue,
sa tristesse en la plaçant entre ses jambes,
sa colère jiar des contractions des muscles
roleveurs d(»s narines et des lèvres ; c'est
qu<» lecheViil dn»e ou abaisse ses oreilles,
(419) Alex. Bi'R5£s.
315
CAR
DICTIONNAIRE
GAIt
3t€
ouvre ses naseaux, relève sa .evre supé-
rieure, frappe du pied, selon les sentiments
qui le dominent. Les singes ont des grima-
ces de bonne et de mauvaise humeur;
leurs paupières et leur bouche jouent, sous
ce rapport, un rôle assez connu. Et quant
aux sons expressifs, je rappellerai la manière
dont les oiseaux varient et modulent leur
voix, tour à tour chanteuse ou criarde dans
la même espèce, ^elon qu'elle appelle, aver-
tit, témoigne de Teifroi ou devient Tinter-
prèle du bien-être et de la joie. Qui ne sait
comlnen le chien domestique modifie aussi
la sienne à la chasse, à la maison, dans le
contentement ou la mauvaise humeur, dans
la colère, dans la douleur d*un châtiment?
Qui n'a entenlu le chat au temps de ses
amours sauva.^es, et le môme animal implo-
rant sa nourriture? Mais, en dernière ana-
lyse, que disent et que peuvent dire les ani-
Hïaux soit à leurs semblables, soitaux autres
èîres? Que peuvent exprimer quelques ges-
tes, quelques jeux de physionomie très-li-
mités, enfin quelques éclats de voix et quel-
ques intonations si peu nombreuses pour
chaque espèce, et qui se rattachent à un pe-
tit nombre de circonstances bientôt con-
nues? Tous ces signes sont les interprètes de
Tétat affectif de J'animai, bien plus que de
ses idées ; ce sont des exclamations plutôt
que des paroles. Il n'y a rien là, quoi qu'on
en ait dit, qui mérite le nom de langage ;
ce serait en tout cas une langue tellement
simple qu'elle n'aurait pas besoin d'être ap-
prise, et ce fait seul, que tout animal naît
avec l'intelligence et la pratique des signes
expressifs de son espèce, suflTirait pour prou-
,ver que ces signes sont ceux des sentiments,
non des notions intellectuelles (130). Or si
ranimai n'a pas de langue pour ses idées,
combien celles-ci ne sont-elles pas imparfai-
tes et fugitives! Ne pouvant transmettre son
•xpérience à ses descendants, l'espèce en
reste toujours au même point, les individus
seuls acquièrent quelque connaissance dans
les limites de leurs besoins ou de l'éduca-
tion qui leur est donnée pour les façonner à
notre usage.
Voyons maintenant ce que nous obser-
yons chez l'homme : d'abord sous le triple
rapport de la faculté de connaître, des senti-
ments et des déterminations volontaires,
fiuis sous celui des signes expressifs, et de
eur influence sur les sociétés humaines.
L'intuition instinctive n'apparaît que mo-
mentanément dans la vie de l'homme et
dans une de ses manifestations les moins
remarquables. En effet, l'impulsion qui porte
l'enfant nouveau-né comme les petits des
mammifères, à chercher et à saisir le sein
maternel, mérite à peine le nom d'instinct
guand on la rapproche des merveilleuses
industries de certains animaux. Pour trou-
ver quelque chose de comparable au fait aue
je mentionne, il faut descendre jusquau
polype, qui, étendant ces tentacules dans
l'eau, comme pour chercner une proie, sai-
sit le premier objet qu'il rencontre, et l'a-
vale s il -peut l'amener à sa bouche.
Mais SI l'instinct s'efface et abdique dans
la vie humaine, c'est que Tentenderaent est
en mesure de pourvoir à l'avenir aussi bien
qu'au présent.
L'entendement de l'homme est à la fois
intelligence et raison; c'est-à-dire qu'ici,
aux premiers éléments de l'intelligence, aui
perceptions sensoriales, viennent s'ajouter
des notions d'un autre ordre, qui impri-
ment à toute la psychologie un caractère
nouveau, agrandissant l'horizon intellec-
tuel , donnant essor aux facultés d'analyse
et de synthèse, nous élevant des idées par-
ticulières et immédiates aux idées généra-
les, des perceptions aux conceptions, de
l'expérience à la science, et nous révélant
au-dessus du monde physique le monde mo-
ral, au-dessus de la création le créateur. Je
veux parler de ces notions simples, abso-
lues, universelles, qui surgissent en nous
au f)remier contact des faits, et qui viennent
éclairer d'en haut ce que l'expérience nous
apporte d'en bas. Telles sont les notions do
casualité, de finalité, de vérité, de justice,
de bonté. Jamais les procédés de l'inlelli-
gence ne nous conduiraient à ces idées-là ;
il y a plus, celles-ci s'imposent à l'intelli-
gence numaine. Ici l'âme se montre en ac-
tivité sous un de ses modes les plus carac-
téristiques, la perception rationnelle et mo-
rale, et nous allons voir comment cette per-
ception féconde l'intelligence proprement
dite.
Nous lui devons d'abord deux notions
importantes , qui ont beaucoup occupé la
philosophie spéculative, mais qui prennent
a nos yeux une valeur toute particulière,
Ïuand nous comparons l'homme à l'animal,
es notions sont celles de l'espace et du
temps.
L espace, comme fait abstrait et indépen-
dant de la matière, n'est connu que de
l'homme ; nous ne lui concevons pas de bor-
nes, c'est l'étendue infinie. Cette notion con-
duit donc notre raison à la double idée du
fini et de l'infini. L'étendue étudiée en elle-
même, nous offre un petit nombre de pro-
priétés principales, objets d'une science
exacte, la géométrie, dont les applications
à l'astronomie, à la géographie, a la méca-
nique, ont exercé une influence inappré-
ciable sur la civilisation.
Le temps n'existe pas pour l'animal, c'est-
à-dire pour un être qui vit tout entier dans
le moment présent ; car se^ réminiscences
elles-mêmes, évoquées par l'intérêt actuel,
s'effacent avec celui-ci et s'y absorbent sans
donner le souvenir, c'est-à-dire la consieure
de l'existence passée. L'homme, au con-
traire, porte en lui la notion du temps,
comme passé, présent et à venir, cadre «^
trois compartiments où prend place toute
idée relative aux modifications qui se suc-
(130) Ajoutez que les deux scxos ne sont pas toujours également partagés à col égard, comme
nous le voyons chez les oiseidix.
317
CAR
D'ANTHROPOLOGIE.
CAR
518
relent en nous et hors de nous. Associant à
la rue de cette succession la pleine cons-
cience de nous-mêmes et de notre identité,
nous pouvons sortir du présent et nous
transporter dans le passé, reprendre chacun
de nos souTenirs ou anticiper sur une suite
d'événements futurs. Maîtres en quelque
sorte de tonte notre existence, planant an-
dessus d'elle, appréciant la solidarité des
moments qui se succèdent, nous sommes
mis en mesure de rendre cette solidarité
heureuse ou malheureuse ; et tandis que ra-
nimai ne se soucie pas du moment futur,
nous le devançons de nos désirs, de nos pen-
sées y de nos* espérances, et la notion du
temps lait de nous des êtres d'avenir, avides
d'immortalité. Enfin, lorsque de la notion
du temps nous descendons à sa mesure par
les moyeas que nous offre la succession ré-
gulière de certains phénomènes, tels que les
mouvements des astres, nous introduisons
dans la vie des indiridus et des sociétés un
élémentqui concourt puissamment à la direc-
tion de leur activité. La division du jour et
celle de Tannée ré^^lant nos actes, en mul-
tipliant le nombre, en augmente la portée,
cxK>rJanne les faits de Thistoire, et prépare
l'avenir de Tespèce.
La notion de eausaliié ne nous permet pas
de voir un iait sans lui chercher une origine
et un auteur. De là l'élan qui nous porte de
la perception d*un phénomène à celle de sa
cause; de là ce besoin de connaître qui
s'éveille en nous en dehors de tout intérêt
d^utilité, et oui, faisant appel à toutes no<
facultés intellectuelles, leur fournit un sujet
inépuisable d'exercice et de développement;
de là enfin la notion rationnelle d'une cause
des causes, d'une cause première, de Dieu.
A ridée de causalité, j'ajoute celle de fina-
Uté. On a lieaucoup disputé depuis Descarles
sur ce qu^on a nommé, avec assez peu de
bonheur, les causes finales. £n théorie, on
a soutenu et nié tour à tour qu'il fût raison-
nable d'expliquer une intention provi-
dentiede du Créateur, par le rapport harmo-
ni |ue de deux laits, tels que la structure de
l'œil et Texistence de la lumière. Buffon a
écrit sur ce suiet des pages très-explicites,
et il va sans dire que la philosophie pan-
théiste ne saurait, sans inconséquence, accep-
ter ce ^enre d'explication, ni par conséquent la
question à laquelle elle doit répcmdre : Pour--
quoi telle disposition, tel orJre de phénomè-
nes? Que dans Tapplication, on ait abusé du
principe de finalité, soit en prêtant à Dieu
des motifs ima;^naires, soit en se conten-
tant d'étudier la nature à ce point de vue, je
n>n disconviens pas : mais, que le principe
lui-même soit faux? c'est autre chose; et ici je
ne crains pas d*allirmer que si le principe est
faux, il faut en accuser non ceux qui le pro-
clament, mais la raison humaine, qui le
trr)uve au nombre de ses notions universelles
et innées. Si, comme nous Tavons vu, tout
fait a pour nous une c^iuse connue ou igno-
r<H^, tout fait aussi a un but ; si nous posons
irrésistiblement la question du commctif,
n yjs ne poMjiis i>as moins ncvcssairemcul
celle du pourquoi, et les mêmes auteurs qui
cherchent à nous prouver qu'il est absurde
de raisonner sur la nature, comme sur une
oeuvre providentiellement ordonnée, s'ou-
blient à chaque instant, et nous |>arlent, sans
y prendre garde, des motifs de telle dispo-
sition. Bunon, historien des animaux, n'é-
chappe pas plus à la notion essentiellement
rationnelle et humaine de la finalité, que
les philosophes dont il combat sur ce point
les vues, en s'autorisant de leurs écarts. Or
ce principe, comme notion inhérente à notre
entendement, non-seulement nous révèle
dans la nature l'œuvre d'une cause intelli-
gente , mais stimule puissamment notre
besoin de connaître, nous engageant à étu-
dier char^^ue ordre de faits dans ses rapports
d'harmonie avec les autres.
Déjà les notions préiédentes nous ouvrent
des perspectives sur le monde moral; celles
du vrai, du juste, du bon, nous engagent
décidément dans ce monde, où, afTrancuis de
l'intérêt égoïste, nous élevons notre pensée
jusqu'à cette caubc des causes, à cet Être
infini qui domine de son existence éternelle
l'espace et le temps, à cette intelligence sou-
veraine qui a tout ordonné avec sagesse
dans l'économie de l'univers, et qui person-
nalise la vérité, la justice et la bonté. En
Dieu, les notions rationnelles trouvent leur
objet, comme dans la nature les perceptiou:9
sensoriales avaient trouvéle leur, et l'homme,
en possession des premières, devient un être
religieux ; telle est du moins la destination,
tel est le caractère que lui assignent les
facultés de son entendement.
Avec ce caractère, avec la conscience d'une
destination religieuse et d'une loi morale,
l'homme ne saurait aimer comme aime l'ani-
mal ; ses^iffeclions ont d'autres motifs, elles
s'élèvent et se moralisent comme ses idées.
Ce ne sont plus de simples mouvements de
sympathie et d'antipathie, suscités par les
aperceptions actuelles des sens et de l'intel-
ligence. Le cœur de l'homme est affecté tour
à tour iiar des souvenirs, par les faits actuels
et par la prévision ; il connaît seul le regret
et l'espérance. Les notions morales, éclai
rantses sympathies, lui procurent les nobles
jouissances de l'amitié, de l'admiration, de
l'adoration ; il les retrouve encore, ces mêmes
notions, dans le remords, dans l'indignation,
dans le mépris. L'égoïsmc et la passion, qui
tendent à le suljjuguer et à étonner les ins|*i-
rations désintéressées, n'y réussissent jamais
complètement.
S'agit-il enfin de prendre une détermina-
tion, l'homme a le sentiment de sa liberté et
de sa spontanéité, sentiment bien faible sans
doute, et qui peut se réduire, après une
suite de défaites, à une sourde protestation;
mais sentiment réel et significatif, élément
indestructible et caractéristique de la nature
humaine, condition essentielle de la moralité.
La spontanéité s'élève ici à la dignité d'une
volonté consciente d'elle-même. Les prin-
cipes supérieurs qui nous enseignent le droit
absolu Je Dieu, en même temj'S cjue les per-
fodions qui doivent nous le faire aimer,
519
CAR
DICTIONMAiRE
CAR
3ii)
nous affranchissent des sollicitations infé-
rieures qui décident fatalement des actions
de l'animal ; ils nous appellent à une obéis-
sance libre et volontaire. L'animal subit la
loi qui lui est imposée, Thorame aGce;)te ou
refuse celle qui lui est proposée. Son o'béis*
sance Tennobiit et glorifie son maître.
Nous avons vu a quoi se réduisent les
signes expressifs dont les animaux font
usage; nous avoub vu combien ces signes
sont peu nombreux, qu'ils expriment plus
souvent des sentiments que des idées, enfin
qu'ils sont donnés à chaque espèce par la
nature et aussi peu variables que les instincts.
L'homme, au contraire, a reçu sous ce rap-
{)ort un don proportionné à toute sa psycho-
o;jie, un don qui çrandit et se modifie avec
lui-même, qui participe de sa liberté et de sa
perfectibilité tant individuelle que collec-
tive; l'homme seul a un langa;;^e. Ce langage
se compose de sons modulés, articulés, de
mots qui ne sont pas donnés par la nature,
car ils varient d'un peuple à l'autre, et se
modifient dans la suite des générations; puis,
ces mots dans leurs combinaisons composent
des phrases d'une construction sinon arbi-
traire, du moins très-diversifiée, selon le
génie des nations. Ces mots, ces phrases,
nous permettent d'échanger jusqu'aux moin-
dres nuances de nos idées et ae nos senti-
ments. Pour Tesprit humain, non-seulement
toute chose, tout être a son norii, mais il n'est
pas d'attribut , pas d'acte , pas de mode et
de manière d'être , pas de notion générale,
pas de sensation, pas de sentiment qui
n'ait le sien. Le mot est le corps de l'idée :
non -seulement il l'exprime et sert à la
transmettre, mais il commence par la dé-
terminer, et la fixe dans la mémoire. La
pensée humaine la plus intime, la plus
secrète, ne peut se passer de celte forme ,
celle-ci se passe mieux du son qui lui sert
d'interprète. En effet, des signes muets peu
vent remplacerlalanguc vocale, et l'écriture,
qui la reproduit avec une parfaite fidélité,
en étend les bienfaits et transmet l'héritage
intellectuel d'une génération à une autre
f;énération. Ainsi se propage et s'augmente
e trésor des idées et des connaissances
humaines, ainsi se réalise une immense soli-
darité, ainsi les sociétés qui se succèdent,
peuvent-elles imprimer à l'humanité un
mouvement de progression et d'évolution,
chacune d'elle apportant un élément nouveau
au développement général et presqu'indéfini
de l'espèce.
A quelle distance ne sommes-nous pas de
la condition stationnaire des espèces ani-
males! En comparant cette esquisse des traits
caractéristiques de la psychologie humaine
à celle des facultés les plus émincntes de
ranimai, pouvons-nous hésiter encore à
séparer l'humanité de l'animalité? A l'aide
de quelle transition nous élèverions-nous de
la faculté d'associer quelques perceptions
sensoriales à l'intuition des vérités absolues;
de la simple passion au sentiment moral, de
la spontanéité irréfléchie à la volonté libre
et responsable; d'une vie renfermée dans
les étroites limites du moment actuel et des
faits accessibles aux sens, à une vie qui cher-
che toujours l'avenir et franchit toutes les
limites? Je trouve jusque dans Tirritabilité
du polype les premiers éléments des aper-
ceptions de l'intelligepce animale; mais où
voyons-nous, chez l'animal le plus élevé,
les éléments de la raison, de la moralité, de
la liberté? Evidemment l'homme ne saurait
être le terme supérieur de la série des ani-
maux ; l'humanité se présente à nous par ses
facultés, par sa sphère d'action, par sa desti-
nation, comme représentant à elle seule Tun
des éléments généraux de la création, c'est-
à-dire un règne, le règne définitif qui cou-
ronnera l'édifice. Parvenue à ce terme, auquel
elle aspire dans sa gradation , la nature
devient la condition première et l'instrument
d'une activité libre, morale, religieuse; elle
se trouve associée aux destinées d'un éîre
créé à rimage de Dieu; car Thomme, héri-
tier de ce magnifique patrimoine, ne dé|>assc
l'animalité qu*après avoir emprunté ses
formes générales et son organisation au
règne qui le précède, au premier des tyj'cs
de ce règne, a la première des classes de te
type. L'article suivant nous dira comment il
s est approprié et assimilé ces formes et cette
organisation.
Article IL — Caraeiêres corporels. — Il
est trop évident que ie corps humain, par
cela môme qu'il emprunte ses formes et son
organisation à la première classe du règne
animal, ne saurait nous oSnr des caractères
aussi importants que ceux de l'activité
F psychologique. Une fois que la nature de
'homme est hors de cause, il nous importe
peu que Sun organisation, en le rattachant
aux mammifères, mette plus ou moins de
distance entre cet être et les premiers singes.
€equi nous intéresse dans les di&'érencesqiic
nous rencontrons sous ce rapport entre nous
et les animaux, c'est de voir par quel genre
de modifications l'organisme du mammifère
devient l'organisme de l'homme, c'est de
constater l'harmonieux rapport de ces modi-
fications avec leur but, c'est-à-dire avec le
rôle du corps humain dans les conditions ac-
tuelles de la vie humaine. Du reste, il ré-
sulte de cette harmonie que , si la vie hu-
maine est supérieure à la vie animale, les
caractères corporels de l'homme porteront
le cachet de cette supériorité.
De tous ces caractères, les plus importants
sont nécessairement ceux que présentent les
organes des premières fonctions physiologi-
ques, c'est-h-dire le cerveau, les appareils des
sens, et celui de la locomotion dans son ensem-
ble et dans quelques détails qui se recom-
mandent plus spécialement h notre attention.
Les centres nerveux, renfermés dans l.i
tête, dans le crâne, et qu'on réunit sous la
dénomination générale d'encéphale, appai-
tiennent, comme on le sait, les uns aux di-
vers modes de la sensation^ les autres à l'in-
citation et à la régularisation des mouve-
ments, d'autres enfin h ces fondions à la
fois intermédiaires et supérieures h la sen-
sation et au mouvement, sous le nom <1^'
im
CAR
D*AMIIROPOLOG1£.
CAR
fbnetioDS psycholo^ques. C'est à ces der-
nières qu*est dévola ic cerveau propremenl
liiU masses hémisphérique qui dcTient Irès-
prédominante chez les animaux supérieurs,
et surtout chez les mammifères, lesquels
!^jntj à cet é^nl, bien au-dessus de tous les
vertébrés ovipares. Cette masse est partagée,
|iar une profonde scissure médiane, en deux
i><^»riions, connues sous le nom d'hémisphè-
re< cérébraux; chacun de ces hémisphères
oTre, à son tour, l'indice d'une subdivision
transversale en trois lobes au plus, et ordi-
nairement toute la surface de lorgane est
(hin.*ounie par un plus ou moins grand nom-
bre de sillons d'une profondeur variable,
"•inueux, et qui laissent entre eux des par-
li*'S arrondies et saillantes, nommées circon-
volutions. Ajoutons que les hémisphères,
éiudiés dans leur structure, nous offrent ex-
térieurement une couche de matière ner-
veuse très-coîorée, pulpeuse, et qui suit les
«sinuosités des circonvolutions, que plus
profondément se trouve une masse blanche,
plus ferme, offrant laspect d'un ensemble
«le fibres qui ravonuent vers tous les points
de la circonférence des hémisphères et s'ar-
rêtent à l'écorce pulpeuse. CeHe-ci est con-
sidérée comme la partie essentiellement ac-
tive de l'organe, et la substance fibreuse
rorame conductrice des incitations qui arri-
vent à la première ou qui en |)artent. Enfin,
chaque hémisphère est creusé d'une cavité
ou ventricule à peu près de même forme
«{ue lui, et, d'un némisphère à l'autre, s'é-
t».-ndent des fibres de ralliement qui forment
«*iitre autres la grande lame transverse,
nommée le corps calleux. Ces détails sulli-
riint pour l'intelligence de ce que nous
avons à dire sur le développement qu'é-
prouve le cerveau , d'abord (ians la série des
mammifères, puis du premier de ceux-ci à
Thomme. Avant de caractériser ce dévelop-
l»cment, ie ferai une dernière remarque gé-
n*5rale, c est que ni l'anatomie comparée, ni
l'analyse anatomique du cerveau humain ne
cundiîisent à considérer cet organe comme
réunissant dans sa masse générale un grand
nombre d'organes particuliers, ainsi que le
prétendaient Gall et Spurzheîm. Le cerveau
est un ; les modifications de sa surface, et no-
tamment celles que déterminent les circon-
Tolutions, n*ont rien de commun avec des
subdivisions, et la base anatomique de la
phrénologieestune hypothèse complètement
ruinée aujourd'hui.
En parcourant la série des mammifères,
nous voyons le cerveau s'acheminer vers les
caractères qu'il offre dans l'espèce humaine;
malgré les oscillations qui semblent inter-
rompre la continuité de ce progrès, celui-ci
s accomplit d'une manière graduée jusqu'aux
premiers singes, aux orangs. Mais, pour pas-
ser de ces singes k l'homme, nous fran-
chissons une dislance considérable. Chez
rhomme le moins favorisé sous ce rapport,
les hémisphères cérébraux sont incompara-
blement jHus volumineux que chez l'orang
OQ le chimpanzé. Non-seulement ils ont plus
do longueur, tant absolue c^ue relative , et
couvrent entièrement et suralionuammenC
en arrière une autre masse nerveuse, qu'on»
nomme le cervelet ; mais leur hauteur se|
montre hors de toute proportion avec celle*
du cerveau des singes supérieurs, et cette'
différence est surtout remarquable en avant,
où elle produit cette élévation et cette
belle courbe de la région frontale, qui sont
un des traits caractéristiques de la tète de
l'homme. Le développement relatif des trois
lobes qui se succèdent d'avant en arrière, le
volume des circonvolutions principales, le
nombre des autres, l'étendue et l'épaisseur
du corps calleux, l'abondance de l'écorce pul-
peuse, ne mettent pas moins d'intervalle que
les proportions générales entre l'orgamsa-
tion cérébrale de l'espèce humaine et celle
des premiers mammifères, sans compter les
nombreux détails que je ne puis mentionner
dans cette esquisse.
Les différences qui caractérisent le cer-
veau de l'homme, c est-à-dire le premier de
nos organes, témoignent |>ourla plupart d'un
développement hors de ligne. Ce résultat est
important sans doute ; mais il est bien incom-
plet, par cela seul qu'ignorant en| quoi con-
siste l'action cérébrale, nous ne pouvons a(>*
précier la portée physiologique et psychologi-
que des grandes différences organiques qui
nous fra{>pent ici.
Les organes des sens nous offrent, dans
l'espèce humaine, un premier carat tère d'une
grande importance, ce qu'on me permettra
d'appeler leur développement harmonique.
Chez les animaux, il y a toujours quelcue
sens qui prédomine, tandis que d'autres
s'effacent plus ou moins , et la supériorité
d'un sens se lie constamment à une particu-
larité de mœurs, et semble commander l'acti-
vité extérieure. Ainsi, l'odorat si merveil-
leux du chien et de quelques autres animaux
carnassiers voue en quelque sorte leur vie à
la chasse. L'œil de l'oiseau, avec sa puis-
sante.rétine, se rattache à la destination d'un
animal a(!'rien. Le cheval, le lièvre, la chauve-
souris, en généra] les animaux nocturnes ou
timides, sont doués d'une ouïe très-fine.
D'un autre côté, si l'on en excepte les chau-
ves-souris, les mammifères, avec leur peaa
ou très velue, ou très-épaisse, sont peu ae-
cessibles aux impressions tactiles générales,
et il en est peu qui, par une disposition
spéciale d'mie partie du corps, soient en
mesure d'exercer le toucher actif. Le goût
lui-même ne parait jamais être très-pro-
noncé, et souvent l'épiderme de la langue
acquiert une consistance cornée , qui met
certainement obstacle à l'impression des
substances sapides
Aucun des sens de l'homme ne domine les
autres, aucun d'eux ne demeure en arrière.
Notre œil n'a pas une rétine aussi surabon-
dante que celle de rai(i;le; notre oreille n'of-
fre ni des cavités aussi sonores, ni une con-'
que acoustique aussi parfaite que celles do
lièvre et de plusieurs autres mammifères;
nos fosses nasales n'ont pas le développenrent
de celles du chien, ni nos narines, 1 ai pareil
glanduleux qui humecte continuellement
523
CAR
DICTIONNAIRE
CAR
3il
celles .de ce même carnassier ; notre peau
n*est ni aussi fine, ni aussi impressionnable
Sue celle des ailes de la chauve-souris. Mais
lez nous tous ces organes atteignent à peu
I)rès le môme degré de perfectionnement, et
eur ensemble rachète ce qui peut manquer
à chacun d'eux.
Remarquons, en second lieu, que l'avan-
tage naturel qui résulte pour lanimal de la
perfection d'un de ses sens se réduit è ren-
dre celui-ci plus impressionnable; que le
chien recueille ainsi les moindres émanations
odorantes; le lièvre, les bruits les plus lé-
gers; que la chauve-souris sent les moin-
dres dinérences des densités de l'atmosphère.
Mais le chien ne cherche dans les odeurs, lo
lièvre dans les bruits, la chauve-souris dans
le milieu qu elle traverse, que des sensa-
tions propres à les renseigner, l'un sur la
proie qu'il poursuit, l'autre sur les périls
qui le menacent, le troisième sur le voisi-
nage des corps que ses yeux ne lui permet-
tent pas d'apercevoir à la nuit tombante.
Eclaireurs d'une intelligence bornée, qui ne
préside qu'à la satisfaction d'un petit nombre
de besoins de l'ordre le moins élevé, les sens
de l'animal sont affectés d'une manière sim-
ple. L'œil voit bien ce que l'animal a besoin
de voir, une proie, uu obstacle, une place à
occuper, un ennemi à fuir. L'oreille entend
et distingue bien ce que l'animal a besoin de
discerner, un bruit, ou même des sons sim-
ples ou modulés, mais significatifs; l'odorat
donne un avertissement utile et sûrà l'égard
d'un objet cherché, ou d'une nourriture
dontl'animal veut savoir si elle lui convient;
le goût interroge aussi les seules qualités
essentielles des aliments. Mais il n'est donné
3u'à l'homme de demander à tous ses sens
es services qui aillent au delà dos besoins
les plus immédiats. Les organes dont nous
f)arlons, et dont il ne faut jamais séparer
eurs centres de perception , servent chez
nous d'autres besoins encore, ceux de nos
iacultés les plus éminentes, et môme déjà
une capacité de jouissance bien supérieure
à celle de l'animal. Le goût nous est moins
utile pour discerner les bonnes ou mauvaises
qualités d'un aliment, que pour trouver un
plaisir dans la satisfaction d un besoin, ce qui
nous conduit à ajouter j)ar notre industrie
aux dons de la nature. S il y a là une tenta-
tion de sensualité, il y a aussi un bienfait de
Dieu, et l'analyse des saveurs par un sens
exercé est une sorte de chimie physiologi-
que, qui contribue à nos connaissances sur
la diversité de la matière; on sait tout le
parti que la chimie et l'art de guérir tirent
de cette analyse. L'odorat s'associe souvent
au goût, et ces deux sens nous donnent des
impressions combinées, qui se complètent et
se fortifient réciproquement. 11 est probable
que l'honmie seul paraît rechercher ou fuir
m odeurs pour le seul fait de la jouissauce
qu'elles lui procurent ou de la répugnance
qu'elles lui inspirent, et tout le monde a
lait l'expérience de leur influence sur notre
imagination ; ce sont là des effets d'un autre
ordre que ceux que nous observons chez les
animaux.
Quant à la vue , l'ho^nroe a un premier
avantage, dont il ne jouit cependant pas seul,
c'est que ses yeux, au lieu d'être rejolés sur
les côtés de la tôle , d'avoir par conséquent
deux directions opposées et de donner des
images différentes, se dirigent en -ivanl,
regardent les mêmes objets, et reçoivent une
môme iniage , ce qui donne nécessairement
plus d'unité à la sensation. Nous saisissons
dans un tableau d'ensemble l'harmonie des
formes et des couleurs ; de là encore des
jouissances inconnues de l'animal. La vue
n'est-elle pas d'ailleurs un des sens par les-
quels nous acquérons le plus de notions sur
le monde extérieur , lorsqu'employé avec la
force d'attention dont nous sommes capables,
il est dirigé dans ses investigations par une
intelligeçce aussi infatigable que féconde?
Chez l'homme la vue trouve dans le tou-
cher un précieux contrôle et au besoin un
suppléant , grâce à la finesse que ce dernier
sens acquiert à l'extrémité de nos doigts, et,
grâce surtout à la souplesse qui permet à ces
organes de s'appliquer aux surfaces de for-
mes diverses dont nous voulons connaître et
l'étendue , et la conûguralion et les autres
caractères. L'importance du toucher actif se
lie plus directement encore au rôle de la
main humaine comme agent de notre indus-
trie, et cette importance est telle qu'un phi-
losophe a été tenté d'attribuer à celte par-
lie de notre corps toute notre supériorité
intellectuelle , doctrine qui ne supi)orte pas
d'ailleurs l'examen le plus superficiel.
Enfin, l'ouïe établit entre nous et la nature,
entre nous et nos semblables , des relations
nombreuses et variées, proportionnées à
notre supériorité psychologique. Ce ne sont
pas seulement quelques différences d'inten-
sité et de timbre, quelques tons principaui,
que discerne notre oreille ; ce sont les moin-
dres nuances d'intonation etderhythme, et
ces rapports des sons simultanés ou succes-
sifs d'où naissent les jouissances combinées
de l'harmonie et de la mélodie ; de là ces
sensations supérieures, tour à tour vives ou
profondes, gaies ou sérieuses, qu'éveille en
nous le premier des arts, celui que j'appelle-
rais l'art social par excellence , si la parole
n'avait pas aussi ses enchantements, si,
comme la musique , elle ne savait pas aussi
ravir à leurs préoccupations personnelles
les membres d une grande assemblée pour
confondre leurs âmes dans une commune
émotion.
Ainsi les sens de l'homme , mieux équili-
brés entre eux que ceux de l'animal , plus
propres à donner des impressions nuancées,
plus sensibles aux harmonies et aux discor-
dances , moins exclusivement voués au ser-
vice de la vie physioloiiique, plus modifiables
par l'éducation, et enfin plus perfectibles par
cela seul qu'ils sont les instruments d'une
intelligence supérieure, réunissent dans leur
apparente médiocrité organique les coiicii-
tions les plus heureuses pour proportioniior
leurs fonctions aux exigences de nos facullé^.
St5
CAR
DANTimOPOLOClE.
CAR
5»
LesaeuT r^ons qui se partagent la tète,
saroir le erAne et la face « se proportionnent
an développement relatif des organes qui s'y
trouvent placés. Dans les animaux , c'est fa
face qui prédomine. Les mâchoires , et sou-
vent aussi les fosses nasales , se projettent
chez eux au-devant du crâne dans une direc-
tion oblique ; ce dernier est rejeté en arrière,
et sa ligne frontale n*est guère plus redressée
f|ue celle du museau , à laquelle elle fait
suite. 11 est rare d*aii1eurs que la surface
externe dû crâne donne chez les mammifè-
res une idée exacte du volume proportionnel
du cerveau , cette surface offrant ordinaire-
ment des saillies osseuses auxquelles s'atta-
chent quelques muscles, et qui relèvent plus
ou moins ou le front ou le sommet de la tète.
Chez l'homme, le crâne l'emporte beaucoup
sur la face , sans offrir ni crêtes , ni saillies,
ni masses musculaires, qui dissimulent sa
forme réelle et les proportions vraies du
cerveau , renfermé dans cette boîte osseuse.
Très-élevée et arrondie de toutes ))arts, celle-
ci noiis offre d'avant en arrière une ligne de
fiai'e presque horizontale, qui se termine
partout en se convertissant en courbes rapi-
dement descendantes ; Tune d elles, la courbe
antérieure , dessine un front plus ou moins
vertical , et le profil de la face la continue
dans la même direction. Ainsi, la face, réduite
ici à des dimensions proportionnelles médio-
cres, vient s'abriter au-dessous de la moitié
antérieure du crâne, qui la domine tout
€*ntîère. C'est en queirjue sorte exception-
nellement, par dégradation du type normal,
et d'ailleurs dans une très-faible mesure ,
que, chez certaines races humaines, les
mâchoires et les dents antérieures prennent
une direction un peu oblique ; celte projec-
tion, ce prognatisme, pour nie servir de l'ex-
I ression reçue, ne rappelle que de bien loin
la saillie faciale des singes , déjà bien moin-
dre que celle de la plupart des autres mam-
mifères.
Ow'est-ce que la face ? La partie de la tète
dévolue aux organes des sens , et plus spé-
cialement encore à ceux de ces organes pla-
cés en sentinelle à l'entrée des appareils de
lalimentation et de la respiration ? Qu'est-ce
que le crâne ? La région cérébrale, la vérita-
ble tête de rore;anisme. Ainsi, chez l'animal,
c'est la face , 1 élément inférieur , qui l'em-
porte et qui se place en avant ; tandis que ,
chez l'homme , l'élément supérieur domine
Kaalre par son étendue et sa position.
Mais dans cet état de subordination , la
figure humaine s^anoblit, ses formes gagnent
à la réduction des traits qui étaient en saillie.
Si le système osseux subit une diminution ,
il est aussi moins superficiel ; entre lui et la
peau , s'interfiosent des parties molles oui
arrondissent les traits , des mu»cles qui les
mobilisent , et qui donnent au visage tantôt
rénergîe de la {)assion, tantôt toutes les
nuances du sentiment. Aucun animal ne
possède un appareil musculaire facial qui
affproche de celui de l'homme, parce que
ranimai n'en a (jue faire.
i les traits de détail caractéristicpes
de la figure humaine, les pms remarquables
sont la direction antérieure des yeux ,* que
i ai déjà mentionnée , la saillie du nez avec
la position inférieure des narines, la médio-
cre ouverture de la bouche , et la forme de
l'oreille externe. Celle-ci présente sans doute
beaucoup d'analogie avec ceWe des singes ;
mais chez tous les animaux, en même temps
que le lobule inférieur s'elface , la partie
supérieure du [lavillon , toujours déroulée ,
s'allonge plus ou moins. L'oreille humaine
se caractérise au contraire par un lobule
inférieur très-prononcé , et supcirieurement
par le rebord arrondi qu*on appelle l'hélix.
11 est remarquable que celui-ci tend à se
dérouler, et que le lobule se raccourcit chez
les races humaines les plus dégradées.
Tandis qu'en avant le crâne aljrite la face,
3u'il semble imposer à celle-ci la direction
e la li^ne frontale , et qu'il donne ainsi à
l'angle facial ces belles proportions aux-
quelles la statuaire grecque a rendu hom-
mage, même en les exagérant, la courbe occi-
pitale ramène l'articulation de la tète avec la
colonne vertébrale à une position tellement
avancée, que, cette colonne étant placée ver-
ticalement, la tète se trouve fiosée en éouili-
bre sur elle. Ainsi déjà les formes de celle-ci,
et j'ajouterai la direction de la face , la posi-
tion des yeux, l'ouverture des narines, Farti-
culation du crâne, nous annoncent la station
verticale et bipède.* Supposons, en effet, notre
'corps placé horizontalement, tout est contre-
sens dans la direction des lignes céphaliques :
le sommet du crâne devient la partie avan-
cée , le front et la face sont en dessous , les
yeux regardent directement le soi , les nari-
nes s'ouvrent en arrière. Nous allons voir
d'ailleurs que toutes les dispositions du trône
et des membres concourent à nous donner
cette attitude caractéristique qu'aucun ani-
mal ne partage réellement avec nous, car la
position naturelle des premiers singes est
toujours inclinée. Chez nous les courbures
de la colonne vertébrale , la largeur de la
poitrine , Tévasement du bassin , le grand
écartement, les disproportions et les formes
des membres, les différences qui distinguent
leurs extrémités , tout s'harmonise , comme
nous allons le voir, pour redresser le corps,
Eour l'appuyer exclusivement sur les mem-
res postérieurs , et dégager les antérieurs
de la locomotion générale.
Et , d'abord , la colonne vertébrale décrit
dans sa longueur une suite de courbes alter-
nantes, parfaitement calculées |iour mainte-
nir vertical un axe auquel se rattachent en
avant des masses organiques considérables ,
qui l'entraîneraient, sans cela, en dehors de
son centre de gravité ; à la flexion antérieure
du cou , qui complète l'équilibre de la tète ,
succède la courbure postérieure du dos, qui
modère la saillie de la poitrine ; puis la
colonne revient un peu en avant , pour sou-l
tenir plus directement les grandes masses
viscérales, k l'endroit où elle s'articule elle-
même avec la ceinture du membre qui porte
le tronc.
Chez les quadrupèdes, la' poitrine est
827
CAR
DIGTIO.XNAIRË
CAR
yjà
étroite , mais elle gagne mx saillie ce qu'elle
percl'en étalement; car il importe à Tagililé
(le la course horizontale que les membres ne
soient pas trop écartés d'un côtf à l'autre.
Chezrhomme, la poitrine s'élargit et s'avance
médiocrement au-devant de la colonne ver-
tébrale , ce qui est tout à la fois favorable à
ré(iuilibre dont je parlais tout à l'heure et
aux fonctions spéciales des membres anté-
rieurs, comme nous le verrons bientôt. For-
tement attaché à une base de colonne qui
s'est successivement élargie et qui s'atténuera
depuis ce moment, le bassin offre, comme la
poitrine , un diamètre transversal prédomi-
nant et une longueur médiocre , ce qui est
encore l'inverse de ce que nous voyons chez
les quadrupèdes et chez les singes. Ce bassin
termine ainsi le tronc par deui hanches
jetées en dehors, qui portent dans la station
verticale la masse des organes abdominaux
les plus mobiles. En même temps, les mem-
bres qui s'articulent ici, et qui doivent seuls
porter le poids du corps , se trouvent assez
écartés pour mettre entre eux tout TelTorlde
ce poids.
Ces mômes membres complètent par leurs
• caractères particuliers les conditions de la
.station verticale. Ils débutent par un os
fémoral assez long, dont la tôte articulaire
est portée sur un col oui descend oblique-
ment eu dehors avant de se réunir au corps
deTos, ajoutant encore -è l'écartcment des
deux membres. A son autre extrémité, le
fémur s'articule avec l'os principal de la
jambe, le tibia, par une large surface, est de
manière que la cuisse et la jambe aient au
repos une même direction, et non celte
demi-ilexion imposée aux mêmes parties
chez les Quadrupèdes. Enfin , les pieds , sur
lesquels s^appuient verticalement et le corps
et les membres qui lui font suite , se distin-
guent par un talon prononcé , un tarse ou
coup cte pied haut et cambré en dedans , un
métatarse ou une plante large , et une série
oblique ou décroissante d'orteils très-courts,
tous placés sur le môme plan ; ce sont là des
extrémités h la fois ilexibles et bien posées
sur le sol , appropriées exclusivement à la
station et à la marche, et bien différentes par
conséquent des extrémités postérieures des
sinaes, qui sont des mains longues, étroites,
llécnies ; celles des orangs , en particulier ,
sont déjetées en dehors , de manière à ne
toucher la terre aue par leur bord externe.
Les muscles les plus remarquables de nos
membres inférieurs sont ceux iiui , des par-
ties postérieures du bassin , vont s'attacher
au fémur comme eiîtenseurs de la cuisse,
puis ceux du mollet, qui s'attachent au talon
par le tendon d'Achille , et agissent comme
extenseurs au pied.
Quant au membre antérieur ou supérieur,
la position naturelle de l'homme lui a fait
quitter le sol et l'affranchit de ses fonctions
locomotrices , pour le consacrer tout entier
au service de l'intelligence. Nous avons déjà
vu que la main qui termine ce membre est
un organe de toucher actif; elle est en môme
temps, et déjà par cette raison-là, un habile
serviteur de la plus ingénieuse activité)
Portée par un membre à la fois très-libre et
appuyé à son origine sur une forte clavicule,
ajoutant à la mobilité du bras celle d'uu
avant-bras non-seulement flexible sur le pre-
mier, mais qui tourne sur lui-même, fleiible
à son tour sur l'avant-bras , assouplie elle-
même par le grand nombre des os qui la
composent à sa naissance, large à la paume
divisée en cina doigts , qui ont à la fois des
mouvements d ensemble et des mouvements
isolés, et dont le premier, le pouce, opposa-
ble aux quatre autres, est assez avancé et
assez long pour se porter très-loin au-devant
d'eux , la main se meut en totalité dans des
directions variées , et se prête par ses mou-
vements partiels à tous les actes d'explora-
tion du toucher , au maniement des plus
petits otgets.
Les singes ont aussi des mains, et les
orangs, les chimpanzés les ont, commenous,
divisées endoigtsassez longs, couvertes d'une
peau souple, nerveuse, soutenue par une
couche de tissus mous et un peu élastiques;
ils ont l'extrémité des doigts protégée par
des ongles plats qui n'en couvrent que la face
dorsale. Mais, chez ces singes comme chez
les autres quadrumanes, ce sont les deux
membres qui se terminent par des mains, et
déjà ceci nous indique une autre destination
de ces extrémités. Puis leurs mains anté-
rieures, les seules que nous devions com-
parer aux nôtres, sont avant tout des orga-
nes de préhension conformés pour saisir
des branches. La paume en est étroite, lon-
gue et un peu fléchie ; le pouce est reculé ,
les doigts médiocres, incapables de se mou-
voir séparément; en un mot, la main du
singe est encore à une grande distance de
celle de l'homme.
Les appareils des fonctions nutritive^ pré-
sentent chez nous peu de particularités d'une
certaine importance; ils sont à plus grande
distance de l'activité psychologique que
ceux de la locomotion , et par conséouent,
moins directement harmonisés avec elle. Il
serait dilBcile de dire que la nutrition s'é-
lève à une nouveUe puissance^ et qu'elle
prenne le signe d*une nouvelle dignité en
entrant au service de Thomme. Cependant
il ne faut pas méconnaître ici quelques faits
assez caractéristiques. Ainsi, quant à l'aii-
mentation, le système dentaire, l'estomac,
les intestins nous offrent .chez l'homme,
avec les conditions générales quidistin^ent
les (mammifères supérieurs, des conditions
pius particulières, qui indiquent la facuHé
d'user de diverses sortes d'aliments» faculté
gui, toutes choses égales d'ailleurs, est un
indice de supériorité, puisqu'elle annonce
plus de liberté. L'homme a trois sortes de
dents, comme les quadrumanes et les car-
nassiers, et il a, de plus, le même nombre de
dents que les singes de l'ancien continent.
Ses molaires sont, comme celles de ces mê-
rnes siiiges, assez larges pour se rencontrer
d'une mâchoire à l'autre, surface à surface;
en même temps, elles sont surmontées de
tubercules mousses. Avec de pareilles dents.
yj
CAR
D'ANTlIROrOLOGIE.
CAR
}t»i
on coupe difficilement des chairs résistantes,
et on broie encore plus malaisément les her-
bes et les parties dures des plantes; on
écrase des fruits succulents ou charnus, ou
même des noyaux et des amandes que ceux-
ci renferment; on semble réduit, en un mot,
î se nourrir, comme font les singes, sur les
grands arbres des régions équinoxiales. Il
semble donc que, par son système dentaire,
Hiomme ne soit, comme le singe, que fru-
givore; que son régime, par conséquent,
5oJt déterminé et renfermé dans d^étroites
limites, et qu'i moins d'habiter des pays où
la fructification ne connaît pas de repos,
nous devions mourir de faim pendant les
loQgshiTers des pays qu'on nomme tempérés,
i \ms forte raison dans les hautes latitudes.
Mais ce qui nous rend, avec des ressources
alimeotaires plus nombreuses, la faculté de
vivre partout, c'est le feu, dont l'homme
jeul connaît Fusage; les peuples les plus
sauvages savent i;)rciNduire et entretenir le
teo; I animal ne sait qu'en jouir quand il ne
le redoute pas. Avec cet agent, tout homme
supplée, dans les climats rigoureux , à la
chaleur que lui refuse le soleil, pendant la
nuit à la lumière de cet astre, en tout
iimps et partout à l'insuflisance de son ré-
gime naturel ; sans compter les services qu'il
retire de ce puissant modificateur de la ma-
tière, pour mettre en œuvre et façonner
celle-ci.
La respiration de l'homme est active, abon-
dante, favorisée par le développement de la
poitrine en largeur et en hauteur; une dif-
lêrence remarquable existe sous ce rapport
entre nous et les singes qui nous avoisment
le dIus.
Quant à la circulation, nous ne trouvons
f\f digne d'être signalé que le calibre des ar-
tères qui se rendent au cerveau ; il est pro-
portionné au volume de cet organe impor-
tant. Ces vaisseaux, après avoir décrit quel-
ques sinuosités , se distribuent au centre
ii«*rveux sans sulxlivision préalable propre à
ralentir Timpulsion donnée au sang par le
four. Or cette double circonstance d'une
arièrc volumineuse et tardivement subdivi-
^e ne pouvait s'accorder qu'avec une posi-
tion ferlicale du tronc, position qui neutra-
I^^^e par la pesanteur le danger oui résulte-
rait, pour un organe délicat, d'un jet de
liquide lancé à courte distance.
Nous venons d'étudier l'homme dans l'en-
^mble de ses caractères essentiels, dans les
traits qui, appartenant à la nature humaine,
itoute l'humanité, séparent celle-ci de l'a-
nimalité. Nous avons vu que la mesure des
ditTérences est (elle, que le genre humain
l'*rme à lui seul un règne ; que, s'il se rap-
proclie des premiers animaux par son orga-
ûiiaiion, son activité a un tout autre but" et
««« autre portée que la leur; qu'enfin il im-
priitu) le eachet de sa supériorité à l'orga-
Di^mc qu'il emprunte. (Voy. Hollard, De
< AoMjRf et des races hunuiines.)
CARAÏBES. Voy. Garibbs.
CARIBES ou caraïbes. - La race ca-
nbc est considérée par M. d'Orbigny comme
DiCTio^rx. n'ATTHROPOLOtiifi.
ayant avec la race guarani {Voy, ce mot) uno
étroite aflinité qui se manifeste non-seule-
ment dans le langage, mais encore dans plu-
sieurs autres caractères phjrsiques ou etnno*
graphiques. Les Indiens qui ont donné leur
nom à ce groupe, l'un des plus nombreux et des
pluslargementdisséminés de l'Amérique mé-
ridionale, sont les célèbres Caraïbes ou Cari-
bes, qui, au xvr siècle, occupaient toutes les
lies depuis Porto-Rico jusqu'à la Trinité, et
toute la portion de la côte de l'Atlantique
comprise entre l'embouchure de l'Orénoaiio
et celle de l'Amazone, c'est-à-dire jusqu'à la
frontière du Brésil. Les petites Antilles, dont,
comme nous venons de le dire, ils étaient en
possession, ont été souvent à cause de cela
désignées sous le nom d'îles Caraïbes. Les Ta-
manaques, qui appartiennent à la même fa-
mille, vivent sur la rive droite de l'Oréno-
que ; ils formaient jadis une nation puis-
sante, mais leur nombre est aujourd'hui fort
réduit. Les Arawacs ou Araocas vivent près
des bords des rivières de Surinam et do
Berbice. Vers les parties supérieures du
cours de cette dernière rivière, ils ont pour
voisins les Caribes. Les Guaraunos habitent
les tles du delta de l'Orénoqué, où ils cons-
truisent leurs maisons sur les arbres. Les
Guayeries habitent l'Ile de la Marguerite et
la péninsule d'Araya. Les Cumanagotos vi-
vent à l'ouest de Cumana, dans la mission
de Piritu ; les Pariagotos sont les habitants
de la péninsule de Paria. Enfin les Chaymas,
race dont les rapports ont été bien établis
Ear M. de Humboldt, vivent à l'ouest des
luaraunos, le long des hautes montagnes du
Cocollar et du Guacharo, dans les missions
des capucins aragonais de Cumana.
Les Chaymas habitent un pays éloiçné
de plus de cent lieues des Tamanaques. Les
dialectes des autres nations mentionnées
ci-dessus ont des rapports soit avec le ta-
manaque, soit avec le caribe, et plus généra-
lement avec le premier. L'idiome des Cari-
bes insulaires, dans les Antilles, diffère un
peu de celui qui se parle sur le continent;
mais ces tribus sont évidemment des ra*
meaux d'une même souche. Nous devons à
M. de Humboldt des détails très-complets et
très-intéressants sur les Chaymas, nation
moins connue que celle des caribes. Voici
en quels termes il nous fait connaître les
traits et l'expression du visage de ces In-
diens :
« L'expression de la physionomie du Chay-
mas, sans être dure et farouche, a quelque
chose de grave et de sombre. Le front est
petit et peu saillant... Les yeux des Cha}-
mas sont noirs, enfoncés et très-allongés ;
ils ne sont ni placés aussi obliauement, m
aussi petits que chez les peuples de race
mon^^ole... Cependant le coin de l'œil est
sensiblement relevé par en haut vers les
tempes ; les sourcils sont noirs ou d'un
brun foncé, minces et peu arqués ; les pau-
f>ières sont garnies de cils très-Ion^Si et
'habitude de les baisser comme si (^^
étaient appesanties par lassitude, ad""
regard chez les femmes, et fait parr
I
001
CEL
DICIIONNAiRE
CE!
552
voilé, plus petit qu il ne Test effectivement. »
Le même auteur nous apprend que la cou-
leur des Chaymas est celle de toutes les au-
tres tribus américaines qui vivent dans des
latitudes à peu près les mêmes : ce n'est
point une couleur de cuivre. *i La déno-
mination d'hommes rouges cuivrés n'aurait
jamais pris naissancfe dans l'Amérique équi-
noxiale pour désigner les indigènes. » M. de
Humboldt remarque aussi que les écrivains
du xiV siiècle ont parlé d'hommes blancs
\ cheveux blonds qui auraient été vus par
les premiers navigateurs au promontoire de
Pana. Le climat de Paria est remarquable
pour la grande fraîcheur des matinées, mais
cette cause ne sullirait pas pour expliquer le
fait s'il était tel qu'on nous le représente. 11
paraît, au reste, que la différence de couleur
qui pouvait exister entre ces Indiens et
ceux des pays voisins a été fort exagérée,
<omme on prut le voir par le récit que Fer-
dinand Colomb a tiré des papiers de son
père. 11 y est dit simplement que « l'amiral
« était surpris de Toir les habitants de Paria
a et ceux de l'Ile de la Trinité mieux faits,
« plus cultivés et plus blancs que ceux
« qu'il avait vus jusqu'alors. »
CATAWHA8. Voy. Alléghaniens.
CAUCASIENS. Voy, Aborigènes.
CAUCASIQUE. Voy. Blanche (Race).
CAUSES FINALES. Voy. Caractéristiqce
DE l'hOMHE.
CELTES. — Grand peuple de la Gaule,
ISSU de la race indo-germanique, qui, à une
époque fort ancienne, semble s'être répandu
de l'est à l'ouest dans la partie centrale de
l'Europe, et avoir laissé sur sa roule diverses
tribus, entre autres les Cimmériens dans la
Tauride, les Cimbres dans le Jutland, et di-
verses peuplades de l'Ill vrie ancienne,'avant
de se fixer en masses plus grandes dans la
iSaule. Selon les uns, ce nom de Gall ou Gaël
\Gallus) est synonyme de Celtes demeurant
dans la Gaule; suivant les autres, il désigne
la population indigène primitive avec laquelle
'les Celtes, qui ne seraient alors autre chose
que les Kyraris, partagèrent le pays. De la
"uaule, les Gallo-Celtes ou les Celtes et les
•Galls réunis émigrèrent en Germanio,où ils oc-
cupèrent la Bohême, puis la Bavière; en Italie,
•dont presque toute la partie septentrionale
prit le nom de Gaule cisalpine, et où ils laissè-
rent les Lyçiirs {Ligurie)j leslsombra {Insu-
ïrie) et les Ombra (Omfrric); en Hispanie, oît
l'on trouve des Gaëls purs, tels que les Cal-
laiques (Galice et Portugal) et les Celtiques,
^t aes Gaëls mêlés aux indigènes, les Celti-
bères ; enfin en Bretagne, oans le pays de
-Galles et en Hibernie.
L'intérêt qui s'attache aux habitants pri-
mitifs de la Gaule, d'après M. Serres, ne con-
oeme pas luiiquement l'anthropologie. La
direction donnée depuis quelques années
aux études de l'histoire de France lui ajoute
encore un intérêt nouveau, et en quelque
sorte tout particulier à notre nation.
Les vicissitudes sans nombre que la race
gauioise a eu à subir ont frappé tous les
historiens; et ce qui, par-dessus tout, a ex-
cité leur mouvement, c*es( de voir qu'à toutes
les époques cette race s'est montrée A la
hauteur des événements contre lesquels
elle avait à lutter.
Diverses causes ont été imaginées pour
expliquer ce résultat, et jamais, à notre con-
naissance, on ne l'a cherché là où il ré-
side, dans l'organisation physique de la race
gauloise même.
Le peu d'intérêt qu'excitait l'anthropolo-
gie jusqu'à ces derniers temps est en partie
cause de ce délaissement; les monuments
celtiques qui se trouvent [en France ont été
décrits et usures ; les vases, les instruments
qu'ils renferment ont puissamment ex-
cité l'attention des archéologues et des anti-
quaires. Tout a été dit à ce sujet ; tout a été
commenté.
Quant aux Gallois primitifs que cou-
vraientcespierresmonumentales,c'estàpeine
si on y a pris garde. Ces restes précieux ont
été jetés au vent; ou si par hasard un anti-
quaire a recueilli un crâne, ce n'est pas sur
cet objet que son attention s'est dirigée.
L'impulsion présente des recherches histo-
riques a fait cesser cette insouciance; on a
compris que l'appréciation des événements
dont une nation avait été le tbéfttre avait
sa source principale dans la connaissance
physique et morale des races humaines qui
les avaient accomplis. L'appréciation des ac-
tes a fait naître le besoin de l'appréciation
des hommes, et dès lors, l'anthropologie a
Repris dans l'ensemble des connaissances
humaines le rang élevé qui lui appartient.
Sous ce rapport le plus vif intérêt s'atta-
che à la connaissance physique des Gaulois
primitifs. Dans sa période nomade, aucune
des races de notre Occident n'a accompli
une carrière plus agitée et plus brillante.
Ses courses embrassent l'Europe, l'Asie et
l'Afrique, et le nom de la race gauloise est
inscrit avec terreur dans les annales de pres-
que tous les peuples : « Car, ainsi que le dit
M. Amédée Thierry, dans le cours de cette
période, elle brûle Rome, elle enlève la Ma-
cédoine aux vieilles phalanges d'Alexandre,
force les Thermopyles et pille Delphes; puis
elle va planter ses tentes sur les ruines de
l'ancienne Troie, dans les places publiques
de Milet, aux bords du Sangarius et à ceux
du Nil ; elle assiège Carthage, menace Uem-
phis, compte parmi ses tributaires les plus
puissants monarques de l'Orient; à deux rç-
prises elle fonde dans la haute Italie un grand
empire, et elle élève au sein de la Phry^ie
cet autre empire des Galates qui domina
longtemps toute l'Asie-Mineure. »
C est à ces divers titres que l'on mit tant
d'importahce à la découverte qui fut faite*
en 18t^5, d'un monument d'origine celtique à
Meudon, près Paris, et des ossements hu-
mains qu'il recouvrait et dont il était envi'
ronné. Ce fut un champ de recherches aussi
nouveau que fécond pour déterminer la cons-
titution physique des anciens Gaulois et la
comparer à celle des habitants présents de
la Gaule. Voici dans quels termes, à la suite
d'un rapport de M. Robert, géologue de Teî-
sa
GEL
b'ANTHROPOLOrJE.
ClfA
sri
pédition scîeotifique du NorJ,ll. Serres ré-
suniait les observations qu*il publia sur ce
sujet important:
« 1* J ai reconnu que ces os ont appartenu
aux deux tjpes de la race gauloise, au tjpe
gall et an tfpe kimry.
« 2* Tai constaté sur la fouille du monu-
ment que ces deux tjpes occupaient, des
ranss différents. Le type gall était situé plus
profondément, tandis que le type kimry pa-
raissait placée plus superficiellement. Cette
remarque est générale ; car on n*a apporté
aucun ordre dans renlèrement des ossements.
« 3* Mais ce qui est indépendant de la
main des hommes, c*est la coloration diffé-
rente que les os présentent. Les uns sont
d*un gris ardoisé, dû peut-être à la combi-
naison d*une partie de manganèse ; les autres
sont d*un jaune paille, tirant un peu sur la
terre d*Egyplû.
m l* Les OS gris ardoisé appartiennent plus
spécialement au type gall, qui est le plus
nombreux. Les os colorés en jaune corres-
pondent plus particulièrement au type kim-
rr. Jusqu'à ce moment je b'ai {Mis reconnu
ce dernier type dans les os ardoisés.
« 5* Qudgues fra^aents de crAne ont une
épaisseur bien supérieure à Tépaisseur or-
dinaire. Je rapi)orte tous ceux qui m*ont of-
fert cette particularité au type gall; jus-
qu'à présent le type kimry ne me Ta point
offerte.
« er Tai rencontré des os d^âges dirers ;
les plus jeunes me paraissent ayoir appar-
tenu à des enfants de trois ou quatre ans.
Plosienrs maxillaires plus Agés off^nt les
dents de la première et de la seconde denti-
tion. Nous n'arons trouvé aucun os de fœtus
à terme ou d'embryon, quoioue nous en
ayons fait une recherche spéciale.
« 7* Les os de femme sont nombreux ; je
n'ai rencontré de sacrums entiers que ceux
qui appartiennent à ce sexe.
« 9* n y a à Meudon cinq crAnes bien con-
senrés. Parmi eux sont deux crAnes de femme
du type gall, un d*homme ; les deux autres
appartiennent au type kimry : Tun a appar-
tenu à un homme, 1 autre à une femme.
« 9* J'ai dit, en commençant cette note,
qaej*aTais Tespoir de pouvoir reconstruire
en grande partie deux ou trois squelettes en-
tiers. Voici où nous en sommes à ce sujet :
1* U ^ a un crAne de femme çall avec son
bassin assez bien conservé, ainsi que les ver-
tèbres lombaires. Il y a déplus le sternum,
des cAtes et le fémur droit. Un examen plus
attentif nous fera retrouver peut-être ce qui
manque, soit dans les ossements de Meudon,
soit dans ceux que possèdent MM. Robert et
]>upotet;2*nousavonsdistinguédu type kimry
un crâne d'homme à peu près complet, le
pins çrand nombre des vertèbres, la partie
supérieure du sternum, les clavicules et une
partie du scapulum, les os coxaux en frag-
mentsavec des cavités cohrioïdes d'une gran-
deur peu commune, un fémur ayant 47 cen-
timètres de longueur, un tiiiia correspon-
dant; nous avons réuni les os des pieds,
moins les dernières phalanges, qui peut-être,
ont appartenu à ce type. Nous croyons avoir
reconnu le sacrum dans les ossements que
gssède M. Robert ; 3* nous avons retrouvé
alement un bassin de femme kimry, dont
retendue des diamètres surpasse de beau-
coup rétendue de ceux du bassin de la femme
du type galK » Yoy. Ecrope modeatce.
. CHACO. Voy. MÉmTEaBANÉENS.
CHAGMAS. Voy Caaibes.
CHAINE DES ÊTRES. Voy. Nattée.
CHALDÉENS. Voy. SéxmQCE.
CHAMEAU et DROMADAIRE. —Dans les
plaines sablonneuses et brûlantesdel'Egyple,
de l'Arabie, de la Perse et de llndostan, on
élève le chameau à une seule bosse ou éroma^
daire^ comme animal domestique, et c'est un
de ceux qui sont le plus utiles aux habitants
de ces contrées. Cet animal ne se trouve plus
à rétat libre; mais, au rapport des anciens»
on le trouvait à cet état en Arabie, chez les
Béthumanes (131). II est très-probable que
cet animal est originaire des pays où on rem^-
ploie, et Ton ne doit point setonner si, privé
de tout moyen de défense, lespèce eniière
a proiriptement subi le joug de l*bomme.
Le chameau à deux bosses^ ou chameau bac-
trien^ comme rappelle Aristote {H. a., 1. ii,
c. 4, § k) pour le distyiguer du chameau à
une seule bosse ou dromadaire des Arabes^
aime les contrées montagneuses plus froides ;
et il est employé comme bète de somme par
les ILirguises, sous une latitude assez avan-
cée dans le Nord. Suivant ce qu'en disent les
tnarchahds de la Bukarie, et Pallas Ta rap-
porté d'après eux, cette espèce existe à l'é^
tat sauvage dans les grandes steppes des
Mongols. Ce que raconte Duhalde daus sa
Description de la Chine concorde eiacte-
ment avec cette déclaration.
Lorsque les Européens abordèrent pour la
première fois en Amérique, ils ne trouvèrent
qu un très-petit nombre d*animaux domes^
tiques. Le chien excepté, on n'avait sur les
montagnes dû Pérou, du Chili et du Mexi-
que, que deux animaux analogues au cha-
meau, le lama et l'alpaca. Ce manque d^ani-
maux privés était la faute de la nature et
flon celle de l'homme, qui ne trouvait point
d'animaux dociles dont il pût tirer parti ; car
le lama et laTpaca sont eux-mêmes des ani-
maux peu robustes.
CHANGOS. Voy. Péruviens
CHANT. Voy. Voix.
CHARMA, son opinion sûr Torigine du
langaze. Voy. la 5otE IV à la fin du volume.
CHARDAS. Voy. MÊDrrERRANÉE!cs et Amé-
EiQL'E ne Stn.
CHAT. — Il est probable que le chat
sauvage et le chat domestique appartiennent
à la même espèce ; mais il n'est rien moins
que certain que notre chat domestique soit
le même que celui de nos forêts. Rien
chez les auteurs grecs et romains n'indi-
(ÎM)
eu commune, un lemur ayant «7 cen- cncz les auteurs grecs e\ romains ninoir
Dans AcATEuuriDcs, faroue que, malgré la peine que j*ai prise, je u*ai pas pu trouver ce pas-
S5Î}
CHA
DICTIONNAIRE
CHA
54.G
que que le chat domestique fût connu de
leur temps. Aristote donne des détails sur
l'accouplement de IWovpoc » du temps de sa
gestation , de la durée de sa vie : mais il
«e dit pas un mot du chat privé. Pline cite
souvent le chat , mais toujours lorsqu'il
traite des animaux sauvages ; il garde un
silence absolu sur le chat domestique. Dans
les divers passages que Conrad Gessner a
extraits des auteurs anciens, et qu'il a
insérés dans son Histoire naturelle , je ne
vois rien qui puisse rappeler le chat do-
mestique ; mais il cite un passage d'Albert
le Grand dans lequel il est question de cet
animal. Les Arabes font aussi une distinc-
fion entre les deux espèces de chat: on
peut là-dessus consulter Bôchart (132). Il
est donc très-probable que ce ne fut que
vers le moven âge que le chat commença
à se répanare en Europe et dans une partie
de l'Asie. Ce fut probableaient en Nubie ou
en Egypte qu'on l'apprivoisa. Les passages
dans lesquels Hérodote parle des animaux
sacrés des Egyptiens , des soins dont ils
étaient l'objet pendant leur vie, des hom-
mages divins qu'on leur rendait après leur
mort, et les autres détails dans lesquels
il entre font voir bien clairement que le
chat était un des animaux domestiques des
Egyptiens ( 1. ii , c. 66 , 67 ). Riippel , dans
son Atlas zoologiaue (p. i,p. 1), a fait
graver un chat de rîubic , sous le nom de
felis maniculata , qu'il rezarde' comme la
souche primitive de l'espèce. Sa couleur
est un jaune d'ocre sale , foncé à la partie
supérieure ; les joues , la gorge et les pieds
antérieurs sont blancs; les lèvres et la
pointe du museau sont noires; les pieds
et les cuisses ont quelques raies noires
•transversales ; le front est sillonné de huit
raies étroites; la queue est plus longue
.que celle du chat dTomestique dont elle a
la grosseur, et elle porte à son sommet
deux anneaux noirs. Enrenberg lyoute en-
core une autre espèce, qu'il nomme felis
bubastis , qui diffère des précédentes par
son museau plus allongé et par une queue
plus courte. Cet animal était également
sacré pour les anciens Egyptiens. Le chat
domestique des Egvptiens appartient donc
à deux espèces dinérentes. Hasselquist a
décrit la de:Tiière espèce dans son Voyage
en Palestine (p. 69). Il est conséquemment
très-vraisemblable que notre chat domes-
tique dérive de Tune de ces deux espèces,
ou peut-être d'une autre espèce voisine,
torigtnaire des parties méridionales du globe;
et que le chat de nos forêts constitue une
espèce toute différente. En place du chat,
les Grecs et les Romains élevaient la yo^uî ou
(452) Hierozoicon, t. !*', 1. m, ch. 44, où il cite
Xaswini , qui admet deux espèces de chat, celui
ipii est domestique et celui qui est sauvaj[e. Danier
ajoute même une troisième espèce, la ctvetîe. Sui-
vant le même chap. de Bochart, ces deux espèces de
chats auraient été connues du temps des prophètes
Osée et Jérémie.
(135.) Flora Taurico^aucatica, t. Il, p. 425.
(154) Les Grecs ont deux roots pour exprimer le
mustela des Latins, pour attraper les souris,
comme Tindique le mot latin. Cet animal
était à moitié sauvage ; et maintenant encore
nous ne pouvons pas dire que notre chat
soit bien complètement apprivoisé.
CHATAIGMER et NOYER. — Nous n'a-
vons en Europe qu'un petit nombre d'ar*
bres croissant spontanément, dont les fruit<9
soient comestibles. Dé ce nombre est le
Châtaignier^ fagus castanea^ Linn. ; castanea
vesca^ Gaertn, qu'on trouve dans toute l'Eu-
rope méridionale, depuis l'est jusqu'à l'ouest,
et dans une partie de l'Orient ; îl est trè^
multiplié dans la partie septentrionale de la
Grèce ; dans la partie centrale, il s'élève sur
les montagnes, et dans le sud on ne le
trouve quli des hauteurs considérables. En
Italie , il forme des forêts entières sur des
montagnes du Piémont, et dans le pays de
Vaud et |les vallées voisines , il est la nour-
riture principale de la population. Son ni-
veau de croissance s'élève de plus en plus ;
enfin , il forme sur l'Etna une forêt bien
connue ; c'est l'arbre qui domine dans les
forêts des parties les plus chaudes de la
Suisse etduTyrol méridional; îl forme la
base de la nourriture des habitants des Ce-
venues et du Limousin. Souvent , les mon-
tagnes élevées de l'Espagne et du Portugal
en sont toutes couvertes, comme on voit à
Port-Alègre; lorsqu'il ne couvre pas le
sommet des montagnes, il environne comme
une ceinture la partie moyenne des pics
glacés , ainsi qu'on le voit dans la Sierra de
Marào et ailleurs. Suivant Marschall de Bi-
berstein (133), le châtaignier crott dans la
Géorgie occidentale et sur les sommets éle-
vés de la partie orientale du Caucase. Il
vient bien en Allemagne , mais quand on
le plante; cependant, il est multiplié dans
la vallée du Rhin et dans les plaines chaudes
delà Franconie. D'après les observations de
M. Humboldt , il lui faut une chaleur
moyenne de 9", 3 centigr. (7% U R. ). Il ne
réussit point dans le nord de l'Allemagne ,
excepté sur les côtes tempérées de la mer.
Ce serait une chose vraiment étonnante
que les anciens, dans l'énumération des
substances qui composèrent la première
nourriture des hommes, eussent omis un
arbre si utile et si multiplié dans les con-
trées (ju'ils connaissaient. C'est précisément
ce qui est arrivé. Le gland de Jupiter ( aUc
|9aAav9c ) est la châtaigne. Théophraste le dé-
crit comme un fruit qui , ainsi que celui du
hêtre j est, enfermé dans une enveloppe épi-
neuse (ix^vor Ilist, plant, ^ m, 10,18), et qui
lui ressemble pour la saveur et le suc (134).
11 place le gland de Jupiter à côlé des agues
et des dattes, pour le goût (i, 12, 1 j.
mot suc, x^^^ ^^ oTToc ; le premier se dit du suc ré»
pandu dans rintérieiir de toutes les parties du végé-
tal, qui donne au fruit la saveur. Ce suc peut donc
cesser d'être apparent et ne plus exister qu'à Peut
de combinaison chimique, comme dans les fruits
farineux. Le second est le suc propre^ qui est oolorè,
et qui le devient surtout après qu'il s'est épaucbe
de l'arbre. A celui-ci appartiennent les gomm^ et
les résines, qui sont des ottoî.
357
CIIA
b^ANTlIROPOLOGlE.
CIIA
5."»
LeoTeloppe du fruit hérissé de pointes est
tm caractère distinctif, parce qu il n'existe
qae dans les fruiîs du.Bètre et du chAlai-
gpier. Tout le reste de la description que
Théophraste donne du gland de Jupiter s'ap-
f)ue exacteaient à la châtaigne. L*arbre,
proprement parler, ne donne point de
fleurs ( m I 38); en cela» il ressemble au
noisetier, il porte seulement un chaton
{menium^ x«7;£^c^ ni, 55), et chaque an-
née il se dépouille de ses feuilles. L'arbre
qui produit le gland de Jupiter est de la
classa de ceux qui croissent sur les mon-
ti^nes élevées et qui n'aiment point les
plaines (in, 3^ 1 )• Tous ces caractères et ces
lo'iications ne laissent aucun doute sur l'i-
dentité de la chÂtaigne et du gland de Ju-
piter. Les passages qu'on lit dans les autres
<m?ains confirment cette opinion. Diosco-
ride (135) donne comme synonymes les
Domsde gland de Sardes, eu Lydie, chA-
taigne , gland de Jupiter. Dans les Géoponi-
çKctfl. X, c. 63), oalit, au mot Châtaigne^
(/u 00 l'appelait aussi gland de Jupiter; mais
le root latin juglans ne s'applique point
à la cbitaigne , il indique la noix. Pline
(I. xy, c. 22) , en traitant du fruit jtiy/ana,
décrit la noix commune avec une exactitude
qu on trouve rarement dans ses écrits. Il
parle d'une enveloppe tendre ( calyx pulvi-
M/ttj.) et d'une écaille ligneuse ( Ugneum
putamen ). On teignait la lame avec l'écorce,
et les fruits récents servaient à teindre les
cheveux en rouge. Cette écorco tache la
laaiQ qui la touche. Les deux hémisphères
de la coquille sont bordés par un bourrer
let qui indique la division; l'amande est
partagée en quatre parties séparées par
de5 cloisons ligneuses : ces caractères si
tranchés ne laissent après eux aucun doute.
La noix ne vint que tardivement des mon-
taises de TAsie en Europe. On ne trouve
)<cinlle uoyer à l'état sauvaeedans la Grèce,
ni vers le Caucase, suivant*ies observations
de Marshall de Biberstein ; il abonde dans
les forêts du Liban suivant Ehrenberg , et
probablement il est parti de là pour se
répandre en Grèce et en Italie. Le noyer
imiti) dont parle Théophraste ( H. pi. , ui ,
2* 3) et qui croit spontanément dans les
montagnes de la Macédoine ( m, 3,1), sur
le Tmoius et sur Tes Alpes de Hysie (iv, 5,
^ » ne peut être le noyer commun {juglans
l'fgia). Dn autre passage (m, iky k) où se
irouve le mot noyer (xapûa), accompagné
«le répithèteperaïQue, mais dans un manuscrit
^ettl , ne peut , à mon avis , servir à faire
connaître quel peut être cet autre arbre
'm<th) avec lequel il compare le noyer.
la noix paraît donc aussi ne point avoir été
l'ien connue des Grecs. Lorsqu'elle arriva
* la connaissance des Romains , ils lui don-
nèrent le même nom qu'à la châtaigne , c'est-
Mire de a/and de Jupiter^ juglans ^ c*est le
nom qui lui est communément resté, tandis
Muau contraire il ne sert que très-rare-
(iy>) Mût. médie,, 1. r^ c. 145.
(t^) MpRMopAff/., L II, c. 43.
ment à indiquer la châtaigne. L'expression
de noix-châtaigne l xao-ravixZy.o? xctpûof ) ne se
trouve qu'une seule fois dans Théophraste
fviii, 4, 11) lorsqu'il dit que l'écorce de
lotus est aussi noire que celle de la châ-
taigne. Cependant, il semble ici qu'une
glose se soit glissée dans le texte, et"que
le naturaliste grec ait voulu parler de la
noix cubotque. Si donc il fallait supprimer
dans le texte ce passage, Nicandre serait
le premier qui aurait parlé de la châtaigne,
dans son poëme intitulé Alexipharmaca
(v. 268-272). Il ajoute qu'elle croît dans le
territoire ae Castanîs. Le scholiaste dit :
Castanis est une ville de la Thessalie ou du
Pont. Des scholies plus récentes font venir
les châtaignes des montagnes Castaniques ;
Hérodote et Strabon, de la ville de Caslanana;
Etienne de Byzance place une ville de Cas-
tana dans le voisinage de Tarente , et VEty-
mologicon maanum indique une ville de
Castaiia dans le pays de Magnésie. Toutes
ces indications se trouvent dans les notes
Sue Schneider a faites sur le poëme de
icandre. Il est très-probable que toutes
ces villes doivent leur nom à la châtaigne
et non celles-ci aux villes. Il ne serait pas
sans intérêt de savoir de quelle langue vient
le mot castanea , car il n'est ni grec ni latin.
La châtaigne est encore appelée noix eu-
boiquef et souvent on la trouve indiquée
par ces deux mots dans Théophraste; cepen
(lant on ne sait pas s'il la regarde comme
étant une seule et même chose avec le
gland de Jupiter. Athénée (136) cite un pas-
sage de Mnésithée l'Athénien dans lequel
il dit que les noix euboïques ou les châtai-
gnes , car on leur donne les deux noms ,
sont d'une digestion difficile. 11 résulte donc
clairement de cette citation que la noix
euboïque et la châtaigne sont le même fruit.
Schneider, dans la table qu'il a jointe à son
Théophraste, demande, au mot Noix eubot^
que 9 pourquoi ce naturaliste a désigné la
châtaigne par trois noms différents : gland
de Jupiter, noix euboïque et noix de châ-
taigne ; mais cette dernière dénomination
doit peut-être , ainsi que nous l'avons mon-
tré, être retranchée dcThéo})hraste. Schnei-
der pense que la culture a pu produire di
verses variétés que ces noms désignent.
C'est précisément comme en France, ou
donne deux noms différents à deux simples
variétés, marron et châtaigne; mais lap-'
plication de ce raisonnement à notre
auteur me parait un peu forcée. Les anciens
n'avaient pas de jardins botaniques , pas^
d'herbiers; ils décrivaient les plantes sans
les avoir sous les veux, se servant d'indica*
tions qu'ils recueillaient soit de la bouche
du peuple, soit dans les livres; il put donc
arriver de là qu'ils prirent pour différentes
des espèces semblables. C'est peut-être pour
cette raison que la description que Théo-
phraste donne de la châtaigne est empreinte
d'une certaine hésitation (137).
(157| A.-AV. Scitlegel cite, dans le InUUchen Bi
bliotheh, I, 11, t239et fKiiv., de semblables erreurs.
33')
ciie;
WCTtJNWlUE
CIIE
3iO
CHÊNE. — On rencontre beaucoup de dif-
ficuUés pour démêler ce que les anciens ont
dit sur le chêne ei son fruit, d*autant plus
que les espèces de ce genre Q*ont point en-
core été delernïinées , pour l'Europe, d'une
manière bien précise par les botanistes.
Théophraste {H, pL^ m, 8, 2, sui?.] parle du
cfaêne d*uqe manière détaillée. Il dit que
« quelques-uns admettent quatre espèces ^
d'autres en admettent cinq; on ne leur donne
point partout le même nom, car ceux qui por-
tent ocs fruits doui sont appelés parles uns
chêne domestique (r;^?/)^^}, et par d'autres
chêne franc (jrvuoS/soof). Il en est de mémo
pour les autres espèces. Les habitants du
mont Ida distinguent les espèces suivantes :
le chêne domestique, l'œgyiops , le chêne à
feuilles larges, le chêne à fruits doux ('^nyo;)»
et l'haliphloios (salici cortica], y»
Nous bornerons là ces recherches, car
elles sont du nombre de celles qui sont
aussi incertaines que stériles. Cependant,
comme les anciens ont si souvent répété
que le gland fut la première nourriture de
1 homme , il devient nécessaire de dire en-
core quelque chose sur le chêne.
Le chêne dont les fruits étaient bons à
manger portait chez les Grecs le nom de
fnyoç^ comme le prouvent suiBsamment les
passages de Théophraste que nous avons
cités j et d'autres encore que nous n'avons
)as cités. Pausanias dit aussi, en parlant de
'Arcadie (c. 1]: Pelage est le premier qui,
en Arcadie, ait découvert que le fruit du
chêne (^fwwv) pouvait être employé comme
aliment, non de tous les chênes indistinc-
tement , mais de ceux qu'on nomme yi}yojf.
Ce mot grec est le même que le mot latin
fagus^ qui signifie hêtre. Ici se présente donc
le même cas que celui qui s'est trouvé pré-
cédemment, lorsque nous avons vu que par
gland de Jupiter les Grecs entendaient la
châtaigne , et les Latins la noix. Le mot fa-
jriis désigne *}e hêtre , comme l'indique la
description que Plîne en donne (1. xvi, c. 5).
Le fruit de l'arbre pjtgusj dit-il, ressemble à
celui du noyer, il est enfermé dans une en-
veloppe triangulaire. Le hêtre est rare en
Italie, il y croît seulement sur les hautes
montagnes; autrefois, il y était probables-
ment plus abondant sur les montagnes, mais
les forêts en ont été détruites (138). En
Grèce, le hêtre ne vient que sur les hautes
montagnes du Pélion, du Pinde et de TA-
thos. II portait , en Grèce, le nom de o5va
1
3
u'il a conservé jusqu'à ce jour Le f^yôç
es Grecs n'était donc pas h
pas le hêtre (139)\
mais un chêne, et peut-être celui que Linné
a nommé quercus (rgiflopsy et que les Grecs
appellent aujourJliui valainida (en français,
cliéne velani, Ouv.). Ce chêne est un arbre
élancé, dont les feuilles toujours vertes sont
comme par exemple le uoui d'un métal pris pour
celui d'un animal.
(158) Maintenant encore, en Italie, on brûle les
bètrcs sur les montagnes. C'est ainsi qu'en 1852 il y
eut la moitié d'une foi et hicehdiée dans les Alpes de
Camporaghono non loin de Fivhzatto^ dans le Flo-
rentin.
bordées de dents terminées par des éfnne$
sétacées, caractère qui le rend très-facile k
reconnaître. Le fruit est mangeable, quoique
peu savoureux ; ailssi , dès que les Grecs
purent se procurer une autre nourriture que
tes glands , ils les abandonnèrent aux pour-
ceaux. Ce chêue est très -multiplié eu Ar-
cadie, dans la vallée de l'Eurotas, auprès de
Marathonisi; près de Nauplie on en voit
aussi quelques-uns , mais en petit nombre.
En Albanie , on voit de grandes forêts de
chênes qui donnent des glands dont la cu-
pule est d'une grosseur extraordinaire , et
qu'on exporte en grande quantité sous le
nom de volonea pour les employer à la pré*
paration des cuirs , de telle sorte que celte
denrée forme une branche importante de
commerce pour la Grèce. Touniefort est le
premier qui ait donné une description de
cet arbre dans la relation de son voyage au
travers de l'Archipel , après lui Pocoke et
Olivier l'ont décrit et même figuré.
Il y a encore dans l'Europe méridionale
et dans l'Afrique septentrionale un autre
chêne dont les fruits sont également bons à
manger, et d'un eoût plus agréable que ceux
de l'espèce précéaente. Desfontaines en fit la
découverte dans ^Afrique septentrionale ,
auprès d'Alger; il le nomme querciés ba^
lotta. Il le décrivit dans une notice qui est
insérée dans le Journal de physique , année
1701. Plus tard, il en a parlé dans sa Flora
atlantica. On ignorait alors que cet arbre
forme de grandes forêts dans la partie méri-
dionale du Portugal et dans les contrées de
l'Espagne qui en sont voisines. On fait une
grande consommation des fruits, qu'on vend
même à la porte de Madrid , avec des châ-
taignes. Smith, dans sa Flore de la Grèce ^
avance, d'après l'herbier de Sibthorps, qu'on
y trouve cet arbre, et les auteurs de la Rela-
tion de Vexpêdition en Marée disent qu'il
existe dans quelques contrées de cette partie
de l'Europe.Mais comme Smith n'avait pas vu
si le gland était 'allongé, il lui aura été diffî-
cile de distinguer l'arbre dont il voyait Té-
chantillon d'avec Tyeuse {quercus ï/eJr), et C3
que les naturalistes français ont dit peut
bien être plus précis. Au surplus , il nous
suflit de savoir que les anciens ont connu \t
ttmi du quercus balotta. Strabon dit, en dé*
crivant les mœurs des habitants de la Lusi-
tanie , qu'ils vivent de gland pendant les
deux tiers de l'année; ils les font sécher,
les réduisent en poudre, puis ils en obtiens
neut un pain qu'ils mettent en réserve pour
leur besoin. Strabon ajoute : Ils boivent de
la bière , et Coray dit dans ses notes : nro*
babiement faite avec du gland, car on 1 em-
ploie à cette fabrication, a défaut d^orge. Ce
procédé est entièrement inconnu en Portu-
gal. Ce chêne est-il un de ceux décrits par
(159) Vers la porte de Troie appelée Porte ée
Scee , il y avait un f iryoc, dont il est souvcnl parlé
dans VUiade. Voss traduit toujours par hêtre, di K's
philologues croient que Voss suit une autorité en
cette matière, et veulent invoquer les notes qu*il a
publiées sur les Gcorgiques , ils tomberont dans
lerrcur.
3il
ClIE
D'ÂNTimOPOLOGIE.
CHE
sn
Théophraste ? C*e5t une question dont. je ne
m'occuperai pas ; avec des descriptions aussi
incomplètes que celles que nous ont laissées
les anciens, la détermination d'espèces si voi-
sines reste un problème insoluble. Du reste»
il ne paraît pas que la balotte se soit étendue
vers le nord beaucoup au delà de la
Morée.
Les auteurs latins citent un arbre auquel
i^s donnent le nom de esçulus, qu'on a fait
dériver d^esca (nourriture) , le regardant
comme )a traduction littérale de ^oyôc. Il ne
s'ensuit pas de là que ce soit le même arbre,
comme déjà nous le savons; car cet arbrB
ii*étant cité que deux fois dans un poëme sur
ragriculture, les Géorgiquesde Virgile (1. ii»
15 et 291), sa détermination a donné
beaucoup de mal aux commentateurs. L'An-
glais Mar^yn , dont les notes explicatives
sont les mei4leures, quoiqu'il ne connût pas
les plantes de l'Italie, prend cet esculus pour
le chêne rouvre (quercus rofrtir), et le quercus
pour le chêne pédoncule {quercus peduneu^
laia l'iy)). Ainsi , il ne tient aucun compte
de rétjrmologie tirée d'esca^ ni de la qualité
comestible du gland. Linné , auquel il im-
portait peu quel nom les anciens donnas-
sent aux arbres, a pris le nom de quercus
esculus dans la synonymie de G. Bauhin ;
et comme sa description est courte , on en
a fait diverses applications , car chez les
écrivains , ainsi que dans les jardins de bo*
tanique, on voit souvent le même mot donné
à des choses toutes différentes. H. Fée qui ,
dans sa Flore de Virgile , a montré plus de
oonnaissance en botanique qu'on n'en a
eommunément, mais en même temps une
critique moins sévère, pense que ce mot
esculus peut indiquer deux espèces ; car, sui-
vant Phne, cet arbre est rare en Italie. Ho-
race dit qu'il forme de grandes forêts dans
la^Baunie {Terra di Bari). Tenore de Naples
a éîé conduit à faire une très-belle disserta-
tion sur cette question. Il dit dans son petit
ouvrage intitulé Flora Yirginiala^ p. 111 :
€ L*existence du quercus robur de Linné ,
dans notre pays, est fort problématique, tan-
dis que Yesculus de Virgile y est très-abon-
dant ; il est facile à distinguer des autres
espèces de chêne, par sa taille colossale, par
ses feuilles très-larges, et Ton peut lui ap-
pliquer avec beaucoup de justesse l'expres-
sion de Virgile , quœ maxima frondetj qui
lui convient très-bien. Les glands de ce
cligne sont doux et comestibles, nos paysans
les font griller comme des chAtaignes, et ils
nomment l'arbre chéne-chAlaigner. n Ce se-
rait enrichir la botanique que d'y introduire
cette espèce sous le nom de quercus fïr-
giliana , en même temps que l'on fourni-
rait une excellente donnée pour l'explication
des auteurs anciens.
(140) Ce que dit Voss 8*accorde très-bien avec
HartvD, anoiqae ce s4Mt chose fort diflërenle.
(lll) Sar les bords de rHypanis paissent les che-
vaox saavages. |0ebod., 1. iv, c. 52.) Il y a des che-
vaux sauvages dans ouelques parties de TEspagne
cHérieare. (Vaebo!«, De re rnstica^ I. ii, c. 1, | 5.)
{Celte leçon est douteuse.] l^e Nord produit ausbi des
Ces fruits purent servir d'aliment aux pre-
miers habitants des montagnes et des forêts
de l'Europe méridionale, quoiqu'ils ne don-
nassent pas une nourriture aussi abondante
que le fruit de l'arbre à pain ou du bananier.
CHENOORS. Voy. Nootka— Colombibhs.
CHER0KEE9. Voy. Alléghahiehs.
CHEVAL. — Quelle que soit la lacUité
avec laquelle le cheval retourne k la vie
sauvage, il est difficile de dire dans quelle
Eartie du monde on le trouve tel. Dans nos
aras, où le cheval vit abandonné à lui-
même, on voit qu'il s'est beaucoup rappro-
ché de l'état sauvage. Suivant les auteurs
anciens, on le trouvait sur les bords de
l'Hypanis, aujourd'hui le Boug, en Espa-
gne, etc. (141). Maintenant encore on trouve
des chevaux sauvages dans l'Ukraine, sur les
bords du Boug et dans plusieurs pairties de
l'Asie occidentale; mais le lieu où ils se sont
le plus multipliés, c'est la grande plaine qui
est au sud de la rivière ae la IMata, dans
l'Amérique du Sud, où, suivant les rapports
des historiens, ils ont été transportés par les
Espagnols. Pallas croit que le cheval sauvage
se trouve encore dans les grandes steppes
de l'Asie et dans celles de I Europe qui en
sont limitrophes ; mais c'est un mélange de
chevaux des peuples nomades qui se sont
égarés : c'est pourquoi ils varient beaucoup
pour la couleur. Il y en a dans le nombre
qui diffèrent tellement de l'espèce commune,
qu'on est forcé d'admettre qu'Os appartien-
nent à la race véritablement sauvage (142).
Pallas a donné la description de ces chevaux
dans la relation de son voyage en Russie
(part. I, pag. SU). Gmelin jeune en a aussi
donné la description dans la relation de son
voya^ dans le même pays (part, i, 144). Ces
descriptions nous présentent ces chevaux
comme petits, avec le poil hérissé, vifs, et
supportant très-bien la fati^e ; ils paraissent
être d'une taille même inférieure a celle def-
plus petits chevaux russes. Ce dernier fait
contredit la loi générale que les animaux
sauvages sont plus ^ands et plus forts que
les animaux domestiques, loi que nous avons
signalée chez le buffle, le gayal, le renne,
l'âne et la chèvre. Comme, dès l'antiquité la
plus reculée, les steppes furent parcourues
par les peuples nomades, le retour du che-
val à la vie sauvage put s'y opérer très-faci-
lement. Si donc nous voulons trouver la
patrie du cheval, il faut la chercher dans le
Î)ays où cet animal se présente le plus par-
ait, et particulièrement là où il jouit au plus
haut de^é de l'agilité, cette faculté qui le
caractérise, qui rappelle le plus son état
sauvage, c'est-à-dire l'Arabie et le nord de
l'Afrique. L'Asie centrale et l'Inde ne peu-
vent jamais élever cette prétention, parce
que l'espèce n'y atteint point un de^ de.
chevaux sauvages. (Pline, HisL nat,, 1. vin, c. i5.)
Suivant Abktote, (De MirabiL^ v, 9), on en trouve
en Syrie; mais ce que dit ce naturaliste des cka».
vaui, d^autres Tont dit de Tàne, comme le fait oIk
server Bcckmann.
(Itâ) Spu'Ueif. looiog,^ fasc. n, p. 3-€
343
Cllfi
DiCTlOiNiNAlRE
CIIB
344
supériorité assez marqué, bien que les che-
Taux sauvages soient devenus très-nom-
breux chez les nomades de TAsie. Le cheval
yst UQ animal qui se multiplie facilement
dans les plaines vastes, et qui facilement
aussi y passe à Tétat sauvage, comme l'Ame*
rique du Sud nous en donne des exemples,
surtout dans ses parties tempérées. Le ter-
rain diluvien contient des aents de cheval
fossile; nous pourrions peut-être en conclure
que le cheval nous serait venu du monde
primitif. Le genre, en effet, porte en lui le
caractère des créations primitives : des for*
mes en quelque sorte flottantes entre la
plupart des règles fixées par la nature.
CHEVEUX HUMAINS. — La structure des
cheveux n'est pas aussi bien connue que
celle de la peau, malgré les nombreuses re-
cherches microscopiques qui ont été faites à
ce sujet depuis la publication des savants
ouvrazes de B. Ebfe et de J.-G. Heusin-
ger (1(3). Ces écrivains pensent que les che-
veux de rhomme,de même que les piquants
des hérissons et des porcs-épics, et les soies
des cochons, sont composés de deux parties
distinctes, c'est-à-dire a une enveloppe corti-
cale extérieure et d*un tissu spongieux inté-
rieur. Weber soutient que les cheveux hu-
mains sont formés d'une substance homo-
gène, dans laquelle il n'y a rien qui ressem-
ble à ce qu'on pourrait distinguer sous les
ncms d'écorce et de moelle.
Le cheveu sort de son follicule par une
racine renflée ou un bulbe qu'on a comparé
à un bourgeon, et qui est plus épais que la
partie tiliforme. Muller suppose aue la subs-
tance du cheveu est formée par la sécrétion
d*une matière cornée qui a heu à la surface
d'un cône vasculaire contenu dans Tinté-
rieur du follicule, ou plutôt qui n'est réelle-
ment qu'un prolongement vasculaire du
fond de ce follicule (14i). Le cheveu, dit-il,
croît en longueur, parce que, à sa racine,
une nouvelle quantité de matière sécrétée
s ajoute à celle qui Tétait précédemment et
la repousse; son extrémité est, en consé-
quence, la première formée.
Depuis que les Iravanx de Heule et de
Schwann ont mis hors de doute l'organisa-
tion cellulaire de la peau, plusieurs recher-
ches ont été faites dans l'espoir de découvrir
dans les parties constituantes des cheveux
une structure analogue. Ainsi on trouvera,
dans les Archives de Muller, deut mémoires
sur ce sujet : Tun de M. Gûrlt (année 1836),
l'autre de M. le docteur Bidder, de Dorpat
(année 18W).
Le docteur Bidder distingue dans la racine
du cheveu deux parties : le follicule, qu'il
nomme gatne (kaarbalg), et le germe ou
bourgeon (haarkeim). Le bourgeon descend
jusqu'au-dessous du point où commence sa
gatne, et à sa base, où il se joint aux parties
molles environnantes, il oflre une teinte
foncée qui permet de le distinguer même à
Vceil nu. L extrémité du cheveu présente,
sous le microscope, une masse de couleur
sombre, formée oe petits srains qui peuvent
être séparés au mojren de l'acide acétique, et
à Taide d'une division mécanique faite av9C
soin. On voit alors qu'elle se compose de
cellules ou cytoblaste$ infiniment petites,
mais distinctes, contenant chacune son nti-
cltus. Les cellules sont unies entre elles nar
une substance tenace, inorganique, à la-
quelle on a donné le nom de cytoblastime.
La gatne qui enveloppe la substance du che-
veu est tapissée par un épUhélium particu-
lier, forme de cellules transparentes et in-
colores. Il y a passaze sans interruption de
ce tissu à celui du bourgeon, qui, comme
nous l'avons dit, est de nature cellulaire,
mais se distingue sufiisamment de Tautro
tissu par sa couleur foncée. Les cellules du
bourgeon sont filiformes, et se montrent
comme des fibres disposées parallèlement
entre elles et unies par une cytoblaslème
transparente. Le cheveu entier nous repré-
sente donc un faisceau de fibres longitudi-
nales, et ces fibres sont composées elles-
mêmes de cellules filiformes qui s'étendent
du fond du bulbe jusqu'à l'extrémité du cKl*-
veu, mais qui, dans leur cours, subissent
des changements notables de forme et de
grandeur. Le cheveu, une fois développé,
est uniforme dans toute sa masse; mais eu
le macérant dans des acides concentrés, il se
ramollit au point qu'on peut le diviser en
fils longitudinaux. Or, ces fils, examinés au
microscope, se montrent eux-mêmes comme
autant de faisceaux de fibres très-nombreuses
cl très-fines : ces fibres sont donc les compo-
sants élémentaires du cheveu. Elles apparais-
sent comme des lignes brunes, dont la largeur
est plus grande on certains points que dans
d'autres, et qui sont unies entre elles par une
cytoblastème jaunâtre.
L'épaisseur d'un cheveu étant évaluée à
un dixième de ligne, le nombre de ces fibres
élémentaires doit être de 250, sans compter
Tespace occupé par la cytoblastème, dont
l'existence n'est pas douteuse, et qui doit
remplir les intervalles (145). Mais, dans celle
partie de son travail, le docteur Bidder a
rencontré une diflîculté qu'il avoue n'avoir
pu résoudre, difficulté qui a rapport à la
grosseur et au nombre de ces fibres compa-
rées au volume de l'ensemble des cellules
du bourgeon, dont elles tirent leur origine.
Relativement au siège lie la matière colo-
rante dans le cheveu, le docteur Bidder
f>onse que la coloration, dans les parties in-
ërieures du bourgeon , tient à la présence
du contenu brun des cellules, ce qui serait
quelque chose de tout-è-fait analogue à la
coloration du rete mucosum; mais, quant
(143) System der histologie^ von Hecsinger ; Eisc-
nach, 4823. Die Lehre von den Haaren, von D' Bdr-
ftABD Eble; Wien, 1831.
(14i) Mt'LLER, Physiologie, vol. I*', page 398.
(115) Le docteur Graot aremarque que Pespace
occupé par les 250 fibrilles n>st que celui du dia-
mètre du cheveu, et qu*i] en faut environ 50,000
pour remplir son calibre entier. Voy, Grant, Outli-
nés of comparative analomy ; London, 1841, în-8*,
pa^e 847.
5é9
CHE
D^ANTBRWOLOGiB.
CHE
516
au eorps du ebeteu, il semlile, dit M. Kd*
lier, me le si^e princijpal de sa couleur est
dans la substance brune ou jaune oue nous
avons désignée sous le nom de ryiohtasième^
substance qui entoure les fibres, et par
conséquent leur est extérieure.
De nouTelles recherches microscopiques
auront pour résultat, il faut Tespérer, d*é-
claircir ce qui reste obscur sur ce [)oint et
sur quelques autres également relatifs à la
structure des cheveux. Mais, comme le re-
loaraue un savant et ingénieux écrivain qui
a éclairci plusieurs points de fine anatomie
en faisant des rapprochements entre les tis-
sus analogues dans les différents êtres or-
puisés,. « ce que Ton sait aujourd'hui sur
ce sujet semble nous autoriser à croire que
chacune des cellules contenues dans le bour-
geon du cheveu donne naissance à un Gus-
ceau de fibres, comme le fait la substance
corticale de la plume, et que, dans les deux
cas, les fibres sont réellement des cellules
secondaires allongées (146). »
De* différence* nationale* dam* le* cheteux,
— Les variétés dans la couleur et la struc-
ture des cheveux forment un des traits les
plus remarquables parmi ceux dont Ten-
semlile constitue pour chaque nation le ca-
ractère physique distinctif. .
La couleur du poil des animaux varie
avec le climat. Ebie observe que sous les
répons septentrionales il n*y a pas de che-
vaux noirs, et que les lièvres, les écureuils,
les belettes y sont blancs, ainsi que beau-
coup d*autres animaux. La remarque, quant
à la couleur noire, n'est pas exacte pour
toutes les espèces d'animaux , ainsi que le
prouve Texeraple des zibelines qui nous
sont apportées de la Sibérie. Pour 1 espèce
U rdl»senraition est vraie eu générait
mais avec de nombreuses exceptions ; c'est
ce que nous reconnaîtrons plus tard quand
nous passerons en revue les faits qui se
rattachent à cette question.
Quant k la quantité des cheveux et, en
fénéral, des poiJs.qui viennent sur le corps
umain, il y a, sous ce rapport, entre les
diflérentes races humaines, aes différences
bien connues. On peut citer les Mongols et
les autres peuples qui leur ressemblent dans
le nord de l'Asie comme ayant peu de che-
veux et la barbe très-peu fournie. Le même
caractère parait se trouver diez toutes les
nations américaines qui se rapprochent d'ail-
leurs, en quelques autres points , de celles
de l'Asie septentrionale. Blumenbach et
H>le supposent que l'habitude de s'épiler
pendant plusieurs générations peut avoir
produit à la fin cette variété nationale, mais
elle est trop générale pour être attribuée à
une cause aussi accidentelle. Nous avons
d'une antre part ouelques races chez les-
quelles il y a exubérance du système pi-
leux : par exemple, parmi les Aino*,, ou
hommes de la race kurile, on voit des indi-
vidus dont les cheveux poussent jusque
sur le dos, et dont le corps est presque en-
tièrement velu.
Il est probable, au reste, que ces diver-
sités nationales ne dépassent point la me-
sure des variétés qui s observent entre dif-
férentes familles appartenant à une même
nation.
Les nations septentrionales de l'Asie et
de l'Amérique ont généralement les cheveux
plats et raides; il y a néanmoins quelques
exceptions. Les £uropéens les ont souvent
plats et souples, et d autres fois très-frisés
(116) Prineipie* ofaeneral ami eomparatire phf-
sM/of9« bj IK W.>B. Caapmteb, 2* éd. , LmkIoii,
IRil ; C.-F. BcBUACfl, TraiU de phifûologie, Paris,
1857, t. VII, p. 231.
Diaprés dés recherches microscopiques récentes,
la lî^ da dieveo se composerait de trois sobstao-
ces. L^one iolenie, ceulrale, greoae, c*esl la sub*^
ijiue mUdmllaire; Tautre, plus externe, formée de
tr•\'^^s longitudinales, enveloppe la substance médnl-
laîre, c%*st la eomebe corticale. Celle-d est enfin ta-
\^<^J^ â sa surface libre par des lamelles d^épi-
Ar la tmhtiamee corticale, — La sabstaoee corti-
raie offre , dans toute sa longueur* mais surtout
pEies de sa racine, des stries longitudinales très*
pcOBOocécs , qui indiquent sa structure fibreuse;
q*M>>lqoefQis anisî b tige se fendille, sur son sommet,
ra plasiears fibres; mais cUes deviennent trés-
«îîstÎBctes, et se laissent séparer, dans toute Féten-
doe de^ la substance coritcale, après que le poil a
ma«é:é dans Facide ddorhjdrique on sulfuriqne.
Ces ibres sont daires, à bonis obscurs et irré-
gulicrs ; elles sont droite^, raides, cassantes, Itfges
<i plates; elles se divisent quelquefois et s'anasto-
mosent ensemble.
ik réj^ikiléou du poil, — La surtaee de la subs-
taac; corticale de la tige est recouverte par un
^^duitde petites sqnammules semblables à celles de
fépîderme ; dks sont disposées circulairement :
cHles de la eoucbe infénenre , c*est-à-dtre les
ti|uammules les plus voisines de la racine, couvrent
des tuiles celles qui viennent immétiaté-
ment an-dessus d*eUes. Ce sont les contours des
sqnammules qui , à la surface de la substance cor-
ticale, se présentent sous la forme de stries tracs*
versales coupées par des anastomoses oblioues, et
qui parfois font une légère saillie au bord du poil.
On peut les détacber en sqnammules ouand on a
traité le poil avec Facide sulfuriqne ; dans la po*
tasse caustique , elles se gonfieot, et donnent au
poil un aspect noueux.
De la nAsiance médullaire, — Placée au centre du
poil , elle forme le tiers ou le quart de son épais-
seur, et lui donne sa couleur propre. Foncée dans
les |mmIs colorés , elle est d*un blanc brillant dans
les poils blancs; cependant la substance corticale
n'est pas étrangère à la coloration des poils, seule-
ment elle a une teinte moins intense. La substance
méduUaire ne manque presque jamais entièrement
dans les poils épais; mais ou rencontre souvent de
grandes étendues qui en sont privées. EQe n'existe
ni dans les poils follets ni dans ceux du duvet.
La substance médullaire est formée de grant:la^
lions élémentaires et de noyaux d'une couleur fon-
cée , qu'on peut considérer comme le contenu de
cellules. Ces cellules , superposées en une rangée
dont les cloisons Intermédiaires disparaissent, don-
nent naissance à une membrane sans structure qui
tapisse le canal central du poil.
Le sommet du poil ou le bout libre n'est formé
2 ne par h substance corticale , dont la disposition
brîllaire est beaucoup moins distincte ; on y re^r
marque quelques bmclles éparses d'épithéléon.
317
GUE
DICTIONNAIRE
CHE
Sit
el crépus. On cite quelques Européens dont
les cheveux étaient presque aussi crépus que
ceux des nègres, et , parmi les nègres eux-
mêmes 9 il y a une très-grande variété; Si
nous prenons Tensemble des races noires
originaires de TAfrique et que nous les com-
parions entre elles , nous, en verrons qui ,
étant semblables par le teint et la plupart
des particularités physiques, diffèrent cepen*
dant i)arles cheveux, et offrent toutes les
gradations possibles, depuis la chevelure
complètement crépue, la chevelure laineuse,
pour nous servir d'une expression reçue ,
jusqu'à la chevelure simplement frisée ou
même ondée. Cette remaroue est également
vraie pour les indigènes aes lies ou grand
Océan méridional : on trouve parmi eux
quelques individus dont les cheveux sont
crépus et d*autres dont les cheveux sont
légèrement frisés. Cette variété se rencontre
même dans une race prise isolément, et dans
des cas où on ne peut suspecter aucun croi-
sement. Ce sont encore là des faits qui mé*
ritent notre attention et que nous examine-
rons plus tard.
On a remarqué que les cils et les sourcils,
bien que plus frisés chez le nègre que chez
l'Européen , n'offrent pourtant pas chez ce
dernier une apparence laineuse. La structure
qui donne aux cheveux du nègre cet aspect
laineux doit être l'obiet d'une investigation
soigneuse et qui est d autant plus nécessaire
que cette particularité est un dos caractères
qui ont fait soupçonner une différence spé-
cifique entre les noirs et les blancs.
De la naturt des cheveux du nègre. Les
cheveux du nègre ont été considérés comme
essentiellement différents de ceux des autres
races humaines. On a coutume de dire que
chez les races africaines et chez quelques
autres tribus noires, habitant principalement
entre les tropiques, la tête porte de la laine et
non pas des cheveux : afin de savoir à quoi
s'en tenir sur ce point, il faut d'abord avoir
une idée bien nette de la différence qu'il y a
entre les cheveux et la laine.
Le docteur Eble a examiné au microscope
la laine du mérinos et du mouton chinois,
et il a trouvé que cette substance présente
des caractères particuliers fort remarqua-
bles. Il dit que toute espèce de laine se pré-
sente comme un amas de filaments tordus
et entrelacés dans toutes les directions, et
que, de plus, chaque brin de laine, au lieu
de conserver dans toute sa longueur un ca-
libre uniforme, offre ça et là des renflements
et souvent l'apparence de nœuds. Il ajoute :
«c Je pouvais voir partout la prétendue moelle
ou canal transparent qui se distinguait par-
faitement de la substance corticale; cepen-
dant c'est dans les proportions (ju'ont entre
elles ces deux parties que consiste la prin-
cipale différence entre la laine la plus fine
et la laine la plus grossière. La partie corti-
cale m'a paru être, dans l'une et l'autre,
également épaisse et opaque , au moins sur
le bord ; mais le canal intérieur, dans la laine
commune, semble offrir des divisions plus
nombreuses , ressemblant à des cellules
irré^lières « tandis que dans la laine du
mérinos les cellules paraissaient plus régu*-
lièrement disposées. Le canal parait ôtro di-
visé dans toute sa longueur par des petites
lames transverses très-minces interposées
régulièrement. Le duvet de la chèvre du
Thibet, dont on fait les châles de Cachemire,
approche beaucoup par sa texture de la
laine du mérinos. Le diamètre du brin est
seulement plus petit, et les lames transverses
semblent ne pas être aussi régulièrement
placées. Chez le mouton chinois, la laine est
mêlée de poils rudes et grossiers (iW). »
M. Monge suppose que la propriété au'a
la laine de se feutrer est due a l'aspérité de
la surface des différents brins, chacun d'eu\
étant enquelque sorte barbelé sur les bords.
Cette conjecture a été faite également par
d'autres écrivains ; mais c'est à M. Vouait
qu'appartient le mérite de l'avoir démontrée.
Selon cet écrivain, ce qui donne à la laine
sa propriété feutrante^ ce qui la distingue
essentiellement des cheveux, c'est la dispo-
sition en scie que présente sa surface eilé-
rieure. Le brin de la laine de mérinos, exa-
miné au microscope avec un fort grossisse-
ment, se présente sous la forme d'un ruban
à bords dentelés. Si au lieu de l'observer en
l'éclairant parndessous, ce qui ne permet de
bien distinguer que sa silhouette, on l'écIaire
par-dessus à la manière des corps opaques ,
on trouve que ces dentelures des bords tien-
nent à ce que le brin entier, au lieu d'être
régulièrement cylindrique, se compose d'une
série de cônes ou petits cornets renversés
entourant une tige centrale, et ayant chacun
son sommet reçu par la base du cône qui lui
est supérieur. Toutes ces capsules ont leur
bord libre coupé obliquement et dentelé ,
ainsi qu'on le voit dans lès fiçures ci-jointes.
Les poils soyeux ou poils vrais , bien
u'ils soient couverts parfois d'écailles et
e rugosités , n'offrent rien qui ressemble h
ces dentelures. Les poils soyeux du ti^ie
sont couverts d'écailJes semblables à celles
qui couvrent le dos d'une sole ; tandis aue
dans les poils laineux du même animal, les
dentelures sont nombreuses et distinctes.
La laine du lapin est fine, avec des dente-
lures angulaires très-nettes , au nombre de
2,880 par pouce. Le poil du même animal a
un diamètre qui varie de 7^7 à ri^de pouce ;
il est couvert d'écailles imbriauées , mais
qui ne donnent pas à ses bords l'aspect den-
telé.
La laine de l'ours, qui est très-fine , a
des dentelures qu'on peut comparer, dit
M. Youatt, à autant d'épines naissant à des
distances irrégulières , sous des angles fort
aigus. Chez le grand limier d'Italie {Itaiian
wolf'dog)^ qui a sous le poil une portion
assez considérable de laine courte, M. Youatt
a trouvé que les dentelures de la laine ne
sont que superficielles et fort irrégulière-
ment placées, quelques-unes re^scuibloni à
3
(147) Die Lchre, von der Haaren , voiiD' Ebie, lome I".
5i9
CIIE
D*ANTHROPOL(>G]E.
CfiË
550
de petites épines , et d'autres so présentent'
sûQS forme de petites éniinences arrondies.
En ûliservant un brin de cette laine à la ma-
nière des objets opaques , on voyait chaque
eomet comme formé par la réunion de deux
ou (rois feuilles arrondies.
I) parait certain , d'après les observations
deM. Youatt, que dans la race mérinos,
el dans quelques autres races encore , la
laine se compose de brins à bords dente-
lés. Mais il j a des laines fournies par diffé-
rentes races de moutons, dans lesquelles
cette disposition ne 'peut être aperçue, quel
que soit le grossissement qu'on emploie.
mus celle-ei néanmoins, le brin laineux
ne ressemble en aucune façon à du poil , il
présente une grosseur inégale et a des bords
rudes et irréguUers ; tandis que le poil est
un tube uni, à contours réguliers, et dont le
calibre est presque égal dans toute sa lon-
gueur.
Ceci posé , si l'on examine avec soin au
microscope les cheveux du nègre, on res-
tera; ou je me trompe fort, pleinement con-
vaincu que ce sont de véritables cheveux,
des cheveux tortillés, il est vrai , et recour-
bés sur eux-mêmes , mais qui , d'ailleurs,
ne peuvent en aucune façon être assimilés
à delà laine. Pricharda fait sur ce point beau-
coup d'observations avec l'assistance de
M.Estlein, qui a une longue pratique du
lûicroscope et se sert fort habilement de cet
iBstniment ; il à vu et examiné avec soin, au
moyen d'un grossissement d'environ quatre
cents fois, des cheveux appartenant à diffé-
rentes races d'hommes , et il les a comparés
^ la laine d'un des moutons anglais. Les
cheveux d'un nègre, d'un mulâtre , de plu-
lieurs Européens et de quelques Abyssi-
niens (li8) , ont été tour à tour comparés
avec la laine du mouton de Southdown, en
les éclairant successivement à la manière des
corps transparents et à la manière des corps
opaf|ues. Le brin de laine avait une surface
très-rude et fort îrrégulière , mais ses bords
iiuffraienl pas, à proprement parler, de den-
Mures distinctes. Les clieveîix du nègre,
qui étaient extrêmement différents de cette
laine et de toutes celles que nous avons
mentionnées plus haut, se montraient sous
f'Tme de cylindre à surface unie ; tous
liaient remplis plus ou moins d'une subs-
tance colorante qui cependant ne détruisait
l«s entièrement leur transparence ; et cette
>ulistance semblait plus abondante dans les
'^[îereux du nègre que dans les autres. Les*
'»Teux des Abyssiniens étaient aussi fort
(•;
1**^) Ces derniers lui avaîcnl été envoyés par
H. d'Abaddic, le célèbre voyageur.
nid) l>*ti clicvaiii et les chiens transportés dans
iidile s<>pii.>iilnonale y ont ac4]uis une toison,
«ûiuuie ce cbc\ai baskir touffu et frisé que les ar-
JJ^4 ruhies léguèrent aux galeries du Muséum de
'^^•i*. Les 4nos transportés dans les Cordillères y
^>iii devenus velus comme des ours. Dans toute
l'W.iqve méridiouale , les chevaux rendus à la
^né out pris une robe uniformément baie. Les
••^fi (leyifiias sauvages ont la robe rouge brune
^'1^ parties supérieuies du corps , nuire partout
noirs, mais tellement diaphanes , qu'on au-
rait dit un ruban noir s'allongeant à l'inté-
rieur d'un tube cylindrique. Les cheveux
du mulâtre ressemblaient, à cet égard, à
ceux de l'Abyssinien. Les cheveux de TKu-
ropéen semfîlaient presaue complètement
transparents ; ils avaient l'apparence de tu-
bes vides tapissés à l'intérieur d'une sorte
d'enduit de couleur obscure, qui leur enle-
vait un peu de leur transparence. Les che-
veux blonds d'un Européen avaient le même
aspeet, mais l'enduit était d'une teinte moins
foncée.
D'après les résultats de ces observations,
il reste pour moi parfaitement démontré
que le nègre a des cheveux proprement dits
et non pas de la laine. La principale diffé-
rence entre les cheveux du nègre et ceux de
l'Européen consiste simplement an ce que
les uns sont plus frisés et plus crépus que
les autres , et ce n'est réellement qu'une
difl'éreiice du plus au moins , puisque chez
quelques Européens les cheveux sont aussi
extrêmement crépus. Une autre différence,
3ue nous avons également sienalée, consiste
ans la plus grande quantité de substance
colorante ou pigment qui se trouve dans les
cheveux du nègre. Il est très-probable que
cotte particularité est avec la première dans
des rapports nécessaires , et même qu'ello
en est la cause. Nous ne pouvons, à la vérité,
déterminer comment l'une dépend de l'au-
tre ; mais, comme ces <)ualités varient si-
multanément et proportionnellement, nous
devons en inférer qu'elles ne tiennent pas à
des causes indépendantes.
Il convient d ailleurs de remarquer que,
quand bien même la production épidermoï-
que qui revêt la tête du nègre aurait off'ert
au microscope une structure différente de
celle des cheveux et tout à fait assimilable à
celle de la laine , cela ne prouverait en au-
cune façon que les nègres tussent descendus
d'une souche distincte de la souche des
blancs, puisque nous savons que dans quel-
ques espèces d'animaux il y a des races qui
portent de la laine ,^ tandis que quelques
autres sont couvertes d'un véritable poil. Il
est vrai gue dans beaucoup de cas celle par-
ticularité dépend immédiatement du climat
et subit souvent des modifications lorsque la
race est transportée dans un nouveau pays;
mais, dans d'autres cas, la particularité per-
siste malgré le changement de circonstances
extérieures et s'élève presque au rang de
variété permanente {\kd].
CHÈVRE. — Ce ruminant présente pin-
ailleurs. Dans la domesticité , il natt parfois dea
bœufs qui n*acquièrent jamais de cornes, et qui se
propasent avec la même d^ormité dans les parties
très-chaudes de l'Amérique. La génération continue
aussi une variété de bœuf nommée, par antiphrase,
pelotte, et qui, au lieu du poil court, dur et serré des
races ordinaires, n*a qu'un poil rare et lin.
Le mélanisme et Talbinisme divisant des races
d*animaux parfaitement identiques; les poils droits
et la laine étant le produit de la peau chez des ani-
maux absolument pareils ; et, bien plus, le méla-
nisme et Talbiniïime, le poil droit et la laine, paUa-
351
OiE
'DICTfO.NNAIttE
:!îî
5?2
sieurs Tariétés da»9 les diverses contrées
qu'il habite. La chèvre de Cachemire, avec
ses cornes en hélice, ses longs poils soyeux
eatre lesquels se trouve ce duvet fin duquel
6a fait ces châles si précieux ; la chèvre du
Tiiibet et celle du Népaul, avec ses poils
lins, et qui n'est iieut-étre qu'nne variété de
la précédente; la petite chèvre d'Afrique
icapra depresêa)^ avec la chèvre d'Angora
(ail. Kdmelihier) ne fait qu'une même espèce ;
la petite chèvre de Whida et la grande chè-
vre de Mamré, qui n'ont pas de poils soyeux ;
toutes ces variétés, en eénéral, existaient
déjà avec tous les caractères qui les distin-
guent avant qu'elles passassent à l'état de
aocnesticité. La soudie de notre cbètre pa-
rait présenter moins d'incertitude que celle
de la plupart de nos animaux domestiques.
Varron parle des chèvres sauvages de l'Italie,
et il ajoute que c'est d'elles que l'île Canraria
tire son nom. {De re ruH., 1. m, c. S.) Cetti
soutient qu'il se trouve dans l'île de Tavo-
lara des chèvres sauvages en grand nombre,
et il ajoute : La barbe, les cornes et la cou-
leur sont les mêmes che2 la chèvre sauvage
et la chèvre domestique, la seule différence
consiste en ce que les chèvres sauvages ont
le poil plus court, et que leur taille est
très-grande, de sorte qu'une chèvre sauvage
est égale à deux chèvres communes (150).
11 peut encore se trouver, suivant Strabon,
des chèvres sauvages {p^ùxx^tç) en Espagne
(p. 163 cas.) Pallas regarde le paieng du Per-
san, ou le boucà bezoard, qu'il nomme capra
agdgruSf comme la souche de la chèvre sau-
vage, et Gmelin en a apporté à Saint-Péters-
bourg une tète accompagnée des cornes, que
Pallas a décrite avec précision ; Gmelin a
donné aussi une description de cet animal ,
qui n'a d^autre défaut que celui d'être trop
courte (151). Gmelin ajoute ce fait remar-
auable, que notre bouc se trouve sauvage
ans les montagnes de la Perse, et conse-
quemment il le distingue du ^aseng, ou
bouc à bezoard {œgagre). Elphinston fait
aussi deux espèces distinctes du paseng et
du bouc sauvage (152). Le lx>uc asiatique
ressemble exactement, pour la forme de la
tète, au bouquetin du Mont-Blanc^ dont il a
été donné une description exacte et une
bonne figure dans la Ménagerie du Muséum^
lîv. II. Je ne doute point que ce dernier ne
soit le bouc sauvage; la taille, la couleur, la
queue courte et les cornes le caractérisent
très-bien. Cet animal est probablement le
même que celui qu'on trouve à Tavolara ;
est-il aussi le même que le bouc d'Asie ?
C'est ce qu'apprendront des recherches ulté-
rieures. l)es investigations Jplus approfon-
ficanl souvent eu parties égales la peau du même
ndividu animal, est-il logique de se montrer si dif-
ficile sur des nuances de couleur dans la peau hu-
maine, d'auachcr tant d*importancc à une chevelu re
plate ou frisée?
dies pourront faire dans «a suue déconvrir
de nouvelles espèces, comme le fait présu-
mer la découverte du bouquetin de Sinai
(raprasinaitica) par Ehrenberg, qui l'a décrit
et figuré avec beaucoup d'exactitude.
CHICKASAHS. Voy, Aixé6BAinE!cg.
CHIEN. — Cet animal est indispensable au
chasseur, il sert au berger pour conduire son
troupeau, il garde la maison et la cour de
l'agncultenr, il a suivi l'homme dans toutes
les phases de la civilisation. Partout le
chien est un animal domestique. Dans les
lies de la mer du Sud, les Anglais trouvèrent
des chiens muets gui vivaient de fruits, et
dont la chair était de bon goût. Les peu-
filades de la Nouvelle-Hollande ont, malgré
eur barbarie, une espèce de chien domes-
tique qui ne se trouve plus à l'état sauvage,
le dingo ; il est de la grosseur du chien de
berser, dont il a la forme ; sa tète est celle du
mutin, sa fourrure est épaisse. Les Espagnols
trouvèrent, en arrivant chez les Mexicains,
trois espèces de chiens apprivoisés : l'une
frande et sans poils, avec une peau tachetée
e bleu et de brun; la seconde était petite
comme le bichon (canis melitceus): elle avait
le corps bossu et contrefait, la tête petite;
mais elle était jolie dans sa difformité, dît
Hernandès, qui en donne la description;
enfin un chien petit, trapu, nommé ttchich\
par les naturels, qui en mangeaient la
chair (153). Toutes ces espèces de chiens ont
disparu depuis longtemps devant ceux que
les Espagnols ont amenés. Les Boschismans,
peuple très-sauvage de l'extrémité de la
pointe méridionale de l'Afrique, ont aussi des
chiens. Voici ce qu'en dit Lichtenstein : Les
chiens des Bo^ehismans ont avec le chacal
du Cap [canis mesomelas) une analogie si
frappante, qu'on peut croire gu*ils en sont
dérivés (154). C'est la première assertion
arrivée à ma connaissance que les chiens
domestiques peuvent provenir de plusieurs
sources sauvages. De quel animal serait sorti
notre chien? C'est une question qu'on a sou-
vent examinée, et pour la résoudre on a pro-
posé diverses espèces voisines. Le loup sV-»
offert le premier, mais le temps de la gesiA-
tion de la louve dépasse cent jours, lar.o >
que la chienne ne porte que soixante à
soixante-quatre jours; en outre, ces animaux
ne s'accouplent que très-rarement ou très-
difficilement, et il semble exister entre eux
une antipathie naturelle. Si l'en croit pou-
rvoir s'en rapporter à l'autorité d'Aristote,
qui dit que les chiennes portent trois mois
entiers (155), on pourra soupçonner qu'il y
avait dans l'antiquité une espèce de chien
plus rapprochée du loup que celle d'aiyour-
eanorum historia, a Fr, Hernandez compilata^ Rom.,
1651. in-fol. Les planches, p. 466, sous le nom de
Ytzoniatevorgoltd. La notice, en appendice : utst,
anim. et mineraL ho»., Hisp,, Vib. i, Fr. Fernandez
aulh., c. 20. — Le U^chiclii csl le raton crabieo
' Um Naturgeichicte von Sardinien, th. i, s. 110. {Procyoncancrivorus, <î€oft).
\l5i) Pallas, Spiciteq. zoolog.. xi, 45; Ghkliss, {iU)Reise nach dem } orgeb^rgc der guttcn ///>f-
(m) Account o( Cabut, p. lîi. (l^^) '''«'• «"*««'•» ^»^' ^'"' ^- *^-
(153) Sota ylvcammy ammafn et minerai. Mexi-
cm
D*A!fnmopoLOGie.
cm
954
jdliui. On s'est ensuite presque généralement
*^ accordé à regarder le chien eoaime pouyant
i proTenir do chacal ou chagal {canis aureus]^
I animal que Guldenstâdt a le premier décrit
.arec assez d'exactitude, mais dont il n'a
donné qa*iine mauvaise figure. Ce qui a
porté à cette opinion, c*est la description que
Guhlenstâdt et Pallas font des habitudes du
chacal, desquelles ils concluent la disposi-
tion à passer à Télat de domesticité. Mais
une dimcolté s'est présentée, car le nombre
des chacals s'est tout à coup multiplié. Fré-
déric CuTier admettait une différence entre
le diacal de llnde («mû aurew) et le chacal
à longues jambes du Sénégal {cani$ on-
tkus (156). Lorsqu'il eut ru la bonne des-
cn[>don et la figure exacte que Tilésius a
données du chacal (157}, il reprit la question
dans le Supplémeni â rHisiotre naiur^lU de
Buffan, 1831 ; il sépara le chacal de Guldens-
tâdt de son chacal indien, et lui donna le
ntim de cani$ eaucasieus ; il ajouta le chacal
dWl^r et le chacal de Nubie (comù crezM^
ckmar) que Rûppel arait rapportés. A ces
diverses espèces Tient encore se joindre je
chacal de Morée, que M. Isid. Geoffroy Saint-
Hiiaire a décrit, et dont il a fait figurer un
crâne dans la Relaiian de texpéoÀlion m
Morét: mais sa description laisse à désirer.
Ce chacal est d'une couleur plus foncée que
les autres. L'auteur les regarde tous comme
des variétés et non comme des espèces. De
Ehrenliei^ a donné une description exacte et
une bonne figure du chacal de Syrie {canie
syruÊcuM)^ qui diffère beaucoup du chacal de
Guldenstâdt par la brièreté de son mu*
seaa (158). A cette occasion l'auteur fait
quelques remarques sur les chiens domes-
tiques en général. 11 dit, après avoir émis
Toî union que le chieu privé est issu du canie
amreue .* ^ il est probable que chaque pays
avait dans son voisinage la souche de son
diien domestique, et qu'il n'v eut qu'un
petit nombre de contrées dans lesquelles les
formes se soient mêlées entre elles et variées
à l'infini. L'Afirique nous donne une preuve
de celte assertion. Ou les voyageurs se trom-
peut, ou ils ont mal observé, lorsqu'ils di-
sent qu'il n'y a dans cette j^tie du monde
qu'une seule espèce de chien domestique.
Le chien d'Egypte, analogue au canis iupas-
ter { canis authiu Crezkmari)^ ne se trouve
comme animal domestique en Egypte que
dans le voisinage de la mer. Nous avons vu
en Nubie, à partir de la Haute-Egypte, dans
les villages, un chien tout différent du pre-
mier. Le chien de la Nubie est plus petit,
t>eaoooup plus viA plus élancé, sa couleur
est le rouge brun. Les habitants de Dongolali
l'emploient à la chasse de l'antilope et du
lièvre, exercice auquel serait peu propre le
chien paresseux d'Egypte. Le chien de Don-
golah se rapproche beaucoup de ce chien
sauvage que j ai décrit sous le nom de canis
sabbar^ et dont j'ai raroorté un individu à
Berlin. » C'est la mamère certainement la
plus exacte <k considérer les animaux do-
mestiques en général.
CHINOIS. — Les vastes régions du sud-est
de l'Asie , qui s'étendent du côté de la mer,
depuis le delta formé par le Gance et le
Brabmapoutra, jusqu'à Temboucnure du
Hoang-Ho ou rivière Jaune de la Chine, et
même plus loin vers le nord jusqu'à celle
de TAmour [ou Selinga, sont habitées par
des races qui se ressemblent à tel point par
les caractères phvsiques et moraux, et par le
caractère général de leurs langues, qu'on
ne peut s'empêcher de soup«;ouner qu elles
dérivent toutes d'une même souche. On
dirait que, de même que les rivières qui
naissent dans les hautes contrées de l'Asie
centrale et vont, en s'écartant à mesure
qu elles arrivent dans des pays moins élevés,
se jeter au loin dans l'Océan, ces nations
seraient elles-mêmes arrivées dans les diffé-
rents lieux qu elles occupent à présent, en
descendant à diverses époques de la partie
sud-est du grand plateau central où l'on
trouve encore aujourd'hui des tribus qui
ont avec elles une ressemblance marquée,
tant dans les traits que dans le langage.
Les Chinois proprement dits, — Parmi les
nations diverses dont nous venons de par-
ler, la nation chinoise a été, depuis des
temps fort reculés, la ulus nombreuse et la
plus puissante. Les Chinois, d après le té-
moignage de leurs propres historiens, fu-
rent dans l'origine une petite horde de bar-
iiares errant dans le voisinage de la forêt
de Shensi, au pied des hautes montagnes
qui séparent le Thibet de la Chine. Sans de-
meures fixes, n'ayant que des peaux pour
vêtements, et ignorant jusqu'à l'usage du
feu (ce qui, pour le remarquer en passant »
n'a été reconnu vrai relativement à aucune
peuplade, si barbare qu'elle fût], ne se
nourrissant oue de racines et d insectes,
plus misérables enfin que les fioscbismans
et les habitants de la Nouvelle-Hollande, ces
hommes, s'il en fallait croire les récits par
trop naifs de leurs légendes sacrées, se-
raient arrivés, en suivant les sages conseils
de leurs empereurs ou patriarches, à sortir
mdueilement de cet état de barbarie et à
étendre, par des victoires répétées, leur do-
mination sur cette multitude de petits Etats
voisins dont l'ensemble compose aujour-
d'hui l'empire chinois.
Au temps de Confucius, 530 ans avant Jé-
sus-Christ, ils n'avaient pas conquis le pays
qui est au nord d'Yang-tsi-Kiang ou rivière
Je. Nankin (159). L'empire chinois fut fondé
proliablement par Shihoang-ti, qui vivait
(156) Bistoire mUmreUe des mammilères^ liv. ii
et xvn.
(157) Aei. Academ, LeopoU. Coroi , I. XI, pag.
att; t. XLvni.
fl58) /nwetef éeuriptionei «aimirir/firiN.iIccns^'
BènL, 1830, iD4bl.
(159) Description de la Chine ^ par Dliulde; ---
HéfeMions tmr les mnciames ohsertatious des Chiwtiê
el $ur tétat de leur empire dans les lenws reculés^ par
M. M GL'iG!iEs fils, lues à riosciuit de r ranee. {Ann.
des Voyages^ de IUltc-Bkiti, tome YUl.)
9&5
cm
DICTIONNAmE
cm
3r>«
250 ans avant noire ère (160). Il parait que
beaucoup dos nations abori^nes de la Chine
habitent encore les montagnes de l'intérieur
chi pays. Nous n'avons sur ces tribus aucun
renseignement; la seule chose que nous sa-
chions, c'estque les Chinois les rangent parmi
les nations barbares, on les appelle Miao
et Miao-tseu. Les Chinois proprement dits
semblent cependant appartenir tous à une
seule race qui s'est excessivement multi-
pliée. Ils ne parlent du moins qu'une seule
langue, qui a d*ailleurs des dialectes diffé-
rents (161).
Les Korai ou Coréens, — Les Coréens,
cans une Classification fondée sur les affi-
nités des langues, seraient rangés auprès
des races tartares, ou peut-être des races
sibériennes (162), plutôt qu'auprès des races
chinoises ; mais ils sont sujets de la Chine
et ressemblent aux Chinois par leurs carac-
tères physiques. Les Coréens, à ce que l'on
croit, tirent principalement leur origine
d'un pays situé au nord de la province chi- •
noise de Pé-ché-li ; ils étaient depuis long-
temps sujets des Japonais, lorsque les Chi-
nois firent la conquête de leur pays (163).
Les Chinois,' les Coréens et les Japonais
appartiennent au même type que les nations
de la haute Asie ; mais ce type semble chez
eux s'être adouci et mitigé, et .offrir de
fréquentes déviations du caractère, qui* s'il
en faut cro\re certains voyageurs, est pres-
que uniforme chez les Mongols. Pallas nous
apprend qu'à Maimalschin, sur les fron-
tières septentrionales de l'empire chinois,
beaucoup.de femmes ont le teint blanc, de
beaux cheveux noirs et des traits agréables.
Il ajoute que , conformé uent à l'idée que se
font les Chinois de la beauté, les femmes les
plus belles sont celles qui offrent le type
mantchou, c'est-à-dire qui ont une face
iarge, des pommettes saillantes, un nez
épaté et d'énormes oreilles, remarque qui
semble indiquer que ces caractères ne sont
pas, à beaucoup près, aussi généraux parmi
les Chinois que parmi les Mantchoux.
M. Abel Rémusat, qui avait des connais-^
sances très - étendues et très -précises sur
tout ce qui 'a rapport à la Chine, nous dit
que dans les provinces du centre les fem-
mes sont blanches et offrent les mêmes va-*
riélés de teint que Ton rencontre chez les
femmes des parties centrales de l'Euro-
pe (16i). Le missionnaire Giitzleff trouve
que les habitants de Tienl-sin ressemblent
plus aux Européens qu'à tous les Asiatiques
qu'il a eu occasion de voir ( et il paraît com*
prendre dans le nombre les naturels de plu-
sieurs parties de l'archipel indien j. « Leurs
yeux, dit-il , n'offrent qu'à un faible degré
cette courbure en bas et en dedans, qui est
(160) VoY. VEs'iuiise de lldstoire de Chine, pai
M. Davis, daos son excelleiit ouvrage sur les Chi-
nois.
(161) Abel RéMUSAT, Méianget asiatiques; Paris
4Sz5, i vol. in-S**; — Mémoires sur Cétat politiqu
de la Chine, 2,500 ans avant notre ère, selon le Chou-
King, {Kir M. Kurz ( Nouv, Journ, asiatique ) ; —
Coup d'œil hist. sur la Chine^ par le profcssur N£U-
si caractéristique de la physionomie chi-
noise. » Les femmes sont blanches et peu-
vent sortir à pied.
Les traits principaux qui caractérisent la
i»hysionomie des Cninois sont : la largeur et
I*aplatissement de la région sous-orbitaire
de la face, l'extension en dehors des os
zjgomatiques et la position angulaire des
yeux. Le caractère général de cette physio-
nomie est bien rendu dans le passage sui-
vant du docteur Siebold, qui se trouve dans
ce qu'il a écrit sur la Corée.
« L'ensemble de leurs traits porte, en
{général , le caractère de la race mongole :
a largeur et la rudesse de la figure, la
proéminence des pommettes, le développe-
ment des mâchoires, la forme écrasée de
la racine nasale et les ailes élargies du nez«
la grandeur de la bouche, répaississemciit
des lèvres, l'apparente obliquité des yeux,
la chevelure raide, abondante, d'un hoir
brunâtre ou tirant sur le roux , l'épaisseur
des sourcils, la rareté de la barbe et enfin
un teint couleur de froment, rouçe jaunâ-
tre, les font reconnaître au premier a\)ord
pour des naturels du nord et de l'Asie. Ce
type se retrouve chez la plupart des Co-»
réens que nous avons vus, et ils conviens
nent eux-mêmes que c'est celui qui distin^
gue le mieux leur nation. «
II y avait cependant chez d'autres indi-
vidus de telles cléviations de ce type qu'elles
ont conduit le savant voyageur à soupçon-
ner la co-existence dans ce pays de deux
races qui se seraient mêlées, il dit, relati-
vement aux hommes appartenant au pre-
mier type qu*il a décrit : tf Ils ont le nez
écrasé près des canthus internes, et terminé
par de larges ailes ; les yeux obi iques, les can-
thus internes très-éloignés l'un de l'autre ,
et les pommettes saillantes. Mais, ajoute-t-il,
lorsque la racine nasale est élevée, lorsrjue
le dos du nez se prolonge en ligne droite ,
la figure du Coréen se rapproche déjà du
type des peuples d'origine caucasienne, et
là conformation des yeux ressemble davan-
tage à celle des Européens : les pommetti s
s'effacent alors, et le profil fortement des-
siné, qui devient plus apparent, contraste
surtout avec celui des Mongols; à mesure
que la physionomie se rapproche de celle do
la première des deux races coréennes, la
barbe est plus légère; elle est plus épaisse
chez les individus de la seconde ; le sommet
de la tête est moins aplati; le front, au lieu
d'être renfoncé, offre des lignes droites et
pures, et tout leur aspect physique révèle
une noblesse qii*on est loin de trouver dans
les traits grossiers des Mongols. »
La conjecture de Siebold, relativement à
la co-existence de deux races dans ce pays,
MANN, à Munich.
(162) KlaprotR, Nouv. Journ, asiatique, tom. III;
Siebold, Nachrichlen ûber Koorai,
(163) Duhalde , K1.APB0TR, RiTTEM*s Erékmnée,
t. 111, p. 386.
(161) Abel RéMi'SAT, Recherches sur les lanques
tartares; Paris, 1820, in^4«.
557
cm
DANTIIROPOLOGIE.
cm
VJ9
est non-seulment dénuée de fondements,
mais elle manque de vraisemblance ; car il
est reconnu que les caractères de nations
croisées depuis long-temps finissent par
s'amalgamer et se confondre. 11 nV a au-
cune raison pour ne pas attribuer à* une dé-
TÎation spontanée les différences dont il est
question. Nous ayons vu que Barrow en a
obsenré de tout k lait analogues chez les
Mantchoux de la Chine ; or, si dans chaque
cas de ce ^nre nous Toulons supposer que
les diversités dans les caractères physiques
sont dues à un croisement de races /il nous
fau'Jra admettre gratuitement Texistence de
lieux ou trois races dans chaque nation et
I>re5que dans chaque famille.
Les Japonais apjiartîennent au même type
que les Chinois, et leur ressemblent à beau-
coup d*égards. Ils doivent à la Chine leur
liTiiisation, leur littérature, et au moins
une de leurs religions pi^pulaires.
Le passage suivant , extrait du même ou-
Traze sur le Japon, nous fait connaKre les
variétés que le savant voyageur a eu occa-
sion d'observer relativement à la couleur et
aux traits du visage parmi les habitants de
Kiu-Sîn, une des grandes Iles qui forment
•'empire de Nippon ou du Jajiou. Nous de-
vons faire remarquer que la couleur des
cheveux est souvent brune ou rouge , bien
qu'on ait donné les cheveux noirs comme
un caractère constant de la race à laquelle
se rattachent les Japonais.
« La population ou Fizen, comme celle de
toute nie de Kiu-Sin, se divise en habitants
àes côtes, de Tintérienr et des villes, qui
diffèrent entre eux parTaspect physique, la
langue , les mceurs et le caractère. Les côtes
et les fle^ innombrables qui les avoisinent
sont habitées par des pécheurs et des marins,
hommes petits, mais vigoureux, d'une cou-
leur plus foncée que celle des autres clas-
ses. La chevelure plus souvent noire que
l»run rougeâtre, et crépue chez quelques in-
«lividus qui ont aussi l'angle facial très-pro-
non'.-é , les lèvres gonflées, le nez petit, lé-
gèrement aquilin et renfoncée la racine;
l'adresse, la persévérance, l'audace, une
franchise qui ne va jamais jusqu'à l'effron-
terie , une bienveillance naturelle et une
complaisance qui touche à la soumission :
teSs son t les traits caractéristiques de ces habi-
tants des côtes.
« Ceux de l'intérieur de Riu-Sin , qui se
vouent en grande partie à l'agriculture,
sont d'une race plus grande, reconnaissable
à sa figure lai^ et aplatie, à la proéminence
des pommettes et la distance des canthus in-
ternes, à son nez gros et écrasé, à sa granrle
lM>uche, à ses cheveux d'un brun fonce tirant
sur le brun rougeâtre, et à la couleur- plus
claire de sa peau. Chez les cultivateurs, qui
îoumellement s'exposent à l'air et au soleil ,
la peau devient rouge : les femmes, gui se
Î préservent des influences atmosphériques,
'ont ordinairement blanche , et les joues
destjeanes filles brillent même d'un vif in-
carnat. M
Le profil d'un crâne chinois diffère tiès-
peu du type européen.
Races de la péni$tsiUe indo^hinoise. — La
I»artie du continent asiatique qui, en se pro»
ongeant, constitue la péninsule de l'Inde
au delà du Gange, est formée par diycrses
chaînes de montagnes ({ui se détachent de
l'Himalaya pour se porter vers le sud, tan-
dis que cette grande chaîne elle-même, pour-
suivant une direction un peu plus orienta'e,
va se terminer près du golfe de Toncpiin.
Entre ces chaînes secondaires, et pourtant
fort élevées, coulent des rivières considéra-
bles qui, naissant aussi de la chaîne princi-
pale, arrosent de longues vallées, où demeu-
rent depuis longtemps plusieurs nations in-
téressantes à étudier. La langue que parlent
ces nations, de même que leurs caractères
physiques, donnent lieu de penser qu'elles
sont issues , dans l'origine, du même pays
oue les Chinois. On doit les diviser cepen-
dant en deux classes , dont l'une comprend
les habitants les plus anciens des parties
méridionales de la péninsule. Les peuples
qui appartiennent à cette première classe ,
et qui; relativement à ceux de la seconde,
peuvent être considérés comme aborigè-
nes , habitent principalement aujourd'hui
les sommets des montagnes desjdi verses par-
tics de la péninsule, et paraissent avoir été
expulsés des terres basses et fertiles occcu-
r\es maintenant parles peuples a[)partenant
l'autre classe. Ceux-ci sont plus civilisés, et
sous le rapport des arts et de l'industrie,
comme sous celui des mœurs et des usages, ils
tiennent de plus ou moins près aux Chinois;
ils sont tous soumis au cierge lamaïte, et
suivent le culte de Bouddha ou de Fo , con-
formément au rite chinois. On les considère,
dans les contrées qu'ils ont occupées, comme
des colons chinois, quoiqu'ils différent, par
le langage, du peuple de la Chine, et doivent
être considérés comme des nations distinc-
tes. Il faut observer que les langues par-
lées par les différentes races dans la pénin-
sule indo -chinoise appartiennent toutes à
un même groupe, au groupe des langues di-
tes monosyllabiques.
A la seconde catégorie, c'est-à-dire à celle
qui comprend les nations les plus civilisées,
on doit rapporter : 1* les nations de la race
d'Anam, qui occupent les parties orientales
de la péninsule, la Cochinchine et le Ton-
quin ;±' les habitants du Lao ou Lia, et les
T'hai ou Siamois (deux branches sorties ori-
ginairement de la même souche), qui occu-
pent les parties raorennes et centrales; 3* en-
tin les hommes de la race d'Araken ou de Ru-
kheng, les Birmans, qui occupent les parties
orientales et s'étendent jusqu'à la baie- de
Bengale.
La première catégorie , celle des nations
aborigènes ou du moins très-anciennement
étalilies dans la péninsule, comprend les
Tchampas, qui sont au sua du pays d'Anam,
les Romen ou habitants du Kambodje, au
sud du pays de Lao, les Nion ou habitants
du Pégu, au sud du pays birman, enfin plu-
559
€iU
IDICTIONNAIRE
cm
S^
sieurs autres rare$ qui occupent de» cantons
montagneux de Tintérieur.
Dans cette énumération» j*ai omis à des-
sein les nations de la presqu*lle malaise» qui
me paraissent, pour plusieurs motifs, devoir
Atre considérées comme formant une classe
distincte.
La grande analogie que Ton aperçoit, tant
pour Ta forme des mots que pour la cons-
truction grammaticale, entre ces langues,
celle des Chinois et celle des Bhotirjas, est
une forte présomption en faveur de Tiden-
tité d'origine de toutes ces nations, et s'il
nous était permis de faire à cet égard une
conjecture, nous dirions que toutes les na-
tions qui habitent les régions basses du sud-
est de l'Asie, à partir de l'embouchure de
l'Amour ou au moins du Hoang-Ho, jusqu'au
Brahmapoutra, sont issues de Tune des gran-
des races nomades de la haute Asie, proba-
blement de la race Bhotiya, race qui oc-
cupe le côté méridional du grand plateau
central. (Voy. Nomades.)
La meilleure description de ces nations est
celle qu'en a faite M. Finlayson, voyageur
philosophe et éclairé. Le résumé sommaire
que nous allons donner de ses observations
s'applique h toutes les races que nous avons
mentionnées ci-dessus, et aussi d'une ma-
nière générale aux Chinois, dans lesquels le
savant vojjageur voit les prototypes du
groupe entier.
M. Finlayson commence par faire remar-
quer que les caractères physiques de ces di-
verses tribus sont loin d^être uniformes et
constants. « On trouve, dit-il , dans chaque
nation, une multitude d'individus dont
les formes ont quelque chose de si in-
décis, qu*on ne peut les rapporter à aucun
des types admis. » Après cette remarque,
oui seule suffit pour écarter toute idée de
1 existence de plusieurs races, il ajoute :
« Pour le but que nous nous proposons en
ce moment, nous devons considérer seule-
ment les individus chez lesquels la forme
particulière au groupe est le mieux caracté-
risée. Mais comme Içs différents traits dontse
compose cette physionomie nationale ne se
trouvent guère tous développés à un haut
degré dans un même individu, c'est au
moyen d'observations multipliées gue nous
pourrons arriver à nous faire une idée de la
tendance prédominante.
« Chez toutes ces tribus, la stature est à
peu près la même; les Chinois sont peut-étr«
un peu plus grands que les autres, les Ma-
lais un peu plus petits; tous sont d'une
faille moins élevée aue les Européens. La
taille moyenne pour les Siamois est de cinq
Iûeds trois pouces (mesure anj^laise). Chez
es nations appartenant à ce groupe, la peau
offre une teinte plus claire que chez la plu-
part des peuples do Tlude en deçà du
Gange; elle est presque constamment d'une
couleur jaune, qui, dans les classes élevées,
et particulièrement chez les femmes et les
entants, prend encore une nuance plus
décidée par certains cosnnHiqnes qui lui
donnent, pour ainsi dire, la couleur ue l'or.
La peau est d'ailleurs remarquablement sou-
ple, douce et brillante.
a II y a chez la race entière une disposi-
tion remarquable à l'obésité (Ifô). Les sucs
nutritifs ont une tendance à se porter rers
la périphérie, d'où résulte l'accumulation,
dans les mailles du tissu cellulaire, d'une
quantité plus qu'ordinaire de matières adi •
pcuse^. Le système musculaire offre géné-
ralement une texture molle et lâche ; il est
très-rare de lui trouver un gi-and dévelop-
pement ou de le voir se prononcer à l'ex-
térieur par des contours arrêtés, comme
cela a lieu dans les beaux types de la forme
humaine. Chez les laboureurs et les ou-
vriers, surtout parmi les Chinois, les mus-
cles deviennent parfois très -volumineux,
mais sans acquérir, pour l'ordinaire, la rï^
gueur et l'élasticité que l'exercice développe
dans les muscles des Européens. Au premier
aspect, on croirait ces homm^ plus forts
qu'ils ne sont réellement; quoique plus
petits que les Européens, ils ont souvent les
membres aussi gros, particulièrement les
cuisses. £n général, ils sont ce qu'on peut
appeller une race trapue.
« La face est remarquablement large et
plate; les pommettes sont saillantes, larges,
développées sur les côtés , et à contours
arrondis ; Tespace intersourcilier est plat et
plus large que dans le commun des hom«
mes; les yeux sont généralement petits,
chez toutes les nations indc-:;hinoisos, comme
aussi chez les Malais ; les bords libres des
paupières sont peu écartés, mais, chez les
Chinois surtout, ils se rencontrent sous un
angle très-aigu, et, du | côté extérieur, ils
forment une fente presque linéaire.qui re-
monte vers les tempes ; la mâchoire infé-
rieure est forte et remarquablement déve-
loppée dans la partie située au-dessous de
l'arcade zygomatique, ce qui rend la face
carrée ; le nez est plutôt petit gue plat, les
ailes n'en étant pas extraordinairement dis-
tendues; chez les Malais, il est souvent élargi
vers la pointe; la bouche est grande, et les
lèvres sont épaisses; la barbe est remar«>
quablcment rare, et se réduit à quelques
poils clair-semés; le front, quoique large
d'un côté à l'autre, est en général très-l>as,
et la naissance des cheveux est à une petite
distance des sourcils. La tète a une forme
particulière; le diamètre antéro-postérieur
étant beaucoup moins long que dans les au-
tres raceSt la lorme générale est presque cy-
lindrique; le trou occipital est souvent placé
tellement en arrière, que du sinciput à la
nuque on descend pour ainsi dire en ligne
droite. Le sommet de la tête est en général
aplati. Les cheveux sont épais, rudes et
plats ; leur couleur est toujours noire. Le^
membres sont eros, courts et vigoureux, et
les bras sont nors de proportion avec le
tronc; parmi les Malais, surtout, les bras
sont remarquablement longs. Le piei est
(i6S) Dans uo autre passage, il fait à cet é^ard une exception pour les Cocbiiicbînois.
zc\
coc
DANTHROPOLOG E.
CRA
yvi
coflunonément petit, mais la main est plus
nde que c^lle des habitants du Bengale ;
-ODC est carré, presque aussi large au-
dessus des reins qu à la hauteur des muscles
IHH'toraux. 11 y a sous ce rapport une diffé-
rence très-notable entre ces peuples et les
Indiens, qui sont généralement remarqua-
(fies par la finesse de leur taille à la cein-
ture. Le bassin est très-large eitérieure-
ment, et il parait que sa cavité est aussi plus
grande que dans les autres races (166).»
D*après cette description, il semblerait oue
la race serait par sa structure, toute fait
propre aux exercices pénibles et lat)orieux;
mais elle manque de rénergie qu*ôn trouve
dans les travailleurs européens. Les diver-
ses nations dont elle se compose ont la plu-
part une grande aptitude pour les arts mé-
caniques et une très-notable patience pour
rexé«-ution d'ouvrages délicats, et c*est par
ce côté qu*elles sont remarquables beaucoup
plus que par leur capacité intellectuelle;
quelques-unes cependant nous présentent
une égale paresse de Tesprit et du corps.]
CHIPEWATS. foy. Athapjiscas.
CHJQCITOS. Voy. Méditerrahéens.
CHITIMACHES. Voy. Alléghakieïis.
CHOU. Voy. Platites potagèbes.
CHRISTIANISME, chez les Esquimaux,
Hottentots , nègres , etc. Voy. Races hu-
maines.
CIMBRES oir Kiubt. Voy. Ecbopb ho-
DEB?IE.
C1NGALA1S. Voy. Aborigènes.
CIRCULATION. Voy. riTTBODccnoîf .
CLASSIFICATION des races huvaihes.
Fay. Races HmAHiEs.
CLASSIFICATION des A5nf AUX. Foy.ANA-
TOVIB COMPARÉE.
CLATSOPS. Voy. Nootka-Colcmbiens.
COCHON. — Suivant l'opinion de tous les
naturalistes, le cochon privé vient du san-
glier ; les anciens le croyaient aussi, comme
nous rapprend Varron (De re rustic^ I. n ,
e. I). Cependant ces deux animaux diffèrent
par des caractères importants. Le sanelier
est plus grand, plus épais, et d'une couleur
noire. Le marcassin .est noir, rayé de blanc;
le front est plus bombé que dans le cochon
privé, le groin plus allongé, les oreilles plus
courtes et plus arrondies, et les organes in-
ternes ont des rapports différents. Ainsi, il
paraît que ce n'est pas avec le sanglier de
nos forêts que notre cochon privé a le plus
d'affinité, mais qu'il dérive d'une espèce vi-
rant dans l'Orient, ^osse, mais inoffcnsive,
et dont il est question dans diverses rela-
tions de voyages (167). Ehrenberg ne trou-
vait aucune différence entre le cochon sau-
vage del'i^gypte et celui de nos contrées
septentrionales. Le cochon Siamois vient de
la partie orientale de l'Asie : il forme sans
doute une espèce particulière, qui est très-
importante pour la Chine.
Geoffroy Saint-Hilaire, dans une savante
Ibsertation placée à la suite de la Relation
(166) FvL.ifSoVs Embassy ta Siam and Bue^
Çf . 250.
Dicno!i3f. D Anthropologis.
de Texpéd'uion en Mcr/e , a chercne a mon-
trer que le sanglier d'Erymantbe était, d'a-
près les anciens monumenls , une espère
particulière, non décrite et maintenant per-
due. Assertion bien hasardée.
CŒUR. Voy. L'1ntbod€ctio?(.
COLOMBE. Voy. Pigeon.
COMPARAISON. Voy. E^ctvBkut.
CONCOMBRES et .MELONS. Voy. Plan-
tes POTAGÈRES.
CONGO. Voy. Ma51-Cokgo
CONNEXIONS (princif e des connexions).
Voy. Ahatovie compabée.
CONSTANT (Benjamiiv). Voy. Largage.
CONSTITUTION INTÉRIEURE , ses di-
versités. Voy. Variations.
COPHTES. Voy. Egyptienne (Race) et
AmrssfNiEifs.
COSMOGONIE. Voy. Natcbe.
COURSE. Voy. Mouvehents.
COUSIN. Voy. Langage.
CRANE ( Ethnographie ). — Les variétés
3ui s'observent dans la forme et la structure
es organes intérieurs et particulièrement
dans la charpente osseuse, en y comprenant
le crâne sont considérées par la plupart des
écrivains qui se sont occupés des diversités
de l'espèce humaine, comn^e fournissant les
caractères principaux des différentes races^
et comme constituant les marques de sé-
paration qui peuvent le mieux serrir pour
établir les distinctions spécifiques. Les dif-
férences dans la forme générale du corps,
dans la proportion de ses diverses parties,
dans le volume de la tète , dans le déve-
loppement du cerveau, ont été considé-
rées comme des caractères plus essen-
tiels et plus importants que les phéno-
mènes extérieurs relatifs à la couleur ou à
la structure de la peau et des cheveux. On a
supposé qu'ils étaient sujets à moins d'irré-
gularités ou de changements anormaux.
Les variétés relatives à la forme générale
dépendent surtout des différences que pré-
sente la charpente osseuse; or, comme
parmi les différences du système osseux il
n'en est point de plus frappantes oue celles
qui ont été observées dans la lorme du
crAne; on a tenté à plusieurs reprises, de-
puis Camper et Blumenbach, de diriser l'es-
pèce humaine par groupes, en prenant ce
caractère pour base principale de distinc-
tion. Quelques auteurs n'ont fait que peu
de divisions, d'autres en ont fait de nom-
breuses, et à peine trouve-t-on deux écri-
vains qui soient en cela d'accord. Il est un
point sur lequel la plupart d'entre eux
se sont trompés. Ils ont généralement
admis en principe que toutes les nations
qui se ressemblent par la forme de la tête
se tiennent nécessairement de plus pr^s
qu'elles ne tiennent à aucune oes autres
nations qui diffèrent d'elles sous ce rap-
port, et, en conséquence, ils ont considéré
les groupes formés d'après ce caractère
comme constituant autant de races diffé-
(167) Otter, Voyage eu Peru ,"t. V\ p. 2. —
D. Maillet, Descriptiûn de VÉgfpte^ t. D, p. 176.
12
305
CRA
DICTlONiNAlRE
cnA
564
rentes. Ceci paraîtrait tout à fait lé^time,
si Ton avait commencé par prouver que
toutes les différences organiques observées
dans le genre humain sont absolument per-
manentes et sont, de fait, les marques dis-
tinctives d'espèces séparées. Mais, tant qu'il
est encore permis de croire, malgré tout ce
qu'on a dit pour prouver le contraire, que
ces différences peuvent être de simples va-
riétés dues à Taction d'inOuences extérieures
sur les différentes branches issues d'une
même souche originelle, il n'y a point d'in-
vraisemblance à supposer que des causes
analogues, agissant sur plusieurs tribus
différentes , ont produit en elles des effets
semblables, et par conséquent on n'est point
autorisé à considérer une simple ressem-
blance, dans quelques caractères anatomi-
ques, comme preuve irrécusable d'une pro-
che consanzuinité. Ainsi, lorsque nous trou-
vons dans aifférentes parties du monde des
populations qui se rapprochent les unes des
autres par la forme de la tête, ou pewr telle
autre particularité de même ^enre, nous ne
devons pas nous hâter d'affirmer qu'elles
appartiennent à une même race, ou qu'elles
sont étroitement liées à leur origine (1681.
Si, de toutes les méthodes d'après lesquelles
ont peut subdiviser en groupes l'ensemble
des nommes, il eu est une qui soit parti-
culièrement propre à jeter du jour sur l'his-
toire naturelle de l'espèce, c'est certaine-
ment celle qui sera fondée sur un rapport
entre les caractères physiques des diffé-
rentes populations , et les plus importantes
des conditions extérieures auxquelles ces
populations sont soumises. Eu parcourant
l'esquisse ethnographique que nous allons
donner, on verra clairoment que les variétés
de couleur dépendent en partie du climat,
de l'élévation du pays au-dessus du niveau
de la mer , de la distance plus ou moins
grande à laquelle il se trouve de la côte, eti*..
Ces mêmes conditions, on ne peut guère en
douter, exercent aussi une action sur la
configuration du corps humain ; mais on a
remarqué que les formes du corps, chez les
différentes races, paraissent se modifier plu-
tôt sous l'influence du genre de vie et des
habitudes que sous celle du climat, et cette
remarque a quelque chose de vrai, quoique
jusqu'à présent on ne l'ait guère appuyée
que sur des conjectures ; prouver par de
bonnes observations, dans le cas de 1 espèce
humaine, la réalité de ces rapports entre les
formes et les habitudes, serait réellement
une très-belle découverte.
« Si j'osais indiquer ici quelques-uns de
ces rapports , dit Prichard , ce serait en re-
marquant d'une manière très-générale, et
sans prétendre que la loi ne soit pas sujette
h beaucoup d'exceptions, qu'il y a dans l'es-
f)èce humaine, relativement à la forme de
a tête et à quelques autres caractères phy-
siques, trois variétés principales, lesquelles
prédominent 1 une chez les peuples sau-
vages et chasseurs, l'autre chez les races
pastorales et nomades, l'autre enfin chez les
nations civilisées.
« Dans les tribus les plus grossières, corn-»
posées de chasseurs ou d'habitants des fo^
rets, qui ne comptent pour leur nourriture
que sur les productions spontanées du sol
ou les produits incertains de la chasse, dans
c^s tribus, dis^je, parmi lesquelles il faut
ranger les nations les plus dégradées de
l'Afrique et les sauvages de l'Australie, on
voit prédominer une forme de tète que je
nommerai forme prognathe: ce mot, qui
fait allusion.à l'allongement ou proéminence
des m&choires, rappelle, en effet, le trait
principal de leur pnvsionomie* A ce pre-
mier caractère, d'ailleurs, s'en rattachent
quelques autres que } aurai bientôt occasion
de signaler.
« Une seconde forme de tète, très-distincte
de la première, appartient surtout aux races
nomades qui promènent, dans de vastes
E laines, leurs troupeaux de gros et de menu
étail, et aux tribus qui errent misérable-
ment sur les bords de la mer Glaciale, vi-
vant en partie des produits de leur pèche et en
partie de la chair de leurs rennes. Les Esqui-
maux, les Lapons, le'sSamoïèdes et les Kamt-
chadales, appartiennent à cette division, aussi
bien que les nations tartares, c'est-à-dire les
Mongols, les Tungouses et les races turques
nomades. Dans FAfrique méridionale, un
peuple autrefois nomade, qui errait avec
ses troupeaux de bœufs dans les vastes
plaines de la Cafrerie^ les Uottentots, qui se
rapprochent des Tungouses par leur ma-
nière de vivre, ont aussi la face large, le
crâne pyramidal, et Ressemblent encore par
plusieurs traits de leur organisation aux
nations du nord de l'Asie. D'autres tribus
du sud de l'Afrique , ainsi que plusieurs
races indigènes du nouveau monde, nous
présentent ég^^lement quelque chose d'appro-
chant de ce caractère de tôles.
« Les races les plus cultivées, celles qui
vivent par l'agriculture et les arts de la ci-
vilisation, toutes les nations de l'Europe et
de l'Asie qui sont le plus avancées sous le
rapport intellectuel, ont une forme de tôle
dinérente des deux formes que nous venons
de mentionner : c'est la forme elliptique ou
ovale qui, chez eux, est caractéristique.
<K Nous aurons plus tard occasion de citer
de nombreux exemples de nations qui ont
passé d'une de ces formes de tête à une au-
tre, et nous trouverons ces altérations chez
les peuples qui ont modifié leur manière de
vivre. Je n'en citerai pour le moment qu*un
seul cas : les tribus nomades de Turcs ré-
pandues dans l'Asie centrale offrent à un
très-haut degré la configuration pyramidale.
Les Titres depuis longtemps civilisés qui
aescendent des premiers conquérants du
Maweralnahar et du Rhorasan , de même
(168) Ainsi; lorsque Barrow a conclu, principale- Chinois, il a évidemment ûré une conséquence qui
meut a^après quelques ressemblances dans les for- a besoin û'ôtre appuyée sur de nouvelles preuves.
mes de la tête, uue les Hottentots descendent des
SCS
CR\
D'ANTi.ROrOLOGlE.
CH.\
5f»6
mie les Seijoucides, q«lj depuis huit siècles,
soot établis dans Teinpire ottoman et dans
Fempire persan, sont complètement trans-
fbrniés et ont pris, dans la configuration de
leur tête le caractère européen. Quelques
écnraios ont attribué à l'introduction des
csclaTes circassiennes dans les harems, ce
fhangeraent de structure physique observé
chez la race turque; mais cette cause n'au-
rait d'influence que sur les riches et sur
les grands, la masse de la population
n'ayant point formé d'unions hors de son
ripre sein : la différence de moeurs, comme
différence de religion, a tenu, dans les
pays ottomans, les Turcs vainqueurs séparés
dei Grecs, premiers occupants du pays;
tandis qu'en Perse les Tajiks, ou Persans
Ti'rilables, appartiennent à une secte diffé-
rente de musulmans, et sont encore un peu-
ple distinct des Turcs qui les gouvernent,
e( gui virent en général dans des plaines
eioLnées des villes (169). »
Nous allons maintenant donner de plus
amples détails sur les variétés ci-dessus re-
msrqtïées dans la forme du crâne, et faire
rû0/7j///ieles méthodes d*investi^ation qu'ont
5uifi Jes écrivains les plus célèbres qui se
5001 occupés de ce sujet.
La forme prognathe du crAne est très-for-
temeot prononcée chez quelques tribus de
lAfnaae occidentale, et se montre à un
pnDdre de^é chez plusieurs peuples de
i'Afrir/ue onentale , qu'on désigne ordinai-
rement sous le nom de nègres; cependant
00 oe peut dire qu'elle soit universelle chez
iesoè^'res; si l'on étend cette dénomination
î tous les peuples qui ont à la fois la peau
Boire et les cheveux laineux ou crépus. On
roit aussi des crânes prognathes dans Tocéan
Mental : les nègres pélagiens des grandes
'^sde la mer du Sua, aussi bien que les
Ufourous et les australiens, par la forme
fédérale du crâne rentrent dans cette caté-
|(^e, et cependant leurs tètes diffèrent, sous
Fantres rapports , des tètes prognathes des
itiOQs africaines. Je décrirai par la suite,
'wtes ces variétés ; pour le présent, je ne
î»rkrai que des nègres de la Guinée ou de
Airique occidentale. Chez toutes les nations
[91 habitent le pays compris entre la longue
'uloe des montagnes de Kong et le bord
^- la mer, pays qui s'étend de l'est à l'ouest,
^^tiis le cap Pal mas jusqu'au fond de la
iie de Bénin , la forme prognathe est très-
iîtement marquée.
<^n a souvent dit que la forme de la tête
^i les nègres, se rapproche de celle qu'on
k^^^rredansleschimpanzésetd'autres grands
D,:es. Il y a dans cette assertion quelque
•o>eiJe vrai; mais la ressemblance porte
'un trait fort peu important, et consiste
H'iuement dans la proéminence des mâ-
"'•res; elle est nulle pour ce qui concerne
-rêne Droorementdit c'est-à-dire la boite
^l!»9. ( L*apprça moral que renferme celteclassi-
'•MO, c*Ps(-à-(tire la mobilité, rennoblissement ou
•«-;rj<faSioo des formes, suivant le degré d'édu-
tta, fait Iionoeur à la sagacité et à la bonne vo-
osseu«;e qui contient le cerveau, Jfe compa-
rerai néanmoins les formes de la tète osseuse
chez les grands singes et chez l'homme, afin
de bien faire comprendre la nature de ce
rapport, qui est le plus facile à saisir quand
on établit le rapprochement avec le cnim-
panzé et l'orang.
On peut se faire une idée assez exacte de
l'ensemble des caractères de la tète osseuse,
si on l'examine successivement sous trois de
ses aspects: de proGI, par dessus et par des-
sous. On réunit ainsi les données iournies
par trois méthodes distinctes d'investigation,
dont chacune à son tour a été préférée par
unanatomiste bien connu pour s être occupé
de ces questions : le professeur Camper re-
commandait l'étude de la face latérale et
mesurait, comme on lésait, l'ouverture du
profil, au moyen de l'angle formé par ses
deux célèbres lignes faciales; le professeur
Blumenbach attacha t surlout de l'impor-
tance à la forme du contour et à retendue
de l'aire qu'on obtient en regarJant la tèle
par sa partie supérieure, l'œil étant placé à
quelque distance au-dessus du vertex; enfin
plus récemment, le professeur Owen a mon-
tré, ce qui n'avait pas été suffisamment
aperçu avant lui, tout le parti qu'on peut
tirer de la comparaison des crânes vus par
dessous, et après que la mâchoire inférieure
aété enlevée. Nous mettrons à profit ces trois
méthodes , afin de porter dans la comi^arai-
son que nous ferons des races humaines^
une idée complète des caractères de la tète.
1* Profil ou vue latérale de la tête osseuse :
lignes faciahs de Camper, — Camper fut le
premier anatomiste qui tenta de distinguer
et de décrire avec soin,, les différences de
forme qui s'observent quand on compare
les tètes osseuses dans les diverses races
humaines. Cet écrivain imagina une méthode
graphique, au moyen de laquelle il croyait
pouvoir faire ressortir, par une seule me-
sure, les différences essentielles dans la capa-
cité des crânes, et il regardait ce procédé
comme applicable non-seulement aux diver-
ses races humaines, mais aussi aux espèces
inférieures. Voici en quels termes il expose
sa méthode :
ti Le caractère fondamental sur lequel
repose la distinction des nations peut être
rendu sensible aux yeux au moyen de deux
lignes droites. Tune menée du méat auditif
à Ta base du nez, l'autre tangente en haut a
la saillie du front, et en bas à la partie la
plus proéminente de la mâchoire supérieure.
L'angle qui résulte de la rencontre de ces
deux lignes, la tète étant vue de profil, con-
stitue, on peut le dire, le caractère distinctif
des crânes, non-seulement quand on com-
pare entre elles les diverses espèces d'ani-
maux, mais aussi quand on considère les
différentes races humaines. Il semble que la
nature elle-même se soit servie de cet angle
lonté de Taulf^r; mais sa géométrie ne sera pas
I)Ius acceptée par les voyageurs, que les angles et
es carrés de ses devanciers, i (E. db Salles, Uist,
gén. des rac. /»««., p. 207,/"
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i»-7?. 't-^zi^ \^ ^^fe^res inf^rrieures i'is-
f 1 a -I p. i* ti-elles fori£i€squi se renconlit-nl
itis t'tre e*;^*rce. AinM, od Terra que IfS
*4:** .:'• LVr;»'ix offrent ranzlcîeplos p^tiuet
f îe r^ anzîe derienC de pi as en plo^ srand à
rr.^'ire q jé l'animal se rapprcK-hedaTanla^e
'*e la f'/rixie harnaîne. Il t a» f»3rexemp!»%
•irr.i le« «in^e^, nn*^ e^j-ê'-e cîiez laquei.o
ari:r e fe'ri^l a i2 dejrr^^: c.ez un autre aiii-
fun\ <i^ la m^rne ferfjîiîe, qui est no des
♦•ifi^-es le* plus seinhiatfîeç a l'homme, cet
a;jJe e*l eiaclement de 30 degrés. Immé-
<;;qtefnenl après, rient la tèîe du nè/re
africain, qui, ainM que celle du Kalmouk,
pré^nle un an^le de 70 degrés; enfin dans
la t^te des hommes de l'Europe, l'angle est
de 80 de^és. C'est de celte différence de dix
i\^',LT(:% aùe dépend la beauté plus grande de
TEuropeen, ce qu'on peut appeler sa beauté
rx^mparalÎTe; quant à cette beauté absolue,
qui nous frappe à un si baut degré dans
Selques «Buvres de la statuaire antique
^mme dans la tète de rÂpollon et dans la
Méduse de Sisocles), elle résulte d*une
ourerture encore plus grande de Tangle
qui, dans ce cas, atteint jusqu'à cent de-
grés. »
La théorie gue Camper fonda sur cette
mesure, et qui consistait à établir, pour les
différents orares d'êtres virants, une sorte
d^échelle descendante, à les montrer comme
composant une chaîne non interrompue dans
laquelle le nè^re formait l'anneau intermé-
diaire entre 1 Européen et l'orang-outang,
cette théorie y dis-je, a été complètement
renrersée, en ce gui concerne le crâne hu-
main, par les curieuses et intéressantes dé-
courertes du professeur Owen.
Il est essentiel de remarquer que Tyson,
Camper et d'autres anatomistes plus moder-
nes, gui ont écrit sur la structure des oran^s,
ont fondé leurs obserrations sur des indi-
vidus qui n'avaient pas encore atteint tout
leur développement; d'où il résulte que leurs
remarques sur l'angle facial, les dents et les
proportions relatives du crâne et de la face,
sont erronées, lorsqu'on les applique à rani-
mai adulte, et que, comme Ta prouvé clai-
rement M» Owon , il s'en faut de beaucoup
gue la transition de l'homme aux premiers
singes soit aussi graduelle qu'ils l'ont sup-
pose.
On sait que, dans un état peu avancé de
développement, il y a, entre les organismes,
des ressemblances beaucoup plus grandes
que celles qu'on trouvera en comparant
entre eux ces mêmes organismes arrivés à
l'état parfait, et propres à toutes les fonctions
auxquelles la nature les a destinés. Ainsi,
dans le fœtus humain, nous trouvons un os
intermaxillaire distinct tout comme chez les
singes et autres animaux inférieurs, tandis
que, chez l'homme fait, l'absence de cet oà
comme pièce séparée constitue j aux yeux des
zoologistes , une des particularités anatomi-
Ïues qui caractérisent notre espèce. Il n'est
onc point surprenant qu'ayaïit examiné le
cT^ne d'oc jeune ebimpanzé dans le momeLt
où il n'y avait de déreioppées que les dent^
de lait.* on lui ait trouré une très-grande
ressemblance arer le crâne humain. Le car-
reau <ln smze atteint tout son rolume de
trè>-tonne heure : il n*est point deslinô
(iffmme celui deThommeà un développeroeni
ultérieur; par conséquent, à Tâge où, f*ar
suite de raerroissement de lappareil den-
taire, les mâchoires s'élargissent ets^allon*
g^nt, et où il y a en même temps dérelop-
pement de l'arcade zygomalique» comme il
n'y a point agramii^sement corresponiant
diî cerreau et par suite de la bofte ossciL^e
qui le renferme, les proportions du crâne
arec la fice deriennent très^lifférentes de
ce qu'elles étaient d'abord.
Dans le jeune âge où la portion crânienne
est très-déreloppée relatirement à la portion
fa.'iale et maxillaire* la tète de Forang s*ap-
proche à plusieurs égards de la forme bu*
maine : Tangle facial est très-ouverl» !e trou
of'cipital est plus central, et les arcades zygo*
matiques, sont presque entièrement com-
prises dans la moitié antérieure de la base
du crâne.
Tous ces traits de ressemblance sont sin-
gulièrement altérés lorsqu'on compare les
crânes d*adultes. On reconnaît alors, comme
M. Owen l'a démontré, que des caractères
très-fortement marqués distinguent la tète
des animaux quadrumanes de celle des
hommes. Chez les premiers, le crâne pro*
prement dit est une botte arrondie, propor-
tionnellement fort petite , qui est placée en
arrière de la foce et non au-dessus.
Les différences dépendantes de l'âge sont
très-importantes à considérer chez les singea,
![uand il est question de l'angle &cial . D'après
es mesures de Camper, cet angle, comme
nous l'avons dit, va jusqu'à 80 degrés dans
la tète de l'Européen - il est beaucoup moin-
dre dans certains crânes humains, et, selon
notre auteur, on ne l'a trouvé que de 70 de-
grés chez les nègres. Dans le crâne de l'oran^r,
cet angle a été estimé à 6^, 63 ou 60 degrés ;
mais ces mesures étaietit prises sur de jeunes
sujets. M. Owen a constaté que l'angle facial
de l'orang noir ou chimpanzé n'est que de
35 degrés, et celui de l'orang roux de 30 de-
grés seulement. •
La différence qui existe à cet égard entre
l'homme et les premiers singes, est donc si
considérable, qu'il n'y a rien qui puisse lui
être comparé dans les diversités les plus
grandes que présentent entre elles les races
Humaines. Aussi doit-on considé:^r plut^!
comme curieuses que comme importantes
pour la solution d'aucune grande question, les
recherches qui nous conduiraient à recon-
naître que dans une de ces races le crAne
tend à se rapprocher un peu du type qiie
nous présentent les crânes du chimpanzé ou
de l'orang. Toutefois, les faits qui ont été
indiqués par Sœmmering et par d'autres
anatomistes, méritent d'èlre pris enconsi-
ration.
%" De la configuration du crâne vu oar en
Aau/.— Blum en bach nous dit que sa méthode
CRA
D^ANTHROFOLOGIE.
CRA
S70
est Je résultat des observations qu'il a eu
occasion de faire dans le cours d*unc longue
et constante étude des crânes des différents
peuples, dont se compose son importante
collection. U fait remarquer que la compa-
raison de la largeur des tètes, surtout du
Tertei , fait ressortir les principales diflé*
renées dans la configuration générale du
crâne, les différences les plus fortement
marquées. U ajoute que Vensemble du crâne
est susceptible de tant de Tariétés dans sa
forme (les parties qui contribuent à déter-
miner le caractère national, présentent des
proportions et des directions si différentes),
qu*il est impossible de soumettre toutes ces
diversités à un arrangement fondé sur une
mesure unique de ligne ou d*angles; de
sorte que, pour comparer et classer les crâ-
nes selon leurs variétés de formes, il con-
vient de les examiner suivant la méthode
qui permet d'embrasser d'un seul coupd'œil
le plus grand nombre de particularités carac-
téristiques. « Or, dit-il , le meilleur mojen
pour arriver à ce résultat, c'est de placer la
série des crânes que Ion veut comparer, de
roanière à ce que les os molaires se trouvent
enr une même ligne horizontale, comme
cela a lieu quand ces crânes reposent sur la
mâchoire inférieure , puis de se placer der-
rière, en amenant Tœil successivement au-
dessus du teriex de chacune : de ce point,
en effet, on saisira les variétés dans la forme
des parties qui contribuent le plus au carac-
tère national, soit qu'elles consistent dans la
direction des os maxillaires et molaires, soit
qu'elles dépendent de la largeur ou de l'étroi-
tesse du contour ovale présenté par le vertex,
soit enfin qu'elles se trouvent dans la confi-
guration aplatie ou bombée de l'os fron-
Lorsque toutes les différentes formes
observables dans le crâne humain sont com-
parées entre elles, de la manière qu'il vient
d'être indiqué, il 7 a, suivant Blumenbach,
dans le contour qu'elles nous présentent,
trois variétés bien tranchées et qui se dis-
tinguent bien nettement l'une de l'autre. 11
nous donne pour type de ces trois variétés
de forme les crânes d'un Géorgien, d'un
Tungouse et d'un nègre de Guinée, et les
désigne sius les noms de formes caucasique,
mongole et éthiopienne (170).
3* Mesure de la base du crâne, — Des trois
aspects sous lesquels la tète osseuse peut
être observée, il n'en est aucun qui nous
permette mieux de juger de sa configuration
générale, que celui qui nous la fait voir par
sa iMise, l'importance de ce mode d'examen
(170) Le eerveao, qu'on pfélend saisir dans la
Bcsnre de Tangle, peut étie trapu, c'est-à-dire b»
rt la/ye ; rejeté en arrière , eonmie daos Tidéal
pérwiea, en oonsenraiit toujours loème volume,
Mévie poids, méoie puissance. Aussi la formule de
Cai^per, si elle est restée identique pour le but, à-t-
elle clé maniée et remaniée quant aux moyens.
Piod a dooMé d*un angle postérieur Tangle de Cam-
per, en cherchant le symptôme de la foUe ou de sa
jrédisposHiota. Btumenluich a inscrit dans on carr*
e cràoe v« da s*nciput; Oven trace la même
a été démontré de la manière la plus com-
plète par M. OweUy dans son excellent mé-
moire sur la structure de Torang et du chim-
panzé; et en çffet» retendue, les proportions
relatives et les particularités des dinéreutes
parties du crâne s'aperçoivent bien mieux
par ce mode de comparaison, trop négligé
jusqu'à présent, que par toute autre mé-
thode.
On peut observer dans ce système, que le
diamètre antéro-postérieur de la base du
crâne, est toujours plus long chez Torang
Sue chez l'hommf.s et, dans cette (]ifférence
e longueur, ce oui doit frap^ier surtout,
c'est la position oe Tarcade zygomatique,
relativement aux autres parties que présente
le plan de la base du crâne. Dans toutes les
races d*hommês, et même chez les idiots,
cette arcade tout entière se trouve comprise
dans la moitié antérieure de la base crâ-
nienn;^. Dans la tète du troglodyte ou chim-
panzé^ adulte, comme dans celle du satyre eu
orang, elle se trouve dans la région moyenne
du crâne, et occupe juste un tiers de la
longueur totale du diamètre antéro -pos-
térieur.
Un autre caractère extrêmement remar-
quable, mais à l'occasion duquel ont été
grandement trompés les anatomistes qui
n ont comparé l'homme qu'avec des oran^
non adultes, c'est la position du trou occipi-
tal, position qui pourtant constitue un traii
bien important à considérer, non-seulement
à cause de ses rapports avec le caractère
fénéral des formes de l'individu, mais aussi
cause de ceux qu'il a avec les habi-
tudes.
Ce troj, dans les tètes humaines, occupe
presque le milieu de la base du crâne, ou
plutôt il est placé immédiatement en arrière
du diamètre transversal ; tandis que chez le
chimpanzé adulte, il se trouve au milieu du
tiers postérieur de la base. Un troisième
caractère distinctif de ces singes, c'est le plus
grand développement des os qui forment la
voûte palatine, ce qui fait que les dents sont
beaucoup plus grandes et plus écartées, et
ne présentent pas cette continuité qui est
généralement considérée comme un des ca-
ractères di<itinctifs de l'homme. Le$ inter-
valles qui se trouvent compris entre les
incisives, les dents laniaires et les fausses
molaires, reçoivent, comme dans les ani-
maux inférieurs, les dents de la mâchoire
opposée.
Enfin, chez nos singes, la base du crâne
est plate, en raison du défaut de développe-
ment de la partie inférieure du cerveau, les
figure en regardant le cràne par sa base; Cuvier
veut comparer Taire du cerveau ou du crâne avec
celle de la face.
Tous ces procéJés peuvent avoir une valeur reia -
tive et transitive pour classer une collection de pa-
thologie, d*analomie comparée et même d*ethnogra •
phie. L^étude directe des populations , comparées
entre elles; d^individus, comparés en masse nom-
breuse, fussent-ils de la même nation et de la même
iribo, renverse toutes les suppositions et tous lea.
artifices du caiinet^
57f
GlU
DiCTIONiNAiUE
CRA
5:2
fbrmes de la boite osseuse accusant celles
de Torgane qu'il renferme, organe dont le
déTeloppement est beaucoup plus grand
chez 1 homme que chez les espèces inié-
rieures.
Une esquisse de la base du crflne nous
donne la position du grand trou occipital ,
[)Osition qui a toujours été considérée par
es anatomistes comme très-importante à
considérer pour la comparaison de5 diffé-
rentes races numaines. Dauben:on a observé
que ce trou est placé pl"j!5 en arrière dans
ïa tête des animaux quo dans la tête de
l'homme. Chez Thomme, ainsi que nous l'a-
vons dit, il se trouve près du milieu de la
base du crâne , où, selon l'indication plus
exacte de M. Owen, il est placé immédiate-
ment en arrière du diamètre transversal,
c'est-à-dire d'une ligne perpendiculaire au
diamètre anléro-postérieur, et qui le divise
en deux parties égales. Dans la tête du chim-
panzé adulte, le grand trou occipital occupe
le milieu du tiers postérieurde la base. Dans
les jeunes sujets qui seuls, pendant long-
tem|j$, avaient été pris comme terme de com-
paraison , ce trou est placé beaucoup plus
en avant, et presque au milieu du diamètre
antérO'postérieur; toutefois, il est encore
évidemment situé plus en arrière que dans
la tète de l'homme. Sœmniering avait cru
apercevoir quelque différence a cet 6^avd
entre les crânes des Européens et ceux des
nègres ; il la considérait à la vérité comme
très-légère, et ne s'exprimait même sur ce
point qu'avec doute; mais tous les auteurs
modernes qui ont cité son observation sans
se donner, à ce qu'il paraîtrait, beaucoup de
peine pour la vérifier, l'ont répétée dans des
ternes bien plus forts.
M. Prichard a examiné avec le plus grand
soin la situation du trou occipital dans beau-
couD de crânes de nègres ; dans tous il a vu
cpi'îl se trouvait exactement derrière la ligne
transversale, qui coupe par la moitié le dia-
mètre antéro-postérieur de la base du crâne;
or, c'est là précisément que M. Owen a in-
diqué la position générale du trou occipital
dans le crâne humain. Chez les nègres qui
ont l'arcade dentaire ou plutôt le bord alvéo-
laire très-protubérant, la moitié antérieure
de la ligne dont nous venons de parler se
trouve par là légèrement allongée ; mais si
l'on tient compte de cette particularité, la
différence devient insensible ; dans tous les
cas, elle est très-peu considérable, et on
peut en apercevoir éjgalement dans d'autres
races d'hommes, si \%n examine des crânes
qui ont la mâchoire supérieure proémi-
nente.
Si on abaisse du sommet de la tète une
ligne perpendiculaire au plan de la base, on
verra que le trou occipital est placé immé-
diatement derrière le point- de rencontre, et
c'est ce qu*on peut observer dans les têtes
de nègres aussi bien que dans celles des Eu-
ropéens.
Crânes pj/ramidaux. — - Ni l'angle facial
Aq Camper, ni la projection verticale de
lilumenbach, ne peuvent faire ressortir
complètement les particularités caradéristi'*
ques des crânes pyramidaux, c'est-à-dire des
crânes appartenant aux hommes à face en
losange. Ces caractères se voient beaucoup
mieux dans les figures oii la tête est prise
de face. Dans les têtes bien conformées des
Européens, ces deux lignes sont parallèles
entre elles, ce qui tient à ce que le front
est beaucoup plus large que diez les Esqui-
maux et chez les races qui leur ressemblent
par la forme du crâne, tels que les Mongols
et autres nomades du nord de l'Asie. Le ca-
ractère le plus frappant de la tète chez tou-
tes ces nations c'est sa grande projection la-
térale dépendante du développement de ! ar-
cade z3^gomatique. L'os malaire qui forme
la partie moyenne du bord inférieur de
rorbile ne se projette pas en avant et en
bas au-dessous de l'œil, comme dans la tète
Erognathe du nègre, mais il se dirige d'a-
ord en dehors, puis se recourbe en arrière
pour aller rejoindre une projection corres-
pondante du temporal, et les deux réun»s
forment un large arceau fortement courbé.
Les orbites sont grands et profonds. La i>ar-
tie supérieure de la face étantsingulièrement
aplatie, le nez étant également plat, et l'es-
pace compris entre les veux se trouvant à
1)eu près sur le même pîan que les os raa-
aires, l'espace triangulaire qui se trouve
compris entre deux droites, peut être com-
paré à une des faces d'une pyraijiide. Le
visage entier, au lieu du contour ovale
qu'il a chez la plupart des Européens et chez
beaucoup d'Africains, présente une sorte de
losange.
Un caractère de la plupart des têtes pyra-
midales ou plutôt de la forme du visage c[ui
résulte de cette conformation du crâne, c'est
l'obliquité des yeux ou plutôt de leur ouver-
ture : les yeux étant supposés fermés, les
deux fentes des paupières, au lieu de se trou-
ver en droite ligne, sont comme placées sur
deux lignes convergentes. L'ebliquilé ne
tient pas à un défaut de parallélisme dans
les ornites, ou à ce que les axes transverses
de ces cavités ne seraient pas sur le prolon-
Sement l'un de l'autre, mais elle résulte
e la structure même des paupières : la peau
étant étroitement tendue sur la grande saillie
que forme l'osmalaire, au-dessous de l'angle
externe de l'œil, et, au contraire, n'ayant
rien qui la soulève du côté interne, puisque
les os du nez sont peu relevés et que l'espace
inter-orbitaire est presque de niveau avec le
bord inférieur de l'orbite, il en résulte que
l'axe transverse de l'œil semble être dirigé
obliquement en dedens et en bas.
La forme ovale ou elliptique du visage est
propre aux Européens et aux Asiatiques mé*
ridionaux qui leur ressemblent; les arcades
zygomatiques et les mâchoires étant* moins
Srotubêrantes, la silhouette de la tête vue
'en haut n'a point d'angles saillants et pré
sente un contour ovalaire. Mais dans cet
ovale, ou plutôt dans cette ellipse, il s*en faut
de beaucoup que le rapport des deux diamè-
tres soit constant ; eu d'autres mots, cct-
taines nations ont la tête plus arrondie»
%1Z
CRÂ
D^AXTUROPOLOCIK.
CR£
374
die» d*aaa^s l'ont plusj allongée ( iTl }.
Lo grani déreloppement que présentent,
relativement an volume du cerveau, les ar-
caJes zygomatiques, les mâchoires et les os
de la face en général, annonce dans les têtes
pro^athes un agrandissement correspon-
ii3nt de l'espace occupé par les organes des
sons ; ainsi, par ses résultats, cette confor-
mation est celle qui convient le mieux à la
condition des peuples nomades ou chasseurs.
En admettant donc que 1 une ou l'autre de
ces deux conditions ait été primitivement
celle de Tespèce humaine, il y a lieu de sup-
{loser que les premiers hommes devaient
ressembler aux Esquimaux ou aux nè-
gres. Hais c'est là une question historique
uont nous n'avons pas pour le moment à nous
oxuper.
Les caractères physiques des races que
n>us venons de nommer offrent de l'analo-
gie avec ceux des animaux sauvages et non
encore modifiés par la culture. Mais comme
ou fait que les traits distinctifs des espèces
qui n*ont point encore perdu leur indépen-
dance, peuvent, après s*étre en partie effa-
cées sous l'influence de la domesticité , re-
paraître par suite do retour à la vie sauvage,
iJ est réellement peu important pour nous
de savoir si les cara2tères particuliers aux
nues humaines les plus ^ssières sont ap-
{lartenu à la forme primitive de Tespèce , ou
h ils sont le résultat d'une dégradation : or,
la dégradation d'une race, loin d'être un fait
exceptionnel , aurait eu lieu chez toutes les
nations que nous voyons aujourd'hui à l'é-
tat de iiaroarie, si l'on admettait avec quel-
ques écrivains , mais contrairement à 1 opi-
nion généralemcul ret;'je , que le genre hu-
main a commeacé par un état d élévation
morale et intellectuelle dont plus tard il se-
rait déchu.
Ceux qui soutiennent cette dernière hy-
pjlhèse n'ont pas besoin d'ailleurs, pour la
uéi'enJre, de recourir au témoignage des
histoires sacrées et profanes ; ils peuvent
oujecter, contre la vraisemblance de fhypo-
t.iese contraire, ce fait remarquable que les
nations le plus bas placées, telles que les
Esquimaux et les tribus nomades de i Afri-
que et de l'Amérique , ne montrent aucune
tendance à se civiliser, ce qui semble indi-
quer que l'espèce humaine , si elle eût été
originairement sauvage , serait restée^à tout
jamais privée des bienfaits d'une culture
morale et intellectuelle. D'un autre côté, il y
a beaucoup d'exemples très-connus de na-
tions qui sont devenues barbares après avoir
été dans un état de civilisation assez avancé,
et il est très-facile de concevoir quelles sont
les causes qui ont pu amener de pareils ré«
sultats. Au reste, quelque valeur que Ton
attache à ces arguments , il suilit de savoir
que l'opinion en faveur de laquelle on les a
allégués n a rien qui soit physiquement dé-
montré impossible, et ainsi en comparant les
différentes formes du crâne humain, rien ne
nous empêche de prendre pour point de dé-
part le type des races les plus perfectionnées,
et d'y rapporter toutes les variétés qui se
montrent dans les tribus nomades et sauva-
ges ; il nous est tout aussi permis de procé-
der dans cette direction que dans la direc*
tion contraire, etla première méthode même
a un certain avantage , en ce qu'elle nous
offre, pour les rapports et les rapproche-
ments à établir, un terme de comparaison
bien défini et bien connu.
^ CilANE du singe comparé à celui de
l'homme. Voy, Cranb.
CRANES des Américains. Voy. AiiéBi-
CAINS.
CRÉTINS. — On donne le nom de crétins
à des individus idiots ou imbéciles, généra-
lement paresseux, apathiques, gourmands et
lascifs. L,eur aspect a quelqae chose de re-
l>oussant; ils tivent dans la saleté. 11 y en a
d aveugles, de sourds-muets; ils portent
presque tous des goitres volumineux : leurs
chairs sont molles et flasques , leur peau
flétrie e. ridée, jaune, pâle, couverte de
crasse, d'une couche terreuse de gale, de
dartres ; leurs paupières sont gonflées, les
yeux rouges et cnassieux, saillants et écartés.
Le ar bouche béante laisse découler la salive ;
leur langue est épaisse et pendante , leur
figure aplatie, violacée , bouffie , leur mâ-
(171) V ampleur du cràns^ %a capacitif ne sont
pi» les mèm^ dans loites les races humaines, si
uojs en croyons ce qa*ont écrit à ce sujet presque
bja> 1^ anatooiisles. On a sarlout opposé le ci*ane
de TEuropé^ à celui du né^re. Voici les remarques
df Sjemmerinj à cet égard : c J*ai mesuré, du-il,
pto^iears crânes de nègres el presque tjus mes
crânes européens, dans le but de comparer leur ca-
pjc«Lé respeclîTe ; y ai trouvé : 1* qu une ligne, coo-
ûjiie, de la racine du nez, le l^ng de la suture sa-
f Uate, jusjqa*ao bord du trou ovale, était plus courte
tiiez le nêi;re, ta face ayant b même longueur ;
±* que la cireoorérence, prise en passant au-dessus
des sourcils et des os temporaux , étaii moindre
aosfii, el, Si", qa''aiican dei diamètres transverses
n'égalait les diamèlres correspondants des létes en-
ropéennes. » Qui ne prononcerait, diaprés cela, que
le dioe el le eenreao du nègre restent au-dessous
des proporitOD&ieconnneâ an cerveau deTËuropé^n?
A«Joarj*bai encore, cela se répèle sans qu*on élève
l< HMiindre doute à cet c^ard, et cependant Ù y a
du ani qjc ente c."oyaacc a eut cioibatlu? jjar
Tiedemann. Sj manière d^opérer était certainemeol
meilleure que celle de Sœmmering. 11 pesait d*abord
la téle dont il voulait déterminer la capacité, puis
it ta remplissait de miilet cLla pesait de nonveau.
Cette expérience, faite sur quarante cl un individus
appartenant à ta race éthiopienne, et s:ir soixante el
oaze crânes de b race caucasique, loi a montré que
b cavité qui recèle le cerveau du nègre n*a pas
moins de capacité que celle affectée au cerveau de
riiluropésn. Bien qu*lljniilton ait obtenu des ré-
sultats semblables a ceux que je viens de roeoUon-
ner, j^éprouve , en k's consignant ici , je ne sais
Îuelle crainte qu'ils ne soient ou qu'ils n'aient été
émentîs. Comme le crâne du nègre est incontesta-
blement pkis étroit en travers, il faut qn'il gagne,
en longueur et dans la sens vertical, et surtout par
révasement de sa base, ce qu'il perd dans le |iremiei
sens. En reconnaissant un allongement du diamélrb
antéro-postérieur du crâne du nè^, je repousse,
comme o i le voit, une dos assertions de Sœmme^
ring.
575
CRE
DlCliONxNAiUJ!;
CRG
570
k
choire inférieure allongée, leur front assez
souvent déjeté en arrière. Leur taille s'élève
rarement au delà de 1,299 milliro.; leur
existence ne s*étend jamais guère à plus de
trente années.
Il a été jusc{u'à présent assez difficile d'in-
diquer la véritable cause du crétinisme ; on
Ta attribué tantôt à Tusage des eaux de sour-
ces ci'ues et plâtreuses (ce qui expliquerait
Fétymologie du mot crétin^ creta, craie) ; tan-
tôt k l'air épais , stagnant , corrompu qu'on
respire habituellement dans certaines val-
lées; tantôt, enfin , à la misère , à la débau-
che et à la mauvaise qualité des aliments.
Un jeune et savant médecin , M. le doc-
teur Marchant, né dans les Pyrénées, ce
pays qui présente à l'observateur les dis-
semblances les plus frappantes dans la con-
formation physique, les habitudes morales
et les facultés' intellectuelles de ses habitants,
a voulu mettre à profit son séjour au milieu
des populations pyrénéennes pour étudier
ces types si divers et si étranges, montrant la
nature humaine , tantôt dans toute sa ri-
chesse , sa vigueur, sa beauté , son intelli-
gence; tantôt dégradée, abrutie, traînant
une misérable existence en proie aux infir-
mités les plus dégoûtantes.
L'étude des causes du crétinisme et du
goitre a été l'objet principal de M. Marchant,
et, d'après ses recnerches, il a cru pouvoir
établir une série de propositions.
Après avoir suivi la population pyrénéenne
dans toute la longueur de lachaine, il a posé
comme résultat que la conformation physi-
que de ses habitants varie selon la position
géographique des villages ;• elle est plus
avantageuse sur les hauteurs et dans le voi-
sinage de la plaine qu'elle ne l'est dans les
vallées profondes et entourées de hautes
montagnes. Ainsi le type physique des habi-
tants du centre de la chaîne est moins
régulier, moins beau que le type physique
des Pyrénées qui occupent l'extrémité orien-
tale, et surtout l'extrémité occidentale de cette
chaîne de montagnes ; entre ces deux extré-
mités et le centre, la taille de Thomme et sa
constitution se trouvent dans certains rap-
ports déterminés avec l'élévation des mon-
tagnes et la profondeur des vallées qu'elles
circonscrivent.
Entre la confor^mation physique des Py-
rénéens et leur aptitude intellectuelle existe
un rapport direct , constant , et qui ne se
trouve en défaut que pour des localités pla-
cées dans des conditions exceptionnelles,
telles que les eaux thermales. Deux grandes
catégories peuvent être établies dans cette
population : l'une habite les hauteurs et le
voisinage des plaines; l'autre les vallées
basses et profonies.
Les montagnards de la première catégorie
sont généralement bien constitués. Ils se
distinguent moins par leur stature élevée
que par les proportions parfaites qu'ils pré-
sentent dans les formes du corps et des
membres. Chez eux le crâne est volumineux
ot se courbe aven harmonie dans toutes ses
lignes, Jandis f^ue le front, très-large, se
prolonge vers un sommet élevé ; leur visage
est très-allongé, et il se termine par un men-
ton en pointe; leur nez est prononcé, aminci
et en général aquilin; ils ont des yeux noirs,
bien fendus , très-grands , et des sourcils ar-
qués, épais , et qui le plus souvent se réu-
nissent à la racine du nez. Ils ont la peau
généralement fine et douce , des cheveux
noirs ou brun foncé, une barbe épaisse ; ils
deviennent chauves de très-bonne heure,
mais plus particulièrement au sommet du
front. Ces Pyrénéens sont forts, très-agiles
et très-capables de lutter avantageusement
contre les causes des maladies. Ils sont doués
d'un ardent amour de la liberté ; c'est à peine
si de nos jours ils se soumettent aux obliga-
tions des lois du royaume sur les points qui
régissent d'une manière directe les intérêts
de leurs localités.
La nature n'a pas traité moins favorable-
ment les femmes que les hommes de ces
contrés pyrénéennes. La beauté de celles du
Béarn, des pays Basques , du Bigorre et da
Roussillon est devenue proverbiale, La gé-
nérosité, la bienfaisance et la fidélité sont
pour les Pyrénéens des vertus particulières.
Jamais leur liberté ou leur couraze ne furent
échangés contre de l'argent. L esprit poé-
tique de ce peuple, son imagination exaltée
ou romanesque , sa douceur et sa sociabi-
lité l'ont rendu très-religieux. Comme oid-
bre à ce tableau , M. Marchant a fait ressor-
tir quelques défauts propres à ces habitants.
Ils sont ardents et impétueux pour les plai-
sirs, auxquels ils sacrifient trop souvent les
lois du devoir et de la justice. Très-légers,
mobiles dans leurs projets, incapables d'at-
tention soutenue , emportés et vaniteux, ils
se distinguent des autres habitants du midi
de la France par une habitude d'expressions
figurées, par des phrases longues, rapides et
sans intervalles. Tant d'exagération , un
idiome m&le et expressif, ne suffisent pas
cependant à ce peuple ; il s'eûbrce en oulro
de parler par les mains , la figure , les jeux,
et par des intonations très-variées de la
voix.
Comparons maintenant à ce tableau celui
que présentent les Pyrénées de la seconde
catégorie, c'est-à-dire ceux qui habitent les
vallées basses et profondes. Tout annonce
ici une race d'hommes dégénérée ; leur
taille est généralement au-dessous de la
moyenne, et les membres disproportionnés,
donnent à leur personne une apparence com-
mune et trapue. Les jambes de ces monta-
gnards sont courtes et grosses , tandis qfue
leurs extrémités thoraciques semblent avoir
une longueur démesurée. Leurs pieds sont
plats, larges et très-gros ; ils sont fortement
débordés en arrière par le calcanéum, qui, à
en juger par la largeur du talon , serais en
môme temps plus étendu transversalement
chez ces individus que chez ceux de la pre-
mière catégorie. Leur visage estlarçe, court,
très-plat ; remarquable par la saillie des os
malaires et la longueur des arcades zyçoma-
tiques; leur bouche, entourée de lèvres
épaii>ses et pendantes, désagréablement ou-
in
CRE
D'ANTiJlOPOLOCIE.
GRO
578
Tcrtes entre un nez épali! et un menton
court, arrondi , fuyant de nas en arrière ;
leur crâne, moins volumineux que chez les
premiers, manque toujours de symétrie et
présente des gradations saillantes.
C'est dans cette partie de la population ,
dont le tempérament est généralement lym-
phatique el scrofuleui, que les goutteux
et les crétins se trouvent presque exclusi-
Temenl. On peut même ajouter que les in-
diridus qui sont épargnés par la preibière
de ces affections ont tous, en général, le cou
très-gros et très-court. Les caractères intel-
lectuels et moraux de ces populations sont
dans un rapport exact avec leur conforma-
lion physique. Rien ne rappelle ici cette ac-
tinie incessante, cette fierté des habitants de
la première catégorie. Tout, au contraire,
chez ces malheureux respire l'indolence el
Tapathie la plus absolue ; c'est à peine s'ils
pensent à s abriter contre les intempéries
des sflsons , efà-se^ garantir des nombreu-
ses influences locales capables d*allérer gra-
remeni leur santé. Leurs facultés intel-
kluelles sont très-bornées ; mais en revan-
che ces montagnards sont rusés, rampants,
très-enclins au vol et à la débauche.
I>e ce coup d'œil d'ensemble sur les popu-
lations pyrénéennes, M. Marchant croit pou-
Toir établir qu'une conformation irrégulière,
qu'un délaut d'harmonie entre les membres
et le tronc , ne seraient que les premières
empreintes du crétinisme. Cette] affection
n'est pour lui qu'une exagération , un degré
plus avancé des traits physiques et intellect
tuels qui distinguent les Pyrénéens de la
seconde catégorie.
Mais cette étude étiologique est rendue
très-difficile par le nombre el la diversité
des conditions hygiéniques défavorables qui
entourent les habitants chez lesquels s'ob-
servent le goitre et le crétinisme. N'y a-t-il
qu'une seule cause , ou bien faut-il tenir
ï^orapte de l'ensemble de ces conditions?
M. Marchant adopte la dernière opinion,
iprès avoir renversé toutes les causes uni-
ques admises par les divers auteurs , telles
que rinflucnce des races , de certaines
eaux, etc. Un fait très-curieux, que l'auteur
a développé avec soin, est celui-ci : Dans les
Pvrénées, partout où la végétation est très-
nche et très-puissante, la constitution phy-
sif^uc de l'homme se dégrade. N'y a-t-il
qu un simple rapport de coïncidence , ou
bien une végétation trop vigoureuse peut-
elle exercer une influence fâcheuse sur les
l^opulations aui vivent au milieu d'elle?
M. Marchant nésite à se prononcer.
L'exposition des localités et des habita-
tions ne lui semble pas exercer une grande
influence c^mme cause de goitre et du cré-
tinisme ; cette exposition est souvent la
même dans des villages et des maisons dont
If'S uns abondent en goitreux et en crétins,
tandis oue les autres sont épargnés par ces
il^'ux affreuses maladies; cette exposition
eM quelquefois, au contraire, diflérente dans
Husicurs localités habitées par des popula-
tions qui présentent entre elles les plus
grandes analogies physiques intellectuelles
et morales.
Maïs l'humidité du sol , celle de l'atmos-
phère, lui semblent jouer un très-grand rôle
dans la production du goitre et du créti-
nisme ; il assure que cette condition hygié^
nicrue peut être considérée comme une de
celles qui coïncident le plus fréquemment
dans les Pyrénées avec la présence du goi-
tre et du crétinisme, quoiqu'elle manque
cependant dans quelques villages dont les
habitants sont décimés par ces affections.
La malpropreté, la misère, une alimentation
de mauvaise nature ou insuffisante , étant
des conditions hygiéniques communes à
toutes les localités des Pyrénées , l'auteur
ne peut pas les regarder comme des causes
déterminantes du goitre. Les influences in-
contestables sur la santé de l'homme doi-
vent faire ranger ces conditions hygiéni
ques parmi les causes prédisposantes.
Ennn, une des causes auxquelles il attri-*
bue la plus grande importance dans la pro-»
duction du goitre et du crétinisme , c'est la
funeste habitude où sont les habitants de .
chaque village de ne s'allier que fort rare-
ment à ceux d'un village voisin : de là doit
nécessairement résulter, à la longue, la dé-»
Gradation de la population ; et cette cause a
té assez puissante pour qu'il ne soit pas
très-rare de rencontrer des crétins parmi
les descendants de quelque famille noble et
riche présentant les conditions hygiéniques
favorables pour résister aux causes de cette
maladie.
CRIS. Voy. Voix.
CROISEMENT et TRANSITION. — On
sait assez que deux races mises en contact
par une conquête, un commerce, une traite,
se croisent par le mariage et produisent une
génération métive. L'union de deux races
peu difl'érentes, le Celte et le Germain, le
Germain et le Slave, produit des nuances
peu saisissables. Les effets du croisement
ont été étudiés là où deux facteurs très-djs-
parates donnaient des [produits plus pronon-
cés : aux colonies, le Caucasien le plus
blond s'unit à la négresse la plus noire ; et
les préjugés du pays, en flétrissant la caste
africaine, ont crée un puissant intérêt à
classer et préciser les castes intermédiaires,
Moreau de Saint-Mér^ et Franklin les dis«
linguent par les ap[)ellations suivantes : mu-^
lâtre, quarteron, métif, mameluk, quarte-^
ronné, sang-mèlé. Ces six degrés résultent
du mélange continu du blanc avec la né-
gresse d'abord, puis avec les dérivés succes-
sifs du croisement, mulâtresse, quarteronne,
métive, etc. Les castes de couleur, dans leur
retour vers le nègre, ont noté avec la même
{précision leur gamme descendante ; le mu-
fttre et la négresse donnent le griffe ; mulâ-
tre et griffe le marabou ; griffe et négresse
le sakatra. Sur le continent américain, on a
classé, quoique plus vaguement, les produits
croisés d'européen et d'inuien, d'indien
avec africain. En Portugais, le fils du blanc
avec l'indienne s'appelle mamcluco; le fils
du mamcluco. avec l'indienne, chulo ; lo
S73
CRO
DICTIONNAIRE
CRO
m
no'r africain ardc l'indienne fait le curibCH
cas» appelé à Saint-Paul cafuso , en Colom-
bie zambo, et dans d*autres pays espagnols,
sombolero. Le somholero et la mulAtresse
font le saccalaqua. M.RouUin parle aussi du
Croduit de Teuropéen avec une sorte d'al-
inos américain, produit qui s*appelle salta-
tras. En Sénégambie, le métis ou nègre et
du foulle 5*appelle toucolor.
Les races blanches sont en contact avec
des mongols fort basanés dans toute l'Asie
centrale. Mais les etiets du croisement n*ont
Sas été enregistrés parla science. Le nom de
arismy s'applique, dans la langue russe,
aux produits d'un pareil mélange, sans pré-
ciser le de^é eiact de la parenté. Dans far-
chipel inuo^hinois, oCi la yolupté euro-
péenne a trouvé des aliments aussi faciles et
plus variés qu'aux Antilles, les produits doi-
vent être curieux par leur multiplicité, ins-
tructifs par leurs apparences. Les diction-
naires espagnols et tiollandais n'en ont pas
encore formulé la filiation. La philanthropie
anglaise n'a pas voulu accroître la liste déjà
«inùnie des parias indiens: aussi tout en
cédant à la fantaisie européenne stimulée par
l'ardeur des tropiques, elle s'est du moins
abstenue d'appellations plus flétrissantes et
plus précises que half^casty middU-race,
country-born. M. de Salles a vu à Londres
de nombreux et magnifiques échantillons de
ce mélange du sang britannique avec pres-
que toutes les castes ou nations indiennes,
siks, mahrattes, radjpout, télinga, malabare,
orissa, bengali, visapour, cingalais, myso-
rien.
Dans beaucoup de pays, on a constaté la
beauté et la vigueur de ces races croisées.
Les Hollandais et les Hottentots ont engen-
dré, au Cap, do véritables géants. Les deux
nations qui vivent* à la Nouvelle-Zélande,
ont donné naissance à un type quasi-juif
pour les traits et la couleur ; dans les deux
pays, les femmes ont adouci par la beauté
la force de l'autre sexe. Entre races très-ba-
sanées, ce double résultat n'en existe pas
moins ; seulement il estmoins frappant pour
l'œil européen, sensible surtout à un type de
beauté qui se rapproche du sien.
Entre autres particularités offertes par les
métis des races noires ou fuligineuses, on a
noté la luxuriante chevelure des Cafusos
d'Amérique et des Papous de l'archipel indo-
chinois. Ces deux métis sont issus d'un nè-
gre laineux et d'une femme très-basanée à
cheveux plats,*américaine dans un cas, ma-
laise dans l'aufre. Laraca nègre, d'où émane
le Papou est celle de la Nouvelle-Guinée, que
{plusieurs naturalistes ont retrouvée dans les
les de la Sonde, Moluques, et à la presqu'île
de Malacca. La chevelure demi-laineuse des
Papous et des Cafusos forme autou? de leur
lêlj u :e mafse de plusieurs pieJs de circon-
fér.'pce. On l'a remarquée aussi chez des
métis des races malgaches exportés aux îles
de France et Bourbon , sous le nom de tètes
de mar jii es. Les Béni-Ababdé et les Bécha-
ries d'Egypte et Nubfo offrent aussi une fête
{gonflée par cette plique énorme, que, mu-
sulmans peu scrupuleux, ils ont négligé de
raser et de cacher sous un turban. Beaucoup
de têtes entnrbanées d'Abyssiuie, Nubie et
Egypte, se couvriraient de chevelures pareil*
les, si elles adoptaient le négligé sauvage des
Bécharies ; car les concubines négresses
abondent partout, même chez les Tibbous
et les Scheggià, qui se vantent de conser*
ver leur sang arabe purde toute mésalliance,
sous leur peau noire et luisante comme une
botte Terme.
La lonsue vallée du Nil, placée aux con-
fins de l'Afrique et de l'Asie, est depuis bien
longtemps le point de réunion des peu-
ples de ces deux mondes, et une race metive
se surajoute incessamment au type national.
Ce mouvement est aussi ancien gueles temps
historiaues ; les monuments peints et sculp-
tés le démontrent encore mieux que les mo-
mies, puisque celles-ci n'ont conservé in-
tact que le squelette. Les traits mous, la
peau, la chevelure sont détériorés. Les con-
clusions de Blumenbach, tirées de l'examen
des momies, sont rendues parfaitement in-
signifiantes par la minime quantité des piè-
ces du procès ; mais, soit hasard, soit ins-
tinct, Blumenbach a exactement indiqué les
races qui coopéraient % la population de TE-
gypte antique;, indou, nègre, nubien. Cette
dernière ne peut être que le métis issu de
l'union des deux autres.
Cuvier et ceux qui le répètent de con-
fiance, ont trouvé une race caucasienne à
rinspection des momies. On ne peut pas
fonder grand chose sur la valeur du squ^
lette apprécié indépendamment des traits et
de la peau. 11 y a des crânes et des traits
caucasiens chez les Yolofa et les Achantis, et
tout le monde mêle aujourd'hui les Indous
à la race caucasienne.
Les cheveux roux et par fois plats trouvés
sur quelques momies, ont laissé croire à une
harmonisation avec une peau au'on avait la
meilleure volonté de trouver blanche, avant
de se douter que la couleur des peintures de
Biban-el-Moulouh et d'Elethya était sincère
pour les hommes et pour les femmes de l'E-
gypte antique. Ces mêmes peintures nous
apprennent la forme et la couleur précise
des chevelures aplaties par les banclelcttes
et roussies par Talcali du natron ou \^v la
friture du goudron parfumé. Là où Téti*
quette n'a pas rasé les cheveux, comme chez
les prêtres, ne les a pas dissimulés sous un
casque ou une autre coiffure, on reconnaît
parlaitement une chevelure noire, crépue,
qui retombe sur les épaules comme une pe^
ruque à la Louis XIV, et parfois se hérisse
drue sur le front et les tempes, comme \^
plique des Bécharies. La race métive remé*
langée avec la nation, ne la changeait pas
sensiblement, car le type de celle-ci était
déjà quelque chose d'intermédiaire au nègre
d'Afrique et au basané yeminois ou indoa.
Ceci est encore un corollaire légitime de la
vue des monuments ; c'est aussi l'induction
d*une loi de fusion chromatique des races,
loi qu'on a cru important de ne pas confon-
dre avec les effets du croisement.
5SI
CIIO
DWOTHROPOLOGIE.
CRO
S»
Les {larlisans de la multiplicité des espè-
ces se serrent du croisement pour interpré-
ter les ^«dations d*une espèce à l'autre.
Deux races existent de tout temps : les Scy-
thes au nord de la mer Caspienne et de
t'£uxin, les Mandechous à Test de l'Âltaî ;
les Tar tares qui sont un mezza termine en-
tre les deux races, basanés avec des traits
européens, ou blancs avec des traits man-
dchous, sont le produit métis de Tunion des
deux races.
Cet argument a intimidé quelques unitai-
res au point de mêler aux excellentes rai-
sons qu*OD peut y opposer, des raisons très-
laiiiles et presque la négation du fait de la
production des métis intermédiaires aux
deux parents. Le rouge ou le cuivré, dit
M. ^iseman, ne sont point l'intermédiaire
du blanc et du noir. Pourtant si Teuropéen
est blanc rosé et le nègre rouge noir, rouge
brun est juste la moyenne entre les deux
teintes. Si l'européen est olive clair, c'est-à-
dire jaune, jaune foncé, vert ou bronzé sera
le r&ultat chromatique des mélanges. Le
basané ou jaune brun avec du noir doit pro-
duire do fuligineux ou bistré.
Nos adversaires ne se sont pas avisés d'un
autre rapprochement bien capable aussi de
donner a réfléchir. Le nom par lequel on
désigne quelques-uns des degrés métis est
le plus souvent le nom d'une nation ou
d'une race dont ce métis reproduit les appa-
rences. Karismy ^ qui veut dire mulâtre
Mongol blanc, désigne aussi une nation tar-
tare du Caucase ; marabout est le titre des
chefs maures de la rive droite dû Sénégal ;
mameluk veut dire égyptien ; habsch ou
abyssin est le nom générique de tous les
hommes de couleur en pays arabe et afri-
cain. Ces dénominations reposent sur de
simples analogies d'apparence. Le bons sens
pratique pourrait bien avoir noté que le
croisement n est qu'une épreuve brève par
laquelle les deux races sunissent les trans-
formations réalisables sur l'espèce par d'au-
tres moyens plus lents. Ces moyens, agis-
sant depuis le commencement du monde,
avaient déjà produit leurs résultats extrê-
mes, même avant les temps historiques ; ils
avaient pu a fortiori, évaluer tous les résul-
tats intermédiaires constatés par la piste tra-
ditionnelle des émigrations et des langues,
f»ar la trace matérielle de la patrie et des
apparences physiques.
Cherchant de bonne foi la vérité tout en-
tière, n'en repoussons aucune partie: le
cmlsement est un fait évident et large, puis-
3 ne les races croisées forment un sixième
c la population aux Ëtats-Unis, un cin-
quième au Brésil, un tiers au Mexique. Si,
îfàr une révolution politique et géologique,
1 £uro|»e cessait de fournir l'élément blanc
qui doit un jour dominer l'indien au Mexi-
que, le nègre au Brésil, comme il le domine
riéjà aux Etats-Unis, la fusion des trois races
donnerait une moyenne basanée qui se rap-
procherait un peu du type américain, même
par la chevelure plane, tôt de rAméricain et
(le l'Européen. Mais avant que cet amal-
fjBme] fAt complet Y les influences qui ont
jadis produit le type américain auraient pris
part au nivellement.
Croisement, race, climat, voilà donc les
éléments respectifs dont il faut faire la part
en analysant une nation qui oflre des appa-
rences intermédiaires à deux autres, ou bien
une nation qui offre des types mélangés.
Le croisement peut revendiquer une part
considérable là seulement où la nation qu'on
examine est peu nombreuse ; mais la situa-
tion de l'Egypte, delà Nubie etdel'Abyssinie,
est unique au monde. Ligne étroite et longue
sur les confins de deux grands continents,
centre de fluxion des populations aventu-
reuses d'Asie et d'Europe et d*esclaves im-
Sortés par la traite, la vallée du Nil, bornée
ans toute sa longueur par des déserts, n'a
jamais nourri plus de dix millions d'habi-
tants. Une étroite lisière de cing cent lieues
de longueur peut facilement s'imbiber des
couleurs des étoffes voisines. Au contraire,
la Tar tarie, ou plutôt les tartaries sont des
régions immenses et immensément peu-
plées. Les traites ne s'y pratiquent pas ; les
conquêtes refoulent plutôt qu elles n'amal-
gament des peuples sans habitations fixes ;
et, en tout cas, l'on pourrait répéter ici la ré-
serve faite maintes fois contre la propagation
des langues par les invasions : une poignée
d*étrangers ne change ni le sang ni la langue
d*un grand peuple. Si, au contraire, l'émi-
eration a été large et a duré longtemps, c'est
Je dépaysement qui a altéré lentement les
formes et la couleur du peuple, pendant que
le croisement changeait rapidement les ap-
parences de l'aristocratie.
Il faut donc n'admettre qu'avec réserve des
assertions comme celles-ci : les Morduans
sont brunis par le mélange du sang tartare ;
les Noghaïz Turcs ont changé de figure par
le mélange du sang mongol ; les Turcomans
et les Ousbeks sont devenus demi Ralmouks.
Le mélanse, fût-il certain, n'a pas été porté
au point de produire tous les effets qu'on lui
prête. Nous avons près de nous une démons-
tration de cette thèse.
Les Turcs , qu'on suppose sans preuves
avoir été basanés et même Mongols ou Mand-
chous d'apparence, se sont , dit-on, embellis
et blanchis par leur mélange avec les belles
esclaves Géorgiennes et Circassfennes. Les
Turcs , vainqueurs des Grecs , étaient peu
nombreux, sans doute ; mais, enfin, trois ou
quatre millions se sont bien répandus dans
les deux côtés du Bosphore. Le fanatisme et
la pauvreté tinrent toujours le peuple isolé
de l'alliance chrétienne. Les riches et les
grands, minori té presque insimifiante, euren t
seuls le privilège de ces belles esclaves du
Caucase chèrement achetées. Comment cette
alliance des grands aurait-elle ennobli le
sang du peuple ?
Chardin a accrédité un préjugé sembla-
ble relativement à l'influence des harems de
Perse. Il a commencé par supposer que la
race turque, régnant actuellement en Perse,
était tartare de la plus laide espèce « de ces
hommes originaires des pays entre la mer
ésa
cao
DICTiONr^AlRE
CRO
3Sl
Caspienne et la Chine, petits et gros, nez à la
chinoise , visage large et plat , teint mêlé de
jaune et de noir. » Il a sans doute vu des
Tartares pareils , mais non parmi les grands
seigneurs persans, tous embellis par des
mères Géorjziennes ou Circassiennes. Lo
portrait des Guèbres n'est guère plus beau ;
quoique tracé de visu : « Les Guèbres ou Par-
ses, restes des anciens Perses , sont laids,
mal faits , pesants , ayant ]a peau rude et le
teint colore. » Il n'y a là aucun trait qui
n3 puisse s'appliquer aux basses classes des
pays les mieux dotés du côté de la forme «t
de la couleur.
Les Guèbres sont en Perse une classe mé-
prisée et abjecte, comme les Juifs dans quel-
ques parties de l'Europe et des pays musul-
mans. A Bombay, au contraire, où lesGuèbres
sont riches et considérés, ils luttent avec les
Anzlais dans les querelles théolodques et
litter.ires, dans la propagande des livres
saints , le luxe des cimetières et des éouipa-
f;es , le luxe des choses saintes et monuaines
172); la physionomie de cet ancien peuple a
repris la noblesse et la beauté. Les hommes
sont grands et forts , les femmes élégantes
avec de longs yeux , des sourcils arques , un
teint blanc imperceptiblement doré, que,
chez les hommes, le grand air olive ou safrane
un peu. Les Guèbres qu'on voit à Bagdad et
à Alep ont les traits Indo-Européens, avec
un teint de café cru. Un académicien des
sociétés asiatiques a revendiqué , pour les
Perses antiques, cette beauté que leurs des-
cendants eSIeurissent de nouveau là où lo
cadre social en a permis révolution.
Les Radjiks qui , dans de pareilles condi-
tions , sont encore une très-belle race , des-
cendent, selon toute apparence, de cette par-
tie de la nation antique qui se convertit à
l'islamisme. Les lliates, rattachés par de très-
vagues ouï-dire à une origine mongole, sont
tout simplement le peuple pasteur et agri-
culteurdes campagnes. Celui-là paraît, comme
toujours , plus laid que les habitants des
villes. Les Radjiks n'avaient donc pas besoin
d'être embellis, el si tous les riches copient,
au prorata de leur fortune, le luxe de Feth-
Aly-schah, qui eut plusieurs milliers de fem-
mes dans son harem , il est difficile que la
traite les pourvût exclusivement avec les
esclaves du Caucase. Au contraire , l'aspect
de l'aristocratie moscovite donnerait créance
à l'idée de Maltebruu, qu'elle est le résultat
du mélange des chefs des Huns Mongols avec
les peuples slaves.
Les émigrations ont plus d'influence que
*e croisement sur les bigarrures ofifertes par
les peuples de Caboul et de l'Inde. Parmi les
Afghans très-basanés, limitrophes des Indous,
on rencontre des hommes noirs comme des
Malabares, Les Afghans occidentaux sont, au
contraire, d'une teinte de plus en plus claire,
et l'on rencontre parmi eux des individus
d'un blanc aussi parfait que des Européens.
Des blancs pareils se voient aussi parfois
chez les Afghans orientaux , mais ils j sont
aussi rares que les individus d'un fuligineux
indou parmi les Afghans occidentaux. Le
commerce appelle dans ces hauts plateaux
beaucoup de musulmans de l'Inde méridio-
nale. Les motifs religieux et les pèlerinages
font voyager les Indous dans toutes les direc-
tions, et les castes basanées du nord ne
répugnent pas à des alliances avec leurs frè-
res plus sombres du midi de la péninsule.
Les quatre castes fondamentales se mêlèrent
très-anciennement et donnèrent naissance
aux castes accessoires ou parias. Celles-ci,
sorties de Jubal et deTubalcaïn, exploitèrent
les arts et métiers sous des noms infinis de
corporation et sous des livrées variées comme
les climats de leur patrie et le croisement de
leur atavisme. Les unions adultères n*ont nas
cessé entre les quatre castes, ni entre celles-
ci et le tiers-état artisan ; qu'on mêle par la
pensée toutes ces influences , et l'on pourra
se figurer l'inépuisable surprise des yeux
européens, à la vue du peuple Indou dans la
rue , le bazar d'une capitale , où à quelque
pélerinajge comme celui du Jaghernard. La
variété infinie de couleurs y devient cent
fois plus frappante par la presque nudité
d'un peuple déchu, vivant sous un ciel ardent.
Les doutes que nous venons d'émettre sur
l'influence des harems turcs et persans ne
nous porteront pas à attribuer le noircisse-
ment des Portugais à quelques siècles passés
dans le climat de l'Inde. Les Portugais, fort
peu nombreux, se sont alliés aux femmes du
pays et ont gagné des prosélvtes , double
mouvement ou leur peau blanche fut bientôt
occultée. Les castes maintenues par le pri-
vilège et le préjugé ont lutté plus longtemps
contre l'action des alliances , mais en subis-
sant l'action du climat sur une peau déjà
basanée et sur une race proche parente des
types méridionaux. De là ce fait : à latitude
égale, les brahmes sont un peu plus clairs
que les autres castes , fait qui n'est pas cor;
tredit par cet autre ; les brahmes du midi
sont beaucoup plus basanés que ceux du
nord. Les disparates notées dans un mênie
pays seraient aisément expliquées parlori-
gine de l'individu , par ses alliances ou par
son expatriation.
Les castes indiennes furent , selon tonle
probabilité , le produit d'une série de con-
quêtes rayonnant du nord au sud ; il est
encore plus probable que la différence de
couleur, movenaisédeaistiction, aida autant
que la généalogie à graduer les rangs sociaux.
Le mot caste est portugais ; vama , qui lui
correspond en sanscrit, signifie couleur
(172) Le Guèbre sir Jaroctji, fait chevalier par la
reiie Victoria, a souscrit pour une valeur de
750,(y00 fr. pour des impressions de controverse et
/^p tbéoloj^ie parsis. Un autre Guèbre fit jefer à la
iu:T plusieurs milliers de Uvres de sucre, dans une
(les rct:s où sa religion adore les éléments. Le grand
cimetière guèbre est une tour remplie de crochets
de fer et percée de fenêtres. Les oiseaux de proie t
\iennent dévorer les cadavres qu^on précipite d'en
haut sur les crochets. Celte tour, ainsi que le pin
temple parsi , sont d'une architecture l«s-
ou
coquette (Théod. Pavie.)
3»
DEC
DAXTimOPOLOGIE.
DES
396
Ainsi les préjuges orç^ueilleux de T Amérique
moderne expliqueraient le cadre social de
l'antiquité indienne et égyptienne.
Un contrat de Tépoque lagide donne le
signalement des parties contractantes ; ce sont
des ouvriers et un maître fabricant de cuir
ammonien qui ren Jent un fonds de terre. Le
maître Pamouthel, de couleur noire , beau ,
lon^ de corps , de visage rond , nez droit.
Semouthis Pannei, de couleur jaune , visage
roihU nez un peu aquilin , lH)ufli. L'acheteur
Néchoutès, pel4t, teint jaune, a^^éable, visage
long , nez droit , une cicatrice au milieu du
front.
Les Grecs blancs font comme les blancs de
nos colonies ; ils notent soigneusement les
nuances des gens de couleur. Les Ëgyptiens»
bruns et plus embarrassés se contentaient
de noter les généalogies , comme les Indous
modernes.
Llnde est de tous les pays le plus commo-
dément situé pour y observer la loi du chro-
wèmtiswu fonce, comme la gamme claire se
précise dans les lignes isothermes d*£urope.
La transition insensible des races, leur fusion
gradoeile les unes dans les autres et par le
teint et par les traits, est le point le plus
capital de Tethnographie, le fait le plus cer-
tifié par les voyages. Du Caucase indien vers
lequel nous avons vu converger toutes les
traditions et toutes les langue^ on peut faire
aussi rayonner les lignes sur lesquelles les
races permutent leurs traits et leurs couleurs
par des transitions imperceptibles.
Les cheveux Européens dans leurs âges
divers passent du blond filasse aux teintes
blonde , rousse , chitain , brune noire. Une
chevelure vierge du ciseau porterait cette
gamme entière, qu*il est aisé de se figurer.
L* Asie , tète du monde , a vu ruisseler tous
.es peuples comme une luxuriante cheve-
.ure; les peuples, diversement étages sur
les continents et les îles, offrent au même
instant le répertoire complet de ses couleurs.
S*il y a quelque part des lacunes, des sauts
bnis(][ues, un désert où FOcéan les motive,
les migrations les expliquent. Et , pourtant,
les mille isolements de l'archipel Océanien
n ont jeté de grandes perturbations ni dans
les races ni dans les langues ; la loi d*afiinité
et de continuité est à plus forte raison visible
là où les communications se suivent sur les
terres , se facilitent par des fleuves ou des
bras de mer.
L'Afrique et rAmérioue, dont on faisait
des épouvantails pour 1 unité de la famille
humaine, des accidents exceptionnels et
inexplicables pour le cadre de ses variétés ,
rentrent merveilleusement dans la règle,
depuis que les observations certaines de
voyageurs instruits ont Iwilajé les contes
d*aventuriers ou les hypothèses de ca!>inet.
Ce sont des hommes indifférents à la ques-*
lion de Tunité, ses ennemis peut-èlre ; mais
2 ni naturalistes exacts , nous ont pous'^é à
lire de TAfrique ni plus ni moins que de la
presqu'île de ^Ualacca, un dcparte;uent de la
grande province océanienne ; iJe TAnjérique
tout entière, un simple ap[>en lice des races
indoues et mongoles. Au nord de rAméri-
que , les nuances de raee et de langue ne
manauent pas pour nouer le lien avec les
peuples de Sibérie, du Kamtchatka, du
Jamn, des Aléoutes.
Nous n'avons pas voulu profiter du nom de
Sake (Scythe ) porté par une seule tribu iro-
quoise.
A l'Afrique, les nuances asiatiques ne
manquent pas plus à Torieut que les rac-
cords Européens au nord. Le chromatisme
peut rayonner en tout sens de Maroc à Guar-
dafui , du Mogreb au Cap, des Nubiens cl ez
les Yolofs; partout transition, harmonie,
jusqu'à cet appendice méridional , jaune ce
peau, avec des yeux obliques et la dimension
mignonne de pieds et de mains oui r^pelle
à la fois des races mongoles d Asie et les
races tupis , caraïbes et cbacos de l'Améri-
que du sud 1
CUMANAGOTOS. Voy. CàRniES.
CYTISE. — C'était une pfante fourragère
très-renommée chez les anciens. Aristote
dit, dans un seul endroit, que le cytise donne
beaucoup de lait, Théophrastç et Dioscoride
en parlent aussi avec détail, mais sans rien
dire de sa culture comme fourrage. Aristo-
maque d'Alexandrie écrivit sur le cytise un
livre dans lequel il le vante comme une
plante excellente pour la nourriture du bétail ;
Démocrate et ceux qui vinrent après lui tin-
rent le même langage. 11 est très-probable
que c'était le meaicago arhortà de Linné ,
car on parle de sa tige ligneuse ; cette plante
croit spontanément et en abondance sur les
montagnes pierreuses de la Grèce. Rien dans
les écrits des anciens ne nous montre que le
cytise fût cultivé en grand comme plante
fourragère; Pline s'étonne de sa rareté en
Italie , et Columelle n*en traite que dans un
appemlice, probablement d'après un auteur
plus ancien. Si le savant auteur des idylles
chantait le cytise à la cour de Ptolémée , si
après Ini Virgile en parle souvent , ce n'est
pas une raison pour croire qu'ils l'eussent vu.
D
DANIELO. Voy. Langage.
DATTIER. Voy. Palxieb.
DECANDOLLE, son opinion sur ITiy'ori-
dîté. Voy, Ge^re.
DEGENERA TION des animaux. Voy, Va-
BUTIOXS.
DE GERANDO. Voy. Langage.
DEISME. Voy. Natlre.
DELAWARES. Voy, Algo^çquins.
DESCARTES, inconvénients de sa théorie
sur la vie et sa cause. Voy. Nature.
DESTINEE DES RACES HUILAINES,
w
DES
DICTIONNAIRE
DES
M
PROGRES. — Progrès est aujourd'hui le
mot d'ordre de toutes les intelligences vives,
et nous nous plaisons à le reconnaître, ces
intelligences sont pour la plupart stimulées
par des cœurs généreux. Il serait donc deux
fois regrettable d'être en dissentiment avec
elles et «ur les commencements de l'huma-
nité, et sur le rôle respectif des races di-
verses dans l'oeuvre immense des généra-
tions passées et futures. Comment faire
pourtant ? les plus sincères amis du progrès
sotot forcés, par la logique même de leur
croyance, de faire commencer le dévelop-
pement social par la plus abjecte barbarie ;
aue dis-ie ? par l'état bestial, car la grande
iagonale qui doit rencontrer Dieu en con-
tinuant l'ascension, se confond avec la brute
à l'autre extrémité.
On nous dit assez explicitement :
« Des singes quadrumanes ou bimanes
eurent un jour une dernière faculté sura-
joutée aux facultés antérieures. Ils eurent
îa pensée, la parole, la prévoyance; ce grand
événement est raconté dans les traditions
orientales sous le mythe d'Adam. Ces bi-
manes étaient déjà de plusieurs couleurs ,
mais le progrès fut le lot privilégié des races
blanches. »
Aiosiy Dieu aurait fait de la liberté et de
l'égalité le point de mire de nos efforts, en
imposant aux deux tiers de la création
une organisation fatalement incompatible
avec elles I Dieu a donc pour toujours dis-
proportionné les moyens et le but? On se
récrie contre le Dieu jaloux de Moïse don-
nant à un petit peuple le privilège de la ré-
vélation, et l'on voue froidement à l'igno-
rance à perpétuité, à l'im pénitence finale, à
la mort entière, toutes les races noires ou
basanées ? Oui, pendant que les blancs mon-
tent triomphalement à la brèche, ces cas-
tes parias comblent les fossés de leurs cada-
vres accumulés ; leurs agonisants se tordent
sous nos yeux dans les angoisses de la dou-
leur, sans doute pour pratiquer le dévoue-
ment et exercer notre précieuse sensibilité I
L'inégalité des races est après tout comme
l'inégalité des rangs dans le <;adre social, la
condition de l'ordre, du travail et du
Srosrès ; la condition du génie, de la pitié,
e 1 abnégation, toutes choses et mérites que
l'égalité anéantirait ....
Voilà donc des égalitaires partisans des
castes , des privilèges et de l'inégalité.
Voilà des humanitaires, deshéritant- du lot
social les deux tiers des hommes. Avançons
avec courage sans nous inquiéter de si
légères contradictions ....
Les races basanées et noires sont donc
destinées, non pas à être initiées, mais ab-
sorbées par la race blanche ou adamique ?
De quel droit alors réprouver la guerre au
nom d une douteuse fraternité ? La guerre
est le plus puissant moyen d'absorption. Il
ne s'agira plus que de bien regarder aux
teintes de la peau ; les peuples de l'Europe
s'apercevront quelque jour qu'ils sont fort
bruns au miJi, fort blancs au nord. Les
A n;;Io -Américains viennent de renouveler la
même observation sur les races espagnoles
du Mexique, après l'avoir . énergiquement
appliquée aux Peaux-Roûges de leurs forêts
et de leurs prairies. Mais reprenons avec
calme le raisonnement par sa base.
Les annales de tous les peuples comment
cent par l'état sauvage fort mal déguisé sous
des mythes ; Adam et Eve s'occupent de la
nourriture et des vêtements, Abel est pas-
teur, Caïn agriculteur; Enos, appelé Feu par
Sanchonialon, est le mythe des abris per-
manents et du foyer domestique. Halbu-
sala, Emphis se séparent et colonisent.
Lamech construit des villages et des parus.
L'histoire chinoise reproduit la plupart de
ces patriarches que les boudhistes, comme
les rationalistes pnéniciensou çrecs, avaient
accommodé en mythe sisnificatif. /eoii-ir^o,
il y eut des cabanes ; Soui gin^ l'homme a
l'instrument pour le feu.
Trouver dans la suite des patriarches la
démonstration du progris était réservé aui
interprètes venus après Evhcmère, Baun)ier
et Depuis I Ils ont , à plus forte raison ,
reconnu l'état sauvage dans les annales
moins habilement rédigées que celles des
nations sémites. Mais il restait à prouver
que ce commencement des annales était
vraiment l'origine de la nation , l'origine de
la race I Sans cette preuve on a le droit de da-
ter ces annales d'une renaissance, et de croire
celle-ci précédée d'une décadence assez
longue pour avoir fait oublier une splendeur
passée. Disons mieux, les souvenirs de ce
passé glorieux sont reconnaissables dans
toutes tes annales à travers les exagérations
de l'orgueil et les ambages d'une tradition
sans monuments. Ces souyenirs peuveni
être fortifiés, reconstruits de toutes pièces
quand nous retrouvons des monuments ou-
bliés par une postérité dégénérée comme
les sauvages américains.
Les fanatiques du progrès blanc s'obsti-
nent à ignorer que les races i)hénicieDoes,
indiennes et égyptiennes, désignées par la
Bible sous les noms de Cham etKouscb,
étaient presque aussi basanées que les peu-
ples d'Amérique. Or, les sociétés cbamites,
kouschites eurent une précoce floraison
tandis que le blanc Japhet est demeuré si
longtemps stationnaire. Si les races brunes
sont étrangères au progrès et on( manifesté
de si bonne heure quelque chose d'appro-
chant, cela ne pouvait tenir qu'au maintien
des traditions, moins oubliées là que chez
leurs frères. Nous ne pouvons nier la déca-
dence chez ces Chamites dont plusieurs ont
disparu comme les Phéniciens, et dont la
plupart sont dégradés, comme les Nubiens
et Abyssins, presque au niveau des nègres.
Par malheur ces races basanées et noires
ne semblent pas prêtes à l'absorption dont
la race blanche les menace par son pro^rèsde
six ou sept mille ans. Ces races noires et
basanées forment encore aujourd'hui plo*
des deux tiers de l'humanité : 700 millions
sur un milliard.
Ce que les blancs gagnent en Europe et
aux Etats-Unis d'Améhque compense à
Vis
D'AKTHRWOLOGIE.
DES
590
œ qu ils perdent en Perse, dans le
Caucase et la Turquie. Les pays tropiques
paraissent 'défayorables à leur accUmate-
ment, tandis que ces pays aident, avec une
merreilleuse puissance, au développement
des raoescolorees autochtones, importées ou
oiétiyes. Les Etats-Unis méridionaux, le
Mexique, TÂmérique équatoriale, le Brésil
n'ont çuère qu*un tiers de blancs pour deui
tiers de nègres, américains ou mulâtres.
Trois cents ans de colonisation portugaise,
espaznole, hollandaise et anglaise n'ont
placé dans Flnde et Tlndo-Chine qu'une
très-insignifiante proportion de blancs, ba-
lançant à peine les continuelles importa-
tions de la métropole européenne.
Et enfin le progrès, ce levier savamment
manoeuvré pour prédire notre avenir éthéré
et certifier notre commencement abject ; ce
progrès, premier terme du çrand syllogisme,
aurait lui-même besoin de Taire ses preuves
avant de s^alBrmer. Le progrès se divise en
matériel et moral : le premier préoccupe
notre époque en proie à une activité à tout
prii^ Hais cette activité eût-elle un but pré-
ci'; et louable, ne neut-étre perpétuellement
croissante. L^ métaux les premiers décou-
verts et manipulés par l'homme sont de-
venus précieux par leur épuisement. En
quoi fera-t-on les nouveaux rail-ways, quand
le prix du fer aura centuplé par la rareté de
son minerai ? sans doute avec le bois des
forêts épuisées. Avec quoi cbauffera-t-on les
chaudières, locomotives et fourneaux, quand
bois et houille seront achevés ? La France
d^oeaplée des forêts, ne recèle pas dans ses
enffsîlles assez de bouille pour alimenter
H>n industrie pendant deux siècles. De quoi
se nourriront les hommes quand deux ou
trois milliards peupleront la terre, l'eau, et,
je le suppose, les villages et vaisseaux flot-
tant dans l'air, où 'Ton aura, je l'admets,
établi des stations et des routes T il faudra
bien que les épidémies et les famines recom-
meni^ent leurs anciens travaux de nivelle-
ment ; que l'industrie se paralyse, que des
temps d arrêt permettent aux forêts de pous-
ser, aux tonrbières de se remplir, aux ca-
naux de s'embourber, aux rail-ways de se
rouiller, aux villages et locomotives' aérien-
nes de retombera terre ; à moins cjue l'Océan
lie mette à sec de nouveaux continents avec
•le nouvelles richesses des trois règnes, ou
bien convertisse ses eaux salées en des
li]uiùes capables de satisfaire la faim et la
soif de notre postérité.
Pour le passé, la marche progressive
m*inspire les mêmes scrupules que dans
l'avenir; je n'ai jamais bien compris, par
exemple, en quoi les constructeurs de vil-
la^^es de la neuvième génération (Lamech)
étaient plus avancés que Hénoch ou Gain,
constructeurs de villes. L'interprétation de
la série des dix patriarches, d*après la sigui-
tication de leurs noms et actes, tient au sys-
tème déjà apprécié dans le mythe de Napo-
léon-Soleil.
Par le côté moral, la question du progrès
ovTre de bien autres difficultés. Le besoin le
plus noble de la nature humaine y est-il
satisfait autant que dans l'activité matérielle T
Le parallèle philosophique du monde anti-
que avec la société grecque a montré le
cercle suivant : cosmisme , ('anthéi^me ,
déisme, voilà les pas en avant. Déisme, pan-
théisme, comisme, voilà les pas en arrière.
Ce va-et-vient s'est répété cent fois depuis
gue le monde est monde ; mais je doute que
jamais les principaux artisans d'un mouve-
ment quelconque, soit masses, soit indi-
vidus, aient confessé qu'ils voulaient reculer
de parti pris. Ainsi, c'est avec les plus
louables intentions que les progress's es par
excellence prêchent aujourd'hui le culte
des intérêts matériels en relevant les ban-
nières panthéistes de Spinosa et de l'éma-
nation indoue.
Notre orgueil évalue l'avenir par l'imagi-
nation : cela dispense de Tévaluer par Ja
raison et par Texpérience. On nie la science
matérielle du vieux monde pour avoir le
droit de le ral^aisser. On prend en pitié des
patriarches sans chemin de fer, des Bramah '
et des Menés sans macliines à vapeur. Mais
a-t-on classé déGnilivement Tart indien qui
tailla la surface et les entrailles des monta-
gnes de granit ? L'art qui dressa les obélis-
ques et les pyramides, (]ui creusa des tun-
nels à Babylone ? On n'oserait pas préciser
en tout cas de combien de degrés les spé-
culations philosophiaues de la moderne Ger-
manie sont moins nébuleuses et plus appli-
cables que ne le furent celles de leurs aïeux
Indiens ou Chinois, deux ou trois mille ans
avant Jésus-Christ. On nWrait pas classer
une organisation du travail accumulant les
ouvriers à la ville pour v faire connaissance
avec les cabarets et les hauts salaires de six
mois de Tannée ; quitte à faire connaissance
avec la faim et les grèves qui en remplissent
le reste ; et tout cela plutôt que de demeu*
rer aux champs avec des salaires modérés,
mais assurés pour toute l'année.
L'expérience gouvernementale semble en-
fermer le mouvement social dans la marche
à trois temps où nous avons déjà vu osciller
la philosophie : république , despotisme ,
monarchie. De celte trilogie aussi, l'his-
toire grecciue avait donné la formule pra-
tique, et ta sagesse grecque, la parabole,
dans certain apologue d'Esope. Le ciespote
hydre fut intelligible dans tous les temps ;
quant à la bavarde insolence des grenouilles
et à l'impassible roi soliveau, si le progrès
moderne n'eu {leut réclamer l'invention, il
a toujours beaucoup aidé à comprendre ces
vieux mythes.
Les beaux arts, manifestation la plus com-
plète du travail mental, sont regardés aussi
comme la mesure la plus ceriaine et la plus
précise du développement moral des tra-
vailleurs ; car un artiste, écrivain, peintre,
sculpteur, résume l'inspiration ou la criti-
que de son siècle. Si le progrès perpétuel
doit être évident quelque part, ce sera sur-
tout dans les beaux-arts comjparés entre eux
aux diverses époques. Or, cest pié.isément
sur ce terrain des bcaux-arls que je cous->
Sdl
DES
DICTIONNAIRE
MN
m
taie la croyance la plus unanime au cercle
fatal, cercle de deux ou troii siècles, mon-
trant, pendant la première période, l'admi-
rable énerijie de Fin lelH^ence humaine, mais
montrant aussi, pendant la période descen-
dante, les bornes que cette intelligence
trouve en elle-même et surtout dans les
passions qui raccompagnent. Si la valeur
artistique des siècles de Périclés, Auguste,
Léon X, Louis XIV, Napoléon et Louis-Phi-
lippe est sérieusement acceptée par quel-
qu un comme une progression croissante,
c'est tout au plus au point de vue que
voici :
Les découvertes, dans le monde matériel,
qui ont encore devant elles un long avenir,
et par conséquent un progrès long et cer-
tain, trouvent pour cette raison, créance plus
complète dans l'opinion. Ces découvertes
matérielles peuvent aider beaucoup à la ma-
nifestation des beaux-arts. Nos encres, plu-
mes, papier sont plus commodes que les ta-
blettes de cire des Romains; nos couleurs à
l'huile, à Taquarelle, pluff expt^ditives que
les couleurs deZeuxisetde Cimabuë. On
sent bien que là n'est pas la véritable ques-
tion du progrès; nous n'aurons pas un Mi-
chel-An^e ou un Raphaël, ou un Virgile, ou
un Homère, par cela seul que tout un peuple
saura lire et écrire, ou que le tiers d'une
S;énération pratiquera le daguerréotype ou
e dessin linéaire.
Le progrès devrait bien nous expliquer
une contradiction que beaucoup de siècles
sceptiques offrent dans l'histoire, mais ja-
mais au degré offert par le xviii' siècle lui-
même. Pendant que les religions étaient dé-
laissées comme dfes mythes vieillis, combat-
tues comme aberrations d'une logique en-
fin régénérée et répug;nant à tout ce qui est
irrationnel et inintelligible, Mesmer, avec le
magnétisme animal, faisait irruption dans
la science, Swedemborg, Saint-Martin, Ca-
gliostro, irruption dans les théories sociales
avec rijluminisrae. On peut, sans témérité,
avancer que la plupart des loges maçonni-
ques étaient des chapelles secrètes du culte
nouveau, qui eut ainsi une part et une part
assez forte dans la fermentation et l'explo-
sion de 89. La science, malgré sa gravité et
ses préférences pour les certitudes affectant
les sens extérieurs, a reçu, par les attaques
répétées du magnétisme, une tendance rê-
veuse qui rappelle l'alchimie, tendance qui
a fait ciétrôner les Aristote par les Platon,
menacés à leur tour par les Pythagore, les
Paracelse et les Cardan. Il va paraître, s'il n'a
déjà paru, un Journal de médecine théolo-
gique où le magnétisme animal, accepté
comme un fait certain, est expliqué par la
lutte des anges et des démons. La magie de
l'antiquité et du moyen âge est redevenue
une banalité de la vie pour les bien-portants
comme pour les malades. 11 existe donc dans
l'âme humaine un besoin de foi et de mys-
ticisme qui ne saurait être suspendu même
pendant un instant très-court. Il faut lui
{)ajrer tribut, même aux|époques se targuant
e plus de leur esprit positif! Dupais, Volney,
Cabanis, esj^rits forts dans une ^ise chré-
tienne, étaient d'humbles dévots dans une
loge maçonnique ou près du baquet de Mes-
mer. La crojrance à l'existence, à la possi-
bilité du rationalisme absolu est donc une
erreur dans la philosophie de l'histoire? Le
déplacement, l'obstruction du mysticisme
est donc un danger social T La relision est le
lit naturel du torrent qui ravage Si science
et bouleverse les intérêts sociaux quand on
essaye de le dériver, de l'arrêter par des
barrières.
Progrès, tel que la philosophie de This-
toire commande de le définir, c'est le rayon-
nement de la science des minorités sur l'i-
Snorance des masses, c'est le rayonnenaent
'un peuple civilisé sur des voisins rudes,
sur des populations barbares, sur des peu-
plades sauvages. Ce flux d'idées, de modes
d'appétits et de fantaisies, produit un mou-
vement immense et continu : spectacle tou«
jours curieux, satisfaisant, puisque l'agita-
tion est le besoin le plus certain, le plus uni-
versel de la nature humaine! Spectacle sou-
vent admirable et consolant, puisque le hien-
être moral et physique des masses, d un
})eup1e, de plusieurs peuples, en peut être
a conséquence^ Tel est le progrès indéfini
dont tout le monde parle aujourd'hui et au-
quel je crois comme tout le monde, ni plus
ni moins.
Le progrès infini serait*tout autre chose;
Eour celui-lè, il faudrait changer la nature
umaine; il faudrait changer la lettre et
l'esprit de son code, le dernier venu et le
plus magnifique, lequel a positivement dé-
claré que le bonheur absolu ne serait pas de
ce monde. 11 faudrait espérer que la com-
plexion humaine accfutt quelques facultés
de plus, en se dépouillant de quelqu'une de
ses passions, de quelqu'un de ses péchés ca-
pitaux. Jusque-la le procès infini, au lieu
de déborder le christianisme, sera un sinh
pie retour à ç[uelque chose de très-vieux, le
f)anthéisme indou, qui promit d'alsorber
'homme en Dieu comme terme extrême de
ses transformations.
Pour que le progrès d'indéfini devint infini,
il faudrait de plus que jamais la science des
minorités ne fût erronée quand les masses
l'absorbent docilement ; que jamais la science
réelle et juste des n inorités enseignantes
ne fût contrariée, étouffée par les passions
ou la fausse science des multitudes. Il fau-
drait que la propagande des idées ne fût ja-
mais détournée de son but par celle des pîas-
sionset des intérêts; que la pliilanthropie,
importée en Amérique, aux Indes, enChmc,
ne fût pas amortie ou pervertie parlemcr-
cantilisme ou l'ambition politique... Progrès
indéfini peut donc être un heureux et fré-
quent accident de l'humanité; si nous vivons
dans une de ces époques privilégiées, \^
races noires et basanées en auront leur perl
et pourront aussi dignement que nous ren-
dre grâce à la Providence.
DIEU manifesté par la création de F-hom-
me. Voy. I'Introductiow.
DINDON ou Coq d'I?(dr, meleagris^ gailo-
5tC
BIS
D\\NTI1R01H>L0GIE.
DUR
394
^ro^ est on^iiaire ue TAmërique du Nord,
habite les forêts ; c'est un excellent gibier.
les anciens ne connaisaient point, avec cette
exactitude et cette précision qu*on Tante
dans ses écrits. On pourrait seulement ajou-
ter à ce que dit Beckmann ces deux témoi-
gnages historiques : le dindon fut importé
dans llnde rers le temps de Dschangir, qui
succéda à Âkbar le Grand sur le trône des
Grands Mogols, enriron en Tan 1637 (173).
Il arrira en Angleterre, avec divers autres
ot^ets, dès Tannée 162i, s'il en faut croire
un ancien poème (174).
D1SP£RS10N DÈS RACES. — La croyance
aux espèces diverses et autochtones est em-
liarrassée d'expliquer la dispersion de la
funille humaine partant d*un seul lieu, et
son augmentation en procédant d*un seul
couple, liais l'industrie et Tactivité humaine
expliquent aussi aisément le premier fait,
que la statistique rend compte du second.
Soit qu'on accepte l'individu et la longévité
d'Adam, soit qu'on prenne son nom et sa
vie de plus de mille ans comme résumant
une drnastie, ou plutôt le groupe primitif
de la iamille humaine, trois générations par
siècle et quatre enfonts par génération don-
nent, dès le IX' siècle, c est-a-dire à la vingt-
cinquième génération, un chiil^e afiprochant
de la {K^ulation actuelle de la Chine. A la
vingt-neuvième, le chiffre dépasse déjà la
l>>pulation actuelle de toute la terre ; la tren-
tième dépasse un milliard.
n faut modifier beaucoup cette donnée,
même dès la quatorzième génération : 16,38i,
chiffre représentant une des fortes tribut
d'arabes ou d'autres peuples pasteurs. Alors
le besoin d'émigrer pour chercher des ali-
ments; le travail, la discorde, la maladie, le
souci, diminuent la prospérité des ménages,
les ehances de vie des enfants, et la famille
peut se réduire à une moyenne de cinq :
(lère, mère et trois enfants.' C'est un sixième
à retrancher de chaque génération selon le
compte ci-dessus. Les chances sont meil-
leures encore après le déluge, puisque alors
c*est par plusieurs familles que la terre se
repeuple simultanément En dix siècles
elles peuvent avoir occupé les trois grands
oootinents qui se touchent et qu'on appelle
avec tant de raison l'ancien monde. Les fies
et continents de diiCciles accès n'auront été
jieuplés que dans les périodes postérieures,
après un certain développement de l'industrie
maritime» ou après une pléthore poussant la
population à émigrer. Nous verrons par
exemple en parlant des Américains, que par
jes traits de la physionomie et par les lan-
gues, ils se rapprochent des tjpes de l'Asie
centrale, ce oui donne le droit de présumer
qa*ils n'ont émigré par le n^rd ou par le lil-
(173^ AfumA^keri, transi, by Cledwui, toin. 1"%
(174) The gardeu mnd ménagera of the loolo^cal
S^rietf^ n. fo, p. 209.
DlCTV)7!l. D'AfTTHROPOLOGIB.
toral d'Orient que dans une période compa-
rativement récente.
En pensant aux doutes qui afiligent encore
tant de points de la science, on peut se con-
soler des embarras relatifs aux races dont la
synonymie n'est pas encore bien retrouvée
dans la Genèse. Les hommes voulant puiser
uniquement à cette source ne doivent pas
oublier que Ho'ise n'a poursuiri la généa-
logie du genre humain parCaîn, que jusqu'à
la sixième génération. Qu'ils tiennent compte
des changements de noms et de séjour des
générations successives. Plusieurs critiques
ont pensé que cans le langage tropique des
Orientaux, un nom d'individu désignait le
plus souvent un peuple. La rareté des noms
de femme et le pluriel employé pour beau-
coup de noms propres donnent du poids h
cette opinion (175).
Cuvier a aflinné sans preuves que les
trois races qu'il admet, blanche, jaune, noiie
étaient déjà séparées d'habitation et de type
à l'époque du déluge. Cette assertion n'est
prouvée que pour une époque de beaucoup
postérieure, surtout en ce qui concerne
llial)itatiou. On a lait voir que les change-
ments amenés par le climat et le croisement
ont pu trancher profondément les variétés
humaines avant les temps historiques, ce
qui a favorisé des modifications postérieures
et incessantes, puisque les émigrations et
les croisements continuent.
DISTRIBUTION de l'espèce HrvAixE sur
le globe. Voy. Géographie ethivographiqce.
DROITIER, GAUCHER; explication de ce
phénomène dans l'homme. Voy. Mogtb»
MENT.
DROMADAIRE. Voy. Claveau.
DURÉE DE LA VIE ET ACCROISSEMENT
DU CORPS. — La lenteur de notre crois-
sance parait due au grand développement
fjue prend d'abord notre système nerveux,
(tous les animaux devenant d^autant plus
tôt adultes qu'ils ont un plus petit cerveau)...
L'expérience alait connaître que l'homme»
plus encore que les mammifères, pouvait
vivre six à sept fois le temps qu'il mettait
à s'accrottre jusqu'à la puberté. Comme il
devient pubère vers Tâge de quatorze ans en-
viron, sa vie peut s'étendre jusqu'à cent ans
et bien au delà...
Sur neuf cents millions d'hommes que
peut nourrir notre globe il en est à peine
quelques milliers de riches et heureux, tan-
dis que tout le reste croupit dans l'infortune
et se nourrit du pain de l'afDiction.
Paracelse promet l'âge de Mathusalem à
quiconque prend de ses arcanes {Aurora
medicinœ^ liv. iv, cap. 4), et il succomba
sous la crapule, dans un cabaret, à quarante-
sept ans.
L'unique source de toute longévité ne sau-
rait donc être que la modération et l'égalité
du moral comme celle du physique, dans
(175) Mitsraim, Lehabira, Loadîm, PbatrouMio,
AnaDim, Nâphtiiim, Caslucbim, Caphtorim. Confër.
Char!. LE!«oRiiAifT, Caurt (ThUt. anc.^ 1837« ei
Cenhêj chap. x.
5i)S
DUR
DICTIONNAIRE
DLR
m
le régime, etc. Mediumlenuere bealiy medio
tmissimus ibis : quidnuid ejzcedii tnodum
pervdet in$tabiH loco Il y a des familles
lie centenaires, tanrlls que plusieurs autres
ont la vie fort courte^ comme les Turgof,
qui ne passaient pas la cinquantaine. Dans
la famille de Thomas Parr, au contraire, on
avait observé quatre générations d'hommes
de cent douze a cent vingt-quatre ans; on
en cite de semblables en Pologne, en Angle-
terre, en Suisse. Joseph Surrington, mort en
1797, en Norwége, à l'âge de cent soixante
ans, laissa un Qls Agé de cent trois ans.
Les personnes naturellement fort grasses
ne jouissent pas d'une longue vie {Hipp.,
Aphor.y aph. W, sect. 11).
Une VOIX grave ou mâle, une tête forte
sans être trop volumineuse ni siir un côu
trop court, un corps velu, caractère d'une
virilité vigoureuse, annoncent encore la lon-
gue vie, pourvu qu'on n'en abuse pas.
Il y a telle infirmité, telle maladie, oui
conservent la santé et la longévité, en déli-
vrant de toute autre affection.
Stahl et d'autres médecins allemands
(Alberti, Dissertât, de Bœmorr.,, longevi"
tatœ causa) regardent le ftux héraorrhoidal
comme le régulateur de la santé et le pro-
longateur des jours. Boerhaave avait la même
connancc dans la fièvre quarte.
Aucun homme eunuque doftt on ait con-
naissance n'a passé l'âge de cinquante à
soixante ans. Toute énervation, toute com-
plexion trop lymphatique alourdit la marche
de l'organisme et entraîne sa destruction.
D'après les âges historiques oui ont suc-
cédé aux temps fabuleux, fa vie humaine or-
dinaire semble avoir toujours été évaluée
de soixante-dix à quatre-vingts ans, en gé-
néral, par toute la terre. Sans rappeler les
immenses calculs faits «en diverses contrées,
nous nous bornerons aux résultats les mieux
constatés et les plus récetits. Sussmilch cal-
cule qu'en Angleterre, en Franceet dans d'au-
tres régions circorivoisines de l'Allemagne,
il meurt une personne sur 2i par an. 11 trou-^
vait quesur 1,000 personnes une seule ar-
rivait à quatre-vingt-ndix-sept ans, et qu'il
en fallait 1,^00 pour y rencontrer un cente-
naire. A Londres, sur 21,000 morts environ
chaque année pendant les vingt-cinq der-
nières années, on trouvait de 2 à 6 centenai-
res ou même davantage.
A Paris, sur 21,882 décès, en 183&, il se
trouvait 9 personnes de quatre-vingt-quinze
à cent ans; il n*en parut que 2 sur 19,800 en
1835, et 6 sur 21,&^i9 en 1836 : ce n'est pas
un centenaire sur 3,000. Il est très-remar-
quable que parmi ces grands âges les fem-
mes y soient presque toujours deux à trois
fois plus fréquentes que les hommes; é'est
qu'elles ont une existence sans doute plus
ménagée. Il y a moins de centenaires dans
les pays des nautes montagnes, comme en
Suisse, où se trouvent pourtant beaucoup '
de vieillards, moins avancés en âge; mais
l'air trop vif y fait succomber les plus âgés
des maladies de poitrine.
Sur 100 personnes, 6 seulement passent
l'âge de soixante ans. D'après la comparai-
son de plusieurs tables de mortalité da Dupré
dé Sarnt-Maur, dans des villages de la Bour-
gogne, on voit que le quart des enfanis
(fun an périt avant l'âge de cinq années ré-
volues, le tiers de la population avant dix
ans révolus, la moitié avant trente-ciuq ans
rév(>lus„ les deux tieirs avant cinquante-
deux ans révolus, et les trois quarts ayant
soixante et un ans révolus.
A Paris, où il naît à peu près ch^iM'an-
née 20,000 enfants, la moitié de ce nombre
seulement parvieut à vingt ans^ et entiers
à peine, ou 0,800, atteignent l'Age de qua-
rante-cinq ans. 11 périt près du quart des en*
fants pendant la première année, en cniQ|v
tant l'effet de la petite vérole et les enfaiHs
trouvés qui succombent dans les hôpitaux;
il n'en parvient pas un tiei*s à l'âge de deux
ans. : toutefois, cette mortalité effrc\yanto
diminue aujourd'hui, tant par les bienfait*^
de la vaccine que par les soins donnés ac-
tuellement par les administrateurs desiia-
blissements de charité.
Dans les campagnes et lés petites villes
oik Texistence court moinsdeTisquès, laviv
moyenne d'un enfant d*un an est de Ironie-
trois ans, car il peut raisonnablement osp^
rer atteindre cet âge. A vkigt ans le jeune
homme peut, avec probabilité, compter sur
la même durée de trente-trois ans. A soi^^anie-
six ans un homme a tout autant de chance^
de vie et de mort que l'enfant qui vient it
naître : de même, dit Buffbn, un honiinr
âgé de cinquante et un ans, ayant emoiv
seize années d'espérance, il y a deui h l'a-
rier contre un que son (ils qui vient de naî-
tre ne lui survivra pas : il y a trois cuuin^i
un pour un homme de trente-six ans, et quai
Ire contre un pour un hàinme de yil^t^
deux ans; un père de cet âge pouvant csjf
rer avec autant de fondement Irente-deii
ans de vie pour lui que huit poursùnlVi
nouveau-né.
Certains â^es compromettent plus Te^v
tencè que d'autres: ainsi les révolution
qu'éprouvé le corps dans son àccroissemen
ou ses périodes le mettent souvent en dan
gcr de périr; par exemple, l'âge de la F'
midre dentition , fatal à tous les mamuiiGj
res, l'est aussi à l'enfance de l^omme ve
deux ans ; la seconde dentition à sept an
la puberté entre douze et ({uiiize pour l*
filles et les garçons, Téruption de la l>arb
ot la formation complète du corps vers vin^
ot un ans ; Tâge de la force, de vingt-huit i
trente-cinq ans, est, comme là période ]M
cédente, un temps sujet aux affections aj
guës, soit de poumon soit d'autres or^anesi
enfin le commencement de la décroissanj
vers quarante-deux ans, le temps criliqu
chez les femmes de quarante-cinq à nij
quante ans ; la perte de la faculté génér
tive dans la plupart des hommes de soixaul
h soixantOKîinq aiis. .
L'âge de dix ans, également éloigné j
deux époques septénaires dé révolution ^
le plus sain de 1 adolescence : il n'y mcul
guère qu'un individu sur 130 ; mais à ((U<
317
DUR
1>*ANT11110P0L0G1Ë.
DUR
398
i^le ans il péril un individu sur 53; les
proportions sotit bien plus fortes encore à
mesure mi*oh aTancc en Age.
Après le temps critique la femme a plus
(l'espérance de vie que Vbomme ; et l'on voit
un plus ^rand nombre de vieilles femmes
(jue de vieux hommes. Toutefois, dans les
âges citraordinairement avancés , après
cent ans, on rencontre plus d'hommes que
de femmes.
On observe encore que les femmes céli-
bataires on les religieuses sont plus exposées
à )a mort que les nommes célibataires. En
is'énéral, dans nos climats» on compte un
Dinrtsur33à 35 Vivants: ainsi en multi-
pliant le nombre des morts d'un pays quel-
nmque de l'Europe par 32 ou 35> on a le
laaf lie la population à peu près eiactement;
♦n observant que la mortalité est plus con-
sidérable à Paris et dans toutes les grandes
ïiilcsqae dans les Villages et les bourgs.
Prenez miHe enfants & leur naissance ;
à peine ont-ils vii la lumière, qu'il en périt
*23; la dentition en emporte plus de 50 , et
les WDnilsions, les vers, les coliques du
prpfliierâge en enlèvent plus du quart ou
i.'ïï; la petite vérole en rait mourir au moins
^, la rougeole 7 ; ajoutons que les accou*
rhements difficiles coûtent la vie à environ
8 femmes.
La phthisie et I*asthme moissonnent en
Angleterre près du cinquième de la popu-
laîion ou 19i sur 1000 personnes. Les affec-
ii';iis inflammatoires frappent de mort plus
•îu septième, ou 150 sur 1000. Graiint pense
que des fièvres aiguës détruisent deux* neu-
vièmes de la population, et les maladies
(ironiques ^.
Les Allemands, les Polonais y les Hollau'*
'iaisnc sont si souvent malades que par
Ifurs abus de régime et les ingurgitations
perpétuelles de chair et de boissons, qui
un^iargent leur estomac.
f*oue gulœ metas^ et erit tibi longior œtas.
Les lieux montagneux du nord de l'Eu-*
w|>eetde l'Asie semblent être la patrie de
ta longévité. On remarque que presque
l'^ns les Islandais arrivent à une extrême
▼iHllesse, de même que les Finlandais. Les
:^miQs de 1833, de 1835 et de 1837, ont cité
(i^' nombreux exemples de vieillards de
'«•niTinjt-cinq, de cent trente, de cent
tf^nle^mq, de cent quarante-cinq , et même
' ti de cent cinquante ans, observé en Russie.
Les journaux espagnols nous ont fait
'^>nnaltre deux exemples très-remarquables
'ie longévité. L'un est relatif à une négresse
'jbre de la Havane, qui est morte à l'âge
ll^ cent vingt-cinq ans, et qui a laissé une
nlîede quatre-vingt-dix-neuf ans. Jusqu'à
^ fin elle avait conservé l'usage de ses fa-
''^Ités, lisant, écrivant et enfilant son ai-
guille sans lunettes. L'autre a trait à une
M-mme de Cruzt de Pontévedra morte âgée
'^f cent neuf ans.
^i des statures très-élevées et fluettes sont
««avorables à la longéyité, des statures trop
«mavsées et rabougries ne lui sont pas
^oms contraires. Cependant un corps plutôt
court que trop haut, plutôt sec i^juc trop gr«»s,
plutôt muscuieux et solide que mou, ui>e
poitrine large, sont plus convenables au
prolongement de l'existence que d'autres
complexions.
Fontenelle disait que [>our vivre sain et
longuement il fallait avoir bon estomac et
mauvais coeur; on comprend que nous n\nu-
rions pas rappelé cet.étrange axiome, s'il n'é-
tait devenu célèbre par le nom deson auteur.
D'après des recensements faits avec Iw
plus grand soin de l'âge auquel sont morts
un grand nombre d'individus , et la compa-
raison du nombre des décès avec celui des
naissances, on est parvenu à constater que
le quart environ des enfants meurt dans
les premiers onze mois de la vie, le tiers
avant vingt-trois mois ; la moitié à peu près
avant d'avoir atteint Tâge de huit ans. Les
deux tiers du ^enre humain périssent avant
la trente-neuvième année ; les trois quarts
avant la cinquante-unième ; en sorte que,
comme l'observe Buffon, de neuf enfants
qui naissent un seul arrive à soixante-dix
ans ; de vingt-trois un seul à quatre-vingts
ans ; tandis que sur 29 un seul se traino
jusqu'à quatre-vingt-dix.
TABLE DES PROBABILITÉS DE LA DURÉE DE LA VIE.
AGE
DURÉE
AGE
DITRÉE
AGE
DURÉE
delà
tvie.
delà vie»
de la vie.
MS.
•on.
mois.
ans.
•no*
moU.
ans.
ana.
iac»:i
0
8
0
29
28
6
58
12
1
33
0
30
28
0
50
11
8
2
38
0
31
27
6
00
11
1
3
40
0
32
26
11
61
10
0
4
41
0
33
26
5
62
10
0
8
41
6
34
25
7
63
9
6
6
42
0
55
25
0
64
9
0
7
42
3
36
24
5
65
8
6
8
41
6
37
23
10
66
8
0
0
40
10
38
23
3
67
7
6
iO
40
2
39
22
8
08
7
0
il
39
6
40
22
1
69
6
7
l!2
38
9
41
21
6
70
6
2
i3
38
1
42
20
11
71
5
8
14
57
5
43
20
4
72
5
4
15
56
9
44
19
9
73
5
0
16
36
0
45
19
3
74
4
9
17
35
4
46
18
9
75
4
6
48
34
8
47
18
2
76
4
5
19
34
0
48
17
8
77
4
1
30
33
5
49
17
2
78
3
11
21
32
il
50
16
7
79
3
9
22
32
4
51
16
0
80
3
7
23
31
10
52
15
6
81
3
K
24
31
3
53
15
0
82
3
3
25
30
9
54
14
6
83
-5
2
26
30
2
55
14
0
84
3
1
27
29
7
56
13
5
85
3
0
28
29
0
57
12
10
Il résulte de ce calcul, qui repose sur des
éléments recueillis avec le plus grand soin,
3u'on peut espérer raisonnablement, c'esl-à
ire parier un contre un qu'un enfant qui
vient de nattre, ou qui a zéro d'âge, vivra
huit ans ; qu'un enfant oui a déjà vécu un
an, ou qui a un an d'âge, vivra encore
trente-trois ans ; qu'un enfant de deux ans
révolus vivra encore trente-huit ans ; qu'un
homme de vingt ans révolus vivra encore
trente- trois ans cinq mois; qu'un homme
5)9
EDU
DICTIONNAIRE
EDU
4)0
de Irenle ans vivra encore vingt-huit ans;
et ainsi de tous les autres Ages.
' Buffon fait encore remarquer que Tflge au-
quel on peut espérer une plus longue du-
rée de vie est Tâge de sept ans, puisqu^on
peut parier un contre un qu*un enfant de
cet Âge vivra encore quarante-deux ans trois
mois ; 2r qu*à Tâ^e de douze ans on a vécu
le quart de sa vie, puisqu'on ne peut lé^-
timement espérer que trente-buit ou trente-
ireuf ans de plus ; de même qu*à Tâge de
vin<;t-buit ou vingt-neuf ans on a vécu la
moitié de sa yie; puisqu'on n*a plus que
vingt-buit ans à vivre; et enfin qu'avanl
cinquante ans on a vécu les trois quarts de
sa vie, puisqu'on n'a plus que seize ou dix-
sept ans & espérer. Mais ces vérités physi-
ques, si mortifiantes en elles-mêmes, peu-
vent se compenser par des considérations
morales ; un homme doit regarder comme
nulles les quinze premières années de sa
vie ; tout ce qui lui est arrivé, tout ce qui
s'est passé dan^ce long intervalle de temps ^
est effacé de sa mémoire, ou du moins a si
peu de rapport avec les objets et les choses
qui l'ont occupé depuis , qu'il ne s'y inté-
resse en aucune façon ; ce n'est pas la même
succession d*idées, ni pour ainsi dire la
même vie ; nous ne commençons à vivre mo-
ralement que quand nous commençons à
ordonner nos pensées, à les tourner vers
lin certain avenir, et à prendre une espèce
de consistance, un état relatif à ce que nous
devons être dans la suite. En considérant la
durée de la vie sous ce point de vue, qui est
•le plus réel, on trouve dans la table ci-<îon-
tre au'à l'Âge de vin^t-cina ans on n'a vécu
que le quart de sa vie, qu'à l'âge de trente-
huit on n'a vécu que la moitié, et que ce
n'est qu'à l'Age de cinquante-six ans qu'on
a vécu les trois quarts de sa vie
Le terme moyen de la vie est de huit ans
dans un enfant qui vient de nattre ; à mesure
qu'il avance en Age son existence devient
plus assurée , et lorsqu'il a passé sa pre -
mière année, il peut raisonnablement espé-
rer de vivre jusqu'à la trente-troisième an-
née. La vie s'affermit de plus en plus jus-
qu'à sept ans. Age auquel Tenfant qui a
résisté aux orages de sa première dentition
peut compter sur quarante-deux ans et trois
mois de vie. Après cette époque la somme
des probabilités, jusqu'alors graduellement
accrue, éprouve une dimunition progressi-
vement décroissante, en sorte que Irafant
qui a atteint sa quatorzième année ne doit
plus espérer que trente-sept années et cin<|
mois, 1 homme de trente ans, vin^t-huit aus
encore, et enfin celui de quatre-vtnçts{udlr(^
ans trois années. De la quatre-vingt-cin-
quième à la quatre-vingt dixième la probabi-
lité reste stationnaire, mais passé ce tenip^
l'existence est on ne peut plus précaire, et
se traîne péniblement jusqu'à sa fin.
Dans les recherches qui ont eu pour objet
la connaissance exacte de tous les éléments
de la population, on a presque toujourscon-
sidére celle-ci dans l'état constant où elle
est maintenue par la seule compensation des
naissances et des décès. Fourier s'est pro-
r)sé d*appliquer les théories mathématiques
la détermination de tous les éléments de
la population d'un pays où elle est en partie
formée d'un grand nombre d'hommes qai
n'y ont pas pris naissance. U a trouvé, par
des observations faites en France pendant
trente années, que la durée moyenne de la
vie, ou la somme des Ages au jour du décès
divisée par le nombre de ces décès, est de
vingt-huit et demi. La vie probable, à par-
tir des diverses Ases, augmente d'abord très-
rapidement avec l'Age du nouveau-né; elle
diminue ensuite continuellement. Il en est
de même de la durée moyenne.
L'Age moyen, ou la somme des Ages de
tous les habitants divisée par leur nombre ,
«st d'environ vingt-neuf ans.
L'Age probable ou celui qui est tel qu'une
moitié des vivants a un Age supérieur et
l'autre un Age inférieur, a pour valeur ap-
prochée vingt-cinq ans et demi.
La durée moyenne des générations est
plms diflicile à estimer. Elle dépend ea
grande partie de l'Age moyen des «lariages.
En Grèce les hommes ne pouvaient se ma-
drier qu'à trente ans : cette durée était en-
luée a trente-trois ans et un tiers ; elle ne
peut s'appliquer à d'autres pays. Dans nos
climats elle parait différer peu de trente et
un ans.
Pour mesurer l'effet de la mortalité aux
divers Ages on compare le nombre total
des personnes qui ont un Age donné a«
nombre des personnes qui meurent à cet
Age. Le rapport varie pour les différents
Ages; mais il n'est point indiqué. Un résul-
tat important du travail de M. Fourier. c'est
que la valeur de la durée ntoyonne de la
vie ne dépend point, comme plusieurs au-
tours politiques Tont pensé, des nombres
respectifs des naissances et des décès.
E
ÊDUCABILITE DES RACES (PaiORrrÉ m
LA CIVILISATION, ÉTAT SAUVAGE). — L'éduca-
bilité sociale des races et des individus n'é-
tant contestée que dans le degré, non dans
le principe, l'avenir des races les plus mal
partagées est encore consolant, puisque les
nartisans de l'inégal iié des aptitudes sont,
par coTilre, les croyants les plus fervents dn
progrès indéfini de l'humanité entière. Peut-
être se flattentrils de recueillir les principaux
profits de ce travail par droit de direction et
d'initiative, car la race blanche ou adamimi^
est, disent-ils, l'éducateur sous lequel les
races noires et même les basanées ne se-
ÎM
EDU
D*ANTIIROPOL0GIEL
EDU
iOï
raient jamais sorties de i état sautage (176).
■ faut, one fois de phis , reconnaître ici
qoe rerrenr n'est qu'on côté de la vérité, à
laquelle les bous esprits de tous les partis
sont obli^ de rendre hommage, à leur insu
ou à leur escient! Acceptons ce dogme d^ln
ensdgnement mutuel de la ciYilisation ,
dogme oui est la résultante perpétuelle de
nos reenerehes historiques ; mais en le sé-
I«arant de deux idées accessoires, hautement
iJémenties par rhistoire : 1* que la race
blanche n'a jamais eu besoin d éducateur;
S* que les éducateurs ont toujours été des
blancs.
i* L'histoire des nations européennes qui
duiTent tant aux Grecs et aux Romains nous
ttiontrent la part de la tradition incompara-
blement plus forte que celle de rinitiative.
Les deux grands peuples anciens étaient
précisément dans la même situation vis-à-
vis d'autres peuples antiq[ues. Étrusques,.
ScTtlie?, Thraces, Phéniciens, É^-ptiens,
Imliens. If. de Maistre, si sévère pour le
uêoiegrec. Ta rctluît aucourtagede la science
entre JWsie et l'Europe 1 L\istronomie , la
géométrie loi innrent d*É^ypte r la philoso-
phie, la musique, de TA^ie mineure. Si M.
tie Maistre eût vu les temples grecs, après
ceux de Thèbes, les chapiteaux à palmes et
à lotus à côté du chapiteau d'acanthes, il
aurait de plus belle crié au plagiat, & la sté-
rilité, peut-être même en marchandant la
«^ncession de goût et d'élé^^ance I Le génie
•rancune oation ne résisterait h une pareille
.inalyse. La gloire de chaque peuple ne sub-
sistera sans ivirtaçe qu'à la condition de se
|»erdre dans la nuit des temps; d'avoir oublié
ou fait oublier ses maîtres. Depuis ((ue
l'histoire existe , il n'est plus permis aux
initiés d'égorger les initiateurs: qu'importe
une petite souffrance d'orgueil national,
auprès de cet hommage à la vérité, à la cha-
rité universelle 1
â* Rien ne s'oppose à croire blancs les
anciens Thraces ou Scythes; mais il faut
n*avoir jamais vu les monuments Egyptiens
au les tombes étrusques pour gratiûer d'une
peau blanche ces Egyptiens, éducateurs de
la Grèce, et ces Phéntciens, éducateurs des
Étrusques, Gaulois et Ihères. La civilisation
qui éleva les merveilleux monuments de
Tancienne Amérique appartenait à une race
«lont Itis modernes Américains sont la con-
tinuation. La civilisation chinoise eut son
principe dans une émigration indoue » et , à
en juger des tem|)s passés par le présent, les
■lattres étaient encore plus basanés que les
élèves. Enfin, quoiquil en coûte à noUe
<t76) Boftf-Sii^rr-YiTieE^T, Vkomme,
{ IT7) Cesl Topinion de Fréd. Sciielgel, Wiseman,
n de bien iTaolres. Pëetrahr, qnl nie aitssi Torigiiie
et la cfnGsaiîoo dans Félai suvage, afiimie que ce
' sr éui fCtsi jainais desceadu JQsqa*à l^ïb-
ét fai parole. Ceci esl une prolesUtîoa cou-
le contre les doctrines du iviu' siècle, et îm-
ptîqoe b crojapce à uue tradition connue. Mais,
par une coaindictîon inexplicable dans un esprit si
clrrè, et pourtant fréqner.le dans ses ouvrages,
^ -iKibi admet la uiulliplicité des civilisations au-
amour-propre et à notre épiderme, œtte
même race indoue parait , selon toutes les
conjectures , avoir été l'institutrice des
Scythes, nos aieux.
Ai-je besoin de rappeler que plusieurs de
ces hordes scythes vivent ou plutôt végètent
encore à l'état pastoral dans les steppes de
l'Asie septentrionale , comme tant de tribus
sémites dans les déserts de l'Asie méridio-
nale, et comme quelques peuples finois en-
dormis au centre même de l'Europe, tandis
que des prédicateurs à chevelure laineuse ,
propagent le Karan au cœur de l'Afrique.
Si toutes les races ont été ou peuvent être
alternativement maîtres et élèves , aucune,
quelles que soient ses aptitudes , n'a puisé
en elle seule tous les éléments de son édu-
cation. Tout précepteur ayant été préalable-
ment enseigné, la première inithitive doit,
avoir été une révélation ! L'homme, créé par
Dieu, sortit des mains du Créateur œuvre
parfaite, adulte de corps et d'esprit.
Nous sommes arrivés au même résultat
par l'étude des langues, instrument premier
et dernier de l'éducation des peuples, et dans
lequel au moins , leur égalité d'aptitude est
incontestable, puisque sauvages, barbares,
|K»1icé5, blancs, noirs et basanés, ont con-
servé vivant ce magnifique héritage. Les
Guaranys , les Cherokis aussi bien que les
Grecs et les Latins se sont trouvés prêts
pour recevoir la civilisation et le christia-
nisme.
Le principal honneur de la conservation
ou plutôt ae la rénovation incessante des
langues rerient moins à l'individu qu'aux
masses. C'est l'œuvre de l'esprit d'associa-
tion, attribut perpétuel de fhumanité, trait
de la plus grande ressemblance entre les
hommes de tous les temps et de tous les
lieux. Si l'aile de l'oiseau implique la résis-
tance de l'air, si la forme ou poisson dé-
montre la fluidité de Tonde, la sociabilité de
l'homme, ses notions innées de Leau, de
vrai , de juste , impliquent avec la même
évidence sa destinée véritable. Quelle que
soit la dégradation momentanée de quelques
hommes, la civilisation est leur but ulté-
rieur; elle fut leur cadre originaire.
Ce n'est pas dans l'état sauvage qu'il faut
aller cherctier la vraie origine de l'espèce
et les fondements du contrat social (177).
L'homme a toujours eu des devoirs en même
temps que des droits ! L'éprolsme voudrait
exciper de ceux-ci, en éludant ceux-là;
l'immoralité s'efforce de garder les droits
pour soi en versant les devoirs sur autrui !
Toujours l'association humaine, fûi-eile ré-
tochtones, ec, loin d*aceepter le fait si évident et si
continu, féducation d*un peuple barbare ou sau-
vage par rimportalioD d'une dvilisalion étrangère,
il dédare qu'une pareille impoiiatioo fait toujours
périr le peuple qui la reçoit. Il cîle en exemple des
peuples d^Amériqiie et d'Africpie, les Natchez, les
Galifomiens, les Uotlenlols, qui, probablement, ont
assez mal compris et assez mal accueilli la cÎTilisa-
tion importée. Il y ajoute les Guaranys, que la civi«
lisalion espagnole a constitués, et quVUe em|iéchera
de périr.
Ml
EGA
PJGTIONNAIRE
EG
(01
duite à une famille, asenti que tout bonheur
fut donné avec une compeus'^tion, tout plai-
sir avec une charge, la récolte après le tra-
vail , Famour aveo la paternité et la mater-
nité, la liberté avec la re*:ponsabilité 1
La déjjradation sauvage qui trouble mais
n*étcint jamais complètement ces nations,
n'est que la chute de Thomme vers la nature
animale au préjudice de sa nature morale.
Cette alliance avec deux mondes prouve le
conflit au milieu duquel sa liberté fat sus-
pendue. Par elle aussi 1^ terre tout entière
jfut ouverte à son activité.
EDWARDS (F.), observations sur les idées
de cet auteur. — Von. Galles et Kimrts et
CaBACTÈRES fHTSIOLOGIQUES DES RACES UUr
MAINES.
ÉGALITÉ. — On a dit que l'admission
d'une race unique et primitive met à l'omni-
potence divine des bornes inconvenantes.
Il me semble d'abord bieq aisé de com^-
prenJrj^ que la n)ulti[)licité et conséquem-
uient l'inégalité primitive des races, au lieu
de montrer la grandeur du Dieu créateur,
trahiraient au contraire son imprévoyance
et son injustice.
Les partisans du di^oit du plus fort trouve-
raient un ar^ment capital dans un système
({ui scinderait l'hymanité en plusieurs castes
physiauement inégales en aptitudes et en
droits I Le jqur quil serait décidé que les
nègres ne sont qu'un échelon supérieur aux
singes, la légitimité de leur esclavage serait
défmitivement démontrée; on étendrait bien-
tôt Id copséquence à la race mongole dont
en ce moment môme la politique européenne
commence la conquête, et dont par consé-
quent l'exploitation pourra avoir à se jusli-
ner bien tût. Quand même la science ne nous
éclairerait pas, quand même on rejeterait
l'affirmation des traditions sacrées, la morale
et l'induction seraient des guides suffisants
pour nous montrer qu'une cr^Sation multiple,
produisant des races inégales au physique et
au moral est une idée inconciliable avec la
bonté, avec la justice divine. La charité
chrétienne trouvera un appui dans la vérita-
ble science ethnographique pour mettre hors
de contestation un dogme trop longtemps
dédaigné par l'orgueil, méconnu par l'igno-
rance, puisqu'une simple nuance dans le
degré d'éc^ucation fut si souvent assimilée à
une différence radicale d'éducabilité. Los
noirs d'Afriçjue, les rouges d'Amérique, les
jaunes d'Asie ont mis en esclavage des hom-
mes de leur propre couleur. Les blancs leur
avaient donné l'exemple, puisqu'ils avaient
fait des esclaves et des serfs avec des popu-
lations blanches avant d'asservir les popular
tions basanées. Quand on a visité les pays
où la race blanche est dégradée et mêlée à la
race noire, on voit clairement qu'il n'y a pas
tant à se glorifier d'élre blancs ni tant à mé-
B'iser les nègres. « J'ai eu à mon service, dit
. E. de Salles, des Turcs, des Arabes, des
Coi>hles, des Darfouriens, des Barabras ; je
,les ai trouvés tous également imprévoyants
et rusés, paresseux, menteurs et voleurs.
Tribte assimilation de leur décadence so-
ciale 1 J'ai vu d'assez près les grands hom-
mes de cette barbarie qu'on ap^le la ciri*
lisation musulmane et je ne les ^i pas estimés
supérieurs en génie à Toussainl-LouTOi-
ture, à Dessalines, à Christophe, malgré la
différence de leurs angles raciaux respe^
tifs, »
Les naturalistes n'ont pas encore doiu^
uKie précision géométrique à ce mot : dégra-
dation physique. S'ils avaient la préteulion
de mettre en rapport obli^ de cause à effet
(causalité) telle moditicatio|i physique avec
telle dégradation morale, nous renouTcllc-
rions les objections logiques et les mille
preuves expérimentales qui ont ruiné le
système phrénologique de GallI 11 suffit de
trouver un seul nègre éduc^ble à la façon
des blancs pour affirmer l'égalité des aptitu-
des chez les deux races 1 Ces exemples ae
sont pas rares. Depuis le fameux Mulej-is-
maël, les empereurs de Maroc ont trouii
parmi les nègres plus d'up visir Iialùlc
^ Saint-Domingue a fait connaître les noms d
* actes d'administrateurs capables et de sol-
dats heureux. L'abbé Grégoire et le missiou-
naire Oldendorp ont colhgé une Libliolhè-
Îue déjà consitférable de nègres littérateurs,
es Polynésiens n'ont pas d'industrie pb
avancée, de fétichisme moins grossier, de sttu-
venirs plus longs que les Cafres et les Yolots*
une certaine ressemblance avec les Malais
avec les Américains , ^ suffi pour les classer
au-dessus des nègres. Si la civilisation astèque
et toltèque fut quelque chose de compara-
ble aux vieux cadres politiques de l'Iudet (i<*
l'Egypte et de la Chine, le dédain pourb
civilisations stalionnaires nous met un peu
au niveau des Chinois modernes qui Q*esti-
sient et r^e comprennent l'esprit et la heault'
qu'à la façon de leurs pavsl
EGAUTÉ DES IIAC^S. Voy. Etuiopwi»
(aàCE).
EGYPTIENNE (RACE). — Quoique I4
hitant de temps immémorial des contrée
très-voisines et presque coatiguës l'une i
l'autre, les anciennes races égyptiennes
arabo-syriennes {Voy. SÉHrriQUE) offrent
contraste le plus fortement marqué. D ui
part, nous voyons les Arabes, peuple pjel
d'énergie, et en proie à une activité Hi(|uiè''
changer à plusieurs reprises son ceure
vie. Tantôt nomade, cherchant, loin (
lieux habités, des pâturages pour ses lr(
peaux ; tantôt fixé au sol par des habitua
agricoles, remplissant le pays de viliaj
populeux, de villes et do cités fortilié<
tantôt enfin, apimé par l'amour delà gloiref
l'ardeurduprosélylisme, se répandant juscf'
dans les contrées les plus lointairies. Du
autre part, les Egyptiens nous présenti
une nation jouissant en un profond re\io$
toutes les recherches du luxe, vivant mot
ment au milieu de l'abondance que lui |<
cure un sol riche, fécondé par le limon
son grand fleuve, ne quittant jamais
{)ays pour une terrç étrangère, et ne sojj
rant que par force l'introduction du nioti
dre changement dans son mode d'exist*
et dans ses habitudes.
D'AXTIiROFOLOGIE.
EGY
406
Skiqs le lapport du caractère intellectuel,
des tendances métaphysiques, des croyances
el des |>ratiques religieuses, les deux na-
tjoas diffèrent également Uune adore un
esprit innsible et éternel, dont la parole
toute-puissante fit sortir Tunivers du néant :
Quand les étoile^ dumaiin se réjouissaient cT
que les fis de Dieu chnntaieni en iriom-
phe (178; ; Fautre décore avec splendejar des
temples inagni^pies, dans lesquels» par une
étran^ iiîfiituation, elle place quelque ani-
mal uninoode, un serpent,. une tortue, un
crocodile, un singe, qu^elle honore par des
ri tes mystérieux et par un burlesque céré-
monial (179). La destinée de ces deux races
4 été ^^ment différente. On peut dire de
Contes deux qu'elles existent encore : Tune
a dans ses descendants , voyageurs toii^aurs
actifs et infatigables,. des représentants ri-
vants; Taytre dort dapssa terre natale, ?aste
sé|ialcre où reposent embaumées les néné-
rations snccessiTes de trente siècles, .Dom.-
mes, femmes, enfants, avec leurs animaux
domestiques, attendant au sein de ce sol
oonserraleur^ Fépoque depuis longtemps
éooaiéepour beaucoup d*entrp eux,, qui der
Tait les apiener pour, subir le dernier juge-
ment devant le tribunal de Sérapis ou dans
le palais d^Obimaadyas. Les caractères phy-
simies de ces deux races présentent aussi des
différences trapchécs : au lieu des traits eili-
\6s^ de la physionomie mobile, animée et exr
|»re$sive,.des formes sveltes et agiles de
*Arabe,.on voyait dai)$ le pays des Phar
raons dei formes pleines , mais délicates et
voluptueuses, des visages calmes et posés,
des traits doux et arrondis, des yeux lon^^,
of>apés en amande, à moitié fermés, languis-
sants et relevés aux angles extérieurs, commç
si la lumière et la chaleur du soleil les fati-
guaient habituellement; des joues landes,
des lèvres épaisses et saillantes, une bouche
grande, mais souriante,^ un teint foiicé et
d'an rouge cuivré; tout l'ensemble offrant,
ainsi qu'un de nos plus exacts voyageurs Ta
ol>servé, le caractère de TAfricain pur saug,
«JODt le nègre n>st que le représentant exa-
géré, le terme extrême (180).
U Q*y a point de peuple ancien sur le ca-
ractère, le$ mœui:3 et les us^es duquel nous
possédions, à beaucoup près, autant de do-
cuments aue sur le peuple égyptien, et ce-
pendant il n*y en a pas dont Thi^toire phy-
sique ait été lobjet aune aussi grande diver-
sité d'opinions. Volney et plusieurs autres
ont soutenu que les Egyptiens étaient de vé-
ritables nègres. D'autres prétendent qu'ils
appartenaient à la race caucasienne, et
étaient tout k fait semblables de formes aux
Européens. Denon, dont je viens de citer le
témoignage, me parait avoir trouvé le juste
milieu. Cette diversité d'opinions peut s'ex-
pliquer par la diflicnlté quon éprouve à
tnre accorder les différents récits que nous
ont laissés les anciens, et les autres rcnsei-
(178) /oé, uxTin.
M 79) Clbvuis AixxA.^ft»., Pœdag,, lib. m; —
OiKc^cs ëér.Cehmm^ lib. m, ptifr<^ lil.
giiements qui ont pu être reeuei.lis de diffé-
rents côtés.
Hérodote qui avait voyagé en Egypte, et
qui , par conséquent , pouvait parler des
hommes de ce pays d'après sa propre obser-
vation, n'a pas songé à nous donner de leur
personne une description qui eût été eu
effet inutile pour les Grecs, dont les EjO'p-
tiens étaient suffisamment connus, mais ce
qu'il en dit indirectement est très-caracté-
nstique. Ainsi, après, avoir fait mention
d'une tradition qui faisait descendre le
peuple de Colchiîde d'une colonie sortie
d'Egypte « il ajoute que cette opinion est
corroborée par le fait que les . Coldiidiens
étaient fisluyyotiviç et •vUr^f^K, à peau nUrfi
et à cheveuxtaineux. Ce sont là précisément
les caractères distinctifs des nègres. Dans
un autre passage il dit que le pigeon qui,
suivant la tradition commune» s envola vers
Dodone et y fonda Toracle, était représenlt';
comme noir, circonstance qu'il interi>rète en
supposant que «x l'oracle fut fondé |>ar uni;
captive de la Thébaïde, qui était Egyptienne,
et par conséquent noire. » D'autres auteurs
grecs s'expriment de môme sur ce point.
Eschyle y^oans les Suppliâmes, parle d'une
barque que l'on découvre du sommet d'une
éminence voisine du rivage; la ])ersonne
qui observe cette barque annonce que les
nommes qui la montent sont Egyptiens, re-
connaissaîdes à leur peau noire.
Fviotat icvxûf h ircirXMfMrwv toct««
Je remarque aussi les matelots dont Us
membres noirs ressortaiejfit sur leurs vêle'
ments blancs.
On trouve d'autres passages daps les au-
teurs anciens où la couleur des Egyptien^
est indiquée par une expression qui peut
s'employer également pour désigner, un noir
complet ou le brun du Nubien. Nous voyons
dans un des dialogues de Lucien le portrait
grotesque d'un jeune Egyptien que Pon re-
présente comme, appartenait à l'équipage
d'un vaisseau marchand mouillé dans le port
du Pirée. On dit de lui : Ajoutez à sa couleur
noire quil ataii de grosses livres saillantes,
des jaadfes três-menues, et que ses cheveux^
dont les mèches (risées étaient relevées der^
rière la tête, annonçaient quil était esclave,
La description qu'Ammien-Maccellin fait
des Egyptiens ne s'accorde plus avec les
précédentes : JEgifptiiy plerique subfuscuU
sunt et atrati maguque tnœstiores^ qracilenti
el aridi. En disant que les Egyptiens sont,
pour la plupart,^ de couleur foncée ou d'un
bnui tirant sur le noir, l'auteur fait au moins
entendre que cette teinte n'était i>as chez
tous la même , puisque les termes de subfu-
sculi et d'a/rolt sont très-différents de ceux
nigri ou o/rt.
On a découvert deux anciens contrats de
vente égyptiens qui renferment, à cet éganl,
de curieux renseignements (181). Tous deux
(180) Dehoiv, yofogi en Égtfpie.
(181) Le ^ac simile d*un de ces doconiftols est a
Beiiin ; roriginal de Vautre est â Paris.
407
EGY
DICTIONNAIRE
EGY
408
appartiennent à l'époque des Ptolémées,
4t le nom des personnes qui s*y tronrent
mentionnées iuaique qu'elles étaient Egyp-
tiennes d*origine. Les personnes intéressées
dans ces contrats sont dépeintes d*après leur
aspect extérieur et leur couleur. Dans l'un
de ces documents, le vendeur qui a nom
Paminthes est appelé ^tliyxp^y ^^ Tacheteur
fiM/0''iç ; ce gui peut être traduit par brun
fonce et par jaune ou couleur de miel. La
même épithète est donnée dans l'autre ma-
nuscrit a l'acheteur qui a nom Osarrerès.
La forme du nez et des traits est aussi cons-
tatée, mais rien dans les termes ne donne
l'idée d'une physionomie de nègre.
De tous ces témoignages, nous pouvons,
sans trop hasanler, conclure que les Egyp-
tiens étaient un peuple de couleur foncée ,
et en même temps qu'il existait parmi eux de
grandes variétés, ce qui se voit de nos jours
chez tes Abyssiniens et les Indous. On peut
remarquer que dans des climats extrêmes,
comme ceux de l'Europe et de la Nigritie, où
l'influence des agents extérieurs a une puis-
sante action sur toutes les races d'hommes,
leur couleur n'offre que très-peu de varié-
tés. L'homme est blanc ou noir selon qu'il
vit sous l'équateur ou loin des tropiques;
mais dans les régions intermédiaires on
trouve à la fois, dans la même nation, des
individus noirs et des blancs. C'est ce qui se
voit, je le répète, dans l'Inde et dans l'Abys-
sinie, et pour ces deux pays, ce fait a attiré
l'attention des voyageurs, qui, d'ailleurs,
n'ont su comment 1 expliquer. Une variété
semblable paratt avoir existé chez les habi-
tants de l'ancienne Egypte.
Il y avait cependant chez les hommes de
ce pays une couleur de peau dominante et
qui a quelque chose de très-remarquable.
Autant que nous pouvons nous en faire
une idée, d'après les nombreuses peintures
trouvées dans leurs temples et dans leurs
splendides tombeaux, j^eintures dont quel-
ques-unes sont parfaitement conservées ^
nous trouvons qu'ils avaient le teint cuivré,
rouçeâlre ou couleur de chocolat clair, et
qu'ils devaient ressembler aux individus les
{ûxxs rouges des tribus de Foulahs et de Ga-
res qui existent maintenant en Afrique.
Cette couleur se voit dans les nombreuses
planches de la Description de FEgypte et
dans les figures coloriées que nous a don-
nées Belzoni ; on la trouve encore dans les
têtes peintes sur les coffres en bois de syco-
more qui servaient de sarcophages, et dans
presque toutes les figures égyptiennes. Par
cotte couleur rouge, l'artiste a voulu évi-
demment rendre avec exactitude le teint de
l'Egyptien; il ne l'a pas employée h défaut
d'une nuance plus claire, telle que la cou-
leur de cliair, et ce qui le prouve, c'est que,
lorsqu'il a voulu représenter le corps vu à
travers un voile fin et transparent, la teinte
dont il s'est servi est presque semblable à
celle qu'on emploierait pour rendre le teint
des Européens ; il aurait donc pu s'en servir
dans tous les cas, s'il n'avait pas préféré une
couleur plus foncée, comme imifant mieux
la couleur de la race oui lui fournissait ses
modèles. Les figures le femmes se distin-
guent quelquefbis par une teinte plus jaune,
approchant du fauve.
Les traits des Egyptiens sont aussi très-
bien exprimés dans leurs peintures et leurs
sculptures, qui nous offrent en général un
type particulier et très-romarquable pour la
physionomie et la conformation du corps.
J'ai déjà cité le passage dans lequel Denon
exprime l'impression que produisit en lui la
vue de ces figures.]
Personne n'a apporté plus de' soin que
Blumenbach, dans l'investigation des carac-
tères de la race égyptienne ; il a examiné
un grand nombre de momies en les com-
parant aux produits de l'art ancien, et, dans
[>lusieurs de ses ouvrages , il a exposé
'opinion à laquelle l'a conduit cette étude
comparative. Il est arrivé à conclure que
de Paw, Yinekelmann et d'Hancarville s'é-
taient singulièrement trompés quand ils
avaient cru trouver dans les antiquités égyp-
tiennes la preuve qu'il n'y avait pour toute
la race qu un seul type de physionomie.
Selon lui , les peintures et les sculptures
nous offriraient trois types principaux, anx-
3uels se rapporteraient avec plus ou moins
e déviation, les figures individuelles, savoir :
le type éthiopien, l'indien et le berbère. « Lo
premier, dit-il, coïncide avec la description
des Egyptiens, faite par les anciens : il es>
caractérisé surtout par des mâchoires proé
minentes, des lèvres épaisses, un nez large
et plat et des yeux saillants. » Le secouJ
diflere considérablement du premier; ses
caractères particuliers sont : t un nez long
et étroit ; des paupières minces et allongées»
dont l'ouverture, légèrement oblique, se
relève à partir de la racine du nez en allant
vers les tempes; des oreilles haut placées
dans la tête ; le tronc court et mince et de
très-longues jambes. » Comme exemple de
cette configuration, il cite la figure de femme
Seinte sur le dos du sarcophage de la momie
u capitaine Lethieullier, figure qui ressem-
ble décidément aux Indous. « Lo troisième
genre de figures égyptiennes participée quel-
ques égards, des deux premiers. Il est carac^
térisé par une certaine turgidité des parties
molles, des joues pleines, un menton court,
de grands yeux saillants, et un embonpoint
général. » Ce dernier type est celui qui se
présente le plus fréquemment dans les pein-
tures égyptiennes ; il y a lieu de croire par
conséquent qu'il était le plus commun dans
ce peuple, et qu'il constituait ce qu'on pour-
rait appeler sa physionomie nationale. Blu-
menbach pense qu'il se rapproche beaucoup
de celui des Barabras ou Berbères.
Les Cophtes sont, comme on le sait, les des*
cendants des anciens Egyptiens. LTîgjfite,
à la vérité , reçut quantité de colons grecs
et romains; mais, selon toute apparence,
ces nouveaux arrivants se fixèrent, pour la
plupart, dans le Delta, et dans un petit nom-
bre (le villes grecques et romaines. La race
égyptienne dut ainsi s'y conserver presque
pure dans les provinces intérieures, comme
m
EGT
D*AMTllR0i'OLOGlE.
ëGY
4ia
le proarc en elTcl la conservation de la langue,
qui se maintint dans ses trois dialectes avec
ufl léger mé]an;;c de mots grecs, jusqu'à
l'époque de la conquête d*Egypte par les
musulmans. Postérieurement h cette époque,
la pojmlalion chrétienne a trouvé dans sa
religion un obstacle à toute fusion avec les
étrangers.
PlusieursToyageurs ont trouvé aux Cophtes
un certain type de fi^re approchant du type
nègre. Volney dit qu'ils ont la peau d'un
jaune très-foncé et que leur teint ne res-
semble ni ) celui des Gre^s ni à celui des
Arabes. 11 ajoute qu* ils ont le visage bouffi,
(legrosyeui, le nez plat, les lèvres épaisses
et 0D( beaucoup de ressemblance avec les
Diulâtres. La description des Cophtes par le
bvon Larrey est très-semblable K celle-ci.
Ijes principaux caractères qu'il remarque
mt: tVn visage plein, des yeux allongés
qui sont oonpés en amandes, les pommettes
uilltates, les narines dilatées, les lèvres
épaisses et les cheveux et la barbe noires et
(repas. » M. Puznet, savant médecin , dont
leséerils (182) témoignent beaucoup de sa-
^!é et d'esprit de critique, M. Pugnet,
«i*-jf», a lente de partager les Cophtes ou
OoQbtes, comme il les appelle, en deux
fiasses distinctes : ceux dont les ancêtres se
mi mêlés aux Grecs et aux Romains , et
ipuï qui sont de pure race égyptienne. 11
ilii que rien n'est plus frappant que le con-
traste entre les formes grêles et maigres des
Arabes, et les grandes et belles proportions
<i« Ooubtes. < A l'extérieur chétif et mi-
sérable des premiers ceux^i opposent un
9ïr de majesté et de puissance; à ta rudesse
de leurs traits, une affabilité soutenue ; à leur
abord inquiet cl'soucieux, une figure très-
épanouie. » Cette description s'appligue aux
4ux classes de la race Cophte; la suivante à
*^lle que l'on suppose être descendue sans
mélange des anciens Egyptiens du temps
uV5 Pharaons. « Les ECTptiens, dit notre aur
I nr, sont en général d'une taille au-dessus
lit- la moyenne, leurs formes se prononcent
rûonreusement, la couleur de leur peau est
f nn rouge obscur ; ils ont le front large, le
menion arrondi, les joues médiocrement
i'ieines; le nez droit, les ailes nasales forte.-
Bî-ni sinueuses; Jes yeux grands et bruns;
ta briufhe peu fendue, les lèvres grosses; les
îfnu blanches , les oreilles hautes et très-
^Harhées, enfln les sourcils et la barbe ex*
roulement noirs. »
M. Denon dit au'il a été frappé de la res^
ambiance des Cophtes avec les anciennes
w^lplures égyptiennes dont les caractères
îTindpaux sont : « un front plat, des yeux
^ moitié fermés et relevés aux angles, des
i^'mmetles élevées, un nez large, plat et
f^^'*-<'oort , une bouche grande et aplatie,
'Ucéek une très^grande distance du nez , des
*'»res épaisses, peu de barbe, un corps mal
'">portionné , des jambes arquées , molles
îHî) Mémoires sur les fièvre* de mauvais cnrae^
-•^*<tt ietant des Antilles; Lyon, 180 i, 1n-8".
de contour et des pieds longs et plats. »
M. Ledyard, dont le témoignages (['autant
plus de valeur, qu'il ne le donne à l'appui
d'aucune théorie, nous dit : <c Je soupçonne
que les Cophtes ont été l'origine de la race
nègre; le nez et la bouche sont tout à fait
ceux du nè^re; les cheveux, du moins d'après
ce que j'ai pu voir chez les habitants de ce
pays (les Cophtes), sont crépus, non comme
ceux des nègres, mais comme ceux des mu-
lâtres. »
Les crânes d'Egyptiens , quon observe
dans les momies, nous offrent généralement
la forme qui appartient à toutes les races
très-anciennement civilisées, je veux dire la
forme ovale. Mais il y a sous ce rapport do
grandes variétés, suivant les individus. La
plupart de ces crânes ressemblent, il est
vrai, dans plusieurs points, à des crftnes
d'Européens; mais» dans quelques autres,
on a vu ou cru voir un rapprochement avec
le caractère africain.
II y a dans le musée du Collège des chi-
rurgiens de Londres un crâne égyptien qui,
i>our le poids et la densité des os, rappelle
es crânes pesants de certains nègres de Gui-
née. Sa forme est européenne, à cela près que
l'arcade alvéolaire de la mâchoire supérieure
est un peu plus proéminente. Ceci, joint à
une structure correspondante des parties
molles, peut avoir donné à l'ensemble des
traits beaucoup du caractère nègre. Sœmme-
ring a décrit les têtes des quatre momies
3u'il a examinées. Il y en avait deux qui ne
. ifléraient sous aucun rapport des tètes d'Eu-
ropéens; la troisième avait la forme afri-
caine, reconnaissable en ce que l'attache du
muscle temporal s'y fait sur une surface
Elus grande (jue chez les Européens. Blumen-
ack a publié (183) les gravures des trois
crânes égyptiens. Un de ceux-là, comme il l'a
observé, diffère notablement des crânes des
nègres de (luinée, mais a quelque chose du
caractère éthiopien, et ressemble au portrait
de Tabbas Gregorius. Un autre ressemble
tellement au crâne d'un Indien du Bengale,
3u'ou ne peut découvrir entre eux aucune
ifférence matérielle.
De tous les reijiseignements que nous avons
pu réunir sur ce çujet, il semble résulter
que, chez les anciens Egyptiens, bien qnc le
crâne présentât la forme ovale et complète*
ment développée qui est conunune à tous
les peuples avancés en civilisation» il y avait
pourtant dans le tj^pe physic[ue de cette race
plusieurs traits qui indiquaient une sorte de
parenté avec les peuples africains. La face
{)leine et comme nouifie, les joues grosses^
es lèvres épaisses et retroussées, la forme
{particulière de la bouche et des yeux, la cou-
eur cuivrée de la peau qui , chez quelques
individus, devient plus foncée et passe pres-
que au noir, tandis que chez d^autres elle
est rougeâtrc comme celle des F oulahs, et
çeulemeut un peu plus claire que celle des
«
(18S) ColUciionu suœ craniorum dtrersamm geiv-
tium illustratœf Decas, a. vu; Gdf**" ^^^
|8iu, in-i".
411
EMC
MCTIONI^AmE
EMB
m
Berbères } voilà les traits dans lesquels se
montre cette ressemblance. La pesanteur de
certains crânes égyptiens, et la densité de
tours 09« la proéminence, déjà signalée, de
Tarcade alvéolaire» la fbrme parlicultère dos
jambes et l'aplatissement des pieds, doivent
èiro pris aussi en considération. En exami-
nant Vensemble des faits qui prouvent les
*apportfrav6ela race africaine, nous devons
lemr compte de toutes les circonstances re«
latives aux habitudes morales, aux supersti-
tions particulières et aux principes géné-
taiix ae la langue gui n'était pas particulière
nux Egyptiens, mais leur était commune avec
plusieurs autres nations du même conliTiei^t.
S'il est vrai que les Egyptiens se rapçro^.
cbent par plusieurs traits'^de leur constitua
tion physique des autres peuples aft'icainSt
comme le pensaient Ledyard et Denon, et si
l'on admet que les traits dans lesquels coa-t
siste cette ressemblance se sont développés
chez eux sous l'influence de certaines cir-
constances extérieures auxquelles leur race
a été soumise pendant des milliers d'années,^
on pourra, avec grande vraisemblance, supr
poser que les mêmes causes agissant sur des
nations à peine sorties de la barbarie^ et par
cela même beaucoup plus sujettes à lin-
fluence du climat et aes autres agents qui
modifient les caractères physiques et moraux
des races, produnrof^t un effet oeaucoup plus
f;rand et plus général. Cette remarque, d'ail-
eurs, n'est présentée ici que comme une
coiyecture.
EMMiYOLOGIE, TRANSPORMATlOIfS Elf-
BRY0L06iQi]E«. — Lorsqu'ou cherche à se
former une idée du plan suivi par la nature
dans la constitution du règne animal , il ne
sufiit pas d'étudier les organismes dont le
développement est achevé et de comparer
entre elles les espèces à leur état parfait ; il
faut aussi suivre pas à pas la puissance
créatrice dans la production des exemplai-
res nouveaux de chacune de ses œuvres
zoolo^iques, et de la sorte assister, pour
ainsi dire, à la formation des êtres dont on
voudrait déterminer le caractère et les rap-
ports essentiels.
Pendant longtemps , cependant , les natu-
ralistes croyaient pouvoir négliger les ob->
servations embryologiques. On pensait assez
généralement que le jeune animal , dès le
Eremier moment de son existence , ressem-
le en tout, sauf le volume , à ce qu'il de-
vient plus tard ; on le représentait comme
une^sorte de portrait en miniature de l'ani-
mal adulte, et on supposait qu'au début de
la vie le germe de tout être animé renferme
déjà la totalité des organes dont sera pourvu
l'individu que ce germe va former; on ad-
mettait que ces parties , encore trop ténues
ou trop délicates pour être saisies par nos
sens, n'avaient qu'à se raffermir et à grandir
pour donner à l'organisme sa constitution
définitive ; en un mot, que c'est par un phé-
nomène de simple évolution que l'embryon
devient un animal parfait dans son espèce.
Suivant cette théorie, l'être en voie de for-
mation aurait été comparable à une de ces
plaques dagueirieniies qui , frappée par la
lumière ,. porte déjà à sa surface toutes les
empreintes du merveilleux dessin doat elle
doit bientôt se couvrir, mais n'en laisse
rien apercevoir jusqu'à ce que la vapeur do
mercure soit venue dqnner corps à cette
image virtuelle et en faire peu à peu ressor-
tir tous les détails. Préférer Texamen d'une
esquisse vague et microscopique,, lorsqu'on
a sous les yeux Le même tableau peint avec
des teintes vigoureuses et sur de grandes
proportions , ce serait se créer à plaisir des
difficultés inutiles ; et , par conséâpent ». on
compi;end facilement que sous rinQuence
d*une semblable doctrine les naturalistes
devraient être en générai peu disposés à étu-
dier Tor^anisation des animaux dans des
êtres à Tetat d'embryon. Or, jusqu'en ces
derniers tempsKla théorie de la formation des
coeps vivants par le simple développement
de {)arties préexistantes était adoptée par
presque tous les maîtres de la science, et on
y, ci^yait si bien que l'on ne reculait devant
aucune dQS conséquences qui en découlent,
l'emboîtement indéfini dQS germes, par exem-
ple, idée dont l'imagination- la. plus hardie
sçmbledevxMcs'cffrayeretdont notre esprit
nps^UE^it embraisser l'immense étendue.
Tous les zoologistes , il est vrai, n'accep-
taiQnt pas ces doctrines g^ésiques ; l'illm-
tre Hqrvey, par^ exemple ,\se ciefus^Ut à voir
dans la cicatriculo d'ùa œuf le corps tout
entier du jeune poulet, et à ses yeux, l'or-
ganisipe eu yoje de formation se montrait
comme un édifice dont la- construction ne se
feit pas d'un seul jet , mais s'effectue pac
portions , et dont la masse augmente au
moyen d'adjonctions successives, jusqu'à ce
qu'enfin le plein préconçu par l'acchitecte ait
été rempli dans toute son étendue. Une uou«
velle théorie embryologique , celle de la
constitution du corps vivant ipar épigénrse^
prit ainsi B(|issQnce ; mois ,, m^l comprise
{)eut-êlre, elle resta longtemps stérile, et les
ajts importants d(»nt l'élaya Gaspard Woll
ne suflicent pas à y donner' cours dans la
science. De nos jours encore, nous l'avons
vu repoussée par le plus grand . do nos
zoologistes;, depuis cinquante ans cepen<>
dant tout tendait à la faire prévaloir;. cha-
que fois que l'on étudiait avec soin les
S)remières périodes du travail génésique on
lécouvrait quelque nou vielle preuve delà
formation des or^nismes par l'adjonction
succiissive de parties créées de toutes pièces ;
et bientôt il devint manifeste, non-seulement
que l'embryon,, en le contemplant ainsi peu
à peu, offre dans son ensemble des caractères
différents aux diverses périodes de son exis^*
tence, mais aussi que chacun de ses organes
en se développant chance de forme et de
structure ainsi que de volume , et subit de
véritables métamorphoses.
^ On comprit dès lors tout l'intérêt qui de-
vait s'attacher aux recherches d'embryolo-
gie ; aussi, voyons-nous qu'après être res-
tée pendant bien des siècles presque station-»
iiaire, cette branche de l'histoire des ani-
maux a fait tout à coup de rapides progrès.
413
D*ÂNTHROPOLOG!E.
EUB
414
Un gran J nombre d*obsenraleurs habiles ont
pris pour 5ujel de leurs înTestigalions la
>érie des phénomènes génésiques que nous
{présentent les oiseaux , les mammifères et
es batraciens ; on a recueilli aussi dirers
faits relatiù an déreloppement des animaux
inférieors, et quelques naturalistes philoso-
phiques se sont appliqués à saisir le carac-
tèfe des changements qui $*opèrent dans la
constitution des êtres animés en Toie de
formation et à ebercber les lois auxquelles
ces modifications sont soumises.
De glandes et belles décourertes sont Te-
rnies couronner les traTaux dirigés yers ce
bot éTevé; mais, en défrichant le terrain
Tîer^de Tembryolo^pe comparée, les hardis
pionniers de la science n*ont pas toujours su
se défendre des illusions auxquelles les es-
prits inyentiCs sont souvent exposés; et plus
d*un natairaliste « s*exa(;érant la portée du
{•etîl nombre de laits dont il avait été té-
moin, s*est arrêté devant un coin du tableau^
croranten avoir embrassé renseroble, et
sWf trop hâté de conclure. Bien des idées
laosses ont été ainsi introduites dans nos
écoles ; et les théories que Ton a cru pou-
voir présenter comme lois générales et ab-
s«>lnes delà zoogénie, se sont rapidement
écroolécs sous le poids des faits nouveaux
d«>nt elles ne sont pas l'expression. Cepen-
dant ces h jpothèses avaient presque toujours
en elles quelque chose de vrai, et pendant
un temps elles ont pu servir, chacune, à lier
et à coordonner cies ot>servations qui, en
restant éparses, seraient demeurées impro
«juctîTcs; la science serait donc ingrate si,
amt en faisant justice de Terreur, elle n'ac-
cordait un large tribut d*éloges aux hommes
dont Tintelligence puissante a su créer des
instraments qui hier encore lui étaient pré-
rieuXy Inen qu'aujourd'hui elle en repousse
Tusage.
An nombre de ces théories qui, nées d ob-
serralions incomplètes, sont fausses dans
leurs principes, mais ont servi pendant un
temps aux progrès de la science, il faut ran-
ger la doctrine de la constitution du règne
animal tout entier par une suite d'arrêts de
développement dans la série des créations
nr:s»mqueSf employées par la nature pour
produire chaoue individu de Tespèce la plus
élevée et la plus parfaite.
L'idée mère de cette hypothèse paratt ap-
partenir à Kielmayer, l'un des fondateurs de
retteécoleallemandedes philosophes delà na-
ture, qui, pendant un demi-siècle, a joué un
erand rôle dans presque toutes les sciences.
On savait, par les expériences déjà ancien-
nes de Redi, ae Vallisnieri et de Swammcr-
dam, que les mouches, les abeilles et un
grand nombre d'autres insectes naissent dans
un état d'imperfection extrême; ^u'en sor-
tant de l'œuf ils ont Tapparence d un ver, el
que c'est après avoir vécu un certain iem\ts
sous cette forme au'ils acquièrent des pattes,
'les ailes et tous les caractères de l'insecte
l'arfaiL Swammerdam pensait, il est vrai,
«lue ces larves, ainsi que la chenille, ne sont
a jtie chose que des in«ec?e5 ordinaires en-
yeloppés et déguisés, pour ainsi dire, sous
un masque vermiforme; mais les partisans
de la théorie de l'épigénèse devaient voir
dans ces métamorphoses un phénomène
d'adjonction organique ; et lorsqu'on cher-
chait le caractère du changement qui s'opère
ainsi dans l'insecte en voie de formation, on
ne pouvait être que frappé de la ressem-
blance qui existe entre ces êtres embryon-
naires et les vers proprement dits : aux yeux
d'un observateur superficiel, la mouche et
l'abeille devaient passer par fêtât de yer
avant oue de devenir insectes. Les belles
rechercnes de Swammerdam avaient montré
aussi comment la grenouille se constitue pri-
mitivement sous la forme d'une sorte de pois-
son et devient ensuite un animal terrestre,
lorsqu'après la disparition des branchies et
de la longue queue dont elle était pourvue
dans le jeune âge, son organisation se com-
plète par le développement des poumons
et des pattes, qui lui sont nécessaires pour
respirer dans l'air et se mouvoir sur le
sol. Là paiement, il semblait que c'était
en continuant le travail çénésique nécessaire
pour la formation du poisson, que la nature
donnait naissance au batracien. Enfin, ûes
ressemblances bien grossières, il est vrai,
mais de nature à en imposer au premier
abord, avaient été signalées entre les jeunes
embryons des animaux élevés et les types
zoolo^ques inférieurs. Le poulet, par exem-
ple, était représenté comme se constituant
d'abord sous la forme d'un petit corps vermi-
culaire ; et lorsque plus tanl il acquiert des
membres, ces appendices semblaient être
d'abord comparâmes à des nageoires plu-
tôt qu'à des pattes et à des ailes.
Des bits aussi singuliers devaient néces-
sairement frapper l'esprit des hommes mé-
ditatifs : et, an premier abord, on pourrait
croire qu'en effet l'insecte est un ver per-
fectionné par l'adjonction d'ailes et de pat-
tes ; la grenouille, un poisson dont le déve-
loppement a été poussé au delà du tenne
assigné au type ichthyologique; et le pou-
let, un être dont l'organisme est élevé peu à
peu de l'état de ver ou de poisson jusqu'à ce
qu'enfin il soit devenu oiseau. Généralisant
ces ap{)arences vagues, on pouvait même
être facilement conduit à supposer que c'est
là en effet la marche suivie par la nature
dans la création de tout être animé, et qu'a-
vant d'arriver au terme de son développe-
ment, l'organisme des espèces élevées passe
par les divers modes de constitution propre
aux classes inférieures.
Dans cette théorie, l'animal le plus par-
fait, l'homme lui-même, commencerait à
exister sous la forme d'un ver , deviendrai!
ensuite mollusque, puis poisson, et subirait
une série de métamorphoses dont les divers
termes auraient [vour représentants les diffé-
rents types inférieurs oe la création zoolo-
gique.
A l'époque où vivait Kielmayer, on con-
naissait SI peu la structure des animaux in-
férieurs, et la science était si pauvre en ré-
sultais eml?ryo'ogiques bien constates, qua
M5
EMBs
DICTIONNAIRE
EMB
416
ridéede cette sorte de progression géuésique
à travers tous les types du règne animal pou-
vait séduire i*iniagination des naturalistes;
mais lorsque les observations précises ont
commencé h se multiplier, on a vu que celte
Ji^pothèse n'était, pas l'expression dfe la vé-
rilé. En effel, il était facilede se convaincre
qu'il n'existe entre la larve apode d'un in-
secte et ua animal de la. classe des yers que
des ressemblances grossièi*es, et que l'em-
bryoui du poulet n'est à aucune époque de
son existence constitué à la manière de ce^
mêmes vers , des poissons ou des reptiles.
Xa doctrine des philosophes allemands sem-
blait donc devoir disparaître de la^ science;
mais, au lieu de périr,, elle se modifia seule-
ment, et sous cette forme nouvelle^^nous l'a-
vons vue grandir rapidiiment et exercer bien-
tôt sur toute las zoologie- une influence con-
sidérable.
Un de nos naturalistes les plus célèbres,
Geoffroy Sain t-Hi lai re, guidé'par les pressen-
timents du génie plutôt que par les lumiè-
res de l'expérience,, venait de s'engager dans
une voie peu explorée jusqu'alors^ mais fé-
conde en découvertes précieuses; abandon-
nant la recherche des difiérences qui distin-
tuent les animaux enitc eux, il s'appliquait
démêler au milieu des variations sans nom-
bre (le fonnes et d'usages que présentent les
organismes, les matériaux communs de la
machine animéj et la disposition essentielle
de ces éléments généraux. î^ constitution de
la charpente osseuse chez les divers verté-
brés fixa d'abord son attention; et, cherchant
à retrouver dans la tète de l'oiseau et du
iK>isson les représentants des pièces so-
lides dont se compose le crâne et la face
chez l'homme, il s'aperçut bientôt que dans
le jeune âge ces analogies sont bien plus évi-
dentes que chez les animaux adultes; en re-
montant jusqu'à la période embryonnaire, il
])ut découvrir chez l'oiseau et le mammifère
des caractères ostéologî(|ues qui s'efTacent
le squelette du poisson ressemble au sque-
lette d'un vertébré supérieur dont le dévelop-
pement se serait arrêté avant terme, et le
s juelette d'un oiseau à un squelette de ver-
tébré inférieur , qui se consoliderait par la
réunion plus parfaite de ses éléments cons-
titutifs.
On comprit dès lors tout l'intérêt qui de-
vait s'attacher h l'étude comparative des êtîes
en voie de formation et des types divers que
nous offrent les organismes parfaits, rutiiité
de cette comparaison pour la détermina-
tion des parties analogues dai.? *eur essence,
maïs différentes par leur forme, et la néces-
sité de recherches semblables pour arriver à
«les idées justes touchant le plan général de
la création zoolo^ique. L'analomie comparée
s'enrichit ainsi d'un levier nouveau dont
l'emploi ne peut plus être négligé aujour-
d'Iiui, et l'impulsion donnée par les travaux
do (icoffroy Saint-Hilairo ne tarJa pas h faire
naître un grand mouvement scienlifique.
MM. Tiedmann^ Serres, Rolande, Prévost et
Dumas, Bœr, Kathke, et plusieurs autres
physiologistes, dotèrent la zoologie de beaux:.
travaux sur le mode de développement de^
principaux systèmes dont se compose l'or-
ganisme des vertébrés; etGeoffiPoy lui-même,
fmis le fils et l'émule de ce naturaliste phi-
osophe,.M. Isidore Geoffroy Saint-ililaire,
soumirent à une investigation du même or-
dre les produits anormaux de l'espèce hu-
maine et de quelques autres animaux supé-
reurs. Ces observateurs constatèrent ainsi
certaines ressemblances entre les formes
transitoires des principaux organes chez
l'embryon du^ mammifère ou de l'oiseau, et
les formes permanentes de ces mémos par-
ties chez les reptiles, les batraciens ou les
poissons r et il devint dès loes assez naturel
ne se demander si les diOérences essentiel-
les enire tous ces animaux ne consistent
pas dans des arrêts de développement qui ,.
chez les espèces imparfaites , fixeraient les
formes préparatoires des parties dont le dé-
veloppement s'achève chez les esuèces supé-
rieures..
Ainsi Tiedmann, en étudiant avec persé-
vérance le système nerveux de l'homme aux
diverses périodes de la vie utérine, entrevit
de grandes ressemblances entre les formes
transitoires de notre cerveau et la strurfurc
d^ l'encéphale d'animaux pla<^és plus ou
moins bas dans le règne animal. Vers la
même époque, M. Serres multiplia beaucoup
les termes de cette comparaison cumeuse, en
formula les résultais d'une manière pins
pré'cise, plus générale, et arriva à cette con-
clusion, que le système nerveux do l'homme,
fiour se développer, parcourt successiveiiienl
es principaux degrés d'organisation aux-
quels il s'arrête pour toujours chez les ani-
maux inférieurs.
Les recherches de Merkel, de Rolande, *îe
BoBE, de Uathke et de plusieurs autres ob-
servateurs ont conduit quelques physiolo-
gistes à admettre l'existence d'analogies non:
moins remarquables entre les états transi-
toires de l'appareil circulatoire des mammi-
fères ou de Toiseaii en voie de formation, et
les caractères permanents de ce même sys-
tème chez les poisstms et chez les reptiles. A
l'époque de la naissance, le cœur et les gros
vaisseaux offi?ent effectivement dans l'espèce
humaine une disposition qui c^t à certains
égards comparable à ce qui existe chez les
reptiles adultes,^ puisque, chez tous, le cœur
pulmonaire communique avec le cour arté-
riel, soit directement,, soit par l'intermédiaire
des crosses de l'aorte ou du canal veineux.
Pendant un instant on pensa aussi que
l'embryon des mammifères et de l'oiseau
présente dans le jeune âge un appareil bran-
chial comme en ont les poissons ; car, trom|)é
par quelques ressemblances va,^ues déforme
et de position, on prît les premieps veslises
des mâchoires et de l'os hyoïdien pour des
arcs branchiaux.
Un anatomiste a cru pouvoir aller plus
loin encore et assimiler l'organisation des
mollusques ft celle de Tœuf humain à peine
ia
EUS
D'ANTimOPOLOGIE:.
EMB
418
{
iléreldppé» mais dont la membrane caduque
serait devenue permanente et se serait en
quelque sorte ossifiée pour constituer la co-
(juùle de ces animaux. Le même auteur
allirme que le lomliric terrestre, considéré
la point de vue anatomique» répète dans ses
diverses métamorphoses le polype d*abord,
puis le ténia ; à une troisième oeriode Thé-
iMulhcMde, et dans une quatrième et der-
nière, Tarénicole. Pour ce philosophe, il en
suerait aiu;»i du rè^e animal tout entier; les
iDvertébrés inférieurs ne seraient que des
eœbrjODS permanents des invertébrés les
lus parfaits; les uns et les autres auraient
edh représentants dans les organismes des
embryons des vertébrés et de Thomme, dont
(.'$ formes fugitives et passagères seraient
analogues aux formes arrêtées et periua-
heniesdes zoophyteSy des uiollusquesou des
iQîcctes. Eoûn, les organes des animaux les
l>!as élevés, c'est-à-dire des mammifères, rc-
^^rsiciit ensuite les caractères de ceux des
[Kiissuos, des reptiles et des oiseaux. En un
juot, ioT^nogénie de l'être le plus parfait
.^raiU'après M. Serres, une anatomie oom-
juri^e transitoire, comme à son tour Tana^
\om comparée serait Télat fixe et perma-
nm (Je i'or^nogénie de Thomme ; le règne
animal considéré dans ses organismes ne
'>mi{ donc qu'une longue chaîne d'embryons
/i'jnnés d'espace en espace, et arrivant enfin
^ rhumnie^ ou plutôt tous les animaux ne
waicot en quelque sorte qu'un seul et même
animai en voie de formation, dont les di-
vr5es parties s'arrêteraient dans leur déve-
l<t;iement , ici plus tôt, là plus tard, et dé-
Unuineraienl ainsi à diaque temps de repos
i«; raractère d'une classe, d'une famille ou
il'un genre.
()n comprend facilement que si cette opi-
oi^^n éiait fondée, les espèces innombrables
loiu se compose le règne animal se lieraient
^llcmeul entre elles de fii^on à constituer
uw- série linéaire, et (jue l'idée de la chaîne
ies êtres deviendrait l'expression d'une
^anle et belle vérité. L'unité de plan dans
^ création zoologiqne tout entière serait un
^uicqui$,et le rang à assigner à chaque ani-
t >4l iJans ce vaste ensemble nous serait donné
ft la date de la période organogénique, oui,
-^nji le développement de l'embryon nu-
•i^in, en représentait la structure.
* iiOrsque j'étais jeune, dit M. Milne Ed-
wards, séduit par la simplicité et la grandeur
(>' (es vues, j ai, comme beaucoup d'autres,
^brassé avec ardeur la théorie de la cons-
itutjon du règne animal par l'effet d'une
'^ne d*arrèts de développements ; mais en
'TUiçant dans la voie de 1 observation, je me
*vis bientôt aperçu que ie m'en étais laissé'
^^istr par des ressemblances superficielles
' <if^ apparences trompeuses.
< £n effet, l'étude approfondie des ani-
'•aQi inférieurs m'a bientôt convaincu de
s bosselé de toutes ces comparaisons ; et
<t ferlant ensuite mes investigations sur le
Me de développement des organismes, j'ai
^û a^iandonner une à une toutes les bases de
^ite doctrine. »
11 nous suffit des notions les plus élémen-
taires d'anatomie comparée et d^^mbryologic
pour nous convaincre qu'un animal supérieur
ne présente à aucune période de son dévelop-
pement l'ensemble de caractères propres aux
types zoologiques inférieurs; que lliomme,.
par exemple, n'est pas dans le sein de sa
mère un mollusque, puis un, poisson et un
reptile, avant que de posséder le mode d'or-
ganisation propre à l'espèce humaine. ïl
n'est aujourd'hui aucun naturaliste qui son-
gerait à soutenir une opinion semblable, et
nous n'avons pas à nous y arrêter ici.
Mais alors quel sens faut-il attacher à cette
comparaison entre l'ensemble des créations
zoologiques et la série des modifications que
subit l'embryon d'un animal supérieur?
Comment res}>èce humaine représenterait-
elle, dans ses états transitoires, les modes
d'organisation si variés des classes infé*
rieurcs ?
L'organisme d'un animal on voie (Je for-,
malion offrirait-il successivement les carac-
tères que les zoologistes considèrent comme
étant essentiels , dominateurs dans chacun
des types dont il serait le représentant
transitoire bien qu'il n'en revête jamais la
forme générale ?
Il suiiit encore d'un petit nombre de faits
bien connus des naturalistes pour prouver,
que l'embryon d'une espèce supérieure, en
s arrêtant dans différentes phases de son dé-
veloppement, ne présenterait jamais le ca-
ractère essentiel d une classe inférieure quel-
conque. Un anatomiste célèbre, dont je re-
grette de [ne pouvoir adopter ici toutes les.
vues ingénieuses, M. Serres, a cité„ comme
offrant un exemple remarquable de celte
sorte, de progression zoologique de l'em-
bryon en voie de formation , Je lombric ou
ver de terre, qui, d'après lui, revêtirait suc-
cessivement les caractères anatomiques du
polype, du ténia et de l'arénicole avant que
d'arriver au mode d'organisation qui est
propre à son espèce. Mais rien de semblable
n'existe chez le jeune lombric ; jamais il ne
possède ni le système respiratoire, ni les
vaisseaux sanguins, ni l'appareil digestif,
ni les organes locomoteurs a'un arénicole;
jamais il ne présente un seul des caractères
généric[ues du ^énia, et à aucune époque de
son existence il ne ressemble à un polvpe.
Je ne comprends même pas ce qui a pu iaire
naître l'idée de ce rapprochement.
Il a été posé en principe, ai-je dit, que les
organismes inférieurs des invertébrés ont
leurs représentants dans les formes fugitive»
çt passagères de l'embryon humain. Mais les
résultats de l'observation sont en désaccord
flagrant avec cette théorie embryogénique.
Ainsi l'animal vertébré, en se constituant,
ne présente à aucune période de son exis-
tence le mode de groupement des organes
qui donne aux radiaires leur caractère , essen-
tiel ; il n'offre jamais la sesmentation annu-
laire qui est si remarquanle chez les ani-
maux articulés ; on ne lui reconnaît pas
davantage la structure particulière aux pjoI'
lusques. Enfin, si ce vertébré ep ^'^^^ -'*» <r>r*
4{'J
RMC
DICTIONNAIRE
EMET
liO
ination appartien. à Tespèce humain.?, il
n'offrira jamais les caractères en vertu des-
quels un poisson est un poisson, un serpent
est un reptile et une poule est un oiseau.
En restreignant même davantage le champ
de la comparaison, on n'arrive pas à d'autres
résultats. Ainsi> à aucune période de sa vie
embryonnaire, l'organisme de Thomme ne
présente les caractères auxquels le zoologiste
reconnaîtra un animal de Tordre des ron*
geurs , un pachyderme , un ruminant , ou
même un quadrùpfiane.
La concordance entre les types zoologi-
ques inférieurs et la structure primitive et
transitoire des animaux les plus parfaits
n'existe donc pas dans la nature. Mais si
cette comparaison entre l'embryon d'un ani-
mal supérieur et les formes permanentes des
espèces moins élevées est reconnue fausse
en ce qui concerne l'ensemble de l'orga-
nisme, elle pourrait encore être vraie pour
chacun des grands appareils considérés iso^
lémént. '
En restreignant de la sorte la théorie de là
concordance des métamorphoses embryogé-
niques et des types zoologiqués inférieurs,
neut-on dire avec raison : X'organogénie
humaine est le tableau mouvant des états
organiques qui nous offrent d'une manière
permanente les classes inférieures du règne
animal?
Non, telle ne me paratt pas être la ten-
dance générale de la nature; et ce serait, je
pense , donner de la structure des organes
des animaux inférieurs une idée fausse que
de la représenter comme étant semblable à
celle des organes encore incomplets d'un
embryon humain. La puissance créatrice
peut employer des procédés semblables pour
constituer deux animaux, dont l'un reste
imparfait tandis que l'autre acquiert une
jjrande supériorité physiologique ; et pour
imprimer au premier son cachet propre, elle
s'éloignera moins de l'état transitoire com-
mun a tous les deux que pour achever l'or-
ganisation du second : celui-ci, à l'état d'em-
brvon, sera alors moins différent de l'animal
inférieur qu'il ne le serait à l'âge adulte; et
i>ar conséquent c'est avec raison que Geof-
roy Saint-Hilaire' a comparé les poissons à
l'embryon du mammifère ou de l'oiseau,
lorsqu il a voulu saisir les analogies dans la
composition de la charpente solide du corps
(les divers vertébrés. Cette méthode a con-
duit également M. Serres à des résultats im«
I>ortants pour l'anatomie comparée du cer-
veau, et elle est indispensable pour la solu-
tion d'une multitude de questions du plus
haut intérêt; mais une étude attentive des
phénomènes génésiques et de la structure
permanente des animaux inférieurs fait voir
que ce n'est pas un simple arrêt de dévelop-
pement dans la série des transformations
organiques du type zoologique le plus élevé
qui détermine le caractère de chacun des
grands appareils chez les animaux inférieurs.
Aiflsi le système nerveux d'un vertébré
ne présente jamais le mode d'organisation
caractéristique de ce même système chez
un mollusque ou uh articulé. Chez ces der-
niers, les principaux centres méJuHaires,
unis entre eux par des commissures et des
connectifs plus ou moins longs ^ foi'mem,
comme on, le sait, une sorte de cDliiet autour
de l'œsophage, et sont situés les uns au-des-
sus, les autres au-slessous du tube digestif.
Chez les vertébrés, au contraire, touslesfovers
d'innervation sont placés du côté dorsal de
ce canal et j constituent l'aie céfébto^pinal.
Or, dès l'origine, ce système cérébro-spinal
occupe dans l'économie la place uu'il doit
conserver, et il n'a jamais avec rappeil
digestif les rapports de position qui exislcnl
entre cet appareil et l'ensemble des gan-
glions nerveux du mollusoue ou de l'arli-
cuié. Le plan d'après lequel ces parties sont
disposées n'est dohc pas le même chez ie
vertébré et chez TinVertébré; à cet égard,
ainsi aue pour l'ensemble de son organisa-
tion, remoryon du premier ne représente
pas dVne manière transitoire l'état pemia-
nont du second. Il en est de même quant à
la composition de ce système. Lesanato*
mistes ne sont pas d'accord sur la déterrai^
nation des parties qui enti*ent dans la (or-
mation de la chatne ganglionnaire des in-
vextébrés ; mais quelle que soit Thypolliè^p
que l'on adopte, on arrive au même résultat
en ce oui touche à la théorie de la concor-
dance des formes embryonnaires et des types
zoologiques inférieurs. Effectivement, pour
les uns les ganglions céphaliques de Tinsefic
seront l'analogue du cerveau de Yhom<\
et la moelle allongée de celui-ci aurait pour
représentants les ganglions post^oasopha^
g[iens du premier; or une pareille disjomN
tion des éléments de l'axe cérébro«sp>ina
n'existe chez le vertébré à aucune périod
de la vie embryonnaire, et cet axe offre et
l'origine une structure qui n'existe dans le
gançlions d'aucun invertébré. D'autres ana
tomistes, adoptant les vues ingénieuseMJ
M. Serres, considèrent tous ces ganglions d
l'invertébré comme étant les analogues* nd
pas du cordon cérébro-spinal, mais des ^ac
glions qui se voient sur la racine posléricu
des nerfs rachidiens du vertébré. Mais, s
en est ainsi, à quelle période du développa
ment trouverait-on chez ce dernier une â
position analogue? Quand verrait-on dai
l'embryon humain un système nerveux coi
posé de nerfs rachidiens avec leurs gangliCN
radicaux, et point de cordon rachidien
d'encéphale? On sait, au contraire, que vh\
le vertébré l'axe cérébro-spinal se moni
dès les premiers moments du travail or^
nique, et tout porte à croire qu'il common
à se former avant que l'ensemble des ne
périphériques ne se soit encore constitué.
Je le répète donc : à aucune période de
vie embryonnaire le système nerveux
vertébré ne présente les caractères essenli
du système nerveux du mollusque ou
l'articulé, et ne peut être considéré corn;
en offrant transitoirement la disposition.
L'encéphale d'un mammifère ne passe |
davantage par l'état caractéristique du (I
veau d'un poisson ou d'un oiseau. En ell
421
CMB
0'AMTHROPOLOGie.
lii
chez Tembryon des mamtiiif&res on ne voit
jamais aucune trace de ces lol>es inférieurs
cffiî soBt si remarquables chez le poisson et
i'het les batraciens; et l*encéphale de ces
vertébrés supérieurs, longtemps avant que
de rappeler raguement la forme générale
d*Hn cerreau d'oiseau adulte, possède déjà
un corps calleux et d'autres parties dont
lencéptiale de Toiseau sera toujours priyé.
Il est élément facile de montrer que le
squelette en se constituant chez un animal
supérieur ne présente pas d'une manière
tran^tfoîre la disposition anatomique qui
caractérise la charpente solide dans les
classes inférieures du règne animal. En eflett
chez le Tertébré cet appareil, au moment de
sa première apiMirilion» de môme que pen-
dant tout le reste de la vie, est radicalement
différent du squelette tégumeutaîre d'un
articulé ou de la coquille d'un mollusque ;
le testeomé ou calcaire d'un insecte ou d'un
mistacé, ainsi que lai coquille du mollusque
est une dépendance de la peau et ne peut
être considéré que comme l'analogie de la
tofliaoe épidermique des yertébrés ; tandis
ff ne le squelette de ces derniers, logé pro-
frmJément dans l'économie et n'ayant au-
cune relation avec la peau, est composé de
Crties dont on ne yoit point de traces cnez
i anîmaui inférieurs. Or il n'eiiste à cet
égard aucune différence entre l'embryon et
ranimai adulte, l'ajouterai aussi que le sque-
lette de l'embryon humain, quoique com-*
posé de pi&^es osseuses distinctes qui doi-
yent bientôt se confondre plus ou moins
complètement et qui restent toujours sép»*
fées chez quelques yertébrés inférieurs,
n'est jamais semblable au squelette d'un
poisson, d'un reptile ou d'un oiseau; aux
yeux de l'anatomiste obseryateur il n'en
sera jamais réquiyalent.
Serait-il plus vrai de dire que l'appareil
circidatoire en se constituant dans l'embryon
des animaux les plus parfoits, passe par tous
les états que ce même système nous présente
d'une manière permanente dans les types
znok^iques inférieurs? Non, pas davantage.
Uans l'embryon humain, par exemple, la
eircalation ne se fait jamais comme chez un
insecte, un crustacé, ou un mollusque ; les
or^nes affectés à cette fonction ne présen-
lt*nt pas l'ensemble de caractères profires à
l'appareil circulatoire des poissons et à au-
cune période du développement ils ne peu-
vent être confondus avec leurs analogues
chez un reptile quelconque.
L'appareil respiratoire d'un mammif^ se
«-'jnstitue également sans passer par les dis-
positions variées que nous offrent les orsa-
nés dont les usa^ sont les mêmes chez les
div^^rs animaux inférieurs. M. Serres pense
que les branchies dorsales des triionies, et
des éolides, les branchies latérales des pa-
telles et des oscabrionsy enCn la chambre res-
piratoire creusée dans le manteau de la plu-
part des gastéropodes, ne sont que des degrés
rari^ des vaisseaux omphalonnésentériques,
des villosités du chorion des mammifères el
de Fallantoide des vertébrés supérieurs. J'a-
voue qu'il m'est im|)ossibIe de deviner sur
quoi re]K)se cette opinion, et je crois même
qu'il serait inutile de la discuter ici ; i^r
lors même qu'elle réunirait en si fateur
assez de iiiits pour être adoptée par quel-
ques zoologistes, elle ne saurait les conduire
à voir dans l'organisme naissant du mammi-
fère ou de l'oiseau les représentants du sys-
tème trachéen d'un insecte oû'd'un myria-
pode, par exemple, ni même les branchies
d'un poisson ; et par conséquent en ce qui
concerne les instruments de la respiration,
il resterait toujours démontré que Forganogé-
nie des animaux supérieurs n'off^ pas une
représentation fugace des structures demeu-
rées permanentes dans les rangs inférieurs
du règne animal.
Les organes sécréteurs et l'appareil de la
refiroduction sont dans le même cas. En un
mot, quel que soit le système d'organes dont
on étudie les métamorphoses chez l'embryoD
d'un animal supérieur, on n'y retrouve ja-
mais le tableau mobile des formes qui sont
Gxes et permanentes dans les divers types
zoologiques dont le rang est moins élevé.
On voit que la tendance générale de la na-
ture n'est pas de se servir des modes de
structure propres à ces types inférieurs
comme d'autant de préliminaires dans le
travail constitutif des oi^anismes plus par-
faits ; souvent elle met en usage des procé-
dés analojpies pour obtenir des matériaux
ànatomiques dont l'essence et les formes déû'
nitives doivent être trèsndiffércfltes, mais il
est bien évident qu'elle ne se borne pas à
avancer de plus en plus vers la perfection en
suivant un seul et même plan.
L'hypothèse d'un simple arrêt de déve-
loppement dans la série des changements que
subissent les organes en voie de formation
chez les animaux les plus élevés, ne sufGl
donc pas pour nous rendre compte des mo-
difications sans nombre dont Tanatomie com-
parée nous révèle l'existence dans les parties
correspondantes de l'économie animale chez
les animaux inférieurs.
La doctrine de la concordance des formes
embryonnaires des animaux supérieurs et
des formes définitives des espèces inférieures
ne saurait doncêtre admise, ni pour l'ensem-
ble de l'organisme, ni pour les traits distinc-
tifSs ou caractères dits dominateurs, ni pour
les grands ap^jareils considérés isolément.
Les études embryologiques, loin de four-
nir, comme on Tavait espéré, une démons-
tration de l'unité de plan dans le rè^ne rani-
mai tout entier, et de rendre ]^a1iiableren-
chalnemeiUde tous les êtres animés en une
lon^c série linéaire qui s'étendrait depuis
la monade jusqu'à 1 homme, conduisent
même au résultat le plus opposé. Elles nous
montrent la diversité des types fondamentaux
dès le début de la vie embryonnaire et nous
apprennent, mieux que ne saurait lelaîre
Fatiatomie comparée ordinaire, combien l^^
I>lans u'érgairisation employés dans la cons-
titution du règne animal, diffèrent entre
eux par leurs linéaments généraux aussi bien
que [lar les détails de leur mise en ceuvre.
423
EMB
DICTIONNAIRE
EMB
m
Ainsi» non'seu.ement la structure (Vun
vertébré adulte n'est pas réductible au plan
auatomique d un mollusque ou d*un articulé
et Tembryon du premier ne représente ja-
mais d'une manière transitoire le mode d'or-
l^anisation permanent chez ces derniers ;
mais l'unité dertypc n cibiste pas même chez
les embryons de ces animaux comparés entre
euK à une période quelconque de leur déve-
loppement. Dés qu un vertébré commence à
se constituer il porte en lui le cachet de sou
embranchement et diffère essentiellement uc
tout animai vertébré, sait adulte, soit em-
bryonnaire.
En eff^et, lorsque la matière plastique qui
doit constituer un mammifère, un oiseau,
un reptile ou un poisson, laisse apercevoir
les premiers résultats du travail organogé-
nique dont elle est le sié^^e, une ligne lon,^i-
tudinale se dessine sur le blastoderme et
marque la place du futur aie cérébro-spinal ;
chez l'embryon d'un mollusque, d'un arti-
culé ou d'un ver, cette li^ne rachidienne ne
se montre pas ; et la raison de cette diti'é*
rence primordiale est facile à comprendre,
puisque Tanalogue de Taxe cérébro-spinal
du vertébré ne doit jamais exister chez uu
animal invertébré
La portion de l'organisme oui se constitue
en premier chez les animaux de remi)ran-
cliement supérieur est donc précisément une
partie qui manque toujours dans la structure
de l'invertébré ; et cette partie primordiaie
de l'animal vertébré est, sans contredit, un
des éléments les plus importants de son éco-
nomie, un des traits les plus caractéristiques
jde son mode de constitution.
Toutes les observations s'accordent h mon-
ti'er que le jeune embryon de vertébré, en
$e développant davantage, acquiert bientôt
les premiers éléments d'un autre système
organique dont les animaux inférieurs sont
toujours privés; car à peine la ligne rachi-
dienne est-elle devenue un sillon ou un ca-
nal, qu'on voit se former de chaque c6té, le
long de ses bords, une série de pièces solides
destinées h composer les vertèbres.
Il est également à noter que les rapports
du |>etit être en voie de formation avec la
masse vitelline dont il doit tirer ses maté-
riaux constitutifs sont différents chez le
vertébré et chez les animaux inférieurs.
L'embrvon du premier est eu relation avec
le vitellus par fa face ventrale de son corps,
et les connexions entre ces parties n'occu-
pent que la région abdominale. Une disposi-
tion semblable n'a été observée chez aucun
invertébré. Chez les articulés, le jeune em-
bryon reposé sur la masse vitelline par la
face dorsale de son corps, c'est-à-dire par !e
côté où se trouve le centre nerveux princi-
pal , celui que l'on compare d'ordinaire au
cerveau des animaux supérieurs. Quelques
anatomistcs ont cru pouvoir expliquer cette
différence primordiale en supposant que
l'articulé était un vertébré renversé sur le
dos. Mais cette hypothèse ne suffît pas pour
ramener l'organisation de ces deux types à
un même plan. En effet, les ra^^orls de
msition deviendraient ainsi les mAmes entre
le vitellus, le canal digestif et les ganglions
thoraciques de l'articulé, d'une part, et le
vitellus, l'intestin et la moelle éi)imère du
vertébré , d'autre part ; mais tandis que les
centres nerveux céphaliques de ce dernier
sont situés du même côté du tube digestif
que la moelle épinière, les ganglions céré-
broïdes de l'articulé se trouvent du côté oi>
posé, c'est-à-dire entre le vitellus et le canal
alimentaire. Le principe de l'invariabiliié
des connexions organiques, sur lequel on
aurait à s'a[)puyer pour établir des analogies
entre les diverses parties du corps d'un ver-
tébré marchant sur le ventre et d un inver*
tébré marchant sur le dos, viendrait donc è
faire défaut en ce qui touche aux systèmes
les plus importants de l'organisme, et cela
dès le début du travail génésique; car, si
l'on représente par les lettres a, b, c le ce^
reau et ses dépendances, le tube digestif el
le vitellus, on voit que dans l'œuf du verté-
bré la position relative de ces parties est in-
diquée par lorJre de succession de ceslellrts
elles-mêmes, tandis que chez l'embryon de
l'articulé on aurait la série a, c, b.
. Chez les mollusques, la séparation entre
)e vitellus et les parties permanentes de ^o^
ganisme du jeune embryon est en général
beaucoup moins complète ; mais toutes h
fois qu'elle devient manifeste, elle préseote
des caractères particuliers, et ne se lai^M!
ramener ni à l'un ni à l'autre des types doui
il vient d'être question. Ainsi, chez les cé-
phalopodes, où la distinction entre le corjs
de l'embryon en voie de formation et l«
masse viteXine est aussi tranchée çiue chei
les oiseaux ou les reptiles, on voit que ce
n'est ni par le dos ni par la faee inférieure
de l'abdomen que ces parties sont en con-
nexion, mais bien par la région buccale m
pharvngienne du jeune mollusque.
L'état primitif de l'embryon d'un mam-
mifère ou d'un oiseau, d'un céphalopode d
d'un crustacé, ou d'un insecte, est tout aussi
différent que le sera plus tard le mode d'or
ganisation déflnitif de ces animaux. L*eiu
bryologie, de même que Tanatomie co(Q|»
fée, nous conduit par conséquent à admette
qu'il n'v a pas unité de pimi dans la consti
tution de tous les animaux, et que la natur
a créé ces êtres d'après plusieurs types fon
damentaux bien distincts.
Dans l'état actuel de la science, il serai
peut-être prématuré de vouloir détermine
le nombre de ces types primitife. Il est ce
pendant facile de se convaincre que la natur
a été fort sobre dans l'emploi de ce mojei
extrême de diversification; et ici encore, le
données fournies par l'embryologie s'accor
dent pleinement avec les résultats fondés su
l'étude auatomique des animaux adultes.
Ainsi, en prenant pour guide l'anatomi
comparée seulement, Cuvier avait reconn
que tous les mammifères, les oiseaux, )e
reptiles et les poissons sont constitués d*f
près un même plan général; que les niodifi
cations de structure qui s'y rencontrent soi
»
EMB
D'ANTHROPOLOGIE.
Em
tl$
ui/lme légères, et que les différences h raison
desquelles le zooloi^ste divise ces animaux
en classes el en fiimiljes distinctes ne déjjen*
déni qae du développement ou de Taddition
de quelques parties qui ne changent rien à
Jesvence du plan fondamental (18«). Les Ira-
vaui importants de Geoffroy Saint-Hilaire
sont venus confirmer et étendre cette vérité»
c^rils ont fait voir que, dans tout Tembran-
chement des vertébrés, l'uniformité de corn-
mition est beaucoup plus grande qu*on ne
Tarait pensé.
EnGn, les observations de tous les cm-
biyologistes de nos jours nous apprennent
quWectivement c*est, pour ainsi dire, d^lne
même ébauche organique que la nature tire
it)ur k tour un mammifère,^ un oiseau, un
reptile ou un poisson ; car dans les premiers
temps de leur existence tous ces êtres se
ressemblent si complètement qu'on ne sau-
rait deviner à quelle classe ils doivent ap-
ï-artenir. L'embryon du vertébré qui com-
mm à se développer porte déjà, comme
n<>aM'iîons vu, le caractère de son embran-
émeni^ et ne saurait être assimilé ni à un
loopbrie, ni à un mollusque, ni à un arti-
fTilé; mais il ne présente encore aucun dos
wrières en vertu desquels il sera un mam-
oilnre plutôt qu'un oiseau , ou un reptile ,
ou un poisson. Sa forme est d'abord une
lume commune à tous ces animaux, c'est
un vertébré el un vertébré seulement; mais
p«f les [jrogrts du travail embryogéniquc,
^Hiù aniformité de composition diminuera
•'c plus en plus entre les divers animaux
'l'ii dérivent ainsi d'un type commun ; le
M restera Je même à certains égards, mais
*ic< différences or^janiques d'une grande ira-
j^jrlance viendront bientôt séparer le pois-
^>D 'Ja mammifère ou de l'oiseau; puis d'au-
tres différences, raoins profondes, s'établi-
ront entre diverses espèces d'une même
clause ou d'une même famille.
L'eaitjrjond'uncrustacé,d un insecte, d'un
«wchiïide, d'un niyriapode, ou même d'un
''tmélide, offre, dans les premiers temps de
'inexistence, un mode d'organisation qui
> ^Jurait être confondu avec la structure
Jî' vertébré naissant, mais qui est coni-
'çcnà tous les articulés; les caractères les
•'u> saillants de rembranchemcnt des anne-
*^ sy dessinent de bonne heure, et ne per-
•'^tlenl pas de le confondre avec un cm-
-rvon de mollusque ; c'est plus tard que les
arar;ères de classes se manifestent, et par
*^^équent il semblerait aussi que tous ces
Wiffiaux ne sont que des dérivés d'un même
)pe fondamental.
Nos connaissances relatives à l'embryolo-
^^des mollusques et des zoophytes sont en-
^«^ trop incomplètes pour qu il soit possi-
«6 de démontrer de la même manière la
arenté réelle des animaux dont se compo-
'Di lun et Fautre de ces groupes zoologi-
ue^; et peut-être arrivera-t-on à trouver
■^^ les cèplialopodes ne dérivent pas du
^e type fonda mental que les gastéropodes
et surtout les ascidies; peut-être aussi verra-
t-ou (juc les infusoires proprement dits et
que les spongiaires ne sont dans l'origine
comparables ni à l'embryon naissant d'un
mollusque, ni à un zoophyte en voie de for-
mation. S'il en était ainsi, on serait conduit à
reconnaître un plus grand nombre de types
ou formes zoologiaues essentiels queCuvier
n'en avait établi, d'après des considérations
purement analomiques. Mais, dans l'état ac-
tuel de la science, cette diversité primor-
diale est loin d'être démontrée, et par consé-
quent nous ne devons pas l'admettre; car,
ainsi que nous l'avons répété plus d'une
fois, l'une des tendances les plus constantes
delà nature consiste à économiser les moyens
qu'elle met en œuvre pour obtenir des résul-
tats variés, et par conséquent nous devons
croire à l'emploi d un même plan organi-
que, partout où l'existence d'un plan nou-
veau n'est pas manifeste.
L'embryologie nous montre donc t<»ulos
les espèces animales comme se produisant
à l'aide de l'un des organismes rudimentai-
res dont l'embryon naissant du vertébré, de
l'insecte, du mollusque ou du polype nous
offre Texemple; mais elle nous enseigne
aussi que chacun de ces types primordiaux
peut se développer de plusieurs manières
différentes, et que dans le mode d'emploi de
ce fonds commun pour chaque embranche-
ment zoologique, la nature peut adopter des
plans secondaires bien distincts.
Ainsi, l'embryon du mammifère qui, dans
le principe, ne différait pas de l'embryon de
tout autre vertébré, cesse bientôt de ressem-
bler au poisson et au batracien en voie do
formation. La route génésique qui était d Sa-
bord unique pour tout l'embranchement, se
bifurque en quelque sorte pour conduire
d'un côté à la création d'un poisson ou d'un
batracien, de l'autre à la production d'un
reptile, d'un oiseau ou d un mammifère. Dès
lors, le plan d'après lequel se construisent tn
poisson et un mammifère, tout en conser-
vant une même disposition générale, se mo-
difie diversement pour chacun de ces rni-
maux, et on voit dériver du type primitif du
vertébré deux types secondaires, d'après les-
quels seront construits, d'une part le i)oi»-
5on et le batracien, d'autre part les reptiles,
les oiseaux et les mammifères. Puis la voie
génésique dans laquelle s'engagent à la fois
tous les vertébrés des trois classes supérieu-
res, se bifurque à son tour, et l'une de ses
divisions est suivie par les reptiles et les oi-
seaux, tandis que 1 autre n'admet que des
mammifères. La première de ces bifurcations
correspond à l'instant où l'org^anisme nais-
sant produit la tunique amniotiaue et l'al-
lantoïde chez les vertébrés supérieurs, et
poursuit son développement chez le poisson
et le batracien sans être le siëse d'aucun tra-
vail orgauogénique semblable; la seconde
est marquée d'anord par la formation des
viilosités du chorion, mais se caractérise
mieux encore par l'apparition des parties d«
(Ul) tk^pf animaîy première éiilîon (ISf 7), 1. 1*^, pag. 57.
f/ti;'i*10KK. D'A?nrHROPOLOG1B.
U
4»
ESC
DICTIONNAIRE
ËNC
44S
Tencéphale dont les mammifères sont pour-
vus, et dont les oiseaux, ainsi que les rep-
tiles, font toujours privés.
Indépendamment des divers plans fonda-
mentaux bien distincts aue la nature met en
œuvre pour constituer le règne animal , il
existe donc un certain nombre de types
secondaires , et il ne serait pas plus vrai de
dire que le mammifère, par exemplB, est un
|)oisson perfectionné, qu il ne serait exact de
représenter le vertébré comme une consé-
quence du perfectionnement d'un mollusque
ou d*un annelé. Le mammifère et le poisson
sont tirés d*un lypc primordial commun ;
mais , lorsque l'organisme conformé d'après
ce tjrpe général est prêt à prendre un cachet
particulier, il n'est encore caractérisé ni
comme poisson ni comme mammifère ; et
quand il revêt Tune de ces formes secondai-
res, il ne passe jamais à l'autre par les pro-
grès de son développement.
La multiplicité des types zoologiques, soit
primordiaux , soit secondaires , me semble
<lonc un résultat acquis à la science ; et ,
aujourd'hui , moins que jamais , il ne serait
permis de considérer le règne animal tout
entier comme représenté par le développe-
ment d'un seul et même animal dont le tra-
vail organogénique s'arrêterait à des pério-
des diverses de la vie embryonnaire. Quel
que soit le point de vue auquel on se place
f>our étudier cette question , on voit que
'ensemble des animaux ne formr pas une
série linéaire 9 s*étendant depuis la monade
ou réponse jusqu'à l'homme, et que les
métamorphoses ueâ organisuîcs sup4ineLirî
en voie de formation ne représentent pas
davantage les divers chaînons de cette série
imaginaire.
ENCÉPHALE. — Les partisans du maté-
rialisme regardent l'encéphale comme le
siège ou plutôt comme l'organe de l'enten-
dement, parce que c'est dans cet appareil que
se rendent toutes les impressions extérieu-
res ; que c'est de lui que partent tous les
mouvements d'expression et de volition, et
enGn , parce que ses lésions pathologiques
produisent souvent des altérations remarqua-
bles dans les facultés intellectuelles. Démon-
trons donc que ces facultés ne lui api)artien-
nent point.
Les actes intellectuels sont :
1" Là perception , ou l'action de recueillir,
de percevoir, percipere^ les impressions
reçues par les organes , de les convertir en
images ou en sensations ;
2* La comparaison , ou la perception suc-
cessive de plusieurs impressions , pour en
apprécier les rapports et les différences ;
3' Le jugement , qui consiste dans cette
appréciation, d'où résultent des notions plus
«m moins exactes , plus ou moins complètes
sur les objets comparés, ou les idées ;
k"" Là mémoire^ ou l'action de rendre pré-
sentes à l'esprit des impressions perçues, ou
(185) Ainsi le chasseur» qui poursuit ardemment
8011 gibier, ne sent pas les piqûres que lui font les
plantes épineuses ; ainsi le soldat, entraîné par son
des idées formées depuis un temps plus ou
moins éloigné ;
5* Enfin, Vimaginaiion^ ou la combinaison
d'images, ou d'idées, déjà fonnées , pour en
composer des peintures neuves et plus ou
moins vives.
Examinons en particulier chacune de ces
opérations intellectuelles , et prouvons que
l'encéphale ne peut les effectuer.
IL La matière encéphalique ne peut perce-
voir. — L'encéphale , par cela seul qu'il est
matériel , est formé d'un certain nombre de
parties constitutives ou élémentaires ; il est
donc composé. Mais , puisqu'il est composé,
il ne pourrait percevoir sans exercer à la
fois autant de perceptions, et par censé-
auent, sans produire autant de sensations ou
'images qu'il entre de parties dans sa com-
position. Or, la perception , soit qu'on la
considère comme une fonction , soit que ^
d'après les matérialistes, on la regarde comme
un état , une modification du cerveau , est
évidemment une , les images ou les sensa»
tions qui en résultent sont simples ; donc ni
l'une ni l'autre ne peuvent appartenir à cet
organe.
En second lieu , la perception est active »
volontaire, libre ; nous pouvons à notre gré
percevoir ou ne pas percevoir les impies -
sions présentes, cnoisir l'une préférablement
à l'autre, repousser celle-ci et nous attacher
à celle-là. En fixant notre esprit sur un objet
quelconque, nous pouvons aussi ne pas voir
ce qui nous entoure, bien que nos yeux
demeurent ouverts ; ne pas sentir les corps
qui se trouvent en contact avec nous, miàme
lorsqu*ils nous blessent (185), ne pas enten-
dre les sons qui frappent notre oreille,
demeurer insensibles aux émanations odo-
rantes et même à l'action des substances
sapides , quoique nos sens de l'odorat et du
goût en éprouvent une vive impression ; le
phénomène intellectuel qu'on nomme 065-
tractiony etoù l'homme exclusivement occupé
de l'otget qui fixe sa pensée , n'entend » ne
voit rien de ce qui se passe autour de lui »
celui de l'extase, où, malgré toutes les
impressions que peuvent recevoir les orga-
nes , il ne s'effectue aucune perception , "en
sont des preuves évidentes. Nous pouvons
encore suspendre ou prolonger à volonté une
perception , et la convertir en une attention
u une plus ou moins longue durée. Hais la
matière encéphalique est passive ; elle ne
peut agir par elle-même ; elle n'est pas libre,
tous ses mouvements sont soumis à Taction
des agents qui doivent l'exciter ; de plus, elle
ne peut pas ne point recevoir les impressions
de ses agents ; elle ne peut point non plus
en suspendre ni en prolonger les effets ; donc
ce n'est point elle qui exerce la fonction per-
ceptive.
En troisième lieu , si la perception apparr
tenait è l'encéphale, comme il n y a dans cet
appareil que cfu mouvement, et que ce mou-
courage, ne s'aperçoit de ses blessures qa*aprês tes
combats.
EMC
D'ANTHROMLMIE.
EIHC
Oê
refflent no peut rarier que dans sa direction
et soo intensité , choses qui ne peuvent
nullement changer la nature des effets pro-
(juîtsparle mobile, il s'ensuivrait nécessai-
Kmentque toutes les sensations et les images
seraient identiques , et qii*el]es ne différe-
raient entre elles que parla rapidité de leur
(Jéreloppement, c'est-à-dire, en^un mot, que
nousneprouTerions jamais quune seule et
même sensttion, et que nous ne percevrions
qu'une njônie image. Or, il est d'une évidence
incontestable que ces produits de la percep-
tidu f outre qu'ils se développent avec un
>iegréégal de promptitude , sont réellement
lie nature dissemblable ; que les sensations
(|ui résultent dès impressions visuelles sont
vntièreffleDt différentes de celles qui pro-
TJeooefltdes impressions tactiles ; que celles*
(i diffèrent essentiellement des sensations
«lui naissent de l'action des corps sapides ou
m éiuanatious odorantes ; enfin , que les
"«nsations qui se rapportent à un même
»en$ offrent entre elles des différences de
nature très-remarquables; et que, par con-
séqmu la perception est entièrement étran-
K^re à l'encéphale. Ajoutons encore que, par
la force d'inertie que possède la matière, la
fereeption produite par son mouvement
'ievfïit être continuelle, et si l'on suppose
(}ue ce mouvement s'arrête de temps à autre
\mr mettre un terme aux perceptions , ou
l'est par gradation insensible comme tout
mouvement matériel, et alors les perceptions
lieraient s'éteindre d'une manière graduelle,
f^^m n'est point ; ou bien il s'arrête subite-
ment par l'effet d*un choc opposé, et alors les
perceptions devraient s'arrêter brusquement
au^si, ou être remplacées par une perception
oouTelle, déterminée par un nouveau mou-
îemeii!, ce qui n'est pas moins contraire aux
hits.
Si Ion objectait que, bien qu'il n'y ait
ine du mouvement dans la matière eneé-
piialiqne , les produits de cette matière jieu-
wt iire très-différents , puisque les fluides
^ùv)nt le résultat des lonctions du foie,
'*^ reins, etc., où il n'y a, non plus que
«"1 iBouTement, bien loin d'être toujours
^nii([ues, offrent au contraire, sous le
■»p(>or(de leur nature, dlnnombrables va-
""'«téN, nous répondrions que c'est là assi-
u'ier les fonctions de l'encéphale à celles
^''orî^anes sécréteurs , et que cette assimi-
Mifm n'est nullement admissible. En effet ,
^t organe a^ent d'une sécrétion reçoit
>>Asson tissu, par l'intermédiaire des vais-
^9iïi artériels, le fluide qu'il doit modi-
^* ^t le résultat de cette modification, quel
'J tl soit, est toujours une substance maté-
»^II«.Or, l'encéphale ne reçoit de ses agents
^ transmission que des impressions et des
^jurements, comme on le voit surtout dans
' toucher et Taudition ; et des mouvements
ii^i Oa ne pourra jamais voir de la matière
^^ le» images de la forme et des dimensions des
'f'irt; dans le» sensations que produisent en nous
^ «tUKrmls Hais de leur surfnce, tels que le poli
^ ti mde^sc, par exemple ; dans celles que déter-
^ini lear eonaîMance , la transnisMon 4e leurs
ou des impressions ne peuvent se convertir
eu un produit matériel ; donc évidemment
la perception ne peut être assimilée à une
fonction sécrétoire.
Le même raisonnement peut être opposa
à l'opinion eitravagante dans laquelle on
considère le cerveau comme agissant sur
les impressions que les nerfs lui transmel-
tent,.de la même manière que l'estomac sur
les aliments que l'œsophage lui amène , et
les perceptions comme le produit de cette
sorte de aigestion. En eflet, les impressions
sont des actions, leurs eflets sont des états,
de simples modiiications organiques, et nul-
lement des substances matérielles sur les-
quelles le cerveau puisse agir; et, d'une
autre part, les perceptions n'oflrent rien
en elles-mêmes qui ait quelque rapport avec
un produit matériel.
Dira-t-on que les artères de l'encéphale
lui fournissent les matériaux de ses fonc-
tions , que c'est dans le fluide sanguin , a\y-
porté par ces vaisseaux, que cél appareil
nerveux puise les éléments des prouuits de
son action perceptive? JMais, dans c^nte sup-
position, non moins ridicule que la précé-
dente, la perception ne s'exercerait plus,
sur des impressions remues, et dès lors elle
ne produirait ni sensations ni images; elle
ne serait donc plus là perception. D'ailleurs,
étant une action essentiellement organique,
elle n'aurait qu'un seul produit, un résultat
identique , comme toutes les fonctions ana-
logues ; et, de même qu'il n y a qu'un fluide
biliaire , il n'y aurait qu'une seule image ,
Ju'une seule sensation, modifiées seulement
e temps à autre , comme tous les produits
des organes sécréteurs, parles causes qui
influent sur l'organisme , ce qui est d'une
évidente absurdité.
Opposerait- on à cela que la perception a
dans l'encéphale autant d'organes particu-
liers qu'il y a de sensations et d'images , et
3ue c'est à l'action de ces organes que sont
ues toutes les variétés des résultats de la
perception? Mais nous aurons toigours à ré*
t tondre : 1* que ce que nous avons dit de
'encéphale considéré dans son ensemble
est applicable à chacune de ses parties :
2* que la matière est composée, tandis que
la perception est une, et que ses produits
ofi'rent une incontestable simplicité ; 3" que
la matière est passive, qu'elle ne se meut
jamais d'une manière spontanée , et qu'elle
est toujours soumise aux agents qui en dé-
terminent les mouvements, tanais que la
perception est active, spontanée, libre, en-
tièrement volontaire; k'' que les produits
de la matière ne peuvent être que matériels»
tandis que les sensations et les images ne
peuvent être considérées comme des sub-
stances matérielles (186) ; et l'on sera forcé
de conclure que l'encéphale , soit qu'on le
vibrations; dans celles qui causent en nous le plai-
sir ou la deuleur. Car, dans toutes ceâ circonstan-
ces, aucun élément matériel n^est transmis h Tencé-
phale. D'ailleurs, ces sensations sont simples, et h
matière est composée.
m
KKG
mcnôNNAmt
EMC
considère comme un organe exerçant une
ieule et même fonction , soit qu*on le sup-
pose composé d*un plus ou moins grand
nombre d*organes différents exerçant cha-
cun une action particulière , ne saurait être
par lui-même ragent de la fonction per-
ceptive.
Enfin , si l'on se retranche à dire que la
perception n'est qu'un mouvement matériel
communiqué par les impressions des objets
sensibles, nous répondrons qu'un mouve-
ment quelconque étant toujours le même
dans sa nature et ne variant , comme nous
l'avons déjà dit, que par sa direction ou
son intensité , ne peut produire des effets
aussi différents, dans leur essence , que le
sont les sensations et les images si variées
que fait naître la perception ; et il demeu-
qui atirioue le développe-
ment normal des idées , et leur développe*
ment anormal ou la /o/te, à l'accélération
des mouvements de la fibre nerveuse encé-
phalique , et à une sorte de vibration qui
.s'établit dans les molécules de son tissu ?
(Rroussais, De Virritation et delafolû^
p. ^58, M9 et &63.) N'est-il pas évident
q^u'ily aici entité, ontologie pure; vicescien*
tifique que cet auteur reproche si amère-
ment à tous ceux qui l'ont précédé ? Et re-
lativement à la folie, qui pourrait compren-
dre l'explication toute matérielle qu il en
propose? (Loc. dl., p. Ml.) Comment, au
\«lébut de cette affection, un mouvement
normal peut-il suspendre de temps à autre
un mouvement anormal ? D'abord , il faut
supposer l'existence de deux mouvements
différents simultanés dans un même organe,
ee qui est absurde. Ensuite, il faut admettre
qu'un mouvement moins rapide, oui est
celui de l'état normal , peut suspendre un
mouvement d'une rapidité plus considérable,
qui est celui de l'état anormal ou de la folie,
ce qui ne l'est pas moins. Enfin il faut con-
clure i)our dernière absurdité que, puis-
que l'état anormal ne diffère de l'état nor-
mal que par une activité plus grande de
mouvement dans la masse encéphalique , la
Mie n'est dans son essence que la raison
portée à Texcès ; assertion étrange et qui
pourtant n'est que la rigoureuse consé-
quence do la théorie qui attribue le déve-
loppement des idées a l'excitation ou au
mouvement vibratile de la matière encé-
phalique.
En quatrième lieu si la perception était
une fonction matérielle , si elle se rédui-
sait à une excitation de l'encéphale, comme le
dit Broussais (toc. etV., p. 213,214), nous
devrions, dans les circonstances où nos sens
éprouvent tous à la fois un^ impression
extérieure , avoir plusieurs perceptions si-
multanées, car chacune des régions encé-
phaliques , en rapport avec nos appareils
Sensitifs, se trouverait alors dans un état
['excitation. Pourquoi donc n'en avons-nous
sia tine î Dira-t-oo par là que la plus forte
révulse les plus faibles ? Mais cela ne p^ut
pas avoir lieu , 1* dans les circonstances où
toutes les impressions 'extérieures ont la
même intensité ; 2* dans celles où , au con-
traire , nous ne percevons pas une impres^
sion beaucoup plus vive que celle qui nons
occupe , comme lorsque nous devenons in-
sensibles h une douleur, même aiguë t pen*
dant la réflexion. La loi de la révulsion est
donc ici en défaut. Mais d'ailleurs, la révul-
sion, quelque rapide qu'on la suppose, ne
saurait s'opérer d une manière subite ; il
reste touiours pendant un certain temps ,
lorsqu'elle s'effectue , des traces de l'exci-
tation primitive. Donc ici la perception la
plus vive devrait être accompagnée d*autres
perceptions plus faibles, et il y aurait tou-
jours simultanéité de perceptions. Mats cela
n'est point ; nos perceptions gont toujours
isolées, successives ; elles n'existent jamais
simultanément ; donc elles ne dépendent
point d'une excitation encépl^alique et ne
peuvent être, en un mot , aucun état maté-
riel. Donc* l'être auquel elles appartien-
nent n'est point lui-même une substancd
matérielle.
En cinquième lieu , nous percevons les
objets, non-seulement parles impressions
qu*ils font sur nos orgases, mais encore
parcelles des signes qui les représentent,
tels que l'écriture et les sons arjticulés. On
me fait par écrit ou de vive voix la des-
cription d'un objet qui auparavant m'élait
entièrement inconnu, et il s'en forme dans
mon esprit une image fidèle. Or, si, dans
cette circonstance , ma matière encéphali-
que percevait réellement, elle ne trouTcrait
pour cet acte que des vibrations dans Ii
parole , et des lignes droites ou courbas
dans le langage écrit ; mais oes vibrations
et CCS lignes , signes variables et conven-
tionnels , n'expriment rien par ellesHnémes,
comme on le voit dans les individus qai
n'en connaissent point la valeur; elles n*oot
de signification que celle que l'intelligence
leur donne en les appliquant aux olgets ; il
faudrait donc que mon encéphale leur don-
nât lui-même leur signification particulière;
mais cet appareil n'est propre qu'à receroir
des impressions comme tous les autres tis-
sus or^^aniques , et ici ces impressions ne
pourraient être suivies d'aucune action per-
ceptive autre que celle de certaines vibra-
tions ou de certaines lignes divcrseraent
figurées , puisqu'elles n'ont par elles-mêmes
aucune signification réelle ; donc la percep-
tion ne saurait lui appartenir.
Serait-ce, en effet, Vorgaae cérébral qui
sentirait, dans un discours parlé ou écnt>
ce qu'il y a de sim{de , de naïf, de touchant,
d'élevé, de sublime dans le stjie de l'au-
teur ?Serait-ce lui qui distinguerait les qua-
lités diverses du génie de nos grands poêles,
2ui apprécierait en quoi diffèrent entre eui
orneille. Racine, Crébîllon et Voilaire,
lui pour qui il ne peut y avoir, comme nous
l'avons d^'à dit, que des mouvements de
vibration dans k parole et des oppressions
Uimintuses dass tes caractères écrita? Nou»
BMC
D'A^TtlIIOl'OLOGIE.
ËNC
4H
ii est impossible qu^uiie pareille idée puisse
être partagée par des esprits que la raison
éclaire, et ee serait faire imure à nos lec-
teurs que de nous étendre plus longuement
sur cet objet.
Les ooèmes réflexions s*appliqu^nt aux
moureiDeots ph vsionomiques, aux gestes et
aui attitudes ; il n'y a, en effet » dans ces
foDdiODS d'expression que déplacement de
parties mobiles. Or» la matière cérébrale ne
peut j receroir que des impressions lumi-
MUses du mourement. Qui est-ce donc qui
distingue, dans les positions ou les déplace-
ineots dîTers du corps et des membres, dans
les contractions musculaires de la face, dans
uo simple regard, les sentiments et les pen-
sées, sinon un être doué d'intelligence, ot
qui par eonsétpient n'est point matériel ?
Coosidérons encore que nous acquérons
dans un instant, par l'intermédiaire d'un in-
ternrèle, rintelligence d'un mot écrit ou
porté que nous ne comprenions pas aupa-
KTanl; il faudrait donc supposer que notr«
jpfttrtil encéphalique, qui n'était pas pro-
pre k cette perception , a été modiflé tout à
itHipdaus sa substance par quelques vibra-
tiOQs sonores, et est devenu capable de cet
acte intellectuel ; mais qui pourrait admettre
uiie supposition pareille?
Remarquez ici l'absurdité de la théorie de
I excitation de la matière encéphalique sur
laquelle le docteur Broussais a fondé son
ystème de matérialisme {De Firritaiion et
it k folie). Si, en effet , les perceptions n'é-
taient qu'une excitation, un mouvement vi-
liratile de l'appareil nerveux intra^rdnien
lof. nV., pages 213, 21b), comment pour-
rions-nous transmettre les nôtres aux autres
individus, et recevoir les leurs au moyen
»le la parole? N'est-il pas évident que le
langage articulé , qui ne perd rien de sa
rertuaignificalive, quoiqu'il soitproféré sur
le môuie ton et avec la même intensité de son,
of produirait dans l'un et l'autre cas que des
îihrations toujours identiques , et par con-
'«i]uent constamment une saule et même
l'^fception? Cela n'est-ii pas manifeste, sur-
Mtà féjard des homonymes?
Vous en dirons autant des caractères
^rits qui n'ont pas sans doute une vertu ex-
citante plus considérable les uns que les
a'Kres, et qui évidemment ne donneraient
in'u qu'à une seule perception.
Mais chaque mot parlé ou écrit , quelque
[**^îcmblance qu'il ait avec d'autres, ou par
le '^on, ou par les caractères qui le repn?-
•enterit, a pour nous, comme pour ceux à
'lui nous parlons ou à qui nous écrivons,
lio sens particulier que la con texture du dis-
cours rend manifeste; d'où il faut nécessai-
rement conclure, d'abord , que nos percep-
tions ne sont pas une excitation de la ma-
'187) On conçoit «ne chaque impression, arrivant
* m maciére eocéphallaue par les petits filets ner-
^««1 «entîtirs om la lui transmettent, se coin-
l>t«e, dans cette matière, d'un certain nombre d*im-
^•^^^*WM partielles en rapport avec ces mêmes filets,
'* lai y demenTOot Isolées ; et ce nui est vrai pour
Bft^ impression Te»! aussi pour plusieurs inipa*»-
tière encéphalique ^ puisqu'une cause tou
jours identique ne peut produire des eflfets
différents, et en second lieu qu'elles ne peur
vent appartenir qu'à un être spirituel, puis-
qu'il &ut de l'intelligence pour percevoir et
comprendre le langage articulé ou écrit,
alors même que les objets divers qu'ils ex-
priment sont représentés par des sons et des
caractères semblables ; et que cette intelli-
gence, qui suppose des perceptions variées ,
même à la suite d'impressions de même na«
ture, ne peut être l'attribut d'un être ma-
tériel.
£n sixième lieu, je sens que je perçois ;
je perçois donc mes perceptions. Or, pour
nue cet acte appartint à l'encéphalQ, il fau-
drait évidemment que cet appareil réa^U
sur lui-même. Mais la natière n'est point
capable de cette réaction. Chacune de ses
parties peut bien réagir sur celles qui lui
sont unies, qui se trouvent en contact avec
elle, mais non point sur elle-même,, puis-
qu'un organe ne réagit que sur des impres-
sions , et qu'il ne peut impressionner sa
propre substance. D'un autre côté, la réac^
tion perceptive est un acte spontané, libre^.
volontaire, tandis que les actions maté-
rielles sont sous la dépendance des agents
qui les déterminent; donc l'encéphale nu
peut exercer la perception.
Nous ajouterons à toutes ces démonstra*
tions un autre ordre de preuves non moina
concluantes. Nous voulons parler des pres-
sentiments, de ces prévisions merveilleuses,
de ces étonnantes perceptions d'événements
à venir plus ou moins éloignés, dont ri y a
tant d'exemples incontestables, et qui prou-
vent évidemment que l'homme i>eut perce-
voir sans impressions extérieures, et par
conséquent fans l'influence de son appareil
encéphali(iue.
La perception est l'élément de tous les
autres actes intellectuels, car ces actes ne
s'exercent réellement que sur des sensations
ou des images. Nous pourrions donc incon*
testablement conclure des précédentes con-
sidérations qu'ils n'appartiennent point à
l'encéphale, mis pour dissiper jusqu'au
moindre doute à cet é^rd, et porter la con-
viction dans l'esprit le f>lus prévenu, noys
rendrons cette vérité plus évidente , s'il est
possible, par des démonstrations directes.
§ II. Vappareil encéphalique ne peut com-
parer.—La comparaison de plusieurs sensa-
tions ou de plusieurs images ne peut être
faitequepar un être simpk^ qui les perçoive
chacune isolément et d'une manière succes-
sive, qui soit comme un centre où chacune
d'elles vienne aboutir. Or la matière est
composée ; donc elle ne peut être ce centre,
cette unité percevante qui peut seule exer-
cer la comparaison fl87) ;> donc cette
siens successives. Mais la comparaison oe peut
s*ciercer sans qu1l y ait rapprochement, réunion
de ces impressions dans un être auquel elles abou-
tissent; cet être doit donc être timple. Or, la ma«
tière est composée ; ce n^est dooc pas elte qu'
particut la comparaison.
135
ENC
fHOTfOfIMAmE
ENC
436
fonction lui esl entièrement étrangère.
Hemarquons encore que, comme la per-
ception, la comparaison est active, sponta-
tanée, libre, volontaire, qu'elle peut être
répétée par Tèlre qui l'exerce un plus ou
moins grand nombre de fois, et se changer
en ce que Ton appelle réflexion^ se porter à
notre gré sur tels objets plutôt que sur tels
autres; tandis que la matière est passive,
qu'elle ne se meut que par les impressions
matérielles qui agissent sur elle; qu'elle ne
peut changer, modifier, intervertir d'elle-
même ses mouvements ; et nous en conclu-
rons de nouveau qu'elle ne peut exercer la
fonction comparative.
Noiis avons démontré que si la percep-
tion appartenait à Tencéphale, les sensations
et les images seraient identiques, et ne dif-
féreraient entre elles que par la rapidité de
leur développement; nous pouvons conclure
de là que si cet appareil comparaity son ac-
tion n amènerait aucun résultat, puisqu'elle
s'exercerait sur des éléments entièrement
semblables entre eux. Nous ne pourrions
apj)récier les différences qui existent entre
les corps divers qui agissent sur nos sens :
or, nous distinguons très-bien ces corps les
uns des autres par les propriétés que nous
y observons ; donc, encore une fois, la
comparaison ne peut être une fonction ma-
térielle.
Ajouterons-nous que s'il en était autre-
ment, le mouvement de la matière, par la
force d'inertie qu'elle possède, ne s'mter-
romçant point, la comparaison ne devrait
aussi jamais s'interrompre? ou bien, que
si ce mouvement s'arrêtait, ce ne pourrait
èive que d'une manière lente et graduelle ,
ou brusquement par un choc opposé, et que
dés lors la comparaison ou cesserait d'une
manière lente et par gradation aussi , ou
bien se trouverait subitement suspendue et
remplacée par une comparaison nouvelle ,
dépendante d'un nouveau mouvement ma-
tériel?
De même que nous percevons les objets
par les signes qui les représentent, de même
aussi nous les comparons entre eux au
moyen de ces mêmes signes. Or, ces signes
représentatifs, la parole et le langage écrit,
n'ont, comme nous l'avons déjà fait obser-
ver, aucune valeur par eux-mêmes; leur si-
jjnifîcalion est purement conventionnelle ,
ils ne peuvent agir sur la matière que par
des vibrations, ou par des lignes de directions
différentes ; et de la comparaison que celle-
ci en ferait, il ne pourrait résulter que des
sons différents ou des figures diverses, et
rien qui se rapportât aux propriétés ou aux
qualités des objets comparés. Or, la compa-
raison qui a lieu à la suite de la perception
des sons articulés ou des caractères écrits ,
fait connaître ces propriétés ou ces qualités;
donc elle est étrangère àia matière.
Enfin, nous avons la conscience de cette
fonction, nous sentons que nous comparons,
nous comparons même nos comparaisons
entre elles; ainsi je compare à la comparai-
son que je fais maiiilenant , celle que j'ai
faite hier; je réagir donc sur moi-uitme;
c'est mon moi intérieur qui s'examine, m
s'étudie dans ses actes. Or, la matière est in-
capable de cette réaction , de plus elle n'est
pas libre, tandis que mon mot intériewr
donne ici une preuve évidente de sa lifaiertè;
donc encore la comparaison n'appartient
pas à la matière encéphalique.
§ III. V encéphale ne pe»^ jug^r. — Cette
fonction n'est pas moins étrangère à Ta^ypA-
reil encéphalique que la comparaison. Nous
éprouvons véntablement une sorte de honte
à démontrer une vérité que les lumières
seules du sentiment et de la raison com-
mune rendent si évidente. Ce()endant, comme
nous écrivons pour ceux qui ne se sont pas
encore occupés de cette matière, nous pour-
suivrons nos démonstrations, en demandant
toutefois pardon aux esprits éclairés qui li-
ront cet ouvrage de- les fatiguer jpar une
discussion qui doit leur paraître si mutile.
Puisque la perception et la comparaison
ne peuvent être exercées par la matière en-
céphalique, le jugement, qui n'est au fond
que le résultat de ces deux fonctions intel-
lectuelles, ne peut non plus lui api>ar-
tenir.
D'ailleurs il est tirt, spontané, libre, volon-
taire comme elles; comme elles aussi il ne
peut être produit par un mouvement maté-
riel ; il s'exerce sur des signes convention-
nels représentatifs des objets, et qui n'ont
d'autre valeur que ceux que l'intelligence
leur prête comme sur les objets eux-niéraes
que ces signes représentent ; il s'exeree
aussi sur des choses abstraites ou sur des
objets absents, qui n'agissent point par con-
séquent sur nos organes ; enfin, il peut èlre
perçu par le mot intérieur^ puisque nous
pouvons juger nos jugements ; donc évidem-
ment il est entièrement étranger à l'encé-
phale. Mais poussons plus loin notre exa-
men; entrons dans de plus grands détails à
cause de l'importance de la matière, et en
même temps que nous verrons à quelles ab-
surdités une opinion contraire pourrait nous
conduire, la vérité brillera à nos yeux de
tout son éclat. Continuons aussi à em|»lover
la forme syllogistique ; elle est la plus élé-
mentaire comme aussi la plus propre à por-
ter directement la conviction dans les esprits
par Tenchalnement et la saillie des preuves,
et à abréger par là la discussion.
Vl\ n^BSt aucune fonction intellectuelle
où l'unité soit plus évidente que dans le ju-
f;ement , et la simplicité dans l'être qui
'exerce. En effet, nous pouvons produire une
infinité de jugements, mais ces jugements
sont toujours successifs et jamais simulta-
nés ; de sorte que dans tous il n'y a jamaw
qu'un moi qui juge, et ce moi est par consé-
quent un. Or, la matière encéphalique n es.
point une, n'est point simple; elle esl, ai
contraire, composée ; elle ne peut comparer
et là oii il n'y a point de comparaison, il n*
peut y avoir de jugement. Donc cette deruière
fonction lui est étrangère.
2° Si cette matière jugeait par elle^^nie,
ce ne pourrait être aue par la nature, la»"
A51
uic
D^AOTHROPOLOGIE.
8NC
4sm
rai^meot de ses parlies, ou le moarement
iotime de ses élémeots.
llaisy en premier lieu, si ia nature et Tar*
laogemeiii des parties de l'encéphale ou sa
texture pou?aieat produire le jugement,
«*omme cette nature et cet arrangement sont
toujours les mêmes» il en résulterait que le
jugement serait continuel et toujours iden-
tique, ou bien il faudrait supposer que cet
arrangement et cette nature changent à cha-
que jugement exercé, à chaque idée conçue,
ce qui serait absurde. Il s ensuirrait aussi
nécessairement qu*il se formerait simul-
tanément un plus ou moins grand nombre
de jugements particuliers, tous différents les
uns des autres, et en rapport arec les yarié-
tés de texture qu^offirent les diff^érentes ré-
gions du cerTclet, du mésocéphale, ou du
cenreau. Enfin, il faudrait admettre que le
jugement persiste après la mort survenue
^aDS désorganisation de Tencéphale^ Or,
l' le jugement Tarie selon la nature des ob-
jets soumise la raisoa humaine; 2* il est
»a, et jamais plusieurs jugements ne sont
simultanés^ 3* enfin, jamais, que nous sa-
ehioos, des cadavres où Tencéphale se mon-
«re intact n^ont exercé cette fonction intellec-
tuelle. Doue la matière encéphalique ne sau*
rait y être propre par sa nature et Tarran-
gement de ses éléments.
Ed second lien» le mouvement de ces mê-
mes éléments ne peut, non plus donner à
celte matière la faculté de juger. £n effet,
on ne peut distinguer, dans un mouvement
quelconque, que le mobile, la quantité de
mouvement dont il est animé, le terme d*où
il part» le lieu où il va, et sa situation nou-
velle après son mouvement.
Or, le mobile ne peut ici produire le ju-
^ment, car, comn\e nous Pavons déjà dit,
étant composé d*un plus ou moins grand
nombre de parties, il donnerait lieu à autant
lie Jugements ou de parties de jugements
qu il j aurait d'éléments actifs dans la ma-
tière jugeante ; et lejugement, bien loin d*être
vn, simple^ se trouverait composé, divisible,
mesurable; ce qui est contraire à sa nature.
Le mouvement de la matière encéphali-
que, soit par sa quantité, soit par sa direc-
tion, soit enfin par sa durée, ne peut donner
lîeu au jugement, parce quil ne chanze
rien, n'ajoute rien à la nature de nos élé-
ments organiques, incapables de ju^er par
eux-mêmes, comme nous venons de le voir,
et qu*il n*est que leur transport d'un lieu
dans un autre. D'ailleurs, si le mouve-
ment était l'agent de celte fonction intellec-
tuelle , nos idées seraient toujours les
mêmes, et elles ne différeraient entre elles que
par la promptitude de leur développement;
ou bien elles présenteraient successivement
autant de variations (|u'il y en a dans la di-
rection et la quantité de mouvement des
molécules, organiques, et rien ne serait par
conséquent plus rapidement variable que nos
ju^^ements. Nous aurions aussi des idées
droites, obliques, courbes, circulaires, ellip-
tiques, etc.; ce qui est d*une merveillemc
absunlilé.
De plus, et ce qui n'est pas moins absurde,
les idées que nous avons de Texistence de
Dieu, tous les ^ands principes de morale,
toutes les ventés nécessaires à l'existence
des peuples, ne seraient ^ue les proiduits
fortuits de la direction particulière qu'affec-
teraient les molécules organiques en se mou-
vant, ou de la quantité de mouvement dont
elles seraient animées, ce qui leur dterait
évidemment tous les caractères de vérité.
Ajoutons encore que, soit par la direction
variée, soit par les Quantités différentes de
mouvement des molécules organioues, la
pensée ne serait gu'un amas d'idées ai verses,
confuses , sans liaison entre ellçs, et offrant
de continuelles variations; qu'elle irait en
s'affaiblissant, comme le mouvement oui la
produirait ; que l'on ne pourrait point l'arrê-
ter à volonté, car, par la force de l'inertie
que possède la matière, son mouvement ne
s arrête jamais spontanément; que chaque
molécule organique se mouvant, pour ainsi
dire, à part, chaque partie jugerait séparé-
ment, et qu'il j aurait une infinité de ju-
Î céments simultanés ; que ces mêmes mo«
écules ne se mouvant point dans le même
sens, car autrement elles n'agiraient point
les unes sur les autres et ne formeraient
pouit un corps, mais se mêlant, s'enlrecho-
3uanl, ce qui amène des repos momentanés
ans certains points, le jugement se trouve^
rait suspendu çà et là par intervalles, la même
partie jugeante dans un temps ne le serait
plus dans un autre, et le jugement ne serait
jamais complet.
Enfin, le terme d'où part le mobile, le
lieu où il va, son déplacement par le mou-
vement qui l'anime, sont des circonstances
qui lui sont étrangères, qui n'influent nul-
lement sur sa nature, et qui, par conséquent,
ne peuvent le rendre propre à produire le
jugement.
Il résulte évidemment de toutes ces con-
sidérations que cette fonction intellectuelle
ne peut être le résultat ni de la nature, ni de
l'arrangement des éléments de la matièie
encéphalique, ni de leur mouvement.
3* L'assimilation du jugement à la di-^
gestion, ou à une sécrétion organique, n'est
pas moins absurde que les précédentes sup-
{iOsitions.
En effet, les produits de la matière ne peu*
vent être que matériels; car qui dit uri ion
maiérielU exprime l'action d'un corps s'exer-
çant sur des éléments matériels aussi, qu'elle
modifie d'une certaine manière; et il n'est
point d'action physique que l'on puisse con^
cevoir hors de ces conditions. Si donc la ma*
tièrecérébraledonnaitnaissanceau jugement,
et par suite aux idées, ces idées résulteraient
évidemment de l'action de cette matière sur
des éléments matériels, et seraient comme
eux matérielles. Elles offriraient donc toutes
les propriétés des corps; elles seraient visi-
bles, palpables, etc., comme les autres pro-
duits organiques,, tels que li^ bile, la sa-
live, etc.; elles auraient des dimensions, des
formes, une consistance* et se montreraient
div.cr^semcut colorées. Ainsi il y aurait des
■DCTNmiAllK
EffC
m
, i»rge^9 épab»es, minces,
r-jSAUt:^, tirré^; il j eo aurait aussi de so-
'^*'U/^^jt >7uides, de galeuses ; on en verrait
i^roa/es^ de rerfêSt de blanches, de noi-
ret* etc.; elles seraient même susceptibles
de nooTement i Mais les idées n*ont aucun
des attributs de la matière ; elles ne sont
donc point matérielles, et, par conséiluent,
elle« M («eurent être le produit d'un être
matéric'L Doncle Jugement ne peut être une
fonction de rencophale (188).
AjoutonN(|uo,danscettoro6mesupposition,
cetAp|»arcil nerveux ne recevant que dos im-
pressions, et ne (mouvant, par conséauenf,
produire des iu^ementsquosurccqu'il é()rou-
verait, il s ensuivrait nécessairement que
mnn no concevrions Jamais \qs idées moratesy
qui n*ont |K)int la matière pour objet, et qui
en sont nnlièreniont indépendantes, comme
cnllosde l'Iionnnur, de la gloire, de la vertu,
du la Justice, do Tordre, dos devoirs, etc., ni
les idéfê gMraUê ou coU0ctiv$$^ qui ne nais-
sent point directement do la matière, telles
que colloN i\\kifmp$ on général, du pass/, du
prédint^ do Turf Mir, do IV/rs, de la substance^
du nombre; ni rntln les idéi$ abstraites^ ou
ndlo^i divH qualitiVs dos cortis considérées hors
divi svd»tanros qui les possèilent.
Homar<iuea, oo qui est de la plus grande
ituporlaiHHs quo« |vir Tabsence des idées
momies^ nous a aurions |)oint de vérités de
eot ohln\ «Vr«lrV (]ui sont le principe de vie
dos S(HM(Mév« ; ou bien, si elles pouvaient nat-
th^ dans noire esprit, elles ne seraient que
jovt ivr^Kluils variables d'une fonction maté-
riollis soumise à ItHites les influences qui
aaixv^onl sur rorgani^uius et cesseraieni par
^H^is^pioat d*^lrt^ do^ vérités.
CousùU^rx^t auNsi que% par I aliseace des
••!<♦* $t^etiàlt$% il n\v aurait wur nous au-
ouu<^ iiMiti* pbxsique: car nvKv de U >rtSriîê
t^xl K^ rw^ulUH \le la v\mqviraison de IVïrv^
ixi^V ^>vu<^r«K\ av\v le mi^m itrre. De p!us* r.*
|HMiNàul quifik \K\^ îUxinKlua.'iît^^ iHva$ nau-
ru^us jHMui \>>s if!ii,y* îTïw^frx*''^ q^iVti^ le
*vUo x^^ uo sV^urviit t^\K<rer.
Kuàiu |v^r r^KvouxX» oos i^'v* #K<-*«.:#5t,
HOUX 0*^ i>xuuahrv«iî^ |XMwt U^iy^.vctv <>
V II tv^l d\\ïhMi:ïx^s}ue;,tivrvVf*î,v^u.nfVji:i-
vxsuoul aux\<v<'^srx^>ro.vK:cs;vjir T^ ct^<:v^.
sw^^^ l\xr;<^ Sxxnsar;;v\;\^> ^^u i<>:!iVjir3>\r'r^
tST'l^^ hv^ jxHix a'v<nr;o;::rà ?^ ivwji::iK-y' 5'r.•>^-
d^M^^^ iv,\^ ;ïf> %^v>S:^ t^xi >n vI^nî^ o:t >y
W|^|S\rî*^;;\ cl ^,^;L |>3ir A^5t>N^v,;ecU i iî s:-
M *ÎM^r ^u\ s Kno> v)*,u Iif« ^^ T\*><e»«>«:t wî**?
U»;^ r\^aurvîw.^a> <«icv>rr :?crc>r ïvc::: c-ev*
si le développement des idées était dû ï
Texcitation , a un mouvement moléculaire
de ta matière cérébrale (Broussiis,Dc l'irri-
tation et de ta fotîe, p. 458, 459, 4e3), il fau-
drait, pour que les nommes pussent être en
rapport entre eux par le moyen de la pa-
role, que les mots que les uns profèrent dé-
veloppassent dans Vencéphale des autres
des excitations ou des mouvements vibraliiis
parfaitement semblables à ceux qui consti-
tuent les idées qu*ils veulent leur commu-
niquer. Or, comme d'une part les vibrations
sonores du langage articule sont susceptibles
de variétés infinies, de ton et de timbre,
dans les divers individus; et que, d*une au-
tre part, l'activité vitale de le lorlièreorça-
nique varie aussi dans chacun d'eux, selon
une foule de circonstances , telles que la
constitution individuelle, les climats Jcs
saisons, le genre de nourriture , etc.; iIs^
rait évidemment impossible que ces eicila-
iions ou ces mouvements pussent se déve-
lopper avec assez d'exactitude pour produire
les idées communes; d'où l'on voit que ja-
mais nos rapports sociaux n auraient pu
s'établir.
Mais ces rapports existent dans toute leur
plénitude par le secours des sons articuk^s;
toutes les variétés de la pensée se dévei<j[j-
pent au dedans de nous par l'influence de rc
merveilleux langage; donc elles ae dépen-
dent fioint de Texci^ation de l'appareil ner-
veux inlra-crânien.
Faisons observer à cet égard rinconsé*
quence du docteur Broussaîs qui , par uoe
étonnante contradiction avec son système ,
admet un traitement moral parmi lesmoveos
qu il propose contre la folie (op. dt,^ p. ïi\]>
lAkmment, en eflTet, fera-t-il naître , dans la
tête ces aliénés , des idées conformes aui
siennes • c est-à-dire des mouvements ri-
l^raliies semblables à ceux qui agitent son
terreau? Ce ne pourra être, sans doute, que
par i'interméiiiaire de la parole. Or, le cer-
veau des aliénés a , à coup sûr , une vibra-
t!jse ciflerente de celle de l'encéphale du
ctvteur Broussaîs, et par conséquent il dc
iv^urra t produira « au moyen des vihra-
îi'.vss lia lan^à:e articulé, des idées seaibla-
^ es aux $ieniie5. D'où l'on voit que, d*3f jrè'J
Nt iheohe, le traitement moral serait d une
inu:î,î:eo>aip:ète; ce qui est en opposition
c:nfifte av^^c îW laiis.
Ite2:^:\)u<px eov»rele mot morat qui ne
r"^uî s *xv rier ^a aucune manière avec une
i >^vt^ ;:.a: * r : ts^ue, mais que !a force de
ià v^r;:e arracce à leur insu aux plus grands
r^ftro$a?»< cTtciaicfrâOî^ie. Remarquons au5M
.'-.lie l^^u>isa:< aw-ue p, 3±f ' que les m'^
i; ;cf jv»< jv-ri^ K:<i«e idée de justice. Or,
r --.f jj?r^ i ATri > • cui est ixe , immuable .
vTfr.<ri** c.cLrs*
à tovs les individus ne
i e!>cvvip. r^fcr-^r- .:^ *me «n HKHivemenl or-
'>^.3e* 5v>-j=:i< 4 ïLi-1* ei mille influence?,
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D*ANTfmOIH)LOGlC.
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44%
0t par conséquent susceptible d*une infinité
ileranations?... Que devient alors la théorie
de Texcitation ? Nous le demandons k tout
esprit raisonnable.
5' De même que nous percevons nos per-
ceptions 9 nous percevons et nous jugeons
DOS jugements; nous en sentons la fausseté
ou la justesse, et notre intelligence les recti-
fie ou les maintient, selon Tidée qu'elle s*en
forme; nous concevons nos fautes passées,
Dous revenons de nos erreurs , nous ren-
trons dans le sentier de la justice après Ta-
Toir Ahandonné, etc. Or, toutes ces opéra-
lions exiijent évidemment une réaction du
moi intérieur sur lui-même, que la matière
ne peut opérer.
^ Sirencéphalejugeait,commeil n'est au-
cun de nos organes qui agisse, qui se meuve
«[•'iDianément, et que leurs fonctions ne sont
oéterminées que par les stimulants, soit in-
ternes, soit externes, qui les impression -
toeni, il s'ensuivrait nécessairement que le
jogemeot serait involontaire , et conslam-
meal subordonné à l'action des modifica-
teurs des fonctions organiques. Or, le juge-
meat est libre ; nous jugeons indépendam-
ment de toutes les influences qui agissent
sur notre organisation ; nous pouvons exer-
cer successivement une infinité de juge-
ments différents, et fixer à volonté notre es-
prit sur tel objet plutôt que sur tel autre ;
<ionc le jugement ne peut être Tattribut de
notre appareil encéphalique.
7* S*il en était autrement, nous ne pour-
rions jamais éloigner notre pensée des im-
pressions matérielles , et nous livrer à la
méditation. Or, nous pouvons librement
exercer notre jugement sur un qbjet quel-
conque; et quoique nos sens éprouvent
l'action des objets qui nous entourent, nous
pouvons y demeurer insensibles, comme
lorsque nous méditons profondément, et
qu'aucune impression , soit extérieure , soit
intérieure, ne peut nous distraire; donc le
)0{;ement n*est point une fonction de l*encé-
t^e.
9' Si cet appareil nerveux était Tagent de
f^tte fonction, elle serait subordonnée aux
nppressions qu'il reçoit, car la matière n'a-
»:il ipe par les influences qu'elle éprouve. Or,
tes impressions ne peuvent être que pré-
sentes; passées, elles n'existent plus; futu-
res, elles ne sont point encore. Il n'y aurait
donc que des jugements sur des objets pré-
sents, et l'homme alors , ne pouvant conce-
voir ni ridée des événements passés, ni celle
di*s événements à venir, se trouverait, par
'Cla même, sans prévoyance. Biais l'homme
préeoU ; instruit par 1 expérience du passé,
2uileonçoit, oue sa mémoire lui rappelle,'
• i^iré par les lumières de sa raison, sur la
«atare des événements présents, il lit sou-
vent dm l'avenir, dont il a l'idée , et qui
alors n'a plus pour lui d'obscurité; donc le
ju.zerneat ne peut appartenir à la matière
tocéphalique.
9^ Si cette matière Bxerçait réellement cette
F Bciioû intellectuelU , comme, d'une par-t,
les*modiflcations qu'éprouvent nos organes
ihfluent évidemment sur la quantité ou ia
nature des produits de leurs fonctions , et
que, d'une autre part, ces modifications sont
variables, il s'ensuivrait nécessairementque,
tantôt, sous l'influence prolongée dune
même cause modifiante, soit Qu'elle agtt
directement sur notre encéphale, soit
qu'elle portât son action sur d'autres orga-
nes ayant avec lui des rapports synergiques
plus ou moins intimes, nous n'exercerions
que le même jugement, nous ne concevrions
que les mêmes idées ; tantôt , au contraire,
nos jugements et nos idées ofi'riraient, dans
leur nombre et dans leur nature, des chan-
gements successifs plus ou moins nombreux,
plus ou moins brusques , selon les variétés
d'action des modificateurs de notre orga-
nisme. Ainsi, par exemple, un changement
de température plus ou moins prompt, plus
ou moins considérable, le passage du repos
au mouvement, ou du mouvement au repos,
l'état de plénitude ou de vacuité de l'esto-
mac , la nature des aliments et des boissons,
tout ce qui accélère ou ralentit la circulation
sanguine , et mille autres causes diverses ,
détermineraient constamment dans le nom-
bre et la nature de nos jugements et de nos
idées des variations remarquables. Notre
pensée serait une sorte de kinémomitre qui
représenterait fidèlement tous les mouve-
ments intérieurs de notre organisation, elle
prendrait mille états divers, ou plutôt mille
natures différentes, selon les modifications
variées qu'éprouveraient nos organes, et
elle ne serait jamais qu'un accident. Or, nos
jugements et nos idées se montrent évidem-
ment indépendants, dans leur nature, des
influences que nos organes éprouvent; ce
n'est que dans quelques circonstances par-
ticulières, dans certaines maladies, qu'ils so
trouvent modifiés, mais indirectement par
l'encéphale ; donc la matière encéphalique
ne peut présider à l'exercice du jugement
et à la production des idées.
10* Le jugement se perfectionne parlVxer-
cîce; l'être qui l'exerce est donc susceptible
d'éducation. Or, si la matière encéphalique
en est l'agent, cette matière peut donc être-
instruite a juger avec justesse. Mais en quoi
]>eut consister l'instruction de la matière ;:
quels sont les moyens de la perfectionner î"
Nous l'ignorons ; et il s'ensuivrait de là que-
nous devrions aussi ignorer le perfectionne-^
ment de l'intelligence humaine; ce qui est
contraire aux faits.
Au reste, l'éducation d'un organe ne pour*
rait avoir pour objet que la régularisation do-
ses mouvements ; or, nous avons démontré
que les mouvements matériels étaient étran
gersaui fonctions intellectuelles; donc ce
n'est point la matière qui se perfectionne
dans le perfectionnement du Jugement ; donc,
enfin, elle ne saurait le produire.
Mais l'observation rigoureuse des faits
démontre incontestablement que l'éducation
intellectuelle n'est nullement pb v*«»»* «*«*
térielle, qu'elle n'a pour objet "
189
ENC
EMC
m
idées longues, iarges, épaisses, minces,
rondes, carrées; il y en aurait aussi de so-
lides, de liquides, de gazeuses ; on en verrait
de rouges» de vertes, de blanches, de noi-
res, etc. ; elles seraient même susceptibles
de mouvement ! Mais les idées n*ont aucun
des attributs de la matière ; elles ne sont
donc point matérielles, et, par consét^uent,
elles ne j^euvent être le produit d'un être
roatérleL Doncle jugement ne peut être une
fonction de rencéptiale (188).
Ajoutonsque,danscetteraémesupposition,
cet appareil nerveux ne recevant que des im-
pressions, et ne pou^ ant, par conséguenf,
produire despugemenlsquesurcequ*il éprou-
verait , il s ensuivrait nécessairement que
nous ne concevrions jamais les idées morales,
qui n'cmX point la matière pour objet, et qui
en sont entièrement indépendantes, comme
colles de l'honneur, de la gloire, de la vertu,
de la justice, de Tordre, des devoirs, etc., ni
les idées générales ou collectives^ qui ne nais-
sent point directement de la matière, telles
que celles du temp$ en général, du passé, du
présent^ de Yaventr, de Yêtre^ de la gubsiance,
du nombre; ni enQn les idées abstraites, ou
filles des qualités des corps considérées hors
des substances qui les possèdent.
Remarquez, ce qui est do la plus grande
importance, que, par l'absence des idées
moralesy nous n'aurions point de vérités de
cet ordre, vérités qui sont le principe de vie
des sociétés ; ou bien, si elles pouvaient naî-
tre dans notre esprit, elles ne seraient que
les produits variables d*une fonction maté-
rielle, soumise à toutes les influences qui
agissent sur l'organisme, et cesseraient par
conséquent d'être des vérités.
Considérez aussi que, par l'absence des
idées générales, il n'y aurait pour nous au-
cune vérité physique; car l'idée de la vérité
est le résultat de la comparaison de Yétre,
idée générale, avec le non être. De plus , ne
pensant que des individualités, nous n'au-
rions point ces idées générales qu'exige le
commerce de la vie sociale, et sans lesquelles
cette vie ne saurait exister.
EnGn, par l'absence des idées abstraites,
BOUS ne connaîtrions point les propriétés
générales des êtres, connaissance non moins
essentielle à l'existence du corps social.
4° Il est démontré que la perception, relati-
vement aux objets représentés parles gestes,
ks attitudes^ les mouvements physionorai-
ques, parles sons articulés ou les caractères
écrits, ne peut appartenir à la matière encé-
phalique; il en estdemême,à plus forte rai-
son, du jugement qui produit la connaissance
do ces mômes objets, ou les idées qui s'y
rapportent, et qi^i, par conséquent, doit at-
tacher aux signes qui les représentent toutes
leurs significations? ce qui, évidemment,
est au-dessus du pouvoir ae la matière.
Mais remarquons encore sur ce point que,,
(18^) Broussais, qui a prévu ces objections, et
Sut en a senti toute la force, n*a point adopté cette
iéorie« et il a abandonné Cabani» à qui elle appar-
lieut Moia. ne voulant pas reiiooccr au materia-
si le développement des idées était dû k
l'excitation , a un mouvement moléculaire
de la matière cérébrale (BROussAis,Df Virri-
tation et de la folie, p. 458, tô9, 463), il fau-
drait, pour que les nommes pussent être en
rapport entre eux par le moyen de la pa-
role, que les mots que les uns profèrent dé-
veloppassent dans l'encéphale des autres
des excitations ou des mouvements vibratifs
parfaitement semblables à ceux qui consti-
tuent les idées qu'ils veulent leur commu-
niquer. Or, comme d'une part les vibrations
sonores du langage articulé sont susceptibles
de variétés infinies , de ton et de timbre ,
dans les divers individus; et que, d'une au-
tre part, l'activité vitale de le aiptière orga-
nique varie aussi dans chacun d'eux, selon
une foule de circonstances , telles que la
constitution individuelle, les climats, les
saisons, le genre de nourriture , etc. ; il se-
rait évidemment impossible que ces excita-
tions ou ces mouvements pussent se déve-
lopper avec assez d'exactitude pour produire
les idées communes; d'où l'on voit que ja-
mais nos rapports sociaux n*auraieut pu
s'établit.
Mais ces rapports existent dirns toute leur
plénitude par le secours des sons articulés;
toutes les variétés de la pensée se dévelop-
pent au dedans de nous par l'influence de ce
merveilleux langa;;e; donc elles ne dépen-
dent point de Texci^alion de l'appareil ner-
veux intra-crânien.
Faisons observer à cet égard Tinconsé-
2uence du docteur Broussafs qui ,. par une
^tonnante contradiction avec son système,
ad ni et un traitement moral parmi les* moyens
2u'fl propose contre la folie (op. cit.^ p. oil).
omment, en effet, fera-t-il nattre, dans la
tète iÏBs aliénés , des idées conformes aui
siennes , c'est-à-dire des mouvements vi-
bratiles semblables è ceux qui agitent son
cerveau? Ce ne pourra être, sans aoute, que
par l'intermédiaire de la parole. Or, le cer-
veau des aliénés a , à coup sûr , une vibra-
tilité différente de celle de l'encéphale du
docteur Broussais, et par conséquent il ne
pourra y produire, au moyen des viljra-
tions du langage articulé, des idées sembla-
bles aux siennes. D'où Ton voit que, d'après
sa théorie, le traitement moral serait d une
inutilité complète; ce qui est en opposition
directe avec les faits.
Remarquez encore le mot moral qui ne
peut s'accorder en aucune manière avec une
théorie toute physique, mais que !a force de
la vérité arrache à leur insu aux plus grands
partisans dumatérialiw«îme. Remarquons aussi
que BrouSsais avoue (p. 321) que les fous
n'ont pas perdu toute idée de justice. Or,
une idée pareille , qui est flie , immuable ,
générale, commune à tous les individus do
1 espèce, peut-elle être un mouvement or-
tranioue, soumis à mille et mille influences»
lisme, il sV^lvu forcé de se réfugier dans ceile rfe
Vcxciîation ou du mouvement vib:atllc de la malicit
encéphalique.
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D^ANTHftOPOLOGlC
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et par conséquent susceptible d*une infinité
(Jerariations?... Que devient alors la théorie
de Texcitation? Nous le demandons k tout
esprit raisonnable.
5* De même que nous percevons nos per-
replions , nous percevons et nous jugeons
DOS jugements; nous en sentons la fausseté
ou la justesse, et notre intelligence les recti-
fie ou les maintient, selon Tidée qu'elle s*en
forme; nous concevons nos fautes passées,
Dous revenons de nos erreurs , nous ren-
iions dans le sentier de la justice après Ta-
Toir abandonné, etc. Or, toutes ces opéra-
liuDs exi|jent évidemnoent une réaction du
ino) intérieur sur lui-mèoie, que la matière
ne peut opérer.
6*Sirencépbalejugeait,commeil n'est au-
cun de nos organes qui agisse, qui se meuve
^[K)^laDément, et que leurs fonctions ne sont
aéierminé^s que par les stimulants» soit in-
ieioes,soit externes, qui les impression-
ineoi, il s*ensuivrait nécessairement que le
jugeaieot serait involontaire , et constam-
went sabordonaé à l'action des modifica-
teurs des fonctions organiques. Or, le juge-
nieot est libre; nous jugeons indépendam-
mea( de toutes les influences qui agissent
5ur notre organisation ; nous pouvons exer-
cer successivement une infinité de juge-
ments différents, et fixer à volonté notre es-
prit sur tel objet plutôt que sur tel autre ;
donc le jugement ne peut être Tattribut de
Dotre appareil encéphalique.
7* S'il en était autrement, nous ne pour-
rions jamais éloigner notre pensée des im-
pressions matérielles, et nous livrer à la
méditation. Or, nous pouvons librement
eiercer notre jugement sur un qbjet quel-
conque; et quoique nos sens éprouvent
i'aclioQ des objets qui nous entourent, nous
mrons y demeurer insensibles , comme
lorsque nous méditons profondément , et
qu'aucune impression , soit extérieure , soit
intérieure, ne peut nous distraire ; donc le
itt^ement n'est point une fonction de Tencé-
Ne.
^ Si cet appareil nerveux était Vagent do
c^Uo fonction, elle serait subordonnée aux
impressions qu'il reçoit, car la matière n'a-
git que par les influences qu'elle éprouve. Or,
ces impressions ne peuvent être que pré-
sentes; passées, elles n'existent plus; futu-
f^t elles ne sont point encore, il n'y aurait
<ionc que des jugements sur des objets pré-
>**nts, et l'homme alors , ne pouvant conce-
*^r ni ridée des événements passés, ni celle
il<*> évt^nements à venir, se trouverait, par
fela oiéroe, sans prévoyance. Mais l'homme
pfhoii ; iDStruit par 1 expérience du passé,
*juil conçoit, aue sa mémoire lui rappelle,'
flairé par les lumières de sa raison, sur la
Mtare des événements présents, il lit sou-
'ent daaa l'avenir, dont il a l'idée , et qui
iiursii*a plus pour lui d'obscurité; donc le
j'iz^fneat ne peut appartenir à la matière
tn':«|>halique.
^ Si cette matière exerçait réellement cette
î' action întellectuelk , comme, d une paK,
les'modiflcations qu*éprouvent nos organes
ihfluent évidemment sur la quantité ou la
nature des produits de leurs fonctions , et
que, d'une autre part, ces modifications sont
variables, il s'ensuivrait nécessairement que,
tantôt, sous l'influence prolongée dune
même cause modifiante, soit Qu'elle agtt
directement sur notre encéphale, soit
qu'elle portât son action sur d'autres orga-
nes ayant avec lui des rapports synergiques
plus ou moins intimes, nous n'exercerions
que le même jugement, nous ne concevrions
que les mêmes idées ; tantôt , au contraire,
nos jugements et nos idées ofl'riraient, dans
leur nombre et dans leur nature, des chan-
gements successifs plus ou moins nombreux,
plus ou moins brusques , selon les variétés
d'action des modificateurs de notre orga-
nisme. Ainsi, par exemple, un changement
de température plus ou moins prompt, plus
ou moins considérable, le passage du repos
au mouvement, ou du mouvement au repos,
l'état de plénitude ou de vacuité de l'esto-
mac , la nature des aliments et des boissons,
tout ce qui accélère ou ralentit la circulation
sanguine, et mille autres causes diverses,
détermineraient constamment dans le nom-
bre et la nature de nos jugements et de nos
idées des variations remarquables. Noire
pensée serait une sorte de kinémomitre qui
représenterait fidèlement tous les mouve-
ments intérieurs de notre organisation , elle
prendrait mille états divers, ou plutôt mille
natures différentes, selon les modifications
variées qu'éprouveraient nos organes, et
elle ne serait jamais qu'un accident. Or, nos
jugements et nos idées se montrent évidem-
ment indépendants, dans leur nature, des
influences que nos organes éprouvent ; ce
n'est que dans quelques circonstances par-
ticulières, dans certaines maladies, qu'ils se
trouvent modifiés, mais indirectement par
l'encéphale ; donc la matière encéphalique
ne peut présider à l'exercice du jugement
et à la production des idées.
10* Le jugement se perfectionne parl'exer-
cîce; l'être qui l'exerce est donc susceptible
d'éducation. Or, si la matière encéphalique
en est l'a^ient, celte matière peut donc être-
instruite a juger avec justesse. Mais en quoi
peut consister l'instruction de la matière ;:
quels sont les moyens de la perfectionner ?-
Nous l'ignorons ; et il s'ensuivrait de là que-
nous devrions aussi ignorer le perfectionne-^
ment de l'intelligence humaine; ce qui est
contraire aux faits.
Au reste, l'éducation d'un organe ne pour-
rait avoir pour objet que la régularisation do-
ses mouvements; or, nous avons démontré
que les mouvements matériels étaient étran
gers aux fonctions intellectuelles ; donc ce
n'est point la matière qui se perfectionne
dans le perfectionnement du Jugement ; donc,
enfin, elle ne saurait le produire.
Mais l'observation rigoureuse des faits
démontre incontestablement que l'éducation
intellectuelle n'est nullement physique, ma»
térielle, qu'elle n a pour objet que le pcifoo^
i43
KNG
MCTKKNNAmE
ËJSC
4i4
tonnemcntd actes purement spiritacls (189) ;
donc ce n'est point l'encéphale qu'elle con-
cerne; donc, encore une fois, ce n'est point
à cet appareil nerveux qu'appartient le ju-
gement.
Remarquez encore que la comparaison ,
la distinction, le choix de ce qui est bon ou
mauvais, utile ou nuisible dans l'éducation
(lu jugement , sont nécessaires , et nous
avons démontré que la matière ne saurait
comparer ; donc, avec la matière seule, l'é-
ducation, le perfectionnement du jugement
seraient impossibles; donc, enfin, il y a a\\
dedans de nous, pour cette éducation, quel-
que chose de plus qu'un instrument maté-
riel.
Les fonctions organiques s'altèrent, s'af-
faiblissent par l'exercice; les organes se dé-
tériorent en vieillissant (190); le jugemenf,
au contraire, se perfectionne par les progrès
de l'âge ; la prévoyance, la prudence, apana-
ges de la vieillesse, fruits tardifs du temps,
on sont la preuve évidente. 11 n'est pas rare
même de voir l'homme, dans le moment fu-
neste où il fie lui reste plus qu'un souffle
de vie , où son organisation expirante va
bientôt rentrer dans l'ordre des substances
inorganisées, où tous les mouvements de la
matière languissent et sont près de s'arrêter
pour toujours, il n'est pas rare, dis-je, de
voir alors l'homme montrer une sagacité
surprenante, et son iugeraent se faire re-
marquer par une insolite |:rofondeur; donc,
évidemment , cette fonction ne peut être
exercée par la matière encéphalique.
Qui ignore que les enfants les plus ché-
lifs, ceux dont l'organisation est la plus
frêle, qui vivent habituellement dans un état
<le langueur, sont souvent ceux dont le ju-
gement présente une sagacité au-dessus de
leur âge? En général, tous les enfants pré-
coces sont faibles de corps; or, ce phéno-
mène ne peut s'accorder avec l'opinion qui
attribue à la matière la faculté déjuger, car,
par l'harmonie qui règne dans notre organi-
sation, par ce consensus qui fait que chaque
organe est influencé par tous les autres,
toutes les fonctions doivent s'exercer d'une
manière d'autant plus régulière que les or-
ganes sont plus développés et plus parfaits.
11° Les fonctions d'un organe, considérées
ilans leur activité ou dans leur dur^'C, sont,
et cela ne peut être autrement, proportion-
nées à sa structure et à sa puissance vitale,
et par conséquent renfermées rigoureuse-
ment dans certaines limites qu'elles ne sau-
(189) Rémarquez que ce perrectionnemcnt ne
s'effectue qn*au moyen de la parole et de récriture, et
que ces deux e3q)ressious, ces deux agents de trans-
mission de la pensée n*ont rien de matériel dans
leur essence ; preuve évidente que rintelligenoe est
entièrement étrangère à la matière encéphalique.
(190) Anaiomie comparée du cerveau , par le
D^ Serres, 1. 1", p. iOl, 12^, 462, 165.
(191) Nos sens ne nous transmettent que des im-
pressions bornées. Les muscles ne peuvent dépas-
S4^r, dans leurs contractions, certaines limites; Ve^
loHiac ne peut digérer qu*une certaine quantité d*ali-
uieuts; les poumons ne peuvent respirer qu'une
raient franchir (191). Si donc l'encéjiihalejV
geaitf nos jugements et les idées qui en nais-
sent seraient bornés comme les actions ma-
térielles d'où ils proviendiaient. Mais nos
jugements ne connaissent point de limites,
et nous concevons V infini; donc ils n'appar-
tiennent point à l'appareil encéphalique.
Que si, rentrant dans la stérile discussion
do la divisibilité infinie de la matière, qui a
tant occupé l'esprit humain, on objectait
qu'étant oivisible à l'infini, cette matière est
par cela même infinie, et que par consé-
quent ses actions sont sans limites, nous
répondrions que la matière n'en pourrait
pas davantage concevoir l'infini, car elle est
composée y et l'idée de l'infinie est tt/itf.elle
ne peut agir que par l'effet d'impressions
matérielles, et ridée de l'infini, qui est une
abstraction, est produite indépendamment
de l'influence de tout excitant matériel, elr.
Uemarquez d'ailleurs que la divisibilité inli-
nie n'est point Taltribut de la matière or^M-
nisée; que les organes sont composés d'un
nombre détermine d'orjatiti/es gui, comme
watjêre^ peuvent bien être divisés, si Ion
veut, à 1 infini, mais qui, comme organul($^
ne pouvant remplir leurs fonctions sans
l'agrégation des éléments qui les composenl,
sont réellement finiSf et forment, par con-
séquent, des organes finis.
12" Remarquons encore que si l'encéphale
pensait, il ne pourrait juger que de ce qui
se passe dans sa substance; car tonte son
aiition s'exerce dans son intérieur à la suite
de* impressions que reçoivent ses molécules,
il sVnsuivrait que toutes nos conceptions
semblables aux fonctions sécrétoires, se pas-
seraient dans notre organisation; aucune
idée ne serait rapportée au dehors ; la dis-
tinction des objets n'aurait point lieu (192);
nous ne connaîtrions pas même la place
qu'ils occupent, et nous ne pourrions nous
en approcher. Et comme, par le défaut de
réaction de la matière sur elle-même, nous
ne pourrions rien comparer avec nos besoins
de ce qui est hors de nous qui pourrait nous
aider à les satisfaire, ni combiner nos idées
ni en déduire des conséquences, ni apprécier
notre faiblesse et y suppléer par les produits
des arts, et qu'enfin tout ne serait en nous
qu'impression, il s'ensuit évidemment qu au-
cune idée générale ne serait conçue, qu'aucua
art industriel, aucune science, ne seraient
inventés, cultivés, et c[ue le corps social, cl
par suite l'homme lui-même, ne sauraienl
exister (193).
quantité déterminée d*air; le foie, les reins, eUt.,M
peuvent sécréter qu*une certaine quantité de bile,
de fluide urinaire. Tout est donc borné daos notre
organisation ; et il est évident t|ue rencépfaaie luh
niétnc, comme instrument matériel , et d'aillears
comme recevant des impressions bornées, est sujet
à b même loi.
{{9i) Nous ne pourrions point nous distinguer et
nous reconnaître les uns les autres, et par consé-
quent la vie sociale ne pourrait exister.
(193) Pour ce qui concerne particulièrement l'art
de la médecine, tout n'étant en nous qirimpressioa,
et rien ne se r,npportant au dehors, uous oc f«Mf*
m
E^C
D'ANTHROPOLOGIE.
EKC
i/fl
£
m
13* Si le jugement était exercé par Tencé-
pliale, il ne serait que l'effet de certaines
impressions ; car il ny a point d*atttre cause
(fax puisse mettre en jeu une fonction maté-
rielle. Or, ces impressions étant toujours
Traies en eIIes4nêmesJesillusions ne seraient
point apparentes, et se trouveraient confon-
dues avec les réalités, et ily aurait une infi-
nité d*erreurs dans Tintelligence humaine ,
r^^^mme on le voit dans ceux qui n*ont point
encore eiercé leur jugement sur les effets
trompeurs des phénomènes naturels, tels que
h illusioDS d optique , d'acoustique , etc.
Mais nous redressons tous les jours dans
r.Mire esprit des erreurs que nos sens y pro-
hûisenl ; et, d'un autre côté, ce redressement
ue peut être attribué à la matière encéphali-
'jne,qoi ne peut point réagir sur ellc-iiiôrae,
qui ne lait que recevoir des impressions, oui
pïi même la cause de ces erreurs par les
illusions qu'elle nous transmet; donclejuge-
\\m\ ne peut être exercé que par un être
diuie toute autre nature que cette matière.
IV Si l'on persistait à l'attribuer à l'encé-
■We, nous demanderions l'époque à laquelle
es éléments constitutifs de cet organe ont
mmencé à l'exercer. Ce ne peut donc être
^îu'après avoir été réunis par la puissance
vitale, qu'ils sont devenus matière organi-
fje. Mais cette matière ne peut posséder
l«r elle-même la faculté de juger, car elle
n* larail pas auparavant. Elle ne peut donc
l'avoir ac'quise que dans les modifications
que lui ont fait éprouver les forces de Ir, vie.
Uais remarquez que notre organisation et
le^iciirps extérieurs qui servent à l'entretien
ile son eiistence ont des propriétés commu-
nes, sont formés des mêmes éléments chimi-
'jttes, et ue diffèrent entre eux que par les
froportions diverses des substances qui
tnlrent dans leur composition. Ainsi nos
<»r;anes renferment de l eau, de l'hydrogène,
•^«' l'oiygène , de l'azote, du carbone, des
"^jdes métalliques , différents sels , etc. ,
"Mnrae les corps qui nous servent de nour-
nîore , comme l'air que nous respirons ,
f^^nime la matière en général qui nous
•nloure ; et, de même que celle-ci, ilséprou-
î^niriofluencedu calorique, de l'électricité,
•i<? la lumière, de la force de cohésion, etc. ;
')e sorte qu'il y a réellement entre eux et
«^'ttemalièredes rapports évidents de nature.
lldcTrait donc y avoir aussi des rapports
'l'entendement , et la matière devrait nous
^03s distinguer le siège des lésions organiques gui
Mttisent la douleur, ni d*aucun autre phénomène
^^lojpquô perceptible, et la scicwcc médrcalc, qui
'^foodîéc sur ces phénomènes, n'aurait jamais elé
'194) Démontrons mathématiquement cette vérité,
""préseaions par 1 l'int^lUgcnce , et par M la ma-
^ organisée, queUe que soit la perfection de son
"^otsation ; par o IHnteUigence de la matière non
''^isée , qui en est évidemment entièrement dé-
^rxjie, et par m celte même matière.
ui apposant que IHnteUigence soit en raison di-
"ctede la pcifcction de l'organisme et en dépende,
Ij^we le prétendent les malé: ialisles, qui sulor-
•niM^Bt les facultés intellectuelles au développe-
«iitd(»rap{nireil encéphaliquo, on aura lu propor-
offrir un certain degré d*intoliigcnce. Mais
puisqu'il n*en est rien, n*est-on pas en droit
de conclure que cette intelligence est entiè-
rement étrangère à toute substance maté-
rielle, et qu'elle appartient exclusivement à
un principe spirituel ?
flemarouezquerinfluencevitalenedoitôlre
ici comptée pour rien. En effet, la matière qui
nous environne est évidemment tnûUf///^e»^f9
de sorte qu'il y a, sous ce rapport, TinQni entre
elle et nous. Si donc Ton supposait que la
puissance organisante lui communique la
laculté de penser, il faudrait nécessairement
que cette puissance lui fit éprouver pour cette
communication des modifications infinies ;
car, pour faire disparaître une dilférencu
infinie, il faut évidemment un travail modi-
ficateur infini ; d'où l'on voit que , dans
cette hypothèse , l'orgamsation ne s'achève-
rait jamais, et que jamais aussi nous ne pos-
séderions l'intelligence (194). Mais il n'en est
point ainsi ; l'organisation de notre substance
matérielle s'effectue , le développement de
nos organes a un terme, et l'entendement est
notre attribut ; donc il est étranger à l'orga-
nisation de la matière.
i5" Nous concevons Tunité, ce qui est sim-
ple , ce qui forme un être isolé , distinct de
tout ce qui l'entoure; or, la matière étant
composée ne f eut recevoir que des impres-
sions composées comme elle ; elle ne peut
donc concevoir ce qui est un ; ce n'est donc
pas elle quiju^c.
16' Si les idées étaient une excitation encé-
phalique, comme le dit Broui^sais ( De rirri'
talion et de lafolie^ pag. 213, 214), il faudrait
nécessairement , puisque la pensée se com-
posed'un nombre plus ou moins considérable
u'idées qui se succèdent, qu'il se développ/lt
dans l'encéphale une suite non interrompue
d'excitations différentes. 11 faudrait aussi que
chacune de ces excitations se suspendit pour
laisser agir celle qui doit la suivre ; autre-
ment plusieurs idées existeraient simultané-
ment» ce qui est impossible.
Mais, d'une part, comment ces excita-
tions différentes pourraient-elles naître suc-
cessivement et à volonté ? et, d'une autre
part, comment chacune d'elles pourrait-elle
s'interrompre de la même manière? Est-ce
là la marche d'une excitation? Ce pouvoir
d'agir avec intelligence, avec liberté, est -il
l'attribut de la matière ?
17' Lorsque nous réfléchissons, que nous
lion suivante : 1 : o :: M : m ; d^où Ton déduira
I = o.XM = i» = o.
m m
On voit par là que rintelligencc, considérée comme
projuit de Torganisation de la matière, ne peut dire
que 0. Et comme, quelle que fût la durée de Taction
de la puissance organisatrice , les facultés de Veu-
tendement seraient toujours o, il s^ensuit nécessai
rement que les effets de cette action seraient tou-
jours nuls, et que, par conséquent , Torsanisation
de la matière, qui ne pourrait être achevée que
lorsqu'elle aurait prçduit Tintelligence, puisque ce
devrait être là le tei-me de sa perfection, par cela
seul qu'elle n'arriverait jamais à son but, ne pour-
rait jamais être complète. Ce. raisonnemcf est ap-
plicable à toutes nos atttres facultés.
447
E?iC
MCTIONMAIRfi
fitiC
iil
riisonnons, que nous associims des idées
après aToir fait choix des unes et rejeté les
autres, sont-ce des mouvements molécu-
iaires encéphaliques qui président à cette
•opération ? Le système de Broussais Vexiçe ;
car, selon cet auteur, la perception, le ju-
gement, les idées sont ues excitations de
Kappareil nerveux intra-crAnien. 11 faudrait
donc admettre ici plusieurs mouvements
différents successifs, puisque la variété des
i iées dépend de modes divers des exci$ations
vérébrales ; ce qui assimilerait le cerveau h
un instrument à cordes rendant des sous
diiférenls selon ses divers degrés de tension.
De plus, bien que la matière ne soit pas
libre, qu'elle n agisse que par les impul-
sions qu'elle reçoit, il faudrait supposer
q\xk diaque changement d*idées , dans
le choix qu'on eiffait, un mouvement en
suspend spontanément, librement un autre,
pour être à son tour arrêté par une autre
excitation, et cela sans excitant extérieur,
comme lorsque nous méditons sur ^les
fibstractions, sur des objets de philosophie
et de morale, sur les casualitcs ou les rap^
ports des effets aux causes, en un mot sur
lies iJécs où nos sens, tant externes qu'in-
ternes, se montrent évidemment étran-
gers !.,.
Mais enfin, dans ces réflexions, dans ces
choix dMJées, dans ces raisonnements ar-
rêtés, il faudrait toujours un mouvement
supérieur, libre par lui-même, directeur de
tous les autres, qui les dominât, qui les
réglât, qui comprit la nature de chacun
d'eux pour suspendre les uns, provoquer
ou accélérer les autres ; or ce mouvement
])eut-il exister dans la matière, qui est pas-
sive, inintelligente ? et peut-on ne pas voir
dans cet exercice des facultés intellectuelles
les actes d'un être purement spirituel ?
18" Les perceptions relatives aux objets
extérieurs et celles qui ont pour objets lôs
modiQcations organiques internes sont liées
entre elles par des rapports intimes, comme
Ta très-bien observé Broussais (De V irrita-
tion et de la folie^ pa,j;e 136) ; aussi la faim
et la soif ne seraient que des sensations
vagues et sans but, si nous n'avions pas
l'idée des boissons et des substances ali-
mentaires ; et , réciproquement, sans ces
deux sensations, nous ne pourrions conce-
voir l'idée de ces boissons et de ces subs-
tances.
Mais ces liens intimes qui unissent les
tensations provenant des impressions exté-
rieures et celles qui naissent des besoins
viscéraux ne peuvent être formés que par
un être qui en ait la conscience, qui les
compare entre elles, qui les distingue les
unes des autres, qui les juge, qui en sente
les convenances réciproques, et, par consé-
quent, qui soit un. Or, les parties de l'en
céphaie qui reçoivent certaines de ces im-
pressions ne reçoivent pas les autres, car
les neris sensitiis externes et les internes
iii*ont pas la même origine ; de [dus cet
appareil nerveux est composé , il ne peut
]:ercevoir, il ne peut comparer ; donc il faut
nécessairement un autre être pour coo^
donner entre elles les impressions externe
et internes, pour établir leurs rapports et
produire les idées qui y sont relatives, et
cet être est évidemment un être qui a'tst
point matière^ un être intelligent et pure-
ment spirituel.
19" Les abstractions» les idées générales,
les idées collectives, représentent des ohjeis
qui sont sans réalité dans la nature, et qui
n'ont d'autre existence que celle que nous
leur prêtons. Elles ne proviennent donc
point d'impressions extérieures, et par con-
séquent d un mouvement vibratile de la
substance du cerveau. Que si Broussais sou-
tient que le mouvement qui les produit est
déterminé par celui d'où naissent les idées
individuelles et réelles auxquelles se raïu-
chent les abstraites, les générales et les col-
lectives, nous lui répondrons : 1* que ces
deux mouvements ne pouvant différer Tuq
de l'autre que par leur rapitJité, ce qui ue
peut influer sur la nature de leurs produiLs
ces ordres si différents d'idées ne peuvent
on provenir ; 2* que ces deux mouvements
sont indépendants l'un de l'autre, puisque
nous abstrayons et que nous çénéralison6
sans impression d'objets extérieurs; d'où
il suit que, pour que le dernier se dév^
loppât, il faudrait nécessairement que la
matière encéphalique se mit en vibration
librement, volontairement et d'une manière
spontanée. Mais cette matière, comme tout
être matériel, est passive, et ne peut m
mouvoir que par les impulsions qu'elle
vev^Qïi ; donc ce n'est pas elle qui abstrait et
qui généralise; donc enfin ces opératioir^
intellectuelles ne peuvent appartenir quà
un être immatériel.
20" Si le jugement n'était qu'une excita-
tion du cerveau, à quel mode de cet élal
vital appartiendraient les idées de vertu et
de justice, et celles de vice et d'iniquité!
Il faudrait nécessairement admettre ici dm
modes absolument contraires, car rien n'e$t
plus opposé que ces deux ordres d'objets.
Mais comment un mode d'excitatioû pour-
rait-il être contraire à un autre mode?
Seulement sans doute par la rapidité ou
l'intensité du mouvement vibratile (|ui le
constitue, puisque, selon Broussais, 1 exci-
tation se réduit à ce mouvement. Mais cette
modification ne pourrait influer sur sa na-
ture, car un mode de mouvement quelcon-
que ne peut influer sur celle du corps qui
meut ; d'où il suit nécessairement que toutes
ces idées se confondraient en une seule, qut
serait quoi?.... C'est an docteur Brous-
sais à nous le dire.
De quel prix, au reste, serait la vertu, te
fondement premier de l'ordre social, e|
quel horreur pourrait inspirer le vice, qw
en est la ruine, puisqu'ils ne seraient Tune
et Tautre au'un état particulier d'une sutis-
tance matérielle, et se montreraient, par
conséquent, indépendants de la volonté A^
l'individu?
21- Si les idées n'étaient que des excita-
lion.**', des étals particuliers de la matier*
èê9
ITASTnoraLOGIC.
E?IC
irt
eoeéphaliqst» il j aurait loojouri en nous
phtsienrs pereeplions «imnllanées, paûqne
m» sent sont toiyoïiffs impfessioonés sioniN
taBénent. Nous eiercerions dooc à la fois
phisieQn comparaisons et plusieurs jaçe-
ments, et nous eonrevrions (ie même pui-
sieors idées ; car ponrqnoi nne région encé*
phaÛqne qoeiconqoe jagerait-elle préftra-
MeiDMit à nne antre? Pourquoi celle-ci
resterait-^e en repos, tandis que celle-là
5e nieCIfait en action ? Mais nos jugements
et nos idées ne sont jamais simultanés ; il3
ne foat qœ se suooéJer les uns anx autres,
ils ne dépendent donc point d*un état d*ex-
ritatiott de 1 encéphale ; ils n'appartiennent
donc point à un être composé. Or cet appa-
reil n est pas sémple ; il est formé, pour, ce
qui concerne les dirers sfSlimes organiques
scBsilÉb, de parties diverses, qni sont cha-
rone FabootissaDt particulier d*un de ces
sixièmes ; et si Fon supposait qu'il existât
un ccnire matériel où se rendent les irapres-
siena naa ces parties reçoivent, et qni
exerce m comparaison et le jugement, nous
cMflMmtreffîoos de même que ce centre est
lompuié, par eela aeul qu'il est matière ;
direrses répons encéphaliques,
aocan m gant particulier ne peut jn^ ;
cette faeulté n'appartient pomt à
1
8i les perceptions, les idées et la
voioolé étaient une excitation cérébrale, il
fmdmit nécessairement qu*H se développât
deux excitations epriosées dans les cas où
une idée est contrebalancée ou même an-
nulée par une autre idée, comme lorsqu'on
rougit d'un penchant vicieux, ou qu'on le
svBHHHiie. Mais comment une excitation
p«ul-elle en anéantir une autre? Par révul-*
MHi, dira Broussais. Mais dans les circons-
tances où ces deux excitations remportent
alternativement l'une sur l'antre, ommc
lorsque alternativement nous cédons à une
liée et nous la repoussons, il fiiat donc sup-
poser qoll s'opère dans l'encéphale des re-
misions alternatives, et d'une extrême rapi-
dité. Quel sera Fesprit juste, le pbjsioto-
gîste de bonne foi, qui pourra admettre une
supposition pareille? Cne excitation révul-
sive esl^llo lilH^, volontaire ? 8e dissipe-
t*elle avec la rapidité de l'éclair?
An reste, ne sait-on pas que les penchants
frtijsiques les plus violents sont souvent sur-
monta par de simples idées morales, (|or
n'ont pas, à beaucoup près, la même vivacité
r\ eelles qui naissent des besoins exagérés
Torganisation ? Il faudrait donc convenir
me, dns ee cas, rexcltation la plus faible
la emporté sur la plus forte, et qu'une
idée est devenue prédominante sans révul-
sion ; ce Qui démontre manifestement la
vanité de la théorie de l'excitation céré*
brale.
» ■wniiiaii dil Uh fârriMMS aie la
fèUe^ pans tta, M4) que le jugement se
rédoit à la mremif^m de la fereeiHam^ qu'il
s'exécute oans le cerveau, quil est une
excitation de sa substance, quç ndée ne
sjurait être autre chose que cette excitation.
Mais dans le dérelop|iement des idées sans
l'action d'impressions extérieures, comme
eelles que nous formons par la mémoire,
rien qui vienne de dehors n'excite le cer-
veau ; il faut donc que cet oi^ne s'excite
hii-mème. Mais, pour s>xciter ainsi, il faut:
V qu'il le veuille ; 2* qu'il le puisse.
C^, en premier lieu, pour le vouloir*
f * ii faml qu'il pense à le vouloir^ et que,
ptr conséquent, il soit excité. Mais il ne
l'est pas, il ne peut l'être, puisque rien
n'agit sur lui ; donc il ne peut avoir la vo-
lonté de vouloir s'exciter ; donc il ne peut
percevoir ; 2* il faut qull soii libre ; mais la
matière, dans ^elque état qu'elle se trouve,
n'a point la liberté pour attribut, elle est
essentiellétaient passive, et ne fait qu'obéir
aux impressions qu'elle reçoit ; donc encore
elle ne peut vouloir s'exoiter.
En second lieu, pour que le cerveau
puisse s'exciter lui-même , il faut nécessai-
rement qu'il agisse sur sa pro{ re substance,
il fout qu'il sorte de lui-même pour s'im*
préssionnerl... car l'excitation d'un corps
n'est que l'eflét de l'action d'un autre corps,
situé nors du premier (à ouelles consé-
Suences absurdes un faux système peut con-
uire I). Il ne peut donc agir sur lui-même,
et, par conséquent, s'exciter. Si donc d'une
part il ne peut le vouloir , et que de l'autre
il ne le puisse , il est évident qu'il ne s'ex -
cite point lui-même dans la perception des
objets que la mémoire retrace, et, puisque
nous pensons jsans cette excitation , il laut
en conclure que la perception en général ,
que les jugements , que les idées ne sont
S oint urne exeiiaiion de sa sabsiance^ et en-
n que ces objets lui sont entièrement
étrangers.
Considérons aussi que nous passons k vo-
lonté, avec la rapidité de l'éclair, d'une per-
ception, d'une iaée et d'une volonté à une
aotre.Si donc la perception, l'idéeetla volonlé
étaient une excitation encéphalique, il fau-
drait d'aliord nécessairementadmettre que
chaque perception , chaçiue idée , chaque vo-
lonté est un mode particulier d'excitation :
car comment sans cela pourraient-elles di-
férer les unes des autres ? et, en second lieu,
que chacun de ces modes se «Kssipe et est
remplacé par un autre avec la rapidité de
la pensée. La première supposition ne peut
être admise, car, comme nous l'avons déjà
dit , l'excitation oui n'est qu'un mouve-
ment vibratile , d après Broussais , et qui
ne peut varier que par l'inlensité on la ra-
pidité de cemouvMnent , ce qui n'en change
nullement la nature, ne peut constituer
des objets aussi variés que les perceptions,
les idées et la volonté. Quant à la seconde ,
elle est plus absurde encore , s'il est pos-
sible; comment, en effet, peut-on concevoir
qu'une excitation de la matièra cérébrale
se dissipe pour être remplacée par une au*
tre , avec la rapidité de ces actes intellec*
tuels? Est-ee là la marche des excitations
orgmiques ?
Concluons de tout cela que le matéria*
lisme de Broussais repose sûr des bases
451
ENC
DICTiONNAiRE
Eric
ISI
teileiBCiit fragiles 9 qu*ii s*écroule de lui-
même dès qu'on yient à l'examiner.
2h^ Terminons ces trop nombreuses dé-
monstrations par le raisonnement suivant :
La matière cérébrale ne peut point se ju-
ger elle-même , et par conséquent se con-
naître, r parce qu'elle n'est pas nimple^ et
Sue si elle se jugeait, il y aurait autant
e jugements simultanés qu'elle a de par-
ties ou d'éléments constitutifs ; 2* parce
qu'elle ne peut s'impressionner elle-même ,
mais seulement recevoir des impressions
de la part des corps extérieurs , ni réagir
sur sa propre substance ; opérations néces-
saires pour qu*eile pût se sentir , se per-
cevoir , se comparer à d'autres êtres, et
enfin s'apprécier. Donc les matérialistes, s'ils
ne sont que matière y ne peuvent connaUre
quelle est leur véritable nature; et s'ils
aOirment qu'ils ne sont formés que d'élé-
ments matériels, ils démontrent, par cela
seul, que l'être qui en eux porte ce juge-
ment n est point et ne peut être une subs-
tance matérielle, et leur opinion même
est une des démonstrations les plus éviden-
tes que nous puissions leur opposer (195).
J IV. L'appareil encéphalique ne peut se
ressouvenir. — Après avoir démontré, par
tant de preuves incontestables, que la per-
ception, la comparaison et le jugement
ne peuvent être exercés par l'encépliale,
aurions-nous besoin de nous appesantir
beaucoup sur ce qui doit établir que la
mémoire ne lui appartient point? Cette
fonction n'est que la perception, la coiu|;a-
raison , ou le jugement de sensations éprou-
vées, ou d'images produites au dedans de
nous ; elle n'est que la répétition de ces
mômes fonctions précédemnieBt exercées;
et, par conséquent, tout ce que nous avons
d t relativement à celles-ci, pour prouver
que la matière encéphalique y demeure
éiran^èrc, lui est enlièrement applicable.
Toutefois nous opposerons aux matérialis-
tes l'argument suivant :
Si la mémoire était exercée par l'organe
cérébral , elle ne pourrait être que 1 effet
d'impressions persistantes ou du retour
(195) Les malériaUstes, joignant à Taveuglement
ringratitude, oublient qu'Us sont redevables de leur
existence à ce bieufait du spiritualisme qu'ils s'ef-
forcent d'anéantir. Supposez, en effet, que tous ks
hommes, profondément imbus des opinions du ma-
térialisme, en adoptassent toutes les conséquences,
et considérez sans eifroi, si vous le pouvez, ce que
deviendrait alors le corps social. L*iDju8tice, le par-
jure, la fraude, l'adoltère, .l'inceste, les empoison-
nements, les meurtres, tout ce que le mot, qui rap-
porte toiit à soi, aue rien alors ne pourrait retenir,
peut enfanter de funeste, ne se répandra ieutrils pas
sans contrainte sur toute la surface de la terre? Et
Tespèce humaine , qui ne se soutient que par les
lois morales , pourrait-elle tarder à s'anéantir?
Mais, rénondra-t-OR, les loi« humaiiies seraientrellea
«ans poKsiaee, et ne s'opposeraieni^lles pas ans
maux dont vous aoua menaces?... Les lois Im-
iSiaines! quel pouvoir pourraîenl^lies exercer sur
une société généralement et pleinement corrompue,
surtout dans les circooslances infinies où il est si
facile de se dérober aux punitions qu'elles infligent?
d*uu mouveircnt de perception dans les
molécules du cerveau qui auraient dMi
reçu ces impressions ou qui auraient été
animées de ce mouvement. Mais nain
matière organique se renouvelle sans cesse,
et , après un, certain temps , le cerveau,
comme tous les autres organes, se troute
composé d'éléments nouveaux. Donc alors
les molécules qui pourraient seules rappcw
1er le souvenir du passé n'existent plus,
elles ont été éliminées avec les restes de
la matière encéphalique. Cependant notre
souvenir s'étend jusque dans notre eufuice,
et c*est seulement relativement aux événe*
ments du premier âge que se montre fidèle
la mémoire du vieillard. 11 est donc ab-
surde de supposer qu'elle est l'attribut de
la substance cérébrale.
Autre considération : St la mémoire n'é-
tait , «omme le dit Broussais , qu'une ei-
citation ou un mouvemeat vibratiie de la
matière cérébrale, il faudrait supposer,
lorsqu'elle se développe apastanécnent et
par une série d'idées suecessives qui se
rappellent las unes les autres , qu'il s'éta-
blit dans le cerveau ( en admettant toute*
fois que les molécules de cet organe plus-
sent se mouvoir par eltes-iaAaias , ce qui
n est point J une suite de mouveioaits $u^
ccssifs et dépendants les uns des autres,
correspondant chacun k une idée particu-
lière ; mais un mouvement communiqué
ne diffère point , quant à sa nature, du
mouvement qui i'4 produit ; d'eu l'on peut
rigoureusement conclure que, dans cette
hypothèse, il ne naîtrait de tous oes mou-
vements encéphaliques qu'une seule et
môme idée, et que, par conséquent, la
mémoire ne pourrait s'exercer.
Remarquez d'ailiettrs que l'on ne peut
supposer ici aucue impression reçue ai
aucun mouvement matériel développé dout
expliquer l'exercice de cette fonction. Quel
serait, en effet, l'agent matériel qui, laos
cet acte , déterminerait l'action de la subs-
tance encéphalique 7 Les fonctions des sens
n'y concourent en rien, excepté dans les
circonstances oh une sensation présente
Remarquez d'aillenrs qiie ces leia ae poumieBt
exister avec le maténalisme; car, pour les créer,
il aurait fallu abjurer cette funeste opinioa dans
laquelle il n'y a ni bien ni mal, m vice ni vertu, ai
punition ni récompense.
U suit, évidemment, de œ que nous venons de
dire, que le corps eocial n^eiisieraît bientôt plus, oa
pl«tét qu'il n'ïNifail jatmis pu s'éUbHr avec le maié-
Mais si le spiritualiaiM M tettenent easeatid t
Tbomme, que, sans coite bieofaisaïUe doctrine, cet
être ne saurait exister, il est donc dans sa nauire ;
ce n'çst donc point une invention de son esprit, uo
produit de son imagination, en un mot un $if$tème,
maïs bien «ne impmlaBle et U plvs nportaDie des
vé:-ité«.
iCattft, fîafc te apifit«aftHareat<««i tarceb
seul 4«*tt eoaconft è TeuslMM» ëe rai^ice bu-
maine, ie matënaliftipa, ^i .ea eatniiieraît iuéfiU'
Licment la dcstructioa, ae saurait Tétrc. Oa doit
donc le considérer^ dans Ica individus qpi le y*^
fessent, comme un égarement de la raison.
45S
EKC
D*A!VrimOP0L0GIE.
F.NC
4r>i
rappeMe le sourenir d'une idée précéJem-
Dient conçue; mais alors* Tinfluence de ces
orçincs n est qu'indirecte , et ce sont des
idées qui ne sont point des objets matériels,
qui facilitent l'exercice du souvenir. Puis
•foDC que les idées, même les idées abslrai-
ips, proYoquent cette fonction, et que,
d'une autre part, une action organique ne
peut être déterminée que par des impres-
sioDs matérielles , il demeure évident que
la mémoire ne pieut apjpartenir à un être
matériel , et, par conséquent, qu'elle est
étrangère k l'encéphale.
Considérons encore que la mémoire pu le
rapport d'idées déjà conçues est une sorte
de faction du mot sur lui-même, que la
iDatière est incapable de cette réaction ,
au'elle ne peut éprouver que des impres-
sions qui , n'agissant sur elle que lors-
iju'elles s'effectuent , ne pourraient donner
lieu qu'à des idées sur des objets présents,
et jamais rappeler directement à notre es-
phUes idées déjà conçues ; ce qui suffit,
re nous semble , pour démontrer pleino-
imtqne la mémorre ne peut être exercée
piruû instrument matériel.
5o«$ pourrions ajouter que la mémoire
w( adiré, spontanée, libre, volontaire,
qu'elle peat s'eiercer successivement sur
no" infinité d'objets différents , et , à notre
mS sur tels objets plutôt que sur tels au-
trç>i qu'elle est susceptible d'éducation,
woine le prouve la mnémonique; qu'elle
s'opère par l'influence des caractères écrits
«Q des sons articulés, signes représentatifs
mi siimification par eux-mêmes et n'ayant
que celle que l'intelligence leur prête ; qiie
les produits de la mémoire ne sont point
Qiatériels, etc., etc.; tandis que la matière
oTç^anique est passive, ne se meut poifit
Îmtanément, mais par la seule influence
} agents qui Teicitent et oui en déter-
ninent les mouvements ; qu'elle ne peut ni
«n^^îer, ni changer, ni modifier ellc-uièmè
fadjon qu'elle exerce ; qu'il n'y a pour elle
Ve'Ies impressions significatives dans lé-
fi'ure et dans la parole , et que , par con-
^p^ût,elle n'est point susceptible d'édu-
fUm relativement à l'exercice de la nié-
*Hre, puisque c'est sur la parole et les
waeières écrits que cette éducation repose;
1»e ces produits ne peuvent être que nia-
^fiels, etc., etc. Mais tous ces objets ont
^^ amplement développés dans l'examen
j^ la perception , de la comparaison et du
,tt?ement, fonctions qui se reproduisent
«isn»» la mémoire (196).
<1%) AjoutODs à ces considérations une démons-
^lino ériiienle, puisée dans les faits pathologiques.
f^M* IfS affeciions encéphaliques , avec perte de
'^wittince, crnnme Tépilepsie, par exemple, les
'^'1 êvitkmiBeBi avoir perçu , jusé ce qu'il a
'l^'iniiré, puisque c*est lui qui a été le siège de la
••aWie, et par coiiséqueut en avoir le souveiâr.
''Vendant il n'en est rien. Cela ne déraontre-t-il
ï^([ne ta mémoire, comme les autres fonctions de
§ V. L encéphale ne peut imaginer. — L'ima-
gination est un acte intellectuel par lequel
nous combinons entre elles des images déjà
produites, des idées conçues, pour en créer
des idées et surtout des images nouvelles, ce
3ui lui a valu le nom qu'elle porte. Elle a
onc sa source dans la mémoire ; et puisque
celle-ci ne peut être exercée par l'appareil
encéphalique, comme nous venons de le dé-
montrer, il demeure évident que iHmaiçina-
tion ne lui appartient pas davantage.
Comment, en effet, pourrait-on supposer
que cette faculté, le plus brillant apanage de
1 homme, réside dans un instrument maté-
riel? Comment une fonction libre, volon-
taire, pourrait-elle appartenir à un organe,
à un instrument passir, assujetti à toutes les
causes qui en déterminent les mouve-
ments (197)?
Eh quoi I le génie de l'homme, qui anime
et embellit tout ce q^u'il embrasse, qui ré-
pand la chaleur et la vie même dans les êtres
inanimés, qui, dans son vol hardi, sYlèvo
au-dessus de tout ce qui existe, plane dans
Timmensité de l'espace, soumet à son em-
pire toute la nature, étonne ou ravit par la
sublimité ou la beauté de ses conceptions,
sei*ait l'attribut de quelques éléments orga-
niques? Tous les chefs-îil'œuvre des beaux-
arts , par une merveille plus inconcevable
encore que la spiritualité de l'être qui les a
créés, se réduiraient aux simples effets de
quelques mouvements matériels...? Quoil
les riches fictions d'Homère, les divins trans-
ports de Pindare, les doux accents de Vir-
Î;ile, les sublimes inspirations de Corneille,
a poésie si harmonieuse de Racine, ne se-
raient que les rt5sultats d'une digestion céré-
brale? Le génie de Phidias, Je Praxitèle,
d'Apellé, la noble et douce sévérité du pin-
ceau de Raphaël, les grâces qui naissaient
sous celui de l'Albane, l'énergie et l'éléva*
lion des Carraches, la rii^hesse si savamment
étalée de Rubens, les compositions si poéti -
ques de Poussin, et de nos iuurs, celle des
David, des Girodet, des Guérin, des Gros,
des Gérard, ne nous offriraient que les pro*
duits d'une sécrétion organique? Mous ne
devrions voir dans les savantes composi-
tions de Mozart, dans la gracieuse mélodie
de Cimarosa, dans la m^yestueuse harmonie
de Haydn, dans celle si brillante de Rossini
et dans la fraîcheur des chants de Boieldieu,
que les résultats de quelques mouvements
cérébraux, et, dans ces artistes célèbres, que
des espèces de cylindres d'orgues à mani-
velle...? Dans quels esprits raisonnables, ou
rentendement, lui estétrangèreT
(197) Comment d^aîllenrs la matière, q«l ne peu
a^ir que par des impressions présentes, pourrailroUe
ici entrer en action par des impressions passées, et
qui par conséquent ne cent plus, et ue peuvent Tcx-
citer.
Considérons, de plus, que le délire qui est produit
par une passion violente, par une exaltation, un
trouble de Timannation, survient souvent sans au-
cune altération de la matièfe cérébrale ; ce qui dé-
montre évidemment que cette matière est étrangéra
à Texercice de cette fonction.
45S
ENF
di(:tio>{xaiii€
EN?
iJi
libres oe tout joug systématique, de si folles
idées pourraient-elles se former? Et quels
seraient les hommes de bonne foi qui vou-
draient partager une pareille extravagance?. . .
Non, le génie, ce subi irae attribut de 1 homme,
ne peut appartenir à un instrument maté-
riel.
IsNDAMÈNES. Voy. Alfouroc , Malaise
(Race).
ENFANCE. — Si quelque chose est capa-
ble de nous donner une idée de notre fai-
blesse, c'est l'état où nous nous trouvons im-
médiatement après la naissance. Incapable de
faire aucun usage de ses organes et de se
servir de ses sens, l'enfant qui natt a besoin
de secours de toute espèce, c'est une image
de misère et de douleur; il est dans ces pre-
miers temps plus faible qu'aucun des ani-
maux; sa vie incertaine et chancelante pa-
rait devoir finir à chaque instant; il ne i)eut
se soutenir ni se mouvoir; à peine a-t-il la
force nécessaire pour exister et pour annon-
cer par de:2 gémissements les souffrances
qu*il éprouve, comme si la nature voulait
1 avertir qu'il est né pour souffrir, et qu'il ne
vient prendre place dans l'espèce humaine
que pour en partager les infirmités et les
peines.
Ne dédaignons pas de jeter les yeux sur
nn état par lequel nous avons tous cou>
mencé; voyons-nous au berceau, passons
même sur le dégoût que peut donner le
détail des toins que cet état exige, et cher-
chons pa" quels degrés celle machine déli-
cate, ce corps naissant et à peine vivant,
vient à pt^endre du mouvement, de la con-
sistance et des forces.
L'enfant qui naît passe d'un élément dans
un autre ; au sortir de l'eau qui l'environ-
nait de toutes parts dans le sein de sa mère,
il se trouve exposé à l'air, et il éprouve dans
l'instant les impressions de ce fluide actif;
l'air agit sur les nerfs de l'odorat et sur les
organes de la respiration ; cette action produit
une secousse*, une espèce d'éternuement qui
soulève la ca^Mcité de la poitrine, et donne
à l'air la liberté d'entrer dans les poumons ;
il dilate leurs vésicules et les gonfle, il s'y
échauffe et s'y raréfie jusqu'à un certain
degré, après quoi le ressort des fibres dila-
tées réagit sur ce fluide léger et le fait sortir
des poumons. Nous n'entreprendrons pas
d'expliquer ici les causes du mouvement
alternatif et continuel de la respiration;
nous nous bornerons à parler des effets.
Cette fonction est essentielle à l'homme et à
plusieurs espèces d'animaux; c'est ce mou-
vement gui -entretient ki vie; s'il cesse, rani-
mai périt ; aussi la respiration ayant une
fois commencé, elle ne finit qu'à la mort ;
et dès que le oHas respire pour la première
fois, il continue à respirer sans interruption.
Cependant on peut croire avec quelque fon-
dement que le trou ovale ne se ferme pas
tout à coup au moment de la naîasance, et
que par conséquent une partie du sang doit
continuer à passer par cette ouverture : fout
te sang ne doit donc pas entrer d'abord dans
lês peumons ; et peut-être pourrait-on priver
de lair l'enfanl nouveau-né pendant un temps
considérable, sans que cette privation lui
causât la mort.
L'air trouve ordinairement, en entrant
f>our la première fois dans les poumons de
'enfant, quelque obstacle causé par la li-
queur qui s'est amassée dans la trachée-
artère; cet obstacle est plus ou moins grand
à proportion de la viscosité de cette liqueur ;
mais l'enfant, en naissant, relève sa lete qui
était penchée en avant sur sa poitrine, et par
ce niouvement il allonge le canal de la tra-
chée-artère ; l'air trouve place dans ce canal
au moyen de cet agrandissement, il force la
liqueur dans l'intérieur du poumon, et, eo
dilatant les bronches de ce viscère, il distri-
bue sur leurs parois la mucosité qui s'oppo-
sait à son passage ; le superflu de cette humi-
dité est bientôt r^esséché par le renouvelle-
ment de l'air ; ou si l'eniant en est incom-
modé, il tousse, et enfin il s'en débarrasse
Ear l'expectoration ; oh la voit couler de sa
ouche, car il n a pas encore la force de
cracher.
Comme nous ne noua souvenons de rien
de ce qui nous arrive alors, nous ne pou-
vons guère juger du sentiment que produit
l'impression de l'air sur l'eniant nouveau-
né; il paraît seulement que les gémisse-
ments et les cris qui se font entendre dans le
moment qu'il respire sont des signes peu
équivoques de la douleur que l'action de
Tair lui fait ressentir. L'enfant est en elTeL
Jusqu'au moment de sa naissance, accoutumé
[ la douce chaleur d'un liquide tranquille,
et on peut croire que l'action d'un fluide
dont la température est inégaie ébranle trop
violemment les fibres délicates de son corps;
il parait être également sensible au c!)au4
et au froid, il gémit en quelque situation
qu'il se trouve, et la douleur parait être sa
première et son unique sensation.
La plupart des animaux ont encore les
J>eux lermés pendant quelques jours après
eur naissance : Tenfant les ouvre aussitôt
qu'il est né, mais ils sont fixes et ternes; on
n'y voit pas ce brillant qu'ils auront dans l»i
suite, ni le mouvement qui accompagne la
vision. Cependant la lumière qui les Trame
semble faire impression, puisque la prunelle,
qui a déjà jusqu'à une ligne et demie ou
deux de diamètre, s'étrécit ou s*élargit à une
lumière plus forte ou plus faible, eu sorte
qu'on pourrait croire qu'elle produit déjà
une espèce de sentiment; mais ce sentiment
est fort obtus : le nouveau-né ne distingue
rien ; car ses yeux, même en prenant du
mouvement, ne s'arrêtent sur aucun objet;
l'organe est encore imparfait, la cornée eM
ridée, et peut-être la rétine est-elle aussi
trop molle pour recevoir les images des
objets et donner la sensation de la vue dis-
tincte, n parait en être de même des autres
sens, ils n'ont pas encore pris une certaine
consistance nécessaire à leurs opérations:
et lors même qu'ils sont arrivés à cet état, il
se passe encore beaucoup de temps avant
que l'enfant puisseavoir des sensations juslP>
et complètes. Les sens sont des espèces dto-
157
ENP
D*ANTimOPOLOGIE.
iMi
îraments dont il tant apprendre à se servir.
Ceioi de la Tne* qui parait être le plus noble
et le plus admirable, est en même temps le
moins sûr et le pins illusoire ; ses sensations
ne produiraient que des jugements faux,
s*ils n*étaient k tout instant rectifiés par le
témoignage du toucher. Cependant ce sens
même, n*est pas encore panait dans l'enfant
an moment de la naissance. Il donne» à la
yérité, des signes de douleur par ses gémis-
sements et s«s cris , mais il n'a encore au-
cune expression {)oor marquer le plaisir ; il
ne commence è nre qu'au bout de quarante
jours : c*est aussi le temps auquel il com-
mence à pleurer, car auparavant les cris et
les gémissements ne sont point accompa-
gnés de larmes. Il ne paraît donc aucun signe
de fiassions sur le visage du nouveau-né ; les
fKirties de la face n*ont pas même toute la
ronsistance et tout le ressort nécessaires è
c^iie espèce d'expression des sentiments de
Tâme : toutes les autres parties du corps,
enfx>re bibles et délicates, n'ont aue des
m ^u vements incertains et mal assures ; il ne
pp'ir pas se tenir debout ; ses jambes et ses
cuisses sont encore pliées par l'babitude
aTi'il a contractée dans le sein de sa mère;
il n'a pas la force d'étendre les bras ou de
saisir quelque chose avec la maiu : si on
ral>andonnait, il resterait couché sur le dos
sans pouvoir se retourner.
En réfléchissant sur ce oue nous venons
de dire, il parait que la douleur que Tenfant
ressent dans les premiers temps, et qu'il
eiprime par des gémissements, n'est qu une
sensition corporelle , semblable à celle des
animaux qui gé nissent aussi dès qu'ils sont
nés, et que les sensations de l'âme ne com-
mencent à se manifester qu'au bout de qua-
rante jours; car le rire et les larmes sont
fies produits de deux sensations intérieu-
res, qui toutes deux dépendent de l'action
de rlrao. La première est une émotion
azréable qui ne peut naître qu'à la vue ou
par le souvenir aun objet connu , aimé et
désiré; l'autre est un ébranlement désa-
gréable, mêlé d'attendrissement et d'un re-
tour sur nous-mêmes : toutes deux sont des
passions qui supposent des connaissances ,
des comparaisons et des réflexions; aussi le
rire et les pleurs sont-ils des signes particu-
liers à l'espèce humaine pour exprimer le
plaisir ou la douleur de Tâme, taudis que les
rris, les mouvements et les autres signes des
douleurs et des plaisirs du corps, sont com-
muns à l'homme et à la p1u|>art(les animaux.
Mais revenons aux fiarties matérielles et
aux Sections du corps. La gran^leur de
l'enfint, né à terme, est ordinairement de
TÎn^-un pouces : il en naît cependant de
l^K^aaooup plus petits, et il 7 en a nr.énae qui
n*oDt que quatorze pouces, quoiqu'ils aient
atteint le terme de neuf mois; queli^ues
aotresau contraire ont plus de vingt-un pou-
ces. La poitrine des enfants de vin jt-un pou*
ces« mesurée sur la longueur du sternum, a
près de trois pouces, et seulement deux lors-
que Tenfant n'en a que quatorze. A neuf
luois lefoBittS pèse ordinairement douze li-
DICT193I5. d'A^ITUROPOI IGIS.
yres, et quelquefois jusqu'à quatorze ; la tête
du nouveau-né est plus grosse à proportion
que le reste du corps, et cette disproportion,
qui était encore beaucoup plus grande dans
le premier âge du foetus, ne disparaît qu a-
prës la première enfance. La peau de l'en-
fant qui naît est fort fine : elle parait rou^
geâtre, parce qu'elle est assez transparente
pour laisser paraître une nuance faible de la
couleur du sang ; on prétend même que les
enfants dont la peau est la iilus rouge en
naissant sont ceux qui dans la suite auront
la peau la plus belle et la plus blanche.
La forme du corps et des membres de l'en-
fant qui vient de naître n'est pas bien expri-
mée : toutes les parties sont trop arrondies; el-
les paraissent même gonflées lorsque l'enfiint
se porte bien et qu'il ne manque pas d'em-
bonpoint. Au bout de trois jours il survient
ordinairement une jaunisse , et dans ce
même temps il ^ a du lait dans les mamelles
de l'enfant, quon exprime avec les doigts;
la surabondance des sucs et le gonflement
de toutes les parties du corps diminuent
ensuite peu à peu à mesure que Tenfiml
prend de l'accroissement.
On voit palpiter , dans quelques enfants
nouveau-nés , le sommet de ia tête à l'en-
droit de la fontanelle, et dans tous on v peut
sentir le battement des sinus ou des artères
du cerveau, si on j porte la main. Il se forme
au-dessus de cette ouverture une espèce de
croûte ou de gale, quelquefois fort épaisse,
et qu'on est obligé de frotter avec des bros-
ses pour la faire tomber à mesure qu'elle se
sèche : il semble que cette production qui se
lait au-dessus de l'ouverture du crâne ait quel-
que analogie avec celle des cornes des ani-
maux, qui tirent aussi leur origine d'une ou-
verturedu crâne et de lasubstance du cerveau.
La liqueur contenue dans l'amnios laisse
sur Tenfant utte humeur visqueuse blan-
châtre , et Quelquefois assez tenace pour
qu'on soit obligé de la détpcmper avec quel-
que liqueur douce, afin de la pouvoir enle-
ver. On a toujours en France la sage pré-
caution de ne laver Tenfant qu'avec des
liqueurs lièdes : cependant des nations en-
tières, celles même qui habitent les climats
froids , sont dans Tusage de plonger leurs
enfants dans l'eau froide aussitôt qu'ils sont
nés, sans qu'il leur en arrive aucun mal ; on
dit même que les Lapones laissent leurs en-
fants dans la neige jusqu'à ce que le froid
les aitsaisis au point d'arrêter la respiration,
et qu'alors elles les plongent dans un bain
d'eau chaude; ils n'en sont pas même quit-
tes pour être lavés avec si peu de ménage-
ment au moment de leur naissance, on les
lave encore de la même façon trois fois cha-
que jour pendant la première année de leur
vie, et dans les suivantes on les bai^e trois
fois chaque semaine dans l'eau froide. Les
peuples du nord sont persuadés que les
bains froids rendent les. hommes plus forts
et plus robustes , et c'est par cette raison
qu'ils les forcent de bonne heure à en con-
tracter l'habitude. Ce qu'il y a de vrai , c'est
que nous ne connaissons pas assec jusqu'oi^
' t
15
459
ENF
DICTIONNAIRE
ENF
i60
peuvent s*étendre les limites de ce que no-
tre corps est capable de souffrir , d'acquérir
ou de perdre par l'habitude; y»ar exemple, les
Indiensdel'isthmederAmérique se plongent
impunément dans l'eau froide pour se rafraî-
chir lorsqu'ils sont en sueur; leurs femmes
les y jettent quand ils sont ivres, pour faire
passer leur ivresse plus prompteraent; les
mères se baignent avec leurs enfants dans
l'eau froide un instant après leur accouche-
ment \ avec cet usage que nous regarderions
comme fort dangereux, c^s femmes périssent
très-rarement par les suites des couches, au
lieu que , malgré tous nos soins , nous en
voyons périr un grand nombre parmi nous.
On ne fait point téter l'enfant aussitôt
qu'il est né; on lui donne auparavant le
temps de rendre la liqueur et les glaires qui
sont dans son estomac , et le meconiuin qui
est dans ses intestins : ces matières pour-
raient faire aigrir le lait et produire un
mauvais effet. Ainsi on commence par lui
faire avaler un peu de vin sucré pour forti-
fier son estomac et procurer les évacuations
qui doivent le disposer à recevoir la nourri-
ture et à digérer ; ce n'est que dix ou douze
heures après sa naissance qu'il doit téter
pour la première fois.
A peine l'enfant est-il sorti du sein de sa
mère, à peine jouit-il de la liberté de mou-
voir et cl'étenJre ses membres, qu'on lui
donne de nouveaux liens : on l'emmaillotte,
on le couche la tôle fixe et les jambes allon-
gées , les bras pendants à côte du corps; il
est entouré de linges et de bandages de toute
espèce qui ne lui permettent pas ae changer
de situation ; heureux^i on ne Ta point serré
au point de l'empêcher de respirer, et si on
a eu la précaution de le coucher sur le côté,
afin que les eaux qu'il doit rendre par la
bouche puissent tomber d'elles-mêmes , car
il n'aurait pas la liberté de tourner la tête
sur le côté pour en faciliter Técoulementl
Les peuples qui se contentent de couvrir gu
de vêtir leurs enfants sans les mettre au
maillot ne font-ils pas mieux que nous? Les
Siamois , les Japonais, les Indiens , les nè-
gres, les sauvages du Canada, ceux de la Vir-
Sinie , du Brésil, et la plupart des peuples
e la partie méridionale de l'Amérique, cou-
chent les enfants nus sur des lits de coton
suspendus, ou les mettent dans des espèces
de berceaux couverts et garnis de pellete-
ries. Ces usages ne sont pas sujets à autant
d'inconvénients que le nôtre; on ne peut
pas éviter, en emmaillotlant les enfants, de
les gêner au point de leur faire ressentir de
la douleur ; les efforts qu'ils font pour se
débarrasser sont plus capables de corrompre
l'assemblage de leurs corps , que les mau-
vaises situations où ils pourraient se mettre
eux-mêmes s'ils étaient en liberté. Les ban-
dages du maillot peuvent être comparés au
corset que des jeunes filles et des femmes
portent : cette espèce de cuirasse , ce vête-
ment incommode,''qu'on a imaginé pour sou-
tenir la taille et l'empêcher de se déformer ,
cause cependant plus d'incommodités et de
difformités qu'il n'en prévient.
Si le mouvement que les enfants veulent
se donner dans le maillot peut leur êlre fu-
neste , Tinaciion dans laquelle cet élat les
retient peut aussi leur être nuisible; le dé-
faut d'exercice est capable de retarder l'ac-
croissement des membres, et de diminuer
les forces du corps. Ainsi les enfants qui
ont la liberté de mouvoir leurs -membres à
leur gré doivent être plus forts que ceux qui
sont emmaillottés : c était pour cette raison
que les anciens Péruviens laissaient les bras
libres aux enfants dans un maillot fort
large; lorsqu'ils les en tiraient, ils les met-
taient en liberté dans un trou fait en terre
et garni de linges, dans lequel ils les des-
cendaient jusqu'à la moitié du corps : de
cette façon ils avaient les bras libres, et ils
pouvaient mouvoir leur tête et fléchir leur
corps à leur çré, sans tomber et sans se blés-
ser; dès qu'ils pouvaient faire un pas , oo
leur présentait la mamelle d'un peu loia
comme un app&t pour les obliger à mar-
cher. Les petits nègres sont ^uolquefois
dans une situation bien plus fatigante pour
téter ; ils embrassent l'une des hanches de
la mère avec leurs genoux et leurs pieds, et
ils la serrent si bien, qu'ils peuvent s'y sou-
tenir sans le secours des bras de la mère; ils
s'attachent à la mamelle avec leurs mains ,
et ils la sucent constamment sans se déran-
ger et sans tomber, malgré les différents
mouvements de la mère , qui , pendant ce
temps, travaille à son ordinaire. Ces enfants
commencent à marcher dès le second liaoiS)
ou plutôt à se traîner sur les genoux et sur
les m^ins : cet exercice leur donne pour U
suite la facilité de courir dans cette situa-
tion presque aussi vite que s'ils étaient sur
leurs pieds.
Les yeux des enfants se portent toujours
du côté le plus éclairé de l'endroit qu'ils
habitent; et s'il n'y a que l'un de
leurs yeux qui puisse s'y fixer, l'autre, n'é-
tant pas exercé, n'acquerra pas autant de
force : pour prévenir cet inconvénient, il
faut placer le berceau de façon qu'il soit
éclairé par les pieds, soit que la lumière
vienne a une fenêtre ou d'un ilambeau. Dans
cette position les deux yeux de l'enfant peu-
vent la recevoir en même temps, et acquérir
par l'exercice une force égale. Si l'un des
yeux prend plus de force que l'autre, l'en-
fant deviendra louche ;;carl inégalité de force
dans les yeux est la cause du regard louche.
La nourrice ne doit donc donner à l'enfant
que le lait de ses mamelles pour toute Bou^
riture, au moins pendant les deux premiers
mois, il ne faudrait même lui faire prenJre
aucun autre aliment pendant le troisième et
le quatrième mois, surtout lorsque son teni-
Eérament est faible et délicat. Quelque ro-
uste que puisse être un enfant, il pourrait
en arriver de grands inconvénients, si on
lui donnait d'autre nourriture que le lait de
la nourrice avant la fin du premier mo^s.
En Hollande, en Italie, en Turquie et en
général dans tout le Levant, on ne donne aui
enfants que le lait des mamelles pendant un
an entier; les sauv(i;^es du Canaua les allai-
m
ENF
D*ANTHIIOPOLOGIE.
ENF
46t
t6Dt jusqu'à Tftge de quatre ou cinq ans , et
quelqoeiois jusqu'à six ou sept ans. Dans
ce pays-ci» comme la plupart des nourrices
n'ont pàs assez de lait pour fournir à l'ap-
pétit de leurs enfants, elles cherchent à lé-
pargner, et pour cela elles leur donnent un
aliment composé de farine et de lait , même
fiés les premiers jours de leur naissance.
Cette nourriture apaise la faim ; mais Testo-
mac et les intestins de ces enfants étant à
peine ouverts et encore trop faibles pour
digérer UA aliment grossier et visqueux » ils
umSnntt détiennent malades» et périssent
quelauefois de cette espèce d'indigestion.
Lclail des animaux peut suppléer audé-
faDt de celui des femmes ; si les nourrices
en manquaient dans certains cas, ou s'il y
avait quelque chose à craindre pour elles
de la part de l'enfant, on pourrait lui don-
ner à teter le mamelon d'un animal , afin
qui] reçût le lait dans un degré de chaleur
toujours égal et convenable , et surtout afin
que sa propre salive se mêlât avec le lait
puurâj faciliter la digestion, comme cela
5^ (âii par le moyen de la succion , parce
f ue )es muscles, qui sont alors en mouve-
sieaU font couler la salive en pressant les
flaDdes et les autres vaisseaux. J'ai connu à
la campagne quelcjues paysans qui n'ont pas
eu d'autres nourrices que des brebis , et ces
laj'sans étaient aussi vigoureux que les
autres.
Après deux ou trois mois, lorsque l'en-
fant a acquis des forces, on commence à lui
donner une nourriture un peu plus solide ;
011 fût cuire de la farine avec du lait : c*est
une sorte de pain qui dispose peu à peu son
rstomac à recevoir le pain ordinaire et les
autres aliments dont il doit se nourrir dans
)a suite
Pour parvenir à l'usage des aliments soli-
des, on augmente peu a peu la consistance
<if*s aliments liquides : ainsi, après avoir
nourri l'enfant avec de la farine délayée et
euite dans du lait, on lui donne du pain
trempé dans une liqueur convenable. Les
enfants, dans la première année de leur Age,
^t incapables ae broyer les aliments : Tes
(ieuts leur manquent; ils n'en ont encore
Çoe le germe enveloppé dans des gensives
^i molles , qne leur faible résistance ne fe-
fall aucun effet sur les matières solides. On
îoit certaines nourrices, surtout dans le
peuple, qui mâchent des aliments pour les
laire avaler ensuite à leurs enfants. Avant
que de rédéchir sur celte pratique, écartons
tonte idée de dégoût , et soyons persuadés
qu'à cet âge les enfants ne peuvent en avoir
aucune impression; en effet, ils ne sont pas
Dioins avides de . recevoir leur nourriture
^*: la bouche de leur nourrice que de ses
f^amelles; au contraire, il seml)ie que la
fiature ait introduit cet usage dans plusieurs
pays fort éloignés les uns des autres; il
^^t en Italie, en Turquie, et dans presque
*^»ite l'Asie ; on le trouve en Amérique ,
'ians les Antilles au Canada, etc. Je le crois
f-Tt utile aux enfants, et très-convenable h
l'ur état; c'est le seul moyen de fournir à
leur estomac toute la salive qui est néces-
saire pour la digestion des aliments solides.
Si la nourrice mAche du pain , sa salive lé
détrempe et en fait une nourriture bien
meilleure que s'il était détrempé avec toute
autre liqueur; cependant cette précaution
ne peut être nécessaire que jusqu à ce qu'ils
fuissent faire usage de leurs dents pour
royer les aliments et les détremper de leur
propre salive.
Les dents que Ton appelle incisives sont
au nombre de huit, quatre au-devant do
chaque mâchoire : leurs germes se dévelop-
pent ordinairement les premiers ; commu-
nément ce n'est pas plus t6t qu'à Tâge de
sept mois, souvent k celui de huit ou dix
mois, et d'autres lois à la fin de la première
année. Ce développement est quelquefois
très-prématuré ; on voit assez souvent des
enfants naître avec des dents assez grandes
pour déchirer le sein de leur nourrice ; on
a aussi trouve des dents bien formées dans
des fœtus longtemps avant le terme ordi-
naire de la naissance.
Le germe des dents est d'abord contenu
dans 1 alvéole et recouvert par la gencive;
en croissant, il pousse des racines au iond
de l'alvéole, et il s'étend du côté de la
gencive * le corps de la dent presse peu à
peu contre cette membrane, et la distend
au point de la rompre et de la déchirer pour
passer au travers. Cette opération, quoique
naturelle ne suit pas les lois ordinaires de la
nature, qui agit a tout instant dans le corps
humain sans y causer la moindre douleur,
et même sans exciter aucune sensation; ici
il se fait un effort violent et douloureux qui
est accompagné de pleurs- cit de cris, et qui
a quelquefois ^es suites fâcheuses : les en-
fants perdent d'abord leur gaieté et leur en-
jouement; on les voit tristes et inauiets :
alors leur gencive est rouge et gonflée , et
ensuite elle blanchit lorsque la pression est
au point d'intercepter le cours du sang dans
les vaisseaux ; ils y portent le doigt a tout
moment pour tâcher d'apaiser la déman-
geaison qu'ils y ressentent. On leur facilité
ce petit soulagement en mettant au bout de
leur hochet un morceau d'ivoir ou de corail,
ou de quelaue autre corps dur et poli ; ils
le portent d eux-mêmes a leur bouche, et
ils le serrent entre les gencives à l'endroit
douloureux : cet effort opposé à celui de la
dent relâche la gencive et calme la douleur
pour un instant; il contribue aussi à l'amin-
cissement de la membrane de la gencive,
3ui , étant pressée des deux côtés à la fois,
oit se rompre plus aisément ; mais souvent
cette rupture ne se fait qu*avec beaucoup
de peine et de danger. La nature s'oppose a
elle-même ses propres forces; lorsque les
gencives sont plus fermes qu'à Tordinaire
par la solidité des fibres dont elles sont tis-
sues, elles résistent plus longtemps à la
pression de la dent : alors l'effort est si
^rand de part et d'autre, qu'il cause une
inflammation accompagnée de tous ses
symptômes; ce qui est, cpnime on le sait»
capable de causer la mort. Pour prévenir
4€5
ENF
DICTIONNAIRE
ES?
m
ces accidents, on a recours à Tart ; on coupe
la gencive sur la dent : au moyen de cette
petite opération, la tension et HnOamma-
tion de la gencive cessent, et la dent trouve
un libre passage.
Les dents canines sont è côté des incisi-
ves au nombre de quatre; elles sortent ordi-
nairement dans le neuvième ou dixième
mois. Sur la fin de la première ou dans le
courant de la seconde année, on voit paraî-
tre seize autres dents, que l'on ap|5elle
molaires ou mâchelières^ quatre à coîé de
chacune des canines. Ces termes pour la
sortie des dents varient : on prétend que
celles de la mâchoire supérieure paraissent
ordinairement plus tôt; cependant il arrive
aussi quelquefois qu'elles sortent plus tard
que celles de la mâchoire inférieure.
Les dents incisives, les canines et les qua-
tre premières mâchelières tombent naturel-
lement dans la cinquième, la sixième ou la
septième année ; mais elles sont remplacées
par d*autres qui paraissent dans la septième
année, souvent plus tard,^ et quelquefois
elles ne sortent qu'à Tâge' de puberté : la
chute de ces seize dents est causée par le
développement d'un second germe placé au
fonddel alvéole, qui en croissant les pousseau
dehors. Ce germe manque aux autres mâ-
chelières : aussi ne tombent-elles que ]>ar
accident , et leur perte n'est presque jamais
réparée.
II y a encore quatre autres dents qui
sont placées à chacune des deux extrémités
des mâchoires ; ces dents manquent à plu-
sieurs personnes, leur développement est
plus tardif que celui des autres dents ; il ne
se fait ordinairement qu'à l'âge de puberté,
et quelquefois dans un âge beaucoup plus
avancé. On les a nommées dents de sagesse;
elles paraissent successivement l'une après
l'autre, ou deux en même temps, indifférem-
ment en haut ou en bas; et le nombre des
dents en général ne varie que parce que
celui des dents de sagesse n'est pas toujours
le même : de là vient la différence de vinst-
huit à trente-deux dans le nombre total des
dents. On croit avoir observé que les fem-
mes en ont ordinairement moins que les
hommes.
Quelques auteurs ont prétendu que les
dents croissaient pendant tout le cours de
la vie , et qu'elles augmenteraient en lon-
gueur dans l'homme, comme dans certains
animaux, à mesure qu'il avancerait en âge,
si le frottement des aliments ne les usait
pas continuellement. Mais cette opinion
f>aralt être démentie par l'expérience; car
es gens qui ne vivent que d'aliments liqui-
des n'ont pas les dents plus longues que ceux
qui mangent des choses dures ; et si quel-
que chose est capable d'user les dents, c'est
leur frottement mutuel les unes contre les
autres plutôt que celui des aliments. D'ail-
leurs on a pu se tromper au sujet de Tae-
croissement des dents de quelques animaux,
eu confondant les dents avec les défenses.
Par exemple, les défenses des sangliers
croissent pendant toute la vie de ces ani-
maux ; il en est de même de celles de l'élé-
phant; mais il est fort douteux que leurs
dents prennent aucun accroissement lors-
au'elles sont une fois arrivées à leur gran-
eur naturelle. Les défenses ont beaucoup
plus de rapport avec les cornes qu'avec les
dents ; mais ce n'est pas ici le lieu d'exa-
miner ces différences, nous remarquerons
seulement que les premières dents ne sont
pas d'une substance aussi solide que
l'est celle des dents qui leur succèdent. Ces
premières dents n'ont aussi que fort peu de
racine ; elles ne sont pas infixées dans la
mâchoire , et elles s ébranlent très-aisé-
ment.
Bien des gens prétenJent gue les cheveux
gue l'enfant apporte en naissant sont tou-
jours bruns, mais que ces premiers cheveux
tombent bientôt, et qu'ils sont remplacés
par d'autres de couleur différente. Je ne
sais si cette remarque est vraie : presque
tous les enfants ont les cheveux blonds, et
souvent presque blancs ; quelques-uns les
ont roux , et d'autres les ont noirs ; mais
tous ceux qui doivent être un jour blonds,
châtains ou bruns, ont les cheveux plus ou
moins blonds dans le premier âge. Ceux oui
doivent être blonds ont ordinairement les
yeux bleus; les roux ont les yeux d'un jaune
ardent, les bruns d'un jaune faible et brun,
mais ces couleurs ne sont pas bien mar-
quées dans les yeux des enfants qui vien-
nent de naître : ils ont alors presque tous
les yeux bleus.
Lorsqu'on laisse crier les enfants trop
fort et trop longtemps, ces efforts leur cau-
sent des descentes qu'il faut avoir grand
soin de rétablir promptement par un ban-
dage ; ils guérissent aisément par ce se-
cours ; mais si l'on négligeait celte incom-
modité, ils seraient en danger de la garder
toute leur vie. En permettant aux enfants
de boire de temps en temps un peu de vin,
on préviendrait peut-être une partie des
mauvais effets que causent les vers , car les
liqueurs fermentées s'opposent à leur géné-
ration; elles contiennent fort peu de parties
organiques et nutritives, et c'est principale-
ment par son action sur les soliaes cjuelc
vin donne des forces : il nourrit moins le
corps qu'il ne le fortifie. Au reste, la plu-
part des enfants aiment le vin, ou du moins
s'accoutument fort aisément à en boire.
Quelque délicat que l'on soit dans l'en-
fance, on est, à cet âge , moins sensible au
froid que dans tous les autres temps de la
vie : la chaleur jintérieure est apparemment
plus grande. On sait que le pouls des enfants
est bien plus fréquent que celui des adultes;
cela seul suffirait pour faire penser que la
chaleur intérieure est plus grande dans la
môme proportion , et Von ne peut guère
douter que les petits animaux n'aient plas
de chaleur que les grands par cette *même
raison ; car la fréquence du battement du
cœur et des artères est d'autant plus çrande
que l'animal est plus petit. Cela s'observe
dans les différentes espèces aussi bien que
dans la même espèce; Je pouls d'un enfant
4tô
ENF
D ANTHROPOLOGIE.
tNK
<CS
ou d'an homme de petite stature est plus
frétiueDtque celui d'u-ne personne adulte ou
d'uQ homme de haute taille ; le pouls d'un
bœuf est plus lent que celui d un homme, et
cdui d'un chien est plus fréquent; et les
Memenis du cœur d'un animal encore plus
petit, comme d*un moineau, se succèdent si
promptement, qu'à peine peut-on les comp-
ter.
La vie de Tenfant est fort chancelante jus-
qu'à ]*âgede trois ans ; mais dans les deux
ou trois années suivantes elle s*assure , et
Tenfant de sii ou sept ans est plus assuré
de vivre qu'on ne Test à tout autre âge.
Il Y a quelque chose d^assez remarquable
im Taccroissement du corps humain : le
tous, dans le seu de la mère, crott toujours
déplus en plus jusqu'au moment de la nais-
sance ;renfant, au contraire, croît toujours de
uvjÎQs eu moins jusqu'à l'âge de puberté, au-
ijQi'l 11 croit, pour ainsi dire, tout à coup, et
arrireen fort peu de temps à la hauteur qu'il
ûoii jToir pour toujours. Je ne parle pas du
premier temps après la conception , ni de
wroisseraent qui succède immédiatement
^ la formation du fœtus. Je prends le fœtus
â un mois; lorsque toutes ses parties sont
|lv¥eloppées, il a un pouce de hauteur alors ;
i 'kuï D]ois; deux pouces un quart ; à trois
iJi'jis, trois pouces et demi ; à quatre mois ,
ciQij pouces et plus ; à cinq mois six pouces
cl demi ou sept pouces ; à six mois , huit
imces et demi ou neuf pouces ; à sept mois,
ojize pouces et plus ; "à nuit mois, quatorze
pouces; à neuf mois, dix-huit pouces. Tou-
!♦> tes mesures varient beaucoup dans les
jlîfféfenis sujets , et ce n'est qu'en prenant
miormes moyens qu'on les a déterminées.
Si les mères nourrissaient leurs enfants,
j* y a apparence qu'ils en seraient plus
forts et plus vigoureux : le lait de leur
Jitîre doit leur convenir mieux que le lait
Qime autre femme; car le fœtus se nourrit
Mûsjiesein de la mère d'une liqueur lacteuse
î^i e^t fort semblable au lait qui se forme
«ans les mamelles. L'enfant est donc déjà,
f^j' r ainsi dire , accoutumé au lait de sa
^(e,a\i lieu gue le lait d'une autre nourrice
^*t uoe nourriture nouvelle pour lui, et qui
p^t'juelcpiefois assez différentede la première
Nr qu il ne puisse pas s'y accoutumer :
»r on voit des enfants qui ne peuvent s'ac-
^/inmoderdu lait de certaines femmes ; ils
Mûrissent, ils deviennent languissants et
^à'ïes. Dès qu'on s'en aperçoit , il faut
^Mre une autre nourrice : si l'on n'a pas
*ite attention , ils périssent en fort peu de
Us enfants commencent à bégayer à douze
'J '/ainze mois : la voyelle qu^ilk articulent
^ iHïis aisément est l'a parce qu'il ne faut
■^ur cela qu'ouvrir les lèvres et pousser un
* ; l e suppose un petit mouvement déplus,
» langue se relève en haut en même temps
'«♦• jes lèvres s'ouvrent; il en est de môme
^ 11, la langue se relève encore plus, et
-W'forlje des dents de la mâchoire supé-
•* ure; Yo demande que la laujiue s'abaisse,*
* 'lue les lèvres se serrent; il faut qu'elles
s'allongent un peu et qu'elles se serrent
encore plus pour prononcer l'w. Les prs;*
mières consonnes que les enfants pronon-
cent sont aussi celles qui demandent lo
moins de mouvement dans les organes : le
^, Vm et le p sont les plus aisées à articuler :
il ne faut pour le 6 et le p que joindre les
deux lèvres et les ouvrir avec vitesse, et
pour Vm les ouvrir d'abord et ensuite les
loindre avec vitesse : l'articulation do toutes
les autres consonnes suppose des mouve-
ments plus compliqués que ceux-ci, et il y
a un mouvement de la langue dans le c , le
d, le j, r/, In, le 7, IV, la et le i: il faut
pour articuler Vf un soin continué plus
longtemps que pour les autres consonnes.
Ainsi, de toutes les voyelles, l'a est la plus
aisée, et de toutes les consonnes, le 6 , le p
et l'm, sont aussi les plus faciles à articniler;
il n'est donc pas étonnant que les premiers
mots que les enfants prononcent soient corn-
{>osés de cette voyelle et de ces consonnes, et
'on doit cesser d être surpris de ce que dans
toutes les langues et chez tous les peuples
les enfants commencent toujours par bégayer
baba^ marna f papa; ces mots ne sont , pour
ainsi dire , que les sons les. plus naturels k
l'homme,' parce qu'ils sont les plus aisés à
articuler; les lettres qui les composent, ou
plutôt les caractères qui les re[)résenlent ^
doivent exister chez tous les peuples qui
ont l'écriture ou d'autres signes pour repré-
senter les sons.
On doit seulement observer que les sons
de quelques lîonsonnes étant à peu près
semblables, comme celui du b et du p, celui
du c et de 1'*, ou du A et dû g dans de cer-
tains casi celui du d et du /, celui de l'^et
de Vv consonne, et celui du g et de 17 con-
sonne ou du g et du A, celui de 17 et de l'r»
il doit y avoir beaucoup de langues où ces*
diflFérentes consonnes ne se trouvent pas ;•
mais ii y aura toujours un 6 ou un p, un &
ou un a, un c ou bien un A ou un g dans
d'autres cas, un d ou un r, un fo\i un v
consonne, un ^ou un j consonne, un / ou un
r; et il ne peut guère y avoir moins de six
ou sept consonnes dans le plus petit de tous
les alphabets, parce que ces six ou sept sons*
lie supposent pas des mouvements bien
compliqués, et qu'ils sont tous très-sensi-
blemeni différents entre eux. Les enfants
qui n'articulent pas aisément l'r, y substi-
tuent r/, au lieu du i ils articulent le (/,
parce qu'en effet ces premières lettres sup-
posent dans les organes des mouvements
plus difficiles que les dernières; et c'est de'
cette différence, et du choix des consonnes
fïlus ou moins difficiles à exprimer, que vient
a douceur ou la dureté d'une langue. Mais
il est inutile de nous étendre sur ce sujet.
Il y a des enfants qui à deux ans pronon-
cent distinctement et répètent tout ce qu'on
leur dit; mais la plupart ne parlent qu'à'
doux ans et demi, et très-souvent beaucoup
plus tard. On remarque que ceux qui com-
mencent à parler fort tara ne parlent jamain
aussi aisément que 1er *-<
parlent de bonne her
4C7
EPE
DIOTiOXMAIRE
ESQ
W
prendre à lire avant trois ans ; j*eu ai connu
quelaues-uns qui avaient commencé à arp-
prendre à lire à deux ans , qui lisaient à
merveille à quatre ans. Au reste, on ne peut
ffuère décider s'il est fort utile d'instruire
les enfants de si bonne heure : on a tant
d'exemples du peu de succès de ces éduca-
tions prématurées, on a vu tant de prodiges
de quatre ans, de huit ans, de douze ans, de
seize ans, qui n*ont été que des sots ou des
hommes forts communs a vingt-cinq ou à
trente ans, qu'on serait porté à croire que la
meilleure de toutes les éducations est celle
qui est la plus ordinaire, celle par laquelle
on ne force pas la nature, celle qui est la
moins sévère, celle qui est la plus propor-
tionnée f je ne dis pas aux forces, mais à la
faiblesse de l'enfant.
ENFANTS, comment ils apprennent k
parler. Vov, Langage.
ENTOZOAIRES. Yoy Génébation spon-
TAN^E.
ÊPEADTRE. — Cette céréale diflfère des
autres espèces de froment, parce que, môme
après la maturité, les balles ne se détachent
point du grain, et qu'elles y restent au con-
traire adhérentes. Ainsi , avant que d'em-
ployer l'épeaulre à la fabrication au pain, il
uut en détacher la balle par un moyen quel-
conque. En Allemazne, on se sert de mou-
Uns, entre les meules desquelles on laisse
un intervalle; anciennement on employait
des pilons. L'épeautre parait avoir été culti-
vée dans l'antiquité. Le mot chiUah de la
Bible, auquel repond le mot arabe chiniah^
a été pris par quelques commentateurs dans
le sens d'épeautre^ mais il signifie aussi /V*o-
mtnt^ et maintenant encore , dans tout 1*0-^
rient, on cultive le froment. Les Grecs
avairat deux mots pour indiquer l'épeautre :
ilv^« et t(^ ; car Gallien dit d'une manière
positive IDe al. fac.9 lib« i, ch. 2) que rifn a
une enveloppe comme le SkMpa et l'orge; on
esut encore y joinre le mot (f cà qui, suivant
érodote (1. 11, c. 3), est synonyme de ô).vo«.
Les Egyptiens ne fisiisaient usage que de l'é-
peautre , dédaignant le froment et l'orge,
luais ils faisaient avec ce dernier grain une
boisson fermentée. H n'est guère possible
de préciser à quelle espèce d^eautre doi-
vent s'appliquer ces mots ou quelques-uns
d^entre eux. Dans l'Iliade, on ne trouve que
deux fois le mot Slvpa (5,196, 8, 560), mais
toujours pour indiquer un aliment à l'usage
des chevaux (198), du nombre desquels est
encore l'épeautre. Dans l'Odysée, au con-
traire , nous ne trouvons que le mot Çcm
aussi dans deux endroits {h^ ih5et 6M), em-
ployé une ibis comme aliment pour les che-
vaux, et une autre comme eraminée ea géné-
ral (199). Au temps d'Hérodote, on employait
les deux mots ccunme synonymes, ainsi que
Tattestent les deux passages précéderhment
cités. Dans Hiiupocrate , on ne trouve que
(tué» et jamais àvpa, et c'est seulement dans
^198) Ou, aoivant le schoUastfe, une espèce de grqin
V¥Uim 4» Vi^r^e^
le livre qui traite des maladies des femmes
où il est cité avec plusieurs autres médica-
ments d'une lùanière générale. Dans le siè-
cle de Gallien, on ne connaissait plus la vraie
signification de (f c& comme le prouve l'exa-
men des livres précédemment cités. Enfin,
le mot (tM revint dans la langue vulgaire
lorsque les auteurs des Géoponiquet écrivi-
rent leur ouvrage ; il indiquait la grande
épeautre comme xifii indiquait la petite. J'ai
fait toutes ces citations pour montrer les yi-
cessitudes auxquelles les mots peuvent être
exposés dans leur application à une seule et
même chose. J'ai voulu montrer aussi oue
souvent la connaissance de la valeur véritable
d'une expression employée par un écrivain
«eut servir à fixer l'époque à laquelle il a vécu.
lous voyons aussi combien ilfaut de recher-
ches critiques et de tâtonnements pour arriTer
è tirer un parti utile des écrits des anciens en
histoire naturelle. Les Romains connurent
l'épeautre dès les temps les plus reculés,
c'est la céréale la plus anciennement cultivée
r^ar eux, comme dit Pline {Hist. «a/.,
. xviii, c. 8). Ils l'appelaient far^ ador^ ado-
reum^ semen adoreum : on lui donnait aussi
tout simplement le nom de semen. Mainte-
nant encore le nom de l'épeautre varie sui-
vant les divers pays. J'ai ailleurs examiné h
Satrie de l'épeautre et cité le témoignage de
liehaux, qui a trouvé en Perse l'épeautre
croissant spontanément; ce témoignage uni-
que n'a pas une grande valeur.
ÉPIGENÈSE. Voy. Génêbàtion.
EPITHÉLËON ou ErrresLiuM. Voy. Cm-
VBUX HUMAINS Ct PeàU.
ESPÈCES. Voy. Genre.
ESQUIMAUX ou KARALIT8. — Il n'y a
que deux races parmi les aborigènes dn
nord de l'Amérique que l'on puisse suivre
sur presque toute la largeur cfu continent,
depuis l'Océan Pacifique jusqu'à l'Atlantique:
ce sont les deux races septentrionales des Es-
quimaux et des Athapascas. Il y a chez les uns
et chez les autres plusieurs dialectes diffé-
rents, mais tous ces dialectes ont entre eux
des rapports qui paraîtront surprenants, si
l'on considère la vaste étendue au pays sur
lequel ils sont parlés.
Les Esquimaux, bien que menant la vie
de chasseurs pendant la courte durée de leurs
étés, sont obligés de tirer de la mer leur
principale subsistance ; aussi est-il rare qu'on
en trouve à plus de 100 milles des côtes.
Le nom d*Esquimaux est, selon Charle-
voix, dérivé d'un mot algonquin ou abena-
qui, qui signifie : Mangeurs de poisson cru.
Ils se donnent h eux-mêmes divers noms dans
les différents lieux, mais la dénomination
de Karalits est la plus générale. Les Esqui-
maux habitent les rivages de toutes les mers,
golfes et iles de l'Amérique septentrionale
situés au nord du 60* degré de latitude sep-
tentrionale, depuis la côte orientale du Groen-
land par les 20* de longitude jusqu'au détroit
(\99) Dans les deux passages, le sdMrfiaale Vet-
pliaoe toujours par oivpm. Dans le prenueri *
Çiw est mêlé avec l« xp^vx«v«
449
fc.SQ
D'ANTHROFOLOGIIù
CTil
470
de Behringv par les 167*. Dans TAllantique,
ils s'élenrJent tout ie lon^ dos côtes du La-
brador jusqu*au détroit de Belle-Ile et dans
le golfe du fleuve Saint-Laurent. A Touest
du même continent, on peut les suivre le
long des côtes de TOcéan^Pacifiaue jusqu'à
l^eitrémité de la péninsule d'Alaska, et de là
jus(iu'auprès du mont Saint-Elias, où ils ont
p iur voisins les Kolushiens. Les tribus des
konœ^es et des Tschuzzgazzis sont les plus
méridionales que Ton connaisse dans cette
direction (200J, c*est-à-dire celles qui s'é-
cartent le plus du cercle polaire le long de
la côte occidentale de l'Amérique du nord.
M. Gallatin estime que la côte habitée par
les £squimauiL n*a pas moins de 5,^^ milles
de développement , sans compter les golfes
profonds et les détroits.
Nous avons décrit ailleurs la formede crâne
particulière aux Esquimaux; quant à leurs
autres caractères physiques, ceux que Crantz
fait connaître en i^iant des Groënlandais
conviennent à toute la race. 11 dit que leur
taiiJe est généralement au-dessous de cinq
pieds; mais il ajoute qu'ils sont bien faits et
que leurs membres sont bien proportionnés.
« lis ont communément le visage lar^e et
plat, les pommettes hautes, mais les joues
rondes et pleines; leurs yeux petits et noirs
sont dépourvus de vivacité; leur nez, sans
être iilat, est petit et fait peu de saillie ; leur
boucne est petite et ronde, et la lèvre infé-
rieure est un peu plus épaisse que la supé-
rieure. Ils ont tous de lon.;s cheveux épais,
roides et d'un noir de charbon,, mais pas de
bartie, parce qu'ils se l'arrachent. Ils ont les
membres forts, mais les mains et les pieds
G lits; la tète grosse, la poitrine élevée et
> épaules larges; ils soni généralement en-
clins à Kobésité. »
Charlevoix a donné une description des
Esquimaux (201) qui est très -bonne et qui
reiuerme des détails ciirieux. Voici en quels
termes il s'exprime : ^ il est certain que, de
tous les pejjples connus de l'Amérique, il
n'en est point qui remplisse mieux que ce-
lui-ci la première idée que l'on a eue en Eu-
rope des sauvages. Il est presque le seul où
les hommes aient de la barbe, et ils l'ont si
épaisse jusqu'aux yeux, qu'on a peine à dé-
couvrir quelques traits de leur visage. Ils
ont d'ailleurs je ne sais quoi d'affreux dans
l'air, de petits yeux effarés, des dents larges
et fort sales, des cheveux ordinairement
noirs, quelquefois blonds, fort en. désordre,
et tout l'extérieur Ibrt brut. Leurs mœurs
et leur caractère ne démentent point cette
mauvaise physionomie. Us sont féroces, fa-
rouches, aéûants, inquiets, toujours portés à
faire du mal aux étrangers.
« Leurs cheveux blonds, leurs barbes , la
blancheur de leur peau, le peu de ressem-
blance et de commerce qu'ils ont avec leurs
plus proches voisins, ne laissent aucun lieu
de douter qu'ils n'aient une origine diffé-
<fOO) S§nop9U ûf the indian inbe$ of Norik
ricn^ bv Albert Gillati!<. {Archa:olooia Ameri-
, voL d, pag. 10.)
rente de celle des autres Américains. » foy.
Races HiiiAi!fE8.
ETAT SAUVAGE. Voy, EnucABiLiri des
mages.
ETHIOPIQUE (Race) ou eace nowe.
— Cette race, qui comprend ii,000,000
d'individus, est celle qui parait s'éloigner
le plus de la race caucasique. Confinée au
midi de l'Atlas, elle renferme tous les peu-
Ï»les des côles de l'Afrique australe, les Jo-
offes, les Poules ou Foulis, les peuplades
duSéné^^al, deSierra-Leone, de Maniguette,
de Loan^^o, d'Andra, du Renin, du Congo,
de Majombo, des Mandingues, d'Angola, de
NifÇritie, du Monomotapa, de Ren^uela, de
Macoco, du ]^lonoëmugi , de la Cafrerie, de
Mozambique, de Zanguebar, de Melindre, et
probablement de Tombouctou.
On reconnaît les individus qui la com-
posent à leur tronc mince et étroit, surtout
dans les régions des lombes et du bassin ;
à la longueur disproportionnée de leurs
membres thoraciques, surtout dans la région
des avant-bras; à la petitesse de leurs mains^
à la largeur de leurs pieds, grands et apla-
tis; à l'élroitesse et à la compression de leur
tète, dont le derrière se continue insensi-
blement avec la nuque ; à la saillie formée
en avant de la face par leurs joues ; à leur
nez large et épaté ; au reculement de leur
menton écrasé; à l'épaisseur de leurs lè-
vres, qui, surtout la supérieure, sont ren-
versées et gonflées ; à 1 arrondissement du
pavillon de leurs oreilles; à leur front ar-
qué et incliné; à leurs dents incisives su-
périeures, dirigées obliquement en avant;
au défaut de proportion entre leur crâne et
leur face, l'avantage du volume restant à
cette dernière ; à la teinte noire intense de
leur peau, qui est habituellement huileuse»
et de leurs cheveux qui sont courts, crépus
et laineux ; au peu d'épaisseur de leur barbe ,
à leurs jambes arquées, qui sont pour ainsi
dire dépourvues de mollets; au peu de vo-
lume de leurs fesses; à la flection habir
tuelle de leurs genoux, qui, comme leurs
pieds, sont tournés eu dehors.
L'embarras où se trouve la science à l'é-
gard de la classification des populations afri-
caines est difficile; l'embarras où se trouve
la science à cet égard tient, d'une part, à
l'insuffisance de nos connaissances actuelles
sur la constitution physique de ces nations;
d'une autre part, à la difficulté d'établir ôes
rapprochements ethnographiques sur des
écnantillons de langage recueillis en grand
nombre, et dont les connexités ou les dif-
féreuces muiuelles ne sont pas iaciles à
saisir.
Quoi qu'il en soit, nous devons roentioc*
ner les recherches qui ont été faites poiif
distribuer d'une façon méthodique .es ttl-
bus à cheveux lisses , les Advènes et M tii^
bus à cheveux crépus.
Dans la grande division des tribnf !c:'c«
(201^ nistcire et deseripêion générale ilf > fct-
velle k Tance, 5 vol. iii-4*.
471
ETIl
DlCrrOiNNAiRË
ETH
17)
triques (à cheveux lisses) on peut recon-
naître comme probablement autochtones:
V le type Berber, au teint olivâtre , au
nez droit» aux lèvres minces, au visage
arrondi, qui occupe les répons monta-
cneuses du nord et les parties centrales
de Sahara, sous les dénominations diverses
de Schelouhb , Berèber, Quobâyl, Touârya,
Sourgfl, etc. Ces peuples se donnent, en gé-
néraly eux-mêmes les noms de Amazygh ou
nobles, de Amâzerq ou libres ; 2' le type
qobthe., au teint jaune foncé, au nez court
et droit, aux grosses lèvres, au visage
boufQ, qui tend à s*effacer chaque jour
davantage du sol de TEgypte. Peut-être ne
devrait-on pas compter parmi les aborigènes
le type kouschyte, au teint noir, au nez
presque aquilin, aux lèvres minces, au
Tisane ovale, qui peuple TAbyssinie et une
partie du littoral de la mer Rouge, sous les
noms de Hhabeschyn , Danftq^l , Schihou,
Ababdeh ; la plupart de ces divisions, sinon
toutes, se dénommant elles-mêmes Agazyan
ou les pasteurs. Indigènes ou étrangers,
toujours est-il que TAlrique seule les pos-
sède aujourd'hui; quelques rameaux déta-
chés s'en retrouvent sur la côte du Zangue-
bar et parmi les populations berbères.
Entre les Advènes il faut ranger : 1"* les
races arabes répandues sur les côtes orien-
tales jusqu'à Sofalah et Madagascar, dans
toute l'Egypte, sur la lisière boréale le long
de la Méditerranée, sur le littoral atlantique
jusqu'au Sénégal, et étendues à une assez
grande profondeur dans le désert, dont elles
occupent les profondeurs austro-orientales ;
2" la race turque, clairsemée dans le pays
de la côte septentrionale ; 3* les races euro-
péennes qui ont formé des colonies dissé-
minées sur toute la périphérie et dans les
lies ; 4*enQn sur la plage orientale de Mada-
gascar seulement, des colonies du rameau
malais.
Dans la grande division des espèces oulo-
trique (à cneveux crépus), dont aucun n'est
Advène sur le sol africain , il faut distin-
guer 1" la race hottentote à peau brunâtre
comme la suie, au nez entièrement épaté,
aux lèvres grosses et avancées, aux pom-
mettes saillantes, au visage de singe, qui
habite l'extrémité sud-ouest de l'Afrique.
Chez la femme, un trait remarquable est le
développement d'une portion de peau élar-
gie qui forme une sorte de tablier naturel,
et celui des fesses , dont l'énorme saillie
semble destinée à supporter l'enfant pen-
dant l'allaitement; 2Ma race cafre, au teint
gris noirâtre ou plombé, au nez aroué,
aux grosses lèvres, aux pommettes saillan-
tes , qui occupe au nord-est des Hottentots
une portion de l'Afrique australe, ainsi que
la pointe sud de Madagascar; S'' les races
nègres, à peau noire plus ou moins foncée,
au nez généralement épaté, aux lèvres gros-
ces et saillantes, au visage court, aux che-
veux laineux, qui sont répandus depuis les
limites des Hottentots et des cafres jusqu'à
celles des populations léiotriques. Les ca-
ractères spécifiques sont diversement com-
binés chez les différentes races qui forment
cette division ethnographiaue ; ainsi le
Ouolof, le plus noir de tous les nèsres, est
celui dont le nez est le moins épaté, les lè-
vres les moins grosses; le Moutchicongo,
au contraire, d(yit le teint est beaucoup
moins foncé, a le nez presque plat, des lè-
vres énormes , et la femme possède à un
degré moindre les monstrueuses propor-
tions de la Hottentote ; k'^ enfin la race
felâne, à couleur fannée ou cuivreuse, au
nez saillant, aux lèvres minces, au visage
ovale, (mi sous les noms de Fellahs, Fou-
lahs, tellanis, ou plutôt sous celui de
Peuls, que ces peuples se donnent eux-
mêmes, occupe, au milieu des races nègres,
une zone large et onduleuse, depuis les
rives du Sénégal jusqu'aux montagnes du
Mandara, et peut-être beaucoup plus loin.
Toutes ces races se sont plus ou moins fon-
dues les unes dans les autres sur les limites
mutuelles de leurs cantonnements géogra-
phiques respectife.
« Lorsqu on aura mieux étudié les hom-
mes bruns de l'Afrique, a dit M. de Hum«
boldt, et cet essaim de peuples qui habitent
l'intérieur et le nord de 1 Asie, et que des
voyageurs systématiques désignent vague-
ment sous le nom de Tatars et de Tschou-
des, les races caucasienne, mongole, amé-
ricaine, malaise et nègre, paraîtront moins
isolées, et l'on reconnaîtra dans cette grande
famille du genre humain un seul type or-
ganique, modifié par des circonstances qui
nous resteront peut-être à jamais incon-
nues. y>
Nous ne pouvons rapporter ici tout ce qui
a été dit sur la cause de la coloration de la
peau; mais nous mentionnerons les recher-
ches curieuses par lesquelles M. le profes'
seur Flourens a éclairé cette importante
question. Ce savant et profond anatomiste
a étudié comparativement la peau d'un In-
dien Charmas, d'un nèçre et d'un mulâtre,
et en même temps a recYierché des aiiale^es
de structure dans la peau de la race blancne.
C'est par le procédé régulier de la macéra-
tion bien conduit qu'il a ctisjoint et sé| are
les lames ou couches qui surmontent le
derme dans ces diverses races. Or, d'après
ses dissections, il existe entre le derme et
l'épiderme, sans compter le corps capillaire,
quil se propose d'étudier ultérieurement,
quatre couches distinctes : 1" une première
membrane de nature celluleuse, disposée
par mailles ou en réseau, et qui ne parait
servir qu'à lier la suivante au derme ; 2* une
seconde membrane de la nature ou du moins
de l'aspect des membranes muqueuses ordi-
naires, portant le pigmentum à sa surface
externe : c'est le corps muqueux propre-
ment dit; sa face interne est tout hérissée
de prolongements , lesquels traversent les
trous de la membrane celluleuse, et vont se
fixer au derme : ces prolongements sont
très-remarquables; ils forment la gaîue des
poils, se portent jusque sous leur racine,
paraissent constituer la lame interne de leur
bulbe, et n'existent que là où il y ades poils;
ETU
DANTDROPOLOGIE.
ETH
l>S
3" la troisièDie couche est le pigmentam, oa
la matière colorante, qui n'est point, comme
les autres, une yraie membrane, mais une
couche sécrétée par la seconde membrane ;
V la quatrième couche recouvrant le pis-
meutum, appartient à Tépiderme, dont elle
constitue la seconde lame ou lame interne.
M. Flourens a trouvé toutes ces parties
dans la peau des trois races colorées soumi-
ses à son étude. Sur la peau du blanc, dans
le mamelon, il a même retrouvé un germe
de la couche pigmentale, toute semblaole à
celle de rAméricain et du nègre ; elle était
unie à la lame ou membrane de Tépiderrae
interne, et cette lame interne présentait
Je même des prolongements qui la fixaient
au derme.
On conçoit d'ailleurs, d'après la structure
de la peau des races colorées, comment un
Tifsicatoipe n^nlevant que les deux épider-
mes, le pigmentum subsiste; on conçoit
Hiéme que le pigmentum puisse être enlevé
et se reproduire tant que la membrane qui
en est le siège n'est point altérée ; mais si
la membrane est enlevée et si le derme est
atteint, la cicatrice qui succède à la blessure
doit être blanche.
H. le docteur Forichon a fait remarquer
«^ec justesse qu'en considérant cette inanité
'.e nuances que nous offre la couleur des
races humaines, on arrive à cette conclu-
Mon, que non-seulement l'on ne peut pas
aujourd'hui assigner la couleur primitive
•]•? l'espèce humaine, et déterminer, par
conséquent, la race qui en est le plus éloi-
nnée ; mais qu'on est même conduit à recon-
miire qu'il est dans la nature de cette espèce
d'être sujette, comme beaucoup d animaux,
à prendre des variétés de teintes fort diffé-
rentes.
Pour constater le défaut d'uniformité et le
f >eu de constance de la couleur de la peau,
1 1 n'est pas besoin de se transporter du pôle
à réquateur, et d'attendre que l'on ait ren*
r^juir^ des peuples de couleur opposée; il
5 ufTit d'observer que dans un point très-li-
mité occupé par la race blanche, on trouve
•: 65 familles ou des individus à teint olivâtre,
tandis gue tout près d'eux d'autres sont
d'une blancheur qui porte en même temps
et sur la peau et sur la chevelure, etc.
Pour alx^nier le point anatomiuue, à auoi
tient en effet le pnénomène de la couleur
'>.*5 téguments? A la production d'une sé-
crétion. C'est toutsimplement le dépôt d'une
r.i.itière inoi^anique, versée plus ou moins
'ii'^mdamment à la surface de la peau. Or,
n'^^iijs ferons remarquer en passant que les
^^- rétîons sont de toutes les fonctions de
l'économie les plus sujettes à éprouver des
Xi-'»iifications; la qualité de leur produit
p€rut^ à l'égard de plusieurs, être compléte-
m^ni dénaturée, et chez toutes la quantité
e>t sujette à varier. La sécrétion de la bile,
snrtout, est celle qui est le plus facilement
et le plus fréquemment troublée. Qui ne
sait pas qu'après un emportement, une
frajeur, même celle que peut causer un
songe, les éléments de cette oroduction, or-
dinalremeni versés dans le tube intestinal,
sont tout à coup répandus dans l'économie,
et que la peau alors en est particulièrement
colorée. Sans nous arrêter en ce moment à
rechercher d'après ces faits si la peau n'est
I>as chargée, dans l'économie, d'une fonc-
tion dépuratoire, puisque, comme les sé-
crétiotis de ce genre, elle porte à la périphé-
rie du corps une matière inorganique, nous
nous bornerons à observer que la sécrétion
de la matière colorante de la peau est très-
sujette elle-même à varier d'intensité. L'âge,
les passions, l'état de grossesse, les mala-
dies, peuvent la suspendre, la diminuer ou
Taccrof tre, et, par une disposition originelle,
telle ou telle partie des téguments peut sé-
créter plus ou moins de pigmentum. La ma-
tière colorante est-elle en petite quantité,
le sujet a une peau très-blanche, les yeux
bleus et la chevelure blonde. Augmente*
t-elle un peu, c'est la couleur châtain
qu'elle produit; si elle est plus abondante,
les yeux et les cheveux sont noir<, et la
peau est brune. Nous avons déjà dit que,
quoique cette matière colorante existe dans
la peau de toutes les races humaines, ce
n'est cependant que dans les nègres que sa
substance se montre d'elle-même. Ce qui
donne lieu de soupçonner que la couleur du
nègre ne tient pas seulement à la teinte plus
foncée de cette matière, mais qu'elle peut
dépendre aussi de la quantité.
Le pigmentum manque chez le fœtus jus-
qu'à une époque très-avancée de la vie in-
tra-utérine ; et chez les peuples noirs, bruns
ou cuivrés, la peau est encore, quelque
temps après la naissance, de même couleur
que chez les enfants de la race blanche :
les négrillons ne naissent pas noirs comme
leurs [lères, ce n'est que plus tard qu'ils se
colorent; ils sont d'abord d'un blanc jau-
nâtre.
M. de Humboldt rapporte que dans le
nord-est de l'Amérique, on rencontre des
tribus chez lesquelles les enfants sont blancs
et ne prennent qu'à l'âge viril la couleur
bronzée des indigènes du Pérou et du
Mexique.
Du reste, le pigmentum n'entre pas si es-
sentiellement dans la constitution du nèzre,
que la suppression de ce pro<iuit ne s ob-
serve assez iréaucmmenlcbez des individus
de sa race. 11 n est ras rare de trouver des
nègres chez lesquels la matière colorante
n'est produite que dans dértaines proportions
des téguments, tandis que dans d'autres
parties la peau est parfaitement blanche. Les
nègres qui présentent celte particularité
remarquable sont appelés hommes pies,
i Voici donc àquoi se réduit ce phénomène,
qui parait d'abord si étonnant dans la colo-
ration du nègre : à une sécrétion, à la pré-
sence d'une matière inorganiaue qui, par
sa nature, peut être produite plus ou moins
abondamment, et qui peut même être sup-
primée entièrement, so:t que l'on considère
l'albinisme originel comme un arrêt de dé-
veloppement portant sur l'organe sécréteur
lui-même, ou seulement conuue une sup-
475
ETfl
DICTIONNÀIUË
ETO
«78
pression de la matière colorante, dernière
opinion, qui paraît préférable et qu'il faut
au moins adopter pour Talbinisme qui sur-
vient chez les adultes.
Gr&ce aux progrès de la raison humaine
et au perfectionnement des sociétés moder-
nes, on n'en est plus, de nos jours, à con-
tester aux nègres une commune origine avec
nous. Renonçant pour jamais à Teffroyable
définition que le code romain donne de l'es-
clave, non tam viles quam nulli sunt^ la phi-
losophie et la pc.Mtique ont prononce de
concert raffranchissement de tout un peu-
ple, de toute une race éparse dans les colo-
nies des deux Indes. Elles ont ainsi donné
raison aux recherches de la science, qui
établissent l'unité organique de l'espèce hu-
nia«ne, et qui expliquent lïnfériorité intel-
lectuelle de certains peuples par l'influence
exclusive mais continue au climat, de la ma-
nière de vivre, des rapports sociaux, et, sur-
tout, par l'absence cie la civilisation, cette
source si féconde de lumières et de perfecti-
bilité.
Quoi qu'on en ait voulu dire, en effet, il
est évident que la Providence n'a pas limité
les aptitudes intellectuelles des familles de
la race noire. Si l'on s'arrête à l'état stalion-
naire de leur esprit, à travers tant de siè-
cles, on est, il est vrai, porté à leur suppo-
ser une infériorité morale; mais aui nous dit
que ce ne soit pas l'effet du défaut d'exer-
cice de leur intelligence, et qu'il n'en soit
pas de leur cerveau comme de leurs bras,
ordinairement moins développés que leurs
jambes, qu'ils exercent davantage.
Et que sont, après tout, ces races humai-
nes par lesquelles on n'a eu si longtemps
que violences et iniquités ? Ce sont des êtres
comme nous, que 1 abjection dans laquelle
ils viven. n*empêche pas de ressentir les
horreurs de leur sort, et dont le cœur bout
du désir de se venger des humiliations et
des outrages de la servitude.
Ce sont des esclaves, dira-t-on; ils sont
noirs, leur nez est épaté, leurs cheveux sont
crépus, leur odeur est étrange; ce sont des
êtres intermédiaires entre l'homme et les
animaux, des êtres voués au joug par leur
infériorité native... Mais quoi I au heu d'ar-
cepter si légèrement des sophismes dictés
par l'orgueil et la cupidité, que ne cherche-
t-on dans l'inégalité des degrés de civilisa-
tion la différence de conformation entre les
races ?
Bien ne prouve mieux la justesse de cette
explication que la perfectibilité constante
de la race noire. Toutes ses tribus, en effet,
ne sont pas restées à l'état sauvage ; quel-
3ues-nnes mêmes sont entrées dans les voies
e la civilisation. Les voyageurs qui ont
exploré récemment l'Afrique centrale ont
rencontré des villes et des villages peuplés
de nègres très-laborieux, hospitaliers et
parfaitement policés. La puissante nation
des Achanties (dans la Nigritie maritime),
par exemple, a pris depuis quelques années
un rapide et [)rilîant essor, et les Anglais,
vaincus par oUo, ont été sur le point d'aban-
donner tous leurs établissements 'jsur la
Cftte d'Or.
Comment d'ailleurs refusera la race noirc-
ies facultés divines d'une intelligence qui
s'est révélée par de si éclatantes soudainelà
chez des individus qui lui appartiennent?...
Michel Lando, à Florence, Mazaniello, i
Naples, furent-ils des chefs plus élonnanis
d'une révolution populaire que Toussaint
Louverture, Dessalines, Christophe et m
d'autres Spartacus, qui, nés dans les chaî-
nes, s'élancèrent d'un bond au premier rang,
et, sans autre guide que les inspirations
d'un génie inculte, se montrèrent à la fois
hommes de guerre, politiques h&biles et lé-
gislateurs profonds.
A l'appui des réflexions qui précèdent je
dois rappeler que les travaux cle la physio-
logie lûoderne s'accordent tous à constater
l'égalité du développement de l'organe céré-
bral chez tous les peuj»lcs; le savant pmfes-
seur Tiedmann a mis ce fait hors de douic
dans un mémoire publié | arlui à IWasinn
des débats soulevés dans le parlement britan-
nique par la question de l'émancipation des
nègres. Nous ne pouvons résister au dibir
de donner un extrait de cet ouvrage remar-
3uable, dont les matériaux ont été trouvés
ans les grands musées de l'Allemagne, de Ja
France, de l'Angleterre, de l'Ecosse eliie
l'Irlande.
L'auteur s'est posé ces deux questions:
1" Le cerveau au nègre diffère-t-il du cer-
veau de l'Européen?
2° Le cerveau du nègre ressemble-t-4] plus
à celui de l'orang que le cerveau de YEmv
péen?
Nous ne dirons rien du poids absolu du
cerveau, attendu qu'il est difficile de trou-
ver une moyenne exacte de ce poids, 0001-
parativement au poids absolu du corps. Ceit*^
moyenne était, chez quatorze individus de
3 livres (livres de 12 onces) et 10 onces oa
46 onces. Quant à son poids relatif, nii»
avons déjà montré que l'homme est dé\m(
f)ar plusieurs animaux : l'éléphant, la l'H-
eine,.quelques espèces de singes et de m-
geurs, et la plupart des oiseaux ont, propor-
tionnellement au poids de leur corps, un
cerveau plus volumineux que l'homme.
Mais de tous les animaux, l'homme est
celui qui a le cerveau le plus développé pn>-
portionnellement à la moelle épinièreetaui
nerfs qui en partent.
Poids du cerveau du nègrre.— D'après Sefli-
mering, le cerveau de deux jeunes jiè-re>
pesait, l'un 42 onces 3 gros, l'autre 45 oULt>
et f ; cet anatomiste observe qu'il u'a pa?
toujours trouvé le cerveau aussi développi^
chez l'Européen. Mascagni cite un cerveau
nègre qui pesait 42 onces; Astley Coopèrent
trouvé un pesant 49 onces, Tiedmann coih
clut de ces faits et de ses propres observa-
tions, que l'opinion des auteurs qui préten-
dent que le cerveau du nègre pèse woioj
que celui de l'Européen n'est rien moins que
prouvée. ,
Capacité crânienne du nègre comporte a
celle des autres races. —Celle évaluation cit
ETH
D*A!«THROPOLOCIC
ETH
4:9
sans contredit la plus rigoureuse de tontes.
Laute'ur commençait par peser des têtes
bien sèêhes, après en aToir bouché exacte-
ment tontes les ouTertures, puis il les rem-
plissait de grains de millet et les pesait de
nauTeau.
Voici les résultats obtenus :
Race fiègrt.
Hommes : 53 nègres, cafNicité variant en-
Ire 5^ CHiees 2 gros 33 grains» et 31 onces
55 gros 16 grains.
4 Cafres, entre 43 onces et 37.
7 Hottentots, entre 42 onces et 33.
5 Mulâtre, entre 48 onces et 34.
Femmes : 12 né,n^ssest entre 38 onces
€ gros dOgrainSyCt 24 onces7 gros 39 grains.
1 Cafre, 39 onces 1 gros.
4 Holtentotes, entre 35 et 31 onces.
i Mulâtre, 34 onces 6 gros et IG grains.
Race caucasique.
Chez cent quatre-ringt-dix hommes la ca-
pacité a Tarie entre 57 onces 3 gros 56 grains
{Cosamte dm Don)^ et 27 onces 6 Kros 30 grains
(Bindau), — Chez ringt et une femmes elle a
Tarie entre 40 onces 6 gros 20 grains (Hol-
Immdaùe}^ et 28 onces 4 gros 24 grains (Hin-
doue . L*auteurlait remarquer la petitesse
du crâne des Hindous en général, obserTa-
tiou déjà laite par Patterson, qui disait que
le crâne de THindou est à celui de l'Euro-
\é^n comme 2 est à 3.
Ract mangolique.
Chez quarante-six hommes, entre 49 on-
ces 1 gros S grains (E$quimaux) et 13 on-
ces 5 gros 24 grains {Ba$chkir)\ chez trois
femmes, entre 36 et 31 onces.
Bac€ américaine.
Chez trente hommes, entre 59 onces (un
Boiacudo) et 36 onces 1 gros 44 grains (/n-
diem de Jaway); chez quatre femmes, entre
40 onces 5 gros 22 mins (Shenok) et 31 on-
ces 43 grains (une Éoiocuao)
Race mataise.
Chez quatre-Tingt-dix-huit hommes, entre
49 onces 1 gros 45 grains (indigène de Tile
Hmaheime), et 22 onces 2 gros (lie d*Amboine);
et chez dix femmes entre 41 onces f/nra-
maiset^ et 19 onces 2 gros 49 grains (lemme
de Lmâker).
RéÊuUatt comparatifs.
La capacité crânienne a Tarie entre 59 on-
ces (un ÂMoéric^n) et 13 onces (un Mon-
Sur quatre cent trente hommes de toutes
ies rares, la capacité crânienne s est trouTée
^Sans le plus grand nombre entre 42 et 32 on-
s; saToir:
Chez 64 sujets sur 70 de la race éthiopique;
144 — 186 — caucasiquc;
29 — 45 — mon^olique;
20 — 31 — américaine;
63 — 98 — malaise.
n 7 a eu au-dessus de 42 onces :
5 hommes de la race éthiopique ;
42 — caucasique;
10 — mon^le;
7 — américaine ;
21 ^ malaise,
et au-dessous de 32 onces : 1 nègre, 1 cauca-
sic|ue , 3 américains , 7 mongols et 13 ma-
lais.
Pour les femmes, la capacité crânienne a
Tarie entre 41 et 19 onces.
Sur 56 femmes elle s'est trouTée le plus
souTent entre 38et30 saToir :
Chez 17femmessurl8delaraceéthiopique;
19 — 22 — caucasique;
3 — 3 — mongole
S — 4 — américaine;
7 — 10 — malaise.'
Au-dessus de 38 onces : 1 négresse, 2 cau-
casiques et 3 malaises ;
Au-dessous de 30 onces: 1 négresse,
1 caucasique et 3 malaises.
Ainsi , pour ce qui concerne la capacité
crânienne, il n'est pas exact de dire que
celle du nègre soit toujours inférieure à
celle de l'Européen.
L'auteur étuoie ensuite le cenreau du nè-
gre, puis celui de Torang-outang. Il fait
Toir qu'il n'existe aucune différence essen-
tielle entre le premier et celui de l'Euro-
péen, et qu'il est faux de dire que les nè-
gres ont la moelle épinière plus épaisse et
les nerfs plus Tolummeux.
Quant au cerTeau de l'orang-outang :
i* II esi plus petit que celui de l'homme,
et sous le rapport de son poids absolu et
sous le rapport de son poids considéré rela-
tiTcment k la masse du corps.
2* Ce même cenreau est le plus petit,
considéré proportionnellement aux nerfe.
3* Les hémisphères sont plus petits pro-
portionnellement à la moelle allongée, à
la moelle épinière, au cerTclet, aux tu-
bercules quadréjumeaux et aux corps striés.
4* Les circouTolutions sont moins nom-
breuses et les anfractuosités moins pro-
fondes.
Conclusions. — 1* Le cenreau de nègre
est, terme moyen, aussi Tolumineux que
celui de l'Européen et des autres races;
seulement, chez les Européens et les Ma-
lais le poids du cerTeau dépasse le plus sou-
Tent la moyenne.
2* Les nerfs crâniens ont le même Tolume
que chez l'Européen, contrairement à l'opi-
nion de Scemmering.
3* La moelle épinière, la moelle allongée,
le cerTeau et le cenrelet ont la même dis-
position et la même structure que chez
l'Européen; seulement les hémispnères du
cenreau sont un peu moins épais.
4* Le cerTeau du nègre ne ressemble pas
plus au cerTeau de l'orang-outang que celui
de l'Européen, si l'on excepte la dispositi^m
un peu plus symétrique des circouTolu-
tions du cerTeau du nègre ; ce qui ir'est
pas encore reconnu comme un caractère
constant.
La dirirision de la race noire en ra-
47a
Lin
D:crtO.NNAlRË
£Tlf
éùû
nieaux a été éC&blie d'après la dislribu- po^^enl. Ce soni les rameaux Occidental tt
tiou géographique des tribus qui la corn- Oriental.
" FAMILLE FELLÂ5E.
9,000,000.
, Habite ia Sénëgarobie. TéiDt tiasané; cheveux assex longs. Pro-
I près à la civilisaliou.
FAMILLE CAFRB.
45,000,000.
Cheyeux laineux et leint noir; mais des formes cm se rappro-
chent de la race blanche,
FAMILLE IIOTTENTOTE.
8,000,000.
Teint jaunâtre, au lieu d*élrc noir.
FAMILLE ?rÈr.RC.
15,000,000.
Forts , robustes, dociles et indolents. Télé étroite ; crâne ré-
Créci.
R.VME VU OCCIDENTAL.
47,000,000.
Habite la partie de F Afrique située
au sud du granit désert de Sahara ;
il forme les populations qui sout
traiisporlées en Amérique.
Quatre Familles.
. Voy. HoTTEîfTOTS, Cafbes, etc.
La famille nègre forme la plus grande par-
tie de la population de F Afrique ; elle s'é-
tend dans le Soudan, la Sénégambie , la
Guinée, le Congo et la majeure partie du
centre de la péninsule méridionale. Ce sont
aussi les nègres qui composent, en général,
les populations noires transportées dans
d*autres contrées.
Cette race doit être extrêmement féconde
dans sa patrie ; car la quantité d'esclaves que
l'on en a exportés pour l'Amérique, et que
l'on exporte encore pour les pays où ce
commerce criminel n'a pas été détruit, est
réellement prodigieuse, et cependant les
contrées habitées par les nègres sont encore
très-peuplées. Ils sont généralement doci*
les et indolents ; mais ils sont forts et ro-
bustes , et deviennent laborieux lorsqu'ils
sont forcés de travailler.
La plupart sont encore soumis aux su-
perstitions du fétichisme le plus grossier ;
d'autres, surtout dans le nord, ont embrassé
l'islamisme ; quelaues-uns , dans le Congo ,
ainsi que ceux uAmérique, sont censés
avoir embrassé le christianisme ; mais cette
conversion ne consiste souvent qu'en une
adoration de la croix , comme fétiche, sans
rattacher à ce glorieux symbole les souve-
nirs mystérieux et les idées consolantes oui
en sont inséparables pour les véritables
croyants.
Les mulâtres sont des individus nés d'une
négresse et d'un blanc ou d'une blanche et
d'un nègre ; ils ne diffèV'ent des nè^^res, en
général, que par une coloration noire beau-
coup moins foncée. Le mélange successif
des mulâtres et des nègres a donné lieu à
des complications de variétés assez inexlri-
cables, qu'un auteur cité par Buffon a déjà
essayé d éclaircir dans le passage suivant.
« Il faut absolument, dit-il , quatre géné-
rations mêlées pour faire disparaître euliè-
rement la couleur des nègres, et voici Tor-
dre que la nature observe dans les quatre
générations mêlées :
a l*" D'un nègre et d'une femme blanche
naît le mulâtre à demi noir, à demi blaoc,à
longs cheveux.
« 2" Du mulâtre et de la femme blanche
(provient le quarteron, basané, à cbeYeui
ongs.
« 3* Du quarteron et d'une femme blan-
che sort l'octavon , moins basané que le
quarteron.
a i!k° De l'octavon et d'une femme blanche
vient un enfant parfaitement blanc.
« H faut quatre filiations en sens inver^«
pour noircir les blancs.
« l'' D'un blanc et d'une négresse sort le
mulâtre & lones cheveux.
« 2' Du mulâtre et de la négresse yieat
le quarteron, qui a trois quarts de noir et
un quart de blanc.
« 3" Du quarteron et d'une négresse pro-
vient l'octavon, qui a sept huitièmes de noir
et un huitième ce blanc.
« 4.'» De cet octavon et de la négresse vieet
enfin le vrai nègre , à cheveux entortillés. »
Virey a résumé ses idées sur cette ques-
tion difficile dans le. tableau clair et pré-
cis que nous reproduisons.
PARENTS.
BUnC et noT.
Blanc et midâtre.
Noir et mulâtre.
Blanc et terceron.
Noir et terceron.
Blanc et quarteron.
Noir et quarteron.
PRODUITS ou CASTES.
Mulâtre.
Terceron Snltatras.
Griffe ou Zambo.
Quarteron.
Quarteron Saltatras.
Quinleron.
Quinteron Saltatras.
DEGRÉ DU MÉLAXGC.
iy2 blanc ift noir.
5;^ blanc i;4 noir.
5;4 noir 1/4 blanc.
7/8 blanc ii8 noir.
7/8 noir 1;9 blanc.
15/16 blanc 1; 16 noir.
i5/lG noir i/ 16 blanc.
Le rameau oriental de la race noire cora- occidentale de TOcéanie et le sud-esl u<î
prend tous les nègres qui habitent la partie l'Asie.
ISI ETO D^ANTUBOPOLOJE.
Le tableau soivant en donne les subdimions.
FAMILLE PÂPOCEICtB
I 350,000.
RAM£.V(J ORIENTAL. / Ces peophdes sont en rapports nom-
I breiix avec les Uédais et 1 n» Tabouens ;
\ ioulefois , eUes soot féroces et canai
) baies,
nabite b partie occidentales
lit* rOtéanie , au sud-est de ) favilic i^Di'iitiXE.
FAsie. lu TÎTent en tribns sait-/ 050,000.
T-^z*^, qoi ont chacane an lan-l Peuplades refonlét'S dans des mon-
gj^e diflerenL \ iagn«*s d*aceès diflicile ; ell<*s sont en ]
Vbostitités continuelles avec les peuples/
Woisins. I
ETO
4Si
i, 000,000.
Deux fmmiiU»,
Les peuplades qui constituent la famille
papauemne n^habitent que de petits lies ou
i»r> eûtes des grandes Iles dont Tintérieur est
oTUfié par Tautre famille. On y distingue
*>u\ sulKlirisions : Tune qui se rapproche
«ies Malais^ ce sont les Papous, dans 1 archi-
^\ de la Nouvel le-Guinée ; Tautre qui se
nj[>proctie des Tat)Ouens, et qui occupe les
1.**^ Fidji, les Nouyellcs-Hébrides, la Nou-
\ l'île CaiéJonie et rarchipel de Salomon.
Les Papous sont uneassz belle Tariété de
Jif' zres océaniens, quoiqu'ils aient des mem-
f.r^-s Irès-grèles; leur taille est moyenne et
>'!ir peau d*un noir luisant ; leur cheTelure,
tr'-^-é^taisse et très-frisée « leur donne un
a^f^ecl repoussant ; on leur trouve beaucoup
r ressemblance avec les noirs Ghanjalas de
. Abyssînie. Ces sauvages, moins abrutis
; :e'les autres, montrent une grande adresse
' jouirerner leurs |iiro;:pies, qui sont ornées
• \' 5'ulptures élégantes; ils ont des temples
et lies idoles auxquelles ils rendent un
' -i.ie reli^eux. Les Malais et les Chinois
(o*retiennent avec les Papous un commerce
^^^rz actif, et en retire surtout des oiseaux
■.*T i^arailis, des trépangs, des loris vivants,
'.*'S écailles de tortue, du tabac, et -surtout
.c5 esclaves.
Les FiJjiens, quoique assez avancés dans
a civilisation, sont de féroces aniropopha-
u'€s; ils ont des lois , des arts, et forment
[ '^rfois un corps de nation. L^arairal d*Ur-
V lile les met au premier rang parmi les
; ruples des races océaniennes , et vante
. fur progrès dans la navigation.
La famille andamêne réunit les noirs orien-
t»ux, qui présentent d'une manière tranchée
.r^ caractères distinctifs de leur race. Les
;-rfiplades sont presque in/'onnues, parce
i'eiles sont presque toutes refoulées dans
'.rrs montagnes d'accès diflicile, où elles vivent
en état d 'hostilité continuelle avec les peu-
l''-*-s voisins.
A peine trouve-t-on chez ces peuplaJes
'-^premiers germes de celte industrie qui
^'i!ea fait de l'homme le véritable maître
>? toi?s les êtres animés; dans le naturel de
4 Nouvelle-Uollande elle s*est limitée à la
' .!jfection de quelques instruments de
r -^rre, dechasse et de |éche. Du reste, il
^^t demeuré com|)tétement étranger aux
i^-'Mndres notions d'agriculture, d'économie
''^'rnestigue et même de nautique. Dans les
'':L«is les plus avancées il est seulement ar-
Fîdjîens.
Néocalé binions.
Néoliébridicns.
Salomon ieiii;.
Papous.
A. dos A(!am.ins.
A. de lifido^bine.
A. de Lu /.on.
A. de la Nouvt-llMioinée.
A. de la Nouvelle Hollande.
A. de Van-Diémen.
rivé au point de se construire des buttes en
écorces ou en branchages.
Au physique cette variété de l'espèce hu-
maine est aussi maltraitée quau moral.
Stature petite et débile, membres grêles et
sensiblement disproportionnés avec le reste
du corps : ventre souvent proéminent de la
manière la plus disgracieuse ; nez très-écrasé,
narines larges ; yeux petits et enfoncés dans
leur orbite, lèvres épaisses, mâchoires sail-
lantes, bouche d'une largeur démesurée,
front souvent comprimé du haut en bas,
barbe noire, touffue et^ hérissée , voilà ses
traits les plus ordinaires* Quant au teint , il
varie de la couleur de cuivre très-foncé jus-
qu'au noir peu intense , de manière à pré-
senter le plus souvent la nuance fuligineuse
Les cheveux , souvent longs et lisses, sont
quelquefois frisés , mais ne deviennent ja-
mais tout à fait laineux, comme dans le nè-
gre africain. Cependant ce tableau repous-
sant du type général Néo-Zélandais subit
parfois des modiGcations. Certaines tribus
dans l'intérieur de la Nouvelle-Galles du
Sud , du côté du lac George, malgré leur
petite taille, ont des traits moins difformes,
surtout des membres beaucoup mieux pro-
portionnés. Oxley cite comme bien supé-
rieurs aux naturels de Port-Jakson ceux de
la baie Moreton ; suivant Tuckey, les habi-
tants du Port- Western seraient dans le même
cas ;d'Urville rend un semlilable témoignage
des sauvages de la baie Jervîs. Tant qu'elles
sont jeunes, les femmes ont des traits moins
rebutants et des formes plus simples et plus
gracieuses que les hommes ; mais ce peu de
fraîcheur dis|iarait au premier enfautqu'elles
mettent au monde , et bientôt elles devien-
nent plus hideuses même que les hommes.
Les deux sexes se frottent habituellement la
peau avec de l'huile de p^oisson, ce oui leur
fait contracter une odeur insuf^iorlable. Pour
ce!a ils se contentent souvent de laisser rô-
tir dans leur chevelure les entrailles d'un
rK>is$on à l'ardeur du soleil , jusqu'à ce quo
iliuile en découle sur leur visage et sur
tout leur corps. Quelque dégoûtantes qu elles
soient, ces onctions ont au moins poor eux
l'avantage de les garantir des piqûres des
moustiques, qui fourmillent en plusieurs
endroits.
La vue de ces insulaires est singulière-
ment perçante, et ilsontde très-belles dents ;
sans être robustes, ils sont agiles et alertes.
4SS
ETH
DICTIONNAIRE
ETH
434
ils grimpent avec une facilite surprenante k
la cime des plus-grands arbres, pour y cher-
cher des écureuils volants et des opossums*
on recueillir du miel et des cheniHes.
Ceuï qui habitent les côtes trouvent de
grandes ressources alimentaires dans ies co-
quillages et les poissons que leur fournit la
mer. Mais ceux de Tinlérieur sont obligés
de se contenter de racines de fougères « de
quelques tubercules, et des oiseaui qu'ils
peuvent surprendre ; ils ont souvent recours
aux serpents, aux lézards, aux chenilles et
aux vers, qu'ils se contentent le plus sou-
vent d'exposer un moment à la flamme de
leur foyer avant de les dévorer. Quand ils
f)euvent prendre un kangourou dans leurs
ilets, ou le tuer à coups de lance, c'est une
bonne fortune pour eux, mais cela arrive
rarement. Le cadavre d'une baleine échouée
leur offre matière à d'amples festins , et ils
ne la quittent que lorsque la chair est tom-
bée dans un état compjet de putréfaction.
Habituellement nus , ils portent quelque-
fois de courts manteaux en peaux de kan-
gourou, grossièrement cousues ensemble,
mais qui laissent entièrement à découvert
tout le devant du corps. Leurs ornements
consistent en os d^ poisson ou d'oiseaux,
plumes, morceaux de bois, touffes de poil,
et dents d'animaux qu'ils fixent dans leur
chevelure au moyen d'une sorte de gomme.
Chez la plupart d'entre eux , un os traverse
la cloison des narines. Leur plus brillante
toilette a lieu quand ils se barbouillent de
noir, de rouge ou de blanc , lorsqu'ils se
préparent pour le combat ou pour quelque
cérémonie importante. La forme et la cou-
leur des dessins sont en oulre des marques
distinclives des tribus. Ils ont un ornement
plus durable, mais en même temps plus pé-.
nible à acquérir ; c'est le tatouage en relief
opéré sur leur corps au moyen d'entailles
profonJes, dont le? cicatrices forment diver-
ses sortes de fi,^ures. Ces marques sont des
distinctions fort honorables. En certains en-
droits, notamment aux environs du Port-
Jackson, les jeunes gens doivent perdre une
des dents de devant , et le privilège d'arra-
eher ces dents parait être dévolu à une classe
particulière d individus qui prennent le ti-
tre de kerredaï. Cette opération est accom-
pagnée de cérémonies bizarres , qui annon-
cent que c'est une sorte d'initiation aux oc-
cupations et aux fatigues de leur existence.
En outre, ce n'est qu après l'avoir subie gue
les jeunes gens sont admis à tous les privi-
lèges de l'âge viril. De leur côté, les jeunes
îilles, dans un â^e encore tendre, doivent
subir l'amputation de deux phalanges du
(>etit doigt de la main gauche. Un but mys-
tique préside-t-il aussi a ce sacrifice, ou bien
est-ce simplement, comme les naturels l'af-
firmaient à l'amiral d'Urville, pour faciliter
aux femmes le maniement de leurs lignes
dépêche?...
Pour les tribus les moins sauvages , les
habitations consistent en huttes en forme de
ruches, conslruiles avec des morceaux (1'.î-
corce coRvcrAcaut au somm?t. Celte pre-
mière charpente est recouverte dHine cou-
che de terre, puis d'une autre couche d'her-
bes marines qui rend ces ^îtes impénétrables
à Tcau; là tous les individus de la même
famille se retirent et dorment pèie-roèle
confondas. Plus souvent ces huttes ne sout
que de simples ramées en bran'^hages cou-
verts de feuilles de xanthorrhéa. Quelque-
fois même l'habitant des bois se contente
d'une simple é orce arrachée à l'arbre roi-
sin qui sert à l'abriter contre les injures
de l'air.
Quelques-uns , nouveaux Troglodytes ,
mettent à profit les grottes que leur offre la
nature. Sur la petite île Clark , ] rès du cap
Melville, le naturaliste Ganningham exa-
mina l'une de ces grottes , dont les parois,
enduites d'une couche d*ocre rouge, présen-
taient diverses figures de requins, marsouins,
tortues, lézards, astéries , ptroques, gourdes
et quelques quadrupèdes. Ces figures, au
nombre de plus de cent cinquante, étaient
passablement exécutées, au moyen dépeints
d'une terre blanchâtre et argileuse réduite
à l'état de pâte. L'habile naturaliste cite avec
raison cet échantillon de dessin comme un
pas remarquable des Néo-Zélandais ?ers les
arts. Les naturels dardent le poisson aric
une sorte de foène , ou bien ils le [.renoent
dans de. larges enceintes en pierres on en
palissades de branches fichées en terre, gar-
nies d'ouvertures très-larges en dehors, très-
étroites en dedans. Le poisson y entre aiec
le flot et s'y trouve retenu à la marée basse.
Dans les rivières, ils font la pèche à la li^ie
et aux filets.
Leurs armes habituelles sont des lances
en bois dur, qu'ils décochent avec un peiit
bâton de deux ou trois pieds de lonç, garni
d'un adent à l'une de ses extrémités, ll^:
envoient ces lances avec tant de dextérité
qu'ils frappent souvent leur but à cinquante
et soixante pieds de distance. De ces lanre^.
les unes sont simplement acérées , d'autm
sont barbelées , quelques-unes sont aroiées
de morceaux de coquilles et d'arôtes. Leurs
casse-tètés ou waddis peuvent asséner des
coups redoutables. Un projectile fort curieux,
et qui parait exclusivement propre i |^^
peuplades, est le boumerang. C'est uneesp^s
de sabre de bois , de deux pieds et4lemiil>:
long, légèrement courbé dans son milieu, '^'e
manière à ce que ses deux moitiés offrent
deux plans dinérents. Lancé dans une dire<''
tion oblique de bas en haut, il s'élère ï un?
f;rande hauteur en tournant rapidement sur
ui-môme, puis il vient retomber avec toute
la force de sa pesanteur et de sa vitesse am-
lérée. L'homme qui l'a lancé peut seul >aTOir
où il devra retomber. Leurs ustensiles 5?
réduisent aux haches et aux couteaux. 1^
hache, qui leur sert en même temps de mar
teau , est formée de deux cailloux durs ef
pesants , dont Tun est grossièrement aiguise
sur un de ses côtés , et soudés tous d^u^ *
un manche de bois avec la résine du xan-
thorrhéa. Le couteau corniste en trois ou
quatre fragments tran'^hants de quartz W^
le lon^; du maiidie de la môme manière. Par
ÀgS
F.TH
D^AirriIROPOLOGIE.
ETU
iH
ce fait cel iastrament remplit plutôt Toflice
d'une sae que d'un couteau : cependant il
leur suffit pour découper les morceaux de
chair ou de poisson qu'ils reulent partager.
Ces instruments sont quelquefois ornés sur
leurs manches de ciselures grossières dont
les dessins Tarient suÎTant les tribus.
Ils allument le feu en faisant retourner
rapidement une pièce de bois sec sur un trou
pratiqué dans un autre morceau d'un bois
tre>-5'_'e. Comme c'est une opération pénible,
iis ont tiesoin de conserver leur feu : dans
ce but , certaines peiiplailes emploieiit les
cAnes de baoksia, qui ont la propriété de
brOier très-lentementsanss^éleindre. Un des
îu.iTi Jus de la iribu est toujours pounru de
l'un Je ces cônes embrasés, avec leauel il
i-r-t le feu aui broussailles et aux nerbes
^r hes , d'où il réiulle de vastes incendies
qui attaquent les plus grands arbres et les
t\ arb^nnent dans une f:rande étendue de
b urs stipes. Cette opération a pour les natu-
T*:\s on double avantage, d'abord de détruire
ou du moins d*écarter les reptiles venimeux
et Itrs insectes nuisibles , ensuite de dégager
l^s bois et de leur faciliter la poursuite du
gibier.
Les naturels de la Nouvelle-Galles du sud
ont un bon esprit nommé Koyan^ et un
mauvais esprit appelé Potoyan, Koyan est
une sorte de génie tutélaire , qui leur rend
toutes sortes de bons services ; mais ils crai-
gnent fort Potoyan , qui leur joue les plus
mauvais tours. La peur de le rencontrer fait
qu'ils ne marchent jamais durant la nuit ;
et, pour se garantir ue ses approches, ils ont
toujours soin d'entretenir du feu près d'eux.
€n silDement bas et )rolon^é annonce l'arri-
vée de Potouan. Aussi les premiers colons ,
Tiour se débarrasser des importunités de
leurs hôtes sauvages , imitaient quelquefois
la mélo^liedu reJouîable esprit, lis naturels
se garderaient bien de siffler au-(iessous
d'une roche , de pour de la voir tomber sur
îf ur tète ; ils se ganîeraient de foire rôtir
des poissons durant la nuit, ce qui ferait venir
des vents défavorables.
Les naturels des plaines Bathurst croient
a l'existence uu Wanti^ monstre amp'iiiiie,
semblable aux crocodiles qui habitent les
rivières, et en sort quelquefois pour enlever
les enfants et les dévorer. Sur terre le Coti-
>«>, autre monstre à forme humaine, suivant
eux , habite certaines cavernes. Redoutable
pour les noirs qu'il peut tuer, il épargne les
blancs.
Ces peuplades ont des langages extrême-
ment bornés ; le chef d'une tribu y jouit
d'une autorité arbitraire et illimitée.
Sans vouloir , dit M. Forichon , former
ancune conjecture sur l'ori^ne de la race
nè;^re ni d'une autre , supposons cependant
que, lors de 'a dispersion aes peuples, anté-
rieurement à toute civilisation, une peuplade
on seulement un certain nombre d'individus
aient été , par une cause quelconque , jetés
des continents de l'Asie sur les terres incul-
Xtrs de l'Afrique ou de l'Océanie , peut-être
sur les deux contrées è la fois , ces hommes
auront pu se trouver Coût a coup sur un sol
dépouillé de toutes productions utiles , sans
moyens de se soustraire aux ardeurs d'un
climat oppressif et réduits à se nourrir d'ali-
ments de mauvaise nature.
Pense-t-on que de pareilles conditions
d'existence n'auraient j)as pu apporter dans
la constitution de ces individus une modifi-
cation plus ou moins grave ? Gr, l'hypothèse
que nous faisons à ce sujet n'est pas sratuite,
puis<]ue la plupart des peuples de la Mêla-
naisie sont encore dans les circonstances que
nous supposons. Rappelons seulement, sous
le rapport alimeutaîre, l'observation sui-
vante : <( A la Nouvelle-Hollande la nature
se montre si ingrate , disent les naturalistes
de VAsirolabe^ que nous avons vu au port du
Roi-Georges l'homme se nourrir de reptiles,
d'insectes , de poissons morts. A la baie du
Chien-Marin il est forcé de boire de l'eau de
mer pour se désaltérer. On conçoit bcile-
ment l'action d'une cause aussi déprimante.
Mais tandis que , dans la supposition que
nous venons de faire , des individus auront
été transportés sur une terre funeste , soit
par le naufrage d'une pirogue, soit dans une
guerre ou i^r une cause quelconque , d'au-
tres peuples se seront répandus dans les belles
contrées de l'Europe et de l'Asie , où ils
auront trouvé avec un sol riche de produc-
tions de toute nature un climat tempéré.
Sous des influences si avantageuses, les nom-
mes, en recevant plus d'énergie phvsique ,
auront eu plus d'activité inlellectuelle ; dès
lors ils auront conséquemment {appris à se
construire des habitations commodes , à se
vêtir convenablement , etc. ; et , favorisés
ainsi par les meilleures circonstances clima-
tériques , ils auront marché vers la civilisa-
tion. Les premiers , au contraire , dans des
coniitions tout opposées, seront restés dans
un élatstationnaire ; et il est probable qu'op-
primés par le climat ils auront marché dans
un sens contraire, en inclinant plus^ou moins
vers la dé,^dation. v
Or, on ne peut supposer que des influen-
ces aussi différentes n'aient pas imprimé
leur cachet au phvsique des nations , puis-
qu'il est de fait que le développement de
1 organisme animal et végétal est partout en
rapport avec les circonstances de la nature
qui le {gênent ou le favorisent plus ou moins.
Les avantages d'un site plus ou moins heu-
reux se font reconnaître , même au sein de
la Mé!anaisie, sur plusieurs peuplades noires.
« Si, dans le vaste archipel oe Viti, disent
les naturalistes de VAsiroiabet la race noire
a pris dans sa constitution physique un déve-
loppement égal à celui de la race jaune, elle
le doit, il nous semble, à l'agréable latitude
sous laquelle elle vit, à une température qui
n'accable pas ses habitants par une chaleur
humide, énervante , et qui n'étoufle ]*as les
productions utiles à la nourriture de l'homme
sous le luxe d'une végétation équatoriale. »
C'est, on le voit, une nouvelle application
de la grande vue de Buffon sur I uniié de
rhomme. Toutes les preuves morales et ma-
térielles de cette unité accumulées dans les
4»
ETI
DiCTlOriNAlUE
ETI
traraux modernes, semblent avoir été pres-
senties par ce puissant penseur, qui écrivait
dès 1749 : * Tout concourt à prouver que le
genre humain n'est pas composé d'espèces
essentiellemenldisparates entre elles,etqu'au
contraire il n'y a eu originairement qu'une
seule espèce d'hommes, qui, s'étant multi-
pliée et répandue sur toute la surface de la
terre, a subi différents changements par
l'influence du climat , par la différence de la
nourriture , par celle de la manière de
vivre (202). »
ÉTIOLEMENT. — Les plantes végétant à
l'ombre jaunissent et blanchissent. L'in-
fluence immédiate de l'ombre sur la peau
humaine se manifeste comme chez le végé-
tal par la pâleur. Elle modifie promptement
et supcrflciellemcnt l'individu ; elle modifie
lentement et profondément la race. Chez
l'Européen, cité à propos du hâle, la lumière
affecte les parties du corps, qui sont dénu-
dées ; les mains et la face; les autres parties,
protégées par des vêlements, ne changent
pas sensiblement de teinte. Les mêmes indi-
vidus, hAlés par une campagne militaire,
{)ar un voyage de science ou de plaisir, se
avent bientôt en séjournant à la ville ; et là
même, les citadins des deux sexes sont en-
core plus blancs sous le linge qu*aux parties
exposées à la vue. Dans le même pays, les
habitants des campagnes sont plus hÂlés uue
ceux de là ville; aux latitudes un peu dis-
tantes, les peuples de la province ou de la
nation diffèrent de teinte dans une propor-
tion sensiblement en rapport avec Tinteusité
de la lumière solaire.
La race caucasienne scy the d'Europe, offre
trois variétés de couleurs; le brun-olive avec
l'œil noir, chevelure et barbe noire; le châ-
tain à barbe fauve, œil azuré; le blond à
barbe blonde, chevelure cendrée, œil bleu
de ciel. Lebrun, au midi de l'Europe; le-
châtain, dans l'Europe tempérée ; le blond,
dans l'Europe froide, correspondent, singu-
gulièrement à la triple répartition des inva-
sions Scythes: Celte au midi, Germain au
milieu, Slave au nord et à l'est. Les nuances
de teintes suivent exactement les zones
isothermes qui, selon M. de Humboidt, ga-
gnent obliquement du nord de l'Europe au
Uki'Ài de l'Asie. La race slave-Onnoise descend
vers la mer du Nord et la Caspienne autant
au sud que les Celtes des Pyrénées.
• Les peuples d'Europe nous ont occupé les
premiers, parce qu'ils sont mieux connus,
ensuite parce que les peaux blanches, mi-
roirs limpides, laissent voir plus facilement
les altérations imprimées (mr la lumière et
la chaleur. Mais |iour être moins percep-
tibles, les phénomènes du hâle et de Pélio-
lement ne s'arrêtent pas là. La race scythe-
arabe n'a qu'une moitié de ses rej^résentants
en Europe et en Asie centrale , le reste des-
cend vers l'Océan indien en continuante mar-
quer, par des teintes brunes croissantes, les
ardeurs graduelles des climats. Les Indous
de l'Himalaya sont presque blonds; ceux du
Deckan, du Coromandel , du Malabar, de
Ceylan, sont nlus fonces que plusieurs tri-
bus nègres. Les Arabes olives et presque
blonds en Arménie et Syrie, sont basanés
dans l'Yémen et le pays de Mascate. Ceux
qui ont passé la mer Rouge sont devenus
noirs comme les nègres qui les avoisinent
et qui ont un peu croisé leur sang. Aussi,
n'acceptons-nous leurs prétentions au litre
d'Arabe qu'avec des réserves qui seront
examinées ailleurs.
Les Egyptiens, qui relèvent aussi beau-
coup de cette grave question du croisement,
n'en offrent pas moins une gamme chroma-
tique ascendande du blanc au noir, en par-
tant des bouches du Nil et rebroussant vers
ses sources. Même remarque pour les Twa-
riks du versant méridional de l'Atlas, qui
sont simplement olivâtres, tandis que leurs
frères de l'intérieur de l'Afrique sont noirs.
La famille américaine, basanée partout,
même à ses deux extrémités glaciales, tra-
duit cependant à sa façon l'influence trfe-
variée et très-profonde des climats de ses
deux presciu'îles. L'opinion de d'Ulloa, sur
le rouge uniforme de la peau américaine,
est une assertion erronée. Les Charruas
étaient presque noirs; les Californiens sont
d'un noir verdâtre; les Mexicains n'ont oue
la teinte olive. L'Amérique du Nord offre
plusieurs peuples à couleur encore plus
claire : les Mandans, qui ont les cheveui
châtains et une peau gui accrédite une ori-
gine danoise ou galloise ; les natifs voisins
du port Mulgrave, qui offrent le teint des
ropulations brunes au midi de l'Europe ; à
autre extrémité, dans l'Amérique méridio-
nale, les Abipones des Chacos reproduisent,
selon d'Azara, la même nuance qui, chez les
femmes, prend te blanc mat de la pâte de
pain.
Les monuments antiques de l'Egypte nous
montrent cette nuance des sexes encore
plus prononcées par la différence d'habitu-
des et par les ressources du bien-être. Les
hommes sont toujours représentés rouge-
brun ; ils vivaient en plein air; les femmes,
toujours renfermées, n ont que le teint jaune.
Un fard jaune dont la coquetterie aurait re-
couvert le corps entier de la femme, même
la plante des pieds, est un rêve de quelques
archéologues embarrassés de la différence
de teinte que les deux sexes offrent dans les
monuments.
La civilisation d'une grande partie des
nations mongoles a montré au plus haut
degré la part de l'étiolement dans les modi*
fications de la peau d'une race très-basanée,
barrow assure que les Tartares mandchous
sont embellis et même blanchis dans la
Chine. Rémusat, Pallas, Gutsiaff, décri?enl
des femmes chinoises remarquables par un
teint blanc digne de l'Europe. Siebold parle
de femmes japonaises à face très-blanche,
relevée par un incarnat vif et même acconi-
pagnée (.echeveuxipeu foncés, hesfac-simil»
que l'art chinois fournit à nos caiiinots de
(202} Hiêtoire naîurelle de rhomme, t. Y, p. 291 ; édit. Rapct (1818).
411
ETl
D*ANTimOPOLOGl£.
RTY
490
coriofiités, monlrenl les hommes à teint
bure DDat, et les femmes à teint blanc mat
aussi; mais Tariable entre la nuance du suif
ou de la porcelaine. Les teints bruns ou
oiÎTes d'Europe se comportent à peu près de
cette façon dans les nlles. Les juives du
Caire ou de Sjrie, toujours cachées sous des
Toiles ou dans des maisons, ont le teint bla-
fard des poupées chinoises et de (juelques
comédiens. Les abris, les maisons que plu-
sieurs insulaires de TOcéanie possèdent déjà
depuis quelques générations, commencent à
produire leur effet surle teint des hommes,
et plus encore des femmes, que la coquet-
terie a bientôt eiercées à 1/iygiène. Dans
les races jaunes des lies de la Sonde et des
l]es MaldiTes, les femmes abritées ont le
teint d^une pAleur de cire ou de suif. Le
teint bâié se plombe ou prend la couleur
bouguinée, que les Hollandais du Cap attri-
buent à la race boschismane, par analogie
avec la nuance des Bouguis de File Célèbes.
Ea Chine, le teint blême était déjà consi-
déré comme une beauté, plus de dix siècles
a^aai Jésus-Christ. Voici le portrait d*une
hancée chinoise, conservé par une épitba-
lame , dans le Chiking : « Ses mains sont
aussi délicates que les pousses nouvelles des
plantes. La peau de son visage est comme
de la graisse gelée: son col est comme un
ver blanc. » Les voyageurs moJernes, et
surtout le dernier de tous, ont expressément
noté le teint clair et même rosé des Chinois
et Chinoises dans les provinces du nord, en
l'opiiosaut à la couleur bronzée et basanée
des provinces du midi. Enfin, la peau des
nègres eux-mêmes accuse, dès la seconde
ïTénération, une sensibilité visible aux in-
fluences du climat. Seulement il faut cher-
cher ce phénomène avec plus d*attention que
^ur les peaux blanches.
L^éliolement ioue donc un rôle très-im-
|v>rtant dans Téiaboration de la beauté fémi-
nine. Les belles femmes comme les beaux
fruits , sont un produit de Tindustrie hu-
maine; surtout dans les climats ardents.
J>inprunte cette réflexion et les lignes sui-
- vantes, au Journal d'un voyageur, qui les
écrivait sous une tente de Bédouins arabes ,
en présence de plusieurs jeunes femmes
affreuses. Le grand air et le gros soleil em-
prisonnent ce sexe dans une peau noire et
rude. La marche et le travail lui donnent des
pieds et des mains d*homme; les sentiments
grossiers , l'intelligence en friche, laissent
tomber la partie mobile des traits de la
figure; rendent la bouche lai^e et ignoble
comme celle des brutes. 11 ÙLtii étioler la
peau par Tombre des vêtements, reposer les
mains et les pieds par la paresse, stimuler
le cœur par les passions, Tesprit par la cul-
ture et la circonspection, pour ennoblir les
traits et aflmer les lèvres. Encore fiiut-il une
série de générations, pour que ces résultats
se dessinent et que la femme traduise par
la beauté telle que nous la comprenons, la
sève âpre et forte que lui transmirent ses
aïeux. On sent que Tinfluence trop Ions
temps continuée, doit finir par dégrader la
femme , comme elle finit par abâtardir le
fruit; la civilisation est une serre chaude.
11 faut que fundes deux parents au moins,
continue la vigueur primitive du type, sous
{leine de voir les produits se rabougrir, la
stature s'abaisser, la peau prendre une teinte
maladive, les bras maigrir fuir le repos, les
traits se ruiner ])ar Je souci. L'id&l de la
beauté féminine se rencontre précisément
sur les limites de la vie sauvage et de la vie
raffinée : dans la Circa^sie, la Géorgie, la
Mingrélic, l'Arménie, le Miorasan, le Ca-
boul, le Cachemire, pays où le froid imjposa
des vêtements et des abris solides : mais oii
l'homme a continué ses habitudes fières de
[lasteur et de guerrier.
ÉTYMOLOGIE (203). — « Ce mot est com-
posé du grec Hjq^, parole^ et irvccoc, rrat. Ce
dernier mot s'est formé de l'oriental , tym
ou Iwm, qui signifie, perfection ^ justice,
vérité, sans laquelle il n'y a rien de pariait.
Etymologie signifie donc parole rraie^ mot
jtt«5èe(ea:ac/:eueconsisledansiaconfiarMiiiir«
parfaite de la valeur des mots, de leurs rap-
IK>rls avec leurs objets, de leur origine, de
râ05) Cet article est emprunté â Court de Gâielin.
Il T a des notions très-justes et fort bien expliquées
«lahs ce qu^il dit de Tart étymologique.
Scukmfteni, il donne a cet an une plus grande
^\um*Àiia qu'il ne convient, en ce que, pour lui,
réiyniologie d*nn mot est, en définitif, la réduction
<^e ce moi à une prétendue langue prîmitive, natu-
Tr-ii^ , positire , nécessaire , unique et impéris-
suUe.
En courant après celte chimère, Gébelin a donné
qnriqoes él jmofogies aussi fausses que dénuées de
;«ry-oTfs ; mais il a fait, sur la nature et la filiation
•>r certains mots, de véritables découvertes. Surtout,
• a oouooora à donner une grande Impulsion à
iéusde et à Fanalyse des lan;nies.
Dans Sears travaux sur Tétymologie , beaucoup
f* auteurs ont cherché principaiement à connaître
I -^ raJicaas de chainie mot et leurs familles, dans
ii ju; Ltitgoe donu^;. Ils ont tâché ensuite de décou-
I rir de quel idiome chaque mot a été emprunté ; à
; ailles langues il était commun. Enthousiasmé de
»a langue primitive* Pauleur trouve que c*était tii un
Lhaxnp beaucoup trop resserré, par là même plus
J>ICTIO!l!f .' D*A!CTBBOPOLOQtK.
dangereux qu^utile... Ii vent mi*on remonte à la
fnremière cause des mois. Cesl là ce qui est le plus
souvent impossible ; ce «lui fait dégénérer les re-
cherches de ce geure en conjectures gratuites, et
souvent en erreurs qu^on peut vérifier.
Par la méthode que Tauteur réprouve, on a analysé
avec fruit Tiiébreu, le grec, le latin, le teuton, etc.
M. Buttet, en se tenant aux étymologies pro-
chaines, a donné du français des origines le plus
souvent exactes; il a deviné quelquefois , par son
bon esprit, des vérités certaines dont il ignorait
i(u^on pût donner des preuves convaincantes. De
même , avec beaucoup de succès et d*utiiité, les
grammairiens de Hnde ont décomposé tous les mot»
variables du sanskrit, et les ont réduits à un assez
petit nombre de radicaux, h plupart monosyllabi-
ques, ou censés tels.
Ne méprisons point ces travaux, qui <mt tant fa-
cililé rétttde et rintelligcnce de ces lamraes, et leur
comparaison avec les autres idiomes. En essayant
quelque chose de mieux, on quitte la bonne route,
celle des faits certains : on peut donc aisément
s'égarer.
16
411!
r:T\
DICTIONNAÎRE
KTY
m
leurs révolutions. Connaître un mot, c'est
eu effet connaître les causes qui lui firent
assigner le sens dont il est revêtu, la langue
dont il est originaire, la famille à laquelle il
tient, les altérations qu'il a éprouvées.
€ L'art étymologique consiste dans les prin-
ci])es et les règles au moyen desquelles on dé-
couvre toutes ces choses.
« On voit par là que nous prenons ce mot
dans un sens beaucoup plus étendu que tous
ceux qui ont fait des recherches sur les éty-
mologies. Jusqu'ici, en s'occupant de l'éty-
iBologie d'un mot, on cherchait uniquement
h connaître de quelle langue il avait été em-
prunté et à quelles langues il était commun.
« Mais c'était un champ beaucoup trop
resserré, et par là même plus dangereux
qu'utile. En ne comparant que quelques
langues, on n'a que des rapports incomplets;
on ue peut apercevoir ni les mots primitifs,
ni ceux oui appartiennent à une même fa-
mille ; et lorsqu on a découvert l'origine d'un
mot dans une autre langue, il reste toujours
à demander: Mais d'où vient cette langue?
mais d'où viennent toutes les langues? mais
quelle fut la première cause des mots?
« Tels sont cepenJant les avantages de
lart étymologique :
« 1" L'étymologie donne à chaque mot une
énergie étonnante, nuisqu'il devient par elle
une vive peinture de la chose qu'il désigne.
Ce n'est que l'ignorance où nous sommes de
l'origine d'un mot qui fait que nous u'aper-
cevons nul rapport entre lui et son or>jct;
qu'il nous paraît par consévjuent froiJ, in-
différent, tel qu'il pourrait disparaiîre sans
que nous y perdissions rien ; qu'il n'exerce
que notre mémoire. L'étvmologie, nous ra-
menant au contraire à loriijine des mois,
nous remettant dans l'état primitif, dans l'é-
tat où se trouvaient leurs inventeurs, elle
devient une description vive et exacte des
elioses tlésigné.»s par ces mots ; on voit qu'ils
furent faits pour elles, qu'on ne pouvait
mieux choisir : notra esprit saisit ces rap-
ports, notre raison les approuve, et on re-
tient sans peine ces mots qui étaient un
l'Oids accablant lorsqu'on s'en occupait ma-
chinalement.
« 2' Ce ne sont pas seulement des mois
(ju'on apprend par là, mais en même temps
<{es choses. Un recueil d'étymologies serait
déjà un abrégé de toutes les sciences, et une
grande avance pour en commencer l'étude :
il offrirait toutes ces définitions que les sa-
vants mettent à la tête de leurs ouvrages ;
on y verrait de plus les raisons qui firent
choisir leô mots pour exprimer les idées
qu'ils présentent.
« 3" L'étymologie fournit une facilité sin-
gulière pour apprendre les langues, en ce
qu'elle réduit les mots au plus petit nombre
possible, en les classant par familles et les
•rapportant au mot principal dont ils soitent.
Parce moyen, un très-petit nombre de mots
suffit pour savoir tous ceux dont sont com-
posées les langues, qui r>e sont que des dé-
rivés des premiers, des combinaisons con-
nues d'éléments simples et connus.
« Cet avantage est inestimable, à cffuse de
la multitude de mots qu'il f»at apprendre^
lorsqu'on est appelé à étffdier les langues;
aussi la mémoire la plus ferme et la plus
heureuse succombe-t-elle à la fin sous ce
f)oids énorme, si l'on ne sait la soulager par
es moyens les plus efficaces ; mais il n'y en
a aucun qu'on puisse comparer à cette mar-
che étymologique; car celle-ci, présentant
d'un coup-d œil tous les dérivés et tous les
composés d'un même mot dans toutes les
langues, elle fait que nous les saisissons tous
à la fois; que l'attention nécessaire pour en
retenir, un nous en fait retenir mille; que
ce ménagement de nos forces les multiplie
en quelque sorte à l'infini ; que nous faisons
ainsi en peu de temps et sans peine, ce qui
exigeait auparavant des efforts prodigieux.
« k" Un autre avantage très-précieux qu'on
retire de l'art étymologique, c'est de suivre
la progression des idées qu'ont acquises le^
hommes. Les mots ne furent faits que pour
les idées; on a donc suivi, pour les foroier,
la marche des idées : on retrouvera donr
dans l'arrangement des mots par familles, et
dans le rapprochement des mots primitifs
la manière dont les hommes ont proeéi
le
dans leurs idées, celles qu'ils eurent les pr.-
mières, celles qui naquirentde celles-ri, celics
qu'ils durent à la nature ou qui furent l'effet
ce leur habileté et de leurs réflexions.
« De là deux avantages inestimables pour
retenir les mots ; liaison des idées qui Ic^
firent naître; dérivation de ces mots: par
l'un, on voit les mots qui doivent exister;
par l'autre, on voit au'ils existent et coui-
menl ils furent formes.
« En comparant ensuite les langues à cet
égard, on voit celles gui ont tiré le plus «ic
parti de ces premiers éléments, celles où l'on
a combiné le plus d'idées, où l'on a porté le
plus loin l'art de réfléchir, d'inventer ou de
perfectionner. '
« Négliger l'art étymologique, c'est donc
renoncera la portion la plus satisfaisante
des langues ; c'est préférer une roule longue,
tortueuse, insipide, pénible, à un chemin
uni, lumineux, agréab.e, assuré.
« 5" On voit encore par là ce que chaque
peuple a ajouté ou changé à la langue pri-
mitive, et ce qu'ils ont emprunté les uns
des autres en fait de mots; et, connaissant
ainsi les liaisons que les peuples ont eues
entre eux, on roinonte plus aisément à leur
origine, on peut mieux les suivre dan.«
leurs diverses émigrations et dans leurs
subdivisions en plusieurs corps de nations;
on pénèire mieux (inns leurs traditions,
dans leurs opinions, dans leurs dogmes.
« C E'ifin on s'assure parce moyen si une
langue est perfectionnée ou non, et com-
ment on pourrait la conduire à un plus haut
degré de i)erfection. Une langue ne peut être
piu-iailo qu'autant qu'elle sert à exprimer
toutes les idées possibles et tous les objets
des connaissances humaines ; à cet éi;ard,
aucune langue ne peut so dire parfaite: car
il s'en faut bien que les hommes aient par-
couru le cerclé des connaissances «lont i\^
4n3
ETT
DANTimOPOLOGIE.
ETT
491
sont eapablcs; U leur reste une immeosité
J'objets à connaître, à approfondir, à recti-
fier. Toutes les ]«in.^es, d'ailleurs, ne se
prélent |ias atec te nrême facilité à la muK
plication des mots. La langue française, par
exemple, est d'une austérité sans é^ale; elle
ne sVsl enrichie que de dépouilles étran-
gères ; elle n a presque rien de son propre
fonds.
« il n*est pas étonnant que nos aïeux, les
peuples du nord qui ne vivaient que de pil-
ule, aient fait la m^me chose à l'égard de
leur langue; quMls aient mis à contribution
toutes celles de leurs voisins : Tun était en-
core plus aisé que lautre : mais commenous
souffrons de leurs fausses opinions sur les
moyens par lesquels on peut acquérir de la
gi'oire .[20i) et être utile à la patrie , nous
souffrons également des moyens resserrés
par lesquels ils cherchèrent à donner de re-
tendue a leur lan^e. Notre idiome a perdu
f^ette fécondité aJmirable qui fut Tapanage
d':? la première langue ; l'art étymologique,
en nous ramenant aux principes du langage,
f^eut seul rétablir notre langue dans ses pre^
miers droits, et nous fournir les moyens
propres à compléter nos familles de mots, et
à suppléer tous ceux qui pourraient nous
man |uer.
€ I I. Principes de Fart étymologique^ re-
la'.irement aux langues en général, — Plus la
o^jnnaissance des etymologies est utile, plus
il importe de rélever sur une base solide;
4'fH'ï est d'autant pins nécessaire que rien
l 'est plus aisé que de s'égarer dans la re-
cherche des etymologies, et d'apercevoir des
rajiports entre des mots qui n'en ont aucun
e! '{ui appartiennent à des familles trèsHéloi-
Knées l'une de l'autre. Parcourons les prin-
cipes les plus essentiels dont on peut con-
vi-nir à cet égar 1, et les règles qui en résuî-
t.nt.
« PsEMiEm PRINCIPE. — Les langues ne sont
que des dialectes d'une seule, — Rien de plus
c<j!umun gue le mot langues; rien peut-être
fip plus difficile à déterminer que les carac-
l#-res d une langue, surtout pour la distin-
guer d'une autre. On jiarle de langues mères,
«Je langues G Iles, d'idiomes, de patois, de
jirgons, de dialectes, sans qu'on ait peul-
étré jamais eu de notions bien distinctes de
ce •ja'on doit enten re par ces diverses ex-
j»res«^îons. Ces idées sont relatives à l'él'^n-
tue du pays dans lecjuel se fiarle une lan-
gue, aux variétés qu elle éprouve dans cette
é!endue, au rang qu'elle tient dans les
sciences.
« l'ne langue ne peut se parler dans une
s:rr»n«ie étendue de pays et par un grand
noaiîjrc de nations, sans éprouver de Irè?-
î.ran.îes altérations, soit dans les mots, soit
clans leur prononciation, soit dans leur ac-
cent : c'est toujours la même langue, mais
f^Oi) Ce qne Tautcar ne fait ici quMoaiqacr
oliMTorémenl, il Fa dérdoppé, d'une maoïére tIvc et
«aillante, dans son Histoire de Nùbuckodonoior^
Momie primitifs t. VIII, p. 6^70. Voy, aussi noie 7,
p. 4(12 t. 1" des MétnoireSf în-l*, concernant U
une langue qui se subdivise en un grand
nombre de branches; et ces branches por-
tent le nom de dialectes. Les dialectes sont
donc les nuances intérieures on nationales
d'une langue.
« Lorsqu'une langue est parlée par un
grand nombre de nations différentes, chez
qui elle a éprouvé de grandes altérations, en
sorte qu'elfe y re<;$emble beaucoup moins à
elle-même, celte langue se subdivise en un
grand nombre d'autres qui sont ses filles, et
elle en est la mère. Les la^gies filles sont
donc les nuances extérieures ou étrangères
d^une langue. Ainsi l'ancienne langue teu-
tonique ou germanique, s'étant étendue dans
l'Anglelerre, dans la Flandre, dans le Dane-
mark, dans la Suède, est devenue une lan-
uue mère dont chacune de celles-ci sont lef
filles.
« Mais cette même langue germanique se
parlant dans PAIlema^ne entière qui est une
contrée très-vaste, elle y a éj rouvé divers
changements, qui font que la langue germa-
nique du nord de l'Allemagne n'est pas la
même que la langue du midi de l'Allemagne :
et chacune de r as langues germaniques du
nord et du midi varie encore suivant les pro-
vinces ou les pays dans lesqua*s elle règne.
Mais comme ces dernières différences sont
légères , on les appelle dialectes : ainsi, les
langues germaniques du nord et du midi de
l'Allemagne ne sont que des dialectes de la
langue germanique ou teutone ; tandis que
l'anglais, le suédois , etc., qui en diffèrent
beaucoup plus, forment autant de langues
filles de l'ancienne langua teutone.
*i II y aura donc beaucoup plus de dialec-
tes que de langues filles , et beaucoup plus
de langues filles que de langues mères.
1 Les langues mères elles-mêmes ne sont
que des dialectes ou des filles de la première
de toutes les langues, de la langue primitive,
qui s'altéra à mesure qu'elle s étendit sur la
terre, et qui, ayant formé nombre de dialec-
tes, disparut en quelque sorte lorsque ces
dialecics se subdivisèrent en un grand nom*
hvQ de langues, et devinrent ce qu'on appelle
langues mires.
« Lorsqu'une province ou un canton parle
une langue absolument différente de celle
qu'on parle dans tout le pays , cette langue
s appelle idiome ou jargon (â05) : et lorsque
le peuple, corrompant la langue du pays, se
fiût un langage à part, qui n'est point'parlé
par les chefs de la nation et par ses écri-
vains, on appelle ce langage populaire pa-
tois.
c Ainsi, le peuple des halles parle patois,
tandis que les Bas-Bretons et les Ba^'qnes par-
lent chacun une langue ou un idiome qui
leur est particulier, et différent de la lan:^e
nationale, fille elle-même de langues plus
anciennes.
(20ô) Pour une plus juste application de ce mol,
Voy. les Synonymes de Beaizee, au mot Langage,
— Vous y trouverez aussi que le patois n>st point,
en loi-même, un bnzage corrompu; lue c'est,. gc-
néraioment, un reste de Tancicn la:!gage national
405
r.TY
DICnONNAIRB
ETY
*3i
ft On réserve enfin le nom de langue» sa-
tantei pour celles qu*ont rendues célèbres
les ouvrages de leurs savants et de leurs
beaux-esprits.
a Que toutes les langues ne soient que des
dialectes d'uns seule, c*est ce qui se démon-
tre par les rapports primitifs de toutes les
langues, preuve de fait au-dessus de tout
doute; et parce que la langue primitive,
puisée dans la nature, ne put jamais s'a-
néantir en aucun lieu ; qu eUe dut se trans-
mettre nécessairement à toutes les généra-
tions et devenir le fonds commun sur lequel
s'élevaient toutes les langues particulières,
dialectes, patois , idiomes , langues-mères,
langues-filles nées de celles-là.
« Second pbincipe. — Les différences qui
régnent entre les langues ne peuvent empê-
cher de reconnaître quelles ont la même ori'-
fnne. — Si les différences qui régnent entre
es langues étaient telles qu elles ne permis*
sent aucune comparaison entre ces langues,
tout ce que nous disons tomberait en ruine ;
mais on ne peut en a11éj;uer aucune de cette
nature. Aucune de ces uifférences n'anéantit
le rapport des langues : elles se réduisent
toutes à des différences : l^'de prononciation;
2^ de valeur; 3* de composition; k* d*arran--
gement. Il n'est aucune langue qu'on ne
puisse ramener à la primitive en rendant
raison de ses mots par l'une ou l'autre de
ces causes : et l'on sent très-bien qu'aucune
d'elles n'est suffisante pour dénaturer un
mot au point de n'en pouvoir retrouver l'o-
rigine, fors même qu'elles se trouveraient
réunies toutes à la fois sur le même mot.
« Teoisièue PEI5CIPB. — La première lan^
gue n'est composée que de monosyllabes pris
dans la nature^ peignant des objets physiques
et source de tous les mots. — Ce qui prouve
encore mieux l'origine commune des lan-
gues, c'est qu'elles se fondent toutes en
un petit nombre de mots radicaux, sources
de tous les autres ; et que ces mots ont tous
les mêmes caractères : ils sont tous d'une
seule syllabe (206); ils désignent tous un
objet physique, et d'eux seuls dérivent tous
les autres mots, surtout les mots qui expri-
ment des idées morales ou intellectuelles, et
(206) L'imitation de la nature et le seul besoin
de Feuphonie, ont dû produire partout des radi-
caux polysyllabiques dès leur origine. Beaucoup de
mots faits par onomatopée, sont polysyllabiques. Le
seul besoin d'exprimer le roucoulement de la co-
lombe, le fracas varié du tonnerre, le ramage des
oiseaux, le bruit des cataractes, le long murmure des
courants d'eau, le son de la trompette, etc., etc.,
dut produire des radicaux polysyllabiques, ne pei-
gnant qu'un seul objet. 11 y a des langues presque
sans inflexions ; mais, quelles que soient les auto-
rités contraires, on ne connati uas une seule langue
qui soit, à dire vrai, mpnosylla nique, non pas même
la langue chinoise. Voy., tome III des Mine» de
V Orient^ la Dissertation dA M. le professeur de
RéMUSAT, utrum tingua Sinica sU vere monoiytla-'
bica.
(207) Il faut être circonspect à parler d'un tout,
lorsque To» n'en connaît qu'une faible partie. Je
trouve, dans la langue sanskrite, bien des mots qui,
ne désignant ni vent ni souffle , signiflent &me et
qui ne sont que ces premiers mots physi-
ques pris dans un sens figuré. C'est ain i
que dans toutes les langues (207) îe^ niot
qui désignent Vesprit ou l'dme, riéqgnen.
tous au sens propre le vent ou le sovffle,
« Mais d'où viennent ces rappoits potre
toutes les langues , si ce n'est de la nk-as-
site à laquelle tout obéit; si ce n'est de a
qu'il est impossible aux hommes d'inventer
une langue ; qu'ils sont obligés de la prend, c
dans la nature ; que celte nature leur four*
nit des sons simples à énoncer, et des olj^jels
physiques à désigner?
« Ql ▲TRiÈHB PRi!(CiPft. — Lu comparaison
du plus grand nombre possible de langues
peut seule conduire à la langue primitive (t
4 la vraie étymologie dechaque mot. —Puis-
que les mots primitifs sont altérés dans tou-
tes les langues et de diverses manières, on ne
saurait en retrouver la trace par la compa-
raison de quelques lances seulement : il laut
pour cet effet en réunir le plus grand nom^
t>re possible : l'on voit alors toutes les formes
qu'a revêtues un même mot, et toutes les ré-
volutions qu'il a éprouvées : en scrtequela
plus récente, et par-là même la moins res-
semblante à l'état primitif -de ce mot, s'en
rapproche de la manière la plus sensible au
moyen de tous les intermédiaires : ils for-
ment ainsi une chaîne qui rien ne peut
rompre, et qui, se répétant sans cesse pour
chaque mot, forme de l'ensemble étymolo-
gique un tout qui offre la plus grande lu-
mière possible.
« Cinquième principe. — Plus les moti
sont d'un usage familier^ et plus ils éprourtnt
d'altérations. — Ce n'est que l'usage qui
altère les mots ; il est pour eux ce que io
frottement est aux étoffes, à la pierre même;
ainsi, plus un mot est commun, et plus il sq
dénature à la longue : il n'est donc pas élon*
nant que les langues vivantes aient si peu
de rapport aux anciennes, puisque tous les
mots en doivent être prodigieusement alté-
rés. C'est ainsi que le mot octo s'est altéré
en Auic/, et ensuite huit (208), tandis que
nous avons conservée octo dans octogénaire.
Le mot miscere s'est altéré en mescler , méf-
ier et enfin mêler. Le mot otium^ en Voisi et
esprit; par exemple : naràjiva (viede rbomiiK''^»
boidhàjiva (vie do corps); àruLi (sans forme, sa:i^
figure) ; àshariri (sains corps) ; et, en allemand^ 9^i>N
esprit, signifié, au sens primuif, mouvement vif, feoi
Imnière.
(208) Ififtl ou Atttd, vient de /lotfîel, ouiet, mV^
oct; et, toujours en remontant, de octo, mot btio
pris du grec, et c)ui tient ài aschta, du sanskrit, I(^
quel se retrouve également, sous des formes nides
et primitives, dans asckte en zend, ascht en peiti et
en Kourde, hasht en parsi, hesht en persan, ohm
en mœsogotique , et sous d*autres formes très-
analogues en danois, suédois, irlandais, anglais,
allemand, hollandais, etc. Le même accord de cirs
langues peut se remarquer sur les autres noms de
nombre , et sur bien d'autres noms encore. -^
Miscere a fait misculare , puis meseohre , pû^
mesclare ; d*où vint aux Castillans mesdar, au
Français mescler, et puis mêler. Miscere est un pro-
duit du grec, misgein; et ce dernier mot tient auf
radicaux du sanskrit, misr* et mil\, qui prodaisireat
w
ETT
D^ANIUROPOLOCii:.
ETT
41»
enfin eo loisir où on ne reconnaît plus la
racine d'oisif. Le mot sigilium^ en segel ,
scéd^ scei et enfin sceau^ tandis que la lettre
/ s*est conservée dans «ce//fr. Mais la prin-
ci [«aie masse des langues consiste dans les
mots les plus familiers : les langues sont
donc altérées dans tous les mots les plus es-
sentiels : il n'est donc pas étonnant qu'on
n*ait pu reconnaître leurs rapports au mi-
lieu d*un si grand nombre de travestisse-
ments : il n'est pas étonnant non plus que
nous puissions retrouver ces rapports, au
travers de tant d'altérations entassées les
unes sur les autres, en rassemblant tous ces
travestissements, en les éclaircissant les uns
))ar les autres, en ne nous en laissant point
imposer par eux, en n'y voyant que des ef-
fets nécessaires de l'usage , et en vovant de
quelle manière chaque mot a dû n^ssai-
remeot s'altérer.
« {. U.. Principes de Pari éiffmalogique^re-
laiirement à la forme des mots. — La forme
ces mots consiste dans les lettres dont ils
sont composés et dans Tarran^ement de ces
Jeitres: mais, à cet égard. Te même mot
change sans cesse en passant d'une langue
dans une autre : fervor devient ferveur; octo
devient kuici , puis huit ; cœlum ciel ; et (209)
ce aue nous prononçons poivre^ se prononce
en latin piper ; tout comme nous disons
f o//e, lorsque les Grecs disent golpos.
« Ainsi, de même que les langues chan-
gent sans cesse, chacun des mots dont elles
«^ont composées , prennent successivement
ie:» formes les plus variées.
• Ces altérations cependant doivent sui-
vre des règles constantes , au moyen des-
quelles on pourra toujours remonter à la
rremière origine de ces mots, et les suivre
travers toutes leurs métamorphoses. En
efTet, comme les mots n'ont jamais été arbi-
traires, leurs altérations n'ont jamas pu l'ê-
tre : elles ont toujours eu des causes physi--
quesdont il est aisé de rendre raison.
« Les changements de formes qu'éprou-
vant les mots, peuvent se réduire à trois
classes : changements de voyeliesy change-
ments de consonnes , et changements de
place entre les lettres qui composent un
mot ; de là trois principes d'étymologie.
« PsEifiEB PBi^ciTE. — Le changement ou
les altérations dans les voyelles n'empêchent
pas de reconnaître Vorigine des mots. — Le
cbani^ement le plus simple et le plus commun
«|u*éprouve le mot, c'est celui qui a rapport
à la Toyelle qui le compose. L'on peut dire
qu'à cet égarJ l'usage n'en a jamais res-
)*ecté aucune, et que chaque mot s'est suc-
ce>sivement associé à toutes les voyelles, ou
a la plus grande partie. Nous avons, par
exemple, changé presque toutes les voyelles
I -s bifiiiitift wâsfiimm cl «i7iIm«. Misi^ tient encore
â fci radne msskkom^ wiasaek, qo*on peut reiroQver
est rbaldaiqve, en bébren, en syriaque, en arabe, etc.
— Qnant à Msir, il tient à nos vieni mois ioiiikte^
, il /otsl, il ioisoit^ fic,^ qui dérivent oer-
ide iicere^ lacet.
-009) Piper est veno de Flnde, comme le poivre
f*tnj/t est, en sanskrit, lin des noms les pins
des mots latins : de leurs a nous avons fait
ai et e : /mne, pain ; /bme, faim ; mare^ mer.
De leurs e nous avons fait oi et i: serus,
soir : cera^ cire. De leurs i nous avons fait
des a et des e: lingua^ langue: firmus
ferme. Nous avons changé leurs o en plu-
sieurs autres voyelles : en fu, Aoro, heure ;
honory honneur. En u, octOj huict, huit. £n
ou, totusj tout. En iit, ron'um, cuir, etc.
« Les II des LaUns sont souvent des o en
français : urtica^ ortie ; numerus^ nombre :
des ot : iiux, noix.
« Ces mêmes mots, en passant chez d'au-
tres peuples, furent associés également à
des voyelles qui n'étaient ni la voyelle qu'of-
fre ce mot en latin, ni celle qu'il offre en
français : ainsi nox ou nuit^ sont nigth eu
anglais, nacht en allemand, fio//e en ita-
lien, etc.
c La raison de ces changements de voyel-
les est très-simple : elle est tirée de la na-
ture même des voyelles. Leur prononciation
est si légère, si déliée, celle de l'une a tant
de rapport à la prononciation des voyelles
du même ordre, qu'on les confond sans* cesse
les unes avec les autres. Si vingt personnes
répèlent ou écrivent un mot étranger qu'el-
les entendent pour la première fois, elles
différeront toutes relativement à ses voyelles.
« Il résulte de là qu'une personne qui ne
voudrait point reconnaître les rapports dn
deux mots, uniquement parce que ces mot5
n'auraient psis la même voyelle, agirait con*
tre toute raison, et ne pourrait jamais com-
parer deux langues entre elles.
« £n effet, malgré ce changement de
voyelles, le mot ne laisse pas d'être le même
ou d'appartenir à la même famille, puis
qu'ils ont une signification commune, e*
que les consonnes et le son générique qui
en résulte sont semblables.
« Sbcoxd PRi?rciPB. Le changement ou les
altérations d'une partie des consonnes d'un
moty n empêchent pas de reconnaître Vorigine
des mots. — Quoique les Latins disent pellis
et sapory tandis que nous prononçons «oreur
et peau, autrefois peU d'où viennent peler et
pelisse^ on n'en reconnaît pas moins que ces
mots français sont les mêmes que les mots
latins auquels ils répondent, puisque la si-
( unification et une partie des consonnes sont
es mêmes, et que le son générique qu'offrent
ces mots rentre dans la même classe, qu'on
s'aperçoit sensiblement qu'ils ne sont quo
ùes nuances d'un même son.
« Ceci est encore fondé sur la nature des
consonnes. 11 n'existe que sept ordres de
consonnes, et chacun d'eux est composé de
consonnes faibles et fortes, dont le son ne
diffère que par le plus ou moins de force.:
ainsi, pour peu qux>n ne saisisse pas ce degré
ttsilés de oeue épicerie. Il signifie, en sanskrit, ce
qni /oti Mre. De la lanfpie indienne, ce terme a
passe, avec quelque allération, dans le chaldaïqae,
rarabe, etc. Il a fail , en srec, peperi ; en blin,
prper, d*oii nous sont veous pme et poisre; comme
de hibere nons avons fait hesere^ benre, bere^ enfin
boite; comme de pi*ci$^ poisson.
ifî)
ETt
DlCllO.NNAIltE
CTT
m
(ie lorce dans toute son étendue, on suhsli-
lucra une consonne à une autre, une ibrlc
à une faible, ou une faible à une forte. Dans
saveur, par exemple, nous avons substitué
la consonne faible r, h la consonne forte p,
r?ious avons fait médaille du mot metallum^
en changeant la forte t en la faible cf, et
nous disons dent lorsque le flamand pro-
nonce tanly et le danois dand.
« C'est cette subslition continuelle d'une
consonne forte à une faible, qui avait empo-
ché de reconnaître les rapports entre les
mots dont plusieurs langues scs(Tvont,pour
exprimer ce que nous entendons par le mot
PAR'ole, et qui tiennent tous à la même ra-
crine que parole ei parler, la racine par qui
signifie action d'exprimer ses idées par le
langage ou la parole. Tels sont : En celle et
en teuton,. 6ar, parole chantante, chant; en
hébreu, bar, énoncer, déclarer; en celte,
f(n\ parole; en breton, a-var, parole; en
nlleniand, mahre, ^iiscours; en irlanJais,
Oearhy parole ; en hébreu, de-ber ou de-ver j
parole ;.en latin, rcrbumy mot, parole (210).
« Ou voit aisément le rapport de tous ces
ujots, quoique la première consonne chan.^e
presque toujours, qu'elle soit tantôt p, tan-
tôt 6, r,.7w, f. i-Le sens de tous ces mots est
constamment le môme ; c'est toujours la pa-
role qu'ils déisignent, ou des idées relatives à
la parole. 2" De trois caractères essentiels
(ionl ce mot est composé, les deux derniers
sont les mCTraes dans toutes ces langues, du
moins la consonne finale r : c'est toujours
ar, ou er, 3° Les consonnes qui occupent ici
la première place, ces p, 6, r, jf, wi, sont des
consonnes du môme ordre, qui se pronon-
cent toutes des lèvres, et appelées à cause
de cela labiales : elles sont donc en quelque
façon un son unique, qui ne diffère que par
le plus ou moins de force ; des nuances d un
môme son qui n'emp6<:îhent pas de recon-
na4lpe dans ee Tnbt un son. constant;, tout
comme les nuances du rouge ou du vert
sont toujours du rouge ou du vert. Ainsi
p, 6, r, /; m, sont également la labiale^ con-
sacrée avec une voyelle et la consonne r, à
exprimer ce que nous entendons parle mot
parole.
K Troisième principe. — Le changement
de place de quelques lettres d^un mot, n'em-
pêche pas de reconnaître son origine, —
(210) Ajoutez le mot sanskrit 6/mr(ia/ia, parleurs,,
poètes, panégyristes, historiens.
(211) Court de Géberin adonne, particulièrement,
sur cette première règle, des détails curieux et con-
vaincants. Cette même règle est aussi frès-dévelop-
pée dans VEtymologicum magnum de M. Walter-
Writer, publié à Cambridge, iu-4'', 1800, et encore
dans la même ville, en 481 i, in-4% 2 vol. Ce der-
nier auteur établit, pour bases de la science étymo-
I )gique, outre cette première règle, une doctrine
tout h fait neuve, mais qui n>st pas aussi univer-
selle, aussi infaillible qu'il le croit. Elle consiste k
dire c^ue tous les mots sont tirés, primitivement, de
ce qui a rapport à la terre et à ragricuUure. Au
reste, Touvrage de M. Wbiter est plein des étymolo-
i* Souvent les lettres fondamentales d'un
mot chang}nt de place, en se IransmcUanl
d'une lan;5ueàune autre. Alexander^ Alexan^
dre ; October, octobre ; dor en celte, et thro
en chaldaique, une porte; glava en escla-
von, et calva en latin, tête.
a Cependant on reconnaît également le
rapport de ces mots, parce que la ditfiTcnce
qui résulte de cette transposition n'est pas
assez considérable pour prévaloir sur Teu-
semble des autres raf>ports.
' « 2** Souvent encore on ajoute une voyelle
à la tête des racines primitives, en sorte que
la lettre qui devait ôlre la première n'est
que la seconde. Ainsi notre ancien mot estât,
que nrms é^crivons éiat, vint de status^ par
1 addition de la voyelle c.
« 3** Souvent aussi on ajoute des couson-
jies à la fin ou au commencement des mots :
d'awrc, oreille, de sole, soleil. Nous disons
doré au lieu de dire oré, eu latin aurato,
« k" Rienxie plus commun que la su;-
Î)ression de quelque lettre. De temps, on a
ait ^cms, de vostrc, vAlre.
'< 5" Enfin, on unît continuellement deuï
ou plusieurs mots radicaux pour n'en for-
mer qu'un seul. Quelquefois on reconnaît
^QiW^ peine les mots qu'on a réunis. Chin-
dent r justaucorps, poUemanieau, passepar*
tout.
« Souvent on ne reconnaît plus les mots
qui ont servi à cette composition. Soupçon-
nerait-on ces mots au, alors, encore, ruban,
d'être des mots composés par la réunion de
deux ou trois mots? Rien de plus vrai ce-
pendant : au est pour al qui est formé de
à le. Alors, vient de à Vore ou à Vheure, En-
core, est pour en ce hore, en celte heure.
Ruban, mot altéré de reu-band^ est conaposé
du mat bande et de rcu qjji signifie roM^^
éi'ltitant.
*i § III. Règles à suivre dans la recherche des
étymologies. — Puisque la science des ély-
molo^ies repose sur un petit nombre de
principes clairs et incontestables, on peut
en ramener la pratique à quelque rèjjles
simples, déterminées par ces principes, et
qui assureront la recberche i\os étymologies
et leur donneront la plus grande certitude.
Telles sont les principales de ces rèjjles:
!• Ne pas s'arrêter (211) aux voyelles des
mois pour en reconnaître les rap^orl^;
gîes les plus savantes et souvent le mieux proruêi's,
concernant les principales langues de rEurcue, à*
l'Asie occidentale, du nord et de Toricnt de rAirlq'K.
On y trouvera aussi des opinions, quelquefois trop
systématiques, mais les plus curieuses et les plus
multipliées, sur la permutation des consonnes.
Dai^s les recherches étymoldgiques, les veyeHrs
sont à peu près indifférentes ; certaines dusses do
consonnes se permutent sans cesse entre elles. Il y
a même des permutations prouvées d'une classe ('•«'
consonnes à rautre(a). Qu'est-ce donc que la srirni'
étymologique, appuyée sur de simples similitude:» 0(
formes actuelles, et sur des possibilités de rein»'
ehemcnt, d'addition, de translation et de transfor-
mation? C'est l'instrument des plus folles erreurs;
(A) Il suit de c«s fai^, et de queltrics autres, qne des idiomes trèsHJissemblsbles dans Icor maté.iol, peu*
^fiii r^irc foriis c'l'igi'luir mu.! *\'\ïtï^ m'ute Uiigue.
5'l
ETY
DANTimOPOLCGlE.
KTY
&0S
I
f Ne pas coîifondre les lettres accessoires
d'un mot avec les lettres primitives et fon-
damentales ; 3" Ramener les mots à des ra-
ilicani composés ordinairement de deux
fonçonnes séparées par une voyelle forte ;
V Classer tous l*»s mots jar familles ; 5" Su-
bonionner au sens pbvsique d'un mot tous
lo< sens moraux, spirituels ou figurés au'il
offre; 6* Ne supposer aucune altération dans
un mot qu'on ne puisse justifier par l'usage
pf par l'analogie ; 7' Eviter toute étymolc-
eie forcée, ou qui ne porte pas la convictieu
flTPC elle (212).
« EXEMPLES DE QUELQUES ÉTYMOLOGIES. —
Considàery regarder attentivement un ob-
i; au figuré, réflé/Jiir en 5oi-mènie. Tel est
<eDS actuel et générique de ce mot ; mais
m< 50D premier usage, il a dû seulement
<i:ni!ipr, regarder te ciel, Considerare , ra-
lioe sidus. Expression formée sur l'atten-
liiui avec laquelle un astronome regarde
tineror.f'.ollaiion à traversunlong tube pour
tR mettre les étoiles ensemble, constellare^
frn-siderare ; car les anciens, sans avoir
r./7ime nous, l'invention des verres de lu-
n-i'e? ne laissaient pas que de se ser-
vir pour regarder les astres d'un long
fnyau qui en dégage les faux rayons. Le
terme qui exprime cette idée morale no
|<*ul être que très-ancien , puisqu'il est d'un
M commun usage h l'esprit de l'homme. Il
nciis montre par là combien l'étude de l'as-
trunomie est ancienne rarmi les hommes.
♦'elle expression métapnorique vient sans
*ioutedes Chaldéens, soit par dérivation,
s^il par traduction. Car je ne prétends pas
dire nue le mot cortêiderare soit l'ancien
mol dont on s'est d'abord servi, mais seu-
lement qu'il en doit être une traduction
liKi^rale. J'ai cité un second exemple éga-
lement tiré de la racine $idu8 très-propre à
feire Toir que cette élyraologie singulière
iH'st nullement imaginaire. C'est le mot
^''Wr syncopé du latin desideriumj qui si-
cniiiant dans cette langue plus encore le
f'^rpt de la perte que fe souhait de la pos-
^♦•*Mf>n, s'est particulièrement étendu dans
n'»'re lan-^e à ce dernier sentiment de l'Ame.
î^ particule privative de précédant le verbe
tidfrare nous montre que de-siderare, dans
w signification purement littérale, ne vou-
lait dire autre chose, Cju'étre privé de la
tne (ks aftres o%t du soleil^ se trouver dans
^' ri'^^ret du jour et l'embarras de l'obscu-
I <M la source élonnamment féconde des inus;ons
' * I»l't>» i orupeuses : voilà ce que rexpérience a
p'UTé^^n Fiance, en Angleterre, en Âlltmugno, en.
'•ite, etc.
^i\% M l »s conjectures étymologiques sont ap-
l* »>♦*•*> par des exemples mnlli plies et clironologi-
'•i'mkïi suivis de proche en proche, dans Tidiome
"^ i «spression prot4émaUque a. sa famille, et de
^>< (• dans les langues surtout les plus analogues à
(^ MttoflM», plus anciennes que li!i, ou qui soient du
uwiftîi s««s coDlcroporalnes; enlîn , si les faits de
"i^toire, si les usages et les opinions sont tiou-
• *» 'Il liaimonie avec ces déductions philologiques ;
'• -'v CI»-* conjectures, dévc1oi>pces, fortifiées par des
» ''l'ic*' jtidicieux et u'unc érudition vaste et pro-
rité. Le terme qui exprimait la perle d'une
chose si souhaitable pour l'homme, s'est
généralisé pour tous les sentiments du re-
gret, et ensuite pour tous les sentiments de
désir qui sont encore plus généraux; car
le regret n'est que le souhait de ce que
l'on a perdu ; et le désir regarde aussi bieo
ce que Ton voudrait obtenir, que ce qu'on ne
possède plus. Ces deux exemples sont d'au-
tant plus frappants que les deux expressions
coîi'siderare et de-siderare n'ayant rien de
commun dans l'idée qu'ils présentent, ni
dans laffection de l'âme, et se trouvant cha-
cun précédé d'une proposition qui les ca-
ractérise, on ne pourrait les tirer ainsi tous
deux a sidère y si le dévelopicment de l'opé-
ration de l'esprit, dans la formation des
mots, n'avait été tel qu'on vient de le dé-
crire. Ajoutons que ces deux expressions
jîrises dans leur sens purement littéral-
viennent naturellement à la bouche d'un
[)euple sauvagequi vit en plein air : et n'ôu-
ïlions jamais que c'est toujours à ce temps
qu'il faut remonter quand on veut trouver
la véritable origine des choses; surtout celle
des expressions de cette espèce , qui ne sont
généralisées qu'après avoir été reçues dans
un sens particulier, matériel et tout à fait à
portée des esprits peu exercés. Le composé
Înœ-sidereLlio s'est conservé à peu près dans
e sens propre ; car il signifie que les sai-
sons du froid et du chaud sont plus avan-
cées qu'elles n'ont coutume de l'être dans
l'ordre ordinaire de le nature : au lieu que
le simple sideratio ne se dit que d'un mal
subit et épidémique qui attaque tout à coui»
les animaux et les végétaux ; chose que dans
les temps d'ignorance on attribuait h l'in-
fluence des astres.
« Pour fortifier la même observation j'ai
encore cité le mot contempler , à peu près
synonime de considérer^ et dont Toriginc
est la même. Conlemplari de la racine tem-
plum. Or le mot temple qui signifie aujour-
d'hui un lieu sacré et fermé, ne signifiait^
au contraire dans son origine qu'un granà-
espace ouvert soit dans le ciel soit sur la
terre, libre de toutes parts à la vue. Varron,
1. VI, le définit ainsi : Cœlum qua tuimur^
dictum templum. Les expressions templum
œtheris , œthereatempla sont usitées chez les
plus anciens Grecs et Latins. Ainsi considé-
rer et contempler^ c'est également regarder
le ciel. Le mot temple très-générique dans.
fonde,, peuvent devenir des probabilités très-pres-
santes, ou même prendre leur rang parmi les vérités
démontrées.
(212) Youdrait-on nous pcrme^ttre de hasarder,
pour supplément, les deux règles suivantes? 8* Mul-
tiplier les rapprochements des formes diverses du
mot, dans l'ordre chronologique, autant qu'on le
tïfut. 9* Puiser ces formes, premièrement, dans
'idiome où est pris immédiaiement le mot qu'il
s'agit d'expliquer ; puis , consulter les langues re-
connues pour être mères, ou sœurs, ou fllles de ce
même idiome; et, enfin, mais avec grande défiance^
les langues mômes «lui parnltruient lui être ctran-
gêroà.
505
ET Y
DICTiONiNAlUE
ETt
soi
son oriffine* l'est devenu un peu moins lors-
qu'on la restreint à signifier un espace ou-
Tert en plein air , où les anciens peuples
sauvages s'assemblaient autrefois, comme
ils s'assemblent encore en Amérique , pour
prier, pour adorer le ciel et les astres. Car
dans les premiers siècles on ne faisait point
de prières dans un lieu fermé. Mais quand
Tusaze a changé totalement à cet égard, la
signification du mot temple s'est particula-
risée tout à fait dans le sens où nous l'a-
vons depuis longtemps.
c Admirer , mirari , se dit de tout ce que
Ton considère avec une surprise mêlée de
plaisir; et aussi de tout ce que Ton re-
garde avec attention, surtout s'il s'attire du
respect, et s'il éblouit la vue ou l'âme. Dès
lors n'est-il pas facile de voir, que parmi
tant de mots latins dont on sait que l'ori-
gine se trouve dans les langues d'orient ,
le terme mirari^ servant à exprimer un
sentiment de l'âme tel que celui que nous
venons de décrire , a été formé sur le mot
oriental mtAr, le soleil j qui est en effet
le plus admirable de tous les objets de la
vue, et celui du culte des anciennes na-
tions 7 De là sont dérivés les mots miracle^
miroir^ mire^ merveille^ etc.
« J'ai dit aussi que moniiion avertisse-
ment, monere avertir, venait de moun^
Luna{celtice Mon arœce Miivio, persice maen,
analice moon, etc.). Il faut le prouver. Rap-
pelons ici les usages antiaues. Les pre*
miers peuples n'avaient d autre méthode
ou d'autre instrument propre à mesurer la
durée du temp<« que d'observer le cours
des astres. Ils se servaient surtout du cours
f>lus limité de la lune, dont les phases
eur donnaient à cet ésard une erande com-
modité. La nouvelle lune après le déclin
commençait une nouvelle période de temps
appelée mensis (de Mqv] mois, qu'on cé-
lébrait par une fête appelée néo-ménie^ nova
luna. On tenait en sentinelle sur un lieu
élevé une personne chargée d'observer la
lune et d'avertir (monere) le peuple , aussi-
tôt que sa lumière commencerait à redeve-
nir visible. C'était la pratique des Hébreux,
et de bien d'autres nations. Tous ces faits
sont parfaitement connus. J'en conclus après
les meilleurs étjrmologistes , que le terme
servant à signifier le plus usité de tous les
avertissitments s'est étendu à tous autres ;
que le mot générique monere , exprimant
une idée intellectuelle et purement relative
à l'opération de Tâme , ne pouvant dès lors
avoir une racine qui ne soit tirée d'un ob-
i'et physique, on la trouve dans la racine mon^
una. On y retrouve la convenance de son ,
de figure et de raison , puisque la lune ser-
vant aux hommes des premiers siècles de
mesure du temps et de la durée, était pour
eux le moniteur perpétuel et journalier
Aussi les Latins nommaient-ils moneta la
même divinité qu'ils appelaient Luna^
Diana , f la déesse journalière ( de dies) ]
Jana et Juno , la déesse et la reine des airs.
Elle avait son temple à Rome, où l'on éta-
blit la fabrique nos pièces d'argent ayant
cours pour l'échange des choses usuelles,
qui retint le nom de moneta ^ monnaie; mais
le sens de monnaie n'a plus de rapport à
celui de monition; comme celui de moniiion
n'en a plus à celui de mois. L'idée a couru
de branches en branches ; tandis que la fi-
gure moins altérée nous indique encore
que les branches peuvent se ra[)porter à un
même tronc , et que l'observation nous le
démontre. Le nom purement latin de Mi-
nerve^ une de leurs divinités, vient aussi
de la même origine , et se rapporte à la
même cause. Son nom signifie la déesse de
Yavertittement ou du conseil. On n'en peut
douter quand on voit que dans le vieux W
Î;age que parlaient au temps du roi Numa
es prêtres saliens , oui avaient dans leur
rituel des hymnes en Vhonneur de Minerve,
promenervare signifie promonere. Ainsi quel-
ques mythologistes n ont pas eu tort de dire
que Minerve était la même que Diane. On
voit ici pourquoi Minerve était regardée
comme la déesse de la prudence , du bon
conseil, de l'avertissement; rôle qu'elle joue
dans les poèmes anciens, et comment les
premières origines de chaque divinité se
rapportent toujours ,au sabéisme ou culte
des astres.
« Réfléchir de remflectere^ à la lettre c'est
plier en deux^ comme si l'on repliait ses pen-
sées les unes sur les autres pour les rassem-
bler et les combiner. Comment aurait-on pu
peindre autrement que par cette image com-
parative la duplication et la combinaison des
pensées ? Répliquer , re-plicare , c'est de
même redoubler ses paroles. Réfléchir s'ap-
plique aux pensées, répliquer au discours, et
remarquer aux objets : c est distin^er ua
objet, le particulariser, le circonscnre en le
séparantdesautres; de la racine marcAr, borne,
confin, limite. Peut-être pourrait-on m'ob-
jecter à la rigueur que les mots ci-dessus pli
et marque ne sont pas des noms de substan-
ces physiques et réelles, mais de modes et
de relations. Mais il ne faut pas presser ceci
selon une métaphysique trop rigoureuse.
Les qualités et les accidents des substances
réelles peuvent bien être rangés ici dans la
classe dii physique, à laquelle elles appar-
tiennent bien plus qu'à celle des purs êtres
moraux.
« Autres exemples de noms d'opéritioks
intellectuelles, de relations, d'habtrc-
DE8, etc., FORMÉS SUR DES IMAGES VISIBLES
ET MÊME PAR ONOMATOPÉE. — Délibérer^ de-
liberare^ c'est tenir en balance ; de la racine
/tfrra, balance. Cette peinture physique est
très-bonne et directement appliquée à de
telles opérations de l'esprit. Mais le mot
libra^ balance est fait sur le mot /t6fr,qui de
même que codex^ signifie dans son origine
un morceau de boiSf soit qu'on s'en senril
pour poids, soit qu'on s'en servit pour plan-
che suspendue sur laquelle on mettait deni
corps en équilibre. Le latin libella , règle de
bois propre à poser les corps de nivean a
produit l'anglais level et le français nir«w,
nivellement.
<c II y a des termes moraux si bien iabri-
ETY
b*ANTimOrOLOGiE.
ETY
501
Ses pour faire rapporter la juste application
ce qui est eiterne, à Topération des sens
inlérieufs, qu'on pourrait croire que leur fa-
brique est le produit d*une observation com-
bioée et philosophique, s*iln*était plus natu-
rel encore de la prendre pour Teffet rapide
d*uDe grande justesse d*instinct. Tel est le
mot raiio^ raisony qui, selon la force de la
signification ori^nelle, équivaut aux expres-
sions suivantes, la vérité de la chose^ Vexis-
ime réelle de la chose^ en un mot, la chose
M/Af, en la considérant comme transportée
du dehors au dedans de Tesprit. Cette iuste
cooformité de Tidéc intellectuelle avec rob-
iet physique est ce qui constitue précisément
la Térfté, c'est-à-dire la ration , et le fondement
de la raison tant dans le fait que dans les
monnemente ou conséquences qui décou-
lent du fait. Voici quelle a été la fabrique
duiDotra/io. Du substantif générique re«,
Tfrum, les Latins ont fait le verbe rert, pour
siiOiifier faire passer quelque chose dans son
nprU^ la connaître comme vraie et existante^
la troire telle : comme nous dirions littéra-
ie;Dent et absolument (si le mot était reçu
difls notre langue) choser dans sa tèle, y
mettre un objet, en avoir Tidée toute telle
qu il est. De reri on on a fait le participe
r^iusj et le terme abstrait ra/to, raison. On
oe pouvait mieux peindre la- force de cette
opération de Tentendemcnt qu*en y appli-
quant le mot re«, pour faire entendre crue la
r9ison c'était la chose même toute réelle et
toute Traie. C*est bien aussi ce que signifie
le mot réalité tiré du même primitif. Ce
((Q est la réalité dans la nature, la raison
lest dans Tesprit. Ceci parait encore con-
firmé par le verbe grec fiu dicoj loquor; car
por/er c'est nommer les choses.
t Excellence cesi une course plus rapide
(ne celle d'un autre coureur : image sauvage
îoi représente fort bien quel est entre plc-
^if'urs personnes celui qui surpasse les au-
trest et qui mérite d'être préféré. Le mot
oriental M, celer^ velox a produit le verbe
;rec ^iku» nrovenio^ appello^ et en latin le
^erbe simple celercj avancer^ agiter^ remuer.
^ là on a fait les verbes composés prœ-
Mertj être avancé le premier j et ex-cellere^
^(re avancé hors de rana^ être assis plus haut :
equi est une marque de prééminence parmi
es hommes assemblés. Jusque-Jà le mot
^tait encore à peu près dans son sens phy-
ique. Quand on Ta voulu étendre au sens
i''>ral, on a dit ex cellent pour le meilleur j
Tobjct préférable à tout autre du même j^enra.
Quand on a voulu s'en tenir à la significa-
tion purement littérale, de cello on a fait
pro'Cella pour signifier tempête rapide^ agita
tion violente.
« Donnons un exemple d'un objet phvsique
et réel dont le nom serve de racine a celui
d'une considération de l'esprit purement re-
lative, et d'une relation d'un genre singulier,
telle qu'est par exemple la parenté entre
plusieurs personnes. Frère, en latin frater^
en anglais broiher^ et ainsi de même en
quantité d'autres langues. Tous ces mots pa-
raissent venir de la vieille racine celtiaue
fera, venter f utcrus; de sorte que le mot /ro-
ter, dans sa propre signification est syno-
nyme di'uterinus; l'idée relative coatenue
dans le mot frère^ se trouve ainsi exprimée
par une dérivation tirée d'un objet physique.
On peut encore remarquer en passant sur ce
mot que la terminaison rer paraît appropriée,
dans beaucoup de langues, aux mots qui ex-
priment des rapports venus par génération
charnelle. Savoir, outre le générateur com-
mun venter j pater, père ; mater^ mère ; fra^
ter, brother, frère; sister, sœur, dochter^
ùvyiTop docter, daughter, fille, etc.
«c J'ai dit qu'empêcher c'était à la lettre /i>r
les pieds: et qu'expédier c'était les délier.
Cela s'explique tout seul par le latin impe-
dire, pedes intricare, et eapedire, pedes libé-
ra e. Celle image est très-naturelle, très-
pittoresque : car il n'y a guère de meilleur
moyen d emf:êcher un homme d'agir, ou de
lui en rendre la facilité. Mais à combien
d'empêchements et d'expéditions cette allégo-
rie n'a-t-elle pas été transférée? Les Latins
s'en servent dans un sens moral tout à fait
détourné lorsqu'ils disent expedit pour i7 est
à propos: d'où nous avons fait expédient. Ne
disons-nous pas aussi délivrer expédition
d'un acte de notaire, pour en donner copie
aux parties intéressées ?
« Il n'y a sorte d'image matérielle qu'on
ne s'avise de transporter par métaphore en
signification intellectuelle. Cal est une racine
qui désigne la dureté des corps (213); de là
vient caillou, gallet, Caledonia, Ciliciu, calus,
calx, calcare, etc. Le grand usage de manier
des corps durs rend les mains calleuses, et la
callosité des mains indique ce grand usage.
II n'enrapas fallu davantage aux Latins pour
fabriquer là-dessus le verbe callere, lorsqu'ils
ont voulu exprimer que l'esprit avait une
pratique usitée, et une connaissance par-
tî\Z) • f$alad en phénicien (durescere) ; challek
^ii), XftXe$ (lapHlu%) ; calculuê (caillou plat), d*où
^1 cafcnler, parce qu*on s*c&l premièrement servi,
>vir calculer, de petites pierres, en guise de jetons ;
M eo celtique (durus); challex, au pays de Gex,
Lnufie rocher ; coHU, colline ; caiare en italien
>N»idre d*un rocher, glisser d*unc pente raidc) ;
dUt ((-ailloQ p*at du rivage de la mer) ; ca/, en gé-
«>I« rivage maritime; rivage garni de rochers et
^ pUeU ; de \h viennent, à ce que je crois, les noms de
^^1^, Cdla;, GaUi, Kdc)jTos roàaeraL J*c$lime que
'^ de là que toute la région qui faisait rextrémité
^ rE«TOpe, sur la grande mer Océane, a été nom-
wc GoiUa, Cetlica, CaljU (le pavs de Caux) ; Cn/-
lœcia (la Galice) ; Wallia (le pavs de Galles) ; Wal-
lones (les Flamands) ; Cala-is (Portus Icciuê) ; Por-
tugal {Porf-Cal, ce qui est une espèce de pléonasme
assez commun en géographie) ; Cilicia (lapidoêa);
Cale-donia {durayel lapidosa regio); callus, caliis
(sentier battu- d'où viennent eallere, calliditas);
calXy calceuê (d*où viennent caligœ, caleçon, chans"
ser); calcar, cuico, calco (d'où vient calquer); culx,
ehaux^ calciner, calva (crùne, tète chauve, tète nue),
d*où viennent calotte et calot (coquille de noix).
Calvi-monê (rocher pelé, Chaumônt) ; gelu, glocies,
cfarea (gravier); glaiic (terre dure): caillou, ca»
?it5, ctc, etc.
507
ETY
IvICTIONNAlUE
ETY
m
faîle de quelque science Ils onl présenté
]*ima;$e d un espril endurci par Fusa^e ,
comme un sentier (callis) est endurci pour
avoir été l)altu et fréquenté. Ils ont encore
étf ndu rîma^T, en disant calliditas pour ex-
j rimer le prompt et le subtil discernement
acquis par la pratique habituelle des choses.
GepenrJant alors l'image est déjà bien loin
de son original.
^ Voyez encore comment ces façons do
parler, avoir de Vinclination pour quelqu'un^
pencher en sa faveur^ sont vraiment des ima-
ges |>lîysi(juos de choses morales, et com-
ment on exprime les mouvements de l'âme
par les mots penchant et incliner^ qui sont la
fi;5ure (!es mouvements corporels. C*est aussi
une ft/ft bonne peinture naturelle que d'a-
voir nommé coquetterie le caractère d'esprit
d'une femme qui agare vingt amants, comme
le coq a .^ace et fait l'amour à plusieurs pou-
les à la fois. Ce mot-ci servira d'exemple
pour les termes moraux venus par onoma-
topée, qui cet la source d'où il seml)le le
plus difficile de les voir sortir. Certainement
Je nom celtique coq, de notre oiseau gaUur^
a été formé par imitation naUirelle du glous-
sement de cet oiseau. Il n'en faut pas d'autre
preuve, sinon que d'autres peuples très-in-
connus aux Celles l'ont ainsi nommé natu-
rille no t, et qu'une poule, en langue des
sauvages Australiens de la Nouvelle-Guinée,
se dit coof/. Caqueter, caquet, viennent de la
m *mo racine, pour désigner un babil conti-
nuel et importun, tel que le gloussement
continuel des poules. Les deux termes ca-
queter et coqiteter sont presque semblables,
parce cju'ils viennent de la môme racine,
(juoiqu ils exprimonl des idées fort différen-
tes. La dernière n'a plus rien de l'onomalo-
péo ni de l'imitation du cri, et cependant
elle en vient, ainsi qu'une infinité d'autres,
dont la liaison n'est pas facile à démêler.
« Caprice, qui se dit d'une disposition
d'esjjril bizarre et déréglé dans ses saillies,
ne signifie à la lettre que chevelure crépue,
tête hérissée, en italien capo rinio. En effet,
cet extérieur est assoz souvent un signe
duns telle disposition d'esprit. On a jalis
nommé Hnrepois ou Hurepoil une contrée
voisine de Paris, à cause des façons grossiè-
res <les liabitants de ce canton, à poil levé,
hérissé et mal (.eigné. {Voyez Faucuet, An-
tiqnit,, 1. iv.) Pelleté, famille éteinte en Nor-
man iie, dont un cardinal, effréné ligueur,
portait pour armoiries une tète à poil levé et
hérissé : le dernier de cette famille est mort
fou. Pour preuve que caprice vient de capo
riccio, on doit remarquer que la dernière
moitié est caractérisée, et la môme que dans
liî mot hérissé, (jui vient de l'anglais hair
(capillus) et de rujht, riccio, ou erectus.
« Détire, égarement de l'esprit, folie ; deli-
rare, n'est autre chose que labourer un
champ de travers, au lieu de bien suivre les
sillons en lignes droites. Racme lira, sillon.
Lirare est un vieux mot latin qui signifie
labourer un champ par raies ; il vient de
Torionial nir, sillonner, labourer. DelirarcF.Q
disait des bœufs nui, eu traçant dca si!!r»ns,
s'écartaient des raies déjà tracées. On a de»
puis appliqué ce mot aux écarts de l'esprit....
/•'ffii/f , de faux et de falsitas, venus eux-
mêmes de falsus et de faliere. Fait est un
ancien mot germanique qui signifie propre-
ment tomber; nous en avons suivi l'idée
dans notre idiotisme français, tomber en
faute. Le verbe germanique parait sorti ûe
la racine générique fal, bal, qu'on Irou-^e
appropriée à désigner, en quantité de lan-
gues, ce qui est en haut, en l'air, élevé, su-
périeur, soit physiquement» soit morale-
ment, soit allégoriquement. Les Latins ont
emprunté le verbe fall, dont la sigriificalion
est physique, pour exprimer une idée lûo-
rale fort étendue, en disant faliere pour /rom-
per, ne pas tenir, comme on le croyait; mé-
taphore prise d'un appui peu solide, qui
trompe en tombant d'en haut, lorsqu'on
croyait s'appuyer dossu5. Les Germains s'en
sont aussi servis en ce sens, en disant fœllm
pour decipcre, d'où vient notre mot félonie.
Les deux idées sont rassemblées dans le mol
ff'lé, par lequel on exprime qu'un vase d'ar-
gile s'est fendu en tombant et ne tieni pas
Tcau. On a dit fahus, faux^ de tout ce qui
trompe et ne se soutient pas. Ainsi le ternie
fuux, pris moralement pour tout ce qui n'c«t
ni assuré ni vrai, signiGe, pris pliysiquo-
ment, ce qui tombe, ne se soutient pas, et ne
reste nas tel qu'on l'avait placé.
a Astuce, artifice de l'esprit, astuda, ne
devrait littéralement signifier qahabinttkn
dans une ville, étant dérivé du grec «Trv,
urbs, civitas. Ainsi astutus, dans son origine,
ne serait qu'urbanusy comme si Ton eût dit
civitior et peritior quam sunt rustici.'kauïo;,
Cîvilis, urbanus, putcher. Mais le même mot
éttrru signifie mansiones, venant de fïxk'i,s[o,
maneo, qui sort immédiatement du caractère
primitif ou clef or^^anique st ^ appropriée
par la nature h désigner l'immobilité et la
lixilé
« Flatterie, est un souffle adoucissant,
flare, flatus. Le flatteur est celui qui souffla
aux oreilles d'un autre des choses fausses
oui lui peuvent être agréables. Flare ymi\
clo la première clef simple et organique //,
caractéristique et imitaiive du mouvement
des choses fliddes, telles que l'air et l'eau.
« Doute, dubium, incertitude de l'esprit,
se peint par la racine duo, qui désigne l'em-
barras entre deux pensées : dubium a duobas
incipit, dit un ancien grammairien latin.
« Souci, peine de l'ame, n'est à la lettre
q[u'une blessure corporelle. Le français ne
s en sert qu'au sons figuré; le latin l'emploie
également au propre et au figuré : saucm
pour vulneratus et pour mœstus,
Fugit cum saueius aram
Taunn^ et incertam excussit cei-vic^ securim. .
At regina gravi jam dudum saucia cura...
(Virgile.)
(Jnde est saucta aAiore;
Sam vlerutnque cadunt in vulnus...
( Lucrèce. )
Mais le grec iremploie la racine vr.w qne
pour vulftero; et ces mots grecs, arM^T/c»^^
.••^
ETT
DANTliROPOLOCIE.
KTY
^H^
5»nil formés sar la def primitive et organi-
que sr^ qui désigne en j:éncral le creux,
i'eicavationt reidbncement, la diminution
d'un corps en le creusant, ce qui est Teffét
d'une blessure. Voilà comment se foirent
}vs termes intellectuels en rassant de lan-
pies en langues : du primitif organique et
Btrcessaîre au sens propre, et du propre au
figuré; si bien qu'en quelques siècles on en
P'tJ tout à fait la rue et la connaissance
dans leur sens littéral.
« En iaiin ealtunitas et œrunna signifient
fin malheur^ une infortune. Mais dans son
ori'jînc le premier a signifié la disette de
praîns; et le second, la disette de l'argent.
Calamiias^ a ealamis^ g^éle , tempête qui
rompt les tiges du XAé^œrunma^cb œre. Nous
appelons en fran<^ais ierre en chaume une
î*-rre qui n'est point ensemencée , qu'on
h>>e reposer; et dans laquelle, après avoir
fO'ipé Képi, il ne reste plus que le tuyau
'^ciajitus} attaché à fa racine. Comme une
t'-rre en chaume est une terre qui se repose,
lie là vient qu'on a dit chômer une fête, pour
h célébrer, ne pias travailler ce jour-là, se
r^îioser. De là vient le mot calme pour re--
[•-i^, tranquillité. Mais combien la significa-
t;^»n du mol calme n'est-elle pas différente de
« «.-redu moifatanuté! et quel étrange chemin
n • n! pas fait ici les expressions et les idées
G«'^ hommes.
« En la même langue, incolumis^ sain et
«^Tif, qui est sine columna? expression tirée
« 'îin ! 'aliment qui, étant en Lon état, n'a pas
i *'^»!n d'étais. Diviser, ditidere ^ vient de la
r.i ine celtique <fir, c'esî-à-dîre rivière : le
V'Tiue relatif, divis'-r^ a été forzé sur un ob-
j. t physique, à la vue des rivières qui sépa-
r*'nt naturellement les terres; de même que
rie riraiesj qui se dit dans le sens propre des
iK-^tiaui qui s'abreuventà unen:êaie rivière,
i*u des possesseurs de fonds, qui tirent d'un
même ruisseau rirri;?ation de leurs champs,
on en a fait au Gpxré, rivaux^ rivalité^ pour
^i^nifier la jalousie en!re plusieurs préten-
dants à une même chose. Si inter riraies^ id
•-<! guiper eumdem rivum aquam duruntj sit
rontentio deaquœ ufu, etc. (Ulpia?!., leg. t,
tf. De aqua quotidiana.) Rivales dicebantur
q*ii in agris rirwn haberent communem, et
hTfipter eum sœpe disceptarent. (.\cmo?r in
nn. poet. HoRAT.)
« AtTME EXEMPLE D'éTTHOLOGIB PAR LA
KFCHEBCBEDC RADICAL. — Racîne Cap, qui
• «-Nigiie en général l'action physique de sai-
' ir quelque chose dans le creux de la main,
i-'^->t-àHlire prendre. — Cap io est le verbe
«.o Faction simple. — Cap to exprime qu'on
* iiercheà prendre^ qu'on y e<ît disfH)sé, qu'on
'^"y étudie, qu'on en fait liabitude, Captare^
rhercher à surprendre^ épier ^ tâcher de trom-
per et dfaltraper: en sens li airé, flatter ^ avoir
du manège. Chaque verhe sous celte nou-
Tf.ie forme aura ses mots propres, pour
l'i-^ent, l'action, l'attribut et la manière ou
fc'lvcrbe. Captator^ captatio^ captiosus , ra-
ptioseieK l'ondétourneralesens f*ropre pour
appliquer les termes par extension à toute
..i «ia^M* lie c? qui e^^l nui*-îhh' P'«r rurprh
pié^c et tromperie. — Cap esso exprime la
fréquence et î'ardeur avec laquelle on se
porte à Faction de prendre. Capessere , em-
poigner; prendre avec toute la main^ et au
ti^uré, prendre grand soin de quelque chose.
« Exeirple du verbe accru par préposition.
Valeur sig^iificative de chaque préposition. —
Accipio (ad-capio^ où le simple est joint à la
t)répasition ad^ qui signifie le mouvement
ocâl que l'on se donne siour une fin,} ex-
prime que l'on est arrive, que l'on fait un
mouvement, que Fon se présente pour pren-
dre. Accipere , accepter , recevoir; et en sens
figuré, apprendre. Ce verbe composé a,,
comme les précé<ients et les suivants, ses
dérivés déduits de fa forme propre; comme
accipiter^ oiseau de proie, oiseau qui prend.
Les Latins nommont aussi cet oiseau acre-
ptor. — Accepta lad-capto) est le fréquen-
tatif iïaccipio. Il énonce la volonté libre et
contente de celui qui reçoit; car accfp/er est
plus que recevoir : on dit recevoir une bles-
sure et accepter un présent. — Anticipa
(of/ff-rapio, joint à la préposition qui dési-
gne la priorité de temps ou de lieu) exprime
Sue l'on pretid d'avance, avant qu'on ne
onne. Anticipare^ prendre d^avance^ antici-
per^ devancer^ prévenir. Au figuré anticipa-
tio^ connaissance prématurée des choses. —
Concipio Icum-capiOr joint à la prénosition
qui désigne l'ensemble et l'assemblage de
plusieurs choses) exprime que Fon prend
plusieurs choses à la fois, et aussi que Fon
prend une chose avec soi pour la conserver
en soi. Concipere^ comprendre^ concevoir^
soit inlellectuellement, soit corporelîemenl;
engendrer^ en parlant de la femelle qui a
reçu en son sein le germe du mâle. De là
vient conceplus, conception productions de
la terre ou de l'esprit : conceptaculum ter-
rain propre à produire, lieu où les choses
sont produites. La terminaison cm/mw, habi-
tuelle au latin, est é([uivalente à /octis, et
peut tirer son origine du verhe colo. Bien
des gens jienHîent à croire que, comme tou-
tes les terminaisons ont leur signification
propre et adaptée à une certaine formule
d'expressions, elles ont aussi leur dériva-
tion propre, non arbitrairement fabri(;[uée,
mais tirée de quelque terme général. Si cela
est ainsi (ce que je ne voudrais pas assurer
dans tous les cas, quoique la proposition
soit vraie dans un grand nombre de cas}, il
en faut conclure qu'une bonne partie des
mots, qu'on serait tenté de regarder comme
simples, sont en effet composés sur deux raci-
nes distinctes et effectives, comme ici cepta-
culum^ de cap et de col. — Circumcipio joint
à la préposition qui désigne la forme ronde
et le local à Fentour (cirm, circum^ circus^
circulusy cinuitus) exprime que l'on prend
autour ce qui environne. — Decipio {de^a-
pio. Joint à la préposition qui désigne Fex-
clusi' Il et la soustraction) exprime que l'en
empêche de prendre, que l'on fait manquer
de prendre. Decipere^ décevoir ^ tromper ^ «I-
trapery surprendre. De là decipubim^ decv-
pula. piège, machine qui trompe, trébuchet,
sourûtrrc. La terminaison ula parait avoir
SIt
ETT
DlCTIONMAmE
ETI
$li
été faite sur le grec ^In^maieriayrei; de sorte
que decipula est resj ens^ machina quœ deci-
pU, — Disceplo {dis-caplo, joint à la prépo-
sition qui désigne la séparation et la distinc-
tion) exprime que l'on prend les choses à
part les unes des autres, ou de part et d'au-
tre, sans les mêler. Disceptare^ au fissuré,
discutery disputer, examiner de part et d'au-
tre, juger avec exa.nen. — Excipio (ioint à
la préposition qui désigne ledehors du lieu)
exprime : 1" l'exception , c'est-à-dire qu'en
prenant les autres choses on laisse celle-ci,
tellement qu'elle reste hors de la prise. Ex-
cipere, excepter; c'est à peu près l'opposé
de concipere. 2' Le transport de lieu à heu ,
ou de personne à personne ; la chose prise
venant d'un autre lieu ou d'une autre per-
sonne. Excipere, recevoir, recueillir, ramas-
ser ; excipulus, récipient, vase, panier. Ex-
cipere exprime une action opposée à accipere;
en ce que dans accipere, prendre, le mouve-
ment est censé venir de celui qui prend; et
dans excipere, recevoir, le mouvement est
censé venir de celui qui donne. C'est là
le sens strict et primordial ; mais dans le
discours ordinaire on néglige ces petites
différences, et l'on emploie les termes l'un
pour l'autre. — Incipio. Ce verhe offre une
remarque singulière. Quoique formé par
une analogie de langage sur le modèle des
précédents, avec une préposition qui dési-
gne le dedans du lieu, il ne vient pas de ca-
pio et de la racine cap, en tant qu'elle veut
peinJrc le creux de la main, mais d'une au-
tre racine cap, qui signifie tête : caput, le
commencement, le premier bout d'une chose
quelconque. Car mcïpere ne signifie nullement
prendre dedans mais commencer, être au pre-
mierbout; ainsi il est évident qu*il vient d'm
capite. (/n/erci'ptojoinià la préposition quidé-
signe une différcncedV^^ace, unedistancede
temps ou de lieu) exprima que Ton prend
entre un temps et un temps, entre un lieu et
un lieu; ce qui suppose qu'on a pris hors du
temps et du lieu convenus. Intercipere , tn-
tercepter, prendre par surprise, s'emparer.
De là, intercapedo , intervalle où Ton peut
prendre. — Occupo {ob-capio, joint à la pré-
position qui désigne qu'on s'est mis à des-
sein au devant de la chose] exprimô qu'on
prend de dessein prémédite, en se mettant
en place pour prendre. Occupare, se rendre
maitre, saisir, s* emparer, usurper, prévenir,
anticiper. Ante-occupare, prœoccupare ajoute
encore à l'idée un accessoire plus fort, un
plus grand degré d'avance. Au figuré, préoc-
cupation, prévention, sentiment qui a pris^
qui s'est emparé d'avance de l'esprit. Par la
raison que occupare exprime prendre à des-
sein, occupatio signifie l'action d'opérer sur
la chose pmepour un certain dessein; oc-
cupation, exercice, emploi. — Occipio vient
(Tob-caput comme incipio. Occipere , com-
mencer; nouvelle preuve qu'en étymolo§ie,
c*est surtout la signifi ration du mot qu'il faut
consulter. — Percipio (joint à la pré|)osition
qui désigne la traversée , le mouvement lo-
cal à l'intérieur) exprime que l'on prend en
passant. Percipere, percevoir j recueillir, re-
cevoir, comprendre. Perception récolte; et au
figuré, récolte que fait l'esprit, perception^
intelligence, connaissance que fesprit re(;oit
des objets extérieurs. La langue française
redouble la préposition sur ce mot, et dit
apercevoir; c'est prendre connaissance des
objets par les sens , ou par la pensée. —
Prœcipio ^oint à la préposition qui désigne
la priorité de personnes ou d'action) ex-
prime que l'on prend le premier. Prœcipere^
anticiper, et au figuré, prévoir. Mais il y a
un autre prœcimo, qui vient de caput
comme incipio, Prœcipere, en ce sens, c est
commander; alors le verbe est formé sur
prœceptum, ou prœ-caput. Primum caput,
c'est-à-dire premier chef, principal c)mpitre^
précepte, chose qu'il faut faire en premier
lieu, commandement , instruction , maxime.
De même prœceptio, instruction , enseigne-
ment ; prœceptor, précepteur qui enseigne ,
prœcipuus , principal , premier chef; prtn-
ceps, principium, principalis , etc., et aussi
deinceps [de capile in capite), c'est-à-dire en-
suite. Et encore prœceps, prœcipito , prœci-
{ntatio, etc., tous mots qui, dans leur sens
ittéral, désignent qu'on se jette la tête la
première. — Recipio (joint à la préposition
qui désigne l'itération) exprime qu'on prend
ce qu'on avait déjà prtf une autre fois. 71e-
cipere, reprendre, recevoir. — Recepto est un
augmentatif, receptare, retirer, receler. Be-
ceplus, retraite, receptaculwn, lieu de re-
traite, réceptacle. — Suscipio (super-capio^
avec la préposition qui désigne une plus
grande hauteur locale) exprime que Ton
met sur soi ce que l'on prend, image par la-
quelle on peint que l'on se charge de 1 action
de prendre, que l'on en fait sa propre affaire.
Suscipere, prendre sur soi, se charger: en
français nous disons d'un seul mot entre-
prendre. Outre ces prépositions , il y en a
plu2»ieurs autres que Ion joint à chatoie
verbe, selon que son action le rend suscepti-
ble d'être modifié par les rapports qu'elles
désignent. L'usage s'est contt^nté de join<lre
au verbe capio celles qui lui conviennent le
plus ordinairement. Il y a même des prépo-
sitions composées de deux autres, comnio
prœter qui désigne le mouvement local de
passer au travers sans s'arrêîer et d'aller
plus loin, composé de prœ et du son radical
tr servant à exprimer le mouvement de pas-
ser au dedans avec quelque raj)idité trans,
transire, trahere, traverser, etc. Prùpitr dé-
signe le mouvement local de passer tout le
long à côté, non par-dedans. On s'en sert au
figuré pour désigner la cause occasionnelle
et [Tochaine: propler, à cause de; et c*esl
ainsi qu'on détourne souvent le sens [irimi-
tif des prépositions.
a Exemple de r accroissement par com-
position. — Parlicipo (partem-capio) ex-
prime disertement qu'on prend une partie
de la ciiose, et qu'une autre personne prend
l'autre partie. Participare, participer, coin-
muniquer. Ce verbe est ainsi que les sui-
vants, composé de deux mots effectifs. Parti-
ceps, compagnon, complice.
Aucupo, aucupor (aves-caperc), prendre des
s:3
ELU
D'A.NT!morOLl.CîE.
ELR
M S
oiêtaux: et aa tijuré recksrcker arec $oin^
se donner de la peine pour prendre. Auceps^
oiseleur: Aucupium , rhasse à f oiseau , re-
cherche pénible. — Suncupo (nonun^apere)^
nommer^ appeler. — Municipio [munus-capere)
prendre cnarge ou emploi public comme ci-
toyen. De là munieipium pour dire une ville
qui esi gouvernée |tar ses propres magistrats,
il signifie aussi le droit de prendre un tel
emploi , d*exercer une telle fonction pu-
blique. MunicepSy munieipalis , munictpa-
îim, etc., expriment les personnes, les attri-
buts, les manières relatives à cette fonction.
— Mancipo ^manu-capere) prendre avec la
ihain^ se saisir soi-même ou ensaisincr un
autre, lui Tendre. Mancipium^ dans la signi-
li .atiun restreinte, signifie un esclave , un
captif, un prisonnier de guerre pris avec la
ujain. Emancipare^ c'est lui rendre la liberté,
l'ûtHr de sa ii ain; ce qui se dit aussi des mi-
neurs, et des fils de famille, è cnii Ton rend
un droit d*agir librement qu*ils n avaient pas ;
Emamciper. Manceps signifie un entrepre^
memr^ un ouvrier qui prend un ouvrage pu-
blic à faire. — Forceps (Je forte-capere ou
plutôt de foras-capere)^ instrument propre à
prendre pour tirer dehors; tenailles^ ci-
seaux. •
EUROPE MODERNE. Origine des nations
qui thabileni. — Pour amener jusqu*à nos
j(»urs et à notre pays le fil des traditions et la
marche des peuples, il resterait à dresser
l'inventaire des nations vivant aujourd'hui
sur fa terre. Si les faits et les déductions
ffjyés dans Tartiele Scythes sont vrais et
t'-^tinies , le débrouillement des nations
d*£urope est bien facile; il pourrait se ré-
duire au simple dénombrement.
Nous acceptons le classement établi par
Fré iéric Scbœll (^iV) compilateur modeste
et libraire instruit qui nous importa les pre*
iiiîers travaux de l'ethnographie allemande,
un I eu trop tôt pour être remarqués. La ré-
|:»artition politique, outre qu'elle est mobile
comme les révolutions, divise la même race
ou agglomère des races diverses; la réparti-
tion |>ar langues est à la fois plus rationnelle
et plus stable; elle fournit les quatorze clas-
ses suivantes : Basques, Celtes, Cimbres,
(xer.nains. Latins, Slaves, Hongrois, Finnois,
Turcs, Grecs, Albanais, Juifs, Arméniens,
Zin^ares.
Les Basques, Biscayens on Escualduiiac
occupent en France les déj^artements des
Hautes et Basses-Pyrénées ; en Espagne les
quaîres provinces de Navarre, Alava, Biscaye,
Cvuipascoa. Les Espagnols disent Basconga^
dos : Pline avait dit Vascones que nous avons
altéré en Gascon. On voit que les pays où
«^ubbiste encore la langue basane correspond
h celui ou César place les CeHes Aquitains.
Les Gel tibères, les Ibères primitifs occupèrent
I:
les Gaules jusqu'à la Loire et aux AIp. s
méridionales, la péninsule Espagnole tout
entière, les lies Baléares , la Sardaigne, Ja
Corse, ritalie, la Sicile; car beaucoup de noms
de la géographie antique de tous ces pays
s'expliquent par des éty mologies basques ; et
pour les hommes compétents (2f 5), cette trace
du passage et du séjour de la race, n'est pas
moins certaine que ces annales explicites.
Une nation si étendue et si nombreuse jpeut
avoir été subjuguée politiquement, avoir été
amalgamée par les mariages. Si ces caractères
physiques s]>éciaux étaient différents de
ceux des races conquérantes ou alliées, il en
aurait subsisté quelques vestiges dans la
physionomie aussi bien que dans la langue
de ces derniers re[irésentants.
Les Celtes ou Gaèles habitent les lies Bri-
tanniques et les départements français do
Tancienne province ue Bretagne où ils sont
mêlés avec les Cimbres ou kimry. Depuis le
V' siècle avant Jésus-Christ, ces deux nations
sœurs par la race et la langue, se sont tou-
chées, poussées, comliattues, sans se confon-
dre (if fij. Les Belges, peuple Cimbre apj elé
Germains par César, avaient envahi l'Armo-
ri(|ue après avoir occupé tout le nord de la
Gaule, i^s Gaëls Armoricains s embarquè-
rent et gagnèrent File montagneuse ou Al-
bion, sans' être pour celaà Tabri des poursui-
tes des Belges, qui passèrent la mer à leur
tour. Alors les Armoricains gagnèrent Tir-
lande et TEcosse.
Jusqu'au x' siècle les Irlandais ont été
nommés Scots ou Scuiis^ fugitifs. Plusieurs
tribus de Scots passèrent en Ecosse au
vr siècle et, unis aux Pietés et aux CaiéJo-
niens ou Gaël-Edon^ Gaëls de forêts, ils
donnèrent à leurs pays le nom de ScotJanJ
vers le ix* siècle. Dans les hautes montagnes
nommées A!!>anièh, se parle encore le Gaëi-
Erse albanien, qui est le fonds des chants
ossianiques.
Au V* siècle les Pietés et les Scots mena-
çaient la Grande-Bretagne abandonnée par les
légions romaines ; les Belges-Bretons appe-
lèrent les Saxons à leur secours et n'eurent
qu'un ennemi de plus. Il fiillut fuirau sud-
ouest de nie et même s'embarquer.Les comtés
deGallesetdeCornouaillesreçurenlalorsleur
r^opulation actuelle deBretons-Kimry; la mer
transporta le reste en Armorique, qui en prit
le nom de Bretagne. Aux deux bords de la
Manche ces deux populations se compren-
nent encore un peu. Les Gallois et les Corn-
wallois s'appellent Kimry. Le mot de Waics
me paratt la corruption de Gaël plutôt que le
Wales (étranger) donné ) ar les Anglo-Sa-
xons. Les Bretons Armoricains se nomment
aussi Kimry : mais le terme Breizard est pré-
féré par eux. Le fond des dialectes Gallois et
Breton est germain mêlé de lalin et de
celte. Le celle est conservé plus pur, c'esl-
'i\\) Tableau des pempUs ^t habiUtU t Europe^
t!iisé* d'après les langues qu'ils parlent^ et tableau
ars religion* mCils profesunt, par FréJ. Scboell;
I'ari>. I8li, chez Tautenr, libraire.
\tio\ W. Hamboldt, Ani. Thierrv.
(216) VUUloire des Gaules par Am. Tbicmt
doone avec une grande précision la distribuliuu
des Gaéis et Kimry, dans les Gaules et la Grande-
Bretagne de celle époque. (Vol. ,1", p. 46.j
lau
D»i/I €NNAIKE
ïTim
St8
è-dirc pius sanskrist ckns KErse dlrlande el
d'Ecosse.
Les Germains, Germant dos Latins (217)
se nomment eux-mêmes Teut ou Teutsch.
Germain peut venir de Wehr ou Guer qui
en gaël et en allemand si^^niQe guerre; man
veut dire homme. Les Scan iinaves ne sont
qu'une l>ranciic de ces 'leuLs ou Teutons
échelonnés, au coramenccmont denotreère,
depuis les bouclws du Danube jusqu'à la
Baltique. Allemand (totalité, réunion d'hom-
mes) est le souvenir d'une confédération
formée entre le Rhin cl le Moin pour re-
pousser une attaque de l'empereur Caracalla.
Les peuples germaniques ou allemands ac-
tuels sont les Suisses, colonie germanico-
scandinave; grefl'éesurdes Celtes-Melvéliens,
les Rhénans, Alsaciens el Suabes, les Saxons,
les Flamands, les Hollandais.
Les Germains sont mêlés en Illyrie aux
Wendos ou Slaves et aux Grecs; aux Slaves
en Bohème, Moravie et Silésie ; aux Hongrois
en Hongrie, aux Russes, Lettons et Lives en
Livonie, Eslhonie^ Ingrie et Courlande. La
langue allemande a plusieurs dialectes : le
soiiabe, si rude en Suisse, qu'il n'est pas com-
pris au nord; le bavarois parlé par la Ba-
vière, Autriche et Illyrie est moins estimé
que le franconien des deux rives du Mein.
Le saxon occupe le nord de l'Allemagne
jusqu'aux limites du bas allemand. Le saxon
ou allemand supérieur a été écrit et épuré
par Luther; les Hanovriens, Savions et Prus-
siens le pratiquent ; les granils seigneurs li-
voniens, courlandais et esthoniens le par-^^
lent avec plus d'élégance. Les Hollandais des-
cendent des Francs, Frizons et Saxons de
Charlemagne. Leur langue a prévalu dans
les livres, seulement a^Tès le xvr siècle,
époque de la grande vogue du flamand, au-
tre dialecte du bas allemand.
La Scandinavie est composée des îles et
presqu'îles entre la Baltique, la mer du Nord
et la mer Glaciale. Sa portion la plus consi-
dérable est occupée par les Suédois et Nor-
wégiens, Les premiers , sous le nom de
Suèves , furent mentionnés par Tacite et
Lucain. C'étaient des Goths ou Germains qui
s'établirent sur la province du Rhin ; celle-
ci en prit le nom de Souabe. Les Suèves for-
mèrent des royaumes en Espagne avec les
Vandales et les Goths. Les Suédois moder-
nes s'appellent Suenske.
Les Norwégiens ou Norske parlent une
Tangue peu différente du suédois et dont
Jisiandais fut un dialecte après que les Nor-
wégiens eurentcolonisé l'Islande. Ce peuple,
renommé par ses incursions maritimes
sous le nom de Normands, hommes du
nord, fonda des Etats en Angleterre, en
France, en Russie , à Naples , en Sicile. Les
voyages dans l'Europe des troubadours, poli-
rent sa langue dans laquelle fut écrit YEdda^
recueil de Sagas ou traditions poétiques.
Aujourd'hui, en Norwége, les campagnes
seules parlent norwégien ; les villes parlent
(217| César, Tacilc et Pline.
(218) Nonobstant ropinioii du comte Joseph de
danois , depuis la fm du xiv* siècle époque
oii la Norwége fut unie au Danemarck
Les Danois Dansks s'appelèrent Jutien$
jusqu'au vi* siècle. Leur langue est im dia-
lecte allemand voisin du frison «t du saxon.
Les langues et invasions scando-germa-
niquos nous ramènent vers la Grande-Bre-
tagne. Le norwégien est encore aujourd'hui
l)arlé aux îles Orcades el F^roë dont les ha-
uitanii. s'appellent Noms. Les Angles et
Sa-cous, établis en Angleterre en 450, y for-
mèrent sept petits royaumes dénommés, d'a-
près leur orientement Sussex , Esseï, Midd-
lessex (Saxon du sud , de l'est, du milieu),
comme les (lOths se dénommaient Oslrogotlis,
Visigoths d'après leur position sur le Dnies-
ter. Au vin* siècle, la langue gothique ou
saxonne fut remplacée par le danois, après
une conquête Scandinave. Le saxon res-
tauré après Edouard le Confesseur demeura
niê!é de danois. Le français fut la langue
officielle, après la conquête des Normands,
sous Guillaume le Conquérant. Le sa\ou
redevenu langue des affaires publiques sous
Edouard 111, était mêlé d'une grande pro-
portion de fran{;ais. Ce mélange a formé
l'anglais actuel.
Le français forme la transition des peu-
ples et des langues germaniques aux na-
tions et langues néo-latines, puisque un
cinquième au moins de notre langue mo-
derne vient des dialectes bas-alleinan^ls,
franc et frison ('218] ; et que notre terri-
toire fut dès le V siècle couvert au nor.l
de Franks, de Bourguignons à l'est , de
Visigoths au miJi. En huit cents ans les lon-
gues (ÏOc et <VOui furent complètement ué-
gagées par le peuple, fixées par les iroula-
dours et trouvères, polies par les cours do
Champagne, de Flandre, de Normandie , < e
Provence, d'Occilanie, de Catalogne. L'i-
diome roman intermédiaire au tuties-iu»*
des Franks et aux langues d'Oc et d'Oui est
déjà beaucoup plus latin que germanique
dans le serment des rois Carlovingiens.
Le latin était toujorjrs demeuré langue
des affaires, de la religion, de la science,
et ce ne fut que sous François 1" que la
langue d'Oui remplaça le latin dans les tri-
bunaux et cours de justice. L'extinction
des comtes de Toulouse, le -passage des
comtes de Barcelonne au trône d'Aragon ,
des comtes de Provence au trône de Sicile
firent tomber la langue d'Oc à l'hurable
condition de patois. Les patois picard et
poitevin sont devenus la langue d'Oui, et la
langue française moderne qui est privée de
lafaculté de fairedesmots nouveaux de toute
pièce; privée de déclinaisons des pas-
sifs , de comparatifs ; qui est troublée par
des participes demi-adjectifs ; par la multi-
plicité des significations du même mol si
favorable aux faiseurs de calembourg:-' ;
troublée par la similitude des désinences si
chérie des rimcurs; mais qui rachète tous
ces inconvénients par une construction
Maîstrc, qui fait le français exclusivement ctite«
romuiu.
¥xn
ï>AMIIi.OPOLOG!E.
EIR
5:8
ferme, analyti |ue et limpiilc, capable cîe
ju^er rapidenient toute proposition soule-
naLle par les ambiguïtés (les autres langues;
le faux douteux , ou le faux Traisemblable
dans ces langues devient tout simplement
f<3ui dans la t^radnction. Deux grands efforts
sont faits dans les temps modernes pour
rpjetpr le français dans le droit ou plutôt
le ti avers commun aux autres langages^; ce
font en France l'anarchie littéraire et par*
tout les formules des diplomates qui se ser-
vent de notre langue comme parlage officiel.
Le français est aussi Vidiome national des
Belles , des Savovards et de quelques Suis-
ses issus de Gaulois et de Bourguignons. Il
e>t parlé par une moite des Grisons ; l'autre
iiioitié descendant comme ,sps frères des
Rhètes celtiques parle patois souabe ou par
tois italien.
La lanjue romane s'évolue à plus forte
mison dans Tllalie, métropole de l'empire
*''*)> Césars, et où le laîin rustique avait pé-
fjt'îré dans le plus petit hameau; le la'fin ur-
iain dans la plus mince cité. Le latin rusti-
que était une transformation du celte, ac-
luinplie avec quelques variantes dans les
(^au'es et dans Tes deux péninsules. Le latin
i:r.âin était le rustique rénové parle pélasge
ou i-Tec, surtout par les dialectes éolien et
«iorien des colons de l'Italie movenne et mé-
ri iionale. Au moyen âge, le lafin de l'Italie
et .îes îles fut modifié par les Germains, les
Ara*.,**s, les Normands, les Aragonaîs. La
roaissance toscane constitua définitivement
ïîne langue italienne correcte avec quelques
a-piralions tudesques amollies par les go-
M rs rornains.
LV<pa iuol, où les lettres gutturales sont
en r^e j»fus nombreuses que dans le floren-
t n, les doit aux Goths autant qu'aux Arabes.
h e.^t même permis de croire que les accents
s - trouvaient primitivement dans les idiomes
i. Ares ou dans les importations pœno-phéni-
rit-nnes ; car en linguistique comme en agri-
culture, la récolte est produite en raison de
?? ;rraine semée et du fonds qui la nourrit.
L'n philologue espagnol a argué de cette idée
I '^•'jr soutenir l'existence d'un latin rustique
«.e-jà national en Espagne avant la conquête
r'»snaine, et ayant préparé les voies y)Our le
îniin romain, si rapidement germé et persis-
tant encore aujourd'hrj dans l'espagnol à uîi
pîu-s haut degré qu'en aucun autre idiome
ii'-^o-latia. En effet, h peine quatre cents ra-
cines latines sont demeurées en dehors du
f-;)stîJlan, ou sept cents racines à peine sont
étrangères au latin. Le basque, le celte, le
drlhaginois, le suève, le visigoth, le van-
dale et l'arabe les ont successivement im-
|jorlées.
Lia langue portugaise n'est gue le dialecte
espa^oi galiicien fixé et poli par une cour
i;epuis le xn' siècle.
Sur des terres où le latin rencontrait des
îiiomes autres que les patois celtes, il a fait
srjr^'r des idiomes romans d'une autre phy-
^i..'noniie : le valaque aux bouches du Da-
nulio; le letîon en Lithuanie, Samogithie,
tloi.rîanJe, Livonie. Il a même un peu dé-
teint sur l'albanais des i^kipcs. En Pologne,
Transylvanie et Honjrir, ou le latin url^aîn
est demeuré langue otîiioile, il a déhor 6
jus. jue sur le peuple, qui le parle conjoin.e-
nient avec les idiomes slaves nationaux.
Les peuples slaves étaient soumis aux
Golhs aès le iV siè -le ; déplacés par l'irrup-
tion des Khozars et des Huns, ils allèrent
vers la Vistule se u;é!er aux Sarmates, leurs
frères; ils occupent l'Orient et le nord de
l'Allemagne après la destruction des Thurin-
giens par les fils de Clovis.
Vers l'an 623, un grand commerce unissait
l'empire des Franks à l'empire ^rec et à la
mer Noire par la vallée du Dar.ube. lu
Frank, fameux à la fois comme spéculateur
et protecteur militaire des caravanes, était
nauf 'de Sens et s'appelait Samo. Vainqueur
des Avares et couronné roi, il centralisa les
Slaves en un grand empire, qui s'étendait des
provinces illyriennes à la Vistule. Sous les
successeurs immédiats de Samo, l'empire
fractionné a commencé les Etats slavons du
moyen âge, la Moravie et Bohême, la grande
Servie saxonne, etc. Une partie des Slaves
aJopta l'alphabet grec avec la liturgie orien-
tale ; le reste se fit catholique avec l'alpha-
bet romain ou goth. Le grammairien Reiff
compte comme dialectes slaves le russe, le
polonais, le bohémien divisé en czek (pro-
noncez ichek) morave et hongrois, ou sla-
vaque ; l'illynen parlé par les Bulgares, Bos-
niens, Serbes, Esclavons, Daimates ; le croate
parlé en Styrie, Carinthie, Carniole, Lusace,
Cotbons, Caschan, Lukau.
Schœzer, après Nestor l'Annaliste, a tiré
les Warègues de la Baltique : origine corro-
lK)rée par les noms Scandinaves de tous les
premiers chefs warègues auxquels se sou-
mirent les Russes de Novgorod et Kiew.
Ewers, au contraire, fait des Russes un peu-
ple khozar identique aux Roxolans (Russes
alains) de Strabon, de Pline et de Ptolomée.
Les historiens grecs appellent Ross un peuple
Scythe de la mer Noire, dont les flottes atta-
quèrent Constantinople en 856. Ils nomment
aussi des Varangues (Barraggoi) parmi les
nations qui fournissaient la garde de l'em-
pereur; c'était quelque voisin barbare d'où
a pu venir le nom de Warèj^ue. Vater de
Kœnigsberg a essayé de combiner les deux
systèmes en se préoccupant sans doute de
là fraternité des peuples répandus depuis
l'Euxin jusqu'à la Baltique. Seulement il
rattache les Roxolans aux Goths d'Herman-
ric, au lieu de les rapporter aux Khosars.
Schœll donne la préférence à la version de
Schœzer, et il a été suivi par Reiff, Rabbe
et Kharamzin.
Les Hongrois, qui, par leur langue sla-
vaque et magyare, tiennent des Slaves, des
Turcs et des Finnois, ont des origines en-
core plus controversées que les Russes. Les
Allemands les ont souvent confondus avec
les Huns, Ounoi des Grecs, Hiouug-nou des
annales chinoises expliquéespar Deguigncs.
L'iâentité des Huns et Hioung-nou a été ac-
ceptée et propagée par Gibbon et iaiblement
contestée par Fauriel, qui ne mentionne pas
s:9
ELR
LlCTKKNNAlUE
EUR
5)0
les recherches de Desmoulins, précisées de-
puis par E. Biol. En voici le résumé :
Les premières colonies ou premiers chefs
des Hioung-Nous sont rapportés par les an-
nales chinoises aux fils de Kie, dernier
souverain de la dynastie Hia; le grand em-
empire des Hioung-Nou fut détruit au pre-
mier siècle de notre ère par ses propres
déchirements et par les efiforts des Chinois.
Cent ans après Jésus-Christ, une portion
de la famille des Huns s'établit dans la
S02diûne sous le nom d'Euthélites, Naph-
taUtes et de Huns blancs, ce qui en suppose
d'autres basanés ; comme on l'a noté avec
raison, des Araméen^ blancs de l'Asie Mi-
neure. Une partie des Hiouni^-Nou (2i9)
chassée de proche en proche vers le nord-
ouest, avait fini, au iir siècle, par s'établir
dans les contrées de l'Artisch et de l'Obi
supérieur iusq,u'a l'Oural et aux sources du
Jaik C'était le royaume du Aue-Po de l'his-
toire chinoise. Tout à coop,àla fin du iV siè-
cle, au moment où le royaume s'éteint silen-
cieusement dans les annales de la Chine,
apparaissent sur l'Euphrate et le Tanaïs,
avec des nations finoises arrachées à leurs
forôts, ces Huns, dont la figure inconnue
épouvante les Goths du grand Hermanric,
les Romains de l'Asie et jusqu'à saint Jé-
rôme dans son ermitage de Bethléem.
Au reste, le problème relevait fort bien
d'un naturaliste, car il s'agissait de savoir
si Attila était de race tongouse chinoise, et
si toute son armée lui ressemblait physi-
quement. On peut afiirmer la première pro-
position, d'après le portrait d'Attila que
nous emprunterons aux témoins oculaires.
A la seconde question, il faut répondre par
la négative, car les races blanches étaient,
dans l'armée d'Attila, plus nombreuses que
les Mongols pur sang. Desmoulins a scruté
les races diverses qui fournirent leur con-
tingent à cette terril)le invasion, il pouvait
y avoir, outre les Finois, de ces Bulgares
qui adoptèrent plus tard la langue illy-
rienne ; il y avait certainement de ces Kho-
sars (-220) dont le nom est encore recon-
naissable dans Kosaque ; il y avait de ces
Turcs Ouigours dont le nom aware réuni
à celui des Huns, Hunawaria^ Hungaria a
été retenu par la Pannonie.
Ce pays fut successivement occupé par
les Slaves Vendes, Windiles ou Vandales,
par les Goths, les Huns, les Gépides, les
Turcs Ouigours. Le peuple hongrois actuel
est slave par la langue dite slavaque; les
nobles ou Hongrois, proprement dits, sont
Turcs par leur physionomie; leur langue
est un iûiome tartare ayant beaucoup de
rapports avec le turc , avec le lapon et le
finois; ils s'appellent madgyares comme les
Tartares que nous avons déjà mentionnés.
Au IX* siècle ils s'étaient avancés du Dnie-
per aux Krapachs lorsque Amoul, roi d*AI-
magne, les appela pour les opposer aui
Moraves.
Les peuples de langue finoise sont, outre
les Hongrois, les Finlaadais, Lives, Esthc»-
niens,et Lapons.Desmoulins, qui a minutieu-
sement poursuivi cette race, ou plutôt cette
langue, l'a retrouvée en Asie, chez les Tché-
remisses, Votiaks, Morduants, Ersdad. Les
Vojjouls de rUgorie appelés Ugres par les
anciennes chroniques russes, parlent U
même langue que les Transylvams cyèkes,
qui passent pour des restes des anciens
Huns. Donc, beaucoup de tribus comprises
sous le nom de Huns parlaient un idiome
finnois. Les Ounois mentionnés au u' siè-
cle, par Denis Periégète,^comme les plus
orientaux des Scythes , n'étaient que les
plus occidentaux des Hioung-Nou. LesKusses
qui désignent les Finnois par le noffl de
Tchoud, leur donnent aussi le sobriquet de
Biéloglas, œil blanc. Le teint fort clair de
beaucoup de Finnois s'accompagne d'un (bB
d'un bleu très-pâle. Mais un iris de la même
teinte est encore plus remarquable sur une
poau foncée, comme est celle de plusieurs
nations slaves, russes, brunies par le mé-
lange des Huns. L'antiquité grecque avait for-
mulé un pareil étonnement en arrangeant
un jeu de mots sur le nom de Sarmales
( sauro-mates , œil de lézard }. ReifT dérire
Sarmate de Syromède, après Desbrosses
et Diodore qui ont jeté au nord de l'Ëuiin
des colonies ou des fugitifs mèdes.
Les Turcs qui ont commencé à la fin du
moyen âge le rôle des Goths et des Huns,
étaient sortis de l'Altaï ; leur idiome tartare
s'est mêlé d'arabe et de persan pendant les
incursions de la race au sud de la Caspienne
et de la mer Noire. Elle a adopté quelques
mots grecs et albanais depuis qu'elle occupe
l'Archipel et la Roumélie.
Les Grecs modernes s'appelaient Romains
dans les pays soumis aux Turcs. Le titre
d'Hellène a repris faveur dans la Grèce d'O-
thon. Pendant l'insurrection qui se termina
par l'organisation de ce petit royaume, les
souvenirs classiques des Peslages et d'Hel-
lènes de l'antiquité furent invoqués mainte-
fois pour augmenter l'intérêt inspiré par les
etforlsd'unpeuple brisant ses fers. Les Turcs
trouvèrent des apologistes, sinon de leur
oppression , au moins de leurs droits de
souverains, dont la légitimité reposait sur
une longue prescription après conquête.
HolTman, qui se mêlait déjà d'ethnograpbiei
fortifia l'argument en disant que si une in-
vasion barbare était déplorable quand elle
tombait sur un peuple élégant et policé,
deux fois éducateur de l'Europe, la cor-
quête devait faire ressortir tous ses aroiis
contre l'insurrection de simples barbares.
Les Hellènes étaient éteints ; les Grecs nro-
(249) Ils étaient déjà fameux et terribles dans les
annales chinoises, 600 ans avant Jésus-Christ. Voy,
Ëd. BiOT, Journ. Asiat.^, nov. 1845.
(â20) Les écrivains arab-ts parlent des Khosars
comme d'une grande nation turque, étendue du Volga à
la mer Noire, avant le vu' siècle, nsen distinguent <k
blancs et de noirs. La môme variété s^observp chez
les Kosaques. Voy, Sïlv. de Sact, Chreitcmctû
arabCy t. II.
5it
EtR
D^AMTHROPOLOGIE.
EDR
ta»
dernes n^étftient que des Albanais ayant
adopté et corrompu la langue grecque.
Les Toyages en Grèce de Stakelberç et les
traits fort peu classiques des Grecs qui voya-
geaient en Suro|)e rendaient Targument
spécieux. La physionomie grecque antique
et moderne nous occupera ailleurs. Quant
aux all^tions du touriste allemand, elles
reposent sur le bit réel de plusieurs inva*
siens slaves (221) accumulées sur la Tbrace ;
mais non rapides au point d*aYoir anéanti
les populations hellènes» fsurtout au bord
de la mer et dans FÂrchipeL
La religion grecque^ qui donna une écri-
ture et une éducation à la moitié des Slaves,
a conservé la langue et la littérature des
Grecs modernes. Kodrika , | fimariote ins-
truit, imprima, à Paris, des échantillons des
quatre styles émts usités par ses com-
patriotes. Le littéraire emploie les mots
anciens avec les formes de la grammaire
actuelle. Coray en a laissé un modèle pré-
cieux dans sa prélace de l'édition d'Qy-
pocrate. Le style commercial est plein de
liraoçais et d^italien qui se retrouvent, quoi-
que avec moins de profusion, dans le style
politique du Fanar. Le haut ecclésiaetique^
tradition des derniers temps byzantins,
est trop peu intelligible pour être prêché
dans les églises. Les idiomes parlés sont
bien plus loin du grec ancien , Kodrika en
compte une douzaine ; il aurait pu en
«imettre autant qu'il y a de {H^vinces et
dtles.
Les Albanais Skippes, ou Schipetars, sont
les Arnaout des Turcs. Ils descendent des
fipirotes et Ulyriens mélangés de Tartares
albaniens du nord du Caucase. Leur langue,
qui s*est impr^née du latin, a absorbé
une plus grande proportion de grec et de
Nous compléterons ce tableau avec les
trois nations errantes en Europe : les Juifs,
les Arméniens, les Zingares.
Les Juifs descendent, sans aucun doute,
des Hébreux dispersés par Titus et Adrien,
et membres de cette antique famille sémite
établie entre FAsie-Mineure, l'Arménie, la
Médie, la Méditerranée, !a mer des Indes
et l'Afrique. L'assertion de Strabon touchant
la proche parenté des langues sémites a été
vérifiée par Albert Schultens. Eichom, puis
Adelung, ont fait prévaloir la désignation de
langues sémitiques pour ces familles appe-
lées araméennes par Leibnitz. Ces dialectes
sont l'araméen au nord, le chananéen au
milieu, l'arabe an sud. L'araméen comprend
le chaldéen et le syrien ou syriaque; le
chananéen embrasse le samaritain, le phi-
listin, le phénicien, le punique et l'hébreu.
L*éKyptien vulgaire et hiératique ainsi que
Tétniopien furent probablement des dialectes
rapi>rochés du phénicien. L*arabe se divise
en arabe vrai, maure, abvssin, maltais et
foaoolien ou arabe de Ilndostan.
L'alphabet arabe, aujourd'hui répandu de-
puis Maroc jusqu'aux lies de la Sonde, et
depuis Madagascar jusqu'à la Sibérie, pro-
vient du caractère estrangélo-syriaque in-
troduit en 530 à la Mecque et à Médine.
L'alphabet syriaque venait du chaldéen ou
babylonien, qui avait succédé au samaritain.
La Langue de Babylone, mélangée à l'hébreu
antique, donna naissance au chaldéen ou
araméen, qui, dans la Syrie grecque, forma
l'idiome syriaque ou* nouveau chaldéen.
Le caractère hébraïque a été poursuiri jus-
que dans le démotiqne égyptien, sorte de
langue vulgaire dont l'hiératique était un
dialecte 'relevé, comme le latin par rapport
au roman.
Après la captivité, l'hébreu du PentateU"
que n'était plus compris par le peuple et
même par le clergé, puisqu il y eut des in-
terprètes d'office dès le temps d'£sdras. Le
syriaque n'a cessé d'être parlé qu'au temps
des croisades.
Les Juifs demeurés en Judée s'étaient mis
eu rapport avec leurs frères émigrés. Ils
commencèrent à s'appeler, d'après leurs po-
sitions respectives, Juifs d'Orient et Juifs
d'Occident (223,). Ces derniers, répandus dans
l'empire romain, obéissaient spirituelle-
ment à un patriarche ; oeux d'Orient avaient
un prince de la captivité. Les lois impériales
abolirent le patriarche, et les Juifs n'eurent
plus que des diefs de synagogue appelés
primats. Les princes de la captivité subsis-
tèrent jusqu au xi* siècle à Babvione, puis
à Baalad, et entretinrent des écoles célèbres
à Babylone et à Tibériade, où se tint la fa-
meuse assemblée des docteurs appelés mas-
soreths. Les réformes grammaticales com-
mencées là se continuèrent en Espagne
quand le prince de la captivité eut été ex-
Sulsé de la Cbaldée ; ces travaux successifs
onnèrent naissance à l'hébreu rabbinique,
encore aujourd'hui étudié par tous les
Juifs instruits.
L'Espagne est le pays où la renaissance
juive ait fait les efforts les plus suiris et les
S lus brillants. Les Juifs y étaient nombreux
e très-bonne heure : l'édit d'Antonin le
prouve. Us y devinrent ce qu'ils n'ont ja-
mais été depuis : agriculteurs et propriétai-
res. Grenaaie était une magnifique vide juive
à l'arrivée des Maures, et 800 ans après, les
Juif^ possédaient le tiers de la Péninsule
avec des tribunaux nationaux. Les écoles de
Saleme , de Cordoue , de Tolède, fournirent
aux rois et aux Papes des médecins et même
des ministres. Maimonide écrivit une phi
losophie qui posait la raison et la liberté hu-
maines en face de l'autorité divine. Benja-
min de Tolède entreprenait d'immenses
voyases. Ce luxe fut expié par de longes et
cruelles persécutions ; il y eut de véritables
croisades contre les Juifs pour leur extcr-
quer l'or dont on avait besoin pour les croi-
sades sarrazines. Le quemadoro ou bûcher
i^\) Ao vnr siède, des Sbves fiénétpèrest jas- (222) Charles Butler Bcrœ Bitlicœ. tnàmi par
qu^a PélopoDèse, et adoptèrent Talphabet grec. Boutara, 181 1.
DicnosN. d'A5thropolo6ie. 17
528
EUfl
MCTIONNAIHE
EUR
(24
de Séyille dévora plus de quatre mille vio-
times en trente-sept ans ; huit cent mille du-
rent fuir, malgré le baptême auquel plusieurs
s^étaient soumises. Trois Papes (223; firent la
fortune d*Anp>ône en y rappelant les Juifs
;)aptisé$. La Hollande émancipée se remplit
de Juifs de la Péninsule qui, sous le nom de
Portugais, priment encore tous les Juifs
allemands et polonais. .
Ceux-ci ont conservé le caractère oriental
dans les moeurs et le costume ; ils se disent
descendants des Galiléens; les Portugais
émanent de Benjamin et de Juda. On évalue.
h quatre millions la nation entière des Juifs
vivant aujourd'hui, non pas seulement en
Europe et Asie occidentale, mais en Abyssi*
nie, en Maroc, en Chine, IndO'-Chine et juS'*
qu'en Amérique.
Les Arméniens, qui sont en Europe et Asie
des courtiers commerciaux rivaux des Juifs,
ont perdu leur nationalité depuis plus long*'
t«mps. Leur littérature, précieuse parce
qu'elle a conservé la traduction de quelques
livres anciens dont les originaux sont per«
dus, n'a un alphabet spécial que depuis le
XIV' siècle. Auparavant ils écrivaient leur
langue dans l'alphabet des nations auxqueU
les ils étaient mêlés. Ia langue arménienne
est un dialecte sanskrit ressemblant beau*
coup au grec. Elle a toujours été parlée con-
curremment avec quelques autres langues,
autrefois comme aujourd'hui. C'est ce qui
excuse Strabon de 1 avoir classée parmi les
dialectes syriens ou sémites (224).
Les Zingares ou Bohémiens font durer au
milieu de notre civilisation un curieux
échantillon de la vie nomade. Mendiants,
baladins, diseurs de bonne aventure, ma-^
quignons, tondeurs, forgerons, vétérinaires;
ils s'abritent momentanément près de nos
cités ; birouaquant dans nos campagnes en
ayant oublié la tente de leurs aïeux, issus
pourtant d'un climat plus serein et plus
doux. Leur langue, analysée par Grohman,
David Richardson, Pallas, Butner, Pott, res-
semble beaucoup à l'indoustani et a fait
croire à une émigration d'Orient pendant
les conquêtes de Tiraour. Une nation de
l'embouchure de l'Indus s'appelle encore
Tchingana, origine très-vraisemhle du nom
allemand de Zingare prononcé Tchingare.
Sint, nom qu'ils se donnent, rappelerait le
fleuve de leur patrie. Ils s'aopellent en-
core Kola, noir, et Rouma, nomme. Les
Persans les nomment Indous noirs; une
partie de l'Allemagne, Tatares ; l'Espagne et
l'Angleterre, Egyptiens. Leur teint basané,
leurs yeux asiatiques guident ces hypo-
thèses.
Une grande colonie de Zisgares, établie
en Moldo-Valaquie, a accrédité une autre
version. Constantin Copronyme ayant pris
en 755|Molitèue et Théodosiopolis , vules
d'Arménie, en ramena avec lui des Syriens^
Ethiopiens et Nubiens, à qui ildonna des ha-
bitations dans la Thrace. Ils eurent le crédit
de placer à leur tête un chef nommé Athîn-
f;han, en formant une nation vassale, mais
ibre, sous les empereurs grecs; les Turcs
les réduisirent en esclavage. Ils sont au
nombre de 300,000 environ dans les deux
provinces (225) ; quelques boyards opulents
ont 5 ou 6,000 de ces serfs ; k couronne en
a 30>000. Ils ont la peau bronzée, les chc^
veux crépus^ ils parlent un mélange de
turc, de bulgare, de valaque. Par ce dernier
trait les Zingares du Danube sont assimilés
aux Gitanos des Pyrénées et d'£s]>agne parmi
lesquels a vécu un Anglais qui a pubné ses
observations ^(226). Ces Gitanos entendent
fort bien la langue moldave apprise exprès
Ear cet Anglais, et le 4iom de Roma oa
oumany qu ils se donnent ne «serait que le
synonvme de Valaques ou Grecs-Romains.
La Bohême peut avoir été le chemiii par ]e^
quel les nomades valaques se sont répandus
en Europe, et en ont gardé en France le nom
de Bohémiens.
Resterait à expliquer commetit Tempe*
reur put importer d'Arménie des hommes
basanes que la science bysantine déchue
«ppela au hasard Ethiopiens et Nubiens.
Vers les régions voisines du Haut-£u^
phrate d'où venaient les Chaldéens, diseurs
de bonne aventure à Rome, M. E. de Salles
a retrouvé des nomades parlant couram*
ment turc et arabe, et ayant un jargon
secret. Leur physionomie et leur nom de
Tchingané s'adaptent fort bien à une ori-
gine du Sind. Schoell croit retrouver aussi
le pariah indou dans les mœurs. Ils aiment
les habits rouges et les danses lascives ; ils
forgent sur une enclume de pierre et vivent
dans les bois et les champs. Notons que ces
deuxdemiersexpédientssoiitàrusagedelous
les industriels privés de maisons et d'enclii*
mes de fer. Les danses lascives sont goûtée»
par rimpudicité de tous les sauvages et
même par la pruderie de beaucoup de
civilisés. Quant à la prédilection pour les
vêtements rouges ^ ce n'est que le sentiment
naturel de l'harmonie des couleurs qu*on
peut suivre en gamme chromatique ascen»
dante depuis la brune piquante d'Europe
jusqu'à rotaïtienne olivAtre, à TEgyptienne
bistre et à la négresse carbonisée.
EUROPÉEN ( B.4MBAI] DE LA RACK AaiANB
KN Europe), comprefnd les familles teu*
tonne, celtique, latine, grecque et slaT«v
et la population qu'elle renferme s'élève à
260,000*000.
Trois nations célèbres, la race s^^ro-arabcr
la race égyptienne et la race ariane ( Voy.
ces mois)^ paraissent être les seules qui aient
possédé, dans les temps anciens, Tusage des
lettres, et qui aient transmis à la postérité^
f)ar des monuments écrits, le souvenir de
eur existence. Il semble imopobable que
(225) Clément VU, Paul lU ; Voy. Sepkordin, ou
Juifi d*Espagn0 et Portugal , par James Fin» en
anglais.
- (àâl) VoLNEV, NoHvellei recberehes^
(225) Urquhart dit 200, Boaé tëO m.
(226) Barhow , CyfnUs in Spain , the ZiMâii ,
2 vol.; Londres, 1841.
»
&II
l>'ANTilROK)LOGI£.
EUR
5»
es nations soient amv^es^ chacune séparé-
Qent, à la possession de eôt art important.
iejieadant les savants illustres» qui dans ces
ernières années ont travaillé atec tant de
uxès à éclairer la question des formes
r entales deTécriture^ ne sont pas parvenus
découvrir la moindre liaison entre les sys-
^mes alphabétiques de l'Egypte, des Phéni*
iens, des Assyriens et des Indous« De ce
ne lart de récriture n'était connu dans ces
reoiiers temps qu'en Egypte et dans l'Asie
léridiooale, nous ne devons pas en conclure
ne les autres nations n'avaient aucun degré
e ciTilisalion et étaient dépourvues des arts
jâ embellissent la vie de Thomme. L'his-
oire des Grecs dans les temps homériques,
1 l'état de perfection auquel leur langage
^tiildéjà arrivé, nous prouvent l'existence
l'une cttlture intellectuelle assez avancée,
( ose époque antérieure à la connaissance
H tettrvs, ou du moins à l'usage habituel
^t Vémture.
Les nations européennes, prises dans leur
menibk, sont, comme on l'admet généra*
kmût aujourd'hui, une erande colonie ou
m série de colonies de la race ariane ou
Diio^eurûpéenne. II serait impossible de
régenter ici d*une manière complète les
Htsqaiont conduit à cette conclusion. Mais
lierai connaître sommairement le procédé
se ToD a suivi et les résultats généraux
non ea a obtenus. La principale preuve
^p^e sur la comparaison que l'on a faite
lire les langues. Pour donner au lecteur
M idée de ce genre de travail, je tem re-
•rquer que lorsqu'on établit un rapproche-
eot eotre des langues dans lesquelles on
^pçonne qu'il existe une certaine liaison,
I peut rencontrer deux séries très-distinctes
(phénomènes, et qui conduisent à des con*
<pieRces fort différentes. SU s'agit de na-
}n5 dont les pays sont limitrophes, ou de
itions qui ont été longtemps liées, soit par
^its rapports commerciaux, soit par des
Pfl^ politiques, leurs langues porteront des
Kvsde cette connexion dans le grand nom-
ade mots communs aux deux vocabulai-
|M27). C'est ce genre de rapports qui existe
ve les langues anglaise et française, et s'y
Mire à un très-haut degré. On conçoit d^ail»
KTsqiiesi des relatioasaussi intimes etaussi
t>longées avaient eu lieu entre deux na*
^ 4ui dans le principe eussent été à des
^ de civilisation très-différents. Tune
»>édant des arts et ayant la connaissance
Mie foole d'objets complètement inconnus
Taiitre, le nombre de mots qui seraient
•teés successivement de la première langue
JU la seconde eût été encore plus cousi-
ne, liais des ressemblances de cette
we, si f^andes qu'on pût les supposer,
vtt^nt encore loin d'approcher en impor-
J« de ce qu'on peut appeler des ressetn-
•nces de iimille, c'est-a-dire des ressem-
H^J'ai choisi cet exempte comme un des plus
T^' On peot objecter que sans doute le fran-
|nct ranglftis n'appartiennent iK>int à de« famiUes
( nnims •nginaireneoi distinctes. Cependant
blances qui indiquent une communauté
d'origine entre les peuples auquels appar*'
tiennent les deux langues comparées , des
ressemblances telles que celles qu'on oh*
serve, par exemple, quand on lait le rappro-
chement entre 1 anglais et Tallemand.
Le premier et le plus important caractère
qui indique une pareille relation de parenté
entre des langues , c'est l'analogie dans la
construction grammaticale et dans les lois
de combinaison des mots entre eux, on dans
ce^ qu'on peut appeler le mécanisme de la
parole. Il y a des exemples de langues, pour
lesquelles on est fondé à admettre une com-
munauté d'origine , et qui , de toutes les
marques de parenté, n'ont conservé absolu-
ment que celle-là. Cependant il arrive géné-
ralement que lorsqu il y a affinité gramma-
ticale entre des langues, il existe aussi une
ressemblance plus ou moins grande dans
certaines parties de leur vocabulaire. Quel-
quefois, à la vérité , cette ressemblance ne
portera que sur un petit nombre de mots ,
mais ces mots^là seront d'un ohire particu-
lier : ainsi, ce seront ceux qui servent à
représenter les idées d'un peuple à l'état
d'existence le plus primitif; ce seront des
termes qui expriment les relations de £i-
mille, tels quep^, mêre^ frère^ êCfur^fSkj etc. ;
des noms pour les objets les plus irappants
de l'univers visible; des motspourifistinguer
les différentes parties du corps, oomme la
iéu, les pieds^ les veux^ les maina: des noms
de nombre jusquli 5, 10 ou 20; des verbes
qui expriment les sensations et les actes
corporels les plus généraux , tels que voir,
entendre, manger^ boire,, dormir. Or, comme
on n'a jamais connu de nation qui n'eût
l'usage de semblables expressions, et comme,
d'autre part, il est prouvé, par l'observation
aussi bien que par le raisonnement, que ja-
mais un peuple, si barbare qu'il soit, ir aban-
donne ces mots primitifs^ qui forment en
[quelque sorte le fond de sa langue, pour
>renâre ceux d'un idiome étranger, toutes
es fois que nous veirons des dialectes se
correspondre dans ces parties de leur vocabu-
laire, nous serons en aroit de conclure qu'ils
ne formaient à l'origine qu'une seule langue*
ou la langue d'un seul peuple. Cela posé,
nous ajouterons que les travaux des philolo-
gues ont complètement démontré Fexistence
de cette sorte d'affinité, de ces rapports de
parenté entre les langues des diverses races
dont les descendants forment la grande masse
de la population actuellede l'Europe. Or cette
affinité que l'on a reconnue entre les îangues
de la plupart des nations de l'Europe, s'éten-
dant également aux langues des peuples de
l'Orient, que nous avons signalés comme
appartenant à la race ariane ( Voy. ce mot%
nous sommes en droit d*en conclure que ces
nations européennes sont des colonies venues
de l'Asie, et appartiennent à la souche
Tanglo-saxon et le français-normand étaient si dilT^
rents, que, sons le point de vue pratique, CPt exem-
ple peut servir aussi bien que tout autre que j*attnMS
{hi prendre.
Sf7
EUB
DICTIONNAIRE
EUR
ariane, laquelle, h une époque fort antérieure
aux premiers temps de rhisloire européenne,
arait d^à étendu au loin ses branenes vers
rOccident et vers le Nord. Dans quelles cir-
c(Mistances et par quelle route ces peuples
ont-ils passé en Europe? C'est ce que nous
ne pouvons que conjecturer. Il est très -pro-
bable que'ies nations qui ont peuplé l'Europe
septentrionale y sont arrivées par les pays
sitoés au nord de la mer Caspienne. De la
Bactriane elles ont dû s'avancer, en traversant
le Turkestan, entre le Pont^Euxin et l'extré-
mité méridionale de la chaîne des monts Ou-
vrais, jusque vers Tembouchuredu Danube;
de là elles se seront répandues dans la Sarma-
'tie et les pays situés plus au Nord. Les na-
tions de FEoirope méridionale, les races
italienne, hellénique et illyrienne, seront
sans doute arrivées dans TOccident par un
chemin diiSTérent, probablement par l'Asie
Mineure, et en traversant l'Hellespont ou le
Bosphore. Il n'est pas .probable qu^aucun
grand corps de peuple ait jamais pris la
route intermédiaire, et franchi le Caucase,
puisque nous savons que cette çhatne de
montagnes a été occupée, depuis les temps
les plus reculés, par des tribus de race tout
à fait distincte de la race indo-européenne.
Il y a, il est vrai, parmi les nations du Cau-
case, ainsi que nous l'avons déjà âit(Koy.
Abiaue), une petite tribu de famille ariane,
ce sont les Ossetes^; mais cette horde est trop
insignifiante par le nombre des hommes dont
elle se compose, et par l'étendue de pa^s
qu'elle occupe, pour avoir joué un rôle de
quelque importance dans les grands déplace-
ments des peu[>les.
Si nous essayons d'énumérer les différentes
nations que l'on doit considérer comme des
ramifications delà souche indo^uropéenne, et
qu«^ nous prenions comme lès plus anciennes
^celles qui sont le plus éloi^^nees du point de
départ , ou de la route suivie par les émi-
grations , nous devrons commencer par les
nations celtiques de l'ouest de l'Europe, en
y comprenant les deux branches qui sont
représentées dans les temps modernes ,
l'une par les Irlandais, les Ecossais et les
Manks (228), et l'autre par les Gallois et les
Armoricains ou Bretons. Après eux, dans le
Nford, vient la famille germanique, famille
qui, d'après les recherciies des philolo^es,
parait se composer de deux groupes princi-
paux : !• les Normands /hommes du Nord ) ,
ancêtres des Islandais^ aes Norwégiens, des
Suédois et des Danois ; 2" la souche teutoni-
que proprement dite> dans ses trois subdi-
visions, qui sont : les Saxons ou Allemands
occidentaux, les Suèves ou hauts Allemands,
et les Goths ou Allemands orientaux.*
La branche de souche indo-européenne,
qui vient après les rameaux germaniques,
se compose de peuples qui parlent les dia-
lectes de Tancien prussien ou langue pruthé-
nienne. Ces dialectes sont le celte, le lithua-
nien et le pruthénien proprement dit, langue
qui se rapproche infiniment plus de l'original
sanskrit qu'aucune autre langne de TEu-
rope. Les peuples qui parlaient ces dîalecti^
avaient une mythologie oropre et une hié-
rarchie très-ancienne , très-puissante , tout
aussi fameuse dans le Nord que Tétaient dtQf
rOrient et dans l'Occident celle des braihmes
et des druides.
. Les Slaves ou la race esclavonne forment
une quatrième famille indo-européenne ; se^
deux grandes branches sont les Slaves de
rOuest ou Slaves proprement dits, qui <^ai*
prennent les Polonais , les Bohémiens, les
Obotrites et les tribus des bords de la Balti-
que ; puis, la branche orientale, qui com-
prend les Russes, les Servions et d'autres
nations alliées de très-près à celles-d.
Les peuj^les du midi de l'Europe se ntU-
chent aussi à la même souche. Toutes le^
nations italiennes, à l'exception dé celle k«
Rasenniens ou Toscans, appartenaient à rm
seule raco, et leurs différents dialectes, rom-
brien, l'osque ou sahin, le latin, et le siciliep
ou œnotrien, ne sont que des variétés d'iim
seule langue. Quant aux Rasenniens, ils dif-
féraient par les caractères physiques de lou'
le reste des anciens Italiens> et ils parlaiça*
une langue qui parait n'avoir eu que irès^
peu d'ainnité avec les autres dialectes de k
Péninsule. Ces nations italiennes ne son'
point despendues, comme on Ta d'abon'
supposé, d'un mélange de Grecs ou Peiasge^
avec les aborigènes barbares, mais elles for-
ment une branche à part de la race «riane
et, d'après Tépoque de leur migration, elléï
doivent être considérées comme les plus an-
ciennes de cette division. Les autres race.«
du sud de l'Europe qui appartiennent à l«
même grande souche sont les Thraees, te
Arnautes, les Albanais, ou plus probable-
ment les Skipetares» descendus des Epirote;
et des UlyrienSy puis enfin la célèbre race
des Hellènes.
Une question qu^il serait, intéressant à(
discuter, si l'on pouvait espérer de tronvei
pour cela des données suffisantes, serait cellf
qui aurait pour objet de déterminer si te
nations arianes trouvèrent, à leur arrivée er
£urope> des pays déjà habités^ ou bien de$
contrées désertes dans lesquelles eHes purea'
s'établir paisiblement et sans que la posses^
sion leur en fût disputée. La première hypo-
thèse parait la plus probable» puisque nom
savons que les pays les plus éloignés du poio*
de départ de ces nationS) ceux ou elles arriTè
rent en dernier Ii«u, étaient déjà habités. Le^
Euskaldunes paraissent avoir été en posses-
sion de l'Espagne avant l'arrivée des tribal
celtiques dans ce pays. En effet, si, comme
certaines personnes 1 ont supposé, les Celte^
étaient arrivés les premiers^ et que les tribu.'
ibériennes né fussent entrées dans le pay^
3ue plus tard, il n'est guère probable que et
emier peuple, dont la valeur militaire na
jamais pu être comparée avec ceUe des Cel-
tes, eût été capable de s'emparer de la chaîne
des Pvrénées, où nous savons qu'il était éta-
bli à l'époque de la conquête romaine.
(128) Habitant jeHla deMan.
m
Elft
péeitnes ignoraient probablemenl Tusage du^
lér et des autres métaux, puisque ces mé* .
taux ont dans chaque langue des noms dif*.
férents et qui ainsi doivent avoir été adoptés
po^rieurement à Fépoque de la sénaration^
kien ne se ressemble moins que les mots
goldj x^vcôcf et aurum^ que silvtr et argen^
tum ; que ferrum et vApoç. Ces considéra-
tions d'ailleurs ne son! pas le^ seules qu'on
Suisse faire valoir pour prouver, que Tusage
es métaux ét^t inconnu aux premières co-
lojiies de TOccident. Quan^t a Tusage des
lettres,, il est clair qu'il était complètement
iniBonni^de la race ariane* au moins des
peupless de ce^e race qui passèrent en Eu-
rope ; ceux-ci le reçurent, bien des siècles
après, des Phéniciens, à qui Ton attribue
cette admiral^le invention, et qui du moins
certainement ont le mente de Tavoir com- .
m.uniquée aux nations de rOccident. Mais
bien qu'inhabiles dans les arts les. plus uti-
les de la vie, les peuples arians apportèrent
avec eux une culture iitfellectuelle beaucoup
plu$ avancée que celle des races allophylien-
nés. Ils avaient une poésiç nationale et une
lapgue beaucoup plu^ cultivée, un cercle
d'idées beaucoup plus étendu que ne sem-
blaient le comporter leur condition exté-
rieure et leurs habitudes. Us avaient des
bardes ou scaldes, ro/et , «roi^ot, hommes ins-
pirés qui célébraient l'histoire des temps
passés en y rattachant des révélations sur le
futur, et un ensemble.de dogmes fondés sur
une méthi^hysique très-compliquée. Parmi
ces dogmes qui fie transmettaient d'âge eu
âge et d'un jieuple à l'autre, comme la
croyance primitive et le trésor de la race,
il en est un ou'on trouve dans les parties
les plus reculées de l'Oondent, tout aussi
bien que. dans rOrient, et oui y joue un rAle .
important, car.il implique, la. croyance à un
étal futur de récompenses ou de.punitions,
et l'idée d'un gouvernement moral an
monde : c'est le donne de la métemps^chose.
Suivant un autre de leurs donnes qui se rat-
tachait jusqu'à un certain point au premier»
l'univers matériel avait subi déjà, et devait
subir encore une ^série de catastrophes par
le feu et par l'eau, . renaissant (Tailleurs,
après chaque, époque de destruction, avec
une beauté uDuvelle,. et faisant recommen-
cer l'âge xl'or, mais toujours destiné à deve-
nir, après un terme fttal, la proie de la cor-
ruption et le théâtre d'un nouveam catar
dysme. Un troisième point capital dans cet
ensemble de doctrines consistait à ne voir
dans tous les êtres animés que. des émana*
tionsde l'âme universelle du monde, qui.
devaient un jour retourner. dans son sein et
s'y. confondre. Cette iiiée, comme on le voit,
touchait de bien près aux idées panthéistes
et était sujette aux mêmes objections. .
Chez la plupart des nations indo-euro-
péennes, la conservation des dogmes rrli-
gieux, des traditions patriarcales et de la
poésie nationale, au lieu d'être abandonnée
(tt9) Lt prolesseor Rask a empolvé dans ce sens on n'a auciwe certilada qu*eUes se rattachent aoiL
^ teraw Kfiâ#; mais pour ptasieuri é% ces Raiiaiis races scvtbiqaes.
EUH
L'Espagne fut le dernier refuge de cette
race, qui avait été probablement expulsée,
par les nations italiennes et par les Celt^,
de ritalie et de la Gaule. Dans le nosd de
l'Europe, les nations germaniques,.03i plutôt
les Konnaods, trouvèrent les pays qui bor-«
dent la Baltiove occupés paroles JotuQs, peu-
ple de race nnnoise ou illyrienne, qui pro-
bablement était venu aussi de l'Orient, mais
d*nne partie diflérente de l'Asie, et dont l'é-
migration devait être encore plus ancienne»
I>e mglle souche ce peuple s'etait-il déiachét
Quelles ooiyectures un peu vraisemblables
peat«on faire à cet égard? C'est ce que noua
examinerons dans un autre article.
On a appelé aUopkyliens les nations qui,,
soit en Kirope, soit en >Àsie, sont, de même
<{ue celles-ci , distinctes des nations, de race
indo-enropéenne. Le terme Mophyliens^ qui
fait allusion à cette origine distincte, me
parait préférable aux autres termes qu'on a
voulu employer pour désigner, les mêmes
peuples; u aidu moins sur eux l'avantage de
ne pooDoir. introduire en ethnologie aucune
notioQ erronée (229).
Avant de procéder à une description spé-
ciale des diverses nations comprises dans
1 une on l'antre classe, il sem bon de compan
rer en masse les peuples aUophyliens aux
peuplesde la famille indo-européenne»
Les nations allophyliennes paraissent s'ê-
tre répandues de très-bonne neure jusque
dans les pa^es les plus reculées de l'an-
cien continent, au nord, à l'est et à l'ouest
des pen|ries indo-européens qu'ils semblent
avoir précéda en tons lieux ; de sorte que,
par rapport à ces colonies indo-européen-
nes, leur position est tout à fait celle de
peuples aborigènes qui ne peuvent résister
a TinTasion de tribus plus puissantes, et
qui souvent sont rdbulés par elles dans des
contrées fort lointaines ou obligés de se rér
fugier dus des montagnes presque inao*
cessibles. Si nous comparons les vaincus
aux vainqueurs sous le rapport des facultés
intellectuelles, nous trouTons que les derr
Qiers étaient g^iéralement supérieurs aux
autres. Quelques tribus avaient, à la vérité^
conservé ou acquis une certaine férocité de
uMBurs et des hatûtudes de barbares, mais
00 pouvait encore retrouver diez elles
des traces non douteuses d'un ancien déve-
loppement intellectuel; par exemple une
eertaine perfection dans rinstmment de la
prisée et des communications sociales, c'est-
à-dire une lansuedéjà cultivéow Si nous re-
eherchons queis progrès les Indo-Européens
pou vaient avoir ndts dans. les arts utiles à
1 époque, où ils quittèrent leur commune
patrie pour se répandre dans le monde, l'é^
tude de leurs langues sera notre principal
guide, et les résultats de ce mode d'investi-
gation seront de prouver qu'-à l'époque dont
nous parions, les arts industriels étaient,
chez ces peuples,, encore très-peu avancés.
premiers ancêtres des nations indo-euro-
55i
EUR
DICTIONNAIRE
EUR
&9)
au hasard des sjuveuirs et des récils popu-
laires, était confiée à une classe particulière.
Les hommes qui appartenaient a cette classe
étaient l'otyet d'une grande vénération, car
on Yoyait en eux les médiateurs entre les
puissances invisibles et les créatures bumai«
nés, les dépositaires des légendes sacrées et
les interprètes des volontés des dieux, vo-
lontés révélées à une première génération
et transmises aux générations suivantes,
soit par des traditions orales, soit par des
}>oëmes divins, soit enfin par des éçnts dont
e sens n'était connu que des seuls initiés.
Dans beaucoup de cas, ces hommes saints
formaient une caste héréditaire: tels étaient
les druides, les mages, etc.
Chez les nations allophyliennes nous ne
trouvons rien de semblable , mais nous
voyons régner une sensuelle et grossière
superstition qui attribue des facultés mysté-
rieuses et une véritable vie à des objets
inanimés. Ce n'est pas aux mains d'une
caste savante qu'est confiée une religion
dans laquelle om ne connaît que les talis-
mans, les charmes, les conjurations : au lieu
des doctes enfants de Brahma, nous trouvons
des chamans ou sorciers qui frappent l'es-
prit de leurs crédules sectateurs en feignant
des évanouissements et des convulsions, en
poussant des cris horribles, en se faisant des
nlessures et se livrant à mille actes désor-
donnés, de manière à faire croire au'ils sont
possédés par les démons ; tels étaient les
sorciers des Finnois et des Lappes, les an-
gekoks des Esquimaux, et tels sont aujour-
d'hui les chamans dans toutes les parties de
l'Asie boréale où le bouddhisme ni l'isla-*
misme n'ont point encore pénétré.
L'histoire de ces nations sera traitée dans
un article spécial ; pour le présent , je m*oc*
cuperai de laire connaître en peu de mots
les caractères physiques des nations indo«
européennes.
Caractères physiques des nations européen'
nés. On trouve dans les ouvrages des au-
teurs grecs et latins certains renseignements
indirects au moyen desquels nous pouvons,
jusqu'à un certain point , nous faire une
idée des caractères physiques des anciens
habitants de l'Europe. Ce que nous en ap-
prenons de cette manière ne coincïde pas tout
a fait avec ce que nous observons aujour-
d'hui dans les mêmes races, et , en considé-
rant comme exact le témoignase des an-
ciens, il a dû se produire chez elles une al-
tération considérable. La possibilité qu'une
modification dans les caractères phvsiques
des nations en question se soit opérée sous
l'influence de causes extérieures agissant
pendant une longue suite de siècles n'a d'ail-
leurs rien qui répugne à la raison.
il y a encore une autre source de laquelle
nous pouvons espérer obtenir des informa-
tions a ce sujet ; je veux parler des osse-
ments contenus dans les anciennes sépultures
qui se trouvent en diverses parties de l'Eu<-
rope : nous avons déjà, comme on Ta vu , tiré
(i30) Abhandl^ der Berlin. Akad., lSi8-i819.
rand parti d'un pareil moyen , pour arriver
la connaissance des caractères physiques
des anciens Egyptiens. {Voy. es mot). Ces res-
tes des temps passés sout , à la vérité, beau-
coup plus rares et plus incomplets en Eu-
rope que dans TEgypte ; cependant, si noaa
les prenons tous ensemble, nous les trou^
vous encore assez nombreux, et il y a cer-
tains pays où l'on peut dire quik sont
très-communs. Le nord de l'Italie, et parti-
culièrement les provinces habitées par les
anciens Toscans, abondent en magnifiques
sépultures, dont le professeur R.'-O. Huiler
nous a donné des descriptions. D'après ce
qu'il en dit, il est évident que ces tombes
sont l'ouvrage d'un peuple dont les caractères
physiques différaient beaucoup de ceux qae
nous offrent leurs descendants. Nous ex-
trayons les observations suivantes d'-uQ
mémoire que M. Muller a fait paraître dans
les Mémoires de V Académie des sciences di
Berlin (230).
Les Etrusques avaient, autant qu'on en
peut juger, le visage plein et arrondi , les
yeux grands, le nez épais sans être long, le
menton fort et un peu proéminent. Us
étaient de petite taille, avec la tète propor->
tionnellement grande , les bras courts et
gros, le corps épais et lourd, en un mot,
nous retrouvons en eux les obesos et piV
gués Etruscos.
Les corps des hommes sont sans barbe,
e'est-à^ire qu'ils ont le meiitoq tout à fait
rasé ; ils sont vêtus d'une toge ou tunique
qui est quelquefois ramenée sur la partie
postérieure de la tète. Ils ont généralement
une guirlande de feuilles sur la tète ; qnel-.
ques-uns tiennent dans la main gauche une
Ïietite coupe et dans la droite une patère.
Is reposent dans une posture aisée, le corps
un peu relevé à la partie supérieure et ap-
puyé sur le coude gauche, dans Tatlituad
des gens qui quittent satisfaits le banquet
de la vie. Le petit doigt de la main gauche
est comnrunément orné d'un anneau. Les
femmes sont couchées dans la même posi-
tion que les hommes. Elles portent une tu-
nique quelquefois serrée au-dessous du
sein par une large ceinture munie d'une
agrafe circulaire, et un péplum qui, assez
souvent, recouvre la partie postérieure de
la tôte. Dans une main , elles tiennent une
Kmme ou quelque fruit semblable , et dans
utre un éventail. Ces figures sont sculp^
tées en ronde^bosse sur le couvercle du sa^
cophage qui est en pierre ou en terre cuite;
sur ces derniers, qui sont ornées d'une va-
riété de couleurs, les figures elles-mèmei
sont peintes.' Les cheveux y sont rendus par
une teinte d'un hrui) jaunâtre ; les yeux
sont bruns et l'armure ouïe bouclier sont
d'un noir tirant sur le bleu, par lequel on a
voulu rendre sans doute la couleur du fer.
On trouve des tumulus sépulcraux sur un
grand nombre de points de l'Europe or m-
dentale et septentrionale, et dans le nord de
l'Asie, jusqu au fleuve Yenissei ; ces tom*
KE
D'A^TlIROrOLOGlE.
£LR
5S4
beaux eootfeonenl les restes de races éleiii-
les depuis longtemps ou de races qui , dans
le cours des siècles , ont cbansé de mœurs
et de pajs, de manière à ce qu on ne puisse
plus les reconnaître dans leurs descendants.
Us abondent sur les tiords de l'Irtish e( du
Yenissei , où la facilité qu*apporlent pour
les oommunieations d'aussi graiides rivières
avait alors accumulé une population très-
nombreuse Jlanslenorddel Asie,cestumulu$
sont attribués aux Tchudes, nation barbare,
d'origine étrangère et ennemie de la race
slave. Ils diflèi^ent i^rtainement de cette
dernière race, et ne diffèrent pas moins de
celle qui Ta précédée dans les mêmes lieux ,
de la race tatare; caries tombes des Tatares
et tous les édifices élevés par eux indiquent
l'usage d'instruments de rer« et Tart de tra-
vailler les mines de ce métal a toujours été
]nmr les nations tatares un art favori. Des
tirneoients d or et d'argent d'un travail gro»-
^ier, mais en quantité aliondante , sont ce
que ToD trouve dans les tombes sibériennes.
L'art de Ikbriquer des ornements en métaux
précieui semble avoir précédé de plusieurs
siècles l'usage du fer dans les pays du nord
de l'Asie.
Dans les plaines où se trouvent ces tom-
bes , il n'est pas rare de rencontrer des cer*
c\es de pierres levées, comme celles qu'en
£urope on désigne communément sous le
nom de pierres druidiques , et qui ne sont
fias d'ailleurs exclusivement propres aux
pars où l'on sait qu'a régné le druidisme.
Dans l'ouest et dans le nord de l'Europe ».
il y a un nombre prodigieux de tertres tu-
mulaires ou Aonroir^ On en a eiaminé un
grand nombre, tant dans les Ues Britanniques
qu'en Danemark et en Scandinarie, et il est
u>rt à regretter qu'on n'ait pas un exoosé
iiiétho^lique 6es résultats de ces rechercnes.
£a Angleterre, particulièrement, on n'a rieu
fait (l'un peu général sur ces monuments
considérés par rapport à notre archéologie
nationale , sur laquelle cependant ils se-
raient propres à jeter du- jour. Ce qui pa-
rait dailleurs résulter des investigations
récentes du professeur Eschricht , c'est
<|ue les restes sépulcraux des anciennes
uations européennes peuvent être rapportés
à trois périodes. La première est celle dans
la |uelle les tumulus élevés pour les morts
ue contiennent point encore d'ustensiles ou
u'omements. en métal (231). Des anneaux,
des grains de collier et d'autres ornements
qui , dans les contrées voisines de la Balti-
<}ue, sont souvent en succin^des instru-
ments en os, des tètes de flèches en silex ou
en arêtes de poisson, des haches en pierre
ou en silex, et divers objets faits de ces mê-
mes matériaux que nous tronvons avoir été
partout employés avant la découverte des
aiélaux , voilà ce qu'on rencontre commu-
nément dans ces sortes de tombes. Tout en
elles indique l'état d'enfance des arts utiles
qui devaient être arrivés à peu près au même
point où nous les trouvons chez les insulai-
res de la mer du Sud.
Les caractères ostéologîques des crânes et
des autres parties du squelette que l'on
trouve dans les tombeaux appartenant à cette
époque, ont quelque chose de particulier :
ce sont ceux d'une très-ancieune race ba-
layée depuis longtemps du sol par une autre
race qui l'y a remplacée.
On peut remarquer, en passant, que c'est à
cette classe qu'appartient la grande majorité
des barrow» qui ont été fouillés dans divers
points des lies Britanniques. Ils sont même
si nombreux que les archéologues croient
généralement que, jusqu*à l'époque de l'in-
vasion romaine, les tombes des Celtes étaient
toutes ainsi. Cependant on en a trouvé, tant
dans la Grande-Bretagne qu'en Irlande , qui
appartiennent à la classe suivante.
La seconde classe de tumulus appartient
évidemment à une époque postérieure à
celle dont il vient d'être Question. 11 n'est
pas rare d'y trouver des fplaques d'or , des
anneaux d or ou de cuivre , différents orne-
ments de bronze ; quelquefois on y a décou-
vert des épées ou des lames en airain, mais
jamais d'instruments en fer ou de sculptu-
res qui indiquassent l'usage d'instruments
de ce métal.
Les tombes appartenant à la troisième
classe renferment des instruments 'en fer;
elles sont évidemment d'une époque plus
récente que celles qui contiennent des ob-
jets en or ou en cuivre.
Les tertres tumulaires présentent encore « .
suivant qu'ils appartiennent à l'une ou à
l'autre des trois catégories que nous venons ,
d'indiquer, quelque chose m différent dans
leur disposition intérieure; mais c'est un
point sur lequel il serait faors de propos de
s'arrêter dans un ouvrage de la nature de
celui-ci.
Le but que je me suis proposé en rappe- .
lant ces faits est d'appeler l'attention sur la
série ostéologique que l'on pourrait établir
au moyen des restes que nous offrent ces
différents iwnuluê. Il y a toute raison de
croire qu'en recueillant et classant couve--
nablement les ossements trouvés dans les
trois classes de sépultures dont nous venons
de parler, on arriverait à former une série
historique qui nous donnerait les princi-
paux caractères des races appartenant aux
trois époques correspondantes.
En Danemark , comme nous l'apprenons
par les remarques du professeur E^hricht ,
les crânes et autres os que l'on trouve dans
les bamnts de la plus ancienne série ont
quelque chose de particulier. Le crâne est
ample et bien développé ; le front est bombé
et assez spacieux ; les os du nez sont proé-
minents. De plus, dans une tête dont M. F$«^
chricht a donné la description , les arcaces
zygomatiques sont grandes et coudées vers
le milieu , de sorte que deux lignes qui
partiraient de leur bord externe et s'appuie-
t&î) Le MBoirp ils profiesiaur Etchriclii a été poMié dact vn
daoois iotitolé
Fol'
883
EUR
DICTIONNAIRE
EUR
S5C
raientsur le crAne,convergerAientYers le ver*
texyce qui donne au crâne un peu de la forme
pyramidale. On peut remarquer encore aue
les yeux étaient enfoncés , avec 'ies arcaaes
sourcillères très -saillantes et des orbites très-
profondes. Un autre caractère très-remar*
auable de ces crânes, c'est leur forme arron-
ie qui approche de la figure sphérique.
Par ces deux derniers traits, les crânes des
plus anciens tumulus se rapprochent jusqu'à
un certain point de la forme particulière aux
nations du nord de l'Asie , c'est-«à-dire aux
Mongols, aux Esquimaux, etc. ; cependant
les traits plus importants que nous avons
signalés d'abord ne permettent pas de les rapr
porter à un autre type qu'à la lorme de tète
ovale et développée qui est commune aux
nations de l'Europe et de l'Asie occidentale.
Ce sont probablement des crânes apparter
nant aux races celtiques, et ceu^ des tumu-
lus danois , en particulier , des crânes de
Cimbres.
Les tombes qui contiennent des ornements
en métaux précieux paraissent, ainsi nue
nous l'avons dit , dater d'une époque plus
récente, mais on ne sait pas bien si elles ont
été construites par des hommes appartenant
à la même race que les premiers. Celles où
l'on trouve des instruments en fer sont de
date postérieure à l'arrivée des nations ger-
maniques , nations qui , à ce qu'il parait ,
connurent très-anciennement 1 usage de ce
métal.
Il ne parait pas que, pour la couleur de la
peau, il y eût une différence bien marquée
entre les Celtes et les Germains; quant à la
couleur des cheveux , il parait que chez ces
derniers le roux était plus commun , tandis
que chez les autres le blond clair était la
teinte dominante ; cela a été nié par plu-
sieurs écrivains modernes, mais le témoi-
gnage des anciens est positif à cet égard. Je
ne répéterai pas ici la longue liste d'auteurs
cités par Pricnard en preuve de ce fait (232),
mais je me contenterai de donner un pas^
sage d'Ammien Marcellin qui avait vécu en
Gaule et devait , par conséquent , savoir de
quelle couleur étaient les Celtes.
n Les Gaulois, dit Ammien, sont presque
tous de haute taille, très-blancs , avec des
cheveux rouges et des yeux aux regards fa^
rouches; ils sont d'un naturel querelleur,
hautains et insolents dans leurs manières.
Une troupe entière d'hommes d'autres pays
ne tiendrait pas tète à un Gaulois , surtout
s'il a pour second dans la bataille sa robuste
femme aux yeux bleus, qui , les veines du
cou enflées, serrant les dents , brandissant
en l'air ses gros bras blancs , se servant
même comme armes offensives de ses pieds
aussi bien que de ses poings , fait pleuvoir
les coups aussi raide que les pierres lancées
(352) Ainsi on lit dans le huitième livre de
VÀnéide :
Galli per domos aderant , arcemque tenebant,
AuREÂ C45SARIE8 0LLI8, atque aurea venU ;
Vir^U lucent saguliê; tum iactea colla
Auro innectuntur : duo quisque Alpina coruscant
par la catapulte. Le son de leur voii a presr
Sue toujours quelque chose de terrible et
e menaçant, même quand ils parlent sans
colère. Tous les âges sont, parmi eux, répa^»
tés propres à la guerre. Un vieillard prend
les armes avec un cœur aussi ferme qu'ua
homme dans la fleur de l'âge, et ses mem-
bres endurcis par le firoid et par le travail
le portent encore avec vigueur. Us mépris
seqt le danger, et l'on ne voit point parmi
eux des hommes comme ceux qu'en Italie
nous appelons par dérision mavci , qui se
coupent le pouce par peur , afin d'échapper
au service militaire. Les Gaulois aimeot
beaucoup le vin et ont inventé plusieurs
autres boissons enivrantes (233) ; on Yoit
quelauefois chez eux des hommes apparte<!
nant a la plus basse classe, dont l'habitude
de l'ivrognerie a hébété les sens » et doot
elle a fait de véritables idiots. »
Les Germains sont représentés comme
ayant la tète forte et le front large ; il est par-
tout question de leurs cheveux roux et de leurs
yeux bleus; et ces caractères leur sont as-
signés comme constants, non -seulement oar
les poëtes , mais par les écrivains les plus
exacts en ce oui concerne les faits. Ainsi
Ammien Marcellin mentionne les conm ru-
tilante ex more des Alemanni > c'est-è-<iir(
des Germains du haut Rhin
11 parait certain que par la couleur de \i
peau,, par celle des cheveux, de la barbe, e]
des yeux , les anciennes races qui peui^li^
rent les parties septentrionale et occiden-
tale de 1 jËurope appartenaient toutes à (r
que nous avons appelé la variété blonde eu
parlant des différences de teint qui s'obser-
vent de nos jours chez les Européens , or,
ce n'est nullement aujourd'hui le cas pour
la grande masse des populations qu'on su])-
pose en être descendues. Daas une chroiii-
que poétique que le docteur O'Connor con-
sidère comme le plus ancien poëme hislori-
que existant dans la langue gaélique , le
barde s'adresse au peuple e^ cçs termes :
A eolca Albain uile
A shluagh fêta, folt-buidhc.
ce qu'on a traduit ainsi ;
Vo» docti Albani omneê,
VoM exerciluê peritorum fiavo^omatoru».
Cette apostrophe, à ce que l'on suppose,
était adressée aux montagnards, à la cour de
Malcolm III, A. D. 1057. La tradition nou*
représente constamment les Gaels connue
des hommes, à cheveux blonds. Çuivapl ie5
anciennes légendes qui contiennent i'in>-
toire des rois de Firbolg , un de ces rois
était nommé Fiacha Cinnfionnan. Or , «nn-
fionnan signifie tètes blanches, et comme le
remarque Keating , le célèbre historien ir-
Cœsa manu, tcutis proUeti corpora longit.
Et Claiidien {in Rufinum) dit :
Inde truce» flavo comitanlur eorpore f»aUi
(235) Probablement du cidre, de la bière, du né
thégliir.
SS7
ECR
DWNTHROFOLCeiE.
EIR
landais, le peuple était désigné par ce nom ,
parce que la plupart des Irlandais à cette
époque étaient remarouables par la couleur
très-claire et presque manche de leurs che-
teax.
Si les Beo$sais, au temjis du roi Malcolm,
étaient une race blonde , ils ont aujourd'hui
perdu ce caractère, aussi bien que leurs com-
patriotes les Calédoniens , et que les Ger-
n^ains et les Gaulois du continent. Les
montagnards, maintenant, ne peuvent être
en aucune façon considérés comme apparte-
nant à la tariété bhnd^. Dans certains dis-
tricts particuliers et dans quelques Tallées
duliaut jpajs, on a remarqué que la majorité
des habitants a les cheveux roux ; mais cela
a été observé pour des points trèsncircons-
erits, et où il n y a d'ailleurs rien qui puisse
faire supposer une colonisation étrangère.
Dans presque toute la partie occidentale, les
montagnards ont, en général, des cheveux
tlats, d'un brun foncé , avec un teint assez
run , mais avec des yeux gris. Un homme
À cheveux très-noirs et bouclés , avec des
veux noirs, se remarque tout de suite comme
iaisant contraste avec la masse de la popu-
lation ; dans les lieux où ces cas exception-
nels sont fréquents, on rencontre également
des cas de Texception opposée , c*est^-dire
des hommes à peau oecidément blanche
arec des cheveux blonds on roux.
n paratt parfaitement prouvé que la cou-
leur dominante aujourcThui dans les Iles
Britannigues diffère d'une manière notable
d'» celle de toutes les races qui ont concouru
h former la population actuelle. Nous avons
vu, en eOeS, que les anciennes tribus celti-
ques a))partenaient à une raee blonde , et
tels étaient aussi les Saxons , les Danois et
les Normands; enfin les Calédoniens et les
Gaels é'iiient encore des hommes à peau
S»lanche et à cheveux blonds, et cependant il
s'en faut de beaucoup que chez les descen-
dants mêlés de ces races aux yeux bleus ,•
cv's particularités forment un caractère cons-
tant. Au reste, les Bretons avaient dérié de
la couleur des Celtes dès le temps de Stra-
bon ; car cet écrivain remarque qu'ils sont
moins blonds que les Gaulois, qu'ils ont une
plus haute taille, mais qu'ils ne sont pas
aussi bien faits de corps et ne paraissent pas
aussi dnpos. En preuve de cette assertion il
dit : « Nous avons vu à Rome de jeunes
hommes de Bretagne qui surpassaient d'un
demi-pied en hauteur les hommes de la
Elus grande taille, mais qui avaient les jam*>
es cagneuses et le corps mal proportionné...
Leurs manières, ajoutcrt-il , ressemblaient ,
dans quelques points, à -celles des Gaulois,
tandis que dans d autres, elles étaient plus
simples et plus barbares. >
Ce n'est pas seulement chez les deseen-.
dants de vieux Bretons que nous pouvons
observer de semblables changements; les
Germains ont aussi varié de complexion.
Dans les rilles surtout, le peuple est loin de
nous représenter Tandenne race aux che-.
veux roux ; ce n'est pas même r^ qu'on peut
appeler une race de blonds. Or, comme ce
changement s'est opéré plus particulière^
ment dans les rilles, nous sommes jusqu*à
un certain point autorisés à conclure qu'il
dépend en partie des habitudes, de la ma-
nière de vivre et de la nourriture. Les rilles
sont des lieux chauds et secs, comparative-
ment à la campagne; la campagne elle-
même, telle que l'ont fiiite les défrichements
et les travaux de l'agriculture, est beaucoup
plus sèche et plus chaude que n'étaient les
lorêts et les marécages dont se composait
presque entièrement l'ancienne Germanie.
L'altération du caractère physirpie de la po-
pulation doit être attribuée à l'altération
qui a eu lieu dans les conditions extérieures
sous Tinfluence desquelles rit la race pré-
sente (234).
Des caractères physiques des Slaves. — Nous
ne possédons pas sur les Slaves d'observa-
tions faites avec assez de soin pour être en
état de déterminer s'il y a chez eux quel-
Sues particularités caractéristiques qui les
istingucnt des autres Européens; mais si
ces particularités existent , elles ne doivent
pas être de nature à frapper beaucoup , ni
très-aisées à apercevoir. Il existe entre les
diverses tribus de cette race des différences
qui paraissent dépendre uniquement du cli-
mat et des circonstances locales, et qui ce-
pendant sont beaucoup [plus grandes que
celles qu'on pourrait signaler entre les na-
tions slaves prises en ^nasse et les autres
nations européennes. Dans les provinces du
sud-est , les Slaves ont la |)eau brune , les
cheveux et les yeux noirs : tels sont les
Croates, les Serviens etpes Slaves proprement
dits ou Esclavons. Les Polonais ne présen-
tent pas la même uniformité, mais on trouve
chez eux beaucoup d'hommes dont les che-
veux et les yeux sont de couleur foncée. Les
hommes de cette nation sont en général
(234) Les iMient Gemaiiis avaient toos les jeux
hlesÊS et les chereax blonds oa roox, c*esl-à-dire
Boe coDSlitation de Mouds des mieux prononcées.
Aujourd'hui, dit Nîebhar, dans ooe grauide partie de
FAllema^ne, rien n*est moins commun qu'une telle
cofBplexM». Je pois assorpr, d'après ma propre ob-
MTTatiOD, que les Germains de nos jours sont loin
d*étre «ne race bkmde. J'ai vu, à Frandori-sur-ie
lieu , on nombre eonsidérable d'hommes réonis
daas une immense salle, et j'ai remanpié qn'à Tex-
erpûoet de dem oo trois individus, qui écaieni des
Anflais, H n'y aTaît pas, dans le nombre, un seul
b'fame qui n eAt les cheveux de couleur foncée. Le
choraficr Bnnsen ma dît qu'il avait cherché en Tain
les cberdures dorées et les yeux d'azur des anciens
Germains, el qu'il n'avait jaûnals pu trouver les ori-
ginaux des portraits que les anciens ont donnés de
ses compatriotes jusqu'au temps où il visita la Scan-
dinavie; là, il se trouva au milieu des Germains de
Tacite. Evidemment, Niebhnr a raison de soutenir
que les caractères physiques de la population ont
changé : quelques modifications dans les drcois-
tances extérieures sous rinfluence desquelles la race
a existé ont amené une modification dans ses ca •
ractéres phvsiques. Le c!inial de la Germanie a, de
fait, chance notablemeul depuis que le pays a été
dépouillé de ses forêts. iPaïf hakd.)
»^
Wfk
dlCTIONNAllŒ
ELR
U^
grands et bien faits. Les Russes du nord
çont trè^-blancs. M. Tooke remarque que
les paysans russes ont souvent les cheveux
chAtain-clair, blonds ou roux ; or ce carac-
tère chez eux n'est pas, comme quelques
auteurs Too.t supposé, le résultat d un croi-
sement avec la race Qnnoise ; il est beaucoup
trop général pour dépendre d'une cause par-
Xielie et acciuQntelle comme celle-là. Ce qui
prouve bien que lia complexion des Russes
du Nord n'est point le résultat d'un mélange
avec des étrangers, et particutièrement avec
des Finnois , c'est que d'autres nations sla-
ves qui n'ont jamais vécu dans le voisiqage
d'aucune tribu (innoise offrent, et à un plus
haut degré encore, la même particularisé;
c est ce que nous montrent, par exemple, les
l^lovaks.
Les Slovaks soBt^ comme nous l'avons vu^
les anciens habitants slaves de la Parinonie
ou Hongrie. Ils occupaient fort ancfenne^
ment ce pays % et probablement ils sont les
descendant! des anciens Sarmales Ja^izes
qui en étaient en possession au temps d Am«>
mien. Quoi qu'il en soit de cettQ^ supposi-^
tion , on sait qu'ils peuplaient la Paunonie
^ l'époque où elle fut envahie par les
Magyars , Ugriens ou Hongçx)is« Ce peuple ,.
qui a don,né son nom au pays, chassa le$ Slo-
vaks des provinces centrales qui sont les
plus fertiles, et les repoussa dans les terres
ingrates et montagneuses voisines de la
chatnedes Karpathes , où leuçs descendants
sont restés jusqu'à ce jour. Les Slovaks, qui
forment encore une partie considérable de
la population de la Hongrie ^ ont été„ il y a
peu (Tannées , l'objet des observations d iin
voyageur anglais auquel nous devons de
bons renseignements sur leurs caractères
physiques et sur leurs habitudes. Nous sa-
vons, d'après ce qu'il nous a appris , que ce
sont en général des hommes de mo/enne
taille, mais fortement bâtis; leur teint est
blanc, leurs traits sont lourds et grossiers ,
à demi voilés par c^e longs cheveux d'un
blond filasse. Dans quelques districts on
rencontre des individus dont les traits sont
beaux et les proportions élégantes. Les fem^;
mes des paysans sont jolies pendant leur
première jeunesse , :mais les rudes travaux
auxquels elles sont condamnées et l'exposi-
tion au soleil leur enlèvent bientôt toute
leur beauté. Les hommes sont indolents et
paresseux, et fort inférieurs aux Magyars
sous Je rapport de l'énergie et de J acti»
vite. .
Cette description des Slovaks modernes»
coïncide tout à fait avec ce aue Procope nous
apprend des Antes et' des Sclavènes de son
temps. « Ces deux peuples, dit-il, parlent
la même languciqui est une langue très^bar^
bare, et ils ont aussi dans Taspect extérieur
la i)lus grande ressemblance ; car ils sont ,
les uns commu les autres, de grande taille,
et remarquablement robustes; ils ont aussi
la même couleur de peau; quant à la cou*
Jeur de leurs cheveux, elle n est ni très-fon-
cée ni très-p&le, et chez tous elle tire plut6t
vers le rouge. »
Caractères physiques des Grecs. — Chacun
sait que la plus belle forme du crâne hu-
main, le plus beau dévelop})ement du froat,
est celui que nous offrent certains produits
de l'ancien art grec. On a même supposé
que les sculpteurs célèbres qui nous ont
laissé ces tètes au noble profil ne s'étaient
pas contentés de copier les beaux types gue
la nature pouvait leur offrir,, et qu'ifs avaient
exagéré certains caractères, c*est à-dire qu'ils
avaient idéalisé leurs Ggures; mais cest
une opinion qui a été réfutée victorieuse-
ment par Blumenbach, tant dans les Mémoh
res (IfiGœUingue que dans les notes dejsa
sixième d'cade (235). Voici- comment il dé*
crit un crâne grec de sa collection : Fora.a
calcariœ subgtobosq^majrUlçe superioritoi-
sibussub nartum ajferturis fere ad perptudi-
culiun coadunatiSfJugalibus ossibus mod'ue
et concinne^ declivibus, ariificum laudalU
proxima: signis. Cette tête grecque et uoe
autre qui appartient à la race toujours bar-
bare et toujours ignorante des GéorgieBs
sont, nous Jit-il, les plus belles de toute ià
collection ». composée de 17Q ccjSines de ua-
tioas différentes.
Dans la tête de l'Apallon du Belvédère,
nous avons probablement un bon modèle
de la physionomie nationale des Grecs an-
ciens,.
Chez les Grecs ^ la couleur de la peau et
des cheveux variaient autant que chez les
autres Européens , comme nous le savons
pertinemment par les auteurs auciens. Les
épithètes de («yOoi, irv^/S^è, xuav-x^^ixaif y^viir
ïr4r!f ç, aux cheveux blonds, roux ou noirs ,
aux yeux bleus... et beaucoup d'autres ei-
pressions semblables , nous prouvent quil
existait autrefois chez les Grecs la même ya-
riété de couleur <jue l'on observe aujour-
d'hui chez les nations du sud de l'Europe ,
.surtout dans les pays où le climat est mo^
diQé par certaines configurations du sol ou
par l'élévation, au-dessus du niveau de la
mer. Les Grecs modernes paraissent avoir
cela de commun avec leurs ancêtres et avoir
également hérité de cette beauté de formw
pour laquelle ceux-ci étaient célèbres. Pou-
queville nous assure que les modèles qui
ont inspiré Apelles et Phidias se retrouvent
encore parmi les habitants de^ la. Morée.
«K Ils sont généralement grands et bien faits,
leurs yeux sont pleins de feu , leur bouche
est admirablement bien formée et garnie des
plus belles dents. Cependant,, quoiquon
puisse dire généralement de tous qu'ils sont
beaux, il y a parmi eux des degrés. Lesfero*
mes de Sparte sont blondes, sveltes, et ont
de la noblesse dans le maintien. LeS femmes
du Taygète ont le port de PaJlas lorsqueile
portait au milieu des combats sa redoutable
égide. La Messénienne se fait remarquer f)«f
son embonpoint; elle a les traits réguliers»
de grands yeux et do loo.^s cheveux noirs.
L'Arcadienne, cachée sous'de grossiers vW
(S&(3) Colkclhnes suœ cruniorum diversarum genlium illuslraéœ, decas tij GœUiiigue, lâiO, |>. <J-
\l
su
PàG
B^AMTHIUIPOLOGIE.
WAÙ
f^
méats de laine, laisse à peine apereeyoir la
régularité de ses fonnes, mais son yisage ex-
Enoie Tinnocence et la pureté de 1 Ame,
bastes arant le mariage, les femmes de Mo*
rée devenues é|M>uses prennent un caractère
de vertu qui va jusqu'à Faustérité. Bu temps
de Pouquevilie, les lémmes grecques étaient
extrêmement ignorantes et sans aucune cnl*
ture intellectuelle, dit -il , la musique et la
danse paraissaient leur avoir été enseignées
par la nature. Ce qu'il y a de bop dans le
caractère des Grecs parait être dû eh partie
à la manière indulgente dont ils sont traités
dans leur jeune âge. Dans ce pays, les en^
ianls s'élèvent et grandissent dans une com-
plète liiierté, comme ces plantes vigoureuses
qui naissent spontanément d*uu sol fertile ;
ils ne sont jamais traités durement comme
le sont, dans des {>ajs plus civilisés , les en*9
tauts des classes inférieures et leur figure
pe porte jamais I4 trace d'un sentiment de
peine.»
Le même [auteur a dépeint les nabitauta
de Sparte : «t Les Laconiens, dit-il, difièrent
de port aussi bien que de mœurs de leurs
voisins les Arcadiens ; ces derniers portent
la panetière et la boulette et mènent una
vie toute pastorale; les babitauQts de Sparte ^^
au contraire , ont la passion des combats ;
leur caractère est vii^ et turbulent , peu de
chose suffit pour les irriter. » M. Pouque*t
ville parle des longs cheveux blonds des
femmes de Sparte, de leur air imposant et
de leur pert ma^jestueux , de F^léganee de
leurs formes, de Ta régularité de leurs traits,
de Texpression animée de leurs grands veux
bleus bordés de longs cils. Les hommes^^
parmi lesquels on trouve quelques blonds,,
sont de haute stature ; leurs traits sont mâles
et réguliers ; ils ont conservé quelque chosa
des Doriens de Tancienne Sparte.
EVOLUTION (SvsTKME j>e i/). Toy. Géhé^
BATIO?!.
EXCLAMATIONS. Toy. Voix.
F
FACULTÉS DE LHOMUE. -» Dépourvu,
dans son organisation , d'armes oiTensives et
défensives ; moins fort , moins agile , moins
vite à la course que les nombreux carnas-
siers qui meuacept son existence ; privé de
toute défense naturelle contre .l'inclémence
des saisons et les rigueurs des climats;
avant besoin de modifier tout ce gui lui est
nécessaire ou utile, Fhomme ne vit et ne se
soutient dans la nature que par son intelli-
gence, il est donc né pour ronnaiire (236).
Les animaux sont dirigés par des impul-
sions instinctives qui assurent leur conser-
vation ; ils naissent dans un élat de perfec-
tion absolue et n*ont rien à apprendre des
autres individus de leur espèce ; ils peuvent
donc exister isolément. L'homme, au con-
traire, est dépourvu d'instinct, et à part quel-
ques mouvements du corps que des pres-
sants besoins eipgent et que la nature a, par
cela même, dérobés à un jugement trop tar-
dif (i37) , la raison seule préside è tous ses
actes. Mais il naît ignorant , imparfait; il ne
s*instruit et ne se perfectionne qu'avec ses
semblables; il ne saurait donc vivre isolé(238).
Ce n'est en effet que par ses rapports avec
(236) S*il est né poor connallre, il est né poar
penser : donc l^bomme qui médite n*est polnl un
mwimai dépntvé^ comme Ta dit le philosophe de Gé-
nère. (Diu. $ur t origine et les fandemenU de ri-
mégmliié pmrmi le» hommes.)
(237) Tels sont les moavemente de succion du
ooaveaa-Bé, rabaissement subit de la paupière supé-
rieure lorsque rœit est menacé de quelque atteinte,
le laoovemeal des ni«nbres supérieurs en avant
dans les chutes selon cette direction.
<:238) Si Tespéce humaine vivait disoersée comme
les bmtes, et que les individus qui la composent
ii*ees6ent entre eux aucune relation, il est évident
«lamelle B*aurait point de bneage articulé , ou du
■loiiis sa langue serait renfermée dans de très-
éimites llmiies. L*homme penserait par le secours
à^^ images pluiét qnc par celui des root^, et son in-
eux et par la transmission qu^ils lui font de
leurs lumières , qull acquiert et étend ses
connaissances, qiiïl subjugue, détruit ou
relègue au loin ses nombreux ennemis, qu'il
se met à fabri de Tâpreté des frimas , ^ui\
modifie selon ses besoins tout ce qui 1 en-
toure; la vie sociale est donc pour lui une
rigoureuse nécessité.
Aussi Tbomme nVt-il jamais été trouvé
seul, àmoins quequelque acx;ident insurmon-
table ne Tait arraché de la société dont il iai*
sait partie, et si alors il a pu exister pendant
un temps plus ou moins long sépare de ses
semblables , ce n*est que par un reste des
secours, soit physiques , soit intellectuels,
qu'il avait puisés auprès d'eux. Les peuples
qu'on appelle sauvages et qu'on regarde avec
si peu déraison comme dans Vétat de nature^
se trouvent, au contraire, dans une situation
entièrement anti-nalurelle^ et d'autant plus
opposée à leur destination primitive qu'ils
diffèrent davantage par leur peu de lumières
des sociétés les plus parfaites (239).
Ce sont des êtres dégénérés, dégradés, des
débris malheureux d'anciens corps sociaux
dispersés par quelques grandes catastrophes
telligence serait extfémement bornée. Or, comnio
il n*a ni Tinstiiict conservaleur des animaux, ni,
dans son organisation, les moyens d*échapp^ aux
nombreux dangers qui renvironnent, il s*euMiit né-
cessairement qn*il ne pourrait exister.
(239) L'homme, conune nous venons de le voir,
est né pour comuntre^ c'est-à-dire pour donner à son
inleUigence tout le développetnent dont elle est
SHscoAible. Or, ce dévelcppement ne |»eui s*efiectner
que dans la vie sociale. Uonc celle vie est son état
naturel; donc plus il en est éloigné, plus aussi il se
trouve dans une situation opposée a sa véritable
nature; donc, enfin, le véritable homme de la nm-
inre est Phomme civilisé^ éclairé, et son état le pins
parfait est celui on il jomt à toutes les connaissan-
ces qu'il peut acquérir, celle de tous ses dévoies, et
où il les remplit avec la plus sévère exactitude.
us
FAC
MCnONNAIBE
PAC
Ml*
1
pudes doscendants de quelques familles qui,
dans des temps plus ou moins reculés, aban-
donnèrent volontairement leurs souches
primitives ou qui en furent forcément sé-
parées par laj)uissance des événements. Leur
mtolligehcepeudéyeloppée, leur civilisation
pbscuré anupiicent qu'ils ont perdu en
grande partie les traditions sociales (240) ,'
tandis que , d*une autre part, leurs moeurs ,
leurs usages, leurs arts industriels, leurs
lois, leurs institutions, soit politiques , soit
religieuses, montrent des restes d'Une civi-.
Ksation antique, quelques rayons d'une lu-
mière évideiâmènt transmise, et qui par
conséquent a eu un fbyèr primitif.
Au reste chacune de ces peuplades forme-
un coqis social particulier: donc on ne peut
voir en elles Thomme isolé. De plus, chacun
de ces corps marche sans cesse,^à son insu
et comme m.algré lui, vers une civilisation
plus parfaite ou l'entraînent ii:résistiblemen(
une sorte d'instinct moral , le besoin inné
des lumières avec une. activité plus ou
moins gçande, selon que les circonstances,
locales lui sont plus ou moins favorables;
d'oi^ il faut nécessairement conclure que cet
état , au'on appelle ^/a/ de nature , et dans
lequel Fhomme serait condamné* à uheétér-.
Belle stagnation intellectuelle, à un état fixe,
slationnaire, d'entendement et d!industrie ,
est une situation véritablement cbiiiiéiique
et n'existe point réellement.
De la vie en société découle une autre des-
tinée, la plusimportante.de toutes. L'homme
devant „ comme toais les êtres, jouir de \et
plénitude, de bonheur attachée à sa iinture,
est nécessairement destine à connaître les
moyens les phis puissants et les plus effica-
ces pour l'obtenir. Or ces moyens sont les
lois morales qui lui tracent ses devoirs
envers soi\ Créateur et k l'égard de ses sem-
blables^etsans lesquelles la société humaine
(240) Si ces traditions 8*interroropaient complète»
ment entre deux générations, la génération nais-
sante tomberait tout à coup au niveau et même au-
dessous de la brute , car elle n'aurait point, comme
celle-ci, des facultés instuctives qui la dirigi^raient.
Pour bien voir ce qu'elle deviendrait alors, on n'a
qu'à la priver, par la pensée, de ce qu'elle doit ac-
quérir par les traditions sociales, et on la. trouvera
franpée de mort.
(iA\) Pour bien comprendre combien les lois mo-
rales sont en rapport avec la nature de l'homme, il
faut considérer tous les désordres qui naîtraient,
dans le corns social, si elles cessaient d'exister.
L'homme, libre de tout joug, avec ses penchants,
serait un être d'une monstruosité effrayante, et dont
l'existence accuserait sans cesse l'Intelligence su-
prême, si cette existence pouvait se maintenir sans
les lois morales. Ces lois sont aux intelligences ce
Sue Fagrégation est aux subsunces matérielles; et,
e même que, sans cette force coercitive, les molé-
cules des corps s'évanouiraient dans l'espace , de
même, sans tes lois morales, les intelligences qui
composent le corps social ne pourraient exister
ici-bas.
Les animaux sont soumis à leurs impulsions in-
stinctives, et ne peuvent, dans leurs actes, dépasser
l^'s limites des moyens que leur fournit leur organi-
sation. Ainsi, l'ours ne pourra jamais incendier la
lanière de l'ours, ni employer contre lutTactioB
ne serait qu'anarchie, que déchirements,
que désordre et par conséquent ne pourrait
exister. Ces lois sont au corps social ce que
le principe de la vie physique est aux orga-
nes ; et de même qqe, lorsque celui-ci alMn-
donne l'organisation en totalitéou en partie,
le trouble y naît et la mort s'y_ mamfesle;
dQ même aussi, Iqrsque les lois morales sont
en oubli , touç les clesordres qui dégradent
et affaiblissent l'espèce humaine se déve-
loppent, et si' cet oubli était général, com-
1)let et partagé par la majorité des individus,
é corps social tout entier ne tarderait pas
à se diBSOudre (â41);
Mais ces lois , pour être respectées et sui-
vies, doivent émaner d'une autorité supé-
rieure à celle de 1 *homme (2b2) ; sans cela elles
n'auraient aucun empire sur lui, car J'homme
ne peut 'exercer aucua pouvoir isur le coeur
de 1 homme (2i3). Donc cet être est destiné
h connaître là cctuse première j rautoritétu-
préme^ le maître souverain des ^^re», quia pu*
seul les lui dicter, (2U). Dira-1-oa que son
intérêt le&lui a imposées, ou bien que Tat-
trait de la vertu, 1 horreur du vice , les re-
mords du crime, l'honoeur, ont suffi pour
l'engager à se les donner à lui-même , et i
les observer? Mais d'abord tous ces senti-
ments, et les intérêts hupiains eux-mêmes ,
ont pris leur source dans là connaissance
antérieure de ces lois : caria vertu n'est qiic
leur observation rigoureuse; le vice, leur
infraction ; le remords, le sentiment pénible
qui natt dans l'Ame quand on les viole;
1 honneur, la gloire que l'oB attache à les
observer, et les véri tables intérêts de rhomnie
ne se trouvent que dans leur complète ap-
Slication h toutes les circonstances sociales:
onc ces sentiments et ces intérêts n'ont pu
les produire. En second lieu, l'observation
du cocps social démontre incontestablement
que^ malgré l'existence des lois morales, et
perfide et. n^eurtrière des substances vénéneuses, et
il trouve toujours dans son adversaire une défeme
,._ moyens nors ae lunnicme, qui
la nature entière, et qui peut attaquer son sembla-
ble dans mille circonstances où celui<i se trouve
hors d'état de parer ses coups. Les IqIs monH
étaient donc essentielles pour mettre un frein m
passions désordonnées, et s'opposer aux acUOM
criminelles qn'dles pouvaient solliciler.
Ces consiaérations démontrent clairement quels
sont les véritables principes sur lesquels doit reposer
réducation de Thomme. .
(242) Les lois humaines ne sont que les lois di-
vines interprétées et soutenues par des infliclioDi
plus ou moins graves, selon les délits; infliciions
propres à maintenir dans les limites de leurs de-
voirs ceux qui pourraient les oublier ou les mécon-
naître.
(245) Le cœur de Phomme ne plie que sous 1 1«-
tonte divine, et se révolte contre toute puissioc»
humaine qui veut lui imposer des lois, parce qoe
l'Etre des êtres a seul le droit de lui dire : tm^
ma ioi ; prête Voreiiie aux paroles de ma bwf^^
(Prov. V, 7; psaL lxxvii, I.) . .. i
(244) I>e là, tout à la fols, la néecssile et u
preuve d'une révélation.
S43
FAC
UAMTHKUPOLOtilC
FAC
546
Jes liimières qu'elles ont répandues dans son
înlelHgence, rbonune considère soutent,
terame son seul intérêt, la satisfiidiou de
ses désirs et de toutes les passions qui l'agio
tent; oue Fimagedela vertu s*efface aisé-
ment dans son âme, par les impressions va-
riées et profondes des nombreux objets qui
les font naître ; que le vice y perd sa laideur,
-et.s'j embellît même sons l'influence d*nne
imagination en délire; oue l'aiguillon du
Temords s'y émousse par l'nabitudedu crime,
et que les cceurs les plus pervers sont ceux
3' ui le ressentent le moins ; enfin que la voix
e llionnçur ne s*y fait nas toujours enten-
dre, et qu'elle demeure le pins souvent im-
-puissante dans les orages des passions. Com-
ment donc l'homme, fibre, mattre de toutes
ses actions, aurait-il pu, aurait-il voulu
mènie, dans les temps primitifs , où sa na-
ture morale était la même qu*aujourd*hui,
comme Fattestent tous les monuments histo-
Yiques, s*imposer volontairement des lois
gênantes , contenir de son plein gré tous
ses désirs dans les plus étroites limites et
mettre, de son propre mouvement» un frein
lyraonique à ses penchants les plus chers?
' Mais éclaircissons pleinement ce point
important de l'histoire de l'homme, et dé-
montrons, par un argument qui nous sem-
ble sans réplique, que les lois morales ne
sont point une de ^% conceptions.
Si ces lois sont réellement d'origine hu-
maine , eHes furent établies ou par le pre-
mier homme, ou, dans la suite des temps,
par un plus ou moins grand nombre d'hom-
mes réunis.
Mais d'abord, si elles le furent par le pre-
mier homme, ce ne put être que -lorsque sa
*ace se fut multipliée, et que le dérèglement
des moeurs eut commencé à se manifester;
car auparavant rien ne le sollicitait àcetacte;
et il ne pouvait créer des lois pour des dé-
sordres qui n'existaient point encore, que
ftar conséquent il ne connaissait point, et
même qu'il ne pouvait prévoir. Or tout dé-
règlement moral sui^pose un ordre antérieu-
rement établi, qui le fait reconnaître, et qui
le eenstitue ce au*il est; car un désordre
n'est ainsi qualifie aue par sa comparaison
è des lois d'ordre préexistantes. Donc, avant
ff 4i») Le eonir de rhomme, conme nous faveos
déjà dit, ne plie jamab sous le joag de rhomme.
n pe«t bieD, dans ses déterminations, céder i la
force; mais sa volonté proteste tacitement contre
toute puissanœ hamaine qui veoi rencbalner.
Jamais riiomme ne fléchil le ^nou de?ant son
semblable, sans sentir son orgneil se soulever coih
Ire cette attitude humiliante, et sans que la bonle
»e vienne aussildt colorer memetit son front; et an
r ïsr fénéreox préférerait ia mort i cet acte d'abais-
jement, s*il duait qu'il s'y soumit pour conserver
an TÎe. Cepcmbnt Tbomme se prosterne volontaire-
ment, avec respect, avec amour, devant XEirtm
frémt; et, loin d'en sentir son onueil Uessé, il al-
tadie, au contraire, une sorte de gloire i rendre
ses hommages publics, et il y trouve un charme
d*nataat plus inefible qu'il met plus d'humililé
dans ses adorations. Or, tout cela ne démontre-t-U
point que rbomme né reconnaît d'autre dépen-
dance que celle dans' laquelle il se trouTe envers
les désordres moraux primitifs que Ton sup^
poserait avoir sollicité le premier homme à
établir les lois morales , ces lois existaient
réellement : donc il n'a pu les créer lui*
même.
Et d'ailleurs , de quel droit les aurait-il
imposées à ses entants 7 Comment ceux-ci
auraient-ils obéi à un législateur sans titre
(car le titre de père n aurait point sutfi,
puisqu'un père n'a d'autres droits sur ses
enfants que ceux que les lois morales lui
accordent), et qui serait venu arbitrairement
contrarier leurs penchants naturels (245) 7
En seœnd lieu , outre que tous les monu-
ments historiques prouvent que l'existence
de ces loisest de. toute antiquiféet remonte à
l'origine des r.hoses, les mêmes raisons dé-
montrent qu'elles n'ont pu être créées, dans
la suite des temps , par nn plus ou moins
grand nombre d'hommes réunis en une seule
et même société , ou formant plusieurs asso-
ciations particulières. Nous ajouterons que,
dans cette supposition , il se serait écoulé
un temps plus ou moins considérable pen-
dant lequel l'homme s'en serait trouvé dé-
fourvu. Or cette législation salutaire, que
on trouve en vigueur chez tous les peu-
ples , est le principe de vie du corps social ,
et par suite de l'espèce entière ; donc la so-
ciété humaine abandonnée sans frein à tous
%^% penchants vicieux et ^ toutes ses !pas-
sions désordonnées , n'aurait pu vivre sans
elle. Mais elle a existé; donc les lois morales
existaient aussi ; donc enfin l'homme n'a
pu les créer dans un temps plus ou moins
éloigné de la société primitive (2b6).
Nous dirons de plus que, si les lois mo-
rales avaient été établies en différents temps
et en différents lieux par des associations
humaines particulières et isolées les unes
des autres, outre que les noms de leurs in-
venteurs seraient connus , elles porteraient
inévitablement l'empreinte des sources di-
verses où elles auraient pris naissance, et
on apercevrait dans leurs variétés sur les
différentes régions du çlôbe toute la diver-
sité qui caractérise les intelligences humai-
nes et qui se manifeste dans leurs produits.
Or, d'une part, on n'attribue à aucun hom-
me la gloire d'une institution si importante,
son Créateur; que son cœur ne peut receroir des
lois que de la Puissance souveraine, et que par con-
séquent les lois momies n'ont pu être établies par
aucun pouvoir humain?
(246) Autre manière de raisonner : k» lois roo-
ralps sont le principe de vie des sociétés humaines.
Si ces sociétés les avaient créées, elles se seraient
.donc donné la vie; mais si elles s'éuient donné ki
vie, elles n'auraient donc pas eïisté auparavant. Et
si elles n'existaient pas, comment anraient-cUes pu
se donner la vie? Puis donc qu'elles n'ont pu se la
donner, il demeure évidemment démontré que les
lois morales, qui en constituent le principe, ne sont
point leur ouvrage.
Autre raisonnement : tout être a été créé avec
ses moyens d'existence, car sans ceb il n'aurait pu
èirt; donc un être ne peut rien inventer de ce qui
lui est essentiel. Or les lois morales sont euentieUeê
à rbomme: donc il n'a pu les créer.
Ui
FAC
brctlÔNNÂIRÈ
^AC
5ii
tandis cme Ton connaît les auteurs d'une
infinité de dénouTertes qui le sont beaucoup
moins ; et » d'une autre part , cette institu-
tion offre chez tous les peuples une uni-
formité frappante; partout on observe les
mêmes principes fondamentaux , que l'igno-
rance ou les passions altèrent seulement
dans leurs applications particulières (247).
Donc elle ne peut être émanée que d'une
Volonté unicpie, que d'une seule intelli^
Sence ; et comme ni le premier bomme^ ni
'autres hommes après lui ne peuvent l'a'^-
(247) Le cœitr de rhomme étant le même dans
tous les temps et dans tous les lieux^ U ikllait né^
cessairement que le code moral qui devait le diriger
fût toujours et partout identique ; ce qui en démOv^
tre incontestablement Yumié,
(248) Puisque les lois morales ne sont pas Ton-
Vrage ae Thomme, et qu'il les a remues de son au^
teur dés Torigine des cnoses, il s*ensuit nécessaire-
ment qu*il ne peut les connaître que par la tradi-
tion : or, cette tradition ne peut avoir heu que dans
la vie sociale ; donc la connaissance de ces lois né*
cessite cette vie, comme cUe en est à son tour une
rigoureuse condition.
Autre conséquence t de ce que Tbomnae D*a pu
les établir et de ce qu'il ne peut exister sans elles,
il en résulte évidemment que le premier homme a
dû les connaître dans toute leur étendue, et que
par conséquent Tétàt primitif de Tespèce humaine a
été une civilisation parfaite sOus le rapport moral.
Nous disons sous le rapport moral, et nous distin-
ffuons cette civilisation primitive, que les premiers
nommes devaient offrir dans toute sa perfection» de
hi civilisation industrielle, qui ne pouvait se per-
fectionner qn^à la longue, par Tobservation des
phénomènes naturels.
En effet, les lois morales données aux premiers
hommes étant les liens puissants qui devaient les
maintenir réunis, ou, pour mieux dire, constituant
le principe de v$e de cette société primitive, et for-
mant une chaîne non iYiterrompue, et dont toutes les
Ï parties sont dans une dépendance mutuelle, il faK
ait nécessairement qu'elles fussent connues dans
tout leur ensemble : donc la civilisation morale fut
aussi parfaite dans les tem^s primitifs qu'elle peut
l'être de nos jours.
Ooant à la civilisation industrielle, elle était
obscure encore , parce Qu'elle était moins essen-
tielle; mais elle sumsait à la satisfaction des besoins,
ulors |»eu nombreux. Dans la suite des temps, l'ob-
servation des phénomènes de la nature se multiplia ;
tes découvertes naquirent ; l'habitude des jouis-
Bances créa de nouveaux besoins ; la civilisation in-
dustrielle s'accrut, et peu i peu Finteltigenice hu-
Inaine ac(|ttit tout le développement que nous lui
Vovons aujourd^hui.
Mais, bien que cette civilisation industrielle soit
litîle à l'homme, <|u'eUe tienne évidemment à sa na-
ture, la civilisation morale est d'une bien plus
fp^nde importance pour lui; car le corps social
^eut exister sans une inteUigenœ considérablement
développée, et avec une industrie suffisante à ses vé-
litables besoins, tandis au'il ne tarderait pas à jjé--
tir si la civilisation morale s'y éteignait, c'est-à-dire
^i les lois qui la constituent venaient à y perdre tout
leur empire (a).
Vainement alléguersiit-on quHl est des peuplade
totalement aonities, libres de tout joug, vivant sans
lois morales, comme les animaux , et ne différant
d'eux que par hi forme de leur corps et leurs traits
(a) N*ob8erve-l-oo pas parmi eux l'obéissance h des
vhrb, quelques insliliiiioi» poli'ii(ues, le calumet de
paix et le calumet de guerre, quelques règlemenls com*
inerciaux pour les écliaage«? etc.
▼oir créée, ainsi que nous Tavons démontré
plus haut, il s*en suit nécessairement qu'elle
est tout à fait étrangère aux conceptions
humaines.
EnQn nous ferons remarquer que ces lois
sont applicables à toutes les erreurs i à tous
les dérèglements du cœur humain, qu'elles
embrassent la nature de Thomme tout en-
tière; c^ qui prouve assez qu*elles émanent
d*un entendement bien supérieur as
sien (2tô).
Maisg la vie sociale , \h connaissance des
i>hysionomiques. Nous répondrons que Ces n[»pi)rts
de voyageurs sont Texagération d'un état réel.
Sans doute , il existe , soit dans les dé^ di
Nouveau Monde, soit dans ceux de TÂfrique, Mil
enfin dans quelques fies de te mer du Sud , des
hordes infortunées, fort éloignées encore d^ane dri'
lisation qu*elles ont perdue-, et qui se trouTest, si
l^on veut, près des limites de Tespèce animale, soos
le rapport de Ventendement ; mais ces êtres sont
intelligents, ils éprouvent des affections morales,
ils ont le lanj^age articulé , autrement ils n'apptf-
tiendraient point à Tespèce humaine. Si donc lis
pensent, s^ils sentent et s^its parient^ ib ont aéo»^
sairement des rapports entre eux. Ces rapports sont
sans doute peu nombreux^ parce que leur inlelt-
gence est peu développée et leurs langues peu été»
dues, mais enûn ils existent (6). Or, ces relaiioos
constituent la vie sociale ; mais, sans les lob mo-
rales., elles ne sauraient avoir lieu, puisque ce som
ces lois qui les conservent ; et, sans ces rapports, H
ne pourrait j atoir de société pour eux, et pire»-
séquent de vie individuelle , puisque rexislena da
individus est attachée à celle de Tespèce. Donc «ei
peuplades, qui d'ailleurs adorent le Grand Et^,^
croient À des récompenses et 4 des peines fvUires
démontrent^ et par leurs nftpports sociaux, et même
par cela seul qu^elles existent, qu^elles connaissent»
quelque peu civilisées qu*elles soient, ces lois ^
tectrices, et qu'elles jouissent de leurs bienfaits.
A la vérité, cette lumière s'est obscurcie dans leirr
intelligence d^énéiée; aussi nous oÂ^nt-^ls, it
morale ce que sont au physique ces peuples huI-
heureux, auxquels un sol avare refuse une alimea-
tation suffisante, qui respirent un air impur, dont
les miasmes délétères minent sourdement feur o^
ganisation, et qui traînent, au milieu de Tépoise-
ment de la fatm et des maladies, une vie lang^ais^
santé et pénible. Mais si, dans la dégradation &è^
rable où ils sont tombés, eUe ne peut les éclairer
assez pour les élever au nng qu'elles ont perdu, elle
répand encore un éclat suffisant pour les présenitr
d'une destruction totale.
Remarques, à cet égard, que les sodéiés les
pius florissantes sont celles oà les tels morales sont
te plus connues et le mieux observées » et que tooi^
société humaine qui se dégrade en les oubliant,
doit ou se régénérer ru périr. Dlra-l-on que les l«»
humaines pourraient suffire à sa conservation? Mab
ces lois ne sont que les lois morales Interprétées;
<», si celles-ci cessaient d'exister, 1m lois humaîDei
s'évanouiraient avec eHes.
Au reste, quand bien même il serait possiUe (^
quelques êtres dégénérés vécussent sans le secottis
des lois morales, serait-ce Ui qu'U faudrait cberclKf
le type de Tespèce humaine! Xeur existence dnf
celante, traînée dans la turpitude de tous les àètt-
glemeiits humains, serait-eue le modèle que Ton
prendrait pour la vie naturelle de rhomme? Depiis
quand, dans Thistoire de oet être, les monstres sont-
ib) Témoins tout les peuples que l'oubli detlois a»*
raies, et la corruption qui ea wi la suite, ont fait dL«|i
rattre de la surface de la lerrr, et que Ton ne eooaU
plus que parle oom.
M
FAC
D^ANTBROPOLOGIE^
FAC
553
lois morales qai la prot<*^eiit et de l'Etre
soQTerain dViù elles émanent, ne sont pas
les seuls attributs de rhomme. Il est encore
destiné à étudier et à connaître les proprié-
té des êtres qui Tenrironnent, les rapports
qu'ils ont entre eux et avec lui; car, sans
cette connaissance, d*où dépend aussi la
Yie en société , il ne pourrait les distinguer
les uns des autres , m les modifier convena^*
Tcnablement selon ses besoins, puisque
leur distinction repose sur leurs caractères
particuliers, et leurs modifications diverses
sur leurs propriétés respectives.
Enfin la connaissance des propriétés des
rorps est la source de nos relations civiles,
industrielles et politiques. Or ces relations
doivent être soumises à certaines règles,
sdns cela elles n'offriraient que désordre et
confusion; elles s'anéantiraient par cela
Toème, et le corps social se dissoudrait, {>ar
la seule destruction de ces liens puissants
«nii eoQcourent à en unir toutes les parties,
l! faut donc nécessairement que l'homme se
trée des lois particulières, pour régler et as-
5nrpr ainsi ces rapports importants; qu*il
fixe, par exemple, tout se qui se rattache à
\^ salubrité publique, la construction des
liabitations, leurs positions, leurs commu"
nîcations réciproques, etc.; tout ce qui con-
cerne les j>roduits industriels, les relations
rommerciales d'individu à individu, de ville
à Tille, de peuple à peuple, etc.; et c'est en«
core là une de ses destinées.
Reniarquez que bous disons qu'il faut
que l'homme tt crée ces lois sociales, tan-
dis que, relativement aux lois morales, nous
avons dit plus haut ou'il fallait qu'il les
connût. C'est que celles-ci , destinées à
s'opposer à la fougue des passions désor^
données dent les lois humaines ne peuvent
que réprimer plus ou moins les actes^ de-
vaient nécessairement émaner de la Puis-
sance suprême pour êtrepleinement efficaces.
Mais il n'en est pas de même des premières :
elles ont pour omets des choses étrangères
aux affections de rime et seulement relatives
aux besoins du corps; elles ne sont que des
conrentions auxquelles l'homme peut aisé-
ment se soumettre, des rèdements qu'il peut
Cacilement créer; bien loin de devoir être
immuables et générales comme les lois mo-
rales, elles peuvent et doivent même, au
contraire, varier selon les temps et les lieux;
elles ne sont point d'une nécessité rigoureuse
pour tous les individusde l'espèce, puisqu'ils
n'ont pas tous ou les mêmes besoins 'physi-
ques, ou les mêmes objets pour les satisfaire;
et c'est pour tous ces motifs que Tlntelli-
geoce suprême en a confié la création au dis-
cernement humain. Aussi l'homme peut-il
à son gré, et sans danger pour l'espèce,
changer, altérer, modifier ses lois sociales,
- — '^- q^•J| n^ p^Qj ÇQ aucune manière
changer les lois morales; d'al)0rd parce
qu'elles sont au^essus de son pouvoir ,
parce qu'il n'en a pas le droit, et que les
changements gu'il y introduirait ne seraient
point consentis par l'espèce; en second lieu,
parce qu'elles sont dans un rapport parfait
avec sa nature, et qu'il faudrait qu'il ne fût
plus ce qu'il est, pour que ces lois pussent
être modifiées; en troisième lieu, enfin «
parce qu'elles sont principe de rie, que slj
les altérait il mourrait , et que l'instinct de
sa conversation le force irrésistiblement à
le3 conserver intactes, et telles que le Créa^
teur les lui dicta.
Ainsi donc, savoir^ vivre en société, con-
naître les lois morales et la puissance sou-
veraine qui les lui imposa, connaître aussi
les propriétés des corps qui l'environnent et
les rapports qu'ils ont entre eux et avec
lui ; enfin- s« créer des lois civiles, industriel-
les et politiques, relatives à ces propriétés et
à ces rapports: telles sont les destinées de
l'homme. Examinons maintenant les facul'*
tés au moyen desquelles il les remplit.
Puisque l'homoie doit vivre en société, il
faut nécessairement qu'il soit doué d'intelli-*
gence; car comment établirait-il entre lui
et ses semblables les rapports qui consti-*
tuent la vie sociale, s'il n'était intelligent?
Mais ses facultés intellectuelles se lient en-*
core à toutes ses autres destinées. C'est par
elles qu'il s'élève jusqu'à son Créateur y
qu'il connaît les lois morales qui en sont
émanées 9 qu'il comprend les rapports de ces
lois avec 1* existence du corps social et le
bonheur des hommes, qu'il découvre les
propriétés de tous les êtres qui l'entourent^
et les moyens de les modifier de la manière
la plus convenable à ses besoins, k ses corn-*
modités, ou à ses agréments; enfin c'est par
elles qu'il se crée à lui-^même les lois civiles*
industrielles et politiques, qu*entraine la
connaissance de ces propriétés et de ces
moyens. Ces facultés sont tellement essen-
tielles à l'espèce humaine, qu'elle cesserait
d'exister, pour ainsi dire^ à l'instant même,
si tout à coup la main du Tout^Puissant les
lui retirait {i\9).
A la vie sociale se rattache aussi un autre or^
dre de facultés non moins importantes que les
précédentes ; nous voulons parler des facul-*
tés affectives, au moyeti desquelles l'homme
éprouve ces sentiments plus ou moins vifs,
plus ou moins profonds, plus ou moins du-*
râbles, qui l'entraînent vers ses semblables*
qui l'y attachent, et qui forment les liens
les plus doux et les plus étroits du corps se
ciai. Privé de ces facultés, ce corps ne sau''
rait évidemment se soutenir; les individu^
s'isoleraient les uns des antres, puismie riert
ne les forcerait de se rapprocher; l^omme
n'éprouverait ni l'amoiir de $o%^vUm$y qui
assure la conservation de l'espèce par celle
3s lecotiiras
r posséder les fonnes primordiales
oi^^DKatioB? Il faudrait alors reprder les
eîviiisés conme des êtres d^énéres, et coih
ces hordes abruties comme le type primitif
Quelle coodosioa I
(249) Poar s*en convaiiicre, on n*a qu^i coosidé^
rer les infortunés frappés d*un idiotisme compleir
et qui ne peuvenl vivre que par le secours de kara
semUalrfes^
551
fAC
DICT10?«NAIRE
FAC
de l'individu, ni ïamaur paternel, ni Vamour
filial, liens primitifs de loule société hu-
maine, ni cet amour sacré de la patrie qui est
un des plus puissants rap[>orts de la Tie so-
ciale, m enfin tous les sentiments secondai-
res qui naissent de ces affections primitives, et
il n'exercerait par conséquent aucune de ces
vertus précieuses qui en dérivent aussi, et
qui sont les plus solides appuis de la société
humaine.
A rintelligenceef à la sensibilité morale se
trouvent étroitement liées d'autres facultés
essentielles à leur manifestation ; ce sont les
facuUéi , d'expression, qui produisent les
mouvements ph ysionomiqucs , le geste, la
voix et la parole , signes manifestes de la
destination de l'homme pour la vie en so-
ciété. Ces facultés lui donnent les moyens
de former toutes ses pensées, de se les re-
présenter à lui-même , de les peindre à ses
semblables avec la plus grande fidélité, et
d'exprimer tous ses sentiments, dans toutes
leurs variétés et selon toute leur énergie;
elles le font jouir de tout le bonheur attaché
à cette communication précieuse, et enfin
elles assurent, par les rapports qu'elles éta«
blissent entre les individus, l'existence
même de l'espèce.
Que serait l'homme, en effet, né pour
penser et pour sentir, sans la faculté de
produire au dehors des signes représentatifs
de ses conceptions et des sentiments qu'il
éprouve ? Frappé d'un mutisme complet , il
se trouverait, par cela même, hor^ de tout
rapport avec ses semblables. D'une part, sa
pensée serait nulle, ou du moins très-
fcornée, car il ne pourrait fixer, combiner
ses idées, les multiplier, les étendre, les rap-
peler à son souvenir, ni les communiquer
aux autres ; en un mot , il ne pourrait penser
comme l'exige sa nature; son intelli(^cnce
stérile ne surpasserait point celle des ani^
maux, et l'espèce tout entière, par le dé-
faut des relations sans lesquelles elle ne
saurait exister, ne tarderait pas à disparaî-
tre. D'une autre part, doué de l'aptitude à
ces relations nécessaires, pressé par le be-
soin d'en éprouver la douce iniluence, et
dévoré du cfésir de les établir, il se verrait
forcé de renfermer tous ses sentiments au
dedans de lui-même, et ce qui doit faire le
bonheur de sa vie en deviendrait le plus
cruel tourment. D'où l'on voit que les fa-
cultés d'expression se trouvent en narmonie,
non-seulement avec la vie individuelle et le
bonheur parliôulier de l'homme, mais en-
S 250) Par cela seul que rhomme est intelligent,
levait être libre, car a quoi lui servirait Tintelli-
gence, c^est-à-dire la faculîc de connaître ce qui )ui
est utile ou nuisible, sans la liberté morale 1 Ne 8c-
rait-eUe pas, même pour lui, le plus cruel des sup-
K lices , puisqu'elle Téciairerait sans cesse sur des
iens qu'il ne pouiTait atteindre et sur des maux
(|U*il ne poucTAÎt éviter? Pourrait-il , sans cette
lfl)erté, accomplir ses hautes destinées, étudier et
connaître la nature, en modifier les productions
selon ses besoins, appliquer enfin à tout ce qui
Tentoure cette merveilleuse intelligence, qui est son
core avec la vie sociale, à laquelle il est
destiné.
Puisque l'homme #ail,puisqu'fl est doué
de l'intelligence, et de la faculté d'exprimer
ses sentiments et ses pensées , il fallait né-
cessairement qu'il Toulûi ; nouvelle faculté
d'une nécessité absolue pour rindividu et
pour l'espèce, et sans laquelle rhomme,
sujet passif des impressions extérieores,
de ses sentiments, et de ses pensées, ne
serait point sorti dé lui-même, et serait de-
meuré constamment inactif; situation in-
concevable^ oui n'aurait pu s'allier, ni avec
la vie indiviauelle, ni avec la vie en société.
Mais cette volonté ne devait point être le
résultat inévitable, ni des impressions i^
çues, ni des sentiments éprouvés, ni des
pensées produites; car autrement l'homme
n'aurait été qu'une sorte de machine orga-
nisée, dont les volitions se seraient trouTées
à la merci de toutes les influences extérieu-
res^ de tous les sentiments, de toutes les pen-
sées, et en aurait par conséquent offert
toutes les variations. Il fallait donc néces-
sairement que sa volonté fût libre, que la
réflexion seule la provoquât , que rbomme
ne se décidât à vouloir que par une con*
naissance approfondie des motifs qui de*
vaient le déterminer, c'est-à-dire par sa rai-
son (250).
Touteiois, malgré lés lumières de celte
raison, l'homme, séduit par les illu$iofl5
des passions, pouvait, même à son insu,
dévier des sentiers de la justice » et par m-
séquent il n'y aurait point marché d un pas
ferme et assuré. Il lui fallait donc d'autres
fiides, plus éclairés, plus sûrs, moins sujets
l'erreur, et il a été doué de Y instinct morol
et de la conscience: facultés précieuses, qui
se trouvent en rapport avec les lois moralesi
et dont l'une, qui est analogue à rinstincl
qui dirige les mouvements du corps dans
les dangers subits auxquels il se trouve ei-
1)0sé, fait distinguer promptement, et sans
e secours de la réflexion, le bien du mai,
le juste de l'iryuste; tandis que l'autre, coni-
çarable à cette sensation die bien^^ti^e qi>e
lait éprouver l'exercice régulier des fonc-
tions organiques, ou à la douleur qui oalt
de leur dérangement, est ce doux senti-
ment qui accompagne toute action louable^
ou ce tourment intérieur qui suit inévita-
blement une action basse ou criminelle, et
auquel on a donné le nom de remords ; c'est
assez dire quels rapports intimes les unis-
sent à la vie sociale , et comment ils en sont
un des plus fermes appuis.
_, comocBi
pourrait-il la connaître si eUe n'était nas? En^**
ajoutons que les lois morales, civiles, industrieJJes<H
politiques, en sont encore une preuve non moios ctî-
dente. En effet, les premières lui auraient* écê inv-
tiles ; il n'aurait pas eu besoin qu'on lui traçât en
devoirs, s'il n'avait point été libre ; et il n'ionii
point créé les autres, s'il n'avait pu de lui-même s'j
assujettir.
S0
FAC
D*AT«THnOPOLOGIE.
T/kC
554
EDfln, puisgae llKHome veuit et qu*il peut
^e (i terminer à tons les actes <^ue soUiciieut
ses rapports avec les êtres qui Tentoureni,
etj>ar conséquent à ceux de locomotion * il
bmi nécessairement qu'il pût provoquer
et diriger conTenablement les mouvements
de son organisation relatifs à ces actes, car
toutes ses déterminations auraient été inu-
tiles, s'il n'avait pu se déplacer.
Telles sont les destinées et les facultés de
I*homme;d*unepartilest népour«ot?otr, pour
viTre en société, pourconnaltre les lois mora-
les rmi doivent assurer les bienfaits de cette
skAlnteiUgenee suprême qm les lui imposa,
1rs propriétés des corps au milieu desquels
il doit rivre, et les rapports de ces corps,
«'vit entre eux, soit avec lui ; enfin pour se
iréer à lui-même les lois qui doivent régler
rt maintenir ainsi les relations, soit indivi-
duelles, soit générales, qui naissent de cette
dt'niière connaissance, et sans lesquelles le
Wji? social ne saurait exister ; et, d'une
astre pirt , il possède Tintelliràice , il
épuredessentioients qui rentrainent vers
*^* semblables, ou qui ly attachent ; il est
d'Mié de la faculté d'exprimer fidèlement au
iiéors et ses sentiments et ses pensées,
d'une volonté libre que la raison éclaire et
rai^éche de s'égarer, et que dirigent plus
(ûrement encore et l'instinct moral et la
coflscieoee, et enGu, de la faculté de provo-
(251) Ha âimné ia ierré aux enfanU des hom-
■0. { Psai. €xv. ) Et IHeu teur dit : Croirez et
^ttf,liei^ remplisêez la terre ^ et soumettez-la à
^re empire. (C*n., i, 28.)
i-'iil Puisque rhomme est né pour la vie sociale,
AtriTc sur laquelle il doit vnrre, et qiil par consé-
Cnt doit servir à ses besoins , est évidemment
inée à être modifiée par ses mains, selon que
« besoins Texigent. Il suit de là qne Tétat de cette
vr^ 2^\ét$anvaçe n'est point un état naturel^
<^aa contraire uu état contre nature^ ainsi que
tUdes peuples non civilisés; car il n'y a de na-
vi'l dans les êtres que ce qui est conforme à leur
wiuble destination.
Vie sont en effet les régions de celte terre qui
l'oot point encore éprouvé Tinfluenee de rintelU-
Ccf* buniaine? Des parties très-imparfaites, ou
Un encore brutes , d'un magnillque ouvrage
¥^\^ Mi perfectionner. Qu*ofl'reiii-^Ues à nos re-
^^f Limage du désordre et du chaos. On sent, à
wr a'ipect, qu*elles n'ont point encore atteint le
*^A(i Kfur création, et qu'elles attendent la main de
^nnuf. Si nous demeurons émus dans leurs soli-
^, c pîU moins par leur beauté réelle que par les
tofliiasies qu'elles nous présentent avec les régioits
^1 ivtvs, (lui, |Mir l'effet de l'iialiitude, n'agissent
^^ <)ie faiblement sur nous ; et les émotious
Ib'**!!!^ noas font éprouver tiennent plutôt à une
• t»» iTLoiTeur qu'inspire toujours le désordre, qu'à
• *^liin«;iii de plaisir.
Qu*- peuvent Inspirer, en effet, sinon des senti-
^i^ pénibles, des ferèts impénétrables que Ton ne
■nit taterser que le fer et la flamme à la main, et
M' rerelent, dans leurs sombres profondeurs, une
^rtsphrre empoisonnée; des fleuves inondant de
n^eaui vagabondes des régions immenses, in-
'^i^i de reptiles venimeux, et répandant au loin
inertiim et ta mort ; des carnassiers redoutables,
^"^ K animaux nuisibles, se multipliant outre me^
urr par Pabsence de l'bomme , menaçant de dé-
• ire a b longue les animaux faibles et tiroiiics
DtcTioiiN. d'Anthhopologir
quer et de diriger, selon ses besoins, les
mouvenaents de ses instruments locomo-
teurs.
Mais pour mettre dans un plus grand
jour et ces nobles destinées, et ces facultés
admirables, exposons, dans un tableau ra-
pide, l'ensemble du corps sooial ; c'est I
que nous verrons l'homme jouissant de
toutes ses prérogatives, exerçant toute la
puissance dont il a été revêtu, et remplis-
sant, dans la création, le rôle important que
lui a assigné VJnlelliger^e suprême.
Si nous considérons, sous le rapport mo-
ral, les sociétés les plus éclairées, nous les
verrons éprouver, dans toute leur vivacité,
les sentiments sociaux qui doivent rappro-
cher et unir entre eux les individus de
l'espèce, suivre la morale la plus pure, pra-
tiquer les plus sublimes vertus, donner
l'exemple de tous les héroïsmes, élever leurs
regards vers le ciel, reconnaître et adorer
le vrai Dieu^ en un mot, montrer dans toute
sa perfection la nature sublime de l'homme.
Si nous les considérons ensuite sous le
rapport intellectuel, nous les verrras attes*
ter toute la puissance de cet être sur la terre,
que l'Eternel lui fivra pour y régner en
souverain (251), et pour la perfectionner
comme une création que ses mains divines
^'avaient encore qu'ébauchée (252).
En ce temps là, le Tout-Puissant, par cela
qui ne peuvent leur échapper, et menacés de périf
à leur tour, soit par la violence d'animaux plus
Suissants, soit en s'entre détruisant eux-mêmes ?
luelles agréables émotions peuvent faire naître des
vallées sans issues, des montagnes escarpées inter-
rompant toute communication entre les riions di-
verses, et recelant inutilement dans leur sein les
métaux les plus utiles et les plus précieux ; des vé-
gétaux croissant pêle-mêle, s'épuisant bientôt dans
une végétation désordomiée ; offrant , dans leurs
branches à demi pourries, mêlées avec celles qui
sont encore jeunes et verdopntes, la hideuse image
de la vieillesse décrépite unie à la jeunesse et à la
fraîcheur, et montrant, dans leurs fruits acerttes ou
imparfaits , quMls n'ont point encore rempli leurs
destinées ; la terre, en un mot, présentant une con-
fusion extrême, produisant comme au hasard, con-
sumant en ijuelque sorte sans direction et sans but
cette fécondité merveilleuse dont la pénétra le Créa-
teur, et livrée à une sorte d'anarchie analogue à
celle qui règne dans un Etat privé de son légitime
souverain?... Non, ce n'est point là la terre telle
qu'elle doit être, et tout démontre qu'elle attend le
génie de l'homme pour la diriger et l'embellir. Non;
ces régions sauvages ne peuvent avoir des attraks
3ue pour les imaginations épuisées, que le spectacle
e la nature cultivée ne peut plus émouvoir, et qui,
cherchant partout des sensations violentes, ne se
plaisent qu'au milieu des horreurs du chaos.
Résumons : la culture de la terre, et toutes les
modifications que l'intelligence humaine lui fait
éprouver ainsi qu*à ses produits, sont une consé-
quence Inévitable des destinées de Thomme, aux-
quelles elles se trouvent étroitement liées. Elles
rentrent dans les desseins de la Providenee, et sont
tfne suite naturelle du développement des facultés
intellectuelles de sa créature de prédilection; de
sorte que, intelligence humaine et nature modifiée^
perfecttonnée , sont deux choses unies entre elles
comme la cause l'est à l'effet. Il suit de là, nous la
répétons , parce que cette idée jette un grand jour
16
555
FAC
DICTIONNAIRE
FAC
seul qu'il avait donné rintelligoncc à
l'homme, sembla lui adresser ces prophé-
tiques paroles : Va, créature privilégiée^ va^
cultive^ perfectionne^ embellis celte terre que
tu doisj à la vérité ^ arroser des sueurs de
ton front (253), mais que tu féconderas par
la puissance de ton génie. Remplace-moi sur
cette couvre de mu volonté: sois-^y un autre
moi-même ; toutes les forces motrices de la
nature sont dans tes mains ; dirige-les à ton
gré, elles obéiront à ton intelligence. Perfec-
tionne un ouvrage que je n'ai créé que pour
toif et qu'il entre dans mon plan de soumet-
tre ain»i à ta puissance. Féconde^ fixe^ et
tnanifeste ta pensée par la parole que je t'ai
donnée ; multiplie et perfectionne ta parole
par ta pensée^ et que, par cette influence réci-
proquBj ton intelliaenc^ s'étende, et que ton
pouvoir sur toute la nature y puise son acti-
vité. Observe, étudie les phénomènes de cette
nature que je t'ai soumise^ tu trouveras, dans
les lois que j'y ai établies les fondements des
sciences physiques et des arts industriels, qui
te prêteront leur secours dans toutes tes
couvres. Dès lors tu établiras des communica-
tions libres tntre les diverses régions du
globe; tes rochers s'abaisseront sous ta main
puissante ; tu abattras des forêts ; tu perceras
des rout4s sûres et faciles a travers leurs pro-
fondes solitudes ; tu dirigeras le cours des
fleuves, et^ tu leur fixeras des limites qu'ils ne
franchiront point ; tu assainiras toutes les
régions qu'il te piaira d'habiter ; tu ouvriras
le flanc des montagnes, tu pénétreras dans
leurs enlrailles^ et tu en retireras les métaux
utiles ou précieux qui serviront d'instru-
ments à ton génie ; tu traceras à la foudre des
routes qu'elle suivra silencieusement, et mon
tonnerre ne sera plus pour toi que la voix de
ma puissance, qui éclatera dans l'immensité
de i espace pour me rappeler à ton souve-
nir (254). lu dirigeras a ton gré la fécondité
de la nature entière, que je mets dans tes
mains ; tu en multiplieras^ tu en modifieras,
tu en perfectionneras tous Us produits ; tu
dompteras et tu soumettras à ton empire les
animaux les plus impatients du joug (255);
sur les destinées de Tbomme et de tout ce qui Ten-
toure, que ce que Ton appelle état naturel de ta
terre est évidemment un élat contre nature, ou si
Ton veut, un ^at d'imperfection, d'attente, et qu'il
n'y a réellement pour elle d'état naturel et parfait,
que celui où elle se trouve modiiiée par Tbomme de
manière à fournir pleinement à tous ses besoins.
L'homme ne peut être ce qu'il est, être intelligent
sans que la nature entière éprouvé son influence ;
donc l'état où elle se trouve, sous son empire, est
son élat naturel. Elle lui a été livrée, par le Tout-
Puissant, comme une création brute qui devait être
polie et perfectionnée par son sénie, ne portant avec
elle que sa merveilleuse fécondité.
(2a5) Depuis six mille ans, cet irrévocable arrêt
de l'Étemel reçoit son exécution pleine et entière.
Jetez les yeux sur la surface de la terre : tandis que
tous les êtres vi^nts pourvoient sans peine à l'en-
tretien de leur existence, presque toute l'espèce hu-
maine ne peut soutenir la sienne qu'à l'aide des plus
rudes travaux. Le reste, tourmenté de désirs, rongé
de soucis, souvent de remords, ne souffre pas moins
à sa manière.
(254) Ecoutez attentivement et en tremblant sa
550
ils te seront soumis^ parce que je ne kt ai
doués que de facultés instinctives, H que fai
voulu te les livrer comme des instru-
ments (256); tu favoriseras et tu étendrm
leur reproduction selon tes besoins ; tu relé-
gueras au loin, par la puissance deles ormw,
ceux qui pourraient te nuire, ou tu en limi-
teras a ton gré la multiplication. Mais, pour
toi, tu te multiplieras sur cette terre comme
le sable des rivages (257) ; tu en habittnu
toutes les régions ; tu t'étendras du nord au
midif du coucftant à l'aurore^ afin que tu
saches quelle t'appartient ; les astres, dont
tu mesureras les distances^ dont tu étudieras
et dont tu connnaitras le cours,, te dirigeront
sur la surface des mers^ où je commanderai
aux vents d'accélérer ta marche. Ni l'immen-
sité des océans, ni les tempêtes^ ne pourront
l'arrêter ; et la terre tout entière deviendra
ta conquête. Tu y bâtiras des cités opulentei,
et en même temps que tu protégeras ton ejû-
tence par le secours des sciences physiques et
des arts industriels^ tu l'embelliras par le$
beaux-arts.
Mais que ta haute puissance, que tu ne tien$
assez grande pour t' élever jusqu'à Paulewrie
ton être, pour te faire comprendre et admi-
rer les merveilles de ma puissance, situ
lis dans les deux les témoignages de m
gloire f258) ; enfin si, f élevant par la fiu
noble aes prérogatives au-dessus de toutet Ut
créatures vivantes, j'ai voulu qi*e tu connustes
celui qui t'a créée, n'oublie pas, car tu es
libre, de descendre au dedans de toi-même,
de régler non-seulement tes volontés, tes dé-
terminations, tes actes , mais jusqu'à tet
désirs et tes pensées, selon les lois que je t'ai
imposées pour ta propre félicité^ selon la
raison que tu possèdes, et l instinct moral et
la conscience que j*ai mis dans ton cœur.
Que les passions désordonnées n* obscurcissent
point les lumières de ton intelligence, ne
f entraînent point dans les sentiers de tin-
justice; et garde-toi surtout de t'y égarer au
voix terrible... Il tonnera par la voix de sa aren-
deur,... il se rendra admirable par la voix de son
tonnerre.., {Job^ xxxvn.)
(255) Tu domineras sur tout ce qui nage dans Us
eaux, sur tout ce qui vole dans tes airs^ sur tout ce
qui se meut sur la terre. (Gen., i, 28.)
(256) Si les animaux avaient été intelliKents ei
libres ; s'ils avaient pu, par le secours de rintdii-
gence, sortir d'eux-mêmes, et puiser au dehors des
moyens d'attaque et de défense , comme rhonuiie,
jamais celui-ci n'aurait pu les assujettir et en dispo-
ser à son gré. Ce n'est donc que parce qu'ils n'ont
3ae l'instinct, parce qu'ils se trouvent sous Tempire
e leurs organes , qu'il peut les employer, à son
choix et selon ses besoins, comme des instrumeots
que l'Eternel a mis dans ses maiiis. Harmonie ad-
mirable, qui montre évidemment les prérogames et
la puissance de l'homme, et la source de son empitt
sur tous les animaux.
(257) Je multiplierai ta race comme la poussière di
la terre. (Gen., xni, 46.)
(258) Les deux racontent la gloire de Dieu, ft
le firmament publie les ouvrages de ses maiMt,
{Prov., xvrii.)
557
FAC
D'ANTHROPOLOGIE.
FAC
5&S
point de vouloir me méeonmAiref et de démen-
tir ta céleste origine par la folie de F impiété.
L*bomme a rempli ces glorieuses desti-
nées. Le domaine de sa pensée s*étendit par
liiiûaenee de sa parole , et sa parole, à son
t'>ur, se régularisa, se multiplia, se perfec-
tionna par l'influence de sa pensée. Une in-
finité de rapports des êtres entre eux et
avec lui furent étudiés, connus, appréciés,
€l les arts industriels naquirent. L observa-
tion des phénomènes de la nature, Tétude
de leurs relations avec leurs causes, produi-
sirent les sciences physiques, qui ne sont
que des conséquences générées naturelle-
ment déduites d'un plus ou moins grand
nombre de bits bien observés.
Dès lors l'homme réagit sur la nature en-
tière de toute la puissance de son intelli-
gence, qu'il a gravée partout en caractères
éclatants. De l'alliance intime qu'il a formée
enU% les arts industriels et les sciences phy-
siques, et de leurs influences réciproques,
sont nées toutes les productions, toutes les
inventions utiles pour la satisfaction de ses
i>e$oins. C'est par cette heureuse alliance
f|u'il a pu modifier à son gré la surface du
globe, établir des communications libres
entre ses régions diverses, mesurer les cieux,
parcourir dans tous les sens l'immensité des
mers, s'élever même dans l'atmosphère, cul-
tiver, multiplier, perfectionner les végétaux
les plus propres & lui fournir des aliments
a^al>les etsalubres, des matériaux incor-
ruptibles |M>ur ses vêtements, ses meubles,
ses habitations, ses édifices ; c'est par cette
alliance qu'il put soumettre à son empire,
élever, maintenir, améliorer les races des
animaux utiles, détruire ou reléguer au fond
des déserts ceux qu'il avait à redouter, reti-
rer du sein de la terre les minéraux utiles
on précieux, les purifier, les modifier, leur
<Jonner mille formes diverses, applicables à
>es besoins ou à ses agréments ; c'est par
«ette alliance enfin qull a pu s*étudier lui-
même , pénétrer dans les ressorts les plus
secrets de son organisation, connaître les
lois de la vie, les causes et la nature des
troubles qu'elles éprouvent, des désordres
organiques (}ui en sont les résultats, et les
remèdes qui leur conviennent.
Après avoir ainsi conquis, modifié, per-
fectionné la nature entière, et assuré son
existence au milieu des êtres que le Tout-
Fuîssant a livrés à son pouvoir, l'homme l'a
evnUelVie par les productions des beaux-arts,
qu'il a fécondés par son sénie. L'architec-
ture lui a construit des habitations salubres,
rooimodes et élégantes, et des palais somp-
tueux ; la peinture et la sculpture lui ont
fourni les moyens de transmettre d'âge en
é^e les traits vénérables de la vertu, et de
rendre présents à la postérité la plus reculée
^259) D B*est point d*lioniine dissolu, quelque per-
*ni q«*il soit, ^ai ne ressente de Thorrear ponr te
T ice qu'il aperçoit dans les antres, et ipii ne mi^se,
ct.j moins intérieurement, lescompagnonsmèmedesos
«l^bauche^, conune aussi il n*en est point qui ne vc-
fî»-re la \pnii.
I ±iiO) L'impie a dit dans son cœur : Dieu nVil poiul,,.
les événements les plus remarquables et les
hauts faits les plus éclatants. Il a trouvé dans
l'harmonie et dans les diverses modulations
des sons une peinture touchante ou énergi-
que des émotions qu'il éprouve, tandis que
la poésie, par ses différents rhythmes, ses
fictions ingénieuses et ses brillantes expres-
sions, célèbre dignement ses sentiments, ses
vertus et sa gloire.
Hais l'homme ne s'est point contenté de
cultiver le domaine des arts industriels, des
sciences physiques et des beaux -arts ; une
autre' étude, non moins digne de lui, a captivé
son Ame. D a pénétré dans sa propre intelli-
gence, il a sondé tous les replis de son
cœur, il a connu tous les rapports qui le
lient à ses semblables ; il s'est connu lui •
même, il a senti toute retendue de sa li •
berté morale ; et de là sont nées les lois
diverses, civiles, industrielles et politiques
<;^u'il s'est créées, et auxquelles il a voulu
s assujétir.
Toutefois, le sentiment de cette liberté
ne lui a point fait perdre le souvenir de sa
dépendance à l'égard de l'auteur de son être;
il n'a jamais oublié Ylntelligeûce suprême
qui créa son intelligence. Sans doute il se
laisse souvent entraîner |iar les passions
qui l'agitent ; mais la voix de la conscience
2 ni se lait entendre au fond de son
me, son retour dans le sentier de la justice,
rhorrcur que, même dans ses d^ordres , il
ressent pour le vice, et le mépris qu'il lui
témoigne, la vénération qu'il a pour la vertu
et les hommages qu'il lui rend (259), sont
autant de preuves manifestes qu'il n'a point
perdu le souvenir des lois morales, primi-
tives , et qu'il ne méconnaît point son
Créateur. Si quelque être dégradé, après
avoir fait violence a sa raison et à sa con-
science, et avoir dit dans son cœur : Il n'y a
point de Dieu (260), a la hardiesse cou)iable
de manifester cette horrible pensée, l'esj'èce
humaine se soulève tout entière, montrant
d'une main la voûte des cieux, tenant de
l'autre la tradition des siècles, et proteste
hautement contre cette stupide impiété 1
Teî «&tle magnifique spectacle qu offre
à nos regards l'homme considéré sous son
véritable point de vue. Seul être intelligent
au milieu de tous les autres êtres qu'il as-
sujettit à son empire , tout le proclame le
mattre souverain de la création.
Mais ces brillantes facultés, cette puis-
sance qui n'a point de rivale dans la nature,
tiendraient-Helles essentiellement à sa subs-
tance matérielle? Son organisation en serait-
elle exclusivement le siège? En un mot,
l'homme, avec toutes ses prérogatives, se
réduirait-il à cette organisation qui seule
en lui frappe nos sens ? Voy. les art. Encé-
phale et Physiologie ixtellectcelle.
(Psai. xni.) Remarquez cette expression : Limpie a
dit dan9 $oh cœur; c*est-à-dire qu'il a désiré qu*il n>
eût point de Dieu, pour se llTrer arec plasde liliertéà
ses passions déréîçlées; mais qu*il n'a pu le dire
dans son esprit^ où son intelligence loi démontre
pleinement le contraire.
55»
f£0
DICTIONNAIRE
FEU
5)0
FACULTÉS INTELLECTUELLES chez les
races humaines. Voy, Races humaines.
FACULTÉS INTELLECTUELLES, ne peu-
veut appartenir à l'appareil encéphalique.
Voy. Encéphale.
FELATAHS. Voy. Sénégambie. .
FÉTICHE, origine de ce mot. Voy. Rages
HUMAINES.
•FEU. — Ce ne fut qu'avec le secours du
feu que l'homme put vivre dans les régions
qui sont en dehors et à quelque distance des
tropiques, ou sur les montagnes élevées.
L'homme, au moins dans la période actuelle
de civilisation , eut le désir de faire usage
d'aliments cuits. L'observation semble même
établir que , s'il ne faisait usage que d'ali-
ments crus, il n'arriverait pas à un âge aussi
avancé que celui qu'il atteint communément.
La connaissance de Tusage du feu est un des
caractères qui distinguent l'homme de la
brute ; et souvent on a répété que le singe
savait se chauffer , mais gu'il ne savait pas
conserver le feu. L'expérience que l'homme
a acauise pour conserver le feu, ou la possi-
bilité qu'iî a de se le procurer , suppose la
faculté de déduire une règle de l'observation
d'un fait , et quand on a pu le faire une fois,
on peut le répéter plusieurs fois. Il n'est pas
lin voyageur qui , dans ces derniers temps ,
ail trouvé un peuple vivant dans une îmo-
rance absolue du feu. Les habitants de la
Nouvêlle-Hollande étaient plongés dans le
dernier degré d'abrutissement lorsque Cook
découvrit la côte orientale de cette partie du
monde ; ils ne savaient même pas se cons-
truire des huttes pour se garantir de l'intem-
périe des saisons, et toute leur industrie
se bornait à dresser des abris du côté où
venaient plus communément les pluies et les
ouragans ; on ne voyait pas chez eux la
moindre trace de çouvernement , et les
familles vivaient , soit isolées, soit réunies
plusieurs ensemble , mais sans loi et sans
règle. Us ne cultivaient aucun végétal pour
leur nourriture, et ne pouvaient attraper les
kanguroos pour manger leur chair. Ils étaient
donc réduits à vivre misérablement des
mollusques qu'ils trouvaient sur le rivage ;
le plus souvent ils mouraient de faim. Mais
la rumée qui s'élevait çà et là fit connaître
aux Anglais que le pays était habité. Les
deux Forster ont représenté les Pcschrahs de
la terre de Feu, à la pointe sud de l'Améri-
que , comme le peuple le plus misérable Je
la terre, relégués dans un pays triste, où, h la
vérité , l'été n'est point trop brûlant ni Tlii-
ver trop rigoureux, mais où l'on voit tomber
h la fois dans le cœur même de l'été la neige
et la pluie. Et, pourtant, ces malheureux
avaient la connaissance du feu ; ils ne quit-
taient point leur foyer , et leurs pays reçut
le nom, qu'il porte du feu qu'on y voyait par-
tout. Ces deux peuples , et cela doit se dire
plus encore des habitants de la Nouvelle-
Hollande que des Peschrahs , que les voya-
(261) Histoire de* Uet Marianne^ ou des Larrons
nouvellement convertis à la retiqion chrétienne, olc. •
Paris, Pépie, 170U SmA^.
geurs plus modernes ne nous représentent
point comme aussi brutes ; ces deux peuples,
dis-je , sont de tous les hommes ceux dont
les facultés intellectuelles sont restées dans
l'état le plus infime et le plus abject ; ils sont
beaucoup au-dessous de ces sauvages de
l'Amérique du Sud, aujourd'hui beaucoup
mieux connus que précédemment.
On a cependant répété souvent ce conte
qu'il y avait des peuples ignorant complète-
ment l'usage du feu. Goguet , dans son esti-
mable ouvrage sur YOrigine des lois, des arts
et des sciences^ etc. , dit : « Les habitants des
îles Mariannes , qu'on découvrit en 1521 ,
n'avaient aucune idée du feu. Jamais étoii-
nementne fut égal à celui qu'ils manifestè-
rent lorsqu'ils virent du feu pour la pre-
mière fois , après la descente de Magellan
dans une de leurs tles. Ils prenaient dans io
commencement le feu pour une espèce d ani-
mal qi^i s'attachait au bois pour Je dévorer.
Les premiers qui s'approchèrent du foyer se
brûlèrent ; ils communiquèrent aux autres
leur frayeur ; ils n'osaient plus regarjJer le
feu que*^(te loin, dans la crainte, disaient-ils,
que c<ît animal ne les mordît et ne les bles-
sât de son horrible souille, car c'était la pre-
mière idée qu'ils avaient conçue de la flamme
et de la chaleur. » Ce |)assage est extrait
d'une Histoire des îles Mariannes par un mis-
sionnaire nommé Gobien (261), quivisitaces
îles environ deux cents ans après leur ééeou-
verte. On le lit encore dans V Histoire géné-
rale des Voyages , où l'auteur le cite comme
venant de Pigafelta. C*est un fait bien connu
que Magellan périt en combattant dans une
des Philippines , où il avait pris parti pour
un des chefs qui était en guerre avec un de
ses voisins. Le souvenir de ce voyage aurait
été entièrement perdu , dit Ramiisio , si on
gentilhomme vicenlin, nommé Antonio Piga-
fetla, écrivain habile, n'en eût conservé une
relation , pour répondre au désir du grand
maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusa-
lem (262) , Viliers de l'IIe-Adani. On n'a
imprimé de cette relation qu'un extrait en
français , qui est bien connu. Ramusio l'a
traduit en italien , et l'a inséré dans son
Recueil des Voyages (263). La reiation elle-
même resta longtemps ignorée dans la biblio-
thèque Ambrosienne de Milan, et elle ne fui
publiée qu'en 1800 par le conservateur de
cette bibliothèque, Amoretli. Aussitôt elle fui»
comme on peut le croire , traduite en |)lu-
sieurs langues et même eu allemand. Piga-
felta rapporte de quelle manière Magellan
fut accueilli en arrivant dans ces îles. On ie
reçut d'abord d'une manière fort amicale;
mais l»ientôt,on lui vola une embarcation.
Magellan punit ce larcin assez cruelleaieni
par Tincendie de quarante h ciiuiuantc
(•ahanes et le meurtre de sept insulaires.
Il ne dit pas un mot sur l'ignorance (jan>
laquelle ces peuplades auraient pu être
de l'usage du feu ; et quoiqu'il entre dans
(2(>2) Alors en possession de Tile de RhoJes.
(iG5) Dette navigationi c Viagat, rnrolti «la t'Avr-
•10 ; Veiiezirt, Giuiili, tDG3-85-8J ; ô vol. iu-ftM.
Stil
FEU
D^WTUROPOLOGIE.
FEU
562
licaucoap de détails , il garde le silence
sur cette particularité remarquable Outre
ce fait alloué comme preuve, et dont la
fausseté est bien démontrée, Go^et cite en-
core plusieurs autres peuples oui ne devaient
point connaître Tusage du leu ; mais les
preuves qu'il donne sont d'une nature telle,
S l'on ne peut y ajouter aucuneconfiance (264).
n est amené insensiblement sur la trace de
Tori^ne des fables. Goguet ajoute à ce que
nous avons déjà cité, que ce fut chez les
Grecs ^e ces Gelions prirent naissance ; il
s appuie d*un petit traité de Plutarque sur
Tutilitéqu'on fieut tirer de ses ennemis (265).
Un satjre, dit Plutargue, sans doute d'après
quelque poète, voulait embrasser et baiser le
feu qu'il voyait pour la première fois; mais
Prométhée lui cria : Bouc , tu brûleras ta
barbe ; il brûle tout ce qu'il touche. Goguet,
dont la science était plus étendue que pro-
fonde, n'a point compris le sens de ce pas-
sade de Plutarque ; aussi il en fait une mau-
vaise application. Il en est sans doute de
même du Père Gobicn , qui aura bien pu
apprendre des Guahans une ancienne fable
qu*il raconte tout différemment et à sa ma-
nière. Ce n*est pas le seul eiemple où un
voyageur aura voulu voir en réalité ce que
les anciens ne présentaient que comme des
fictions, ainsi que M. de Humboldt l'a dé-
montré dans la crtiqiiede la fable des Ama-
zones de l'Amérique du Sud.
La découverte du feu remonte aux temps
iabuleux, c'est-à-dire à l'enfance du genre
humain, temps duquel il n'a pas conservé
plus de souvenir que chaque individu n'en a
gardé de sa propre enfance. Et c'est avec
raison qu'on a suppléé à l'histoire par la fa *
ble et la poésie, parce que toutes les décou-
Tortes se font dans une sorte d'enthousiasme
poétique qu'il appartient à la poésie seule
de décrire. Prométhée dérobe le feu du ciel
dans une tige de férule (Wêp^uÇ), c'est-à-dire
M4) Je rapporterai les citations saivantes : t Les
kuHtaiits des Philippines et des Canaries étaient an-
dennement aussi dépoorvus d*instniction que les
peuples dont nous parlons. ( Hi$$. des Vagage$^ il,
p. 129; Hoaji, Ik orig, Americ,^ 1. i, c. 8; 1. ii,
c. 9.) M. de Hnmbotdt, qui a réuni et discuté avec
beaucoup de soin les documents historiques sur les
premiers habitants des lies Canaries, les Guanches,
n*en dit pas an mot. Ces peuples n'étaient donc
point dans on état de civilisation aussi peu avancé
qn*on le suppose. Pigafetta ne dit rien de semblable
sur les Philippines : t On assure, en outre, que dans
les Iles Las Jordanos^ Tusage du feu était autrefois
hicounu. > (IM,) f Cette Ile appartient â la Chine. •
Dans le voisinage d*une nation adonnée au com-
merce et très-civilisée, le fait est-il probable? il dit
la même chose de plusieurs peuplades de TAmé-
riqne {Mœurs des samvayes^ i, p. 40), et entre au-
tres des Amieuanas, nation découverte depuis peu
clans TAmërique méridionale. {LetL ifcfif., aX, pâg.
321.) Ceue nation habile loin de la mer, dans une
plaine élevée, où les rivières ne sont point encore
navijpbles. (La Co5da]ii5E, Reiai, riv, des Anuiz.,
p. 106.) La Condamtne ne 8*avança point jusque-là.
1>^ peuples montagnards de TAmérique sont bien
plus policés Que ceux des forêts basses. Tous les
peuples du Brésil connaissaient très-bien l'usage du
leo. c L'Afrique contient, de nos jours, des peuples
dans la tiged'umeombellifère dont la moelle
desséchée brûle eomme l'amadouvier sec.
Là ferula eommuniSf Lin. croit en abondance
dans la Grèce, particulièrement dans rael-
hide moderne. Hésiode a deux fms raconté
cette fable dans les (XEuvres des jours^ à
partir du vers 47, et dans la Théogonie^ à
partir du vers 507, et dans chacun de ces
livres d'une manière différente. Dans le
premier, il s'agit seulement du vol du feu ,
qui cause au souverain des dieux et des
hommes une colère telle , qu'il envoie Pan-
dore au genre humain : dans le second, c'est
Prométhée qui le premier trompe Jupiter,
en ne lui offrant en sacrifice que des os en-
veloppés dans une peau. Le dieu , irrité de
cette supercherie, se fâche ; il refuse à Pro-
méthée le feu ; celui-ci le vole et ce fait
amène la création de Pandore. Prométhée
était un titan , et le combat des dieux et des
titans, des monstres , des géants , et autres
enfants de la terre, font la hase de lancienne
mythologie grecque et indienne. La poésie
prend parti tantôt pour les dieux , tantôt
, pour les titans , comme le fait Hésiode.
Suivant la théogonie , Pandore est la pre-
mière femme d où est sorti tout le genre
humain (266). Nous voyons là une altération
de l'histoire de la première femme qui, dans
le paradis perdit le premier homme. Mais
la Table modelée pour arriver à expliquer
l'orisine du feu est particulière aux Grecs :
la découverte du feu fut la connaissance de
l'arbre de la science du bien et du mal.
Les livres des Phéniciens , que nous
connaissons sous le nom de Sanchonia-
ton (i67), disent qu'Eon et Protogonos
donnèrent le jour a des enfants mortels
nommés Lumière^ Feu et Flamme; ils déœu-
vrirent le feu parle frottement du bois, et ils
en enseignèrent l'usage aux hommes. Cette
manière de se procurer du feu n'était point
spéciale aux anciens (268^ , car c'est encore
qui n*ont aucune notion de remploi du feu. i (Mer-^
eure de France^ avril 1717, p, 6i.) U est nécessaire
de signaler les erreurs qui se sont glissées dans
plusieurs ouvrages, surtout dans des ouvrages desti-
nés à TenseignemenL
(265) Opera^ éd. Reiske, t. Tl, p. 322.
(266) Ce vers n^est point intercalé dans le texte;
car Pausanias (Alite., c. 24) dit clairement que,
suivant Hésiode, Pandore est la première femme.
(267) SjOicbonutoiiis Fra^menta^ éd. S. C. Orel-
lius; Lips., 4826, p. 16.
(268) Théophraste (Bist. Plant., L v, c. 3, 4, élit.
Schneid.) dit, en parlant du bois de tilleul : t II pa-
raît contenir beaucoup de chaleur; ce qui le prouve,
c'est qu*il émoosse Uk instruments de fer avec les-
quels on le travaille , parée que, par sa chaleur, IL
en affaiblit la trempe. Le lierre conserve aussi la
clialeur, ainsi que le laurier, et en général tout ce
qui peut être employé à la confection des instru-^
ments destinés à procurer du feu. (Siùrà irv^io.
TtMTflu.) Muestor ajoute encore le sycomore {wnrn-
fu»oc). Tout ce <(ui croit dans Teau est très-froid»
comme tout ce i|ui est visqueux (yWypoc), le bois
de saule et celui de la vigne, > etc. Il est clair que
ce qui est qualifié ici de froid , est ce oui, par le
frottement ne laisse dégager aucune chaleur. Dans
le principe, Schneider soupçonnait une faute 4^ co-
piste, parce que le mou (fidlaaÔTVf ) dont parie Tbéc-
563
FW
DICTIONNAIOE
FEV
504
celle qui communément est employée par
les sauvages. Les anciens connurent la ma-
nière d'obtenir le feu par la percussion du
caillou, et Pline en attribue la découverte à
un certain Pyrodes, fils de Cilix» personnage
mythologique comme l'indique son nom.
Cette manière d'obtenir le feu a été long-
temps usitée chez les peuples les plus civi-
lisés, car je ne pourrais dire à quelle époque
eut lieu la découverte du fusil ou briquet eu
acier. Cet art» aidé des secours de la chimie ,
a fait dans ces derniers temps des progrès
tels qu'il n'en avait pas fait de pareils dans
l'espace de plusieurs siècles.
Cilons encore un passage d'un ancien sur
la découverte du feu. On lit dans Diodore
(1. II, c. 13) : « Quelques prêtres disent qu'Hé-
faistos fut le premier roi d'£^pte , il dé-
couvrit l'usage du feu , ce qui lui valut la
couronne Un arbre avait été frappé de la
foudre , et par suite un incendie se déve-
loppa dans la forêt ; le hasard amena Hefais-
tos en ce lieu pendant Thiver, il y ressentit
les effets bienfaisants de la chaleur. A me-
sure que le feu s'affiblaissait. Refais tos je-
tait du bois pour alimenter le feu. Par ce
moyen il en entretint la durée , il appela
d'autres individus pour leur faire partager
le bienfait de sa découverte. On voitdansce
mythe une explication plus que subtile. »
C'est donc un phénomène remarquable,
que ni dans l'antiquité , ni dans les temps
modernes , on n ait pas trouvé un peuple
qui, d'après des témoignages bien authen-
tiques, ait ignoré l'usage du feu et le moyen
de se le procurer, quoiqu'on voie encore
aujourd'hui bon nombre de peuples dont
l'état intellectuel est tel, qu'on puisse douter
S[u'ils aient jamais pu faire la découverte du
eu. Toutes ces raisons contribuent donc à
donner de la vraisemblance à l'hypothèse
qui fait dériver tous les peuples d'une sou-
che unique, et que les peuplades sauvages
sont des individus déchus d'un état de civili-
sation peu développé il est vrai , mais qui
l'était plus cependant que celui oCi nous les
voyons aujourd'hui.
FÈVE (Vicia fàba). — La patrie de la plu-
f^artdes légumineuses qui peuvent servir à
a nourriture de l'homme , nous est incon-
nue, et, lorsqu'en parlant de ces plantes , on
dit qu'elles croissent spontanément dans les
guércts, on pourrait pousser la question plus
loin et demander oà elles croissaient avant
qu'il y eût des champs cultivés. Nous retom-
bons ici dans tfn embarras aussi [jrand que
lorsque nous traitions de la question de la
patrie des céréales ; ici se trouve donc aussi
une plante sortie d'une contrée oui n a point
encore été explorée avec assez de soin , ou
bien dans laoueile tous les végétaux sauva-
ges comestibles ont été extirpés ; ou peut-
être en troisième lieu l'influence de certaines
modifications ont pu amener la destruction
de ces végétaux, car il n'est guère vraisem-
blable que les plantes aient pu se modifier
d'elles-mêmes, comme Haller le pensait, car
s'il en eût été ainsi, personne n'aurait pensé
à se donner la peine de les cultiver.
L'élude de l'nistoire de quelques-unes di
ces plantes est importante pour celle de
l'homme, d'autres, au contraire, ne sont que
d'un faible intérêt.
La fève, vicia faba^ peut être placée en pre-
mière ligue, comme le faisaient les anciens.
Columelle en parle le premier , et Pline dit
qu'elle mérite de grands honneurs. Il est
incontestable que le xvafior, la faba des Latins,
est notre fève commune. Suivant Théophraste
( Hiit, pL^ c, 1) , c'est un fruit à cosse ; et la
seule de toutes les légumineuses , elle a une
tige droite , ses feuilles sont arrondies , elle
en porte plusieurs en sortant de terre, parre
que lesdeuri cotylédons y demeurent cachés;
tout ce qu'il en dit concorde avec les feii5.
Un caractère bien certain, c'est la tache noire
Îue portent les ailes de la fleur. Chez les
omains, il n'était pas permis au flamen dto-
lis de toucher aux fleurs de la fève , parée
qu'on y voyait les lettres malheureuses , Ht-
terœ lugubres (^69). C'est aussi à cause de cette
tache , dit Diuymus ( Geopon. , i, n, c.3d),
que Pythagorea défendu l'usage des fève>.
La fève était connue dès l'antiquité la plus
reculée, car il est parlé dans 17/iade(cxm,v.
589) des fèves à peau noire. Les flèches que
lance He tenus contre Ménélas rebondissent
sur sa cuirasse comme voient les fèves ou
les pois ix)ussés parle vent. Alors, coraffie
aujourd'hui, lorsqu'on voulait faire du pain,
on ajoutait de la larine de fève , lomentum.
La patrie de la fève nous est inconnue.
Linné, après l'avoir avancé, la place ensuite
en Egypte, trompé sans doute par l'erreur
dans laquelle sont tombés les anciens au
sujet du nelumbium speciosum. Il dit ensuite
phrasce ne peut donner aucune chMeur. Mais le
liège, lorsqu'on le coupe, échauffe beaucoup la lame
du couteau, et peut-élre esirce cet arbre que Théo-
phraste veut indiquer par le mot f'àvpx, qu'on tra-
duit toujours par liiietil. Pline dit (Itb. xvi, c. M) :
c Si Ton frotte ensemble deux morceaux de bois, le
frottement déterminé la production du feu, que re-
çoit facilemeut Tamadouvier desséché ou des ifuillcs
sèches. Mais rien n*est meilleur que le laurier pour
exercer le frottement, et le lierre pour en recevoir
Teffct. On se sert utilement aussi du bois de la vigne
sauvage autre que la labrusmie (labrusca) , vigne
vierge qui grimpe après les arbres comme le lierre.
Tout ce qui crott dans IVau est froid, i etc. On voit,
par les expressions de Pline, qu'il avait Théophraste
b.)us les. veux, et qu'il Ta expliqué à sa manier^
Lorsqu'il parle de l'amadouvier, c'est sans doute
{>arce qu'il confond entre elles la manière d'obtenir
e feu avec le caillou et celle de l'obtenir par le frot-
tement du bois. Dans une nouveUe édition dece oi-
turaliste, accompagnée d'une traduction française eo
tète de laquelle figurent plusieurs noms recoffluuih
dables, on Ut la remarque suivante ( Paris, 1831,
t. XVI, p. 522) , frigidissima auwque oquatiei
c Ce préjugé est emprunté à Théophraste. (Biii
Piflfil., v,i4.) C'est ainsi que, naguère, les œo-
dernes accordaient au nénuphar des propriétés re-
frigéranles, parce qu'on le trouve constamment dan»
les eaux dont la température est plus hi$se(k^
celle de l'air ambiant, i 11 n'est vraiment pas pcmus
de faire des réflexions aussi puériles.
(269) Pmn. 1. wiH, r. 12.
FEY
D^ANTHROroLOGIE.
FRO
596
au*oa la troare à l'état sauvage sur les bords
de la mer Caspienne (270}, dans le roisioage
des frontières de la Perse, et il s*appuie d'un
botaniste nommé Lercke. Hais aucun des
botanistes qui ont parcouru cette contrée
n*en dit un seul mot : cependant, comme une
espèce très-Toisine, rtrta narbonensis , croit
spontanément dans ce lieu , ou a bien pu les
confondre. On lit dans Pline (1. xtiii, c. 12)
que les fères croissent spontanément dans
plusieurs pays ; d*abord , dans quelques lies
de la mer du Nord , yers le cap Cimbrique
(cap Jutland) ; ce qui leur avait valu le nom
délies aux fèves (fabartœ) ; ensuite , dans la
Mauritanie boisée ; mais la fève de ce pays
diffère de Tautre en ce qu'on ne peut la faire
cuire comme celle d'Egypte» sans doute qu'il
s*agit ici de quelque fruit autre que la fève ;
Tient ensuite la description du nelumbium
Speeiosum^ copiée dans Théophraste. Il serait
ilBcile de préciser quelle^fut pour ces lies
la cause du nom Intulœ Fabariœ. N'aurait-on
}K>int , par hasard , confondu avec la plante
qui a çiuelque analogie avec elle , le pisum
mariiimumT opinion gue je n'émets que
comme une simple conjecture.
Les anciens distinguaient deux espèces de
lèves, la fête grecque et la fève égyptienne. La
première est véritablement notre fève , et la
seconde est le nelumbo élégant , comme il
résulte bien clairement de la description fort
exacte qu'en fait Théophraste {H. pi,, iv, 9).
La description de Dioscoride concorde bien
avec la première. Le réceptacle ressemble à
des gâteaux d'abeilles ; les grains ou espèces
de noii sont un peu saillants , et leur partie
supérieure est à nu, ce qui fait un caractère
bien précis, puisque dans tout le règne végé-
tal , cette plante est la seule où l'on observe
cette disposition. La fève d'Ë^pte croit, sui-
vant Théophraste , non-seulement près de
Torone, dans l'Ile d'Eubée , mais encore en
Syrie et en Cilicie. Dans ce dernier endroit ,
les fhiits n'atteignent point une maturité
complète , peut-être parce que la plante n'y
était fioint dans son pavs natal , mais qu'elle
T avait été transportée à dessein ou par
Kasard. Le nelombo a disparu de TÉgypte, et
on ne sache pas qu'on l'ait vu en Nubie ou
en Abyssinie. Son existence en Egypte n'est
point prouvée seulement par la description
qu'en a laissée Théophraste , mais encore
parce que toutes les antiquités égyptiennes
en portent la figure si bien tracée qu'on ne
peut la méconnaître. Il a cessé pareillement
de crottre en Grèce , nous ignorons si on le
trouve encore en Syrie et en Cilicie; il
pousse sur les bords de la mer Caspienne.
Prosper Alpin a pensé que la plante qui pro-
duisait le lotos des anciens était le nymphœa
lotus, lin., et le nymphœa eœrulea, qui, tous
deux j croissent dans le Nil ; ce botaniste a
(270) Cest sans doale d'après cette aolorité que
les auteors du Dictionnaire dassi^pu d*hi$Unre mUw-
relie Toai plac^ aussi sur les bords de la mer
CaspieuDe« V Fève.
(i7i) Voir rouTrage de Link, fntitulë Ahhand'
Imn^em mher die àlîere Cetekiehte Geirecdearten, dans
causé beaucoup d'erreurs. L*Égypte a perdu
un grand nombre de plantes et d'animaux
qu'elle possédait primitivement , elle nous
fournit ainsi un exemple de la destruction
qui peut frapper les plantes sauvages et les
animaux , souches primitives des animaux
domestiques^
FIUATION DES LANGUES. Foy. Lahcues.
FINALITÉ. Voy. Caractéristiq€B db
L*HOM1fB.
FINNOIS. Toy. Nomades et Europe mo-
FLCIDE HÉMATO-NERVEUX. Yoj. Ma-
GXÉTISIIE HUMAI!«.
FONCTIONS MÉCANIQUES et non méca-
niques dans les animaux et les végétaux.
Voy. riNTRODCCTIO!!.
FORCES, qu'est-ce? Voy. PHTsrotoGiB ti^-
TELLECTUBLLE.
FOULAHS. Voy. Séhégambib.
FRANÇAIS. Voy. Europe moderne.
FROMENT. — La culture des céréales ,
c'est-à-dire de ces graminées dont la graine
farineuse fournit une nourriture substan-
tielle, est très-généralement répandue (271).
On en fait le pain qui fut dans l'antiquité,
comme il l'est encore de nos jours, la princi-
pale nourriture des peuples civilisés. Parmi
ces céréales, le froment, trilicum, sativum ou
vulgaredes botanistes, occupe le premier rang,
n est cultivé depuis longtemps , cependant
rien ne prouve que le chittah de la Rible, mot
qu'on retrouve dans le chineh des Arabes,
soit plutôt notre froment que notre épeautre,
car on cultive beaucoup encore ces deux
céréales dans l'Orient. Galien (272) a déjà
mis en doute si Homère , dans ses poèmes ,
avait parlé du froment , et si le mot wvp6ç
indiquait bien réellement le froment, car
ftvpùç se dit de la nourriture des chevaux, et
l'on sait que le froment leur est nuisible :
Hector dit (//., cvni , v. 188) que souvent on
donnait à ses chevaux du impôc. On serait
tenté de croire que ces chevaux étaient d'une
nature différente que les autres, car Audroma*
que leur fait boire du vin , à moins que les
vers dans lequel il est question de cet usage
du vin n'aient été placés* maladroitement
dans cet endroit ; aussi Wolf a-t-il cru devoir
renfermer entre deux parenthèses. Dans un
autre passage, il est aussi question des che-
vaux de Biomède et du blé qui faisait leur
nourriture , mais il n'est point parlé du vin.
11 faut donc se rattacher à cette opinion, c'est
que, dans un temps reculé , irvpk se prenait
aans un sens général pour indiquer toute
espèce degraminée servant à l'alimentation;
!)lus tard , il ne désigna plus que le froment
273). Il en est de même pour le mot alle-
mand kom , grano chez les Italiens : le mot
hirse nous présente un exemple analogue ,
car il indioue toujours une graine ronde ,
les Acus de VAcodéme de Berlin, 1816, p. 122, et pour
1826, pa^. 67.
Ifli) De aliment, facult., 1. i, c. 1.
(275) Le scoliaste dit qoe par ir^poc il faut en-
tendre 7tcg$iy orge^ qaï est la nourrilure ici la plua
couveuamc.
5t7
CAL
DICTIONNAIRE
GAL
KS
petite^ et pourant servir d'aiiment, produite
par des graminées d'espèces très-dinérentes.
C'est ainsi que Tusage modiQe la signification
des mots , comme nous en avons plusieurs
exemples. Ainsi, ir^pèç est employé dans une
acception générale ; plus tard , cette accep-
tion est limitée au froment, comme le prou-
vent divers passages des auteurs anciens ;
plus tard encore, ce même mot, devenu d'un
usa 16 trop général , a cessé d'être employé ,
et il a été remplacé par le mot aîroc* qui,
indiquant d'abord le pain, a désigné ensuite
le froment, devenu ainsi synonyme de wvpiç.
Dans les Géoponiques on trouve communé-
ment aîT»; usité au lieu de itupôç. Les gram-
mairiens et les savants se servent du mot
TTu/jof , et les praticiens de (rtrcc, qu'on ne lit
jamais dans Théophraste ni Dioscoride avec
cette acception. En sanskrit, le froment s'apr
pelle godnuma ou sumana ; le mot latin dérive
du verbe terere ( broyer ) ; le mot allemand
vient de toeiss (blanc), par opposition à rog-
gen , etc. Il est arrivé, à l'égard des plantes
primitivement cultivées, la même chose
qu'aux animaux réduits de bonne heure à
1 état domestique, que ce fut tantôt une cir-
constance, tantôt une autre qui détermine le
choix de leurs noms. Nous en avons un
exemple remarquable dans le nom donné à
la pomme de terre {solanum tuberosum).
te n'est pas seulement dans l'Europe qu'on
cultive le rroment, mais encore dans les par-
ties tempérées de l'Asie , et dans le nord de
rAfri(j[ue ; les Européens l'ont importé en
Amérique, dans l'Afrique méridionale et dans
la Nouvelle-Galles du sud. Il ne serait point
sans utilité pour l'histoire de l'humanité de
connaître la patrie du froment, le pays d'où
sortit cette plante si utile pour se répandre
sur la plus grande partie du globe. C est un
problème difficile a résoudre. Les hommes
étrangers à la science confondent trop facile-
ment les autres espèces de graminées avec
le froment, et quand les savants rencontrent
une plante analogue croissant spontanément,
ils sont embarrassés pour décider si elle a
toujours été telle, ou bien si, primitivemeul
cultivée , elle s'est ensuite abÂtardie. Lors-
Su'on veut indiquer la fertilité d'un pays, on
it (pie le froment y croît sans culture. Lts
anciens oui placé la patrie du froment dans
la Sicile, en Crète, en Egypte, en Babylonie,
et sur les bords de l'Indus. Parmi les docu-
ments relatifs à cette question que nous
trouvons chez les modernes , un seul mérite
qu'on V fasse attention. Olivier dit positive-
ment dans la relation de son voyage (III, ï^\
oue dans la Mésopotamie , sur les bords de
1 Euphrate , à peu de distance d'Anali , il
a trouvé le froment , l'orge et l'épeautre à
l'état sauvage ; et ailleurs il dit que c'est
à une journée au nord d'Hamadan (27^).
Mais qui pourra nous assurer que ces plan-
tes ne provenaient point de froment ancien-
nement cultivé dans ces contrées ? L'opinion
3ui place la patrie du froment et de l'épeautre
ans l'Asie centrale paraît jouir d'un grand
degré de vraisemblance. Les anciens , qui
avaient poussé assez loin l'économie en géné-
ral , connaissaient le froment d'été , celui
d'hiver, ainsi que plusieurs autres espèces
ou variétés (275).
L'économie chez eux n'était point sim-
ple affaire d'habitude ou de routine, mais
elle avait pris rang parmi les sciences, et»
pour s*en convaincre , il suffit de se rap-
peler cette multitude d'économistes citfe
Sir Columelle en tète de son ouvrage.
ais les diverses espèces de froment culti-
vées dans les divers pays passent-elles des
uns dans les autres ; et comment s'opère ce
passage ? C'est une question qui n a point
été assez approfondie et qui demande beau-
coup d'observations et de recherches.
G
GAELS. Vof. Europe MODEaNB.
GALL. Voyez CAftACTiRES physiologi-
ques, etc.
GALL ou Gabl. Voy. Celtes.
GALLAS. — Cette race très-répandue dans
les parties orientales de l'Afrique intertro-
picale est devenue, durant le siècle dernier,
très-formidable par son accroissement, et
aujourd'hui elle menace d'un anéantisse-
ment complet l'empire abyssinien. Considé-
rée sous le rapport des caractères physiques,
elle se range dans le nombre de ces races
qui tiennent le milieu entre le type arabe
et .le type nègre. Nous n'avons eu jusqu'à
ces derniers temps, sur les Gallas que bien
pou de renseignements satisfaisants, et nous
no savons même presque rien de leur his-
(i7i) Enqfdop, miihod, , art. Boiamque, t. Il,
pav. 560.
(575) L*iosuffisance des détails que nous ont
iraiisiuis les anciens su** ces variétés ne nous per-
toire ; mais nous ne tarderons pas à recevoir
sur tout ce qui les concerne d amples infor-
mations, s'il est donné à un savant voya-
geur qui parcourt en ce moment, pour ia
seconcle fois, l'Abyssinie, de revoir notre Eu-
rope, si M. Antoine d'Abbadie ne succombe
pas dans sa courageuse entreprise et peut
nous faire jouir du fruit de ses excellectei
observations.
Les Gallas sont, dans leur ^a^rs natal, des
hommes étrangers à toute civilisation, d^
vrais barbares, menant pour la plupart uns
vie pastorale et nomade; ils sont répandus
dans les vastes plaines qui s'étendent au$udd«
l'Abyssinie. Suivant le capitaine Owen, toiU
l'intérieur du pays qui correspond à la côo
orientale de 1 Afrique est occupé par dt^s
met pas de les comparer avec celles qu'on cultive
aujourd'hui, parce que même celles-ci n'ont point
été délerroinces d'une manière bien précise.
m
CAL
DÂNTHROPDLOGie.
GAL
570
tribus de féroces Gallas, qui s aYancent au
sud jusqu*à la rivière de Juba, tandis que ]a
côte elle-môme est habitée par les Somâlis ;
ces derniers, dont les mœurs sont au con-
traire douces et humaines, sont musulmans,
et, dans les ports de mer, ils s'adonnent au
commerce et à la navigation.
D'après ce que nous apprennent, sur les
langues parlées par ces dinerentes peuplades,
les Tocabulaires recueillis par ^It et par
d autres voyageurs, nous avons de fortes rai-
sons de regarder comme, descendus d'une
même souche que les Gallas, non-seulement
les SomAlis, maisaussi lesDanakils qui, confi-
nant de même avec les Abyssiniens, habitent
la partie de la côte située plus au nord
La contrée occupée aujourd'hui par les
Gallas embrasse l'Abyssmie du coté de
I ouest, de l'est et du sud-est, et s'avance
même dans l'intérieur entre les montagnes
neigeuses du Sbaa et du Gondar.* Elle eon-
fioe avec la province de DankAli, le canton
(Je Hururr, le pays des Somâlis, et avec les
proTinces de i^endjero, de Gurague, de Gaffa
et de Narea. Au reste son étendue n'est pas
bien exactement connue. Il parait que ce
pays se compose principalement de plateaux
dont le sol est f^nd et le climat doux et
salubre. On sait qu'il s'y trouve des monta-
f<:nes qui ne sont pas moins élevées que cel-
les du Shoa : elles sont habitées par les It-
toos, les Allas et autres tribus gallas.
La nation galla se subdivise en grand
nombre de branches : M. Isenberg, pendant
son séjour dans le Shoa, a recueilli les noms
de plus de cinquante de leurs tribus, toutes
ou presque toutes des environs de cette pro-
rince (2j6). 11 jr en a encore d'autres dont
on ignore jusqu au nom. Ces diverses tribus
sont indépendantes les unes des autres,
mais elles sont unies par l'origine et par le
lan.^a^^. Le gouvernement des femmes
existe encore chez eux, conformément à
Tancienne coutume éthiopienne :1a tribu des
Moolofalladas est gouvernée par une reine
nommée Tohâmé, femme d'un caractère tout
à Cait belliqueux. Chez les tribus gallas des
provinces orientales, il y a une espèce de
gouTernement patriarcal.
Quelques tribus ont embrassé l'islamisme,
mais la plupart sont restées attachées à l'an-
cien paganisme africain. « Leur religion ,
dit Isenberg, ressemble à celle des Cm*es:
iU adorent un être suprême qu'ils nomment
Wak, dont les prêtres, appelés kalishas,
portent à la main un fouet et un grelot ,
comme les bouffons publics ou zekarotsh
du Tugra^ • Us portent autour du cou une
torsade faite d'intestins de chèvres, font des
gestes bizarres dans lesquels le peuple voit
quelque chose de mystérieux et de prophé-
tique, et profèrent cies sons inarticulés, des
paroles inintelligibles. De même que les
cliamans des Sibériens et les prêtres de quel-
ques nations plus civilisées, ils prédisent
l'avenir, interprètent les songes et le vol des
oiseaux ( ils font des coniurations, jettent
des sorts et pratiquent la médecine, de même
Sue les anciens Grecs, les Etrusques et les
omains, ils tirent des présages de l'inspec-
tion des entrailles des victimes. Les Gallas
s'adressent quelquefois directement à leur
dieu Wak pour obtenir le succès dans leurs
entreprises, ou pour appeler ses malédic-
tions sur leurs ennemis ; ces sortes d'invo-
cations n'ont d'ailleurs chez eux rien de
constant et de régulier. Us ne se font pas de
ce dieu une idée bien constante, mais ils
croient qu'il se révèle aux prêtres dans des
songes. Leur manière de prêter serment a
quelque chose de très-particulier : ils s'as-
seyent au-dessus d'une losse couverte seu-
lement d'un cuir, et demandent au sort de
les faire périr dans une fosse semblable , si
i'amais ils étaient infidèles à leur promesse.
Is ont des cérémonies pour les funérailles ,
et ils croient à une vie future dans laquelle
chacun sera rétribué suivant ses œuvres. Ils
s'occupent de la culture des terres et de l'é-
ducation du bétail. Us connaissent l'art de
forger les métaux, et sont très-adonnés à ce
genre d'industrie. »
Quoique les tribus gallas soient, comme
nous l'avons dit, complètement indépen-
dantes les unes des autres, il existe entre
elles de certains liens : ainsi de toutes les
provinces il rient des Gallas en pèlerinage
vers un arbre sacré qu'ils nomment Wada-
nâbé, et qui se trouve sur les bords du Ha-
wash, au sud du Shoa. Cet arbre est l'obiet
d'un culte véritable, et on lui adresse des
prières pour obtenir les richesses, la santé
et tous les biens de ce monde. U n'est pas
permis aux femmes d'en approcher.
Caractères physiques des Gallas, — La plu-
part des voyageurs qui ont visité l'Abyssi-
nie ont jugé superflu de nous faire connaî-
tre les caractères physiques dès Gallas.
Bruce se contente de dire qu'ils ont le teint
brun et de longs cheveux noirs ; il ajoute
que plusieurs de ceux qui habitent les val-
lées sont complètement noirs. Isenberg dit
que les hommes ne sont pas plus blancs
que les Abyssiniens, mais que les femmes
sont citées pour la teinte claire de leur
peau.
U y a, dans les Voyages de lord Valentia ,
deux ou trois portraits qui sont beaucoup
plus conformes à l'idée que nous pouvons
nous faire du type ordinaire des visages
gallas, ou qui du moins s'accordent mieux
avec les descriptions du docteur Rùppell et
de M. d'Abaddie.
Le docteur Riippell donne une description
courte, mais caractéristique d'un certain
type de configuration qui, comme il en fait
la remarque, est commun à plusieurs na-
tions de la partie orientale de TAfrique,
parmi lesquelles il cite en particulier les
nations de race galla et celle de race shohu
ou hazorta, dont il a été précédemment
question. « Leur visage , dit-iJ, est plus ar-
P«
(176) M. Isenberg donne ces noms que je ne n^ longue liste de mots barbares n^ofliirait aucun infé-
oJuirai pas id, ^rce qu'il me semble que cette et a mes Icctcui-s.
«71
GAîi
DlCTIOiNNAIRE
GAL
SIÎ
T^ndi qoe celui des autres nations abyssi-
niennes ; leur nez est droit , mais court et
séparé «lu front par une dépression [vertie^
fung); leurs lèvres sont un peu épaisses,
mais pas autant que celles des nègres ; leur
chevimire est touffue, fortement frisée et
presque laineuse; leurs yeux sont petits,
profonJénaent enchâssés, mais très- vifs;
ie:r taille est assez élevée, et ils ont en gé -
néral le corps assez gros. »
Les Gallas, d après ce qu'on vient de lire,
paraissent donc appartenir à ce groupe de
races qui ont pour caractères communs une
chevelure presque laineuse , un visage ar-
rondi, des traits épais et courts, de grosses
lèvres et une peau presque noire, races qui,
dans l'Afrique orientale, remplissent l'inter-
valle, forment la transition entre le type
syro-arabe et celui des nègres occidentaux.
GALLES et KIMRYS. — Les traits de la
figure, quoique dus à des organes mous,
empruntent leur 'charpente générale au
système osseux de la tète. Les deux classes
d'organes réunies forment le sommaire des
physionomies nationales qu'une teinte
peinte ou sculptée reproduit d'une façon sa-
tisfaisante. Les musées ou collections de ce
genre, qui commencent à devenir ^ la mode,
ont un mérite incontestable et actuel , si on
les considère conime réunion d'individus.
Ils peuvent accréditer des préjugés et pro-
pager des erreurs s'ils font prendre un indi-
vidu ou des individus peu nombreux pour
des types de races Cette dernière temlance
est, par malheur , assez générale et assez
naturelle : nous aimons à juger le lointain
sur le premier échantillon venu , et la diffi-
culté de s'en procurer plusieurs fait géné-
raliser ce représentant offert nar le hasard.
Le Muséum a eu longtemps, a ans sa collec-
tion de crânes nationaux , la tête unique
d'un Malais mort au Havre où il était venu
comme matelot. Maintenant les races malai-
ses et océaniennes y sont représentées par
des centaines de bustes moulés et de crâ-
nes , qui à Tavantaga de la multiplicité
{'oignent celui d'avoir été choisi par des
lommes instruits, au milieu des populations
dont ces échantillons résumaient les traits
nationaux. H serait désirable que ce pré-
cieux noyau fût doublé d'une collection de
types de ces mêmes races choisies par des
voyageurs parcourant l'intérieur des terres
au lieu de s'arrêter dans les ports ; et encore
l'ont peut affirmer sans témérité que la vue
de cette double rangée n'équivaudrait pas à
l'instruction résultant de quelques jours
passés au milieu des populations elles-
mêmes. Voilà l'idéal de voyages et de voya-
geurs qu'il faut opposer aux savants de ca-
binet spéculant sur des livres ou sur un pe-
tit nombre de pièces.
(â77) Edwards altribuait les yeux obliques au
type Guvier, qu'il appelle même kimry. Le kimry
doit être plus germain que le galle. L^opinion ne s'est
pas trompée en caractérisant la tète allemande.
Les Italiens-Lombards modernes, en constatant
leur ressemblance aux vieux Gauloîs-Ombres dont
ils descendent, ont ainsi décrit la copie et Toriginai,
Lacépède a classé les Turcs dans la famille
des Samoyèdes ; Cuvier crut les Galles véri-
tablement nègres ; Desmoulins a placé des
nègres dans le Népaul ; Prichard a cru les
Falatchas, qui sont aujourd'hui très-sembla-
bles aux Abyssins, image parfaite de Tancien
type hébreu ; Prichard , Desmoulins, Wise-
man, ne semblent pas s'être jamais fait une
idée nette du type mongol et des nations
ta r tares, et ont toujours confondu ces na-
tions avec ce type.
Néanmoins ces savants peuvent èlre
doués d'un talent réel d'observateur auquel
il manque l'occasion de s'appliquer en
grand ; occasion que peuvent lui fournir la
mode d'observer les faits domestiques, el
l'intérêt attaché à des types européens.
Desmoulins, sans sortir de Paris, analys<i
avec sagacité les nombreuses variétés de
phvsionomies européennes : Slaves, Finnois,
Celtes, Turcs. Il était aidé par sa croyance
à la multiplicité des espèces , les variétés, \
plus forte raison ne pouvant lui échapper
Une préoccupation plus justifiable senil
moins nien Eclwards, qui avait voyagé en
Europe et même en Amérique , d'où il était
originaire , mais gui, dans ses travaux an-
térieurs, avait pris l'habitude de se im
intermédiaire enire deux castes de travail-
leurs, les physiologistes et les physiciens.
Un rôle secondaire en dispensant d'idées
propres peut porter jusqu'à la crédulité la
confiance vouée à autrui. La tendance élail
périlleuse quand il fallut mettre phys\que
ou physiologie au service des aperçus his-
toriaues.
Eawards avait accepté une partie des opi-
nions de Desmoulins, la persistance des ty-
pes malgré les effets du croisement el des
climats ; mais il poursuivit exclusiremeni
la reconstruction des types galles et kimry
sans s'inquiéter de Slaves, de Finnois et dti
Gerraaiiiques. Ses travaux imprimés à ce
sujet eurent une vogue que la conversation
de Tauteur diminua quelquefois en montraDl
des personnages, incarnations vivantes des
deux types : les deux frères Cuvier el le
grand mathématicien Poisson. Les type?
étaient bien choisis et distincts ; d'une |>«rt
la tête longue, le profil saillant, le nezaqui-
lin ; de l'autre, la face plate et courte, le>
pommettes larges, le nez droit ou ret^ou^^f1
mais court de saillie et de hauteur.
Ce dernier type est ce qu'on nomme tuI-
gairemenl tête allemande: il est assez com-
mun dans la France du Nord pour que ie^
voyageurs anglais aient dit que nous avions
la face tartare. Les faces larges avec \^;
yeux écartés, un peu louches (2T7), parfii?
même obliques, sont fort communes en Alli^
magne et en Russie. La France a conni»
deux princesses de la famille et du san^^I''
Taieul elle neveu : i Ripo gallico in ispeddmii^^
contado (le Milanais) colla testa oblunga, la jr^
larga ed alta^ il naao ricurvo in bauo^ ii if^^^
prominente. (Milano e il suo territario, roagnifiqw'oii-
vrage. ofiTert aux membres du sixième Congrès >rtca-
tiftque, en 1844.)
m
G£i
D^ANTUROPOLOGIK.
f.7l
Habsbourg, încarnstloiis manifestes de ce
tjpe auquel iJ n*a manqué qu*un teint oli-
Tltrepour avoir Tapparence mongole. Si
EdwarJs arait observé d*autres races, s*i] se
tùx seulement rappelé ses impressions de
jeunesse, parmi les Américains nègres et eu-
ropéens des Antilles, il eût reconnu que
bien loin d*ètre une particularité spécule
aux deux rameaux scy thés , le galle et le
kifflrr, Cuvier et Poisson étaient la va-
riante perpétuelle de toutes les races. Je
Tai retrouvée, dit M. de Salles, dans des ra-
ces nègres, chez des tribus nubiennes, chez
des Indiens musulmans , chez des Malais
vovageurs, chez des Abyssins, races aussi
mélangées que la France et Tltalie. Burck-
hanlt, visitant des tribus arabes isolées de^
f»uis des siècles dans leurs déserts, note à
chaque pas: cette tribu a des faces larges à
grosses pommettes ; celle^^i a la face étroite
ti longue avec des nez romains. Les navi-
gateurs font les mêmes exclamations aux
lirfs Marquises , à Taîti, à la Nouvelle-Zé-
lande ; les voyageurs par toute l'Amérique.
Enfin, les races maintenues pures de tout
contact par des idées religieuses, les Perses,
les Indous, les Samaritains, offrent les mê-
mes variantes. Chez les Juife, que nous
ronnaissons mieux , la galle domine sans
(ioute, mais le kimry est encore assez fré-
quent.
Si les certitudes de Thistoire tenaient k la
|iennanence de quelques combinaisons de
traits, d*où viendraient les Anglais avec leur
masque si long par la hauteur du nez et des
micboires, traits dont ni Kimrys ni Saxons ne
peuvent être les coefficients ? Par rimportanie
abusive accordée aux traits de face, Edwards
coupe profondément la race scythe en deux
iijoitiés, dont lune, le kimry, s*appror:he
davantage du type mongof; il confond
au lieu de préciser, car il a négligé les res-
sources du coloris.
Ainsi la préoccupation exclusive du sque-
lette à la face ou ailleurs ne donnera qu*er-
renrs ou incertitudes ? Des ty|)es du monde
entier se choisiraient facilement dans la po-
pulation d'une de nos villes et même d un
simple village, et les naturalistes à système
•létfjmétrique seraient trompés sur les mou-
las décolorés. La France abonde en nègres
blancs et en Kalmouks blonds. Le vulgaire
et les voyageurs ne s'y trompent pas, parce
qu'ils ajoutent les indications de la peau
•ri de la chevelure à celles du squelette. Il
f^ui donc imiter ce bon sens pratique et ne
ytiuaïs isoler une race des particularités
l'^urnies par Textérieur.
GAUCHER, DROITIER ; explication, loy.
V J D I- V EXE !IT .
GALXÔIS. Voy. Celtes.
GEANTSr — Au rapport de Manéthon , Sé-
<^«^tris, ce puissant roi d'Egypte, qui porta
^e> armes jus«|Me chez les Scythes et les
Thraces, et qui, ile retour dans sa pairie,
lit creuser une foute de canaux et élevir
de? monuments ^gantesques par les peu-
v'^ varncus, avait lui-même la taille d'un
*>ros.
11 portail quatre coudées trois palmes* et
deux doigts, qui font â,Ofô millim.
Rudsbekc , dans son voyage intitulé At^
lantiêy dit avoir vu lui-mtoe un paysan
suédois, dont la taille était de huit pieds de
Suède, c'est-à-dire 2,370 millim.
L'empereur Maximien était originaire de
la Thrace ; entré comme simple soldat dans
les armées romaines, ce jeune barbare fran-
chit rapidement tous les grades, et à la mort
de Septime Sévère il fut proclamé par les
troupes , émerveillées de sa taille et de la
vigueur de son bras. En effet Maximien
avait huit jpieds quatre pouces romains, ou
2,336 milnm. On raconte de lui des cho-
ses extraordinaires : il pouvait briser avec
la main des pierres trèsAiures, arracher de
jeunes arbres, traîner des chars pesamment
chargés. Il buvait par jour une amphore de
vin (vingt -six litres) et mangeait trente
ou quarante livres de viande.
Dans la guerre qu'il entreprit contre la
Grèce, Xerxès roi de Perse, fit couper la
presqu'île du mont Athos, pour livrer pas-
sage à sa flotte. Cet ouvrage prodigieux
s'exécutait sous la direction de deux sei-
gneurs persans, Burbarès et Artachée. Ce
dernier y mourut de maladie: c'était un
homme d'une taille remarquable, et il ne
s'en fallait que de quatre doigts qu'il
atteignit cinq coudées royales. Artachée
avait donc 2,d^9 millim. Sa mort affligea Xer-
xès, et l'armée persane lui éleva un monu-
ment, après lui avoir fait de magnifiques
funérailles.
Ryckius parle d'un Hollandais qui n'avait
pas moins de huit pieds et demi du Rhin.
Cette taille est représentée par 3*666 millim.
Le géant qu'on a vu à Paris en 1733, et
qui avait 2,179 millim., était né en Finlande,
sur les confins de la Laponie méridionale,
dans un villase ]ieu éloigné de Tornéo.
Le géant de Thoresby, en Angleterre,
était haut de 2,^06 millim.
Le «éant portier du duc de Wurtemberg,
en AlTemasue, était haut de sept pieds et
demi du Rhin, 2,341 millim.
Trois autres géants vus en Angleterre
étaient hauts, l'un de 2,433 millim., l'au-
tre de 2,454 millim'., et le troisième de
2,496 millim.
Le géant Cajanus, en Finlande, était
haut de sept pieds huit pouces du Rhin ,
ou 2,596 millim.
Un paysan suédois avait la même gran-
deur de *2,596 millim.
Un garde du duc de Rrunswick-Hanovre
était haut de 2,761 millim.
Le géant Gelli , de Trente dans le Tyrol ,
était haut de 2,652 millim.
Un Suédois, garde du roi Prusse, était
haut de 2,761 millim.
Tous ces géants sont cités, avec d'autres
moii;a grands, par M. Schreber, Hiit, det
quudrup.: Erlang, 1775, tom. T'.
Goliath, de Gcth, altUudinit $tx cubilo^
rum et palmi(I Reg,f xvii, 4). En donnant
à la coud'ée dix-huit pouces ie hauteur* le
t;éuiU Gc!ialh avait 3,032millim. de £;raniJeur.
57-
€EN
DICTIONNAIRE
GEN
RTS
Solus quippe Og rex Bazan restiterat de
stirpe gigantum : monstratur lectus ejus fer-
rnis qui est in Rabath.,. notem eubitos hor
bens longitudinis et auatuor latxtudiniê ad
mensuram cubiti virilis manus IDeuteron,^
III, 11.)
Lecat, dans un Mémoire lu à Tacadémie
de Rouen, fait mention des géants cités
dans l'Ecriture sainte et par les auteurs pro-
Çéant qui
voir à Rouen en 1735, qui avait 2,761 millim.
11 cite la fille géante vue nar Goropius, qui
avait 3f*2ïS millim. de hauteur; le corps
d'Oresto, qui, selon les Grecs, avait onze
jîie Is et demi (Pline dit sept coudées, c'est-
à-dire 3,U0 millim.).
Le géant Gabara, presque contemporain
de Pline, qui avait plus de 3,^kS miIIim.,
aussi bien que le squelette de SecondilJa et
de Pusio, conservés dans les jardins de Sal-
lustc. Lecat cite aussi TEcossais Funnam,
qui avait 3,735 millim. Il fait aussi men-
tion des tombeaux où Ton a trouvé des os
de géants de 4,8'?2, 5,81^7, 6,V96, 7,3V4. et
7,99'!. millim. de hauteur; mais il parait cer-
tain que ces grands ossements ne sont pas
des os humains, et qu'ils appartiennent à
de grands animaux, tels que Véléphant, la
girafe, le cheval • car il y a eu des temps où
Ton enterrait les guerriers avec leur cheval,
peut-être avec leur éléphant de guerre.
GÉBELIN (Court de). Voy. Langues et
Etymologie.
GÉMISSEMENT. Voy. Voix.
GÉNÉRALISATION. Voy. Langage.
GÉNÉRATION (Système de révolution,
Mtfstème de Vépigénèse). — Toujours mysté-
rieuse et toujours attrayante, la Question
de la génération fut tranchée en des sens
différents, suivant que telle ou telle décou-
cou verte vint élucider quelqu'un de ses di-
vers actes. Mais tant d'hypotnèsesqui furent
faites, loin de servir la science, n'eurent
pour résultat aue d'embarrasser sa marche
et de reculer le terme où la vérité pourrait
être enfin reconnue. 11 serait oiseux de les
rapporter toutes, ou même seulement les
principales;' car, à la fin du xviii* siècle,
leur nombre ne s'élevait pas à moins de
trois cents. Nous nous contenterons de dé-
montrer qu'elles se rattachent toutes, pour
le fond , à deux systèmes essentiels et de
dire comment on pourrait croire raisonna-
blement à Tun ou a l'autre.
La question , qui a toujours dominé l'étude
du développement de l'embryon et par suite
la théorie de la génération, est celle de
savoir si les organes des animaux préexis-
tent à bur développement, ou s'ils se
forment de toutes pièces et naissent de la
nialière organisable aîuorphe; si la produc-
tion d^étres nouveaux n'est quun ac-
croissement de leurs germes eux-mêmes
qui grandissent et sedévelo(>pent, ou si elle
est une sorte de création indéfiniment et
continuellement renouvelée. Pi» là les hy*
polhèses opposées de la préexistence et de
répigénèse, auxquelles on peut ratlaiher
toutes les autres.
1. Le système de la préexistence et de l'é-
volution des germes a revêtu plusieurs fer-
mes : il s'est modifié et pour ainsi dire
localisé suivant la manière de voir des phj.
siologistes qui Font adopté : ou le fœtus pré-
existe en matière et en forme, et la fécon-
dation le détermine seulement à se déTc-
lopper ; de là l'hypothèse de la préformation
ou préexistence proprement clite, dans la-
quelle le germe est supposé être la minia-
ture même de l'iiidlvu futur et produire cq
dernier en s'agrandissant dans tous les sens;
ou bien il n'existe qu'en matière, le travail
de la fécondation et du développement sert
à lui faire acquérir la forme ; c'est une sim-
ple métamorphose. Ajoutons que la plupart
de ceux qui ont admis la préexistence ont
dû la limiter à l'un des êtres procréatear^;
car, si le germe n'était pas déià tout formé
dans le mâle ou dan> la femelle, sa forma-
tion devrait résulter de la fusion des élé-
ments reproducteurs de l'un et de Taulre,
elle serait une conséquence de la féconda-
tion, une création nouvelle postérieure à
Faccomplissement de cet acte, en un mot,
le contraire d'une préexistence. Les p&rti-
sans des préexistences ont donc généralement
supposé que le germe était tout formé dans
un seul sexe, et que l'élément générateur
de l'autre sexe était tout simplement une
sorte de nourriture nécessaire pour en&Yo-
riser le développement. Enfin la préeiisr
tence a été considérée comme datant de la
création même de l'espèce ( syngénèse à la-
quelle se rapporte le système de ^emboll^
ment), ou comme antérieure seulement à
la fécondation (épigénèse, mot (^ue nous Ter-
rons plus tard avoir une signification plus
étendue et qui a été détourné de sonseoi
primitif).
La préformation ou préexistence proprt-
ment dite suppose que la formation du nou-
vel être est antérieure à tout acte reproduc-
teur. Cette hypothèse est inadmissible; car,
loin de trouver dans l'œuf un individu pré-
formé, le jeune embryon naît de la combi-
naison de deux éléments, chacune de ses
parties se forme peu à peu, et successive-
ment aux dépens de la matière organisabie
amorphe résultant de cette combinaison ou
de l'absorption des liauides envirounaotJ.
Nous aurons d'ailleurs a revenir bienlôl sur
ce fait avec plus de précision.
Néanmoins l'erreur précédente fui si
enracinée, que Fabrice d'Aquapendente.
Malpi2hi,Haller, eux-mêmes, tout en décri-
vant Papparition des divers appareils em-
bryonnaires dans l'œuf de la poule, uen
admirent pas moins la préexistence du poi^-
let; aussi furent-ils obligés de suppo>er
l'embryon assez petit, tenu et transparent
pour échapper complètement à robserwlion
Si l'on en clécouvre les divers organes peu «
peu, cela tient, disent-ils, à ce que, à mesure
qu'ils grossissent, ces organes devienneni
plus consistants, plus opaques. Mais lous
CCS organiques existent depuis longtemps»
577
GEN
D^ANTHROPOLOGIKL
GEN
57S
l'iiitliTido eotier est prefurmé; seulement
il esl *.ofiiiltaieiH petit, et, pour ainsi dire,
euTeloppé ; le dé?eloppement embryologi-
que n'est au fond que l'agrandissement , le
Lépioiement, le déplissement du foetus
[tréexistaul et de ses enre1op[>es ; il est , en
un mot 9 non une création, mais une simple
tcoluiian.
Pendant que ce système jouissait de la
plus grande faveur, fes remarquables expé
riences de Trembley Tinrent démontrer
l'existence, dans l'organisme, d'une nouvelle
et admirable ^fculté : celle de reproduire,
d«- régénérer une partie de lui-même. Tous*
les faits organogéniques que nous connais
sTins aujourd'hui fussent-ils ignorés, com
ment faire accorder Tidée des préexistences
avec Tobservalion des régénérations? Si l'on
refuse à un animal la puissance d'en créei
un antre, et si l'on suppose que celui-c
ne saurait exister sans avoir été préformé ,
créé d'avance et dès l'origine même de l'es-
pèce, comment concevoir que, privé de
quelqu'un de ces organes, il puisse le re-
produire, non-seulement une première fois,
mais à plusieurs reprises, et dans certaines
esDf-i^es, d'une manière presque indéfiiiie?
Il fallait de toute Pâécessité abandonner la
préexistence ou nier la régénération ; aussi
n'a-l-on pas hésité à nier cette dernière» en
tant que génération ou création nouvelle.
Au lieu de voir dans ce phénomène la
i>feuve d*une force de reproduction partielle,
intermédiaire, pour ainsi dire, à la feculté
de nutrition ou d'assimilation, et à la puis-
sance de reproduction totale ou de généra-
tion d'un individu ; Bonnet et Haller (278)
ont été jusqu'à le considérer, à s m tour,
comme un développement, une évol'jtion
de parties qui devaient être elles-ir*^*cs
préexistentes. Ainsi ils ont supposé l'exis-
tence de germes disséminés à 1 infini dans
le corps; si les organes subsistants viennent
à être détrtvits, les çermes latents acquiè-
rent plus de nournture, croissent et les
remplacent. Mais où placera-t-on ces germes,
quel nombre en admettra-t-on? De combien
d'espèces faudra-t-il en supposer? Si l'on
coupe la main d'une salamandre, elle se
reproduit, il j a donc un germe de main;
si l'on coupe son avant-bras, tout son men-
bre «?upérieur, ils se repro(Juisent aussi , il
V a donc un germe d'avanl-bras , un germe
de bras, un çerme de membre supérieur.
Si l'on coupe le n embre déjà reproduit, il se
reproduit une seconde fois, il en est de
même une troisième, une quatrième et
même un nombre indéfini de fois ; faudra-t-
ii dune supposer deux germes, trois germes,
un nombre infini de germes pour la même
f*artie. Ou comprend à peine que Je système
f ^78) Eiementa pkyûologiœt t. Ylll« P* 171.
^^79; BcRDJUifl, Pùtfiiol., t. fl, p. 295, traduction
ri«.' Joardan.
>^80) Essait de physique, t. ID, p. 480; Amster-
dam, 1727.
i:Sâl) Obterroiiaru nouvelle* sur h génération^
/■• romposiiûmet la décomposition des substances ani-
».. t€ I ^î rJqé:a(es, obsi'rr. aJrcssêes à Folkc>, pré-
des préexistences ait pu tenir contre de
}>areils faits ; et pourtant ceux-là mêmes qui
es observaient, sans en excepter Spallan-
zani , en étaient les premiers défenseurs.
Le système des métamorphoses^ la seconde
forme générale sous laquelle a été i-résen-
tée l'idée des préexistences, soutenu dans
l'antiquité par Heraclite (279), et dans les
temps modernes par Ci. Perrault (280), a été
surtout développé p^ar Buffon.
Suivant ce (îernier, dont nous aurons
occasion de faire connaître l'hypothèse
en parlant des générations spontanées, il
existe une matière particulière de laquelle
tous les êtres vivants tirent leur nourriture
(molécules organiques). Dès que l'organisme
est arrivé à matuiité par la nutrition, il se
sépare de tous les organes et de toutes les
parties de chaque organe, (moules inté-
rieurs) des molécules organiques qui leur
ressemblent et qui en sont des modèle^ *en
petit. Si les molécules arrivent dans une
partie d'où elles ne puissent plus sortir,
elles prennent la forme d'entozoaires ; de
même que, si elles se trouvent* hors du
corps, dans des circonstances fovorables,
sous l'influence de la putréfaction, etc., elles
produisent des infusoires (génération spon-
tanée). Chez les animaux dépourvus de
se\es^ ces mêmes molécules produisent de
nouveaux individus dans toutes les parties
du corps indistinctement ; mais, chez ceux
oui ont des sexes, elles se rendent dans
1 ovaire, etc ; pendant l'accouplement, les
molécules du mâle et de la femelle se mêlent
ensemble, puis elles s'unissent d'après les
lois de la même affinité qui règne entre les
organes d'où elles proviennent.
Needham (281), Bonnet (282) [bien au*à
un a~.itre point de vue le premier fût epi-
génésiste et le second partisan de l'ovisme
et de l'emboîtement] , admettaient aussi ces
idées de panspermie, de mouvements des
molécules indestructibles et de métamor-
phose. Les hypothèses de Tréviranus (283),
Wrisl)erg (284), Oken (285), Walther (286),
étaient semblables par le fond, quoique
différentes par la forme.
On n'a jamais pu donner une démonstra-
tion satisfaisante d'un système qui n'est,
comme on le voit, qu'une supposition sans
fondement. D'ailleurs ce système lui-même
n'est pas la solution du problème : supposer
les germes répandus partout et ne formant
ou déformant les corps que par leur associa-
tion, leur disjonction, leur transformation,
ou leur passage à travers les organismes
formés, ce n'est pas plus résoudre la ques-
tion que d'admettre les germes de chaque
espèce créés d'avanre et contenus tous
ensemble dans le premier individu de Tcs-
sideiit de b Sociclé royaie de Londres ; Paris,
1748.
(282) Considérations sur les corps organisés^ 3 i,
62, 63, 90.
(285) Biologie, t. H, p. 405.
(284) Obs. de animal, inlvs., p. CO.
(îSo) Die Zevgftng, p. 02.
(i8C) Physiclugie des numcfien, p. 611.
579
GEN
DIGTfOiNNAlRB
GEN
580
pèce. La orce de transformation, de pas-
sage» de mouvement, de jonction, d'associa-
tion de ces molécules, est aussi difficile à
comprendre que celle d'évolution ; et Tune
et l'autre ne sont pas plus simples à admettre
que la force de reproduction, de génération,
de création en un mot.
Le propre de la nutrition est d'assimiler
la matière inorganique et d'en faire de la
matière organisée, de créer celle-ci de celle-
là : or, la reproduction des parties, la géné-
ration d'individus nouveaux, ne sont que
deui modes du même {phénomène. On ne
peut ni les en séparer, ni les expliquer au-
trement. Ils dépendent d'une puissance de
création identique, continue, persistant avec
les formes et les conditions organiques.
Mais, avons-nous dit, ceux qui admettent
la préexistence soit par préformation, soit
par métamorj)hose, les premiers surtout,
ont été conduits invinciblement à localiser,
en quelque sorte, cette préexistence pour
les êtres supérieurs, c'est-à-dire à en placer
l'objet dans l'un ou dans l'autre sexe. De
là deux formes nouvelles d'un système uni-
que dans le principe : l'ovisme et le sper-
matisme, issus l'un et l'autre du Hasard des
découvertes auxquelles devait les rattacher
une contingence inévitable.
Dans le nombre des ovistes il faut comp-
ter principalement Swammerdam, Malpighi,
Vallisnieri, Haller, Spallanzani et Bonnet,
attachés à ce système purement hypo-
thétique , malgré les admirables travaux
d'observation oui auraient dû les conduire
tous à des conclusions bien différentes. Hal-
ler (287) ne pouvait pas trouver de meil-
leures raisons à l'appui de son opinion, que
d'admettre que l'œuf entier est une partie
du corps de la mère, et que, les animaux
formant une chaîne non interrompue depuis
le polype jusqu'à l'homme, si le polype se
développe directement de la substance d*un
seul autre polype, il ne peut en être diffé-
remment pour l'homme; c'est-à-dire que ce
dernier doit se développer directement et
uniquement sur sa mère. Ne pouvant conci-
lier avec cette première supposition les res-
semblances du ûls avec le père, non-seu-
lement dans la génération ordinaire, mais
dans la production des hybrides et des mu-
lets, le même physiologiste (288) était forcé
de soutenir cette hypothèse par une autre. 11
admettait donc avec Bonnet (289) que l'élé-
ment mâle est une nourriture, et qu'à ce
titre elle n'est pas sans importance; car sa
nature peut introduire des modifications con-
sidérables dans le développement du petit
être qui est censé préexister dans l'ovaire.
Nous savons aujourd'hui si, comme le
croyaient Swammerdam (290) et Spallanzani
(287) Elementa phyîiologiœ, t. \III, p. 93.
(288 Ouv. ciL, t. Vin, p. 175.
(289) Conêidér. sur les êtres organ., § 66, 34.
(290| Prodr, gêner», p. 21; — Hist. gen. insect,^
(291) Exp. paiêr servir à t histoire de la Genèse.
(292) Dissert, epist, de forni, pulli in opo, pag. 2;
Luudon, 1673.
(291), la tache noirâtre de i œui oe grenouille
non fécondé est véritablement l^mbryon.
Comment donc Malpighi (292), Croone (293),
et tant d'autres, tout en esquissant les pre-
miers linéaments du poulet, pouvaient-ils
méconnaître l'époque de ces formations et
admettre, contre le témoignage de leurs sens,
la préexistence dans l'œuf de ce petit être à
la créatidn duquel ils assistaient.
. Pour les spermalistes^ parmi lesquels nous
devons signaler Mohrenheim (294) , Dar-
l¥in(295),et généralement tous ceux qui
s'occupèrent, avant notre époque, des sper-
matozoïdes (296), tels que Leuwenhoek,
Hartsœker, L. Hamm, Boerhaave, Keil,
Cheyne,Ch.Wolf, Lieutaud, Gautier, Audry,
les mêmes objections se présentaient, notam-
ment celle de la ressemblance du fruit avec
sa mère.
Là ne se bornaient pas les hypothèses is-
sues de la préexistence. Quel que soit le lieu
d'où l'on fasse provenir l'individu nouveau,
de l'œuf ou de l'élément mÂle , ou de tous
les deux à la fois, si l'on admet sa préfor-
mation, il faut bien supposer aussi quil
était contenu non-seulement dans les pa-
rents , mais dans les parents des parents , et
l'on arrive ainsi de toute nécessité au sys-
tème de l'emboîtement. En effet, si les ger-
mes de tous les êtres ont été créés simuJta-
jiément, c'est-à-dire par syngétiêse (expres-
^sion opposée à celle d épigenèse), on nepeul
faire à leur sujet que deux hypothèses se
rapportant elles-mêmes directement à ceUos
des métamorphoses et de l'évolution. La
syngénèse suppose-t-elle le mouvement dts
germes, leur entrée et leur sortie des corps
en un mot la métempsycose matérielle. S'il
est permis d'accoupler ces deux mots , elle
conduit à la métamorphose^ à la dissémination
des germes f à la panspermie (BuQbn). Sinon
elle entraîne l'hypothèse de l'inclusion des
germes les uns dans les autres , depuis le
premier homme créé jusqu'aux derniers de
ceux qui doivent disparaître de la terre ; en
un mot, le système de VemboUement (tnro/K-
tio , par oi^)position à evolutio).
S'il est inutile de combattre la pansper-
mie et les idées déjà citées de Buflbn sur U
dissémination des germes, les moules inté-
rieurs, la génération des infusoires et celle
des autres animaux , il l'est presque autant
de réfuter le système de l'emboltemeot.
Suivant que les idées d'ovisme ou de sper-
matisme ont prévalu dans la science, la
première femme ou le premier homme aurait
dû porteries germes innombrables de l'espiN v
humaine tout entière. Si cette opinion nV
vail été, encore vers la fin du dernier siècle,
soutenue par Bonnet et admise même par
Haller (297), elle ne mériterait seulement [vas
(293) Dans Birch, t. ill, p. 36.
(294) Dû
Dissert. , sistens novam coneeptioms kisi»-
riàm, p. 12.
(295) Zoonomiœ, t. Il, p. 276.
(296) Voy. Haller, f/em. phusioL, i, VU, p. 557;
t. Vlll, p. 84 et suiv.
(297) Ouv. cit., t. Vm, p. 157.
581
GES
D'ANTHROPOLOGIE.
GEN
5gi
(i*ètre mentionnée. L'expérience ne Taurait
jamais créée, car elle est aussi contraire aui
•ionnées de Texpérience qu'aux résultats de
^observation. Elle dériva donc de la philo-
sophie, et Ton peut dire que Bonnet rem-
prunta à Leibnitz. En effet, d'après Leibnîtz,
hors rintenrention toute-puissante du Créa-
teur, rien ne commence, rien ne finit ; dans
l'onJre naturel des choses, il n*j a point de
uénération, de même qu'il n'y a point de
Uiéme : Tètre que nous croyons voir se former
seulement sous nos veux était invisible ;
quand nous disons qu'il naît, il ne fait (jue se
développer; tous les êlres existent et préexis-
tent, tous datent d'une même époque, à
iatjuelle le premier être formé contenait en
^A tous les germes de son expèce emboîtés
les uns dans les autres : tous les hommes
actuels ont été dans leurs ancêtres jusqu'à
Adam.
Tout en rejetant les hypothèses de l'évolu-
tion et de l'embottement, c'est-à-dire de la
préexistence des êtres à un état plus ou
moins pariait dans le corps de leurs parents,
on peut supposer que la matière du germe
soit préformée, mais que cette matière ait
besoin de subir, au lieu d'un simple accrois-
sement, une véritable élaboration pour
atteindre le terme d'une organisation nou-
velle. Tel est, à proprement parler, le sys-
tème de Vépigénêse^ dont les principaux fon-
dateurs sont Needham, Wolff et Blumenbach.
Bans ce système, on admet qu'au lieu de
•se développer en grandissant, ou de dériver
de quelquune des parties principales et
préexistantes d'un embryon en miniature,
toutes les portions des divers appareils et
des divers organes se produisent, se dévelop-
pent d'elles-mêmes dans la matière amorphe
organisable, se raccordent entre elles, et cons-
tituent enfin l'individu nouveau. Hais comme
Tétat actuel de la science ne permet plus de
méconnaître que le germe est réellement une
production de l'individu sur lequel il se
développe ; que, chez les animaux doués de
sc\es^ il n'est véritablement constitué qu'a-
près la fécondation, le système de l'épigé-
) nèse s'associe naturellement à celui de la
|K>$tfurmation , avec lequel ou l'a même
«quelquefois confondu, et cette association
f onstitue, on peut le dire« la vraie théorie de
la génération.
It. Le système de la poslformation du
grrme^ et de répigénêse suppose donc que le
^ermê résulte, chez l'homme, de la fusion
f *réalable de l'élément mâle et de l'élément
f 4^melle, que la matière organique ainsi cons-
ti tuée est seule propre à devenir le siège du
travail de développement embryonnaire, et
«I ue ce développement lui-même, sans pro-
f*»'^Jer d'une partie plutôt que d'une autre,
s'exerce sur la matière organisable, de
Tuanièreà les former toutes simultanément
on successivement, la diversité infinie des
{>tiénoiBènes étant d'ailleurs sui>ordonnéc
toujours à une admirable unité de plan.
On ne peut pas dire que tel système ou
appareil embryonnaire soit produit par l'un
ou par l'autre de ces éléments; que, par
exemple, le spermatozoïde forme le système
nerveux et animal du nouvel être, tanclis que
l'élément femelle formerait son système di-
gestif ou organique. Il y a entre l'œuf et
1 élément mâle une fusion beaucoup plus
intime, et dont le t^aractère nous est, à vrai
dire, inconnu. Mais ce gue l'on voit indubi-
tablement, c'est la création, en quelque sorte
indépendante, des divers organes aux dé-
pens du fonds commun de matière organi-
sable qui résulte de cette union. Ces organes
sont, dans le principe, tout différents de ce
qu'ils seront plus tard ; il en «st qui, après
avoir accompli certaines fonctions, dispa-
raîtront sans retour pour faire place à d'au-
tres, et amener le germe, de progrès en
progrès, à l'état d'embryon, de fœtus, d'ani-
mal parfait.
Wolff i298) fut, à proprement parler, le
créateur de l'épigénèse, en affirmant qu'il
voyait les organes se créer, les vaisseaux se
former, les parties solides enfin naître petit
à petit du liquide organisable. Les travaux
de tous les embryologistes de notre époque
confirmèrent et étendirent considérablement
ces observations, que Serres (299) s'est ef-
forcé de rapprocher pour établir la vérité
du système de l'épigénèse, et l'opposer à
celui des préexistences. Seulement il im-
porte peu à la valeur de ce système que la
direction du développement embryonnaire
soit centripète, comme Serres l'a soutenu,
au lieu d être centrifuge ; et elle n'est en
réalité ni l'un ni l'autre.
Quant à Vessence de la génération^ eHe
nous est sans doute inconnue au même titre
que celle de la nutrition, dont la reproduc-
tion partielle et la procr^tion ne sont, pour
ainsi dire, que des dérivations ou des modes
plus élevés. La force qui reproduit un être
organisé n'est pas plus mvstérieuse que celle
qui entretient sa vie. Elle détermine à elle
seule et dans le même but, les phénomènes
nutritifs et les phénomènes générateurs. La
force essentielle de Wolff (300) n'explique
rien de plus.
Faut-il, avec le même physio1og[iste (901),
regarder la fleur comme une feuille modi-
fiée, incomplète, dont \o, formation se rattache
au défaut de sucs qdi cessent d'afiluer à
l'extrémité terminale de la plante, et le pol-
len comme une substance nutritive portée
au plus haut point de perfection, arrivant
du dehors à la partie susceptible de végéter
et déterminant en elle le retour de la végé-
tation, de même que le sol dans lequel est
déposé un bourgeon détermine la végétation
de celui-ci ? Faut-il, toujours avec Wolff,
poursuivre l'analo^e et voir dans l'ovaire lo
point où la végétation s'arrête, une sorte de
bourgeon terminal dont le développement
j^SS) Tkearia gtneratiams^ p. 98 et suW.; flani*,
l'<4.
<â99) Précis d'auat. transcend, ; Paris, ISi2.
(nOO) Ouv, fi«., p. W.
<3Uit Oacv. nf., p. 55, 81, 155.
583
GEN
DICTIONNAIRE
GEN
m
a été suspendu, et qui n'attend que l'in-
fluence delà fécondation pour recommencer à
croître de nouveau, lorsque Télément mâle
y aura remis la nutrition en vigueur ?
Mais au lieu d'être des produits incom-
plets, les éléments reproducteurs paraissent
iHre au contraire des formations d'un ordre
{)lus élevé ; au lieu d'être le terme de la
végétation des individus sur lesqueh ils se
développent, ils sont plutôt le point de
ciépart d'une végétation nouvelle, plus ac-
tive, capables non-seulement de vivre, mais
de s'individualiser et de reproduire à eux
seuls un nouveau tout organisé et vivant.
C'est bien moins des dinérences que des
analogies qu'il faut voir entre le bourgeon
et la ifleur. Si le bourgeon suffit à la mono-
^énie, il n'en est pas de même de la repro-
duction des animaux qui ont des sexes ;
cliez ces derniers, le bourgeon pourrait re-
f)roduire l'individu, comme il arrive cbez
es végétaux, mais non pas l'espèce. La
fécondation a pour but la formation d'une
sorte de bourgeon commun, qui participe
des qualités du mftle et de la femelle ; car
le mâle et la femelle, par les éléments qu'ils
fournissent, prennent une part égale à sa
constitution.
La génération est donc une continuation,
un excès de la nutrition, mais en un sens dé-
terminé, c'est-à dire dirigé en vue de l'ac-
croissement de l'espèce et non plus de l'in-
dividu.
La puissance qu'ont les animaux de se
compléter, en reproduisant les organes qu'ils
ont perdus, marque l'intermédiaire entre la
faculté de conserver leur vie et celle de se
reproduire en totalité. La vie entretenue
dans rindividu par la nutrition semble se
continuer dans l'espèce par un dérivé ou
mode particulier de la nutrition elle-même.
En un mot, la reproduction est à l'espèce ce
que la nutrition est à l'individu (302).
Tandis que cet excès de niltrition en un
sens déterminé, dont le but est la rénova-
tion de l'individu, peut s'opérer sur la plus
grande partie de la surface du corps, chez
les êtres inférieurs, il se localise dans quel-
que point déterminé chez les animaux d'un
rang plus élevé et d'une organisation moins
imparfaite. Enfin chez les êtres supérieurs,
les éléments propres à assurer la continua-
tion de la vie de l'espèce, de concert avec
l'indépendance du germe, ne sont pas seu-
lement localisés, ils sont encore portés par
-deux individus distincts, sont doués proba-
blement dé propriétés différentes, et aeraan-
dent à être joints pour se compléter. Le but
principal de cette division du travail repro-
ducteur, dans la génération par le concours
des sexes, parait être, comme le fait remar-
quer J. Millier (303), d'élever le produit au-
(fessus des limites de l'individu, pour le
faire arriver à celles du genre et de 1 espèce.
GÉNÉhATlON SPONTANÉE. — La géné-
ration est la fonction par laquelle les êtres
(502) Lallemand, Ann, des se. nat., t. XV, p. 307,
a* série.
vivants se reproduisent. C'est par elle que
les animaux créés se perpétuent et que leurs
espèces se conservent.
Cette fonction s'accomplit, dans l'espèce
humaine , à l'aide d'une série d'actes dans
lesquels les deux sexes interviennent. CVst
de là même manière , c'est-à-dire à Taide
de deux sexes, que se reproduisent un grand
nombre d'animaur, soit que leurs sexes res-
tent séparés et distincts c^mme chez riionimn
soit qu'ils se trouvent réunis chez un seul
individu, lequel peut alors rerapUr à lafoiî
le rôle du mâle et celui de la femelle.
Mais, chez plusieurs autres êtres, dont l'or-
ganisation est moins parfaite, il n'y a pas de
sexes. L'individu unique , qui dans ce cas
constitue l'espèce, peut se reproduire par
des œufs ou aes spores , susceptibles de se
développer d'eux-mêmes ; par des gemnit^
ou bourgeons, qui se développent en pirtie
avant de se détacher de la mère ; ou iuke
par la scission d'une partie du tout, plus du
moins considérable, et qui se complète pen-
dant ou après l'acte de sa séparation. Ces
trois modes coexistent chez certains êlre>
inférieurs, et même, à ce qu'il paraît, ^
rencontrent quelquefois chez des animaoi
dont les sexes sont distincts.
On a admis enfin, mais sans preuves suffi-
santes, que plusieurs animaux, surtout le>
plus inférieurs, peuvent se créer de toa(e<
pièces. On a cru que l'assemblage d'aloœp>
inorganiques, ou de particules promani
d'êtres organisés, morts ou vivants, poutail
donner naissance à des animaux variabl(^
de forme et de structure suivant les circoih
stances ; ne provenant pas, comme lesaulreN
de parents semblables à eux ; susceptibles
en un mot, de se former spontanément par-
tout où se trouveraient réunies des comli-
tîons favorables à leur développement.
11 convient d'examiner d'abord ce
faut penser de cette hvpothèse, et corameDt
il faut interpréter les faits et les expériencti
qu'on a invoqués en sa faveur.
La question des générations spontanées ou
de l'hétérogénie, la question la plus vasle lîe
rhistoire naturelle, et les conséquences f*
doit amener sa solution, ne vont à rien iDu:r.>
qu'à intéresser les doctrines les plus élevé*»
de l'ordre social. 11 ne faut point se le é"
simuler, l'homme de la société, quoi qu'ffl
ait dit le philosophe de Genève, est toujours
l'homme de la nature, et quand vous agitai
une grande question naturelle, vous devi
rencontrer nécessairement la société. Or
voici où nous mène l'admission, d'ailleii^^
incompréhensible, des générations sponta-
nées. S'il peut exister des êtres sans parents
qu'est-il besoin de rechercher s'il y a jama'^
eu un premier père? Et cette question étani
omise, il n'est plus nécessaire de reconnat|rt'
qu'il y a eu une création ; il suffit de rroirt
que tout est dans tout ; que « l'univers, I'cb-
semble des choses, la somme des phéno-
mènes, est la réalité phénoménalisée ; entin.
(303) Manuel de phystoL, t. H, p. 658, traJ. ^^
Jourdan.
5S3
GKN
D'AMTIIROIHMjOCIE.
GE5I
5S6
que la réalilé agissante, Texislenee absolue,
la force infinie, la Téritable cause de Tuni-
fers, ce qu*on a appelé naiura naiurans^
l'âme du monde, est Diea. » (Bi:bdach, Traité
de physiologie 9 t. I, P- 2.) D*où il fiiudraiC
niDirlure que le panthéisme est la plus ra-
tionnelle de toutes les doctrines relatiTes à
la constitution et à la conservation de Tu-
uirers.
On doit entendre par génération spontanée^
ou par les expressions équivalentes de gé-
nération primUitty nrinUgène^ originaire^ di-
recte, équivoque^ é^kétérogénie (Bùrdach), de
êponiéparité (Dugës), « tonte production
d'èlre vivant, dit Bûrdach (30i), qui, ne se
rattachant ni pour la substance, ni pour Toc-
f8>ion, à des individus de la même espèce,
a pour point de départ des corps d'une autre
espèce et dépend a un concours d*autres cir-
e«instances. C'est la manifestation d*un être
nouveau et dénué de parents, par conséquent
une génération primordiale, une création.
Noos la reconnaissons, ajoute le même phj-
sioIOfpste, partout où nous voyons paraître
un corps organisé, sans apercevoir un autre
eotpê ae même esfièce dont il puisse procé-
der, ou découvrir dans celui-ci aucune partie
apte h opérer la propagation. •
Aujourd'hui, d'aprâ les expériences que
nous citerons plus tard, il semble absurde
de soutenir que de la matière inorganigue
|itiisse naître spontanément un être organisé,
(t renouveler ainsi la fameuse byfiolhèse
des atomes d*Epicure. Aussi, la plupart des
partisans actuels de la génération spontanée
pensent-ils que c'est seulement de la matière
ori^nisée que peuvent nattre de nouveaux
animaux, soit qu'ils se créent dans des corps
oi^nisés morts et en décomposition, soit
<pi ils prennent naissance dans Tintérieur
des eo^ vivants. Le plus grand nombre
borne même à ce dernier cas la possibilité
4e la ^nération spontanée ; car, pour les
infusoires, la question paraît plus avancée
que pour les entozoaires, chez la plupart
desquels, d'ailleurs, on a pu aussi saisir un
antre mode de génération. Mais, avant d'en-
trer dans l'examen de ces faits, il est bon de
Îirésenter un tableau des vicissitudes par
rsquelles a passé cette suppositîoh, et de la
carrière qu'elle a fournie dans la science ,
avant d'arriver jusqu'à nous.
fjoin d'être nouvelle, la doctrine des gé-
nérations spontanées remonte à la plus
haute antiquité; on peut même dire qu elle
fut nne erreur ^néralement répandue chez
les anciens. Epicure, on le sait , prétendait
que la terre avait tout produit. Aristote (305)
n'allait pas si loin, mais il disait encore
qoe « tout corps sec qui devient humide,
e€ tout corps humide qui se sèche, proiSuit
des animaux, jiourvu qu'il soit susceptible
«le les nourrir. > Ainsi , il faisait prove-
nir plusieurs poissons du limon ou du sa-
ble (906) ; les chenilles, ces petits vers qui
se transforment en animaux volants, des f
feuilles vertes , et notamment des feuilles
de chou (307) ; les poux , de la chair (306) ; les
puces, de la fermentation des ordures (309) ;
les vers, de la chair corrompue et du fro-
mage, etc. En un mot, tous les animaux
dont la génération lui était inconnue , il les
faisait naître des endroits où on les trouve. 11
attribuait la puissance formatrice h la cha-
leur, à l'air, k l'humidité, jouant le même
rôle aue les humeurs et la chaleur animale
dans fa génération par sexes. Avant lui , et
même longtemps après, on attribuait encore
à la terre la formation des serpents, des
rats, des taupes ; à la boue des étangs, celle
des grenouilles et des anguilles ; k la car-
casse d'un bceuf ou d'un autre animal , celle
des abeilles ; aux fruits véreux, aux bois,
aux viandes pourries, celle des vers, des
mouches et de divers insectes. Cette idée
de la création journalière d^êtres vivants
venus de la corruption , née à l'origine
même de la philosophie, est souvent expri-
mée par les anciens et se trouve reproduite
dans un grand nomt^-e de leurs ouvrages.
Hais, comme il sera facile de le démon-
trer, à mesure qu'on a approfondi la ques^
tion, on a vu la plupart des cas présumés
de génération spontanée s'expliquer l'un
après 1 autre d'une manière plus naturelle,
et rentrer successivement dans la règle
commune.
C'est seulement an xvn* siècle que des
idées vraies sur ces générations douteuses
commencèrent à se substituer aux erreurs
des anciens. Un si grand progrès fut dû à la
fameuse Académie dei Ctmtnto^ oui ne dura
que neuf années, mais se rendit immor-
telle.
Redi, l'un des illustres membres de cette
académie, démontra, â l'aide de nombreuses
expériences sur la génération des insectes,
que les vers ne naissent pas spontanément
des chairs putréOées. KjiaX recouvert d'une
gize des viandes en voie de putréfaction,
edi remarqua qu'il ne s'y développait plus
de vers, mais il vit les mouches, attirées par
l'odeur, venir voltiger autour d'elles et
pondre leurs œufs sur la gaze même, dans
les points les plus rapproâiés de la chair
qu'elles ne pouvaient atteindre. Le mérite
(le ces expériences nous échappe aujourd'hui,
parce que nous ne concevons pas que la
corruption puisse engendrer un animal par-
fait comme un insecte ; mais leur impor-
tance était grande, il y a deux siècles. L'ex-
périence que Redi avait faite sur la viande,
en la mettant dans des vases clos ou la re-
couvrant de gazes très-fines, il la répéta avec
un pareil succès pour le fromage et |>our
{plusieurs antres matières qui donnaient
ieu à la contesiation, et dès lors il fut évi-
dent, pour tous les bons esprits, que c'é-
f^l) TréUé de phgsiolôme, traduction de loor-
«5aii, ft. I'',p. S.
(305) Mattfire de» mtàmutux , Irad. de Camus,
u 1*^*, «1. 515; Paris, 1785.
ricno!^^. nWxTBBOPJLOGie.
(306) Orne, ctf., p. 363.
(307) Oot. fil., p. «87.
(308) Ont. cif., p. 311.
(3«M>) OuT. cit., p. roa.
id
587
GEN
DICTIONNAIRE
4*EN
m
talent les insectes et non les m&tîères cor-
rooipnes qui produisaient les vers.
Telle était la conclusion de cet observa^
teur (310) : car il dit que « les vers qui nais-
sent dans les chairs y sont produits par les
mouches et non par ces chairs mêmes. »
Redi (311) fut aussi le premier à démon-
trer que, chez les entozoaires eui-mèmes,
0U9 comme il les appelle « chez les animaux
qui vivent dans d'autres animaui, on trouve,
comme pour tous les autres, des mâles,
des femelles et des œufs ; qu'en un mot,
chez eui, la génération ne s'effectue pas
d'une manière différente de celle qu'on ob-
serve communément.
Cependant Redi, tout en dévoilant et dé-
truisant de nombreuses erreurs, en commet
lui-même quelques autres : il semble ad-
mettre, par exemple, mais à regret , que les
animaux des çalles d'arbres pourraient bien
venir par génération spontanée.
Valisnieri (312) continua Redi , en décou-
vrant la génération par sexes chez plusieurs
autres insectes, notamment les cestres : de
1)lus, il fit pour les entophy tes, c'est-à-dire les
arves vivant au sein des végétaux , ce que
Redi avait fait pour les entozoaires.
Mais c'est Swammerdam (313) qui nous a
révélé le plus de merveilles sur la généra-
tion des insectes : après avoir si bien observé
et décrit leurs métamorphoses, on conçoit
qu'il ne pouvait pas admettre leur formation
spontanée.
Plus tard, Réaumur popularisa les belles
découvertes de Redi, Valisnieri, Swammer-
dam. « Pour ce qui est notamment des fruits
véreux, il y a deux cents ans, dit Réau-
mar (314), gu'on n'avait point surpris dans
leur opération ces mouches qui déposent
leurs œufs dans les fruits; et quand on
voyait un ver dans une pomme, c'était la
corruption qui l'avait engendré. Maintenant
il est bien prouvé au contraire, que le ver
est la cause de la corruption du fruit. »
Qn verra bientôt que vers la même épo-
que, où Redi, Swammerdam et Valisnieri
portaient les premiers coups à l'hypothèse
des générations spontanées, Harvey con-
cluait, de ses nombreuses observations, son
axiome, devenu si fameux depuis : Omne vt-
vum ex avo. Cependant, par ces paroles,
Harvey n'entendait pas dire autre chose
sinon que les mammifères viennent d'un
(Buf, comme les oiseaux. C'était, sans doute,
un très-l>eau résultat de ses recherches d'é-
tablir que les vivipares étaient au fond
ovipares. Mais Harvey ne connaissait pas la
génération des animaux inférieurs, notam-
ment colle des insectes : or, c'était surtout
(510) htperienu inlortio ailn generazione degrin-
ftetl'u l(»68, iRiJ. de la Cotlcction académique, l. iV,
|i. iâO.
(511) Ouervaiîoni hilonw ali animali viventi che
$i Irovauo neflli animali rivetiti, 1081.
(5 ta) Diaïogi fra Malpighi e Vlinio inlonm la
furiona oriqinc di molli insctti; ViMiise, 170U.
(515) lilhlia nalurœ , $eH Imloria inseclomm;
irad. franc.; <lans CoUecL acad, , loin. V, pari,
etrang.
et presque exclusivement pour ces animaux
qu existait l'erreur des générations équivo-
ques ; c'était là qu'il fallait la combattre, et
Redi, le premier, avait entrepris celle tâche
avec bonlieur.
La production, quelquefois si prodigieuse,
des poux sur le corps de l'homme et divers
autres animaux, était, pour ainsi dire, le
dernier retranchement derrière lequel se
fussent réfugiés les partisans de la généra-
tion primitive. Aujourd'hui on sait trop
qu'elle ne sort pas de la règle commune,
pour que les fauteurs de l'hétérogénie puis-
sent admettre ce mode de reproduction chez
ces animaux et chez les espèces qui $*eD
rapprochent. « Les acariens, dit Du^es (31ô|,
ciu'on trouve quelquefois en parasites chez
1 homme, dans la gale {sarcoptes)^ po'iTant
passer d'un individu à un autre et se mul-
tipliant avec rapidité, comme le prourent
ceux qui fourmillent sur les oiseaux el les
insectes ^dermanysses et gamoiei)^ ne peureot
être attribués à une génération spontanée,
plus rationnellement que les insectes para
sites , les poux de la tète ou du pubis, qui
certainement ne s'engendrent pas d'eui-
' mêmes, mais dont la propagation est singu-
lièrement favorisée par la malpropreté et
l'incurie. »
Après les travaux du xvii* siècle, dont
nous avons parlé, il semblait qu'on ne pou-
vait plus admettre de création fortuite. Mais
l'esprit humain est comme fatalement entraî-
né a se répéter lui-même, et les erreurs
reparaissent avec le temps comme les véri-
tés; aussi, quand cette vieille hypothèse
des générations spontanées paraissait crouler
de toutes parts, une magnifique découverte
vint lui prêter un nouvel appui. Avecle mi-
croscope , Leuweuhoek (316) découvrait en
1675 les animaux invisibles k l'œil nu, e^
pour cela nommés microscopiquesn dans les
eaux pluviales et dans d'autres liquides.
Plus tard, Needham (3l7j montrait que, si i^
(mlréfaction ne produit pas d'insectes, elle
ait du moins naître, dans toutes les infu-
sions renfermant des matières en décompo-
sition , de petits animalcules jusqu alor<
inconnus, mais qui furent aussitôt IW^
de mille recherches, et que Wrisberg (318'
désigna pour la première fois, en 1765, sous
le nom ainfusoires.
Si Ton verse, en effet, de l'eau sur des
substances animales ou végétales, et si l'ou
expose le tout à une douce température el ^
l'influence de l'air et de la lumière, on roii
apparaître, peu de temps après* au mili<^
de la décomposition et de la dissolution de
ces matières organiques, des végétaux très-
(51 4T Lettres à uu Américain^ lettre 6, p V*-
(515) Traité de physiologie comparée de thowmid
dci animaux; MoiilpoUier, 1859, t. IIY. p. iO<^
(51 G) Anatomia et compilatio nommiloium «'/«'•'
invisibilinm, etc.: I^yde, 4685, el Optra <w««i«i,»*
arcana naturœ; Lcydo, lîiâ.
(517) An acconnt of soiHC uei» tnic oscopicitl ^i^'
vertes; Loniton, 1745.
(518) De anima/ruUs infusorih sainra okie:f'*>i^'
num; GœUin^Mie. 1765.
&S9
GBN
D^ANTHROPOLOGIE.
GEN
660
simples, tels que des moisissores, ou de très-
petiu toimaai, d*uDe simplicité organique
ipparente, visibles seulement au microscope,
quelquefois même à un très-fort grossisse-
ment, ce qui D*empèche pas que l'organisa-
tion de plusieurs d'entre eux ne soit fort
compliquée. C'est à ces êtres nouveaux
qu'est resté le nom d'infusoires, qui exprime
k principale condition de leur existence.
Leur apparition ne* semblant précédée de
celle d'aucun être semblable à eux, ni même
d'aucun être jouissant d*une vie quelconque»
on suppose qu'ils se forment de toutes piè-
ces,! mde de Teau» de l'air et des matières
en iafasion, c'est-à-dire qu'ils naissent par
une génération spontanée; erreur que Buf-
fon devait soutenir plus tard de toute la
gloire de son nom et de tout le prestige de
son st^le.
L'existence de ces infusoires , l'obscurité
de leur origine et de celle de auelques ento-
toaires, sont les seuls motifs qui fassent
admettre atqourd'hui encore la génération
spontanée par des autorités scientifiques,
dont le nom demande qu'on ne la rejette pas
sans la soumettre à un examen sérieux.
Ainsi, elle est professée par plusieurs natu-
ralistes, Bûrmeister (3i9j entre autres, pour
Tacarus de la gale, les poux, etc. Burdach
ne Tadmet, d'une manière absolue, aue pour
les iufusoires; comme si, parce quils sont
simples, ils n'en étaient pas moins des ani-
maux, et comme si la génération spontanée
n'était pas tout aussi difficile à comprendre
i leur égard qu*à l'égard de tous les êtres.
Source oui est des autres animaux, tantôt
Bùrdach (3S0) va jusqu'à croire que certains
poissons, qu on trouve dans des étangs sur
des montap^nes, peuvent y naître spontané-
ment; tantôt il refuse d admettre, malgré
l'analogie des deux ordres de faits, la géné-
ration spontanée des crapauds qu'on a trouvés
dans des arbres ou dans des murailles. Com-
ment admettre l'hétérogénie des uns, quand
on rejette celle des autres ? Dugès ( 321 )
HDyait à la s()ontéparité, et il faisait même
jouer à Télectricité, dans ce mode de géné-
ration, un rôle qu*il n*est pas besoin de réfu-
h;r aujourd'hui. « L'électricité moléculaire
»u (le contact, dit-il, qui préside aux cristal-
fisations minérales, qui de même asitc évi-
demment les matières organiques en fermcn-
laiioD, ne peut-elle être considérée comme
constituant Tageut vital de certains agrégats
nouvellement u>rmés, vivifiant ainsi ces aiii-
>«iaiix sans système nerveux que Laman:k
'Kimroait apathiques ?Lamarck admettait que
^f sont les impondérables généraux (|iii
tiennent lieu d*a^ent vital à ces animaux et
e^ orf^anisent. Otton-Frédéric Mijiler (322)
iHarc que les infusoires se forment ex
»«/eru/fi bruiiê et quoad $en$um nottrum
'««rjyfliucif.
U. i;érard « auteur de Tarticle Ginémlion
spontanée dans le Diciionnaire universel
i^\% lUn^hnek derenlomoiogie; BcHin, 1795.
«V»)) TfÊké ée fh^êMoffk, I. !•% p. 4.i.
(•>^t) trtM ée pti^iglôgie cûmpnrée de rhùàiiwe
d^hisioire naturelle ^ publié sous la direction
de M. Ch. d'Orbigny (1852), a cru devoir
soutenir la thèse des générations sponta-
nées. Il Ta présentée avec Tappareil d'une
érudition qui peut paraître spécieuse aux
esprits superficiels. Sans doute si Tauteur
avait eu de meilleurs arguments , il les au-
rait fait valoir. Nous devons donc regarder
son travail comme réunissant toutes les res-
sources des partisans de cette tbéorie du
panthéisme matérialiste. En faisant voir ce
qu*il y a de hasardé, de téméraire, de faux,
dans toute cette argumentation de M. Gé-
rard, nous aurons donc renversé ce triste
système.
« Quand un naturaliste , dit M. Gérard ,
jette dans la science une proposition neuve,
liardie, en apparence oaradoxale, on s'étonne
de son audace, et s'il est seul on le honnit;
mais en a-t-il plus tort pour cela ? Galilée
ne deroanda-t-il pas pardon à genoux d'avoir
dit que la terre tourne? Lamarck n'encou-
rut-il pas l'animadversion des systématistes
Êour avoir osé être philosophe jusqu'au bout?
t sa défense , éloquemment prise par un
naturaliste philosophe, M. Isidore Geoffroy,
l'a-t-elle lavé du reproche d'être un rêveur?
Goethe ne se plaignit-il pas d'être seul in-
compris quand il révélasses travaux admi-
rables sur la structure vertébrale de la tête.
Et Geoffroy Saint-Hilaire ne lutta-t-il pas
toute sa vie et n'a-t-il pas léeué à ses suc-
cesseurs des combats plus rudes encore pour
avoir vu au sein de la nature organique
autre chose que ce qu'y a voulu trouver
l'école timorée ?
« Or, parmi les questions controversées,
celle de la génération spontanée est une des
plus vivement attaquées. Il y a vingt ans
qu'elle est délaissée et représentée comme
une théorie dénuée de sens, enfantée par
des cerveaux en démence. On s'étonna mémo
qu'elle trouvât place dans ce Dictionnaire ;
mais son omission dans un ouvrasc qui doit
compter parmi les œuvres do philosophie
naturelle eût été une lacune impardonnable.
Seul au milieu des opposants, je n'eusse pas
reculédevanl unelâclie ardue, mais d'autant
{>lus importante qu'elle est la pierre angu-
aire de la philosophie naturelle; je me sen-
tais assez de courage pour le faire, sûr de
trouver le chemin de l'esprit de quelques
penseurs; mais, loin d'être seul, j ai pour
caution les hommes les plus éminents de la
science parmi les anciens et les modernes, ei
je puis m'appuyersur leur autorité. Buffon,
Guéneau deMontbéliard, Needham, Priest-
lov, Ingenhouss, Gleicen, Stenon, Baker,
Wisberg, Fray, Werner, Pallas,0.-F. Mul-
ler, Braun, Rudolphi, Bremser, Gœze ,
Crosse, Tiédemann, Treviranus, Ikiuer,
J. Mùller, Burdach, Caros, Okcn, Eschricht,
Ungher, Allon-Thomson, De Lamétherie ,
Cabanis, Lavoisier, Lamarck, Saint-Amans,
furpin. Desmoulins, Bory de Saint-Vin-
fi tffei animaux ; Monlpdlier, 1830, tome IH, page i^K
(5ii) Fan i , Àmmaèinm inlusoriamm SHccincia
kiêioria; CopmliagHC et l..ci|isi€k, 1773.
591
GEN
mCTlONNAlRE
GEII
m
ccnl, Dumas, Duj5ès,Eud. Deslongcliamps,
Dujardin , etc. , ont nettement formulé dans
leurs écrits leur croyance k la génération
spontanée. Cette croyance, mêlée jadis à
d^ graves erreurs, à des préjugés ridicules,
a été celle des philosophes anciens qui
avaient déjà dit : Corruplio unius tit gen&-
ratio allerius ; elle n*est donc arrivée jus-
qu'à nous qu'après d'importantes rectifica-
tions ; mais elle' n'en est devenue que plus
positive.
« Pour procéder méthodiquement dans
Télucidation d'une question cfe c^lle impor-
tance, je citerai certains passades des écrits
de quelques-uns des naturalistes que j'ai
mentionnés ci -dessus, afin 'de prouver que
cette théorie si controversée est la pensée
d'une école qui se reproduit identique à
travers le temps. Buffoii, non pas le natu-
raliste poète, mais le philosophe, a dit
(t. IV, p. 335, Suppléments) : « Il y a peut-
a être autant d*ètres, soit vivants, soit végé-
« tants, qui se reproduisent par l'assemblage
« fortuit des molécules organiques, qu'il y a
« d'animaux ou de végétaux qui peuvent se
« reproduire par une succession constante de
« générations (p. 337) ; plus on observera la
« nature, plus on reconnaîtra qu'il se produit
a en petit beaucoup plus d'êtres de cette façon
« ( la génération spontanée) que de toute au-
it tre. On s'assurera même que cette manière
«I de génération est non-seulement la plus
* fréquente et la plus générale, mais la plus
« ancienne, c'est-a-dire la première et la j)lus
^ universelle. » Son idée fondamentale; par-
tagée par récole allemande, et qui mérite
un mûr examen, bien que je ne la croie pas
exacte, est (Hist. nat.^ 1. 11, p. k20) a qu'il
« existe une matière organique animée, uni-
« versellement répandue dans toutcsies subs-
« lances animales ou végétales, qui sert
« également à leur nutrition, à leur déve!o)H
« pemont et à leur reproduction. »
« L'opinion de Buffon sur les molécules
organiques vivantes fut soutenue par Filippo
Pirri, dans son livre sur la Riproduzione de'
eorpi arganizati: et sur l'approbation de
Franeesoo Mira^ l'ouvrage fut jugé digne de
VJmprimatur^ con licenza de' Superiori.
« O.-F Millier dit que les animalcules in-
fusoires se forment ex molecutis brutU et
quoad seneum nostrum inorganiciê.
« Lamarck, avec qui je m'estime heureux
d'avoir une étroite communauté de pensée,
liicn qu*à notre époque, d) jeunes natura-
listes, cfui ne l'ont jamais lu, le traitent de
songe-creux, dit, dans son admirable PhUo*-
Sophie xoologique^ p. SO: « La nature, à
« raido de la clialeur, de la lumière, de Télcc-
« tricité et de l'humidité, forme des généra-
« tious spontanées ou directes à Textrémiié
** de chaque règne des corps vivants, où se
« trouvent les |)Ius simples de ces corps. »
« TreviraiHis (Biûlogie^ t. II, p. w7 et
M)8) s*eiprime ^ ainsi sur ce sujet : la ma-
tière animale « dépourvue de forme par
« elle-même, mais apte néanmoins à prendre
« celle de la vie, conserve une forme détcr-
« minée sous IHnfitien^e de cauaes extérieu-
« res, n y persiste qu'en tant que ces causer
« continuent d'agir, et elle en prend d'autres
« dès que de nouvelles causes inUoeatsur
^ elle. »
c Tiedemann {Physiol. de tkommtj 1. 1»,
p. i07) adopte d'une manière formelle Vei-
plication de Treviranus; il dit (p. 100):
Les êtres organisés sont produits par leurs
semblables ou doivent naissante à la ma-
tière des corps organisés en état de décom-
position (p. IM). Lia puissance plastique de
la matière ne s'éteint pas après la mort;
elle conserve la faculté de revêHr une nou-
velle forme et de se montrer apte à jouir de
la vie. La mort ne porte lioncque sur les in-
dividus organiques, tandis que iesBUitières
organiques entrant dans la compositiou d(*
ces êtres continuent à pouvoir prandrefor-
me et recevoir vie (p. ISâ). Les matièresor-
ganiques qiii se séparent de leur organi-
sation (les individus frappés de mon) con-
servent^ lorsqu'elles ne sont pas ramenées
à leurs éléments ou converties en eorafio-
ses binaires, par l'action des affinités càimf-
ques, la propriété de reparaître, avec k
concours «t'influences extérieures favora-
bles de la chaleur» de l'ean, de l'air ci dc^
la lumière, sous des formes aniraéles on
végétales plus simples, qui varient toute-
ibis en raison des influences j à raciion
desquelles elles se trouvent soumise». *
« Cabanis (Rapports du morale édition de
18i3, p. i^Sl), lui qui avait si loin porté le
doute philosophique et qui n'eut d'autre
malheur que d'ap|)artenir à deux sièclrs
différents par leurs théories et leurs lu-
mières, s'exprimait ainsi dans son Mémoire
sur lame animale ? a II faut nécessairemeid
« avouer que, moyennant certaines comli-
tf tions, la matière inanimée est cai^ablc de
« s'organiser, de vivre, de sentir. ]>
« M. Eud. Deslongcham|)s dit, dans m
article sur les vers intestinaux (Sntyclopf'
die fnéthod; Zooph.i t. II, p. 773),ai»n'S
avoir com.battu les hypothèses sur la trans-
mission des intestinaux des parents aat
enfants dans l'acte de la génération, et ceiic
du passage des œufs à travers les tissus :
« Aucune de ces hyjiotlièses ne peut donc
« rendre raison de l origine et de la cont-
0 munication des vers intestinaux, li eu M
« une dernière admise presque générale-
« ment en Allemagne, ordinairement sou-
ci tenue par notre savant collatjomteur,
(I M. Bor;^ de Saint-Yincent, et parqueltjue^
ff naturanstes des autres régions de rfio-
« ropo : je veu« parler de la «généiaiio»
n si)ontanéc ou primitive, à laquelle on e^t
^ pour ainsi dire amené, par rexclosion w-
« cessairc des autres. Celte question, Tufif
« des pVus hautes et des plus ardues de ^
a physiologie transcendante, ne se rapport<|
«pas seulement aux entozoaires, ehaîs ^
« plusieurs autres groupes des êtres or^a-
c nisés )>
« M. Bory de Saint-Vincent (art. Ptych^'^
diflires do \ Encyclopédie méth^ Zaopk., t* H*
p. 661), dit : <( Il est bien dâflDoniré maiote-
« îiant qu'il existe des eréalores vcgéiao'f*
&93
GEN
D ANTHROPOLOGIE.
GEN
S8i
cl !Dème (rès^viTautes, qoi peurent naître
sponi^némeftit sans cBuis ni germes, sauf à
diSf aralfire son» se reproduire ou bien à
se reproduire par division. »
4 Carus (^Im^. comparée^ L lU, p. 13)
exprime ainsi sur cette matière: « i* Toute
naissance, toute génération esU quant à
son essence, la production d'une chose
déterminée par une chose non déterminée,
mais déterminable... 2* Le déploiement
spontané d'un être déterminé qui naît
d'un être indéterminé est la ligne primor-
diale et en même temps le symbole de
lavie.
« Bûrdadi (^Traiié de physiol , t. I«% p. 8)
formule ainsi sa pensée. « On api^elle kété^
- rùçénie toute production d*ètre Tirant qui,
ne se rattachant ni pour la substance, ni
pour Toocasion, à des indiridus de la même
espèce, a pour point de départ des corps
d'une autre espèce, et dépend d'im con-
cours d'autres circonstances ; c'est la ma-
nifestation d'un être couTeau dénué de
parents, par conséquent une génération
primordiale on une création. Nous le re-
connaissons partout où nous yojons pa-
raître un corps organisé, sans apercevoir
un autre corps de même espèce dont il
puisse procéder, ou décourrir dans celui*
ei aucune partie apte à opérer la propa-
gation« » Ces naturalistes appartiennent à
une école laborieuse, intelligente, mais qui
laisse trop à l'imagination. C'est ainsi
qu*Oken almet que tous les êtres oi^anisés
sont composés d'animalcules microscopi-
ques, et que Reichenbach regarde les gio«
Lûtes du sang comme des microscopiques
constituant la première famille du règne
animal.
« Ihigès IPkys. comp.^ t. m, p. 207 et 208)
dit, dans son chapitre de la Sponiépariie^
c*est le nom qu'il donne à la génération
spontanée : « Les objections qu'on oppose à
la spontéparité des êtres dont il a été
question plus haut (les infusoires, les en-
tozoaires et les psychodiaires de M. Bory
de Saint-Vincent), nous paraissent de peu
de valeur. 1' On la donne comme incom-
préhensible, et nous croyons avoir déjà
assez démontré qu'elle est, au contraire,
très-vraisemblable ; nous montrerons tout-
i-l*heure que c'est aux doctrines opposées
qu'il faut renvoyer le reproche d'être
inintelligibles. 2* On dit que la nature ne
lait rien en vain, et que beaucoup de ces
animaux spontépares ayant des sexes ,
d'autres se multipliant *par Scission ou
gemmation, il y aurait superfluité ; c'est
imposer à la nature des lois que l'expé-
rience démontre souvent enfreintes ; car
les v^étaux se reproduisent et par çraines
et par boutures, et nous verrons bientôt
qu il est des animaux à la fois sexipares
et gemmipares (polypes, etc.], et que cer-
tains autres, plus particulièrement sexi-
pares, peuvent aussi se multiplier par
scission. Les tsnias et les botriocéphales
de l*homme produisent une immense quan-
Uté d'<£u£$ et restent pourtant solitaires ;
il y a donc là superfluité. Mais si, du reste,
les arguments positifs en faveur de la
spontéparité ne sont pas bien démonstra-
tifs, nous allons voir qu*il n'en est ras de
même des négatifs, et qu'à début a'autre
voie, on y arrive nécessairement par ex-
clusion de toute autre théorie »
t M. Dugès était de Féœle de Geoffroy
Saint-Hilaire, l'école philosophique par ex-
cellence ; et il a certes formule sa pensée
avec une franchise digne d'éloges. 11 existe
une autre école, celle des zoologistes an-
glais, timorés dans leur philosophie, et
enchaînés par leur pensée protestante, qui
ne procèdent que méticuleusement dans leur
profession de foi. Pourtant, il faut l'avouer,
cette école est plus avancée que la plupart
des zoologistes français ; et, malgré ses ré-
ticences, on retrouye chez elle plus qu'un
doute, un aveu de sa croyance à la nécessité
d'admettre la spontanéité de la génération
des êtres primordiaux. Allen Thomson [CycL
of. anal., pag. hSi) dit, après avoir briève-
ment énoncé les laits qui militent en faveur
des générations spontanées : « Si cette doi--
trine n'avait ]ias été invoquée dans bien
des cas où elle était manifestement inex-
acte, elle eût été regardée comme moins
ridicule, et elle eût été plus appréciée
qu'elle ne l'a été. L'épithète de spontanée,
que nous avons conservée comme étant la
plus commune, est impropre à dénommer
tel ou tel procédé de la nature, et l'analo-
gie tirée de la plupart des plantes et des
animaux milite contre la probabilité de cette
hypothèse ; mais il faut bien se pénétrer
de cette vérité : c'est que les corps orga-
nis 's dans lesquels on a cru reconnaître
la génération spontanée diffèrent, par leur
structure et leurs fonctions, de ceux qui se
reproduisent par les moyens d'œuis, et
nous ne sommes autorisés à rejeter l'hy-
pothèse de leur génération spontanée que
parce qu'elle est en discord avec le reste
du règne animal. Hanrey lui-même, qui
établit la proposition de Omne virum ex
ovOf parait avoir reconnu la nécessité
d'admettre quelaue différence entro la
forme la plus eroinaire de la génération
par le moyen d'un oeuf, et celle qu'il ap-
pelait le mode spontané. »
1 Un de nos naturalistes les plus distin-
gués, de nos observateurs les plus exacts,
H. Dujardin, dit formellement, dans son Ft«-
toire naturelle des helminihes, pas. 2M, « que
le /rirAma, qui se développe dans le tissu
musculaire , est un puissant argument en
faveur de la génération spontanée de cer-
tains helminthes (pag. M8) ; » et en par-
lant du distome émigrant, «que, comme on
trouve dans le foie des limaces un distoine
très-analogue qui s'y nroduU spontané^
ment, et qui n'a jamais d oignes génitaux,
je suis porté à croire que c'est une seule
et même espèce, spanianémeni produite
chez ces mollusques, etc. »
« Si maintenant nous interrogeons les
écrits des antagonistes de la génération spon-
tanée, nous Toyons qoe les nommes^ dtMil lu?
533
GLN
DICTIONNAIRE
GEN
m
expériences et l'autorilé sont rapportées par
ceui qui combattent cette théorie, peut-être
sur simple ouï-dire, ont été moins explicites
qu'on ne pense. Ainsi, Swammerdam, dont
le cerveau était à demi détraqué par les rè-
yeries extatiques de la Bourignon, mais
yaincu dans son obstination , a déclaré ces
faits inexplicables, ce qui en revient à un
doute nettement formulé. Quant à Redi, ob-
servateur attentif et sérieux, et surtout hom-
me de bonne foi, il dit (Colleci. acad., t. IV,
part, étr., p. W7) : « L'autre (opinion) , qui
« tkQ me parait pas incroyable, c'est que la
« même vertu qui produit lef fleurs et les
« fruits dans les plantes actuellement vivan-
« tes, y fait nattre aussi les vers qui se trou-
« vent renfermés dans ces fruits. » Il revient
sur la même idée à la page &V8, et dit, page
460, au sujet des eœnurus qui se trouvent
dans la tête des cerfs et des moutons : « Le
t môme principe actif et vivifiant qui produit
« ces petits animaux dans la tête des cerfs et
« des moutons, donne peut-être aussi nais-
« sance aux poux qui tourmentent les hom-
« mes, les quadrupèdes et les oiseaux ; mais
« je suis plus porté à croire avec Sperlin-
« gius que ces insectes naissent des œufs
« que déposent les femelles, etc. » Valisnieri,
son éîève, est plus intraitable; mais Tabbé
Spallanzani, toujours invoaué dans la réfu-
tation de cette question, s exprime encore
avec plus de naïveté queReoi; il déclare
ainsi son doute dans ses Opuscules physio-
logiques^ p* 230 : « Les infusoires tirent sans
« doute leur première origine de principes
« préorganisés; mais ces principes sont-ils
«f des œufs, des germes, ou d'autres sem-
« blables corpuscules? S'il faut offrir des
« faits pour répondre à cette auestion, j'a-
« voue ingénument que nous n avons sur ce
« sujet aucune certitude. »
« Depuis cette épogue, les adversaires de
la génération primitive ont toujours vécu
sur le témoignage des naturalistes dont je
cite textuellement des passages auxquels on
pourra recourir, et l'on voit qu'il y avait
chez eux Tincertitude la plus nettement for-
mulée. Pourtant on choisit au hasard dans
leurs écrits, comme on l'a fait pour Harvey,
un passage tronqué , et l'on s'en sert comme
d'une preuve. Si Ton veut bien étudier. la
pensée des panspermisles, on verra qu'il y
a accord presque complet entre eux et les
partisans de la génération spontanée. Harvey
appelait oBuf toute molécule organique ou
or^anisable; Spallanzani les appelait des
corpuscules preorganisés^ et Ton voit par ce
qui précède qu'il est loin de les considérer
comme des œufs ou des germes , puisqu'il
dit expressément : des œufs^ des germes^ ou
d'autres semblables corpuscules. Bonnet seul
défendit l'emboîtement des germes, et il ne
pouvait faire sur ce point aucune eoncessioQ*
sans détruire sa propre théorie.
« Je ne parlerai pas non plus longuement
des travaux de M. Ehrenberg. Ses observa-
tions sur les infusoires l'ont conduit à des
coiiséauences si extraordinaires qu'on est
tenté de les regarder comme un roman in-
génieux. Il a trop voulu prouver pcmr que
son témoignage p^i^se faire foi.
«r Ces prolégomènes étaient indispensables
dans une question de premier ordre ; car
M. Flourens dit, dans son Histoire deiiro-
vaux de Buffon , pag. 77 : « Au moment où
« fiuffon reproduisit les générations sponta*
« nées, elles étaient oubnées , et, selon tou-
te tes les apparences, pour toujours oubliées.i
Il ne discute pas la question, et se hornek
dire : <c que ce n'est pas ainsi que se font les
« vraies théories; que les vraies théories se
« font d'elles-mêmes. »
« Ainsi, toujours des négations» et pas d'a^
gumentation serrée. Quand bien même, il
est facile de reconnaître que cette question,
morte pour toujours , est, au contraire, plus
vivace que jamais, et qu'on ne peut, sans
fermer les yeux à l'évidence , se refuser à
voir aue, depuis Buffon, les naturalistes les
plus eminents y ont ajouté foi ; qu'aujour-
d'hui les hommes qui ont le plus reculé de*
vant les idées philosophiques des encyclo-
pédistes, les Anglais et les Allemands, ad*
mettent cette théorie. L'influence posthume
de Cuvier sur les opinions de quelques zoo-
logistes est ici de peu de poids ; ce grand
naturaliste ne représente jamais dans la
science qu'une unité , encore son opinion
est-elle vague. M. Laurillard s'exprime ainsi
dans l'Eloge de Cuvier sur les idées du maî-
tre, pag. 55 , note 12 : <t M. Cuvier, consi-
« dérant que tous les êtres organisés sont
« dérivés de parents , et ne Toyant dans la
« nature aucune force capable de produire
«l'organisation, croyait à la préexistence
« des germes, non pas à la préexistence d'un
« être tout formé, puisqu'il est bien évident
«r que ce n'est que par des développements
« successifs que l'être acquiert sà forme;
« mais, si l'on peut s'exprimer ainsi, à la
« préexistence du radical de Vétre , radical
« qui existe avant la série des évolutions,
« et qui remonte au moins certainement,
« suivant la belle observation de Bonnet, à
« plusieurs générations. »
« Il est clair que le radical de Vitre ^ les
corpuscules préorqanisés^ les molécules orgo-
niquesy etc., sont les différentes formes dune
même pensée qui pourrait se traduire par le
doute et l'incertitude. Cuvier n'était pas un
grand synthétiste , et il semblait lui repu-
Snerde s'élever dans les régions transcen-
antes ; aussi ses théories générales sont-
elles peu satisfaisantes. H. Laurillard {même
opuscule,.p. 17) dit qu'il découle de l'analo-
mie comparée de Cuvier que ses principales
idées physiologiques sont « que la vie est un
« tourbinon d'une certaine matière sons une
« forme déterminée ; que le principal ageol
« de cette vie est un fluide impondérable, ic
« fluide nerveux; que la sensation et larf-
« production des êtres sont des problèmes à
« jamais incompréhensibles pour notre «-
« prit , etc. » Cette dernière partie de 1«
phrase indique bien certainement un doutât
et un doute accablant. Que Cuvier ait m» •
la préexistence des germes, j'en doute; quil
ail répugné à ses idées ou à ses convenance*
597
GEN
D^ANTttROPOLOGIE.
GEN
993
d*8<liDeUre la généraiiim $pantanée^ je le
crois ; mais le fait est qu*il doutait.
« On a combattu avec raison les idées an-
cieones sur la génération primitive des êtres
dont la transmission par la génération
s«iuelle est de toute éTidence ; et Redi rec-
tifia avec succès les erreurs de son temps,
liais il faut remonter plus haut, et Yoir
l'humanité à son enfance créant des théories
pour eipUquer les faits qu*elle ne pouvait
comprendre. L'opinion répandue cnez les
philosophes anciens est que , dans les pre-
miers jonrsdu monde, la terre, encore vierge,
mais regorgeant de germes , enfantait sans
ordre et sans loi une foule d'êtres mons-
trueui, présentant Tassemblage des formes
les plus étranges, et ce ne fut que quaifd
elle eut perdu de cette exubérance de vie
que des êtres ré^liers dans leurs, formes se
produisirent. Avouons toutefois que ces
nommes à imagination puissante devançaient
les découvertes à venir, et ne péchaient que
par une formule trop générale. Démocrite
dit que l'homme n'était d'abord qu'un petit
▼er, qui, par un développement lent et pres-
que insensible, prenait la forme humaine.
Trois raille ans plus tard, E.'F. Geoffroy
formulait le même principe dans une thèse
inaugurale, qui eut un immense succès.
11 proposa cette question : An a vermibusho-
wtinum ortui , interitus. Puis, environ un
siècle après, l'école philosophique française,
dont Geoffroy-Saint-Hilaire est le chef, et
qui s*est en même temps développée paral-
lèlement en Allemagne, en faisait , sous une
forme mieux définie, un des grands princi-
pes du développement des êtres.
« liais à ces idées générales, réelles au
fond, se mêlèrent des idées erronées, dont
le temps et l'observation ont fait justice :
ainsi, noua ne croyons plus avec Aristote,
Elîen, etc., que les choux produisent des
chenilles ; que les anguilles naissent de la
^àse putréfiée, non plus que les abeilles
sont le produit de la putréfaction de la chair
du taureau et du lion; que les scarabées
naissent d'un âne mort, les guêpes de la
chair de crocodile ; puis avec Sachis que les
scorpions viennent de la décomposition de
Ja lan^iuste, opinion qui s'est perpétnéee
îusqu au commencement du xviu' siècle ; avec
le P. Kirker, que la chair de serpent pulvé-
risée et semée en terre produit des serpents,
et qu'on se procure des vers à soie en tuant
un taureau nourri pendant vingt jours avec
des feuilles de mûner; que la macreuse naît
du bois pourri ; et avec Buffon, que les lom-
brics croissent spontanément. Ces idées, en
core assez répandues au temps où Buffon
écrivait, pour qu'on insérât dans \es Bulletins
de r Académie une réfutation de Lister sur la
non-réalité de la conversion des crins de
cheval en vers, étaient le résultat de préju-
gés antérieurs, et découlaient de l'absence
' d'observations.
« Il s'i^t de faire la part du doute, et de
nj pas se laisser dominer par des théories
faites et imposées par la force de l'habitude.
Les générations pnmitives sont un fait qui
n*étonne nullement l'esprit pour qui croit à
la puissance plastique de la terre , à la force
d'évolution qui a, suivant les temps et les
circonstances, présidé à la genesis des formes
organiques de tous les degrés, et qui, en
dehors de toute hypothèse géologique, admet
que, brûlante et en fusion, comme le veu-
lent les théories géologiques actuelles, et
dont une charmante fi^re se trouve dans
le vieux Suédois Hickesius, ou bien en état
de liquéfaction aqueuse, comme le soute-
naient les neptunistes du siècle dernier,' qui
ont eu raison à leur époque, elle a d'abord
été dénuée d'êtres organisés, qui ont jailli
à sa surface dans un ordre conforme à sa
force plastique, sans qu'il y ait eu, comme
le prétendent les adversaires de cette idée,
génération fortuite ^ c'est-à-dire chaos, as-
semblage d'éléments organiques réunis au
hasard, s'agrézeant de même, et formant les
combinaisons les plus variées par l'effet de
leur, simple rencontre. Chaque organisme a
sa loi, et ses variations graritent entre cer-
taines limites, sans qu'il v ait pour cela fixité
étemelle ; bien loin de la, certaines formes
ne se produisent au'après que d'autres ont
disparu, et tout cela s'effectue par le fait de
la loi d'évolution, inexplicable en principe,
mais démontrée par les faits. On devrait éli-
miner de la question de génération celle dite
spontanée, qui n'est pas une génération,
mais une genesis^ puisque nous voyons des
animaux, dont l'ori^ne est due au mode de
développement primitif, être fissipares, gem-
mipares, oripares, ovovipares, et vivipares.
« La génération primitive forme donc une
question essentiellement distincte ; c'est le
procédé organisateur qui donne naissance
aux êtres les plus simples, sans pourtant
limiter leur mode de reproduction.
« Il'faut reconnaître que les lois qui pré-
sident à la rie des êtres primordiaux, ou
dus à la génération primitive, ne sont pas
absolument les mêmes que chez ceux d un
ordre plus élevé, et qui ont besoin pour le
soutien de leur existence d'une élaboration
particulière, au moyen d'appareils compli-
qués, des éléments de nutnbon, qu^ils doi-
vent animaûser avant leur assimilation. Les
mousses, les jongermannes, parmi les végé-
taux; parmi les animaux, les rotifères et les
tardigrades, peuvent subir un état complet
et souvent tres-i[>rolengé de dessication, et
revenir à la vie par la plus simple humecta-
tion. J'ai fait cette expérience plus d'une
fois chea les rotifères vulgaires. Quand Spal-
lanzani signala les propriétés si singulières
de ces infusoires, on contesta sa découverte ;
mais les observations de Schultze, conûrjnées
depuis par tous les micrographes,.ont démon-
tre l'exactitude de ce phénomène. Pourtant ,
si l'on observe attentivement ces êtres doués
d'une si persistante vitalité , on est étonné
de les trouver d'une organisation fort com-
pliquée ; et si l'on admet le mode de généra-
tion primitive pour les emydium et les macro^
biotui^ pourquoi ne pas l'admettre aussi
pour les acarus eilespediculus^ qui présen-
tent une structure peut-être moi us complexe ?
5?0
CES
niCTIONNAinE
6EN
630
Il en est de même des cryptogames : j*ai tout
r 'cemment rendu à son état de fraîcheur
primitive une jongermanne conserrée dans
un herbier depuis plus d*une année, et dont
je pus étudier la âoraison. Des miscrosco-
piques ensevelis depuis des millier&d*années
dans les profondeurs du sol, et ramenés tout
à coup à la lumière, y reprennent vie,
comme s'ils ne fussent engourdis que de la
veille.
u Rudolphi rappela à la vie, par immersion
dans Tean tiède, des ascarides trouvés par
lui dans le canal digestif de cormorans
ciu'il conservait depuis plusieurs jours dans
) eau- de- vie. Les rhabaitis renaissent après
avoir été soumis à une dessiccation proton*
5ée, sans qu'ils aient éprouvé la moindre
iminution dans leur.intensité vitale; ils se
développent et se reproduisent comme avant,
et leur vitalité est telle qu'ils continuent de
vivre après avoir été avalés par d'autres
animaux, du corps desquels ils peuvent
passer dans celui des êtres auxquels les pre-
miers servent de proie. Les rhabdiliê iritici
sont susceptibles ae rester sans mourir pen-
dant un temps très-long jusqu'à ce que l'hu-
midité vienne les rendre à la vie, et passer
ainsi par des alternatives prolongées de lé-
thargie et d'activité. La vitalité ae ces ani-
maux est assez grande pour que M. Dujardin
ait pu conserver vivants dans l'eau, pendant
plusieurs jours, certains ascarides; je n'ai
jamais pu garder dans cet état Vascarii lum-
hricoïdesj et je l'ai toujours vu mourir aussi-
tôt après sa sortie de 1 intestin.
« M. Dujardin {Hist. nat. des helminthes^
p. 341) dit en parlant du rhabditis aceti :
* Ainsi une espèce habitant exclusivement
« le vinaigre de vin, n'existait préalablement
« ni dans le vin, ni dans le raisin, et ne se
« trouve nulle part ailleurs : on ne peut donc
« s'expliquer comment, à la suite ae l'acidi-
« iication du vin, il serait arrivé dans ce
<i liquide deux œufs devant donner naissance
M à un mâle et à une femelle, destinés à pro-
« duire une nouvelle génération. »»
« Or, quels sont parmi les grands inverté-
brés et les vertébrés à appareils complexes
ceux qui 'pourraient subir une dessiccation
complète de leurs fluides ? Certes, il n'en est
aucun. La vie est donc un phénomèfie muU
tiple, et c'est une faute que de vouloir pren-
dre Thomme pour point de départ de toutes
ces comparaisons. Les tissus élémentaires
sont tous identiques, il est vrai; et M. Pel-
tier a trouvé la cellule primitive dans des
infùsoires qu'il a fait périr d'inanition; il
n'y a sans doute même aucune différence
sous ce rapport entre les animaux et les vé-
Sétaux ; mais on doit distinguer des modes
'existences particuliers cho2 les êtres de
divers degrés de la série, suivant que la nu*
trition s'opère chez eux d'une manière plus
ou moins compliquée, et c'est à cette même
cellule primitive qu'il fiiut rapporter tous
les phénomènes vitaux. M. Dumas partage
cette opinion. Il a remarqué qu'en mettant
un morreau r!e chair musculaire dans de
l'eau, il s'en sépare des globules doués d'un
mouvement spontané, et dont le volame est
égal à celui aes globules oui constituent la
fibre musculaire ; au bout ae quelque temps
ils s'accolent par doux, et s'accroissent ainsi
dans une proportion arithmétique jusquî
former un animal doué de mouvements com-
plexes.
« A côté de cette théorie, qui est partagée
par tous les naturalistes philosophes, il n*j
en a qu'une qui lui soit contraire, celle des
naturalistes qui croient à la diffusion uni-
verselle des germes ; car je ne pense pas
qu'on pnisse mettre au nombre des adTe^
saires sérieux les hommes qui, pour tout
concilier sans se compromettre, n'ont pas
avoué l'omniprésence des spores et des ovu-
les, mais l'existence d'un radical de Uin
vivificateur par excellence, qui vient animer
à l'occasion la matière inerte. C'est à IodIo-
logie qu'appartient cette dernière opinioia,
et les naturalistes n'ont rien de commun
avec les philosophes de l'école qui vivent
dans les espaces imaginaires» et ont pour les
faits un dédain superbe.
« Je ne pense pas pourtant qu'il soit pos-
sible d'admettre ta théorie pauspermiqnc de
Bonnet, qui veut que l'univers soit rempli
de germes près d'éclore, et que toute ma-
tière vivante en soit saturée ; que les germes
préexistent dans les matières de l'infusion,
et que, malgré leur exposition à une tempé-
rature élevée, ils résistent à l'action désor-
ganisatrice de l'ébullition. Celte théorie est
d'autant plus inexacte que Dugès a annihilé
sans retour les germes du rliooditis glutinU
par une chaleur de -f 60 à 80* ; et M. lïorren ;
oui admet, comme Bonnet, qae les germes
ctieminent par l'air, déclare d'une manière
positive qu'une température de-f 45* les lue;
pourtant ce naturaliste est l'antagoniste des
générations spontanées; mais tandis qu'oa
ne trouve chez les partisans de la génération
spontanée que deux nuancea dc^pinions:
l"* celle qui admet l'existence de moIé(ni'.e$
organiques revêtant des formes diverses, sui-
vant les lois auxquelles elles sont soumises;
2* et celle des naturalistes qui trouvent daos
les éléments primordiaux la cause de tous
les organismes, sous l'influence des a^ots
impondérables, les partisans de l'opiaion
opposée sont en discussion incessante, et
admettent des théories oui se contredisent
réciproquement : ainsi, Morren veut que (a
chaleur tue les germes, et il en admet la
translation ; Spalîanzani, qui est l'auta^
niste de cette opinion, prétend qu'ils r^sl^
tent à l'ébullition, et il n'admet pas les péré-
grinations aériennes.
« C*est dans le domaine des faits qu'il (aul
aller chercher les preuves directes de la
génération primitive, et j'examinerai cette
auestion dans les trois classes d'êtres qui u
émontrent de la manière la plus péretQ|)-
toire, non-seulement par des preuves posi-
tives, mais par la négative qui frappe ^
théorie contraire. Je commencerai par te
cryptogames, et j'examinerai ensuite le d^-
veloppement primifif des infùsoires et des
cntozoaircs.
(01
GEN
n*ANTHROPOLOGIG.
CEN
602
1 0 se présente au début une question
l'une gravité trop peu appréciée dans la so-
iu;ion da problème : c est l'état d'indiffé-
nnce (kns lequel se trouve la matière orga-
nique è son point de départ : indifférence
qui ne semble pas seulement être , mais est
réellement en fluctuation entre le végétal et
J aaima). En effet, comment concilier dans
.<•>' ordres inférieurs des deux règles, ani-
m\\\ et végétaux, cette hésitation, qui fait
qi)'aujoord*Dui même encore les botanistes
ri'clâfQeDt certains groupes qu'ils reeardent
mtofflo A^ végétaux, et que les zoologistes
<>n( placés dans la série animale ? Le beau
travail (Je M. Unghersup l'instant de Tani-
iDalisalion des zj^<;nei?ia estune preuve de
lithscurité qui règne dans cette question, et
f Hp prouve combien est faible la théorie des
mmtcs : car la matière organisée, si elle
l'roTJent d'un ovule, ne peut être indiffé-
pnie; elle doit être ou un animal ou un vé-
rfial, et c'est avec plaisir que j'ai retrouvé,
ms la plupart des auteurs qui ont fait des
oiiscrvaiions microscopiques, la confirmation
«l'une observation que j'ai faite il Y a plus
lie dix années : c'est qiie les conierves se
forment d'infusoires libres, qui viennent
s'ajouter en chapelet les uns à la suite des
iiiires, et dans cet état forment une chaîne
TPf(6 et immobile, dont les anneaux sedésa-
0;em reprennent leur vie animale et
JfMinianée. Déjà Ingenhouss avait avancé ce
ail, qui depuis a été confirmé par Trevira-
Dus, oirod de Chantrans, Trentepohl, Bory
de Saint-Vincent, tîaîllon, Dillwyn, Edwards,
Nitzsch, et l'on trouve dans certains genres,
tel^que les bacillaires, des êtres qui sont
doués d'une spontanéité qui leur fait pren-
''re place parmi les animaux, tandis que
raoïres ne peuvent être rx)nsidérés que
romme des végétaux. Est-il possible alors
ie concilier les idées de formes absolues,
^nnoales ou végétales, avec cette mobilité
^ans les premiers anneaux de la chaîne orga-
ftiîF"^? 11 est bien diflicile, avec la meilleure
î^>lonté, de se soustraire au doute, et dé ne
las Tojr au milieu du monde des éléments
Of^aaisables et des agents organisateurs,
»;^âp'issant sur les combinaisons et les ren-
J»«t corrélatives aux conditions dans les-
luelles se trouvent les substances transfor-
ûj^es en êtres nouveaux. C'est aux zoolo-
P'^^les que s'adresse cette objection : car les
oniologistes, je ne puis trop le répéter, étran-
gers à Télude de la nature, et retranchés
"«arrière des a priori dont le germe est dans
^^r cerveau, ne sont pas aptes à juger des
inesiions qui appartiennent à la science
«f^rimentale.
« Je crois avoir bien remarqué tout re-
nomment, en répétant des expériences mi-
«TusTopiques destinées à vérifier quelques
uit^ relatifs à l'or^isation des êtres infé-
"^js, que mes infusions sont remplies
'nnfusoires qui dis|)araissent dès que les
Jiofif/ia et les botrytis en couvrent la sur-
^*e, et reparaissent dès gue cette couche
^l»»isse de matière végétale est enlevée ; ce
1ui indiquerait Vantagonisme des deux mo-
des de la matière. Cetle observation demande
à être confirmée par des expériences nou-
velles. ^
« Les conditions essentielles pour la pro-
duction d'êtres organisés animaux ou végé-
taux sont la formation des substances orga-
niques élémentaires amorphes dans les flui-
des ou dans les corps en état de décomposi-
tion, et sous l'influence des agents organi-
sateurs. Néanmoins on peut croire que si
certains organismes naissent spontanément
dans les tissus, ou par suite delà désagréga-
tion des substances organiques, leur conai-
tion première de développement est l'exis-
tence d'une combinaison organique; mais
dans les organismes prirailiis et élémen-
taires, tels que la matière verte, les confer-
ves, les bacterium^ les monades^ etc., la réac-
tion réciproque des éléments organisâmes
suffit pour en déterminer la formation avec
le seul concours des agents organisateurs.
« Nous voyons dans le règne végétai la
matière verte de PriesUey se développer
dans les liquides exposés à l'influence lumi-
neuse, même en l'absence de l'air; et les
conferves, êtres ambigus composés de cellu-
les primordiales, mais avec des formes mieux
définies, se développent dans toutes les cir-
constances où des liquides en masse sont
soumis à nnfluence des impondérables, et
elles naissent même dans des solutions alca-
lines. Retzius (Froriep's Notixenj tom. V,
pag. 56) vit s'en développer dans une solu-
tion de chlorure de barvum dans de l'eau
distillée, demeurée pendant six mois dans
un flacon bouché à l'émeri. Les filam^îts
confervoïdes qui se forment après un temps
très-court dans l'eau de Sedhtz artificielle,
les matières organiques amorphes appelées
glairine^ barégine^ etc., contenues dans les
eaux thermales, et qui s'organisent réguliè-
rement peu de temps après le refroidissement
des eaux , indiquent que là matière inerte
n'attend pour revêtir une forme que des cir-
constances favorables.
« Le nostoch, qui se développe sur le sol
comme une gelée animale, la neige ronge
ou protocoecusy nostochinée qui croil sur les
neiges des régions arctiques et des Alpes les
plus hautes, au point où toute vie organique
a cessé, les conferves et les batracbosper-
mes, qui se forment dans dos circonstances
identiquement les mêmes sur certaines es] è-
ces de poissons ou de mollusques après leur
mort, prouvent beaucoup en faveur de cette
théorie, qui s'applique aux diatoroacées,
véritables animaux-plantes, aux nostoohi-
nées, aux confervacées, aux characées, aux
ulvaoées, aux floridées, aux fucacées et aux
lichens, toujours sans doute avec cette con-
dition que chaque groupe présente des frr-
mes simples se composant de plus en phl^ ,
et terminant la série par l'être le plus com-
plexe. Tels sont parmi les lichens : la lepra-
ria^ simple poussière pulvérulente; et la
cétraire, aux formes arborescentes, idée des
formes génésiaques de la matière sur laquelle
je reviendrai, comme se répétant de groupe
en groupe, et [tassant toujours du simple au
i^3
GCN
DIGTIONNAIKE
GEN
m
ï,
complexe, & travers la double série animale
ou végétale, le dernier de ia série pouvant
iouir de la prérogative de se reproduire par
le mode de génération sporulifère ou sexuel.
« Les eaux présentent donc d*abord des
organisations primitives propres aux eaux
douces, et plus rarement aux eaux salées,
telles que les cbaracées, les ulves, les batra-
chospermes, etc. : ce sont les pygmées de
Tordre. Les eaux marines nourrissent exclu-
sivement les iloridées et les fucacées ; les
lichens des groupes primitifs se développent
au milieu des mers sur des rochers nus, et
sur des points où aucun être vivant n*a pu
en apporter les germes, et se succèdent en-
suite dans un ordre presque régulier, ainsi
que cela se voit sur les grès de Fontaine-
bleau, où les lepraria sont associés aux im-
bricaria, aux parmelia, etc. ; mais les lichens
sont les premiers destructeurs des corps
inerteSf bien que quelques-uns se dévelop-
pent, sous les tropiques, sur les feuilles des
'antes toujours vertes. Après eux viennent
es champignons, qui affectionnent les corps
organisés en état de maladie ou de décom-
position. Parmi ces derniers on trouve une
variété de formes et de stations accompa-
gnées de variations si singulière^, qu on
peut douter de leur production par des ger-
mes répandus dans les airs ; et Ton ne peut
expliquer autrement que par une génération
spontanée la présence des mucédinées qui
ne se développent que quand il existe dans
le lieu où elles croissent un corps en décom-
Fosition. Dutrochet ( Mém, pour servir à
hist.y etc., tom. Il], dont les belles expé-
riences ont ieté du jour sur quelques points
obscurs de la science, mais qui est partisan
de la panspermie, a fait développer des bo-
trytis et des monilia dans des dissolutions
d*albumine, de fibrine, et dans de l'eau dis-
tillée de laitue, mêlée à des alcalis et à des
acides ; mais il obtint tantôt des moisissures
articulées avec les premières de ces subs-
tances, tantôt avec les secondes. La plupart
des substances animales ou végétales en
état de décomposition présentent des byssa-
rées, tels que le pain, les fruits, le fromaze,
le bois, le cuir humide, etc. ; mais leur dé-
veloppement à l'extérieur des corps n'est
qu'une preuve d'importance secondaire :
pourtant elles ne sont pas partout les mêmes;
parmi les stations spéciales, je citerai celle
du coremum ciirinum {monilia penicillus
Pers.), qui forme de petits groupes jaune
citron sur les crottes de souris, et de Visaria
felina sur les crottes de chat; certaines es-
pèces de sphéries et d'isarias ne se dévelop-
pent que sur les cadavres d'insectes : tels
sont les isaria sphingum^qm croissent sur les
ca lavres de pai>illons de nuit ; /. aranearunty
sur ceux d araignées ; 1'/. crassa^ sur les
chrysalides ; YL eleutheratorunij sur les cada-
vres de plusieurs espèces de carabes. Pour-
quoi ne renconlre-t-on Vonygena equina que
sar les sabots de cheval en putréfaction? J'ai
vu chez M. lloulin une grosse fourmi de
r Amérique du Sud sur le tnorax de laquelle
s'étaient développés des champignons que je
crois être des polypores, et c'est pendaiu la
vie de l'animal, mais sans doute dans un
état morbide, que se développe ce champj. (•
gnon; la muscardine de la larve du veràf
soie est dans ce cas. Les conditions patholo-
fiques dans lesquelles se trouvent certains
très donnent souvent naissance à des cham-
pignons microscopiques qui naissent dans
des cavités closes ; tels sont ceux troufés
dans les cellules aériennes d'une cigogne
par Heusinger, et par Mayer à la surface da
poumon d'un geai ; certaines plaies gan^-
neuses produisent souvent aussi des moisis-
sures. Il s'en développe dans les citrons,
également au centre de la masse caséense
compacte de certains fromages. Hartig, le
célèbre forestier, a trouvé de petits cbam-
pignons dans les cavités du ligneux d'arhres
recouverts de nombreuses couches annuelles
saines. Mœrklin a trouvé le blanc d'un œui
de poule converti en sporoirichum. Puis on
peut ajouter cette longue série de champi-
gnons qui croissent sur des végétaux mala-
des, et sont de genres différents, suivant k
partie affectée et le végétal. Ainsi, parmi les
gymnomycèles, nous avons les urédinées,
qui causent la carie des grains et affectent
les violettes et les œillets, les groseilles, etc.,
à la surface inférieure des feuilles desauels
elles se trouvent; les œcidium^ qui se déve-
loppent sur les feuilles des borraginées, des
cirsium, des épilobes,desrenonculacées,etc.;
les puccinies, sur les feuilles de certaines
composées, de la bétoine, du pigamon des
prés, etc. ; les fusidium^ sur les feuilles des
arbres, les tubercules de pomme de terrera
mollis, etc. ; et la spermœdta de Pries, qui
Saraît la cause de 1 ergot du seigle, et peut-
tre aussi du mais. Aux hyphomycètes ap-
partiennent, outre les mucédinées,^ les Iti/fks
et les lanosa, qui se développent au milieu
des brouillards d'automne, et dans les mines
où l'air est chargé d'hydrogène ; les myco-
dermes, qui se produisent dans les solutions
chimiques ; le rhacodium^ qui revêt les ton-
neaux et les poutres de caves de ses longue*
ramifications noires; le rhixomorpha, qui
obstrue les conduits d'eau, et croît dans des
mines profondes, dans des fissures du sol, et
entre aes couches de houille hermétiques
closes, etc., etc. 11 faudrait, pour être com-
plet, énumérer la plupart des champignons
aui ont chacun une situation spéciale et
ont le nombre est très-considérable. Certes,
la théorie du développement spontané est
déjà applicable à cette localisation àïm^^
« Une autre circonstance d'un haut inlérw
dans la question qui m'occupe, c'est que les
conditions ambiantes favorisent le dévelop-
pement de telle ou telle production orçani-
Ïje. Treviranus cite, à la Mce 330 de sa
iologie, l'expérience de Gleditsch, quJ»
ayant rempli de pulpe de melon des f^
bien nettoyés et préalablement chauffés»
qu'il couvrit ensuite d'une mousseline, ob-
tint des byssus et des Iremelles dans ceux
qui occupaient un lieu sec et *'®^*'^\^
mucorinées dans ceux qui avaient été pl««^
dans un endroit humide. Le papier cxiKve
005
GfiN
B^ANTHROPOLOGIË,
GEN
al humidité se couvre bienlAt de plaques
n)$a, jaunes, noires, qui sont autant aor-
i:aoisations diverses; cette différence, qui
iirétonna au premier abord , et semblerait
favorable à l'opinion de l'omnipotence des
spores, ne vient que de Thétérogénéité des
niatières qui le composent, et en se désagré-
mni se reorganisent chacune à sa fagon.
« A ces exemples d^à assez nombreux
]tn pourrais joindre beaucoup d'autres,
mais ils ne jetteraient pas plus de jour sur
ce sujet; on pourra, outre la théorie de la
ililTasion des germes et de leur transport par
Idr, invoquer le mode de reproduction de
les mêmes végétaux par la voie ordinaire ,
r'e<t-k-dire par des spores. Je suis loin de
le contesler ; je doute même de la réalité de
I assertion de Hartiç, qui prétend que son
Bjrtoinycète ne produit pas de spores. Ce
but est" en contradiction avec les lois de
l'organisme, en vertu desquelles la généra-
tion est le résultat de révolution de Tétro
{ni a atteint toute sa croissance, et cette loi
loit trouver moins d'exceptions dans les clas-
ie5> primordiales, où le mode de reproduc-
tion n'est autre chose qu*une sorte de gem*
Bation. *
« On demandera peut-être où s'arrête en
^rvptogamie la génération spontanée? A
m je répondrai que je crois que c'est
m hépatiques ; mais je ne sais pas , car
es phénomènes naturels présentent des
ftceptions si nombreuses que le doute doit
«rajours arrêter une assertion formelle.
)u pourrait regarder la plupart des hymé-
nmyeètes comme en dehors du mode
le génération spontanée ; mais on a des
exemples de productions d'agarics dans des
talions toutes spéciales, et leur mode d'ap-
•riiion ne peut s'expliquer que par la
lénération spontanée : car les Chinois ob-
lennent des champignons en enterrant dans
me fosse du bois pourri qu'ils arrosent avec
Iti salpêtre; il croît sur le vieux marc de
>fé un champignon fort estimé : aussi
incertitude la plus grande règne-t-elle sur
e sujet.
* Après les végétaux cellulaires auxquels
^ applicable la théorie de la génération
[hintanéc, se présentent dans le règne ani-
mal les infusoires. Ils se produisent dans les
Bfu5ions de substances organiques, dans
^liquides exposés à l'air et qui se pulré-
^t . dans les fluides organiques dans un
|ai morbide, et dans des fluides à l'état sain.
< a été fait à ce sujet des expériences sans
^inhre, et toutes concourent à conflrmer la
«xtrine de la génération primitive , sans
^"•(1 pour la complication apparente des or-
Ww. Bien que Enrenber^ ait doué ces ani-
lïaui d'appareils de nutrition et de géné-
alïon delà perfectionnés, qu'il y ait vu des
:^u»8 et des œufe , on ne peut en admettre
aMmrition autrement que par le mode de
'^^<*loppement propre aux formes rudimen-
•ïf***. Au reste, u ne serait pas étonnant
IJïe f es animaux eussent un orifice 'buccal
*' «ne cavité digestive; car c'est le mode de
ïuirulotf, au moyen d une élaboration par
un appareil ad hoc qui distingue l'animal du
végétal ; alors pourquoi les systolides, pa.
exemple, n'en auraient-ils pas? Pourquoi
ensuite des animaux , qui se nourrissent, e)
augmentent par le fait de l'évolution vitalt»
leur nlaslicilé, ne se reproduiraient-ils pas
{mrdes œufs? Nous ne connaissons pas les
ois d'attraction qui groupent entre elles let
premières cellules organiques, et font (ju'en
vertu de l'évolution epigénésiaque qui suit
une marche rigoureuse, dès que les pre-
mières sont formées , les autres viennent se
grouper autour par suite d'une loi qui les
renferme dans des limites assez restreintes,
et il naît alors des êtres qui ont telle ou telle
forme, et jouissent d'un mode spécial d'exis-
tence; ainsi la complexité ne doit pas nous
étonner. Ces lois une fois connues, la science
n'aura plus de mystères; mais embarrassés
Sue nous sommes d'expliquer même dans
es êtres que nous avons sous les yeux, dont
nous pouvons suivre la vie et que nous pou-
vons torturer au gré de notre curiosité , le
mouvement de composition et de décompo-
sition, nous ne pouvons que chercher à nous
élever par une étude sérieuse des faits à la
connaissance des phénomènes perceptibles à
notre intelligence.
« Il en est des infusoires comme des cryp-
togames; la théorie panspermique leur a été
appliquée. Spallanzani, Bonnet, Cuvier, etc.,
ont conclu d'expériences dans lesquelles ils
s'opposaient au libre accès des agents orga-
nisateurs que l'air contient, les ovules des-
tinés h engendrer les animaux oui se déve-
loppent dans les infusions, les liquides sta-
gnants ou putrescents, ainsi que sur les
corps en état de désagrégation. Une des
Sremières objections à faire aux défenseurs
es germes préexistants, est non-seulement
l'état de saturation organique dans lequel se
tiouverait l'air atmospnérique , niais encore
la difficulté d'expliquer comment et pour-
quoi ces ovules, flottant pêle-mêle dans l'air,
revêtiraient une forme particulière , suivant
la nature et l'Age de linfusion; et l'on ne
peut admettre, avec Ehrenberg, que les ger-
mes des infusoires préexistent déjà dans
l'eau et dans la matière de l'infusion, et ne
se manifestent que parce qu'ils y trouvent
une nourriture plus abondante ; que, jusque
là, ils sont invisibles aux plus puissants
moyens d'investigation; c'est substituer une
hypothèse à une autre hvpothèse : et com-
ment pouvoir admettre, diaprés l'expérience
de Fray, la production d'infusoires au sein
de l'infusion des parties du corps d'une mo-
mie, dans de l'eau, dont tous les germes au-
raient dû être tués par l'ébuUition ? Mais la
réponse sans réplique, c'est que les infusions
se sont organisées sans le secours de l'air at-
mosphérique, et par leur simple mise en
contact avec de l'air préparé arliûciellement,
de loxygène ou de I azote.
« Quant à la question de présence de ger-
mes, animaux ou végétaux, dans les liqui-
des soumis à l'expérience, elle est résolue
par l'ébuUition prolonKée des infusions, afin
de détruire la vitalité des germes; et je cite-
J
an
CES
DICTfONNAIRE
GfiN
nû îèlVeipérîoncefûilo par BOrJach avec
ïïensche et Baër; ils enrfermèrent dans des
• flacons bouchés à rémeri, coiffés d'une ves-
sie el contenant de l'oxygène et de Thydro-
Çèno, de Targile longtemps bouillie avec de
1 eau, évaporée, puis délavée dans de l'eau dis-
tillée, et obtinrent, sous rinfluence de la lu-
mière, dé la matière Verte de Prîestley ; il s'j
âévèteppa de nombreux infusoires, en trai-
tant lé. même résidu avec de l'eau commune
et de Tair atmosphérique.
« Allen Thomson révoque en doute les ex-
périenees toutes récentes de M. Crosse, Qui
prétendit avoir obtenu des infusoires dans
des solutions de granit, de silex, etc. Bur-
dach dit que, dans des circonstances sem-
blables, il obtint, sous l'influence de ta lu-
mière^des filaments confervoïdes,de la matière
verte, e(, au bain-marie,des filaments blancs,
mêlés d'une substance rouctJagincuse. Je
doute de l'exactitude de cette expériience, à
cause de Tinsolubilité des corps mêlés à
l'eau : pour que l'action de ces roches fût
bien réelle, il faudrait avoir vu se dévelop-
per sous leur influence des organismes par-
riculiers.
« Il est un fait constaté par les expériences
les plus exactes, c'est que l'on favorise la
production des inAlsoires en mêlant h l'in-
fusion certains réactifs particuliers, tels que
du phosphate ou de Toxalate d'ammoniaque,
du corbonate de soude, etc. Quelques-unes
sont inertes et paraissent impropres à favo-
riser leur production; mais ce qui indique
ilabns les degrés primitifs de Téchelle orga-
nique un mode tout particulier de vitalité,
c'est que les poissons végétaux les plus actifs
n'en empêchent pas le développement, et
que IMode même, dont l'action irritante sur
les* tissus est bien connue, ne s'oppose pas
h leur évolution. J'ai pourtant tué des bacte-
rium au moyen d'éther et d'alôooL
« Gomment pouvoir expliquer autrement
que par l'organisation successive avec évo-
lution ascendante la. présence des infusoires
dans des liquides divers, en croissant, non
pas seulement en nombre, mais en com-
plexité? L'infusion la plus commune, celle
de foin, que j'ai observée cent fois, est celle
qui s'organise le plus promptement. Ainsi,
au bout de la seconde journée, on voyait
distinctement des bàciertum termo simples,
qui eux-mêmes augmentaient dans le nom-
bro de leurs articles. Les monades, venues
a >rès, ont suivi un mode semblable d'évolu-
tion, et, au bout de quinze jours, on y voyait
des trichodes, des colpodes et des protées
différents; ces animaux ont été les derniers.
Celle de poivre présenta une même loi évo-
lutive. L eau de pluie simple qui a séjourné
pendant Quelque tempes au soleil, dans des
vases de nois, s'organise au bout de peu de
' jours, et les produits sont, outre les animaux
que j'ai cites plus haut, des vibrions, des
p!a)^(^nies, des glaucomes, etc. Mais en re-
cueillant soigneusement l'eau des marais,
des mares, des ornières, des ruisseaux, sur
les points où le liquide, en contact avec des
débris organiques, a pu lui-même s'organi-
ser, on voit les formes varier presane aitaDt
que les formes inférieures <}esvégétattx;.te(s
sont, entre autres, les eaux saturées, etc.,
qui, dans le groupe- des rhizopodes, en-
gendrent d'abord aes amibes, puis des dif-
flupiies, des areelles, des groanes, des nû-
liofes et des cristeliaires, et ces animaui
prennent de l'accroissement par l'effet de la
nutrition ; il semblerait alors que l'organi-
sation du liquide a atteint son sommum
d'intensité. Passé cette époque, les organis-
mes redescendent, ce qui me parait dû à Té-
puisement du licfuide» qui a perdu une par-
tie de sa plasticité; maia alors le règne Yé-
ffétal reprend le dessus ej envahit tout.
Quand une fois le liquide a passé par toutes
les phases d'organisation primordiale, il s'y
dépose des êtres produits par la génération
sexuelle; telles sont les larves de diptères,
do même que, dans le règne végétal, aux
cryptogames nés spontanément succèdent
des mousses et d'autres végétaux d'un ordie
supérieur. Si les ovules sont répandus dans
l'atmosphère, comment expliquer cette or^
nisation ascendante et descendante? et quand,
avec le secours de nos microscopes les plus
f)uissants, nous arrivons à distinguer, dans
a dilHuence de ces êtres ambiffus, les glo-
bules primordiaux qui entrent aans la com-
position de leurs • tissus élémentaires, corn-
ment les ovules apportés par myriades dans
les eaux courantes ou stagnantes et dans les
infusions ne seraientrils pas perceptibles, el
pourquoi ne les verrait-on pas écloredan^
l'infusion , véritable foyer d'incubation ,
comme nous voyons s*y aévelop{)er les œufa
qui {N^oduisent les larves d'articulés? On
peut demander encore pourquoi, deux infu-
sions étant données, faites arec des substan-
ces différentes et contenant des animaui
dissemblables, obtient -on des êtres aau-
veaux en mêlant ensemble les deux infu-
sions» et pourquoi les êtres qu'ils contenaient
se dissolvent-ijs?
« J'ai bien des fois vu des infnsoires se
dissoudre dans une ^utte d'eau, sous le
microscope, sans qu'il soit possible dVn
trouver de traces; et M. PeUier, à qui je
dois l'obligeante communication des eipé-
riences qu il a faites en 1836, pour con&^
mer ses doutes sur les observations de
M. Ehrenberç, a vu des vorlicelies se dis-
soudre globuJe à globule, quand il les sou*
mettait à une inanition prolongée qui les
réduisait k leurs éléments primordiaux.
« On sait que dans tes êtres appartenant
à la classe des infusoires proprement (fitSt
la reproduction a lieu communément par
fissiparité ; ils vont toujours se dédoublant,
et forment ainsi des êtres nouveaux. Ce
mode de reproduction est si rapide qu'une
seule paramécie, observée pendant plusieurs
jours, se divisait quatre fois en vingt-quatre
ou trente heures, ce qui produisait des mit-
lions d'êtres nouveaux au bout de quelques
jours. Quant aux systolides qui se reprodui-
sent par des œufs et sont d'une supériorité
incontestable d*organisation, malgré cette
prérogative, et bien qu'on les ait dotés d'un
GEN
DANTItflOPOLOGII^.
GEN
CIO
système nerfeoi qui me semble encore dou-
lêox, il est (Kfliûtle de ne pas les dMDprendre
Vans ia eatégorie des êtres qui se ppodui'-
$en( |uir Taction directe des agents organi-
MKnirs.
« Il reste k traiter la question des animal*
fUies qui se déreioppent dans les liquides
lios corps Tirants ; et quoique le nombre on
soil très^restreint» si Ton peut leur appliquer
il loi générale, on n*a rien à contester dans
ceqai précède. Ainsi Valbertia eermictUus^
qat rit en parasite dans Tintestin des lom^
bries et des limaces, est évidemment un
produit né par la voie de génération primi-
tive; et pourtant il est vivipare^ puis<ju'on
trouve dans son intérieur des petits qui d(\jà
sr agitent. Les zoospermcs ^ont dans ce cas;
mais qnel({ues auteurs doutent eticore quo
(T soient des animaui, et je ne me pronon-
rpriii pas sur ce point, les observations que
f«i faites sur ces produits ambigus ne m'ayant
jamais rien offert de concluant. Mais que ce
Muentounon des animauir, ils n'infirment
tas le principe ijue des entozoaires se déve-
kippeiit assez richement au sein de l'orna-
nisnie vivant pour qu^un de plus ou de
nioins ne nuise pas à cette théorie.
" La production d*6tres doués de sponta*
nélté comme le sont les infusoires, dont au
r^sle l'histoire est encore mal connue, ré-
VK^^ plus encore aux antagonistes de la
ctfnéradYm primitive que celle des végétaux,
or^nismes passifis en apparence. Pourtant
les animaux oui suivent et ferment peut-
Mre la série ues 6tres jouissant de la pro-
priété rie nattre par le concours unique de
forces organisatrices et des éléments orga-
Disables, sont d'une richesse d'organisation
^Q|)érieore à celle des sysfolides, men qu'on
)it dans la méthode accordé à ces derniers
^oe pince assez éievéa. Toutes ces questions
lemaiiuent à être reprises, et il ne peut naî-
fo des travaux des nouveaux observateurs,
^îN sont faits arec sagacité, et sans réticence
^î'Mqs préconçues, que d'excellents docu-
«♦'iiisfiour servir h l'histoire de la généra-
ion dont le principe est la génération pri-
nonljale. On a tort, en science, de chercher
«rttMit des idées complexes; les phénomè-
|t^^ naturels, m Ame les plus inexplicables,
Hii dus sans doute à quelques lois bien
■inpies, sur la voie desquelles nous serions
wyi sans doute si nous avions suivi les sa-
fts leçons de Uacon, qui propose au savant
je dépouiller toutes les idéesqu'il a acquises
î^ns le milieu qu^il habile, pour s'absorber
i>in$ la contemplation dos faits; mais le sa-
atil n'est pas satisfait de n'être auc cela : il
ipi^artient tout entier h la société au milieu
^f* laquelle il vit; la science en souffre, et
l'ftout la phitosophie naturelle. Les A lle-
li'^nds seuls sont des penseurs courageux
P»e rien n'arrête : aussi ce pays est-il la
'•rre promise de toutes les théories bonnes
•I mauvaises. Chez nous, au contraire, mille
"■^jujjés nous entravent, et notre positivisme
** noie dans le matérialisme des inlérôls de
«^niié el d*oreueiI.
• Parmi les faits qui sont In plus favorables
à la tliéorio <ie la génération primitive, î\
faut citer les entozoaires, qui vivoui noiH
seulement dans les profondeurs des lissus,
mais y vivent à rexcluBion de toutauire mi-
lieu. On ne les trouve, à quelque exc<\ption
près, ni dans l'eau, ni dans l'air, ni sur la
terre, et ils périssent dès qu'ils sont hors du
milieu dans lequel ils vivaient. On ne neut
pas dire d'une manière absolue que les nei-
minthes ne se trouvent que dans les tissus
animaux : car parmi les némaloides. éno-
pliens, les dorylaimes vivent dans l'eau de
mer et la vase dés étangs ; les énoplus dans
l'eau salée et l'eau douce ; les onchokimes,
dans l'eau de mer ; les mousses, dans les
eaux pluviales; les rhabditis et les an^iuii-
luies, dans les mousses des murs, le ..vin^ii-:
gre, la colle aigrie, le blé vieilli* lis se trou-
vent à l'état libre ou enkystés, el dans (tus
points de l'organisme où les procédés vitiuix
ne peuvent avoir conduit u<'s germes, ie\s'.
que les chambres de l'œil, ie Lissu parencbj'-
mateux , les vaisseaux sanguins , etc. Le
strongylus gigas se trouve dans les reins de '
l'homme et des mammifères ; Voxyurus pa>
tniew/arjf ne se développe dans l«s\ tissus
que quand les individus sonl. soumis à un '
régime débilitant, et disparaissent lorsque
le régime est modifié ; on trouve. Vustaris,:
^capsuluria dans la vésieule biliaire ûuëqutk^-
Itês acanihioê; des sclérostomes^dans rarlèro
mésentérique ; des pentastomes, dans les si-
nus frontaux, sur le fuie, sur le iioumon, à .
la face externe de l'estomac. Lepolgstcma-
inte^errimum existe dans la vessie dos gre^»
nouilles rousses et vertes^ et d'autres espè-
ces de ce genre se trouvent dans le sang
des hommes en état de maladie ; |ilusicurs
monostomes se rencontrent dans les iollicu-
les destinés à la production des plumes dos
oiseaux. Les holostomes se rencontrent lians
le corps vitré de ia perche et do plusieurs
espèces de cyprins. Le dislome hépatique et
le distome du fiel se trouvent dans le foie,
dans les canaux biliaires, la vésicule du liel
et la veine porte; le distome lacinié a son
siège dans le pancréas ; etc.
« Les entozoaires |iaraissont pourtant ap«
partenir, dans l'organisme, i^ un ordre assez
élev^ ; car ils se reproduisent {u^r accouple-
ment et sont doués de sexualité. Or, la selufr*
lité est regardée comme un des attributs left
plus étevés de l'Organisme; mais quel 4Ggré
de certitude peut-on attril>uer au mode dé
(propagation des êtres quand on voit rettô
onction si mobile dans ,ses manifestations ?
Nous avons dans les vertébrés des exemples
frappants de cette bizarrerie. Ainsi, lan<lis
que presnuo tous les poissons fécondent
leurs œuis sans accouplement et par une
simple aspersion, nous voyons dans un seul
et même ordre des vivipares, des ovovivi-
pares et des accouplements ; pourtant Cuvier,
dans son svstème, rejette à la fin de 'sa
méthode icnthyologique les êtres les plus
élevés de la série sous le rapport du mo<ie
de reproduction. Parmi les ophidiens, les
vipères sont vivipares, ot l*oiscau, malgré sa
supériorité organique, est simplement ovi-
tîlt
GEN
mCTlONNAIRB
GEN
M
pare. On ne peat donc pas regarder cette
ibnction comme un sisne de supériorité ab-
solue. Ou ne trouve chez aucun entozoaire
Thermaphrodisme ni la gemmiparité, mais
la fissiparité transversale» ainsi que cela a lieu
dans Jes tœnias, et l'androgynie ou Taccolle-
ment de deux êtres de sexe différent ; ce qui
n'est pas de l'hermaphrodisme» mais un pas
vers fa bisexualité.
K II faut donc nécessairement admettre,
faute de démonstrations plus concluantes,
que les entozoaires naissent spontanément
dans les tissus, par suite de leur état mor-
bide et de la plasticité organique des liqui-
des sécrétés ou élaborés. Tréviranus dit ,
dans sa Biologie^ que Leuwenhoek, * le père
de la micrographie, n'avait trouvé d'ento-
zoaires dans le mucus intestinal que quand il
y avait une phlegmasie du tube digestif, et
Brera dit que les impressions morales vio-
lentes , telles sont celles gui résultent de
Tappréhension d'une opération chirurgicale,
Î)euvent leur donner naissance en changeant
a nature chimique des composés organi-
ques.
< Si l'on voulait persister à regarder les
entozoaires comme produits par une autre
voie, il faudrait admettre qu'ils se sont in-
troduits directement avec leurs œufs dans
l'organisme, et dans ce cas il résulterait une
singulière conflagration entre ces organis*
mes parasites ; car les animaux qui vivent
les uns des autres s'inoculeraient des ento-
zoaires, et il en résulterait un mélange d'en-
tozoaires passant du corps d'un animal dans
celui d'un autre. Pour citer un exemple, les
huttres que nous mangeons à l'état vivant,
et qui sont si souvent remplies de filaires,
devraient introduire dans nos voies digesti-
▼es leurs entozoaires ; il n'en est rien. Cha-
que animal a ses Helminthes propres, et ces
mêmes parasites se retrouvent dans les mê-
mes organismes, dans tous les climats et
dans tous les lieux.
« Quant à la translation des germes, on
n'a rien b invoquer en faveur de cette hypo-
thèse ; car si ces animaux venaient du de-
hors, par quels étroits sentiers passeraient-
ils, après avoir suivi toutes les phases des
modifications chimiques éprouvées par les
substances ingérées, pour (arriver dans les
organes les plus clos ? Par où passeraient les
œuirs du tysUeuâ cellulosuêf qui se trouvent
dans le [>arenchyme cérébral, dans le plexus
choroïde et dans le cristallin ? Est-il vrais-
semblable que les œufs de ces helminthes,
quelque ténus qu'ils soient, puissent s'm-
troduire dans des organes dont l'intérieur
est protégé par des tuniques résistantes?
Mais on sait qu'il n'en est rieu, et les œufs
de la plupart des helminthes sont connus.
On sait que ceux de Vcucaris lumbricoides
sont gros comme un grain de millet ; et
quel serait alors le diamètre des vaisseaux
capillaires qui leur serviraient de passage ?
Aucun ; car les plus gros sont moins vastes
Sie ceux-ci. Une autre objection à cette
éorie, c'est que quelques-uns, tels que les
lêptêdera fitrius, sirohgyius rt/u/arum, acu-
minaia^ etc., uonneut naissance à des petits
vivants ; comment a lieu leur translation 7
Les monostomes des oiseaux offrent l'exem-
S le d*une androgynie complète, c'est-à-dire
eux individus de sexe différent produits par
paires et ne se séparant pas. Une autre sup-
position faite par les partisans de l'embolte-
ment des germes prouve que c'est par les
premiers parents que les entozoaires ont é;é
transmis a leurs descendants, et ainsi de
suite. Il aurait fallu pour cela que les pre-
miers êtres humains qui s'évoluèrent appor
tassent en naissant la collection de ceux qui
se trouvent aujourd'hui répandus au nom-
bre de neuf dans l'humanité. On a souvent,
chez l'homme et les autres animaux ver-
tébrés, trouvé des entozoaires dans les foy
tus encore contenus dans l'utérus. Comment
peut-on expliquer la génération de ces hel-
minthes ? Si c'était par la mère, il faudrait
nécessairement qu'elle-même en eût été at-
teinte, ce qui n a pas été confirmé, et que
les ovules passassent k travers tout le sys-
tème circulatoire pour arriver jusqu'à Ten-
fant. '
« A ces trois classes d*êtres paraissent se
borner les faits relatifs à la génération spon-
tanée, et il est difficile de les expliquer au-
trement. Pourtant il reste encore un certain
nombre de phénomènes dont la manifesta-
tion est d*une obscurité bien grande, quui-
,qu'on les range dans la catégorie de la géné-
ration directe. Ce sont : 1* rapparition des
acaridesdans certaines maladies cutanées;
2** les parasites pédiculaires, qui ont chacun
une forme spéciale, suivant l'animal sur le-
quel ils vivent; c'est ainsi que Patin ajant
fait couver par une. poule des œufs de per-
drix, et ayant exammé les parasites qui les
tourmentaient, trouva des poux de periirii
et non de poule ; 3** les poux qui viennent
dans la chevulure des enf^ts ne se produi-
sent pas par contact et transmission génér^
tifs ; je les ai vus chez moi se développer sur
un de mes enfants oui avait ev^ lon^temjts
une croûte laiteuse ibrt épaisse et sans qui)
eût été mis en contact avec d'autres enfants,
le mauvais état de sa santé le tenant au lit
depuis longtemps ; 4* dans certaines mala-
dies du cuir chevelu, telles sont entre au-
tres la plique et la teigne, il s'engendre des
poux avec une rapidité extraordinaire ; 3' le
phthiriasis est dans le même cas. J'ai connu*
il y a vingt ans, une vieille femme impo-
tente depuis plusieurs années, ne quittant
pas son lit, et confiée aux soins de person-
nes de la plus scrupeuleuse propreté, éire
du soir au matin couverte de la manière la
plus incommode du pediculus tabescentium:
6* l'apparition signalée par M. Payen, de
branchipes dans la solution de chlorure de
sodium à un certain degré de concentration;
T l'apnarition d'apus dans les mares et 1«
amas d eau de pluie où l'on n'en avait pasen-
core vu. Les branchipes etlesapus sontpou^
tan t des crus lacés, ê très bien autrement corn- i
plexes que des poux. Je ne parlerai p«sdes |
crapauds vivant dans les pierres, des poi-^
sons réapparaissant dans des étan^^s de se*
613
GEN
D*ÀNTIIROPOLOG1E.
GEN
eu
chés depuis longtemps ; mais je soumettrai
à l'attention des obsenrateurs les faits sui*
nniSf qui sont de la plus haute importance
et de l'obscurité la plus complète. Il est ap-
paru dans plusieurs circonstances, après des
incendies considérables, des végétaux pha-
nérogames n'eiistant pas dans le pays ; tels
500t, d*après Morison, cité par Trériranus
dans sa Biologie^ Verysimum latifolium^ sur
les ruines d*une grande partie de Londres,
incendié en 1666. Ce fait est consigné dans
les Leçons deboianique de M.. Mérat. Fro-
rJep cite encore dans des circonstances sem-
blables YE. angustifolium en Norwé^e» le
Biitum capitatum à KonigsI)erg, le Senecio
tiscosuê à Copenhague. On sait qu*après Tin-
cinéralion ou seulement la destruction d'une
forêt, il croit sans cesse des végétaux qui
di^rent suivant Tcssence du bois détruit.
Ainsi, dans le duché de Nassau, le spart ium
tcoparium couvfe le terrain qu*occupaient
pr^emment les bois qu*on a abattus, et
dont les racines ont été brûlées sur le sol.
A la Guyane, quand on a abattu une forêt
fierge, le sol se couvre de palmistes, de
(ihou-maripa, de bois puant (anagyris fœtida)
et autres espèces végétales qu*on ne rencon-
tre quedans les grands bois. Après toutes les
(t>upes de hêtres Sur le revers du mont Dore,
les j^roseilliers apparaissent les premiers;
pendant trois ou quatre ans, les framboisiers
occupent le sol ; les fraisiers pendant deux
années; la ronce bleue pendant huit à dix
los ; enfin, quand le hêtre domine, tout dis-
paraît. Dans les forêts d'arbres résineux, on
trouve, après la disparition des pins, non
pas des framboisiers, mais tout simplement
des fraisiers et des ronces. D'après Fran-
klin, les peupliers croissent après la dispari-
tion des pins par incinération ; dans l'Améri-
que du Nord, le sol des forêts vierces se
f<JUTre, peu de temps après leur deboise-
lueot, d'une espèce de trèfle. On sait que le
Iraisier croît invariablement sur les lieux
où ont été établis des fourneaux à charbon ;
rt Ton voit souvent, d'après Mœrklin, l'oro-
Ittnche succéder au chanvre.
« Lorsque, par suite de circonstances loca-
les, il s*est opéré dans le sol des modiilca-
tions profondes, il est de toute évidence que
les pnénomènes végétaux qui s'y produi-
^nt présentent un caractère de nouveauté ,
rétranjeté même» qu'il est difficile d'exj[>]i-
]uer. Le premier naturaliste à qui j'ai vu
iMopper cette idée et l'appuyer sans théo-
rie de faits nombreux, c'est M. Thiébaud de
Berneaud ; et Bûrdach a recueilli un grand
nombre dr matériaux qui compliquent encore
la question. Quand de Veau salée vient à per-
î«r le sol au loin et à se faire jour à sa sur-
face , il ne tarde pas, d'après Lmk , à croître
ies végétaux qui habitent le littoral. II en
'^t de même des terres imprégnées des prin-
ii'es salants de la mer. Un terrain enlevé à
!a mer par la construction de digues , et qui
ftiait sous les eaux depuis un temps immé-
Biorial, produisit la salicornia herbacea dans
i<^s lieux les plus imprégnés de sel, Varenaria
^^Qrina^ pnis le poa maritima dans le sable
pur, etc. Viborg (JUag. derGesell.naturffjrschu
Freund^ 1. 11, 74) a vu en Danemark, après le
dessèchement d'un étang qui n avait pas été
vidé depuis plus de cinquante ans, croître Je
carex cyperoides^ qui ne se trouve pas dansf
ce pays. En 1796, on mit en culture, sur les
bords de l'Oder, certaines portions de marais,
et l'année suivante le sol se couvrit de sina-
pis arvensis. J'ai suivi avec intérêt la modifl-
cation de la flore des terrains marécageux
qui se trouvent sur les bords de la Vesie ,
aux environs de Reims; aux carex, aux
typba , aux sparganium , aux joncs qui en
formaient le fond dans les points les plus
voisins de la rivière , et teutlaient par leur
masse à les dessécher , on voyait , à mesure
qu'on s'éloisnait dans les terres , quoique le
sol fût le même , avec une masse de tourbe
de six pieds d'épaisseur, succéder graduelle-
ment une flore nouvelle, apparaître des végé-
taux non aquatiques , tels que certaines
labiées , des orcnis à bulbes palmés , puis
une végétation des terres sèches, et cela sur
une longueur de 5 à 600 pas.
<i La terre, prise à une grande profondeur,
se couvre de végétaux comme si elle était
saturée de germes. C'est ainsi que Henckel ,
ayant mis dans un pot de la terre prise au
printemps à deux pieds de profondeur , et
l'ayant planée au faite de sa maison, il y crut
des graminées et des orties.
« Verra-t-on dans ces faits à peine étudiés,
et désignés sous le nom d'apparitions spon-
tanées , une preuve de plus en faveur de la
théorie de la génération primitive ? Je ne
l'affirmerai pas. Je donne ces faits comme
très-surprenants, et je désire que les botanis*-
tes , abandonnant les travaux méthodologi-
ques purs, donnent à leurs études une direc-
tion plus large et recherchent surtout les
grandes lois qui régissent Tor^^anisme.
« Que résulte-t-il de ce qui précède ? C'est
que la génération des êtres primordiaux a
heu par l'action réciproque des éléments de
l'organisme mis en rapport par fes agents
qui établissent en eux la vie ; et la sexualité
ne prouve rien contre les faits. Si les êtres
organisés, animaux ou végétaux, simples et
complexes , étaient composés de principes
élémentaires essentiellement autres que ceux
qui se retrouvent dans les c(»rps inertes » on
pourrait croire alors qu'il faut l'intervention
d'une force occulte pour arriver à leur for-
mation ; mais il n'en est rien : trois princi-
pes élémentaires fondamentaux chez les uns,
quatre chez les autres, puis un mode parti-
culier d'existence, sous Finfluence des agents
chaleur, lumière, électricité, et rien de plus :
ce qui revient à dire que Vorganisme est un
mode particulier de la matière, Pourc|uoi alors
se refuser à admettre que les principes cons-
tituants d'un corps en état de désagrégation
ayant conservé dans leur mode d'association
les éléments primitifs de tout organisme ne
s'organisent pas à leur tour, et une fois doués
de vie n'émetfent pas, en vertu de leur évo-
lution individuelle , des spores ou des g^em-
mules propres à la reproduction d'individus
semblables à eux? Cette idée s« présente
C15
r.EN
mCTiONT^AlHË
GËN
(16
assez clairement à mon esprit : une cellule
ou un ovule , composé d'une association de
cellules^ forme une agrégation organique
avant un mode d'existence spécial, et ne
pouvant subir de modifications que quand il
naîtra pour elle des circonstances qui chan-
i^eront sa manière d'être. Pourquoi alors
s'étonner de la simililude des produits/
Pourquoi s'étonner plus de la génération
sexuelle que de la génération gemmipare ou
fissipare? Un organisme aseiuel est celui
qui se trouve dans des conditions telles que
la cellule élémentaire jouit isolément de
propriétés vitales qui la mettent en état
d'assimiler dès son émergence les principes
nutritifs ambiants ; tandis que dans les orga-
nismes sexuels, l'ovule n'est susceptible
d'émergence que quand , par le rapproche-
ment du mâle, il est mis dans des conditions
physiologiques qui le douent de la somme
de vitalité nécessaire pour devenir un être
nouveau; en s'élevant plus haut, on trouve
que le jeune être, au lieu d'assimiler immé-
diatement les principes alimentaires qui ser-
viront plus tard à l'entretien de sa vie ,
a besoin d'une nourriture élaborée par la
mère. Toujours donc , le principe d'évolu-
tion se présente dans toute sa puissance. A
mesure gue les êtres deviennent plus com-
I^lexes , ils ont besoin d'une nourriture plus
oaguomçnt préparée. La génération sponta-
née ou. primitive n'est donc pas ici une ques-
tion de génération proprement dite, mais d'or-
ganisation rudimentaire ; et la génération est
un acte physiologique du môme ordre que
la nutrition. A cela on demandera pourquoi,
puisque je défends la théorie de la puissance
plastique de la terre, il ne se forme plus à sa
surface d'hommes , de lions , de tigres , de
singes, etc. ; je répondrai que c'est que l'épo-
que de leur évolution est passée, et qu'il ne
s en forme pas plus que d'or et de métaux ,
et de pierres précieuses, au sein de la terre.
Ce sont les productions d'une époque écou-
lée, et le temps ne revient pas sur sa route ;
il chemine et emporte avec lui les planètes
qui, après de nombreuses modifications, pas-
sent de l'enlance à la virilité pour tomber
dans la décrépitude , avec les atomes qui se
meuvent à leur surface. »
Toutes ces opinions s'évanouissent devant
une discussion sérieuse des faits. Nous al-
lons chercher h le démontrer, en nous occu-
pant successivement des principaux phéno-
mènes sur lesquels on s'appuie pour soute-
nir aujourd'hui la génération spontanée des
iiifusoiresy et de ceux qui servent de base à
la même opinion pour les entozoaires.
§ 1, De la génération spontanée des infkAsoi'
res. — I, On a fait deux hjrpothèses sur la
génération spontanée des infusoires : ceUe
w molécules organiques de Buffon , et celle
de la création de spores^ des auteurs moder-
nes.
(325) Uhioire des travaux et dei idées de Buffon,
p. 78 ; Paris, 1844.
f 324) Uurro.t, Hi$toire nainreile générale et parlf-
cuiUre^ avec la description *!»* Cabinet du rot , de
Preinièrehypothèse. — Bufl'oD, voyant d'une
part la matière se désagréger, et voyant d'un
autre côté nattre de petites particules vivan-
tes dont l'origine échappait à l'observation ,
supposa l'existence d'une foule de corpuscu-
les animés dont chacun serait le centre de
forces vitales propres. De la réunion d'un
grand nombre de ces corpuscules, (ju il dé-
core du nom de molécules organiques^ s
formeraient , d'après lui , tou;s les animaux ,
sans en excepter les plus grands ni les plus
parfaits ; de leur séparation , de leur isole-
ment, résulteraient des espèces de monades
susceptibles de conserver à la fois et leur
état solitaire et leurs facultés vitales, douées
uune vie indépendante, mais pouvant se
grouper ultérieurement pour créer des for-
mes vivantes nouvelles. De là l'idée d'une
mutation continuelle , non-seulement des
éléments matériels qui constituent le corps
des animaux, mais, de la forme même de ces
animaux , conséquence qu'il a vainement
essayé d'éluder par la nouvelle supposition
des moules intérieurs; de là aussi la possi-
bilité de voir apparaître toutes les formes
imaginables et inconnues de nouvelles es-
pèces.
C'est précisément cofnme une consé-
quence de ces molécules organiques , que
Buffon admet les générations spontanées,
tf L'une de ces hypothèses suit de l'autre,
dit Flourens (323). Aussi, les beaux et nom-
breux résultats de la science tnoderne, les
découvertes de Redi, de Swammerdam , de
Valisneri, de Réaumur, sont entièrement
perdus pour Buffon. Il y a peut-être , dit-il,
autant d'êtres soit vivants, soit végétants,
qui se reproduisent par l'assemblage fortuit
des molécules organiques , qu'il y a d'ani-
maux ou de végétaux (jui peuvent se pn>-
duire par une succession constante de gé-
nérations (324). » Et plus loin : « Plus on
observera la nature , plus on reconnattra
qu'il se produit en petit beaucoup plus d'ê-
tres de cette façon que de toute autre. On
s'assurera de même que cette manière de
génération est non-seulement la plus fré-
quente et la plus générale , mais la plus an-
cienne, c'est-a-dire la première et la plus
universelle (325). » Et pour montrer quelle
extension Buffon donnait à cette hypothèse :
(( Dès que les molécules organiques, ^oule-
t-il, se trouvent en liberté dans la matière
des corps morts et décomposés , dès Qu'elles
ne sont point absorbées par le moule inté-
rieur des êtres organisés, qui composent les
espèces ordinaires de la nature vivante ou
végétante, ces molécules , toinours actives,
travaillent à remuer la matière putréfiée,
elles s'en approprient Quelques particule^
brutes, et forment , par leur réuniOQ , une
multitude de petits corps ori^anisés, dont les
uns , comme les vers de terre , les cham-
pignons, etc., paraissent être des animaux
Vlmpriraerie royale, în-4'; Paris, 1749-1789; Suj>-
plément, t. IV, 'p. 555.
(325) Onv, cit., So[>pi., t. IV, p. 557
ei7
CEH
D'ANTHROPOLOGIE.
CEN
«HS
ou des végétaux assez grands, mais dont l&s
antres en nombre pi-esque infini ne se
voient qu*au microscope; tous ces corps
n'existent que par une génération sponta-
née (^326). Les anguilles de la colle de farine ,
j^ilmue-t-iÙ celles du vinaigre , tons les
[/retendus animaux microscopiques ne sont
i|uedes formes différentes que prend dlclic-
mô.ue, et suivant les circonstances, cette
matière toujours active et qui ne tend qu'à
rorganisalion (327). » Enun, pour n'avoir
pas a revenir sur ce point historique, voici
ce que dit encore Buffon de la génération
des entozoairès : « La génération spontanée
sV^cree constamment '.et iiniverscllement
après la mbrt, et quelquefois aussi pendant
la vie. Les moTécules surabondantes, qui ne
peuvent pénétrer le moule intérieur de ra-
nimai pour sa nutrition , cherchent à se réu-
nir aYûc diielqùes parties de la' matière
tiTute des aliments» et forment, comme dans
la putréfaction, des côrjps organisés ; c'est li
rorii;ine des fëhias, des ascarides , des dou-
VP5 et de tous les autres vers qui naissent
')an« le foie, dans Testomac, les intestins, et
[u^que dans le sinus des veines de plusieurs
animaux ; c'est aussi Vorigine de tous les
îers qui percent la peau (328)... »
II est vrai qu'examinés avec de mauvais
microscopes, les infusoires semblent n'être
laune simple masse dé gelée vivante , et
peuvent passer pour ces prétendues molé-
rales organiques de Buffon. Les tissus des
ffiimaux, imparfaitement étudiés avec des
zrossissements peu considérables, offrent
iussi un aspect granuleux qui a pu les faire
•egarder comme composés de la réunion de
t)rpu5cules ou globules, auxquels il était
^iie, avec une imagination comme celle de
hffon, d'accorder une vie propre. Plusieurs
teervateurs sont tombés dans une erreur
inalogue sur la structure des tissus à une
époque encore peu éloignée de la nôtre :
tUst Milne-Edwards (329) qui professe au-
oorj'hui sur le même point des idées bien
litférenies. Mais en ce moment nos con-
uis^ances bistologiques ne nous permettent
>!u^ le doute , et il est certainement inutile
le réfuter les idées de Buffon sur ce sujet.
Deuxième hypothèse. — Vers la fin du der-
Hn siècle , Spallanzani commença , sur la
i'fraation des infusoires , des recherches
i^>n{ nous aurons bientôt l'occasion de par-
Itr ; uais d'après Boqnet , troublé dans ses
fODcluéions par quelques idées précongues ;
'^ D'en tira pas peut-être tout lé parti qu'il
fcuii. Plus tard, en France, Fray (330) ût
^ nombreuses expériences avec* toute la
nuDulie des chimistes et des physiciens.
|his elles furent plus nuiçibles qu'utiles i
«doctrine qu'«' voulait défendre ; car elles
f3tt) Omg. du, Suppl., t. IV, p. 539.
(^7) Ont. cU., Suppl., t. rV, p. 543.
m\Ow. cil., id., 1. 1 Y, p. 341.
'^>^) tUpertoireoénérûl (tanatomie et de phy$t<h'
<^, pttbùé par Breschel ; Paris, 1827. tome 111,
Nie 47.
1^) Ettos isr torimm de% corps organisés et
"^ynuOi: Paria, 1817. Qnoîque pabliées en
Di«mo9i?i. d'A^ithbopologÎb.
le conduisirent h admettre que dans les in*
fusions se produisent non-seulement des
animaux microscopiques , mais même des
vers do terre, des colimaçons, et jusqu'à des
insectes d'une organisation compliquée ,
des podures, des cousins, etc. Dugès recon--
nalt qu'il y a eu dans ces expériences quel-
tjue cause d'erreur, comme dans les expé-
riences plus récentes de Crosse , qui aurait
prodiiit des acariens dans des solutions de
silice, déposées sur un morceau de lave'et
soumises à l'action de la pile.
En Allemagne , Gleichen , Gruithuisen ,
Bûrdach , Treviranus et quelques autres
firent de nouvelles expériences. Biirdach,
qui les rapporte et les résume toutes , n'en
conclut néanmoins la génération spontanée
nue pour les êtres inférieurs. Voici comment
il en explique la possibilité : « Comme là
plasticité individuelle, dit-îl, ne peut que
conserver les organes supérieurs (viscères,
muscles, nerfs, etc.) par la nutrition, tandis
que pour ce qui concerne les organes.infé-
rieurs (tissu cellulaire, vaisseaux capillaires,
os, etc.), elle est apte à produire de nou-
veau, soit en ajoutant à ce qui existe déjà,
soit en régénérant les parties perdues ; de
même la génération ne saurait maintenir
les organismes supérieurs que par propaga-
tion, mais peut, lorsque les circonstances
sont favorables, créer de nouveaux organis-
mes inférieurs (331). Malheureusement pour
la théorie, il n'y a pas tout à fait parité
entre la régénération; entre les muscles, les
nerfs, le tissu cellulaire, les os, etc., ne sont
f>as tout à fait justes. Biirdach pense d'ail-
eursquela génération spontanée ne s'exerce
guère que SUT des substances organiques :
« Si la force plastique de notre planète, dit-
îl (332), a été autrefois plus puissante qu'elle
ne l'est aujourd'hui ,^on peut penser que la
génération primordiale a été mise en jeu
jadis par des dépôts inorganiques nroduits
au sem des eaux ; mais qu'aujourdliui elld
a lieu, sinon exclusivement, du moins prin-
cipalement lorsqu'on fait infuser dans l'eau
une substance qui a joui de la vie. d
En résumé, les travaux de ces expérimen-
tateurs modernes semblèrent , non pas con-
firmer les idées de Buffon, qui n'étaient que
de simples suppositions , mais prouver que
la substance organique morte peut devenir
le siège d'une rermentâtion , et , par suite,
donner naissance à des granules, aesquelles
se développeraient , comme de véritables
ovules, les êtres infusoires. ;« Datiis Ta propa-
gation par œufs , dit Biirdach (333), fe nôu-
Tel individu se forme aux dépens d'une masse
amorphe de granulations microscopiques qui
se decopposeiit. De parelHeà analogies ne
permettent pas de regarder comme absolu-
France seulement en 1817, ces expériences datent
de 1800 el 1807. Une partie fut publiée en Alle-
magne en 1807.
(331) BoRDÂCH, Traité de phytiologie^ t. P% p. f 0,
Paria, 1857.
(339) Ouv, cit., t. P% p. 417.
(335) Ouv. cit., t. V\ p. 12.
•il
G£N
DU:TIO!(iNAinE
QKS
(!6
menl impossible que de la substance gre-
nue, prrauite par la décomposition de la
matière organique , il se développe un ani-
mai d'une autre espèce , pourvu de bouche,
de cavité di^estive , d'oganes locomoteurs,
quoique d'ailleurs d*une structure fort sim-
ple. 1»
On verra qu'aucune de ces deux hypothè-
ses n'est fondée sur les faits. Mais , il faut
le dire, avant même que Texpérience eût ré-
pondu d'une manière qui nous parait au-
jourd'hui décisive , on avait émis, sur la na-
ture du phénomène dont nous nous occupons,
une opinion plus logique. De tout temps, en
effet, on a cherché a expliquer la généra-
tion des infusoires par le développement
d'œufs ou de germes, c'est-à-dire par un
mode semblable à celui par lequel nous
voyons se former les autres êtres vivants,
Îui naissent de parents semblables à eux.
aut-il admettre alors que ces germes se
trouvent répandus partout, dans Pair, dans
l'atmosphère, dans les eaux, etc. ; en un mot,
faul-il admettre la dissémination des germes
de Bonnet ? C'est là une seconde question
qu'il nous faudra bientôt discuter.
II. Mais avant de répondre à cette diffi-
culté , dont les spontéparistes ont fait une
objection, et à quelques autres qu'on a
élevées contre le mode de reproduction des
infusoires que nous adoptons , nous devons
exposer les expériences que tant d'observa-
teurs ont tentées dans le but de résoudre
une question si controversée, et signaler
surtout les caractères de précision néces-
saires à ces expériences pour qu'elles puis-
sent foire naître la certitude.
Les premières expériences semblèrent
tout à uiit favorables à l'opinion des géné-
rations spontanées. Telles furent celles de
Leeuwennoek et de Needham qui découvri-
rent les infusoires. Plus tard , les observa-
tions d'un grand nombre de physiologistes
et de naturalistes, et notamment deSpal-
lanzani , de Wrisberg de Gleichen , d O.-
F. Millier, d'ingenhousz , de Fray, de G.-R.
Tréviranus, deGruithuisen, deBiirdach, de
Schultze, d'Ehrenberg, de Dujardin , etc. ,
tout en étendant beaucoup nos connais^
sances à cet égard, ont pu donner lieu
encore aux conclusions les plus opposées.
Spallanzani vit que les substances orga-
niaues cuites sont tout aussi propres que
celles qui n'ont pas bouilli à donner nais-
sance à des infusoires ; que l'eau distillée
est aussi favorable à leur développement
.que l'eau ordinaire ; que l'air atmosphéri-
que est nécessaire à ce développement,
et surtout au'on ne vit naître aucun infu-
soire dans les infusions qu'on a fait bouil-
lir en vases clos. Cependant il reste dans le
(!oute : « Les infusoires , dit-il , tirent sans
doute leur première origine de principes
(S$l) SPALLAnzAiii, (huiculêê dejkhi^ùfue animaie
«t végétale, t. K, p. 230 ; Paris, 1787.
(3d5) Obsiivalionum de animalctUiê in/titorti* ta-
Mira, etc., p. -85, 86; GtBttinffiie, 1765.
(SSB) Biùioffie, L H, p. 39S; Geettingae, lÉ^.
préorganisés; mais ces principes sonuils
des œufs, des germes ou d'autres sembla-
blés corpuscules 7 S'il faut offrir des faits
pour répondre à cette question, j'avoue
ingénument que nous n'avons sur ce sujet
aucune certitude (334). »
Wrisber2(335) prouva la nécessité de Tin-
fluence de l'air atmosphérique, en démon-
trant qu'il ne se produit aucun animal
dans les infusions recouvertes d'une con-
che d'huile.
Tréviranus (336) dit que la diversité des
substances organiques en infusion entraîne
aussi des différences dans les infusoires
qui s'y forment , que la lumière exerce sur
cette production une influence considéra-
ble, etc. , et il arrive à soutenir une opi-
nion fort analogue à celle de Buffon sur
les molécules organiques.
Une des productions qui a le plus ocnipé
les partisans de la régénération spontanée
est la matière verte de Prieslley. Etudiée
surtout par Ingenhousz (337) , elle apparaît
aussi, dans les conditions dont nous venons
de parler, sous l'aspect d'une croûte m-
dAtre, à granulations rondes et elliptiques,
qui , d'abord isolées et douées de légers
mouvements, paraissent se transformer plu<
tard en filets transparents qui se meuvent
d'une manière irrégulière. Suivant R. Wa-
Sner (338) , elle ne serait qu'un assemblage
e cadavres d'animalcules verts (entre au-
tres de YengUna viridis) ; ses filets mobiles
seraient des êtres différents; et Ingenhousz
aurait eu le tort de ne les considérer qne
comme des transformations des premiers.
En général , les recherches des observa-
teurs août nous avons cité les noms, por-
tèrent successivement sur Tinfluence eier-
cée par la nature du corps solide ou de It
substance à infuser sur celle de Teau dan^
laquelle on la laisse infuser, de Tair qui
est en contact avec elle, de la lumière
qui réclaire, etc. 11 serait beaucoup trop
long de rapporter leurs nombreuses eiyé-
riences , dont des observations subséouen-
tes ont beaucoup amoindri la valeur, nous
nous contenterons d'en signaler les résul-
tats.
Pour ce qui est du corps $olide , tons !«$
corps organisés , après qu'ils ont perdu la
vie, ouïes diverses parties de ces corps (ra-
cines , tiges , feuilles , fleurs, fruits, eerveaç,
1>oumons, foie ^muscles, excréments, elc ;
es principes immédiats qu'on extrait Jei
corps orga;iisés et qui sont encore suscejh
tibles de décoroposntion (mucus, farine.
extraetif, albumine . fibrine, etc.), et en-
core le terreau, la vieille colle des relieurs,
la bière blaivîhe aigrie, le mauvais vinah
gre; enfin certaines substances inorgani-
ques, le granit, l'anthracite, le nwrbre •f-
quiller, d'après Gruithuisen (339); le ^'^
(337) Miicellanea pkgêioHnedica ; Yienns, 1^^^
(338) Manûet de physiologie de J. Mclle». i* l"i
p. il:Paris, i845.
(336) Beitràge zur phyùognosie and tanioçp»^'*^
p. iOO.
•il
CEN
D^ANtHliOPOLOCIE.
r.FN
«le coisine , le sa^pêlre » d*après Tréviranus
«^^), soot susceptibles de donner naissance
à #IeÀ infusoires.
Quant à Teau, on a employé successiye'-
ment Teau de rosée, que Gleichen dit être
U plus féconde (^l), Teau de pluie ou de
source fraîche, Teau couserrec quelques
mois en rases clos, enfin Teau bouillie et dis-
tillée.
La présence de fair atmosphérique est
indispensable : nous ayons tu comment
WrisDerg la prouvé. Spallanzani (342) avait
aussi remarqué qu'il ne se formait aes in-
fosoires dans des rases hermétiquement
fermés que quand ceux-ci contenaient assez
d'air , ou qu il avait pu en pénétrer à travers
les fissures occasionnées par Faction de la
chaieor. Fraj (343) prétend en avoir vu se
développer sous Tiofluence du gaz hydro-
gène et sous celle de Fazote.
L'influence de la chaleur^ de la lumière ^ de
téltctririté ^ sur la productiou des infusoi-
res , ne parait pas diflérer de celle qu'exer^
cent ces a^^ents impondérables sur le déve-
loppement de tout être organisé.
Enfin 9 on a prétendu que la nature dos
infusoires dépendait de la nature de ces
trois corps (solide, eau, air), de leur pro-
portion respective , etc.
Il est inutile d'insister sur ce poinl , puis-
que les faits sur lesquels est K)ndée cette
assertion ne sont empreintes d'aucune ri-
gueur. Bûrdach (3iV) , après avoir rapporté
les expériences qu il a faites en commun
avec Hensche et Baer, et qu'il appelle dé-
cisives, se plaint de cje qu'un autre pbysio-
lo^te (1. Millier)' ne leur accorde pas la
Diéme valeur. « Je ne vois, dit-il dans son
objection, qu'un parti pris de nier la possibi-
lité d'une expérience décisive , plutôt que
de renoncer à une hypothèse favorite.» Cepen-
dant nous partageons pleinement à ceté^ard
la conviction de J. Mûller, et nous disons
avec lui (3W) : « Quoique quelques observa-
teurs aient expérimenté à la fois sur des
infusions de substance organique, sur de l'eau
distillée , et sur des gaz artificiels , la préci-
sion nécessaire pour établir un résultat dé-
cisif ne saurait être admise comme prot>abIe
dans ces cas ; et elle n'est guère possible ,
puisque les instruments employés pour
changer l'eau auraient dû être absolument
purs de toutes particules organiques adhé-
rentes, et que chaque lavage donnait occa*
sion à des erreurs. »
111. Maintenant nous allons rapporter des
expériences d'un caractère plus positif et
dont les résultats, opposés à ceux de Bûr-
dach et de tous les partisans de l'hétéro-
génie, nous paraissent être d'une rigou-
reuse exactiluoe.
qm Biologie, I. H, p. »» ; Goettiogue, 1822.
|2U|/ Diêsertaiion sur la génération de$ ammtd'
UajÊermoUgnes et ceux £ infusion; Paris, an Tll.
(SIf) Observation et erpérienees sur les am-
mmi€uUs^ p. 140, i. h% dans Opuscules de pkg-
(345) Essai sur torigine des corps orgamgats et
^orgamqaes, p. 5S; Paris, 1817.
Les principales conditions qu'il importe
d'observer dans l'application de l'expé-
rience à la ouestion des générations spon*
fanées , sont tes suivantes : 1* Il faut être
sâr que toute matière organique vivante ,
germe ou animal , est détruite dans l'infu-
sion Qu'on a préparée; 2* il fiiut veiller à
ce quil ne puisse pas s*en introduire du
dehors, pendant tout le temps que doit du-
rer l'erpérience. Vojons comment ces ron-
ditions ont été remplies.
Nous avons entendu Milne-Edwards ra-
conter plusieurs tentatives infructueuses
auxquelles il se livra, il y a un certain
nombre d'années , dans le but de provoquer
des générations équivoques. Ayant mis dans
un tube de la matière organique et de
leau , il faisait bouillir le liquide afin de
tuer les animaux qui auraient pu s^y trou-
ver , pois bouchait le tube , en tirant son
extrémité à la lampe. Aucun infusoire ne
se formait dans ces infusions , même après
un laps de temps très-long. Au contraire ,
des animalcules s'y développaient toi\jours,
quand l'appareil n^avait pas été préalable-
ment chauffé. On pourrait objecter avec rai-
ron à ces expériences que l'air ne se renou-
velant pas à la surface de l'infusion, il
n'était pas étonnant qu'un animal ne pilt y
prendre naissance.
Mais plus tard Schultze (3V6; fît des ex-
périences plus concluantes. La première
échoua dans les circonstances suivantes :
Il prit un vase à deux tubulures, dans le-
quel furent mises de l'eau distillée et des
matières organiques, telles surtout que du
poivre, signalées comme les plus propres
au développement des infusoires; puis,
ayant tué tout ce qu'il f»ouvait y avoir de
vivant dans le bocal, en le plongeant dans
un bain-marie très-chaud , il plaça simple-
ment l'appareil sur sa fenêtre, pour le
mettre en contact avec l'air extérieur. Au
bout de peu de temps des infusoires s'y
montrèrent.
Dans une autre expérience , Schultze em-
ploya plus de précautions. Ayant tout dis-
posé d abord comme dans la précédente, au
lieu de laisser arriver librement l'air at-
mosphérique en contact avec son itiélange,
cet observateur prit le soin de lui faire su-
bir d'abord un lavage qui, sans altérer sa
composition , le purgeât de tout germe et
de toute matière organique qu'il pourrait
tenir en suspension. Pour atteindre ce but,
il ne le laissa se renouveler dans les flacons
qu'à l'aide de deux tubes placés dans les
deux tubulures; l'un de ces tubes était des-
tiné à l'entrée de l'air ; l'autre , muni d'un
appareil d'écoulement, en déterminait la
sortie et le renouvellement continuel. Au
(544) Trinté de physiologie^ 1. 1'', p. 26, trad. de
loordan.
(545) Manuel de physiologie , trad. de loardan,
t.Kp. 15; Paris, 1845.
(546) Annales de Poofendorf, p. 41 ; 1857.<- Fdy.
aassî Èéimburg ne» pmlosopkicil Joumai^ octobni
1857, et Auaàes des sciences naturelles^ ir série.
Zoologie, t. Vf!!, p. 520; 1857.
GEN DiCTHMNAIRE
tube qui était destiné à son entrée, Schultie
adapta un appareil renfermant des réactifs
que l'air était obligé de traverser avant d'ar-
river dans le vase, et où il se lavait com-
plètement 9 de manière q[ue tout être orga-
nisé ou tout germe d'animal qui y aurait
été contenu lût incontestablement détruit.
Le réactif dont il se servit de préférence
fut l'acide sulfurique concentré ; et , pour
qu'après ce passage l'air ne restât pas
chargé d'acide, il lui fit traverser un second
bain formé seulement d^eau pure. Or, quelle
que fût la durée de l'expérience , tant que
celle-ci fût continuée avec le même soin ,
jamais le moindre infusoire, ni animai , ni
végétal f ne se développa. Ainsi , on {)eut
hardiment en conclure que de la matière
organique, de l'eau et de l'air ne suffisent
pas pour produire un être vivant. A la fin,
Schultze déboucha le vase, et au lieu de
n'y laisser arriver que de l'air purifié,
il y laissa pénétrer , comme dans sa prc«
roière eipérience, de l'air ordinaire , c est-
à-dire de l'air chargé de toutes les matiè-
res pulvérulentes qu'il peut tenir en sus-
pension et charrier d'un lieu à un autre,
et au bout de trois jours apparurent des
infusoires.
Schwann (30^7) a fait des observations
analogues : il a reconnu que les liquides
bouillis et chargés de matières organiques ,
qu'on met en contact avec de l'air préalable-
ment soumis à la chaleur rouge, mais riche
encore en oxygène et souvent renouvelé,
ne produisent ni infusoires, ni moisissures,
et ne subissent pas la putréfaction. Après
lui , plusieurs observateurs ont répété ces
expériences avec le même succès.
Il est donc inutile de recourir au prétendu
mode de formation attribué par Biirdach
et tous les spontéparistes aux animaux in-
fusoires. Non -seulement les &its sur lesquels
il est fondé sont bien loin de concorder entre
mais on voit encore que l'expérience
GKS
m
eux
précise le repoussé de la manière' la plus
formelle.
IV. Cependant, les partisans de l'faétéro-
génie, ayant crujrouver dans leur hypothèse
une explication plus facile que dans celle
des germes, et ayant soulevé contre cette
dernière toutes sortes d'arguments, il nous
faut répondre maintenant à leurs objections,
et, après avoir prouvé que tout fait empreint
de positivisme repousse la génération spon-
tanée des infusoires ; il nous faut démontrer
en même temps que rien ne s'oppose à l'in-
telligence d'un mode plus normal de généra-
tion a l'égard de ces animalcules.
Comment se fait-il, répètent sans cesse les
adversaires de l'existence des germes, qu'on
n'aperçoive pas ces germes eux-mêmes qui
doivent être si nombreux et disséminés
partout? Mais on peut leur répondre qu'il
n'y a rien là de surprenant, puisqu'il faut
dé^à des instruments très-puissants pour
(5i7) Sur le$ générations équivoques , dans les
Annales de Po§gendorf, pag. 184; 1837.
voir les animaux qui en proviennent.
Comment peulril arriver, reprennent les
spontéparistes, oue ces germes soient trans-
portés partout? £t alors ils s'élèvent surtout
contre la puissance des courants atmosphé-
riques, laquelle est pourtant si incontestable.
Or ce que nous savons de celle puissance
doit nous rendre fticile à comprendre le
transport de corpuscules aussi petits, aussi
légers que des germes infusoires, et dont on
nombre infini pourrait former à peine une
masse comparable à un faible nuage dépous-
sière. Les cendres du Vésuve n'ont-elles pas
été transportées par le seul intermédiaire de
l'air, non-seulement dans toute l'Italie, mais
dans des lieux plus éloignés encore f La seule
force des courants atmosphériques el des
ouragants n'est'^lle^s la cause de ces pluies
de crapauds eC de poissons dont personne ne
récuse l'étonnante authenticité? £t pour indi-
ouer seulement la possibilité d'autres moyens
de transports, les œufs des animaux qui vi-
vent dans l'eau ne peuvent^ils pas être portés
d'un lieu dans un autre, par leur adnésion
aux pieds des oiseaux aquatiques, ou par
toute autre cause analogue, aussi simple et
aussi fréquente?
Si ces germes sont répandus partout,
ajoute-t-on, il doit y avoir un gaspillage de
produits inconcevable. Hais n'est-il pas évi«
dent qu'il doit y avoir partout des pertes
semblables, surtout dans les rangs infmeurs
de l'organisation? A mesure qu'on descend
dans 1 échelle des êtres , on voit que pour
que le nombre reste à peu près le même el
que leur production et leurs pertes se com-
pensent par un balancement réciproque , le
nombre des germes et celui des œu& se mul-
tiplient de plus en plus. C'est un fait irrécu-
sable et nécessaire aux harmonies de la
nature. Ainsi il est probable qu'en général
un champignon est remplacé par un cham-
pignon, et cependant Fries {3kS) a remar-
qué gue le nombre des spores du reiicuUsria
maxima est de dix millions. 11 faut donc,
dans ce cas particulier , di^ millions de
germes pour la production d'un individu
ans l'économie générale de la nature. Le
même fait s'observe , bien que dans des
f>roportions en général plus exiguës , chez
a plupart des animaux: combien le nombre
des œufs pondus, chez les animaux infé-
rieurs, et même chez les insectes, chez les
foissons, n'est-il pas considérable, comparé
celui des sujets qui arrivent à l'état ad al le
et qui, remplaçant leurs parents, atlei^enl
le but final de représenter et de continuer
l'espèce 1 Chez les mammifères eux-mêmes
et dans Tespècc humaine, un grand nombre
d'œufs se forment qui ne sont jamais fécon-
dés; et parmi ceux^qui l'ont été, combien
périssent pour quelques-uns qui prospè-
rent! Je ne sais si, rigoureusement parlant»
on trouve dans les sermes des inAisOtres
une prodigalité pareille. Loin d'y voir une
profusion inutile , admirons plutôt celle
(348) Systema arb, végétai.
«EN
rArmillOPOLOGîE.
GEIf
eus
trtae libéralité de la nature pour assurer la
cootiooité des es{)èces.
L'ne dernière objection, à laquelle les par-
tisans de la génération spontanée «goûtent un
graad poids, est la suivante : Dans un grand
nombrâdecas, disent-ils, on voit des èires
se former dans des lieux où , depuis fort
jon^efflps, on n'arait vu des êtres sembla-
bles. Comment auraient-ils pu s'y dévelop-
per, si ce n'est spontanément? Rien n*est plus
rrai, sans doute, que ces sortes d^apparitions
sourent surprenantes ; mais rien n'implique
mins la nécessité d'une génération sponta-
ûée. On le sait, en effet, un grand nombre
(lei;enne5, des animaux même peuvent con-
server laplitadc à vivre ou à se développer,
quoi((ue la vie semble annihilée chez eux,
tl qu elle 7 reste plus ou moins de temps
(oui à fait latente. 11 est facile de citer une
omltititude d'exemples de cette singulière
(acuité.
Le fait est peut-être plus frappant pour
les plantes que pour les animaux. Toumefort
raconte que des marécages, desséchés depuis
longtemps, s'élant renouvelés, environ un
siècle après leur dessèchement, par suite de
pluies abondantes , on vit s'y développer de
Dourean des plantes marécageuses, gui n'a-
nmi point paru dans le même lieu tant
qa'il n'y avait pas séjourné de l'eau. Di^s
exemples de ce genre sont très-multipliés
dans la science. Franklin (3M), rapporte
3'i en Amérique, quand on a nrûlé des forêts
epins, quelques années après on voit naître
<les peupliers & la même place. Surles lieux
qu'occupaient les forêts vierges de l'Amé-
nque, après qu'on en a opéré la destruction,
«n Toit pousser des trèfles (350). Dira-t-on
que, dans tous ces cas, et mille autres qu'où
pourrait citer, j1 y a eu génération sponta-
n'e?N'est-n pas plus naturel de supposer
f|ue les graines de ces diverses plantes sont
r<*nues uailleurs, à l'aide des courants at-
mosphériques ou de tout autre moyen de
'««sport qui peut nous échapper? Ou bien
»»* IH»ut-on pîis admettre quelles séjour-
(Miont depuis longtemps dans le lieu même
>û elles ont poussé et qu'elles y ont conservé
*ur vitalité jusqu'au moment où îes circons-
*n'*es ambi^fntes, venant à changer, leur
^»ïi permis de prendre leur développe-
I-ink (331), rapporte que, lorsqu'une source
Iwu salée vient à sourdre loin de la mer,
'fl voit bientôt croître aux alentours des
^zétaux nui n'habitetU que des terres im-
^'^ées de sel ou les rivages de la mer.
lûrdach (352) se hâte d'en conclure que le
'f»angement de nature du sol a sufli pour
•fodnirc des végétaux d'espèces différentes;
't« ajoutant à cet exemple celui des plantes
tourelles qui croissent surles lieux. ravagés
ar nnceiidie, il dit : « Il est parfaitement
informe à l'analogie avec la formation des
nfusoires^ que les produits de la combustion»
<^19) Pfnep'9 Notîxen, t. VU, p. 195.
(^) (lomucc, dans Fforiep's NoUzen^ I. Yllf,
f.ll6.
'^>1) EiemiiUa philot^hiœ ^olantrcr, p. 162.
variant selon la nature du sol et cène des
substances combustibles éparses k sa surface,
donnent lieu aussi au développeiuent de
plantes différentes. * C'est ainsi qu'il prend
toujours le changement des circonstances
extérieures et, par suite, des conditions d'exis-
tence des divers êtres orfjanisés, pour la
. cause même de la production de ces êtres.
N'est-il pas plus simple de n'y voir que la
cause de leur développement, que la possi^
bilité pour eux de vivre dans des lieux où
on n'avait pu les voir encore , parce qu'ils
n'avaient pu y trouver, jusque-là, les élé-
ments nécessaires à leur existence? Du reste,
des expériences précises nous démontrent
que cette conservation des graines , que la
f)ersistance de leurs propriétés vitales et d&
eur pouvoir germinatif, quelque étonnantes
qu'elles puissent nous paraître, sont néaur
moins des fhits irrécusables. Ainsi on a vu
Sermer des grains de sensitive qui étaient»
epuis soixante ans, dans l'herbier de Tour-
nefort; des haricots recueillis depuis cent
ans , des mousses conservées aussi depuis
deux cents ans ; enfin, du blé et du riz trou-
vés dans les plus anciens monuments de la
vieille Egypte. N'y eût-il aucune cause d'er-
reur dans rexpérience de Fray qui a vu se
dévelopf^r des animalcules dans l'infusion
des débris d'une momie, les faits que nous
venons de citer suffiraient pour lui ôter tout
cachet de spontéparité.
Les œufs des animaux ne paraissent pas »
il est vrai , pouvoir conserver leur viabilité,
pendant un temps aussi long; mais encore
sont-ils susceptibles de la garder durant un
certain nombre de mois et même d'années.
Tout le monde sait qu'en soumettant les
œufs des vers à soie a une basse tempéra-
ture, les agriculteurs parviennent à les con-
server pendant un temps assez considérable.
Chez plusieurs animaux (et notamment chez
quelques-uns assez parfaits en organisation
J>our qu'on ne puisse plus élever aujourd'hui
i leur égard seulement le soupçon de géné-
ration spontanée), on a constaté des faits
analogues à ceux que nous avons cités chcK
les végétaux. Ainsi on a vu des animaux
paraître, à certaines époques, dans les lieux
où on ne les avait pas rencontrés depuis fort
longtemps. Adanson a vu, au Sénégal, de petits
marais, desséchés neuf mois de 1 année, qui,
plus tard, lorsqu'il avait plu, se peuplaient
de poissons dont les espèces étaient diffé-
rentes de celles qui peuplaient les eaux en-
vironnantes. Sans aller si loin, on voit sou-
vent les eaux pluviales des fossés qui restent
à sec la majeure partie de l'année, et quel-
quefois plusieurs années de suite,.se peupler
rapidement de myriades de petits crustacés,
en particulier de daphnies, de cypris, de
cithérées, même d'animaux d'assez grande
taille, comme les branchippes, les apus.
Desmarest Ta surtout remarqué pour ces der-
niers (353). 11 y a quelques années, dans la
(552) Trailé de physiologie, t. I*', p. 42 ; Pari»»
(353) DuGfes, Physiologie comparée, Xj Ut, p. iOl ;
IfoniycUicr,. 1839,
«n
CE3i
DICTIO?(.lAfRe
CE5I
m
Ibrél de FonUiioebleau , ou trouvait des
flaques d*eau pleines de petits crustacés bien
connus des naturalistes , longs de k centi-
mètres, nommés apus^ et (|u*on ne rencontrait
pas dans les lieux voisins. Une année» ils
disparurent complètement, et, pendant les
deux ou trois années qui suivirent, on n'en
trouva plus du tout; puis ils reparurent
bientôt en grand nombre. Comment expli-
auer tous ces phénomènes, si ce n*est en
disant que les germes de ces divers animaux
étaient restés viables dans la vase, tant que
les circonstances favorables à leur dévelop-
pement ne s*étaient pas présentées? Entou-
rés d'une humidité suflisante, et protégés
par la surface desséchée , végétante même,
du marécage, ils ont pu s'y conserver long-
temps sans périr. D'un autre côté, les cou-
rants atmospnériques, Tadhésion aux pieds
des oiseaux aqua!if|ues , dont il a déjà été
question , et plusieurs autres moyens de
transport, auraient pu les faire passer d'un
antre lieu dans celui qui est devenu le ber-
ceau de leur développement.
Du reste, ce ne sont pas seulement les
germes d'un grand nombre d'êtres qui sont
susceptibles de conserver leur viabilité mal-
gré 4&* dessèchement et Tabsence de toutes
Jes cireôttstanees nécessaires à leur évolu-
tion. Plusieucs ^animaux, déjà développés,
paraissent être aùssit doués de la même fa-
culté. Spallanzani (Sbï) constata, en exa-
minant les mousses qui se trouvent sur les
toits, dans les gouttières, l'existence de pe-
tits animaux, curieux à bien des égards, et
qu'on connaît sous le nom de rotifères ; ces
animaux desséchés ne donnent aucun signe
de vitalité et ressemblent à des grains de
poussière ; mais dès au'on leur donne de
l'eau et qu'ils en sont humectés, ils revien-
nent à la vie et se font même remarquer par
la vivacité de leurs mouvements. On criti-
qua d'abord le fait : Bony Saint- Vincent (355)
admit aue les rotifères desséchés mouraient
ifiévitaDlement, et que si l'on avait cru voir
ces animalcules desséchés revivre, on n'avait
TU, en réalité, que de nouveaux animalcules
provenant d'œufs promptement développés.
Ehrenberg (356), tout en supposant que le
rotifère continuait à vivre, garanti par la
mousse et le sable, pensa néanmoins que,
loin d'être interrompus, les actes vitaux se
poursuivaient eu lui avec la même rapidité,
et il admet qu'entre le rotifère qu'on exami-
nait avant le dessèchement et cehii qu'on
retrouvait après, il y avait une suite de gé-
nérations intermédiaires ; en un mot, que
celui-ci- n'était qu'un des arrière-pelits-
enfants de celui-là. Mais on a repris ces ex-
périences, et Ton a vu que non-seulement
Spallanzani avait bien observé, mais que
(554) Ovu$€uks de phyiiqne animaU et végétale,
t. U, p. 299.
(555) Encyclopédie méthodique, 1824 ; art. Microê-
eopiquei et vibrions; — Dictionnaire ctassique d^his-
tf^re natureUe, art. Rotifères.
(556) Die Infuscrien ali volkommene Organistnen,
p. 492; Leipsick, 1858.
(557) Suite de son Mémoire sur les lardÎQradeSy^
cette mort apparente peut même durer pen-
dant neuf mois. Les tardigradcs, les vibnons,
qu'on trouve dans les grains de blé racbili-
que, etc., iouissent de la même bculté.
Doyère (357), en poursuivant les recherches
de Spallanzani, a vu un fait plus curieai en-
core ; c'est que, malgré la loi générale dV
près laquelle toute vie est incompatible avec
une température trop élevée, ces aniroioi,
une fois desséchés, pesvent, sans périr, é(re
soumis à une très-forte chaleur. Bescloi-
zeaux (358), il est vrai, a présenté dernière-
ment à l'Académie des sciences des confer-
ves, recueillies en Islande, et qu'il avait Iroo-
vées végétant dans la source thermale de
Grôf, à une température de 96" ; mais en
général il n'y pas d'animaux qui résistent à
une chaleur de plus de 50* : à cette tempé-
rature, ils meur^it tous, même très -promp-
tement. On conçoit ou'il doit en être ainsi,
ne serait-ce que par l'effet de la coag;ulatiou
de l'albumine ; mais Chevreul (359) a conv |
laté que l'albumine, quand elle a été préa-
lablement desséchée, peut être fortement
chauffét sans se coaguler, c'est-à-dire sans
f perdre la propriété de se redissoudre dans
'eau. C'est précisément ce qui est arrivé
dans les expériences de Doyère, cl, grâce
sans doute à cette seule circonstance, ces
animaux, après avoir été d'abord desséchés,
ont pu être chauffés jusqu'au li^)* et même
jusqu'au 140", sans perdre néanmoins leur
viabilité.
V. Après les présomptions que devaient
faire naître les travaux des premiers obscH
valeurs attentifs, après les expériences posj^
tives que nous avons rapportées et les n'i
ponses que nous venons cfe faire aux priui
cipales objections des partisans de Thétéro^
génie, il nous semble peu logique d'adiQettn|
que des infusoires puissent naître spoata^
nément.
Il est vrai que plusieurs des physiologislei
qui croient encore à ce mode ae çènérationj
eu resserrent étroitement les limites : ils ni
supposent pas que des êtres vivants pui^
sent naître de composés minéraux, et sj
contentent de les faire provenir de la dissq
dation de* parties organisées, c'est-à-diri
d'éléments ayant déjà appartenu à d'autre
corps doués de la vie. Ainsi ils pensent qui
la iormation d'infusoires n'est pas, à pro
prement parler, une production primitive» 1
matière organique , mais qu'elle suppo^^
déjà l'existence d'êtres organisés. Aucuni
substance organique, en effet, ne parai
pouvoir se développer d'elle-même. Les véi
gétaux vivants semblent avoir seuls le prl
vilége de transformer les combinaisons bi
naires du règne minéral; l'eau» l'acide ca^
bonique, l'ammoniaque, en combinaisoi
Ann. des se. nat,, u* série , Zoologie, iS^, W
XYlll, p. 5.
(558) Comptes rendus de VAcad. des sciencis^ toui
XXIll, p. 954 ; 1846.
(359) De Vinfluènce que Veau exarce snr /j
Mvstances azotées solides. ( Ant^. de chimie ei ^
phifuiquêf i, XIX, p. 41.)
CKN
DANWIWOLIIGIE.
iCfiN
leroaire oi^çaniaue, tt, par suiie, ea ma-
tière organisée. Les animaui* au contraire,
daprès les Taes générales émises et dére-
ieppées successivement par Burdaeh (360),
J. Mûller (361), J. Dumas (362), vivent en
général de matières organiques déjà formées ;
mais ils n'ont pas le pouvoir d*en créer eux-
mêmes avec des éléments ou des composés
miDéraux : en un mot, leur existence sup-
pose celle des végétaux.
Néanmoins nous ne croyons pas que,
même avec cette f estriction, on puisse ad-
mettre davantage l'a génération spontanée
des infusoires. Ainsi, dans tous les cas que
Qoas venons d'examiner, nous ne reconnais-
sons aucune hétéro^énîe; nous y voyons
seulement une révivification de certains ani-
maux dont la vie était restée latente par
Teffet du dessèchement ou de quelque autre
circonstance ; ou bien un développement de
germes qui étaient demeurés plus ou moins
(le temps sans éclore, parce qu'ils ne se
trouvaient pas dans des circonstances favo-
rables à leur évolution.
. D'ailleurs Ehrenbe^ (363} a découvert
la véritable germination des semences de
cinmpigiions et de moisissures, et par là
filé le mode de propagation de ces végétaux.
Il a fait voir comment on peut produire de
nouvelles moisissures avec des graines de
mmsissures, et il a rendu probable que,
dans le cas où ces êtres apparaissent d'une
manière inopinée, leurs graines, dissémi-
minées par 1 eau ou par Tatmosphère, n'ont
fait que trouver le sol nécessaire à leur ger-
mination. Quant aux animaux infusoires,
fiOD-senlement Ehrenberg a reconnu qu'un
grand nombre a une structure compliquée,
mais il a pu, chez plusieurs, observer des
œufs et la propagation par des œufs, chez
d'autres, la propagation scissipare, ou bien
encore celle par gemmes ou bourgeons. De-
vant revenir sur ces divers modes de repro-
duction, nous ferons seulement observer ici
que cette multiplication peut être extrème-
inent rapide ; c'est co que prouve l'exemple
d'un rotateur {Vkydaiina smia) duquel, d'a-
près Ehrenberg (364), peut résulter en dix
jours un million d'individus. Si l'on ajoute
i cela que le développement de ces animaux
parait être riche en formes successives, et
jo'il peut arriver de prendre pour une dif-
lérence d'espèr^s ce qui n'est qu'une diffé-
rence entre quelques degrés de développo-
jnent, on n'éprouvera plus aucune difBculté
a se rendre compte ni de leur extraordinaire
fflultiplîcation, ni de leur extrême diver-
sité.
Bien que les observations d*Ehrenberg
nous aient révélé les détails de structure les
^^) Traité de pAyito/o^le, t. IX, p. 401 ; Paris,
(^1) Mmmel de pkfisiotogie, t. !•', p. «« ; Paris,
(^) Efffff fur la étatique chimique de§ être$ or^
f«w»J, » édit, février 1844.
(^) iVoM aeta nai. curioi., vol. X. (Citation de
éJ.^!"»"* dans Manuel de phtftiologie, tome 1",
rV 13.)
plus curieux dans les infusoires, il n «st
pourtant pas exact de dire que tous ces ani-
maux, les rotatoires exceptes, aient une or-
ganisation complexe, et notamment un^esto-
mac composé, comme l'admettait d'abord co
micrographe, qui leur avait donné le nom ;
de polyg<i$tri^e$ (365). Dujardin a démon-
tré que plusieurs consistent seulement en
une espèce de gelée vivante, de iarcode^
pour nous servir de l'expression de ce na-
turaliste, susceptible de changer de form«
tant au dehors qu'au dedans, pourvue d'or-
Sues locomoteurs, cils vibratiles, et dan»
luelle les aliments se creusent progressi-
vement un certain nombre de cavités stoma-
cales, destinées à opérer une digestion suc-
cessive des matières ingérées (366). Mais
ces faits n'ôtent aucune valeur aux conclu-
sions que la connaissance plus approfondis
des infusoires permet de déduire contra
l'hypothèse des générations primitives.
En outre, Ehrenberg n'est jamais parvena
à obtenir, à l'exemple de Tréveianus, d1n-
fusions déterminées des formes d'infusoires
également déterminées. 11 a vu tantôt les
unes, tantôt les autres se produire, quoique
la préparation fût absolument la même. Celte
assertion détruit celle de Gruithuisen (367jt
qui dit n'avoir jamais trouvé ces animaux
fiarfaitement semblables de forme, de tail-
e, etc., dans plus de mille expériences faites
sur des infusions de substances diverses, et
au milieu de circonstances différentes, et
celle de Bùrdach (368) , qui prétend qqe les
diverses espèces d'infusoires prennent une
configuration en harmonie avec les circons-
tances. Le fait de cette différence, fût-il avéré,
ne saurait d'ailleurs devenir un argument en
faveur de la génération spontanée. Qu'y au-
rait-il d*étonnant, en effet, à ce que certai-
nes espèces ne pussent se développer que
^ans certains milieux , et d'autres espèces
dans d'autres milieux, si pour les infusoires
comme pour tous les animaux , les milieux
constituent des conditions d'existence ?
{ II. De la génération spontanée des ento^
xoaires. — La seconde question que nous
avons à examiner, au sujet de l'h vpothèse
des générations spontanées, est celle de la
formation des vers inleslinaux^ ou, plus gé-
néralement, des entoxoaires et des parasites.
Or, pour ces animaux, comme pour les in-
fusoires, de quelque espèce qu'ils soient, k
quelque profondeur qu ils se trouvent piè-
ces dans le foie, les muscles, l'œil, le cer-
veau, etc., il est impossible aux partisans
de l'hétérogénie de prouver qu'ils se forment .
8pontanément. Toutes les raisons allé^uéon
aujourd'hui encore en faveur de cet te opinion
ne sont que des raisons négatives. De ce
(364) Annotes des seiet^es naluretéest n* série,
Zoolome, 1. 1«% p. 138.
J|365) EHRERBBao, Die infusions ttuereken ah
iltommene Orgamismen; Leipsick, 1838.
(366) DoJAaDiM , Mémoire sur VorgaMsation dts
infusoires^ dans Ann, des se, nat,^ ii* série, Zoologie^
t. X, p. 230; 1838.
(367) Organozoonomie^ p. 164 : Munich, 181t..
(368} Traira de phtfvohgie, t. r% p. t6. .
931
GSM
MOTfONMAlKE
GILH
«»
qu*on croit ne pouvoir pae expliquer autre-
ment la présence d'un nliaire dans le corps
vitré, d'uue douve dans le foie, ou de tout
autre entozoaire dans un organe profond ,
également éloigné de la surface du corps ou
de ses cavités naturelles et digestives, on
argue que ce filiaire, que cette douve,
que cet entocoairea pris spontanément nais-
sance dans le lieu où on le trouve. Et comme,
il faut se cont(?nter ici de Tubservation di^
rect^, parce qu'on ne peut pas, pour la for*
mation des entozoaires comme |K>ur cdle
des infusoires, provoquer la nature par
reipérimentation t tant qu'il restera un ea-
tozoaire dans lequel on n*aura pas vu des
œufs, ou qu'on n*aura pas surpris se repro*
duisant de quelque autre manière, les parr
tisans de Thétérogénie s'en feront une arme
1>our défendre leur opinion. Cependant tous
es faits bien avérés, toutes les découvertes
qui chaque jour ont fait mieux connaître
i histoire des helminthes, sont formellement
contraires à l'hypothèse des générations
spontanées. Il ne sera pas très-long de pas-
ser en revue les points importants de la ques-
tion , le sujet n'étant pas encombré d'expé-
riences fautives comme pour les infusoires ,
puisqu'ici on ne peut en faire ni de fausses,
Hi de vraies.
Plusieurs savants, et surtout plusieurs na-
turalistes et médecins allemands^ Morren,
ttudolpbi , Bi-emser, entre autres , croient
encore à la génération spontanée des helr
minthes. Une telle opinion se répandit par
leurs ouvrages, qui, d'ailleurs fort remar-
quables, ne nous donnaient des vers qu'une
connaissance superficielle, incomplète et
purement morphologique. Il était réservé
aux travaux anatomiques , surtout aux plus
récents, de redresser leurs erreurs, et de
nous donner une idée juste de l'organisa-
tion compliquée d'un grand nombre^ d'ento-
zoaires.
Sans parler das premiers essais de Redi,
Linné, Eloch, Pallas, O.-P. Miillcr, ni même
des travaux plus importants de Gcoze et de
Zeder, on peut regarder Rudolphi comme le
fondateur de la science helminthologic^e.
Mais si dans son grand ouvrage (369) , ainsi
que dans les magnifiques planches que
Hremser (370) y a ajoutées , la zoologie et
l'histoire naturelle des helminthes ont fait
un immense progrès , il faut avouer que
l'anatomie et la physiologie de ces animaux
n'^ ont que fort peu gagné, et que nos con-
naissances sur cet objet, le seul qui puisse
éclairer l'histoire de leur génération, sont
restées à peu près ce qu'elles étaient aupa-
ravant.
C'es't à tel point que Rudolphi se re-
fuse à admettre diins les vers Texistencr
d'un système nerveux, bien qu'elle y fût re-
connue déjà par plusieurs de ses prédéces-
seurs^
Breqaser (371) luinnéme - publia , peu dé
temps iq>rès, une Uistçire dts vers tniuii^
naux de Vhomme, Non-seulementil y décri-
vit ceux qui $e trouvent diius son 4ube di-
gestif, et ceux qui séjournent en debors de
ce canal , il indiqua leur diagnostic et leur
traitement, mais il fit précéder toute cette
partie de ;sQn ouvrase d*une longue dissiv-
tation. en faveur de la génération siioatanée
des entozoaires. Nous, examinerons {du& loin
ceux de ses arguments qui méritent réfui*-
tion.
lif ais, pour ce qui est des notions anato-
miques positives, «'est Bojanus (371*). qui ie
premier a démontré, du moins en partie» la
composition du système nerveux dans un
ampnistome ; de plus, dans le mdme amphis-
tome, dans plusieurs distomos, cet observa-
teur a fait connaître uettement le canal in-.
testinal, les organes de la génération, et^
même, dans le Dhtoma htpaticumf l'exis-
tence d'un appareil vasculaire. On sent q«el
coup portent ces découvertes, qui dateal d^
de plus de vingt ans, à l'hypQlLèse de la gé-
nération spontanée. Si ce mode de reproduc-
tion se concevait d'animaux qu'on ne Mip-
posait doués que d'une, organisation obscure
et uniforme, il devient bien plus difficile de
l'admettre du moment qu'on reconnaît dans
ces animaux des appareils organiques diver-
sement caractérisés dans, diverses classes, el
surtout des organes générateurs et les pro-
duits de ces organes.
J. Cloquet (372) exposa, dans un mémoire
assez étendu, Torganisation de Tascaride
lombricoïde et de l'i^hinorhynqne géant. On
y trouve la descripUoa des organes généra-
teurs des mÂles et des femelles : ceUe -d»
l'ascaride est surtout très-détaillée.
Dujardin, qui a publié une histoire nailo-
relle des helminthes (373), a donné aii2>si,
dans, plusieurs mémoires, des détails sur
l'organisation de ces animaux^ sur 1« strac-
ture anatomique des gordius et du iper-
mis (37ilk), sur les helminthes des musarai-
gnes, sur leurs métamorphoses et leurs mi-
grations (375), sur l'embryon des entozoaires
et les mouvements de cet embryon dans
l'œuf (376).
Mehlis, Nordmann, Miran, Diesing et plu-
sieurs autres ont aussi décrit, d'une manière
{dus ou moins parfaite, le système nerveux,
'appareil vasculaire, le canal digestif, les
organes de la génération de plusieurs dis-
^369) Entoxoonm hiêtoria iialaro/M; Amslerdain,
1908, et Entoxoorum synopi» eui accedunt^ maniieea
dupUxet indicée locupietiêeitni ; Berolinî, Î8I9.
(370) JconeM helmintkum «yi letita Rudolphi eiUoa-
4ogieum illusirantee^ curovit J.-G. Bremser : Viennae,
im.
(371) Traité zooiogique et phyêiotogique des ver,ê
intêêtikaux de Vhomme. traduit par Gniiidler : Paris
I8il.
(37r) Enthetminlhica ^ in his von Oken; lahr-
ganfLlSil ; — Er$ter Band., § 16, 2, s. 305.
[d72) Antùomk des ven tiileiltnatix; Paris, IS^.
(373) Biêtoire naturelle des helminthes ou vere iit-
testinaux (dans les Suites à Bu fou) ; Paris, 18i5.
(374) DujjLBDiN, Ann. des se, naf., u' sérte^ Zmh-
logie, t. XVIH, p. 129.
(375) Rec. c»l., mèiuc série, t. XX, p. 3à9.
(376) Rec. cit., id., t. Tlll, p, 303.
GB»
D*AflTaMPÛLO€IE.
CEN
OH
tomes, aiD|Aistomes, lingootules^ diplos-
tomri, ete.
Eiilffl, tout récemment^ E. Blanchard (377)
ir'^fis rétude anatomique des entozoaires;
I est parYeno à suivre les plus petits ûlets
le leur système nerveui, à reconnaître par
iojectioa la forme oxacte de leur canal di-
;i'S(if et la richesse de leur appareil vascu*
«re, à saisir distinctement les caractères
lomologues ou différentiels des organes gé-
lérateurs dans les diverses espèces ; en un
uot, à démontrer, dansées animaui, une
oiflplîeation de striicture qu'on était loin
!e soupçonner il v a quelques années.
Ainsi, d*un côté, la délimitation fort nette
les espèces, fondée sur la forme générale du
orps, les caractères zoologiques extérieurs,
i toutes les circonstances qui servent k éta-
tlir des déterminations génériques et spéci-
i{ues ea histoire naturelle, déjà si bieu uti-
t)ées Mr Rudolphi, Bremser, Cuvier, de
Hainriile, Dujanlin, etc., permettant de
i^.Dparer sous bien des rapports les ento-
Mires avec un grand nombre de vers qui
iwnt dans les milieux extérieurs aux corps
es AQtres animaux, doivent faire supposer
w ieur génération ne s*éloigne pas de celle
^ ces derniers ; que, comme ceile-cî, pou-
^( être à la fois scissipare, gemmipare ou
Tipare, elle est surtout ovipare.
D'un a^tre côté, k structure compliquée
e leur organisation, comparable à celle d'à-
m\n semblables h eux, qui habitent les
lai douces ou la mer (378), différente dans
» diverses formes spéciQques, de manière
confirmer les classifications zoologiques
tJliiies sur la forme extérieure, et m£me
les perfectionner dans un grand nombre
e pomts, est aussi un mrXif puissant -de
apposer que les «entozoaires né sauraient se
(TÊlopper spontanément, surtout quand on
iilque les organes de la génération et leurs
^uits ont été déjà vus et décrits dans un
^rT<Dd nombre de tvpes..
Se fondant sur ces dernières considéra-
^^% c*e$l-è-dire sur des données anatomi-
^e«. Blanchard établit, dans les vers, les
â*^'es suivantes : les anévormes (379), com-
^Mni les planaires, les trématodes, les
'ures, les amphistomes, les tristomes, etc.;
1 ^ntoidti , dans lesquels il range les
»>«, les bothriocéphales , les cyslicer-
<*'^i Recherches sur forganisation des vers^ dans
* Iwt/rt des sciences naturelles^ ni* série, ZooI<h
M^». p. 87; 1847.
'«'«Si Les ctrconsunces biologiques , ici comme
^ lei insectes et plusieurs autres animaux, ont
'^g^dlmporunce ;' elles ne tiennent guère qu*à
^wmice dans le choix de la nourriture. Aussi,
' '^^^rant l'organisation des planaires à celle des
^Atodes, Blanchard a^t-il trouvé que Tanimal vi-
^ ilaos les mares, dans les étangs, dans la mer,
^ tnvvoisin de Tanimal vivant dans le foie, dans
i^Htio on dans uo autre viscère d*un mammifère,
"I* oiseau ou d*un poisson. Bien plus, la môme
^«est sooTentaiiuatique pendant une période de
-^; ^.P^^ie pendant une autre.
•><Ji uue dénomination est destinée a rappeler,
Tt^, ^^^ rabsencc caractéristique d^in vé-
^ collier nerveux.
mies, etc. ; les hetminthts proprement dits;
c est-^-dire les fliiaires, les strongles, les as-
carides, etc.; enfin les n^er^ine^, et quel-
ques autres.
Pour ce qui concerne les organes de la
reproduction dans les classes précédentes,^
n chez les anévormes, dit cet observateur,
ces organes ont une constance assez grande ;
ils permettent de distinguer ces entozoaires
des autres vers, tes hirudinées et les soo-
léides (lombricinées) sont les seuls qui s*en
rèpproclieraicnt bien notablement sous ce.
rapport (380). » — « Quant aux organes de la
génération, les cestoïdes diffèrent non-seu-
jeUient des helminthes nématoïdes, mais
aussi des anévormes, des hirudinées et des
scoléides; ils n'ont guère plus, d'analogie
avec Jes annélides proprement dits. Dans les
ténias el dans les botriocéphales, où le corps
est nettement divisé en une longue série
d'anneaux, il existe dans chacun d eux, soit
en même, temps, soit alternativement, un
ovaire eti.ûn appareil mâle complètement
distinctà^et séparés de ceux de l'anneau pré-
cédent'^|rf de l'anneau suivant. Dans les oes-.
toides, dont le corps n'est pas divisé comme
il l'est chez les précédents, les organes de la
génération se multiplient néanmoins de la
même manière dans toute la longueur du
corps (381). » — a Toujours, ajoute-t-il plus
loin, les sexes sont séparés dans tous les ani-
maux que nous rangeons dans la classe des
helminthes; c'est encore un caractère géné-
ral qui les sépare des anévormes et des ces-p
toïdes (382). »
Ainsi, nous reconnaissons aux entozoaires
des orji^anes générateurs, nous savons qu'ils
produisent des oeufs, et en nonibre immense,
comme surtout le ténia , le botryocé-
phale, etc. Ces œufi^ sont évidemment des-
tinés à les reproduire, et non-seulement
nous devons penser que c'est par le dévelop-^
pement de ces œufs que naît un ver càraclér .
risé comme le ténia , maià encore il nous
est impossible de concevoir, avec Rudol-
phe (3sd), que ce dernier puisse se former
spontanément. Aussi les partisans de la gé-
nération équivoque ne se refusent-ils plus à
admettre que les enlozpaires pondent des
œufs, puissent même se propager par des
œufs; mais ils se retranchent derrière la dif-
ficulté , l'impossibilité, disent-ils » que ces
»
1380) E. Blanchaad, Ree, cfi., p. iil.
(381) £. Blanchabd, Rec, et/., p. 119.
382) Id., Rêc. cit., p. 128.
(383) Rudolphi (cité par Dug^.s, Physioiogie com-
parée, t. ni, p. 204) croit avoir observé un fait re-
marquable de génération spontanée du ténia. Sur un
cliten dont les intestins ne contenaient que deux
articulations de ténia caténiforme, il rencontra, at-
tachés à b^ucoup de villosités et comme continua
avec elle, de petits nœuds blanch&tres que lé mi-
croscope démontra être autant de tètes de cette es-
pèce de ténia, mais sans aucune partie de l<ur
corps. Rudolptii fait remarquer à ce sujet que les
{)lus petits oe ces animaux , 1orqu*ils sortent de
*œuf, montrent déjà un assez grand nombre d*arti-
cles ; ce qui .prouverait, suivant lui, que ces capi-.
tules ne pouvaient proveuir Jnw aiMiralirin ovi-'
para. ' '
«55
CEN
MCTIONNAIIIK
G€N
W
œufs soient portes dans les cavités du corps,
ou daos l'épaisseur des tissus, et ils en con-
cluent que, dans beaucoup de circonstances,
les entozoaires ne peuvent se former que de
toutes pièces, Tun d'entre eux du moins,
sauf plus tard k ce que ce premier en engen-
dre d'autres par scissiparité, par bourgeon-
nement ou par des œufs. C'est là, à propre-
ment parler, le seul argument qu'ils puis-
sent présenter encore en faveur de cette doc-
trine ; c'est donc le seul que nous aj^ons h
examiner. Nous allons essayer de prouver
que, sinon dans tous les cas, du moins dans
la plupart, il ne peut pins être d'aucune va-
leur, et qu'on peut toujours concevoir plus
facilement le transportées œuEs des helmin-
thes que leur génération spontanée.
11 est d'abord un ordre de faits pour le-
quel le doute n'est plus permis aujourd'hui :
ainsi on ne croit pius h la génération spon-
tanée des poux, des acarus, des puces péné*
trantes, des filaires de MéJine, et de tous les
parasites aui, déposant leurs œufs dans l'é-
paisseur cie la peau , semblent au^ premier
abord se développer au-dessous de^.xl'enve-
fOppe cutanée.. Il en est de même des végé-
taux parasites, parmi lesquels un des plus
remarquables est le botryiis paradoxa ou
bansiana : on sait que le développement de
cette moisissure provoque, chez les vers à
soie, une maladie meurtrière connue sous le
nom de muscardine. On croyait qu'elle était
le résultat d'une génération spontanée pro-
voquée par la mauvaise nourriture , le dé-
faut d'aération, ou toute autre cause d'insa-
lubrité. Mais les recherches de Brissi de
Lodi (384), d'Audouin (385), de Johanys (336),
ont prouvé d'abord que ce cryptogame est
inoculable, et qu'il suffit pouf le propager
d'une quantité extrêmement petite; puis,
qu'il se développe toujours à Torilice des
trachées, c'est-à-dire dans les points où sont
arrêtés les corpuscules entraînés par l'air at-
uiosphéricpie ((ui pénètre dans les or^janes
des insectes. De la connaissance de ces deur
circonstances particulières, il est facile de
conclure que la production du botrytis, chez
les vers à sole, loin d'être spontanée, tient
seulement au développement de germes
transportés par l'air d'un point sur un au-
tre (;i87).
Quant aux entozoaires, et surtout aux in-
testinaux, on a acquis la certitude, à l'égard
d'un certain nombre, que leurs germes s'in-
troduisent avec les aliments, et qu'ils se dé-
veloppent ensuite dans le corps des ani-
maux chez lesquels on les trouve. On a
même vu des entozoaires déjà formés dans
les corps d'insectes, de poissons, etc., passer
avec ceux-ci dans les corps des animaux
auxquels les insectes ou les poissons ser-
(3S4) Akh, de» $c. nat. , ii' série. Zoologie ^ t. V,
p. 314.
(585) Aiw. des »c. nat.. ii* série , Zool. , t. VIfl,
p. 2i9, 257.
(38()) Aiin, des se. nat., u* série, ZooL, t. XI,
p. 65.
(387) Voif. aussi un Rapport de DtTROcncT sur
les travaux relatifê à (a mu»caréine , dans les .iiijt.
vent de nourriture; comme lltqardîD (388)
l'a observé pour plusieurs vers des musa>
raignes, dont il a décrit le développement et
les migrations.
Il est probable que l'introduction des ge^
mes d'helminthes avec les aliments, consta-
tée chez quelques animaux, est aussi chez
l'homme la cause unique du développement
des vers dans son intestin. Si l'on n'a pa
encor prendre la nature sur le fait, on con-
natt du moins quelques circonstances qui
donnent du poids à cette présomption. On
remarque, en effet, qu'en Suisse les ténias
sont très-communs; et il suffit d'avoir habité
le pays pendant quelques années pour
avoir de ces entozoaires dans l'intestin. U
en est de même en Belgique ; Brcmser (389),
qui cite ce fait curieux, le regarde comme
inexplicable. Or une circonstance purement
agricole paraît être la cause de cette singula-
rité : la méthode flamande de fumeries ter-
res, employée en Belgique et en Suisse,
consiste à verser directement sur le sol les
matières excrémentielles; en France, aa
contraire, on emploie pour engrais la {K)u-
drette, c'est-à-dire le résidu des excréments
longtemps abandonnés aux agents atmosphé-
riques, et sur lesquels ont agi toutes les
causes pouvant y détruire la vie dans les
substances qui en étaient douées. Suivant
toute probabilité , les germes des entozoai-
res, en Suisse et en Belgique, sont absorbés
par les végétaux, et, ingérés avec ceux-ci
sous forme d'aliments, passent de nouveau
dans l'intestin de l'homme ; tandis que le
contraire a habituellement lieu en France.
Mais on conçoit en même temps qu'il doit y
avoir un grand nombre d'œufs détruits, |V)ur
quelques-uns qui prospèrent. Aussi i-(*ui
qui sont habitués à saisir les harmonies de
la nature ne s'étonneront pas qu'un animas
relativement aussi rare que le ténia, produise
néanmoins une qtiantité d'œufs presque m*
nombrable : on ne peut s'étonner que d'une
chose, c'est que de tels animaux puissent ser-
vir encore de prétexte à la j^énératiou ^V^
tanée. « Nous savons, dit E. Btanrhard (390),
que les vers simt, de tous les animaux, les
mieux partagés sous le rapport des organes
reproducteurs. Dans la plupart d'entre eux
les ovaires occupent la plus grande partie du
corps, et les œufs se complenl par milliers
et cenlainos de milliers. Ce fait seul indigne
que les produits des vers sont exposés à bieii
des chances de destruction, et qu'ils arri-
vent, pour ainsi dire, \mr hasard à être in-
troduits dans le lieu où ils peuvent se déve-
lopper. Mais l'examen des vers'intestinaui,
on le comprend facilement d'après ce nom-
bre incalculable d'œufs, doit laisser dani
rétonnement, en pensant que ces animaui
des sciences naturettes, n* série, Zool.^ t. H, p. 5.
(388) Ann. des se. Hat., ii' série, Zooiogie^ l. X^«
p. 529.
(589) Traité des vers iniestinanx, r* partk^ ; Pans
(590) Ann. des $e. nol., in* série, Zool., I. VU,
p. 121,
•57
CEN
D*À.VrRROPOLOGlE.
GE?I
ist
cntsurtoul s^nri d'exemple |iour répandre
les idées de génération spontanée. »
Ainsi il est aussi facile d'expliquer la
r ré ence des vers dans le tube digestif que
celles des parasites dans l'épaisseur de la
peau.
Il ne reste à résoudre qu'un point de la
question, c'est-k-dire l'origine des entozoai*
rjs qu*on trouve dans l'épaisseur des tissus,
a jusoue dans le corps des embryons. C'est
le seul sur lequel il règne encore réellement
quelque obscurité. J. If ûller fait, à ce sujet,
OD aveu complet d'indécision. « En réalité,
«iîMl (391y,on trouve ici autant d'invraisem-
blances, quand on se propose de réfuter la
i^nération spontanée que quand on veut
l'admettre. Les œufs des entozoaires sont
évidemment trop gros pour pouvoir passer,
des organes où vivent ces animaux, dans les
vaisseaux lymphatiques, pour circuler dans
les capillaires san^ns, et enfin pour arri-
ver dans les produits sécrétoires, dans le lait,
le jaune de l'œuf, etc. (393). L'hypothèse de
la transmission des vers intestinaux de la
mère à Tenfant est en contradiction manifeste
avec les données expérimentales delà micro-
niélrie, à moins de supposer que les plus pe-
tites parcelles de substance reproductive de
ces animaux sont tout aussi aptes que l'œuf
entier à les propager. »
D'abord, cette dernière raison peut être
Traie. Puis je ferai observer que, outre que
ii'ius sommes loin de connaître la mesure
ées (Bufs d'un grand nombre d'entozoaires,
si ces CBufs ne peuvent être portés par le tor-
rent circulatoire, les entozoaires qui en nais-
sent, par l'énergie de leurs mouvements, la
faculté qu'ils ont de se creuser une voie
«lans l'épaisseur des tissus en écartant fai*
Meinent leurs parties élémentaires, peu-
vent, lorsqu'ils sont encore très-petits, se
porter avec facilité d*un lieu dans un autre,
d'an organe tel que le tube digestif, ou
d'une quelconque des cavités naturelles dans
lesquelles leurs germes ont été déposés,
dans un autre organe plus ou moins étoi-
le, et peut-être du corps même de la mère
jusque dans celui du fœtus.
Les faits, observés par Dujardin (39^} sur
les tricbosomes de la musaraigne et de Quel-
ques autres animaux, justifient complète-
ment notre manière de voir. « La plupart,
dît-il, étaient libres dans l'intestin grêle;
mai^ ceux du hobereau étaient engagés dans
la muqueuse de l'œsoçhage. Une fois, dans
la musarai^e, je les ai vus engagés par leur
moitié antérieure et plus srêle dans l'épais-
seur de la muqueuse de l'estomac. Dans la
musaraigne, en outre, ils vont chercher à
une certaine époque de leur développement
un gf te particulier dans l'épaisseur ou tissu
de la rate. Là, ils achèvent de se dévelop-
per... La masse de leurs œufs, jointe à celle
de leur corps, prend l'aspect d*un tubercule
blanc jaunâtre... Il est vraisemblable one
divers tubercules, observés ailleurs dans les
dignes parenchy tpateux , ont une origine
analojgue... Du reste, les dimensions de cet
helminthe sont telles qu'il lui est facile de se
frayer un passage entre les fibres des tissus
les plus délicats. »
D*un autre cAlé, Ehrenbei^ n'hésite pas à
se ranger du côté de l'opinion que nous sou-
tenons, et il prétend même que les œufs des
entozoaires peuvent très-bien être disséminés
par la circulation dans toutes les parties des
animaux: c'est ainsi , dit-il, que l'embryon
des mammifères, dans lequel on a trouvé des
vers intestinaux, peut en avoir reçu les œufs
des humeurs de la mère (394).
Un autre fait, encore peu connu , mais
qu'il sera utile de prendre en considération
jiour lever cette dimculté , c'est que les en-
tozoaires, .comme bien d*autres animaux,
sont susceptibles d'éprouver des métamor-
phoses. Dujardin (395) a vu , dans des oeufs
de douve, bien qu*ils fussent encore contenus
dans le corps de la mère, l'embryon changer
de forme et se mouvoir au moyen des cils
vibratiles dont sa surlace est rerouverte. Cet
entozoaire, entièrement dépourvu des cils
vibratiles extérieurs dans son entier dévelop-
pement , et en présentant dans sa vie em-
bryonnaire, on peut se demander, avec le
naturaliste auquel j'emprunte cette observa-
tion, si plusieurs vers, avant de se fixer
dans les organes où doit s'achever leur exis-
tence, n'ont pas des organes locomoteurs tran-
sitoires; et si, durant une première période
de leur vie, ils ne sont pas susceptibles de
nager librement dans les fluides. Ces trans-
formations peuvent d'ailleurs s^opérer très-
lentement, d'une manière peu uniforme, et
rester ici plus qu'ailleurs sous la dépendance
des circonstances ambiantes. Elles ne sui-
vraient en cela qu'une marche semblable à
celle qu'on observe chez tous les animaux
2ui sont les sujets de pareils phénomènes,
^n sait combien la différence de température
hâte ou retarde l'éclosion des œufs, surtout
de ceux des vers à soie ; combien l'abaisse-
ment de température et l'obscunté retardent,
presque indéfiniment , les métamorphosés
des batraciens. Il est à présumer que , chez
les entozoaires, les métamorphoses peuvent
s'accomplir aussi dans des intervalles de
temps indéterminés, et seulement quand ces
animaux se trouvent dans les circonstances
favorables à leur manifestation. C'est encore
ïk une observation de laquelle il faudra tenir
compte chaque fois qu on approfondira ce
sujet, afin de ne pas prendre pour un autre
entozoaire la larve ann entozoaire déjà dé-
terminé, et de ne pas attribuer ainsi, suivant
îe, 1. 1", p. 15, trawL de
4301) Mmuid de
Juardan.
<592) On a rencontré en effet des vers dans des
«nfs poodos ; Escholz , par exemple, en a v« dans
«f«s onife de ponle. (Brwicn , Pkffnoioffie , t. fr%
^. 51, trad. de Jourdan.)
(395) iliMi. d€$ êc. nul., ii* série, Zo&iogie, t. XI,
o. 335 358.
(39i) BciiDâCH, Pkffêiolope, t. 1'% p. 31.
(393) Ajiji. de$ u. mI., ii' série. Zoologie^ 1857,.
t. VDI, p. 503.
639
«EN
MCTlOWAUtfi
CEI!
eif
le lieu oà oq 1a trouverait, à Teffet d*une gé-
nôralion spontanée, le résultat d'ua mode
de reproduction bien connu.
Il est une autre remarque analogue qull
GQuvient de rappeler. Récemment Mieseher
et Dujardin ont émis Tocfinion que les cysti-
uues pourraient bien n'être autre chose ^ue
lies fénoïdes développés d*une manière anor-
male : en effet, les cystiques sont constam-r
ment dépourvus d'organes de reproduction,
et ils ne se rencontrent jamais dans le canal
intestinal des animaux, comme font les té-
nias, mais seulement dans des kystes se dé-
veloppant à la surface des membranes séreu-
ses, ou à la surface du foie et des poumons;
ce qui tendrait à faire penser que les œufs
de ténias, ayant été introduits dans Técono*
mie animale, en dehors du tube digestif,
ont pu éclore et donner naissance à de jeu-
nes individus dont le développement de-
meure incomplet, et dont la forme du corps
s altère, parce quils vivent dans une condi-
tion en quul;[ue sorte accidentelle.
Be tous tes laits et de toutes les considé-
rations c|ui précèdent, ngus concluons que
les helminthes ne naissent pas spontanément
dans le corps , mais qu'ils y sont toujours
portés par les aliments, ou à l'état dœuf, ou
a rétat de larve, et qu'alors ils se développent
dans l'intestin ou passent dans des parties
plus profondes. Quant à leur multiplicatioQf
il est évident que dès qu'un d'eux se trouve
dans le milieu qui lui convient, il p^ui pro-
duire un nombre de petits en harmonie avec
le nombre de ses œufs, aue nous savons être
des plu3 considérables, it suffit donc de con-
cevoir et d'expliquer l'introduction d'un
seul de ces animaux, pour rendre compte de
la présence de tous les autres»
Les développements dans lesquels nous
sommes entrés nous dispensent, d^insisler
beaucoup sur les principales objections que
font à cette opinion lesjspontéparisies. Nous
avons déjà dit ce que nous pensons de la pré-
sence des entozoaires dans les embryons^
bien que ce cas soit sans contredit un des
plus embarrassants. 11 est facile, d'un autre
côté, d'expliquer, sans avoir recours à la gé-
nération spontanée, pourquoi la plupart des
animaux ont leurs entozoaires propres. Ou-
tre que la proposition n'est pas absolue,
puisqu'on a réellement rencontré les mémes^
entozoaires dans plusieurs espèces, et même
dans plusieurs classes diiTérentes, les ger-
mes ues mêmes vers peuvent, on le conçoit,
être introduits à la fois dans une foule d'a-
nimaux, et se développer seulement dans
ceux où. ils trouvent le milieu qui leur
tozoaires propres, dit qu'il île peut recevoir
des œufs que de son semblable, et fait la
singulière supposition que ces œufs devraient
se transmettre des parents aux enfants dans
(:S06) Physiolagie, i, I", p. 29.
(Â97) Physiotogie, t. !•% p. 9.
(398) Voy, les deux bTROUicTio.Ns du t. 11 c4 du
l'acle de la génération (3%). La même néeer
site de vivre dans les milieux où ils trouvent
leurs conditions d'existence £ait comprendre
aussi pourquoi beaucoup de ees singuliers
étres< vivent aeulement dans certains organes
et meurent, en général , hors du corps des
animaux. Ainsi, rien n'enqièche d'admettre
que ces êtres se reproduisent comme Ions
ceux qui leur ressemblent et qui Tivent hors
des autres animaux; rien n'oblige à faire la
supposition qu'ils sont engendrés speniané-
ment. Non-seulement cette supposition est
toute gratuite, mais elle est encore contraire
à tous les faits.
£n résumé, qu'on étudie le déTelq[>pe-
ment des infusoires, ou la production des
entozoaires, si l'on suit le progrès histori-
que, si Ton s'entoure des lumières de l'expé-
rience et de l'observation, si l'on fait la f«rt
de l'exactitude dans toutes les données ana-
tomiques et physiologiques qui s'y ratta-
chent, on voit que^ partout où la question a
été approfondie, l'hypothèse de la génération
spontanée s'évanouit, il faut dono la rejeti-r
dans l'état aotuel de la science» et ne pas y
recourir par cela seul qu'on ne peut expli-
quer encore tous les cas de reproduction des
êtres vivants. Cette décision n*est jpas d'ail-
leurs aussi indifférente que l'expnme Eiîr-
dach, tout en défendant avec énergie l'opi-
nion que nous venons d^attaquer (397). Si, à
un point de vue proprement philoso{>hique
et très-élevé, il importe peu que des animaux
puissent se former spontanément, on qu*iis
ne proviemieiit que- ao parents antérieure^
ment créés, il est nécessaire pour le physio-
logiste de poursuivre, avant tout, la vérité*
et de la découvrir partout où il peut l'éclai-
rer des lumières de l'expérience. Or, si là
génération spontanée se conçoit, rien de po-
sitif ne la justifie; l'expérience et l'observai
tion, chaque jour plus savantes, lui oot ar-
raché un 1 un tous les faits qui c^onstituaient
ses plus forts arguments ; ceux, que le défaut
de nos connaissances lui permet de reven-
diquer encore sont pour le moins in^if^i-
fiants. Ces motifs suifisent pour nous la faire
nier chez les animaux, et, en génC^ral chez
tous les êtres organisés (398) .
GENRE, ESPECE et VAIUÉTÈ. — Le
français genre vient du laiiin genus dérivé
lui-même du grec yhaç qui a la même signi-
fication. Ce mot s'appliquait, dans le langage
des anciens, à tout nombre collectif d'êtres
organisés, parents les uns des imtres ou des-
cendants des mêmes ancêtres. L'idée de
genre était alors une idée simple,, bien définie
et qui ne différait en rien de celle que nous
attachons aujourd'hui aux mots famille et
race. Peu à peu le sens attaché à cette ex-
pression s'est étendu et on en a fait usa^c
pour désigner tout ensemble d'êtres qui, à
raison des ressemblances réelfes ou imagi-
naires qu'on trouvait dans leur forme ou
leur nature, étaient soupçonnés d'avoir tiré
t. ni de notre XHcliofinotre de lootogitf et art. Gémé»
ration sponlanéef dans le toiue H. du m^e dsdiao-
iiai;'c.
Ul
€KN
D'ANTHR0^0L66IE.
G EN
612
leur origine d'une souche commune. Ainsi
tfn groupe coiiiprenait tous les animaux
qu on désignait sous le nom de chiens, un
duire tous les chats , un troisième les
bœufs, etc.
Lorsque les progrès des investigations
icieniinques eurent fait apercevoir que ces
dassps étaient trop étendues et comprenaient
(le> êtres si différents les uns des autres qu'il
éiail difficile de les considérer comme prove-
nus dune même souche, on adopta le terme
M»; ou espèce, auquel on donna à très peu
près la même acception qu^avait eue origi-
u.îirement le mot genre. Espèce était ainsi
svûonyme de race, de famille.
Cependant cette signification dunâot espèce
lélé encore modifiée, encore étendue par les
oitorâlistes modernes, comme Tavait^té celle
duraotçeoreparleursprédéce$seurs,hommes
{uj d'ailleurs ne se piquaient pas de popter
amêmc rigueur dans 1e langage scientifique.
r/t'si d'après des ressemblances générales
ju'ils prétendent reconnaître quels sont ,
(ttrrai les êtres organisés, ceuî qui appar-
iienoentà une même souche, et rensemble
Je tous les individus qui leur paraissent êil-e
Ibos ce cas est ce qu*its nomment une
»péce.
« Nous réunissons sous le nom d'espèce,
fit M. de CandoHe, tous les individus qui se
assemblent assez entre eux pour que nous
missions croire qu'ils ont pu sortir orîginai-
«QCDtd'un seul être ou d'un seul couple.
>tte idée fondamentale est évidemment
bndée sur une hypothèse; mais elle est ce-
valant la seule qui donne une idée réelle
k ce que les naturalistes entendent par es-
lèce. Le degré de ressemblance qui nous
wtoriseà réunir les individus sous cette
lénomination est très-variable d'une famille
I lâuire ; et il arrive souvent que deux in •
Svidus qui appartiennent réellement à la
Béme espèce diflêrent plus entre eux en
^'pdrence, que des espèces distinctes : ainsi
èfagneul et le ohien danois sont, h l'exté*
iear, plus différents entre eux que le chien
Ile loup; et les variétés dé nos arbres
ruitiers offrent plus de différences apparen-
K que bien des espèces. »
Il j a longtemps que Buffon a, dans leé
aémes termes a peu près, défini Vespèce,
wnme « une succession constante d'mdi -
iiius semblables entre eux et capables de
f reproduire. » 11 réunit là deux condi-
ioDs la possibilité de la reproduction et la
^^serablance mutuelle. Cependant il avait
»*i^né oue le point de ressemblance n'était
pi'une idée accessoire; la seule circonstance
[«•'lesiendre d'une souche commune ou si
On veut celle d*unë parenté^ d'une con^afi-
l*«ii< reconnue ou présumée, était devenue
«caractère essentiel de l'espèce, comme eHé
*tait dans Torigine celui du genre, avant
[Jl'on eût, par une extension conjecturale,
Iwiurné ce dernier terme de sa signification
^witiTc. Cttvier adopte à peu près la même
définition. II admet la ressemblance entre les
individus comme un critérium de l'espèce ;
mais pour lui comme pour Buffon ce qui la
constitue réellement, c'est « la succession
des individus qui se reproduisent et se per-
pétuent (399). »
Un|écrivain dont l'attention a été récemment
dirigée vers des recherches qui se rattachent
\ césujet(^OO), a très-judicieusement remar-
oué que les deux naturalistes ont trop compris
dans là définition de leur espèce; que, non
contents d'y donner la signification du mot,
ils y ont fait entrer un critérium liypothéti-
que de l'identité cl de la diversité spécifique,
ou de la méthode' qui peut servir à fixer
l'étendue et les limites de ces sortes dé
groupes dans la nature organisée.
. Celle remarque, d'une justesse incontesta-
ble, trouve son application non-seulement
dans le e^s des auteurs que nous venons de
citer, mais encore dans celui de presque tous
les naturalistes. L'adoption d'un terme dont
la signification est en partie hypothétique, a
été évidemment la source d une foule de
discussions longues et embrouillées. Comme
le mot espèce^ en mettant de côté toute hypo-
thèse, ne signifie pas autre chose que ee'quo
l'on entend communément par race, lignée,
Earenté, tô ^jvyysvir, nous nous épargnerions
eaucoup d'embarras inutiles en rejetant
l'usage d'un terme dont le sens est si fort
contesté; mais comme hou€ rie pouvons
bannir de notre vocabulaire un mot si bien
enraciné, nous nous bornerons à l'employer
dans la signification propre et restreinte que
lions avons indiquée plus haut.
Les espèces sont donc simplement des en-
sembles de plantes ou d'animaux que l'on
sait de science certaine, ou que l'on peut
croire, d'après de justes motifs, être des re-
jetons d'un même tronc, ou descendre de
familles entièrement semblables et impossi-
bles à distinguer les unes des autres. C'est
toiqours dans ce sens restreint et précis
qu'on aurait dû employer le mot, et c'est
toujours ainsi qu'on devra l'entendre quand
on le rencontrera dans les pa^es suivantes.
Le sens attaché à l'expression de variété
permanente se rapproche à plusieurs égards,
de celui qu'on attache au mot espèce, et il
faut apporter beaucoup de soin dans la dis-
tinction des deux choses. Les variétés per-
manentes, en admettant qu'il en existe, sont
des races dans lesquelles se perpétuent, par
voie de génération, certains caractères parti-
tmliers. Elles diffèrent des espèces en ce
sens que les particularités qui les distin-
guent ne remontent point jusqu'aux pre*
miers parents, mais se sont manifestées pos-
térieurement à l'existence de ceux-ci, et ont
constitué dans leur lignée une déviation du
caractère primitif. '
Quelques naturalistes supposent que beau-
coup des groupes que l'on considère mainte-
nant comme des espèces distinctes, tant dans
le règne animal que dans le règne végétal,
^) BorfO!i, But. nat,; — G. CimER, Bègne (400) Flobibm, Ànn. des k. itol., ii* série, EooL;
»»Mf. Parit, \99B. 5 vol. iii-8-. Paris, I8M, t. IX, p. 3M.
$45
GO
DICTIONNAIRE
GEN
lu
ne soat en réalilé que des variétés perma-
nentes; et il faut reconnaître que dans lâen
des cas cette opinion parait tout à fait
fondée.
Lorsque les différences qui existent entre
des races données d'animaux ou de végétaux
ne sont pas assez tranchées pour qu'on
puisse décider au premier abord si ces races
appartiennent en effet ou 'n'appartiennent
pas à une même es^ce, divers moyens se
présentent pour arriver à la solution de la
question.
Lé plus simple et le plus direct de ceux
qui ont été proposés consiste à montrer, au
moyen d'expériences ou d'observations bien
constatées, que les différences par lesquelles
ces races se distinguent les unes des autres
se présentent aussi entre des individus qu'on
sait être nés des mêmes parents. Quand cela
peut se faire, la question est tranchée. Mais
quelquefois ce moyen n'est pas applicable;
et lorsque les races que l'on considère sont
oii des variétés permanentes ou des espèces
distinctes, la solution est beaucoup plus dif-
ficile.
Il y a, pour ces sortes de cas, un moyen
d'arriver à une conclusion, et ce moyen, que
certains naturalistes regardent comme tou-
jours préférable, est en effet parfaitement
satisfaisant, s'il est vrai qu'on puisse faire
fond sur la généralité de 1 observation qui y
sert de base : je veux parler ici des faits gui
se rattachent a ce qu'on nomme i'hybridiié.
Pour arriver à la solution du problème,
on a enfin, outre le critérium auquel nous
venons de faire allusion, une autre méthode
à laquelle on peut avoir recours; mais elle
entratne de longues et souvent de labo-
rieuses recherches concernant l'histoire des
espèces.
C'est un fait des plus évidents que, dans
Je monde animai comme dans le monde
végétal, toutes les races généralement se re-
produisent et se perpétuent sans se mêler ni se
cojifondre les unes avec les autres. Là loi de
nature veut que les créatures de toutes sor-
tes croissent et se multiplient en propageant
leur propre espèce et non point une autre ;
jet .ce serait probablement en vain que l'on
chercherait dans le monde entier un exemple
bien constaté d'une race intermédiaire pro-
.venant de deux espèces dûment reconnues
pour distinctes. Un fait de ce genre, si on
venait à le découvrir, constituerait certaine-
ment une surprenante anomalie.
La nécessité d'une telle loi dans l'écono-
mie de la nature est presque évidente d'elle-
même, ou le devient dès qu'on passe en
revue, même d'une manière très-générale,
mèqpe d'une manière superficielle, les phé-
Boinènes fin monde vivant; ear si ce principe
ne présidait pas à toute reproduction, com-
ment serait-If possible cnie l'ordre et la va-
riété se conservassent à la fois dans la créa-
lion animale et végétale?
S'il pouvait arriver, dans le cours ordinaire
des choses, que les différentes espèces se mê-
lassent, que des races hybrides fussent pro-
duites et se perpétuassent sans empêche-
ment, le monde organisé, comme quelques
écrivains en ont déjà fait la remarque, pré-
senterait bientôt une scène de cotifusion
universelle. Les différentes espèces se fon-
draient lés unes dans les autres, et à la
lonsue nous pourrions à peine décourrif
quelques races pures et inaltérées; déjà
même, ou peut le dire, cette confusion exis-
terait. Mais Combien l'ordre réel de la nature
n'est-il pas opposé à un tel état de choses^
Par toute la terre nous voyons les espèces
se reproduire d'une manière régulière, uni»
forme, et les limites de chacune d'elles ne
sont pas moins nettement posées auiour«
d'hui qu'elles ne l'étaient il y a quelques
mille ans. 11 est évident que la conserralion
des espèces a été assurée par des moyens
parfaitement efficaces, et cela universelle-
ment, dans toutes les classes de lacréalion
organique.
Quoique cette loi dans l'économie de la
nature se présente avec un tel air de vrai-
semblance, qu' il n'est guère possible de se
refuser à l'admettre du moment où elle est
énoncée, il a fallu du temps aux naturalistes
pour en venir à reconnaître que les faits j
sont en effet conformes. Les physiolo^stes
ont été sujets sur ce point k de nombreuses
vacillations , et, parmi les botanistes sur-
tout, les notions les plus erronées ont été
un temps en faveur.
Linné , dont le coup d'oeil en histoire na-
turelle était en général si pénétrant, Linn^
avait adopté une opinion très-singulière sur
rétendue de l'hybndité parmi les plantes. H
supposait qu'il pouvait y avoir production
d*hybrides entre des plantes de différentes
familles. Il considérait, par exemple, la te-
ronica spuria comme résultant du mélange
de la veronica maritima et de la verbena o//h
cifuJii : il supposait que la saponaria m-
brida était produite par la ^oponarta o/ji*
cinalis fécondée par une gentiana^ que Vacta
à fruits blancs était produit par Yactea à
fruits noirs fécondée par le rhtis toxicoin*
dron; Linné n'hésitait point à admettre les
faits de ce genre sur de siinpies conjectures,
et lorsqu'il trouvait une plante qui lui pré-
sentait ue la ressemblance avec deux autres
que le hasard avait fait croître près d'elle,
sans chercher d'autre preuve, il la notait
comme un produit hybride des deux.
Depuis Linné de telles opinions ont été
regardées comme tout k fait erronées. U^
tentatives qui ont été biles pour obtenir
artificiellement de semblables prodactioos
entre des plantes de familles différentes
ont , comme le remarque M. de Candolle,
uniformément échoué, et elles ont même
rarement réussi entre des es^ces différentes
d'un même genre. Dans nos jaxdinsilse pro-
duit souvent, c'est nn fait bien connu, des
hybrides entre des espèces appartenant au
même genre ; mais dans Tétat de nature, <ie
telles productions sont comparativement r*-
res. M. de Candolle, après un exasien des cri-
tiques des exemples qui ont été émimérée*,
arrive à la conclusion suivante : « Que q^^
que l'attention des naturalistes soit éveillée
CE?Ï
D*ANTnilOPOl.OGlR.
GE!Y
m
«iepuis plus d*un siècle sur les hybrides* et
que lenr tendance ait paru être plutôt de les
exa.^rer que de les ré«iuire, on ne peut citer
(Dcore qu une quarantaine d'exemples prou-
vée d*b7bridité naturelle, et tous entre es-
pèces ae même genre, et même presque
tous entre espèces de la même section du
eeore. Nous pouvons par ce fait apprécier
Phypothèse trop hardi de Linné, qui présu-
mait que le nombre des espèces était allé
en augmentant d*une manière très-marquée
depuis l'origine des êtres organisés, qui avait
même soupçonné que le croisement des fa-
loiKes a?ait créé les genres, et que celui des
tCPnres avait créé les espèces {hOi). »
Mais quoiqu'il se produise des plantes hy-
brides, il n*y a pas de races hybrides : c*est
tto fait aiqourd*htti unirersellement reconnu
par les botanistes. Il paratt que la nature a
préTenu, par des défauts organiques divers,
Il perpétuation de telles productions,
y. de Candolle conjecture que, chez les
hybrides, il y a toujours dans le pollen des
liiibères, soit défaut absolu, soit rareté com-
ItffKiTe de granules, et que de cette diffé-
rrnre dépend la stérilité complète de quelr
qotf plantes hybrides et le peu de fécondité
oe plusieurs autres.
Uu une cause de cette nature agisse en
pareil cas, c'est ce qui est très-probable, et
que parait prouYer le résultat des expéricn-
^ de Gaertner. Ce botaniste» en effet, a re-
M)OQu que, dans les essais que Ton lait pour
produire des hybrides, le nombre des frai-
ses fertilisées dans chaque fruit est toujours
beaucoup moindre que dans Tétat naturel.
M. de Candolle soupçonne aussi que TaTOiv
leiDent des germes, eu quelque monstruo-
lité dans les organes de la fécondation , doit
ilreau nombre des causes qui empêchent la
irproduction des hvbrides. Il parait cepen-
dant que, dans quelques cas, on est parvenu
^fairerc{)roduireces sortes de plantes, soit
lîec des individus appartenant à l'une des
deui espèces d'où elles dérivent, soit avec
fautres hybrides. Mais on n'a point d'exem-
(W) De Cjutoolle, Pktfûol. végét. ; Paris, 1852,
Hol. io-8*, p. 7U.
1^) M. Knîglit, qui a fiûl sar ce sujet des ob-
^aiîon trèfr-Bombreases et très-suivies, soaUent
ortnceal h doctrine de la stérilité des plantes by-
^^^ Il dii que, dans les diflërentes races rappor-
iMi )o genre Pivum, le P. domettica, le P. insei-
fe<iMel le P. ipmcêa doivent, selon toutes les probabi-
itOt pouvoir produire ensemble des individus fer-
^ Il a encore moins de doutes relativement an
^ 9Tmemca eC au P. iitirieo. On trouve le pre-
^ à rëut sauvage dans les oasis de rAfrique,
* il porte un fruit sucré et savoureux de couleur
^«w; le fruit du P. 9ibirica a un goût acide; il
w ooir et pclH. Cependant M. Knigbt ajoute : c Si
^ espèces, dUîinete» en a^pareKce, produisent en-
[^■Me, et (jue le produit, amsi que jfi suis disposé à.
^ nnire, ne soit pas un mulet, un^ individu stérile,
l' o'hésiteraî pas à les considérer comme apparte-
^ ^ aae même espèce, ainsi que je Tai fait pour
^ Iraise dn Chili, la fraise ananas et la fraise emr-
^- > Il se fonde sur le même ordre de considéra-
>f«f pour éubllr ridentilé spédfkpie de la péçhe el
«' t'amande douce. Si le produit hybride auquel
'un àfmntni oaissanoê est fécond, cela prouve evi«
pie que cette fertilité, qui est toujours un
fait rare, soit devenue permanente , et selon
le professeur Lindicy, elle n'a jamais conti-
nué au delà, de la troisième génération.
Le résultat de toutes les observations qui
ont été faites sur ce sujet» est, ainsi que
M. de Candolle en a fait la remarque, que
tous ces genres intermédiaires tendent in-
cessamment à s^^teîndre par suite des diffi-
cultés qui s'opposent à leur reproduction.
Ceci explique leur rareté et fait comprendre
la permanence des espèces dans 1 état de
nature , comme un fait qui n'a rien d'iur
coiiciliable avec l'existence de productions
hybrides , productions beaucoup plus rares
qu'on ne l'a dit, purement temporaires et qui
rentrent dans la classe des monstruosités
ou anomalies du règne végétal (403).
j L'histoire des hybrides dans le règne vé-
gétal a été depuis peu, pour MM. Gaertner
et Wiegmann, l'objet de deux importants
ouvrages; les conclusions auxquelles ces sa-
vants se sont trouvés c(»nduits ont été discu •
tées comparÀ^vement par Meyen, qui a éga--
lement passé en revue tous les autres tra-
vaux relatifs au même sujet (Neues System
der Planzenphyiiologie : Berlin, 1837, 1839,
3 vol. in-S"), et une analyse rapide des
résultats de cette discussion a été donnée
))ar le professeur Wagner, dans les termes
suivants :
« 1* Les plantes hybrides sont très-rare-
ment produites dans l'état de nature et la
plupart des exemples donnés comme tels
ne reposent point sur des preuves suffi-
santes
« S* Les plantes hybrides se fécondent
très-rarement entre elles. Toutes celles qui
tiennent exactement le milieu entre les
tlantes-mères; telles que le verbascnm Ây-
ridum et la digiialis tmrpurascens prove-
nant de la D. purpurea et de la luiea^ etc.,
sont absolument stériles, ainsi que cela est
prouvé par les observations de Roelrenter
et par celles de Weigmann ; tandis que les
hybrides qui, en raison de la proportion du
demment, ou bien Tidentité spécifique des deux
Slantes mérçs, ou la transmutabilité des espèces.
r, si la pècbe constituait, dés rori^^ine, une espèce
distincte, comment seraitrelle restée inconnue depuis
répoque de la création jusqu^au règne de Claude
César? c La pomme sauvage d*AngIeterre et celle
de Sibérie, quoique dissemblables dans leurs carac-
tères.et leurs habitudes, paraissent, ajoute H. Knigbt,
ne former qu*une seule espèce dans laquelle de
grands changements se sont produits sous nnfluence
qu*a exercée le climat pendant une longue suite de
générations, i Notre auteur, enlln, résume son opi-
nion dans les termes suivants : c Parmi les plantes
hybrides capables de perpétuer leur race, je n>n
ai pas encore vu une seule pour laquelle on pOt éta-
blir, par des preuves suffisantes , qu*elle avait été
.produite par dieux espèces ori^^inairement distinctes.
Ainsi je dois continuer à croire qn*il n'existe point
maintenant, soit dans le règne animal soit dans le
règne végétal, d'espèces capables de se propager qui
n'aient été telles en sortant des mains du Créateur. »
Ce qui revient à dire qu'il n'y a pas d'hybride proli-
fique. ( Obtenationê sur (es hybrides^ par T. «A.
K>'iGHT, p. 253.de ses OSuvres compièies.)
êll
GËN
MCTIONNAIM
GEN
polfea (403), tiennent plus de Tune des deux
espèces, sont quelquefois susceptibles d*ôtre
fécondées, et peuvent même se propager en
se fécondant entre elles.
« 3* Des plantes provenant de variL*tés
différentes d une même espèce sont toujours
fertiles, et il n*existe aucun obstacle à leur
profiagation ; tandis que les vraies hybrides,
ou reviennent à un des types originels (gé-
néralement au ty|>e maternel) ou deviennent
de moins en moins capables de se repro-
duire et s'éteignent entièrement après très-
peu de générations. » -
Une loi semblable existe pour la création
animale, et ses eifets, qui ont pu être obser-
vés sur une granvia échelle, sont également
constants et uniformes, hes mulets et d'au-
tres nybrides neuvent se produire chez des
racés dans Tétat de domesticité; mais, ex-
cepté quelques exemples très-rares qui ont
été signalés dans certaines espèces particu-
lières d*oiseaux , on n'eu connaît point dans
l*état sauvage et naturel. Même, lorsque des
individus hybrides sont produits, on a re-
connu qu'il était impossible d^eii obtenir une
race nouvelle. C'est seulement en revenant
à l'une des deux espèces mères que la lignée
de ces animaux peut se continuer pcnJant
une suite prolongée de générations.
Le professeur Wagner a démontré de la
manière la plus satisfaisante que la nature
fiiit dépendre la stérilité des animaux hy-
bridesde véritables obstacles organiques.Mais
pour le plein développement des preuves rela-
tivesà cette question, jerenverrar mes lecteurs
à Touvrage même du savant physiologiste.
11 semnle résulter bien positivement de
toutes les investigations qui ont été faites
dans les différentes classes d'être organisés,
qu^aucun hybride végétal ou animal ne peut
m
Maintenant, ^ moins que toutes ces obser-
vations ne soient erronées ou susceptibles
d être expliquées autrement qu'elles ne Tom
été jusqu'ici,, l'analogie nous porte nécessai-
rement à conclure relativement aux dÎTerses
races d'hommes, ou oue ces races sonl iih
capables de se confondre dans leur poslériié,
ce qui sera nécessairement le cas si elle>
constituent autant d'espèces distinctes , ou
quelles peuvent se mêler, donner nâissaoce
à des races mixtes, et alors il sera prouvé
qu ellfô appartiennent toutes à une seule ii
même espèce.
Je pense que l'on peut affirmer, sans
crainte de rencontrer de contradiction, que
dans le genre humain toutes les races et
toutes leurs variétés sont également capables
,de se propager par des unions mixtes et que
cesunions.mêmelorsqu'eUesontealieaentfe
des individus appartenant à des races aussi
distantes que possible l'une de l'autre, ne
sont pas moins proliliques que celles qui ont
lieu entre individus d'une même race. S'il j
avait quelque différence dans les rétuiiau,
cette différence serait probablement à lavan-
tage des unions mixtes.
Si nous étudions les faits qui se rapporlPRi
au mélange des nègres et des Européens
nous ne pourrons conserver aucun doute
touchant la tendance à multiplier l'efpèce
qui se manifeste chez les mulâtres. Les
nommes de couleur, qui sont la race inle^
médiaire entre les créoles et les nègres, s afr
croissent très-rapidement dans la pfupartdes
Antilles, et ils auraient grande ciiance de
devenir finalement les maîtres de ces îles, i
les nègres pur sang n'avaient pas sur eux une
aussi grande supériorité numérique. Dans
plusieurs parties de rAmérique, ils sont eï
,, j - * • V- Irôraement nombreux, ainsi que nous pou-
se perpétuer en donnant naissance à une vous le voir par la table suivante, extraiU^
nouvelle race intermédiaire aux deux espè- de l'ouvrage de M Hui;enda«
ces dont il dérive. ° '
TABLEAU COMPARATIF
pu VOHBBE DE BLàRCS , DHOIIMES 1>E COULEUR, DE NàGHES ET l79DIGèNBS AMÉRtCàlRS DA^5
LES DiFFÉBENTES CONTRÉES DE lamériqoe; PRIS DU Voyage dans le BrésiL do M. Ht-
«EBDAs; Pans, 1835, lu-folio. ^^ , ^^
AMÉRIQUE DU NOttD.
Etals-Unis
Mexique , .
GuAiiiuala
Possessions anglaises. •
AMERIQUE i^\j SUD.
Colombie
Pérou. • •«..•..
Chili. . .
La Piata, « • • ...
Guyane française. . . .
Guyane anglaise. • • .
Guyane bollandaise. . .
AXKin.
1820
I8i4
I82â
1824
1795
l"i78
18il
• • • •
• • • .
ANTILLES.
(403) M. Knîgbt pense cependant que
BLAKGS.
7,795,008
1,560,000
190,000
1,058,000
600,000
156,311
8i),000
475,000
y compris les
créoles.
845,000
1,025
5,421
8,525
sur lesquels 5»000
soui juifs.
450,000
B01I1K8
de couleur.
1.7(59
2,070,000
320,000
hicouuii.
720,000
285,841
inconnu.
305,000
628.000
1,9 2
5,22 f
inconnu.
RicBcs.
8,400
10,000
5,000
470,0i>0
40,556
2i0,000
70,000
1,987,500
15,200
109«549
72,000
inmcss.
1,600,000
400,GU0
5,450,030
965,400
inconnu.
851,600
608,911
450,000
1,150,000
•
300,000
16,060
inconnu.
6,200
!a proportion du poUen n'a ici aucune influence.
m
GEN
D'ANTHROPOLOT.IE.
GEN
650
Afin d'établir ce fait général de l'ciistencc
dépopulations mixtes, c/estrà-dire prove-
nant du mélange d^individus aj^partenant à
tjts races différentes, je citerai ici quelques
eiemples dans chacun desquels on verra une
nre ooavelle se produire et se multiplier,
ea offrant des caractères intermédiaires à
reui des races dont elle dérive.
Les Griquas ou Hottentots-Griquas sont,
t\mme en le sait, un peuple d'origine
mMée, descendu, d*un côté, des Hollandais
qui ont colonisé le sud de l'Afrique, et, de
I autre, des Hottentots aborigènes, lis habi-
litai sur les limites du territoire colonial, où
ils soDt nombreux et où ils s'accroissent ra-
pidement. Les Griquas occupent maiute-
iMot, sur les bords du Gariep ou de la ri-
Tiife Orange, un espace de sept cent milles
0u moins, et leur nombre dans ces lieux a
^:é estimé, il J a quelques*années, à plus de
5,^)00 imes. Ce sont de redoutables marau-
deurs ; ils désolent , par leurs incursions
4r<a$tatrices, toutes les tribus aborigènes
du roisinage, et souvent aussi ils deviennent
M incommodes pour les colons de la fron-
tière. Sur d'autres points, ou trouve beau-
coup d*hommes de cette même race qui se
lirrent avec succès k Taçriculture. A Gri-
qiuhTown, par exemple, ils forment, sous la
direction des missionnaires moraves qui les
uQ< convertis à la religion chrétienne, une
grande communauté dans laquelle on voit
réj^er une partie des habitudes des sociétés
ciUisées.
Les hommes que les Portugais désignent
S0U5 le nom de Cafusos forment une race
^m remarquable, qu'on sait être descendue
^ri;^oairement d'un mélange d'indigènes de
l'Amérique avec des nègres importes d'Afri-
que. Ces Cafusos paraissent avoir été sépa-
rée accidentellement des autres habitants du
Ws. Beaucoup de familles de cette race
^n^ière habitent maintenant les plaines
wlitaires qui sont bordées par les forêts de
Tamara, et c'est li qu'elles furent observées
B^rdeux intelligents voyageurs allemands,
M. de Spix et Martius. Nous devons à ces
^rivains rindication que nous avons donnée
w l'origine de ces Cafusos, et la description
que nous en allons donner.
« Leur aspect a quelque chose d'étrange
q<û ne peut manquer de frapper vivement
ttn Européen. Ils ont la taille svelte, et ce-
fondant le corps musculeux; leurs bras sur-
tout et leur poitrihe offrent des muscles
trè^éveloppés. Leurs jambes sont propor-
twonellement faibles; leur teint est cuivré,
ï»r4nl sur le brun. En général leurs traits
*^ rapprochent plus de la race africaine que
•i** la race américaine : ils ont le visage
''Talo, les pommettes des joues hautes, mais
y^ si larges que les Indiens ; le nez large et
^piati, oi retroussé, ni très-arqué; la bouche
grande, avec des lèvres épaisses mais égales,
et qui, de même que la mâchoire inférieure,
n« font pas en avant une saillie bien mar- •
qy^e. Leurs yeux noirs ont un regard plus
f'Overt et plus franc que ceux des Indiens, et
S'JUl «railleurs un peu obliques ; ils ne sont
DfCTIOXS. D'A5Tnn0P0L061E.
pas si rapprochés que ceux des Imlieiis. Mais
ce qui donne surtout à ces métis un air des
plus étranges, c'est l'énorme chevelure cré-
pue qui s'élève perpendiculairement du front
jusqu'à la hauteur d'un pied à un pied et
demi au-dessus de la tête, formant ainsi une
sorte de perruque très-extraordinaire et très-
laide. Cette bizarre coiffure, oui au premier
aspect semble un produit de I art pIutAt que
de la nature, rappelle laplique polonaise, et
pourtant ce n'est point l'effet d'une maladie,
mais simplement une conséquence de la
double origine des Cafusos; leur cheve-
lure en effet tient le milieu entre la laine
du nègre et les cheveux lon^s et roides «îe
l'Américain. Cette perruque naturelle est
quelquefois si haute, qu'elle oblige les Ca-
fusos à se baisser pour entrer et sortir par
les portes ordinaires de leurs huttes; elle est
d'ailleurs si bien mêlée, que toute idée de la
peigner est hors de question. Cette disposi-
tion de la chevelure donne aux Cafusos de
la ressemblance avec les Papouas de la Nou-
velle-Guiuée. *
J'ajouterai la description d'une autre race
d'origine mêlée, dont les caractères sont for-
tement prononcés ; je veux parler des Pa-
pouas que l'on trouve le long de la côte sep-
tentrionale de la Nouveile-buinée et dans
les lies adjacentes.
Les races aborigènes distinctes de l'Archi-
pel indien et des terres voisines peuvent
être rapportées à trois divisions :
l** La race malaise ou polynésienne, dont
la langue et les caractères physiques sont
bien connus. Cette race a le teint basané et
les cheveux plats ; du moins, c'est ce que
nous offre la branche rénanduesur le littoral
de toutes les tles, à 1 ouest du détroit de
Torres. On suppose généralement que les
Malais sont originaires de Ttle de Sumatra ;
l'intérieur de cette lie est en effet habité par
un peuple qui leur est allié de plus ou moins
près, et la race de Menangkaban est de sou-
che malaise pure ; probablement même c'est
la souche primitive.
2" Dans l'intérieur de beaucoup d'îles, et
dans les parties montagneuses de la pénin-
sule de Malaya, il se trouve, comme âiacun
le sait, des tribus à chevelure laineuse ; ces
nommes, que les Espagnols des Philippines
désignent sous le nom de Negritos del
MofUe^ ont les cheveux courts, crépus ou
laineux, et sous beaucoup de rapports of-
frent une très-grande ressemblance avec les
nègres d'Afrique; Prichard les appelle nè-
gres pélagiens.
L'intérieur de la Nouvello-Guinée, de la
Nouvelle - Bretaçne et de la Nouvelle -Ii^
lande, est habité, d'après ce que l'on croit
savoir, par une race d'homme sur laquelle
jusqu'à ce jour on n'a eu encore que bien
peu de renseignements; ces hommes sont
appelés Endaroènes par les Papouas , et
Alioers, Haraforas et Alfarous par les plus
anciens voyageurs. Selon les écrivains les
plus récents , ils ont les cheveux longs
et ressemblent par les caractères physi-
ques aux habitants de la Nonvelîe-Heflande,
V^i
CEN
DICTIONNAIRE
GEN
6-2
Ils appartiennent probablement à la même
soucne que cette race misérable et dé-
gradée.
Les Papouas se distinguent de toutes ces
races; ils babitent le littoral des lies de
Waygiou, Sallawatty, Gammen, Battenta, et
toute la côte septentrionale de la Nouvelle-
Guinée, depuis la Pointe -Sabelo jusqu'au
cap Dorey. Un trait très-remarquable dans
leur extérieur, Ténorme volume de leur che-
velure à demi laineuse , attira de bonne
heure Tattention des voyageurs, et Dampier
les nomme Mop-Headed'PaptMu^ Papouas
à tête de vadrouille (404). Forrest, qui les
avait vus souvent dans son voyage à la Nou-
velle-Guinée , dit que les Caftes-Papouas
sont aussi noirs que les Cafres d'Afrique;
il désigne, par cette dernière expression, les
nègres de la côte de Mozambique, que les
Européens ont appelés Cafres ou Rafres, par
une légère altération du nom de Kajirs^
c'est-à-dire infidèles^ que leur ont appliqué
les musulmans qui trafiquent dans 1 Océan
indien. « Ils ont, dit Forrest, des cheveux
frisés qui forment autour de leur tête une
masse si volumineuse que la circonférence
en est souvent de trois pieds, et jamais de
moins de deux et demi, p
Forrest distinçue nettement ce peuple dos
Haraforas, et il doit être distingué aussi des
nègres de la race pélagicnne, qui ont les
cheveux ras et sont nommés par Dampier,
dans son style naïf : Shockf curl paled
New-Guinea negroes^ nègres à calqtte ratinée
de la Nouvelle-Guinée.
Les Papouas à la tête de vadrouille de
Dam{)ier ont été bien distingués et, pour la
première fois, décrits avec soin par deux na^
luralistes, MM. Quoy et Gaimard, qui ac-
compagnaient l'excellent M. de Freycinet
dans l'expédition de VUranie et de la Physi-
cienne; ils l'ont été plus récemment, par
M. Lesson , qui a visité les mêmes parages
dans le cours de l'expédition de VAstrolahe^
et qui a confirmé l'opinion avancée d'abord
par MM. Quoy et Gaimard, savoir, que les Pa-
pouas appartiennent à une race mixte : « Ces
écrivains, dit Lesson , sont les premiers qui
ont démontré que les habitants du littoral
constituaient une espèce hybride, provenant
sans aucun doute des Papouas nègres et des
Malais qui se sont établis sur ces terres , et
qui y forment à peu près la masse de la po-
fulation. Ces nèsres malais ont emprunté
ces deux rates les habitudes qui les dis-
tinguent. Ces insulaires forment donc une
sorte de peuple métis, placés naturellement
sur les rrontières des îles malaises et des
terres de Papouas, et sur le littoral d'un
petit nombre d'îles agglomérées sous l'équa-
teur, et au milieu desquelles s'introduisent
sans interruption des Malais de Tidor et de
Ternate, et des Papous de la Nouvelle-Gui-
née (ceux que Prichard nomme nègres pé-
(40 i) Les tapissiers, à Paris, nomment vadrouille
ou tête de /atnc, un ustensile de ménage moins com-
munément employé en France qu'en Angleterre, où
en le <lés gne sous le nom de moo C'est on amas
lagiens], et même quelques Alioorousdcs
montagnes de l'int^^rieur. La masse de ces
Papouas hybrides présentedes hommesd une
constitution grêle et peu vigoureuse, s
MM. Quoy et Gaimard observent qall
existe dans ces contrées une race d'hommes
très-semblables aux naturels de l'Africme, et
dont les tribus sont dispersées an milieu de
tribus appartenant à la race malaise, dans les
archipels de la Sonde, de Bornéo et des Mo-
luques.
La source de cette race paraît être dans
quelque canton de la grande lie de la Nou-
velle-Guinée, mais nous devons avoir soin
de ne pas la confondre avec celle qui peuple
Wavgiou et les îles voisines, car, bien que
les Habitants de ces lies soient presque sem-
blables aux nègres pour la couleur de la
Seau, ils présentent des caractères qui les
istinguent tout à fait de ces derniers.
Ils se donnent à eux-mêmes le nom de
Papouas. Leur chevelure et leurs traits ne
sont ni ceux des Malais ni ceux des nègres:
mais, à cet égard, ils tiennent le milieu entre
les deux races. « Leur peau est brun-foncé;
leurs cheveux sont noirs, tant soit peu lanu-
gineux, très- touffus; ils frisent naturelle-
ment, ce qui donne à la tète un volume
énorme, surtout lorsque, négligeant de les
relever et de les fixer en arrière, ils les lais-
sent tomber sur le devant. Ils n'ont que peu
de barbe , même les vieillards ; elle est de
couleur noire, ainsi que les sourcils et les
yeux. Quoiqu'ils aient le nez un peu épaté,
les lèvres épaisses, et les pommettes larges,
leur physionomie n'est point désagréable et
leur rire n'est pas grossier. »
Chez les hommes de cette race papoua, la
forme du crâne, à très-peu près la même que
chez les Malais, présente cependant quel-
ques différences appréciables. Leur langue
n'a jamais été bien connue des Européens;
le peu de mots qu'on en a recueillis ne ^-
raît avoir aucune affinité avec ceux que 1 on
trouve dans le vocabulaire de la langue des
nègres de la Nouvelle-Guinée, publié par
le président de Brosses.
11 n'y a point d'invraisemblance à suppo-
ser que ces peuplades du littoral soient ve-
nues à la Nouvelle-Guinée et dans les lies
voisines, de quelque partie éloignée de Var-
chipel Indien; mais, quel que soit leur point
de départ, elles paraissent nous offrir rexem-
ple d une race d'hommes mêlée, qui a con-
servé certains caractères dérivés de sadonble
origiua : ces traits cependant se sont ensuite
transmis, comme caractère permanents, de
Sénération en génération, et il paraît que*
es le temps de Dampier, ils avaient' atteint
leur plein développement.
Il paraît incontestable quMl existe des
races humaines intermédiaires, que ces rac^
se propagent, et qu'ainsi il n'existe aucun
empêcnement à la reproduction, même dans
de cordes de laine Gxees an bout d^un Uiod. '<
dont on se sert |>rîncipâleincnt pour laver les <y*
reaux des salles à manger.
$Sù
;E0
D'ANTHROPOLOGIE.
GEO
G5i
les cas où le croisement a liea entre les
races les pdas dissemblables ; ce qoi prouve
éTidemment que tontes ces races appartien-
nent à one même famille, à moins qu'on ne
veuille supposer qu*il y a pour le genre hu-
main une exception à la règle à laquelle
obéit tout le reste des êtres organisés.
La solution du problème que nous nous
sommes posé pourrait être poussée seule-
ment jusqu'à cette alternative, ou considérée
comme obtenue au mojen de cet allument,
liais il est possible de jeter un nouveau jour
sur la question par une analyse conscien-
cieuse oes faits, qui peuvent être recueillis
relativement à la nature et à Torigine des
variétés. Fay. YAmiATio^fS.
GEOGRAPHIE ETHNOGRAPmQCE, ou
DKfAIBUTIOBf DE L*ESPÈCE HC1IAI5E SUE LE
gijObb. — Parmi les motifs qu*on met en
avant pour distinguer l'homme de la brute,
il en est un qui mérite notre attention .par-
ticulière, c'est la possibilité où il est d ha-
biter tous les climats. D^iinepart, la force
et la souplesse de sa constitution lui permet-
tent de vivre au milieu des températures les
pF*is opposées, tandis que par sa sagacité il
jeut découvrir les moyens de pourvoir à sa
ifubsistance, même sur les sols les plus in-
grats. >'ous le trouvons près des régions
[polaires et sous les tropiques brûlants , sur
les plus hautes montages et dans tes pro-
fondes vallées, près des bords de la mer et
dans les sables du désert. Le froid et le
chaud, la sécheresse et l'humidité, toutes
les variations atmosphériques lui sont in-
«Jifférentes. 11 est bien partout, et le climat
a moins d'influence sur la production des
variétés de son espèce que sur celles de
tout autre. La diCTérence de climat a bien
{>lii5 de conséquence pour les animaux in-
érieurs. Les Groenlandais et les Esquimaux
sont aussi bien à 70* qu'à 80*, et les Danois
ont fondé des colonies au Groenland , à un
degré tout aussi élevé. Le docteur Ackin
parle de trois Russes qui ont vécu six à
sept ans au Spitzberg entre T7* et 78* de lati-
tude nord. La faculté oue possède l'espèce
humaine de supporter le froid a été mieux
démontrée encore par les voyages qui ont été
entrepris dans ces derniers temp^ aux ré-
S'ons arctiques. Tandis que le mercure du
ermomètre se congelait , que les animaux
qui n'étaient pas destinés à vivre dans ces
climats glacés succombaient à la rigueur du
froid, des voyageurs entreprenants, tels
que Parry, Franklin , Gaymard et autres ont
enduré toutes les rigueurs d'un hiver plus
rude qu'en Sibérie. Dans un climat où Teau-
de-vie se gèle dans l'intérieur des cabanes,
llndien du Canada et l'Escpiimaux vont sans
danger à la chasse, et l'Européen peut , en
entretenant la circulation du sang par l'exer-
cice, endurer le même froid. Les Danois ont
vécu à 7^ de latitude nord, au Groenland,
et les Hollandais sous Heemskirk ont passé
rhiver à la Nouvelle-Zemble à 76* de lati-
tude nord.
D*un antre cêté, Thomme peut aussi ré-
sister à des chaleurs excessives. Malgré Tas-
sertion de Boerhnave que la température de
35* à Mr est fatale à notre espèce, la tempé-
ture moyenne de Sierra-Leone est cependant
de28*centigr., et à quelque distance de la
c6le le thermomètre s'élève à 38* et même
à 39* et M* à l'ombre. Adanson dit qu'à
l'ombre au Sénégal le thermomètre marque
4â* ^ à 17* de latitude nord. Ruffon parie
d'une circonstance où la température a at-
teint kT \. 11 est probable que les pays si-
tués à l'est du grand désert sont encore plus
chauds que le Sénégal, à cause des vents
brûlants qui y souillent.
11 est donc prouvé oue l'homme peut sup-
porter toutes les différentes températures
brûlantes ou glaciales de notre planète; il
peut aussi bien supporter l'atmosphère. On
a calculé qu'au niveau de la mer la pres-
sion de l'atmosphère est égale au poids de
11 mètres cubes d'eau accumulés sur la
tête , en calculant la hauteur barométrique
à 30 pouces. En s'élevant à une hauteur de
k kilomètres le baromètre descend et la
{Pression se réduit à 8 mètres cubes d'eau.
1 y a d'immenses terrains en Amérique qui
sont peuplés à cette hauteur. La Condamme
et Bouçuer vécurent trois semaines avec
leur suite à 4,868 mètres au-dessus du ni-
veau de' la mer, là où fa pression atmosphé*
rique é|ialait seulement 5 mètres cubes
d'eau. 11 y a de vastes plaines au Pérou
situées à 3 kilomètres de hauteur, et les
provinces intérieures du Mexique, qui con-
tiennent une superficie d'un demi-million
de mille carrés, sont élevés de 2 à 3 kilomè-
tres au-dessus du niveau de la mer.
La ville de Mexico est à 2,277 mètres au-
dessus du niveau de la mer, et celle de
Quito à 2,908. On a dit que le point habité
le plus élevé de la terre était le hameau
d'Antisana, qui est à 4,101 mètres au-dessus
de la mer; et cependant M. de Humboldt
gravit le Chimboraço, à une hauteur de
6,530 mètres. Un des sommets des monts
Himalaya est élevé de 7,821 mètres.
Cette faculté de i>ouvoir vivre sous des
pressions atmosphériques si différentes est
un des phénomènes les plus curieux de
rhistoire physiologique de l'homme. 11 pa-
rait dû en partie à son organisation phvsi-
que, en partie à la puissance de ses fiicultés
morales; car si l'organisation de l'homme
est une des conditions essentielles d'une
pareille faculté, nul doute que la supériorité
de son intelligence ne le développe et ne
retende encore.
Sans doute l'art contribue beaucoup à
rendre l'homme capable de supporter les
changements de climat et les températures
les puis opposées; mais l'art ne suffit pas.
Sans la force et la souplesse de son oi^ni-
sation, son es|!èce ne se serait pas si uni-
versellement propaèée sur la terre. La plu-
part des sauvages Chinois songent à peine
a se garantir le corps , même dans les ri-
gueurs de l'hiver. Llndien du Canada va
chasser sans crainte, au milieu des glaces ,
les membres et la poitrine nus. Il dort sur
la neige, et souvent impunément Quand le
•«55
CES
DICTIONNAIRE
CES
65^
thermomètre, au lever du soloil, indique 2^^
au-dessus de 0. Le jeune Groënlandais s'ha-
bitue à jouer dans Veau jus(^u'à ce qu'il de-
vienne presque un être amphibie. D'un autre
cÂté, le nègre brave tète nue l'ardeur du
soleil , et traverse sans chaussure les sables
brûlants du désert. Les femmes et les en-
fants sur la côte de Sierra-Leone restent
toujours la tète découverte, au soleil comme
k la pluie.
GERMAINS. Voy. Europe moderne.
GÉORGIENS. Yoy. ÀBORicftifES.
GESTES ET ATTITUDES. — L'appareil
de ces expressions se compose du système
osseux, et du système musculaire que la
volonté meut et dirige par l'intermédiaire
des radiations des couches optiques, qui dé-
terminent le mouvement des membres tho-
raciques ; des corps striés, qui, de concert
avec les hémisphères cérébelliques, produi-
sent ceux des membres abdominaux; par
rinfluence des cordons antérieurs de la
moelle épinière, qui <;oncourent à tous ces
mouvements ; et enOn par celle des tuber-
cules quadrijumeaux, qui les équilibrent.
{Serres, Anatomie comparée du cerveau^ t. II,
eh. 8). Il comprend, pour le geste, les leviers
osseux qui composent les membres thora-
ciques, la tète, les vertèbres cervicales, et
les muscles qui s'attachent à ces différentes
parties et les met en mouvement ; et pour
les altitudes^ la colonne vertébrale, les os du
bassin, ceux qui composent les membres
abdominaux, e.t les puissances musculaires
qui leur impriment tous les mouvements, et
qui leur donnent toutes les dispositions né-
cessaires aux expressions diverses.
Il existe dans cet appareil plusieurs har-
monies remarquables, qui le rendent propre
aux fonctions qu'il doit exercer et qui sont
9n .apport avec elles.
D'abord, eu considérant le système osseux,
4)n voit la tète articulée avec la première et
la seconde vertèbre de manière à pouvoir
tourner comme sur un pivot pour 1 expres-
sion de la négation. De plus, les vertèbres
tervicales sont articulées entre elles de telle
4orie qu'elles se prêtent à des mouvements
de Qexion en avant pour l'indication de Top-
f)robation^ d'extension pour l'expression de
'admiration et de la surprise^ d inclinaison
latérale pour celle du refus obstiné^ etc. Dans
les membres thoraciques, l'articulation de
/huménis avec l'omoplate, qui permet au
premier de ces os d'exécuter des mouve-
ments très-é tendus, et celles de l'avant-bras
avec le bras, et de la main avec Tavanl-bras,
qui, en donnant à ces parties la faculté de
s étendre et de se fléchir les unes sur les
autres, favorisent une foule d'expressions
divei^es. L'articulation des vertèbres dor-
sales et lombaires sont telles, que le tronc
peut s'incliner en avant, en arrière, et sur
les côtés, et déterminer ainsi de nombreuses
attitudes. Le fémur, articulé avec le bassin
à peu près comme l'humérus avec l'omoplate,
peut, quoique moins mobile que lui, parce
qu'il doit soutenir la charpente osseuse, se
diriger dans tous les sens, et multiplier ces
mêmes altitudes, auxquelles s'/^outent encore
celles que peuvent produire la flexion et
l'extension de la cuisse, de la jambe et du
I)ied, qui, construit en forme de voûte, est
a base de tout l'édifice organique, et don*
nent un point d'appui solide aux leviers
osseux qui exécutent tous ces mouvements.
Si nous considérons le système musculaire
qui les détermine, nous y découvrirons un
nombre infini d'harmonies merveilleuses qui
publient de toute part la sagesse du Créateur.
Qui ne serait, en effet, saisi d'admiration k
la vue de cette foule de puissances qui,
groupées en systèmes particuliers d'agents,
concourent toutes, dans leurs divisions res-
Sectives, à des mouvements communs? Les
échisseurs de la tète agissent d'une manière
simultanée pour l'incliner en avant, et se
trouvent ainsi en rapport avec le mode d'ar-
ticulation des vertèbres cervicales ; le sterne*
mastoïdien d'un côté agit seul lorsqu'il faut
S[ue la face se dirige du côté opposé, et il
orme ainsi une harmonie évidente avec le
mode d'articulation qui existe entre Toccipi-
tal et la première vertèbre du cou ; les mus-
cles qui s'attachent d'une part aux parois
thoraciques et de l'autre à l'aumérus, etqui
lui font exécuter des mouvements si variés
et si étendus, offrent une connexité remar-
quable avec l'articulation orbiculaire de cet
os avec l'omoplate. En un mot, il n'existe
pas une seule action musculaire qui ne soit
en harmonie avec l'articulation du lerier
osseux qu'elle doit mouvoir ; et, dans cet
accord admirable, les muscles, qui demeurent
en repos pendant que leurs antagonistes
agissent, y concourent eux-mêmes par leur
inaction.
Enfin nous ferons remarquer une anlrt
sorte d'harmonie entre le geste et les attitu-
des d'une part, et les affections morales de
l'autre; c'est que ce sont toujours des mou-
vements d'élévation, d'abaissement, deQeiion
ou d'extension, qui, à cause de leur faeililé
et de leur promptitude, servent à l'expres-
sion des sentiments.
Considérons, relativement à la rapidité du
geste et des attitudes, que ces deux ronctioos
expressives, quoique exercées par des mu5-
cles soumis a l'empire de la volonté sont
néanmoins comme instinctives dans l'expres-
sion des violentes affections de l'Ame. Pour-
quoi cela? O admirable effet de la pré-
voyance divine I... C'est d'abord, afin que ces
mouvements, cjui souvent sont liés à des
sentiments qui doivent être promptemcnt
manifestés, ne fussent point confiés a un jo*
gement toujours tardif, et se développassent
avec une rapidité proportionnée au but
qu'ils devaient remplir; et, en second lieu,
afin au'une Âme accablée par une affection
morale trop vive de joie ou de douleur, en
fût promptement soulagée par les mouve-
ments qui doivent l'exprimer. Qui ne sait*
en effet, combien le poids d'un sentiœeot
violent se trouve allégé par l'expression qui
le manifeste, et quels graves désordres peu-
vent résulter de sa concentration au fond du
cœur I N'est-ce pas pour cela que les mou-
(CT
CES
BANTHROTOLOCfE.
CES
6cB'
Tcments des membres ont d'autant plus d'é-
tendue, et sont d'autant plus rapides gue les
passions que l'on éprouve ont de TiTacité,
et quec'est aux membres thoradques, comme
plus mobilesy que leur manifestation a été
confiée?
Les membres thoraciques, à cause de cette
mobilité, sont destinés à exprimer et les
i'iées des rqiports des êtres et les affections
morales. Le tronc et les membres abdomi-
naux, qui sont beaucoup moins mobiles, ne
serrent qu'à la manifestation des sentiments.
Enfin la tête et le cou, qui, par le nombre
et la bdlité de leurs mouvements, se rap^
procbent des membres tfaoraciques, et qui
d'ailleurs se trouvent intimement li^ à la
face, sarrent à ces deux sortes d'expres-
sions.
De même que la physionomie, le geste et
les attitudes ne sont ouint des moyens ex-
f)ressîls conventionnels. Leurs divers élé-
luents sont tous en rapport avec nos senti-
ments et nos idées. Ils se développent,
comme à notre insu, à chacune de nos con-
ceptions, et nous ne pourrions les changer,
les altérer, sans détruire entièrement cette
aimirable harmonie. Bien différents de la
larole, oui est diversement modifiée par les
climats, les localités, etc., ils sont les mêmes
chez les différants peuples ; et si l'on y re-
marque quelques variétés, elles n'ont rap-
port qu'à l'étendue, au nombre, à la vivante
iles mouvements, et nullement à leur nature
f*ipressive. La Suprême Intelligence a voulu
r ar là remédier aux effets de la diversité des
langues, nécessité par Tordre naturel des
choses, et par conséquent inévitable, et
supposer à ce que la communication morale
^ntre les divers individus de l'espèce fût
jamais interrompue.
C*est principalement dans l'expression des
f •notions intellectuelles que se montre l'u-
fiiformité du geste et des attitudes parmi
J<:rs hommes.
L'mitemiian^ qui n'est qu'une perception
sooteoue, comme nous TaTons déjà dit, se
r»eînt dans tous par les mêmes habitudes.
bans cette fonction, tous les mouvements
s-jnt interrompus, le corps conserve la posi-
ti*^o qu'il avait auparavant, la bouche est
t'hante, les yeux sont fixés sur Tobjet que
Ton considère, la respiration est comme siis-
(lendue, ou très-lente pour éviter jusqu'au
trouble que pourrait causer le bruit de
l'air.
La eawÊparaisan extérieure se manifeste
Kir la même attitude c|ue l'attention. Mais
I eawiparaiMan iniérieurej ou la réflexion
s-iir des perceptions déjà produites ou des
i ^'«js déjà conçues, offre une expression
f .'fins animée, parce que dans la première,
f ^7re inielligeni se porte an-dehors, tandis
que dans la seconde il se concentre au-de-
ciDs de lui-même. Les yeux sont abaissés,
eu se détournent de ce qui pourrait les dis-
'405> Dans le geste d*approé«f t<m , rincliiuiisoa
é^ la tète en avant aiiiKnce la soiiniissioo à ropi-
i*.AHi d*a«traî , on féchit. Dans la négation ou la
traire ; bien souvent ils sont couverts par
une main, sur laquelle la tête s'appuie en
s'inclinant en avant ou sur Tun ou Tautre
cAté ; tout le corps est dans une position
molle et nonchalante ; les membres fléchis
et cherehant le repos, peignent Téloi^e*
ment de l'esprit pour ce qui est extérieur,
et sa concentration sur ce qui l'occupe.
L'expression du jugement se confond avec
celle des idées qui en sont le produit. Cellcr
de rtma^ifiii/tofi n'a aucun trait frappant qui
la caractérise. 11 en est de même de celle de
la m4^motr«, qui est analogue aux signes
extérieurs de l'attention. Toutefois, lors-
qu'elle s'exerce péniblement, elle provoque
certains mouvements particuliers, tels que
le frottement du front, etc., qui annoncent
l'impatience que nous éprouvons de saisir
les idées qui nous échappent.
La maniffetation des %aée$ des rapports des
êtres au moyen du geste est très-limitée,
parce qu'il ne peut se prêter qu'incomplè-
tement à tous les mouvements, soit géné-
raux, soit partiels, qu'elles exigent; et si
Ton n'v ajoute des éléments artificiels
comme le font les sourds-muets, il se borne
à représenter, mais iamais d*une manière
précise, la figure, la lorme, le volume des
corps, l'état de leur surface, le lieu qu'ils
occupent dans l'espace, leur position, leur
mouvement ou leur repos : la ngure, par les
contours que les mains tracent dans l'air ;
la forme, par celle qu'elles circonscrivent ;
le poli de la sur&ce, par leur mouvement
horizontal ; le volume, par Tespace qu'elles
embrassent, soit seules, soit de concert avec
le reste des membres thoraciques ; le lieu
qu'ils occupent dans l'espace, par la direc
tion qu'on leur donne ; fa position, verti-
cale, inclinée ou horizontale, par celle
qu'elles prennent elles-mêmes ; et enfin le
mouvement ou le repos, par leur état d'im-
mobilité, ou leur mouvement plus ou moins
rapide.
A ces expressions il faut en ajouter quel-
ques autres qui s*y lient d'une manière plus
ou moins intime. Telles sont celles d'appel
lotion^ d*approb€Uian, de désapprobation^
d'affimuuiony de négation, qui s'effectuent
et par le geste et par les mouvements de
la tête (M>5).
Mais si les idées des rapports des êtres ne
sont pas communiquées par ces moyens de
manifestation, il iren est pas de même des
idées affectives, qu'ils peignent de la manière
la plus complète, lors surtout que les atti-
tudes viennent ajouter à leur expression.
Le désir, lorqu'il est faible ou modéré, ne
s'exprime point par le geste, mais lorsqu'il
est ardent et soutenu, et que Tattente raccom-
pagne, l'impatience s'y joint et il provoque
une foule de mouvements qui attestent com-
bien celui qui l'éprouve brûle d'obtenir ou
d'atteindre robjetdésiré.On le voit, en effet,
changer à chaque instant de position par le
désapprobation, on refuse ce qoe Ton vous de-
mande 00 Ton nie ce que Ton toos dit ; on $ecowe
une sorte de joug qiic I on Tondrait vons imposer.
659
CES
DICTIONNAIRE
CES
sentiment qui le tourmente; tour à tour
agité par la crainte et rassuré par Fespé-
rance, il eierce mille mouvements divers.
Tantôt il médite sur les obstacles qu'il
pourra rencontrer, et il prend Thabitude de
la réflexion profonde ; tantôt il se livre à
Tespérance, et se meut vivement dans son
impatience de jouir. Alors il va, il vient, il
retourne, il revient encore, et s'épuise ainsi
dans une continuelle agitation ; il lui sem*
ble que ces mouvements rapides IxAteront la
marche du temps qui doit lui livrer Tobjet
qu*i] désire. A ces témoignages de son im-
Satience succèdent souvent ceux du dépit et
u désespoir ; et tous ces mouvements oppo-
sés se succèdent les uns les autres, jusqu'à
ce que la possession de l'objet désiré les ar-
rête en éteignant le sentiment qui les pro-
duit, ou que des obstacles insurmontables ,
en aaéantissant l'espérance, fassent aussi
cesser le désir.
L'espérance est un sentiment paisible qui,
en général, ne se manifeste au dehors gue
par une expression de sérénité ou de joie
répandue sur tout le visage. Mais la crainte
rend les mouvements faibles , et donne aux
attitudes un air d'abattement remarquable
par la réflexion sur les obstacles plus ou
moins grands oui peuvent s'opposer à la sa-
tisfaction du désir.
La surprise^ Vétonnement j Yindignation^
TAorreur, Yadmirationy Yenthousiasmef ont
pour leur expression des gestes et des atti-
tudes à peu près analogues, et qui ne diffè-
rent que par leur degré de vivacité. Dans
tous ces sentiments , les bras sont élevés et
étendus, les doigts écartés les uns des autres,
et le corps reste immobile. Mais on s'arrête
de surprise, on est prêt à reculer d'étonne-
roent, on recule d'horreur, on frémit d'in-
dignatiofi , l'admiration vous élève, et l'en-
thousiasme vous agite vivement.
Dans les sentiments tristes, tels que Yaf-
{liction , le regret ^ le repentir^ Yabattement ^
e découragement^ la consternation^ le déses^
r>tr, etc., on observe une attitude commune
tous, qui est celle de la réflexion profonde,
mais souvent dans le regret, le repentir, le
désespoir,.!) se joint par intervalle à cette
expression des gestes brusgues, vifs, irrégu-
liers, qui peignent énergiquement tout le
trouble de l'Âme.
Dans les mouvements que provoquent la
/oie, la gaieté j la satisfaction de soi-même^ il
règne une vivacité douoe , une liberté, une
aisance, qui exprime cet état heureux d'une
Ame agréablement émue par un succès dé-
siré, charmée, ravie de tout ce qui l'entoure,
ou qui ressent la douce influence de tout le
bien qu'elle a fait (406).
Le dégoût y la répugnance^ Y ennuie le dé-
dain j le mépris^ ne provoquent que des mou-
vements répulsifs ou des attitudes noncha-
lantes, qui expriment l'aversion. Dans le
dégoût, le corps reste en repos devant l'ob-
(406) La danse, non pas cette danse froide, me-
surée, réduite en principss, qui n*a aucun rapport
avec les sentiments, qui n>xprime rien ; mais cette
jet qui inspire ce sentiment; dans la répu-
gnance, il s'en éloigne, en même temps que
les mains semblent le repousser; dans Fen-
nui, il change à chaque instant de situation,
mais d'une manière lente et comme sans
but, pour peindre le vague des sentiments
et des idées d'une Ame que rien de ce qui
l'entoure ne peut plus captiver. Dans le dé-
dain et le mépris, il se détourne, pour té-
moigner le peu de cas qu'elle fait des objets
qu'elle ne croit pas dignes de son attention,
n se joint quelquefois à ce mouvement un
haussement d'épaules qui exprime la gène
a ne lui fait éprouver une sorte de poids dont
le cherche a se débarrasser.
La colère donne lieu ordinairement à des
mouvements violents et à des attitudes éner-
giaues. Quelquefois, au contraire, et lors-
qu elle est tres-vive , Je corps est agité d'un
tremblement général , et se trouve dans un
état voisin de la paralysie. Dans ces circons-
tances, ses mouvements sont faibles, ir-
réguliers, ce qui rend presque toujours les
coups du furieux incertains et mal assurés,
et sa colère sans effets funestes.
V orgueil et la présomption se peignent au
dehors par une certaine fermeté, une sorte
de hardiesse dans les mouvements, et une
fierté dans les attitudes, qui annoncent le
f)rix que l'on ajoute à son propre mérite, et
a certitude de réussir dans les projets que
l'on a conçus.
Les mouvements qui sont l'expression de
la honte sont incertains, confus ; ils peignent
énergiquement le trouble intérieur d'une
âme qui rougit de ses vices, et qui est bou-
leversée par l'éclat du jour. Le corps se dé-
tourne, la tète s'incline comme pour échapper
à la lumière, en même temps que les y eui
s'abaissent , et que le front se couvre de
roueeur.
L expression de la pudeur ressemble, sous
certains rapports, à celle de la honte : mais
elle en diffère essentiellement par une timi-
dité douce , par un embarras aimable ré-
pandu dans les mouvements et les attitudes,
et qui annonce le trouble charmant de Tio-
nocence, dont la seule idée du vice vient co-
lorer le front. Si la tète s'incline, si le corps
se détourne, c'est moins pour se cacher que
pour éviter des regards que feraient naître
des sentiments ou des idées qu'une ▼ertn
sans tache repousse avec vivacité.
Là pitié se peint au dehors par des moure-
ments et des attitudes pleines de douceurt
comme le sentiment qui les fait naître. Ton-
tes les articulations fléchies semblent repré-
senter l'attendrissement du cœur; les mainj
se joignent pour exprimer les liens qui nnu^
unissent à l'infortuné qui nous touche;et ell''^
indiquent, en se rapprochant sur la poilrioe.
l'impression que fait sur nous le malhear-
V appréhension j Yalarme^ la peur^ Yf/ff^^*
la terreur y Yépouvante^ le respect^ la rcr-'V»-
non, offrent des attitudes et des mouve-
danse vive, animée, où la physionomie pi le t^'^
concourent à peindre Télal de Vàmc, esi encorf «»
expression énergique de la joie et de la gaieté
C61
CES
D'ANTHROPOLOGIE.
COL'
662
nieDls très-remarquables. L*atlituile de Tap-
préhensioD se rapproche beaucoup de celle
de ratteotioD ; mais on y obsenre une ex-
pression plus animée ; un des membres ab-
dominaux est porté en ayant, et soutient le
corps, qui est incliné dans cette direction,
tandis que les membres thoraciques, éten-
dusbonzontalement, sont dans une immobi-
lité 4tnnplète. La frayeur rend le corps immo-
bile en opprimant les forces musculaires, et
semble suspendre tous les mouTements vi-
taux. Qaelgurfois elle donne lieu à un trem-
blement général qui peint fidèlement toute
Tagilation de l'âme. Bans la terreur et Té-
poQTante, le cœrps se détourne, recule ou
luit arec précipitation. Dans le respect, il
est immobile, les yeux sont baissés ; on s'in-
cline dans la vénération ; on tombe à ge-
noux dans celle que Ton témoigne à l'Etre
suprême ou dans le culte qu'on lui rend.
lels sont les rapports des idées et des sen-
timents avec le geste et les attitudes. Mais
ces rapports éprouTcnt, de la part de cer-
taines orconstances particulières, des modi-
fications remarquables qu'il est important de
signaler.
Dans le premier âse les gestes et les atti-
tudes sont nuls. Cela dépend de plusieurs
causes; d'abord de ce que les mouvements
musculaires n'ont ni assez de force ni assez
de précision pour pouvoir les exercer; et en-
suite de ce que les idées des rapports des
êtres n'existent point encore, et que les sen-
timents sont conius. Aussi les gestes, à cette
époque de la vie, se bornent à des mouve-
ments généraux du corp^ et des membres,
sans prâdsion ni r^;ularité, et n'expriment
qnedeux sensations générales, vagues comme
eux, le plaisir ou la douleur.
A mesure que le langage articulé se déve-
loppe, que les idées des rapports des êtres
se forment, les gestes et les attitudes qui s'y
rapportent se régularisent. Mais il est à re-
marquer que ceux qui sont relatifs aux idées
affectives sont plus tardifs, parce que ces
idées, peu nombreuses encore, trouvent
dans la voix un moyen suffisant d'expres-
sion. ^
Mais, dans la jeunesse, où le sentiment su-
rabonde, où le cœur est plein, où toutes les
affections ont une vivacité extrême, le geste
est vif^ animé, et s'accompagne d'attitudes
toujours très-expressives.
Dans la virilité, ces expressions s'afiaiblis-
sent avec la fougue des passions ; elles s'é-
teignent presque entièrement dans la vieil-
lesse, où le ccBur à peu près muet, cède à
Tesprit tout le domaine des fonctions exprès-
Dans la femme, les gestes et les attitudes
sont bien plus nombreux, bien plus vifs.
Lien plus éner^ques que dans Thomme,
comme les affections morales qu ils servent
à exprimer. Cela est remarquable, surtout
dans la colère, où les gestes les plus véhé-
ments, les attitudes les plus expressives,
les plus pittoresques, nous impriment à ce
sentiment un caractère extérieur tout parti-
culier.
Les individus offrent aussi de très-grandes
variétés sous le rapport de ces fonctions
d'expression. Elles dépendent tontes de la
vivacité plus ou moins grande des affections
morales qu'ils éprouvent. A une sensibilité
vive s'alhent presque toujours des attitudes
et des gestes nombreux, rapides et énergi-
que!. Le contraire se remarque lorsque la
modification organique perceptible, qui en*
tre comme élément 'dans les affections mo-
rales, est peu intense, ou que la raison en
réprime les effets.
Les professions influent sur le geste et les
attitudes en les régularisant. Ainsi, les indi-
vidus accoutumés à parler en public, les ac-
teurs tragiques surtout, mettent involon-
tairement dans ces moyens expressifs, par
l'effet de l'habitude, des formes régulières,
qui n'ont pas toujours l'énergie des mouve-
ments naturels.
Enfin, les climats modifient ces mêmes
moyens d'une manière remarquable. Tout
le monde sait que les peuples des pays
chauds s'expriment avec beaucoup de gestes
et de nombreuses attitudes, tandis que les
peuples^ du Nord, plus froids, plus cal-
mes, manifestent d'une manière bien plus
paisible leurs idées et leurs sentiments.
GLAND. Voy. Ché^vb.
GLOTTE. Voy. Voix.
GOCRJU. Voy. La>6jige.
GOCT. — Les substances qui peuvent nuire
à notre organisme ne réi)andent pas toutes
une repoussante odeur ; il en est, au con-
traire, d'où il s'exhale un doux parfum qui
nous attire. D'un autre cêté , plusieurs de
celles qui sont pour nous des aliments salu-
bres sont inodores, et l'on en voit même d*où
il s'échappe d'agréables émanations. Nous
serions donc fréquemment tombés dans des
erreurs funestes si nous n'avions eu à notre
disposition un instrument qui pût recevoir
de la part de ces substances des impres-
sions capables de nous éclairer sur leur vé-
ritable nature et nous diriger dans notre
choix.
Cet instrument est Yappareil du goût ; il
est situé dans la cavité buccale oui en fait
partie et en avant de l'ouverture au conduit
digestif auquel, par conséquent, ne peuvent
arriver les substances alimentaires sans avoir
subi une préalable exploration.
11 est lormé : 1* de la langue ; 2* de la
membrane muqueuse qui la revêt, en même
temps qu elle tapisse les parois de la cavité
buccale; 3* des nerfs qui se distribuent à
cette membrane; 4* des parties osseuses qui
renferment et prot^ent tout l'appareil.
La langue est formée d'un gi^md nombre
de muscles (le lingual superficiel , les lin-
guaux profonds , les trans verses, les verti-
caux, les glosso-staphylins, les styloglosses,
les hyoglosses, les génioglosses) qui se croi-
sent dans toutes les directions et qui , par
conséquent , peuvent produire des mouve-
ments très-variés et trfe-propres à l'explora
tion des substances alimentaires. Aussi est-
ce sur elle qu'est fixée la partie de la raein-.
6G5
GOU
DiCTIONNAIRE
COL'
661
brane mu(iucusc qui coiisliluc essentielle-
racnt le sens du goût.
* Cette membrane reçoit^ dans son tissa, un
grand nombre de branches nerveuses , di-
visions de la cinauième paire , mais c*est le
nerf lingual qui rorme l'organe transmetteur
de Tappareil. Ce nerf, en effet , se distribue
eiclusivement dans la membrane muqueuse
qui recouvre la langue et vient former à sa
surface un grand nombre de papilles ner-
veuses 9 destinées à recevoir 1 impression
des aliments. Les autres branches nerveu-
ses^ qui s'y joignent et qui se perdent dans le
reste de la membrane, ne servent qu'à trans-
mettre les impressions tactiles. Cette double
transmission était nécessaire, car une subs-
tance qui agit sur le sens du goût y exerce
une double action, savoir : celle de son con-
tact comme corps , ce qui était nécessaire,
pour que nous pussions en sentir la pré-
sence et en opérer la déglutition , et celle
8ui donne lieu à une sensation gustative.
r l'impression de la première est transmise
par les divisions nerveuses étrangères au
nerf lingual ; ce dernier seul transmet les
impressions dépendantes de la nature des
aliments (^07).
Ces impressions portent le nom dé saveurs,
et les corps qui les exercent se nomment
sapides.
Lorsqu'un corps sapide est introduit dans
la cavité buccaie, if en impressionne la
membrane muqueuse, qui alors secrète en
plus grande abondance le fluide visqueux
qu'elle produit sans cesse pour entretenir
la souplesse de la langue et en favoriser les
mouvements. A ce fluide se joint l'humeur
salivaire, et la substance sapide , ramollie,
en partie dissoute , agit sur le nerf lingual
qui nous transmet l'impression qu'il en re-
çoit et donne lieu à la perception gustative.
Plus le contact d'un corps saçioe sur la
langue est intense, plus son action est vive
et sa saveur sensible; voilà pourquoi dans
la dégustation nous appliquons la langue
contre le palais.
Plus la surface de la langue est nette ,
plus sa membrane muqueuse est à décou-
vert, et plus aussi nous ressentons vivement
l'impression des corps sapides.
Plus un corps est soluble, plus sa sapidité
est considérable ; plus son action est pro-
longée, plus sa saveur perd de sa viva-
cité (408).
Une impression sapide vive s'oppose à l'ac-
tion d'une impression plus faible qui la suit.
Il semble que le nerf lingual, épuisé par la
(407) Remarquez qne s'il n*y avait pas eu des
nerfs propres à transmettre les impressions tactiles,
associés a Tappareil du goût, nous aurions été sou-
vent exposés à ingérer des substances insipides,
nuisibles, et même la dégliUition des alimeuts aurait
été, sinon impossible, du moins très-irrégvlière, et
pour ainsi dire confiée au hasard. En effet, n*ayant
f»oint la conscience de leur présence dans la cavité
>uccale, nous n'aurions pu déterminer d'une ma-
nière exacte et régulière les mouvemcpts muscu-
. aires qui en dclermiuent Tingestion.
première, ne peut transmettre une excita-
tion qui a moins d'intensité.
Les saveurs varient singulièrement entre
elles ; cette diversité dépend de eelle de la
nature des corps sapides.
Ces corps exercent, en général , trois im-
pressions simultanées , savoir : 1* une im-
pression tactile , comme nous l'avons déjà
dit ; 2* une gustative ; 3* .une olfactive. La
première donne la sensation de la chaleur,
du froid, du simple contact; elle est sensible
dans l'application sur la langue d'un corps
non sapiae mou ou dur, chaud ou froid, etc.
La deuxième devient évidente quand on se
bouche le nez, ce qui l'isole de la troisième.
Et enfin celle-ci est sensible quand on ren 1
les narines libres ; elle n'est point percep*
tible dans le corps.
Les corps gui agissent sur la langue peu-
vent être divisés en quatre classes, savoir;
1* ceux qui n'exercent qu'un simple contact
(les corps non sapides) ; 2" ceux qui exer-
cent une impression tactile et une impres-
sion gustative (sucre , muriate de soude);
3"* ceux qui n'exercent qu'une impression
tactile et olfactive (les métaux odorants);
4* enfin ceux qui agissent à la fois sur le
tact de la langue, le goût et Todorat (huiles,
volatiles, menthe, etc.).
En général toutes les substances qui se-
raient nuisibles à notre organisation dans
l'état physiologiaue ont une saveur plus ou
moins désagréable, et quelquefois même au
point de déterminer des contractions eipul-
sives dans les fibres musculaires de l'esto-
mac, de rc9Sophage et du pharynx. Mais t
comme les organisations individuelles of-
frent de nombreuses variétés, et que, par con-
séquent, telle substance nuisible pour celle-
ci ne Test point pour celle-là , qui même y
trouve un aliment salubre, il en résulte que
des saveurs qui sontagréaibles pour certains
individus, inspirent à d'autres une véritable
horreur (i09).
Une substance alimentaire qui, par quel-
que circonstance particulière , coname une
indigestion, par exemple, a troublé notre or-
ganisation , n'a plus pour nous , du moins
pendant un certain temps , qu'une saveur
désagréable.
Ces phénomènes proviennent des relations
sympathiques qui existent entre l'appareil
digestif et l'instrument du goût.
La faculté transmissive de cet instrument
varie selon Tâge. Dans le nouveau-né, elle
est nulle; il n'a point de choix d'aliments à
faire, il a toujours à sa disposition celui qui
lui convient (tlO). Elle se développe avec le
(408) Il parait que, dans ce cas, le tissu du nerf,
trop excité, s'engorge, ou que son canal s'oWiif^
momentanémeut, et ^'il perd ainsi plus oa ootns
de sa faculté transnussive.
(409) Cela prouve que la saveur ne réside pom*
dans le corps sapide, et n'est point une modilicaii*«
duncrfUngual sur lequel celui-ci agit; modification
qui varie, dans les. divers individus, pardescood»-
lions matérielles que nous ne pouvons coonattre.
(HO) Elle n'existe que pour la transmission d»
impressions tactiles.
665
GUA
D*ANT1IR0P0L0G1E
GL'A
6CC
besoin d'aliments ?arié$ et plus sulistantiels,
et de même çue celle de rinstrument oUsc-
tif, elle ne s éteint qu'aTec la vie.
Toutefois elle s'affaiblit par Timpression
trop prolongée ou trop souvent répétée des
corps Tivement sapides. C*e$t ce que Ton
Toit dans les individus qui font un usage
liabituel de liqueurs fortes ou d^aliments de
haut goAt , et oui sont obligés de ranimer
sans cesse leur faculté gustative par des im-
pressions toujours nouvelles et d'une crois-
sante intensité.
Le goAt varie aussi chez les individus ,
selon la structure et l'activité de sécrétion
de la muqueuse buccale, et le degré d'im-
pressionnabilité et de faculté transmissive
du nerf gustatif. Dans certaines maladies ,
cette iaculté acquiert une si srande énergie,
que les saveurs les plus faibles peuvent à
peine être supportées.
Quoique deux prolongements encéphali-
ques transmettent les impressions gustati-
ves, nous n'en percevons jamais plusieurs
à la fois, alors même qu'un plus ou moins
grand nombre de substances sapides agissent
simultanément sur le sens du goût. Elles
semblent se e<mfondre toutes en une seule
et même impression i nous n'en éprouvons
ff*1Ule seule sensation, qui est produite par
saveur la plus vive, et nous ne pouvons
les distinguer les unes des autres qu'en les
percevant isolément. Or nous les percevrions
toutes à la fois, si l'encéphale , qui est eam^
posé comme corps, était ragent de la percep-
oon gustative, puisque rien ne pourrait s'op-
poser à ce que diaque impression fAt suivie
de son effet matériel. Donc Têtre qui perçoit
les saveurs est simple , et n'est point, par
conséquent, l'organe cérébral.
GRANDEUR dk l*hommb. Voy. lInteo-
ovcnoM.
GRECS. Voy. Ecmops vodkehb.
GROENLANDAIS. Voy. Racbs bcvambs.
GCANCHES. Voy. ABomioiHEs.
^ GUARANIS. — La région orientale de
r Amérique du sud, c'est-à-dire toute cette
|K>rtion de pays qui se trouve à Test de la
rivière du Paraguay, et d'une ligne tirée des
sources de cette rivière, à l'embouchure de
rOrénoque, était habitée, à l'époque de la
découverte du nouveau continent, par un
lO^and nombre de tribus indigènes qui étaient
/lonsidérées comme autant de nations dis-
tinctes, parlant chacune une langue à part.
Ijes recherches faites depuis quelques années
imi en pour résultat de réduire considéra-
tdement ce nombre.
Deux grandes Cunilles de nations existent
dans cette région : l'une est celle des Guara-
nis, répandue dans tout le Paraguay, et qu'on
sait être alliée aux tribus Tupis du Rrésil ;
Taulre comprend les races qui appartiennent
à la souche Galibi, Caribeou Caraïbes, races
qui occupent des provinces plus septentrio-
nales et s'avancent jusqu'au golfe du Me-
xique. Les Indiens, appartenant à ces deux
familles, se ressemblent beaucoup par les
traits, par la couleur, et doivent, suivant
31. d*Orbigny, être rattachés à un même tyoe
r.
^lysiquc dont il donne les caractères dans
essuivants : Couieurjaunâire-Jaillemoyenne:
front non fuyant; yeux souvent obliques ^
toujours relevés à Vangle extérieur.
Ces traits qui appartiennent aux grandes
races nomades de l'Amérique du sud, se
rapprochent, comme on le voit, beaucoup
de ceux des nomades de la Haute-Asie. La
couleur est presque la même, caries Indiens
des tribus orientales, ne sauraient être dé-
signés sous le nom de Peaux-Rouges, nom
qu'on appliquait encore naguère à toutes
les nations du nouveau monde. Ces Indiens
ont le visage arrondi et le nez court ; mais
ils n'ont pas les narines aussi larges que les
hommes de races asiatiques, et non pas non
SIus les pommettes aussi saillantes. Spix et
[artius ont trouvé aux Caribes une res-
semblance frappante avec les Chinois.
La nation guarani est une des plus inté-
ressantes de l'Amérique du Sud, en raison
de l'aptitude toute particulière qu'elle a
montrée pour entrer dans la voie ûes amé-
liorations sociales, et de la docilité avec la-
quelle elle s'est laissé instruire dans les
vérités de notre religion. De nombreuses
tribus s'étaient déjà converties au christia-i
nisme, grAce aux persévérants efforts des
missionnaires jésuites, et nous avons dans
diverses relations, écrites la plupart car des
ecclésiastiques, la preuve des progrès que
faisaient encore journellement ces ardents
a|)dtres de la civilisation, au moment ou le
roi d'Espagne, cédant aux funestes sugges-
tions d'hommes également ennemis du trône
et de l'autel, chassa les Jésuites du Paraguay,
enlevant ainsi à cent vingt mille nouveaux
convertis, tous sortis du sein d'une seule
nation, leurs instructeurs temporels et spi-
rituels, les guides qui les avaient si bien
dirigés, les protecteurs auxquels les unis-
saient les liens d'une mutuelle affection.
1* GwtraniM méridionaux ou Guaranis du
Paraguay. — Ce groupe se compose et des
tr?bus soumises aux régimes des missions
dans les établissements que les Jésuites
avaient formés au Paraguay, et de celles qui
errent encore è l'état de liberté dans les forêts
de cet te grande province. 1 1 y a eni x)re, en effet,
outre les Guaranis proprement dits, qui
sont tous chrétiens et habitent trente -deux
grandes bourgades, situées sur les bords du
Parana, du Paraguay et de ITrusuay, il y a,
dis-je, un certain nombre de tribus qui ap-
partiennent à la même race et qui restent
cachées dans les profondeurs des bois ; ces
tribus ont pris différents noms, tirés pour
la plupart de ceux des rivières ou des mon-
tagnes dans le voisinage desquelles elles
résident, mais la langue qu'elles parlent est
toujours le guarani : parmi les principales,
on doit citer les Tapas, les Tobatinguas et
les Cayuguas.
2* Guaranis occidentaux. — Ce sont les
tribus dont Hervas a parlé sous les noms de
Guarayis, Chiriguanis et Cirionos. Les
Guarayis avaient été convertis par les Jé-
suites qui les avaient rattachés a leurs célè-
bres missions de la province de Chiquitos.
CC7
GUI
DICTIONNAIRE
G II
Entre cette province et celle do Motos, il y a
encore quelques hordes de Guarayis sauva-
ges. Dobrezhoffer dit que « leur langue
est un dialecte très-peu corrompu du gua-
rani », quoique, d'après leurs propres tradi-
tions, ils habitassent déjà ce pays au temps de
rincaYupangui. Les Chiriguanosqui n'ont ja-
mais été convertis sont des barbares très-re-
doutables pour les peuplades voisi nés .Suivant
l'abbé Gili, la langue guarani est parlée dans
toute sa pureté par ces indigènes de cent
soixante villages des Andes, compris entre
la grande rivière de Chaco et celle de Mapayo,
dans la province de Santa-Cruz de la Sierra ;
au nord de Santa-Cruz sont les barbares Ci-
rionos qui parlent un dialecte du chiruguano,
et par conséquent un dialecte de la langue
guarani.
S** Ctuaranis orientaux du Brésil, — Ce
groupe se compose des Tupis ou Brésiliens
indigènes. « La langue générale du Brésil,
appelée communément langue tupi, du nom
des premiers Indiens qui se convertirent à
notre sainte foi, ne diffère pas plus, dit Her-
vas, de la langue guarani que le portugais
ne diffère de l'espagnol. » Hervas, fait, d'après
les renseignements qu'il avait reçus des cu-
rés et des missionnaires, une énumération
des tribus qui parlent la langue tupi peu ou
point altérée; ce sont: les Caryis dont le
pays est au sud de celui des Tupis, et s'étend
jusqu'au midi du Rio-Grande-do-Sal ou ri-
vière de Saint-Pierre, les Tamoyi, les Tupi-
naquis, les Timmiminos, les Tobayaris, les
Tupinambis, les Apontis, les Tapigoas et
plusieurs autres tribus occupant les districts
maritimes situés au sud de l'embouchure
de la rivière des Amazones.
&* Tribus de la rivière des Amazones qui se
rattachent à la race bresilio-guaranienne. —
Hervas considère là langue omagua et quel-
ques autres dialectes qui lui sont alliés et
qui se parlent dans le royaume de Quito,
comme étant aussi des rameaux de la grande
langue guarani, ce qui implique nécessai-
rement, si on admet le fait, une extension
de la race guaranienne au delà des limites
géographiques que nous lui avions d'abord
assignées; d' A zara, au reste, comme on l'a
vu précédemment, suppose qu'elle s'avance
vers le nord jusqu'à la Guvane.
Les Omaguas, avec quelques tribus qui
leur sont alliées de très -près, forment une
des nations les plus largement répandues
dans les parties septentrionales de l'Améri-
que du sud. Ils étaient anciennement eu
possession des rives et des lies du fleuve
des Amazones dans un espace de deux cents
lieues, à partir de l'embouchure du Rio-
Nabo (Napo), et probablement ils formaient
une grande partie des nombreuses tribus
que rencontra Orellana dans cette région.
GUARAUNOS. Yoy. Caribes.
GUAYERIES. Voy, Caribes.
GUINÉE (NÈGRES DE). — Les caractères
du nègre proprement dit se trouvent princi-
1)alement chez les nations situées au sud de
a grande chaîne qui vient se terminer à
l'ouest y près de Sierra-Leone ; dans cette
région même, si on veut les observer à leiir
maximum de développement, il faut porter
son attention sur cette partie de la côte qui,
bordant la partie saillante du continent, vient
se déterminer au fond de la baie du Bénin.
Dans ce grand district maritime on trouTe,
il est vrai, quelques nations assez avancées
en civilisation et qui partagent plus du type
soudanien que du type nègre proprement
dit ; mais la grande masse de la population
se compose de sauvages à l'état le plus in-
culte, et ceux-ci offrent, de la manière la
plus prononcée, la forme prognathe de la
tète et le caractère de physionomie qui y
correspond.
Les Feloupes, établis sur les bords de la
Casamanca, sont des sauvases qui vivent
tout nus; leur couleur est tres-noire et leur
peau est rude, mais leurs traits, dit-on, sont
assez beaux. Les Papels, les Bisagos, les Ba-
lantes, les Biafares ou Jolas, tous peuples du
littoral, sont des sauvages d'une laic^eur re-
poussante. Les Susus et les Timmanis sont
plus civilisés, et leurs traits se rapprochent
plus de ceux qu'on trouve généralement
parmi les nations de l'intérieur du Soudan.
La portion de côte qui s'étend depuis la
rivière Assini, ou depuis le cap Tres-Puntas
jusqu'au Rio-Volta, est ce qux)n nomme la
Côte-d'Or; dans cette partie du littoral pré-
dominent la race et la langue amina qui
s'étendent dans l'intérieur jusqu'à une dis-
tance encore indéterminée. Les Fantis, les
Ashantis, les Aquampim et les Inta sont en
effet des branches du même tronc. Barbot
nous fait de ces peuples un portrait très-cu-
rieux.
« Les noirs, dans cette partie de la Guinée,
sont, en général, nous dit-il, bien faits et
bien proportionnés, ni très-grands ni très-
{petits. Ils ont le visage d'un ovale agréable,
es yeux brillants, les oreilles petites, les
sourcils haut placés et bien loumis, les
dents petites, blanches, bien rangées et soi-
gneusement entretenues, les lèvres fraîches
et vermeilles, bien moins épaisses et moins
pendantes que celle des nègres de la côte
d'Angole; ils ont aussi le nez moins large.
Ils ont presque tous les cheveux bouclés, assez
longs quelquefois pour descendre jusqu'aux
épaules, et nien moins rudes que ceux des
hommes du pays d'Angole ; jusqu'à l'âge de
trente ans ils ont peu de barbe» mais les vieil-
lards l'ont assez lonsue.
« Leur peau, sans être d'un noir très-foncë,
est brillante et bien lisse ; leur estomac, na«
turellement chaud, peut digérer les aliments
les plus grossiers, même des entrailles crues
de volaille que je les ai vus souvent déTorer
avec avidité. Ils ont grand soin de se la?er
tout le corps, matin et soir, puis de se frotter
la peau d'huile de palme. Ils considèrent cet
usage comme très-essentiel pour la conser-
vation de la santé, et ils prétendent que cela
les préserve de la vermine qu'ils seraient
sans cela sujets à engendrer. En somme,
ce sont généralement des hommes bien bâti^^
et d'un beau visage; mais si les dehors sont
séduisants, le dedans n'y répond pas, ci,
«»
IIAR
D'ANTHUOPOLOGIE.
DAR
G7Û
au moral, ce sont de très-rilaines gens.
c Les femmes sont élancées , de taille
moyenne, mais bien prises, avec un embon-
point conTenable, on petit yisage arrondi et
des yeux brillants ; presque toutes ont le nez
bien saillant, quelauefois un peu aquilin,
la bouche petite, ires-bien faite , les dents
bien blanches et bien rangées, le cou ar-
rondi, la gorge bien formée; elles sont rives,
promptes à la répartie et très-disposées à
Dahiller. »
La nation des Ashantis , qui appartient à
cette race , est une des plus avancées de
TAfri^e païenne. Elle nous offre , suivant
Bodwich, surtout parmi les hommes apparte-
nant à la classe supérieure , non-seulement
de belles formes , mais souvent des traits
comparables à ceux du type grec , avec des
veux brillants , d'ailleurs un peu obliques.
Les femmes ressemblent à des Indiennes
plutAt qu*à des Africaines.
Dans un petit district de la CAte-d'Or, qui
entoure Acra, se trouve une race particulière
dont la langue ressemble à celle des nègres
montagnards d'Adampi. D*apfès la descrip-
tion qu*en a donnée le missionnaire danois
Isert , nous voyons que ces hommes ont des
cbeveux laineux qui atteignent quelquefois
juson^à un pied et demi de long (mes. angl.),
et dont la couleur généralement noire est
cependant rousse chez certains individus.
jSn continuant à marcher vers Test , on
trouve la cAle des Esclaves qui va* jusgu*au
Rio-Volta ; au delà , commence la baie de
Bénin, et, plus loin, celle de Biafra. La par-
tie du pays que borde la côte des Esclaves
(^t toute peuplée par des hommes d'une
même race , oui est celle à laquelle appar-
tiennent les ne^es de Whidah, d'Ardrah et
de Popo , aussi bien que ceux du Dahomeh,
tribu puissante et guernère de l'intérieur.
Dans le Bénin, et plus au sud-est, se trouvent
les races de Bénin , de Moko et plusieurs
autres. Edwards dit que les, Bénins sont d*un
noir jaunâtre , et que leur conformation de
visage &it qu'ils ressemblent presque tous
à des singes , la mâchoire iniérieure étant
beaucoup plus saillante chez eux que chez
aucune autre race d'Africains. V. Prichard a
examiné la tête osseuse d'un naturel de
Bénin , et lui a trouvé les caractères nègres ,
mais pas à un degré excessif.
La région que nous venons de mentionner
a été , comme son nom l'indique , le siège
principal de l'exportation des nègres escla-
ves , et , par suite des calamités et des vices
qu^en traîne cet iniâme trafic, les tribus de la
c6te ont été réduites à l'état le plus bas de
dégradation physique et morale. Dans toute
la Nigritie, mais particulièrement dans la
partie qui nous occupe en ce moment, il n'y
a pas un seul canton dans l'intérieur , pas
une seule montasne , dont les habitants ne
soient perpétuellement aux aguets, pour
s'emparer des femmes et des enfants d'escla-
ves voisins, afin de les vendre aux étrangers ;
il y en a beaucoup qui vendent jusqu'à leurs
femmes , jusqu'à leurs propres enfants. Il
n'est pas un coin du pays, si reculé qu'il soit,
qui n ait été le théâtre de quelque odieuse
scène de ravissement , de quelque meurtre
commis , non dans l'ardeur du combat , ou
sous l'impulsion aveugle de la colère ou de
la haine qu'excite une guerre de peuple à
peuple, mais de sang-froid, par le seul
amour du gain ; ajoutons en rougissant que
ces crimes se sont commis sous la protection
de lois promulguées dans la partie la plus
civilisée du monde chrétien , après de lon-
gues délibérations et dans le but avoué d'en-
richir quelques marchands.
H
HAEELTZDKS. Voy. Nootu. — Coloh-
HAIDAS. Voy. Nootka. — Colombibhs
HARICOT. Voy. Lkitillb.
HARMONIE DES FONCTIONS DANS LE
CORPS HUMAIN. — L'homme se trouvant
en relation avec les corps qui l'enrironnent,
et par conséquent soumis à leurs impres-
sions, devait nécessairement posséder un
appareil oi^anique qui le rendit locomobile,
car s'il n'avait pu se mouvoir , il se serait
trouvé dans l'impossibilité d'éviter les im-
pressions qui peuvent lui nuire et d'attein-
dre les objets qui lui sont d'une rigoureuse
nécessité : c'est-à-dire , qu'il n'aurait pu ni
protéger, ni entretenir son existence sur
cette terre qu'il doit habiter.
n en eût été de même si, étant locomobile,
il n'eût point eu à sa disposition des appa-
reils sensitifs capables de lui transmettre les
impressions extérieures ; car rien alors n'au-
rait sollicité en lui le déplacement du corps.
et son organisation aurait bientôt péri par
l'effet même de son inertie.
Il suit de là que l'état de relation exté-
rieure où se trouve l'homme par sa nature ,
enti'aine nécessairement sa locomobilité ,
qui , à son tour , nécessite l'existence d'un
certain nombre d'appareils organiques trans^
metteurs des impressions extérieures qui
doivent provoquer la fonction locomotrice ;
appareils qui se trouvent aussi intimement
liés à ceux qui doivent exprimer au dehors
les effets intérieurs de ces impressions , car,
par cela seul qu'il y a des impressions reçues
dans un être en relation avec ses semblables,
il faut nécessairement qu'il y ait des effets à
exprimer.
Mais la locomobilité de l'homme exigeait
aussi qu'il pût transporter avec lui la matière
de son alimentation , et qu'il eût par consé-
quent , au dedans de son organisation , une
sorte de réservoir pour la recueillir et lui
faire éprouver les modifications convenables
à la nutrition des organes ; de là une diges-
671
IIAR
DICTlONNAmE
IIAR
071
tion locale, qui, à son toi r, exige la locomo-
b'ilité; car, possédant un appareil diges-
tif, Thomme devait nécessairement avoir la
faculté de s'approcher des substances propres
à entretenir son existence.
Cette même digestion locale entraîne
aussi les actions organiques qui la précè-
dent, c'est-à-dire la préhension , la mastica-
tion , Tinsalivation , la déglutition des ali-
ments, et toutes les autres fonctions de
l'appareil digestif qui ont été précédemment
exposées.
Mais elle exige encore une absorption
chylifère, dont l'appareil nécessite aussi une
respiration dans un système particulier d'or-
ganes ; fonction qui entraine à son tour
l'existence d'un organe central pour la dis-
tribution du fluide nourricier.
Le fluide nourricier, produit de la diges-
tion et de l'absorption, renferme inévitable-
ment des éléments surabondants ou hété-
rogènes ; il devait donc éprouver dans sa
composition des modifications salutaires :
de là la sécrétion urinaire, et les exhalations
adipeuse, pulmonaire et cutanée.
Enfin , les fonctions organiques ne peu-
vent s'exercer sans Tinfluence d une quantité
déterminée du principe de la chaleur , qui
est un des plus puissants excitants de nos
{•arties : il faut donc que notre organisation
développe elle-même ce principe , et , dans
certaines limites : de là la calorification.
Les fonctions reproductives ont avec les
précédentes des rapports fort intimes ; elles
se lient évidemment avec celles qui trans-
mettent les impressions extérieures, qui
expriment les effets de ces impressions , et
qui produisent le déplacement du corps, car
elles ne pourraient avoir lieu, sans elles.
Elles sont aussi sous la dépendance des fonc-
tiuns qui préparent et distribuent le fluide
nourricier, principal moteur de toute action
organique. De plus elles offrent des harmo-
nies manifestes , soit dans les fonctions des
appareils sexuels considérés dans leurs rap-
ports réciproques, soit dans les actions par-
ticulières de ces mêmes appareils étudiés
isolément. Ici se rapportent les accords admi-
rables qui existent dans les fonctions des
organes de la génération dans chaque sexe.
Après avoir exposé les relations que pré-
sentent entre elles les fonctions organiques ,
nous ne devons pas oublier de signaler un
, autre ordre d'harmonies non moins remar-
quables que les précédentes ; nous voulons
parler de l'influence des propriétés physi-
ques des organes sur 1 exercice de ces
mêmes fonctions.
Les tissus organiques sont compressibles ,
élastiques, flexibles , tenaces , extensibles et
rétracliles.'
La compresiibiliti donne aux organes la
faculté de céder aux pressions diverses aux-
quelles ils sont exposés dans les différents
mouvements de l'organisation , et , par con-
séquent , permettent à ces mouvements de
s'exercer dans toute leur étendue. Sans cette
compressibilité , ou ces mouvements n'au-
raient PU avoir lieu, ou les organes auraient
éprouvé à chaque instant des solutions de
continuité plus ou moins graves.
L* élasticité vend les tissus organiques capa-
bles de reprendre les dimensions et la form«
qu'une force comprimante quelconque leur
a fait perdre. Or , il est évident que sans
cette faculté ces deux états organiques
éprouveraient à chaque instant des variations
plus ou moins grancles ; et comme les fonc-
tions des organes leur sont subordonnées, il
est évident aussi qu'elles seraient à chaque
instant troublées, si elles ne se suspendaient
pas entièrement.
far là flexibilité les organes qui en sont
doués se prêtent à tous les mouvements,
soit généraux , soit partiels , de l'organisa-
tion ; et sans cette faculté , ou ces mouve-
ments ne pourraient s'effectuer, ou bien les
Earties inflexibles qui s'y opposeraient se
riseraient au moindre déplacement orga-
nique.
La ténacité donne à certains de nos tissus
la faculté de résister aux tractions plus ou
moins intenses qu'ils éprouvent ; c'est prin-
cipalement dans les ligaments articulaires
qu'elle réside. Or, sans elle , la locomotion
ne pourrait point s'exercer, car le tissu
fibreux, qui maintient réunies les extrémités
osseuses, se déchirerait au moindre mou-
vement.
L'extensibilité que possèdent ce tissu fi-
breux , les muscles , le tissu dermique , le
cellulaire , les parois des cavités gastriques
et intestinales, celles des cellules pulmonai-
res, le système vasculaire, et tous les tissus
en général , les rend capables de se prêter
aux diverses extensions qu'ils éprouvent
dans l'exercice des fonctions organiques , et
par conséquent de favoriser ces fonctions.
Sans cette faculté, les leviers os$eui ne
pourraient obéir aux puissances musculaires,
et demeureraient immobiles, ou bien les cap-
sules et les ligaments articulaires se déchire-
raient ; les muscles eux-mêmes ne pourraient
vaincre la résistance de leurs antagonistes
inextensibles, sans en déterminerla rup-
ture ; le tissu dermique ne pourrait se prê-
ter, sans se déchirer, aux divers mouvements
du corps; l'estomac et le tube intestinal ne
pourraient recevoir les substances alimen-
taires, les réservoirs des sécrétions, les
liquides qu'ils doivent contenir, les cellules
pulmonaires , l'air qui doit les distendre, le
système vasculaire , les liquides qui , quel-
quefois, y pénètrent outre mesure, oubita
ces différents organes éprouveraient à chaque
instant de graves résolutions de continuité.
Enfin , par la rétractilité^ les tissus eiten-
sibles reprennent leur forme et leurs dimen-
sions primitives , qui se trouvent en rapport
avec 1 exercice de leurs fonctions. Mais, sans
cette faculté , les ligaments et les capsules
articulaires, de plus en plus distendus et de
plus en plus relâchés, n'offrant plus dans
les mouvements une résistance suffisante
pour retenir les leviers osseux, et en harmo-
nie avec les contractions musculaires, la
locomotion ne pourrait plus avoir lieu ; le*^
muscles ne revenant plus sur cux-méffle^
673
ilER
DANTIIROPOLOGIE.
HEi:
671
après la ooDtradion de leurs antagonistes,
ne pourraient plus se contracter avec autant
d intensité , et par conséquent agir avec le
même degré de puissance sur les parties
3n*ils doivent mouToir : le volume des tissus
ermique et cellulaire, du tube digestif, des
réservoirs des sécrétions, et du système vas-
culaire, irait toujours croissant par leur dis-
tension suœessiTe , et , les proportions de
dimensions et de forme, qui sont des condi-
tions essentielles pour Texercice de leurs
fonctions , n'existant plus , ces fonctions se
trouveraient inévitablement suspendues.
Tels sont les rapports qui unissent les
diverses fonctions de Toi^anisation , soit
entre elles, soit avec les propriétés physiques
des tissus organiaues. Qui ne reconnaîtrait ,
dans ces merveilleuses harmonies, Tintelli-
gence suprême , et la main tonte-puissante
^e VÊire des être» , et ne s'écrierait avec le
Roi-Prophète : Que te$ outrogee sani grandes
6 Jékorak! et au ils sont proportionnés à tes
sages desseins (Ul).
AÊBREU, CHAHAHtBH OU PHi3ricis!f. Tog.
SiwmQcn.
HERDER. Vog. Lahgagb.
HÉRÉDITÉ. — Nous emprunterons, sur cet
important sujet, à un membre de Flnstitut,
M. E. Littré, Tanalyse qu'il a donnée du
savant ouvrage de M. le docteur Prosper
Lucas, intitulé : Traité philosophique etphg-
siologiaue de Thérédité naturelle dans les
étais ae santé et de maladie du sgstime ner-
reaur. (Paris, 1850.)
nans la procréation, M. Lucas admet deux
lois qui marchent constamment côte à côte
et qui influent l'une et l'autre sur les pro-
duits. Ces lois ne sont qu'une reconnais-
sance distincte et ^nérale de deux fidts que
l'observation fournit, à savoir, que les entants
peuvent tantôt tenir jiar hérédité une part
notable de la conformation physique et men*
taie des parents, et tantôt en différer profon-
dément. C'est ainsi que, dans des familles
que rien ne distingue, on voit apparaître des
individus tout à lait remarquables en bien
on en mal : ceci, M. Lucas le nomme innéité.
D'autres fois, et c'est le cas le plus ordi-
naire, des traces profondes venant des as-
cendants se marquent sur les descendants :
ceci est l'hérédité. Dans la constitution des
générations successives, ces deux faits sont
lirimordiaux, et Tonne sait ni pourquoi l'hé-
rédité s'exerce, ni pourquoi, en certaines
circonstances, elle lait place à l'innéité.
M. Lucas apporte un ^and nombre d'exem-
ples <iui prouvent, tant pour l'espèce hu-
maine que pour les autres espèces animales,
que les produits peuvent être très-différents
des auteurs. 11 poursuit ces différences dans
la conformation physique et dans la disposi-
tion intellectuelle et morale.
Venant alors à l'hérédité, il ne lui est pas
dilBcile de faire voir la large part qu'elle
prend dans la constitution des individus.
L/e lïroisement parmi les animaux et parmi
(es races humaines ne laisse aucun doute à
cet égard. L'hérédité suivie dans toutes ses
particularités présente à examiner :
1* Conformation extérieure, — L'hérédité
de la conformation externe peut être géné-
rale et régir également toutes les parties;
toutes peuvent en accuser au dehors l'ex*
pression, la tête, le tronc, les membres, les
ongles même et les poils; mais il n'en est
aucune qui en porte une plus vive ni une
plus habituelle empreinte que le visage; elle
s^j étend avec formes particulières des traits,
et les grave à l'imaçe des types originels. La
régularité, rirr^;ularité, les signes distinc
tils, la laideur, la beauté, l'agrément des fi-
gures sont héréditaires. 11 est assez fréquent
que cette répétition héréditaire des traits
n'apparaisse point toujours dès les premières
périodes de l'existence, mais plus tard et
lorsque les enfants touchent à l'Age où les
traits des parents offraient le même carac-
tère. Les ressemblances peuvent aussi n'exis-
ter qu'un instant et ne fiiire pour ainsi dire
que fflisser sur les visages. Il est même
donné d'observer Quelquefois dans ces res-
semblances, des métamorphoses de l'image
d'un auteur dans l'image de lautre : les res-
semblances de conformation du fils avec la
mère, de la fille avec le père, peuvent s'effa-
cer après l'adolescence, et être remplacées
oar celle du fils avee le père, de la fille avec
la mère. L'hérédité de la taiUe est un lait re-
connu de toute antiquité; et cela est vrai
non-seulement du corps en totalité, mais
encore de ses parties. Les éleveurs ^lèbres
Îue compte l'Angleterre : Backwell, Fouler,
aget, Princeps et plusieurs autres, ont tiré
un parti merveilleux de ces fidts; ils sont
arrivés à transporter d'une race à une autre
race, ou d'un individu à ses divers produits,
telle ou telle proportion de membre ou de
partie. 11 leur a suifi, pour arriver à ce but,
de préciser d'abord le caractère physique
qu'ils désirent transmettre; défaire élection
ensuite de mâles et de femelles, les présen-
tant l'un et Tautre au plus haut de^ pos-
sible de développement; et, à défaut d'in-
dividus étrangers, d'allier les rares produits
où ils se propagent avec les pères ou mères,
avec les frères et sceurs, procédé que les
Anglais nomment breeding in andin. C'est la
propagation suivie dans le même sens. Le
docteur Dannecy, qui avait connaissance de
ces résultats, a tenté de les reproduire dans
d'autres espèces; il a fait, dix années, pro-
créer une centaine de couples de lapins, et
ayant l'attention de disposer toi^ours les
accouplements d'après des circonstances in-
dividuelles fixes et toujours les mêmes, dans
certaines lignées; et il est parvenu à obtenir
ainsi une foule de conformations différentes,
de monstruosités, en quelque sorte, de tout le
corpsou de chacune de ses parties. Le résultat
a éxé le même sur des pigeons, le même sur
des souris, le même sur ôes végétaux. John
Sebright en avait recueilli d'analogues, par
les mêmes procédés, -sur des chiens, sur des
poules, ennn sur des pigeons. Cela, appli«>
aili Pm/. Cl.
C75
IIER
DÎCTÎONXAIUE
HER
t%
que à l'espèce humaine, fait voir riraportance
dans l'appréciation des vices du bassin, de
ne pas simplement tenir compte des propor-
tions du bassin de la femme oue l'on exa-
mine, mais des dimensions de la tète et des
épaules de l'homme qu'elle peut ou doit
épouser, précaution qu'on ne prend ponr
ainsi dire jamais, bien que la plus essentielle
à prendre pour le médecin comme pour la
famille. — L'influence de l'hérédité sur la
couleur est manifeste. Le croisement des
noirs etdes blancs en témoigne constamment.
Les exemples en abondent dans le raétissafçe
des variétés blanches et des variétés noires
des espèces animales; mais il arrive aussi
que le croisement n'a pas lieu, et que la
couleur d'un des parents seulement est re-
présentée dans le produit; quand ce fait est
constaté pour les animaux, la conclusion
s'appligue à la race humaine, où l'on voit
des uni-ons entre blancs et noirs donner nais-
sance non pas toujours à des mulâtres, mais
parfois à des enfants complètement blancs
ou complètement noirs.
2" Structure interne. — Rien dé plus po-
sitif que l'hérédité de la forme, du volume
et des anomalies du système osseux : celles
des proportions en tout sens, du crâne, du
thorax, du bassin, de la colonne vertébrale,
des moindres os du squelette, est d'une ob-
servation vulgaire; on a constaté jusqu'à
celle du nombre en plus ou en moins des
vertèbres et des dents. L'appareil circula-
toire, l'appareil digestif, le système muscu-
laire, suivent, à tous ces égards, les lois de
transmission des autres systèmes internes
de l'organisme; le développement, l'étenJue,
la configuralion, la capacité, les dispropor-
tions les plus particulières des appareils spé-
ciaux qui leur appartiennent, se transpor-
tent des pères et mères aux produits. 11
existe des familles où le cœur et le calibre
des principaux vaisseaux sont naturellement
très -considérables; d'autres chez lesquels
ils sont relativement très-petits; d'autres,
où, comme l'avait constaté Corvisart, ils pré-
sentent les mêmes vices de conformation.
L'expérience a depuis longtemps enseigné
aux agriculteurs qui cherchent a maintenir
ou à propager la blancheur de la laine, qu'ils
doivent écarter avec soin du troupeau non-
seulement les brebis et les béliers tachetés,
mais ceux même qui le sont soit sur la lan-
gue, soit sur la voûte palatine. Il suffit d'un
bélier taché de noir sur la langue pour pro-
duire des agneaux tachés de noir sur le dos
ou partout ailleurs.
3" Hérédité relative aux éléments fluidei de
r organisation. — Un des plus remarquables
cas de cette sorte d'hérédité est la tendance
aux hémorrhasies qui se manifestent dans
certaines familles. Un grand nombre d'obser-
v'^tions sont consignées dans les recueils ;
et M. Lucas en signale quelques-unes. Le
noctour Laborie a vu, chez un malade de la
Pitié, les chocs les plus légers produire des
ecchymoses et plusieurs fois des hémorrha-
^ies g'raves; plusieurs enfants de la famille
éiaiciii morts de pareils accidents provoqués
par des causes incapables d'en traîner, sans
prédisposition, de tels résultats. Mûller dE-
dimbourg a vu périr ainsi un jeune homme,
après une légère piqûre suivie d'une perte
de sang que rien ne put arrêter; les mem-
bres de la famille qui avaient avec lui une
grande ressemblance, la même couleur de
cheveux, le même aspect de la peau, présen-
taient la même prédisposition aux hémor-
rhagies; un de ses oncles, entre autres, aYail
des ecchymoses à la moindre pression de la
peau sous un corps dur. Le suivant mérite
d'être si^nalé^ tant pour le double concours
de l'innéité et de l'hérédité à sa production.
que pour la marche de la propagation elle-
même. Le père de la famille E. P... était en
fleine vie et en parfaite santé, bien que déjà
l'âge de quatre-vingt-six ans. De son ma-
riage étaient nés douze enfants, cinq fils et
sept filles : parmi eux, quatre enfants, trois
fils et une fille, moururent d'hémorrhagie.
La plus jeune des filles, qui n'avait iamait
présenté de symptômes de cette prédupoti-
tion^ se marie à un homme bien portant; elle
en a six enfants, quatre garçons et deui
filles : trois des garçons périssent d'hémo^
rhagie ; il n'y avait point de trace qu'aucun
des parents, soit du côté du père, soit dn
côté de la mère, ait été affecté de cette
idiosyncrasie, antérieurement aux en£mts
d'E. P...
4* Hérédité des modes de développemefU,-
II est des familles qui ont des époques fixes
pour leur développement. Tantôt c'est à la
deuxième dentition ou à la puberté; tanttt
c'est par secousses en quelque sorte pa^
tielles, mais soutenues, vers ces époques, on
par secousses brusques et qui portent de
bonne heure la taille à la hauteur où elle
doit arriver, que se fait le développement;
. crises de la croissance dont le moment d'ei-
plosion, indépendamment de ses dangers
immédiats, mérite toute l'attention des mé-
decins par rapport aux affections chroniques
dont il peut être le point de départ héredi-
taire. Ctiez certaines familles la croissance
et la puberté sont précoces; chez d'autres
elles sont tardives.
6" Hérédité des modes de r^oduetion. -
rOn a constaté l'existence de familles gémel-
lipares. On a constaté aussi des familles où
la puissance prolifique se transmettait héré-
ditairement avec une grande intensité. A
ceci il faut rattacher sans doute la disposition
héréditaire à une plus grande abondance de
lait. Cette faculté de donner plus ou moins
de lait est transmissible, ainsi que la fécon-
dité, de la part des deux auteurs. L'hérédité
de Tune décide dé celle de l'autre. Thaer et
Girou assurent qu'il est important de choi-
sir, pour la monte, des taureaux qui pro-
viennent d'une bonne vache laitière.
6" Hérédité des idiosyncrasies. — Il est très-
positif qu'il y a des familles qui ne sont
point sujettes à la petite vérole. Fodéré en
avait un exemple continuel sous les yeux ;
c'était celui de sa femme et de sa famille :
le père de sa femme, mort à quatre^vingl-
onze ans , après une longue pratique , ne
S77
fI£R
D ANTDROPOLOCrE.
UER
67a
contracta jamais ja petite vérole, et tenta
en Tain de la donner à sa fille par Tino^^u-
latioQ et en la faisant jouer arec des yario-
lés ; son père et son aïeul» morts également
plus qu'octogénaires, avaient été de même.
Les enfants de Fodéré ne jouirent pas de
cette immunité.
T Hérédité de la durée de la f?t>.— Il n*est
pas permis de révoquer en doute Taclion-de
rhéredité sur la durée de la vie à courte
période. Bans certaines familles, une mort
précoce est si ordinaire, qu*il n'y a qu'un
petit nombre d'individus qui puissent s'y
soustraire à force de précautions. Dans la
famille Turgot, on ne dépassait guère Tâge
de cinquante ans, et l'homme qui en a fait
la célébrité , voyant approcher cette époque
fatale , malgré toute l'apparence d'une l)onne
saolé et d'une grande vigueur de tempéra-
roentt fit observer un jour qu'il était temps
pour lui de mettre ordre à ses affaires et
d^acbever un travail qu'il avait commencé ,
parce que l'Age de durée dans sa famille était
prés de finir; il mourut en effet à cinquante-
trois ans.L'action de l'hérédité n'estpas moins
énergigue sur la durée de la vie a période
ordinaire ; l'eipectative la mieux fondée
d'une longue vie est celle qui repose sur la
descendance d'une famille où l'on est par-
venu à un âge avancé ; Rush dit n'avoir pas
connu d'octogénaire dans la famille duquel
il n y eût des exemples fréquents de longé-
vité. A ce propos, M. Lucas examine la
durée de la vie humaine. Il faut d'abord
dii^tinguer la vie moyenne et la longévité
individuelle. La vie moyenne dépend évi-
demment du lieu, de l'hygiène, de la
civilisation; la longévité individuelle au
coutraire est complètement affranchie de ces
conditions; elle se trouve dans tous les
temps, dans tous les pays, dans toutes les
conditions, dans toutes les races. Le cens fait
sousVespasien montre que dans une portion
de ritabe il y avait fô centenaires. En
France, on compte annuellement environ
170 centenaires; en Angleterre, 1 cente-
naire sur 3,100 individus. Tout démontre
que la macrobie tient à une puissance in-
terne de la vitalité, puisque ces individus
privilèges rapportent, en naissant, à la vie.
Cette vitalité est si particulière et si profon-
dément empreinte dans leur nature, qu'elle
s'y caractérise dans tous les attributs de Tor-
ganisation. Ils ont la plupart une sorte d'im-
munité contre les maladies. C'est la vie
tout entière , avec tous ses dons et toutes
ses facultés qui persistent chez eux ; leurs
fonctions sensonales, leurs fonctions affec-
tives, leurs fonctions mentales, leurs fonc-
tions motrices, leurs fonctions sexuelles,
toni s'accomplit, dans ces organisations,
avec une énergie, une régularité, une per-
sistance incompréhensibles.
8* Hérédité des anomalies de Torganita-
£ian.-^M. Lucas a rassemblé nombre de cas
qui prouvent la transmission héréditaire du
t^iec-de-lièvre , de Thypospadias , des doigts
surnuméraires, etc. Ces phénomènes sont
très-intéressants, parce qu'ils montrent ir-
réfragablement que le type individuel est
transmissible par la voie séminale, et dès
lors on peut conclure avec sûreté à des phé-
nomènes moins apparents.
9^ Transmission de la nature morale, —
Etant bien établi que la conformation phy-
sique est héréditaire , on sera porté à con-
clure que«la disposition morale l'est aussi.
M. Lucas a recherché soigneusement les té-
moisnages de cette transmission. 11 distin-
gue la nature morale : en sensations , sen-
timents, intelligence et mouvements. Quant
aux sens, on voit dans son livre une collec-
tion curieuse de faits où , soit chez les ani-
maux , soit chez Thomme , les qualités des
organes sensoriaux , en bien ou en mal , se
transmettent des parents aux enfants. L'hé-
rédité propre aux sentiments se constate
par des observations de même genre. La
part qui procède de la race n'est pas contes-
table ; quelque opinion qu'on ait sur l'ori-
gine des races, et quelque théorie qu'on
adopte sur leur diversité, on ne peut nier
que ce qui existe de distinetif en elles et
de primitif dans leur mode de sentir, ne se
propage avec elles. Les observations elhno-
lo^ques l'attestent ; elles prouvent la trans-
mission de tous les traits oui composent ,
chez les différents peuples, le caractère ua-
iional. Reste la question de la part qui vient
de la famille. Pour tout observateur impar-
tial , au milieu du conflit des systèmes, elle
n*est pas moins nettement tranchée par l'ex-
périence. Ici les expériences depuis long-
temps instituées pour l'élève du cheval et
et les qualités qu'on a l)esoiu de produire
en cet animal afin d'en obtenir différents
services, ont prouvé péremptoirement la
transmissibilité des instincts bons ou mau-
vais. Aussi les éleveurs ont-ils soin de cons-
tater le caractère des étalons et des juments
employés à la reproduction. Ces faits sont
très-imparfaits en vue de l'homme, car ils
tendent à dégager la preuve expérimentale
à son égard d*une séné d'objection dont on
a poussé l'abus jusqu'à l'absurde. Telle est
l'explication des ressemblances morales du
type individuel , dans le sein des familles ,
par ridentité de l'éducation, par l'empire
de l'exemple , la force de l'habitude et l'in-
fluence de toutes les causes extérieures, etc.
On suppose assez communément, dit Giron
de Buzareingues , et J.-J. Rousseau ne s'est
pas préservé de cette erreur, que les enfants
naissent sans penchants et qu'un même sys-
tème d'éducation peut convenir à tous; il
est cependant vrai que nous naissons avec
les habitudes , comme avec le tempérament
de ceux à oui nous devons la vie. Vient
ensuite l'hérédité de l'intelligence : « On
n'a, dit Malebranche, que trop d'exemples
de la transmission du défaut d intelligence,
et tout le monde sait assez qu'il y a des
familles entières qui sont affligées de gran-
des faiblesses d'imagination qu'elles ont hé-
ritées de leurs parents. On remarque sou-
vent, dit Spurzheim, que certaines facultés
mentales dominent dans des familles entiè-
res. Pour moi , je regarde comme une des
(nO
IILR
DICTIONNAIRE
Il RU
680
plus grandes preuves de Thérédité mentale
un faU que le contact entre les peuples ci-
vilisés et les peuples barbares a mis en lu-
mière • c'est Timpossibilité où les peuples
barLares sont d'arriver au niveau des peu-
ples civilisés de plein saut et sans passer
par l'hérédité. Quelque effort que l'on fasse,
deux états inégaux decivilisatioR ne peuvent
s'assimiler tout d'un coup; toujours il faut
du temps et plusieurs générations pour que
les hommes moins cultivés puissent rece-
voir et comprendre les notions des hommes
plus civilisés. L'hérédité qui agit active-
ment pour maintenir les nations civilisées
à leur point et pour leur permettre de s'a-
vancer au delè , l'hérédité s'oppose d'abord
à l'infusion des nouvelles idées dans une
population sauvage, et puis concourt à la
modification des esprits. Mais c'est ce rôle
nécessaire de l'hérédité qui exige tant de
temps pour que les hommes sauvages se
transforment. Reste enfin l'hérédité par rap-
port à la locomotion et à la voix. Ici les
chevaux fournissent des exemples authen-
tiques ; on sait avec quelle exactitude les
descendances des chevaux de sang sont
enregistrées; et les bons coureurs trans-
mettent leur qualité à leurs produits. »
Résumant toutes ces recherches, M. Lucas
établit que ni ceux qui ont soutenu que
l'hérédité n'avait aucune part dans la repro-
duction des êtres , ni ceux qui ont soutenu
?[u'elle y avait toute la part» ne peuvent
aire prévaloir leur opinion devant la dou-
ble série de faits parallèles opposés soit à
Tune , soit à l'autre de ces doctrines. Il est
resté prouvé que la diversité n'est, ni de sa
nature, ni une anomalie, ni un accident,
ni même une exception, mais un foit régu-
lier, ordinaire et normal du type individuel;
qu'ainsi sa cause n'a rien de tératigue et
qu'aucune perturbation n'en est le principe.
D'un autre côté, il est resté prouvé aussi
qu'aucune des influences accidentelles de la
génération ne donne l'explication de l'uni-
iormité héréditaire qui s'jr déploie, et
qu'aucune n'en contient le principe. M. Lu*
cas part de là pour comparer la procréation
à la création; et, de même que la nature a
créé primordial ement les espèces qui se
ressemblent, mais qui diffèrent , de même ,
dans le sein des espèces, elle crée inces-
samment des êtres qui ressemblent à leurs
parents et qui en diffèrent. A ce point de
vue , la géiiération des individus reproduit
le même phénomène que la génération pri-
mitive des espèces.
Entrant dès lors plus avant dans l'examen
de l'hérédité , M. Lucas la suit dans les au-
teurs immédiats , le père et la mère , ou
hérédité directe ; dans les collatéraux , ou
hérédité indirecte ; dans les auteurs médiats,
les ascendants du père et de la mère , ou
hérédité en retour ; dans les conjoints an-
térieurs , ou hérédité d'influence.
V Hérédité directe, —M. Lucas la constate
également pour le père et pour la mère ;
tantôt l'un, tantôt l'autre des parents prédo-
mine dans les produits ; et les théories qui
ont prétendu éliminer l'un au proGt de
l'autre, ne se soutiennent ))a$ devant les
faits.
2" Hérédité indirecte. — Le type du père
ou le type de la mère n'apparaissent pas
toujours dans le type du produit. II est des
circonstances où la ressemblance au père
et à la mère manque , mais où la ressem-
blance avec d'autres parents vient en pren-
dre la place. On observe, en effet , entre des
parents souvent fort éloignés et tout à fait
en dehors de la ligne directe, entre le^
oncles et les neveux , les nièces et les tan-
tes, les cousins , les cousines , les arrière-
neveux même et les arrière-cousins, des
rapports saisissants de conformation , de fi-
gure , d'inclinations , de passions , de carac-
tère, de facultés et même de monstruosités
et de maladies.
3" Hérédité en retour. — Quelquefois, dit
Burdach , l'hérédité transmet seulement la
prédisposition à une qualité qui n'apparaît
elle-même que dans la génération suivante.
Cette qualité manque donc pendant ud6
génération durant laquelle sa prédisposition
demeure latente et se montre de nouveau
à la génération qui suit, de manière que les
enfants ressemblent non à leurs parents,
mais à leurs grands parents. C'est cette con-
dition connue sous le nom A'Alavismt oui
ramène des enfants blancs chez des mulâ-
tres ; ou même chez des nègres qui ont
dans leurs auteurs des blancs.
4* Hérédité d'influence. — Ceci est, dans
cette matière si curieuse, un des cas les
plus curieux, à savoir la représentation des
conjoints antérieurs dans la nature physi-
que et morale du produit. C'est-à-dire que,
SI une femme devient veuve et se remarie,
il peut arriver que les enfants nés du second
mariage reproduisent des traits et des earao-
tères du premier mari mort avant la con-
ception. Le croisement de diverses espèces
d'animaux a permis de constater ce phéno-
mène. Un Ane moucheté d'Afrique, autre-
ment couagga, fut, en 1815, accouplé une
seule fois avec une jument d'origine an-
glaise; de cet accouplement naquit un mulet
marqué de taches comme son père. Dans
les cours des années 1817, 1818 et i&âi
cette même jument fut fécondée par trois
étalons arabes, et quoiqu'elle n'eût jamais,
depuis 1816, revu la couagga, elle n*en
donna pas moins, chaque fois, un poulain
brun tacheté comme lui, et dont les tachei
mêmes étaient plus marquées que celles du
premier mulet. Les trois poulains offraient
avec le couagga d'autres signes tout aussi
frappants de ressemblance : une crinière
noire, une raie longitudinale foncée sur le
dos, et des bandes transversales sur le haut
des jambes de devant et sur les jambes de
derrière. On a vu des chiennes saillies v^
des chiens de race étrangère, toutes les fois
Su'ensuite il leu-r arrivait d'être saillies par
'autres chiens, mettre bas, à chaque port^.
parmi les petits de la race du dernier père
qui les avait fécondées, un petit appaflC'
€S1
QER
D\\>TimOPOLOGI{;.
HER
C8i
oani à la race du premier qui les avait cou-
Tertes.
Quelle est la part du oère ; quelle est
eellede la mère? Le père (ournit-il la char-
pente et la mère le système nenreux, ou
w€ venaT Le père a-t-il la prépondérance
dans la représentation, ou est-ce la mère?
Les croisements des animaux, et en particu-
lier ceux du chien et du loup, ont été étu-
diés. De deux bâtards nés de Taccouple-
ment d'une iauve et d'un ckien^ chez le mar-
quis de Sponlin, le mâle, par le physique,
tenait plus du chien, et, par le naturel et la
Toix, de la louve; tandis que la femelle,
d*un extérieur semblable à celui de la louve,
arait hérité du naturel doux et caressant du
chien. Valmont-Bomare trouva chez d'au-
tres métis de ce genre qu'il eut l'occasion
de voir à Chantilly, une prépondérance gé-
nénle très-marquée de 1 espèce du loup sur
Tespèce du chien. Chez d'autres bâtards nés
de 1 accouplement d'une ehienneei d'un laup^
Marsh a vu dominer, quant à la ressemblance,
rinfinenee de la mère. Dans un cas analo"
guty Geoffroy Saint-Hilaire a constaté chez
d antres la supériorité d'influence du père.
Do croisement opposé, c'est-à-dire de celui
de la /oMre et du chien, Pallas a vu sortir
des métis chez lesquels dominaient les ins-
tincts indomptables de la louve ; il en était
de même de ceux de ces bâtards dont parle
Talmont-Bomare : ils étaient tous sauvages,
rraintifs, farouches, hurleurs, comme les
loups. En opposition avec ces derniers, Ma-
rolie en a vu d'autres empreints des ins-
tincts doux et sociables du chien; ils n'a-
vaient de sauvage que la voracité de leur
goût pour la viande. Enfin, Girou de Buza-
reingucs a vu, dans les produits du croise-
ment d'une Ifmre avec un chien braque, la
prépondérance de la nature du père et de
celle de la mère varier, et quant aux formes
et «ruant aux qualités, selon le sexe des bâ-
tards. Mais, à vrai dire, le métissage est sujet
è une grave et légitime objection : il n'est
que la mesure de l action réci{)roque des es-
fières de races ou variétés croisées ; il n'est
que Texpression de leur influence les unes
sur les autres par la génération. Il suffit de
comprendre ce caractère du métissage pour
sentir à quel point il transforme et compli-
que la question qu'on veut lui faire résou-
dre. Bien loin de recourir pour la comparai-
son entre la représentation du père et celle
de la mère à aucun croisement^ il faut, au
contraire, opérer dans les conditions les plus
rapprochées possibles de l'identité, c'est-à-
dire mesurer la quantité d'action naturelle
des deux sexes sur les ref^résentations, au
sein de chaque race, nn sein de chaque es-
pèce, et comparer ensuite d'espèce à espèce,
et de race à race, les résultats produits sans
sortir d'aucune d'elles. Or, dans ces condi-
tîonSy Qoe nous apprennent les faits? Si l'on
accanple des animaux de même espèce, on
ne trouve point de système fixe de prépon-
dérance d'un des sexes sur l'autre. C'est ce
qTi*an des plus habiles expérimentateurs en
pareille matière, Girou de Buzareingues, a
Dicno!(?i. d'Atturopologiic.
reconnu lui-même, et c'est la vérité. Ni l'es-
pèce, ni la race, ni même la sexualité, en
tant du moins que distincte de l'espèce, ne
sont le vrai principe de la prépondérance qui
se manifeste; c'est l'indivioiialité, c'est-à-
dire la nature, l'état et l'action des deux in-
vidus procréateurs qui exerce, dans l'unité
d'espèce et l'unité de race, sur la proportion
des représentations du père et de la mère,
une influence déterminante.
Y a-t-41 croisement d'influence, c'est-à-
dire, le père est-il représenté dans la fille et
la mère dans le fils? Il faut d'abord déduire
les caractères immédiats ou médiats qui sont
propres au sexe et qui nécessairement sont
transmis {>ar l'auteur correspondant. Ainsi
tout ce qui dans le fils appartient aux orga-
nes génitaux mâles et à leurs dépendances
provient du père, et tout ce qui dans la fille
appartient aux oignes génitaux femelles et
à leurs dépendances provient de la mère.
Cela déduit, voit-on la ressemblance, ou
physioue ou morale, suivre électivement le
type du fSicteur dont le sexe est semblable
è celui du produit 7 Voit-on la ressemblance^
ou physique ou morale, suivre élective-
ment le type du facteur dont le sexe est
l'opposé de celui du produit? A ces questions
voici ce que les- faits répondent :
1* Le transport par différence et le trans-
port par identité de sexe sont dans l'hérédité
d'une très-grande fréquence.
2* La fréauence reiaiive de l'une et de
Tautre marche de l'hérédité, dans l'état de
science, reste indéterminée.
Ayant établi que les deux [parents inter-
viennent dans la représentation du produit,
M. Lucas reconnaît qu'il y a tantôt élection,
c'est-à-dire que l'un des parents imprime
son cachet sur telle ou telle partie, tantôt
mélange, c'est-à-dire que le mélange, quel-
que part qu'il se porte, est toujours une
agrégation simple et sans transformation des
représentations de l'un et de l'autre facteur;
tantôt enfin combinaison, c'est-à-dire qu'il
y a composition de natures dissemblables
en une nouvelle nature. Ces résultats don-
nés par l'empirisme paraissent en contra-
diction avec la formule qui indique la parti-
cipation ^ale des deux ^ents ; mais, pour
que cette participation s accomplisse, il faut
qu'il y ait égalité dans toutes les circonstan-
ces accessoires ; et c'est de quoi n'ont pas
tenu compte les auteurs qui ont pris parti
dans ces difficiles questions. Les uns, en
renfermant la lutte des deux auteurs dans
les limites de l'espèce, n'ont fait attention ni
à l'énergie relative d'organisation, ni à l'é-
nergie relative d'âge et d'état de la vie, ni
à l'énergie relative d'action et d'exaltation
des deux individus. Les autres, en procé-
dant par le métissage ou l'hybridation, ont
d'abord oublié que dans tout croisement
ce ne sont point les sexes, à proprement
parler, mais seulement les espèces ou les
races qui luttent, et ils n'ont pas eu plus
d'égard, dans le croisement et dans ses ré-
sultats, à l'inégalité de toutes les circons-
tances oik la lutte s'établit ; ils n'ont eu égard
683
HER
DICTIONNAIRE
HER
m
ni à la différence de force naturelle et de
rusticité, ni à la différence d'ancienneté re-
lative, ni à la différence d'énereie érotic^ue
dos espèces ou des races accouplées. Enfin,
i)ar un vice absolu d'analyse, ils ont commis
a faute d'une confusion peipétuelle de l'ac-
tion du père et de la mère avec l'action du
nombre et du climat. Les irrégularités ap-
parentes d'influence de l'action du père et
de celle de la mère n'ont point d'autre ori-
gine. La loi d'égalité exige l'équilibre de
toutes les circonstances où luttent les deux
sexes, et, dans des cas sans nombre, il n'est
point d'équilibre. De toute nécessité, ce dé-
faut d'équilibre doit donc, dans les mêmes
cas et par le principe même de la loi, se tra-
duire en inégalité d'expression des auteurs.
En plaçant, au contraire, dans toutes les
conditions prescrites d'équilibre, deux sexes
d'une même espèce et d'une même race,
plus on analvse l'action des deux sexes,
plus on voit s effacer les traces accidentelles
(le toute prépondérance d'un des sexes sur
l'autre, et plus on voit reparaître, en dehors
des caractères médiats et immédiats de la
sexualité, une moyenne générale de repré-
sentation du père et de la mère.
Je reviens sur l'influence du nombre et
(lu climat dans l'hérédité ; car ce point est
important à signaler. Le premier principe
est que, toutes les autres chances étant sup-
posées égales entre deux races croisées, et
quel que soit le sexe qui les personnifie dans
la génération, la race, à nombre égal, qui
garde l'avantage de lutter sur le sol dont
elle est le produit, qui représente, en un
mot, le climat indigène, doit d'abord domi-
ner et bientôt absorber la race qui repré-
sente le climat exotique. Ainsi, supposez
des nègres, hommes ou femmes, venant
dans une nation blanche et s'alliant, ou des
blancs, hommes ou femmes, venantdans une
nation noire et s'alliant, au bout d'un cer-
tain temps toutes les races du nègre ou du
blanc auront disparu. Le climat exerce une
influence analogue au nombre, et tend à ra-
mener les étrangers au type indieène.
Maintenant quelle est la part des auteurs
au sexe du produit? Suivant M. Lucas, le
sexe est transmis par l'auteur correspon-
dant, et ce qui détermine cette élection, c*est
la prépondérance actuelle de la sexualité
de l'un sur la sexualité de l'autre.
Les êtres vivants sont dans une perpé-
tuelle modification entre certaines limites.
Les diverses espèces soumises à toutes sortes
d'influence, le climat, la nourriture, la do-
mestication, la civilisation, varient constam-
ment; et dans cette variation intervient ce
quç M. Lucas nommela loi d'innéité. 1* Toutes
les espèces n'ont pas la même aptitude, ou,
si Ton veut , la même élasticité de variation
graduelle,sous l'action immédiate des causes
et des agents de modification. L'espèce du
lièvre, chez les animaux, est beaucoup moins
variable que celle du lapin ; l'espèce de la
chèvre l'est aussi beaucoup moins, sous l'ac-
tion extérieure des mêmes circonstances que
celle de la brebis ; l'espèce du chat, moins
que celle du chien ; l'espèce de rinot moins
€[ue celle du cheval ; celle-ci compte, pour
ainsi dire, autant de races que de ueaid'ac-
climatation, que de genres d'exercice ou de
nourriture; la nature opiniAtre de celle-là a
résisté jusqu'à changer, à peine, même dans
les conjitionsde servitude la plus dure; elle
résiste également aux plus mauvais iraile-
ments, à l'action du climat, de l'aUmentadon,
des habitudes de vie. Plus tenaces encore et
plus immuables, d'autres espèces, en grand
nombre, malgré tous les efforts et toutes les
tentatives de domestication, si l'on peut ainsi
dire, n'éprouvent aucun effet de cette cause
si puissante de modification et restent tou-
jours sauvages. 2* Toutes les espèces, ménje
les plus variables, ne varient pas sons Tem-
Sire immédiat des mêmes causes ; l'influence
u climat et des localités, parmi nos animaux
domestiques, s'exerce spécialement sur le
cheval; celle de la nourriture sur le bœuf;
celle de la domesticité sur le chien. 3' Toutes
les espèces variables, sous l'empire du même
ordre de causes, n'éprouvent point d une
même cause le même caractère de modifica-
tion ; les Tariations de l'espèce du mouton
portent principalement sur la laine, etc.;
celles du bœuf, sur la taille, sur la forme, la
longueur, la brièveté ou même l'absenre
complète de cornes, etc.
Toutes ces modifications ainsi imprimées
deviennent ensuite transmissibles par l'héré-
dité. J'en indiquerai un exemple remarqua-
ble qui suffira. Dans respèce humaine un
contraste s'observe entre le naturel des en-
fants nés de peuples civilisés et le naturel
des enfants de peuplades ou de tribus bar-
bares. Tandis que les premiers se plient ins-
tinctivement aux mœurs et aux usages de la
société, les jeunes sauvages, à de rares excep-
tions près, se prêtent mal au joug de la cin-
lisalion, ou n'en prennent que les dehors et
se sentent malheureux d'y être assujettis.
A peine maîtres d'eux-mêmes , comme le
loup et le renard enlevés jeunes au terrier,
ils retournent à la vie sauvage.
Mais ce ne sont pas seulement les modifi-
cations lentement acquises, ce sont mêuie
des modifications accidentelles^ des états pré-
sents ou momentanés de l'être, qui sont
transmissibles par l'hérédité.
Vient enfin l'hérédité des maladies. In' se
représente la double formule qui préside
à tout le livre de M. Lucas, Tinnéité et la ré-
pétition. De même que dans la production
des espèces, la nature crée et imite, c'est-è-
dire institue des genres et des espèces diffé-
rentes, et cependant établit entre tous ces
organismes des similitudes ; de même que
dans la procréation des individus, la généra-
tion crée et imite, c'est-à-dire établit en
partie des caractères nouveaux, en partie re-
produit les caractèies des auteurs ; de même,
dans la pathologie, il surgit aussi du nouvel
être tantôt des maladies qui ont leur source
dans sa propre nature, et non dans celle <ie>
parents, tantôt des maladies qui proviennent
de l'hérédité. Toutes les maladies peuvent
m
BEE
D'ANTHROPOLOGIE.
RER
6S6
appartenir à la première source; toutes
aussi penrent appartenir à la seconde.
Quelle est la durée des caractères transmis
par l'hérédité? L'hérédité lutte constamment
contre (quatre forces : l*rinnéité, qui^ à chaque
production, substitue, dans le produit, aui
caractères de Fun et de Tautre générateur,
de nouTeaux caractères; â* la dualité des
auteurs qui concourent à la représentation
où chacun a sa part, et dont chacun réduit
nécessairement ainsi la répétition séminale
de l'autre ; 3* la dirersité totale ou partielle
des circonstances de la reproduction de Tètre,
le temps, le climat, les lieux, TAge, l'état
physique ou moral des parents, a chaque
nouveau produit ; i* Taction du grand nom-
bre sur le petit nombre.II n>stpas en effet un
seul des éléments du tjpe individuel qui,
par la succession et la dirersité des per-
sonnes dont il est condamné à subir l'in-
fluence séminale, ne soit pro^essivement
et fatalement soumis à cette loi du plus fort
à laquelle ne résiste, dans la génération,
aucun caractère ; il se troure, de tout point,
dans les mêmes conditions que l'espèce ou la
race que Ton veut méthodiquement réduire,
par le croisement, à une autre race ou i
une autre espèce ; il lutte, comme elles, à
chaque ^nération, avec des quantités ou
des fractions de lui-môme de plus en plus
petites, contre des unités de plus en plus
nombreuses de types différents, et il est ma-
nifeste qu'ils doivent nécessairement finir
par labsorber. Ce n'est jamais que l'affaire
d'un nombre variable, sans doute, mais li-
mité de générations. L'expérience offre même
quelques éléments pour fixer cette limite.
Le premier de ces éléments est le chiffre de
la dorée ordinaire des familles, carrière de
succession de tous les éléments du type indi-
Tîdael. Il résulte des recherches de Benois-
ton de Châteauneuf sur la durée des familles
nobles de France, c'est-à-dire des familles
qui tiennent le plus à leur généalogie, et
qfoi, pour échapper à la ruine de leur nom,
n'ont reculé devant aucun moyen légal,
substitution, divorce, mariages répétés deux,
trois et quatre fois, en cas ue stérilité ou de
naissance de fiUes, légitimation des enfSuits
aaturels, etc. ; il résulte, disons-nous de ces
recherches qrne, malgré l'emploi de tons ces
moyens, la durée nominale ue ces familles,
en France^ est, pour les plus vivaces, à peine
de trois siècles. Supposons, un instant, que
cette durée nominale soit une durée réelle :
elle représente, au plus, quinze générations.
Or il n'existe pas une seule fitmille où la
snecession d'aucun des caractères du tjrpe
individuel atteigne à cette limite. Les légis-
lations prohibant, la plupart, les unions oon-
sangoines, les familles sont forcées de se
croiser entre elles ; elles ont donc à lutter,
eomme les individus, comme les rariétés,
comme les races qui se croisent, contre l'in-
▼ineible effort de la loi du grand nombre.
Ljes plus rebelles, parmi les dernières, ne
résistent à la transformation totale ou'il dé-
teraiae que peddant une douzaine ue géné-
tioos ; la transformation, seldn les races
est complète, chez d'autres, dès la sixième ;
chez d'autres, dès la cinquième, ou même
dès la quatrième génération. D après Clloa,
Twiss et autres observateurs, il suffit d'or-
dinaire de trois ou quatre générations, ainsi
méthodiquement croisées, soit pour blan-
chir un nègre, soit pour noircir un blanc.
Les Indous, si scrupuleux sur la pureté des
races, font acquérir ou perdre la pureté de
la caste en sept générations ; et regardant à
ce degré la consanguinité réelle comme
éteinte, ne font pas remonter plus haut Tin-
terdiction du mariage entre parents. La loi
romaine, enfin, admettait aux droits de Tin-
génuité la descendance directe de Taffran-
chi de quatrième génération. Ce n est donc
pas s'écarter de la Traisemblance que de
donner pour limite ordinaire de durée, à
l'hérédité de la somme des caractères du
type individuel dans le sein des familles,
le nombre des générations suffisant pour
réduire une race à une autre. Bomare
croit que la mesure moyenne dont la nature
se sert à cette fin, dans tout le règne ani-
mal, est de quatre générations ; et, si Ton
considère qu*il est rare et très-rare que la
succession des traits originaux du génie des
familles , formes , inclmations, dâauts ou
qualités, se propage au delà, ce sera prolon-
ger cette mesure moyenne à sa demièfe li-
mite, en lui fixant pour terme ordinaire Tin-
tervallede la sixième à la septième çénération.
On remarquera que la durée néréditaire
des caractères est très-différente, suivant
que ces caractères sont innés ou acquis ;
ceux-là ont bien plus de tendance de se trans-
mettre que ceux-ci.
Ces remarques ont une application directe
au traitement de rhérédité iftorbide. Ce trai-
tement se dirise en prophylactique et cura-
tif. Les moyens de prévenir le transport sé-
minal de la maladie dérivent nécessairement
des lois et des formules de la génération ; ils
ne sont efficaces qu'à la condition d'emprun-
ter leur concours et de faire réagir 1 héré-
dité sur elle-même. Il ne peut en effet dé-
pendre de la science , m de changer Tes-
sence, ni de suspendre Taction de cette force
primordiale dans la procréation ; mai^ il
peut dépendre d'elle, jusqu'à un certain de-
gré, de transformer la nature des actes
quelle détermine, en transformant toutes
les circonstances de l'union des sexes où elle
opère. Celles de ces circonstances qui ont le
plus d'empire rentrent dans quatre princi-
pales : la nature des parents : la nature du
temps ou de Tépoque de la rie ; la nature du
lieu ; la nature de Tétat où Têtre se repro-
duit. Ceci a pour objet de prévenir la trans-
mission héréditaire des maladies. Quant au
traitement curalif^ on soumettra l'enfknt à
des conditions inverses de celles qui ont
causé la maladie du père et de la mère. Lms-
que la maladie a â^laté, il faut ?a traiter
comme toute autre, La seule action qui, ici,
appartient en propre à l'hérédité, et dont il
faille tenir compte dans sa prévision, c'est
une nature plus rebelle aux moyens de trai-
tement et une tendance marquée à la récidive.
687
IlOT
DICTIONNAIRE
HOT
688
Ainsi, d*après H. Lucas, dans la procréa-
tion régnent deux tendances fondamentales :
Tune qui crée des individualités, Tautre qui
crée des hérédités. L'hérédité peut porter
sur tous les caractères de Torganisme, tant
au physique qu'au moral. Le père et la
mère ont une égale part à la transmission,
mais cette part est respectirement limitée
Rr toutes les circonstances qui agissent sur
m ou sur Tautre. Toutes les modifications
reçues par la naissance ou même acquises
depuis fa naissance sont susceptibles de se
transmettre, et c/est par l'application empi-
rique de ces phénomènes qu'on panrient à
créer des vanétés, des races qui ont des for-
mes et des aptitudes )virticulières. De la
sorte, les espèces vivantes sont comprises
entre deux forces, Tune qui par l'hérédité
tend à immobiliser les caractères tant phy-
siques que moraux des parents dans les en-
fants, l'autre qui tend sens cesse à créer des
types individuels dans l'espèce. De plus,
comme les individus sont soumis continuel-
lement à des influences variables qui les mo-
difient, ces modifications viennent s'emprein-
dre dans les produits. De là la variabilité des
individus dans le sein des espèces, variété
d'autant plus grande que Yon considère des
<^spèces soumises à pi us de causes de modi-
fication. C'est ainsi que les espèces qui vi-
vent dans l'état sauvage au milieu d'une na-
ture qui change peu sont bien plus unifor-
mes que celles sur c[ui agissent toutes les
forces de la civilisation.
Tant que l'on considère ce double mouve-
ment dans les degrés inférieurs de la hiérar-
chie vivante, végétaux et invertébrés, on n'y
voit guère qu'une cause qui multiplie les
variétés. Mais il n'en est plus de même
quand on passe aux degrés supérieurs et
nommément au genre humain. Ce ne sont
plus seulement des variétés qui en résultent,
c'est un ordre déterminé d'évolution. Sans
l'hérédité, l'histoire ne peut être conçue, ou
pour mieux dire, elle n'existerait pas. Ce
qui se gagne par les déC/Ouvertcs des natures
meilleures, plus actives, plus perçantes, finit
par se consolider dans les autres à l'aide du
travail héréditaire, et, grflce à ce travail, les
peuples civilisés prennent des aptitudes,
des goûts, des penchants qui d'une part les
préservent des retours vers la barbarie (re-
tours auxquels succombent parfois les in-
dividus), et d'autre part offrent une base so-
lide à un nouveau développement d'aptitu-
des plus puissantes, de goûts plus délicats
et de penchants mieux réglés.
HOMME (L'), à l'état d'embrjron, passe-t-il
{lar tous les organismes inférieurs des in-
vertébrés? Voy» Embryologie.
HOMME PORC-ÉPIC. Voy. Peau.
HOTTENTOTS. — Il y a, dans les vastes ré-
gions de l'Afriqae situées au sud de l'équa-
taur, d'immensefi espaces qui n'ont jamais
été fou.es par le pied d'un homme civilisé ;
ainsi l'on sent c4imbien seraient vaines tou-
tes les conjectures qu'on pourrait faire re-
lativement au nr#mbre des races Imûiaines
qui occupenlcelieinyslérieuse région. Parmi
les écrivains qui se sont occupés degéogra-
Shie spéculative , quelques-uns ont essayé
e se former une idée de la oonfisuration da
sol dans ces contrées inaccessibles , d'apris
ce que l'on connaît de ceHe des pays qui les
entourent. Lacépède , qui avait longtemps
soutenu que la partie centrale de la Nou-
velle-Hollande devait être occupée par une
vaste mer, fut plus heureux dans ses con-
jectures relativement à l'intérieur de l'Afri-
que, et les renseignements que nous possé-
dons aujourd'hui sur cette partie du glok
prouvent qu'il était dans le vrai, quand il
tira, d'un nombre très-petit de données, des
conclusions tendant à prouver l'eiisteDcc
d'un grand plateau central. Suivant le pro-
fesseur Ritter, qui a examiné ce point avec 5a
sagacité habituelle et en faisant usage de tous
les secours que met à sa disposition un vasie
savoir, le grand plateau de l'Afrique aus-
trale commence de toutes parts à s'élever à
une assez petite distance de la côte, soutenu
de chaque côté par une muraille de monta-
gnes qui se compose généralen^ent de trois
terrasses successives, et élève une immense
barrière parallèlement aux côtes baignées
par rOcean. Cette muraille est coupée par
beaucoup de vallées dans lesquelles coulent
de belles rivières qui vont porter à la mer
les eaux de l'intérieur du plateau. Cororoe
toutes les régions qui nous offrent une di-
f>osition semblable du sol , l'intérieur ren-
èrme de grands lacs et de vastes plaines
élevées, dans lesquelles une portion de l'es-
pèce humaine, isolée en quelque sorte d^
puis un temps immémorial, doit s'être for-
mée en plusieurs races distinctes, sous l'in-
fluence prolongée des circonstances extérieu-
res qui sont de nature à modifier les carac*
tères physiques. Dans une contrée si analo-
gue par sa configuration aux régions éle-
vées de l'Asie orientale, on doit s^ttendre à
trouver des tribus qui ressembleront, à ce^
tains égards , à celles qui habitent le pays
que nous venons de nommer ; et en effe!,
nous découvrons, dans les caractères physi-
ques et moraux des uatioiis de l'Airique
australe, différents traits qui nous rappel*
lent ceux des grandes tribus nomades de la
Mongolie et de la Daourie. Mais ces carac-
tères ayant été ici imprimés sur un fond oui
avait déjà le type africain, il y aura, entre tes
habitants des deux pays, un certain nombre
de différences.
Les Uottentots , qui paraissent avoir oc
cupé jadis , ou plutôt avoir parcouru, avec
leurs troupeaux, un vaste territoire dont une
grande partie leur a été depuis lon^teraiiS
enlevée par les tribus belliqueuses aes Ca-
fres, peuvent , selon toutes les apparences,
être considérés comme les descendants des
{premiers habitants de l'extrémité australe de
'Afrique. Ces hommes nous offrent, au plus
haut degré de développement^ les caractères
phvsiques et moraux qui doivent être le ré-
sultat de la vie nomade et errante, quand ce
mode d'existence s'est conliâué pour un peu-
ple pendant une longue suite de générations.
Avant l'heure néfaste oii le navigateur eu-
UOT
D*ANTUR0P0LOGIE.
nOT
09;)
ropéea aperçât pour la première fois le cap
d .'S Tempêtes « les Hottentots formaient un
peuple nombreux divisé en petites tribus
qui riraient heureuses sous le {;oureme-
ment patriarcal de chefs ou d'anciens. Elles
erraient arec leurs troupeaux de basob et
de brebis , par iMoides de trois ou quatre
cents personnes réunies dans des kraals , ril-
lages dont les maisons construites en bran-
ches d^arbres et en nattes de joncs se démon-
taient au signal du dépan» et, réduites à un
petit rolume, étaient transportées par des
Lceuls de charge. Pour rètements, ils araient
un manteau de peaux de mouton cousues,
pour armes, un arc et des flèches empoison-
nées« arec une légère jareline ou assagaye.
Ils étaient actifs et intrépides à la chasse, et,
quoique d*un naturel paisible , ils étaient
pieins de courage à la guerre, comme Té-
prourèrent sourent les Européens qui rin-
rent enrahir leur pays. Kolben compte jus-
qu'à dix-huit nations ou tribus appartenant
à la race hottcnlote. La plupart de ces tri-
bus ont été exterminées par les colons eu-
ropéens ; d'autres ont été dépouillées rio-
Jemment de leurs possessions, et repoussées
dans les forêts et les déserts , où leurs mal-
heureux descendants, connussouslenomde
Saabtf rirent encore en petit nombre. Les
colons hollandais les ai/pellent Boschismans,
c'est-À-dire hommes des bois ; le nom de
BuskmaHt que leur donnent les colons an-
glais, a la même signification.
Voici le portrait que nous fait des Bos-
chismans le missionnaire Adulph fionatz :
«Ils sont de petite taille , et la couleur de
leur peau est d'un jaune sale; leur physio-
nonue est repoussante : un front saillant,
des yeux petits, enfoncés, dont l'expression
est celle de la ruse; un nez extrêmement
aplati, des lèrres épaisses et saillantes , for-
ment les traits caractéristiques de leur ri-
sa^e. Leur constitution est si altérée par
suite de leurs habitudes dissolues et de la
foutume qu ils ontde fumer continuellement
le durha, que les jeunes, aussi bien que les
rieux , paraissent usés et décrépits. Néan-
iDoins ils aiment beaucoup la parure, et or-
nent leurs oreilles, leurs bras et leurs jam-
bes d'anneaux en rerroterie, en fer, en cui-
vre et en laiton. Les femmes se teignent
tout le risage en rouge, ou en peignent une
partie. Leur seul rètement de jour et de
nuit est une sorte de manteau de peau de
mouton jeté sur leurs épaules , et qu ils dé-
signent sous le nom de kaross. La demeure
du Boschisman est une hutte basse, ou une
carité circulaire au milieu de la plaine ; le
soir, il se glisse en rampant arec sa femme
et ses enfants dans ce taudis, qui, quoiqu'il
le défende du rent , ne Tabrite pas contre la
l»iuie. Ils araient autrefois leurs habitations
au milieudes rochersoù ilsont laissé comme
signes de leur présence des figures grossiè-
res de cheraux , de boeufs et de serpents.
Quelques indiridus même rirent, encore
«aujourd'hui, en rentables bêtes faures, dans
^es repaires saurages où ils retournent arec
ioie après aroir écnappé au serrice des co-
lons. Je n'ai jamais ru à ces fugitifs d'autre
occupation que celle de fabriquer ou de répa-
rer leurs arcs et leurs flèches. Les arcs sont
très-petits; les flèches, barbelées, ont la
pointe trempée dans un poison d'apparence
résineuse dont l'effet est très-prompt, et
qu'ils sarent préparer arec les feuilles d'un
arbre du pays ; ils préfèrent ces armes aux
armes à feu, comme arant l'arantage de pou-
roir tuer sans taire ae bruit. A leur retour
de la chasse, ils font bombance , se gorgent
jusqu'à tomber dans l'assoupissement ; après
quoi la faim seule a le pouroir de réreiller
leur actirité. Dans les temps de disette, ils
mangent des racines saurages , des œufs de
fourmis , des sauterelles et des serpents.
Considérés comme ennemis , les Boschis-
mans ne laissent pas que d'être redoutables.
Leur langage parait être un mélange de clap-
pements, de sifflements, de grognements,
sons qui tous ont de plus quelque chose de
fortement nasillard.
Les Hottentots qui existent encore en tri-
bus ou en communautés se donnent à eui-
mêmes le nom de Quœquœ^ et sont dirisés
en plusieurs races. M. Barrow est le pre-
mier royageur qui nous en ait donné une
description un peu satisfaisante, n Les Bot-
tentots , dit-il , sont bien proportionnés et
bien droits, sans être muscuieux ; il y a même
dans l'ensemble de leur forme quelque choso
de délicat et presque d'efféminé ; ils ont les
jointures extrêmement petites. En général,
ils sont fort laids, mais le caractère de leur
risage m'a présenté de grandes rariétés dans
les différentes familles : quelques-unes pré-
sentaient des nez remarquablement plats,
d'autres des nez très-saillants. Leurs yeux
sont d'un châtain foncé , longs et étroits ,
très-écartés l'un de l'autre, arec l'angle in -
térieur arrondi comme chez les Chinois, aux-
quels les Hottentots ressemblent à plusieurs
égards d'une manière frapiiante. Les pom-
mettes sont haut placées, très-proéminentes,
et, arec le menton pointu , forment presque
un triangle équilatéral; leurs dents sont
très-blanches. Les femmes, dans la première
jeunesse , ont de la grâce et des formes
agréables ; mais dès qu'elles ont eu un en-
faÎJQt, leur goi^ derient flasque et pendante,
et dans la rieiUesse elle s'allonse démesu-
rément ; arec l'âge, leur rentre derient pro-
tubérant, et la partie postérieure de leur
corps se courre d'une énorme masse de
pure graisse.
On a, dans les musées d'Europe, peu de
crânes appartenant à cette race. Blumenbach
a donné la description de la tête osseuse
d'une femme boschismanne, et l'on en a une
autre dans Curier. Le docteur Rnox , qui a
ru ces gens-là dans leur pays natal, nous
assure que le risage des Hottentots ressem-
ble beaucoup à celui des Ralmouks, et n'en
diffère guère que par des lèrres plus épais-
ses; aussi en lait-il une branche de la race
mongole. La largeur des orbites et la gran-
deur de l'espace qui les sépare sont des
t oints par lesquels les Hottentots ressem-
lent aux Asiatiques du Nord et même aux
C9I
ICH
DlCTîONMAIRE
icn
m
Esquimaux. Votj, Ràcbs humai^ibs.
HUMBOLDT (G. de). Voy. Langage.
HUNGROIS. Voy. Europe moderne.
HUNS. Voy. Europe moderne.
HURONS. Voy, Algonquins.
HYBRIDITÉ. Voy. Genre.
1
IBERES. Voy. Scythes.
IBÉRIENS. Voy. Aborigènes.
ICHTHYOPHAGES de l'Asie septentrio-
nale. — Au delà de la région centrale habi^
tée par les cinq grandes races nomades
(Voy. Nomades), if j a diverses tribus répan-
dues sur les contrées basses de l'Asie sep-
tentrionale et dans les plaines glacées que
traversent les rivières de la Sibérie et que
borne la mer Glaciale. Ces tribus errent de
place en place avec leurs troupeaux de ren-
nes, se nourrissant en partie de la chair et
du lait de ces animaux, en partie des produits
de la poche et de la chasse. On peut consi-
dérer ces peuples comme appartenant à la
même grande famille que les nations tarta-
res, auxquelles ils ressemblent, )iarticulière-
ment par la forme du crflne; mais ils en dif-
fèrent sous d'autres rapports, tandis qu'ils
ont entre eux une telle ressemblance, qu'on
peut les considérer comme constituant un
itroupe particulier, ou une subdivision de la
lamille numaine. Je les distinguerai ici par
le nom d'Ichthyophages ou tribus de pé-
cheurs, ce qui exprime leurs habitudes et
leurs movens d'existence.
1* Let Namollos. — De ces diverses tribus,
celle qui occupe les contrées les plus loin-
taines est la tribu des Namollos (412), établie
sur la côte nord-ouest de l'Asie , depuis la
baie de Koulioutschinskoï, jusqu'à la rivière
Anadvr. Les Namollos habitent des villages
fort éloienés les uns des autres, et se nour-
rissent de la chair des veaux marins qu'ils
tuent, des cadavres de baleines rejetés sur le
rivage, et des autres dons de la mer. C'est
une race tranquille et timide. Us sont d'une
taille au-dessous de la moyenne, et ont le
visage aplati, avec les pommettes saillantes ;
leurs yeux sont petits, mais en général ne
sont pas bridés et obliques comme ceux des
Mongols ou des Tartares. Les femmes et les
enfants ont le visage tellement plat, que leur
nez est à peine visible.
Les Namollos peuvent converser avec le
peuple de Kadjak, et parlent de fait un dia-
lecte de la langue des Esquimaux améri-
cains. C'est une tribu de la race qui habite
les lies des Renards ou lies Aleutiennes, lies
qui forment dans l'Océan une longue chaîne
à l'ouest du détroit de Behring. D'après le
peu de données que nous avons jusqu'à
présent, il est difficile de déterminer d'une
manière positive le pa^rs d'où cette race est
originaire, de savoir si c'est de l'extrémité
1412) Voyage autour du monde^ par F. Lutké,
U, coutenant les travaux de messieurs les natur
ralistes, oar Alex. Postels.
(413) Quelques écrivains désignent les Namollos
tous le nom de Tscbuk-Tschis slationnaires ou uè-
nord-est de Tancien continent qu'elle est
partie d*abord pour passer en Amérique, ou
si elle a suivi une marche opposée, et est
venue du nouveau monde dans TAsie bo-
réale. Comme les Skrellings ou Esquimaui
du Groenland n'étaient pas encore dans ce
pays à répoque où les hommes du Nord j
établirent leurs premières colonies, on peut
supposer que la race vient de l'ouest, puis-
que c'est seulement dans les temps histori-
ques qu'elle eit arrivée dans la partie lapliij
orientale des pays Qu'elle occupe, dans la
partie qui la rapprocne le plus de l'Europe.
Les Namollos, il faut le remarquer aussi,
ressemblent à beaucoup d'égards à leurs
voisins les Tschauk-Thu, appelés communé-
ment Tschuk-Tschi; les rapports sont si
grands, que souvent on les confond a? ec ces
derniers et qu'on en parle comme duo
même peuple, car les uns et les autres ont
été compris jusqu'à présent sous le nom de
Tschuk-Tschi (413).
Les Esquimaux sont très-proches parents
des Namollos, et en sont ou la souche origi-
nelle ou les descendants {Voy. Esoudl&ui].
2r Les Tschauk-Thu ou Tschuk-Tsckis.tl
Us Koriaquis. — Les Tschauk-Thu ou
Tschuk-Tschis sont, ainsi que les Koriaaues,
des tribus d'une nation habitant l'extreaiité
nord-est de l'Asie. Les premiers sont les
plus puissants et sont indépendants. Saoer
nous dit que les Tschuk-Tschis sont grands
et forts , et qu'ils ont le plus profond mépris
pour les petits hommes. Cochrane prétend
que les Tschuk-Tschis ne sont pas remar-
quablement grands, mais que leurs vête-
ments, qu'ils entretiennent avec soin et qui
sont d'une très-grande ampleur, leur donnent
un aspect presque gigantesque. Ils ont la
peau blanche et en général le teint clair,
mais la physionomie vulgaire» quoiaue assex
mâle. Ils sont d'un caractère brutal et sau-
vage. Ils ne sont jamais malades, et atteignent
à un âge très-avancé. Le langage des Tschuk-
Tschis n'a aucune affinité avec les idiomes
asiatiques, bien* qu'il soit compris des Koria*
ques. Les traits des Tschuk-Tschis, leurs
mœurs, leurs coutumes, décèlent leur ori-
gine américaine; l'habitude de se raser la
tête, de se peindre le corps» de porter de
erands anneaux aux oreilles ; leur manière
ae marcher en se balançant, leur port re*
marquable par une certaine flerté, leur cos-
tume, leur genre de superstitions, en sont
des preuves évidentes ; et il n'est pas moins
cheurs , et souvent ils les confondent avec I^
Tschuk-tscbîs véritables, qui sont une branche des
Koriaques. Les renseignements les plus précis qoe
nous ayons sur eux se trouvent dans le Yotfùgi <«
Russie du cnpitainc Lutré.
613
IJl
D*A!fTHllOM>tOGlE:
ICQ
6«J4
Traisemblable jiue les Esquimaux et autres
tribus américaines du pAle arctique en sont
desceiidus, car plusieurs expressions de
leurs langages sont identiques, et leur cos-
tume est parfaitement semolable.
D parait, d*aprës des renseignements re-
cueillis par Cocnrane, que les Tscbuk-Tschis
nomades ont des rapports fréquents avec les
nations américaines, dont quelques-unes
leur ressemblent beaucoup par le physique
et les manières. Il j avait à la foire des
Tschuk-Tschis deux individus appartenant au
continent américain, appelés Rargaules.» Ils
avaient, dit notre auteur, beaucoup plus de
ressemblance avec les Tschuk-Tschis, Quoi-
qu'ils fussent plus bruns de peau, qu avec
ks habitants si laids des lies du détroit de
Behring. »
3" Les Kamtchadales. — Les Kamtchatkans
ou Kamtchadales sont un peuple bien connu
depuis longtemps des navigateurs de la mer
Glaciale. Leur nation était fort nombreuse,
jusqu*au moment où elle fut presque entiè-
rement détruite par la petite vérole et autres
maladies introduites par les européens.
Cepeup]e n'habite que la partie méridionale
de la péninsule qui porte son nom; toute la por-
tion septentrionale appartient aux Koriaques.
Les Kamtchadales se donnent à eux-mêmes le
nom d*ltelmans. Stoller, qui les a observés
avec soin, a pensé qu'ils pourraient être
d'origine mongole; mais cette hypothèse
n'est fondée que sur une ressemblance phy-
sique, et est en contradiction avec les resul-
iats auxquels conduit l'étude de leur langue.
Il parait bien qu'ils forment une race dis-
tincte, laquelle cependant se divise en quatre
tribus, dont le langage est assez différent
pour qu'elles se comprennent à peine les
unes les autres. Les Kamtchadales sont Cha-
manistes; ils sont sales et ont des habitudes
grossières.
Les descriptions que nous avons des Kamt-
chadales nous les montrent comme des
hommes de petite taille, ayant le teint basa-
né, les cheveux noirs, peu de barbe, la
figure large, le nez court et plat, les yeux
petits et enfoncés, les sourcils minces, le
▼entre gros et les jambes srèles. C'est pHr
toutes ces particularités qu ou leur a trouvé
de la ressemblance avec les Mongols.
4* Ltê Yukagres ou Yukagiris. — Les Yuka-
gres sont une autre race très-peu connue,
qui vit à l'ouest des Koriaques. Ils habitent
les côtes de la Sibérie orientale, au delà du
fleure Lena, entre le pays des Yakouts, celui
des Tscbut-Tschis, et près des rivières Indi-
^rska, Yana et Kolyma. Leurs mœurs res-
semblent à celles des Samojrèdes. Sauer nous
en donne une courte description dans sa re-
laiioa du voyage de Billings ; dans le même
ouvrage on trouve un copieux vocabulaire
de leur langue, qui parait être entièrement
distincte de tous les idiomes voisins, et
n 'a voir même presque aucune affinité avec les
autres dialectes connus.
£n 1739, les Yukaffres étaient fort nom-
l»reixx. Les tribus de rOmolen portaient le
uam de Tsbeltieres ; celles del'Alasey étaient
appelées Onioki, et celles de TAnadyr et de
l'Anani, TsehuvantsU et Kudensii. Aujour-
d'hui la race est presque détruite par suite
des ferres qu'elle a eues avec les Tschuck-
Tschis et les Koriaques. II y a eu autrefois
sur les bords du Kolyma une nation nom-
breuse qui portait le nom de Kong-hinis ;
cette nation est tout à fait disparue, mais on
trouve encore les ruines de ses villages, avec
des haches et des flèches en pierre.
Les descendants de Yukagres habitent les
bords des deux rivières Aniny. Ils formaient
jadis un peuple guerrier et formidable, et
les Russes ont eu beaucoup de peine à les
subjuguer. 11 n'existe plus de Yukagres de
race pure, mais la race mêlée qui a conservé
leur nom passe aujourd'hui pour la plus
belle race ae la Sibérie; les hommes sont
bien proportionnés et ont une physionomie
mâle et ouverte; les femmes sont d'une
grande beauté. Ceci d'ailleurs ne s'applique
qu'aux métis, chez lesquels c'est le sang
russe qui s'est mêlé au sang yukagre.
Cochrane nous assure que les Yukagres pur
sang ont les traits tartares et asiatiques, ce
qui signifie probablement que leur visa^e^
offre le type communément appelé type
mongol; il remarque que ces peuples ne
diffèrent crue de très-peu des Yaxoutes.
5* Les iamoyêdes, — Les Samoyèdes sont
une race errante; ils habitent le grand pro-
montoire septentrional de la côte de Sibérie,
et sont répandus des deux côtés de ce pro-
montoire, sur les bords de la mer Glaciale,
où ils vivent principalement de leur pèche
et de leur chasse. Us sont divisés en tribus
nombreuses, s'étendant, dit-on, depuis la
Dwina, dans le voisinage d'Archange!, où le
Bruyn a trouvé quelques-unes de leurs
hordes, jusqu'à la Lena, dans la Sibérie
orientale; on prétend que leur nom signifie
mangeurs de saumons. On trouve ce nom
dans les chroniques russes, dès l'année 1096;
et Jean de Plan de Carpin en fait mention
dans le récit de son voyage à la cour du grand
Khan, au commencement du xm* siècle. Les
Samoyèdes étaient à cette époque du nombre
des sujets de l'empereur mongol. Pallas
nous apprend que les Samoyèdes de l'Obi
[d après lesquels probablement on peut se
laireune idée de toute la race ) , diffèrent
complètement de leur voisins les Ostiaks,
})ar le langage aussi bien que par les for-
mes du corps et par les traits du visage. Il
ajoute : « Les visages des derniers ressem-
blent à ceux des Russes, et beaucoup plus
encore à ceux des Finnois ; tandis que les
Samoyèdes ont beaucoup de ressemblance
avec les Tongouses. Ils ont le visase plat,
rond et larae, cequi rend les jeunes femmes
fort agréables. Ils ont de larges lèvres retrous-
sées, le nez lar^e et ouvert, peu de barbe et
les cheveux noirs et rudes. La plupart sont
Elutôt petits que de taille médiocre, mais
ien proportionnés, plus trapus et plus gros
que les Ostiaks. Ils sont en revanche plus
sauvages et plus remuants que ce peuple. »v
Les Samoyèdes se donnent à eux-mêmes
le nom de Kbasova, mais les Tougouses leur
C93
ICH
DICTIONNAIRE
IRO
donnent celui ue Jiandals. Strahlenberg fiiit
remarquer que quelques traces de leur lan-
gue se retrouvent dans les parties méridio-
nales de la Sibérie, près de Tomsk et de
Krasnoiarsk, et Pallas a [prouvé clairement
que les SaraoyèJes sont originaires des par-
ties méridionales du pays qui avoisine le
Yenii-ei et la chaîne au Sa van. Un grand
nombre de faits, ainsi qui! le remarque,
prouvent que ces contrées étaient autrefois
plus peuplées qu*elles ne le sont maintenant,
et on ne peut vraiment fias douter oue les
Samoyèies n'y aient anciennement nabité,
quand on voit que les Koibals, lesKamaches,
les Motors, les Soiots et les Karakasses, qui y
demeurent encore, ont les mêmes caractères
physiques que les S^moyèdes, et parlent la
même langue. Les Samoyèdes eux-mêmes
disent être venus des contrées de TEst.
Il serait bien à désirer que nous eussions
une descriplion exacte de ces tribus du haut
pays, et que nous pussions les comparer
avec les Samoyèdes qui habitent les plaines
voisines de la mer. Pallas dit qu'elles pré-
sentent les mêmes caractères physiques que
les Tongouses. Klaproth a trouve les mêmes
hommes, sous le nom de Uriangchai, dans
des provinces frontières soumises à la domi-
nation chinoise, sur la chaîne du Sayan, qui
est le prolongement oriental de TAltaî.
Les langues parlées par ces tribus (autant
qu'on en peut juger par les mots qu on en
connaît), paraissent avoir quelques rapports
avec les dialectes de la race Ugrienne, et en
avoir aussi avec ceux des nations qui habi-
tent la chaîne du Caucase.
6** Les Ainoi et les Kurites. — La race insu-
laire qui habite la chaîne des lies Kuriles
ainsi oue la partie de la cête asiatique
située a l'ouest de l'embouchure du grand
fleuve Amour et de l'Ile de Jesso^ diffère par
ses caractères physiqiies des nations de la c6te
septentrionale. Sous le rapport du climatetde
la situation, ces îles diffèrent aussi beaucoup
de la côte habitée par les Samoyèdes, et c'est
E eut-être à cela que tient la grande dissem-
lance des hommes des deux pays; car d'ail-
leurs, ainsi çue l'a montré Kiaproth, le lan-
gage des Ainos a tant de rapports avec
fiaiome des Samoyèdes et avec les dialectes
de plusieurs tribus du Caucase, mi'il y a
toute raison de supposer entre ces dinérentes
races une très-proche parenté.
La description la plus complète que nous
ayons des Ainos se trouve dans la relation
du vovage de Krusenstern; La Pérouse et
Brougnton nous ont aussi fait connaître quel-
ques-unes de leurs particularités, et tous ces
témoignages, il faut le reconnaître, ne sont
pas parfaitement d'accord entre eux. Voici
ce qu*en dit Krusenstern :
<( Les Ainos sont d'une taille au-dessous
de la moyenne et qui, chez les plus grands,
ne dépasse pas cinq pieds trois ou quatre
pouces. Leur barbe est épaisse et fournie.
ils ont les cheveux noirs et plats, ordinaire-
ment fort en désordre. A la barbe près, ils
ressemblent complètement aux Kamtcha-
dales; leurs traits seulement sont beaucoup
plus réguliers. Les femmes sont assez laides;
leur couleur brune, leurs cheveux d'ua noir
foncé qu'elles ramènent sur le visage, leurs
lèvres peintes en bleu, leurs mains tatouées,
ue leur permettent aucune prétention à la
beauté ! h La Pérouse, d'une autre part, dit
que les Ainos sont d'une race beauceup plus
belle que les Chinois, les Japonais et les
Mantchoux, que leurs traits sont plus régu-
liers et plus approchant de ceux des Euro-
péens. Il ajoute : «Les habitants de la )>aie de
Crillon étaient remarquablement beaux, et
avaient les traits réguliers. » Dans un autre
endroit, il dit que ces hommes ont la neau
aussi basanée que les Algériens. Broughton
nous les peint d'une couleur légèrement
cuivrée; suivant Krusenstern, au contraire,
la teinte de leur peau serait presque noire.
Mais le plus remarquable des caractères
physiques des Ainos, c'est l'extrême déve-
loppement qu'offre chez eux le système pi-
leux; ce fait est d'autant plus digne de Sier
l'attention, que chez les Asiatiques orien-
taux, en généra], les poils sont peu abondants
et la barbe presque nulle, tandis que les
Ainos sont, au contraire, les plus velus de
tous les hommes. « Leur baii)e, ait La Pérouse,
t0ffll)e sur leur poitrine, et ils ont les bras,
le cou, le dos couverts de poils. J'insiste sur
cette particularité, igoute-t-il, parce qu'elle
se présente comme un caractère général, au
lieu qu'en Europe, où l'on trouverait bien
quelques individus aussi velus, ces individus
forment une exception au caractère com-
mun. » Broughton dit qu'ils ont le corps
couvert presque partout de longs poils noirs»
et qu'il a* même observé cette particularité
chez quelques jeunes enfants. Voy. MéDi-
TERRA»ÉENS, Ct PÉCHERAIS.
IDÉAL. Voy. Beacté
IDÉES AFFECTIVES primitives et secon-
daires. Voy. Affections morales.
ILES DE LA Société, Marquises, etc. foy.
Malayo-poltt«ésibns.
IMAGINATION. Voy. Encéphale.
IMMATÉRIAUTÉ de l'âme. Voy. Physio-
logie INTELLECTUELLE et ENCÉPHALE.
IMPONDÉRABLES, jouent-ils un rôle dans
la pensée? Voy. Physiologie intellect «;blu.
INCA. Voy. Péruviens.
INDO-CHINOIS. Voy. Chinois.
* INDO-MALAISE (branche). Voy. Mauto-
POLTNÉSIENS^
INDOUS. Voy. Ariane.
INFLUENCES extérieures et intériecio
sur l'homme, etc. Voy. Agcluiatbhe!<ît.
INFUSOIRES. Voy. Génération sPONTAiffcr.
INSTINCT. Voy. Nature et Langage.
INTUITION. Kov. Langage.
lOLOFS. Voy. Sénégamb».
IROQUOIS. Voy. Algonquirs-Lénapb»
697
h\y
DANTUROfCLOGIC
LM
JACQCBS (AMfDÉB). Voy. La^gasb.
JAPONAIS. Voy. Ciiniois.
JAUNE (iace). Voy. Mowgouqcb.
JAVANAIS. Koy. Malaise (racbj.
JETANS. Voy. Sioux.
JOTUNS ou loTUNS. Voy. Nomades.
j
JUGEMENT. Voy. Encéfhalb.
lUIFS. Voy. EcmoPE modbbhb et Sbmi-
TIQVB.
JUIFS, permanence de leur type. Voy.
Cabactèbes physiologiques des races hu-
maines.
K
KABTLES. Voy. ABOBioftfiES
KAFIRS. Voy. Abiahb.
KALMOUKS. Voy. Nomades.
KAMTCHADALES. Voy. Ichthtophages.
KABAUTZ, Fotf. Esquimaux.
KIMRTS. Voy. Galls et Cabactébes fht^
SWLOGIQCES» etc.
KINAITZI. Voy. Nootka-Columbibhs.
KIRGHIS. Voy. Nomades.
KNISTENEAUX. Voy. Algoîiqcws.
RORIAQUES. Voy. Ichthtophages.
KURDES. Voy. Abl^nb.
RYAWAYS. Voy. Siocx.
L
)ù. Voy. Cheteux hcmaims.
LANGAGE. — La question du langage e;
de son rôle dans la constitution de la raison,
est en philosophie d^une importance ma-
jeure. Dans Tordre moral, tout s*j rattache;
c*e$t le point de départ, c'est la pierre angu-
laire de tous les systèmes, de toutes les Té-
rités ou de toutes les erreurs. Selon l'origine
que Ion assigne au langage, tout change,
tout prend un aspect, un ordre différent :
dans Tun des cas, c'est uae cause unique,
lo^que, permanente, infinie, qui produit et
gou Terne tout; dans Tautre, rien ne domine,
rien ne dépend, rien n'obéit, tout flotte au
hasard ; nuHe cause, nulle harmonie ne pré-
side à rien : c*est partout l'anarchie du dés-
ordre, et la nature est renversée. C'est donc
là une ^ande et féconde thèse qu'il importe
d'examiner avec une attention profonde.
Présentons d'abord le tableau général des
iacuhés de l'âme et de leurs différentes sub-
divisions.
L'intelligence on faculté de connaître se
divise selon les objets avec lesquels la con-
naissance met Tftme en rapport. On distin-
gue donc :
1* La PEBCEPTION EXTEBN E MATÉBJELLB, OU
faculté de connaître les propriétés* des corps
et les phénomènes sensibles, c'est-à-dire qui
affectent les sens.
2* La rEBCEPTioR nrrÉBTECBE ou de con-
science. C'est la faculté de connaître les
modes aciuels de i'esprît, c'est-à-dire les
états et les opérations dont il est présente-
ment le sujet On la nomme encore sens
3* La MÉMoiBB, ou fÏM^ulté de se rappeler
les laits intérieurs passés, c'est-à-dire les
modes dont le mot a été précédemment le
sujet.
4* La PERCEPTI03I de batpobts ou baison;
c'est la faculté de connaître le non-moi im-
matérieU
Au point de vue de la définition que nous
venons de donner, la raison se subdivise
comme il suit .
1* Ration dUcrélive^ faculté de percevoir
les rapports de ressemblance, de différence,
d'identité, d'analogie, d'opposition, de con-
trariété, de contiguïté de temps et de lieu,
de simultanéité, de succession, d'antériorité,
d'égalité, de supériorité, d'infériorité, etc.,
qui existent entre les choses.
2* Raiion iniuilivey ou faculté de perce-
voir les rapports nécessaires qui existent
entre tout attribut et la substance, entre
toute existence et le temps, entre tout corps
et l'espace, entre tout phénomène et une
cause, entre le relatif et l'absolu, le contin-
gent et le nécessaire, l'ordre et l'intelli-
gence, etc.
3* Raison induciive ou faculté de perce-
voir les rapports qui existent entre les pbé^
nomènes et les lois qui les régissent.
&* Raison déductive ou faculté de perce-
voir les rapports qui existent entre les
principes et leurs conséquences.
5* Raison ou sens morale faculté de perce-
voir la distinction du bien et du mal, du
juste et de l'injuste, de connaître le carac-
tère moral de nos actes, c'est-à-dire leur
rapport de conformité ou d'opposition avec
la lof du devoir ; le mérite et le démérite de
nos actions, c'est-à-dire le châtiment ou la
récompense qui leur est due, selon qu'elles
sont moralement bonnes ou mauvaises.
6* Enfin, goûi ou sens esthétique j faculté
de connaître le beau et le laid, soit moral,
soit physique.
Dans tous les ordres de phénomènes de
la création actuelle, tout être, tonte chose a
son évolution, laquelle déoend de conditions
6:«
LAN
DtCTlOMNAtRE
LAN
700
OU de lois qui lui so.nt propres. C*est un
fait d^une haute physiologie {kik) que, dans
l'évolution de TAroe humaine, toujours quel-
que chose de sensible s'associe aux con-
ceptions, aux opérations de l'intelligence,
quelque élevées qu'on les suppose, ^t en
est la condition essentielle. Pour le monde
matériel, c'est le corps lui-même ; pour le
moude rationnel ou métaphysique, c'est la
parole parlée ou pensée, ou ce qui peut la
suppléer.
L'Ame ne peut saisir que des idées for-
melles, que aes faits de l'esprit déterminés,
distincts ; si les idées des objets sensibles le
sont par les images mêmes de ces objets, les
idées rationnelles, métaphysiques, ne peu-
vent l'être que par la parole entendue et
comprise.
La mémoire ne peut s'appliquer h ce oui
est sans forme dans l'esprit ; et toute idée
métaphysique n'étant qu'une généralisa-
tion, ne peut être perçue par la conscience,
ou n'a de forme dans l'esprit qu'au moyen
du langage.
II n'y a pas de raison pour l'homme sans
l'universel et l'abstrait, pas d'abstrait sans
détermination, pas de détermination sans
signe artificiel, d'où il suit que l'homme ne
peut agir rationnellement sans le signe arti-
ficiel, et que par conséquent il n'a pu l'in-
venter, car cette invention suppose néces-
sairement une suite d'actes rationnels.
•
Dans l'état actuel des choses, 1 esprit et le
corps forment, suivant l'expression de Bos-
suet, un tout naturel ; toutes les opérations
de la pensée ont un instrument dans le
corps, toutes les idées une cause excitatrice
dans les phénomènes physiologiques du
cerveau, et c'est là un des arguments les
plus décisifs contre l'hypothèse des idées
innées qui auraient été gravées dans l'Ame
au moment de sa création, et seraient. par
(414) Puisque Voccasion s*en présente, nous si-
gnalerons ici une'lacune dans les traités de philoso-
phie comme dans la plupart des ouvrages de phy-
siotogie. Les {premiers ne tiennent aucun compte de
l'organisme ; ils n'étudient nullement le grand rôle
qu*il joue dans notre existence iutcUectueile. Us se
renferment dans l'observation intérieure, et se pri-
vent ainsi des lumières que fournissent Tétude de
Torganisation, et surtout les faits si importants de
la pathologie. Quand les psychologues se hasardent
à parler des fonctions organiques, ils cherchent à
«••pplécr pgr (îts images et par des comparaisons, à
la eimna^ssauce positive des faits qui leur manque.
Aux termes vagues, obscurs, incertains, qu'ils em-
ploient, on voit qu'ils sont étrangers à toute étude
anatomique, physiologique et d'histoire naturelle.
Cependant, puisque l'homme est Ame et corps, et
Sue ces deux parties de sou être, unies par le lien
e la vie, influent continuellement l'une sur l'autre,
il est évident qu'on ne peut expliquer leur rapport
qu'en les examinant l'une et l'autre.
La plupart des physiologistes, au oontraîre, mé-
decins ou physiciens, aussi ignorants de l'homme
intérieur que les philosophes le sont de l'homme
organique, croient tenir tout l'homme dans l'orga-
nisme, et ne s'inquiètent nullement de l'observation
psychologique. Pour eux, connaître l'homme, c'est
fcd« oir décrire les fonctions vitales ou disséquer le
conséquent indépendantes de TcTganis-
me (415).
Notre Ame est incapable de se concentrer
exclusivement en soi et d'agir sur elle-
même sans intermédiaire physique. Jamais,
ici-bas, elle ne s'élève à la condition d'un
esprit pouvait s anrancnir ae ses liens avec
la matière, cet acte serait pour le corps un
temps de repos, un moyen de délassement.
Chacun sait, au contraire, par sa propre ei-
périence, que plus l'objet de nos médita-
tions est intellectuel et abstrait, plus l'ac-
tion de la- pensée produit dans le corps de
fatiçue et d épuisement.
D où vient que nous ne nous souvenons
d'aucun des actes de notre intelligence avaot
l'Age où nous commençons A parier ? EtI-
demment parce que notre souvenir ne peut
nous rappeler que celles de nos pensées gui
ont eu une forme, les seules que Tattention
ait pu saisir et embrasser. Or quelle serait
la forme d'une pensée qui n'aurait pas de
signe représentatif? Et si une idée n'a point
de forme, faute d'un signe qui la repré-
sente, comment le souvenir pourrait-il rap-
préhender ?
Les facultés dont nous avons donné plus
haut la classification peuvent être consi-
dérées dans l'homme enseigné ou vivant en
société, et dans l'homme livré à lui-même,
isolé ou privé dès l'enfance de tout ensei-
gnement.
L'homme n'a pas besoin du langage ou
d'enseignement pour l'exercice des trois
premières facultés de l'Ame, la perception
externe matérielle, la perception de cons-
cience et la mémoire (^16). Mais en est-il
de même pour l'exercice "de la faculté qui
doit saisir, connaître le non -moi immaté-
riel, percevoir les rapports, en un mol, pou;
cadavre. Ils ne voient, dans la pensée et dans la to
lonté, oue des formes particulières de la vie ani-
male. Tel est le grossier matéHalisme qui, de dos
jours, déshonore renseiffnement dans nos écoles de
médecine et nos amphithéâtres d*anatomie.
(415) Le système des idées innées est aujouni^hui
universellement abandonné, au moins dans le seo^
que cette innéUé serait autre chose qu^une aptitude,
une capacité, une puissance, on un mot une facalié
dans r&me humaine d'avoir des idées, de produire
des pensées ; et il est fort douteux que Descaries
Fait jamais entendu autrement, ainsi qu^on peut
8*en convaincre par le passage suivant : < Lorsqoe
j*ai dit que Fidee de Dieu est innée, je n*ai jamab
entendu autre chose que ce que mon adversaire ea*
tend, savoir : que la nature a mis en nous une fa-
culté par laquelle nous pouvons connaître I)tfli ;
mais je nVi jamais écrit ni pensé que *e tèUes idées
fussent actuelles , ou qu'elles fussent je ne stts
quelles espèces distinctes de la faculté mtiie qu^
nous avons de penser ; et même, je dirai plus : qo*^
n'y a personne qui soit si éloigné que moi de toal ce
fratras d'entités scolastiques. •
(416) Nous devons toitefois remarquer que, mi
le langage, l'expérience des sens ne pourrait Jamais
produire que des idées individuelles, et l'expéneoce
de la conscience ne serait qu'une vue irréfléchie.
701
LAN
D'ANTimOPOLOGlE.
LAN
702
la oonsliluiion de la raison ? L'homme sans
langage, sans enseignement, peut-il perce-
▼oir les rapports des choses et constituer sa
raison qui n'est que la perception de ces
rapports ?
11 nous semble que cette question devrait
être traitée et résolue préalablement à toute
autre; car elle est fondamentale dans la
controverse qui nous occupe.
Si f interroge les maîtres sur Forigine de
nos connaissances, je ne trouve dans leur
réponse qu'hésitation, incertitude. Rejetant
la nécessité du langage ou de tout autre
signe eitérieur pour le développement ori-
fdnel de la raison, le R. P. Chastel nous
dit!
« On ne conçoit pas d'abord que pour
éveiller TAme if faille nécessairement une
|iaroie, un signe intentionnel, un enseigne-
ment exprès (417). Pourquoi le premier
objet Tenu ne produirait-il pas le même
eflét ? Pourquoi les sensations qui affectent
si vivement l'âme naissante ne provoque-
raient-elles pas son activité? C'est du
moius l'origine qu'assiçne à* nos idées une
école nombreuse de philosophie.
« 0 est clair aussi que Dieu pourrait avoir
un autre moyen plus simple, et qui paraî-
trait plus digne. Evidemment il pourrait
aroir mis dans Tftme une force secrète qui
agisse spontanément, une lumière intérieure
3ui réciaire en naissant. C'est l'eiplication
onnée par les plus célèbres philoso-
phes (&18). »
Tout cela peut bien susciter des doutes
sur la véritable oriçine de nos connaissan-
ces, mais n'apprend pas grand'chose. Ne se-
rai l-il pas possible d'entrer un peuplusavaut
dans la question? S'il n'existe aucune théo-
rie plausible sur l'origine de nos idées, il
semble qu'il serait convenable de s'appli-
quer au moins à démolir le système oui
soutient la nécessité des signes pour le aé-
▼éloppement rationnel de l'esprit humain ,
(417) ÉvâiUr tâme est bien vague. Âssorément,
ir provoqoer Tactivilé de Tâme, il n*est nalle-
nt nécessaire d'une paroU; Tosase des sens suffit.
lis il s*affU à^éweiiler Came dans te monde ration-
od, mélapèysique; la question est justement de sa-
-woêT comment Time est introduite dans ce monde-
là. Cest de cet éteil qu*il s*agit seulement.
(AÎÈ) Le» RiUionàUiteg et Us TradHioHaiUUs^elc.f
pag. 33. Le R. P. Chastel ajoute : c Comment
rhomme qui n*aurait aucune idée pourrait-Il com-
prendre le sens et la valeur du premier signe qu^on
loi donne? En présence de cet homme, vous j^ro-
Boncea le mot Dieu : quelle idée, si vous ne liu en
supposez aucune, peut-il attacher ài ce brait sorti
ée votre bouche? Sait-il même que vous voulez dire
qaeiqne chose. >
Les nomrncei et les hmÊne$ ont le secret de la ré-
poase â celte argon^ntation. EUes savent fort bien
«I«e rboame, ou pinlét Tenfant, ne coumMoce pas
par le vocabulaire de la métaphysique, il y a d*abord
rédacnlioo des sens et Texercioe de la pera^on
eilerae au mojen de laquelle Penfant est initié à
rimeOifence de la parole, et p» là insensiblement
sn monde rationnel. Le lecteur lira avec intérêt, sur
<x sujet, un chapitre intitulé : Comment les enfants
méprennent leur langue maternelle par tusage^ dans
rouvrage de M. Deoéka^do : De Vééucation des
puisqu'il parait si contraire aux saines doc-
trines philosophiques. Je vois bien qu'on
rejette ce système, mais je ne vois pas qu'on
le réfute, et c'est par là qu'il faudrait com-
mencer. Pour être en droit d'affirmer que la
raison n'a pas besoin d'être enseignée pour
se constituer, il faut, ou démontrer qu'elle
se constitue en effet par une autre voie que
celle de l'enseignement, ou renverser la
théorie qui veut que cet enseignement soit
la condition 5ine gua non de l'évolution de
la raison.
Nous avons dit que la raison ne se cons-
tituait que par la perception des rapports.
Qu'est-ce qu'un rapport ? Ce n'est point as-
surément une chose matérielle qui puisse se
saisir par image ou se représenter en figure.
Le rapport est quelque chose de virtuel^ de
métaphysique, qui échappe au sens et à l'i-
maçination, et qui n'est perçu que par l'in-
telligence, quel que soit Tordre des choses
auquel il appartienne , mathématique, phy-
sique, métaphysique, moral, social ou poli-
tique. Un rapport, même le plus simple en
apparence, est toujours complexe , car il est
essentiellement composé a'une action et
d'une réaction ; les oeux termes agissent et
réagissent l'un sur l'autre et se pénètrent
pour ainsi dire , tout en restant distincts.
Ainsi, pour constituer, pour saisir un rap«
f>ort, il est nécessaire de counaître d'abord
es deux termes entre lesquels il existe et
la part queprend chacun de ces termes à l'ac-
tion commune. Mais pour cela il faut les
considérer séparément, puis dans l'influence
réciproque qu'ils exercent l'un sur l'autre,
indépendamment de leurs autres propriétés
ou manières d'être.
Comme on le voit , la perception d'un
rapport n'est pas un acte simple; elle né-
cessite plusieurs opérations successives qui
concourent à un même but. Il faut comparer
deux idées individuelles présentes à l'es-
prit pour distinguer ce qu elles ont de sem-
sourds-muets. Yog, plus loin un chap. de YtAtuea^
tion progressive^ par Mme Necker de Sacsscre.
L*^me est passive avant tout, et ne peut point ne
ins Tètre, puisqu'elle reçoit d'atiord, et que sa réac-
tion toujours consécutive serait impossible sans
raction préabbte qui Teicite. Mais une idée méta-
physique n'est saisissaUe que par le terme qui Tex-
pnme, puisque c*est une généralisation ; comment
donc l*âme la saisirait-elle avant d'avoir compris le
mot qui la rend formelle ?
< Pour faire un homme intelligent , il faut une
rhomme, de revêtir une forme accommodée k son
oreanisation, et ainsi de se faire souille, son et pa-
role, pour s'introduire par l'oreille et par l'ouïe. Par
la parole, et par elle seulement, l'homme^esprit est
mis en commerce avec le monde des esprits. C'est
une nouvelle sphère qui lui est ouverte, et dés ce
momeut, sa vie, en rapport avec tous les mondes,
exdiée à la Ibis par toutes les espèces d'influences,
dans le corps, dans l'esprit et dans Time, pourra se
dévelop|»er avec tonte la plénitude et dans toute la
magnificence de la nature humaine. > ( M. Fabbé
BAVT4I5, Psgchologie^ etc., 1. 1". p. S54.)
703
LAN
DICTIONNAIRE
LAN
701
blable et de différent. La comparaison sup-
pose l'abstraction, puisqu'il faut considérer
chacun des deux termes séparément, et
comme la généralisation n'est qu'un degré
f)articulier de l'abstraction, on voit que pour
a constitution d'un rapport, quelque sim-
ple qu'il soit, il y a nécessairement exer-
cice de la faculté d'abstriire et de celle de
généraliser (419).
Parlons d abord de l'abstraction.
L'abstraction est une opération toute ra-
tionelle, non-seulement sans modèle dans
la nature, mais même agissant en sens in-
verse de la nature. Sans elle, l'homme se-
rait comme l'animal, qui ne profite point
de ses expériences et recommence sa vie à
tout instant au milieu de circonstances sem-
blables. Elle a pour objet de diviser ce qui est
uni dans la réalité, et elle suppose séparés
des termes qui no peuvent subsister que
par leur liaison. Abstraire, c'est considérer
une partie séparément du tout, un élément
sans son composé , une qualité sans sa
(419) Pour mieux saisir ridée de rapport ou de
relation , donnons un exemple : soient A e( B, deux
objets dont j'ai les idées et que je compare : j'ac-
quiers une troisième idée, C, qui est le rapport perçu
entre les premières. Ou demande où est Tobjet de
n Jée G. £st-il dans A exclusivement ? Non , sans
doute ; car, s'il était dans A tout seul , l'attention
suffirait pour l'y découvrir; il serait inutile de rap-
procher entre eux A et B, et de les comparer. On
ferait voir, par une raison semblable, que G ne peut
être exclusivement contenu dans B. S^utiendra-t-on
que G est une généralité complexe qui se partage
entre A et B, ou un troisième objet qui consiste
dans la réunion des deux autres? Mais rh][potbcse
d'une réalité qui se partage et qui n'est entière dans
aucun objet, est trop absurde pour qu'il soit néces-
saire de s'y arrêter. Quant à la réunion de A et de B,
elle n'est ici au'une juxtaposition, qui ne peut créer
aucune réalité distincte des deux objets reunis. Les
relations ne correspondent donc à aucune réalité qui
soit exclusivement leur objet ; elles ne sont que des
points de vue sous lesquels l'intelligence considère
plusieurs choses à la fois : elles ont hors de nous
une occasion, un fondement; elles n'ont pas d'objet
proprement dit. Ge raisonnement est d^une exacti-
tude mathématique, et ses conclusions peuvent s'é-
tendre aux idées générales, qui ne sont au fond que
des collections d'idées relatives.
(420) ff Gelte théorie de la formation de l'idée
abstraite suppose une observation active capable
d'établir et de saisir des rapports communs et de
les nommer. Or, ici, ce qu'il est important de sa-
voir, c'est s'il serait possible à l'observateur de déci-
der que telle ou telle couleur est celle de l'objet, s'il
ne possédait pas déjà un système de classification des
couleurs ; c'est de savoir s'il lui serait possible d'ap-
pliquer tel ou tel nom, s'il ne possédait pas déjà une
nomenclature des couleurs. Gette dernière question
suffît pour résoudre le problème ; car personne n'i-
gnore que la connaissance des roots est antérieure,
chez les hommes, à toute opération dont ils puissent
se rendre compte. Ainsi, un Français dira c^est blanc
et non pas album est; et de même chacun, selon la
langue qu'il a apprise. Personne n'ignore que, chez
l'enfant, le signe est antérieur de longtemps au mo-
ment où il peut l'exprimer. (M. Bdchez, Traité corn-
plet de philosophie, t. 1", p. 225.)
(421) Tant que nous concevons le mode dans un
sujet détermine, on ne peut pas dire ^ne Tidée que
nous en avons soit actuellement abstraite. Si je dis :
ce cheval est blanc^ Y'iAéè exprimée par le qualilica •
substance, un effet sans sa cause, use con-
séquence sans son principe, etc. Ainsi, dans
le monde physique, l'esprit peut, par abs-
traction, oétacher d'un corps qu*il observe
l'étendue, la Qgure, la couleur , la densité,
la pesanteur, sans s'occuper des autres mo-
dalités de la même substance (tâ6). L'abs-
traction vient ainsi donner une oase ani
combinaisons de la raison, individualiser les
qualités qu'elle a isolées et leur prêter nue
existence propre et indépendante (kî\).
L'abstraction s'exerce sur les phénomènes
internes absolument de la même manière
que sur les phénomènes sensibles. La cons-
cience remplit dans le monde psycholooâ-
que l'office que remplissent les sens dans
le monda matériel. Elle saisit un à un les
modes de l'esprit, comme ceux-ci saisissent
une à une les modalités de la matière. Elle
isole du moi les sentiments, les idées, \es
volitions; elle les tient séparément sous le
regard de l'âme, pour les examiner, les dis-
tinguer, les caractériser ; elle leur attribue
tif est une partie intégrante de celle exprimée par k
substantif. Mais si« d^ageant ce mode, le concoaol
à part, je le transforme en substance, et si, à pro-
pos du cheval blanc dont je parlais tout à Wem,
je dis la blancheur, t* animalité, etc., mon idée de-
vient réellement abstraite; ainsi détacbée de la no-
tion complexe qui la comprenait d*aboi>il, elle d^
vient un nouveau tout intellectuel qui ne sera appli-
cable hors de moi qu'à une portion de réalité.
ff Cette dernière opération, dit M. Gourju, est 1b-
dispensable; sans elle, le travail de rabstracUon m-
terait toujours enfermé dans les limites du partie
lier; car c'est une loi de notre intelligence, qoe nois
ne puissions avoir ou du moins conserver aucooe
idée sans un signe sensible qui lui soit étroitemai
uni. Or, tant qu'il s*agit de la couleur de tel oo M
corps, d'un phénomène particulier, l'idée de ce phé-
nomène a sou signe dans le phénomène lui-même.
Mais s'il s'agit d une couleur considérée en géuérai,
et par conséquent abstraction faite de tout cor^D
déterminé, il laut nécessairement un mot poursenir
de signe à l'idée générale et lui donner de la consis-
tance dans l'esprit.
f U est clair, d'après cette explication, que too»
les mots d'une langue, à l'exceptioii des noms pro-
pres, désignent des points de vue considérés d'ooe
manière abstraite et générale. La diversité des points
de vue produit la diversité des espèces de mots.
ff Les langues ne seraient même possibles à aucun
degré sans l'abstraction. Le langage , en effet, »
compose de propositions , et toute proposition ei-
prime au moins trois choses séparément : If svjH
dont on parle, sa manière d'être, et le lien de fus à
l'autre. Toute proposition repose donc sur (roU
abstractions au moins. >
L'abstraction est à la sensation ce gu'une ptéc^
d'or est à une multitude de petites pièces de bh»-
naie, et le langage opère sar les sensatioDS oonioe
l'algèbre sur les quantités.
c Lorsque je passe devant un troupeaa de meo-
tous, dit M. Degérando, ils me paraissent tous sem-
blables, quoique la bergère qui les conduit sache
fort bien les distinguer et les reconnaitre. Le sp-
tème des êtres est, pour l'homme sauvage, comme ^
troupeau de moutons pour le voyageur qui le res-
conlre ; le philosophe est la bei^ère qui sent le bet^^
de les étudier de plus près, parce qu^tl connaît fio-
fluence qu'il peut exercer sur eux et la liaison q<H^'
peuvent avoir avec son bonheur. » (Des signes ei à^
Vart de penser, t. Il, p. 3i.)
05
LAN
D\4NTnR0P0L0GIE.
LAN
7(X
uae existence propre. Si l'objet n'était pas
ainsi réduit à ses éléments les plus simples ,
si le regard de l'esprit ne se concentrait pas
sur chacun d'eux pour faire rejaillir .sur
l'ensemble la lumière qui éclaire successi-
▼ement les parties, nous ne saisirions les
choses que d'une Tue synthétique» rague,
confuse, véritable chaos , que le traTail de
TanalTse et Tabstraction ont pour but de dé-
brouiller.
Le nombre des abstractions auxquelles
donne lieu la décomposition des idées sensi-
bles est presque au-dessus de nos calculs.
Il est cependant un terme au<iuel Tanaljse
est forcée de s'arrêter. On arrive enfin à des
éléments simples qu^on essayerait en vain
de résoudre. Telle est , par exemple, Tidée
de l'unité numérioue, celle de Yétre; telle
est l'idée générale de Tespace et de la
durée.
L'homme, reposant en ouelque sorte dans
le sein des idées sensibles, comme dans
rélément où l'avait placé la nature, aper-
çoit au-dessous de lui tous les degrés de
1 abstraction, au-dessus de lui tous les or-
dres de composition, et descend aussi faci-
lement aux uns qu'il s*élève aux autres.
Mille rapports s'établissent entre nos con-
c^'ptions, jusque-là isolées et indépendantes;
res rapports, embrassant par leur puissance
toute 1 étendue du monde idéal , en tirent
les éléments du chaos informe dans lequel
ils étaient ensevelis, fixent à chacun sa
place, et du sein de cet amas confus de ma-
tériaux assemblés au hasard et entassés
sans ordre, nous voyons s'élever subitement
une pyramide ré^lière et majestueuse ,
dont la l>ase s'étend sur Tiuiivers enlier et
dont la cime semble se perdre dans les
cieux.
Sans le flambeau de l'analyse et de l'abs-
traction, que serait à nos yeux ce vaste uni-
vers ? une vision sans bornes où l'œil ne
discernerait rien, ténébreux labyrinthe sans
fil conducteur pour en reconnaître et en
suivre les mystérieux détours. Qu'est-il au
contraire pour la science ? C'est un ma^i-
fique ensemble, harmonieusement combiné,
de fonctions et de buts, de phénomènes et
de lois, iïeSets et de causes, dans lequel
chaque chose a son nom, sa place, ses rela-
tions, sa fin, ses conditions d'existence, où
le visible s'explique par l'invisible, le parti-
culier par le eénéral, le contingent par le
nécessaire, où le savant peut avec d'autant
plus de certitude appliquer ses calculs anti-
cipés, que l'observation a plus profondé-
ment analysé la nature, pénétré dans le se-
cret de ses opérations, discerné les êtres,
étudié leurs actions et réactions mutuelles,
et déterminé les raj^rts de diflérence, d'a-
nalogie, de succession, d'antériorité, de dé-
pendance, de coordination et de causalité
qui existent entre eux. Et la science n'est
ainsi et ne peut être, à cause de l'intelligence
finie et limitée de l*homme, qu'une série
progressive d'abstractions partielles et de
connaissances acquises une à une. Le regard
seul de Dieu est une synthèse infinie qui
embrasse dans son immensité et par un seul
acte, éternel comme lui, tous les êtres,
toutes leurs qualités, tous leurs rapports,
en un mot toutes les ?érités, ainsi que la
liaison, l'enchaînement et l'ordre qui les
unissent.
, Nous avons dit que la perception du rap-
port supposait l'exercice de la fiiculté de gé-
néralisaiion.
Qu'est-ce mie * généraliser , ou qu'est-ce
que la généralisation 7 La généralisation est
un degré particulier de l'abstraction : géné-
raliser, c est considérer un phénomène, un
point^ de vue, en le séparant de l'être en qui
on l'a observé; L'esprit humain a trois
moyens de généraliser, et à ces trois moyens
correspondent trois sortes d'idées générales
qu'il est important de bien distinguer.
Le premier mode ou moyen de générali-
sation, c'est l'extension d'une notion abs-
traite à toute une collection d'êtres ou de
faits. Lorsque l'expérience, éclairée par la
comparaison, nous a fait voir un certain
nombre d'individus semblables, l'idée de
leur ressemblance nous conduit à ranger
dans la même classe ou catégorie, et à dési-
gner par un même nom tous les êtres qui
nous apparaissent avec les mêmes qualités.
Il en résulte l'idée d'une ou de plusieurs
qualités communes à un certain nombre d'ê-
tres. Ainsi, lorsque nous sommes en posses-
sion de l'idée de végéta], tDus les végétaux
que nous voyons cessent d'être pour nous
de simples individus, pour se montrer sous
un point de vue commun, qui n'est autre
chose que l'idée du rapport ou de la ressem-
blance qui existe entre eux. Supposons
qu'un naturaliste soit parvenu à étuoier sous
ses divers aspects chacune des plantes qui
croissent, je ne dis pas sur la surface ou
flobe, je ne dis pas même sur celle de la
rance, mais seulement dans l'étendue de
quelques kilomètres carrés ; supposons qu'il
les ait toutes observées, palpées, mesurées,
qu'il les ait toutes étudiées en particulier et
dans leurs qualités internes, et dans leurs for-
mes intérieures, et dans toutes les circonstan-
ces de leur production, de leur développe-
ment, et dans leurs modes de germination, de
floraison, de fructification, en un mot, dans
tous les accidents de leur existence, que pas un
seul brin d'herbe n'ait échappé à ses ref;ards,
que pas un seul des phénomènes qui s'y rat-
tachent ne lui soit resté ignoré ; s'il n'a un
lien pour les unir, un système pour les
coordonner entre elles, que fera-t-il de tous
ces amas d'observations et d'expériences ?
Que lui servira-t-il d'avoir entassé les faits,
multiplié les recherches ? Que connaltra-t-il
en définitive de tant d'objets sur lesquels il
aura épuisé le talent de 1 investigation T Que
restera-t-il dans sa mémoire de tant de no-
tions individuelles, isolées ? La dernière ob-
servation aura effacé la précédente, parce
que nos souvenirs s'enchaînent et ne peu-
vent s'endialner qu'en vertu des relations
naturelles ou conventionnelles qui lient nos
conceptions. Ce n'est pas dans* l'étude des
êtres que consiste la science, mais dans Té-
707
LAN
DICTIONNAIRE
LAN
tude de leurs rapports. On pourrait obser-
ver la nature pendant des siècles, et pour-
tant ne rien connaître de la nature. Mais en
comparant les productions naturelles les
unes avec les autres, Tesprit perçoit les res-
semblances qui les rapprochent, les diffé-
rences qui les éloignent. Ces ressemblances,
ces différences, il les généralise, et cette gé-
néralisation de certaines qualités communes
devient un type, un signe de reconnaissance,
au moyen auquel tout être ou tout pHëno-
mène qui en portera l'empreinte sera dé-
claré, aès le premier abord, appartenir à
telle espèce ou à tel genre, à telle famille et
à telle classe, et avoir ainsi sa place marquée
dans Tordre de la nature. Les objets de la
création ont été placés dans Tespace les uns
à côté des autres, non-seulement avec leurs
caractères propres et différentiels, leurs op-
positions et leurs contrastes, leurs qualités
spéciales et distinctives, mais encore avec
leurs analogies, leurs similitudes, leurs rap-
ports de nature, de substance et de forme.
Voilà Tœuvre de la Toute-Puissance créa-
trice. L'observation, s'altachant à ces carac-
tères particuliers, à ces propriétés commu-
nes, les distingue ou les assimile, les sépare
ou les unit, les dispose et les ordonne dans
ses combinaisons scientifiques, selon les
ressemblances ou les dissemblances que la
nature elle-même a mises entre eux; voilà
l'œuvre de Thomme (422}.
Un second procédé de généralisation a
lieu lorsque, après avoir constaté la succes-
sion d'un certarn nombre de faits suivant un
ordre constant, nous rattachons par la i)ensée
ces faits à une loi. L'idée de cette /ot, pro-
duit de l'expérience et de l'induction, est
une idée générale par laquelle, étendant un
phénomène observe dans un sujet à tous les
S oints de sa durée et à tous les objets sem-
lables, nous lui attribuons une stabilité et
une généralité qui dépassent les limites de
l'observation actuelle ; de sorte que, lors-
que les mêmes faits, ou des faits analogues,
(422) Il n'y a point de science de Tindividu ou de
ce qui passe , mais seulement du général ou de ce
qui subsiste : les lois des êtres, voilà le véritable
objet de toutes nos investigations intellectuelles. Il
est vrai que ces lois s'accomplissent dans les indiiri-
dnSy et ne sont saisissables |>oar nous que dans le
cercle de ces, réalisations particulières ; mais Tob-
servatlon ne peut nous servir de point de départ poar
nous élever aux généralités, que si d'abord les mdi-
vidus se trouvent classée, et qu'ainsi de l'observation
de quelques-uns nous puissions légitimement con-
clure ou induire à la classe tont entière. Les classi-
fications sont donc le travail premier de toute
science.
Buffon commença à écrire sur l'histoire naturelle
des animaux sans avoir étudié en particulier les
animaux qu'il ne connaissait pas. Qu'en ré8nlta-44l?
que, ne pouvant s'élever sur ce sujet aux idées sé-
nérales, il méconnut les ressemblances naturelles des
animaux qui les réunissent en genres, en familles et
en classes, et fut obligé de les décrire pèle-mèle,
sans ordre et sans classification, c'est^ànlire sans
idées générales. '
Non-settlement ce grand gMe fil cette faute, mais
il en fit une plus grave encore : ce fut de se moquer
de la dassiflcaclon de Liane, qu'il ne confireMiit pas.
se reproduisent, nous ne les considérons
plus comme des phénomènes isolés, mais
nous les expliquons et les unissons dans
notre pensée, comme des cas particuliers,
comme des manifestations individuelles de
la loi générale antérieurement conçue.
Enfin, il est des principes absolus et uni*
versels qui dominent toutes les données de
la perception et ne peuvent jamais se réduire
à rindividualité : telles sont toutes les no-
tions générales oui appartiennent à la raison
intuitive. Ainsi I*idée du rapport nécessaire
qui lie tout le monde à une substance, tout
changement à une cause, toute existence au
temps, tout corps à Vespace, est une idée
générale (jui est vraie partout et toujours, e(
qui se distingue essentiellement des deui
premiers genres de généra lisalinn en ccqn»
Vidée de classe et Tidée inductive sont eipé>
rimentales, contingentes, tandis que la no-
tion intuitive est immédiate, nécessaire et
universelle (423).
Il importe essentiellement de distinguer
les idées universelles qui sont absolues, né-
cessaires , objectives , telles que Yétre , le
temps f Y espace^ la cause ^ la substance ^^ts
notions générales^ qui sont relatives, contin-
gentes, subjectives et sans objets réels. Cest
Earce que cette distinction n'avait pas é(é
ien marquée crue s*éleva au moyen âge li
fameuse querelle des réalistes et des mm-
naux. Ceuxrci, préoccupés des idées g&é-
raies, qu'ils appelaient universaux (um-
salia)j soutenaient avec raison qu'elles étâeul
sans objets réels ; mais comme ils n'en sépa-
raient pas les idées universelles, leur asser-
tion devenait fausse quand ils retendaient ï
ces dernières. Les réalistes, au contraire,
préoccupés des idées universelles absolue?,
affirmaient avec raison qu'elles correspon-
daient à des réalités; que le temps, l'espace,
la cause, la substance existaient réellemeDi.
Mais quand, par suite de la même confusion,
ils appliquaient cette même affirmation aui
idées générales d'espèces, de genres, de
Aussi, tandis oue les naturalistes se sonteffi>rcésiie
conserver, en la perfectionnant, la classiiicaliofi de
Linné, il ne s'en est pas trouvé un seul pour soItty
le plan adopté par Buffon. Il est Ûcheux qœ 111*
lustre auteur ait décrit les animaux un à un; car
personne n'eût traité avec plus d*avanUge qoe là
les hautes généralités de la science, s*il en a^iii
connu les particularités lorsqu'il entreprit d'émcc
son Histoire naturelle.
(tô3) Les notions intuitives ou idées rationoelW
générales ne sont susceptibles d'aucun perfection»'-
ment par Télude, puisqu'elles sont le fond même <ie
notre intelligence, et qu'elles sont fournies ^M
jugements nécessaires et universels.
Les lois sont exprimées par des propositions» us-
dis que les genres et les espèces sont exprimés [«'
des mots seulement.
Les hommes en qui l'intelligeDoe est rédoite i »
recherche des choses indispensables k leur exisinn
matérielle, possèdent un petit nombre d'idées géi^
raies. Ce nombre s'accroît avec rinstmctîM. U pnH
ainsi varier, depuis une centaine d'idées, qui P*"^^
sent indispensables à la vie hainaioe la plus f^
ùèffenoiliînîlée, jiisfH!à ciiM|ii»ie mille, et pdt-
étre davantfl^.
7Û9
LAN
U*àNTIIROPOLOGIF.
LAN
7îC
classes, et aux idées abstraites de modes ou
de rapports, elle devenait tout aussi erronée,
et lears adrersaires triomphaient Mais ces
derniers, poussant leur propre opinion jus-
qu'à l'excès , prétendaient que ce n'étaient
pas même des idées, et qu*il n'y avait là que
des nom (flatui vocis). De là leur désignation
éenminaux. Abailard soutenait, contre eux,
que c'étaient au moins des conceptions de
notre esprit, et fonda Topinion mitoyenne
des c(mceptualiste$. Mais la théorie hypothé-
tique des idées admises comme intermé^
diaires entre les choses et Tesprit, et véri-
tables objets des perceptions, rendait alors
cette question insoluble.
Nous avons cru devoir rappeler ces notions
éiémentajres sur la nature du rapport, de
Tabstraction et de la généralisation de nos
idéej, afin qu'elles fussent présentes à Tes-
prit du lecteur dans l'appréciation de ce qui
umis reste à dire pour l'exposition de la
t!iè$e qui admet la nécessité du langage pour
la constitution de la raison.
I^s premières idées sensibles sont néces-
sairement composées , puisqu'elles repré-
sentent toujours des substances revêtues de
plusieurs qualités. Si nous observons exac-
tement nos premières idées intellectuelles
ou psychologiques, nous y trouverons le
même caractère de complexité. Car dans la
vie de l'intelligence, nous sentons toujours
plusieurs opérations concourir simultané^
ment à an but commun, ou tendre séparé-
ment à plusieurs fins différentes ; et la cons-
rionce, qui nous révèle dans leur actualité
tous les phénomènes qui s'accomplissent au
H'in du moi, ne peut nous donner distincte-
ment dès Taborii aucune idée simple sur les
fiils intérieurs. Avant le travail de l'esprit
H en général avant remi)loi des signes ins-
litués, la pensée, nécessairement complexe,
«ieioeure donc entière et en quelque sorte
induise dans notre esprit : par conséquent,
t lie est primitivement vague et indétermi-
née. Gomme tous les éléments qui la compo-
sent ont pris simultanément naissance, tous
aussi ih se retracent à la fois dans la cons-
cience, qui ne reçoit de l'ensemble qu'une
impression vague et confise. Cette sorte de
rhaos de la pensée primitive ne peut se dé-
brouiller que par l'analyse. Or le langage
(lui isole nos modifications les unes des au-
tres par la succession de ses signes; le lan-
^a;;e c^ui fixe chaque élément de la pensée»
H qui en rend le sentiment plus net et plus
f^if, est Tinstrument d'analyse le plus puis-
ant et le plus fécond. Quelques esprits,
trop fortement frappés de l'importance de la
parole, n'ont pas craint de soutenir que sans
elle toute analyse de la pensée serait impos-
sible. Us ont , selon moi , passé les bornes
de la Térité. Car enfin, si avant l'usage des
Ms tout était confus dans l'intelligence,
Ibomme serait incapable d'apprendre a par-
ler. Comment en efifet réussirez-vous à lier
fhns la tète d'tm enfant un signe à un objet,
f il ne distingue déjà plus ou moins cet objvt
lie tous ceux qui l'environnent, et du signe
^^aie qui lui a été communiqué ? Il y a donc
des idées distinctes dans l'intelligence hu-
maine avant l'emploi des signes ; et puisque
rhomme ne peut rien distinguer sans atten-
tion, puisque tout acte d*attention implique
une analyse ou décomposition de son objet,
il est évident que l'analyse a précédé Fusage
de la parole. Notre puissance d'analyse a été
étendue et perfectionnée , elle n'a point été
créée par le langage. Avant le langage, elle
était un instinct : le langage en a fait un art.
Entrons maintenant dans un examen plus
circonstancié de l'influence du langage; cner-
chons jusqu'à quel degré l'intelligence hu-
maine aurait pu pousser l'analyse sans le
secours des signes institués, miellés idées
elle aurait encore été capable de se former
sur les substances, sur les modes, et sur les
rapports des modes aux substances, et si,
dans cet état, quelques-unes des facultés qui
nous distinguent des autres animaux ne se-
raient ]^s demeurées inactives ou stériles.
Nos sens sont des machines à abstractions :
dans la perception des objets extérieurs, l'a-
nalyse s'opère par le moyen des oreanes. 11
est vrai que, quand la vue, l'ouïe, l'odorat,
le goût et le toucher ont séparé les couleurs,
les sons, les odeurs, les saveurs, puis enfin
l'étendue et la solidité, les sensations pro-
duites par ces diverses qualités, pénétrant
simultanément dans l'Ame, tendent à s'y
confondre en une seule im[)ression géné-
rale. Toutefois, on ne peut nier que le mé-
canisme des sens ne soit d'un grand secours
pour l'attention, et ne lui permette de dis-
tinguer sans eSbrt les diverses parties d'une
impression reçue. Nous pouvons donc ac-
quérir des idées individuelles sur les objets
extérieurs indépendamment des signes de
convention. Contester ce pouvoir à l'homme,
ce serait le mettre au-dessous des animaux,
qui savent souvent mieux que nous recon-
naître et discerner les objets extérieurs. Mais
on peut établir plusieurs espèces de distinct
tion entre les idées sensibles : V elles peu*
vent être distinctes, parce que Tanalyse en
a décomposé les éléments, parce que la com-
paraison a fait ressortir, parmi les rapports
particuliers qui les unissent, les difiérences
t)récises qui les séparent; 2^ elles peuvent
'être dans l'un de leurs éléments, en raison
de la prédominance qu'un sens donne tou-
jours a ses impressions : ainsi, dans un chien
de chasse, la sensation d*odeur est si supé-
rieure à toutes les autres, que souvent elle
lui suffit pour discerner les objets de ses
perceptions; 3* enfin, une idée peut être
distincte dans son ensemble, en raison de la
vivacité de l'impression qu'elle fait sur la
conscience : ainsi, quand l'Ame est fortement
émue à l'aspect d'un objet, elle l'embrasse
d'un seul regard avec tant d'énergie, qu'elle
croit encore le voir après qu'il a aisparu. Ne
lui demandez pas une description détaillée
de cet objet : eue n'en a pas démêlé les qua-
lités diverses ; mais l'image au'elle en a con-
servée est si vive, qu'elle ne le confond avec
aucun autre et le reconnaît partout où elle
le retrouve. 11 y a dans tous les esprits un
grand nombre de ces idées-mages qui n'ont
707
LAN
DICTrONNAIRE
LAN
tude de leurs rapports. On pourrait obser-
ver la nature pendant des siècles, et pour-
tant ne rien connaître de la nature. Mais en
comparant les productions naturelles les
unes avec les autres, Tesprit perçoit les res-
semblances qui les rapprochent, les diffé-
rences qui les éloignent. Ces ressemblances,
ces différences, il les généralise, et cette gé-
néralisation de certaines qualités communes
devient un type, un signe de reconnaissance,
au moyen auquel tout être ou tout pHÈno-
mène qui eh portera l'empreinte sera dé-
claré, dès le premier abord, appartenir à
telle espèce ou à tel genre, & telle famille et
à telle classe, et avoir ainsi sa place marquée
dans Tordre de la nature. Les objets de la
création ont été placés dans l'espace les uns
à côté des autres, non-seulement avec leurs
caractères propres et différentiels, leurs op-
positions et leurs contrastes, leurs qualités
spéciales et distinctives, mais encore avec
leurs analogies, leurs similitudes, leurs rap-
ports de nature, de substance et de forme.
Voilà l'œuvre de la Toute-Puissance créa-
trice. L'observation, s'attachant à ces carac-
tères particuliers, à ces propriétés commu-
nes, les distingue ou les assimile, les sépare
ou les unit, les dispose et les ordonne dans
ses combinaisons scientifiques, selon les
ressemblances ou les dissemblances que la
nature elle-même a mises entre eux; voilà
l'œuvre de l'homme (422).
Un second procédé de généralisation a
lieu lorsque, après avoir constaté la succes-
sion d'un certain nombre de faits suivant un
ordre constant, iious rattachons par la pensée
ces faits à une loi. L*idée de cette /ot, pro-
duit de l'expérience et de l'induction, est
une idée générale par laquelle, étendant un
phénomène observe dans un sujet à tous les
S oints de sa durée et à tous les objets sem-
lables, nous lui attribuons une stabilité et
une généralité qui dépassent les limites de
l'observation actuelle ; de sorte que, lors-
que les mêmes faits, ou des faits analogues,
(4ii) n n'y a point de science de TindiTidu ou de
ce qui passe , mais seulement du général ou de ce
qui subsiste : les lois des êtres, voilà le véritable
objet de toutes nos investigations intellectuelles. Il
est vrai que ces lois s'accomplissent dans les indiiri-
dus, et ne sont saisissables pour nous que dans le
cercle de ces. r^lisations particulières ; mais Tob-
servaUon ne peut nous servir de point de départ pour
nous élever aux généralités, que si d'abord les indi-
vidus se trouvent claêsés, et qu'ainsi de Tobservation
de quelques-uns nous puissions légitimement con-
clure ou induire à la classe tout entière. Les classi-
fications sont donc le travail premier de toute
science.
Buffon commença à écrire sur Vhîstoire naturelle
des animaux sans avoir étudié en particulier les
animaux qu'il ne connaissait pas. Qu'en ré8iiUa-441?
que, ne pouvant s'élever sur ce sujet aux idées gé-
nérale», il méconnut les ressemblances naturelles des
animaux qui les réunissent en genres, en familles et
en classes, et fut obligé de les décrire pèle-mèle,
sans ordre et sans classification, c'est-àHiire sans
idées générales. '
Non-seulement ce grand gMe ii cette faute, maïs
il en fit une plus grave encore : ce fat de se moquer
de la classiflcaCion de Lbmé, qu*U ne comprenait pM.
se reproduisent, nous ne les considérons
plus comme des phénomènes isolés, mais
nous les expliquons et les unissons dans
notre pensée, comme des cas particuliers^
comme des manifestations individuelles de
la loi générale antérieurement conçue.
Enfin, il est des principes absolus et uni*
versels qui dominent toutes les données de
la perception et ne peuvent jamais se réduire
à l'individualité : telles sont toutes les no*
tions générales oui appartiennent à la raison
intuitive. Ainsi l'idée du rapport nécessaire
qui lie tout le monde à une substance, tout
changement à une cause, toute existence au
temps, tout corps à l'espace, est une idée
générale cfui est vraie partout et toujours, et
qui se distingue essentiellement des dem
premiers genres de généraiisaTiiïm en ce que
l'idée de classe et l'idée inductive sont expé-
rimentales, contingentes, tandis que la no-
tion intuitive est immédiate, nécessaire et
universelle (423).
Il importe essentiellement de distinguer
les idées universelles qui sont absolues, né*
cessaires, objectives, telles que Yétre, le
temps f Vespacey la cause , la substance, d^i
not%6ns générales^ qui sont relatives, contlD-
génies, subjectives et sans objets réels. C'est
Earce que cette distinction n'avait pas été
ien marquée crue s'éleva au moyen ige U
fameuse querelle des réalistes et des nomi-
naux. Ceuxrci, préoccupés des idées géné-
rales, qu'ils appelaient universaux [unittr-
salia), soutenaient avec raison qu'elles élaleot
sans objets réels ; mais comme ils n'en sépa-
raient pas les idées universelles, leur asser-
tion devenait fausse quand ils retendaient à
ces dernières. Les réalistes, au contraire,
préoccupés des idées universelles absolues,
affirmaient avec raison qu'elles correspon-
daient à des réalités; que le temps, l'espace,
la CjBiuse, la substance existaient réellement*
Mais quand, par suite de la même confusion,
ils appliquaient cette même affirmation aui
idées générales d'espèces, de genres, de
Aussi, tandis que les naturalistes se sont efforcés de
conserver, en la perfectionnant, la dassificalioD de
Linné, il ne s'en est pas trouvé un seul pour soiffe
le plan adopté par Buffon. D est £àcheux que Fii-
lustre auteur ait décrit les animaux un à an; car
personne n'eût traité avec plus d'avantase qoe loi
les hautes généralités de la science, 8*iî en suit
connu les particularités lorsqu'il entreprit d'écrira
son Histoire naturelle,
(423) Les notions intuitives on idées rationnelW
générales ne sont susceptibles d'aacnn perfectionna
ment par l'élude, puisqu'elles sont le fond méoie de
notre intelUgence, et qu'elles sont fournies pnr.dei
jueements nécessaires et universels.
Les lois sont exprimées par des propositions, ub-
dRs que les genres et les espèces sont exprimés fSî
des mots seulement.
Les hommes en qui i'tntdlîgence estrédoiteih
recherche des choses indispensables à lear eiistenoe
matérielle, possèdent un petit nombre d'idées |êse>
raies. Ce nombre s'accroît avec l'inslmctioB. 11 p^
ainsi varier, demiis une centaine d'idées, qui ?•»»■
sent indispensables k la vie hum^ne la plus gro^
aièwwf yi Itawléc^ jaiygà €in|iiaaU) »Ue, et P^
être davantage.
709
LAN
b*ANTIIROPOLOGIF.
LAN
7îC
classes* et aux idées abstraites de modes oa
de rapports, elle devenait tont aussi erroBée,
et leurs adversaires triomphaient. Mais ces
derniers, poussant leur propre opinion jus-
qu'à Vexées , prétendaient que ce n'étaient
pas même des idées, et qu'il n'y avait là que
des nonu {flaiuê nocù). De là leur désignation
de nonûnaux. Abailanl soutenait, contre eux,
qae c'étaient au moins des conceptions de
notre esprit, et fonda l'opinion mitoyenne
des eaneepiualiêtu. Mais la théorie hypothé-
tique des idées admises comme intermé-
diaires entre les choses et l'esprit, et véri-
tables objets des perceptions, rendait alors
cette question insoluble.
Nous avons cru devoir rappeler ces notions
élémentaires sur la nature du rapport , de
rabstraetion et de la généralisation de nos
idées, afin qu'elles flissent présentes à l'es-
prit du lecteur dans l'appréciation de ce qui
nous reste à dire pour l'exposition de la
thèse qui admet la nécessité du langage pour
la constitution de la raison.
Nos premières idées sensibles sont néces-
sairement composées, puisqu'elles repré-
sentent toujours des substances revêtues de
plusieurs qualités. Si nous observons exac-
tement nos premières idées intellectuelles
ou psycholc^ques, nous y trouverons le
même caractère de complexité. Car dans la
vie de l'intelligence, nous sentons toujours
plusieurs opérations concourir simultané*
ment à un but commun, ou tendre séparé-
ment à plusieurs fins différentes ; et la cons-
cience, qui nous révèle dans leur actualité
tous les phénomènes qui s'accomplissent au
sein du moi, ne peut nous donner distincte-
ment dès rai)ord aucune idée simple sur les
faits intérieurs. Avant le travail de l'esprit
et en général avant l'emploi des signes ins-
titués, la pensée, nécessairement complexe,
demeure donc entière et en qnelque sorte
indirise dans notre esprit : par conséquent,
elle est primitivement vague et indétermi-
née. Comme tous les éléments qui la compo-
sent ont pris simultanément naissance , tous
aussi iU se retracent à la fois dans la cons-
science, qui ne reçoit de l'ensemble qu'une
impression vague et confuse. Cette sorte de
chaos de la pensée primitive ue peut se dé-
brouiller que par l'analyse. Or le langage
c[oi isole nos modifications les unes des au-
tres par la succession de ses siçnes; le lan-
gage qui fixe chaque élément de la pensée,
et qui en rend le sentiment plus net et plus
vif, est l'instrument d'analyse le plus puis-
sant et le plus fécond. Quelques esprits,
trop fortement frappés de l'importance de la
parole, n'ont pas craint de soutenir que sans
elle toute analyse de la pensée serait impos-
sible. Ils ont , selon moi , passé les bornes
de la vérité. Car enfin, si avant l'usage des
mots tout éCait confus dans l'intelligence,
lliomme serait incapable d'apprendre a par-
ler. Comment en effet réussirez-vous à lier
dans la tète d'un enfant un signe à un objet,
s'il ne distingue déjà plus ou moins cet objv^t
de tous ceux qui l'environnent, et du signe
même qui lui a été communiqué ? Il y a donc
des idées distinctes dans l'intelligence hu-
maine avant l'emploi des signes ; et puisque
l'homme ne peut rien distinguer sans atten-
tion, puisque tout acte d'attention implique
une analyse ou décomposition de son objet,
il est évident que l'analyse a précédé l'usage
de la parole. Notre puissance d'analyse a été
étendue et perfectionnée, elle n'a point été
créée par le langage. Avant le langage, elle
était un instinct : le langage en a fait un art.
Entrons maintenant dans un examen plus
circonstancié de l'influence du langage; cher-
chons jusqu'à quel degré Fintelbgence hu-
maine aurait pu pousser Tanalyse sans le
secours des signes institués, quelles idées
elle aurait encore été capable de se former
sur les substances, sur les modes, et sur les
rapports des modes aux substances, et si,
dans cet état, quelques-unes des facultés qui
nous distinguent des autres animaux ne se-
raient pas demeurées inactives ou stériles.
Nos sens sont des machines à abstractions :
dans la perception des objets extérieurs, l'a-
nalyse s'opère par le moyen des orsanes. Il
est vrai que, quand la vue, l'ouïe, l'odorat,
le goût et le toucher ont séparé les couleurs,
les sons, les odeurs, les saveurs, puis enfin
l'étendue et la solidité, les sensations pro-
duites par ces diverses qualités, pénétrant
simultanément dans l'âme, tendent à s'y
confondre en une seule impression géné-
rale. Toutefois, on ne peut nier que le mé-
canisme des sens ne soit d'un grand secours
pour l'attention, et ne lui permette de dis-
tinguer sans efibrt les diverses parties d'une
impression reçue. Nous pouvons donc ac-
quérir des idées individuelles sur les objets
extérieurs indépendamment des signes de
convention. Contester ce pouvoir à Inomme,
ce serait le mettre au-dessous des animaux,
qui savent souvent mieux que nous recon-
naître et discerner les objets extérieurs. Mais
on peut établir plusieurs espèces de distinc-
tion entre les idées sensibles : 1* elles peu-
vent être distinctes, parce qne Tanalyse en
a décomposé les éléments, parce que la com-
paraison a bit ressortir, parmi les rapports
particuliers qui les unissent, les différences
[irécises qui les séparent ; ^ elles peuvent
'être dans l'un de leurs éléments, en raison
de la prédominance qu'un sens donne tou-
jours a ses impressions : ainsi, dans un chien
de chasse, la sensation d'odeur est si supé-
rieure à toutes les autres, que souvent elle
lui suffit pour discerner les objets de ses
perceptions; 3* enfin, une idée peut être
distincte dans son ensemble, en raison de la
vivacité de l'impression qu'elle fait sur la
conscience : ainsi, quand l'âme est fortement
émue à l'aspect d'un objet, elle l'embrasse
d'un seul r^rd avec tant d'énergie, qu'elle
croit encore le voir après qu'il a disparu. Ne
lui demandez pas une description détailléd
de cet objet : eue n'en a pas démêlé les qua-
lités diverses; mais l'image qu'elle en a con-
servée est si vive, qu'elle ne le confond avec
aucun autre et le reconnaît partout où elle
le retrouve. Il y a dans tous les esprits un
grand nombre de ces idées^images qui n'ont
711
L\N
MCTIONiNAIRE
LAN
la
jamais été analysées, et dont chacune dans
son ensemble se détache nettement sur le
fond de la conscience. Or il est évident que
{^our établir une distinction entre ses idées,
animal n'a point en général recours à Ta-
naiyse de leurs éléments : ses moyens de
décomposition sont trop bornés; et il lui
serait trop difficile de conserver les résultats
d'un travail analytique. Chatiue idée forme
en lui untableau dont la couleur générale
est nette et tranchée, ou dont un seul point
est vivement éclairé ; et c'est par l'énergie
de rimagination ou par la finesse extraordi-
naire de quelqu'un de ses sens qu'il parvient
à distinguer les objets qui l'intéressent.
L'homme lui-même s'attacherait peu aux dé-
tails, s'il était privé des movens d'analyse
que lui fournit la parole. L analogie nous
porte à croire que toutes ses idées ne se-
raient que des images et qu'il ne saisirait
que des ensembles. Pour aller au delà d'un
sentiment général et en quelque sorte syn-
thétique de différence entre les choses (4-24),
il faut étudier séparément les qualités gui
leur appartiennent, et comparer ces qualités
entre elles. Or la comparaison des qualités
ne produit aucun résultat net et précis, tant
que l'on n'est pas parvenu à les détacher de
leurs sujets, ifous ne pouvons donc appré-
cier quelle serait, sans le secours du lan-
gage, l'étendue possible de notre connais-
sance, qu'en déterminant jusqu'à quel point
l'homme serait encore capable d'opérer dans
les sub^ances l'abstraction des modes.
11 y a deux espèces de noms pour expri-
mer les modes. Les uns, que 1 on nomme
adjectifi en grammaire», nous les font voir
dans une relation de dépendance à quelque
sujet exprimé ou sous-entendu. Tels sont,
par exemple, les mots solide, mobile, so-
nore, etc. Les autres, tels que les substantifs
abstraits solidité, mobilité, son, etc., nous
les montrent en eux-mêmes, indépendam-
ment de tout sujet, et les élèvent au rang des
substances. Nous concevons donc les modes
sous deux points de vue opposés ; et cepen-
dant un seul de ces points de vue nous est
donné par la nature. Car toujours la nature
nous fait voir les modes enea^és dans la
substance. Le vert est dans laieuille, la blan-
cheur dans le lait, la rondeur dans le globe,
la pesanteur dans le corps, etc. Le sujet et
les qualités sont partout inséparables. Par
quel effort d'analyse l'esprit a-t-il pu séparer
deux conceptions qui lui arrivent toujours
unies et qui font partie d'un seul et même
tout ? Pour abstraire le mode de la substance,
il n'a pu se prendre aux objets. Les objets
(tôi) Toutes nos impressions portent le nom de
sentiments, tant qu^elles demeurent obscures et con-
fuses; elles prennent le nom aidées dés quVUes
commencent a devenir distinctes.
c L*aniroal ne réfléchit point sur les phénomènes
Intérieurs; il sent : voilà tout^ Les sensations se
suGcèdent en lui sans autre lien que Tunité de I être
qui tes éprouve. Elles ne deviennent point objet ;
c'est pourquoi il ne les combine ni ne les transforme,
les laissant ce qu'elles sont, de simples faits. N*en
serait-il pas ainsi, dans le moi humain, des faits de
n'auraient été qu'un obstacle, puisqu'ils nous
présentent toujours le mode dans un élat de
dépendance nécessaire. Quand mon attention
se porte sur la blancheur du lait, je distingue
sans aucun doute cette modification, mais je
ne la déplace pas ; elle demeure liée à la subs-
tance, et je ne l'aperçois que comme partie
dans un tout. Pouvions-nous espérer jilus
de succès en agissant sur nos idées? Mais en
réalité notre intelligence ne peut conceroir
ni mode sans substance, ni substance sans
mode. Une substance sans mode et un mode
sans substance impliquent contradiction. Or
notre esprit alBrme quelquefois, jamais il ne
conçoit l'impossible. Le mode et le sujet ne
sont réels, ne sont même possibles ou'en-
semble; ils se servent de complément Vun à
l'autre. Ce n est pas assez de dire que Ton ne
peut penser au premier sans penser au se-
cond. Ce serait supposer qu'ils sent deux,
tandis qu'en réalité ils ne font au'nn et cons-
tituent comme deux faces corrélatives d*uAe
indivisible unité. Si toute séparation réelle
du mode et de la substance est absolnroent
impossible dans la pensée comme dans la
nature, les substantifs abstraits n'eiprimeni
qu'une apparence, et l'abstraction des modes
ne doit être considérée par le philosophe
que comme un phénomène artificiel produit
par l'emploi successif et distinct des signes
du langage.
Examinons maintenant les jugements h-
mains qui ont tous pour objet duniruo
mode à une substance, ou de l'en séparer.
Suivant la plupart des philosophes, arani
d'affirmer qu'un mode appartient ou n'ap-
partient pas à un sujet, il faut avoir disceroif
le rapport de l'un à l'autre (tâS). On ne
perçoit ce rapport qu'après avoir compara
ses deux termes. Pour comparer les deui
termes dont le premier est une idée de
substance, le second une idée demode.il
faut, avant tout, que chacune de ces \dé^
soit isolée dans notre Ame, soit posée à part
et en face de l'autre. Mais puisque l'homme,
privé du langage, voit toujours le mode en-
gagé dans la substance, et que les conrep-
tions de ces deux éléments corrélatifs fer-
ment dans la conscience un tout indivisible^
sans Tusage des signes institués aucune
comparaison ne peut avoir lieu : les trots
parties que l'on distingue dans le jugement
sous les noms de sujet , d'cutrfbut et de rup-
port^ n'apparaissent plus isolées; elles tor*
ment dans la pensée une seule et unifie
• conception ; et, si dans cette concpplionon
peut apercevoir trois faces ou trois point>
de vue distincts, il est impossible d'en con-
conscience , lorsqu'ils sont encore isolés et qfi'^
n*ont point été soumis à Tactivité réfléchie. (JacqiK^
Bâlhès, Philùsoph. fond., 1. 1", p. 116.)
(425) Toute idée de mode implique an rapport: e(i
dans la réalité intellectuelle, on ne pourrait i\tpf(^
le rapport de Tidée même sans détruire cdle^ci. n
y a, dans tonte idée de mo^e même le plus siopItN
deux éléments inséparables, Timpression pnxioijf
par son objet, et la conception d*un rapport quoi-
conqae qlii h détermine.
713
LAN
D'ANTHROroLOGIE.
LAN
7ft
sidérer on seul «fliears que dans le Umt in-
dîf isibie, où il est compris. EnGn, sans le
ian^ge, les parties du jugement ne se pré-
senteraient pas non plus dans un ordre
successif; car ici la succession n*est pas dans
la pensée dont les éléments sont eorrélatiis,
et par conséquent simultanés; elle est uni-
quement dans les termes de la proposition
oui eiprime les parties du ju^ment, non
ans Tordre où resfirit les forme, mais dans
Tordre où il les diâtingoe.
On aurait tort de s imaginer que ce rai-
soDoemenl n*a qu'une valeur hypothétique
parte que, pour en déterminer robjet, nous
aroos supposé que tous nos jugements dé-
rivent de la comparaison. Les dernières ré-
flenons que nous arons fûtes sur la simul-
tanéité et rindijrisibilité des éléments qui
constituent le jugement dans Tesprit hu-
main sont des corollaires généraux de Tar-
gunent par lequel nous avions déjà prouvé
que sans le langage il est impossible d*abs-
traire le mode de la substance; elles sont
iifjac applicables à toutes les hvpolhèses que
le lecteur pourrait adopter sur la formalion
de nos jugements. Si Ton admet que les lo-
^ciens se soient mépris sur la nature du
jugement, et (|u*il ne soit pas un résultat
de^la comparaison, il faudra le considérer
ou comme une perception analytique des
(|ualités contenues dans un sujet soumis à
1 observation, ou comme une conception
immédiate et synthétique de rapport, su^-
^érée par Tinstinct rationnel. Or, quand le
jugement se forme par Tanalyse des qualités
que Ton observe dans un sujet donné, d'a-
1 irès la nature même de Topération, les mo-
des demeurent engagés dans la substance,
et rindivisibilîté des parties du jugement
«^ un lait nécessaire. Quand il est un pro-
duit immédiat de Tinstinct, Tidentitir^ation
et la simultanéité des parties oui le cons-
Cî tuent sont nécessairement impliquées dans
l*orîgine même qu'on lui assigne. Je dis
plus : Tacte du jugement instinctif semble
ne subir qu'à r^r^t les modifications que
le langage a coutume dlotroduire dans la
pensée, il est rare que, dans la pratique, les
inspirations du sens commun nous pré-
sentent distinctement un sujet, un attribut
et on rapport; elles ont peine à se laisser
traduire en propositions, et une tendance
naUirelle les ramène toujours à la forme du
senliment. Ainsi, dans quelque hypothèse
que Ton raisonne, dès que Ton fait abstrac-
tion du langage, ou trouve toujours dans le
ju^sement une conception simple, dont les
faces sont réellement inséparables et se
ijKjotrent simultanément. Le lion n*a jamais
l'fjiré ici ridée du moi, là Tidée de la force,
i^^B) fl Noms lîefoiis remarquer que si tous bos
■ ji iiiiiMCiiHin rouient , dans ce paragraphe, sur la
iiiliiitiTT d le Bode, c*e&t que lou» les objets de
mij^r^ ptmaét soûl conçus sous le double poiut de
viB« dm mjrt ci de TaUribut, et par coosëqoent de la
s .jb&4a»€e et du mode. Cdie conélalion eatre dans
i«ff«â« MOft ju^euMuls et en délenuîoe UDiTers«*Ueuic'Ot
« AuctàB ju^euMut ne peut subsister dans Tesprit
DicTioA?!. p*A?rrauopoijOGiK
et entre ces deni idées la notion du rapport
qui les unit; jamais il n'a dit en lui-nième
successivement et en séparant ces trois eho-
ses : Je sms fort: il les a senties dans luie
conception simple, qui est une dans sa na-
ture et triple dans ses aspects (^26).
Pour confirmer ces vént^ faisons remar-
quer d'ailleurs que , en sup|iosant que le
mode pût en réalité être conçu indépen-
damment de la substance, il serait impos-
sible de l'abstraire sans le génénJiser. Tant
3 ne je me représente, par exemple, le vert
éterminé d'une feuille, la blancheur par-
ticulière d*un mur, il doit paraître évident
que la feuille et sa couleur , le mur et sa
blancheur demeurent unis dans mon esprit.
Ici les idées de mode sont tellement engagée^
dans celles de substance, qu'il y aurait
folie à vouloir se rappeler les unes sans les
autres. Qui serait assez insensé pour es-
sayer de se représenter les traits particuliers
d'un ami absent, sans éveiller aucune des
autres idées comprises dans Ja notion qu'il a
de sa personne? Tant que les modes restent
individuels dans notre pensée , nous les
concevons donc nécessairement dans les
substances qu'ils déterminent; mais, de
bonne foi , quand la nature n'offre à nos
yeux que des modes particuliers, diverse-
ment groupés entre eux et toujours attachés
à quelque sujet, croit-on que , sans le se-
cours de la parole , il fût possible de leur
ûter ce qu'ils ont de déterminé dans chaque
être, et de ne plus voir que ce qu'ils ont de
commun. Pour former Ja notion générale
de blancheur, il ftudrait , les idées de pa-
pier, de lait, de toile, etc., étant donu s,
isoler chaque couleur particulière du sujet
auguel elle appartient, et desautres qualités
qui sont unies avec elle dans le même sujet ;
après cette première abstraction, contrariée
à la fois par les ubjets et par la nature de
la pensée , il faudrait comparer entre elles
les diverses couleurs, pour saisir ce qu'elles
out de semblable et de différent, enfin con-
centrer exclusivement sa réflexion sur les
ressemblances qui les unissent. Je le dis
avec la plus profonde conviction, cette suite
d'efforts pénibles, combattus [Mir un concours
de causes intérieures et extérieures, est au-
dessus de l'homme, do&t la faiblesse ne se-
rait pas secondée par la puissance de la pa-
role. Ajoutons que sans le langage la mé-
moire n'aurait aucune prise sur l'idée gé-
nérale : car , dans cette hypothèse, l'idée
générale n'existe qu'à la condition d*ètra
réellement abstraite. Or, une idée abstraite
ne peut se lier à nos autres connaissances
sans perJre aussitôt son caractère; elle n'est
abstraite qu autant que Teffort qui Ta créée
sH n*est exprimé. En sorte que, sans le langane, h
raison serait une force réJnite â Tinaclion.
t La perception eitérieorc, dans raoimal, ne se
complétant par aucune iJée rationnelle, ne Ta pas
au delà de h simple perception. Datts rhouune seul
elle existe à rétat deju^ment. Aussi rhouune seul
p. ut dire ce qu'il tmL > (M. Gocb.*c, op. cif.«
1^3- 151.)
23
7f5
LAN
DICTIONNAIRE
L\N
:Hi
la retient dans Tisoleroent. Par conséquent,
dès que l'esprit cesserait d*agir pour la con-.
server présente, elle disparaîtrait sans re-
tour , ou viendrait de nouveau se fondre
dans les idées individuelles d*où elle aurait
«Hé tirée. Le langage est donc un support
nécessaire aux notions générales; sans lui,
elles n*auraient dans Tesprit ni consistance
ni fixité , et l'homme renoncerait bientôt à
eréer péniblement des idées qu*il se sen-
tirait incapable de conserver {k'zl).
Mais n*est-il [)as même permis de douter,
que le langage ait assez de vertu pour opérer
dans notre pensée des abstractions réelles ?
Ne trouvons-nous pas dans nos réflexions
précédentes quelques raisons de penser,
que même dans 1 nomme qui fait usage de
la parole, les concepts généraux n'ont pas
une existence propre et vraiment indépen-
dante des idées individuelles, auxquelles
elles servent de lien ? Qu'est-ce qu'une no-
tion générale? Une collection de ressem-
blances, perçues entre plusieurs substances
ou qualités déterminées, par conséquent un
rapport, un point de vue pris entre des in-
dividualités. Or, peut-on concevoir une re-
lation, sans concevoir en même tempy des
termes, entre lesquels elle existe? N'avons-
nous pas démontré déjà que le mode et la
substance étanlcorrélatifs ne peuvent exister
Tun sans l'autre, même dans la pensée? Ne
résulte-t-il pas de là que le langage n'abs-
ii-ait pas réellement le mode de son sujet, et
qu'en exprimant par un terme à part cha-
cune des faces d'une conception essentiel-
lement indivisible, il éclaire successivement
ciïacune d'elles sans les isoler; qu'enûn il
fie borne à distribuer la lumière de telle
sorte que chaque élément de l'idée la re-
çoit à son tour, tandis que l'autre demeure
dans l'ombre, sans cesser pourtant d'être
présent à la conscience ? Si tout rapport im-
plique nécessairement au moins deux ter-
mes, entre lesquels il est conçu, l'idée gé-
nérale, qui n'est qu'un rapport, ne peut
donc pas être conçue par elle-même, et in-
dépendamment de toute idée individuelle.
D'ailleurs l'esprit humain ne conçoit pas
l'impossible. J avoue que nos idées ne cor-
respondent pas toujours à des objets réels :
mais ce qui implique contradiction dans les
termes n'est rien même pour la pensée.
Or, toute réalité est nécessairement déter-
minée. Donc il implique contradiction que
Ton conçoive l'indéterminé comme un tout
complet. Par conséquent l'idée générale, ne
représentant que des qualités indéterminées,
n'est possible qu'autant que nous en conce-
vons l'objet comme partie d'un tout déter-
miné, et ainsi elle est liée à une conception
(427) On sait quel rôle immense raflirroation Joue
dans la struclure de la raison et du langage. Cette
opération est essentiellement liée à Tidée de Tétre,
ou plutôt elle n'est que cette idée exprimée par un
mot, le verbe, ou parole par excellence. Le verbe
est ce qu'il y a de plus métaphysique dans Tenten-
dement humain ; sans lui , la raison serait impos-
sible : ses perceptions, juxtaposées, ne se lieraient
iamais ensemble, et ne formeraient qu'un amas con-
au moins contusc de ce tout, dont elle re-
présente une partie.
Les faits viennent à l'appui de ces raison-
nements. JL'aaatomiste est obligé par la na-
ture même de la science quil.éiudie, ùe
chercher un Jondeiïient à (oiiles ses eoflce|).
tions dans l'observation d'un ^ujel iadi vidue).
Pour .se former une idée générale de l'orga-
nisation du corps humain, il doit fixer son
: attention sur les qualités qu'il retrouierail
é^^alement dans tout autre sujet de même
espèce. C'est par cette concentration deVes-
prit sur des points de rue partiels, querio-
dividu qu'il observe devient à ses yeuiun
type du genre. Ainsi dans l'ancilomie, les
connaissances générales ne peuvent être
isolées et indépendantes; elles ont ioajoun
[)our fondement, pour sum on, la concep-
tion ou la vue d*un individu. Le mêmefaU
se reproduit dans toutes les sciences phy-
siques. Jamais les défiaitioiis ne sont intel-
ligibles par elle^mêmes : on ne parvient I
les comprendre 9 qu'en les appliquant à
quelque modèle que Vou iDMgine ou qne
1 on a sous les yeux. Quant aux démonstra-
tions, on ne peut les trouver ou les a(f r<^-
cier que par le moyen des expérieDres;et
toute expérience a pour matière et pont
objet quelque individu réel. Quand on
aborde pour la première foiis l'élude de soi-
même, on ne conçoit pas. iraroédiatemeot
les phénomènes sous un point de vue géné-
ral : la réflexion se concentre sur des sou-
venirs, sur les impressions que les diffé-
rents actes individuels de. la pensée ont
laissées dans la conscience* La même néces-
sité de fonder les concepts ou les raisonne-
ments généraux sur quelque concept m
type individuel, se manifeste plus claire-
ment encore en géométrie. A vez-vous à dé-
montrer un théorème : vous n'y parvcnei
qu'à l'aide d'une figure particulière et dé-
terminée. Je ne puis prouver que deux trian-
gles sont égaux quand ils oui un angle é^l
compris entre des côtés é^çaux chacun à dia-
cun, sans avoir sous les .yeusi deux trian-
gles déterminés dans leurs angles et leur<
côtés, et dans lesquels je ne considère que
les points de vue nécessaires à ma démons-
tration. Si plus tarti je me dispense quel-
ç[uefois de tracer sur le tablean des fi^jurM
individuelles, cela vient évidemment de et
qu'elles sont a^^ez simples pour que Tha*
bitude me permette de les concevrtir dis-
tinctement. En effet, quand un théorème
ou un problème exige la construction d*un(
figure compliquée, pour reproduire la dé-
monstration d'une manière intelUgible, on
est toujours obligé de jréaliser au dehors )<
construction f au moyen de laquelle <m J
fus, seinbhible à des ruhies «ur lesquelles règii^ ^
»ience et la mort. Mais, munie de oel tnstnmien^ ^
raison réagit sur les perceplio;ts qo'elle a reç^s
pour les enciiainer les unes aux antres* chacoii^s^
Ion son affinité, rattachant au inéine onlre d'anii^
intellectuelle celles qui sont idealiques, on dêroaipv
sant par l'analyse ce qtte le lan^^age loi apport
de compliqué, pour le réduire à ses notions éienHh
taircs.
w
UN
D*ANTHROPOLOGlB.
LAN
vn
pslpîrrcnu. En résumé, quelte que soit la
science que l'on étudie , on ne peut , dans
If principe, comprendre ni les définitions
ni les raisonnements sans le secours de mo-
dèles on exemples individuels, qui servent
(jo fondement ou de support aux concepts
généraui« qne nous formons. L'objet qui
occupe Tesprit dans ses méditations géné-
rales ou scientifiques est donc toujours ou
on individu réel, considéré comme type du
genre, ou une idée individuelle, que Ton
envisage sous certains points de vue par-
tiels, et dont Tapplicatioii est généralisée
par le langage.
« Mais, dira-^on, quand il serait vrai
^e le défaut d'habitude ftt une loi à l'es-
prit humain d'appujer toujours dans ses pre-
mières études ses conceptions générales sur
des idées individuelles, serait-ii permis d'en
inférer que Thomme soit absolument inca-
paiile de former des idées abstraites? Lors-
qae notre intelligence s'est longtemps exer-
teeauT généralisations, la nécessité d'éclai-
PT I abstrait par le concret ne cesse-t-elle
pBs de se faire sentir? Ne voyons-nous pas
nue peu h peu les conceptions individuelles
ispàraissent, et mie le raisonnement s'cm-
pwQt d'un caractère de généralité?» Pour
résoudre cette objection, profitons d'abord
le la concession qu'elle renferme. On avoue
lu'en abordant pour la première fois l'étude
ies sciences, on ne peut comprendre l'ciftj-
ntii que par le concret. Un tel aveu n'im-
ilique-t-il pas nécessairement cette consé-
(oence, que jusque-là l'homme n'avait en-
ore formé aucune notion vraiment abs-
nite? Pourtant il fait usage depuis Ten-
inee de tous les noms communs , de tous
is substantifs abstraits qui entrent dans
is définitions ou dans les démonstrations
omises à son examen. On peut donc par-
îf dix ans, vingt ans, toute sa vie même,
ms opérer une seule abstraction réelle,
uis concevoir dans le général autre chose
Hun élément, un point de vue, actuelle-
lent contenu dans 1 individuel ; et par con-
iouent il est certain qu'au moins pour le
jlgaire, il n'y a rien ae purement général
wles signes. Supposez maintenant un
mme livré depuis longtemps à des études
aentifiques ; sll applique son intelligence
quelque sujet, qui jusque là lui soit
î»iieuré étranger, ne sera-t-il pas obligé
éflairer encore par des exemples les géné-
^lé$ nouvelles dont il veut acquérir la con-
Aanee?Je conclus de là, qu'en tout genre
lans toute hypothèse, le raisonnement
Mralt devenir indépendant des idées in-
Iduelles que quand une fréquente répé-
'n Ta tourné en habitude. Mais d'où lui
t alors ce caractère apparent de géné-
ré pure et abstraite? La raison en est,
n moi, dans l'habitude, qui nous per-
de détourner notre attention des ioées,
if la concentrer sur des combinaisons de
^es, qui nous sont devenues familières.
>nd nous nous occupons de matières,
V)nt depuis longtemps l'objet de nos
(^s, nous cessons d'éveiller distincte-
ment les idées, et de ciierclicr leurs rappelles
en elles-mêmes : nous nous laissons con-
duire par les nombreuses liaisons, précé-
demment établies eiHre les sienes; et le
langage ordinaire devient pour le savant ce
que KS caractères algébriques sont pour le
mathématicien. II n'est pas vraisemnlable,
en effet, qu'un savant qui improvise atta-
che actuellement à tous les mots, qu'il pro-
nonce , un sens distinct et précis. Voulez-
vous une preuve de l'obscurité actuelle de
ses idées? arrêtez-le sur un mot quelcon-
que , et demandez-lui de le définir : il sera
forcé de réfléchir un moment avant de vous
répondre; il retrouvera très-vite les élé-
ments de sa définition, mais il lui faudra
les chercher. Puisque dans nos raisonne-
ments habituels les idées ce sont pas actuel-
lement distinctes pour la conscience, nous
n'apercevons pas non plus actuellement les
rapports qui les unissent. Notre esprit se
renferme donc alors dans des combinaisons
verbales , auxquelles il attribue par habi-
tude le caractère de la vérité. Ce qui achève
de confirmer cette assertion, c'est que, si
d'aventure il nous échappe, soit en parlant,
soit en écrivant, quelque proposition, dont
la nouveauté puisse nous étonner, nous sen-
tons aussitôt s'arrêter ce mouvement de
combinaisons verbales; notre esprit, re-
montant brusquement des signes aux idées,
réveille celles-ci plus distinctement, et vé-
rifie par leur moyen la relation inusitée
•ïu'il n'avait d'abord établie quentre les
mots. Ainsi il demeure démontré que les
concepts généraux sont toujours liés dans
notre pensée à quelque idée individuelle,
puisque tout raisonnement qui cesse de
s'appuyer sur des types ou sur des exem-
ples particuliers, revêt un caractère en
auelque sorte algébrique, et se renferme
ans des combinaisons rapides de signes
associés par l'habitude.
Examen de$ objections qui peuvent étfe
dirigées contre le nominalisme. — En raison
du lien de dépendance qu'elle établit entre
la généralisation et le langage, l'opinion qui
vient d'être développée a reçu la qualifica-
tion de nominalisme. Nous croyons ferme-
ment que, réduite à ces justes proportions,
elle a en sa faveur la double autorité des
faits et de la raison. L'importance de la
question, la conviction profonde et déjà an-
cienne, qui nous attache à la solution que
nouis avons présentée au lecteur, nous font
un devoir et un besoin de combattre de
toutes nos forces les préjugés dont le nomi-
nalisme est l'olyet. Nous allons, dans ce but,
soumettre à une discussion franche et com-
plète toutes les obiections que les philoso-
phes dits conceptuatistes peuvent diriger con-
tre lui.
L'opinion des conceptualistes peut se ré-
sumer dans ces deux propositions : 1* c'est
par la comparaison des idées individuelles
que l'intelligence forme les notions des gen-
res et des espèces ; mais ces notions une fois
formées ont en nous une existence propre
cl iniépendante; elles sont des concepts
^19
LAN
DICTIOiXNAIilE
LAN
71)
pars de V entendement: '2r quoique le langage
soit d'un très-grand secours clans la forma-
tion des idées générales , on a tort de s'ima-
giner que, sans Tusage des signes institués,
Thomme serait entièrement incapable de
s*élever jusqu'à la généralité; ici, comme
dans les autres actes de la pensée, le langage
offre d'utiles ressources, il n'est pas une
condition absolument nécessaire.
i** En faveur de la première de ces deux
propositions on invoque le témoignage de
l'expérience et du sens intime. « On est
sans doute forcé de reconnaître que les no-
lions générales ont leur source dans les
idées individuelles, qu'elles ne sont dans
le principe que des rapports perçus entre
plusieurs individus déterminés, et qu'en
raison de cette origine même ces rapports
se montrent quelquefois engagés dans les
termes individuels dont la comparaison nous
lésa révélés. Nous accordons , par exemple,
eue le nom général d'homme peut agir sur
I imagination ou sur la mémoire, et réveil-
ler le souvenir de quelque individu de notre
espèce. Mais, si nous cédons en ce point
«u témoignage de Texpérience, pourquoi,
sous l'empire de raisonnements pénibles et
forcés, les nominaux refusent-ils d'ajouter
foi aux révélations de leur conscience, lors-
qu'elle leur découvre en eux-mêmes l'exis-
tence de conceptions purement abstraites?
N'est-il pas évident qu'en employant des
termes généraux, souvent nous attachons
un sens précis à nos paroles, et que pourtant
l'objet exprimé exclut dans notre pensée
toute détermination particulière? Ne pou-
vons-nous parler de l'homme, de la vertu,
du vice sans nous représenter un homme
petit ou grand, blanc ou noir, etc. ; sans voir
dans la veru un acte de prudence ou de cou-
rage, etc., dans le vice un acte de témérité
ou de lâcheté, etc. ; en un mot, ne nous ar-
rive-t-il pas mille fois de concevoir l'homme,
la vertu, le vice sous un point de vue pure-
ment abstrait? Il v a donc sans contredit
des circonstances ou la généralité se montre
à l'état d'abstraction pure et dégagée de tout
mélange avec nos iclées individuelles. De-
vant ce témoignage de la conscience, tous
les raisonnements des nominaux ne sont
plus que de laborieux sophismes dirigés
contre un fait dont la certitude est immé-
diate et universellement reconnue.
2* (c 11 serait assez étrange d'ailleurs qu'il
n'y eût dans l'intelligence que des idées
individuelles, quand on sait que le langage
n'exprime dans les objets que ce qu'ils ont
de semblable ; que le fonds de toutes les
langues consiste dans les noms communs de
substances et d'attributs, et que les noms
propres n'y sont qu'un accessoire introduit
par exception. Par quelle singulière bizarre-
rie l'homme aurait-il fait de la généralité
l'essence du langage, s'il ne l'avait pas sentie
dans sa pensée? Pour être exprimés, les
gesnres doivent exister ou dans les choses
ou dans Tesprit. Or ils n'existent pas dans
les clioses, on l'a démontré contre les réalis-
tes. Il faut donc reconnaître en eux des
concepts de Tcntcndemcnt. Autronieui les
termes généraux seraient vides de sens, puis-
qu'ils ne répondraient plus a rien, soit en
nous , soit hors de nous. »
3^ « Pour appuyer leur paradoxe, les no-
minaux prétendent en vam que le savant
raisonne sans idée comme Talgébriste; qu'il
n'est dirigé que par des associatiocs de
signes, et qu'ainsi la vérité scientifique est
renfermée dans des combinaisons purement
veri>ales. En se laissant entraîner jusqu'à
ces étranges assertions, ils ont ouvertement
trahi l'absurdité de leur hypothèse. La v^
rite réside dans les idées et dans leurs rap-
ports entre elles ou avec les choses; ellee&t
indépendante de toute convention: c'est la
dégrader et la détruire que la placer dans
les mots. Que Hobbes, qui n'admet eu nous
que des sensations et qui dépouille impitoya-
blement Tesprit humain de toutes ses ri-
chesses intellectuelles , ne voie dans la vé-
rité générale qu'une liaison de signes opérée
par le verbe éire^ il est d accord avec
lui-même. Vous qui faites profession d*uD«
doctrine plus noble, laissez-lui avec son
grossier sensualisme la conséquence absurae
qu'il n'a pas craint d'en tirer 1 »
Passons maintenant à la seconde proposi-
tion des conceptuaiistes , et résumons toutes
les raisons qui tendent à prouver que le
langage n'est pas absolument nécessaire à
la formation des idées générales.
1** (c On ne peut nier que Tanalyse ne soit
antérieure à l'emploi des signes, puisque
sans analyse il n'y aurait pas d'idées, et que
sans idées on n'aurait rien à exprimer. La
pensée est donc nécessairement antérieure
au langage, et ainsi les idées générales exis-
tent dans l'esprit avant les signes institués.
La parole peut les rendre plus distinctes»
.les imprimer plus profondément et les iiier
d'une manière plus durable dans la mémoi-
re; mais elle les suppose toujours dans
l'intelligence. Autrement il faudrait admet-
tre que nous pouvons constituer un signe
sans avoir conçu préalablement la cbose
signiQéc.
2' « A entendre les nominaux, on serait
tenté do s*imaginer que la généralisation
est une opération attiucielle et forcée. Pour-
tant l'expérience prouve que cette œuvre,
dont la difTiculté prétendue effraie leur ima-
gination, est quelquefois simple, aisée, na-
turelle. Ne sait-on pas en effet, que Thomme
qui observe peu est surtout frappé des res-
semblances qui existent entre les objets,
et que les différences échappent à son pre-
mier examen? Si la ressemblance est ce
qu il y a de plus saillant dans nos idées in-
dividuelles» comment est-il donc si pénible
pour Tesprit d'écarter des différences qui
s'effacent d'elles-mêmes? Quand j'observe
la blancheur du lait, du papier, de la toile,
ne suis-je pas à peu près identiquement ai-
fccté? Ai-je beaucoup à retrancher de m^^
idées individuelles pour en former ooequi
soit applicable tout à la fois à la toile, «a
lait et au papier? Ces généralisations faciie^
ne.paraissent pas même hors de la porti^
rii
LAN
D'ANTHROPOLOGIE.
LAN
des aniioaux. Un chien d« chasse annonce
par des signes distincts i^pèce de gibier
dont il a trouTé la piste. Kr a-t-H pas alors
60 lui quelque chose de lort approchant
«fane idée générale? On cite mille traits
qui dénotent dans les animaux une ébauche
de raisonnement. Or comment pourraient-
ils atteindre la limite où le raisonnement
commence, s'ils n'avaient au moins entrevu
ce qu*il y a de commun entre les idées indi-
fidoelles qui leur sont familières?
3" « Pour sentir combien le nominalisme
exagère les difficultés de la généralisation ,
il suffit d*observer un moment cet acte de la
pensée dans les eniants. Les premiers nonu»
qu'ils apprennent n'ont pour eux, dans le
principe, qu*un caractère individuel. Le mot
arbre ne désigne d abord pour un enfant
que le végétal qu'on lui a montré en pro-
conçant ce mot. Mais avec quelle prompti-
tude il sait en laire une application géné-
rale ! Qu'un autre végétal s'offre à ses re-
gards, il n'en demandera plus le nom; 11 lui
appliquera aussitôt celui dont vous l'avez
mis en possession, et il répétera ce même
nom en [xésence de tous les arbres qu'il
ren' outrera. Or expliquez-nous comment
l'enfant à peine pourvu d'un seul si^ne en
fait immédiatement usage pour généraliser
^es idées. Quoi ! avec un seul mol il va en
une minute former un concept général ; et
avant la possession de ce puissant talisman,
il ne pouvait encore concevoir que des phé-
liomênes individuels? Franchement, vous
attribuez là au langage une vertu trop mira-
culeuse, et il me semble plus naturel de
{«enser que cette brusc|ue application des
{•remiers signes à plusieurs ot>jets sembla-
i^les est le résultat d'une faculté spéciale
tjui agit par elle-même et indépendamment
ue la parole.
V" % Que les mots servent à séparer d^une
manière plus nette le sujet de ses modifica-
tions, nous sommes disposés à l'admettre;
mais ce n'est point en eux qu'il faut cher-
cher l'origine de la distinction fondamentale
établie entre les sujets et leurs attributs.
Supposez qu'un sourd-muet sans éducation
tienne dans sa main un morceau de cire et
lui donne successivement les formes d'un
tube* d'un globe, d'une pyramide, etc., l'ob-
jet n*est-il pas toujours le même à ses jeux
et n>n a-t-il pas vu les diverses transforma-
tions? Identité, variation, voilà ce que cous
distioguons en toute chose, indépendant-
meut du langage. Or ce qui demeure est la
substance, ce uni varie c est le mode. Il est
donc impossible de ne pas distinguer le
mode de la substance à l'occasion des chan-
uements ou des phénomènes qui se repro-
duisent partout à nos yeux.
5* « Ce que nous venons de dire de la
substance et du mode peut s'appliquer à
toutes les conceptions du sens commun. H
n'en estpasuneseulequi ne se manifeste dans
riiofome dès les premiers jours de sa vie.
L»*iiispi ration n'attend pas, pour nous éclai-
rer^ tes lentes analyses de la réflexion, ks
t^xtiifs secours du langage ; elle fait surg>r
dans nos Ames immédiatement et par sa
seule vertu les notions fondamentales de la
substance, de la cause, de la durée, de l'es-
Face, du fini et de l'infini. S*il est vr«, que
action du sens commun soit antérieure à
tout emploi des signes institués, et qu'elle
marque ses produits du caractère de l'uni-
versalité, comment pouvez-vous soutenir
que, sans le secours des signes institués,
1 homme serait réduit à un petit nombre d'i-
dées individuelles. »
Nous avons faissé les adversaires du no-
minalisme produire librement toutes leurs
raisons sans les interrompre. En mêlant nos
critiques à l'exposé de leurs arguments,
nous aurions craint d'affaiblir l'impression
3 ne le conceptualisme est capable de pro-
uire sur les esprits. Quelque vive qu'ait
pu être cette impression sur le lecteur, j'es-
père qu'il voudra bien suspendre son juge-
ment et écouter notre réponse avec impar-
tialité. Reprenons successivement tous les
raisonnements de nos adversaires, nous
parviendrons peut-être à prouver qu'il n'y
en a pas un seul qui soutienne l'examen.
1* En ce qui concerne la première propo-
sition, on peut écarter d'abord les deux
derniers raisonnements des conceptualistes,
en montrant que l'opinion des nominaux
y est dénaturée en elle-même ou mal atta-
quée dans ses conséquences. Pour être ex-
primés, les genres, a-t-on dit, doivent exis-
ter dans les choses ou dans l'esprit. Or ils
ne sont pas dans les choses : donc ils exis-
tent dans Tesprit; et, par conséquent, l'o-
pinion des nominaux est fausse. Prenez
garde; vous vous hâtez beaucoup trop de
conclure contre nous. Nous ne nions pas
l'existence des genres dans l'esprit humain :
nous savons fort bien que les mots qui les
expriment ont un sens, et qu'ils expriment
une conception réelle. Seulement, il nous
semble que cette conception n'est ni isolée,,
ni indépendante, qu'elle n'est qu'un point
de vue pris dans quelque idée individuelle.
Pour que votre raisonnement fût concluant,
•il faudrait faire voir que, si les eenres
n'existent vas dans les choses, ils ooivent
avoir dans l'esprit une existence à ^art, iso-
lée, indépendante. Hais la disjonctive ainsi
posée deviendrait fausse ; car il est évident
que l'on peut exprimer des conceptions par-
tielles, pourvu qu elles soient distinctes
Sans cela, il eût été impossible de nommer
les diverses qualités perçues dans un même
objet , puisqu'en les percevant ainsi , on ne
les a pas encore détacnées de leur substance.
Vous avez donc essayé de donner le change
sur notre opinion : vous l'avez dénaturée ,
au lieu de la détruire. Encore une fois, il
n'est Las question de décider si les genres
sont oes conceptions réelles : il s'agit sim-
plement desavoir si ces conceptions, dont
nous reconnaissons comme vous l'exis-
tence, sont ou ne sont pas réellement abs*
traites.
2* Vous nous reprochez ensuite de rendra
la vérité purement nominale, parce que,
selon nous, le savant n'est souvent dirigé
723
Lan
DiCTlONKAIRE
LAN
:ii
dans ses raisonnements que par des combi-
naisons habituelles de signes. La consé-
quence qu'il vous plaît de tirer de nos paro-
les, est vraiment étrange I Quoi I parce qu'un
homme, après avoir jugé mille fois que la re-
li^on est utile, se dispensera dans la suite de
verifler celte proposition par la comparaison
des idées, sera-t-il permis de prétendre qu'il
place la vérité dans les mots? N'est-il pas
c^lair que la proposition est alors pour lui le
si^ne d*un rapport qu'il n'examine plus,
[)arce qu'il l'a souvent affirmé après exa-
men? Quand Talgébriste transforme des
équations pour les résoudre, il n'attache ac-
tuellement aucune idée aux caractères dont
il fait usage. Conclurez- vous de là que la
vérité algébrique est tout entière dans les
lettres? Non, sans doute. Vous n'ignorez pas
que les premières équations traduisent les
idées de rapport contenues dans l'énoncé du
problème, et gue la légitimité des transfor-
mations a été antérieurement démontrée.
L'algébriste sait bien que les combinaisons
de termes qu'il forme, suivant des règles qui
lui sont familières, correspondent à des rap-
ports réels : il n'a fas créé sa laniue sans
Klé«s; mais quand il a contracté l'habitude
de s'en servir, il se laisse guider par elle avec
conQanee; il croit avec raison à son infailli-î
bilité. En un mot, nous vous accordons bien
volontiers qu'il n'y a de vérité que dans les
idées; mais il ne suit pas de là que le savant
soit toujours obligé de raisonner sur les idées
mômes ; qu'il ne puisse pas se renfermer dans
des combinaisons verbales, dont il a précé-
demment constaté la valeur. Quant à l'assi-
milation que vous avez faite de nos opinions
avec celles de Hobbes, nous laissons au lec-
teur le soin de l'apprécier. Ce serait faire
injure à son intelligence que d'imaginer
qu'il pût y avoir autre chose qu'une fausse
et vaine déclamation , ajoutée au raisonne-
ment, pour en pallier la faiblesse.
3" Reste le premier raisonnement, dans le-
quel vous nous opposez le témoignage de la
conscience. Examinons si, en effet, la cons-
cience a rendu contre nous une décision posi-
tive,,8i elle est vraiment compétente sur cette
question. La conscience ne nous révèledistinc-
tement que ce qui est distinct dans notre es-
prit. Toute idée confuse est pour elle comme
si elle n'était pas. Aucune proposition néga-
tive ne peut donc être vériûée nar son seul té-
moignage, car on peut nier 1 eustence d'un
{Phénomène, uniquement parce qu'il est con-
lis. Ne consultez, par exemple, que le senti-
m en t intérieur sur le fai t de la sensation : vous
croirez éprouver la douleur dans les orga-
nes, et vous nierez l'existence du jugement
qui produit cette illusion. Eh bi^nlsur le
fait débattu entre nous, votre préten lu té-
moignage de conscience n'est-il pas négatif?
Votre raisonnement ne peut-il pas se résu-
mer ainsi? Aucune conception individuelle
n? me paraît jointe à mes idées générales,
quand je prononce les mots de vertu et de
Vice. Donc ces idées générales sont de pures
a >$lractions. Mais que l'idée générale soit
abstraite , comme vous le prétendez , ou
qu'elle demeure liée à quelque idée iDdlvi^
(luelle, comme nous l'avons soutenu, je dis
que, dans les deux cas, le fait reste le même
aux yeux de la conscience. Car, dans rhvpih
thèse des nominaux, quand, en raison deTha-
hitude, l'esprit se concentre exclusivement
sur un point de vue général, pris dans une idée
iniividuelle. Tel émebt général de notre con-
ception se détache, ainsi que nous Tavoib
dit, avec claKé sur le fond de là conscieme»
l'élément individuel s^efTace et demeure dans
rornbre, et notre intelligence se persuaJ»!
qu'il a cessé d'exister, parce qu'il ne lui
Oîffe plus que quelques traits brouillés cl
confus.
Dans la seconde partie de TOlre argoraen-
tation, vous débutez par un sophisme gros-
sier. !• La pensée, dites-vous, est aiiténeuri?
au lansage qui l'exprime. Donc les idées
SénéraTes existent avant les signes. Pour
onner un sens raisonnable à cet argument,
il faut supposer qu'il s'agit, dans la conclu-
sion, des signes généraux. Car, sîronpri-
tendait que l'idée générale dût exister av?ni
toute espèce de signes, )a proposition seraii
absurde. Il est clair, en effet, que nous pou-
vons attacher des signes à des idées c^in ne
sont encore qu'individuelles. Oserait -f»ri
maintenant soutenir que les noms proprp>
ne seraient d'aucun usage dans la formaiion
des idées générales? En un mot, teul-oa
prouver que les idées générales sont anié-i
rieures à toute espèce de signes? on tonil-"»
dans l'absurdité : se borne-l-on à soalen'r
qu'elles existent, avant d'être attachées \ dis'
noms communs? on n'énonce plus q^iw.
vérité simple^ que nous ne sommes ni tente*
ni obligé de combattre.
2* On ajoute que c'est surtout la resseni'
blanoe qui nous frappe dans les choses ;»p*
souvent les différences ne se montrent \t^
et qu'ainsi il n'est pas diflîcile de les éoariprj
Mais la ressemblance et la différence s<Qf
deux idées corrélatives qui ne vont pas l'un
sans l'autre. Si l'on n'aperçoit aucune ditîé
rence entre deux objets, il n'est pas juste à
dire qu'on ait aperçu leur ressemblance :0(
les a confondus. L'enrant qui est identiqut*
ment affecté par la blancheur du lait, du f*
pier, de la toile, n'a pas pour cela une no
tion générale de la blancheur : il confoo.
entre eWes les nuances diverses que la »>»
leur lui présente dans ces trois objets ; et f«!
trois idées individuelles n'en font Qu'un*]
f)arce qu'il n'en a pas encore démêlé les chf
érences. Pour soutenir cette assimiiatioj
dès idées confuses avec les idées générales
on ne craint pas d'avancer que les animaui
môme s'élèvent quelquefois jusqu à la ^
néralisation ; qu'un chien de cliasse, r^
exemple, annonce à son maître, par des s
gnes déterminés, l'espèce de gibier qaj
poursuit. A ce compta un enftnt do drf
jours conçoit, d'une manière abstraite.!
douleur et «es diverses espèces ; car il n«]
méprend jamais dans remploi des siF
propres à manifester ce senHinent ; cl, at
un peu d'habitude, on parvient à disccnr
au moyen de ces signes, l'esiéce et leur
UN
D^ANTUROPOLOCIE.
LAN
7i«
«le sa âoiiffrance. NVsl-i. pas évident qu*ici
l'aniuial et l'enfant sont, dans la production
des signes, eiurainés par leur instinct, qu'ils
sont sous Tempiro d'i(!ées indÎTÎdueiles for-
tement associées, et qui se réveillent înslan-
tanénient les unes jar les autres? Tous les
jours BOUS agissons eniore en vertu de ces
fausses apparences de ^néralisation ; et
notre raison, U'acuird avec la conscience,
cous assure que c'est Tinslinct qui nous
4iinge.
1* Le troisième raisonnement est déîà im-
pliritemeaL réfuté. Il suffit de confondre
ueui oi^e^s pour leur donner la même nom.
Ouand lenbul, après avoir appliqué le nom
d'arbre à un pommier, remploie ensuite
I our désigner un poirier ou un cerisier, il
n'a pas, pour cela, l'idée générale d'arbre;
UMs^ en raison de la ressemblance des deux
objets, le second réveille vivement le sou-
wenir du premier ; et le souvenir du premier
api^Ile h sa suite le nom qui y est associé.
D'ailleurs, longtemps avant d articuler des
sons et de les employer eTt^^'rieurement
«onime signes, l'enfant a gravé quelques
mots dans son esprit. Quand il commence
à se faire entendre, il possède déjà, depuis
l'Iosieurs mois, quelques éléments de la pa-
role. Les lon^ efforts qu'il feit pour arti-
culer les sons, Trouvent assez que ces sons
ont déjà pour lui un caractère significatif,
et qu'il en connaît l'usage. Or cette parole
intérieure, dont il ne pouvait encore se ser-
Tir pour communiquer sa pensée, en secon-
«lait en lui les progrès et préparait Tceuvre
t]>i'il vous plait ue regarder comme im-
iiiéiiate.
i* Le quatrième et le cinquième argument
r»?ntrent l'un dans Tautre, car le dernier n'a
d'autre but que d'étendre à toutes les con-
ceptions du sens commun ce nue Ton n'avait
appliqué dans le premier qu à la notion de
la substance. Cependant nous les laisserons
£é;jarés, et nous ferons à chacun d'eux une
réponse distincte. Un bomme privé du lan-
^^e distîn^e dans un morceau de cire,
qui prend entre ses mains des formes di-
verses, l'identité de la substance, et la va-
riété des modifications, et Ton ooneint de là
qu'il a ridée générale de la substance et dn
n)«jde. J'ai beau souder ce raisonnement, je
ny trouve qu*une pétition de princij>e. Si cet
homme n'a d'abord qu'une idée individuelle
du morceau de cire qu'il tient dans sa main,
il ne ccmçoit pas la division des mo ]es dé la
cire en deux classes, dont l'une rtnfenne-
rait des çinalités essentielles, l'autre desim-
I les accidents. Tous les modes d'une subs-
tance, quand on la considère dans son indi-
▼idualité, sont essentiels. Qu'un .^-enl de ces
modes vienne à changer, la substance cesse
évidemmcLt d'être la même. Prétendre quo,
pour l'homme dont on parle, !a substai ce
de la cire n'a [as clause en changeant de
forme, c'est supposer qu'il n'avait f"as com-
Î^ris la forme dans son idée de la cire; c'est
ai prêter à l'avance une notion abstraite et
fénérale, rans s'expliquer d'où elle peut lui
Ire venue. • Mai«, ajcu'.era-l-on, s le moin-
dre changement de modification détruit l'i-
dentité de l'olijet, comment se fait-fl mi'un
chien reconnaisse son maître sous les envers
costumes dans lesquels il se manifeste à sa
vue? Ne semble-t-il pas résulter de votro
opinion que son maître , en changeant d'ha-
bit, cesse u'étre pour lui l'homme h qui il s'est
«ttaché? » A parler rigoureusement, le chan-
gement dont on parle altère l'identité. Pour-
tant les affections qui attachent l'animal à
son maître se réveillent eu lui, parce nu'eHes
ne tiennent pas immédiatement à l'idée des
rétements, et qu'elles sont liées à d'autres
perceptions individuelles, qui n'ont pas subi
d'altération sensible, notamment à celles de
l'odorat. Les sentiments de l'animal sont
donc toujours subordonnés à une ou plu-
sieurs impressions individuelles que la vue
de l'objet fait renaître, et, quoiqu'il ne soit
dirigé que par un ensemble d'impressions
déterminées, il agit aussi sûrement qu'il
pourrait le faire avec des notions abstraites
d'idcndité et de variété, de substance et de
mode.
5* Enfin nous avouons que l'action du sens
commun est antérieure au langage, et
qu'elle marque tous ses produits d un carac-
tère d'universalité. 11 7 a une distinction
nette et tranchée entre les conceptions uni-
verselles et les notions générales. La con-
ception de l'espace est universelle ; elle
subsiste par soi , elle est nécessaire ,
elle n'a qu'un objet, et cet objet est im-
muable et infini. Est-elle générale? ce se-
rait une erreur grossière que de le sup-
poser ; car elle n'e^t pas un produit de la
comparaison ; elle ne s'applique pas à plu-
sieurs objets semblables : elle n'est pas un
pointdevuecommunetabstrait,prisentreno$
idées individuelles de lieu. La notion de l'é-
temitéest universelle : cela ne veut certes pas
dire qu'elle résulte d'une abstraction opérée
sur les idées que nousavonsdes diverses du-
rées finies. La notion de cause est universelle,
quand elle représente l'action toute-puis-
sante de Dieu. Or, quelle que soit l'ongine
de l'iiiée de la toute-puissance , il est évi-
dent qu'on ne l'a pas déduite par le mo^en
de la généralisation, des perceptions indivi-
duelles qui nous révèlent les actions des
é«res créés. Vuniccrsel diffère autant du
général que Tinfini diffère du fini , l'absolu
du relatif. Il n'y a donc aucune contradiction
h soutenir que l'homme conçoit l'univer-
sel avant l'usage des signes , et que le gé-
néral ne se montre à lui que plus tara ,
cfuand la parole vient se joindfre comme
auxiliaire obligée à notre puissance d'ana*
lyse. Les concepts universels ne se produis
sent que sous la forme de sentiments. Pour
losintelli-^ences vulgaires, même après l'u-
sage de !a parole, ces concepts ne sont encore
que des inspirations confuses, et qui ne se
uétermioent que dans des actes dont le mo-
bile est irréfléchi. Si Ton excepte les philo-
sophes, dont les idées sur ce sujet sont
moins précises qu'ils ne l'imaginent, les
hommes savent-ifs bien ce que c'est en gé-
néral que la substance ou la cause? une sç^
w
LAN
DICTIONNAIRE
LAN
m
crèle et nécessaire .impulsion leur fait une
loi de ramener tous leurs jugements à une
seule forme, qui est le rapport de 1 attribut
au suiel : ils obéissent à cet instinct sans
avoir d'idée générale et abstraite du mode et
de la substance. Quant au principe d induc-
tion, pour en faire Tapplicalion , il sullit a a-
voir associé quelques idées individuelles.
Vn enfant s'est brûlé à la flamme d une bou-
«çie : s'il voit une autre bougie allumée, il
se gariera d'y porter la main, parce que cette
'vue éveille le souvenir de la flamme qui l a
brillé, et de la douleur qu'il a éprouvée, et _
f|ue le souvenir de la douleur fait naître en j;;;^^' "^^W^^^ ^Via parole? QueUe mar
. lui un sentiment de cra nte.Pans ce fait et ^^J'I^^^^^^^ Voilà ce qn.
dans beaucoup d'autres, le prmciped indue- ?,^^ ^^^V^X éclaircir par des obsemlions
lion n'e5t qu'une tendance nécessaire h éta- J «nra^s voum et a i ^^^^
blir un rapport de causahlé entre des idées exactes, et^J^^? J^ J^^ ^^^^ j,^^,^ traitéui,
ou des phénomènes indiviUueis. . pr^ij-ai j^ moins recommandé à Ut-
En résumé, l'instinct ou le sens commun mais je i^finrai ou iiioh_ ^^ ^^^^^ ^^^^ ^^^^^
tés morales et physiques, s'il en est une qui
reste en arrière, celle-là met obstacle à la-
vancement. ^ . , i * .
« En effet, pour apprécier les sons, il faut
de l'oreille ; pour les articuler, de la sou-
plesse dans le gosier. L'intelligence esi in-
dispensable pour comprendre les mois, ei
la mémoire pour les retenir. Quand ic tels
dons se trouvent réunis à un degré évarnnu
ce qui est rare , l'enfant parle assez men à
deux ans. ^ ^ . • w •
« Mais comment cet enfa.nt , si loféneor
aux animaux du même âge sous tant de rap-
ports, réussit-il à se mettre en possession
nous inspire : la réflexion seule peut nous
éclairer. Les conceptions de l'un , rapides et
confuses, ne sont pas encore des connais-
sances ; elles ne sont que des sentiments.
Les notions que produit l'autre sont distinc-
tes et claires; le dernier terme de leur dé-
veloppement est dans l'acte de généralisa-
tion. L'instinct est l'origine des conceptions
universelles et du langage. La réflexion,
après avoir développé les premiers germes
du langage qu'elle emprunte à l'instinct, em-
ploie la parole comme instrument pour ré-
duire les connaissances à la forme précise de
la généralité. 11 n'y a dans ce tableau de la
formation de nos idées rien à retrancher, rien
à désavouer. Tout v est disposé dans un
ordre naturel ; il offre des contrastes ; on
y chercherait en vain des contradictions;
et après une discussion exacte et conscien-
cieuse, je ne crains pas de le présenter au
lecteur comme l'expression fidèle de 1 intel-
ligence humaine.
COHMENT LES ENFANTS APPRENNENT A PAR-
i^ER, _ Avant de citer les opinions de quel-
ques philosophes sur la question du langage,
nous croyons convenable de reproduire ici
un chapitre que nous extrayons d'un livre
fort remarquable , V Education progressive ,
S ar madame Neckerde Saussure. Nous ne
outons pas que ce chapitre qui a pour titre:
Comment les enfants apprennent à parler,
ne soit lu avec un vif intérêt; il jette plus
de lumière sur le problème de l'origine de
nos idées que tout le fatras des philoso-
phies surannées des derniers siècles.
De mn fa Me raison je fis rapP^'^nl^s^^ff** î
Frapcû ilii 90» lies mots, aii**iitir a ix objeK,
Je ré\*éi»\ U» KO IIS. je disih'guai les irniis ,
Je connus, je nouiaiai, je caressai n»oii iièn*...
( Raci?ib ie (Ut. )
« La fin de la seconde année est remar-
quable chez les enfants par les rapides pro-
j^rès qu'ils font ordinairement dans le lan-
^a^e. Tous parviennent à s'énoncer bien ou
mal, mais on remarque entre eux de gran-
des différences; déjà rinégale distribution des
fions de la nature se fait sentir. L'art de par-
ler exigeant le concours de plusieurs facul-
tention des mères. Rien ne neut être plus
intéressant que de voir l'intelligence sortir
peu à peu du nuage qui l'enveloppait, preii-
dre un léger essor chaque fois qu elle dé-
couvre une expression nouvelle, et faire
servir ses premiers succès à en obtenir tou-
jours de plus grands. L'enfant, encore élran-
ffcr dans le monde des choses au il connaît
à peine, sent bientôt le besoin d entrer dans
le monde des mots qui y correspond et qui
fournira bientôt des instruments à sa pen-
sée. Alors commence pour lui une existenu'
plus intellectuelle, une existence où le^
images et les désirs tumultueux qu elles fi-
citent régnent toujours, mais où il s intro-
duit pourtant un élément plus tranquille.
« Voici les faits une j'ai pu recueillir, aidée
du secours de quelques mères :
« 11 y a des mots qui se détachent , daiis
le jeune esprit, de la phrase dont ils M
partie et y occupent une place à part. Dere
nombre sont d'abord les noms ou les signes
attachés aux personnes ou aux choses qiii
attirent l'attention des enfants. Ils en répè-
tent volontiers la syllabe la plus marquante
ce qui a donné l'idée de former de syllawî
redoublées les premiers mots quou leur
apprend. Ceux-ci ne sont autre chose que
les articulations dont se composait le ri-
mage naturel de l'enfant avant qu il coifr
mençât à parler. Ainsi, à l'Age de sept oj
huit mois, il prononçait continuellemert
les syllabes pa, ma, da, mais sans y allacw
de sens. Lorsqu'il vient à les associer pif
la suite à l'idée de certains objets, et à en
faire ainsi un langage, c'est qu on a cm
soin de lui en donner l'exemple ; mais ce»
là ce qui a été le moins observé.
« Il paraît sans doute assez simple qu«
Tenfant apprenne à nommer les objets ma-
tériels, quand on les lui a souvent mon-
trés en proférant certains sons ; la chose e-
veille ensuite l'idée du mot, et le nioict'''*
de la chose. Mais il est plus difficile de con-
cevoir comment il attache un signe ace q^^^
n'existe pas corporellement. Les actions, p«r
exemple, toujours exprimées ou suppo^^
parles verbes, les actions nont i^oinlda
la nature de type permanent; elles ncw
LâN
D'ANTlIROPOi^lCIE.
L.\N
TZê
lient pas sous les sens de l'enfaDt quand il
les nomme, et il ne dit allez que dans un
moment ou Ton u'allaii pas. Il iaut qu'il ait
au dedansde lui ridée exprimée par le verbe,
et que cette idée, à la fois nette et mobile,
s'af^lique successivement à tout ce qui exé-
cute Faction. Or, comment a-t-il conçu une
notion pareille, qui semble être une abs-
traction du senre le plus subtil? Il parait
que ce sont les gestes qui la lui ont donnée;
les actions sont les objets naturels de la pan-
tomime qu'on appelle même le langage a'ac-
lion. Sans j songer, on gesticule beaucoup
avec les enfants, aussi sont-ils grands ges-
ticulateurs eux-mêmes. Quand donc un cer-
tain mot a toujours accompagné certains
mouTemenls, les deux idées se lient ensem-
ble dan^K leur tête.
« H est yrai que plusieurs mots, qui sont
des Terbes pour nous, nVn sont pas toujours
pour eux : ainsi à boire , c'est de Teau ou
du lait ; promener^ c*est le plein air ou la
porte. Mais quand ils commencent è vouloir
^u*on a^sse en conséquence de ces mots ,
I action pren J (Je plus en plus de la consis-
tance dans leur esprit, et ils Gnissent par j
attacher véritablement un signe.
« Il est à reraaniuer aue les animaux
même comprennent les venues, en tant qu'ils
expriment une a/ lion. C'est pour Toriinaire
de ces mots qu'on se sert avec les chiens et
les chevaux quan i on veut s'en faire obéir,
et alors on les emploie natun^llement à l'im-
pératif. L'enfant, ainsi que les nègres, ne
fait d'abord usa^e que de Tinlinitif. Comme
il ne se forme aucune idée des temps et qu*il
ne comprend que fort tard les pronoms, il
en est réduit à ce mode.
« Deux mots que Tenfant apprend très-
promptement, les particules oui et non, sont
aussi des traductions de gestes. Ils dési-
l^nent l'acte matériel de repousser ou d*ac-
cueillir, et deviennent par là des verbes, ce
sont telle et nolle^ vouloir et ne vouloir (ms.
yon est surtout fréquemment employé par
Tentant : il exprime en paroles sa répugnance ;
uiais auand la chose qu'on lui offre lui est
agréable, il se précipite pour la saisir avec
une telle vivacité que le mot devient inu-
tUe.
« Il 7 a ensuite quelques adjectifs qui s'in-
troduisent dans sa tête : ce sont ceux qui ex-
priment des sensations très - marquantes.
Joii est bientôt de ce nombre, tant est grand
chez lui le besoin de témoigner son admi-
ration.
m U emploie d'abord ces divers mots sans
les lier entre eux, mais on peut aisément
ju^er que son esprit les rassemble. Ainsi un
enfant qui voyait son père et sa mère au-
près du feu, dit aussitôt (^28) , papa^ ma-
man^ chaude en laissant de côté les mots in-
termé tiaires. A ce degré si peu avancé de
«léveloppement, les enfants énoncent à tout
moment des observations désintéressées ,
sans autre motif que le plaisir de les énoncer.
« En y réfléchissant, on s'aperçoit que ces
trois sortes de mots pronom^ oans le pre-
mier âge avant les autres, les noms, les
. verbes et les adjectifs, sont véritablement
la matière et comme le corps du discours.
Ils expriment les grands intérêts de l'âme
dans ce monde, celui de distinguer les ob*
jets extérieurs par les noms , celui de défi-
nir ses propres impressions par les adjee*
tifs, et enfln d'énoncer ses déterminations
par les verbes. Il y a là connaître, sentir et
vouloir. C'est tout l'homme.
« Ces mots ont donc de Timportanee pour
l'enfant; mais comment arrive-t-il qu'il fi-
nisse par en employer d'autres, auxquels il
semble difficile qu'il attache un sens? Com-
ment vient-il â comprendre les prépositions,
les conjonctions , les adverbes, ces termes
sans nombre qui sont comme des instru-
ments avec lesquels on manie, ou sépare, on
enchaîne, on modifle de mille manières les
grandes pièces du discours? Quel usage lait-
il de ces pour, de ces arer,deces quoiquey de
ces comme, de ces trè$, dont il n'y a peut-
être pas une grande personne sur dix qui
sût déGnir la signification. Il les emploie
fort à propos aussitôt qu'il les a retenus^
mais c'est là ce qui paraît incompréhensible.
« Quelques observations me portent à
croire qu il ne les sépare pas de la phrase
dont ils font partie. Cette phrase lui paraît
un seul grand mot dont son admirable sym-
jmthie lui fait deviner le sens, un mot qu i!
répète distinctement s'il a l'oreille juste et
le gosier flexible, qu'il estropie ou qu'il
abrège s'il en est autrement, mais toujours
sans le décomposer. Et lors même qu'il vient
à retrouver les mêmes termes dans des phra-
ses différentes, il ne les reconnaît pas de si
tôt. Ces mots sont pour lui ce que sont pour
nous les syllabes que nous rencontrons par-
tout dans le discours, sans y attacher de sens.
11 lïj a peut-être que la lecture qui nous
lasse connaître la vraie coupe des mots :
aussi voit-on les gens du peuple, qui écri-
vent sans avoir beaucoup lu , lier les termes
entre eux de la manière la plus bizarre, et
les unir ensemble ou les partager au ha-
sard.
« Ainsi, je suppose qu'on dise k Tenfant»
en lui tendant la main : Youlez-rauê tenir
au jardin avec moi 7 il ré|iétera : Oui, oui »
tenir au jardin avec mot, le geste et le mot
janiin ayant suffi à son intelligence. Si, au
contraire, on lui disait, en faisant signe de
le repousser : firai au jardin sans tous, il
répéterait longtemps en se lamentant : Pas
sans vous, pas sans tous. On voit par là que
tout en comprenant fort bien la phrase
entière, il n attribue pas un sens à chaque
mot.
« Ce qui s'embrouille le plus dans la tête
du pauvre enfant, ce sont les pronoms : moi
i:\je surtout restent longtemps pour lui dans
le nuage. Comme ces mots s appliquent unî-
(128) i Tout ce qui est en lettres italicpics a \éiiubleiiieia été dit par des entants, â r&ge d*oa
dii-tMÛl mois. »
de
751
LAN
DicnaxNAint:
L4N
?^i
qiiccMift à rctai qui Ifes prononce, on ne les
eriiplot<^ pas qtiaml on i>arle de lui à Ten-
tant; iMes voit k chii!|ue instant changer
clVihjH, sans q^ril en soit ja;nais Fobjet lui-
mêine; de \h Tient qu*ii n*a pas l'idée de
«'en «erYir. Quand il vent désigner sa pro-^
pre personne, il s«eonsi.Jèrc.p<iUpainsi dire
do deliors, et parte de lui comme d'un autre
en s*appelaiii fvir son iloin. Donner^ û Atbtrf^
mener Aéôérr , voilà les e^f.Tessions dont il
fait usager.- J'ai cntendti ûi) crfaht qu'oi
tutoyait se servir toujoiirs du pronom tu en
parlant de luiTiiitaie. L'iatruduction du 70
serait curieuse a observer.
« ^ revandie, ces vestiges du langage
animal qu'on a conservés dans nos idiomes^
ces cris quon a reçus dans le langa;^ hu-
main sous le fiom tïinterjtctiwM^ Tenfant
les saisit et les applique À merveille. Jamais
le ohl (Je rélonnement. désagréable n'est
confondu par iui avec le ohl ùu plaisir, ni
avec le id. sentimental de la prière. Que do
temps .s'^oulerait avtot qn*on pût lui ex*
nliquer pbilosophiqQement tout ce!a! .mais
le jeune ôiaeati a. compris le chant de sa
mère. . .
« Il s'est élevé, une question parmi quel-
ques métaphysiciens de la fin du siècle der-
nier. Ils se sont demandé comment il se
pouvait que Tenfant apprit à se servir dis
noras^énériques. Qu'il attache un signe à
un objet (/éltTminé, cela se conçoit; mais
comment vieal-il à l'appliquer à toute une
«•lasse d'fitres? Comment ap{»elle-'.-ii chien
tous fps chiens, quelque peu ressemblants
qu'ils soient au premier qu'il a ênten lu
nommpr ainsi ? Se forme-t-îl des idées gé-
nérales ? sait-il que les noms d'espèce s'a[)-
pliquent à tous les individus qui réunissent
certaines qualités? envifiagc-t-il abstraite-
ment ces qualités en lès séparant du sujet
qui les porte ? te serait bien fort pour l'es-
prit naissant,
^ Néanmoins,, c'est lîi ce qu'ont cru de
profonds penseurs ; mais quand les méta-
physiciens ont daigné s'occuper des jeunes
enfants, ils leur ont, selon moi, attribué
plus dé raisonnement et moins de divina-
tion guMls n'en ont. Voici, à cet égarJ,
l'opinion de Locke telJe qu'elle est citée avec
approbation par Condillac (V29).
« Lés idées, dit-il, que les enfants se font
« des personnes avec qui ils conversent,
« sont semblables aux personnes mêmes, et
^ ne sont que partiétllîères Les idées
« qu'ils' se? font de leur nourrice et de leur
« mère sont fort bien tracées dans leur esprit,
« et comme autant de fidèles tableaux, y
« représentent uniquement ces personnes.
« Les noms cju'ils leur donnent se termi-
ne nent à ces individus. Ainsi, les noms de
< nourrice et de maman dont se servent les
« enfants, se rapportent uniquement à ces
« personnes. Quand après cela le temps et
t une plus grande œnnaissance du monde
« leur a fait observer qu'il y a plusieurs au-
« 1res êtres qui, par certains communs rap-
« ports de figure et d!autrcs qualités, ref-
« semblent a leur père, mère et autres
« personnes qu'ils sont accoutumés de voir,
« ils forment une idée à laquelle ils frou-
« vent que tous ces êtres participent é^e-
« ment, et ils lui donnent comme les autres
< le nom d'Aornuif. Voilà comment ils rien-
« nent èi avoir un nom générique et une
« idée générale. En quoi ils ne fonneof rien
« de nouveau, mais, séparant seulement de
f ridée eompfexe de Pierre, de Jacques, de
r Matie et uBisabeth ce qui était particu-
« lier 7» chacun d'eux, ils ne retiennent que
« i:e qui Jeur est commuh à tous. >
« Je ne nie assurément pas que cette
marche ne soit très-logique, et j'e n ai même
rien à objecter contre le point de départ ;
l'enfant commence par donner un nom à un
ol^et particulier, je l'avoué, mais la manière
dont il passe.de là à l'idée Générale ne me
parait pas avoir été indiquée à Locke par
l'observation. Procéder ^ séparation, par
retranchement, c'est-à-dire par abstraction,
me semble peu conforme à 1 esprit de l'en-
fant. Quand il s'exprimera plus facilement,
on verra par le çrand nombre et la singula-
rité de ses assocfations, qu'il se montre phis
près d'être poète qu'analyste. L'exemple
choisi par Ltîclie est d'ailleurs un des moins
propres à écîaircir la question, puisque c'est
prédsément dans le cas cité qu'un enfant
aurait le ])lus de peine à généraliser ses
idées. Les individus avec lesquels il rit
jouent un tel rôle dans son esprit, il les voit
si fort à part des autres, qu'il ne peut con-
sentir à les ranger sous une même dénomi-
nation. Un enfant de deux ans serait bien
étonné, il se mettrait à rire vraisemblahle-
laent, si on lui disait que son père est «in
homme. Que serait-ce si on («retendait avec
Locke que sa mère aussi en eot un? Un
hojnme, pour lui, c'est un inconnu, un pas-
sant de la classe pauvre. Sans doute il s'a-
perçoit que ces inconnus ont entre eux un
certain rapport, mais l'idée partie ulière ^ionl
parle Locke est chez lui trop forte et ne peut
se prêter à la généralisation.
« Cependant à c^et âge même et pins tô!
encore, les enfanrs emploient beaucoup fie
termes généraux ; mais plus l'idée de l'objet
qu'on leur a nontmé le premier a été va^e,
plus il leur est devenu facile de l'étenUr? à
d'autres objets. Ainsi, les chiens et les cîic-
vaux qu'ils voient de loin et par là mèrao
confusément, forment aisément pour eux
urif espèce. De même, lorsqu'ils embrassent
d'un coup d'œil fdusieurs objets pareils,
1 idée particulière d'un d'entre eux n*étant
par» si nettement terminée dans leur esprit,
il-s la transportent aisément à d'autres sem-
blables ou seulement peu différents. Ainsi*
j'ai vu un enfant qui nommait abricots feus
les fruits, les prunes, les cerises, les gro-
seilles, les raisins, etc.; un autre qui appe-
lait du même nom deux petites filles vêtues
de môme. C'est là un simi)le réveil d'idées,
une sensation plus qu'un jugement. Il y a
(ti9) Kssai sur Vorijinc des conn^:issanccê humaines^ scct. v, chap. 1"
LAN
D'ANTiIROroLOGie.
LAN
731
ici une action presque matérielle de la res-
semUanœ. On pourrait ^opposer que Ken*
iant se Irompe et qu'il croit rcToir un objet
déjà eonnu, mais il est pins exact de dire
uu*il ne croit rien ; ii ne -prononce ni que
1 ot^ aoit différent, ni qu'il soit le mèmei
mais Taele de reeùnnt^iré {k90) est produit.
CenMNiTttnenl prompt, irréfléchi, presque
madrfMlf qn'emte l'identité de rima;$e
mie Ton oonsenre aTec celle de l'obieLque
1 on Toit, est Ici l'effet d'une simple ana-
logie, et il jr a |4ut6t erreur qu'opération de
Tesprif. Mais quand cette opération com-
mence, quand l'eiamett a lieu réritalile-
ment« les différences sont am^réciées , et
chacun des objets dirers appeAe son pro^^re
« Les premiers naturalistes , comme on
sait, 0nt procédé de même. Ils ont d'abord
formé des masses confuses, d'après certains
rapports Ta.^uemeAt conçus, ou ce que nous
appelons un uir de famiUe, Ainsi ils ont
«lassé ensemtde, sous les noms de singes
et de perroquets, des animaux qu'on a en-
suite ^istribué^ en différeuts groupes. A
mesure qu on a mieux obserré, les <firisions
et subdivisions se sent multipliées.
« On ne doit pas non plus confondre, ce
me semble, avec l'acte véritable de la géné-
ralisation, l'effet que la pauvreté de la lan-
gue produit naturellement chez les peuples
non civilisés. Quand il y a fort peu de mots
dans on idiome, aucun mot ne reste borné à
sa première signification, et Ton donne le
nom d*un objet connu à toui ot^et un peu
ressemblant qui se présente. C'est ainsi
qu'un haiiitant des Iles Pele«', le prince Lee
BoOt étant arrivé à Macao, et y voyant pour
la première fois un cheval, prononça aussitôt
le nom de rMen, animal qu'il connaissait
déjà. Si les p^ections confuses de Tenfant
ou l'isnorance du sauvage nous les faisaient
regaraer comme nlus enclins à généraliser
les idées une ne le sont les adultes ou les
hommes d un esprit cultivé, nous démen-
tirions par là toute l'histoire de l'esprit
hamain. Qui ne sait combien l'imagination
est vive et la tête peu capable d abstraction
dans l'enfance de l'individu et des peuples ?
« Ceci s'appli^iue encore à ce que ait un
aatre métaphysicien, Thomas Reid {Et$ay
on ike hUeiietiuai powers of man^ p. 110,
cfaap. 5) : c Si ion demanJe à quel âge les
m hommes commencent à former des con-
« eepCtons générales, je réponds : aussitôt
« qu'an enuint peut dire, avec intelligence
m ne la chose, «iu'il a deux frères on deux
(430) I Lorsjpieceei a élé écrit, je ne connaissais
pas eseere ToaTrage de H. Maine Bînn, intitulé
im/imemee de tkatitmée mr U faculté de penser, L*aa-
l«fnr, q« aoalvsc avec «ne grande sagacité plu-
si<*arft phéneméoes psychologiqaes, y cxpriioe, dans
le lançige de la scicâce, i'S némês idées que fai
cooocées. Selon lui, ane qast^iié frappanb* clans on
«riiîei peot devenir on $i^ (TktbUude qui entraine
mnsi méctmiquement V apparition de temembU de»
^mjiiîés ou impreuianx auodées. CeU^ dit-il dans
.j ne sole, rureet effet premier des signes d'habitude
^u'eêt fondée l i conrenivn prompte et natureUe des
« soeurs. Dès qu'il se sert ou piuriel, il doit
« «voir des idées généra^es, car aucun in-
« dividu ne comporte le pluriel. »
« Aucun iniiTidu considéré isolément ne
cômporie lé pluriel saus doute ; mais quand
l'enfant voit deux objets à la fois, impres-
sion qu'il reçoit n est point la même que
lors(]ttil o'en arer.;oît qii*nn. Ce n'est pas
s'éleVer aux idées générales que de voir
deux veux dans un visa^je, ou plusieurs sol-
dats dans un bataillon, c'est reconnaître la
parité des otnets qu'on embrasse d'un même
coup d'œil. Or, comme reffel produit sur
reniant par cette perception composée est .
nouveau pour lui, il .a be:;oin d^une manièrd
nouvelle de la désigner, et il te sert alors
du pluriel (t31).
« Que les noms d'espèces, que les termes
qui expriment le pluriel, servent | ar la
suite à renbnt à saisir les véritables idéji-s
générales, voilà ce qui est parfaitement
exact; Le mot prend peu à peu de la con-
sistance dans Tesprit, il devient objet à son
tour, et l'attention qui se porle sur Texpres-
sion remonte par cet écnelon aui abstrac-
tions proprrement dites.
« La différence entre les enfants et nous,
sous ce rapport, me semble tenir à la grande
différence de notre existence morale et de
la leur. Bans leur vie toute d'images, toute
d'impressions et de désirs, les mots tien-
nent très- peu de place ; l'enfant s'en sert,
mais sans y arrêter son esprit ; fl voit tou-
jours la chose même, et l'idée en consé-
quence reste particulière pour lui. Les
enfants ont une faculté d'association mer-
veilleuse : tout s'enchaîne, tout s'attire réci-
proquement dans leur cerveau ; les iuia^^es
se réveillent les unes les autres, et entraî-
nent è leur suite le mot. Quand ce mot
passe d'un objet à un autre, c'est par l'effet
d'un rapport moins apprécié que senti, et
l'enfant ne s'aper^nit distinctement ni de
l'analogie ni des différences.
€ Chez ceux qui réfléchissent, il en est
autrement : les termes généraux tels que
ceux d'espèce désignent un trait de ressem-
blance parfaitement défini, lis réunissent
comme un faisceau le souvenir d'une mul-
titude de noms individuels, et deviennent
pour leur esprit un moyen de manier léj^è-
rement une grande masse d'idées. Ces mots
offrent ainsi un secours puissant à rintelli-
gence, un secours qui a ouvert à l'homme
rentrée des sciences et lui a soumis le monde
p'iysique et moral. Mats plus les mots
jotîent un rôle important dans l'exercice de
noms tnatrtducls en termes généraux et appeilatifs,
p.«155, 1 5 (i 8. >
(451 ) t Ce sont là les idées concrètes de Cha* I»*»
Bfmnel, <f'll«»s que n'présoiili'nt les noms collectif*
troupeau^ tille y peuple^ noms qui luus répondent à la
sensation produite par des objrls seniUalJcs vns â
la fois. Ce penseur dit quelles sont, ainsi que lc«
Idées simples, de pors résultats d*' Tac irn des objets
sur les sens, et (comme tout ce qui tient aux Ichs
primitives de notre être) alisolunient indépen«'anlrs
de toute opéralion de Tesprit. » (Eiisai anafy'.iaue sur
L'$ facultci de ràmc, § ^01, iOo, 21 1.)
7^»»
LAN
DICTIOMNAIKK
LAN
:36
la p^n^é-", pins les images reculent au loin,
et plus la scène est décolorée. Le moment
brillant de notre existence est celui où les
ima;cs et les expressions é.^alement abon-
dantes marchent de pair, s*appeilent et se
réf)ondent avec facilité en offrant une heu-
reuse harmonie. QuanJ il n*en est plus ainsi,
quand les taîiieaux viennent à s'effacer et
les sentiment qu'ils excitaient à se refroidir,
alors les mots peuvent régner seuls, vains
simulacres de pensées éteintes, représenta-
tion mensongère qui bientôt ne produit plus
même u'ili jsion. Tel serait l'effet infaillible
do l'â^^e, SX Ton n'entretenait pas dans T&me
un foyer tfe vie et de chaleur.
« Des facultés physiques tout aussi remar-
qua!)les dans leur genre que les facultés
mora'es, contribuent à faciliter à Tonfant
l'apprentissage du lau^a^c. C'est là ce que
mettent dans le plus grand jour les belles
'^x )ériences sur les sourds-muets, publiées
par M. Itard, excellent observateur autant
que médecin habile (^k)2). Après avoir donné
le détail de ses expériences, ce savant en
tire la conclusion suivante : « Ainsi, ditMl,
« voilà bien constatée cette supériorité d'i-
« mitation vocale que Teijfant en bas-âge a
« sur TaJolescent, supériorité fondée sur
« deux différences bien tranchées et bien
« établies par mes propres expériences, des-
« quelles il résulte : 1"* que l'enfant imite de
« son propre mouvement^ tandis que chez
« TaJolescent, il faut que limitation soit
« provoquée ; 2" que l'enfant n'a besoin
« pour parler que d entendre, lorsque pour
n remplir la même fonction, l'adolescent a
« besoin d'écouter et de regarder. »
« On voit ensuite (p. 50-2] quelles diffi-
cultés M. Itard éprouva quand il voulut faire
émettre et prolonger des sons à des sourds-
muets qui avaient déjà, çrâce à lui, l'ouïe
passablement formée, mais qui ne savaient
i>as gouverner leurs poumons et leur gosier.
1 faut lire ces curieux détails dans le livre
même, pour comprendre ce que serait l'art
4le parler, s'il fallait l'étudier méthodique-
ment, sans avoir eu la nature pour maître
dans le premier âge.
« Mais avec quel plaisir, quelle étonnante
rapidité, l'enfant n'avance-t-il pas dans cette
étude, une fois qu'il en a franchi les pre-
miers pas? Tous les jours il se sert de ter-
mes nouveaux, il s'engage dans de plus lon-
gues phrases. L'amusement qu'il trouve à
parler est intarissable. Quand il voit une
chose qui l'intéresse , il répète vingt fois
qu'il la voit, avec une satisfaction dont nous
n'avons pas l'idée. Il se raconte à lui-même
ce qui le frappe ; le pouvoir qu'il a de pro-
longer ainsi son impression le ravit , et une
fierté mêlée de joie éclate dans ses jeux. Si
c'est la difficulté d'articuler les sons qui l'ar-
rête, il se tourmente, devient rouge, jusqu'à
ce que le mot ait pris l'essor. Au commence-
ment, il se contente à peu de frais, mais peu
à peu il devient plus difficile ; la syllabe
accentuée; qui d'al>ord avait excité seule
son attention , est successivement aooompa»
enée de toutes les autres , il se corrige de
Jui-même et ne trouve point cet amusement
à estropier les mots auquel les enfants ne
deviennent que trop sensibles dans la suite;
la satisfaction déparier comme les grandes
personnes lui suflit.
« Le plaisir est si bien le mobile plutôt
que ie besoin de l'enfant, qu'il fait des dis-
cours beaucoup plus longçs dans le conten-
tement que dans le chagrin. Il devient élo-
quent lorsqu'il est animé par la uaieté ou
par Fespérance ; mais, quand on le contra-
rie, il ne sait plus que murmurer, et le ta-
lent chez lui s évanouit avec la joie.
« 11 semble donc qu'il j ait une dispensa-
tion particulière de fa Providence pour que
l'enfant puisse apprendre à parler; aussi les
dons qu'il a reçus , passagers autant que re^
marquables, ont déjà perdu de leur vertu
firemière quand son esprit est plus déve-
oppé. Les enfants de cinq à six ans appren-
nent peu de mots. On voit , quand ils com-
mencent à lirct qu'ils ne comprennent pas
une foule de termes dont on s est fréquem-
ment servi devant eux dans la conversation;
on dirait qu'une fois qu'ils ont acquis leur
petit trésor de mots, ils se reposent et n en
-cherchent plus. Ils savent donner des noms
à la portion de l'univers qui les intéresser
ce qui reste en dehors les inquiète peu. Une
sorte d'instinct les porte même souvent à
repousser les acquisitions nouvelles qui
Fiourraient troubler leur joie ou leur paix.
Is sont contents , pourquoi demanderaient-
ils davantage? Leur bonheur est en sûreté
comme dans l'enceinte d'une île enchantée,
et les flots du monde extérieur gronJcDt
inaperçus autour d'eux.
tf La facilité à s'exprimer, qui est très-iné-
gale chez les enfants, n'est point générale-
ment proportionnée à la mesure de leur in-
telligence. Souvent une élocution agréable
et rapide ne prouve autre chose que le ta-
lent de retenir des phrases fiiitesi , tandis
qu'une manière de parler plus laborieuse et
moins régulière dénote un travail intérieur
et le soin de confronter l'expression arecla
pensée. Ce dernier cas n'est pas celui où ii
y a le moins à espérer de l'avenir, non que
la mémoire des mots ne soit en elle-niéino
une faculté précieuse , mais parce qu'elle
dispense souvent de la combinaison des
idées ceux qui n'ont pas un goût particulier
pour cet exercice d'esprit.
« De même qu'un seul signe peut servir
aux enfants à désigner plusieurs objets, un
seul objet est souvent représenté dans leur
esprit par différents signes. Aussi appreo-
nent-ils les langues diverses avec une ei-
trême facilité. Les sons s'enchaînent dans
leur souvenir comme les images, et un mot
entraînant à sa suite tous les mots dont il a
été accompagné , les idiomes ne se méleoj
pas ensemble dans leurs petits discours. Il
n'y a surtout aucun risque de confusion ,
quand la même personne s'adresse toujours
(«52) Traité da matgidia dclordlU cl de V^iudilion^ iom, II, p. 235.
LAN
ITAXrHROrOLOCiC.
à reniant clans la même langue. Alors Tidée
de cette personne, se liant dans sun souyp-
nir à ceAe d*ane certaine manière de par-
ler, il emploie cette manière en lui répon-
dant.
c C'est Ik sans donte an moyen commode
de fkdliterà Tenfiuit une acquisition impor-
tante, mais je ne crois pas qu'il en résultât
un bien grand déreloppement d'intelligence ;
da moins ne serait-il pas comparable à celui
que fait obtenir Tétude régulière d*une lan-
gue; il est douteux que la connaissance pu-
rement pratique d'un idiome contribue beau-
coup k former Tesprit. Ainsi Ton neToit pas
que les habitants des pays frontières qui sa-
vent toujours deui lan^^uesk la lois, aient Tes-
prit plus délié que les autres hommes. Et chez
ces peuples du Nord, où les enfants appren-
nent 6& le berceau k s'exprimer dans plu-
sieurs idiomes, les génies transcendants ne
semblent pas être plus abondants qu*ailleurs,
quoiqu'il rè^e généralement une facilité de
compréhension très-remarquable. Il y aurait
â cet é^rJ des faits intéressants k observer:
Tunion de la pensée et de la \ arole est si
intime, que les effets de leur première asso-
ciation ne sauraient être indifférents. L'in-
fluence d'une éducation polyglotte serait en
conséquence utile k étudier.
c Mais rhabilude de parler correctement
la lan^e maternelle sera toujours la plus
essentielle pour les enfants, lue faute qui ,
pour ne j>as être grave , n'en est pas moins
très-diiBcile k ré|iarer en éducation , c'est
celle de n^Iiger k cet égard l'emploi des
dons si particuliers du premier âge. Les an-
ciens n'avaient pas ce tort k se reprocher ,
et les soins qu'ils donnaient dès le berceau
è renonciation paraîtraient actuellement
minutieux et pédantesques. Mais dans les
|ia js surtout où la prononciation est vicieuse
et où les locutions le sont souvent, des soins
liareils seraient un correctif heureux au
mauvais effet de l'exemple. Il ne s'agit pas
seulement ici d'un agrément; ce qui tient
au plus |*uissant moyen d'influer sur Tima-
eination ne saurait être envisagé comme
frivole. f.e langage estrettérieur de l'âme ,
et quel empire sur le bonlicur et la moralité
des autres n'exerce-t-on pas par ce moyen?»
OnraOKS DB QUELQUES PHILOSOPHES, U!r<;Cf9-
etc., sur Corigint du\ langage et sur
râle dams la eonstitution de la raison,
Dca«, fU^ prnttfê ftwrtsarYÊe rrram^ imite
aa.is homiaem dbuniii a csims aoiinj-
IiIms qian dicei.di facu'Ute.
( Qc»tiuui, f ail. crat , lib. n, op. 1 . )
Nous avons rapproché ici les sentiments
de quelques auteurs sur la question qui
vient de nous occuper. Nous aurions pu en
citer un phis grand nombre, car c'est un fait
pour tous ceux qui sont attentifs au mouve-
ment de la science, que la théorie que nous
avons présentée sur I origine de nos connais-
sances tend k envahir renseignement phi-
losophique chrétien.
L.\!l
hEtmmwt»
738
B. Cogiiaiiones fieri possuni sine voeo'
bulis.
A. At non sine aliis signis. Tenta quœso
an ullum aritkmetieum cateulum institutre
possis sine signis numeralibus f (Cnm Deus
eaUulai et cogitattanem ejcercet, fii mundut.)
fi. Valde me perturbas^ ntque enim puta-
bam charaeteres vel signa aa raiiodnmuhun
lam necessaria esse.
A. Ergo reritaces arithmetieer aliqua signa
seu charaeteres supponunt T
fi. Fatendum est.
A. Ergo pendent ab hominum arbitrio ?
fi. Yideris me quasi prœstigiis quibusdmm
eircumrenire.
A. Nonmea hatc suni^ sed ingeniosi admo-
dumscriptoris.
fi. Adeone quisquam a bana mente disfe-
derepotest, ul sibi persuadeat veritatem esse
arbitrariam et a nominibus pendere\ cum ta-
men constet eamdem esse Grœcorunt^ Latine-
mifi, Cermanorun»^ geowetriam,
A. Recte aisy interea difjicuitati satisfacien"
dum est.
B Hoe unum me nale habetj guod nuis-
quam a me ullam veritatem agnosn^ inventri,
probari animadterto^ nisi tocabulis telaliis
signis in animoadhibitis.
A. imo si charaeteres abessentf nupquam
quicquam distin^ te ccgitaremuSf nrque ratio-
cinât emur.
B. At quando fgnras geometriœ inspici-
musy sœpe ex acturata eorum méditations
vcritates eruimus.
A. Jta est; Mcd sciendum etiam kas fguras
hab endos pro characteribus^ neque enim cir-
culas in iharta descriptus rerus est circulas^
ncque id oDus est ^ sed sufficit eum a ncbi$
pro circulo haberi.
B. Habe: tamen similitudinem quam dam
cum circulo^ eaque certe arbitraria non est,
A. Fat cor j ideoque utilissimœ characterum
sunt figurœ. Sed quam silmilitudinem esse
putas inter denarium et characterem 10^
B. Est aliqua relatio seu ordo in charo-
cteribus^qui in rebus^in primissicharactei es
sini bene inrenti.
A. Esto: sed quam similitudinem cum rébus
kabent ipsa prima eiementa^ verbi gratta O
cum fiiAi/o, rf / A cum iinea ? Cogeris ergo
admittere saltem in his démentis uulia opus
esse similitudine. Ej empli causa in Ltxis 4iiil
PEBEïiDi rocabulo, tametsi compositutn llci-
FEB relationem ad lucis et ferendi tocabula ha-
beat respondentem^ quam habet res llxifero
significatOy ad rem vocabulis llxis et ferenui
significatam ?
B. Hoe tamen animadverto , si charaeteres
ad ratiocinandum adhiberi possint, in iths
aliquem esse situm compiexum ordinem^ qui
rébus contenit , si non in singulis vocious
Sfuanquam et hoe meiius foret). Saltem in ca-
em conjunrtione et fleau^ et hune ordinem
rariatum quidem in omnibus linguis^ quo-
dammodo respondere. Atque hoe mihi spem
facit exeundi e difficultate. Nam et si chn^t-
cteres sint arbitrarii, eorum tamen usus tt
7r>9
LAM
DICTIONNAIRE
LAN
T40
( anncriù habel quiddam quod non c$l arbi-*
trarium^ scilicet proportionem quadam inler
characleres et res et divenorumcharacterum^
easdem res ejprimentiiun. rehuiones inter se.
Et hœe proporiio sive relatio est fundamen-
litiu c^rilalis. Efficit enim ut site hos site
rJios characteres adhibeamus. idem semper
sive œquivaîens seu proportione respondens
prodeatj tametsi forte aliquos semper eharor
cteres adhiberinecesse sit ad cogitandum.
A. Euge ! prœdare adtnodum teexpediisti.
Jdque confirmât calculai analyiicus afithme-
ticusve, Nam in numeris eodein semper modo
res succedety sive denaria^ sine^ tU quidam fe^
ccre^ duodeiiaria progressione^ utaris^ et por
stea quod diversi modo ealculis expiicasti^
in granulis, aliave materia numerabili esse-
ijHaris: semper enim idem provenit. [D'tal,
de coanex. inter res et verba. -r- QEuv, phH,
cl Kaspe, p. 509, etc.) «
Ailleurs il appelle les langues h mtrotr
de l enlendement.
L*ABBÉ MILLOT.
(nis!oire philosophique de l'homme.)
« Si nous iious att^ebions à suivre servi-
lement les traces des philosophes qui ont
jusqu'à présent traité de rhomme > nous ne
serions embarrassés que de savoir comment
les premiers hommes s'y prirent pour se
communiquer leurs sentiments et leurs
idées. Car pour les idées mômes, leur pré-
existence ne fait aucune difliculté chez les
philosophes. Ils les croient tous si fort in-
séparables de rbumanité, que je n'en con-
nais aucun qui ait seulement mis en ques-
tion s'il était possible ou non de concevoir
une société d hommes réduits aux. simples
perceptions, et aux expressions pui*ement
relatives à ces perceptions» (elles, h peu près,
. que la nature les a inspirées à toutes les au-
tres espèces d'êtres animés. Tous cesphi-
losopliesau contraire, ceux mêmes qui ne
^ croient point aux Idées innées, sesontaccor-
' dés à entamer Texamen du développement
des facultés humaines par la supposition
des idées , et ne se sont applicjués qu'à
chercher des conjectures sur la formation
des langues.
(c M. Tajibé de Condillac qui, sans contre-
dît, est aivès Locke celui qui a vu le. plus
dâir dans cette matière, a été lui-môme sé-
duit par Tauias des connaissances dont il
recherchait Torigine, 11 a cru trouver celle
du langage dans le sentiuient même, qui, de
toutes les modijjcations de Tâme^ est, dans
Tétatde nature, le plus ineommuniquable.
l\ suppose deux enfants (4^33) de Tun et de
l'autre sexe réunis par le hasard, et privés
Tun et l'autre de toute espèce de connais-
sance, et de tous les moyens de se commu-
niquer mutuellement leurs sensations. Il
veut que dans le commerce réciproque de
ces deux enfants Texercice de leurs percep-
tions et de la réminisc nce occasionnée par
la fréquente réi)élition de ces perceptions et
des circonstances qui les '(iccompagnaient*
leur ait fait attacher aux crik de cba^e pas-
sion les perceptions dont ils étaieul les si-
gnes naturels, et qu'ils aient accompagné
ordinairement c«s cris de quelque mouve-
ment, de quelque ^ste ou de quelque ar-
lion dont lexpression était encore plus sen-
sible. Par exemple^ diC-il, celui qui souffrait
parce auUl était prii>é d'un objet que ses be-
soins tui rendaient vécessaire^ ne s'en tenait
pas à pousser des cris , ii faisait des ffforts
pour l'obtenir^ il agitait sa t/te^ ses bras et
toutes les parties de son corps. Vautre^ ému
par ce spectacle^ fisàit les yeux sur le même
objet, et sentant passer dans son âme des
sentiments dont il n'était pas encore capa-
ble de se rendre raison , H souffrait de voir
souffrir ce misérable. Dès ce moment^ ajoute
M. de Gondiliac, il se sent intéressé à le
soulager, et il obéit à cette impression autant
qu'il lui est possible.
« Que de données dans ce seul exemple I
Il faut d*abord supposer que dans la posi-
tion de ces deux enfants, c*est^-dire, dans
rétat de pure nature, il y avait des besoins
d'une espèce à occasionner ûvs douleurs et
des cris, lorsque ces enfants ne pouvaient
pas les satisfaire. Il faut supposer ensuite
que celui des deux enfants qui éproura le
premier ces douleurs, et poussa ces cris, svà
trouver, sans aucun exemple, sans aucune
institution, les gestes, les mouvements et
les signes propres à exprimer son état, et à
indiquer l'objet dont il avait besoin, et qu*il
connût que tout cela étaitpropre à émouvoir
soncamarade, et à déterminer ses secours. 11
faut encore supposer que ce dernier qui n'a-
vait jamais éprouvé les mêmes douleurs, ni
poussé les mêmes cris , ni fait, les mêmes
gestes, les mêmes mouvements , les mêmes
signes, devina sans autre guide que l'ins-
tinct, que tout ce qu*il vovait signifiait que
son camarade souffrait. Il faut supposer en-
fin que les souffrances de celui-ci, et tout ce
qui les indiquait, retentirent dans le eœur
de l'autre, ei allèrent y exciter, ou plutôt y
créer, un sentiment de compassion qui le
détermina à donner du secours à son com-
pagnon.
« Sans toutes ces suppositions inadmissi-
bles, on voit qi;e l'exemple proposé par
M. Tabbé de Condillac ne peut pas lui-même
être suppose. Mais ce qui répugne le plus
dans cet exemple , c'est cette compassion
que ce philosophe veut faire naître dans le
cœur d un enfant qui n'a aucune idée des
souffrances en général, et qui n'a jamais en
particulier éprouvé celles qu'occasionne le
besoin de nourriture , le seul qu'on puisse
supposer dans Tétat d*enfance et de nature.
Il n est que trop vrai que nous ne pouvons
compatir naturellement qu'aux maux que
nous avons soufferts, et que si, dans l'état de
société civilisée, nous nous intéressons à la
situation des personnes livrées à des espè-
ces de douleurs que nous n'avons iamais
éprouvées, c'est par analo^e, et par la no-
(433) Section première de la seconde partie, p. 5 el suiv.
TU
LAN
i/AKTimoroLor.iE.
LAiN
743
tion générale que nous avons de la douleur.
Kl quant au fond même de ce sentiment de
roniparaison, c*est comme tous les philoso-'
plies ne peuvent s'empêcher d'en convenir,
iin retour sur uous-mêmes qui nous met |.ar
noire amour propre à la place de ceux de
nus semblables que nous voyous souffrir,
lorsque ces semUables nous sont chers, et
dans la proportion où ils nous sont chers.
Ce que je viens de dire ici suffit pour faire
vuir quels éclaircissements on peut atten-
dre sur l'origine du lan^^aged'uu; philosophe
qui place cette origine dans un sentiment
de compassion et U'intérêW qu'il crée pour
ainsi dire avant le temp!:, et de son autorité, *
L't qui ne peut êlre aue le fruit de plusieurs
Lirconçtanees au delà de Tétat de iiature.>
« Il est vrai que Mé de Condillac pai*aU
n'avoir posé ce fondement que pour en ve-
lir au langage d'action , et arriver par de^
;rés aux curieuses et savantes observations
juil nous a données sur la déclamation et
es gestes des anciens^ sur la musique^ la
•rosodie, et sur l'origine de la poésie. Mais
omme c'est sur le langage d action qu'il
onde l'origine de la parole, il est toujours
oustant que c'est sur des connaissances
m()0$sibles à concevoir dans l'état de pure
laiure, et sur un sentiment de compassion
ncore plus incroyable, qu'il bâtit tout l'é-
[ifice de la formation des lanzues.
« Il est aisé de sentir qu en admettant
ans examen ces principes arbitraires, vous
tes rapidement conduits où l'auteur veut
ms mener, et qu'après avoir perdu ces
trincipes de vue, tout ce que vous dit un
philosophe ingénieux et méthodique vous
âralt de la dernière évidence. C'est ce qui
rrire particulièrement en lisant ce que
f. l'abbé de Condillac dit sur la formation
es mots (W4).Mais encore ne peut-il point,
ans cet article, s'empêcher de donner dans
<'rreur coninsune à tous les philosophes,
ni veulent que l'invention du langage soit
: fruit de tX)nventions faites entre les hoin-
ics. Pour comprendre j ditnl, comment (es
9mtn^$ convinrent entre ei4x du sens des >
remiera mots quils voulurent mettra en
iage^ il auffit^ etc. Je n'irai pas plus avant -
ans lexamcn des opinions de M. de Con-
illdc. Je marcherais trop vite si je le sui-
ais. 11 est parti des connaissances qu'il a^ait
ide celles de ses lecteurs. Pour raoit je pré-
My* ne suivre que la marche de la nature,
lii sûrement n'a pas été aussi vite que la
ml aller tous les philosophes.
< M. Rousseau paraissait d'abord avoir
i-nti combien il était peu naturel d'attribuer
i formation des langues à une invention
ilérliie et au consentement raisonné des
ftMui«rs hommes. Il observe très-hien (435)
'if »* les hommes ont gu besoin de la parole
'•»*r apprendre à penser^ ils ont eu bien plus
f'oin encore de savoir penser pour trouver
'îr/ de la parole. Mais il se fait tout de suite
l '^ difficultés qui le portent à dire qu'à peine
^''ut'on trouver des conjectures supportables
'•^4) ScconJo partie, ch. 9.
sur èa naissance de cet art de eotimuntquer
ses pensées et di établir un comait^èrce ehêrs les
esprits. Ensuite il tombe dans le sentifuemt
de M', l'abbé de Condillac, et trouve, comme
ce philosophe, le premier langage de l'homme
dans le cri ue la nature. Et- tout ce qu'il dit
lîHdessus est très-bon pour la situation mili-
.tante où il a vouhi su^sposer le- premier état
de société. EnKnilTevient au eommon'sen-
timent des philosophes^ et reat àue les hom-
mes, après avoir exprinié tes objets visibles
et. mobiles pur des gestes^et ceux qui frappent
Fouie par des sons imitatif^j se soient enfin
avisés de substituer à ce langage ies ar^'cu-
latiûns de l'a voia^y quij sans avoir le même
rappori avec certaines idées ^ sont plus pro-
près à Us représenter toutes comme signes
institués; substitution^ ajoute 'ce philoisophe»
qui ne 'peut se faire que d'un commun côItsen-
TEMERT, et d'une manière asset difficile à
pratiq^uerpouT des 'hommes dont Itfs organes
grossiers n'avaient encore aucun eotercicè, et
plus difficile encore à concevoir en èlh-mêtnef
puisque cet accord unanime dut étrt motivé,
et que la parole .paraît avoir été fort nifces-
saire pour établir l'usage de tu paroh:
« Dans ce passage, M< Rousseau enchérit
encore sur 1 opinion de M. l'abbé dé Con-
dillac, {ïar rapport à la convention que ce
dernier a supposée nécessaire potir ^inten-
tion du langage, puisque M. Rousseau n'ad-
met pas seulement cette' convention , ttiais
qu'il veut encore qu'elle ail été niotitéè et
faite dans un seul âgé d'hommes. Je dis dans
un seul âge d'hommes, parce qu'en supposant
avec cet auteur que le défaut d'exeririce eût
rendu grossiers les organes de la parole chez
les premiers hoâimes adultes, cette grossiè-
reté n'aurait pas p.issé jusqu'à leurs enfants,
qui, aussi bien disposés par \a nature que le
sont les nôtres^ auraient, par la douceur et
la flexibilité de leurs organes, corrigé' ce
qu'il 7 aurait eu de dur dans le langage de
convenlion qu'ils auraient entendu et appris.
La grossièreté des organes île pouvait donc
être un obstacle è la formation des langues,
que pour les individus mêmes qui convin-
rent de son invention, et cette invention fut
donc elle-même l'ouvrage d'un seul âge
d'homme, Mais au fond SI. Rousseau n'était
pas bien persuadé de la' réalité du consente-
ment raisonné et motivé des j&remiers in-
venteurs du langage. 11 et! revient, comme
nous venons de voir, à dire que la parole
farait avoir été fort nécessaire pour établir
usage delà parole.
« 11 aurait été bien à désirer qu'un homme
aussi habile à développer les prînicipes qu'il
se fait ou qu'il adopte eût roulu faire de
cette dernière proposition la base de ses re-
que la matière l'exigerait _ .„
quelque chose de plus lumineux et de plus
approfondi (jue tout ce qui a été dit jusqu'à
présent. Mais ici, comme dans bien d'autres
endroits de ses ouvrages, M. Rousseau a
(IÔ5) Pag^ -49 de son Discours sur H
n5
LAN
DICTIONNAIRE
LAN
T<l
auandonné le ctiemin que lui indiquaient
ses piopres lumières, pour suivre les rouies
battues.
« Au reste, les deux philosophes dont je
Tiens de parler ne sont pas ceux qui me pa-
raissent ayoir le plus donné dans Topinion
que le langage est le fruit d*une convention,
et conséquemment le résultat d*idées anté-
rieures à son institution. On voit môme, en
les lisant avec une certaine attention, qu'ils
ne posent ce fondement que d*une main
tremblante « et qu'ils voudraient avoir pu
trouver quelaue chose de plus solide. Mais
voici un céléore géomètre, bien moins cir-
conspect et bien plus décidé que MM. de
Condillac et Rousseau : c'est feu M. de Mau-
pertuis. Il ne s*est pas seulement persuadé
qu'un être tel gue Tliomme, capable de par-
venir aux sublimes spéculations et aux pro-
fondes découvertes de la géométrie, devait
être doué du talent de penser avant que de
parler : il a cru encore que cet Être pouva'.t
se faire arbitrairement un nîan d'idées tou-
tes différentes des nôtres. Voici ses paroles :
On trouve des langues^ surtout chez les peu-
ples fort éloignés^ qui semblent avoir été for-
mées sur des plans d'idées si différentes des
nôtres f qu'on ne peut presque pas traduire
dans nos langues te qui a été une fois ei primé
dans celles-là. Ce serait y ajoute cet auteur, de
la comparaison de ces langues avec tes autres^
qu'un esprit philosophique pourrait tirer beau-
coup futilité (ïX).
« Assurément si M. de Maupertuis eût eu
cet esprit philosophique dont il parle, il
n'aurait jamais pensé que la difficulté de
rendre dans les langues connues le sens
d'expressions totalement étrangères h ces
langues supposât des plans d'idées différen-
tes des nôtres. Il aurait vu, au contraire,
que rien n'est plus éloigné de la simple rai-
son que cette imagination d'un plan d'idées
antérieur à l'invention du langage; et la
connaissance des langues que nous avons
apprises par les ouvrages des anciens les
plus savants et les plus éloquents l'aurait
convaincu qu'il n'y a jamais eu, dans quel-
que temps et chez quelque peujjle que ce
soit, d'autres idées que celles que peuvent
avoir tous les hommes, parce qu'elles sont
toutes l'effet de la môme ori^anisation et le
résultat des mômes perceptions, ou du
moins l'effet de la môme faculté de perce-
voir. Il aurait vu que s'il se trouve dans
toutes les langues des mots et des phrases
en quelque sorte intraductibles dans toute
autre langue, cette difficulté ne vient point
de la singularité réelle des idées exprimées,
ni de ce qu elles sont si absolument particu-
lières aux hommes qui se sont servis de ces
expressions qu'elles deviennent incommu-
nicables à toute autre espèce d'hommes,
mais de ce que ces idées, par leur analogie
au génie de ces hommes et à celui de leur
langue, ou à des opinions et à des usages
(436) Œuvres de Maupertuis; Lyon, i756, t. I'',
an. â (les Réflexions philosophiques sur roriyiue des
languet.
qui nous sont inconnus, ne peuvent nous
être communiquées faille de véhicules né-
cessaires pour l'es faire passer dans noire
intelligence. En un mot, avec un peu de
philosophie, H. de Maupertuis aurait re-
connu que ne pouvant y avoir des hommes
qui eussent d'autres sens, d'autres facultés
que les nôtres, il ne pouvait non plus y en
avoir qui eussent des idées étrangères et
supérieures à ces sens et à ces facultés : ce
qu il faudrait cependant supposer pour at-
tendre des lumières, telles que M. de Mau-
pertuis les désirait, de la com[iaraison entre
elles des langues les plus étrangères, et de
la comparaison de ces mêmes langues avec
les langues connues.
« Je suis très-éloigné de croire qu^après la
simple invention des signes, les idées des
Crémiers inventeurs se soient bientôt com-
inées les unes avec les autres (^^37); qu'elles
se soient en môme temps multipliées, et
qu'on ail aussi multiplié les mots, souvent
môme au delà des idées. Il est visible qu'ici
M. de Maupertuis met d'abord les effets
avant les causes, et qu'ensuite il avance une
proposition fausse, en disant que les inven-
teurs du langage ont souvent multiplié les
mots au delà des idées.
«( Il est en effet cçrtain rfue l'esprit humain
n'a jamais pu connaître et combiner que des
objets fixes et déterminés, ou des modifica-
tions de ces objets. 11 est aussi certain qu'il n'y
a que les mots qui puissent distinguer, ffxer
et déterminer les idées, ainsi que leurs mo-
difications, de sorte que, supposer la combi-
naison et la multiplication des idées avant
l'invention des mots qui les font distinguer»
(]|ui les fixent et les déterminent, c'est mettre
1 effet avant la cause ; c'est avoir une opinion
3ue le seul respect qu'on doit à la mémoire
'un homme célèbre empoche de qualiCer,
comme elle le mériterait.
« Et quant à cette autre opinion oiï était
M. de Maupertuis, que dai^ l'invention du
langage, on a multiplié les mots au delà des
idées, elle n'est pas moins extraordinaire, è
moins que cet auteur n'ait voulu parler des
mots ou particulesqui, n'exprimant par elles-
mômes aucune idée, servent seulement à lier
les mots ou les propositions qui expriment
les idées. Mais ce n est pas dans la première
invention du langage qu'on peut supposer
ces particules; et en tout cas. Ai. de Mauper-
tuis aurait toujours abusé des termes.
« C'est quelque chose de bien curieux
que d'entendre cet auteur se plaindre de
ce que à peine nous sommes nés (h38)^ que
nous entendons répéter une infinité de mois
qui expriment plutôt les préjugés de ceux qui
nous environnetit que les premières idées qut
naissent dans notre esprit: que noi^ retenoHM
ces mots; que nous leur attachons des id/es
confuses, et que voilà notre provision faite
pour le reste de notre rie, sans que le piut
souvent nous nous soyons avisés di'opprefon^
(157) Loc, cit,, art. 4.
(i38v Ibid
715
Uîf
D'A^niROrOLOGIE.
L\N
1€
la traie valeur de ces moti^ ni la sûreté
des eannaisMances quils peuvent nous procU"
rer^ au naui faire craire que nous possédons.
Ces incooTénients furent sans doute bien
fâcheax pour un homme comme M. de Mau-
pertais, qui sans cela n*auralt pas perdn to-
talement le soutenir de ses premières idées,
de rétonnement que lui causa ta tue des objets,
hrsquil ouvrit les yeux pour la première
fois, et des premiers jugements quil porta
dasu eei âge oit son âme, plus zide d idées,
lui aurait été plus facile à connaître qu*elle
ne Tétait lorsqu'il écrirait toutes ces tielJes
eboses, parée qu'elle était, pour ainsi dire,
plus elle-même, etc. {h39). Mais pour tout au«
tre étrd raisonnable, le malheur n*cst pas si
p^nd. I^s hommes de cette dernière espèce,
qui assurément ne comptent point avoir été
philosophes dès en ourrant les veux, sont
fort contents qu'on ait accéléré fe déyelop-
pement de leurs facultés, en leur apprenant
lies mots qui, sans expliquer Tcssence in-
eonnac des choses, leur donnaient par de-
grés assez de connaissances sur Texistence
de ces choses, sur leurs modifications et sur
leurs rapports avec eux, pour en bire usage
snirant leurs besoins et leurs goûts, et
poar ne pas les confondre les unes arec les
autres.
« L^ philosophes, surtout, ne s'imagine-
ront jamais qu^il puisse naflre dans notre
esprit des idées indépendantes des mots, ni
que les premiers mots que nous apprenons,
ne serrent qu*è exprimer les préjugés de
ceux qui nousenrironnentdans notre enfance.
Ils verront, an contraire, que ces mots leur
ont été extrêmement utiles pour dénommer
suecessiTement et proportionnément à leurs
l>esoins, les choses et leurs qualité5, d*une
manière k les fixer et h les attacher dans leur
carreau, en sorte que se rappelant les mots
h propos du besoin qn*ils avaient des choses,
ils pouvaient se servir des uns pour se pro-
cnrer les autres. D'ailleurs, ces philosophes
savent très-bien que ce n*est pas dans les
mots, et surtout dans ceux que nous cppre-
n«>ns dans Tenfance, que se trouvent les
préjugés; mais dans les jugements abstraits
que nous|K)rtons des choses, lorsque, après
avoir appris une infinité de mots, et multi-
plié nos idées par leur moven, nous venons
à combiner ces idées, et 2i nous faire des
r^^lcs et des principes sur des choses qui
n'ont d'autre modèle sensible que nos pro-
pres i'iées, et qui sont au-dessus, comme
au deik de nos besoins naturels.
« Mais M. de Maupertuis était bien éloi-
gné de penser que nous eussions besoin de
i mots pour former des idées ; et comme si ce
n'avait pas été assez de ce que nous venons
de rapporter de son opinion sur cette partie,
il vajnsqu*k s*ima.^ner on'un homme kqui
If» sommeil aurait fait ounlier toutes se? per-
ceptions et tous les raisonnements qu'il avait
faits, mais qui anrait conservé les facultés
d'at>:Tc'evoir et de raisonner, viendrait de
(t39) Loc. df., art. 6
Dir.TIO^?l. D*A!<TnK0P0L03IE.
lui-même facilement a bout de fixer et de
distinguer ses idées par des signes. Et voici
comment cet homme s'y prendrait : Suppo-
sons que sa première perception eût été, par
exemple, celle quil éprouvait lorsqu il disait :
Je voîs un arbre: qu'ensuite il eut la même
perception qu'il avait lorsqu il disait : Je vois
un cheval. Des que cet homme,d\i M. de Mait-
pertuis, recevrait ces perceptions, il verrait
aussitôt que rune n'est pas l autre, et il cher'-
cherait à les distinguer. Et comme il n'aurait
pas de langage formé, il les distinguerait par
quelques marques, et pourrait se contenter
de ces expressions A. et B. pour les mémts
choses qu il entendait lorsqu'il disait : Je vois
un arbre, ie vois un cheval. Recevant ensuite
de nouvelles perceptions, il pourrait les diS"
tinguer toutes de la même sorte, et lorsqu'il
dirait, par exemple, il., il entendrait la
même chose qu'il entendait, lorsqu'il disait :
Je vois la mer.
« Cet auteur ingénieux, mais qui, comme
bien d'autres, ne voyait point clair dans
cette matière, a cru qu'en sauvant la faculté
de raisonner de l'oubli de toutes les autres
connaissances, il n*^ avait rien de plus na-
turel que les opérations qu'il fait faire à son
homme. Mais il aurait été bien embarrassé ffi
quelqu'un lui eût demandé ce qu'il entendait
par cette laculté de raisonner. Obligé d'apn
profondir les termes , peut-être aurait-il
reconnu, malgré lui-même, que bi dans
l'usage ordinaire des philosonhes, ces ter-
mes exprimaient l'attention, la réflexion et
le jugement, dans l'exacte vérité ils ne signi-
fiaient que la puissance passive d'acquérir
ces qualités par le moyen du langage. Alors
M. de Maupertuis aurait senti que son homme
h^rpothétique, ayant oublié toutes ses percep^
tibns, tous ses raisonnements, il avait aussi
perdu la faculté active de former un dessein,
tel que celui de vouloir distinguer ses per-
ceptions par des marques quelconques. 11
aurait ensuite reconnu la distance immense
qu'il y a entre les simples perceptions c'un
arbre, d'un cheval et de la œcr, cl celte
0[>éralion de Tesprit et du langage, par la-
quelle on dit, JE VOIS i!« arbre, je vois ix
CHEVAL, je vois LA VER. Il Rurait vu, en un
mot, que la supposition d'un homme qui,
après avoir perdu tous les moyens de fixer et
de distinguer ses idées, chercherait à dési-
gner et à arranger ses premières perce^^tioiis,
n'est guères moins plaisante que cette jiolis-
sonnerie de parade où Arlequin feignant
d'être mort d'un coup de fusil, et continuant
cependant de parler, répond à celui qui le
lui fait remarquer, qu avant de mourir, il
s'est réservé l'usage de la parole.
« Mais après tout, que pouvait-on atten-
dre sur celle matière, d'un observateur qui
était inquiet de :;avoir si les différences ex-
trêmes l'ihO) qu'on trouve aujourd'hui cîcns
les manières de s'exprimer, viennent tics
altérations que chaque père de famille a in-
troduiCcsdans une langue, d'îf boni cc::?munc
(*!•) Lettre sur tes proqrh des sci^icu^ tome 0.
page xpi9.
2\
i7
LA.^
DicTio:(\Ainc
LA!I
Z4$
à tous ou ^î ci.*5 manières lie s'ei primer ont
d*aliord été différente? ? qui croyait qu'on
fi^iurrait trourer de grandes lumières sur
cette question dans la lan.^ue que se feraient
dffUY ou trois enfants élevés ensemble dès le
p'ns ïiB^ â^e, sans aucun commerce arec les
autres horomes, quelque bfyrnée que fût cette
lanr^e; nui remaniait comme une chose très-
f<»M!nlielle d'observersi celte nouvellelan;^e
ressemblerait à quelqu'une de celles qu on
parle aujourd'hui, et de Toir arec la quelle
de ces lances elle aurait le plus de confor-
mité ; qui désirait encore que Ion formât plu*
sieurs sociétés pareilles d*enfants de différen-
tes nations dont les pères parlassent les lan-
gues les plus différentes, par?e qu'à son avis,
Ja naissance est déjà une espèce d'éducation ;
qui enfin \toria\i I aveuglement sur cette ma*
tière, aufioint de s'ima^ner que cette eifié-
rience ne se bornerait pas à nous instruire sur
Fori^ne des langues, mais qu'elle pourrait
encore nous apprendre bien d'autres choses
sur l'origine des idées mêmes, et sur les no-
tions fondamentales de l'esprit humain. Ce
géomètre ne s'apercevait pas de ce que peut
voir tout homme éclairé des simples lumières
du bon sens, que le langage est une chose
purement accidentelle, tant ^iour le fond, que
pour la diversité; que, sans recourir à des
etpériences à peu près imj)0ssibles, il y a
dans la différence extrême qui se trouve
entre les langues des |)euples qui ne se sont
jamais connus, qui n'ont jamais eu les moin-
dres rapports ensemble, la prouve la plus
complète de l'inutilité de ces exf>ériences ,
puisque l'on peut faire dans la comparaison
de ces langues, des recherches beaucoup
plus étenJucs que celles qu'offrirait le lan-
gage trouvé par deux ou trois enfants iso-
lés, ou par plusieurs sociétés de deux ou
trois enfants de cette espèce. Il ne fallait pas
moins que l'opinion très-singulière où était
M. de Maupertuis çiu'il était possible de
trouver des idées indépendantes de toute
espèce de langage, et absolument étrangères
à toutes nos connaissances, pour le porter à
s'imaginer que des langages tout fratchement
inventés, et entièrement différents de tous
les langages connus ou possibles à connaî-
tre, lui fourniraient des idées de cette es-
pèce. II ne s'aperçoit pas que s'il eût pu -y
avoir de ces sortes d'idées, on n'aurait jamais
pu les lui communiquer, faute de moyens
propres ; attendu que pour que nous puis-
sions recevoir une nouvelle idée quelconque,
il faut ({u'elle entre dans notre cerveau par
analogie avec les idées que nous avons déjh,
et par des termes équivalents à ceux dans
lesquels cette idée nous est présentée. Mais
dès là qu'une idée aura de l'analogie avec
nos autres idées, et que nous pourrons la
fixer par des termes é ^[uivalents a ceux dans
lesquels elle aura été originairement conçue ;
elle cessera d'être *de l'espèce de celles que
(iil) Si Ton fait attention que ce ii*csl pas aux
hommes qui ont su un plus grand nombre de lan-
gues que nous devons le plus de lumières philoso-
ptiiqurs, on convicmha facih'mont do la vcrUèùe ce
H. de Manportuî^ vouJaîl que 1 on cbnvhâl
par lies moyens aussi bizarres que diffi» îles
a mettre en pratique. Les jphiloâopbes qot
n*ont itas même t^esoin de l'èlre pour seoiir
toute Villusioa des tocs de M. ue Uao^tt-r-
tub, ne s'amuseront jamais à chercher dans
la comparaisr>n des langues les plus étran-
gères, et, si Ton tcuI, les plus ori^încUes
des idées iniépcndantes de tout langage : et
loin de croire qu'on puisse trouver de telles
idées dans certaines langues exislaaies ou à
exister, ils seront en état d'affinoer* sans
sortir de leur cabinet, qu'essentiellement
|»ar!ant, il n'y a qu'une sorte de Unc;a,;e«
puisqu'en quelque langue que ce soit* on ne
peut exprimer que ce quon voit et ce qu^on
sent, et cela dans l'étendue bornée de n *s
focultés qui sont, pour le fond, les mêmes
dans tous les hommes organisés selon les
lois générales de la nature; de sorte qu ab-
solument parlant, c'est la chose du moiiJe la
{}lus inutile que de ciiercber à péi é J-er le
sens des langues différentes de la nôtre; et
que quand la vie d'un homme suffirait pour
les apprendre toutes (i41), tant de langues
réunies dans uotre cerveau ne nous offri-
raient pas plus de connaissances réelles et
utiles, que celles que nous pouvons facile-
ment acquérir par le moyen de notre lao^u^
maternelle. Les recherches proposées par
M. de Maupertuis sont donc de pures Tisiotis
et l'on peut hardiment les mettre dans ta
classe que mérite cette autre idée où était ce
géomètre, que peut^tre on ferait hiea des
découvertes sur cette merveilleuse onioo de
l'âme et du corps, si l'on osait, comme il le
désirait humainement, en aller chercher les
liens dans le cerveau d'un criminel vi-
vant H^iS).
a On me reprochera, peut-être, d'avoir
perdu trop de temps à comtiattre les chimères
de M. de Maupertuis. Mais on ne trouvera
pas ce temps tout à fait mal employé, si Ton
prend la peine de faire attention qae ces
chimères n'en sont pas pour tout le moode;
que d'ailleurs, quelles que soient les opi-
nions d'un homme célèbre, elles méritent
les honneurs de la critique; et qu'enfin les
raisons que j'ai employées contre cet auteur,
serviront toujours, si elles sont lioanes, k
établir les principes de ce que j'ai à dire sur
la formation du langage.
« M. l'abbé Pluche, dans sa Mécanique des
langues^ pense que la parole a été donnée à
l'homme pour exprimer ses pensées. II met
donc, comme H. de Maupertuis, les pensées
avant la parole. Mais, plus circonspect et
moins curieux que ce géomètre, il prévient
toutes les difficultés, en disant oue ce n'est
aucun homme, mais Dieu seul qui a été
notre premier maître de langue. Et il a rai-
son, pour moi et pour bien d autres. L'aut«>
rite sur laquelle sa proposition est appuyée,
est trop certaine et trop lespectable pour
qne je dis ici.
(44i) No taxeraitron pas de bariaric H. âe Mat
pertuis, si Ton ne lui eût pas coniui aa cacan«^
forl diff<-»eiil?
719
UN
DAMIIKOPOI-OCÎF^
U\S
75A
qa*on puisse la révoquer en tloote. •
osmoEm.
« .... Lliîstoire de Tespèce humaine nré-
.^ente un gran J nombre d'accidents et d éTé-
neroenls qu*il m'e$t impossible de com-
prendre sans le concours d'une influence
supérieure ; nar exemple, il me parait inex-
plicable que rhomme ait pu commencer l«n
carrière du perfectionnement et inventer le
lan.^çe et la première science, sans un guide
supérieur.... On ne peut nier qu'une écono-
mie divine ait régne sur l'espèce humaine
depuis son ori^ôoe pour diriger sa course
dns les voies les plus sûres. » ( idées $ur la
pkitoM. de rhisi, de rhumaniié^ 1. 1, liv. v,
p. 299.)
M. Cousin reproche à Herder d*avoir eu
recours k des « erpiications mystiques , au
Jien de rapporter le lan;^age à Ténergie de
fespnt humain. Comme Rousseau, dit-il, et,
depuis, M. de Ronald , Herder résout le pro-
blème par le ùems ex machina. Le langage ,
suivant lui , est d'institution divine ; cela
peut être, mais ce n'est pas moins un contre-
sens dans l'ouvrage de Herder , où tout est
expliqué humainement. Si Dieu intervient
fiaiis cette difficulté, il faut le faire intervenir
dans d'autres difficultés qui ne sont pas
moins grandes , et c'en est lait de l'idée ion-
ciaraentale du livre. » (Cours de I8â8 au
inirod. à Thisi. de la Philos.^ W leçon,
p. 29.)
Que Herder soit ici ineonséçpsent , cela
peut être ; mais ne vaut^il pas mieux admet-
tre une vérité par inconséquence que d'être
perpétuellement dans le faux fiar amour de
la logique ?
Donnons encore quelques extraits ducélè-
fire philosophe allemand.
« Si les hommes , dit-il , dispersés sur la
terre comme les animaux, avaient dû établir
d'eux-mêmes et sans secours la forme inté^
rieore de Thumanité , nous trouverions
encore des nations sans langage, sans raison,
sans religion, sans morale, car ce que
rhomme a été, l'homme l'est encore ; mais
aucune histoire, aucune expérience ne nous
permet de croire que l'homme vive nulle
part comme l'orang-outang. Les fables anti-
ques que Diodore et Pline racontent de ces
monstres humains privés de tous sentiments
portent avec elles un caractère évident de
fausseté. 11 en est de même des rérits des
poètes qui , jaloux de relever la gloire de
leurs Orphées et de leurs Cadmus, exagèrent
la grossièreté des empires naissants de l'an -
tiquité ; les temps où ils ont vécu, et le but
de leurs ouvrages diminuent également l'au-
lorité de leur témoignage. En snivant les
analogies du climat, il parait évident qu'au-
cune nation européenne, surtout aucune tribu
de la Grèce, n'a été dans un état si abject que
les Nouveaux-Zélandais ou que Içs Pécherais
de la Terre de Feu ; cnoore dan^^ dé. 'lalla-
tion même de ces ] eupIaJes , retrouve-t-on
des traces d'humanité , de raison et du lan-
gage (iW).
c Si, comme nous Tavons vu , les qualités
les plus distin^ées de Thomme , heureuses
ca|)aeités qu'il apporte en naissant » ne s'ac-
quièrent et ne se transmettent, à proprement
parler , que par la puissance de Téducation ,
du langage, de la tradition et de Tart, non-seu*
lement les premiers germes de cette huma*
nité devaient sortir d'une même origine,
mais il fallait encore qu'elles fussent artifi-
ciellement combinées dès le principe pour
que le genre humain fût ce qu'il est. Un
enfant abandonné et laissé à lui-même peu -
dantdes années ne peut manquer de périr
ou de dégénérer. Comment donc l'espèce
humaine aurait-elle pu se suffire à elle-même
d'ans ses premiers débuts ? Une fois accou-
tumé à vivre de la même manière que 1 orang-
outang , jamais l'homme n'aurait travaillé à
se vaincre , ni appris à s'élever de la condi-
tion muette et dégradée de l'animal aux pro-
diges de la raison et de la parole humaine.
Si la Divinité voulait que i homme exerçM
son intelligence et son cœur, il fallait qu'elle
lui donnât Tune et l'autre ; dès le premier
moment de son existence, l'éducation, l'art*
la culture lui étaient indispensables ; ainsi «
le caractère intime do> l'humanité porte
témoignage de la vérité de cette ancienne
philosophie de notre histoire (hhk).
« Et ranimai humain, s'il eût été pendant
des siècles de siècles dans l'état abject qu'on
lui prête, et que, par des proportions entiè-
rement différentes, il eût reçu la forme qua-
drupède dans le sein de sa mère , comment
eût-il abandonné cet état de son propre mou-
vement et se fût-il élevé k l'attitude droite,
de la condition de l'animal qui le courbait
vers la terre ? Comment eût-il pu s'élever à
Tétat d'homme, et, avant qu'il ne fût homme,
inventer la parole humaine 7 Si l'homme eût
commencé fiar marcher sur les pieds et
sur les mains , assurément il n'aurait point
changé ; et il n'y a que le prodige d'une
seconde création qui eût fait de lui ce qu'il
est maintenant, et ce que son histoire et T'ex-
perience nous attestent à chaque f^s.
« Pourquoi donc embrasserions-nous des
paradoxes dénués de preuves, et même entiè-
rement contrailictoires, quand la constitution
de l'homme, l'histoire de son espèce et toute
l'analogie de l'organisation terrestre, nous
conduisent à d'autres résultats (445). »
paéDiaic sciiuieBL.
Dans Touvrage qui tourna pour la pre-
mière fois sur lui les regards de l'Europe
(son petit Traité publié en 1808 mr fa langue
et sur la sagesse des indiens)^ il déclare fran-
chement son opinion sur I unité originaire
de toutes les langues. 11 rejette avec inJign<!-^
tion l'idée que le langage serait une invet:-
tiop de l'homme dans un état sauvage et
(443) IkBMBi, Idée» sur la p&êlas^Mf de nUtotre,
t. H, Ut. IV, cfa. 5, p. 210.
(4441 HcftKft« Uitf. eu., i. Il lîv. i, cha-) 8.
WS- 278.
•n-
(4l.'i) HrRDrft
cba|t. G.
IJé^s , Ole. . loiDC 1" Ijvrw 111
7ÎJf
LAN
DtCTiONISAiliE
LWN
73«
iâk^iHte 9 amenée à une perfection graduelle
par le travail ou l'expérience de générations
successives. Il le considère au contraire
comme un tout indivisible avec ses racines
et sa structure, sa prononciation et ses carac-
tères écrits.
Ses études postérieures n*ont rien changé
h cette opinion , comme on le voit par son
dernier chef-d'œuvre ('»W). Dans sa philoso-
phie du langage, il considère la parole
comme un don particulier à Thommxï et par
<x)nséquent unique dans son origine. Nous
«n citerons le passage suivant :
a Avec nos sens et nos organes actuels, il
nous est impossible de nous former Tidéc la
plus éloignée de cette langue que le pre-
mier homme possédait avant d avoir perdu
sa puissance , sa perfection et sa dignité
oriL5inelles ; tout comme il nous serait impos-
sible de raisonner sur cette parole mysté-
rieuse àTaidede laquelle les esprits immor-
tels envoient leurs pensées sur les ailes de
ia lumièi*e à travers Tespacc immense des
cieux ; de même encore que nous ne sau-
rions concevoir ces mots ineffables pour des
êtres créés, qui sont proférés dans Tintériour
l'amour divin appelle la majesté éternelle.
ijOrsque de ces hauteurs inaccessibles nous
redescendons h nous-mêmes et au premier
homme, telquil était réellement, la narra-
tion simple et naïve do ce livre qui contient
notre histoire primitive, et nous montre
Dieu apprenant à Thounne à parler, cette
narration « dis-je , à nous arrêter même au
sens k plus simple , sera en accord |>arfait
avec ce que nous sentons naturellement.
Comment, en effet, pourrait-il en être autre-
ment, ou comment une autre impression
serait-elle possible, quand nous considérons
le rôle que Dieu y joue, celui d*un père,
pour ainsi dire , qui apprend à son fils les
premiers rudiments du langage ? mais sous
ce sens si simp'e est cachée comme dans tout
ce livre mystérieux une autre signification
beaucoup plus profonde. Le nom de chaque
chose et de chaque être vivant , tel qu'il est
nommé en Dieu et désigné de toute éternité,
co nom contient en hu-même l'idée essen-
tielle de son être le plus intime , la clef de
son existence, la puissance décisive do Têtre
ou du non-être ; c'est ainsi qu'il est employé
dans le discours sacré , où il est en outre
dans un sens plus haut et plus saint , uni à
ridée du Verbe. D'après ce sens plus profond,
cette narration montre et signifie , comme je
Tai déjà remarqué, qu avecJe langage confié,
communiqué et parlé immédiatement par
Dieu à l'homme et par le langage même ,
l'homme fut installé comme le (gouverneur
et le roi de la nature , ou plus rigoureuse-
ment encore , comme le député de Dieu au
(4i6) Phitosophische vorleiungen, etc. , 1830. —
L'iiutcur expira en écrivant la dixième k^yon. 1^
(iernier mut de son manuscrit f«t aber^ niaû. On a
a.jpelé cet ouvrage le Cycnea vox et oratio de ce bi'au
I
sein de cette création terrestre, fonction
sublime qui fut sa destination originelle. »
BENJAMIN CONSTANT.
« On a recherché l'origine de la reiigion ,
comme on a recherché Torigine de la société
et l'origine du langage. L'erreur a été la
mêii.c dans toutes ces recherches. On a com-
mencé par supposer que l'homme avait existé
sans société y sans langage ^ sans religion....
Mais cette supposition impliquait qu'il pou-
vait se f)asser de toutes ces choses, puisqu'il
avait pu exister sans elles. En partact de ce
riucipo on devait s'égarer. La société , le
angage et la religion sont inhérents à fhomme^
leur assigner d'autres causes que sa nature
c'est se tromper volontairement (4-47).
« Tous les systèmes religieux et politi-
ques des philosophes du xviir siècle {)ar-
tent de l'hypothèse d'une race réduite pnmi*
tivement \ la condition de brutes errant
dans les forêts et s' v disputant le fruit des
chênes et la chair des animaux.
«I Mais si tel était l'état naturel de l'hommet
1)ar quel moyen l'homme en serait-il sorti 7
nvoquer le hasard , c'est prendre pour uro
cause un mol vide de sens ; le hasard ne
triomphe point de la nature ; le hasard n'a
point civilisé des espèces inférieures qui ,
dans Thypothèse de nos philosophes, auraiei .1
dû rencontrer aussi des chances heureuses.
« La civilisation par les étrangers laisse
subsister le jTOblème intact. Vous me mon-
trez des maîtres instruisant des élèves, mais
vous ne me dites pas qui a instruit les maf*
très : c'est une cl>alne suspendue en l'air. Il
y a plus, les sauvages repoussent la civilisa-
tion quand elle leur est présentée. Plos
1 homme est voisin de l'étal sauvage, plas il
est stationnaire. Les hordes errantes que
nous avons découvertes , clair-semées aux
extrémités du monde, n'ont pas fait un seul
(MIS vers la civilisation. Les habitants des
côtes que Néarque a visitées sont eneore
aujourd'hui ce qu'ils étaient il y a deux mille
ans....
« Il en est de même des sauvages décrits
dans l'antiquité par Agatharchide, et, de nos
jours, par le chevalier Bruce, etc.*» 'hhS^^
6. DE HUMBOLDT.
r
Le célèbre Guillaume de. Humboldt, qui
avait concentr.^ toutes les forces de son gé-
nie dans l'étude comparative des langues
sous leurs rapports grammaticaux, philoso-
phiques et historiques, et qui joignait la pins
vaste érudition à l'intuition la plus péné*
trante, n'a jamais pu concevoir la formation
liumaine et progressive du langage. Voici
textuellement sa pensée :
« La parole, diaprés mon entière conric^
tion, doit être considérée comme inhérente
à l'homme; car si on la considère comme
l'œuvre de son intellect dans la simplicité
génie.
(i47) De la teHgion , fMir Benlajaln
l. i", liv. r', ch. 8, p. 161-163.
(148) i(/., iM., p. 157, etc.
7i
LAN
D'AXTimOPOLOCIE.
LAN
75J
PM
de sa oonraîssance native, e*e9i ahioêument
inexplicable. PlulAt qae de renoncer, dans
Teiplication de Forigine des langues, è l'in-
flaenee d*anc Cmm$e puisManit et prtmi^t^ et
de leur assigner à toutes une marche nnî-
forme et mécanique qui les traînerait pas k
pas depuis le commencement le plus gros-
sier jusqu'à leur perfectionnemem, j em-
brasserais l'opinion de eaux qui rapportent
1 ori^ne des lances à une révélation im-
médiate de la Divinité. ^ (Lettre à M. Abd
Rémmeat^ etc., Paris, 1837, p. 13.)
M. kmÉDÈE iACQCBS,
de phikMO|iliie au euU^e Loois-ie-Crand.
M. ICLBS SIMON,
k f&ole Boraule a ^ b Faoïlié des lettres
de Paris.
■. ÉHILB SAISSBT,
k r&ole Donsale ei sa collège Heari IT.
« • .^. . . lies (^rations intellectuelles un
peu compliquées deviennent impossibles
sans le secours de la parole; quelle que soit,
en effet, celle de nos trois opérations fonda-
mentales que l'on considère, l'idée, le ju-
gement, le raisonnement, ont également
besoin duiangage. Toutes nos idées ne sont
pas des idées singulières; car si nous ne
concevions que des individus, non-seule-
meot il nous faudrait acquérir longuement
et péniblement toutes nos idées, non-seule^
ment la mémoire perdrait les anciennes
i lées à mesure que nous lui en confierions
de nouvelles, mais les idées singulières n au-
raient elles-mêmes aucuue précision, au-
cune netteté. En effet, aucune idée n est
elairc dans notre esprit si elle n est distincte,
ou distincte si elle n'est déû:iie ou tout au
moins si elle n'emporte avec soi les élé-
ments de sa définition. Or toute définition
sa fait par le genre et la différence, el sup-
pose, |)ar conséquent, la classification, qui
suppose à son tour des termes généraux.
Outre qu'il faut définir une idée pour la ren-
dre claire, il faut aussi en étudier la com-
préhension, pour la connaître d*abord, et
aussi pour voir si elle ne contient pas de
rontradiction. Mais les pré^iicats d*iino idée,
ses caractères, dont l'ensemble constitue sa
compréhension, pris séparément, sont des
i ïées abstraites et communes. Nous con-
cluons qu*on ne peut se passer des univer-
sans, parce qu*il8 sont nécessaires en eux-
mêmes, et parce que sans eux les idées sin-
g:ulières manquent de précision et de net-
leié. Comment s'engendrent les universaux,
nous le savons, nous lavons précédemment
exposé; l'esprit compare plusieurs idées sin-
frulières, il fait abstraction de ce qui est par-
ticulier h chacune, et forme de la partie
cuoimune qui lui reste une idée générale ou
sui>érieure qui contient les idées singulières
à raide desquelles on l'a formée. L'idée gé-
nérale, à son tour, soutient un double rap-
l^yrU l'un avcr les idées inférieures qu'elle
Gouttent, faut.e avec TiJéc supérieure ou
plus générale dans laquelle elle est conte-
nue. Elle-même, par conséquent, a besoin
d'éJre éclaireic par l'étude de sa compré-
hension; et elle peut I eîre, en outre, r^r la
détermination exacte de son extension, c'csl-
i-dire de la quantité des individus qu'elle
contient.
« L'acquisition d'idées générales d'une
part, et de l'autre la connaissance des ra[)-
ports de coordination et de suborJination
des idées sont donc les deux conditions né-
cessaires pour que nos conceptions em-
brassent la totalité des objets que nous avons
besoin de concevoir, et pour qu'elles soient
nettes et bien déterminées. Supposons main-
tenant que nous soyons réduits, pour cha-
que idée, à faire toutes ces comiiaraisons,
ces abstractions , ces généralisations : ce
sera un Ions et difficile travail que d'aeqcé-
rir une seule idée précise. De plus, dans la
durée de ces opérations si compleies, com-
ment n'oublierions-nous pas les bases d*ofi
nous sommes partis h mesure que nous nous
élèverons plus haut? Comment serons nous
certains de donner toujours à la môme iiiéc-
la même compréhension, la même exten-
sion ? Le langage lève toutes ces difficultés.
De même au un géomètre qui veut lever un
p?an pose des jalons de distance en distance,
Bt proiK>rtionne ainsi les objets à ce qu'il
peut embrasser d*uncoupd'œil, l'esprit atta-
che un mot à chaque évolution régulière do
sa pensée, et par ce secours, monte ou des-
cend l'échelle de la généralisation, aban-
donne une idée pour un temps, y revient
ensuite sans courir le risque de compren-
dre dans une même unité tantôt une com-
préhension plus lar^e et tantôt une com-
préhension plus étroite. Les mots une fois
construits, lui suggèrent par le«rs rapports
constants les éléments de la définition. La^
{>ensée, matérialisée en quelque sorte dans
'expression, reste fixe et ne dépend plus des
variations delamé;roire; et le souvenird'un
mot rappelant invariablement une série d'i-
dées, et même les rapports de cooniinaliou
do ces idées, le nombre des opérations in-
tellectuelles diminue dans une proportion
considérable.
« Il en est de même du jugement et du
raisonnement. Notre vie se passe à afiirmcr
des existences, à tirer des conséquences. Lo
langage est là un élément indispensable, car
il nous donne pour nos comparaisons des
termes fixes; il détermine aussi d'une façon
précise les rapports d'un terme général avec
les idées particulières qu'il exprime. Mais
en outro, qui pourrait suffire à répéter tous
les jugements et tous les raisonnements
popr cnnque terme individuel? Ce qui est
vrai de l'idée supérieure étant nécessaire-
ment vrai de toutes les idées inférieures,
l'opération faite sur les termes généraux nie
dispense de toutes les autres. Ainsi, en ma-
thématiques, tous les rapports étant réduits
à un certain nombre de rapports jjossibles,
plus les termes dont je me sers sont abstrait^,
pins ils me 'wrmettenl de réunir dans v.n
seul calcul un grand nombre d'o, érations
7S5
L4N
Dictionnaire
L\N
756
diverses. (Manuel de philoêophie^ p. 27b et
suiv.)
«( Le langage naturel est absolument im-
f puissant pour exprimer une idée abstraite;
e plus simple développement de la pensée
suppose et exige de nombreuses abstrac-
tions. » (/tid., p. 278.)
Les auteurs du Manuel^ après avoir cité
un fragment de M. Cousin sur la part que
Taclivité de Tâme a dû avoir dans 1 institu-
tion des si^t).ies, en supposant le langage
d'invention fmmaine, ajoutent ces paroles
très-significsfiives dans la bouche de ces phi-
losophes si ardents défenseurs des préroga-
tives de la raison :
« Que concluons-nous? Que les hommes
no sont pas nés pour la société? Qu'ils n'ont
pas toujours été en société? Qu'ils n'ont pas
toujours parlé? Qu'ils ont inventé le lan-
ga.^e? Nous ne concluons rien de tout cela.
Nous ne concluons mémo pas qu'ils soient
capables de l'inventer. » {ibid.j p. 273.^
M. DE6ÊRAND0.
« L'homme privé, dès sa naissance, du
commerce de ses semblables 3t de Tusage
de tous les signes que ce commerce nous
conduit à instituer, ne s'élève point au-des-
sus du cercle étroit dans lequel végète la
brute que nous vouons au mépris, et à la-
quelle nous daignons à peine accorder quel-
que portion de notre intelligence. On con-
naît 1 histoire du jeune homme trouvé dans
les forêts de la Lithuanie» qui donna lieu
aux observations consignées dans les Mé-
moires de V Académie des sciences. On connaît
celle de la sauvage champenoise. On sait
qu'ils ne différaient en rien des animaux
au milieu desquels ils s'étaient trouvés jus-
qu'alors eiilés. Ils avaient leurs penchants,
leurs habitudes, leur industrie ; rien en
eux n'annonçait la présence de cette raison
qui réfléchit, qui combine, qui règle toutes
nos facultés, et fait de l'homme un être pen-
sant. Quel est donc cet art admirable à la
présence duquel l'homme s'éveille et com-
mence à être lui-même, les sociétés naissent
et se forment, l'industrie prend son essor,
tous les prodiges de la raison se manifestent,
et dont la puissante influence était attendue
pour féconder le vaste champ où sont dépo-
sés tous les germes des facultés humaines?
« Il est impossible de méditer Quelques
instants avec attention ce grand et étonnant
problème : L'homme élet>é par Vusage des si-
gnes à la dignité d'homme^ sans s'apercevoir
qu'il doit renfermer les plus précieuses et
les plus importantes données, pour la solu-
tion (les problèmes qui composent l'étude
de l'intelli^enoe humaine. » {Des signes et
de Vart de penser^ t.l, tn^rodiir/., p. 1 ; Paris,
an VIII ; ouvrage devenu rare et cher.)
« Quelles que soient les facultés que
l'homme tenait déjà des bienfaits de la na-
ture, ces facultés, sans le secours du lan-
gage, seraient en nous oisives et impuissan-
tes ; elles ne pourraient pas davantage en-
gendrer la pensée , que le beau génie de
Lavoisier n eût su renouveler la (ace de la
chimie s'il se fût trouvé dépourvu a inslro-
ments et de machines. » f/d., ihid,^ p. 7.)
« Sans le langage, la réflexion serait tou«
jours stérile ; c'est lui qui détermine son
activité et ses progrès. » (id., t6id., t. H,
p 250.)
UGR LE CARDIMAL WISBMAIf
Après avmr signalé la ligueur extraordi-
naire de l'esprit humain à l'époque de la
dispersion mentionnée dans la Genèse^
Mgr Wiseman s'exprime ainsi :
« Nous ne aevons pas, je pense, imaginer
que la divine Providence , en distribuant
aux différentes familles humaines le don sa-
cré de la parole, n'ait eu d'autre but que ta
dispersion matérielle de la race humaine, ou
la production des formes variées du langase;
il y avait là sans aucun doute une fm pios
profonde et plus importante , la répartition
entre les peuples des facultés intellectuelles;
car le langage est évidemment le pouvoir de
donner un corps à la pensée , et, pour ainsi
dire , do l'incarner ; aussi nous pouvons
fresque aussi facilement imaginer* notre
me sans aucun corps, que nos pensées sans
les formes de leur expression extérieure;
et par conséquent ces organes des concep-
tions de notre esprit doivent à leur tour
modeler et roodifiei ces caractères jiariicu-
liers, tellement que l'esprit d*une nation doit
nécessairement correspondre à la langue
qu'elle possède. ^ {Disc, sur les rapport
entre la science et la religion révélée^ dise, i.)
JACQUES BALUis
« Pendant que nous parlons , nous pen-
sons ; pendant que nous pensons , nous par-
lons une parole intérieure : la narole est le
fil conducteur de l'intelligence dans le laby-
rinthe des idées.
« Le signe suit l'idée ; il semble néces-
saire à l'idée
« La nécessité de la parole se fait sentir
alors que l'imagination ne peut représenter
les objets d'une manière distincte et qu*il
faut combiner plusieurs idées. Par exem-
ple, il nous serait impossible de raisonner
sur le polygone , si nous n attachions cette
idée à un mot.
c L'esprit humain ne parvient que ()ar le
travail à voir dans les idées ce que ces idées
contiennent. De là, pour lui, la nécessité de
concevoir sous des formes , non-seulemenl
distinctes, mais différentes, les choses même
les plus simples ; et, par une correspondance
merveilleuse, la faculté de décomposer ce
3u'elle conçoit, et de multiplier, dans lor-
re des idées, ce qui en réalité est ««;to-
culté stérile, toutefois, si l'intellieence, en
passant d'une idée è Tautre, n^avait le roojeo
d'enchaîner ces idées et de se souveni^.
« Ce moyen ^ l'entendement le possèle
dans les signes écrits, parlés ou pensés;
signes mystérieux^ qui non^eulement ex-
priment une idée, mais ton t quelquefois îe
757
LAN
OANTimOPOLOCIE
LAN
7»
fésomé d'une lonsue suite d'idées, et deTex-
périeooe des siècles.
m Noos pouvons apprendre sans être en-
seisnés, mais nous ne pourrions apprendre
si renseignement n*eût présidé au dévc-
liM>pement primitif de notre intelligence. •
[Pkitosopkie fondam., U 1'% p. 97 et 21b ;
LU,p.3Uet320.}
LB MÈW. P. rEKBOlfE.
Cum lo^imur de faeuliate jua potlei hu-
mana raHo Deum eognoscendî ejusque exi-
stenifom demonstranaif eam stgnificamus sath
emcitam aique evolutnm, quod pi ope socie-
Utlis atque adminicutoruin quœ in socieiate
rrperîunturf qitœque certe sibi comparare
haud potett qui extra eœierarum hominum
cfmsariium nuiritur et adolescit. Qui in «i7-
ris natuM euei , illius extrcitii et evolutianis
defectu^ non modo Dei notitiam^ ui liberatiier
etîom adrersariis demus^ sed neque eœierarum
rtrum ad ritœ culium speetantium eognUio-
nem et usum acquireret^ quas nemo tamen di-
telpenolam rationem obtineri non posse.
{De iociê theol.9 part, m , { 1 , ad. 2 , t. Il»
p. tm^ édit. de M. Tabbé Migne.)
M. Hachez, après amr traité la question
de rorifpne de Thcmme organique, seic-
prime ainsi en pariant de sa création spiri-
toelle ou intellectuelle :
c LlMHiune étant, ainsi que nous venons de
le montrer, seul de son esfièce et mis au
monde adulte, complet organiquement et en
outre nécessairement doué de l'âme desti-
née à constituer la substance de sa personna-
lité et le principe de son activité, Thomme
D*avait pas encore tout ce qui lui était ué-
eessaire pour se conserver et pour vivre. Il
Cillait encore qu*il pût distinguer le bien du
mal, qu'il sût agir ou s'abstenir lorsqu'il
était convenable ; il fallait qu'il pût avoir des
idées; il. ftUait qu'il sût penser et raison-
ner, elc. Or on est incapable de rien distin*
gner si Vtm ne possède pas un principe de
distinction ; on n'agit point sans but, et on
ne s'at)5tient pas sans motifs ; on n'a point
d*idées, si l'on ne porte pas des jugeroenis ,
et l'on ne porte pas de jugements si l'on
ne possède point de principe d'affirmation ;
en&i, on ne i)ense ni on ne raisonne sans
signes , e'est-a-dire lorsque l'homioe ne
imsèJe po*nt un langage. Il fallait que
rnomme possédât toutes ses facultés, et pour
qu'il les possédât , il fallait qu'il les reçût I
tir comment de tout temps l'homme a-t-il
a :quis le pouvoir de fiiire toutes ces cboses?
)iar une voie unique et qui ne varie pas, par
(449) Or pest ooniMirer rhomnie primitif, sortant
aaàlie des maîDS du Crëaleor, ans avengles adntles
q«*ane dooUe cataracte congéniale empêchait de
voir, et ans sonnls et muets également aitnltes
fn*on é|»aîssi]sseDient de la membrane dn tympan
cmpéebail d'cnlendre, aTfvgles et sourds dont une
opcralimi tient oavrir toat (Ton coup les yeux à la
Ivniière rt r<ireille aux ribrations de Taîr. Il se passe
un grand nombre de jours avant que les uiih puis-
la vole inévitable de renseignement t Que si
l'enseignement lui manque, toutes ces facul-
tés lui font également défaut. Voilà ce que
l'eipérience nous apprend. L'homme a donc
reçu un enseignement primitif, et c'est ce
que nous appelons sa création intellectuelle,
c On a prétendu que l'homme, abandonné
h lui-même, avait pu vivre pendant long-
temps en obéissant , comme les animaux,
aux lois de son simple instinct. Cette opi-
nion est erronée ; en effet , l'homme est de
tous les êtres vivants celui qui a le moins
d^instincts. Il n'en possède qu'un seul qui
ait les caractères de ceux qu'on rencontre
chez les bêtes ; mais cet instJn^t ne peut ser-
vir que dans la première enfance ; c'est cjc-
lui qui lui &it chercher le sein de la mère et
lui iait faire le travail très-compliqué de la
succion et de la déglutition. Quant à tout le
reste de ce que les animaux font sans l'avoir
appris, l'homme est obligé de l'apprendre ;
il apprend à marcher, à voir, > entendre, etc.
En un mot , le développement de tout ce
qui, chez lui, doit être soumis è l'empire de
la volonté, est subordonné à la nécessité de
l'instruction. Voilà encore ce que nous mon-
tre l'expérience de tous les jours. Il a donc
fallu que le couple primitif, et né adulte,
reçût au moins cette première instniction ,
sans laquelle on ne sait user ni de ses mem-
bres ni de ses sens (U9). Mais a-t-il pu ac-
quérir par lui seul les principes des autres
connaissances oui le distinguent? Des maté-
rialistes répondent que l'homme, pendant la
durée de sa vie instinctive, a recueilli des
sensations , les a comparées ou a senti des
comparaisons, et enfin qu'il a formé ou en-
core senti des abstractions. Les éclectiques
disent que l'homme, aussitôt qu'il eut senti
le non-moi, eut la révélation du moi et d'un
rapport entre ce moi et ce non-moi ; ils ajou-
tent ensuite qu'en réfléchissant sur ses sen-
sations, il a découvert le général dans le
p-articulier, c'est-à-dire les absolus qui for-
ment le fondement de la raison, elc. Nous
ferons d'abord remarquer que ces explica-
tions sont beaucoup moins claires , moins
naturelles et moins simples que le thème
posé par nous tout à l'heure d'un simple
enseignement donné à nos premiers pa-
rents, de la même manient dont ils nous
Font transmis eux-mêmes. En outre, elles
sont , l'une et l'autre , fondamentalement
contraires à l'expérience. II est un fait qui
est aujourd'hui démontré en philosophie,
c'est que l'honHoe ne peut penser sans si-
gnes, ou sans une j^role quelconque. Les
observations recueillies auprès des sourds
et muets de naissance et restés pendant
longtemps sans instruction , ont mis ce fait
sent distinguer des sons ou entendre; il est néccs*
saire que les uns et les autres fassent Téducallon de
loirs nouveaux sens. Et cependant ces hommes ont,
les uns et les autres, une inlelii^p^nce déjà formée ;
ils possèdent le lancage des signes : ils nul des
idées. Que Ton juj^e a quel point il était impossible
que rbomme pnmitîf, dépourvu de toute idée, pût
seul et sans guide se donner à lui-même cette éJu-
cation, et vivre en atlendauc quVUc lût achevée.
789
LAN
DICTIONNAIRE
L\N
i^y
hors do doute. Or, d'où Thommc a-l-il re^a
le langage ? Il Ta inycnté, disent les maté-
rialistes et les éclectiques , en nommant ses
sensations au fur et à mesure qu'il en sen-
tait le besoin. Il Ta donc trouvé selon eui ,
après avoir senti et parce quil avait senti.
Orsenlirt c'est avoir une idée; sentir, c'est
établir une distinction, c*est porter un juji^e-
ment. Comment l'homme aurait-il pu avoir
une idée s'il ne pensait pas, c'est-à-dire sans
un langage? Comment aurait-il pu établir
une distinction ou prononcer un jugement
sans un principe de distinction et d'affirma-
tion positivement formulé , c'est-à-dire re-
présenté par des signes ?
« Ainsi les anta:;onistesde l'enseignement
primitif donné à l'nomme, tournent dans un
cercle d*impossibilités manifestes , ou de
{Propositions contredites par l'expérience. »
Introduction à la science de thiêtoire^ t. II ,
p. 227.)
11. P. GLÉUBI9T 60URJV,
Professeur de, philo^^diie au collège de Renoes.
Des signes et du langage dans leurs rap-
ports avec la pensée. — a D'où vient Ja
parole? Les hommes ont-ils parlé primiti-
vement, ou n'ont-ils eu que le lans;agc d*ac-
tion? Si l'homme a p&f.é primitivement,
le langage at-il été la création de l'homme
ou a-t-il été enseigné à l'homme ?
« Ces questions ne présentent aucune dif-
ficulté en fait: l'homme a parlé dès l'origine,
et il a reçu la parole (450).
«x Mais on peut traiter la question théori-
quement et demander : L'homme aurait-il
pu inventer la parole? Ici, il y a diver^cnre
entre les philosophes. Rousseau a dit : La
parole me semble nécessaire pour inventer la
parole; et M. de Bonald , parlant dans le
môme sens , a dit : L'homme pense sa parole
acant de parler sa pensée. Les rationalistes
ont très-bien établi que l'enfant n'apprend
à parler que par le concours des sens , de
l'activité et de la raison , puisqu'il faut qu'il
entende les mots , qu'il y fasse attention^ et
qu'il y attache le sens. En sorte que les sen-
sualistes sont dans Timpossibilité d'expli-
quer non-seulement comment l'homme a
pu inventer la parole , mais même comment
il peut apprenare à parler. Quant aai ratio-
nalistes mômes , ils disent vrai en affirmant
que le langage ne crée point nos facultés ;
mais ils auraient tort d'en conclure, comme
Î plusieurs le font , que nos facultés créent le
angage. \
« L'invention de l'écriture parait aussi
merveilleuse que celle de la parole. Si l'al-
phabet est d'invention humaine , il est sans
contredit la plus prodigieuse découverte de
(450) Et la même chose se répète sans disconli-
nnité ae génëralion en généraiion. Chacun de nous
a reçu la parole.
(451) Voici les deux principales raisons qu^on a
ilonuées contre rinveiilion de Talphabet par Thommo.
La première, c'est que cette invention suppose la
décomposition du lan;:nge en sf^s c'.émeiits, et que
cette décomposition ne parait iU2-mc.iic possible
riiommc, et celle qui a le pins inQué sur
ses destinées (tôl|.
« Nous allons chercher maintenant qucI!o
est l'influence du lansia^e sur la pensée.
c Rien n'est plus laui en général que !es
idées (jue l'on se forme du lan^gc. On
s^imagine que le langage a surtout pour ob-
jet de transmettre la pensée. Or la pensée
est essctitielleraent intransmissible. Ni la
lecture ni le discours ne transmettent réelle-
ment la pensée de celui qui écrit ou qui
parle. Dans ces deus cas, l'art ne peut ser-
vir qu'à réveiller des pensées , ou à niellre
celui qui écoute ou qui lit h môme de le
faire par un travail intellectuel. Lorsqu'on
écoute ou qu'on Ml passivement y c'esl-ànlirc
sans idées ou sans attention , le résultat se
borne à une suite de perception de forma
et de sons.
«c Nous considérons donc la parole sous
un autre point de vue, c'est-à-dire comme
un moyen : V d'acquérir des idées, 2" de
les conserver, S" de les révéler là où elles
existent , 4** de les anal vser.
« Nous disons d'abord que le langage est
un moyen absolument nécessaire pour Vac-
quisition et pour la conservation des idées.
Cette vérité est incontestable et facihe à sai-
sir si on en fait l'application aux idées in-
tellectuelles, abstraites, rationnelles, à tou-
tes les idées en un mot qui ne sont pas
acquises immédiatement par les sens. Si 1 on
essaye de combiner les idées de cette sorte
en les séparant des mots qui les expriment,
on s'apercoif que cette tentative est tout à
fait iiipuissante. Si nous perdions le souve-
nir de ces mots, les idées dont ils sont U
corps disparaîtraient à l'instant. C'est pour
cette raison que le mot lô^ùç signifiait chez
les Grecs pensée et discours.
^ Une autre preuve de cette naéme vérité,
ui est à la portée de tous les hommes et
/expérience journalière, c'est cpie l'esprit,
lorsqu'il se borne à la méditation et à la ré-
flexion, ne va jamais aussi loin que lorsqu'il
emploie l'écriture ou la parole. On ne parle
pas seulement pour dire ce qu'on pense^ mais
pour arriver à la conscience de sa pensée. De
là l'influence du discours sur celui même
qui parle, la plus grande clarté des idées à
la suite des discussions , comme chez l'ar-
tiste une conception plus vive de son œuvre
à mesure qu'il l'exécute.
« La pensée séparée du langage et de
toute expression est quelque chose de vague,
d'insaisissable; la parole, les signes lui
donnent une forme, la limitent, lui donnent
le caractère propre à notre nature sensible;
ils la mettent au jour y si l'on peut ainsi par-
ler, car de môme que la lucoière réfléchie
par les corps opaques est seule visible* de
qu'à Taide de Talphabel. La seconde, c*esl que les
liommes sachant lire ont toujours été en Diiooriiit
et que a.*pendânt, dans la masse des autivs, d
même parmi ceux qui savent <^ue récriture eiisle,
riiistoire ne mentioune aucun individu qui se Miit
jamais avisé dUovemer quelque ctioec d'anatogiie i
Talphabet.
î
Kl
LiN
r \!KTftflOPl^LOG(E.
bAH
76»
Rlêflic aussi la pensée roQMiio, €'o6l-h*diro
renvoyée à TesprUpar io langage, frappe
joule ïonl de rintelligcnce.
« CoDsidérée sous un troisième poiot de
Tue, ou comme moyen de révéler la pensée,
la parole et tonte expression de la pensée
nous apparaissent comme remplissant une-
Ibodion sociale éminemment grande. Les
artistes, les poëtes , les littérateurs, en créant
é& formes a la pensée , créeut en un sens
la peosée elle-même, r^arce quils mettent
JcTulgaire en état d*arri?er k la conscience
de ses propres idées. De là la puissance du
discours, sous toutes ses formes, do la tri*
i/uoe, des livres, des journaux.
4 Enfin le langage peut être encore consi-
déré comme une métpodo analyiiaue. C*est
I instrument avec leauel T esprit clécomposo
$a pensée. Penser , c est combiner des no-
lioQs; point de combinaisons sans com^H)-
silion et décomposition ; point de (imposi-
tion et de décomposition sans le lan^a^e.
teJillac a dit qu'une science n*était qu'une
langue bien faite. Cette expression est par-
(aitemem juste, si Ton entend par là que
la langue est ri nstniment nécessaire pour
toutes les opérations de Tesprit , et que ces
opérations s'exécutent bien ou mal , selon
que rinstrument est plus ou moins parfait. »
I Cours de philosophie élémentaire , ( a^e 27%,
etc.; 3* édil. dédiée à M. Talihé Noirot,
professeur de philosophie au collège royal
de Lyon , et revue pour Torthodoxie catho-
lique par M. Tabbé Darboy. )
M. AUGUSTE NICOLAS.
■ Uorigine de la parole humaine est ab-
solument inexplicable sans une première
révélation.
< Fiions notre attention sur ce point in-
téressant.
• Qu'est-ce que la parole ? G*est évidem-
ment Texpression sensible et comme le
ci)r)i$ de la pensée. La pensée doit donc
pr^iister à la parole. Il faut savoir déjà
feoser pour pouvoir parler ; en un mot f
^uxqui ont parlé les premiers, 6*ils onl
^té les inventeurs de leur parole , n*ont pu
i'ôire qu* à laide et à l'impulsion de la pen*
^^. Ceci est incontestable.
« Mais cette pensée, qui a dû présider à
I invention de la parole, qu'est-elle elle-
^^>ue , sinoki une parole intérieure de l'es-
f^ritavec lui-môme? Et si cela est, oom-
Dent a-tM)n pu penser, si on ne savait déjà
Ner? La parole aurait donc précédé la
■eosée? Mais nous venons de voir que l'in*
f^otion de la parole est inexplicable elle-
^^me sans le secours et la préexistence de
^fieDsée;^ cercle fatal dans lequel l'hu-
^ité aurait été enfermée , d où on ne con-
>i l«s qu elle aurait pu sortir autrement
tue comme reniant en sort tcms les jours ,
-» recevant tout à la fois la parole et le
uuuYciDent de la pensée d'une aulonté
t^ic» antérieure à lui.
• Cette conséquence est inévitable, s'il
»t?rai que la pensée, sans Io secours de
<|ueilc on aie peut coutevoir riuveution
de la |)arole, no peut se concevoir elle-
mémo sans le secours d*une parole préexis*.
tante ou seulement coexistante.
a Tout dépend donc de ce point; c'est lui
qu'il importe de bien éprouver.
« Or les impressions que les objets sen-
sibles font sur nous ne laissent dans notre
esprit que des images, des sensations. Par
Topération de la |.ensée, nous nous don-
nons ensuite conscience de ces images , de
ces sensations ; nous réfléchissons sur elles,
nous les comparons, les analysons, les
qualifions; rous en déduisons les consé-
quences aHirmatives ou négatives , nous aé^
libérons sur le tout enfin , et nous pronon-
çons. Voilà le mécanisme de la pensée.
Mais, pour réfléchir, pour analyser, pour
déduire, ))0ur délibérer, i>our conclure,
pour penser, en un mot, il faut bien néces-
sairement que riotelligence ait à son proppo
service un vocabulaire ] our appeler, diiTé-
rencier et retenir devant elle les sujets et
les éléments si divers de ses opérations. La
f)ensée est un conif te rendu de l'esprit à
ui-mème. Dans l'action de la pensée il
semble que nous dédoublons nos facultés ,
pour faire fonctionner chacune dans la
sphère de son attribution , que nous les
convoquons pour entrer en conseil^ privé
avec nous-mêmes; mais pour cela- il faut
c|u'elles se correspondent par des signes
intérieurs et convenus, comme nous le fai-
sons au dehors avec les autres hommes »
sans quoi elles demeureraient dans une
inertie perpétuelle ; et ce qui fait qu'il n y a
pas de pensée sans monologue , c'est que
le monologue, en ce cas, n'e^t qu'un col-
looue entre nos facultés. Aussi, dans la
préoccupation de la pensée, nous nous sur-
prenons quelquefois nous parlant au } lu-
fiel, ou bien à la troisième personne,
comme s'il y avait en nous plusieurs indivi-
dualités. Mystérieux abtme ae TAme où nous
sentons à la fois la simplicité de sa nature
dans la diversité de ses lacultés, et la di-
versité de ses facultés dans la simplicité do
sa nature, et qui, par cette analogie avce
ce que la religion nous enseigne de là
trinité des personnes en un seul Dieu»
semble vérifier cette grande p ^rol^ du Créa-
teur dans la Géikise : Faiêofiê V homme â
iMêre image et à noire ressemblame !
« Mais ramenons cette considération,
trop hardie peut-ôtrc pour le moment , à dos
proportions plus simples. Toujours est-il ,
— et c'est un ftiit qui tombe sous notro
regard interne et que nous pouvons vérifier
à chaque instant, — ou'il est impossible de
nous rendre eotiqHe d*une seule i(iée, sans
le secours de cette parole intérieure diuil
je viens de fiarler. bescartes a beau faire
table rase dans son entendement, et vou-
loir se persuader gu'il a vidé son esprit de
tout ce qu'il avait api»ris [)Our no devoir
plus ses connaissances qu*à lui-même , son
jjremier acte d'indépendance et de <!écou-
verle après cela, je pense ^ donc it m*,
n*est qu*un emprunt fait à la parole de s^a
nourrice, sans laquelle il n'aurait jamais
Tes
LAN
MCnOMNAIRC
LAN
Ibi
8U se donner conscience de la pentée ni de
Fêtrê.
« Cest là ce qui faisait proférer à M. de
Bonald ce célèbre axiome , qu*il faut penset
$a parole avant de parler sa pensée (^52) ; à
]platon , que la (lensée est te discours que
tnprit se tient à lui-même ((^53); voilà
pourquoi encore les Hébreux avaietit doiT^é
a l*homnie le nom d^Ame parlante; pour-
quoi le My%t des Grecs Toufait dire indiffé-
remment parole ou pensée. Chez les Latins
aussi, Inaction de 1 intelligence , intelligere
iNTus LEGERfi , ue signifiait autre chose que
l'action 'de TA me lisant en elle-même Tex-
1)ression de sa pensée. Et enfin, dans la
angue éminemment philosophique de TE-
Vanj^île , la pensée éternelle et par essence,
d*où dérive ta lumière qui éclaire tout
homme aux portes de ce monde , est appe-
lée la parole^ rien (\\kQ la parole ^ le verve ;
comme si la pensée était si essentiellement
parlante , que la plus haute expression do
sa puissance fût de s*absorber entièrenrent
dans la parole , et d*6tre plutôt pecrole que
pensée. Au surplus, une expérience vul-
gaire va aciiever de rendre cette vérité f al-
1>ai)le pour tout le monde : quand nous par-
ons dans une langue étrangère, qu'amve-
t-il ? C'est qu'avant d'exprimer au dehors
notre pensée dans cette langue étrangère ,
nous nous la formulons à nous-mêmes dans
norre langue maternelle , puis nous la tra-
duisons dans Fautre. Avec quelque rapidité
Sue cela se fasse, le phénomène de ce
ouble langage successif a toujours lieu. On
pense en français, je suppose, et on parle
en Anglais : preuve évidente de la nécessité
d'une parole pour le mouvement de la
])ensée.
«( NMnsistons plus sur ce fait, et concluons
qu'il a fallu savoir s'adresser la parole pour
pouvoir penser, comme il a fallu savoir pen-
ser pour pouvoir adresser la parole aux
autres : cercle vicieux, comme nous le di«
sions, duguel le ^nre humain ne serait ja-
mais sorti, et qui implique nécessairement
piur l'homme le fiiit primitif de l'audition
d*une parole suprême , dont les premières
pensées ont dû être les échos. Si la pensée
a dû précéder la parole et a été nécessaire
pour son invention , de son côté, la pensée
a eu besoin, pour débuter elle-même, d'une
parole toute faite, sans laquelle elle n'aurait
jamais fait un pas , et qui a été pour elle
comme uii premier moule dans lequel elle
s'est formée, pour mouler ensuite elle-même
le langa^^e extérieur et sensible qui devait
lui servir d'expression.
^ « J.-i. Rousseau, cet intraitable déiste gui
s'est tant efforcé de fitire la part de Dieu
aussi petite, aussi nulle que possible dans
les destinées de la raison humaine, et pour
qui le mot révélation était comme un blas«
phème à la nature, a été conduit cepcHidant,
par la force de la logique toute seule, à con •
^ (i5S) Le grand nom oe H. de Bonald appéFe
ici lin iribul dMionneur et de louange. La dorliiiie
(|«e i*expo£e n*a été Eelleiuent précisée et iK>(ntlarl-
fesser que l'origine du langage est ioexpK-
cable sans une première révélation. Dans
son célèbre discours sur Voriaine et les /on-
déments de Finégalité parmi tes hounnes , il
ptfse ainsi le problème et son insolubilité
naturelle : « Si les hommes ont eu besoin
de la parole pour apprendre à penser, ils
ont eu bien plus besoin encore de savoir
penser pour trouver l'art de la parole ; et
Ïuand on comprendrait comment les sons
e la voix ont été pris pour les interprètes
conventionnels de nos idées , il resterait
toujours h savoir quels ont pu être les inter-
prètes mêmes de cette convention par les
idées qui, n'ayant point un objet sensible,
ne pourraient s'indiquer ni par le geste
ni par la voix ; de sorte qu*à peine ptut-on
former des conjectures supportables sur la
naissance de cet art de communiquer ses
pensées et d'établir un commerce entre
les esprits. »
« Cette opinion de Rousseau est d*auUint
plus remarquable qu'elle est tout à fait dés-
mléressée , car elle ne rentrait nullement
ctans le système de son dîseoui^ ; et la ré-
serve vraiment philosophique qui la dis-
tingue contraste avec l'habitude et le besoin,
)M>ttr cet esprit inventif, de se rendre raison
de tout. Ici il confesse que l'origine du laa-
E^e est humainement inconcevabte. U ne
I convenait pas d'aller plus ioin ; il se se-
rait perdu dans l'opinion de son temps, et il
aurait compromis la position hardie et para-
doxale qu'il prenait dans son discours « a*il
se fût oublié jusqu'à laisser sortir de sa
plume cette venté de catéchisme, qu*au com-
mencement le Créateur a parlé à sa créature.
Cependant c'est bien là le fond de la pensée
de Rousseau ; car, dans un autre écrit plus
modeste qu'il publia plus tard , «tir Vortgine
des langues^ se retrouvant en face du m^me
problème , il osa émettre la vraie solialion ,
en se cachant toutefois encore sous la roi>e
du Père Lami : « Bans toutes les langues ,
« dit-il, les exclamations les plus vives soûl
« inarticulées; les gémissements sent de sîm-
« pics voix ; les muets , c'est-à-dire les
« sourds, ne poussent que des sons articu-
« lés : Le Père Lami ne conçoit pas mHmwM^nfi
« les hommes en eussent pu jamais inventer
« d'autres, si IHeu ns leur eài erpreoBémemi
« aporis à parier {hSh). »
« Il n'y a pas, en effet, d'autreissue à ce la-
byrinthe de l'origine-de la parole ; il ny en
a pas «J'aotre non plus» comme nous i^avons
vu, à celui de l'origine de la vérité sur la
terre. Ouelc[ues tours ou détours qu'oa fusse»
il faut toujours en venir là. Ces deux pr«»-
blèmes rentrent même jusqu'à un certain
point l'un dans l'autre pour désesi^érer Ves-
prit humain lorsqu'il ne veut pas accc|»irr
la clef que lui présente la foi pour eo sortir,
qui est aussi (telle que lui présente «n défi-
nitive la pure raison.
« Elle nous dit, en effet , <^e le don de la
sée que par hii.
(W5) Kato, In TkcffL, op., l. H, p. irt»-l5l.
(4£^) -feM'iii s«r Von^ine des tangnes, cit. i^
Te
LAN
D^ANTUIIOMNjOGK.
UN
7«i
Téfité et de la parole, pour Tâme hamaine ,
élait aossi nécessaire que le don de TAme
elle-même au coros. Le corps , prêt k rece-
voir et k servir Vintelligence, disposé par
tons ses organes k fonctionner pour elle « se-
rait cependant éternellement resté k Fétat
de cadarre, malgré les marques visibles de
$a destination, il n'aurait jamais pu se don-
ner k lui-même la moindre étincelle de rie ,
si^ rame ne lui eût été inspirée par Dieu.
L*âme, k son tour, prête k recevoir la vérité
et k servir la raison par toutes ses facultés,
serait de même éternellement restée dsante
dans la nuit et Tinactivité intellectueiie , si
IMeu ne fût venu allumer en elle la pensée
et faire Tibrer la parole. De sorte que la
première révélation nous apparaît comme le
complément nécessaire de la création et le
dénoûment de Topération divine, avec celte
particularité essentielle que ce dernier acte
de Topération divine n*esl pas renouvelé ,
comme le don du corps et de TAme , dans
chaque individu, mais entretenu dans Tes-
pèce seulement ; et qu'au lieu que nous de-
Tons le corps et Tâme immédiatement k la
nature. Dieu a voulu ne nous faire parrenir
la Téfité et la parole que médiatement et
Cr les traditions de la société, en se révé-
it k son chef et non pas k ses membres.
Economie admirable de la Providence , qui
laisse entrevoir le dessein d'unité qu*elle
se propose, en faisant de la vérité un héri-
tage indivisible entre les hommes , et qui
justifie k l'avance , far les lois mêmes de la
nature et contre les exigences du déiste, le
mode et la convenance de la seconde révé-
lation gu*eUe nous réservait I • {Etudes phi-
Usopktquei eut ie christianisme^ t. 1",
p. 18&-i%).
Tout le monde connaît le succès de cet
oavrage, un des plus beaux livres qui aient
été publia depuis le Génie du christianisme»
m. EtsAsB DB SALLES.
« La révélation divine se fit pour Thomme
entier, c*esl-k-dire pour son entendement
comme pour sa physiologie. L*homme se
réTcilla sachant marcher debout, connaissant
8M nourriture et les éléments au milieu des-
quels il devait vivre, connaissant les çran-
des lois du dehors comme celles du deJans ,
les lois de la matière et celles de Tesprit ,
l'observation, l'induction, le raisonnement ,
et par conséouent une langue, condition in-
dispensable de I éducabilité et de l'éducation
déjà parfoite de son intelligence. Cette lan-
foie pouvait encore être assez bornée ; mais
elle dut renfermer les éléments de la gram-
maire et le plan diaprés lequel le diction-
naire allait commencer son éToIution dès
<|ue rhomme jetterait les hases pratiques de
la TÎe humaine, instruirait sa famille et
eommeneerait l'inventaire et Fasservisse-
ment de la nature qui Tentoure. Sa postérité,
ftM-eUe dé^çràdée jusqu'k Tétat sauvage f
pourra tout oublier, excepté cependant cette
pièce essentielle deThéntage» une lan^iue,
déjh sans doute remaniée plusieurs foi^ ,
niaistralition la p!us iar^e et la pinsdirccie
du monde primitif. » {Bisiokre gémérmlê 4m
races humaines^ pa^e 330).
« 11 faut n'avoir jamais analysé une lan-
^e, n'avoir jamais remarque la complica-
tion de plus en plus lar^^e, de plus en plus
savante, des lances ses aïeules, la fusion
curieuse des lances les unes dans les au-
tres , pour écouler sérieusement les rêve
de Court de Gébelin , qui tire mille langue
diverses et primitives des onomatopées et
des exclamations passionnées des hommes
primitifs I Desmoulins , qui lut patiemment
ce livre, ne connut pas sans doute Tédition
où Lainuinais , requis d'ajouter quelques
notes , foudroya au nom du bon sens les
folles suppositions de l'auteur.
c L*homme , créé sans langage, eût été le
Elus misérable des animaux : un premier '
omroe, une première famille réduits k
l'instinct des brutes auraient été plus dis-
graciés qu'elles. A-t-on bien réfléchi au
temps qu exigerait l'inTention d'une indus-
trie et aun langage? Comment la troisième
et quatrième génération seraient-elles arri-
vées au milieu des |)érils et de la faiblesse
de la seconde et de la première? Et celle-ci
comment passa-t-elle sa longue et débile
enfance sans parents protecteurs ? Comment
fut-elle engendrée sans père ni mère de son
espèce? 11 ne faut pas se lasser de le de-
mander.Le rationalisme explique sans doute
ce miracle , car il l'accepte implicitement. •
(i6td., p. 36).
V. L*ABsi ■. me VALBOosa
« n en est de Tespèce comme de Findi vidu,
dit M. Cousin. — J accepte cette analogie, et
j*en conclus qu'il a fallu k Tesi è< e humaine
un enseignement divin, surnaturel. Voit-on
jamais la raison individuelle se développer
par sa propre énergie, sans autre ressourre
Sue ses idées innées et le s|)ectac1e du mon-
e? N'avons-nous pas besoin, (même dans
l'ordre naturel le plus élémentaire) d'un en-
seignement oral qui nous donne le langage,
condition de tout progrès intellectuel, et «jui
éveille, qui féconde, <]ui dirige, qui forlifie
toutes nos facultés, qui nous rende en un mot
capables d'atteindre le but de la vie ? Suppri-
mez l'instruction que la famille, les sociétés
politiques , les corporations savantes , TE-
glise enfin, nous donnent k divers degrés et
dans divers onlres, notre esprit demeurera
dans l'inertie et la stérilité.
« Si les premiers hommes n*ont reçu au-
cun enseignement surnaturel touchant jeur
destinée et leurs rapports avec Dieu , s'ils
n'ont pas même été créés avec la connaissance
infuse d'une langue complète* qui fournit k
leur intelligence la première condition de
tout progrès, il s'ensuit que le genre humain
a commencé par une ignorance plus pro-
fonde que celle des Cafres, des Hottcnlot:^,
des l^ndamènes et de tous les sauvages les
plus dégradés. En effet, ces sauva^^s, étant
en possession d'une langue, ont déjk la conr
dîtion fondamentale du progrès; et d'aille«i«»
au sein de leur abrutiiisement, il leur reste
encore quelques IraJitions, soit industriel*
7*7
LAN
MCTfONNAinC
î,A:f
751
les, spit mime religieuses. Mais si les premiers
iiommes eussent été jetés sur la terre sans
nulle connaissance infuse, et qu'ils eussetil
été ensuite abandonnés à eux-mêmes, très-
certainement l'espèce humaine serait encore
plongée dans son ignorance primitive , ou
plutôt, dépourvue de la force et de Tinstinct
naturels aux animaux, elle eût depuis long-
temps disparu de la surface du globe.
^ « Pour faire sortir Thumanité de cet abru-
tissement oilginaire, le rationalisme appelle
à son secours la spontanéité primitive. Mais
comment des esprits sérieux peuvent-ils se
payer ainsi de vains mots? A-t-on jamais vu
une seule intelligence se développer sponta-
nément, par son énergie interne, sans qu'un
etiseigriemcnt extérieur l'eût préalablement
fécondée ? Est-ce que le désir d'un état plus
parfait ne suppose pas la connaissance des
avantages que cet état peut procurer? Est-'îe
Sue le premier homme n'eût pas manqué
es excitations innombrables et incessantes
par lesquelles notre société civilisée provo-
que et soutient si puissamment notre acti-
vité?
« Certes, les peuples dont nous connais-
sons l'histoire devraient montrer une puis-
sance de spontanéité bien supérieure à celle
de ces hommes brutes, que la philosophie a
cru voir dans ses rêves cosaiogoniques, im-
provisant la syntaxe, ou se livrant a des tra-
vaux séculaires, pour inventer des décli-
naisons et des conjugaisons. Et pourtant
l'ethnographie (^ilosoçhiquû n'a pu décou-
vrir un seul peuple qui, par l'énergie de sa
spontanéité, ait fait faire à sa langue un
progrès important. C'est que l'homme reçoit
sa langue, au lieu de Ta créer; il' en use
bien ou mal, il subit ses imperfections et
jTofite de son influence plus ou moins fé-
conde; mais il ne la ptocfuit pas plus qu'il
ne produit ses facultés spirituelles et ses
organes corporels, ou le climat sous lequel
il naît et l'air qu'il respire. Supposer au'il
s'est doté lui-même du langage, c'est aonc
une hypothèse aussi aljsurde que de lui at-
tribuer l'invention de la lumière.
« Remarquez d'ailleurs que le besoin de
Progrès diminue à mesure que l'on descend
échelle de la civilisation. Le sauvage est
(455) En observant toutes les langues connues,
en comparant leurs monuments les plus anciens
avec les plus récents, on reconnaît partout' une im-
idobilité substantielle qui dément les théories illu-
soires de récole progressiste. Qae Ton rapproche,
pir exemple , la Genèse et les derniers prophètes,
les plus anciennes inscriptions écrites en hiérogly-
phes sur les monuments égyptiens et les liturgies
cophtes, Homère et Proclus, les premiers écrivains
latins et les plus modernes, Dante et Mnnzoni, Chau-
cer et Byron, etc., nulle part on ne trouve que la
spontanéité de Pesprit humain ait fait surgir, sous
.les nuances variées et plus ou moins brillantes des
fbrmes liiiéraîres , un élément nouveau capable
d*enrtchîrte système grammatical d'un seul peuple;
iMlle yun cette faculté mythique n^a produit, au
§nné jour de rhistoire, un temps ou un uoiie pour
MWibler les lacunes de la conjugaison, ou une lettre
|KHJtr compléter Talphabct. Souvent c'est dans k's
premiers temps qu une langue Obt '*)Iu^ pasfailiï,
essentiellement stntionnaire , il rcpou^^c
même la civilisation quand on la lui pré-
sente, et il ne faut rien moins que le (Jc-
vouement héroûiue et la force surnaturelle
de nos miî^sionnaires pour l'arraclicr à son
apathie (4-55). Si quelques tribus éner^^ique^,
plutôt barbares que sauvages, s'élèvent à la
civilisation, c'est toujours sous rinflucncc
de races déjà civilisées, ou tout au moins à
leur exemple. Enfin lliomme primitif, til
crue l'ont imaginé \os rationalistes, eût 6lc
dépourvu de tous les movens subjectifs et
objectifs h l'aide desquels les nations barba-
res entrent quelquefois dans la carrière du
perfectionnement.il eût euà vaincre desdifll-
ctiltés extérieures infiniment plus redouta-
bles et plus nombreuses, en même temps
que ses ressources intérieures eussent ('iic
nulles, ou à peu près nulles. Réduit à uo
langage instinctif, conifïosé de cris et de
gestes, comment se serait-il élevé au-dessus
des habitudes de la vie animale? Incapable
d'arriver à une idée abstraite, il n'eût pu
connaître et désigner àses semblables quedes
objets sensibles. La notion d'un état su|h^-
rieur ou d'un langage plus parfait ne lui eût
donc jamais apparu pour l'attirer et le diriger
dans les routes escarpées du progrès (i56).
« Chose étrange 1 lorsque des patith(^islcs
ou mCme des athées découvrent dans los
entrailles do la terre des débris fossiles de
plantes herbacées , de polypes, d'étoiles do
mer, de trilobites ou d huîtres, ils ne s'avi-
sent jamais de penser que ces plantes ou
CCS animaux obscurs ont été produits dans
cette position. Le bon sens, plus fort que
leurs systèmes destructifs de la Providen.*e,
leur* persuade (^ue ce» débris ont été jclés
dans cette position par Quelque catastrophe.
Mais, s'ils rencontrent aes tribus sauva^jes,
vivant de la vie des brutes et tombées, pour
ainsi dire, à l'état fossile, ils n'hésiteront
pas à proclamer que ces ètros déchus ont
été produits dans cet état, et que c'est là
l'homme jjrimitlf! Ils se garderaient bleu
de supposer cfue les plus humbles, les plus
chétirs d'entré tous les êtres organisés ont été
créés en dehors des conditions nécessaires
à leur développement; et ils ne reculeruiil
pas devant une assertion semblable, quand
ainsi que Grimm Ta démontré p<mr rallcmand, oà
dfes formes grammaticales très - précieuses ont
disparu. Enfui, si Von choréhe à surprendre IfS
causes mysléi-ieuses qui amèneirt, à de loufs îoicr*
vattes, le développement d^iiie langue nouvelle, oo
reconnaît qu'elles se eomposent touj<Mirs d'une mul-
titude innombrable de circonstances eitériciirr«
indépendantes de la spontanéilc inteUectuellc. Pami
ces causes, il faut mettre en première ligne Li fu-
sion des peuples par les rapports commerciaui , les
invasions, etc.
(4;ï6) Je ne puis entrer ici dans une disrassioa
approfondie pour dénOontrer que Tlidinme n'eèl ja-
mais découvert un langage lef que oeloi dont il <^
en possession maintenant. Ceux qui voudraiit éts*
diiT a>mplétement cette question devront roéilitcr,
outre les travaux bien connus de M. de BonalJ, re
que Tabbé Kosmiui a écrit pUis réccmrocoisuroe
sujet dans ses OfUêcuU fdusofirL (VuL 1, p. ^i'^
769
L.-»^
D"A
un
n#
il sa^ra de llioainct ia |4os aaMine de
toutes les créaCares leiresUres 1 » {Eimâtê trir
iifiMf atfT ie roliaiia/ifaie, p. fFJQ^ etc.)
Scm eicdlenl Cimrf tompltt dfpkihâophie
a pour base les fuioeipes de M. de Bonald,
qa*il dérelofipo avec une soiiTeHe force
tt'arnmealaUoQ.
€ il nous esl impossible a«tHellement de
penser sans parole. Le lang^^e, pour nous ,
n'est pas siawlement signe, mais phénomène
de rade inleilcnuel. Nous ne pouvons parler
notre pensée sans avoir d^abord pensé notre
parole. L*îdée ne se présente nettemenl à
nous qtt*aTec le mot siçne de Tidée : elle
n*est claire » distincte » sai:iissabie qu'à cette
eondîtion. Tant cpie nous n*aTOiis i^as le
mot, tant qne le si^e veri^al n'est pas venu,
en se présentant à nous, déterminer la
forme de notre idée, cette idée est si va^e,
si Toilée, si obscure, qu*on peut dire qu'il
Bj a pas proprement acte intelieduel.
Lidée est tellement dépendante du terme
qui la repréMUte, elle est si fu^tivc, si in-
décise, tant qu'elle n*a pas ététixee flans notre
espiit et comme dessinée par l'image du
mot qui en est Teipression, qu*elle écbapfie
à la réflexion elle-roéne, et reste comme
fN»rdue dans les ténèbres de la coa<(cie:ice.
Que cfaaoiB de nous s'observe et s*étudie :
n*est-il pas Trai que, soit que nous conver-
sions arec nos semblables, soit que nous
nous entretenions avec nous-mêmes , notre
pensée ne marche qu'à l'aide des mots, et
qu'elle s arrête aussitôt que les signes ces-
sent de nous être présentés? La pensée et la
farole sont tellement inséparables, que,
dans les fortes préoccupations d'esprit, il
nous arrive quelquefois de penser tout haut.
Jiousa vons connu des personnes chez qui ces
coDTersations intérieures, ces a parie indis-
crets étaient en quelque sorte habituels. Or
quelle iilTérence y a-t-il entre penser tout bas
et penser tout haut ? C'est qu'il y a plus de
réflexion dans le premier cas et de sponta-
néité dans l'autre. Celui qui pense tout bas
est plus maître de lui-mèine; celui qui pense
tout haut oublie qu'il peut avoir des témoins,
#-t laisse échaftper son secret sans s'en dou-
ter. Hais l'un et Pautre pensent avec des
Biots. Seulement l'un se contente de les | eu-
ser, l'autre les articule comnfC il les pense,
et h mesure qni\ les pense. En un mot,
p«»int de pensée distinctement perçue parla
r«»nseience sans forme de la pensée, et la
f**rme de la pensée, ce qui la révèle à notre
e-^ffit, c'est le terme , e est la parole.
« Point d'analyse possible, point d*abstrac-
tioo possible, sans langage. Nous n'analy-
sons la pensée, nons n'en distinguons les élé-
ments qu'avec des mois , et ces mots précè-
iteni toute analyse grammaticale. Comment
donc fliomme,*incapable d'analyser, aurait-
if pu inventer le langa^, lorsque le lan^^e
ftVst qu'une décomposition savante de l'es-
|9rf t fiumain, lorsqu il est lui-même un ins-
Imnent sans .equel il nosa aérait impossi-
ble d'analyser nos idées?
m Toutes les langues sont des psycbologies
où chaque phénomène de la pensée a sa
forme distincte, son expression, son signa
particulier, où la nature tout entière est dé*
eompoaée, où toutes les qualités des corps,
comme toutes les conceptions de l'esprit,
sont abstraites les unes des autres avec une
science oui excite l'admiration de tout
homme réflédii. Le plus habile psychologue
n'analyserait pas l'esprit humain avec au-
tant de profoiuleur ou'aurait dû le faire Yin-
Tenteur de la parole, car il n'est pas une
nuance du eenliment, pas un é!ément de ia
perception, f as une modification de Véit e et
de l'arotr, du temps et du /irti, du nofnfrreet
de la personne^ de la pafêiom et de Vaciiam ,
enfin, f*as une situatioa*dc la vie humaine
qui n'ait son si^ne dans les langues les plus
anciennes. Et môme tous les^urs, c'c^t sur
la philosophie des langues, c esi^t sur la lo^i-
f|ue profondément empreinte dans tous les
idiomes, que nous rectifions nos psycholo-
R'es. Chose inexplicable dans l'hypothèse de
nvention humaine du langage : la pat oie,
dont nous nous servons à cha<iue instoni ,
la parole, qui nous est si familière, cst)K>ur
nous un mystère incompréhensible. Si nous
cherchions à nous en rendre compte, nous
nous perdons dans le dédale de nos pensées.
Nous savons bien que le phénomène du lan-
gage s'identifie awec l'acte intellectuel.
Mais comment a lieu, dans les profondeurs
de la conscience , cette identification du si-
gne et de la pensée? Comment toutes les
conceptions de l'esprit s'encadrent-elles dans
les fonnes de la parole, de manière qu'elles
ne puissent plus pour ainsi dire en être dis-
tinguées? Comment Fâme tout entière de-
vient-elle verbe f en quelque sorte? Com-
ment vient-elle se mouler, si je puis parler
ainsi, dans les articulations des mots, et se
révéler avec tous ses moiies dans les sons
qui frappent l'organe de rouie?yoilàce qne
la philosophie n expliquera jamais, comme
elle n'expliquera peut-être jamais, dans
toute sa profondeur, la nature intime de
toutes les parties du discours, sur les-
quelles les grammairiens sont loin d'être
d'accord. Bien plus : tandis que tout le
monde reconnaît que la psychologie expé-
rimentale est une science encore iinparfaite,
une science qui est, pour ainsi dire, encore
à créer, tant est petit le nombre des poin s
définitivement arrêtés, tant est grand le
nombre des questions à éelaîrciret à résou-
dre, nul n'oserait disconvenir que la ps}'-
chologie des langues ne soit pas feitc, et
qu'elle ne soit l'expression fidèle des lois de
la i?enséc. Or, comment croire que les pre-
miers inventeurs du langage eussent trouvé
du premier coup ce que la philosophie
cherche encore depuis trois mille ans , et ce
'qu'elle ne |)arviendra peut-être jamais à réa-
hser? Voyez quel merveilleux accord une
langue établit parmi les intelligences, et
comme tous les esprits se plient à ses for-
mes et à son système grammatical. Quelto
T7!
L\n
MCTM^^AfMS
LAN
it:
tnéorier p1)ilt>sophique n jMmiis prothnl
papiîille unanimité, a jarinais réussi k rame*
n<T aussi universoliement la pensée À Tunité?
Donc, le lan^a^^e n'est pas il'inyenlion hu-»
iiiaine ; donc, son établissement surpasse ia
IHirtéo et la puissance de Tesprit humain;
donc, c*est une œuvre divine et noa une
œuvre humaine. »
M. BAUTAIN
M. Tabbé Bautain, dans ses admiraUes
ouvrages philosophiques , proclame à cha-
que pa^ la nécessité du lan^^ie pour la
constitutiofl de rinieliigence et de la raison
humaine.
« L'idée de Tètre est la prémisse absolue
du jugement ; les axiomes sont les condi*
tioQS nécessaires de l'acte de la pensée ; lea
signes du langage «n sont les moyens in-
dispensables. Le but de la raison est de cou-
uaitre les objets qui coeiistent dans Tes-
f>ace, et les faits physiques et moraux qui
adviennent dans le temps. Les uns et les
autres se réfléchissent en images dans Ten-
(endement , et la fonction principale de la
raison» la pensée, consiste, soit à lier ces
images en saisissant leurs rapports naturels
ou en établissant entre elles des relations
arbitraires, soit à considérer des faits dans
leurs causes et leurs résultats. Or, la rai-
son ne pouvant opérer immédiatement sur
les choses elles-mômes , jni produire ««i
dehors leurs tvpes formés dans Teotende-
ment , il lui iaut des caractères matérîels
pour représenter ces types spirituels, il
lui faut des signes pour exprimer non-seur
leraent les objets et leurs propriétés, oaais
encore les rapports et les relations do ces
choses entre eiles.
« Nous pensons en nous, dans notre en-
tendement, les choses qui existent hors
de nous; donc la peusée ne [)orte point
immédiatement sur Tobjet extérieur , mais
sur quelque chose qui le représente, image
ou signe. Les images ne suûisent pas à la
ppnsée, parce quelles sont particulières,
individuelles. La pensée, au contraire, ten4
toujours à généraliser, ramenaut la multi-
plicité à l'unité, réduisant le concret h l'abs-
trait, afin qu'un seul jugement embrasse
tous les individus d*un genre ou d'une* es-
pèce. Ainsi seulement elle acquiert toute
sa force , toute son efficacité, et peut contri-
buer à la formation de la connaissance et de
la science. *
« Que sera-ce si nous voulons exprimer
les rapports généraux des choses? Un rap-
port , même le plus simple , est toujours
abstrait ; c'est pourquoi il lui faut un signe
analogue à sa nature. Puis les propriétés ,
les qualités, les forces intellectuelles et mo-
rales, tous ces faits métaphysiques, qui ne
tombent point sous l'observation des sens ,
et que nous saisissons par îe sentiment
intime , j^ar la conscience , par l'apercep
tion de fintelligenco , comment la pensée
les appréhendera-t-elle pour les considérer,
les comparer, les classer, les combiner, les
es primer 7
A nivMe humaine est eomme riiomnio
dont elle est Texpression ou le symbole;
elle porte en elle deux natures : la nature
physique dans sa forme, la narare psjchi-
Sue ou intelligible dana son esprit. Par cette
ouble nature elle sert d'intermédiaire en-
les deux mondes qu'elle doit unir, le monde
errestre et le monde céleste. Ia néc^sité
le la parole ressort donc de la constitatioo
jdème de l'homme. Son Ame, enveloppée
dans la chair, ne peut communiquer immé^
diatement avee les Ames, ni avec les choses
de l'Ame. Son intelligence, son esprit ne
voient point directement les choses intelli-
gibles) spirituelles. La vérité, la lumière ne
pénètrent en lui qu'à travers son enveloppe
organique, et par conséquent il faut qu'elles
revêtent une forme analogue au milieu qu'el-
les doivent traverser, comme le rayon du
soleil est nécessairement modifié par l'at-
mosphère avant d'arriver à la terre. Sans le
ministère de la parole, il n'y a pour Thuma-
nité ni développement intellectuel ni déve-
loppement moral. C'est la parole de Dieu
qui a excité dans l'origine l'Ame et l'intelli-
genee de l'homme. La parole humaine, or-
gane de la parole divine et réoandant sur )a
terre et à travers les siècles Ja vérité et la
lumière descendues d'en haut , a continué
dans tous les temps l'œuvre de l'instruction
et de l'éducation du genre duoiain ; car ii
est impossible à notre esprit de communi-
quer avec un espritdivin, céleste ou homain,
sans l'intermédiaire de la parole , sans une
forme quelconque de langage. Or la plus
pore de toutes les formes matérielles, la
fdus subtile, la plusanalo^eà re«^rit, c'est
e lan^ge oral, c'est le discours. Donc^ s'il
ia jamais eu une communication entre
ieu et l'homme, elle a d A se faire par ii
parole, par le discours; et ainsi la nécessité
d'une révélation primitive objective ressort
encore de la constitution de 1 homme et de
son rapport avec sou principe. Le récit deia
Genèse, qui nous atteste la réalité de eette
communuuition entre Dieu et l'homme dès
l'originei est donc pleinement conGrmé par
l'observation psychologique. » (PsyckoLgit
expérimeniale^ t. U, p. 196*301.)
11. l'abbé g.-c. vbaghs,
Docteur en itii^'logie, professeur de pliUoM)|ibîe k ft'o^
vertLé raibolitiue de Loufaki, «le
Nécêêiiié de FenêeignmnêfU pour acquéiir
la connaissance des principes de Vordre mo-
ral. — « Dans 1 état actuel de notre na-
ture , l'enseignement social est une loi ni-
turelle , une condition tellement nécessaire
que, sans un miracle, l'homme ne peut qœ
par son secours parvenir à la connaissance
explicite des vérités de Tordre métapbj'si-
que et moral.
« Aucune loi naturelle ne se prouve que
er des faits ; elles se constatent toutes { ar
double épreuve des faits qu'on \^nt ap-
peler positih et négatifs, de la mamère sui-
vante : Lorsqu'un phénomène se produit
toujours sous Vinfluetice d'un fait détonuim*»
et qu'il ne se produit jamais en Tali^cfliv
775
L.4!l
rAirrimiirouKUE.
LAN
774
de ce tàiU eeluî-d est cerUioemenl uaeeoa-
«HUon luitiireUeel nécessaire du phénomène.
Or ii en est ainsi de l'enseignement. En
etîel : I* Tout homme susceptible d'instruc-
tion peut acquérir la connaissance des vé-
rités de Tordre moral, et tous ceux qui sont
I arvcnus à cette connaissance y sont par-
venus à Taide de renseignement. Par con-
tre : 2* Tous les hommes qui ont été privés
tle tout enseignement sont restés dans la
complète ignorance de ces vérités, aussi
lon^^temps que Tinstruction leur a manqué.
« Tels sont tous les malheurei» qui ont
été isolés ou séquestrés dès leur enfance f
quelle que fût d ailleurs leur aptitude à ap-
prendre et k concevoir.
€ Tels sont encore tous les sourds-mnets
de naissance qui n'ont pas encore reçu une
instruction adaptée à leur état déployable ,
bien que leurs facultés intellectuelles soient
semblables à celles des autres hommes.
« Ces preuves suffisent, elles sont décisi-
Tes. Nous coûterons toutefois les faits sui-
Tants qui en sont de nouvelles confirma-
tions.
^ i* Lliomme n'exerce sa pensée sur les
objets qui ne tombent pas sous les sens qu'à
Taide des mots. Or les mots sont appris.
€ 2" Tous les hommes ont d'abord les
crojanoes vraies ou fausses des personnes
3ui les entourent , de la société au milieu
e laquelle ils vivent; ce n'est que plus tard
que quelques-uns s'écartent en bien ou en
mal de cette règle.
'v 3" Le développement intellectuel de Tin-
dividu comme de la société, sauvage, bar-
bare ou civilisée , est sénéralement en rai^
son directe de l'état de renseignement.
« i* Toute vie finie, bien que son principe
soit intérieur, ne se développe que sous Tin-
Ouence des conditions extérieures. Cela est
vrai de la vie végétative et de la vie seusi-
tive oomme de la vie intellectuelle. Il en est
niéme ainsi de la vie de la foi.
« 5* Admettre, non pas la possibilité abs-
inite, mais la réalité du développement pu-
rement spontané des fatcultés morales de
rbomme, c'est retomber dans l'état de na-
ture rêvé par la philosophie du xvui* siècle.
Or l'existence de cet état est démentie par
rhistoire sacrée et profane , elle répugne à
la dignité de l'homme et à la bonté de uieut
elle est en opposition avec l'expérience unir
▼erselle.
« Hes nombreuses conséquences qui dé-
coulent de ces preuves nous n'indiquerons
que celles-ci :
« 1* La première des lois naturelles de no-
Ire raison , une condition indispensable de
sou développement, c'est d'apprendre et de
croire, puisque sans l'enseignement per-
sonne ne parvient^ la connaissance des vé-
rités de l'ordre moraU n'arrive au plein usage
de la raison.
€ S" Comme tout homme a besoin d'être
enseigné, et que le premier homme n'a pa
fttre instruit par aucun autre homme , 1 é-
Teîl de la raison du premier homme doit
nccc'ssaîreinent èlre attribué k reusei^e-
ment divin, k la révélation primitive, eaati^
orijgine et source de l'enseignement social ,
qui n'est qu'an moyen , un écho répété k
travers les siècles, et qui doit avoir une
cause antérieure.
« 3* Puisque la raison ne s'éveille que
sous Faction combinée de l'instruction et de
la foi, la fausseté du dogme fondamental du
rationalisme, de l'indépendance originaire
de la raison, se trouve constatée par le fût
de la manière la plus évidente.
« On fait contre ces conclusions les <Ageo»
tioiis suivantes : Les vérités métaphysiques,
du moins les principes fondamentaux de la
morale sont : i* des vérités éridentes par
elles-mêmes ; 2* elles sont connues naturel-
lement ; 3* elles ne sont ni ne peuvent être
ignorées par personne, pas même par l'hom-
me saovu^e ; i* elles nous sont innées éi
gravées dans notre coeur; donc nous pou-
vons les connaître par la lumière naturelle
de la raison , par la voix de la conscience ,
par l'étude de notre cœur ou du magnifique
spectacle de la nature ; donc l'enseignement
ne nous est pas nécessaire pour les con-
naître. On ajoute encore : 5' ou'k l'appui
des faits oue nous avons allégués , il est im-
possilde cle citer autre chose que quelques
exemples d'hommes naturellement imbé-
ciles et manquant de facultés intellectuel-
les. Enfin 6* on dit qu'il y a des sourds-muets
k qui ces vérités sont connues, quoiqu'ils
n'aient jamais fréauenté d'école.
c Voici notre réponse k ees objections :
« 1* Il est vrai que ces vérités sont objecti-
vement évidentes en elles-mêmes ; mais leur
évidence objective seule ne suffit pas pour
qu'dies nous soient aussi évidentes subjec-
tivement. L'homme dont la raison est assez
développée en sent l'évidence dès qu'elles
lui sont convenablement proposées, mais
rhonime privé de tout enseignement est in-
capable de se les démontrer.
« 2" Si par le mot naiurenememt eonnnes,
on veut (lire que ces vérités nous sont cor-
nues d'une manière absolument spontanée ,
sans aucun secours étranger , soit actuel ,
soit antérieur, on a tort ; mais on a raison ,
si l'on veut dire qu'elles nous sont connues
facilement , communément , k l'aide des
moyens naturels ou appropriés k notre na-
ture ; qu'elles sont connues k tout homme
oui se trouve dans son état naturel , daiis
I état social, et qui est doné de Acuités ii.-
tellectuelles suflisamment développées. Rien
de plus naturel k l'homme, par exemple,
que la parole ; cependant jamais il ne j arle,
MBS le sens propre du mot , s'il n'a appris
k parler. Rien de plus naturel dans les èlres
vivants one le développeraent de leor vie
innée et latente, et cependant ni végétal ni
animal ne maniCBSIe, ne déplme ses forces
Vitales que sous l'influence de eoBditiof;s
extérieures. Donc on ne peut pas dire que
ee qui est naturel se développe d'un* miK
Bière poreraeet spontanée.
« 11 est très-vrai que ces vérités ne peu<*
vent être iguoiées par êmtmn homme jouis-
sant du plein usage de sa ffei^en ;
r^
Lsy
m.THfsnsmiR
hkH
n
JHîfs PÂtfis p!tis liant prouvent qitc rKominc
privé (te toulc instruction reste toujours eiT-
hnl. Il est vrai encore que rhonirne sot-
va.^e, membre d*UTie société de ces hom-
raès qu'on appelle sauvages, mais qu'on de-
vrait plutôt nommer barbares et Incultes,
ne peut romplétement ignorer ces vérités,
puisqu'il n'est pas privé de tout enseigne-
ment; mais il n en est pas de m^mede l'hom-
me sauvage. qui, dés son enfance, a été isolé
ou privé de tout commerce inleHeetuel avec
d'autres hommes plus ou moins instruits.
« 4* Elles sont innées en ce sens que
renseignement ne leur sert que comme la
hzrtiière que Ton introduit dans une cliamtxre
obscure, pour v reconTiaitro los objets qui
s'y trouvaient déjh, mais qui étaient imper-
ceptibles jusqu'alors. Elles sont encore in-
nées en ce sens que, quand on en connaît
quelques-unes, le raisonnement seul suffit
pour en découvrir d'autres. Cependant dies
RC sont pas innées dans ce sens que nous
pouvons en connaître môme les premières
sans aucune instruction préalable. Nous pou-
vons doncles connaître par les lumières aune
raison éclairée et cultivée et par la voix
d'une conscience bien formée; mais notre
raison ne s'éclaire et notre conscience ne se
forme qu'à l'aide de l'enseignement. Nous
pouvons encore \es Tire au fond de notre
cœur et dans le spectacle de la nature; mai$
ce sont là deux livres qui sont indéchiffrables
f)our nous jusqu'à ce que l'éducalioa, les
eçons de nos maîtres, l'exemple de nos
concitoyens, nous apprennent à en démêler
ïes caractères.
« S" De nombreux exemples prouvent qae
celte assertion est gratuite et fausse, entre
autres celui de la fille sauvage de Soigi^,
près de CbAlons-sur-Mame , à laquelle oo a
donné le nom de Leblanc; celui du sourd-»
muet de Chartres^ dont parlent les mémoires
de l'Académie des sciences de Paris de l'an
1703; celui de Siulenis^ Fauteur de Sisterom
celui de Gaèpard Hau$^r^ surnommé l'e&fant
de Nuremberg; et, eu général, celui de tous
les sourds-muets qui sont parvenus, à l'aide
d'une instruction méthodique, au plein dé'^-
veloppemcnl de leur raison. De Feller, on
parlant d'êtres semblal)les, fait cette obser-
vation très-sai^e : « Leur raison est devenue
a semblable à une semence jetée dans une
« terre inculte. Us ont montré de rintetli-
a gence dès que leur Ame a pu se dévelop-
« per; or rien né se montre où il n'v a
Vc rien. »
. « &* Il n'y a aucune prouve que jamais- wi
60urd«-nmet soit parveou à la coanaissanoe
des vérités derordre moral sans une inatrucH
iion méthodique \ mais ee>a fûtril prouvé
i l'évidonce» il ne sanauivrait milleiBeoi
4^'il est possible d'arriver k oette eon*-
Missance sans aucun enseignement. I/en-
aai^neifteot méthodique et elassique et ren»
seignement social ne aoitt pas tout à fait ia
« On eile en ftFve«ir de Vfttu de meure tcw
«infilaade pre«fi(^ tous les anciens peuptes,
q!!i nons rojvésentenl ces peuples comme
sortant ori^îiîairement de féiat sauvage.
« Le fait est que ces annales cootiennenl
doux esjîèces de traditions: les unes, con-
cernant l'origine du genre humain, nons
représentent l'état de perfection, de puis-
sance, dhitelligenr^ et de bonheur de
l'homme primitif; les autres, relativcsà To-
rigine particulière de ehaque peuple, nous
fe montrent comme sortant d un état voisin
de celui des animaux, et constatent ainsi la
misère de Thomme dégénéré.
« On dit que l'intelligence de l'homme est
perfectible et se perfectionne sans cesse, el
que paFf conséquent : 1- les vérités que les
uns n ont pu découvrir neuvent être décoa-
fortes par d*autres, et 2* que les iijots ont
pu se fermer graduellement, le langage arti-
culé n'étant qu'un perfectionnement des cris
iastinctifs et des signes naturels,
a Nous ré^îondons : !• L'homme est fcr-
fectible et se i)*^rfectionne sans cesse,
pourvu qu'il se conforme aux lois de sa na-
ture. Or une de ces lois, de ces conditions,
est qu'il soit d'abord aidé par l'instruction
d'autrui, sinan il restera toujours eiiùnl
sotts le rapport intellectuel.
« Les fait3 prouvent que l'homme ne par-
vient jamais de lui seul à parler. 11 n'y a
aucune ressemblance entre le langage des
signes et la parole ou le langage proprement
dit ; les cris et les signes naturels manifes-
tent noa images et nos sensations, les mots
expriment nos notions et nos idées des Té-
rités iiîorales. L'homme n'acquiert qu'au
moyen de finstruction la connaissance de
ces idées sans lesquelles il n'a ni le besoin
ni le pouvoir de parler. L'objection attribue
à l'homme muet et à demi^auvage ce que les
plus savants philosophes n'ont pu réaliser.
« On dit encore que recourir à Huterven-
tîcn divine pour la formation de la raison
f?t llustitution du langage, c'est nier la puis-
sance et l'activité naturelle de l'esprit hu-
main.
« Recourir à rintervrntion divine, c'est
seulement nter que la puissance et l'activité
de l'esprit humam soient infinies, absolues
et indépendantes de toute condition. Toute
intelligence créée est limitée, el son activité
dépend de certaines conditions; donr-, en
montrant la nécessité de nntervenlion tli-
Ttoe, nous ne faisons qu'expliquer une nés
conditions primitives de l'activité de noire
esprit.
« Mais, ajoute-ton, la philosophie ne doit
pas sortir de Tordre naturel, elle ne doit
rechercher que les causes naturellejj des
dioses.
al.orsqu'il s*agît des oriaines,1e surnaturel
et Pextraordinairc sont 1 ordre naturel lui-
même, c'est-à-dire l'ordre nécessaire et seul
conferme h hi nature dfes' choses qin" rotn-
meucent. L'origine du monde et'du prcmirr
homme, aussi bien que Poriglnc de Tînlel-
Tigence humaine, dfoivent nécessarremonl
fttro attribuées ft une c*iuse extraordinaire
aujourd'hui.
«I Mats, coTitinue-t^r, on lîc peut coûte-
in
LAN
D^ANTHROPOLOGIE.
LAN
Toir le mode de cette iuterreotion ou réré-
tation divine.
« L'impossibilité de ooneeToir le comment
d*nne clM>se dont on a prouvé la réalité
u'affuMit nullement cette démonstration.
Nous n'avons aucun motif oéremptoire pour
nier que la révélation udte au premier
homme ait été purement intérieure. Cepen-
dant, comme nous voyons tout développe-
ment intellectuel commencer par voie d en-
seigDtmentt en admettant que lliomme pri-
mitif ait été instruit par un être surhumain,
d*uae manière anali^ue h celle dont un
homme instruit un autre homme, nous re-
trouvons la loi universelle de Tenseigne-
•nent à Torigine même, et dans cette origine
ainsi conçue, la raison première de cette loi.
(Fréciê de logique^ p. 71.) »
H. ne B09ALD.
Hcus renvovons aux ouvrages de ce reli-
gieux et profond génie, ouvrages que tout
le monde a lus et que Ton ne peut trop mé-
diter. Nous en extrairons le seul passage
suirant:
« Philosophes, essayez de réfléchir,
de comparer, de juger, saiîs avoir présents
et sensibles à Tesprit aucun mot, aucune
parole.... Que se passe-t-il dans votre esprit,
eC qu*y voyez -vous? Rien, absolument nen;
et TOUS ne pouvez pas plus percevoir vos
iwopres pensées, lorsqu'elles s appliquent à
des objets incorporels, comparer les unes
avec les autres, et juger entre elles, sans
des expressions qui tous les représentent,
que vo!is ne pouvez voir vos propres yeux,
et prononcer sur leur forme et leur couleur,
sans un corps qui en réfléchisse l'image.
c Et, en eflèt, ce ne sont pas ici des objets
physiques, des objets particuliers ou compo-
sés de parties qu'on peut voir et toucher, et
dont il suffit de se retracer la figure, opéra-
tion de la fiiculté d'imaginer qui s'exécute
dans la brute comme dans l'homme : ce sont
des relations de convenance, d*utilité, de
néeessilé ; ce sont des idées morales, socia-
les ou générales, des idées de rapports de
choses et de personnes, d'où dériveront bien-
tôt des lois et des devoirs ; ce sont même
des rapports intellectuels entre des ètr^s
physiques ou entre ces êtres et l'homme,
rapports qui deviennent l'objet de tous les
arts et même des plus hautes sciences ; ce
sont, en un mot, des vérités et non simple-
mait des dits qu'il laut exprimer, c'est-à-
dire des objets incorporels qui oe font point
image, et ne peuvent qu'à Taide du discours
être la matière et la forme du raisonnement.
Mais, de toutes les combinaisons ou compo-
sitions d'idées ou de rapports, la plus vaste,
l^ plus compliriuée, la plus intellectuelle,
et, si Ton peut le dire, la plus déliée, est
précisément le langage qui renferme toutes
les idées et tous leurs rapports, et qui est
'^instrument nécessaire de toute réflexion,
de tonte comparaison , de tout jugement.
C'était donc le moyen de toute invention
qu'il bllait commencer par inventer; et
DlCT10!r5. D'ASTHftOPOLOGU.
comme la pensée n*est qu'une parole inté«
rieure, et la parole une pensée rendue exté-
rieure et sensible, il fidlait, de toute néces-
sité, que l'inventeur du langage pensât, in-
ventât l'expression de sa pensée, lorsque,
fiiute d'expression, il ne pouvait avoir même
la pensée de l'invention.
« Familiarisés, dès le berceau, avec le
langase, que nous entendons avant de pou-
voir lecouter, que nous répétons avant de
pouvoir le comprendre, que nous parlons
sans cesse ou avec nous-mêmes ou avec les
autres, nous ne fidsons pas plus d'attention
à cet art merveilleux, devenu pour l'homme
sa propre nature, qu'au jeu de nos poumons
ou à la circulation de notre sang. La i>arolo
est pour nous comme !a rie, dont nous joui£*
sons sans connaître ce qu'elle est et sans
réfléchir à ce qui l'entretient. Et cependant
l'être, la société, le temps, l'univers, tout
entre dans cette magninque com|K>sition :
l'être, avec toutes ses modifications et toutes
êes qualités ; la société, avec ses personnes,
leur rang , leur nombre et leur sexe ; le
temps, avec le passé, le présent et le futur ;
l'univers enfm, avec tout ce qu'il renferme.
Tout ce que la langue nomme est ou peut
être ; seuls, le néant et l'impossibilité n'ont
pas'de nom. Lumière du monde moral qui
éclaire iaui homme renani en ce monde, lien de
la société, rie des intelligences, dépôt de
toutes les vérités, de toutes les lois, de tous
les événements, la parole règle l'homme, or
donne la société, explique Tunivers. Tous
les jours elle tire 1 (^prit de l'homme du
néant, comme aux premiers jours du monde,
une parole féconde tira l'univers du chaos ;
elle est le plus profond mystère de notre
être, et loin d'avoir pu l'inventer, l'hommo
ne peut pas même la comprendre.
« Comment des hommes, dont l'entende-
ment était, avant le langage, le livre fermé
de sept sceaux, avaient-ils pu découvrir qu'au
moyen d*un petit nombre d'articulations de
la voix, simples ou composées (voyelles ou
consonnes), la lançue pouvait exprimer tou-
tes les pensées qui s Aèrent dans le ecntr de
rhomme, tous les otijets que la nature ou la
société lui présentent, tous les accidents du
monde physique, toutes les idées de la mo-
rale, tous les événements de la société, les
êtres et leurs rapports, l'homme et son action,
le temps et ses modes? Je veux au'un bruit,
un son, puissent ajouter à une langue déjà
formée un mot énonciatif de la susbtance ou
delà qualité, qui rappelle même, par Timi-
tation, l'objet que Ton veut exprimer : cette
onomatopée rentre dans la classe des sensa-
tions jilutôt que dans celle des idées ; elle
appartient moins à l'inteUigence qu'à l'ima-
gination, et l'on parle avec une exactitude
tout à fait philosophique, lorsqu'on dit d'un
pareil mot, qu'ii fait image. Encore faut-il
observer que l'homme, en quelque sorte, a
reçu ces mots tous faits de robjel qu'ils re-
présentent, et ne les a pas inventés. La na-
ture physique a son langage, et celui-!à
aussi, I nomme ne fait que leVépéter. Ainsi
le bruit le plus éclatant et le plus majes-
25
779
LKH
DICTIONNAIRE
LAN
m
tueux, celui du tonnerre, a été répété dans
toutes les langues par un mot qui fait image^
et (jui imite, autant qu'il est possible à la
voix articulée, Tobjet qu*il veut exprimer.
« Mais comment expliquer la formation
du verfrf, parole par excellence, puisque les
Grecs et les Latins ont donné son nom à la
parole même ?
« L'homme n'a pas besoin de parler pour
agir^ mais il en a besoin pour exprimer qu'il
'41 agû ou qu'il agira ; qu'il a agi dans un
passé plus ou moins reculé ; qui! agira dans
un futur plus ou moins éloigné ; qu'il a agi
ou qu'il oj^ira de telle ou telle manière. Com-
ment aurait-il imaginé de désigner, avec
quelques mouvements de la langue et des
lèvres, quelquefois avec une seule articu-
lation de la voix, tous les états de l'homme
moral et physique, la nature, le temps, le
mode de son action faite ou reçue, indiquée,
commandée, finie, passée, présente ou future,
sans aucune expression préalable qui pût
aider à retrouver sa propre pensée dans les
infinies combinaisons qu'auraient deman-
dées l'invention laborieuse du langage, si
cette invention eût été possible? Et le temps,
le temps si uniforme dans une vie tout ani-
male et tous les jours uniquement occupée
des mêmes besoins ; le temps, dont le som-
meil, qui remplit la vie de l'homme sau-
vage, efface si promptement la trace, com-
ment l'homme, dans l'état brut où on le
suppose, aurait-il pu, sans aucun signe, en
distinguer les différentes époques, les rap-
peler ou les prévenir, lorsaue nous-mêmes
dans une vie si remplie d'événements, et
dont les jours inquiets ressemblent si peu
les uns aux autres, nous avons besoiiï de mar-
quer d'un nom ou d'un signe particulier, cha-
que année d'un siècle, chaque mois de l'an-
née, chaque jour de la semaine, chaque
heure du jour, sous peine de confondre dans
notre souvenir les temps, même les plus ré-
cemment écoulés ? Le temps pour lliomme
civilisé, toujours agité de regrets ou de dé-
sirs, le temps n'est jamais qu'au passé et
AU futur, et de là vient que, dans les lan-
Sues des peuples les plus cultivés, les modes
e ces deux temps sont extrêmement mul-
tipliés : pour l'homme brut et tel qu*on le
suppose sans souvenir, sans prévoyance, et
•dont la vie n'est qu'un jour, un moment, un
besoin, le temps ne peut être qu'au présent ;
pour lui, le passé n est plus, l'avenir n'est
pas, et les idées ou les expresions d'Ater et
de demain sont aussi éloignées de son esprit
qu'étrangères à ses habitudes.
«c Cette philosophie du langage, de toutes
les sciences peut-être la plus diCBcile, et
dont les motifs déliés échappent si aisément
à lattention de ceux qui en font leur uni-
que étude, aurait-elle pu se présenter à l'es-
prit d'hommes sans asile constant, sans
subsistance assurée, satisfaits de trouver
chaque jour à soutenir, contre les besoins
du moment, une existence précaire, d'hom-
mes placés dans un état de déiiuement ab-
solu et de la plus profonde ignorance 7 Et
n'est-il pas ridicule de faire de ces èlres,
dont on peut dire que Tentendement était
aveugle , sourd et muet, autant de Ikscartes
et de Newton, qui, riches de toutes les con-
naissances des siècles antérieurs, au sein
de l'abondance et du loisir, entourés de se-
cours, et disposant à volonté de langues
toutes formées et des moyens d'en fiier les
expressions par récriture , ne iSeûsaient au
fond que féconder des germes préexistants,
et développer des vérités dont les éléments
étaient connus ? Il y avait dans le monde de
la géométrie avant Newton et de la philoso-
phie avant Descartes ; mais, avant le lan-
gage, il n'y avait rien, absolument rien que
les corps et leurs images, puisque le langage
est l'instrument nécessaire de toute opération
intellectuelle, et le moyen de toute existence
morale. Tel que la matière que les Uvres
saints nous représentent informe et nue,
inanis et vacua^ avant la parole féconde qui
le tira du chaos, l'esprit aussi, avant d'avoir
entendu la parole, est vide et nu ; ou tel en-
core que les corps dont aucun, pas même le
nôtre, n'existe à nos yeux, avant la lumière
qui vient nous montrer leur forme, leur cou-
leur, le lieu qu'ils occupent, leurs rapports
avec les corps environnants, etc. ; ainsi, l'es-
prit n'existe ni pour les autres, ni pour lui-
même, avant la connaissance de la parole
gui vient lui révéler l'eiistence du monde
intellectuel, et lui apprendre ses propres
pensées, v {Recherches sur les premiers ohieli
des connaissances morales^ t. 1*% p. 137 et
suiv., édit. de 1826.)
LES COnTRADICTEURS.
11 Bûcunum me maie hubei^quoi ludi-
Qiiam a me uUatn veriiatem agrmà, in-
remrit pitàari animariterto, n» rcctf-'
tulis vei miis sigmê m oMiimoaaliiH it.
A. imo si characleres abes^ent^ tmt •
quam quidquam distixte cogilarntmif
ftetfue ratiocmaremw.
{ LEmnm, Dial de Cmuiex. mUrrad
verba. — Ofiaiv. phUosaph. , édit.
Raspe, p. SU9, etc. )
La seule objection un peu spécieuse qui
ait été faite contre la nécessité du langage
pour penser les intelligibles, pour abstraire,
généraliser, coidparer, juger, raisonner,
c'est celle qui consiste à aire que l'enfant et
le sourd-muet ne pourraient jamais appren-
dre à parler, si la parole était nécessaire à la
pensée. Deux mots suffiront pour résoudre
cette difficulté dépourvue de fondement.
L'enfant, et Ton eu peut dire autant du sourd-
muet pour les signes inventés à son usage*
l'enfant n'attache pas des idées aux mots par
un procédé rationnel , sa raison n'est pas
assez développée ; il les y attache par instinct,
par une sorte d'intuition (457) non réfléchie,
(457) L*acte intuitif est la simple vue de Tobjet, Tesprit fait à la connaissance quMl a ; c*eat vu re-
sans aucun retour de Tesprit sur ce qu'il connaît, tour de la pensée sur eUe-mème. L*intuitioo a um-
L*é(at de réflexion, au contraire, est Tattention que jours sur la réflexion une priorité logique; la re
781
LAN
D^ANTHROPOLOGIE.
LAN
7IÎ
mais qui est le vér: fable point de départ de
nntemgence et de toute réflexion. L enfant
•^t donc par instinct (1^58) , c'est par son
se(X>ars qu'il attache ndée aux mots qui
résonnent à ses oreilles, ou aux gestes de sa
mère ou de sa nourrice. La peûsée, la pen-
sée réfléchie n'existe donc pomt en lui avant
le langage ; car ce qui caractérise l'instinct ,
c'est gu il est aveugle et qu'il opère sans
connaissance. Les actions instinctives attei^
gnent un but caché è celui qui les fait ? elles
sont le résultat d'an penchant qui s'ign^mre
hii-mème et produit aes effets qu'il né pré-
voit pas. C'est n ce qui distingue essentielle-
nenl l'instinct de la volonté libre.
Parmi les philosophes et les savants qui
ont essayé de combattre la thèse de la néces-
sité du langage pour la constitution delà
raison» il en est qui sont de bonne foi, mais
qui ne comprennent pas la question^ il en
est d'autres dont cette théorie gène singuliè-
rement les systèmes ; ceuxH^i ont Irop d'in-
térèl h la rejeter pour qu'ils n'emploient pas
toutes les ressources de leur calent pour la
renverser. Le lecteur , qui se sera donné la
fieine d'approfondir cette importante ques-
tion, appréciera sans difficulté la valeur des
raisonnements auxquels nos adversaires ont
recours
M. âKGBvsba,
Asdea prataiear de |iliiloiii|.1ué.
• Les mots considérés en eux-mêmes ne
sert autre chose que les si^qies convention-
nels de nos idées, et n'ont de valeur qae par
te sens que nous y attachons. Mais ils sont
tellement liés à toutes nos oi)èrations intellec-
tuelles, nous remarquons si peu d'idées dans
les hommes privés de la parole , qu'il était
impossible de ne pas rechercher à quoi tien-
nent ces rapports du langage avec la pensée ;
ouels en sont les caractères , les enets ou
retendue. Condillac et plusieurs de ses dis-
ciples ont essayé de résoudre ces questions ,
et Ton doit reconnaître qu'ils ont réjMndu
sur quelques->^unes d'asset vives lumières.
M&is on se doute bien aussi que leurs idées
ilexioc est snoeessive, Tintuition est immaDente,
C^est-à-dire que Pacte intcilif est cooUna, parce
qii*il est de Fesseiice de Tètre ioleUigent , dont la
substance ne diaogc point, tandis que la réflexion
est nne simple nMMincation qui peut être su^n-
dne sans que Tàme périsse. L'intuition est toojoors
la mène, H dans tons les faonunes: h réflexion, an
coDtraire est progressive. La première est néces-
saire ei fatale, b seconde est libre. L'une ea^ oon-
fase, raotre distincte. La connaissance intuitive
eootieot le germe de tout ce que nous pouvons sa-
▼otr; h réflexion dérdoppe ce germe et produit, par
eetie élaboration, la prodigieuse variété de nos con-
naissances. LMntniUon saisit immédiatement son
objet et sans rbitermédiaire d*aucon signe, undis
qme la réflexion ne peut s'exercer sans un signe sen-
sible, sans nne parole qui lui sert à traduire la pen-
întuitiTe.
1 (458) On nomme ifulUut une aptitude et un pen-
Vchant -innés d*nn être intelligent à accomplir cer-
tains actes sans savoir pourquoi ni comment , et
pourtant sans y être contraint par aucune force exr
n*ont pas été toutes généralement admises.
Obligé de dire quelque chose sur ce sujet, je
n'entrerai pas dans tous les développements
qu'exigerait une matière aussi vaste ; je me
bornerai simplement k quelques observations
générales sur les points les plus importants.
« Quelques philosophes dans ces derniers
temps ont établi entre les idées et les mots
un rapport si étroit et si nécessaire , qu'ils
semblent presque les confondre et ne voir
dans la pensée elle-même ôu'une articulation
intérieure de la parole. Ils se sont ima^né
que le seul objet possible de nos perceptions
devait èlre exclusivement dans le langage ;
ils ne trouvent rien autre chose où l'esprit
humain puisse se prendre et fixer sa vue ;
ils croient, pour ainsi dire> connaître les
choses quand ils les ont nommées. Nous
pouvons bien saisir par elles-mêmes les
impfessions des sens et nous former ainsi
des images des choses extérieures ; mais là
s'arrêterait, selon eux, Tintelligence , et
jamais elle ne pourrait concevoir aucun rap-
|K>rt, ni s'élever à aucune idée intellectuelle,
si les mots ne venaient à son secours. Car
l'expression est absolument nécessaire à la
représentation même mentale de l'idée ; sans
la parole il nous serait impossible, non-seu-
lement de faire connaître aux autres notro
pensée , mais de la connaître nous-mêmes.
Ainsi , quoimie les idées soient innées en
nous , elles n y sont que comme dans une
chambre obscure ; c'est par les mots qu'elles
de viennent sensibles à l'esprit ; elles demeure-
raient éternellement inaperçues sans l'expres-
sion qui vient les revêtir d'une forme et nous
les révéler. De sorte que l'homme apprend
réellement k penser en app)renant à parler, et
reçoit ainsi toutes ses connaissances et tou-
tes ses idées de la société qui le lui transmet
avec le langage. D'un autre côté , le langage
ne peut avoir son origine que dans une
manifestation extérieure ; Thomme a besoin
ou'il lui soit communiqué , et serait dans
1 impuissance absolue de l'inventer jamais »
soit parce qu'il n'en peut avoir ni ridée ni le
désir avant de l'avoir entendu, soit parce que
le langage ne peut être inventé que dans une
lérienr^
L*instmct n'est jamais une propriété du corps ;
c*est un mobile sfirilmel qui âneut b sensibilité»
inspire rintelli^ence et détermine factivité. Si Tins-
tinct n^est pomt une Impulsion purement machi-
nale, il est au moins entièrement irréfléchi. L*homme
soumis à son influence ne sait ni pourquoi ni com-
ment il açt. 0 sent son action ; il ne s*en rend pas
compte; il en ignore h nature, les mobiles H les
effets; il asit, en un mot, sans connaissance ei sans
intention. Le caractère le plus essentiel de tout ado
instinctif est d*exclure la réflexion et Texpérienoe ;
et dès que nous voyons un acte nouveau se produire
soudainement, sans étude, sans calcul, sans inten-
tion distincte, c^est toujours à Tinstinct que nous le
rapportons. H est, pour la réflexion et la rsison, un
point de départ n&essaire ; il leur fournit en tout
genre la matière première de leurs travaux. Cest lui
qui, avant que la réflexion vienne imposer des
régies à rinteUigenee, Imprime à nos facultés nne
direction certaine.
7i3
LVS
DICTIONNAIRE
LAN
78 i
société déjà formée , et que nulle société ne
peut exister sans langage '; soit enfin parce
que rhomme ne peut pas penser sans parole,
fii inventer la parole sans pouvoir penser.
D*o{l il suit que rhomme abandonné à lui-
même serait nécessairement dans un idio-
tisme complet 9 et ne pourrait faire aucun
usage de ses facultés. Examinons quelle est
la valeur réelle d'un pareil système et des
principes qui lui servent de fondement.
« Et d*abord est-il vrai que Tinvention du
langage surpasse les forces naturelles de
Tespnt humain, et que jamais elle n'eût pu
avoir lieu, si Dieu lui-même ne fût inter-
venu pour nous révéler en même temps la
«arole et toutes les idées qu'elle exprime?
ousseau, ce qui est assez étonnant de sa
Î^art, semblait disposé à le croire, et ce sont
es dilBcultés qu'il expose, qui ont servi de
base à la théorie de M. de Bonald sur ce
sujet. Quoique ces difficultés soient graves
et spécieuses, je ne crois pas cependant
qu*elles suffisent pour démontrer rigoureu-
sement Timpossibilité de la formation du
langage par des moyens purement humains.
En effet, si l'on considère le langage dans
ce qu'il a de matériel et comme son articulé,
on ne trouve pas du tout comment, sous ce
rapport, il excéderait la portée de nos facul-
tés, puisque l'homme a reçu de la nature les
organes nécessaires, et que s'il a besoin
d'apprendre à s'en servir, le hasard ou la
réflexion peuvent lui en fournir la pensée,
l'occasion et les moyens. Dira-t-on qu'avant
l'usage de la parole Thomme n'a nulle idée
de son articulé? Cela prouve tout au plus
qu'il en serait du langage comme de toutes
les autres inventions, qui sont presque tou-
jours le résultat d'un fait inattendu, et tien-
nent à un ordre d'idées que l'homme n'avait
point auparavant. L'exemple de quelques
sauvages trouvés dans les bois, et des sourds-
muets qui ne parlent point, bien qu'ils aient
tous les organes de la voix, n'est certaine-
ment pas, comme on le prétend, une raison
légitime et suffisante pour affirmer que
l'homme est incapable d'articuler des sons
avant de les avoir entendus; car il est
évident que les uns et les autres font excep-
tion à Tordre commun. Le sauvage isolé n a
nul besoin de la parole ni d'aucun autre
moyen de communication, et par cela même
il ne peut pas soupçonner qu elle puisse lui
être d^aucun usage ; comment donc scmce-
rait-'il à s'en occuper? Il serait bien plus
naturel qu'il oubliât même sa langue mater-
nelle, s il Tavait déjà connue. Quant au
sourd-muet, comme il n'a aucune idée du
son en lui-même, qu'il ne peut ni l'apprécier,
ni l'entendre, il est tout simple ou'ancun
j^ mouvement des organes ne puisse l'amener
. h découvrir et étudier les variaticms dont il
devient susceptible au moyen de l'articula-
tion. On ne peut donc établir à cet égard
aucun rapprochement entre ses facultés et
celles de l'homme doué de tous ses sens.
ff Si l'on considère ensuite le langage comme
signe de la pensée, on comprend difficile-
ment, je Tavoue, comment les hommes
auraient été conduits à prendre les sons fi
la voix pour les .interprètes eonventioniieis
de leurs idées; mais on ne voit pas non plus
pourquoi cela leur eût été impossible; car si
les sons articulés n^ont pas comme le geste
et les cris, un rapport naturel avec certaines
idées, en revancne ils sont plus propres i
les exprimer toutes comme signes de con-
vention ; et la pensée de rendre par la parole
les conceptions de l'intelligence, pouvait
s'offrir à 1 esprit, peut-être aussi facilement
que la pensée d'exprimer les rapports des
Srandeurs et des nombres par des si^es
'une autre nature, également arbitraires,
qui forment aussi une véritable langue, et
qui par leurs combinaisons servent à décou-
vrir une foule d'idées ou de rapports insai-
sissables par les procédés du langage ordi-
naire. Ainsi, dès qu'un homme aurait re-
marqué qu un cri naturel, poussé dans un
transport de crainte, de joie ou d'admiration,
est aussitôt compris de celui qui l'entend, il
ne manquerait pas de le répéter dans
l'intention de faire connaître le sentiment
qu'il éjirouve ; bientôt il en produirait d'autres
analogiies, dans une semblable intention^; et
une fois averti de la commodité de cessi^es,
il essayerait de les varier autant que possible,
de les ajouter aux gestes et aux mouvements
afin d'exciter davantage Tattention, de les
appliquer ainsi à tous les objets usuels arec
des nuances différentes, de sorte que dans
peu ils deviendraient par eux-mêmes une dé-
signation suffisante. Lbrsqu'ensuite,pardes
expériences multipliées sur les mouvements
des organes de la voix, il aurait reconnu le
Souvoir qu'il a d'articuler des sons et de les
istinguer nettement par ce moyen, des
mots simples d'abord et peu nombreux se-
raient substitués à des cris moins faciles à
apprécier; à mesure quelusage les rendrait
familiers, on sentirait le besoin de les aug-
menter, de les unir, de les modifier succes-
sivement pour exprimer des choses, des
aualités ou des rapports différents; et ces
liances de mots, combinées de diverses
manières, seraient un moyen de parvenir
bientôt à former des phrases plus étendues.
De là résulterait une langue pauvre et long-
temps imparfaite, mais qui pourrait chaque
jour s'enrichir et prendrait enfin des modes,
des tournures propres à exprimer toutes les
idées et tous leurs rapports, à la suite de
nouvelles observations que ces premiers
éléments rendraient plus faciles. La manière
dont on a formé des systèmes de signes
complètement différents pour fixer les idées
par récriture, la manière ■ dont les enfenis
apprennent à parler, et surtout le moyen
par lequel sont enfin parvenus à se com-
prendre des peuples qui ne parlaient pas la
même langue, indiquent assez comment les
hommes auraient pu remplacer les signes
naturels par des signes de convention, et
substiuer les sons articulés aux gestes et
aux mouvements qui sont d'un usage moins
facile et moins étendu.
« Il est vrai que tout cela ne peut élre
fait que par des hommes qui ont entre eux
LAN
D*ANTHRW<HjOGIE.
LAN
786
des rapports, et qui sentent le besoin de se
commoniqner leurs pensées; par conséquent
la formation du langage exise nécessairement
une société quelconque. Mais il serait aussi
trop absurde de prétendre que la iamille
serait impossible sans Tusage de la parole,
ou qu^arant les lois écrites et toutes les ins-
titutions sociales, il ne pourrait exister au-
cune agglomération d'indiridus réunis sur
un même point, et qui se trouveraient ainsi
dans la nécessité d entretenir des relations
babîtuelles et de s'entendre réciproquement.
Ainsi la formation du langage, quoiqu'elle
eût exigé peut-être bien des nasards et bien
des siècles, ne paraît oSiîr cependant au-
cune impossibilité réelle, tant que l'on se
borne à considérer la parole en elle-même
et comme un signe substitué à d'autres.
« Mais ce n'est pas là le point important
de la question qui nous occupe. Ce qu'il
s'agit surtout d'examiner, c'est de savoir si
les mois sont en eflet nécessaires à la con-
ception mentale de toute idée quelconque, ,
et s'il est vrai que l'homme ne pourrait pas '
absolument penser sans l'usage de la parole.
Or, quoiqu'on l'affirme arec assurance, il
est au moins permis d'en douter, et le con-
traire noussembie mêmeincontestable. Com-
ment soutenir, par exemple, que l'homme
ne peut de lui-même aperceroir les modifi-
cations de son esprit, et qu'il a besoin que
la parole de ses semblables vienne lui révé-
ler ses lacultés intérieures et les conceptions
spontanées de l'intelligence? Dès qu il est
capable d'éprouver des sensations et d'asir
sur elles, pourquoi ne pourrait-il pas Tes
comparer et saisir les rapports qui existent
entre les objets qui les font naître. En voyant
une monts.çie et un arbre, a-t-il besoin du
langage pour reconnaître que l'une est plus
grande que Tautre? Lui faut -il autre chose
que la conscience, pour savoir que certains
mouvements dépendent de la volonté qui les
commande? Nous pouvons donc connaître
des laits soit intérieurs, soit extérieurs,
percevoir entre eux des rapports, et par
conséquent avoir des idées intellectuelles,
sans 1 usage d'aucun signe, parce que ces
fai ts et ces rapports se montrent d'eux-mêmes.
Cela est évioent tant qu'il s'a^t d'idées con-
crètes ou de jugements particuliers ;^ et il
semble que nous le pouvons aussi à l'égard
de quelques idées composées, de même que
nous faisons les premiers calculs, sans em-
ployer les chiffres qui deviennent néces-
saires pour des calculs plus étendus. 11 n'est
pas douteux du moins que nous ne puis-
sions avoir des idées ou même saisir des
rapportsjtrèsnabstraits, sans l'usage des sons
articulés et par le moyen d'autres signes ;
car indépenoamment d'une foule d'autres
laits, les opérations de l'algèbre en fournis-
sent une preuve incontestable.
m La parole sert à revêtir les idées, à les
manifester aux autres ; mais elle ne les ré-
vèle point à la conscience; et comme je suis
d*abord le terme et le sujet de mes opéra-
lions intérieures, elle suppose que j'ai dû
préalablement penser pour moi, car je ne
puis parler que ma pensée. Les mots fixent
le résultat de ces opérations et nous dispen*
sent de les recommencer k chaque instant^
ils nous tiennent lieu, pour ainsi dire, des
idées complexes dont nous ne pouvons dis-
tinguer du même coup d'oeil tous les élé-
ments, et qui ne pourraient nous servir à.
aucune autre combinaison, sans un signe
qui les résume ; mais ils n'en sont pas la
source directe, ni même la seule expression,
possible ; ils ne sont pas surtout indispen-
sables pour concevoir les notions élémen-
taires, que nous pouvons saisir par elles-
mêmes et sans le secours d'aucun signe,
parce qu'elles n'exigent qu'une seule per-
ception de l'intelligence, et qu'après tout les
idées et leur expression, la pensée et la pa-
role sont des choses tout a lait distinctes.
Aussi nous cherchons tous les jours des ex»
{Messions pour des idées qui nous frappent,
et qui ne cessent pas d'être présentes a l'es-
prit, parce qu'aucun mot ne vient s'y ratta-
cher. Souvent nous sentons qu'ime expres-
sion manque de force ou de justesse pour
rendre l'énergie ou la pré'cision de nos pen-
sées, qui par conséquent ne se confondent
point avec les mots qui les expriment. Si
toutes nos idées proviennent du langage et
nous sont transmises par la société, qu'on,
veuille bien me dire par quel moyen tant
d*hommes de génie ont pu puiser à cette
source des notions ignorées de la société elle-
même, et pour lesquelles il a ISillu créer des
expressions particulières? Il est vrai que
nos idées ne paraissent jamais que revêtues
des mots que nous y attachons des l'enlance ,
mais cette habitude nous rappelle aussi ceux
qui expriment les propriétés de la matière
et les objets sensibles, sans qu'on puisse ni
qu'on veuille cependant en conclure qu'ils
sont nécessaires.
« On nous allègue sans cesse lexemple
des sourds-muets de naissance, comme une
preuve frappante de la nécessité de la pa-
role, pour avoir des idées intellectuelles et
s'élever à des notions abstraites. Mais il me
semble qu'avec des observations plus rigou-
reuses et un peu moins de préjugés, on y
eût vu précisément la preuve du contraire ;
car on ne saurait douter qu'un sourd-muet,
sans le secours du langage ou de l'écriture,
ne connaisse ses fecultés et ses opérations
intérieures ; qu'il ne parvienne à acquérir
les premières notions du bien et du mal;
qu'il ne puisse concevoir certaines idées
élémentaires, et distinguer au moins quel-
Îues principes qui servent k diriger sa con-
uite. La conscience ne peut le laisser à cet
égard dans l'ignorance. Aussi voit-on sou-
vent dans leurs actions l'expression de ces
sentiments naturels , des marques certaines
de réflexion, une secrète horreur du crime,
et de vils remords après l'avoir commis.
Quelques-uns même laissent apercevoir des
affections religieuses, et se font remarquer
par de grands sentiments de justice et de
probité. On peut enfin s'assurer que tous
agissent quelquefois avec intention, et qu'ils
ont |)ar conséquent des idées de cause, de
787
UN
DICTIONNAIRE
LAN
îtt
fin, de moyen , et conçoivent entre elles des
rapports quelconques (US9).
« Ces idées , q«ioique moins étendues ,
moins développées et peut-être moins pré-
cises dans leur esprit que chez le reste des
. hommes, n*en sont pourtant ni moins réel-
les, ni moins incontestables, puisau*eJles
: produisent les m^émes a&ections au dedans,
-jet au dehors les mêmes résultats; et cepeur
dant on ne les supposera pas acquises avec
le langage» dan^ les sourds-muets qui n'e9
ont aucune connaissance. £t quand on pré^
tendrait que ce sont simplement des images
et non des idées» que gagnerait-on à cette
futile distinction de mots? Ils conçoivent
réellement des rapports,- des notions abs-
traites et purement intellectuelles ; or, peut-
on dire que. l'idée soit autre chose que cette
conception, et le langage peut-ii nen pro^
duire de plus ? Les mots pris matérielle^
ment ne sont eux-mêmes qu uneimag[e ou un
signe sensible ; comment donc produiraient-
ils une idée ? ou pourquoi d'autres signes
ne le feraienMls pas également?
« Quelques faits incertains, isolés , peut-
être TeiTet de causes particulières et acciden-
telles qui n^ous sont inconnues, ne sauraient
démentir cette expérience générale et cons-
tante, ni affaiblir la preuve incontestable
qui en résulte. J'ai moi-même interrogé des
sourds^ muets sur l'idée qu'ils avaient de
plusieurs actions criminelles, avant de con-
naître le langage par le moyen de l'écriture;
ils m'ont constamment répondu qu'ils en
concevaient des sentiments d'horreur, tout
en niant qijkelquefois qu lisaient eu lamoin^
dre notion du bien et du mal ; ce qui sem-
ble indiquer qu'une conception nouvelle,
f)lus générale et plus frappante, peut, en
es absorbant, faire disparaître le souvenir
exact des éléments antérieurs , et qu'après
cette transformation d'un sentiment primi-
tif mais plus confus, l'ftme distingue dans
le fond ce qui ne fait que l'affecter diverse-»
ment^ croyant peut-être n'avoir pas eu d'i-
dées, parce qu'elle n'avait point de mots
abstraits pour les exprimer collectivement,
{>our les embrasser en quelque sorte, et
aire de là comme un point de vue d'où
elle peut découvrir un plus grand nombre
de rapports. Jelaisse è juger, sur cette simple
réflexion, le cas que l'on doit faire de quel-
ques observations particulières , presque
toujours superBcielles, et peut-être encore
mal comprises et mal dirigées.
« Mais on peut ajouter a toutes les rai-
(459) Plusieurs physiologistes ont rapporté ,
comme un fait assez remarquable » Texcmpte d'un
sourd-muet privé en même temps de ta vue, qui
était parvenu cependant à acquérir un assez grand
nombre d'idées abstraites , et qui , au moveh des
gestes et du toucher, les exprimait assez bien, et
comprenait parfaitement tout ce qu'on voulait lui
faire entendre. On peut voir à ce sujet quelques dé-
tails, dans la PhuêiologU de M. âdelon , tome I*%
page 476. Un chef d'institution de sourds-muets,
dont le tëmoiffnage doit être d'un grand poids, puis-
Su'il est le fruit de l'expérience , n'a pas craint
*aflirmcr c que les savants font trop dépendre Tac-
sons que nous venons d*exposer> une der-
nière preuve sans réplique ; c'est que si
nous ne pouvions pas en effet penser sans
parler, si nous n'avions pas des idées anté-
rieures à leur expression et que nous
pouvons concevoir sans elle, il nous devien-1
drait impossible d'en acquérir aucune et de
penser jamais ; caria parole, n'étant qu'un
signe de convention , suppose nécessaire^
ment les idées et ne les donne pas. 11 n'est
point de mot qui puisse être naturellement
la manifestation d un objet ou aui soit pro-
pfe par lui-même à nous^ le révéler } aucun
n'emporte avec lui et ne peut produire tout
seul la connaissance des choses qu'il ex-
prime ; ils ne font tous que les désigner ea
vertu d'un usage arbitraire et d'après le
sens variable qu ils ont reçu. Les mois Dieu,
infiniy àme^ ne font naître dans mon esprit
une perception particulière, que parce que
les hommes sont convenus d'y attacher une
idée que je connais, comme ils auraient pu
les employer pour signifier autre chose ; ils
ne sont donc ni la cause de l'idée, ni une
condition nécessaire pour la concevoir \ ils
n'en sont encore une fois qu'une expres-
sion purement conventionnelle, et par con-
séquent ils la supposent déjà existante et
connue antérieurement.
« Dès que l'on ne veut pas que l'idée
puisse être connue en elle-même ou dans
ses éléments, avant que l'expression vienne
la revêtir, il suit de là nécessairement, et
on l'avoue aussi, que nous devons la rece-
voir de la société au moyen de la parole ou
de signes qui n'ont par eux-r mêmes aucune
valeur. « Cependant on sait qu'une idée
« toute faite est une chose absolument in*
« transraissible, que pour en avoir réelle-
« ment la conscience, lorsqu'on entend oc
tt que l'on voit le signe qui la représente,
« il faut nécessairement, si c'est une sim-
« pie sensation, l'avoir éprouvée: la preure
« en est qu'on parlerait éterneliement de
« couleur à un aveugle-né, qu'il ne saurait
ff jamais ce dont il s'agit. Si c'est une idée
« composée, il faut avoir connu et rappro-
tf ché tous les éléments qui la composent \
« il est évident que sans cela nous ne con-
< naissons pas la signification d'un mot, et
« que c'est ce qu'on nous lait faire plus ou
« moins bien, ouand on nous le définit. Eo-
« fin, si cette iaée est un jugement, la pro-
« position qui l'exprime est vide de sens
« pour nous, n'est qu'un vain bruit comme
« celui d'une langue étrangère, si nous ne
tivité de Pâme des sens extérieurs, et que le plu^
sage des hommes, privé en naissant de Touie ei de
la parole, Socrate, né sourd-muet, n>en aurait p*
moins sa grande âme et son beau génie; il ^^»^^
le langage des «estes, langage naturel , primitif et
universel, que les enfants parlent avant de satmr
parler, et que les instituteurs n*ont pas inveotr,
parce qu'il y a des dispositions innées qui disur-
guent les hommes, et qu'un trait de plume ne svftt
pas pour les dépouiller de leur raison. > Cette opi-
nion a été rendue publique dans le Journal dit IH-
bats du 5 mars 1821.
789
UN
D'ANTHROPOLOGIE.
UN
71H^
« counaissoQS pas ses deux termes, si nous
• D'aTOUs pas fait sur chacun d^eux les opé*
fl rations que nous menons de décrire y et si
• ensuite nous ne faisons pas nous-mêmes
« lacté de la pensée qui consiste- à perce-
« voirie rapport énoncé entre eux («60). »
Il n'y pas moyen de nier tout cela » et il en
résulte clairement, i^u il doit y avoir dans
notre esprit des idées préalaolement per-
çuest pour que les mots puissent en deve-
nir rexpression, et nous offrir un sens dé-
termine.
« L'idée est pour nous la connaissance
<rune chose, de ses qualités ou de ses rap-
ports. Nous connaissons les choses extérieu-
res et leurs qualités jpar le moyen des sens ;
la GODScience nous révèle les faits intérieurs ;
noas percevons des rapports par un juge-
ment spontané ou réfléchi , qui les décou-
vre dans l'observation des faits, ou les y
ajoute comme une donnée primitive de la
raison elle-même. Hais rien ne peut nous
dispenser ou nous tenir lieu de ce travail
personnel de Tintelligence. C'est en par-
tant de ces notions élémentaires, en géné-
ralisant ces premiers faits, en les observant,
les comparant, les analysant, c*est en don-
nant à chaque combinaison différente un
signe particulier pour faciliter de nouveaux
rapprochements, c'est en appréciant les ju-
gements et les réflexions d'autrui d'après les
n6tres, que nous pouvons acquérir de nou-
velles idées ou comprendre celles qui nous
sont b*ansmi$es. Otez à l'ftme les iaées fon-
damentales qu'elle perçoit directement, tout
déyeloppement, tout progrès ultérieur lui
deviendra nécessairement impossible. Elle
ne comprendra plus les communications de
la société, parce qu'elles ne répondront à
rien. Or, pourquoi aurais-je besoin, pour
ac(]uérir ces connaissances naturelles et pri-
roilives, d'expressions qui tirent d'elles
toute leur valeur, et qui sans cela doivent
être inintelligibles ? Comment parviendrais-
je à saisir des choses ou des rapports dont je
n aurais aucune idée , dont les éléments me
seraient inconnus , qui ne répondraient à
rien d'analogue dans mon esprit, unique-
3ientparle moyen de certains mots, dès
lors vides de sens pour moi, et toujours
pliables à tous sens en eux-mêmes ?
« Il est évident que les idées n'ont aucune
liaison nécessaire avec les mots qui les ex-
priment, et qu'ainsi on peut prononcer
teui-ci ou les entendre sans concevoir au-
cune idée. Le langage n'est donc plus, si
iOnne suppose point d'idées préalables,
Qu'un son vague et insignifiant, qui n'é-
nraole que les organes comme dans les ani-
IQ^UT, sans porter aucune lumière dans les
esprits. Il ne peut produire que des sensa-
tions confuses, incapables de nous révéler
des choses* spirituelles et de faire naître en
iiousaacune perception distincte. Par con-
^^uent, si 1 on veut que les mots devien-
'^ent pour moi l'expression d'une idée et
*«rventàia faire comprendre, il faut de
♦IfiO) Dcstctt-Tràcv, Éléments d'idéologie,^, 511.
toute nécessité , ou que je connaisse déjà
leur signification, lorsque je les entends
prononcer, ou que l'on ait soin de me l'ex-
pliquer d'une manière quelconque. Mais
comment connaitrais-je d'abord leur signi-
fication, puisqu'elle dépend d'une institution
arbitraire? £t, d'autre part, quel moyen de
me l'expliquer, si déjà l'on ne suppose en
moi quelques connaissances antérieures;
si je iry retrouve pas les éléments de l'i-
dée quils expriment,- toutes les fois du
moins qu'il s'agit d'une chose qui ne peut
f>as frapper les sens ? Il faut pour cela que
es hommes attachent leurs mots à nos idées
par des signes qui puissent nous faire éta-
nlir un rapport entre les uns et les autres.
Mais ces signes eux-mêmes ne sauraient
être compris et doivent rester muets, sans
des perceptions préexistantes ; ils ne peu-
vent pas plus que le langage, produire en.
nous des idées simples et intellectuelles que
nous n'aurions pas encore. Ils n'offrent la-*
mais qu'un rapport très-éloigné, incapable
de me faire connaître ou de retracer 1 objeA
en lui-même. Je peux tout au plus l'y atta-
cher par réflexion ; mais elle est impossi-
ble, si l'idée m'est inconnue. Le signe alors
ne produira pas plus d'effet que le son qui
m'a frappé louïe. Ils sont lun et l'autre
comme des enseignes qui ne disent rien
pour ceux qui, n'ayant nulle idée de la
chose signifiée, ne peuvent connaître l'usage
auquel on les destine.^
« Aussi l'on est obligé d'avouer que l'idée
attend l'expression pour s'y attacner, que
sans cela nous ne comprendrions pas plus le
mot ordre, justice, que nous n'entendons les
mots forgés à plaisir. C'est une chose si évi-
dente qu'il fallait bien en convenir. Mais
qu'est-ce donc que cette idée, si nous ne
f>ouvons pas penser sans parler? Comment
'attacher aux mots, si elle est encore incon-
nue? Et comment la connaître déjà, s'il faut
pour cela qu'elle soit revêtue de son expres-
sion? Il y a là un cercle vicieux dont on ne
sortira jamais, tant qu'on ne voudra pas re-
connaître que les idées simples et élémen-
taires peuvent être perçues immédiatement,
qu'elles deviennent sensibles par. elles-mê-
mes et sans le secours d'aucun signe. Tant
que l'Ame demeure sans perceptions et dans
une ignorance absolue, le langage encore
une fois n'est plus qu'un son, et les mots
ne disent rien à l'esprit. Or, nous en serions
là perpétuellement, si l'idée ne pouvait se
révéler qu'au moyen de la parole; car une
idée inconnue nous laisse dans le même état
que si elle n'existait pas ; elle est comme le
néant pour l'intelligence.
« Pourquoi d'ailleurs cette idée vient- elle S-
de préférence s'attacher au mot propre qui,
cependant, n'a de rapport avec elle que par
une convention arbitraire? On entendrait
parler toute sa vie une langue étrangère,
sans pouvoir jamais la comprendre, si tout
ce qui nous environne ne l'expliquait, ou
crue Ton n'eût la sienne nronre nour inler-
791
LAN
MCTIONNAIKE
LAN
m
prête. Comment donc Vidée ira-t-elle se
joindre aux mots qu'une mère prononce à
son enfant, à moins d'employer quelaues si-
gnes dont il puisse saisir la valeur et l'inten-
tion, d'après ce qu'il a conçu lui-même? Il
faut nécessairement lui montrer les rapports
du mot à ridée exprimée; désigner d'une
manière ou d'une autre l'objet que l'on reut
faire entendre. Or, le moyen a v parvenir,
si l'objet n'est pas connu, si l'idée n'est déjà
perçue, lorsqu on veut la joindre aux mots
qui l'expriment. Tous les signes dont on
peut se servir, sont des rapports qui ne por-
tent sur rien et se perdent pour un enfant
3ui n'a pas une connaissance quelconque
e ridée a laquelle ils se rattachent ; c est
un interprète qui, lui-même, parle une lan-
gue inconnue. Il faut donc supposer l'idée
préexistante à la parole, et possible sans le
secours de la parole, pour que celle-ci de-
vienne elle-même intelligible et puisse offrir
un sens à l'esprit.
« D'après tout ce qui précède, il est évi-
dent que nos idées simples ou élémentaires
ne peuvent nous être transmises par la so-
ciété, et qu'elles n'ont besoin ni aes signes,
ni du langage, pour devenir sensibles à l'in-
teliiçence. Nous les percevons en nous, im-
médiatement et par elles-mêmes, en vertu
de nos facultés personnelles. Ainsi les sen-
sations nous révèlent les idées de son, de
couleur, de saveur, d'étendue, et autres
semblables, que jamais nous ne pourrions
concevoir, comme on le sait, si nous étions
privés des sens qui doivent nous les trans-
mettre. C'est par la conscience que nous sai-
sissons la pensée, le jugement, la liberté et
toutes nos facultés intérieures; jamais nous
n'en aurions eu connaissance, si elles ne s'é-
taient d'abord exercées spontanément. Il en
est de même pour toutes les autres idées
simples, pour toutes les conceptions primi-
tives de Ja raison , qui ne sont pas suscepti-
bles d'analyse; jamais Tintelligeuce ne par-
viendrait à les acquérir si elle ne les trou-
vait pas en elle-même; jamais elle ne pourrait
les attacher à un signe quelconque, si déjà
elle ne les percevait sans cela. Ainsi les idées
de droit, d obligation morale, de nécessité,
de rapport, en un mot toutes celles que Ton
peut classer parmi les notions élémentaires,
ne pourraient d'aucune façon s'introduire
Jans l'esprit à l'aide du langage, et demeu-
roraient toujours insaisissables à la raison,
si elle ne parvenait à les concevoir direcle-
inont.
< C'est donc seulement pour la formation
des fdées complexes ou des notions généra-
les,' que l'on doit reconnaître l'influence des
signes et div langage; mais à cet égard leur
utilité devient incontestable ; ils sont même
nécessaires pour le plus grand nombre d'en-
tre elles; et comme presque toutes nos idées
sont de ce genre, on conçoit aisément que
sans le secours des signes, le développement
de notre intelligence serait extrêmement
ïyorné. En effet, nous ne saurions fixer no-
tre attention sur une foule d'objets à la fois,
ni saisir en même temps tous leurs rapports
dès qu'ils sont un peu nombreux; cest là
un fait que la plus simple réflexion peut
constater; nous avons besoin pour les con-
cevoir nettement de les envîMger à part et
défaire successivement un grand nombre
d'opérations intellectuelles ; ce n'est que par
ce moyen que nous pouvons en découvrir
toutes les propriétés, déterminer diaque
rapport en particulier, et former avec ces
éléments la notion générale quilles rfeume.
Or, toutes ces conceptions diverses, tous ces
jugements particuliers ne peuvent se faire
simultanément, ni, une fois faits, se repré-
senter à l'attention tous ensemble, avec net-
teté et sans confusion ; nous ne pourrions
surtout nous en servir, pour essayer d*autres
combinaisons et faire de nouveaux rappro-
chements, si la pensée devait se porter tou-
jours sur ces éléments, plus que suffisants
pour l'absorber tout entière. 11 faut donc
que les signes ou le langage viennent fixer
le résultat de nos opérations successives, et
soulager ainsi la mémoire qui n'a plus à s'ar-
rêter sur chacune d'elles; il faut qu'ils nous
tiennent lieu des combinaisons déjà faites,
pour que l'esprit, qui veut les étendre et s'é-
lever à d'autres, n ait pas besoin de s'occu-
{)er directement des premières. Sans cela
es rapports de nus idées et leurs associa-
tions seraient à peine sensibles, et ne laisse-
raient aucune trace durable; nos premières
notions générales seraient toujours à refaire,
et il nous deviendrait surtout impossible
d'en profiter pour en former de nouvelles,
ft C est aussi parce qu'elle nous transmet
une foule d'idées complexes arec les mots
qui les expriment, que la société contribue
si puissamment à développer la raison, à
étendre le cercle de nos connaissances.
« D'une part il n'est pas douteux que cha-
« cun n a que les idées qu'il s'est faites, et
« que personne ne peut penser pour un au-
« tre; mais de l'autre, il n'est pas moins
« certain que chacun agit et réflécnit de son
« côté, et qu'il fait part aux autres des im-
« pressions que ses actions lui ont procu
« rées, et des combinaisons qu'il en a faites.
« Les premiers éléments de ces résultats et
« de ces combinaisons sont bien connus des
it hommes à qui il s'adresse, puisque ce sont
« les sensations communes à tous; c'est
« même à cause de cela qu'il est compris
« par eux, et à cet égard il ne leur apprend
« rien; mais les combinaisons de ces pre-
« miers éléments, les conséquences qu'on
« peut en tirer, les analyses qu'on peut en
« faire sont infiniment variées ; la plupart ne
« pourraient avoir lieu sans certaines cir-
ff constances. Il s'en fout donc prodigieuse
« ment que toutes puissent se présenter à
« tous,aulieuq[ueparlebienfaitdelacommu
« nication des idées, chacun se trouve agir,
« réfléchir et choisir pour tous ; tout ce qui
« est découvert devient ain bien commun,
« source de nouveaux progrès, et le tout est
« exprimé et consigné par les signes qu on
« invente à mesure, et par les associations
« durables qu'on en fait. C'est ainsi, coroip^*
« nous l'avons déjà dit, que, dans les premiè-
TC3
LAN
DANTHROPOLOGIE.
LAN
7!f4
• res années de notre existence, en recevant
n les impressions de tout ce qui nous frappe
« et étudiant les signes de tons ceux qui
• nous entonrent, nous apprenons les qua-
« tre-yingt-diiHieuf centièmes de toutes les
« idées qui sont jamais entrées dans la tête
« des hommes, et nous soomies tout de suite
« à même d'en faire des combinaisons in-
« nombrables et nouvelles (hêi). »
« Ainsi, quoique la raison trouve en elle-
même le principe de son développement et
les premiers éléments de ses connaissances,
elle a besoin néanmoins que la société
vienne à son secours et lui communique une
foule de notions abstraites pour étendre et
compléter ce développement, qui sans cela
demanderait un temps infini, et serait né-
cessairement très- borné dans chaque indi-
vidu; mais la société n'ajoute à nos connais-
sances, que parce qu'il j a dans notre nature
certaines idées élémentaires dont elle pro-
fite et qu'elle sert à féconder, mais qu elle
ne nous donne i»as. L'homme par les sensa-
tions et la conscience reçoit des idées parti-
eulières; il voit des faits qui se succèdent
ou se modifient les uns les autres, en un
mot qui présentent entre eui des rap-
ports existants ; il trouve en luinnéme ou
confit par la raison des idées simples, des
notions absolues, des rapports nécessaires ;
mais jx>ur. en multiplier promptement les
combinaisons, pour en tirer toutes les con-
séquences, pour en faire tontes les applica-
tions possibles, il faut aussi que la société
vienne à son tour travaillersur ces éléments,
qu'elle fournisse à l'homme un moven prompt
et facile de généraliser ses perceptions par-
ticulières, ou plutôt qu'elle se charge le plus
souvent de les généraliser pour lui. C'est en
cela qu'elle ajoute prodigieusement à nos
rtMiceptions naturelles, et que le langage
devient pour nous une source de nouvelles
connaissances, bien qu'il fût impossible ab-
solument que jamais il fit naître en nous
aucune idée quelconque, si déjà l'homme
n*en trouvait dans son esprit quelques-unes
qui ont nécessairement une autre oriçine.
« La raison ne se développe qu'à l'aide des
idées générales, et celles-ci ne peuvent se
concevoir nettement qu'à la double condition
de distinguer les éléments qu'elles embras-
sent, et de saisir les rapports qui unissent
res éléments. Tant que cette double opéra-
tion n'est pas fiiîte, il n'y a pour l'intelli-
gence qu'une vue confuse ou un sentiment
vague; il nV a pas proprement perception.
Le progrès de nos connaissances roule donc
sur des différences et des rapports; elles s'é-
tendent à mesure que l'homme distingue et
compare un plus grand nombre d'objets ; à
mesure qu*il saisit plus nettement leurs pro-
priétés particulières et leurs qualités com-
munes; à mesure enfin qu'il conçoit de nou-
velles idées, et qu'il connaît mieux les rap-
ports de chacune d'elles avec toutes les au-
tres. Or, c'est là un travail en quelque sorte
inlîni, et que la société fait en grande partie
( 161) Dt-iTTiT-TiACT, ÉUmenti (Tidéologir, p. 314.
pour chacun de nous ; elle transmet à cha-
que individu par le moyen du langa^ le ré*
sumé des observations, des réflexions de
tous ; en attachant à nos sensations, à nos
idées particulières, une expression qui s'ap-
plique à une foule d'idées analogues, eue
nous communique ainsi des notions géné-
rales, dont elles nous offre ensuite l'analyse
toute faite à l'aide d'autres signes différents;
de telle sorte qu au moyen de quelques im-
pressions élémentaires, qui sont les mêmes
chez tous les hommes et qui leur donnent
à tous la bcilité de s'entendre réciproque-
ment, la' société nous révèle, dès 1 enftnce
et à chaque instant, une foule de rapports
et de combinaisons d'idées, qui deviennent
par le langage des notions nies, préciser,
durables, et qui ensuite nous servent de
Eoint de départ pour arriver à d'autres com-
inaisons.
« On voit donc en résumant tout ce que
nous avons dit jusqu'ici que l'origine et le
progrès de nos connaissances déiiendent
nécessairement du concours de plusieurs
principes; que le développement de l'esprit
numain présente non-seulement des élé-
ments divers , mais encore des faits com-
plexes qui se rapportent à des causes dif-
férentes dont il faut tenir compte, si Ton
veut donner la véritable explication de cha-
cun d'eux, ou la théorie complète et réelle
de l'intelligence. L'homme n est pas un être
simple ; il n'est pas uniquement esprit eu
matière ; il est tout à la fois l'un et l'autre.
Il n'est pas non plus un être isolé ; il vit et
se développe dans la société, il a des rap{iorts
nécessaires avec ses semblables. Pour appré-
cier la nature et l'étendue de ses facultés,
pour déterminer les lois de la raison, i-our
saisir exactement l'origine , le fondement et
la mesure de ses connaissances , il fout exa-
miner en même temps les causes ou les ins-
tniments divers qui concourent au dévelop-
pement de la pensée , et les circonstances au
milieu desquelles ce développement s'opère ;
il faut tenir compte et de la double nature
de l'homme et de ses rapports avec la so*
ciété ; il fout en un mot prendre pour base ,
l'humanité avec tous les éléments, tontes
les conditions de sa nature et de sou exis-
tence. Si l'on s'arrête à un seul de ces faits,
si on le prend exclusivement pour point de
'départ, on arrivera par là même à des théo-
ries contraires, mais également fausses, et
qui, ne pouvant rendre compte de tout, fini-
ront par nier ce qu'elles n'expliqueront pas.
Veut-on n'envisager que l'organisation toute
seule, par exemple , on arrivera au système
sensualiste, qui fait dénver toutes nos idées
de l'expérience et des sensations ; et comme
les sensations n'ont pour objet que des faits
Sarticuliers, qu'elles ne nous montrent rien
e général, de nécessaire, d'absolu, on sera
contraint de nier toutes les conceptions çé*
nérales etabsolues de l'entendement humain,
ou de les dénaturer pour les réduire à ta
mesure de nos sensations^Si l'on prend pour
Lan
DICTIONNAIRE
LAH
191
point de départ Tintelligence seule, on arri-
vera tôt ou tard à un idéalisme pur, qui, ne
vojrant dans les sensations que des modifi-
cations purement internes , commence par
nier l'existence des objets extérieurs, et
finit par douter même des vérités absolues ,
parce qu'il les confond avec nos idées. Enfin,
si Ton ne considère dans le développement
de la raison^ que Vinfluence de la société
sans rien attribuer aux facultés propres de
notre nature, outre que cette influence de-
vient nulle, faute d'un germe qu'elle puisse
féconder, on sera forcé alors de révoquer
en doute le témoignage des sens et de la
conscience, et Ton ne pourra trouver d'au-
tre fondement à nos croyances que l'auto-
rité d'autrui, sans aucun moyen de la re-
connaître elle^mômcy ni de savoir sur quoi
elle repose. C'est ainsi qu'en admettant des
théories exclusives on est conduit enfin à
nier les faits les plus incontestables de la
nature humaine , quand on ne peut pas les
dénaturer suffisamment pour les plier à ces
théories. » [Essai de physiologie.)
ERNEST RENAN.
( Esraii de la EÀberié de penser. )
« La science expérimentale de l'esprit hu-
main s'est généralement bornée jusqu'à nos
jours à étudier la conscience parvenue à son
complet développement, et telle qu'elle est
dans l'état actuel. Ce que font la physiolo^
gie et l'anatomie pour les phénomènes des
corps organisés, la psychologie l'a fait pour
les phénomènes de Tftme , avec les difTéren-
ces de méthode réclamées par des objets si
divers. Mais de même qu'à côté de la science
des organes et de leurs opérations il y en a
une autre qui embrasse l'histoire de leur
formation et de leur développement , de
môme à côté de la psychologie qui décrit et
classifie les phénomènes et les fonctions de
l'Âme, il y aurait une Embryogénie de l'es-
prit humain qui étudierait l'apparition et le
premier exercice de ces facultés dont l'action,
maintenant si régulière, nous fait presque
oublier qu'elles n^nt été d'abord que rudi-
mentaires. Une telle science serait sans
doute plus difficile et plus hypothétique que
celle qui se borne à constater l'état présent
de la conscience humaine. Toutefois , il est
des moyens sûrs qui peuvent nous conduire '
de l'actuel au primitii , et si l'expérimenta-
tion directe de ce dernier nous est impossi-
ble, l'induction, s'exerçant sur le présent,
peut nous faire remonter à l'état qui l'a pré-
cédé et dont il n'est que l'épanouissement.
£n efiet , si Tétat primitif a disparu pour
jamais , les phénomènes qui le caractéri-
saient ont encore chez nous leurs analo-
gues. Chaque individu parcourt à son tour la
ligne gu'à suivie l'humanité tout entière ,
et la série des dévelopi:ements de l'esprit
humain dans son ensemble est exactement
parallèle au progrès de la raison indivi-
duelle, à la vieillesse près, qu'ignorera tou-
jours l'humanité, destinée a refleurir à ja-
mais d'une éternelle jeunesse. Les phéno-
mènes de Fenlance nous représoitent donc
les phénomènes de l'homme primitif . D'\m
autre côté, la marche de l'humanité n'est pas
simultanée dans toutes ses parties : tandis
que par l'une elle s'élève à de sublimes hau'>
teurs, par une autre elle se traîne encore
dans les humbles régions qui furent son
berceau , et telle est Ift variété infinie du
mouvement qui l'anime, que l'on pourrait à
un moment donné retrouver, dans les diffé-
rentes contrées habitées par l'homme, tous
les âges divers que nous voyons échelonnés
dans son histoire. Les races et les cÛmats
f)roduisent simultanément dans l'humanité
es mêmes différences aue le temps a mon*
trées successives dant la suite de sesdéfe-
loppements. Les phénomènes, par exemple,
qui signalèrent le réveil de la conscience se
retracent dans l'éternelle enfance de ces
races non perfectibles , restées comme des
témoins de ce qui se passa aux premiers
iours de l'homme. Non qu'il faille dire abso^
lumen t que le sauvage est l'homme primitif;
l'enfance des diverses races humaines dut
être fort différente selon le ciel sous lequel
elles naquirent. Sans doute les misérables
êtres qui bégayèrent d'abord des sons inar^
ticulés sur le sol malheureux de lX)cëame,
ressemblèrent peu à ces naïfs et gracieux
enfants qui servirent de pères à la race reli-
gieuse et théocratique des Sémites , et aux
vigoureux ancêtres de la race philosophie
que et rationaliste des peuples indo-germa-
niques. Mais ces différences ne nuisent j^
plus aux inductions générales que les varié-
tés de caractère chez les individus n'entra-
vent la marche des psychologues. L'enfant
et le sauvage seront donc les deux grands
objets d'étude de celui qui voudra construire
scientifiquement la théorie des premiers
Ages de Fhumanité.
« Il reste à la science un moyen pins di-
rect encore pour se mettre en rapport aTcc
ces temps reculés : ce sont les produits mê-
mes de l'esprit humain à ses. différents âses,
les monuments où il s'est exprimé lui-
même, et qu'il a laissés derrière lui comme
pour marquer la trace de ses pas. Malheu-
reusement ils ne commencent à paraître
qu'à une époque trop rapprochée de nous,
et le berceau de l'humanité reste toujours
dans le mystère. Comment l'homme aurait-il
légué le souvenir d'une ère oii il se possé-
toutes les phases diverses de cette Genève
merveilleuse, qui par ses mille aspects repré-
sente chacun de ceux qu'a tour à tour esquis-
sés l'humanité, monument qui n'est pas d'un
seul âge, inais dont chaque partie, lors môme
qu'on peut lui assigner une date, renferme
des matériaux de tous les siècles antérieurs
et peut les rendre à l'analyse ; poëme admi-
rable qui est né et s'est développé avec
l'homme, qui l'a accompagné à chaque f^
et a reçu l'empreinte de chacune de ses ma-
nières de vivre et de sentir. Ce monument,
ce poëme, c'est le langage. L'élude appro-
m
LiN
D'AXrIIRO^OLO€lE.
LAN
7M
fonJie de ses mécanismes et de son faistotre
sera toujours le moyen le pins efficace de la
^psycbolojiie primitive. En effet, le |)roblème
.de ses ongînes est identique à celui des on-
/gines de l'esprit humain, et, grâce à lui,
nous sommes ris^yisdes âges primitifs,
comme Tartiste qui devrait rétablir une sta-
tue antique d'après le moule où se dessinè-
rent ses formes.
« Toutefois ici encore Vexpérimentation
directe est impossible. Les langues primiti-
ves ont disparu pour la science avec l'état
qtt:*elles représentaient, et personne n'est dé-
sormais tenté de se fatijper à leur poursuite
avec l'ancienne linguistique. Mais que parmi
les idiomes dont la connaissance nous est
possible, il y en ait qui plus que d*autres
aient conservé des traces des^ procédés qui
présidèrent à la naissance et au développe-
ment du langage , et sur lesquels ait passé
un travail moins métaphysique de refonte
et combinaison , ce n'est point une hypo-
thèse, c'est un bit résultant des notions les
£lus simples de la philolo^e comparée. Il
rut le dire : l'arbitraire noyant pu jouer
aucun rôle dans l'invention et la formation
du langage, il n'est pas un seul de nos dia-
lectes les plus compliquée qui ne se ratta-
che par une généalogie plus ou moins di-
recte k un de ces premiers essais qui furent
eui-fflèmes la création spontanée de toutes
les filcultés humaines, « le produit vivant
« de tout l'homme intérieur. » ^F. Schle-
6EL.) Mais qui pourra retrouver la trace du
monde primitii à travers cet immense ré-
seau de complication artificielle dont se
sont enveloppées quelques langues , à tra-
rm ces nombreuses couches de peuples et
d*idiomes qui se sont comme superposées
les unes aux autres dans certaines contrées ?
Bédoit à ces données, le problème serait inso-
luble. Heureusement ii est d'autres langues
moins tourmentées par les révolutions, moins
variables dans leurs formes, parlées par des
peuples dévoués à l'immobilité , chez les-
quels le mouvement des idées ne nécessite
Das de continuelles modifications dans le
la^igage ; celles-là subsistent encore comme
des témoins , non pas , hâtons-nous de le
dire, de la langue primitive, ni même d'une
l4tngue primitive, mais des procédét primi-
iifâ^ qui serrirent à l'homme pour donner à
sa pensée une eipression extérieure et so-
ciale.
« le dis de$ procédés primitifê^ car pour
la langue elle-même, n'espérons jamais!^
atteindre. De même que le géologue aurait
tort de conclure, du petit nombre de couches
qu'il a observées, la nature du centre du
^obe, et de le croire composé des mêmes
(M2) Fr. ScB-ccEL, PhiioêopkiMche Vorlenmgem^
imskeaùmdere mber PhUoêophie der Sprache umd des
W^rus, ». 74.
iiSS) VMe h plus cnriense de rantîquilé k cel
ëgafd est mm doale reipérieuce de PsamméUque,
rapportée pai * Hérodote (Emterpe , Ml. ). Ce roi«
▼oolaBt savoir laquelle des deux nations, des Egyp-
tÂeas ou des Phrrgiens, était la plus ancienne, lit
aofUTtr deux enfants par des chèrrv^ ^i '^•' ^
éléments que hii ont offerts ses recherches,
de même ce serait témérité de conclure l'état
originaire des langues d'après l'analogie de
l'état actuel , et de regarder comme absolu-
ment primitives celles qui, par rapport aux
autres membres de leur famille, méritent le
Premier rang d'ancienneté. C'est comme si
on composait les parties intérieures de
notre Dianète des mêmes masses de granit
que 1 on rencontre dans les dernières pro-
fondeurs accessibles à l'expérience (i6â).
« Le problème de l'origine du langage
semble avoir assez peu préoccupé les an-
ciens philosophes; cela tenait sans doute
à l'imperfection de la philologie, et sur-
tout de la philologie comparée dans l'an-
tiquité (V63j. Platon, il est vrai, tourne
souvent, trop souvent même , son attention
vers les mots ; mais on avouera sans peine
que ses essais étymologiques, le Cratjle,
par exemple, n'offrent guère de traces d'une
méthode scientifique. Aristote a donné dans
le U€fi *EpinTniaic le premier essai d'une
grammaire générale ; mais la grammaire
générale est aussi'éloimée de la linguisti-
que que la dialectique Test de la vraie logi*
que ou de^'analyse de la raison. Ce fut sur-
tout au XVIII* siècle que la philosophie
attacha une juste importance à 1 étude psy-
chologique du langage. Locke, en plaçant
dans son Essai l'étude des mots à côté de
celle des idées, Leibnitz en le suivant selon
sa coutume dans ses Nouveaux Essais sur
cette route intéressante, et y semant les re-
marques fines et judicieuses qu'il sait ré-
pandre sur tous les sujets, Leibnitz, à qyd
d'ailleurs appartient la véritable idée de la
linguistique moderne, attirèrent de ce côté
l'attention des {)enseurs. La plupart des phi-
losophes français qui les suivirent, Condil-
lac; Mauucrtuis, Rousseau, Condorcet, Tur-
Sot, Volney, abordèrent plus ou moins
irectement le problème, mais, comme d'or-
dinaire , ils s attaquèrent à la plus haute
Îuestion théorique, avant l'étude patiente
es détails positifs de la science. On croyai-
satisfaire par une hypothèse obvie et facile
à un des problèmes lés plus délicats de la
psychologie, et on ne songeait pas que vou-
loir dresser une théorie du langage sans
l'étude comparée des divers idiomes, c'était
renouveler la témérité des anciennes oos-
mologies, qui aspiraient k présenter de
prime abord un système général sur le
monde et son origine, avant d'avoir acquis
par dé laborieuses recherches des données
spéciales sur chacune de ses parties.
f Bien que les hypothèses du xvm* siècle
soient loin d'être identiques entre elles,
voici la manière générale dont leurs auteurs
leur fit entendre aucun langage. Le premier mot
que œux-d prononcèrent fut pnaoc , Qui w troura
signifier poin ok langue phrygienne , aoà Ton con-
clut que odle-ci était la langue primitiTe. Jamais b
croyance à Tinnéité du laiiga^ et à sa formation
non arbitraire ne s^est eipnmée plus naivement.
— Cf. Isipou de SériUe , Origin. om ét§wu4og. ,
1. IX, c. 1.
799
LAN
DlGTIONNAmE
L.iN
envisagèrent le langage, et Tesprii qu'ils
portèrent dans la solution du problème de sa
première apparition {k&^). La philosophie de
ce temns avait une tendance marquée vers
les explications artificielles , en tout ce qui
tenait aux origines de Tesprit humain. On
prenait l'homme avec le mécanisme actuel
de ses facultés, et on appliquait indiscrète-
ment ce mécanisme au passé, sans songer
aux différences profondes qui durent séparer
les premiers Ages de Tétat présent de la
conscience. Il semblait que toujours Thomme
eût réfléchi, combiné, raffiné comme il fai-
sait alors, et toutes les fois que les philoso-
f)hes de ce temps veulent nous représenter
'ordre primitif, on est surpris de ne voir en
jeu que la psychologie du xviii' siècle. Ainsi
le langage était traité d'invention comme une
autre ; l'homme l'avait un jour imaginé ,
comme les arts utiles ou d'agrément. Et
cette invention, on l'assujettissait aux lois
de progrès et de succession auxquelles sont
soumis tous les produits réfléchis de l'intel-
ligence. Il fut un temps, pensait-on, où
l'homme ne fut, comme l'avait* dit l'anti-
quité, qu'un mutum et turpepecus (lii.65). Les
besoins les plus simples de la société ame-
nèrent d'abord la création d'un langage na^
turel^ consistant en certaines expressions de
la physionomie, certains mouvements du
corps, certaines intonations de 1* voix. A
mesure que les idées se multiplièrent, on
sentit combien ce langage était insuffisant :
ce besoin senti amena a songer à un moyen
de communication plus commode. On pensa
à la parole (il semble qu'on eût pu prendre
tout autre moyen), on convint, on s'arrangea
à l'amiable, et ainsi fut établi le langage ar~
tificielj ou articulé (k6S). Ce premier langage
ti\i , comme toutes les inventions humaines,
imparfait et incomplet à son origine. Pçu à
peu il s'acheva, et arriva au degré de perfec-
tion où nous le voyons de nos jours, à peu
près, suivant la comparaison d'Adelung (^loT),
comme le canot du sauvage est devenu (e
vaisseau des nations civilisées. Ainsi le lari-
Sage se tratna peu à peu par tous les degrés
'une invention successive et artificielle.
Selon Smith, il ne se composa d'abord que
de substantifs; selon de Brosses, il débuta
par l'interjection (468) ; tous s'^accordaient à
dire que ce ne fut qu'au bout d'une longue
(464) Turgot seul doit peut-être faire exception ; il
semble avoir eu sur le langaee les vues les plus avan-
cics. Quant à Rousseau , bieu quMl ait vivement
combattu Topinion de Condillac suc ce point, dans
83n Discours sur l'origine et les fondements de Viné-
giliié parmi les hommes^ il se réduit à exprimer un
doute, et quand il essaye de formuler une hypo-
thèse, il revient purement et simplement à celle de
rinvention successive. Cette hypothèse fut aussi
celle de la plupart des anciens , et même de quei-
3 ne Pères de rEglisc, entre autres de saint Grégoire
d i^ysse. Elle a aussi été adoptée par plusieurs
écrî vains théologiques , comme Richard Simon ,
War burton, etc.
(465) HoR., liv. r% sat. 3, v. 99.
(4G6) 11 est surprenant que des psychologues
tomme Th. Reid et Dugald-Stcwart aient pu croire
{ue l'expression de la parole était moins naturelle
suite de siècles qu^il arriva à a conquête de
ses parties constitutives. Quelques-uns al-
laient à plus de précision encore, et ne crai-
gnaient pas d'en énumérer les éléments pri-
mitifs ; c'est ainsi que le docteur Murray
dérivait toutes les langues de l*Europe de
neuf ridicules monosyllabes. Et tout cela
sans aucun sens du spontané, de cette force
vive et vraiment divine, que recèlent le*
facultés humaines, qui n'est ni la conven-
tion ni le calcul, qui produit son effet d'ell^
même, et par sa propre tension.
« Cette nypothèse est peut-être de toutes
celles qui ont été essayées la plus fausse, oa
Eour mieux dire, la moins riche en vérité,
es penseurs qui la proposèrent avaient
bien compris, il est vrai, que Thommea
tout fait dans Tinvention du laneage, (fm
ce n'est pas du dehors, mais de rexercice
naturel de ses facultés qu'il a reçu le don de
l'expression articulée ; mais l'erreur était
d'attribuer aux facultés réfléchies, ï une
combinaison voulue et arbitraire, un pro-
duit spontané des forces humaines, agissant
sans conscience d'elles-mêmes.
«t La réaction philosophique qui signala le
commencement du xix* siècle se manifesla
aussi dans la solution donnée à cet impor-
tant problème, et amena à des anerçus par-
tiels encore, mais plus approcnants de la
vérité. Le xviii* siècle avait tout donné à la
liberté , je dirai presque au caprice de
l'homme. Une des écoles qui s élevaient
contre lui donna tout à Dieu. Le langage
avait d'abord été une invention humaine;
il devint maintenant une révélation dirine.
Malheureusement cette expression, qui,
prise comme métaphore, serait la plus
exacte peut-être pour exprimer celte appa-
rition mtrveilleuse, était entendue dans le
sens le plus étroitement littéral, et d'ail-
leurs cette thèse n'était pas, chez ses aa-
teurs et ses défenseurs, philosophiquement
désintéressée ; ils la soutenaient au profit
d'un système de fidéisme. Néanmoins on
pouvait y voir un progrès véritable. La nou-
velle école excellait a montrer l'incapacité
de l'homme réfléchi à inventer le lan-
Sage (469) ; elle le retirait ainsi de la sphère
es inventions vulgaires, lui donnait un rang
à part, et y voyait l'œuvre de Dieu. Rien de
plus vrai sans doute, pourvu qu'on sache
Sue Texpression par le geste , el insister sur m
istinction stussi superficielle. Voy. Esquisu$ <fe
D. Stbwart, I" part., sect. xi; — Phil. deCap"!
humein, suite de la deuxième partie; — Rem», l* H»
p. 88 et suiv.. 104, ete. (trad. de Jouffioy).
(467) Introd. au Mithridate,
(468)
y-^^s,. Celait aussi, mais dans un sens p!as elt>^
ropinion de Herder ( Nouv, Mém. de tAcad. wy^/.
des sciences de Berlin, 1783, p. 388) , opinion ins;
véritable, si Ton entend seulement expriroer pjr »
le lyrisme primitif de Tesprit humain en face * »
nature.
(469) Voy. De Bo!«ald, Bech. philos., 1 1". W:
163 et suiv. (3* édii.). M. de Maistre cherche »«&*
sans cesse à restreindre , en faveur de la "«^
universelle et sponUnée de rhuinanité, la wrt uw^
coup trop large que le xvur siècle ivail iail« * '*
raison iiulividuollc.
8Jf
LAN
D^AKTHROPOLOGIE.
LAN
80i
l*eiitendre. Car ce qui se passe dans le spon-
tané est plotAt le fait de Dieu que le fait de
rhomme, et il 7 a moins de danser à l'attri-
buer à la cause unirerseUe qu*à l'action par-
ticulière de la liberté humaine. Toutefois,
cette opinion, dans son expression littérale,
et surtout dans le sens qu*y attachaient ses
auteurs, était loin d*être exacte et scienti-
fique. Que signifie en eflfet cette révélation
du langage IhiO) ? Si on Tentend au sens pro-
pre et matériel, supposant, par exemple,
qu'une roix du ciel Tait dicte k l'homme,
une telle conception est si grossièrement
entachée d'anthropomorphisme, elle s'écarte
si complètement au tour de nos explications
scientifiques, elle est si antipathique à
toutes nos idées les plus arrêtées sur les
lois de la nature et leur mode d'action,
qu'elle n*apas besoin de réfutation pour tout
«sprit tant soit oeu moderne; et a ai Heurs,
comme Fa dit H. Cousin : « l'institution du
« lanzage par Dieu recule et déplace la dif-
« ficujte, mais ne la résout pas. Des signes
« înTentés par Dieu seraient pour nous, non
« des signes, mais des choses qu'il s*agirait
« ensuite pour nous d'élever à l'état de
« signes, en 7 attachant telle ou telle signi-
« fication (471). » Si on entend par cette
rérélation le simple jeu spontané des facultés
humaines, en ce sens que Dieu, ayant mis
àsns lliomme tout ce qui est nécessaire pour
rinvention du langage, peut en être appelé
Fauteur, on est alors bien près de la vérité;
mais c'est se servir à dessein d'une expres-
sion détournée et singulière, quand il 7
en aurait une autre plus philosophique. De
ce que l'exercice spontané de toutes les fii-
cultés humaines peut être attribué à la cause
même de ces facultés, ne serait-ce pas abu-
ser des termes que de l'appeler révélation,
surtout quand ce mot est pris par une
autre école dans un sens beaucoup plus res-
treint ?
« D'ailleurs, je le répète, ce serait gratui-
tement que l'on prêterait cette interpréta-
tion philosophique à ceux qui les premiers
défendirent la révélation du langage. Leur
but et leurs arguments étaient surtout théo-
logiques. Ils croyaient voir ce dogme capital
de leur philosophie dans un passage ae la
Genèse: mais en cela ils furent, ce nous
semble, fort mauvais exégètes. Jéhova, est-il
dit, ajfoiil formé dt la terre tous les animaux
des champs et les oiseaux des eieux% les amena
vers rhomme^ pour que celui^i vit eommeni
il les appellerait f ei tous les noms que f homme
leur donna , ce sont leurs noms (472). Et
rhomme donner des noms à tous les ont-
maux, aux oiseaux des deux et aux bêtes
des champs, mais nul ne fut trouvé semblable
à lui. [Gen. 11, 19-20). Bien qu'il soit peu
critique d'appliquer à ces anciens récfts,
conçus dans I esprit le plus physique et le
plus simple, des interpretatîons philosophi-
ques, auxquelles leurs auteurs ou leurs ré-
dacteurs étaient loin de souçer, quelle ferait
pourtant la vérité spéculative qui résulte-
rait de ce passage envisagé comme un philo-
sophème? Elle serait, je irrois, trèsAliffé-
rente de celle qu'on a voulu en tirer. Outre
Qu'il n'est question dans ce passage que de
1 imposition d'une certaine classe de noms,
et non du langage en général, outre qu'on
expliquerait tout au plus par là la formation
du dictionnaire, mais non celle de la gram-
maire, le véritiible nomenclateur que nous
y voyons en scène, c'est l'homme, l'homme
agissant par ses propres forces, sous la prési-
dence de Dieu. Si la philosophie voulait revê-
tir d'un mythe poétique ses formules les plus
exactes sur l'apparition du langage, elle
n'en trouverait pas de plus beau que celui
de Dieu apprenant à l'homme à parler
comme le père à son fils, et amenant les
causes occasionnelles de l'exercice des foi-
cultes, tout en laissant agir les facultés
elles-mêmes. Mais si au lieu de cela on ne
cherche dans ces antiques traditions qu'un
dogme arrêté et précis, on en faussera à la
fois la lettre et l'esprit, et pour ne pas avoir
un mvthe, on n'aura plus qu'une fiible.
« Quel que fût le fondement sur lequel
on appuya d'abord la théorie de la révéla-
tion du langage, il y avait (}ans cette théorie
un progrès réel et un acheminement à la
véritable hypothèse. Bientôt les progrès de
la linguistique et de la psychologie supé-
rieure amenèrent la solution que nous de-
vons tenir pour la plus avancée, en atten -
dant qu'une forme plus parfaite la remplace.
M. Cousin, en développant sous un jour
nouveau la psychologie du spontané (473),
MM. Schlegel, Humboldt et les autres créa-
teurs de la science philosophique des lan-
gues, en montrant l'unité intérieure, la
sève vraiment divine du langage (474), mi-
(470) On est surpris do facue que M. de Bonald
laisse planer sur ce mot capital de sa théorie. Jamais
U ne parie do mode de cette révélation, ni ne cber-
ebe à s*ex|iliqner ce fait étrange.
(471) Préface aux CEwsresjSUosopIn^ues de Mmne
gU BiroMt t. IV, p. IV. — Voy. aossi le Coors de
1929, SI* leçon, et M. DAumos, Eê$ai ivr Chisioire
de ta pkàlotefhU en France au six* «tècle, p. 157 et
s«hr.
(472) Le narrateur indique, par ces mots, qu*il
crovaît que la lancue qu^on panait de son teîapt
était la langoe primitiTe.
(475) Yoy. Court de Ifttô, pautm; Cours, de IfôS,
6* et 7* leçon, Frofments pkiio$OfMJme$^ procramme
de 1817. — Do premier et do dernier fait & cons-
cience. — Foy. aussi rintroduction de G. Farct
an troisième volome de la Philosophie de Pesprit
hmnunn de DcoALn-STEWAMT. Cest une excellente
rédaction des leçons qu*il avait entendues.
(474) Voy. Fr. Scolcgel , Spraehe mnd Weishek
der Indier^ 1" tbeil, 5' kap. ; — PhiioMophiscke Vor-
lesungen^ insbesondere ûber Philosophie der Spraehe
mnd des Warles, 3* Vorlesonff; — W. Hiwboldt :
Uber dos rergleichendes Spraekstmdium in Bexiekmng
auf die versekiedenen Epoeben der SprachentMnekiunp^
dans les Mémoires de TAcadémie royale de Berlin
(dasse d*iilstoîre et de philolo^)', i820, 4821,
p. 239; — Et surtout dans Tadmirable introduction
3o*il a mise en tète de son Essai sur le lawi {Vbet
te Kawi'Smaehe auf der insel Jasa ) ; Einlekmng
ûber die Versehiedenheii des mensehiiehen Sfrach-
boues und ihren Eindmss .auf die geisiige Entwiekt*
S05
LAiN
MCTIONNAIRB
LAN
U
rent les esprits sur la voie de la solution^
qui* prenant dans les hypothèses précédentes
ce qu elles offraient de véritable, y ajoute
les explications sans lesquelles elles ne se-
raient qu'erreur. A ce nouveau point de vue^
le langage n*est plus un don du dehors^ ni
une invention tardive et mécanique. Ce sont
les facultés humaines qui par leur force
interne, agissant spontanément et dans leur
ensemble, Tout produit comme leur exprès^
sion adéquate. La faculté du signe ou de
l'expression est naturelle à Thomme. Tout
ce qu^il pense, il l'exprime intérieurement
et extérieurement. Sans doute, comme on
l'a dit avec justesse : « ce n'est pas le signe
« qui fait la pensée, mais la pensée qui fait
« le signe (4>75). » L'initiative, la force effi-
cace et causante viennent de l'esprit ; mais
aussi ce n'est pas par un choix arbitraire
que Texpression vient se joindre à chacun
aes actes de l'intelligence ; c'est par le fait
même de notre constitution psychologique.
Rien non plus d'arbitraire dans l'emploi de
l'articulation comme signe des idées. Ce
n'est ni par une vue de convenance ou de
commodité, ni par imitation des animauif,
que l'homme a choisi la parole pour for-
muler et communiquer sa pensée, mais
parce que la parole est chez lui naturelle, et
quant a sa production organique, et quant
nalité de la parole, pourquoi s*obstiner à ne
voir en celle-ci qu une imitation de celui-
là? Il serait sans doute trop ridicule de
regarder comme.une découverte l'application
que l'homme a faite de l'œil à la vision, de
I o;-eille à l'audition : il ne l'est guère moins
d'appeler invention l'emploi de la parole
comme jno^en d'expression. L'homme a la
faculté du signe ou de l'interprétation (kTl)
comme il a celle de la vue et de l'ouïe ; la
Krole est le moyen de la première, comme
sil et l'oreille sont les organes des deux
autres. L'usage de l'articulation n'est donc
pas plus le fruit de la réflexion que l'usage
des autres organes de nos facultés. Il n'y a
pas un langage naturel et un langage arti-
ficiel ; mais la nature , en même temps
qu'elle nous révèle nos forces, nous révèle
les moyens qui doivent servir d'instruments
à leur exercice.
« C'est donc un rêve d'imaginer un pre-
iung des Mentciunaeiehlechtê; — Reader, Euai iur
la formation du langage; — Ch. Nomer, Notions
élément, de linguist,
(475) Cousin , Fragm, pkilosoph.^ t. I'% p. 212 et
BUiv. (3' édil.J.
Aie) C*ëUit aussi TopiDlon de Goethe : Dicktung
und Vahrhêit, Zehnteê Buch. (T. XXV de ses œic-
wreê complétée, p. 307, édit. de GoUa, 1830.)
/477) Cf. Ad. Garmier, La psychologie et la phré'
nologie comparées^ m' partie, cbapiu^i", § Il
et il
(478| I Les langues, dit Turgot, ne sont pas Too-
vràge aune raison présente k elle-même, i On est
surpris de voir Maine de Biraii ajouter, après avoir
cité ces paroles : < Je réponds que les langues insti-
mier état où Thomme ne parla pas , suivi
d'un autre où il conquit 1 usage de la p.v
rôle. L'homme est naturellement pariaiii ,
comme il est naturellement pensant, et il
est aussi peu philosophique d'imaginer un
commencement au langase ou'à la pensée.
Qui oserait dire çiue les facultés humaines
sont des inventions libres et arbitraires
de l'homme? Or, inventer le langage est
aussi absurde que d'inventer une faculté.
Le langage étant la forme expressive, le
vêtement extérieur de la pensée , l'un et
l'autre doivent être tenus pour contempo-
rains.
« Ainsi donc, d'une parti la parole est
dans son tout l'œuvre ae l'homme et des
forces qui résident en lui. De l'autre, rien
de réfléchi , rien de combiné artificiellement
dans le langage , non plus que dans Tes-
prit (i78). Tout est Toeuvre de la nature hu-
maine^ agissant spontanément et sans ré-
flexion sur son effort. L'erreur du xvm*
siècle fut d'attribuer à la combinaison, à
une volonté libre et consciente d'elle-même,
ce qui n'était que le produit naturel des
facultés humaines. En général ce siècle
ne comprit pas assez la théorie de ractiTilé
spontanée. Dominé par l'idée de la puissance
inventrice de l'homme , il étendit beaucoup
trop la sphère de son invention réfléchie.
En poésie, il substitua la composition arii-
ficielle à l'inspiration intime qui sort du
fond de la conscience sans arrière-pensée de
composition littéraire.En politique ^ l'homnie
créait librement et avec délibération la so-
ciété et lautorité qui la régit. En morale,
l'homme trouvait et établissait le deToir
comme une invention utile. En psycbologiet
il semblait le créateur des résultats les plus
nécessaires de sa constitution. Sans doute
l'homme produit en un sens tout ce qui
sort de sa nature ; il y dépense de son acti
vite, il fournit la force brute qui amène le
résultat , mais la direction ne lui appartient
pas ; il fournit la matière , mais la forme
vient d*enbaut; le véritable auteur, c'est
sa nature elle-même» ou, si Ton aimemieuii
la force supérieure qui a établi cette nature.
A cette limite , il devient indifférent d'attri
buer la causalité à Dieu ou à l'homme. Le
spontané est à la fois divin et humain. Là
est le point de conciliation des opinions en
apparence contradictoires, mais qui ne sont
que partielles en leur expression, selon
tuées ne peuvent être Touvrage que d'une tdleni'
son. M. Turgot fait à Maupertuts on teprwàem
je nie suis auiré moî-iiième en supposant on phw-
sophe qui forme un langage de sang-froid, h u
vois pas ce qu'il y a d'absurde dans cette bjfpotiièse.
Sans la faculté de réfléchir, il n> aurait pas ifinsii*
tution du langage proprement dite. Pourquoi doac
une langue ne se serait-elle pas formée en saA£-froiil
par un nomme réfiérhi qui voudrait Aier ses ioéef <<
s'en rendre compte? i ( Œuvres pkiiasopk, , t U,
note sur les réflexions de Maupertuis el de Tor^
au sujet de Torigine des langues.) — Fpy. ass»i ^
Mémoire sur Vinfiuence de C/mbitude suriafêcuitéét
penser, sect. n, c. i et suiv.
S05
LAN
D*ANTUR0P0L0G1E.
LAN
816
qu'elles s'attachent à une face du phéno-
mène platôt qu'à l'autre.
« L^ langues sortent donc complètes du
moule de Tesprit spontané, représenté par
l'esprit populaire. La raison reûéchissante
et combinante, qui est celle de la science ,
n*y a point de port. On ne peut admettre
dans le déreloppement des langues aucune
révolution artificielle et sciemment exécu-
tée. 11 n y a pour elles ni conciles , ni as-
semblées délibérantes; on ne les réforme
pas comme une constitution Ticieuse. L'his-
toire des langues ne fournit pas un seul
exemple d'une nation qui , par le sentiment
des débuts de son langage , se soit créé un
idiome nouTeaa, ou ait fait subir à l'ancien
des modiieatious librement déterminées. Si
les langues pouvaient se corriger , pourquoi
le chinois, par exemple, si dénué de
flexions et de catégories grammaticales, qu'il
semble être une exacte copie des formes de
la pensée, exprimées en signes de sourds-
muets , ne serait-il jamais arrivé à dévelop-
per complètement dans son sein ce que
BOUS regardons comme essentiel à Texpres-
sion delà conscience ? Pourquoi les langues
sémitiques n'auraient-elles jamais su inven-
ter un système satisfaisant de temps et de
modes , et suf^léer ainsi à une lacune qui
rend si i>erplexe le sens de leur discours ?
Pourquoi les neuples qui les parlent n'au-
raient-ils pas lormé queicraes nouvelles con-
jonctions pour soulager 1 étemelle particule
ei du fardeau d'exprimer à elle seule toutes
les relations des parties de la phrase ? Bien
plus , comment se fait-il qu'après des siè-
cles de contact avec des alphabets plus par-
faits, et malgré les immenses cuflSeultés
qu*entraîne l'absence de TOjelies écrites ,
ils n'aient jamais réussi k s'en créer? La
seule de ces langues qui ait tenté sur ce
point un changement dans son système , le
geez, n'a produit qu'un alphal>et syllabi-
qoe, moins naturel , plus compliqué, plein
d*erabarras et sujet à d'innombrables mé-
prises ((79). C'est que toute langue est em-
prisonnée dans sa ^ammaire : sa grammaire
est sa forme individuelle et caractéristi-
que (MO) , et cette forme est elle-même le
produit de cette activité intime et cachée ,
qui. nous dérobant le moteur, ne nous
laisse voir que des effets.
« C'est pour cela oue le peuple seul est
le Téritable artisan oes langues , parce qu'il
représente mieux les forces spontanées de
l'humanité (481). Les individus n'y sont pas
compétents , quel oue soit leur génie ; la
langue scietUifque de Leibnitz eût probable-
ment été moins commode et plus barbare
que l'iroquois. Les idiomes les plus beaux»
les plus riches , les plus profonds, sont sor-
tis avec toutes leurs proportions d'une éla-^
boration silencieuse et qui s'ignorait elle^
même. Au contraire, les langues maniées »
tourmentées, faites de main d'homme, en
portent l'empreinte inefl'açable dans \ent
manque de flexibilité, leur construction pé*
nible , leur défaut d'harmonie. Toutes les
fois que les grammairiens ont essayé, de
dessein prémédité, de réformer une langue ,
ils n'ont réussi qu'à la rendre lourde , sans
expression , et souvent moins logique que
telle qu'elle existait dans Tusage vulgaire.
Qu'on lise, par exemple, les notes que
Duclos a ajoutées k la grammaire générale
de Port-Royal , et qui rappellent Te xvnr
siècle tout entier dans sa tentative de con-
trôler la nature , on y reconnaîtra la ^ingu-'
lière prétention d'un homme qui cherche à
montrer k chaque pas l'inconséquence, les
fcMies du langai^e , tel oue le peuple Ta fait.
11 sourit de pitié sur la bizarrerie de l'u-
sage, c'est-à-dire de l'esprit spontané des
peuples, et voudrait corriger ces écarts
par la raison des grammairiens, sans s'aper-
cevoir que les tours qu*il veut supprimer
sont d'ordinaire plus logiques , plus clairs,
plus faciles que ceux qu il veut y substi-
tuer. Il faut bien se fi^rer que l'esprit hu-
main , laissé à lui-même, ne va pas recher-
cher à plaisir les anomalies contre le bon
sens. La langue des enfants et du peuple est
d'ordinaire plus expressive que celle que
l'usage grammatical a consacrée. Ici, comme
toujours , lorsqu'elle s*attribue une mission
réformatrice, l'œuvre artificielle de l'homme
détruit l'oBuvre de la nature. Et combien
celle-ci n'est-elle pas plus vivante et plus
vraie 1 Nous avons quelques langues qu'on
peut appeler artificielles , en ce sens que ,
partant d'un fond traditionnel , elles le dé-
veloppent en dehors des habitudes de la vie
réelle du peuple, comme, par exemple, la
langue raobiniaue. L'épouvantable chaos ,
l'irrégularité, la barbarie de ces langues
dépassent tout ce qu'on peut imaginer. Le
sourd-muet, avant le système mécanioue
qu'on lui enseigne, est mille fois plus
(479) Cf. D* WiSEVAN, Dueoun <«r /es rapports
entre ta êcience et ta retigion révélée, h* discours sor
rhtsloire des hngaes.
ÏMO) Od a des exonples de langues qui ont ccm-
plété ou renouvelé considérablement leur lexique,
mais aucun de lancue qui ait corrigé sa {grammaire.
Une expérieace vukaire confirme ce résultat. Un
bomme transporté hors de sa patrie, surtout si on
le sappose incapable d^apprendre une langue autre-
ment que par Fusage (et c>st toujours le cas pour
les peuples réunis), parviendra, au bout de quelque
temps , h n^employer g ne des mots reçus dans le
noorean pavs quMI habile. Mais loi demander de se
défaarrasser de son tour étranger, de ses idiotîsmes
;, c^est lui demander TimpossîMe. Ces tours
ont vieilli avec lui, et se sont assimilés à sa pensée
la plus intime. A combien plus forte raison n^en
doit^il pas être ainsi des peuples envisagés dans lenr
ensemMe? C*est en ce sens que N. de Humboldt a
pu dire que remploi commun de Va privatif lui
prouvait mieux Taffinîté du grec et du sanscrit que
plusieurs ccnlaincs de roots. ( Prûfung der Vnter^
suchnng ûberdie Urbewohner ÛhpamevL*^ p. 175 et
109.)
(481) Cest le vieux nomendatcnr qui a reçu ses
Snvitéges an paradis terrestre, disait spintnellement
[. Génizez, en faisant remarquer dans rhisloirede
la langue française Fart admirable du peuple et
rinbabdcté des grammairiens à former oes mots
nationaux.
807
LAN
DICTIONNAIRE
LAN
m
expressif qu*aprè$ son éducation artificiel-
le (483). Il se fait de tout une expression
avec une force* une originalité, une ri-
chesse * une surabondance qui étonnent.
Mais de même que Finstinct dans Tanimal
est en raison inrer-se de Tintelligence ; de
môme, à mesure que les moyens inventés
et combinés se multiplient pour lui , il perd
cette puissance créatrice , que ne remplace-
ront jamais des artifices ingénieux , mais
ikctices , qu'il n'apprend d'ailleurs que pé-
niblement et par un lon^ travail de dissec-
tion. Ainsi, Tnomme primitif put, dans ses
premières années , construire cet édifice qui
nous étonne , et dont la création nous pa-
raît si prodigieusement difficile , et il le put
sans travail , parce qu'il était enfant. Main-
tenant que la raison réfléchie a remplacé cet
instinct primitif, à peine le génie peut-il
suffire a analj^ser ce que l'esprit d'alors
créa de toutes pièces et sans j songer. C'est
que lef mots facile et difficile n'ont plus de
sens , appliqués au spontané (483). L enfant
qui apprend sa langue , l'humanité qui crée
la sienne,] n'éprouvent pas plus de difficulté
que la plante qui germe , le corps organisé
qui arrive à son complet développement.
Partout c'est le Dieu caché , la force univer-
selle, qui, agissant durant le sommeil ou
l'absence de 1 Ame individuelle , produit ces
merveilleux effets autant au-dessus de l'ar-
tifice humain que la puissance infinie dé-
passe les forces limitées.
« C'est donc la raison populaire , c'est-à-
dire la raison spontanée, qui est la vraie
puissance créatrice du langage. La réflexion
n'^ peut rien ; les langues sont nées toutes
faites du moule même de l'esprit humain ,
comme Minerve sortant tout armée du cer-
veau de Jupiter.
« De là cette conséquence que ce n'est
pas par des juxtapositions successives que
s'est formé ce grand. tout, mais que, sem-
blable aux êtres vivants de la nature , dès
sa première apparition, il fut complet et en
possession de toutes ses parties (484). En
effet, le langage fut à toutes les époques pa-
rallèle à l'esprit humain , et l'expression
adéquate de son essence. Or dès le premier
moment de sa constitution l'esprit numain
fut complet. Le premier fait psychologique
renferme implicitement tout ce c}ui est dans
le fait le plus avancé (485). CcTui-ci ne con-
(482) Tous les gens compétents dans l'éducation
des sourds-muets, et les sourds-muets eux-mêmes,
préfèrent de beaucoup leur langage naturel à Tarti-
iiciel. Par lui les sourds-muets de tous les pays se
comprennent sans peine. Quant" à la question de
savoir si Ton peut parler saus langage articule, la
meilleure autorité est sans doute celle des sourds-
muets. Or, ils Tafllrment positivement, c J^aurais
envie, dit Tun d'eux, d'envoyer à ceux qui croient
le contraire une colonie de perroquets pour péni-
tence. > Voy, une brochure publiée à Tinstitut de
Paris, Let sourds-muets au xix' siècle.
i'485) C'est le continuel paralodsme de M. de fio-
nald et des défenseurs de la révélation du langage.
Quand les plus grands philosophes, disent^ils, sont
impuissants à analyser le langage , comment les
premiers hommes auraienl->ls pu le créer? L'objec-
tient pas un élément de plus que le phéno-
mène qui le premier révéla l'homme à lui-
même. Est-ce successivement que Vhomme
a conquis ses différentes facultés T Qui ose-
rait seulement le penser ? Or , nous sommes
autorisés à établir une rigoureuse analogie
entre les faits relatifs au développement
f psychologique et les faits relatifs au déT^
oppement du langage. U est aussi ridicule
de supposer celui-ci arrivant péniblement à
la conquête de ses parties , que l'esprit hu-
main cherchant ses facultés les ^unes après
les autres. Tout ce qui est constitué comme
un tout vivant, tout ce qui est organisé , est
complet dès les premiers instants de soo
existence. U n'y a que les unités fictives et
artificielles qui résultent d'additions et d'ag-
glomérations successives.
« Sans doute les langues, comme tous les
I)roduits vivants de la nature, sont sujettes à
a loi du développement graduel. Mais ce dé-
veloppement n est pas une concrétion ^-
sière et purement extérieure. Elles vivent
comme l'nomme et l'humanité qui les parlent,
elles se décomposent et se recomposent sans
cesse ; c'est une vraie végétation intérieure,
une circulation incessante du dedans au de-
hors, et du dehors au dedans, un jieri costi-
nuel. Un germe est posé , renfermant en
puissance tout ce que Vôtre sera un jour; le
germe se développe, les formes se consti-
tuent dans leurs proportions régulières, ce
qui était en puissance devient un acte ; mais
rien ne se crée, rien ne s'ajoute ; telle est là
loi de tous les êtres soumis aux condilions
de la vie changeante et successive.
. <K Telle fût aussi la loi du langage. Sans
doute, les premiers essais ne furent que ru-
dimentaires ; sans doute, il y avait loin de
cette expression svnthétique et obscure à
la parfaite clarté de l'instrument que s*est
fait l'esprit moderne. Mais ce rudiment ori-
ginaire contenait tous les éléments du déve-
loppement postérieur; et après tout, l'exer-
cice de la pensée moderne diffère plus pro-
fondément encore de la pensée primitive,
sans c|ue pourtant nous admettions dans
l'esprit humain l'addition d'aucun principe
nouveau.
« L'histoire des langues confirme cette
induction que nous n'avons établie jusquui
que sur des données psychologiques. En
effet , elle ne nous offre aucun exemple
tion ne porte que contre une invention léfléchif.
L^actioD spontanée n'a pas besoin d^élre précédée de
la vue analytique. Le mécanisme de Tuitelligeiice
est d^une analyse plus difficile encore» et pourueu
sans connaître cette analyse, Thomme le plos sin-
pie sait en faire jouer tous les ressorts.
' (484) C'est en ce sens que M. G. de ITumboI.(u
pu dire que le langage avait été donné tout faî( ^
rhomme {etwas ferttg gegebenes)^ et que Fr. Scfali*'
fi
el a appelé son apparition une production en lou-
ité ( Hervorbrinçung im Ganxen) , et Ta comparée i
un poème qui procède en entier de Fidéc du toat,(t
non de la réunion atomisthfue de chacune de $*«
parties (Philos, Vorlesungen, v, 78-80);— Hn-
BOLDT, Veber das vergleichendes Sprachstudium, :tr t
hc, cit.
(485) Voy. Cousin, Cours de 1818, S* K^:o
8^y
LAN
D ANTHROPOLOGIE.
LAN
810
iime langue incomplète ou qui soit arrivée
peu è {)eu à développer son caractère. Cha-
r|ue langue correspond 9 dès les premiers
instants de son existence, au tout de Tesprit
iiuiiiaiii; elle peut acquérir par la suite plus
Aie grâce, d'élégance et de douceur; mais ses
■i}iiah(és distiiictives, son principe vital, son
/micsij'oseledire, apparaissent tout d'a-
lH.ri( coinpiétement formés. Des recherches
pius apjTofondies ont obligé les linguistes
j renoncer à ces tentatives de l'ancienne
I hilolode qui tendaient à dériver l'une de
l'dutre les i>arties essentielles du discours.
T()Uies soûl primitives , toutes coexistèrent
ijèi le premier instant, moins distinctes sans
miQf mais avec le principe de leur indivi-
ilualiié. Mieux vaut supposer à l'origine les
tirot édés les plus compnqués que de créer
k langage par pièces et par morceaux , et
de supposer qu^un seul moment il ne repré-
^/itajiâs dans son harmonie l'ensemble des
laeuliés humaines. La grammaire d'un peu-
jJp, qui seule constitue la partie essentielle
'je sa langue, est faite du premier coup , et
':é>ormais c'est à peine s'il y a pour elle un
l'ti\irès possible. « Les formes grammàtica-
« les, dit M. de Humboldt, ne sont pas les
' fruits des progrès qu'une nation fait dans
• l'aualyse de la pensée, mais un résultat de
la manière dont elle considère et traite sa
langue {iS6). » Ce moule une fois jeté ,
M une individualité créée et indestructi-
)!i% une ))orne posée et qui sera désormais
peine franchie. « On trouve , dit encore
M. de Humboldt, que quelque grands que
<oi>nt les changements d'une langue sous
Iteaucoup de rapports , le véritable sys-
^me lexicographique et grammatical , la
structure en grand restent les mêmes , et
que là où ce système devient différent ,
<^omme au passage de la langue latine aux
langues romanes, on doit placer l'origine
J'uiie nouvelle langue. Il parait donc y
avoir dans les langues une époque à la-
quelle elles arrivent à une forme qu'elles
ncrhangent plus essentiellement. Ce se-
rait là leur véritable point de'raaturilé;
'wais pour parler de leur enfance, il fau-
'♦rail encore savoir si elles atteignent cette
(orme insensiblement, ou si leur premier
jet n'est pas plutôt cette forme môme.
Voilà sur quoi, dans l'état actuel de nos
«an I on voit que i histoire des langues n en
fff'* pas une seule qui ait posléi-icurement
'm\mé son système. Les langues sémiti-
««•s sont peul-^tre, de toutes, celles qui en
lYt'ml l'exemple le plus apparent. Telle est
* bcilité avec laquelle leurs racines verba-
^, actuellement trilitères , se réduisent à
fM6) G. delfcHBOi.DT, Lettre à Abel Rémusat sur la
^t*re dtt formes grammaticales en général, et sur
s 3^m de (a langm chinoise en particulier, p. 13.
♦iX/) Ibid,, p. 72.
'^/ CestropinioQ de J. D. Michaélis, Simonis,
^•i»l'ng, Klaprolh, Oberleilnor, Gesenius, Ewald,etc.
' ^<yj. iWêt^ns, Lekrgebâude der hebr, Sprache,
*• î*-'j A suir. ; — Le même, Worterbuch der hebr.
DiCTÎONN. D'À^iTUROPOLOGIC.
un thème bilitère et monosyllabique, que
plusieurs philologues (W8), ont pu supposer
que leur état actuel nous cache un état an-
térieur et archaïque , par suite de ce pen-
chant trop naturel qui nous porte à expli-
quer la complexité actuelle par la simplicité
])rimitive. On arrive ainsi à une langue
simple, monosyllabique, sans flexions, sans
catégories grammaticales, exprimant les rap-
ports des idées par la juxtaposition ou l'ag-
glutination des mots, une langue en un mot
assez analogue à la forme la plus ancienne
de la langue chinoise. Un tel système de-
vrait être considéré comme logiquement an-
térieur à l'élat actuel de ces idiomes , et
pourtant ce serait une grave erreur de sup-
poser qu'historiquement il l'a précéJé. Une
telle révolution serait sans exemple , elle
irait à supposer deux moments dans le lan-
gage, et après tout rien n*autorise à transfor-
mer en fait historique ce qui n'est qu'une
manière commode de se représenter les faits,
et de poser a priori à l'origine ce que nous
concevons comme plus simple, méthode tou-
jours fautive, et qui ne saurait dépasser la
sphère des hypothèses artificielles.
« Toutefois, en soutenant aue le langage
primitif possédait tous les éléments néces-
saires à son intégrité, nous sommes loin de
dire que tous les mécanismes d'un âge plus
avancé y existaient déjà dans leur complet
développement. Tout y était, mais confusé-
ment et sans distinction. Le temps seul et
les progrès de l'esprit humain pouvaient
opérer le discernement dans ce tout obscur,
et assigner à chaque élément son rôle indi-
viduel. La vie, en un root, n'était ici, comme
partout, qu'à la condition de l'évolution du
germe primitif et synthétique, de la distri-
bution des rôles , et de la séparation des
organes. Rien ne prouve mieux cette vie in-
térieure du langage, que la comparaison des
dialectes d'une môme famille dont l'unité ne
puisse être contestée. Prenons , par exem-
ple, la famille sémitique ; le rapprochement
des dififérents idiomes qui la composent dé^
montre . 1* qu'ils sont fort inégalement dé-
veloppés ; 2° que ceux-là le sont davantage
qui ;ont plus longtemps vécu , et ont pu
s'enrichir des progrès cTun plus grand nom-
bre de sièïîles. Ainsi l'hébreu serait indubi-
tablement arrivé à une richesse comparable
à celle de l'arabe , s'il eût fourni une aussi
longue carrière et traversé d'aussi heureu-
ses circonstances. Il possède en germe tous
les procédés qui font la richesse de cette
dernière langue; mais arrêté plus tôt dans
son développement , il n'a pu leur donner
cette extension et cette régularité , qui ne
sauraient être que le résultat d'un long
usage. Sans doute il y a un moule imposé,
Spr., Vorrede; — Ewald, Grammatik dcr hebr, Spr.^
p. i; — Klapboth, Observations sur h$ racines se-
mitiques, à la suite des Primipes deTélude compa^
rative des langues de Méru.n;— Oderleitner, Elem,
aramaicœ linguœ, p. 77 ; — Simonis, Arcanum (or-
marum, p. 140; — J. D. Michaélis, SuppL ad Les,
I9cbr,, p. i55. — Adelui^g, Mithridate , L I , p.
501. » • r
26
m
LAN
DICTIONNAIRI^
LAN
81)
d\)ù chaque langue, quelles que soient ses
variations, ne pourra jamais sortir ; mais ce
uioule n'est autre gue celui de la famille à
laquelle elle appartient et dont tous ses ef-
forts ne sauraient raffranchir. Qu'après ces
transformations , on dise que la langue est
différente ou qu'elle est au fond la môme ,
parce qu'il n y a pas eu solution de conti-
nuité, on sent que ce n'est plus qu'une ques-
tion de mots, dépendant de la manière plus
ou moins étroite dont on entend l'identité.
n Les langues, a-t-on dit, ne font que chan-
« ger d'habit. L'hom:ue qui a changé d'ha-
« bit n'en est pas moins le même homme. »
On peut dire aussi que l'être vivant qui par
une intime assimilation a renouvelé ses par-
ties constitutives, est toujours le même être,
piirce qu'une même forme a toujours pré-
sidé à la réunion de ses parties, et cette
forme, c'est son âme, sa personnalité , son
type, 'son idée.
« En etfet, si d'un côté les caractères de
famille sont immuables, s*il est vrai, par
exemple, qu'une langue sémitique ne pourra
jamais par aucune série de développements
atteindre les procédés essentiels des langues
indo-germaniques ; d'un autre côté , dans
l'intérieur des familles, tout est flottant, sans
moule arrêté, sans limites imposées. Les fa-
milles apparaissent conme des ty^)es consti-
tués une fois pour toutes, et réduits à se dé-
truire ou à rester ce qu'ils sont. Au contraire,
cl.acun des individus qui les composent peut
développer tous les germes qu'il porte en lui
-comme membre de la famille, et sans sortir
du type général auquel il appartient, subir
toutes les modifications que le temps, le cli-
mat, les événements politiques, les révolu-
tions intellectuelles et religieuses peuvent lui
imposer. Rien de moins philosopnique que
de dresser une fois pour toutes la statistique
d'une famille de langues, et de considérer
chacun des idiomes qui en font partie comme
des individualités identiques à elles-mêmes
pendant toute la durée de leur existence,
tandis que depuis leur origine jusqu'à nos
.jours, ça été nar une suite de nuances in-
sensibles qu'ifs se sont accommodés aux be-
soins des diverses époques et à l'état in-
tellectuel des peuples qui les parlaient.
Chacun de ces groupes naturels ressemble à
un tableau mouvant, où les masses de cou-
leurs, se fondant l'une dans l'autre par des
dégradations insaisissables, se nuanceraient,
s'absorberaient, s'étendraient, se limiteraient
par un jeu continu. C'est une action et une
réaction réciproques, un commerce de par-
ties communes, unevéj;étalion sur un tronc
commun, où chacun des rameaux isolés s'as-
simile tour à tour les parties qui ont servi
h la vie de l'ensemble, s'accroît, fleurit,
s'atrophie, meurt, selon que des causes di-
verses favorisent ou arrêtent son développe-
ment.
« Ainsi, dès sa première apparition, le lan-
gage fut complet aussi bien que la pensée
(489) Cr. Cousin, Court de i818, tG« leçon.
qu'il représentait; mais ses parties confuses
et comme liées entre elles attendaient des
siècles leur parfait développement. 11 est
difficile, dans l'état présent de nos connais-
sauces, de déterminer davantage et de tracer
les caractères de la langue gue parla l'homme,
lors du réveil de sa conscience. Qu'il suffise
de dire que, correspjondant exactement ii
l'état de I esprit humain à cette époque, le
langage dut reproduire les caractères que
la psychologie nous y fait reconnaître. L'é-
tude des langues confirme d'ailleurs celle
induction ; en effet, plus on remonte dans
leur histoire, plus on voit sy dessiner tous
les traits de la spontanéité primitive.
« Le premier de ces traits fut sans doute h
prédominance de la sensation dans la créa-
tion du signe, et la forme éminemment con-
crète qu'affectait l'expression delà pensée. De
même que l'esprit humain revêt ses premiè-
res aperceptions, non de la forme abstraile
et générale, qui ne s'obtient que par élimi-
nation et analyse, mais de la lowne particu-
lière, laquelle est en un sens plus synthéti-
que, en tant que renfermant et confondant
une donnée accessoire avec la vérité abso-
lue (W9) ; de même les langues primitiTes
durent ignorer presque entièrement lal»?-
traction métaphysique. Sans doute la raison
pure s'y réfléchissait comme dans tous les
produits des facultés humaines. L'exercice
le plus humble de l'intelligence implique les
notions les plus élevées; la parole, aussi à
son état le plus simple, supposait des moules
absolus et éminemment purs; mais toot
était engagé dans une forme concrète et sen-
sible. C est ce que révèle d'une manière
frappante l'étude des langues les plus an-
ciennes. Tandis que leurs formes gram-
maticales renferment la plus haute métaphr-
sique, on voit partout, dans leurs mots,
une conception matérielle, sorte de sensa-
tion intellectualisée. Il semble que riiomme
primitif ne vécût point avec lui-même, ni
dans sa conscience, mais répandu sur le
monde , dont il se distinguait à peine.
« L*homme, a-t-on dit, ne se sépare pas de
cr prime abord des objets de ces représenta-
« lions ; il existe tout entier hors de lui; la
« nature est lui, lui est la nature. » AinM
aliéné de lui-même, suivant l'expression de
Maine de Biran (WO), il devient, comme dit
Leibnitz, le miroir concentrique où se peint
cette nature dont il fait partie. Qui pe«^
dans notre état réfléchi, avec nos rafline-
ments métaphysiques et nos sens iJevenn^
grossiers, retrouver l'antique harmonie <iai
existait alors entre la pensée et la sensati(Hi<
l'homme et la nature 7
« L'homme primitif, comme l'enfant, Tirait
donc tout par les sens, et sa parole, qui dar-^
sa forme était l'expression delà raison pure
elle-même, n'était dans sa matière qoe '*'
reflet de la vie sensible. Ceux qui ont tir^ 1^
langage exclusivement de la sensation. *«
sont trompés aussi bien que tous ceui qui
(490) T. lit de ses Œuvres, p. 42-45. - i^
Vaperceplion ijnmédiaie,) j
113
U!«
D'ANTiiROrOLOGlE.
LAN
1114
eo ODl tiré les idùes. La sensation a fourni
le phénomène occasion, le yariable, Tacci-
dentely ce qui aurait pu être tout autrement,
etqui en effet est différent dans les différents
idiomes, c'est-à-dire, les mots; mais la forme
absolue, sans laquelle les mots n*auraieiit
point été une langue, la grammaire en un
mot, tel est Télement pur et transcendant
qui donne à cette œdvfe un caf-actère vrai-
ment humain. L* erreur du xviir siècle fut de
tenir trop peu de compte de celle-ci dans ses
analyses. Des sons ne forment point une
langue, pas plus que des sensations ne font
un nomme. Ce qu il faut mettre à part, dans
le langage comme dans lapensée, c est le lien
lo/iqne que l'esprit fait mtenrenir entre les
choses ; la est l'originalité de l'un et de Tau-
tre : on peut ensuite abandonner sans scru-
pule au monde inférieur tout le particulier,
tout ce qui ne lait, si j'ose le dire, que cou-
ler de la matière dans ces moules préexistants
et indépendants de l'homme (^91).
« L'hébreu, par exemple, qui nous repré-
sente un état fort ancien du langage, est
marqué dans ses mots d'un caractère tout
physique. « Je conviens, dit Herder, que le
« penseur abstrait ne doit pas trouver la
« langue hébraïque très-parfaite ; mais sa
« forme agissante en fait l'instrument le
■ plus favorable au poète. Tout en elle nous
• crie : Je vis, je me meus, j'agis I je n'ai
« pas été créée par le penseur abstrait, par
■ Je philosophe profond, mais par les sens,
« par les passions ; je conviens au poète,
m parce que je suis la poésie 1 Cette lan-
4 gue, dit-il ailleurs, est énergique, mais il
« serait injuste de dire qu'elle est grossière.
« Je le répète, les mots le plus rudement
« exprimés sont des images et des sensa-
« tiens; la langue a été formée par des poi-
« trines profondes et des organes neufs et ro-
« bustes, mais sous un ciel pur et léger, et
« par une pensée vive et pénétrante, qui
« saisissant toujours la chose elle-même, la
« marquait du sceau des passions (^92j. »
£d effet, en parcourant la série des racines
qui nous sont restées de cette langue, à
peine en trouve-t-on une seule qui n'offre
un premier sens matériel, lequel, par des
passages plus ou moins immédiats, a été
Aftpliqué aux idées suprasensibles. Le trans-
port ou la métaphore a été le grand pro-
cédé de la formation du langage. Une analo-
I4:ie en a entraîné une autre, et ainsi le sens
<jes mots a, pour ainsi dire, voyagé de la
manière la plus singulière, et en apparence
la plus capricieuse ; souvent môme la signi-
(491) € Les racines ei les mois, a-l-on dît , sont
rétofle des langues - la grammaire donne b forme
à cette élofle. f ( Hérian, Princ. $ur t étude eomp.
des imm^mes^ (1^0 Rien de plus vrai, pourvu qu*il
soif hè&i entendu que b forme n*est pas moins es-
sentieUe ipie le fond, et qu'en un sens elle est plus
ifutée ^ue le fond. Cest œ que n*avaîenl pas assez
compris ce partisan systématique de b comparaison
Terfale, et tous œox qui suivaient sai méthode.
(492) Esprit de ta poésu des UihreuXi dial. 1
d 10.
( 495) \^. même mol signifie, en^ hébreu, nez et
a
fication primitive a disparu, et n a laissé
subsister que celles qui en étaient dérivées.
De là cette diversité si extraordinaire des
langues, ayant suivi chacune leurs *voies à
part dans' la création des métaphores, et
ainsi divergé de plus en plus, malgré la com-
munauté des moyens primitifs qu'elles em-
ployèrent. Chaque peuple s*est attaché à des
rapi)orts divers, selon son caractère intime
et la nature oui Tentourait; les analogies
ui ont mené Thomme du nord, n*ont pas
û être celles qui ont présidé aux associa-
tions d'idées de Thomme du midi, et ainsi
s'est formé cet étrange tissu de dérivations,
devenu dans quelques-unes de ses parties
absolument inextricable.
« S'agit -il par exemple d'exprimer un
sentiment de l'âme, on eut recours au mou-
vement organique qui d'ordinaire en est le
signe. Ainsi la colère s'exprime en hébreu
d'une foule de manières également pittores-
ques, et toutes empruntées à des faits phv-
siques. Tantôt la métaphore est prise du
souffle rapide et animé qui l'accomivi-
gne (V93), tantôt de la chaleur, du bouillon-
nement, tantôt de l'action de briser avec
fracas, tantôt du frémissement, de l'écume
qui sort de la bouche de l'animal furieux. Le
découragement, le désespoir, sont toujours
exprimés dans cette lanzue par la liquéfac-
tion intérieure, la dissolution du cœur; la
crainte, par le relâchement des reins. L'or-
gueil se peint par l'élévation de la tète, la
taille haute et roide. La patience, c'est la
longueur (longanimité); l'impatience, la
brièveté. Le désir, c'est la soif ou la jiâleur.
Le pardon s'exprime par uùe fbule de méta-
phores empruntées à l*idée de couvrir, ca-
cher, passer sur une faute un enduit oui
l'efface. Dans le livre de Job, Dieu coud les
péchés dans un sac, y met son sceau, puis le
jette derrière son dos; tout cela pour signi-
fier oublier. Remuer sa tète, se regarder les
uns les autres, laisser tomber ses bras, et:,.,
sont autant d'expressions que Thébreu pré-
fère de beaucoup pour exprimer le dérfain,
l'indécision, l'aliattement, à toutes nos ex-
pressions psychologiques. On peut même
dire qu'il manque presque complètement de
ces dernières, et quand il en emploie que
l'usage a consacrées ultérieurement au sens
moral, il aime à y ajouter la peinture de la
circonstance phvsique : 11 se mit en colère,
et son visage s enflamma {ï9h) ; il ouvrit la
bouche, et dity etc.
« D'autres idées plus ou moins alistraites
ont reçu leur signe^ dans cette même langue,
colère. Cette image se letronve chez lt*s Grecs. Kcî
oc ait iûifuïu x^^ ^^ f'^^ Ttâfinxai. ( ThéOC., /tf.,
I, v. 18.) — ToO 3'w^cv<70 9utiôf , uni fîimç 3t oc ^9
Apitt'j firwf tcpovTv^e. ( Oiyss. xxiv, 518. ) — Ira
codât naso. (Perse.) — Pb^lostr. , /roji., u. Il el
12. ~ Cr. Edwards, SAcctl qnœd. Theocr. idylL,
.. 127-128. — Y»cfiELMA!f!i , HmI- de Part, L I",
IV, c. 3.
(49i) 11 se mit en colère , et son TÎsafçe tomba
(C'en., m, 5) , pour eipnmer un àéfil sonrr.\5 et
concentré.
r.
815
LAN
DICTIONNAIRE
LAN
CI
d*on procédé semblable. L*eipression du vrai
se tire de la solidité, de la stabilité; celle du
beaUf de la splendeur; celle du bien^ de la
rectitude ou de la bonne odeur; celle du mal^
de la déviation de la ligne courbe ou de la
puanteur. Faire ou créer^ c'est primitivement
tailler^ couper; décider quelque chose, c'est
trancher (495); penser, cest par/er, comme
chez certaine peuplade de TOcéanie, qui,
Eour penser, dit parler dans son ventre (4%).
"os signifie la substance, Tintime d'une
chose, et sert en hébreu d'équivalent au pro-
nom ipse. Toutes les langues présentent du
reste des faits analogues, avec des degrés
divers de clarté, selon qu'elles sont restées
plus ou moins fi Jèlcs à l'esprit primitif (497).
Chose frappante, que les termes les plus
transccnJants dont se serve la métaphysique
la plus avancée aient presque tous une racine
matérielle, apparente ou non, dans les pre-
mières perceptions d'une race toute sensi-
tive (498)1
a Ces passages d'idées si hardis, fondés
sur des analogies si déliées, nous étonnent
parce qu'ils ne sont plus de l'état actuel de
l'esprit humain. 11 faut admettre dans les
premiers parlants un sens spécial de la na-
ture [Naturgefuhlj comme dit Fr. Schlegel),
•donnant à tout une signification, voyant l'âme
dans le dehors et le dehors dans l'âme. Ce
serait un grave malentendu de considérer
ce caractère sensitif qui parait dans le fait de
l'apparition du langage comme ua grossier
matérialisme, ne comprenant, fie sentant
(|uc le corps : c'était au contraire, une haute
harmonie, voyant l'un dans Yh itre, expri-
mant l'un par l'autre les deux mondes ou-
verts devant l'homme. L'application du phjr-
sique à l'intellectuel est le 'rait distinctif
des premiers âges de l'huma aité. Là est la
raison de ce symbolisme, qui n'est que l'u-
sage plus réfléchi du procédé qui avait spon-
tanément amené le développement du lan-
gage ; là est la raison de cette écriture hiéro-
glyphique et idéologique donnant un corps
aux idées, et qui n'est que l'application à la
représentation écrite du principe qui présida
à la représentation par les sons. En effet, le
procédé de nomenclature que nous avons
(495) Les acceptions analogues de décider^ allem.
tntscheiden^ juKcpo^ot (le^pfifvii) , sont fondées sur
la môme mélaptiore.
(496) Gesenius , Lexicon manuate, p. 75 ; —
Journal des savants, 1817, p. 435 et suiv.
(497) Ainsi, dans nos langues, les mots penchant,
aversion, inclination, et une foule d'autres. En grec,
i'uiÊyMi , opiyofiQt, désirer, signifient proprement
aller vers, s'étendre vers, nhifiialiùi, signifie pro-
prement chanter faux{nlréV-iJié\oç), et par suite com-
mettre une fauie. — Le souflle dans toutes les lan-
gues a servi de si^rne verbal à la vie comme il lui
sert de signe physique.
(498) Locke, Kssai, 1. m, o. 1, § b, — Leibnitz,
Nouv. Essais sur l'entendement humain, 1. ni, c. 1 ,
§5.
(499) Quel()ues philologues , par exemple , ont
voulu faire dériver le var, qui, dans toutes les lan-
guies sémitiques, correspond à la conjonction copu-
fative e(, du sens même du mot vav, qui signifie
jerochct, cheville. De pareilles conjectures so::t aussi
décrit est-il autre chose qu'un symbolisme,
un hiéroglyphisme continuel? Et tous ces
faits ne se groupent-ils pas [wur témoiinen
de l'étroite union oui rattachait d'abord 1 une
à l'autre l'âme et fa nature?
«( Toutefois, comme un te] état était loin
d'exclure l'exercice de la raison pure, mais
la tenait seulement enveloppée dans de$
formules concrètes, nous croyons qu'on doit
admettre comme primitifs dans leur signlti-
cation les mots métaphysiques esseniieU à
la formule de la sensation et rendant seuls
l'expérience possible, comme les pronoms
personnels, quelques particules (i99), et
peut-être le verbe éire r500). Ces mots aj'par-
tiennent tout autant à la ^Tammaire que !a
lexicologie; or, la grammaire est tout entière
l'œuvre de la raison : la sensation n'y a
aucune part. Mais ces exceptions ne doivent
pas nous em| ôcher de formuler celte loi
générale sur la formation des langues, que
c'est par une analogie phvsique qu'elles ont
procédé d'ordinaire a la désignation des idées
métaphysiques et morales. Nous reviendrons
nlus tard sur les distinctions qu'il faut faire
a cet é^jard entre les races, et les pcsiriotions
nécessaires pour les langues de l'Inde en
particulier.
« Mais, dans l'expression des choses phy-
siques elles-mêmes, quelle loi suivirent Tes
premiers nomenclateurs? L'imitation ou l'o-
nomatopée paraît avoir été le iirocédé ordi-
naire par lequel ils formèrent leurs appella-
tions. La VOIX humaine étant à la fois siqnt
et aon, il était naturel que l'on nrît le son de
la voix pour signe des sons ae la nature.
D'ailleurs, comme le choix de rappellalioQ
n'est point arbitraire, et que jamais rhommft
ne se décide à assembler des sons au hasatd
pour les faire signes de sa pensée, on peut
assurer que de tous les mots actuellement
usités, il n'en est pas un seul qui n'ait sa
raison suffisante, ou comme fait primitif, ou
comme débris de langue plus ancienne. Or,
le fait primitif qui a dû déterminer lëlection
des mots est sans doute l'effort pour imiter
l'objet qu'on voulait exprimer, surtout si
l'on considère les instincts sensibles qui
vraisemblables que celle d'après laquelle fcnvieodrait
de iiiwà et Si de diu.Cf. Hoogcvrrn, Doctrina pani-
cularum linguœ Grœcœ, c. 14 et 46.
(500) c Je ne connais aucune langue, dit M. Cou-
sin, où le mot français être soit exprimé par la
correspondant qui représente une idée sensible. *
Cours de 1829, 29* leçon. L*opîniou des philolo^V
qui assignent pour sens premier a a verte hébrru
haia ou hawa (être) celui de respirer^ et cbercbrat
dans ce mot des traces d*onomatopée» n'est poortaat
pas dénuée de vraisemblance. Eu arabe, le rprbe
kâna, qui joue le même rôle, signtlie primitivfiDe»t
se tenir debout (exstare). koum {siare\ en belinru,
passe aussi dans ses dérivés au sens détre {suittaa-
tia). En sanskrit, stha, être et se teuir debout. Pv-
i\cipe—sthane=ithane(p3\\)=stato {\M.)=ze$té (rte'
Ce curieux parallélisme a été observé par M. Eo/-
Burnouf. — Le persan hestem, je suis, appartient i
la .même racine. — Cf. Bopp, Closs, MSfir., p. ^^
et suiv. — Tha sert encore d'auxiliaire dans les bA-
gués vulgaires de Tlndoustan.
SI7
LAN
D*AMTHROPOLOGIC.
LAN
SIS
durent présider aux débuts de l*e$prit hu-
main.
c La langue des premiers hommes ne fut
donc en quelque sorte que Técho de la na-
ture dans la conscience humaine. Sans doute
les traces de la sensation primitire se sont
profondément effacées, et il serait désormais
impossible de retrouver dans la plupart des
langues les sons auxquels elles durent leur
origine. Toutefois il est des idiomes qui plus
que d'autres ont conservé le souvenir de ce
procédé primitif : dans le mantchou, par
exemple, il forme un caractère tout à fait
dominant; dans les langues sémitiques, et
dans Thébreu en particulier, il est aussi
très-sensible pour un grand nombre de raci-
nes, et pour celles-là surtout gui portent
un caractère plus marqué d'antiquité et de
monosjllabisme; enGn, bien que plus rare
ou plus difficile k découvrir dans les langues
indo-gerinaniques, et surtout dans le sans-
krit, il perce encore dans les rameaux les
filus avancés de cette famille, à tel point que
es premiers qui tournèrent de ce côté leurs
réflexions s'en laissèrent éblouir, et furent
entraînés au système dangereux de l'union
essentielle du mot et du sens (501). La rup-
ture, par exemple, pouvait-elle s'exprimer
d*une manière plus pittoresque que par la
racine fvj [in »•/*€, c'c^y*», /:«(yff«^; sanskrit,
rag; celte-breton, rogan; ou par sa forme
latine, frac ; allemand, brechen t Frenu strep^
Mîrid^ n'étaient-ils pas la peinture naturelle
du bruit dans ses diverses nuances? Leibnitz
a rassemblé de nombreux et curieux exem-
ples de re genre d'imitation dans nos langues
occidentales (502). En résumé, la liaison du
sens et du mot n'est jamais n/cc##airf, jamais
arbitraire^ toujours motirée.
« On objecterait en vain contre cette théo-
rie la différence des articulations par les-
queUes les peuples divers ont exprimé un
fait physique identique. En effet, un même
phénomène se présente aux sens sous milJt
laces diverses, parmi lesquelles chaque lan-
gue choisit à son gré sa caractérique. Soit,
par exemple, le tonnerre. Quelque bien
déterminé que soit ce fait, il frappe diverse-
ment Toreille, et peut être également dépeint
ou comme bruit sourd, ou comme craque-
ment, etc. De là vient la multitude de ses
noms divers : Adelung dit en avoir rassem-
blé plus de 353, tous empruntés aux langues
européennes, et tous évidemment formés
sur la nature. La différence est plus sensible
encore quand quelque particularité d'organo
ou de prononciation vient donner aux arti-
culations une valeur tout autre dans la bou-
che des peuples divers. Le mot chinois ley
n'est guère imitatif pour le tonnerre; il le
devient pourtant, si l'on considère que / re-
présente r {rey)^ suivant l'habitude de cette-
langue. II en est de même du groënlandais
kaUak {karrak)^ et du mexicain tlatUUnitzet
iratrat... (503).
« C'est même par ces racines imitatives
que s'opère en apparence la réunion de fa-
milles de langues profondément distinctes,
sous le rapport lexicographique et gramma-u
tical. L*usa^e du même procédé a amené le
même résultat sur les points les plus divers,
et l'unité de l'objet a partout entraîné l'unité
de l'imitation. C'est ainsi que le radical ih
ou tk sert de base à une famille de mots des
plus étendues, laquelle s'étend sur toutes les
langues sémitiaues et îndo -germaniques,
pour exprimer l'action de lécher ou avaler.
Hébreu : louaeh (avaler), lak (lécher; syria-
que : lah (lécher) ; arabe : lahtka (id.) ; sans-
krit : lih (id.)f lak^ lag (goûter) ; X^x^, Hngo^
ligurio^ lingua, Uchen^ to lick^ leccare^ U-^
cher (oM). 11 en est de même de fr marquant
la déchirure, de kr marquant le cri, etc.
« Il serait d^ailleurs trop rigoureux d'exi*
g?r du linguiste la vérification de cette loi
dans chaque cas particulier. Il y a tant de
relations imitatives qui nous échappent, et
qui frappaient vivement les premiers hom-
mes, si sympathiques encore avec la nature 1
La sensibilité était chez eux d'autant plus
délicate, oue les facultés rationnelles étaient
moins développées. Les sens du sauvage»
saisissent mille nuances imperceptibles qui
échappent aux sens ou plutôt à lattenticn
de 1 homme civilisé. Peu familiarisés avec
la nature, nous ne voyons qu'uniformité là
où les peuples nomades ou agricoles ont
vu de nombreuses originalités individuel-
les (505). Il fout admettre dans les premiers
hommes un tact d'une délicatesse infinie,
qui leur faisait saisir avec une finesse dont
nous n'avons plus d'idée les qualités sensi-
bles qui devaient servir de base à l'appella-
tion des choses. La faculté d'interprétation, •
qui n'est qu'une sagacité extrême à saisir
les rapports, était en eux plus développée;
ils voyaient mille choses à la fois. La nature
leur parlait plus qu'à nous, ou plutôt ils
(.501) T« ijko ôvôufler^ futuQxtxd lort. (Aaist., Rhei.^
L m, c 1, { 2); — Cf. Plat., Crai.
(502) *Voiif . Eêtais^ liv. ni, c. 1 et 2. — Voy.
aussi Dm. de Le.ifiep , De anatogia linguœ Grœcœ,
c. 5, et ScHRiD, Obserrationeê ad Lemiep de analo-
gia^p. 256, 280, ^9.
(503) Cf. Adclctic, MithridaU^ Disc, prélîm.
(504) Cf. Borr, Giouarimm êanunium^ pag. 301,
(505) C'est ainsi qiie la langue bébraiqae, d'ail-
li*iirs si paavre, possè le une grande variété de mots
poiir exprimer tous les objets naturels, comuie la
plaie, le lion, etc.. suivant les différences les plus
dWirales. C^e richesse >\t synonymes est portée,
«Uns l'arabe , à un poi:.l ^vesqae iiicroyabie. Umh
Chalawaib fit un ouvrage sur les noms du lion, au
nombre de 500, et un antre sur ceux du serpent, au
nombre de 200. Firuzabad 4it avoir écrit nn livre
sur les noms du miel , et avoue qa*après en avoir
compté plus de 80, il était resté incomplet. Le même
auteur dit avoir recueiUi au moins 1000 mots pour
signifier répée, et d'autres (ce qui est plus croyable)
en ont trouvé plus de 400 pour exprimer ie mal-
heur. — Le lapon compte environ 30 mots pour
désigner le renne selon son sexe, son ^e, sa cou-
leor, etc. L'ancien saxon en avait plus de 15 pour
désigner la mer, qui pourtant n'offre pas de varié-
tés spécifiques. ~ Cf. Enafclop. d'Eiscn et GntTBCB,
t. il, p. 46.
819
UN
[DICTIONNAIRE
LAN
m
trouvaient en eux-mêmes un écho secret
qui répondait à toutes ces voix du dehors,
et les rendait en ai'ticulations, en parole.
De là ceç brusques passades dont la trace est
perdue pour nos procédés lents et pénibles.
Oui pourrait ressaisir ces fugitives impres-
sions dans des mots qui ont subi tant tfe ré-
volutions, et sont si loin de leur acception
primitive? Si c'est la raison qui fonde le
système grammatical de chaque langue ,
rimaginalion vive et enfantine est la vraie
faculté qui engendre les dénominations.
C'est chose admirable que la puissance d'ex-
pression de Tenfant, et la fécondité qu'il dé-
ploie pour créer des appellations, des mots
à lui, avant crue l'ha-bitude lui impose le
langage officiel. Il en fut de même des pre-
miers hommes. Nous devons renoncer à
jamais à retrouver les sentiers capricieux
qu'ils parcoururent et les associations d'idées
oui les guidèrent dans cette œuvre de pro-
duction spontanée, où tantôt l'homme, tan-
tôt la nature, renouaient le fd brisé des ana-
logies, et croisaient leur action réciproque
dans une indissoluble unité.
"t En indiquant l'onomatopée comme une
des lois générales du langage primitif, nous
sommes donc loin de croire qu elle suffise
seule à l'explication de tous les faits. Il est
inJubitable qu'une foule d'autres procédés
actuellement perdus ou réduits à un chétif
exercice et comme à l'état rudimentaire, du-
rent contribuer à ce travail. C'est une ten-
dance funeste à la science d'assujettir de
force tous les faits à ressortir d'une seule
explication, et de vouloir exclusivement t ut
élever sur une seule base. « En fait de lan-
« gués, dit M. de Humboldt, il faut se garder
« d'asserlions générales. » .< C'est une sup-
« position tout à fait gratuite et vraiment
« erronée, dit Fr. Schlegel, que d'attribuer
« une origine paptout la même au langage et
« au développement de l'esprit humain. La
« variété à cet égard est au contraire si
«( grande que dans le nombre des langues on
« en trouverait à peinn une seule qui ne pût
« être employée comme exemple pour con-
« Armer une des hypothèses imajpnées sur
« l'origine des langues (506). » Ainsi l'ono-
matopée est loin de se trouver dans toutes
les langues au même degré. Presque exclu-
sivement dominante chez les races sensi-
tives comme chez les Sémites, elle apparaît
beaucoup moins dans la langue spiritualiste
et philosophique de l'Indç. Le sanskrit pos-
sède une roule de mots qui n'ont et n'ont pu
(506) Ueber die Spracne una Weisheit 4cr Indier,
part. r% e. 5.
(507) Plusieurs mots se rapportant à des choses
jnti^Hoctuelles y sont pourtant empruntées à des
iHiap:?s physiques. Ainsi comprendre^ c'est se unir
au-dessus de... Là même mctaphoro existe identi-
qupin<'nl en aral;e.
(ri08) H semble aue la langue ait été à Torigine le
critérium par lequel on distinguait les tribus plus
on moins civilisées. Ainsi fiKp€v.p semble imilatif
(Vil M baragouin inconnu , c'est-à-dire étranger. La
«liirinclion de ceux qui parlent bien et de ceux qui
ptnloiit mal se retrouve auss| dans Plode, —Cf.
avoir qu'un sens métaphysique (507). Loin
que l'imagination et les figures y dominent,
plus on remonte dans l'antiauite, plusonle
trouve net et immédiat ; c est comme m
rayon de l'intellect pur émis dès les premiers
jours dans toute sa limpidité. « La laague
« indienne, dit encore Schlegel, est presoue
« tout entière une terminologie phifosopni-
t que ou plutôt religieuse Elle fournil
a une nouvelle preuve que l'état primitif de
« l'homme n'a pas commencé partout d'une
« manière analogue à celui de fa brute (508),
« état dans lequel l'homme aurait reçu, après
« de longs et pénibles efforts, sa faible et m-
a cohérente participation à la lumière de la
« raison. Elle montre au contraire que, si ce
a n'est partout, du moins là où cette rechcr-
« che nous ramène, Tintelligence la plus
« claire et la plus pénétrante a existé des le
« commencement parmi les hommes. En
« effet , il ne fallait rien moins qu'une pa-
« reille vertu pour créer une langue qui,
« même dans ses premiers et plus simples
« éléments, exprime les plus hautes notions
« de la pensée pure et universelle, ainsi que
« l'entier linéament de la conscience, el cela
« non par des fi[^ures, mais par des expro.--
« sions tout à fait directes et claires (509). »
« Ce ne sera qu'avec des restrictions ana-
logues que nous essayerons d'établir un
autre caractère non moins inaporlant des
langues primitives, je veux dire la syn-
thèse (510), la complexité, qui semblent avoir
é'é le trait dominant des premières créations
de l'esprit humain. On se figure trop sou-
vent que la simplicité, que nous conce-
vons comme logiquement antérieure à la
complexité, l'est aussi chronologiquement;
comme si ce qui, relativement à nos procé-
dés analytiques, est plus simple avait au pré-
céder dans l'existence le tout dont il fait
partie. C'est là une habitude funeste dans
toutes les sciences psycholo^icfues, reste des
vieilles habitudes des logiciens et de leur
méthode artificielle. Le jugement, par exem-
ple, est, aux yeux de la psychologie expéri-
mentale, la forme naturelle et primitive de
l'exercice de Tentendemeiit. Mais parce que
le jugement peut, par une analyse uKc-
rieure, se résoudre en idées ou pures appré-
hensions sans affirmation, Tanciennc logique
eji concluait que la pure appréhension pré-
cède en effet le jugement affirmatif, tandis
qu'au contraire elle n'est qu'un fragment de
1 action totale ps^r laquelle procède l'esprit
humain. Loin que celui-ci débute nar le
Manoc, l. H, dist. 25. En hébreu , le même verbe
signilie bégayer et parler un langage barbareet
étranger. — Cf. Gesenius, Lexicon manuakj p. 5o;^
534.
(î)09) Ibid, Yoy. an&si Philosopkische VotUsm»-
gen, p. 57, 67-69.
(510) Je me sers de ce mot poer me conformer a
Tusage. Mais, de fait, TéUt primilif ne faisait qne
ressembler à la synthèse, laquelle sera le cowonne-
ment de Pesprit humain. On pourrait l'appeler sya-
crétisme, si ce mot n'était éiymolpgiqiiCiKnc^nt si in*
propre.
fêl
IXN
D^ANTIIROI'OLOGIC
LAN
831^
simple oa Tanalytique, le premier acte qu*it
pOî>e est au contraire complexe, obscur, sjn-
théti<iue (311); lout y est entassé, et sans
UiMinction
« 11 en fut de même de la parole. La langue
de Tenfant, en apparence plus simple, est
|>lu$ compréhensive et plus resserré* que
celle où s explique terme à terme la pensée
anal vsée d'un âge plus avancé. L^s plus pro-
fonds linguistes ont été étonnés de trouver
à Torigine et cbex les peuples qu'on appelle
enfants des langues synthétiques, riches,
complig[uées,si compliquées même, ({ue c'est
le besoin d'un langage plus facile qui a porté
les générations [)Osténeures à analyser la
langue savante des ancêtres. Ainsi le groën-
landais ne fait qu^un seul mot de tous les
mots d'une phrase, et conjugue ce mot comme
un verbe simple (512J. L'aztèque et la plu-
part des langues américaines [loussent |us-
qu^àun point que Ton croirait à peine la
composition et Tagglutination des mots (513).
Chaque phrase de ces langues n*est presque
qu'un verbe dans lequel sont insérées toutes
les autres parties du discours. Le mongol
décline un nrman tout entier, et le sanskrit,
surtout celui des commentateurs, remplace
la syntaxe par les flexions, déclinant aussi
en quelque sorte la pensée elle-même. Le
basque, enfin, que M. de Humboldt regarde
comme une des langues restées les plus fi-
dèles à l'esprit primitif, possède une prodi-
gieuse variété de formes et de flexions gram-
maticales, jusqu'à onze modes, par exemple,
pour le verbe (SU), et une foule d'autres
procédés pour accumuler les uns sur les
aulres rexpression des rapports (515). On
peut étendre la même remarque aux langues
jrrecque et latine comparées au sanskrit;
A bel Rémusat Ta faite sur le lapon, et M. de
Humboldt Ta vérifiée sur tous les idiomes
lie l'Amérique et de la mer Pacifique; enfin
le <avant M. Faurieî, dans son cours de 183i,
IV'rigeait en loi générale en l'appliquant au
iatinetaux idiomes qui en sont dérivés (516).
« La formation ûes catégories grammati-
cales nous fournira un exemple frappant de
c«*tte loi du langage. En analysant les lan-
jruos les plus anciennes, on voit peu à peu
^'elTacer les limites de ces catégories, et on
arrlTe à une racine fondamentale qui n'est
uv rerbe, ni adjectif, ni substantif, mais qui
est susceptible de revêtir ces diverses for-
mes (517). Dans l'état actuel, les divisions
(Jes parties du discours sont tranchées, et
l'ours rôles suffisamment distincts. Dans l'état
primitif, elles existaient sans doute, mais
(511) < Des hommes grossiers , dit Turgot , ne
ïotkt rieo de simple. U faut des hommes perfection-
nés pour V arriver, i
(.jl2) Cf. Balsi , Allu ethnographique^ t^b.
(513) A. »E HcMiOLdT, Vues des Cordillères^ page
316.
( 514) indiraiif, eonsuétudinaire, potentiel, voIor-
tjiîre, forcé, néoessaire, impératif, subjonctif, opta-
tif, jiénîtadinaire, inO:.ilif.
ol5) Cf. VÇssai sur le basque de G. de Dumboldt,
à !a »-iile du Xithridate d*ADELr?iG et Vatcl.
^jïh) G. DL Hlmbolbt, Lettre à Attl Rémusat ^
fans séparation ni classification antithétique.
Dire qu'il n'y avait dans Tétat primitif que
des noms ou que des verbes est également
vrai et également faux : vrai, parce cpia tous
les mots pouvaient en effet le devenir; faux,
car aucun mot ne Tétait par sa nature. Il j
a même quelques langues qui n*ont jamais
dépassé ce premier état, et qui ne sont jamais
parvenues à se faire un système complet de
catégories grammaticales, bien quelles en
aient le sentiment implicite. Telle est, par
exemple, la langue chinoise* qui ne fende
point sa ^ammaire sur la classification des
mots, mais fixe par d'autres procédés les
rapports des i'iées (518). Telles aussi parais-
sent avoir été à leur origine les langues sémi-
tiques ; il est certain du moins qu'en perçant
profondément leur forme la plus ancienne
on voit s'évanouir toutes ces catégories Ci
apparaître la racine synthétique, réunissaul-
en puissance tous les rôles divers que l'ana-
lyse a séparés, et auxauels elle a attribué
une existence indépenaante.
« La formation de la conjugaison présente
plusieurs faits analogues. Dans nos langues
modernes, le sujet, le verbe, et plusieurs
des relations de temps, démodes et de voies,
sont exprimés par des mots isolés et indé-
pendants. Dans les langues anciennes, au
contraire, toutes ces idées sont accumulées
dnns un mot unique et exprimées par une
flexion. Le seul mot amabor renferme l'idée
d'aimer, la notion de la première personne,,
du futur et du passif. L'allemand en disant :
Ich trerdegeliebl tterden représente ces quatre
notions par guatre mots séparés (519). 'e>««,
tiut Ixfw serait sans doute beaucoup plus ana-
lytique que >ÛM, et à entendre les grammai-
riens, on serait tenté de croire que telle était
la forme primitive. Rien ne serait plus faux :
il n'y a pas de doute qu'on n'ait aébuté |)ar
l'implexe, le comj;osé, et aue l'esprit nait
d'abord cherché h rendre dans son unité le
tout de sa pensée, qu'il a ensuite disséqué et
exprimé partie par partie. L'agglutination
dut être le procédé dominant du langage des
premiers hommes, comme la. syntnèse ou
plutôt le syncrétisme, le caractère de leur
pensée. De là cette influence réciproque de
tous les mots de la phrase, et des membres
que nous considérons comme indépendants
les uns des autres. De là dans l'écnture an-
cienne, cette absence d'interponctuation ,
cette réunion des mots, oui semblent ne faire
de tout le discours quune seule proposi-.
tion (520). De là enfin cette construction
savante, prenant la période comme un tout,
Ïip. 50, 74, e|c«, ek A. de Hchboldt, Vues des Cordil-^
ères, p* 50; — M. Fauriel et sou eusei/ptemenij par
M. 0zA.5Aii, et daps la Bewe indépendante du 25
juiUet lft45.
(517) Cf. APELC5C f introduction au Mithri-
daU.
(518) Votf. G. DE Hchboldt, Lettre à Abel Ré
musat»
(519) Votf, Adam Smith, Considérciion sur tort-
mne et la formation des langues , à la suilc de &a
Théorie d.'s sentiments moraux,
r*>20) Cf. UATTBiiE, Gramm. arecque ^ Iniiit; I",
p. 30, 10, etc. (Traduct. Cail ci Loiioiievilie.]
823
LAN
DICTIONNAIRE
LAN
%i\
dont les parties sont connexes entre elles,
et disposant ces parties de telle sorte cjxxe
rintelligence de Tune d*elles n'est possible
que supposé la vue collective de Tensemble.
« Il serait possible, en prenant Tune après
l'autre les langues de tous les pays où 1 hu-
manité a une histoire, d'y vérifier cette mar-
che constante de la synthèse à l'analyse,
qui est la marche même de l'esprit humain.
Partout une langue ancienne a fait place à
un idiome vulgaire, qui ne constitue pas à
vrai dire une langue différente, mais plutôt
un âge différent de celle qui Ta précédée;
celle-ci plus savante, chargée de flexions
pour exprimer les rapports Tes plus délicats
de la pensée, plus ricne même dans son or-
dre d'idées, bien que cet ordre fût compara-
tivement plus restreint; image en un mot de
la spontanéité primitive, où l'esprit confon-
dait les éléments dans une obscure unité, et
perdait dans le tout la vue analytique des
p/rties; le dialecte moderne, au contraire,
correspondant à un progrès d'analyse, plus
clair, plus explicite, séparant ce que les an-
ciens assemblaient, brisant les mécanismes
de l'ancienne langue pour donner à chaque
i<^e et à chaque relation son expression
isolée.
« Si nous parcourons par exemple les di-
yerses branches de la famille indo-germani-
que, aurdessous des idiomes de l'Inde, nous
trouverons le sanskrit avec son admirable
pichesse de formes grammaticales, ses huit
cas, ses six modes, ses désinences nombreu-
ses et ces formes variées qui énoncent avec
l'idée principale une foule de notions acces-
soires Mais bientôt ce riche édiQce se décom-
pose. Le pâli, qui signale son premier âge
d'altération, est empreint d'un remarquable
esprit d'analyse. « Les lois qui ont présidé
« a la formation du pâli, dit M. Eugène Bur-
« nouf, sont celles dont on retrouve l'appli-
« cation dans d'autres idiomes; ces lois sont
<? générales, parce qu'elles sont nécessaires...
a Les inflexions organiques de la langue
a mère subsistent en partie , mais d^ns un
«ï état évident d'altération. Plus générale-
« ment elles disparaissent, et sont rempla-
« cées, les cas par des particules, les temps
« par des verbes auxiliaires. Ces procédés
« varient d'une langue à l'autre, mais le
« principe est toujours le même; c'est tou-
« jours l'analyse, soit qu'une langue synthé-
« tique se trouve tout â coup parlée par des
« barbares, qui n'en comprenant pas la struc-
^ ture, en suppriment et en remplacent les
H inflexions; soit Qu'abandonnée a son pro-
« pre cours, et à force d'être cultivée, elle
H tende à décomposer et h subdiviser les
m signes représentatifs des idées et des rap-
« ports, comme elle décompose et subdivise
« sans cesse les idées et les rapports eux-
« mêmes. Le pâli paraît avoir subi ce genre
« d altération : c'est du sanskrit, non pas tel
(."il) Cf. Essai sur le pâli, de MM. Blrnouf et
LA.SSK.N, p. 140- iil.
(r^ii) Ibid., p. 158-159.
iC'2r^) Cf. Asici. Bc^.earcl\,\o\. Mil, CilriUla,
« que le parlerait une population étrangère
« pour laquelle il serait nouveau , mais (Ih
1 sanskrit pur , s'altérant et se moJiCani
« lui-même à mesure qu'il devient [lus |io-
tf pulaire (521). » Le prâkrit, qui représeiiin
le second âge d'altération de la langue an-
cienne (522), est soumis aux mêmes analo-
gies : d'une part il est moins riche, delautre
plus simple et plus facile. Le kawi, endu,
autre corruption du sanskrit, mais formé
sur une terre étrangère, participe aux mêmes
caractères. « Si je devais présenter une opi-
fi nion sur l'histoire du kawi, dit CrawfuH,
« je dirais que c'est le sanskrit privé de ses
a inflexions , et ayant pris à leur place ks
« prépositions elles verbes auxiliaires m
« dialectes vulgaires de Java. Nous pouvions
a facilement supposer Que les Brahmanesiia-
« tifs de cette île, sépares du pays de leurs an-
« cêtres, ont, par insouciance ou ignorance,
« essayé de se débarrasser des inflexionsdifli-
n ciles et complexes du sanskrit, par les ni-
n mesraisons qui ont porté les Barbaresàaltc-
« rer le grec et le latin, et à former le modinic
(( romaïqueet l'italien (523).» — MaisceslruLs
langues elles-mêmes, formées par dérivâli( n
du sanskrit, éprouvent bientôt le même nui
que leur mère. Elles deviennent à leur tour
langues mortes, savantes et sacrées; le [-^11
dans l'île de Cejrlan et l'Indo-Chine; le prâ-
krit chez les Djainas;le kawi dans les îles
de Java, Bali et Madoura; et à leur plan:
s'élèvent dans l'Inde des dialectes plus |<i-
pulaires encore : i'hindoui, le bengali Je
mahratle et les autres idiomes vulgaires «Je
rindoustan , dont le système est beaucoup
moins savant.
« Dans la région intermédiaire de l'Iniie
au Caucase, le zend, le pehlvi, le parsioi,
persan ancien sont remplacés par le ijersan
moderne. Or le zend, par exemple, avec ses
mots longs et compliqués, son manque de
prépositions et sa manière d'y suppléer an
moyen de cas formés par flexion, rcprésene
une langue éminemment synthétique. Oo
peut y ajouter son alphabet complique «le
quarante-deux lettres, dont quelques-unes
paraissent à peu près inutiles. Les alubabcN
en efl*et, suivent la même loi que les languev
Les plus anciens sont souventles plus rid.o
et les i)lus surchargés de superfluités. Ci<
ainsi que l'alphabet dêvana^^àrî ne couij»^' \
las moins de cinquante-deux signes, et (|u<
e système graphique des Chinois préseu '
une si elTrayante complication. Taulii*^^
vrai que la complexité se retrouve hnii
plus que la simplicité au début de l'esi»fii
humain.
« Dans la région du Caucase, Tannénien 1 1
le géorgien modernes succèdent à l'arni/'niui
et au géorgien antiques. En Europe rancin»
slavon, le tudesque, le saxon, le gothique,
le normannique se retrouvent au-des^-ou^
des idiomes slaves et germaniques. Enlin,
1820, p. 161; — Yoy. surloul W. Himboi «\t, f c^f
die Kawi'Sprache auf der Insel Java I. Il» § I **
passim.
1
L\N
irANTimOâ^LOGIE.
LAN
826
c est de l'analyse du grec et du lalin, sou-
mis au tra^rail de décomposition des siècles
barbares, aue sortent le grec moderne et les
langues néo-latines.
« Les langues sémitiques présentent une
marche analogue. L'hébreu, leur type le plus
ancien, montre une tendance marquée à ac-
cumuler Teipression des ramiorts; l'agglu-
tination y est le procédé dominant: non-
seulement le sujet, mais encore le régime,
les conjonctions, l'article, les pronoms n'y
forment qu'un seul mot avec l'idée princi-
pale. « Les Hébreux, semblables aui enfants,
dit HenJer, Teulent tout dire à la fois. Il
leur suffît presque d'un seul mot, là où il
nous en faut cinq ou sii. Chez nous, les
monosyllabes inaccentués précèdent ou
suivent en boitant l'idée principale; chez
les Hébreux, ils s'y joignent comme into-
nation ou comme son ûnal, et l'idée prin-
cipale reste dans le centre, semblable à
un roi puissant; ses serviteurs et ses va-
lets Tentourent de près, et ne forment
avec lui qu'un seul tout, qui se produit
spontanément dans une harmonie par-
faite (52^). B Or l'hébreu dis]iarait à une
épo<pe reculée, j/our laisser dominer seul
le cnaldéen, le samaritain, le syriaque, le
rabbiniaue, dialectes plus analysés, plus
]on:;s, plus clairs aussi quelquefois, lesquels
Tonl h leur tour successivement s'absorber
dans Tarabe. Mais l'arabe est aussi trop sa-
vant pour l'usage vulgaire d'un peuple illet-
tré. Les grossiers soldats des premiers
khalifes ne peuvent en obseryer les flexions
délicates et Tariées, le solécisme se multiplie
et devient le droit commun au grand scan-
dale des grammairiens; on y obvie en aban-
donnant les flexions et y suppléant par le
mécanisme plus commode de la juxtaposi-
tion des mots. De là'à c6lé de l'arabe littéral,
fjui devient le partage exclusif des écoles,
I arabe vulgaire d*un système beaucoup plus
simple et moins riche en formes grammati-
cales.
« Les langues tartares présenteraient plu-
sieurs phénomènes analogues dans la super-
ftosition du chinois ancien et du chinois mo-
derne; du tibétain ancien et du tibétain
moderne; les langues malaises dans cette
langue ancienne à laquelle Marsden et
Crawfurd ont donné le nom de grand poly-
nésien^ et que Baibi appelle le sanskrit de
rOcéanie (5Î5). Hais les faits que nous Tenons
de citer suflîsent pour prouver que dans l'his-
toire des langues, la synthèse est primitive, et
3ue l'analyse, loin d^èlre la forme première
e Tesprit humain, n'est que le lent résultat
de son développement.
« Ce n'est donc que par une hypothèse
(S24) EffMtl de ia poéne des Hébreux^ premier
l€.
iVif&) Balki, Atlas ethnographique^ tab. xxin.
<.'»i6) Voy. AftbELi'^G, Diu. prélim. du Mithrid. ;
— llL'NM>LDT,.re^«r die Kawi Spraclu, EiiUeilung,
s. iCCLlXXlX, ff.
(•iil) M. AU»! Réniusat a mortré sous quelles ré-
«--Mcs it faut attribiHM' le monoski iaitismo au chi-
ucts, qTiicst p{>iirunt ta Ungtic uiuuu>>; llaU(|uc far
purement artificielle qu'on suppose aux Ian«
gués un premier état monosyllabique et
sans flexions. Sans doute la racine fonda-
mentale exprimant l'idée principale ne fut
généralement composée que d une seule
syllabe, puisqu'il n'y a guère de motif,
comme dit M. de Humboldt, pour désigner,
tant que les mots simples suffisent au besoin,
un seul objet par nlus d'une syllabe. D'ail-
leurs, en chercfiant a reproduire l'impression
du dehors, impression rapide et instantanée,
l'homme ne dut en saisir que la partie la
plus saillante, laquelle est essentiellement
monosyllabique ^^26). Mais en accordant que
l'expression isolée de chaque idée fût telle
(ce qui peut-être demanderait encore bien
des restrictions; (527), au moins faut-il dire
que dans le discours ces idées s'accumulaient
tellement, et contractaient entre elles un
lien si étroit que la proposition en jaillissait
comme un tout, et constituait presque dans
la psychologie primitive ce qu'est le mot
dans notre état analytique. Car pinson re-
monte dans l'histoire clés langues, plus on
trouve l'agglutination prenant la place de la
juxtaposition, et la tendance à reunir dans
un tout compacte ce que plus tard on s'est
contenté de rapprocher.
« L'exubérance des formes, l'indétermi-
nation, l'extrême variété, la liberté s«r.s
contrôle, caractères qui, si on sait les et'^cff-
dre, sont étroitement liés entre eux, du/eiit
aussi constituer un des traits distinctifs de
la langue des premiers hommes. Bien loin
que le travail littéraire ait rien ajouté à la ri*
chesse des langues, il n'a fait en un sens que
les appauvrir en les régularisant. Les idiomes
les plus anciens sont plus riches en formes,
ou plutôt plus indépendants que ceux qui
ont subi la recension grammaticale (528),
qui n'est jamais qu'un choix dans la richesse
excessive des langues populaires, et une
élimination de ce qui fait double emploi. La
langue grecque et la langue latine, par
exemple, présentent une foule de mots qui
ne possèdent point toutes les formes ordi-
naires, et suppléent à leurs lacunes en em-
pruntant k d'autres mots les formes qui leur
manquent; comme f/û, fioO,... ^c^u, oU»^ Ivr/zo»;
fero^ luii, iatum^ etc. Personne ne croira sans
doute que I7M, ftoû, soient les cas d'un même
pronom, que fero^ tuli, iatum^ soient les
temps d'un même verbe. Ce sont deux pro-
noms, ce sont trois verbes incomplets dans
l'état actuel de la langue, qui, après avoir
vraisemblablement existé comme i'ndépen-
dants, n'ont pu échapper à l'élimination des
supeiiluités qu'en soutenant leurs débris
l'un par l'autre, et formant ainsi un seul
pronom, un seul yerbe factices, sufiisant
excellence. (Fundgruben des Orienis, 111, s. 27d.) Ce
n>st que par des hypolbéses hasardées qu*on idin-
bue ce caractère à Fêtât primitif des laugiies sémi-
tiques. La plupart de» racines les plus anciennes «îii
C(l:o-brcton sout monosyllabiques; mais il dcviciU
polvsvtlabique par les flexions.
(M8) Grimm l'a prouvé pour la langue alleniaïKle,
en montrant qu'elle a perdu phisieuis formes p;'C-
cicuiïcs qu'elle po^^Jail autrefois.
8Î7
LAN
DICTIONNAIRE
LAN
828
auxliesoins de \a nouvelle langue réglemen-
tée et définie. Quand on voit ywé Taire au
génitif y wacxôc» peut-on croire à la légitimité
d'une pareille dérivation? N'est-il pas plus
vraisemblable que dans les formes surabon-
dantes de la langue originelle, ici Ton disait
yuvq, là yvvftiS, et que quelques membres de
ces deux formes sont seuls arrivés à la con-
sécration grammaticale?
« C'est le point de vue qui ressort avec
évidence de 1 examen des coi^ugaisons dans
les langues les plus anciennes. En hébreu,
par exemple, les verbes dont la racine est le
plus évidemment monosyllabique peuvent
souvent se conjuguer de deux ou trois ma-
nières différentes, et ceux çiui participent à
une même racine bilitère, bien que différents
pour la forme et la signification, se confon-
dent souvent entre eux. Le même fait se
retrouve dans la langue grecque, surtout
chez Homère et les poêles les plus an-
ciens. Elfii, je vais, tire sps temps ae t"», t?»,
îûi, cp, non que tous ces verbes aient réel-
lement existé, mais parce que le radical pri-
mitif est successivement traité sur ces types
divers. '03p)îax«j, o Wxkv», o^tcXc*, cLffXfu, ne
sont que des variantes de la racine primitive
i'^'k, BaivM, ^ao, jSq^i; — Ktu, xtivi, y^cTpac, xiouotc
(x'oyrac); - — xvâu, xv«Oa>, xvt^u, xm^^ioà^ wnviivf
et tant d'autres, peuvent être considérés de
même. 11 semble d'abord que ô^Xu, par exem-
ple, doive être regardé comme la lorme pri-
mitive, d'où, par suite, se seraient formés
iflhx'a, QfXiJiâ'if'aj etc.; mais, bien loin de là,
ce sont au contraire ces formes qui sont
chronologiquement antérieures, et coexis-
taient avec bien d'autres encore, comme
variétés capricieuses d'un langage tout d'ins-
tinct.
« Il faut tirer la même conclusion des
confusions que les plus anciens poêles grecs
se permettent, comme les Hébreux, entre
des verbes très-divers pour le sens, mais
analo^^ues pour la forme. Miim signifiant bA-
tir, est très-différent deiafiûu^ SscftâC-N ^a/w?-
fAc. etc.; mais l'identité du radical df* suIGt
pour établir entre eux une communauté de
temps; Hfiu emprunte ses parfaits et son
aoriste {)as$if à ^oi^otu ( df ^pqxa , Miir,ft%t ,
iH lîOi.v), et réciproquement ^«fAyÇ'a em-
prunte son aoriste second passif ( ièàfinv) à
èifA%». Le radical dâu a produit detî», Baioixai^
èaiyjfti, îiî&orxw, verbcs qui, avec des signi-
fications très-différentes, offrent des confu-
sions ana1o;;ues. 11 en est de même de xpàtà^
rendre un oracle, x/»«>/*«s se servir, xpv^'^^
désirer, y^pa, il faut, x^ceivu, loucher.' Ce
sont là , au point de vue de nos langues arti-
ficiellement fixées, autant d'irrégularités,
ou, si l'on veut, de barbarismes reçus^ dé-
notant l'état d'une langue où l'écrivain n*a
d'autre règle que l'analogie générale qui
dirige le langage du peuple. Le latin, au
contraire, offre très-peu ae ces confusions.
Ce qui n'est pas erammatiiîalement régulier
v est décidément Oar6(irt«mf, parce que cette
Iftngue, avant de passer dans les livres, a subi
un travail de régularisation et de fixation
rûflccliie.
<K La forme ordinaire des grammaires pour-
rait induire en erreur sur ce caractère des
langues anciennes, exemptes de toute entrave
conventionnelle, et ne songeant point à réali-
ser un type voulu. Soit, par exemple, la lan-
gue hébraïque. A la vue d'ouvrages aussi im-
posants par leur masse, la richesse de leurs
détails, et leur profonde svstématisation
Sue la Grammaire critique d'Ewald , ou le
ystême raisonné de Gesenius, ne dirait-on
pas qu'il s'agit d'une langue compliquée de
règles nombreuses, et assujettie dans ses
moindres détails à des mécanismes rigou-
reux? Rien pourtant ne serait moins exact.
Le plus lettré des anciens Hébreux, un
Isaïe par exemple, n'eût guère conçu la pos-
sibilité d'un SI long discours sur la langue
qu'il parlait avec tant de facilité. Générale-
ment les grammaires les plus longues sont
celles des langues qui en ont eu le moins;
car alors les anomalies étouffent les règles.
Chacun parlait à sa façon , imitant les au-
tres sans y penser, mais ne s'en rapportant
point à une autorité supérieure. Le gram-
mairien vient ensuite, dominé par son
idée de lois, et cherchant à tout prix des
formules qui renferment tous les cas possi-
bles. Au désespoir de voir ses principes gé-
néraux sans cesse déjoués par les caprices
du langage, il se sauve par les exceptions
qui bientôt sont elles-mêmes érigées en
règles. Or, le point de vue de lois eiSe fautes
est tout à fait défectueux, appliqué aux lan-
gues anciennes. Ces langues se permettent
une foule de constructions en apparence peu
logiques, des énallages de genre, des phra-
ses inachevées, suspendues, sans suite. 11
serait également inexact, et d'envisager ces
anomalies comme des fautes , puisque nul
ancien n'avait l'idée d'y voir des transgres-
sions de lois qui n'existaient pas, puisque,
malgré ces tours irré^uliers , on réussissait
parfaitement à se faire entendre, et de les
ériger en règles ^ en cherchant des prescrip-
tions rigoureuses là où il n'y avait que ca-
price instinctif. La vérité est que récrivain,
en employant ces manières de parler, ne
songeait ni à observer ni à violer un règle-
ment, et que le lecteur ou l'auditeur contem-
porains n'avaient non plus en présence de
ces tours, aucune arrière-pensée.
« Jamais donc le langage ne fut plus indi-
viduel quà l'origine de rhorame, jamais
moins arrêté , jamais plus subdivisé en ce
qu'on peut appeler dialectes. Trop souvent
on se figure que les variétés dialectiques se
sont postérieurement formées par divt^r-
gence d'un type unique et primitif. 11 sem-
ble, au premier coup d'œil , que rien n'e.>t
plus naturel que de placer ainsi Vunité on
tê'e des diversités; mais des doutes graves
s'élèvent , quand on voit les langues se sub-
diviser avec l'état sauvage ou barl^are, se
morceler pour ainsi dire de village en vil-
lac50,.je dirai presque de famille en famille.
Le Caucase, par exemple, offre sur un petit
espace une quantité de langues cnlièrenionl
di.sliiicle^. L'Abyssiuie présente un pliéno-
129
LAN
D*ANTHROPOL0GIE.
Lilf
830
mène analogue (5â9). liais ces diversités ne
sont rien en comparaison de celles qui sépa-
rent les langues de TOcéanie. C'est là que
l'état sauvage, en armant le bras de chacun
contre ses voisins, a poussé jusqu'aux der-
nières limites ses effets de désunion et de
morcellement. Parmi la population é^rse et
grossière de l'Ile de Timor, on croit qu'il
n'y a pas moins de quarante langues parlées.
Dans nie d'Endé ou de Flores, on trouve
aussi une multitude d'idiomes, et parmi la
iiopulation cannibale de Born^, il est proba-
nle qu'on en parle plusieurs centaines (530}.
M. A. de Humboldt a fait la mè Jie remarque
sur les dialectes de l'Amérique, mais en
observant que cette variété est plus res-
treinte dans les lieux où les communica-
tions sont plus faciles, dans les savanes et
les forêts uu Nord , sans cesse parcourues
par des chasseurs, le long des nvières , et
partout où les Incas avaient établi leur théo-
cratie par la force des armes (531).
« Ces faits nous semblent suffisants pour
Cuver l'impossibilité d'une grande langue
Liogène, pariée dans une société ))eu
avancée. La civilisat.on seule peut étendre
}es idiomes par masses homogènes, et en-
core n'a-t-il été donné qu'aux sociétés mo-
dernes de réaliser une langue régnant pres-
que sans dialecte sur tout un grand pays.
Si la langue grecque parlée par un peuple
si heureusement doué lie la nature, a compté
presque autant de dialectes que la Grèce
comptait de peuplades différentes, peut-on
croire que les premiers hommes, qui se
possédaient à peine eux-mêmes, et dont la
raison était encore comme un songe, eussent
réalisé cette unité à laquelle les siècles les
plus polis ont eu peine à atteindre? Loin
uonc de Dlaccr l'unité à l'origine des choses,
il faut 1 envisager comme le résultat lent et
tardif d'une civilisation avancée. Au commen-
cement, il y avait autant de dialectes que de
familles, je dirai presque d'individus. Cha-
cm se formait son langage sur un fond tra-
ditionnel, mais suivant son instinct, ou
plutôt selon les influences que }i sol, les
aliments, le climat exerçaient sui jt^ orga-
nes de la parole et les opérations de l'intel-
ligence. On parlait par besoin social et par
be^^oin psychologique ; pourvu qu'on se for-
mulât sufllsamment sa pensée, et qu'on la
fit en tendre aux autres, on s'occupait peu de la
conformité de son langage avec un tyne au-
torisé et général. La surabondance de formes
que nous avons remarquée dans les langues
les plus anciennes n'a j.as une autre origine.
Une telle richesse, en effet, n'est qu'indé-
termination , ces langues sont riches, parce
au'elles sont sans règles et sans limites,
haque individu a eu le pouvoir de les trai-
(529) Cf. JoBi Lddolpi, Historia mîkiopiea^ L i,
c. 15, n* 40 et soîy.
<530) Cf. CftAWFURD, Bistortf of the Indûm ArM-
peéa^o^ Tol. Il, p. 79.
(J&i) Cf. A. DR llrMFOLdT, Vues des CordUièrti^
i:!tro4., p. Tiii et ix.
1532) Henler a dit, dans son Traiié de Corigime
4e* lamguetf que plus une langue eit barbare plus elle
ter presque à sa fantaisie, milléP formes
exubérantes se sont produites, et le discer-
nement grammatical ne s'étant pas encore
exercé, elles coexistent dans un syncrétisaie
absolu (532). C'est un arbre d'une végétation
puissante, auquel la culture n'a rien retran-
ché, et qui étend capricieusement et au
hasard ses rameaux luxuriants. Quand vie^
dra le travail réfléchi et scientifique du lan-
gage, son œuvre ne sera pas d'ajouter à cette
surabondance; elle sera toute négative, elle
ne fera que couper et fixer, elle imposera
des lois, (*t ces lois seront des limites. L élimi-
nation s'exercera sur ces formes inutiles,
les superfétations seront bannies, la langue
sera déterminée, réglée, et en un sens ap-
pauvrie.
« Ainsi un langa.:^e illimité, capricieux,
varié, telle paratt avoir été la langue primi-
tive ; et si 1 on convient d'appeler ces varié-
tés dialectes, au lieu de placer avant eux
une langue unique et compacte, il faudra
dire que cette unité n'est résultée cfue de
l'extinction successive des variétés dialecti-
ques. Ce serait môme se tromper que de
ciîercher des groupes trop arrêtés dans cette
diversité même, et de croire, par exemple,
que tous les dialectes qui plus tard a]iparais-
sent dans chaque langue eussent des lors
leur existence individuelle. Ce n'est que pos-
térieurement que telles et telles propriétés
grammaticales sont devenues, en se grou-
pant entre elles, le trait distmctif de tel et
tel dialecte. Elles coeiistaieiit alors dans un
mélange au'on a pv prenJre pour l'unité,
mais qui n était q,i.e la confusion. Ce n'est ni
l'unité, ni l'analyse qui se trouvent au début
de i'esprit hui£&in, mais le svncrélisme.
Tous Tes éi^isents y sont entasses sans cette
exacte distinction gui caractérise l'analyse,
sans cette belle unité qui résulte de la par-
faite synthèse. Tout y est comme n'y étant
pas, parce que tout y est sans individuaii
salion ni existence séparée des parties. Ce
n'est qu'au second degré que celles-ci com-
mencent à se dessiner avec netteté, et cela,
il faut l'avouer, aux dépens de l'unité, dont
l'état primitif offrait au moins quelque appa-
rence. Alors c'est la multiplicité, la division
qui domine, jusqu'à ce que la synthèse
venant ressaisir ces parties isolées, lesquelles
ayant vécu à part ont désormais la cons-
cience d'elles-mêmes, les fonde de nouveM
dans une unité supérieure. En un mot, exis-
tence confuse et simultanée des variétés dia-
lectiques, existence -isolée et indépendante
des dialectes, fusion de ces variétés dans une
unité plus étendue : tels sont les trois degrés
qui correspondent, dans la marche des lan-r
gués, aux trois phases de tout développe-
ment soit indiviauel, soit collectif.
a de eottjugaisont. Sans doute, puisque ehacan a e«
le droit d*y faire sa eonju]?aisoii à sa guise, et que
rasage ne s*est pas constitué en artûtre pour con-
sacrer telle forme et éliminer telle autre. Vovez un
exemple remarquable de ces coexistences de formes
multiples dans les langues populaires, dans VE$sai
9ur le pâli, de MM. BoajiovF el LisscH, p. 175.
831
LAN
DICTIONNAIRE
LAN
852
Uue richesse sans bornes ou plutôt sans
régie, une synthèse obscure et conapréhea-
sive, tous les éléments entassés et indis-
tincts, tels étaient donc les caractères de la
pensée et de la langue des premiers hommes.
Ainsi à toutes les époques, apparaît le mer-
veilleux accord de la psychologie et de la
linguistique; nous sommes donc fondés à
considérer les langues comme les formes
successives qu'a revêtues Tesprit humain
aux différents moments de son existence,
comme le produit des forces humaines agis-
sant à tel moment donné et dans tel milieu.
Ce résultat se confirme en considérant Thar-
raonie non moins parfaite des langues et des
climats. Tandis que celles du iMidi abondent
en formes variées, en voyelles sonores, en
sons pleins et harmonieux, celles du Nord,
comparativement plus pauvres et ne recher-
chant que le nécessaire, sont chargées de
conaonnes et d'articulations rudes. On est
surpris de la différence que produisent à cet
égard quelques degrés de latitude. Les trois
Turincipaux Idiomes sémitiques, par exemple,
1 araméen, Thébreu et l'arabe, bien que distri-
bués sur un espace peuconsidérale, sont dans
un rapport exact pour la richesse et la beauté
avec la situation climalérique des peuples
qui les ont parlés. L'araméen, usité dans le
Nord, est dur, pauvre, sans harmonie, lourd
dans ses constructions, sans aptitude pour
la poésie, qui en effet s'est à peine fait en-
tendre dans ce rude idiome. L'arabe, au
contraire, placé à l'autre extrémité, se clis-^
tingue par une admirable richesse. Nulle'
langue ne possède autant de synonymes pour
certaines classes d'idées, nulle ne présente
un système grammatical aussi compliqué;
de sorte qu'on serait tenté quelquefois de
voir surabondance et subtilité dans l'étendue
Ï)resque indéfinie de son dictionnaire et le
abyrinthe de ses formes grammaticales.
L'hébreu enfin, placé entre ces deux extrê-
mes, tient également un milieu enti-e leurs
qualités opposées. 11 a le nécessaire, mais
rien de superflu ; il est harmonieux et facile,
mais sans atteindre à la merveilleuse flexibi-
lité de l'arabe. Les voyelles y sont disposées
harmoniquement, et s'entremettent avec me-
sure pour éviter les articulations trop rudes,
tandis que Taraméen recherchant les formes
monosyllabiques, ne fait rien pour éviter les
collisions de consonnes, et que dans l'arabe
au contraire, les mots semblent à la lettre
nager dans un fleuve de voyelles, qui les
(533) I C'est resprit qui, primitivement, crée h\
langage ; mais le langage, une fois créé, développe
et perfectionne Tesprit : TefTet r&igit sur la cause.
{/e langage a cela de commun avec toutes les gran-
des institutions, qui, après avoir été créées par la
nature humaine , Tont transformée . elle-même. »
€ousi!f. Cours de 481^20, 5* leçoji.)
(554) On a fait la remarque que la philosophie
trauscendentale ne pouvait prendre naissance qu'en
Allemagne, dont la langue, plus qu'aucune autre,
permet ou suggère d'employer objectivement le
pronom de la preoiière personne. Pourtant Texpres-
41011 U moi est familier à Pascal et à Fénelon. (Le
nf}\ est haïssable, Pasoau.) — Fénelo:^ , Lettre II
dérobe de toutes parts, les suit, les précède,
les unit, sans souffrir aucun de ces rappro-
chements que se permettent les langues
d'ailleurs les plus harmonieuses. Si Ton
s'étonne de rencontrer de si fortes variétés
de caractère entre les idiomes au fond iden-
tiques, et parlés dans des climats dont U
différence est après tout si peu considérable,
3u'on se rappelle les dialectes grecs, qui
ans un espace plus restreint encore présen-
taient des différences non moins profondes,
la dureté et la grossièreté du dorien et de
l'éolien à côté de la mollesse ionienne, tout
infléchie en voyelles et en diphthoQgues,
tout adoucie en sons efféminés. Il faut
d'ailleurs reconnaître que l'esprit divers des
peuples est une cause de variété bien plus
puissante, et que le cliff.at ne peut ouefque
chose qu'en influant sur cet esprit même.
« C'est en effet dans la diversité des races
qu'il faut chercher les causes réelles de la
aivcrsit^ des idiomes. L'esprit de chaque
peuple et sa langue sont dans la plus étroite
connexité : l'esprit fait la langue, et la langue
à son tour sert de formule et de limite à 1 es-
prit (533). La race religieuse et toute sensi-
tive des peuples sémitiques ne se peint-elle
pas trait pour trait dans ces langues toutes
physiques et morales, auxquelles l'abslratv
tion est inconnue et la métaphysique imiws-
sible? La langue étant le module nécessaire
des opérations intellectuelles d'un peu-
ple (534), des idiomes peignant tous les objels
par leurs qualités sensibles, presque dénués
de syntaxe, sans construction savante, priîés
do ces conjonctions variées qui établissent
entre les membres de la pensée des relations
si délicates (535), devaient être éminemment
propres aux énergiques peintures des Voyants
et aux tendres et doux accents d'une poésie
peu intellectuelle, mais devaient se refuser
a ces profondes analyses, qui mettent à nu
les lois de l'esprit humain, et par elles celles
du monde et de Dieu. Imaginer* un Aristote
ou un Kant avec un instrument aussi gros-
sier n'est guère plus possible que de (conce-
voir un poëme comme celui de lob dans nos
langues métaphysiques et réfléchies. Aus>i
chercherait-on vainement chez les peuples
qui les ont parlés quelque tentative indigène
d'analyse philosophique, tandis «ju'ils abon-
dent en peintures ravissantes d'impressioas
"^«issagères et de beautés physiques, en ex-
pressions vraies et flnes de sentiments mo-
raux, d'aphorismes pratiques. C'est par exrel-
au duc iCOrléans. ^ Log. de P. R. , m* part.,
ch. XX, § 6. — Locke dit de même le wi, I. n.
ch. XXVI, § 9.
(535) An lieu de ces savants eDroulcments de
phrase {circuitui, comprehensio, comme les app^il«?
Cicéron), sous lesquels les langues grecque ex laURe
savent assembler avec tant d*art les détails inulu-
Ïiles d'une pensée unique, les Sémites oc savcni que
aire suivre les propositions les unes après les au-
tres, en employant pour tout artifice la simple co-
pulative «I, qui fait tout le secret de leur périodi: ^
leur lient lieu de presque toutes les autres coojoik-
tions.
833
LAN
D'ANTHROPOLOGIE.
LAN
854
lence la race des religions, destinée à leur
donner naissance et a les propager; et en
effet, n*est-il pas remarquable que les trois
religions qui jusc^u'ici ont joué le plus grand
rôle dans Tfatstoire de la civilisation, les
trois religions marquées d*un caractère spé-
cial de durée, de fécondité, de prosélytisme,
et liées d'ailieujrs entre elles par des rap-
ports si étroits qu'elles semblent trois ra-
meaux d*un même tronc, trois traductions
inégalement belles et pures d*une même
idée, sont nées toutes les trois parmi les
peuples sémitioues, et de là se sont élancées
a la conquête de hautes destinées? Il n'y à
que quelques lieues de Jérusalem au Sinaî,
et du Sinaï à la Mecque.
« Au cuntraire, la recherche réfléchie, in-
dépendante, sévère, courageuse, philosophi-
que en un mot de la vérité^ semble avoir été
le partage de cette race indo-germanique,
qui du fond de l'Inde jusqu'aux extrémités
de rOccident et du Nord, depuis les siècles
les plus reculés îusqu'aux temps modernes,
a cherché à eipiiquer Dieu, 1 homme et le
inonde au sens rationaliste , et a laissé der-
rière elle comme échelonnés aux divers de-
grés de son histoire ces systèmes, ces créa-
tions philosophiques, toujours et partout
soumis aux lois constantes et nécessaires
d^un développement logique. Les langues
de cette famillesemblent créées pour l'accom-
plissement de cette mission. Elles ont une
souplesse merveilleuse pour exprimer les
relations les plus intimes des choses par les
flexions de leurs noms, les temps et les
modes variés Je leurs verbes, leur particules
ioGniment délicates, et surtout la facilité
qu elles ont de former à volonté des mots
composés. Possédant seules Tadmir^ble se-
cret de la période, elles savent relier dans
un tout les membres divers de la pensée;
Finversion leur permet de conserver l'ordre
naturel des idées sans nuire à la détermi-
nation des rapports grammaticaux ; tout de-
vient pour elles abstraction et catégorie;
elles sont les langues de la métaphysique et
de Fidéalisme. Elles ne pouvaient apparaître
que chez une race philosophique, et une
ra?e philosophique ne pouvait se développer
sans elles.
« Que faut-il de plus pour conclure que
chez les diverses races et dans chaque pays,
la langue fut le produit de l'originalité hu-
maine etdu caractère individuel de l'homme ?
Chercher ailleurs que dans l'esprit et les
procédés qu'il employa l'unité au langage,
supposer, par exe.i pie , que toutes les lan-
gues sont sorties par dérivation d'une seule,
c*est dépasser les faits, et supposer plus qu'il
n*est nécessaire. Rien de plus commode sans
doute qu'une telle hypothèse pour expliquer
les ressemblances ûes langues et de tous les
(536) Les sauvages se montrent très-ciiricux de
savoir le nom des objets qui leur sont inconnus. Ils
semblent S!ipposer dans ce nom quelque chose d'ab-
solu. La même idée se retrouvait au fond de Feipé-
ri^nce Je Psammétit|ue. Nos aïeux du iiii' siècle
preoaicnt aussi le français pour la lan^e naturelle
de lous les iMimains. L*un des historiens de saint
produits de l'esprit humain Rapporter à
une même origine les peuples entre lesquels
on troure quelque élément commun, et,
comme on trouve de ces éléments dans
toute l'humanité» en conclure l'unité primi-
tive, est la première idée qui se présente;
car on s'adresse toujours aux causes exté-
rieures avant de rechercher les causes psy*
cholo:.pques. L'unité matérielle de race frappe
et séduit ; l'unité de l'esprit humain conce-
vant et sentant partout de la même manière,
reste dans l'ombre. £n un sens , l'unité de
l'humanité est une proposition sacrée et
scientifiquement incontestable ; on peut dire
qu'il n'y a qu*une langue, qu'une littérature,
qu'un système de traditions mythiques ,
puisque ce sont les mêmes procédés qui
partout ont présidé à la formation des lan-
eues, les mêmes sentiments qui partout ont
lait vivre les littératures, Ibs mêmes idées
3ui se sont partout traduites par des mythes
ivers. Mais faire cette unité toute l'svcho-
logique, synonyme d'une unité matérielle
de race ^^ui peut être vraie, qui peut être
fausse, n importe) c'est rapetisser une grande
vérité aux minces proportions d'un petit fait,
sur lequel la science ne pourra peut-être
jamais rien dire de certain.
« Et d'abord les ressemblances gramma-
ticales qui se rencontrent entre toutes les
langues s'expliquent suffisamment par l'iden-
dite même de 1 esprit humain, agissant de la
même manière sur plusieurs points à la fois.
Quant aux rapports lexicologiques, ils sem-
bleraient au premier coup d'œil plus diffi-
ciles à expliquer; mais, outre qu'on en a
singulièrement eiaséré l'importance, en se
fondant sur les analogies les plus superfi-
cielles ou les plus insuffisantes, on peut affir-
mer qu'il n'en est pas un seul qui ne s'ev
plique par des raisons intrinsèques, sans que
l'on soit obligé de recourir à la communauté
d'origine. En effet, la plupart des racines com-
munes appartiennent à la classe des racines
formées i;ar onomatopée; et lors même que
la science se trouve dans Timpossibilité de
rendre raison en particulier de chaque ana*
logie, il suffit qu elle ait réussi à expliquer
l'identité dans un certain nombre de cas,
pour qu'on lui permette de tirer Tinduction
générale que dans tous les cas non expli-
qués, il y a raison secrète, bien qu'elle ne se
laisse pas apercevoir aussi facilement. Toute
appellation ayant sa cause dans l'objet ap-
Selé, et le caprice n'ayant eu aucune part
ans la formation des langues, le choix de
chaque mot a dû avoir sa raisc n suffi-
sante (536). Est-il donc étrange que la même
raison ait existé à la fois dans des lieux di-
vers, et produit parallèlement le même sif;ne
pour la même idée dans des familles diffé-
rentes?
Louis, Guillaume de CTartres, rapporte qu'un jeune
homme, né sourd-muet aux extrémités de la Bour-
gogne , fut guéri miraculeusement an tombeau du
saint roi, et se mit incontinent à |)arler h Ivtgne 4e
la capitale, ( Hist. littér. de la ïvLttce, toaic VVl
page 159.)
855
LAN
MCTIOfiiNAlUE
LIN
«-*
c Quelles que soient les inductions que
#lans FéUftt actuel nous pouvons tirer sur le
passé, il fout avouer que bien des choses
resteront toujours ineipliquées dans les
procédés primitifs de Tesprit humain, à
cause de ilmpossibiliié absolue où nous
sommes de les concevoir et de les formuler.
« Gomment exprimer un point de vue spon-
tané dans des langues dont tous les termes
sont fortement déterminés , c'est-à-dire sont
fortement réflexifs (537)? » Il faut dire que
rhumanité, à e«s époques reculées, était do-
minée par de« influences, qui n'ont plus main-
tenant d'analo2ues, ou qui ne sauraient plus
amener les mêmes effets. A la vue de ces
{produits étranges des premiers âges , de ces
àits qui semblent en dehors de Tordre ac-
coutumé de l'univers, nous serions tentés
d'y supposer des lois particulières, mainte-
nant privées d'exercice. Mais il n'y a pas
dans la nature de gouvernement temporaire;
ce sont les mêmes lois qui régissent aujour-
dliui le monde, et qui ont présidé à sa cons-
titution. La formation des différents systè-
mes et leur conservation , l'apparition des
êtres organisés et de la vie, celle de l'homme
et de la conscience, les premiers faits de
l'humanité ne furent que le développement
d'un ensemble de lois physiques et psycho-
logiipies posées une fois pour toutes, sans
que jamais l'agent supérieur qui moule son
action dans ces lois ait interposé une vo-
lonté spécialement intentionnelle dans le
mécanisme des choses. Sans doute tout est
fait par la cause première ; mais la cause
première n'agit pas par des motifs partiels,
par des volontés particulières, comme le di-
sait Malebranche (538). Ce qu'elle a fait est
et demeure le meilleur; les moyens qu elle
a une fois établis sont et demeurent les plus
edicaces. Mais comment, dira-t-on, expli-
quer par un même svstème des effets si di-
vers? Pourquoi ces faits étranges qui signa-
lèreut les origines, ne se reproduisent-ils
plus, si les lois qui les amenèrent subsistent
encore? C'est que les circonstances ne sont
plus les mêmes : les causes occasionnelles
qui déterminaient les lois à ces grands phé-
nomènes n'existent plus. En général , nous
ne formulons les lois de la nature que pour
l'état actuel^ et l'état actuel n'est qu'un cas
particulier. C'est comme une équation par-
tielle tirée par une hypothèse spéciale d'une
ériuation plus géné.aie. Celle-ci renferme
virtuellement toutes les autres, et a sa vé-
rité dans la vérité particulière de toutes les
autres. Il en est ainsi des lois de la nature.
Appliquées dans des milieux différents, elles
produisent des effets tout divers; que les
mêmes circonstances se représentent, les
mêmes effets reparaîtront. Il n'y a donc pas
deux ordres de lois qui s'ordonnent entre
eux pour remplir leurs lacunes et suppléer
à leur insuilisance, il n'y a pas (Vinierim
dans la nature : la création et la conserva-
tion s'opèrent par les mêmes moyens, agis-
sant dans des circoostaifoes diverses. Qoelles
étranges combinaisons ne dureat pes anse*
ner ces bouleversements dont notre globe
porte les traces, dans ce monde qui noiu
parait fontastique, parce qu'il était différent
du nôtre? Et quand l'homme apoarut sot ce
sol encore créateur, sans être aUaité par une
femme, ni caressé par une mère, sans les
leçons d*ua père, sans aïeux, ni patrie,
songe-t-on aux faits étonnants (jni durent se
risserau premier rtveil de son intellisenoe*
la vue de cette nature féconde, ({ont il
commençait à se séparer? D dut y aToir dans
ces premières apparitions de l'activité hu-
maine une énergie, une spontanéité dont
rien ne saurait maintenant nous donner nne
idée. Le besoin en effet est la vraie cause
occasionnelle de Texercice de toute puis-
sance. L'homme et la nature créèrent, tandis
Su'il y eut un vide dans le plan des choses ;
s oublièrent de créer, sitôt qu'aucun besoin
ne les y força. Non pas que dès lors ils
aient compté une puissance de moins ; maâs
ces facultés productrices qui à Tori^ne
s'exerçaient dans une immense proportion,
privées désormais d'aliment, se trouvent
réduites à un rôle obscur, et comme acculées
dans un recoin de la nature. Ainsi Torgani-
sation spontanée, qui à l'origine fit apparaî-
tre tout ce qui vit, se conserve encore sur
une échelle imperceptible aux derniers de-
grés de l'espèce animale ; ainsi les facultés
spontanées de l'esprit humain se retrouvent
encore dans les faits de l'instinct , mais
amoindries et presaue étouffées par la rai-
son ; ainsi l'esprit créateur du langage se re-
trouve encore dans celui qui préside à ses
révolutions : car la foi'ce qui fait vivre e^t
au fond celle qui fait nattre , et développer
est en un sens créer. Si l'homme perdait le
langage , il l'inventerait de nouveau. Mais il
le trouve tout fait ; dès lors sa force produc-
trice dénuée d'objet, s'atrophie comme toute
puissance non exercée. L'enfant la possè^ie
encore avant de parler, mais il la perd sitôt
que la science du dehors vient oe rendre
inutile la création intérieure.
a Qu'on ne dise donc plus : Si Thomnie a
inventé le langage, pourquoi ne l'invenle-i-il
plus? C'est qu il n'est plus à inventer; Tère
de la création est passée. Mais à l'origine des
choses, au milieu de l'excitation produite
par les premières sensations, sous l'influence
de l'imagination et de l'instinct ^ on ne sau-
rait assigner de limites à ce qu'ont pu faire
les facultés humaines, a Je suis pénétré de
« la conviction, dit M. G. deHumboldt, qu'il
« ne faut pas méconnaître cette force rrai-
« ment divine que recèlent les facultés hu-
« maines, ce génie créateur des nations,
n surtout dons l'état primitif, où toutes les
« idées et même les facultés ûe l'Ame em-
« pruntem une force plus vive de la nou-
« veauté des impressions, où l'homme peut
a pressentir des combinaisons auxquelles il
« ne serait jamais arrivé par la marche lente
(557) Cousin, Fraçm. philowpk.^ U I*', page 3$i
(3* éUîI.j»
(538) Méditations chréttenneê^ 7« médilation et
pas9im.
07
LAN
D*ANTilROPOLOSIE.
LAN
«53
I et progressive de Tcxpérience. Ce génie
«créateur peut franchir les limites qui sem-
iblent prescrites au reste des naortels, et
« sïl est impossible de retracer sa marche^
isa présence vivifiante n*en est pas moins
• manifeste. Plutôt que de renoncer, dans
c rexplication de Torigine des langues , à
• t mfluence de celte cause puissante et pre-
«mière, et de leur assigner à toutes une
«marche uniforme et mécanique qui les
< traînerait pas à pas depuis le commence-
«ment le plus grossier jusqu'à leur perfec-
«tionnement, j'embrasserais l'opinion de
«ceux qui rapportent l'origine dt'S langues à
• une révélation immédiate de la Divinité.
« Ils reconnaissent au moins Tétincelle di-
«T.ne, qui luit à travers tous les idiomes,
> même les plus imparfaits et les moins cul-
• lifés(539). »
«Ces grandes créations des temps primi-
lihnous semblent maintenant impossibles,
{iarre qu'elles sont au-dessus de nos facultés
réQéchies, de notre puissance d'invention.
Mais cela prouve seulement la faiblesse de
Télat actuel, état pénit>le, ditiifile, plein
(IVfTorts et de sueurs, que Tcspril humain
aura dû traverser pour arriver à un état su-
périeur. On serait tenté, à la vue de ces
pfo.Ji;,'es, de regretter que l'homme ait cessé
uW instinclii pour devenir rationnel ; mais
on se console en songeant que, si sa puis-
»!ice interne est diminuée, sa création est
):ien plus personnelle, qu'il possède plus
émiiiemmeni son œuvre, qu'il en est l'au-
teur à un titre plus élevé ; en songeant en-
core que le pro^Arès de l'état réfléchi amènera
une autre phase, où il sera de nouveau
créateur, mais librement et avec conscience,
où, après avoir traversé le syncrétisme et
l'analyse, il fermera par la synthèse le cercle
•|e$ choses. Un peu de réflexion a pu tuer
i instinct; mais la réflexion complète fera re-
vivre les mêmes œuvres avec un degré su-
L'érieur de clarté et de détermination. »
M. COUSIN.
Le père de l'éclectisme moderne a publié
les paroles suivantes :
« Le langage est certainement la condi-
tion de toutes les op rations complexes et
pout-èlre de toutes les opérations simples
de la pensée. » (Cours de 1819, I" partie,
page 109.)
Après cela il semblait qn*il était de ri;;ueur
de fonclure, avec M. de Bonald, qu'il eût
fellu posséder le langage pour être en état
4f l'inventer ; mais une pareille concession
aurait compromis la cause de l'éclectisme.
Voici ce qu a imaginé le célèbre philosophe.
« Que d^absurdités n'a-t^on pas entassées
^ur la question du langage et des signes ?
L'école théologique, pour abaisser l'esprit
humain, prétend que Dieu seul a pu inven-
t<;r le langage ! Mais la difliculté n'est pas
d'avoir des signes ; les sons, les gestes, no-
ire rha'^ej tout notre corps, expriment nos
sentiiaents instinctivement et souvent même
C^) Uîire à Abeî Hémuiat^ p. 55-50.
h notre insu ; voilà les données primitives
du langage, les signes naturels que Dieu n'a
faits que comme il a fait toutes choses
Maintenant, pour convertir ces signes natu-
rels en véritables signes et instituer le lan-
ga^^e, i) faut une autre condition ; il faut
qu au lieu de faire de nouveau tel geste, de
pousser tel son instinctivement comme la
première fois, ayant remarqué nous-mêmes
que d'ordinaire ces mouvements extérieurs
accompagnent tel ou tel mouvement do
rame, nous les répétions volontairement,
avec l'intention de leur faire exprimer le
même sentiment. La répétition volontaire
d'un geste ou d'un son produit d'abord par
instinct et sans intention, telle est l'institu-
tion du signe, proprement dit, du langage.
Cette répétition volontaire est la convention
primitive sans laquelle toute convention ul-
térieure avec les autres ho i mes est impos-
sible ; or il est absurde d'employer Dieu
pour faire cette convention première à no-
tre place : il est évident que nous seuls (lou-
vons faire celle-là. L'institution du langage
par Dieu recule donc et déplace la difficulté
et ne la résout pas. Des signes inventés par
Dieu seraient pour nous, non des signes,
mais des choses (ju il s'agirait ensuite pour
nous d*élever à 1 état de signes, en j atta-
chant telle ou telle signification. Le langage
est une institution de la volonté travaillant
sur l'instinct et la nature. Mais ôtez la vo-
lonté, il n'y a plus de répétition libre possi-
ble d'aucun signe naturel, il ny a plus de
vrais signes possibles, et la sensibilité toute
seule n'explique pas plus le langage que l'io-
tervention de Dieu. Enfin 6tez la volonté,
c'est-à-dire le sentiment de la personnalité,
la racine du je est enlevée, il n'y a plus de
verbe, expression de l'action et de l'exis-
tence : il n'est pas plus au pouvoir de Dieu
qu'il n'appartient au sons et à l'imagina-
tion de nous en suggérer la moindre idée. »
{Frag. phiL, t. II, p. 73fc,3« édit.)
Voici comment ce passage a été refuté en
quelques mots par M. Roux-Lavergno.
« Nous aurions à présenter làndessus de
nombreuses observations. Il nous suffira de
faire remarquer, en premier lieu, que le
chef de l'éclectisme proie gratuitement à l'é-
cole théologique des motifs imaginaires, et
qu'après l'avoir calomniée, il ne rite, ni par
conséquent ne réfute, aucune des raisons sur
lesquelles elle appuie l'opinion qui émeut
si fort la bile de M. Cousin. Nous demande-
rons, en second lieu, de quel crime cette
école est coupable pour avoir montré à
l'homme les limites vraies et infranchissa-
bles de sa puissance irjtellectuelle. Et, s'il y
{mise, comme il le doit, une leçon d'humi-
ilé, ne faut-il pas remercier ceux qui lui ont
ménagé un remède, très-nécessaire assuré-
ment, à la superbe dont il est si malheureu-
sement affligé ? L'école que l'on gourmande
d'une façon si magistrale, en.^eigne : 1* guo
la société humaine et sou'indispensable ins-
trument, le langage articulé, sont 1 œuvro
859
L\N
DICTIONNAIRE
LAN
8iO
de Dieu ; 2* que la parole est aussi Tinstru-
ment nécessaire de la raison individuelle.
Et parce que rhoranie ne pourrait inventer
la parole sans jouir du plein exercice de sa
raison, l'école théologique tire de là une
preuve nouvelle et irréiutable qu'il n'est pas
l'auteur de la parole. En attribuant cette in-
vention à rhoinrne, M. Cousin se range
parmi ceux qui font précéder la société par
rétat de nature. Il ne pouvait donc pas se
dispenser, en proposant son avis sur les si-
gnes, de discuter contradictoi remeut, dans
ses principaux arguments, la thèse de l'école
théologique.
« Avant de trancher la question, il devait
en outre appliquer mieux qu'il ne l'a fait le
principe du caractère essentiel des idées. Le
signe est-il, oui ou non, un de ces caractères,
leur caractère commun et indéfectible dans
rétat actupl de noire nature? Voilà ce qu'il
importait de décider.
« Mais voyons sa théorie. D'après M. Cou-
sin, le langage vient de Dieu, en ce que les
signes naturels et les instruments des si-
gnes artificiels en viennent ; il est aussi d'in-
vention humaine, parce que c'est l'homme
qui a fécondé par la réflexion les moyens
qu'il tenait de Dieu. Nous résumerons très-
exactement sa pensée en disant que l'inven-
tion du langage n'est autre chose que la ré-
pétition volontaire des signes siK)ntanés, en
d'autres termes que la transformation des
signes spontanés en signes réfléchis.
' « Par signes spontanés , M. Cousin en-
tend les signes naturels. Or ces signes ne
sont autre chose que les phénomènes sous
lesquels nous apparaissent les réalités con-
crètes, et des trois conditions nécessaires
pour que les trois éléments de la notion
complète de ces réalités soient déterminés,
les signes naturels n'en remplissent qu'une,
f)uisqu'ils n'expriment que l'attribut. D'ail-
eurs, comment les signes naturels pour-
raient-ils être transformés en signes réflé-
chis, si notre raison ne pouvait s'exercer î
Or il est manifeste qu'elle ne le peut qu'à la
condition de connaître l'universel et l'abs-
trait, et qu'elle ne réalise cette condition
qu'à l'aide des signes artificiels qui en doi-
vent déterminer l'idée. L'existence des si-
gnes artificiels précède donc* en nous tout
acte de réflexion ; d'où il suit qu'ils ne peu-
vent pas être une transformation des signes
naturels ou spontanés, et que ces derniers,
au contraire, pour avoir une valeur, doi-
vent être interprétés à la lumière des signes
artificiels ou réfléchis. Nous concluons de là
que le langage est d'origine divine, non-seu-
lement quant aux signes naturels, et aux
instruments organiques des signes artifi-
ciels, mais encore quant à la création immé-
diate de ces signes.
ff Le caractère le plus général et le plus
extérieur des idées est donc la nécessite du
signe. Après celui-là s'oîl'rent immédiate-
ment les deux caractères signalés par Platon,
par Aristote, par saint Thomas, par les sco-
jastiques avaiit de Tôtre par Leibnilz et par
M. Cousin, savoir le particulier et l'univer-
sel, le contingent et le nécessaire, etc., etc.
Nous admettons cette distinction, et selon
aue les idées sont marquées de l'un ou ùe
1 autre caractère, nous (es rapportons à des
sources différentes : les parlicu'ières et les
contingentes à l'expérience, les universelles
et les nécessaires à la raison. Nous [kmisods
aussi avec saint Thomas, suivi en cela |)ar
M. Cousin, que la connaissance humaine
débute parle contingent et par reipérienre,
et que la raison termine Tœuvre en d^a-
geant le nécessaire du contingent, l'univer-
sel du particulier.
a Le langage étant donné, la connaib-
sance humaine a trois sources : l'expérience,
la raison et la foi.
« L'expérience est double. Elle n'est au-
tre chose que notre faculté de connaître, per-
cevant d'une part, le monde extérieur à laide
de nos cinq sens, et, dé l'autre, les phéno-
mènes qui nous révèlent notre Âme à laide
de la conscience.
« Tout ce (jui est visible pour nous dans
les faits extérieurs et intérieurs comiiose le
domaine de notre double expérience. Mais
nous ne voyons pas seulement les faits; nous
voyons aussi la nature, les rapports, les lois
des faits, en d'autres termes, toutes les véri-
tés qu'ils impliquent et (ju'ils supposent.
C'est là la fonction de la raison.
« La raison entend le vrai, comme dit
Bossuet. Or dans les vérités Qu'elle nous
découvre, aussi bien que dans les faits que
l'expérience aperçoit, il y a des choses que
nous voyons, et des choses que nous ne
voyons pas.
« L'expérience et la raison ont pour ob-
jet les éléments visibles de [notre conuaiv
sance. Les éléments invisibles oui peuvent
s'v rencontrer sont les objets de la foi. L'e\-
périence et la raison sont fondées sur l'évi-
dence de la perception intuitive ; la foi s'ap-
puie sur l'autorité du témoiijnage. » {De ia
philosophie de l'histoire^ p. 2S^.)
CH. NODIER.
Le brillant Ch. Nodier , dans ses Notion$
de linguistique ^ a cru devoir aborder, lui
aussi, la question de l'origine du lanj^age.
Nous laisserons à Téloquent auteur du Ta-
bleau de Vunivers^ M. Daniélo, le soin de lui
répondre.
Ch. Nodier suppose que le langage du
premier homme a dû être comme celui dfs
animaux, qui ne rencontrent que par hasard
dans leurs meuglements, dans leurs wugiist-
mentSy dans leurs bêlements ^ dans leurs rou-
couleiuenlSy dans leurs sifflements , des ron-
sonnances mal articulées,
a C'est ce que je nie, répond M. DaniéM,
par la très-si mole raison que les organe^
de la voix de l'nomme et des animauv dif-
fèrent , par la raison que le hautbois ne
donne pas le même son que la troui[H?ll' i
la flûte que le cornet à bouquin, et la clar-
nette que la grosse caisse. Il faut respeiief
la nature.
a Vous l'avez dit vous-raênie, et C,a\\^ î'»
style fait pour orner la vérité, bien micai
Sil
L\M
D*ANTHR0P0L0G1E.
LAN
hï%
3 ne pour embellir le tombeau d'erreurs ea-
uques.
« Outre sa construction sublime (de For-
« gane de la Toix) et à jamais désespérante
« poar tous les facteurs d*un instrument à
« touches, A cordes et à vent, Thomme avait
« dans les poumons un soufQet intelligent et
« sensible, dans ses lèvres un limbe épa-
« nooi, mobile, extensible, rétractile, qui
« jette le son, qui Tassouplit, qui le contraint,
« qni le voile , qui Téteint; dans sa langue
« un marteau souple, flexible, onduleux, qui
t se replie, qui s'accourcit, qui s'étend , qui
^ se meut et qui s'interpose entre ses val-
« ves, selon qu'il convient de retenir ou
• d'épancher la voix, qui attaque ses ton*
« ches avec âpreté ou qui les effleure avec
« mollesse ; dans ses dents un clavier ferme,
• aigu, strident; à son palais un tympan
« grave et sonore. »
« Puisque l'homme est doué d'uq organe
vocal si iiche et si varié, qui le met au-des-
sus de toute comparaison et même de toute
imitation'mécanique, le mécanicien fût- il un
grand artiste au milieu d'une grande civili-
sation , pourquoi voudrions-nous le rabais-
fvT au niveau des meuglements ^ des bêle-
r/rni/i, etc.? Pourquoi surtout ces bêlements
û'anîmaux étaient-ils déjà complets alors, et
restent-ils les mêmes aujourd'hui, tandis
que l'organe humain était alors incomplet ,
méconnaissable , et se montre si supérieur
maintenant ? Selon vous aussi, l'homme ne
serait donc au-dessus de la bête qu'après
^ voir été au-dessous d'elle ? Qu'en dites-vous,
\L î^odier? qu'en diles-vous, homme d'es-
f »rit, de bon sens et de bonne foi?
« Suivons notre examen :
« Comme c# langage imparfait, continue
• l'auteur , n'exprime d'abord que l'élan
• d'un désir> l'instinct d'un appétit, le be-
- soin, l'épouvante ou la colère , il s'est con-
• serve chez tous les peuples dans la sim-
^ plicité naturelle de ses premiers éléments,
• sous le nom d'exclamation et d'inlcrjec-
• lion, et il est resté immobile et universel
•• à travers toutes les révolutions des idio-
• mes et des dictionnaires, |)our marquer
^ le passage de l'état de simple animation à
« l'état d intelligence. En effet , dès cette
« première époque, et sans autre ressource
« que la voyelle ou le cri, l'homme s'é-
« leva, cho$e étrange , par la puissance de la
« f«eDsée, aux idées d*admiration,âe vénéra-
« tien, de prescience contemplative, de spi-
« ritualisme, d'adoration et de culte, qui im-
• priment seules à son es|)èce le sceau d'une
4 grande destinée. »
< Chose étrange f en vérité, que de si bas
lliomme ait pu tout à coup monter si haut.
Condillac va moins vite, et Dupuis nous
tfjnnne des siècles pour nous créer toutes ces
^tftstractions chimériques de conscience^ de
fiTt9citnce^ Me spiritualisme , d'adoration et
^\e culte, qui, selon lui, toujours logique,
toujours conséquent à lui-même , sont un
fléau de fuiire espèce^ puiscpi'ils sont un abus
4rJe nos facultés, facultés uniquement maté-
belles.
Dicno!i]v. d'Akthbopologie.
« Continuons :
« Je le répète, l'homme était déjà parvenu
« jusqu'à Dieu avant de sortir de cet âge
« d'enfance sociale qu'on pourrait appeler
« Vâge de la voyelle. C'est avec de simples
« voyelles qu'il composa ce grand nom , et
« c'est ainsi que ce nom subsiste encore dans
« toutes les langues de première origine où
• il est écrit et proféré.
« La société dans ses langues a 'exprimé
» S9^ première perception avec les premiers
« instruments de son langage , d^s cris d'a-
« mour, d'enthousiasme et de joie, »
« Et quel pouvait donc être le sujet de
l'enthousiasme et delà joie, deux sentiments
très-moraux et Irès-aflinés, dans un être si
stupide et si matériel ?
« Voilà l'homme et ses premières acqui-
« sitions, ajoute l'auteur, reconnaissez sa
« nature et sa destinée- »
« A ces traits, c'est difficile.
« Il continue :
« Nous avons j)rîs l^omme au premier
« jour de la vie intelligente : il ne fait en-
• core oue vagir, et cependant déjà le monde
• est à lui, car il a compris Dieu. »
« Pour un début, c'est bien fbril
« Mais laissons aller le penseur, c'est son
génie qui réclame contre sdi métaphysique,
c'est sa bonne foi, c'est son besoin de vérité
qui l'entraîne à travers toutes ces contra-
dictions :
« Dieu était !e plus primitif de tous les
« mots; il a précédé jusqu'au nom de père,
•« ce qui le reporte étvmologiquement à un
« âge de la parole où l'iiomme, nouvellement
« arrivé au milieu de la création , ne s'était
« connu d'autre père que Dieu lui-même. Il
« est contemporain du premier cri qui re-
« présente la poncée, de la première excla-
« mation admirative qui se soit exhalée
« d'un cœur d'homme à la vue de la nature ,
« des nremières plaintes de la douleur qui
« se réfugie dans une miséricorde suprême;
« et, aûn que vous n'en puissiez pas dou-
« ter, il s'est conservé sous telle forme ori-
« ginelle dans la langue de tous les peuples,
« interjection immense, qui embrasse tons
« les senti ments qui contient toutes les idées I
« Pylhagore lui-même, Pylhagore,enteodez-
« vous ? gui était la sagesse humaine tout
« entière (c'est beaucoup trop dire), Pythâ-
« gore, presque divin , ne se croyait pas dî-
« gne de nommer Dieu ! »
€ Presque toutes ces dernières paroles sont
en elles-mêmes aussi vraies qu'elles sont
belles et louables ; mais elles ne sont que
plus contradictoires avec tout le reste du
système. Le système, en effet, ne fait venir
le cri que bien longtemps après la sensa-
tion, la pensée que bien longtemps après le
cri, le mot que bien longtemps après la pen-
sée, et par conséquent le nom et Tidée de
Dieu, qui est le plus grand des noms et la
plus haute des idées , que bien longtemps
après toutes les autres idées et tous les au*
très noms. On croirait d'abord que ce sont
là autant d'efforts pour rappeler au vrai che-
min un bon e-prit fourvoyé par mégarde o#
27
8i5
LAN
DICTIONNAIRE
LAN
&U
par distraction , mais il faut bi^tôt renon-
cer à cette . espérance , surtout quand on a
lu ce qui suit :
« Je vous propose de venir chercher nos
« premiers ensei^ements près du berceau
« de Tenfant qui essaye la première con-
« sonne ; elle va bondir de sa botiche aux
« baisers d'une mère. Le bambin, le poupon,
« lô jiarmot a trouvé les trois Miales ,
« il oée, il baje , il balbutie, il bégaye , il
«babille, il blatère, il bêle, il bavarde,
c il braille , il boude, il bougonne sur une
« babiole, sur une bagatelle, sur une bil-
« levesée , sur une bêtise , sur un bébé ,
« sur un bonbon, sur un bobo , sur le bil-
«( boquet pendu à Tétaloge d'un bimbelo-
c tier. n nomme sa mère, son père avec des
< mimologismes caressants ; et quoiqu'il
« n'ait encore découvert que la simple tou-
« che des lèvres, Fâme se meut déjà dans les
« mots qu'il module au hasard. Ce Cadmus
« au maillot vient d'entrevoir un mystère
« aussi grand à lui seul que tout le reste de
«c la création : il parle sa i}ensée. Cet en-
a faut, c'est l'homme à l'origine de la pre-
« mière langue deThomme. C'est ainsi que
« les langues se sont faites, s'il y a quelque
tf chose ae clairement démontré dans leur
« histoire. »
« le croirais volontiers à ce mode de for-
mation des langues, si l'on me prouvait que
le genre humain , ou du moins le premier
homme, a été créé enfant, et non pas hom-
me adulte , jouissant de tous ses membres,
de tous ses organes , de toutes ses facultés.
Mais en fut-il bien ainsi, et notre premier
père sorlit-il enfant des mains du Créateur?
Dans cette hypothèse, où était alors la mère
aux baisers de laquelle de'vàii bondir la pre-
mière consonne de sa bouche de bambin ?
Direz-vous qu'il peut s'en passer? Mais d'où
vient alors que jamais il ne s'en passe, et
qu'hélas I il mourrait bien avant d'avoir
trouvé les trois labiales^ si , quand il est dé-
posé ou délaissé sur la rue, la charité du
public ne lui venait en aide ? Direz-vous que
cette mère institutrice, ce sera Dieu même
ou ses messagers? Alors vous montez dans
un système qui n'est plus le vôtre, et votre
Cadmus au maillot n'aura plus besoin de
chercher ni de trouver les labiales: elles lui
seront soufflées mille et mille fois, car une
nourrice, vous le savez, bavarde plus encore
que son nourrisson ; il en saura donc plus
qu'il n'en pourra dire, et ses organes, comme
ceux de tous les enfants , seront en retard
sur son instruction; encore une fois, il n'aura
donc rien trouvé, il aura reçu tout.
« Mais si vous supposez le premier hom-
me venu au monde grand et muni de tous
ses membres, de tous ses organes bien déve-
loppés, ce qui est Thypotnèse la plus gé-
nérale; et SI, dans cet état, vous lui re-
fusez la parole franche et nette , si vous
l'assimilez à un poupon, à un marmot qui ,
vu la faiblesse de ses organes, ne peut
que béer , bayer ou bégayer encore , vous
*Bortez de la nature, et vous comparez deux
.êtres nullement identiques et nullement
comparables. L'homme» vous dis-je, ne
peut arriver muet , pas plus qu'il ne penl
arriver enfant jusqu'à Tâge viril; poaronoi
donc vouloir comparer les efforts de reuani
de nos jours pour parler sa pensée ani ef-
forts de l'homme primitif? Les deux sujets
et les deux suppositions différant si fort, les
effets et leurs résultats ne peuvent se res-
sembler.
c C'est la manie , ou plutôt la nécessité
des partisans de ce système de ne jamais
prendre les choses comme la nature les
donne, de les arracher violemment de leur
place, de les transplanter dans des conditions
où elles ne peuvent être, et d'en faire là le
sujet de leurs hypothèses arbitraires et ao-
ti-naturelles , aussi bien qu'anti-vraies, et
anti-vraies parce qu'elles sont anti-Da(u-
relies. Au reste ils ont raison, et ils y mi
contraints ; car, pour faire des systèmes con-
tre nature, mieux vaut sortir au préalable «ie
la natufe.
a Comment pouvoir autrement supposer
des enfants abandonnés , comme ceux de
Condillac? Est-ce ainsi que naissent les hom-
mes, ainsi que se fondent les coloaieset
les peuples ? Quelle métropole , quelle fa-
mille avez-vous vue aller déposer ses en-
fants au désert? Rentrez donc dans la na-
ture, renfermez-vous dans ce qui est, dans
le possible, et bientôt, mieux que nous,
vous aurez fait justice de tous vos STSlèmes,
et vous vous serez délivrés de tous les tour-
ments qu'ils vous donnent.
« Pour ce oui est delà révélation primilÎTe,
je sais que, 1 homme étant donné, rhommea
dû parler sans efforts et sans peine tout aussi
bien que l'oiseau voler et chanter sans don-
leur, aussitôt que l'âge a suffisamment fa-
çonné les organes de l'un, les ailes et le gosier
de l'autre ; mais ce que je sais aussi;, c'est
que l'homme ne sachant rien qu'on ne lui ait
appris, ou qu'il n'ait tiré par induction de
ce qu'il savait, les commencements de son
langage, de ses idées, de ses sciences, sont
pour moi autant de mystères si on lui refuse
une première nourrice, une nourrice créa-
trice et institutrice en même temps. Or, que
ma mère ait été la mienne, je le sais; mais
qui l'a été de l'aïeul de tous les aïeui,du
père de tous les pères?
« Le hasard? — Bêtise qui ne satisfait per-
sonne, pas même ceux qui nous la jettent.
Pourquoi le hasard, s'il se joue delà nature,
n'a-t-il pas civilisé le sauvase, blanchi le*
noirs, noirci les blancs , rendu pnilosophe^
les éléphants, les loups poètes , fait parler
les arbres et danser les rochers?
« Pourquoi voyons-nous que tout en ce
monde suit des lois fixes et d'exactes pro-
portions? Pourquoi parlons-nous de la par-
faite symétrie des choses et de- la •parfaite'
harmonie de l'univers? Dans ce cas, il n va
plus d'harmonie, tout est brisé , tout est dé-
truit, tout fiotte, rien ne marche; plus ce
but, et partant plus de principe. ^
M. PIBRQUIN DE 6EMBLOUX.
Voici un auteur qui a écrit près de t'"-*
845
LAN
1>'AN'THROPOL0GIE.
LAN
840
▼(^Sumes sut les langues^ y compris celles
oue parlent les animaux.
€ Est«ce que, par htsard, diMl, la langue
chantée du canari, c'est-à-dire si viTement
accentuée et prosodiée, ne ressemble pas
en quelque sorte à Tidiome de la Péninsule
italique, créé par liante, ou bien à qiielques-
uns des idiomes indigènes de TAmérique ?
en un mot n>st-ce pas Titalien des oiseaux ?
Est-ce qu'au contraire on ne trouverait pas
h la parole chantée du rossignol quelque
air de famille avec les syllabes sonores,
pleines, majestueuses et musicales de Tes-
[tagnol ? Est-ce que le monolo^e ou le
dialogue chantés de la fauvette n a pas quel-
que ressemblance avec le portugais, puis-
que sa parole a en même temps Ta douceur
(le ritalienet la majesté de lespa^nol? Est-ce
que le corbeau enfin n'a pas rair de parler
plutôt allemand, tout comme rhirondelle ou
le moineau paraissent parler anglais (5M)) ? »
Toutefois M. Gemhloux ne pensej>as que
nous puissions jamais posséder VEncydo-
pr'die de l'idiome des animaux.
« La raiscn en est bien simple, dit-ii,
r est que les animaux n*ont ni la volonté,
ni la faculté, ni la rage de (parler toutes
leurs sensations, toutes leurs impressions,
t<^utes leurs pensées. En effet, hormis les
actes ou les expressions des grandes pas-
sions, leur intelligence est aphone. La joie,
le plaisir, la douleur, la crainte, la jalou-
sie, etc., voilà réellement le fond de toutes
les langues , le reste n'est que de la bro-
derie (a41).
« Il est bien évident, ajoute-t-il, (jue si
notre esprit était moins intimement lié à
5- PS représentations matérielles (la parole et
récriture), nous nous apercevrions plus
d*une fois que nous pensons très-gravement
et très-sagement, sans avoir recours à Tab^
surde procédé de la parole inarticulée ou
mentale, c est-à-dire à la parole qui n'existe
point.
« Nul doute, en effet, que si chez les
;inimaux l'exercice interne de la pensée
{>ea très-bien se passer de mots , que si la
matérialisation de cette pensée est complé*»
/5I0) idiomolùgie des animaux, p. 8^
iUÎ) /tf., ibid., p. 83.
(.>4i) idUmologie des animaux, p. 86.
(.>43) Les Ration, et Us Tradition., p. 450, 152 et
pasêim, — f Si Dieu ou b nature, dit le R. P.
Chaste! , fait connaître à Tenfant celte muUiiude
d'oljjets qui Tenlourent, seulement en les déployant
sous ses yeux, sans aucune autre explication, sans
aTerttssemcnt ou signe quelconque, il doit évidem-
menl aossi Ini faire connaître les vérités du monde
intellectuel , en les exposant à son regard inté-
rîeor. t (Ifnd, , p. lii. ) Hais alors quel besoin
riMMBine a-lrîl de la société et de ses enseignements ?
ITest-ce pas constituer une sorte de protestantisme
en pJiikMopbîe? A chaque page, M. Cousin et son
école ne prodament^ils pas les mêmes principes, et
D^esl^ce pas là la base même de Téclectisme? Ouï,
c^est avec cette machine de guerre qu% se flattent
bîeo de renverser le christianisme pour lui substi'-
tuer fa philosophie. Ce n*est pas aux apologistes ca-
tholiques à meure les pieds dans cette grande voie
du panthétsme, du sensdalisme et du scepticisme
tement indépendante de sa formation et de
ses diverses combinaisons , il doit en être
exactement de même chez Tbomme, quoi
qu*en aient dit quelques métaphysiciens, et
voilà précisément ce qui nous explique les
développements miraculeux de certaines
intelligences privilégiées en Tabsence des
mots et de la société, ce qui semblerait dé-
montrer oue la solitude, sans vocabulaires
à apprendure par cœur, vaut mille fois mieux
pour le développement de Tintelligence
que ces serres où chaaue jour on Té-
touffe sous le poids inutile des mots et des
paroles (d^2). »
Voilà les inflexibles déductions de la lo-
gique qui se formulent; voilà le résultat
final où conduit la doctrine qui prétend que
rhomme peut constituer sa raison sans le
langage, sans enseignement préalable, in-
dépendamment de la société. l)ès lors que
vous admettez dans Thomme \ti connaissance
de premiers principes^ de principes généraux
qui ne viennent ni de l'enseignement ni de la
société y et une foule d'autres vérités secon^
daires quil peut acquérir également sans le
secours de renseignement et de la société, et
qu'il tire de ces premiers principes^ innés
en lui, ou que son esprit se forme immédia-
tement lui-même à laide de ses premières
sensations {okS), par une conséquence iné-
vitable, fatale, nécessaire, vous êtes amené
à proclamer Tindépendance de la raison, à
nier la société, à isoler Thomme et à le
replacer dans ces conditions jTÎmitives où
l'école éclectique et Técole allemande ont
Prétendu qu'il était né, qu'il avait vécu à
origine, lorsque ces sophistes, abaissant
dans la poussière le diadème de notre des-
tinée, nous l'ont montré, ce roi de la créa-
tion, sans voix, sans parole, sans mémoire
ni désir, gisant sur son lit de roseau, au
fond des antres de la solitude, dans toute
l'abjection de la misère, comme dans le
plus complet dénûment intellectuel et mo-
ral.
C'est la fameuse thèse de Lamarck et de
tous les naturistes allemands et français,
qui veulent que Tbomme soit un orang-
pratique.
c Si, diaprés Tordre logiaoe, dit ailleurs le R. P.
Chaslel, la raison possède la faculté aNolue de dé-
couvrir et de connaître les vérités naturelles, dans
Tordre bislorique et d*eipérienee, il lui est morale-
ment impossible d^arri^er par elle seule à un résul-
tat satisfaisant... L*homme peut connaître les véri-
tés naturelles qui lui sont indispensables, mais avec
des diflficultés dont, pour Tordinaire, il ne parrient
pas à triompher complètement, i (Op. cit., p. 54.)
Nous voilà bien avances avec tons nos principes pri-
mitifs et généraux, et la fouie d*auSres vérités que
nous en pouTons déduire sans te secours de rensei-
gnement! Et comment concilier cette impossibilité
morale d'arriver var la raison sente à un résultat
satisfaisant dans la connaissance de la vérité avec ce
aui est dit plus haut, que Dieu doit évidemment nous
faire connintre les vérités du monde intellectuel en
les exposant à notre regard intérieur, de la même
manière quMI nous fait connaître tes objets du
monde physique, sans avertissement ou signe qu.t-
conoue?
ai7
LAN
DICTIONNAIRE
LAN
Bit
outang transformé. Nous avions donc quel-
que raison de dire en commençant cet ^irti-
cle aue la question du langage est le point
de a^part , la pierre angulaire de tous les
systèmes, de toutes les vérités ou de toutes
les erreurs.
Redisons-le donc en terminant et procla-
mons-le bien haut : la société est le prin-
cipe de Thomme aussi bien pour l'origine
que pour le développement de son être. De
même que, sous le rapport physique, il faut
que d'autres commencent a nourrir notre
corps pour qu'il puisse vivre, se conserver,
se développer et être en état de pourvoir
lui-même à sa nourriture; de même aussi,
sous le rapport moral, il faut que d'autres
commencent à nourrir nos facultés intellec-
tuelles par l'éducation pour les conduire à
l'âge de raison; vérité simple, vulgaire,
mais base de la plus haute philosophie,
et point de départ de toute la science de
l'homme. Ainsi, à toutes les profondeurs
de la méditation psvchologique , on trouve
trois choses indissolublement unies et cons-
tituant l'être humain placé dans ses condi-
tions naturelles de vie physique, intellec-
tuelle et morale, savoir : les deux principes
de notre nature, corps et Ame, et le principe
éducateur qui les pénètre , les féconde , les
développe, la société. La grande erreur en
philosophie a été d'avoir posé le moi avant
la société, d'avoir méconnu au'enfait comme
en logique, le moi suppose la société, celle-
ci étant la condition nécessaire de la cons-
cience humaine. L'homme porte en lui-
même un caractère social indélébile. Pré-
tendre résoudre le problème de notre nature
sans tenir compte de ce caractère, c'est se
jeter dans une voie qui conduit aux plus
graves erreurs. Telle fut à toutes les épo-
ques la principale cause des excès dans les-
quels le rationalisme est tombé.
LANGAGE. Voy. Caractéristique de
l'homme.
LANGUE. Voy. Goct.
LANGUES (leur filiation), —Le réseau
des peuples européens , grâce aux lumières
de l'nistoire ancienne et de la civilisation
moderne, a été facile à démêler malgré l'en-
trecroisement de ses fils ( Voy. Europe mo-
derne. ) En Asie la lâche est plus ardue , ;à
causedel'obscuritédes matériaux, même pour
l'époque présente , et de leur complication
dans tous les temps. Mais la physiologie des
principales familles de langues nous servira
de fanal pour affronter les écueils et les
ténèbres au reste du monde ; après quoi ,
procédant du connu à Tinconnu, nous pour-
rons résumer autant que raconter, atteindre
des principes en même temps que des faits.
Depuis que Leibnitz chercha dans l'analyse
comparative des langues la véritable généa-
logie du genre humain , beaucoup d'autres
érudits d'Allemagne ont montré la justesse
de la méthode par Tabondance et la richesse
de ses applications. En 1806 , Fréd. Schlegel
et Adelung avaient signalé la parenté du
sanscrit avec le latin , le grec et Vallemand.
Les formes grammaticales, déclinaison, con-
jugaison et syntaxe qui sont la façon du lan-
gage ; les racines étymoloçioues qui en sont
l'étoffe se retrouvent dans la langue indienne
comme un douaire où les trois héritien
auraient puisé. Mais le douaire était plus
grand encore qu'on ne se rimaginaitd'abord:
les formes et racines des langues slaves s«
sont rapportées au sanscrit avec la même
exactitude ; et enGn les idiomes celtes om
reproduit ces singulières coautations.
Dugald-Stewart , plus habile en mélaphT<
sique qu'en philologie, s'est opposé auï m
clusions obligées d'un pareil rapprochemea
en faisant du sanscrit un jargon postérieui
au grec et au latin, et importé d'Occident ei
Orient par ie ne sais quelle nation ; les treob
mille Macédoniens d'Alexandre, ou les du
mille Grecs de Xénophon, je suppose 1
La conjugaison grecque semble formée pu
des particules et des verbes auxiliaires insea
siblement fondus dans la racine. Dans le my
crit, les flexions tiennent à rorganisatim
primitive de la langue. Les changements dî
conjugaisons et les cas des noms se |»m
sur la racine même : la structure iodieoflc
est donc antérieure. Plusieurs formes étran-
gères au latin , au grec , et qui sont dans \<
sanscrit, se retrouvent dans l'erse, le gallois
le bas-breton, dans le slave, dansVallemand
ou plutôt dans les patois frizons oudaosli
^oth d'UIphilas. Le pot-pourri aurait-il rool^
jusque-là pour ramasser ses ingrédient)
Le fleuve des langues aurait-il coulé m
l'Orient , tandis que le fleuve des penpk
qui les parlaient courait vers l'Occidenl?
£n acceptant la seule conséquence lo^i*]»^
on est préparé à rencontrer le grand mter
valle de l'Inde à l'Europe occidentale, rempj
d'idiomes participant a plus forte raison i
la parenté des points extrêmes. La Thno
des Slaves, l'Ionie des Grecs sont séparés I
la Bactriaue par les hauts plateaux do ïil
ghanistan , par les grandes plaines de )
Perse, par les montagnes de l'Arménie et if
la Géorgie. Géorgien, Arménien, Osète
Alain, Pouschtou- Afghan , Persan mcHlvrnt
Perse ancien , c'est-a-dire Zend et PchlTj
sont langues indo-germaniques, procU
parentes du'jsanscril. La fraternité des itf
gués antiques dure même dans les proci^t
par lesquels elles se permutent en lan^iî^
nouvelles , se brisent en idiomes , se disso
vent en patois.
c Quand un sultan patane monta sur
trône de Delhi , la langue brahmanique j
démembrait- De langue vivante et osant pr
duire des mots nouveaux, elle devenait inor
et arrêtée , n'osant plus rien produire. (
bel idiome perdait la richesse de ses lorine
se dépouillant de ses flexions multipl^^
se développent sur le radical comm«
branches sur le tronc et font jaillir du vc
comme d'une souche inépuisable, toute
gerbe de pittoresques images. De l«n
vivante procédant avec logique , capable'
Eroduire des composés sans nombre, 1 idm
rahmanique se laisait, pour ainsi dire, «
ue morte, prenant les mots tels quels, m
e la racine, élaguant les terminaisons grai
§
849
LIN
DàNTHROPOLOGIE.
LAN
850
nif tîcales , s'imnosant de ne plus rien créer
pirlai-mèine. Coaque prorince allérait h sa
laçon ce langage si |jariaiK. Il devenait rude
et concis chez les Rajpouts, énergique, mais
sans grâce * chez les Mahrattes , énervé et
a*Jouci au Ben^le , plus correct mais sans
sonorité dans l Indoustan même {ôkï), •
La révolution de notre mojen âge n'a pas
l^s^iin d*une autre formule! Il n'y a qu'à
mettre latin à la place de brahmanique, por-
(Ui^is à la place de rajpout , castillan au lieu
dtr mahratte , italien , français , en place de
bengali, indoustani.
Le persan moderne, qui accomplit sa trans-
formation après avoir été submergé par une
C'jn|uèle et par une langue voisine, se trouve
{«drce fait dans la position de langlais issu
u saion après une conquête française. Les
eui langues se ressemblent aussi par la
fabrique très-simplifiée du verbe et des décli-
naisons. Le verpe indoustani lui-même est
l'f.lfrment plaqué d'auiiliaires et de partici-
jies ijoe Fanglais seul peut le traduire avec
précision (5Îà). L'anglais aurait assez d'ad-
verbes el de prépositions outre les cinq arti-
cIl'5 des cas |)our reproduire les deui datifs
H les cinq ablatifs admis par quelques gram-
ii*ai riens décidés à retrouver dans des arti-
cles posl-Gxes les neuf flexions de la décU-
n^ison sanscrite.
'^tte habitude d'abréger la conjugaison
p«*r des auxiliaires et la déclinaison par des
articles s'est donc retrouvée aux deux bouts
du monde dans des langues déchue3 par la
l^arbarie ou rénovées par le principe utili-
taire. Le sanscrit, d'où sont émanées les
n ères de ces langues, y a révélé le secret de
formes grammaticales longtemps acceptées
omme caprices tneiplicables. La racine pri-
mitive écourtée dans un temps du verbe ou
dans un cas du nom se reconstruisait dans
un autre temps , dans un autre cas. Ainsi le
nominatif latin elephas occultait deux lettres
dévoilées par les cas obliques qui rappellent
d^jà la forme grecque tlephanto , où le latin
emprunta ce nom. Le grec avait puisé plus
immédiatement à -la source indienne ai7a-
rania. L'auxiliaire latin essty fort incohérent
caas SCS temps divers , se reconstruit régu-
yi*'rement dans les deux verbes sanscrits où
î: fut taillé. La même irrégularité se retrouve
««ans le verbe italien andare. Les fragments
rado et ses dérivés sont les débris du verbe
Ijtin vadere^ dont le verbe moderne andare
t nvahit la moitié. Beiter^ comparatif hétéro-
<L'«ite de good , a un positif régulier dans 6eA,
ZKnd et pehlvy.
ie passe à 1 anal vse du groupe sémitique ,
'1 «nt les principales branches et la géogra-
r*^iîe ont été déjà indiquées en parlant des
Juifs répandus en Euro|>e. ( Voy. Elbopb
■oDusns.) Le trait le plus frappant et le plus
eéfléral cle ces langues est : 1* l'uniformité
de leurs radicaux composés de trois syllabes
«nj platAc de trois lettres selon un système
•J>erîlure qui ne fixe que les consonnes en
• ^4i; Théoil. Pitic.
abandonnant les voyelles à la tradition ;
2* la fabrique du verl>e où les trois radicales
persistant toujours, mais entremêlées de
quelque crément, font passer l'action {>ar ton*
tes les nuances possibles ; actif, passif, neu-
tre, réfléchi, transitif^ intransitif, réciprocité,
désir, rivalité.
Les Sémites n'ont pas eu le monopole de
ces langues que les nations de Cham eurent
en commun avec eux pendant qu*elles habi-
taient les bords de l'océan Indien , de la mer
Rouge et du Nil. Ce que le déchiffrement
des hiéroglyphes permet d'ajouter aux vesti-
ges de l'ancien égyptien conservés dans le
cophte , y montre une aflînité incontestable
avec le vieil araméen ; toutefois avec une
indépendancedu système graphique trilittéré.
Ce qui prouverait que cette ingénieuse mais
gênante discipline lut une invention compa-
rativement tardive.
L'Ethiopie, fort ancienne colonie chamite, a
conservé jusqu'à nos jours un idiome où l'on a
cru retrouver tantôt l'hébreu des aïeux, tan-
tôt l'arabe des neveux. Les deux hypothèses
sont soutenables comme ix)ur Malte où Sol-
danis croyait parler le phénicien, tandis que
les voyageurs arrivant d'£gypte ou de Barba-
rie, reconnaissent un arabe assez moderne.
L'Arabe, versé depuis mille ans sur les
Berbers de l'Atlas, n'a pas avancé au même
degré l'assimilation de leur idiome , forme
très-antique du langage de Sem ou de Cham.
Mais à l'Atlas , comme chez les Fouis du
désert africain , comme chez les Boukliares
et les Ouigours de l'Asie centrale , comme
chez les Persans Afghans, Indous convertis,
chez les Turcs d'Europe et d'Analolie, la lan-
gue de rislam a imposé son système gra-
phique , ses noms d action , ses substantifs
abstraits , ou ce qui compose la partie méta-
physique du discours ; de telle sorte que
toute proposition un peu étendue et un peu
relevée a besoin de recourir à la langue phi-
losophique et sacrée. Cela suflît pour don-
ner un air d'homogénéité aux idiomes mu-
sulmans.
La parenté de Sem et de Japhet , celle
d'Elam elde Magog, aïeux communs des Scy-
thes , parenté longtemps reléguée dans les
assertions traditionnelles, passent h Fétat de
démonstration par la parenté dos langues.
Le cophte , sorte de cabinet d'antiquités où
le vieil araméen domine , offre pêle-mêle
bon nombre de vestiges indiens.
Toute la fabrique ûes pronoms cophtes
s'est retrouvée dans l'hébreu et s'est recons-
truite dans le sanscrit. L'inventaire des raci-
nes indiennes communes aux langues sémi-
tiques va grossissant chaque jour ; le perse
ancien ou pehlvy est sémitique par les mots,
indo-européen par la grammaire. Le zeiid
accepté comme la souche des idiomes sémi-
tiques, tient de fort près au pehlvy , el, par
conséquent , au sanscrit. ( >Vil. Jo?ïes.) Les
flexions du verbe arabe par des pronoms
demi-latins rappellent la conjugaison grec-
(545» CiRcix DE T*<^T, IhuUmcnU de la Uwpte
indou%mm.
851
LAN
DICTSONXAIRE
LA5
Ci
que par des particules ; le moyen de la con-
jugaison grecque rappelle un peu les formes
et tout à fait la signification des réfléchies
sémitiques. 'Stlt. de Sact.)
Le troisième groupe que nous devons exa-
miner se compo*ie des langues océaniennes
dont l'hydrograpfiie plus étendue que la géo-
graphie des langues japhétiques , semble ,
par cela même, deux fois difficile à expliquer.
La prodigieuse analogie de tous les idiomes
réf)andus dans FOcéan indo-africain et dans
rOcéan Pacifique , Tient heureusement à
notre secours et met hors de doute des com-
munications actives et anciennes : la nier
devient un moyen puissant aussitôt qu un
peu d*industrie alevéTobstacle qu'elle oppo-
sait aux migrations. Des lies de Sandwich à
la Nouvelle-Zélande il y a près de dix-huit
cents lieues , cl les idiomes y sont fort res-
semiilants. De Madagascar aux lies Philippi-
nes il y a presque aussi loin , et l'on y parle
des langues sœurs. De Java aux Marquises
il y a un tiers de la circonférence du globe ,
et les glossaires y sont de la même famille.
Keland, Cook, Forster, furent \e% premiers
è comparer les idiomes océaniens et à re-
<:onnattre leur parenté avec le madécasse,
le malais, le javanais. Ces deux derniers,
dans leur forme populaire, sont le résumé
et le moyen terme de toute la famille. On
croirait le kawij arrivé par mer, lui aussi,
et colon récent du continent asiatique. Ce-
pendant la race qui le parle est indigène de
l'Asie. On sent quel avantage avait un pareil
idiome pour devenir langue franque de
rarchijiol indo-chinois, surtout quand le
peuple malais joue, dans cet océan, le rôle
iiiorcantile des anciens Phéniciens.
Après que Flacourl eut publié le vocabu-
laire des idiomes de Madagascar, les pre-
miers savants qui y firent des emprunts
crurent retrouver la trace du trafic et du
passage récent des Malais. Mais Tintérieur
de nie parle les idiomes du littoral, et parmi
eux il en est qui reproduisent le tagala de
l'intérieur des Philippines. Que de temps
pour la fusion intérieure du langage des
colons , en supposant que ce temps n'eût
pas suffi pour changer la physionomie de
ces colons eux-mêmes I L'idiome kawi ,
forme moderne de l'ancien malais, javanais,
ou kawar, est la langue sanscrite rognée de
ses inflexions
En proclamant le vieil idiomo de Tlude
comme solidaire des trois plus grandes fa-
îiiilles de langues, nous ne prétendons pas
tenir la langue primitive, cette herbe im-
mense, bananier du paradis qui habilla la
nudité de nos premiers parents, ou reçut les
l)remiers essais de leur pensée ! La plante
a durci ; ses feuilles sont moins larges, mais
plus nombreuses, les rejetons ont prospéré
au point de voiler à tout jamais la tige-
mère ; ils ont couru si loin et le. long de ra-
cines si cachées qu'il faut un effort de Tes-
prit Dour les reconnaître. Cet effort sera
complet seulement le jour où l'Australie,
(ol6) Pallas, Desmoi'lins.
l'Afrique centrale, rAmériquc da Sud, TAsie
du Nord et de l'Est auront été étudiées aT«
autant de soins que l'Earone^ FAiie cenîTil-i
et l'Amérique du Nonl.
Toutefois ces desiderala de la philoto-re
tiennent déjà aux trois familles par «.-s
liens encoura^ants. Les langues indo-c: >
noises ont beaucoup de rapport avec k->
langues chinoises proprement dites qui, ai
Sud, se rattachent au Kawi par le bugis, !e
maiaîa, le batta et le tagala ; au Nord se rî'.-
tachent au groupe tartare par le thîbéeain et
le iKjutliya ou idiome du boutan. Les Tartar^
sortis de la Camille ariane parlent aussi û*r>
]an.;ues ariaoes , mais tombéc^s dans \*t
laisser-aller de iingua franco^ puisqu'on n"jr
conjugue pas le verbe. Les Tartares basanc<,
Tongous et Mongols ont des idiomes fort
rapprochés de ceux de leurs frères. Le
groupe de langues ouralo-sibériennes pénè-
tre en Diine par la Gorée, et en Europe par
les idiomes slaves-finnois. Ainsi les Ral-
mouks, Vagouls, Ersdad, Morduans, Wo-
tiaks et Tchermisses, parlent la langue des
Hongrois, des Finnois, des Lapons et sur-
tout des Samoïèdes (5M}.1
Les langues de l'Afrique sont sémitiques
au Nord par le Bercer ; à l'Est, par l'Amba-
rique, idiome africain avec les flexions sé-
mites. Legalla, le samawli, le dankali dont
nous commençons à avoir des dictionnaires,
les idiomes roulana , noubi, tibbou, tua-
rik dont quelques voyageurs ont entamé le
débrouillement, livreront peut-être ces res-
semblances asiatiaues espérées dans l'idiome
des Fouis et réauisées par ceux de Mada-
gascar.
Les langues américaines, malgré leur va-
riété infinie, cèdent à l'analyse et se fondent
dans un type assez uniforme pour affirmer
déjà l'unité de leur émanation; quelques-
unes tendent au raonosyllabisme indo-chi-
nois , mais pourtant on retrouve cette fabri-
que du verbe à la fois simple i>ar le procé*Jé,
compliquée par le résultat, puisqu'elle varie
les nuances de l'action par 1 interposition de
quelques créments dans ia racine. Nous
avons déjà expliqué quelque chose de pareil
à propos dis langues sémitiques ; le basque
l'offre bien plus in extenso, puisque la
môme racine y fournit vingt-cinq conjugai-
sons (54-7).
L'existence d'une langue antérieure aux
idiomes sémites et indous est fort admis-
sible, puisque la fraternité Suppose la com-
munauté en p^re ou mère. Cette mère, plus
complexe que les deux enfants connus^ put
avoir d'autres enfants à qui elle légua la
fabrique du verbe avec son entière coai-
plication. L'induction permet d'y rapporter
les Bflisques, précurseurs des Celtes dans
rOccident, et d'autres nations qui errèrent
au centre de l'Asie avant de trouver passage
vers la grande lie américaine.
Si la décadence monosyllabique avait com-
mencé avant l'émigration, une civilisation
fut assez vigoureuse pour limiter celte len-
(K47) W, HtiïBOtDT, Deléclcse, etc.
LAN
D'ANTHROPOLOGIE*
LAN
854
dance'aa point qae les Ogibbeways dont les
souvenirs remontent assez nettement vers
ja Sibérie, les Esquimaux si semblables aux
Samoièdes par les traits, conjuguent le verbe
Sar agglutination comme la grande majorité
es Américains.
Plusieurs nations de Hnde méridionale :
Tamouls, Téllngas, Camaties, Mysoriens,
Tulaviens, Parbathjas, ont des langues qui
ne rentrent pas immédiatement dans le sans-
crit, mais qui selrapportent davantage aux
iîliomes tartares (Stô)..
Les probabilités qui autorisent tant de
coaptations, les preuves qui ont commandé
le rapprochement de tant de peuples sé-
parés par le temps ou l'espace, nous les
devons au zèle des voyageurs, aux lumières
des sociétés savantes. Que les uns et les
autres reçoivent l'expression de notre re*
connaissance.
Ce aue fui la langue primitive. — Si le
problème de la langue primitive est insolu-
ble, il est au moins fort tentant et peut bien
eicoser l'illusion des chercheurs de cette
quadrature du cercle et des calculateurs de
cette dernière approximation. La formule de
Kennedy, une langue-mère ou aïeule com-
mune du sanscrit et de Taraméen, rappelle
un peu la physique de la cosmogonie indoue :
rélephant qui supporte la terre s'appuie sur
uDf» tortue portée par un autre élépnant ap-
puyé à son tour par la même base chélo-
nîénne, laquelle aussi est soutenue par
les épaules d'un troisième pachiderme pa-
reil, etc. La ouerelle s*est agitée longtemps
entre le système éléphant et le système
tortae. Le système mixte de Kennedy im-
plique toujours priorité absolue ou relative
d'une langue de Sem ou de Japhet, et
comme toujours l'insolubilité de la question
tient à l'inexactitude des termes dans les-
quels elle est posée. Quelle fut la langue
ItHmitive? On ne peut le savoir, puisque
es annales authentiques commencent fort
lard et n'ont pas précisé la langue des pre-
mières traditions. Mais cette recherche im-
jilique l'existence d'une langue primitive, et
c'est cela même qui est le véritable sujet de
la controverse.
Comme toutes les propositions relatives
aux causes premières se tiennent de fort
près, les épicuriens et naturalistes doivent
a^imettre 1 éternité des langues comme l'é-
ternité de Fa matière. Si l'arrangement de la
matière homme est un accident récent, une
transformation dernière du ver perfectionné,
la parole n'est qu'une fonction fatale comme
le chant des oiseaux ; seulement elle est
complexe eu proportion de l'organisation de
>on larynx qui varie les sons, de son oreille
qui recueille ceux de la nature ; de son es-
prit et de ses caprices qui mêlent ce double
produit en combinaisons infinies.
Noas allons exposer dans toute leur
naireté les prétentions de cette école résu-
mées dans le livre de Desmoulins :
« Les langues, effets et causes de l'iné-
galité des aptitudes, sont- l'cBuvre des peu-
ples divers et l'ceuvre primitive. La diffu-
sion des langues est aussi insoutenable que
la dispersion des races. Les langues et les
races se sont touchées sans se confondre.
L'aptitude cérébrale qui modifie aujourd'hui
le dictionnaire et la grammaire, créa d'abord
les racines et formes grammcticales par
l'effet de son primitif exercice. L'oreille re-
cueillit les bruits extérieurs et en fit les
onomatopées ; elle enre^stra les exclama-
tions spontanées des passions. Ce fonds mo-
difié par le caprice, Wr la tradition, donna
des combinaisons innnies comme le hasard.
Le larynx , organe moins complexe que lo
cerveau, resserra les langues dans des al-
{ihabets assez bornés. L'homme a fait sa
an^e comme les oiseaux font leur chant.
Il n y a que la différence du simple au com-
posé.
« Malgré les communications opérées en-
tre les races par les conquêtes et les migra-
tions, les variétés de linguistique se retrou-
vent encore partout. Beaucoup de coïnci-
dences ont été remarquées à des dislances
Ïui excluaient toute idée de communication,
.es Boschimanes ont une lettre claquante
qui se retrouve dans les tribus circas-
siennes.
« Comment les importations auraient-elles
couvert un fonds primitif doublement tenace
et par la routine et par le patriotisme ? Le
fonds a duré de toute éternité chez les Bas*
ques, les Gaels, les Bretons. Luttes de lan-
gues, luttes de races ; il y a toujours eu des
autochtones préexistant aux conquérants ;
les masses ne se sont jamais déplacées ;
les conouérants étaient comparativement
peu nomoreux. Procope compte à peine cin-
quante mille Vandales conquérants de TAfri*
que; les Turcs Ouigoars, qui faisaient trem-
bler Byzance sous Justin 11, étaient au nombre
de 200,000, au dire de leurs ambassadeurs à
qui la pnidence autant que Torgueil com-
mandait de grossir les objets ; les armées
ont assez de peine à arriver à un terme
éloigné et à se lixer dans un pays étranger ;
les invasions de peuples meurent en masse
comme des sauterelles ; les premières croi-
sades nous l'ont appris.
« De très-minces exceptions n'infirment pas
cette règle générale. Les Espagnols ont ex-
terminé les Guanches aux Canaries, les
Caraïbes à Saint-Domingue, où les nègres
ont usé de représailles envers les blancs.
Chrétiens, Nègres, Caraïbes, avaient encore
de courtes et précises traditions de déplace-
ment ; mais que de peuples envahis étaient
sans traditions, sans aïeux plus sauvages,
sans pères moins dégradés qu'eux-mêmes I
Quelle invasion avait peuplé ces lies oh l'on
a surpris des sauvages ne connaissant pas
Tusage du feu 7 Les rivages américains où
vivaient des tribus ne sachant pas compter
jusqu'à six, apparemment parce qu'elles
n'avaient que cinq doigts à la main et n'a-
i'^i^) PftKAàA».
155
LAN
IMCTIO.'UiÂlPtE
UN
CI
Tbient pâs remarqué que leur main était
double. 9 ^
Nous avons, par anticipation, répondu à
cette dernière série d'ar^^unients ; quant à
Torigine onomatopéique du langage, soute-
nue par Court de Gébelin, et encore admise
par quelques^Frauçais (oW), elle a été brave-
ment précisée par PAnglais Murray en neuf
monosyllabes représentant toute sorte de
coups et desquels il dérive toutes les langues
de la terre, oifférentes de forme et de fond,
le hasard ne créant que des individualités
dépareillées.
Cependant les calculs d'un mathémati-
cien (550) établissent que six mots pareils
dans deux langues appuient par dix-sept cents
chances contre une Ja probal)ilité qu ils sont
dérivés, cfans Tun et 1 autre cas, de quelque
Tanguc-inère ou introduits par communica-
tion. Huit mots pareils donnent près de dix
mille chances contre une, c'est-àndire une
certitude à peu près entière. Que serait-ce
lorsque les mots et racines semblables mon-
tent à plusieurs milliers en des langues sé-
Î)arées par la longueur totale de la chrono-
ogie ou par la moitié de la circonférence du
globe I
L'argument tiré des immigrations est
surtout favorable h la dispersion des langues
rayonnant d'un tronc commun. 11 ne peut
aider le système de la génération spontanée
et universelle du langage, qu'en faisant
étouffer entièrement l'idiome autochtone par
le langage importé; ainsi tout devrait être
danois dans 1 anglais après la conquête da-
noise ; tout français après Guillaume. En ce
cas l'autochtone se présume, mais ne se
prouve pas. Si, par hasard, on en découvre
des traces, elles ne doivent ressembler à
rien; mais l'anglo-saxon est goth, le celte
est sanscrit!
Comme dernière ressource, pour soutenir
les deux originalités, malgré la ressemblance,
on admet la similitude des résultats par la
similitude des organes en action et des for-
ces en travail. Cela veut dire apparemment
que les alphabets de tous les peuples sont
bornés h une quarantaine de sons, et que la
grammaire générafe peut être enfermée en
une centaine de propositions. Les éléments
de l'instrumentnommé kaléidoscope n'étaient
pas si nombreux, et l'on a estimé a plusieurs
millions les combinaisons possibles avant
que la môme se reproduise deux foisl La
génération spontanée et multiple des lan-
gues ne peut donc expliquer ni les ressem-
blances, ni les différences des idiomes.
Quand les questions montent dans les
nuages métaphysiques, il y a des chatoie-
ments capables de mettre en contradiction
des intelligences aussi émînentes par leur
savoir que par leur force. Fréd. Schlegel
commença par croire l'esprit humain ouvrier
primitif du langage et finit par admettre ex-
S licitement la révélation divine du langage,
ous trouvons, comme lui, une affirmation
sur bonnes preuves bien préférable à des
discussions sans fin et à des vagabondages
dans un labyrinthe sans issue. Sos bonnes
preuves sont déjà fournies : nous avons r^
trouvé expérimentalement les débris d'une
langue pnmitive dans les trois grandes f^
milles sémite, indoue, océanienne. Nous
{mouvons hardiment formuler le dogme de
'unité de l'espèce humaine et de la popula-
tion de la terre par une famille graduelle-
ment élargie. Les individus et les natioDs
ont largement usé de leur libre initialiTe en
combinant, changeant, rénovant selon le>
forces et les caprices de leur esprit; mais ils
travaillaient toujours sur une trame pre-
mière, sur un patron primordial ettraditioD-
nel. C'était plus que le vaisseau de Thésée,
puisque plusieurs pièces n'ont pas été alté-
rées ; plus que la gouttelette de sang, héritage
maternel préexistant dans l'oeuf avant l'ébau-
che du poulet (551). Un fait non moins cer-
tain et non moins admirable que la parenté
des langues est la fabrique de plus en plus
savante el compliquée de ces langues à me-
sure qu'on en remonte la généalogie. L'an-
glais est plus simple que le français et Me-
mand; ceux-ci plus simples que le latin, le
goth, le sanscrit. L'aïeul ou les aieui incon-
nus du sanscrit durent être plus vastes, plus
compréhensifs !
Nous pouvons raisonner ici comme Hers-
chel remplissant de soleils la voie lactée
explorée par son télescope : plus nous ap-
prochons de Dieu et plus l'immensité est ad-
missible! Ici elle a de plus l'avantage de se
trouver à la portée de l'intelligence com-
mune.
Dans tous les pays frontières, en pays
basque, en Transylvanie, à Smyrne, à Cons-
tantmople, les familles d'une éducation or-
dinaire voient leurs enfants grandir en ba-
billant trois ou quatre langues. Observons
les classes plus élevées où le fait est à la
fois plus complexe etplusrégulier.LaMédie,
le Pont, n'ont plus de Cyaxare ou de Mithri-
date ; mais les Scythes du Borysthène ap-
prêtent leurs enfants pour le voyage etpeut-
ètre pour la conquête du monde. Les grands
seigneurs au maillot sont entourés de pré-
cepteurs de toutes les nations européennes;
les princes ont, en outre, des serviteurs qui
doivent toujours s'exprimer dans leurs lan-
gues asiatiques.
A cinq ans le jeune boyard, l'intéressant
tzarévitz donne au slavon les quatorze cas
arméniens ; il tâtonne, dans le persan, le?
vingt-cinq formes positives et négatives du
verbe turc, il parle allemand au valet an-
glais, italien au français, français el russe
à tout le monde. A dix aps il fait des fautes
dans toutes les langues ; mais il ks a défini-
tivement classées dans des cases distinctes de
sa mémoire. A dix-huit ans, il vojage cl
pratique tour à tour chaque idiome dans son
terroir ; il les pratiquera tous simultanémenl
à la cour sans une erreur de grammairC'
(549) Cam. Diteil Explication des hiéroffly-
phes.
(^50) YorNn, Transac^ of Ihe roy. Soc.
(bb\) Isid. Bourdon, Phys. camp.
8&7
D'ANTHMPOLOGIE.
Ul^
S3S
sans an retard de mémoirCt sans une hési-
tation de registre.
Le tour de force n*est pas exceptionnel ; il
se reproduit en cent Tilles, en mille châ-
teau! ; les individus ne sont pas choisis
parmi les privilégiés de Fesprit ; à cela près
du talent polyglotte, la plupart seront tout
simplement de grands seigneurs ou des prin-
ces. A leur place tout autre enfant eût été
aussi curieux, aussi admirable; tout autre
nous eôt offert ce tobu-bohu déià sillonné
de lumière et de vitalité, cette Babel confuse
et savante, ce pèle-môle de langues amalga-
mées maintenant pour se diviser et se pré-
ciser plus lard. Qu on appelle d'un nom uni-
que ce large trésor avec lequel cet être jeune
et naïf pourra tenir tète aux représentants
île plusieurs races, et Ton aura une idée ap-
proximative du langage primitif, cadre vir-
tuel et matériel de toutes les langues futures.
Avais-^e tort de crier à Timmense et au sim-
ple? C est un enfant de nos jours qui révèle
en le renouvelant familièrement le grand
phénomène rapporté à Tenfance du monde !
Action de la science^ action du peuple , ac^
tion du temps. — Les langues ont donc
roulé dans le torrent des âges comme ces
i>!ocs de rochers que le frottement dégrossît
en cailloux, émictte en graviers, é«rru2e en
sable ; et de même que la loupe du géologue
ou le creuset du chimiste sij<ua!ent dans le
moindre grain le bloc auquel il fut agrégé,
la montagne dont il fut partie intégrante;
de même le philologue remonte à la vaste
fabrique des idiomes anciens par l'analyse
d^s ptirases et des mots de nos idiomes mo-
dernes.
La décomposition des mots en lev.rs ra-
cines est ropération principale , le fond de
cette science qui a rendu d immenses servi-
ces à rhistoire malgré les sarcasmes encou-
rus par les abus de l'étvmologie. On com-
mence à sentir aujourd'hui que l'analyse des
mots n est complète qu'en rendant compte
aussi des flexions. Celles-ci faisant partie de
la forme, la çrammaire spéciale de chaque
lanuiie ou collection de ses formes a dû être
étudiée en regard des autres grammaires.
Les recherches leiiques ou la comparai-
son des langues par dictionnaires et racines
dépistent des rapports plus nombreux et
plus distants. Les ressemblances par gram-
maire constatent une parenté plus immé-
diate.
Cne grammaire étrangère ne peut appa-
raître sans un fonds de mots que l'importa-
teur impose comme première application de
sa méthode nouvelle. On explique de cette
CaçoD l'origine des langues néolatines qui
auraient accepté quelque grammaire germa-
nioae avec une bonne provision de mots
tocfesques. Ceux-ci abondent effectivement
partout; Schœli, qui les estimeà un cinquième
(oS2) Mou français Urés de rallemand :
f*^rfe, Hfol, briser^ cagol^ cingler, cloche, digue, rôle,
^' A«rpr, éclrnu^ épenm , escadre, espiègle , (almse,
fscpm^ friche, gasum^ Çorge, guérir, maréchal, tnar-
de la langue française, n'a eu que emjMtras
duchoix(S52). Le Visigoth» le Bourguignon,
le Frizon, déclinaient avec des articles, fai-
saient des passifs avec des auxiliaires. Mais
s'est-on bien assuré que ce laisser-aller
ne préexistait pas déjà dans le latin rusti-
que d'où l'anarchie littéraire et politique
1 auraient transporté d'abord dans la langue
parlée par la bonne compagnie et par degrés
dans le roman parlé et écrit.
Il suffit d'avoir voyagé en Allemagne, en
Turquie, en Perse, pour voir que la phrase
longue et inversive est mono[X)lisée par les
savants et par les livres. Le peuple, ou plus
généralement la parole improvisée, hache le
discours et roidit la phrase vers la li^ne
droite, l^s barbares avaient donc déjà des
intelligences dans les places et surtout
dans les campagnes latines.
Une préparation préalable par la gram-
maire,par I accent}ou par les mots eux-mêmes,
est une condition excellente pour l'adoption
d'une lan^^e nouvelle. La Belgique, où le peu-
ple parle flamand, aurait parle hollandais si la
politique et la religion n eussent brisé la loi
de Nassau. Les Rinircs d'Albion étaient fa-
çonnés pour l'accent tudesque, puisqu'ils
prononçaient 6ri7ain ce qu'ils écrivaient prf-
dain. Les Epirotc s Skipes s'amalgament clans
la famille grecque; les Pélasges s'hellénisè-
rent facilement en Grèce, en Asie Mineure,
en Italie (353). Le grec ne s'acclimata que
superficiellement sur la Syrie, l'Egypte, la
Cyrénaïque où des patois sémites dormaient
pour se réveiller arabes.
L'observation du passé et plus encore du
présent aide un peu à l'éclaircissement du
iiroblème de l'araarition secondaire des
langues, de leur oiversité, de leur renais-
sance; problème grave, puisque de très-res-
pectables autorités l'ont relégué parmi les
miracles, au moins en ce qui regarde la con-
fusion première. Pour les autres confusions,
les seules dont nous veuillions nous occu-
per ici, un effet très-prononcé peut tenir à
des cause»; fort légères. Quelques variantes
de synonymes et d accents suffisent pour
empêcher las Arabes Maugrebins détre
compris en Egypte, Syrie ou AraDie. Héro-
dote traite de barbares tous les débris des
idiomes pélasgiques. Partout où une capi-
tale politique ou bien une littérature ne cen-
tralise pas le langage, il se divise en dialec-
tes aussi nombreux que les principaux ag-.
grenats de peuples. Et si l'indifférence ou
Finimitié sont aidées par une frontière na?
turelle, fleuve, montage ou bras de mer ; si
la nonchalance des climats chauds est aidée
par une ceinture de désert, les schismes
peuvent devenir plus multipliés et plus pror
fonds. On a compté jusqu'à 1,200 dialectes
en Amérioue; le continent africain est plus
large et plus coupé. Dans la petite Ue de
sottin^méloMge, mine, pièce , pisser, quille, raffer^
rame, rat, renard, riche, rosse, sabre, sénéchal, seuil,
soldat, tourbe, là ter, vague, valise, vassal, voguer,
(555) ilalia, Niebcus, Uist. romaine.
859
LAN
DICTIONNAIRE
LAN
86^
Tioior ri y a, dit-on, une ({uarantaine de
dialectes, et plusieurs .centaines à Bornéo 1
Notre Europe, avec ses langues soi-disant
fixées par la littérature et par la presse, ne
peut les empêcher de virer de prononciation
tous les cent ans, et d*orthographe tous pes
deux cents! Qui peut répondre que nos
aïeux de quatre ou cinq siècle^, réveillés
subitement, ne nous paraîtraient p)i$ aussi
singuliers par le langage que par le costume?
£n tout cas pour Taccent, aïeux et neveux,
risqueraient fort de demeurer totalement in«>
compris.
Les sociétés anciennes trouvaient un mo-
dérateur à ce frottement dans le repos des
masses el dans Tinfluence des lettrés, qui
étaient on même temps des prêtres. Les aca-
démies, au contraire, sanctionnent les faits
accomplis bien plus qu'elles ne les prépa-
rent ou ne les dirigent; elles sont les échos
autant et plus que les oracles du peuple.
Si là même où un idiome est abandonné à
lui seul, il oscille et pivote, il tournoie, à plus
forte raison sous le tiraillement des conauê-
tes, des migrations, des littératures et des frot-
tements internationaux.
Phases et âge des langues. — Les mots pro-
frès et décadence ont aujourd'hui des va-
eurs si contestées, qu'il faut prudemment
les restreindre à l'acception de mouvement.
Mais, à moins de nier le mouvement lui-
même, il me semble bien difficile d'accepter
l'opinion de quelques savants qui croient
les langues secondaires surgies de toutes
pièces (554). Ce mysticisme s'explique ou se
Ï)rotége par un autre : il ne se fait plus de
angues I
Il suffit de regarder autour de soi , sinon
pour nier cette seconde proposition, au
moins pour infirmer la première. Toute la
côte méridionale de la Méditerranée parle un
jargon appelé petit maure ou lingua franca :
les mots sont espagnols, français, italiens,
grecs, turcs, arabes ; la construction est di-
recte, le verbe est réduit strictement à
l'infinitif présent, déterminé tout au plus
tar des adverbes ou des pronoms personnels,
e jour qu'une puissance barbaresque aura
adopté cette langue comme moyen et sym-
bole d'une civilisation quasi européenne, les
premiers eflForts de ses écrivains donneront
au verbe une précision plus grande. L'an-
glais est là pour montrer comment l'infini-
tif peut aisément devenir base d'un pareil
travail.
Qu'un remaniement semblable se soit
opéré sur l'anglo-saxon, le saxon, le danois,
Tanelo-français, il n'est pas téméraire de
l'induire. Notre vieux français servira de
témoignage plus positif : le verbe y a pris les
pronoms personnels si tard , que leur sup-
pression est encore un des articles de la poé-
sie voulant représenter les époques naïves
et reculées ; enfin la plupart des patois du
Midi déclinent plusieurs cas sans articles,
conjuguent le verbe nu et non encore armé
de tous ces temps trop nombreux dans le
(5r>i) JOS. DE MaISTRE, ^'!C. WlS^MAN.
français, puisque les étrangers ne savent pas
'adjectii
absolu.
La démolition représente les degrés de
l'édification, l'économie explique l origine
du luxe.
Daus plusieurs des petites Antilles, il s'est
formé des syncrétismes pareils à la langue
franaue d'Afrique. A Saint-Thomas, à Cura-
çao, l'anglais, le bas allemand, sont mêlés à
l'espagnol et à d'autres idiomes d'Europe
ou d'Amérique, déjà rabotés par les paiois
créoles ou nègres.
L'indépendance politique est la seule con-
dition qui manque pour constituer ces jar-
gons en un langage officiel d'abord, régulier
plus tard. Le guarany du Paraguay et le che-
roki de l'Amérique du Nord ont bien affiché
et réalisé une pareille prétention, et Dieu
sait de combien de débris ils étaient formés.
Ce qui a signifié ces langues au monde
américain I C6 qui imposait l'idiome roman
à Ta Gaule des Carlovingiens, c'était Yins-
truction et l'esprit de su'ite des hommes ca-
pables de les rédiger en manifestes ou en
serments. Les idées et l'art d'ajuster ces idées
sont choses plus importantes que Imslm-
ment, et l'on peut dire en ce sens que l'ins-
trument est parfait le jour que quelqu'un
daigne ou sait l'employer. Mais combien de
temps n'avait-il pas mis à mûrir sourde-
ment; quels changements ne subira-t-il pas
plus tard ?
Lorsque dans le passé on voit surgir une
langue, instrument d'un nouvel empire ou
compagne d'un grand homme, il y a dans ce
fait complexe une portée providentielle qui
peut compéter, principalement deBossuet,
de Joseph de Maistre ou de Wiseman, théo-
logiens. Des observateurs plus humbles
auront le droit de noter que les forces de
l'esprit servent de levier à la Providence
aussi bien que les forces de la matière, et
que, par exemple, dans telle période histo-
rique donnée dans le grand événement qui
lança sur le monde la nation et la langue,
il n est pas impossible de reconnaître une
situation dont les éléments furent tous pa-
reils à ceux que nous voyons rouler sous
nos yeux dans les pays de moyen âge et de
renaissance.
L'ouvrier ne peut être bien orgueilleui
de sa part dans ce travail ; il n'y fournit pas
les matériaux,^ qui sont les mots ; pas mén e
l'outillage, c'est-à-dire les formes grammati-
cales ; celles-ci et ceux-là sont, nous Tavons
déjà montré, un héritage vieux comme le
monde. Les remaniements d'une ou de plu-
sieurs langues et ua idiome nouveau sont
l'œuvre du temps et des hommes ; est-rl be-
soin de redire combien il y a loin de là à
une création première et de toutes pièces ?
Donc les théologiens ont eu quelque droit
de dire que l'humanité n'a qu'une seule
langue;, mais ils doivent convenir qu'elle
t:i
LàN
D'INTHROrOLOGlE.
LAN
sei
s*est éTolttée et s*éTolue encore dans le
temps et Tespace en des Tariétés infinies. Le
procès ne subsistera que sur la proportion
relative de neuf et de Tieux » u'initiatire et
de tradition employées dans chaque variété
ou idiome.
L'initiative par les onomatopées est une
fraction trop minime pour la mettre en ba-
lance avec la masse énorme de convenu,
e'est-à-dire de traditionnel, qui fait le fond
des lanj^es. Les lettres clappantes des Cir-
cas5iens,Cafres et Iiottentots,ne sontqu*une
variation des scbuintantes slaves et sémites,
ou des sifilantes de tous les pays. Si les
bruits naturels ont eu une influence plus
iar^e, cet élément humain sera de plus belle
impuissant à rendre compte de la ressem-
blance des langues. Les bruits naturels (5S5)
les plus uniformes partout, sont iustement
ce que les langues ou onomatopées natio-
eaies représentent avec la plus incroyable
variété.
Les mots et formes grammaticales sont
employés en quantité à peu près égale, tan-
lùc en petits idiomes, tantôt en langues im-
menses. Avec de pareilles phases il est bien
ditlicile de contester aux cualectes une vie
semblable à celle des empires ou des indivi-
dus, une enfance, une maturité, une mort.
Nous avons vu poindre quelques idiomes
i\ui se dégagent de leurs langues-patois;
1 Europe a plusieurs langues qui , après la
S4^ve de la jeunesse, sont tourmentées par le
pléthore de Tâge mûr; les langues de 1 .Amé-
rique succombent et meurent par milliers.
Jlôle important du sanscrit. — Ses phases
sont lentes, puisque les grands dialectes ont
moyennement duré 1,000 ans, et que Tago-
nie de plusieurs p|arcourt Téchelle chronolo-
gique presque entière. Le g*ec s'est conservé
dans un faubourg de Palerme. Wansleb le
retrouva représenté à Siout par un prAtre
cophte, malgré la loi sarrasine qui ravait
«iéfendu depuis Tan 722. Lecophte lui-même
parait subsister dans quelques bourgades
voi-sines de Tripoli. Le celle et le kymry
expirent depuis la i^nquète de César; le
basque depuis trois mille ans.
Les expérimentations de la philologie ne
sont donc pas des travaux d'anatomie cada-
vérique ; les comparaisons peuvent se Caire
sur des lances vivantes, avec le cortège
précieux de Taccent du peuple et des com-
mentaires des hommes instruits qui les pra-
tiquent. L'échelle sanscrite, base principale
des travaux les plus glorieux de la
science moderne, est aussi le critérium
de la certitude pour les résultats que la
(555) M. E. de Sakes a donné les onomatopées
très-direrses da chant da coq, dans un mémoire
sur la transcription des bngaes orientales en ca-
ractères européens. On peu! trouver la même dispa-
rate dans les svnonymes des vertws raucatiier, béler^
caqmettj^ dans les diverses langues.
(.VS^) Mots sanscrits anslais et allemands : potfff,
wkmàer^ smwh^ doghter^ broder, nioii, vid, kava, jurait,
eywumau, krowa, imm, /ifr, herti, stara, gham.
Moiâ sanscrits grecs : aiît^ os; denta, dent; karu.
wK'JÎn; nan, narire.
science est en droit d'attendre dans Tétude
comparative des autres langues. On cite le
sanscrit de préférence, parce que sa {larenté
avec les langues do l'Europe rend plus in-
telli^bles et les rapprochements et les in-
ductions qu'on en tire.
Les mots représentant les premiers be-
soins de la vie, les relations de famille, les
noms de nombre, les objets de la nature et
de la primitive industrie, forment un lexi-
3ue avec lequel on a mesuré les parentés
u sanscrit; Kennedy a compté 900 mots de
cotte nature communs au sanscrit et aiix
langues d'Europe. II a trouvé dans le çrec
208 mots sanscrits qui se rencontrent dans
le latin , et dans celui-ci 188 qui ne se
trouvent pas dans le grec ; il a conclu avec
raison que ces deux grands idiomes, avant
de se copier réciproquement, avaient dû sor-
tir d'un troisième , leur commun géniteur.
Je cite en note (556) 'quelques séries qui
montreront l'incroyable persistance des lan-
gues à travers trois ou quatre mille ans.
L'analyse de la conjugaison sanscrite et zend
a livré le secret des flexions du verbe dans
toutes les langues qui en dérivent.
La faculté d'assembler des mots nouveaux
en agrégats cohérents, faculté perdue dans
les langues, filles indiennes du sanscrit, dure
encore dans l'allemand et le grec. Pendant
2ue l'anzlais juxtapose deux mots , steam-
oat; le irançais trois, bateau à tapeur ; l'al-
lemand soude deux racines saxones, dampf-
sthiff; le grec met en fusion deux racines
crecques, atmopleion ou atmopleskon» Le
français savant a la ressource de refluer vers
le latin ou le grec pour y arranger locomo^
tire ou pyroscaphe; mais la langue populaire
répugne à ce procédé rationnel et pédant.
Elle fait timidement des substantifs com-
plexes ou hardiment des qualificatifs, verbes
et substantifs barbares, remorqueur^ fixateur j
distancer^ chefferie
Les vieux idiomes celtes ont encore auiour-
d'hui plus de vigueur et de force; ils aggre:;ent
par le procédé allemand, grec, sanscrit (557).
Aussi leurs racines sont-elles comme des
médailles rierges du frottement et de la
rouille oii l'exergue laisse déchiffrer encore
les événements du passé. Le rapprochement
suivant nous semble parfaitement justifié ,
quoique d'une hardiesse heureusement rare
parmi la gent friande d*étymologies.
Tolg en irlandais signifie un lit, comme
/y/f , en ik elsb, une couche, un lit de repos.
Ces mots sont identiques au grec tolé^ ma-
telas, coussin. Ils viennent tous du sanscrit
Mots sanscrits latins : pader, mader, jnvan, genu,
ped.jecar (jecur), agkni (t^fits), dharm (terra), ar-
riri (rirsj), nav (narU), sarpam (urpens), tidkna
(ridua),
{HSl) Voici des mots compleies do dialecte welsh :
dadien ûrié dawcl, ayant une tendance an décou-
ragement ; dmro stingie diaa sthmml, tendant à ame-
ner an état de sujétion. Voici nn mot encore phis
lony dn dialecte erse : gruaig fin ekaod faimd dmuiê
statné egaek, ayant de heaui cncTCUX de soic'retomr
bant en boucl*rs contonmér s.
863
LAN
DiCTiONNÀmS
LAN
8^
tulika^ matelas, lit, substantif dérivé de tula,
un des noms sanscrits de coton.
Surduhj un des noms sanscrits du tigre ,
{»rend dans ses composés la signification de
art, grand , prééminent, comme son syno-
nyme viagray et comme les noms du lion et
de réléphant. En irlandais sartulait signifie
fort.
La langue celte sort donc d'un pays où il
y eut tout à la fois le tigre et le coton.
Quand les voyageurs du dernier siècle eu-
rent compté plus de trois mille dialectes
dans le moncle entier; quand le premier
examen eut montré d'énormes ditiérences
entre la plupart de ces dialectes rapprochés
au hasard , la parenté des races humaines
put sembler aussi compromise que l'affinité
de ces langues et leur descendance commune
d'un langage primitif. Mais le classement des
idiomes par groupes similaires, la parenté de
ces groupes entre eux , la liaison , la fusion
évidente des grandes familles les unes dans
les autres, si elles ne sont pas déjà capables
de faire cesser la perplexité , doivent au
moins lever toute inquiétude sur le résultat
final.
Peu de mots suffiront maintenant pour
montrer le secours de la philologie dans
l'histoire des peuples. Une langue est la tra-
dition la plus large , la i)lus complexe du
passé; si deux nations aujourd'hui diflFéren-
tes d'apparence physiques offrent leur lan-
gue en commun, il est évident que ces deux
nations eurent une communication très-in-
time à un certain moment de leur histoire ;
il est possible aussi que ces doux nations
soient émanées d'un tronc identique.
La conquête impose l'idiome du vain-
queur même quand le vainqueur est compa-
rativement peu nombreux, ce qui est le cas
te plus ordinaire. Mais cet idiome officiel ne
se fond dans la langue populaire qu^à la con-
dition d'avoir avec elle une grande ressem-
blance. Le chaldéen adopté pendant la capti-
vité par la nation juive était proche parent
de l'hébreu ancien, et les Juifs formaient la
minorité parmi le peuple assyrien.
Quand U vaincu forme une nation avec un
idiome distinct, celui-ci reste; mais il faut
savoir le chercher ailleurs que dans la lan-
gue littéraire ou officielle. Le peuple hon-
grois, bohème, illyrien, qui apprend un peu
d'allemand , parle mieux ses idiomes natio-
paux slaves. 11 en est de même dans le.« ré-
publiques nègres d'Haïti et de Guyane,où le
français , lé noljandais, l'espagnol officiel,
peuvent être la langue politique; mais où
le peuple noir parlera longtemps des patois
africains et finira, si l'élément noir domine,
par élever ces patois au rang de la langue
de l'Etat, comme cela s'est vu pour le gua-
Cette ténacité , cette durée indéfinie des
(!>58) Dires phUoiophiques^ hypothèses vraies ou
fausses inventées par des raisonneurs pour expli-
quer des phénomènes.
(559) Exé§èse , explication , interprétation. Les
protestants particulièrement appliquent ce mot aux
langues dont nous avons cité d'autres exem-
ples plus curieux, impose donc aux parti-
sans de l'antiquité primitive et de la multi-
S licite des espèces humaines , la nécessité
e trouver partout une lan^e nationale sur-
vivant à côté des idiomes importés. Si rien
de pareil ne se retrouve chez des peuples
dont les langues se fondent en totalité dans
celles de peuples très-distants par le temns
et l'espace, il faut bien que l'émisration de
la langue et du peuple soit un fait simul-
tané. Et si ces peuples indiqués par la com-
munauté d'origine géographimie et linguis-
tique sont aujourd'hui très-différents d'appa-
rence, force est aussi d'admettre que le temps
et l'expatriation ont plus profondément el
plutôt altéré ces apparences, qu'ils n ont al-
téré les traditions et les langues.
Les idiomes les mieux analysés par la
science, les idiomes de l'Europe, sont parlés
en commun par deux ou trois races d appa-
rences très-aivérses. Les nations tarlares el
turques diffèrent beaucoup physiquement
,de la nation mongole proprement dite, et
pourtant leurs idiomes sont de la même A-
mille. Les langues ouraliennes sont répan^
dues parmi des peuples de livrées très-va-
riées; et, enfin, les nations basanées de
l'Inde parlent des idiomes dérivés du mi-
crit aussi bien que toutes les langues des
(peuples blancs de l'Europe moderne et de
'Europe antique.
Observations sur les théories linguiiiiqw
de Court de Gébelin, de Brosses^ etc. —Moïse,
le seul historien qui raconte l'origine dû la
diversité des langues , nous montre le genre
humain , avant sa dispersion , parlant une
seule langue dans la plaine de Sennaar. C'é-
tait, sans doute , la langue primitive , celle
qu'avait reçue du Créateur le premier cou-
ple de la famille humaine, et qui sélail
transmise aux huit personnes sauvées fiu
déluge; mais c'était cette langue, altéra
dans le cours du temps, et enrichie par h
progrès des idées et de l'ordre social. O'ii-
tre les desseins de la Providence qui vi^'i'
lait peupler toute la terre, les nombreux
decendants de cette famille se pressaient
dans cette plaine, et s'y bâtissaient une tour
qu'ils voulaient élever jusqu'au ciel , p<»uc
s en faire un point de ralliement. Dieu con-
fond leur langaçe, unique jusqu'alors; ij«
ne s'entendent plus à Babel, et voilà quilî
se dispersent tout à fait sur le globe, cha<jue
famille principale emportant son idiome ^»a^
ticulier provenu par altération de ce langage
unique; et de ces idiomes sont nées ensijii«
liu moins la plupart des langues connues, ei
toutes peut-être, sans aucune exception.
Ceux qui , dans la Bible , cherchent par
tout de la mythologie ou des philosopha
mes (558), en un mot, les partisans de la nou-
velle exégèse (559) et les francs incrédules.
doctrines vraies ou fausses par lesquelles lears tK^c*
leurs prétendent expliquer la Bible. Leur aiiclfo*
exégèse était Irès-réseivée en comparaison «J«* '^
nouvelle, de celle de notre temps. Cell^wi n'HK
dans le socinianisme ; clic s'efforce de changt r loi:»
LAM
DANTHRWOLOGie.
LAM
âf§
rejettent eette histoire. Elle n*a rien pour-
tant aoi ne s*accorde avec tout ce que Ton
sait aes lanzues parlées jadis ou mainte-
nant sur le globe terrestre.
On remarque, en comparant ces langues ,
particulièrement celles de TEurope, de la
moitié occidentale de FAsie , du nord et de
Torient de TAfrique, et même certaines lan-
gues de FAménque, qu^elles ont entre elles,
dans une portion plus ou moins considéra-
ble de leurs mots , des analogies si multi-
pliées, si frappantes, qu'un grand nombre
de philolozues ont cru trouver dans quel-
ques-unes la langue primitire, et dans les
autres des dialectes de cette mèmelan^e; et
qu'enfin le président de Brosses osait affir-
mer (que toute langue connue est dérivée
d'une aufre {Formalion mécanique des lait-
gu€$^ t. H, ch. 10, { 1 ) ; autrement que tou-
tes les lançues se tiennent les unes aux autres
par wu fUtation infinie (/6id., ch. 9, m /hie).
Qb a TU , dans les trois derniers siècles ,
la plupart des saTants assigner l*hébreu
pour langue primitire, pendant que d'autres
donnaient pour telle, ou la langue de leur
pars, on quelque autre langue qu'ils affec-
tionnaient.
Beccan, Hollandais, était pour la langue
des BataTCS , Webb, pour le chinois ; Rea-
dîng, pour Tabyssinien ; Sternhielm et Rudd-
bek, pour le suédois ; Saumaise , Boxhorn ,
CluTier, pour la lan^ie scvthique; Erici,
pour le grec ; Huço, pour le latin ; les Maro^
Dites, pour le syriaque; Le Brigant, et beau-
coup d'autres ayant et après lui , pour le
celtique ; un Flamand de notre temps, pour
la langue flamande ; d'autres aujourd'ui se-
raient pour le sanscrit.
Quant aux langues oui ont moins d'ana-
logie arec les langues les plus célèbres, à
ces langues qui paraissent ou qui paraîtraient
absolument étrangères aux premières, il est
}Mt>bableque leur affinité originelle s'est effa-
cée arec le temps, par toutes les causes qui
influencent les prononciations,comme le cli-
mat, les aliments, les montagnes, les plaines,
les rilles, les modes, les additions, les retran-
chements, les métathèses, les permutatfons
de Torelles et de consonnes. Quand on a
médité sur les chances de toutes ces causes,
multipliées par le cours des âges , on est
bien moins étonné de trouver des langues
qui ne se ressemblent pas, ou qui paraissent
tout à fidt étrangères les unes aux autres ,
«joe d'en rencontrer tant et tant d'anciennes
et de modernes qui se rapprochent par
beaucoup de ressemblance dans leur maté-
riel et dans leur structure.
D'ailleurs , il n'y a rien dans le récit de
Moise qui oblige à soutenir la fraternité
d'aucune langue. Il serait permis de croire,
contre l'apparence arec le docte Heryas, que
rérénement de Babel abolit en entier la lan-
fp^e pfimitiTe, établit pour tous les hommes
des bogues nourelles , totalement différen-
tes entre elles, et qu'elles furent autant de
langues primitiTCs; dans ce système, la res-
semblance des langues, ou leur dissem-
blance, n'a rien qui intéresse la véracité du
récit mosaïque.
Lorsqu'on parle de langue primitive, il est
nécessaire de bien faire connaître d'abord ce
qii'on prétend désigner par cette lan^e.
Voilà ce que n'a pas fait Gébelin , quoique
dans ses ouvrages il se soit occupé souvent
de langue primitive. Cherchons ce qu'il a
entendu.
Il écrivit après que le président de Brosses
eut cherché a expliquer les mots ressem-
blants dans les langues diverses, par la res-
semblance d'organe vocal entre les hommes,
et par certains rapports entre les noms
et les objets. Depuis que divers auteurs
avaient soutenu contre J. -J. Rousseau
l'invention purement humaine des langues,
Gébelin enseigna que toutes les langues ne
sont que les dialectes d'une langue |)rimi-
tive quelconque; il se flattait ouvertement
de posséder cette langue primitive et pré-
tendait en conséquence pouvoir expliquer
tous les idiomes parlés sur la terre. Il te-
nait beaucoup à cette idée qu'on trouve dans
queloues anciens, savoir, que les noms
sont les vraies images des choses. Il avance
que la parole est un instinct. U dit qu'il y a
entre les noms et les objets un juste rapport
plus ou moins étroit^ qui obligea tous les
hommes à recevoir ces noms , et qui les empé^
cha de les abandonner; enfin il affirme , que
les rapports sont nécessaires entre les noms
et les idées. Il ajoute que la langue primitive^
puisée dans la nature^ na pu s^anéantir en
aucun lieu; que toutes les langues en sont les
dialectes ; que toutes les différences entre les
langues se réduisent à cfes différences de
prononciation , de valeur, de composition ,
d'arrangement: enfin qu'on peut ramener
chaque langue à la primitive, en rétablissani
chaque mot d'après ces différences.
Avec ces données on peut comprendre ce
qu'est pour Gébelin la langue pnmitire %
C'est une langue naturelle que les hommes
n'ont point intentée^ que Dieu aussi ne leur
a point donnée par une intervention spé-*
ciale, mais (ju'ils avaient prise dans la m^
iurCf et qui reste aujourd'hui cachée dans
toutes les langues connues, anciennes et
modernes , à laquelle qu peut les ramener
toutes ; enfin que , par son art à lui on peut
y retrouver complète. C'est donc une langue
naturelle, nécessaire, universelle, impéris-
sable.
En marquer les traces est une tAche bien
difficile; car elle n'exige pas moins, dit-il ^
que la comparaison du plus gramd nombre
possible de lamgues.
Or quelles sont les langues que Gébelin
a pu comparer , en supposant qu'il les ait
toutes assez connues pour bien faire cette
comparaison indispensable?
Hervas, tom. I", in-%% page 69 de son C^
ialago de las lenguas, prétendit que Gébelin
les faits sunaturds de h Biblecn mythologie oa en poar enseifiier b rérélatioB s*en rendent précisé-
pfciWnnphrmn, en sorte que les professeors éiaUis ment les snb^pertissciirs les plus téméraires.
Wl
LAN
DICTIONNAIRE
LAN
MS
ne connaissait pas encore la cinquième par-
lie des langues du monde ; et celte assertion
ne paraîtrait pas trop hardie à ceux qui
prendraient la peine de comparer les écrits
de notre auteur avec ce qu'ont publié , de-
{)uis sa mort , sur la science générale des
angues, Hervas lui-même, Adelung, MM. Va-
ter, Eicchorn, ou seulement avec la seconde
édition du grand vocabulaire polyglotte ,
donné à Saint-Pétersbourg en 1790 et 1791,
in-i% k vol.
A bon droit Ton récuserait de même et Le
Brigant et les autres qui se sont égarés ,
chacun en sa manière, a la recherche de la
langue primitive.
Quand on dit que les mots sont les images
des choses, et qu'il y a un rapport naturel ,
juste et nécessaire entre chaque mot et Vidée
qu'à représente y il faut d abord s'entendre.
Parle-t-on des mots radicaux, ou seulement
des mots dérivés et des mots composés.
Si l'on borne cette théorie aux mots dérivés
et aux composés , nous comprendrons qu'il
est utile de connaîlrc la dérivation et la
composition des mots; qu'ainsi l'on peut
découvrir des vues de l'esprit humain plus
ou moins anciennes, toujours curieuses,
toujours utiles pour comprendre, pour ex-
pliquer les paroles, pour conserver la pro-
priété du langage , et souvent d'ailleurs ou
ne peut pas plus exactes, plus philosophi-
ques, plus morales.
Tous ces précieux avantages subsiste-
raient, dans Ta supposition même que les
mots primitifs ou radicaux ne fussent dus
qu'au choix le plus arbitraire.
Voyons donc seulement si les plus simples
radicaux sont, de nécessité, les justes images
des choses, s'ils peuvent avoir en toute lan-
gue, et aujourd'hui surtout, un vrai rapport
naturel avec l'idée qu'ils représentent.
II n'v a rien sans cause ; donc il y a eu
généralement quelque motif, quelque rap-
port plus ou moins éloigné, plus ou moins
f)roche, entre le signe radical ou primitif et
a chose signifiée. Voilà ce que nous accor-
dons sans difficulté.
Mais, premièrement, ce rapport a pu être
si éloigné, ou si singulier, ou si fugitif, que
nous soyons forcés de le regarder comme
arbitraire, ou nul, ou tout à fait impercep-
tible.
£n second lieu , supposons tous les radi-
caux fondés originairement sur des rapports
naturels, prochains, exacts et permanents;
n'y avait-il pas des rapports certains pour
déterminer le choix spécial de chaque ra-
dical? Oui, sans doute : la richesse de la na-
ture est immense dans sa variété ; la volonté
est capricieuse dans ses déterminations ; le»
circonstances qui fixent le choix sont pres-
aue infinies. Donc, en puisant également
ans la nature leurs idiomes particuliers,
les hommes auraient très-naturellement, à
àes syllabes et à des mots identiques, atta-
ché des idées fort difl'érentes, et à des idées
identiaues les mots les plus disparates, les
plus éloignés Tun de l'autre. Admettons
néanmoins qu'ils se fussent rencontrés tout
à la fuis, et pour le choix des rapports, eC
pour celui des signes, les traces d'un accord
aussi invraisemblable n'auraient pu généra-
lement se conserver dans le cours des siè-
cles, au milieu des altérations, disons mieux,
des transformations de toute espèce que nous
voyons s'être faites dans les mots, soit en la
même langue, soit dans le passage d'une
lan^e à une autre.
Ainsi, à la seule ouverture d*un grand
dictionnaire polyglotte s*évanouit tout le
système de Gébelm sur sa langue unique,
naturelle, nécessaire et impérissable. Il n*y
a pas jusqu'aux tables des radicaux, labo'-
rieusement composées par lui-même tout
exprès pour établir son système, qui ne ten-
dent à le renverser. Dans ces tables, à la fin
de chaque volume du Monde primitif, comme
dans les vocabulaires polyglottes et dans
ceux de chaque idiome, vous trouverez sans
cesse des sj-llabes et des radicaux exacte-
ment identiques, servant de signes à des
idées qui n*ont rien de commun entre elle^,
et toutes les idées les plus étrangères les
unes aux aujrcs exprimées par toute espèce
d'assemblages de syllabes et de lettres.
Cependant on est forcé de convenir, el
c'est une vérité que nous avons déjà si-
gnalée, qu'une comparaison attentive et
savante du matériel et de la structure des
idiomes les plus célèbres de la moitié oc-
cidentale de l'Asie, d'une partie de rAfn-
que, et de presque toute l'Kurope, manifeste
entre ces idiomes des analogies si claires et
si nombreuses, qu'il en résulte une évidence
morale d^identite d'orijpne, ou pour le moins
d'anciennes communications très - étroi ïcs
entre beaucoup de peuples de ces trois par-
ties de notre globe. Il est donc probable que
ces langues ne sont que des dialectes des-
cendus plus ou moins directement d^une
langue primitive. On aperçoit que TEurope
tient de l'Asie ses langues diverses et sa po-
pulation, comme elle en a reçu de précieux
végétaux, et en général ses opinions et ses
sciences, tant vraies que fausses, et ses arts
et ses usages.
Veut-on supposer, diaprés l'existence cl
l'ancienneté des langues qui paraissent le
plus étrangères à ces idiomes et entre eltes,
3ue plusieurs langues primitives, toutes
ifférentes les unes des autres, ont com-
mencé à la dispersion de Babel, et ont de-
mandé l'origine à beaucoup de langues ac-
tuelles ? Je crois que dans Tétat présent de
nos connaissances on ne peut solidement
ni prouver, ni réfuter une pareille opinion;
il me semble qu'elle sera toujours, ou long-
temps du moins, un problème irrésolu.
LANGUE PRIMITIVE. Yoy. Langues el
la note I à la fin du volume.
LANGUE ROMANE. Yoy. Eoropb mo-
SERNB
LANGUE ESPAGNOLE. Voy. Eo«opb mo-
DBRNB
. LANGUES D'OC et D'OUI. Foy. Edbok
MODERNE.
LANGUES AMÉRICAINES. Foy. Am«m-
CAINS.
LON
DAimiRWCMjOGIE.
LO^
«10
LARYNX. Voy. Voix
LEIBNITZ. Voy. Langage.
LENNI-LENAPES. Voy. Algottqui^s.
LENTILLE, POIS, HARICOT, elc. — La
lenlilie fut connue dans Tantiquité, et c'était
Traisemblablenient la nôtre (oÎBO). Notre pi-
gum satitutn nesi |)onit relui des anciens.
Ce n'est pas que je veuille dire (jue le pois
f^uit un légume inconnu aui anciens, mais
il pourrait être compris sous une dénomina-
tion générale ou peut-^tre sous plusieurs
noms d*un sens va.aie et indéterminé. Nous
Tovons, par les écrits de Galien, qu'il régnait
une grande confusion dans la dénomination
des fruits des légumineuses (561). On n'est
pas plus d*accord sur ce qu*on doit entendre
]>ar le mot phaseolus. Pline semble indiquer
par là le haricot commun, phaseolus tni/-
garis. Le dolichos des anciens est enreloppé
de la même obscurité. Le Mchminkbone des
Allemands, le phaseolus vutgaris des bota-
nistes, est très-vraisemblablement le smilax
de Dioscoride (I. ii, c. 17G). Les noms latins
pisum^ cicera^ cicerula^ et ceux grecs, doit-
rkoSf phaseolug^ s'appliquent à la gesse^ la
tkyrus de l'Europe méridionale; le pois en
général, pi$um des botanistes, erùse des
Allemands, peut très-bien aussi se trouver
s'^us cette dénomination. Le cicer arietinum^
le poiê chichtj qu'on cultive dans toutes les
parties de TEurope méridionale, particuliè-
rement en Espagne, ne peut faire aucun
«foute. C'est le cirer des Romains, c/>t€nrde^
des Grecs. Le lupin des anciens est égale-
ment notre lupinus albus ; la tieia des Latins
est peut-être Vaphaca des Grecs et notre vicia
saiira; et Vorobus des Grecs sera rfrrumdes
Latins, Yervum ertilia de Linné, très-cultivé
dans le midi de l'Europe comme plante four-
ragère; ouelguefois elle enivre les bestiaux,
propriété qui, pour elle, est encore caracté-
ristique. Nous ignorons quelle fut la patrie
de ces plantes; plusieurs d'entre elles, qu'on
trouve croissant spontanément dans le sud
de l*Europe, y furent primitivement culti-
récs. Le naricot commun tire certainement
son origine d'un pajs chaud , car il gèle fa-
ci lement. On lui assigne l'Italie pour patrie.
J'ai bien trouvé des espèces de ce genre dans
les listes des plantes de cette partie de TAsie,
mais jamais je n'ai vu l'espèce elle-même
LIRYENS. Voy. AiiomiGèNBS.
LIVRES INDIENS. Voy. Rouddbisme.
LOI DE RÉPÉTITION ORGANIQUE. Voy.
A?(AT01IIB COMPABÉK.
LOI DES CONDITIONS DEXISTENCE
CHEZ LES ÊTRES ORGANISÉS. Voy. Ana-
TOMIV COVPAmÉB.
LOIS MORALES. Voy. Faccltés.
LONAY (l'abbé). F. à la un du vol.
LONAY (L'abbé). Voy. à la 6n du vol.
LONGÉVITÉ. — SUICIDE. — Nous n'hé-
sitons point à dire que tout homme pénétré
in&fX) Le mets pour lequel Esaû vendit son droit
ff aînesse était réeUement composé de lentilles ; le
texte hébreu emploie le mot kadûsck^ qui est celni
.que les Arabe» donnent encore à la lentille. La pa-
raphrase cbaldéenne SHlinet la même inlerpréia-
tioa.
du sentiment de son excellence, des devoirs
Îu'il a à remplir sur cette terre, doit préten-
re à fournir une longue carrière, celle que
lui assigne la mort naturelle , ou , en d'au-
tres termes, Timpuissance nécessaire de son
oi^anisme parvenu à une certaine période.
Il peut s'abandonner à la Providence , par
laquelle tous les jours sont comptés , qui on
rompt le fil, quand il lui plaît, d que manière
brusque et inopinée. Mais comme il ignore
ses desseins, il doit tendre par lui-même à
la longévité comme à une fin respectable et
morale. En effet , nous allons le voir dans
un instant , la longévité se mesure au degré
des bonnes moeurs ; la ténacité vitale qui en
fait l'essence nuise en partie ses racines
dans le sol delà vertu. Aussi ne peut-on se
défendre d'un sentiment de tristesse. Ion -
qu*on voit de nos jours si peu de zèle poi r
vivre longtemps ; je dirai même plus , lor* -
3u'ou voit tant d'appréhension d'une longue
urée de l'existence. Le découragement de
la vie, tœdium vitœ^ résultat de nos misères
morales et sociales est si fort, qu'on reJoule
presque de déposer sur le berceau d'un
nouveau-né, es]>érance de la famille et qui
sourit à tous, les vœux pour une longue
vie , tant on craint pour lui les orages à
travers lesquels s'écouleront ses années.
Eh bien, il raut, pour être d accord avec les
lois providentielles et physiologiques , lui
souhaiter une longue série de jours pour le
libre exercice de ses manifestations morales,
but suprême de lliumanité , et en même
temps une grande sérénité d'âme pour sup-
porter les traverses de sa course.
L'homme est, de toutes les créatures pé-
rissables , celle qui est le mieux oi^anisée
pour atteindre la lougévité. C'est injuste-
ment qu on lui a contesté cette utile préro-
gative (5G2), par laquelle Dieu lui donne
ainsi le temps d'accomplir la mission sé-
rieuse de ses devoirs. L'importance de ces
derniers atteste suffisamment uu'il ne pou-
vait être doué d'une existence éphémère. Si
on réfléchit à l'extrême lenteur qui préside
à révolution de ses divers âges, on se con-
vainc aisément que le temps ne doit pas lui
manquer : il demeure dans le sein de sa
mère presque autant de mois que le cheval,
qui a un volume triple du sien. De tous les
animaux, c'est lui dont la dentition est la
plus lente ; comme chez l'éléphant , animal
centenaire, ses os se soudent très-tard. Sa
faculté de propagation ne se déclare qu'au
bout de la pénode de quatorze années, ce
qui n'a pas lieu chez tous les autres mam-
mifères. Haller, d'après ses nombreux tra-
vaux, ferait reposer cette aptitude plus grande
à la longévité sur des qualités spéciales à la
fibre humaine (563), et en particulier sur sa
trame celluleuse, qui est plus souple et plus
délicate que chez les autres animaux. Mais
(S61} De alimetU. facult.^ 1. n, c 25, i8.
(56â) Hàuju,* EUmenia phgsiologiœ corp. Amii.,
t. V, p. 95.
(565) M., îb. ; $ed qmod caput rei est, honûni prœ
ommibuê qmadrmpedibuê nuUlisùma est ctUnlota Ula
et uni'^sa fabrica tencrior.
m
Lorc
DICTIONNAIRE
LON
m
bans uier ce quo cette condition importante
de texture peut avoir d*iufluence sur la lon-
Sueur de la vie, il est juste de reconnaître .
'autres causes plus générales , tenant sous
leur dépendance le tyçe propre de Tôtre. On
est donc en droit d'alurmer que la loi de la
vie est la vieillesse. Dans cette dernière en-
core, on remarque certains modes de vita-
lité, qui ont incontestablement pour effet de
proroger l'existence. La lenteur du pouls
chez le vieillard n'aurait-elle pas pour but
de diminuer la consomption organique (564).
L'histoire nous apprend que, dans tous
les temps, cliez tous les peuples, la durée
ordinaire de la vie humaine a été de 70 à
80 années. Toutes les tables de mortalité dé^
montrent en effet, que l'époque normale de
la mort coïncide avec cet âge (565). A cette
mort on peut opposer la mort accidentelle,
c'est-à-dire celle que des circonstances in-
dividuelles amènent plus tôt que ne le com-
porterait le caractère de l'espèce. La mort
accidentelle par elle-même se divise en* celle
qui est tout à fait indépendante de l'individu,
comme lorsqu'elle survient à la suite d'une
catastrophe violente ou d'une maladie héré-
ditaire, etc., et celle qui doit être en quel-
que sorte considérée comme son ouvrage,
ou du moins qu'il n'a pas pris soin de pré-
venir en se plaçant dans des conditions ac-
quises favorables. C'est de cette dernière que
nous traiterons.
L'homme igourne, c'est une chose non
douteuse, l'épuisement du fond de sa vie par
un régime physiologique et par un régime
moral. C'est en ce sens que nous avons pu
dire avac raison que très-souvent la vieil-
lesse était le û*uit d'actes éminemment res-
pectables et moraux. Soyons de bonne foi,
et interrogeons le sens commun des peu-
ples : ils respectent partout la vieillesse,
qui leur apparaît comme quelque chose de
sacré. Est-ce parce que tel homme nous
présente les signes de la décrépitude joints
a une démarche vacillante que nous l'entou-
rons de nos respects? e«t-ce seulement de-
vant rintelligence mû. le par les années que
la foule se découvre l Trèa-souvent cette
caducité organique s'associe à une caducité
morale. Tous les signes extérieurs ne don-
nent donc |)as la raison do ce sentiment de
vénération , si généralement répandu. Ce
qu'on vénère dans le vieillard , ce sont ses
vertus^ les sacrifices qu'il s'est imposés pour
devenir vieillard ; car on sait bien que pour
parvenir h un âge avancé il a fallu déployer
une somme d efforts soutenus , avoir prati-
qué des vertus peu ordinaires ; et on les
vénère dans l'homme qui a pu triompher du
(564) Etemenia physiologiig corpJmm.,%, V, p. 16.
(565) IUjrdàch, Traité de physiologie^ considérée
comme scunce d*observation^ trad. de Jourdan ; Paris,
1859, 1. y, p. 339. f Ge qui fait, dit ce professeur
allemand, que la durée de la vie de rtiomme sur-
passe celle des mammifères égaux à lui en gros-
seur, c'est qu'il dépasse infmiment ces derniers sous
le point de vue moral.
(566) Haller, hc. cit,, p. 119. Inlra non est pri-
mordium corpoAs sanum a votre sano, matre sana
temps. Comme tout se lie dans la morale, le
respect pour les vieillards sera toujours us
des plus nobles principes sociaux.
La lonsévité appartient en quelque sorte
à la famille, d'où elle se transmet aux des-
cendants. La condition première pour vivre
longuement se trouve dans la possession
d'un corps qui nous soit fourni par un père
et une mère sains ; d un organisme qui nous
mette à l'abri de la goutte, de la phthisie, de
l'apoplexie et de tant d'autres fléaux qui pé-
nètrent les générations (566). Il faudrait être
bien aveugle après cela pour ne pas atta-
cher une grande importance au maintien de
la pureté des mœurs dans la famille et à sa
moralité. Les vices du père dans sa jeu-
nesse creusent les tombes de ses arrière-
neveux > qui y descendent prématurément.
Le principe d'hérédité morbide est un de
ceux que la médecine peut ofifrir avecle plus
de certitude à la méditation des hommes
pour les exhorter à la tempérance et à la
vertu. D'après une masse imposante de faits
on ne peut douter qu'il n'y ait des familifë
chez lesquelles la longévité ne soit presgoo
générale pour les membres qui les cm^
sent. Celle du fameux Thomas Pare, paTsan
anglais, qui fut présenté à Charles il à h;,ni
de cent quarante ans, comptait quatre gêné-
nérations mar(^ées par des vies de mi
•douze, cent treize et cent vingt-quatre an-
nées (567). Dans ces familles on remarque
toujours une grande sobriété qui constitue
le réçime physiologique, et les vertus qui
établissent le régime moral.
Le réçme physiologique , c'est-à-dire la
proscription des excès, de tous les actes qui
ont pour but d'activer la consomption or^^a-
nique,joue un rôle très-remarquable dans la
longévité individuelle et celle de la famille.
Selon Haller, la sobriété est la aualité qui
distingue les centenaires : Nunc tongeplffi'
que eorum sobrii fuerunt strictique ri;
c^ua (56S). Ce même Thomas Pare mourut à
l'Age décent cinquante^-deux ans, et l'on
{)eutdire d'une manière inopinée: caries
àveurs royales l'ayant comble, interrompi-
rent sa sobriété pour le jeter dans l'abon-
dance qui causa sa perte (569), D'aprèi le
même auteur, les anciens Suédois parve-
naient à une longue carrière; mais depui>
que les enfants se sont relâchés de la teni-
péran<?e salutaire des aïeux , ils n'atteignent
plus le nombre de leurs années. Il en est de
même dos Norwégiens, dont la vie diminua
à proportion des excès qu'ils firent en boif
sons îermentées. Tandis que , septuagénai-
res, on les voyait autrefois se livrer avec
vigueur à la culture de leurs champs» <^o
nafKtR, quod magnorum morborum nobis (acist te-
caiiotiem, poda^rœ, apovlexiœ, hy4ropUtpktiôti»i
quœ mata certtssime viaemus , etiam contra vs»^
contra nitentis ratioms vivendi vires, a pêtrOv »
filios transirez
(567) Haller, loc. df., p. 113.
(B68) Id., ib.
(569) W., ib. Et contrû Thomas Pare mm f»*-
père et dura dicta 150 innoa attigerat. lautiuif**
vivere cœverat. continuo tteriit.
S)5
LON
D^ANTHROFOLOGIE.
LON
874
E
je.<7oi( aajimrd*hui énerves h ia cinquan*
urne (570).
Le régime moral est plus important en-
core que le précédent, parce qu*ii le suppose
et qu il se résume en ces mots : tempérance,
empire sur soi-même , force et pureté de
rame. En réalisant ces tertus dans la vie
priîée, et airec une constitution non enta-
fliée dufl yice héréditaire , on peut juste-
ment se promettre de longs jours. Nulle au'-
(rejpartie de Thygiéne ne fait mieux res^
sortir l'étroite connexion qui existe entre le
caractère moral et le bien ou le mal être
hj'siologique. Nous avons toujours été
rappéde cette remarque énergiquement ex-
primée par Haller, au s^jet des conditions
(le la longévité : « Je-considère, dit-il, comme
lûen propre à hÂter la ruine de Tor^anisme ,
ce tempérament acre, cet esprit irritable qui
oe peut pas plus se consoler des injures et
iks adversités, que les nerfs du pied ne peu-
Tent se guérir oe la podagre (571). » Le fe-
aeux Stalh avait également ooservé que les .
sujets très-sensibles parviennent rarement à
une longue vie. Aux yeux de l'observateur,
que ces remarques sont vraies 1 II peut , en
f (Tel, classer les hommes en trois catégories,
liaprès le mode de réaction sur leur âme des
('renements du monde. Les premiers d'une
nature apathique, et dans le fond peu hono-
rjUe, puisqu elle est au n;ioins sur les limi-
tes de régoisme, possèdent le rare privilège
Je n*étre émus par rien , si cela peut s'ap-
leler un privilège. Les événements les plus
ri&tes viennent fondre autour d'eux , les
ilus grands malheurs de famille éclatent
tans leur intérieur , tout cela disse sur la
•arface de leurs âmes sans y pénétrer. Ces
loujmes sont à l'abri des émotions poignan-
ts (le la vie, mais , en revanche , moins ri-
hcs en joies douces et pures ; car le bien,
AS plus que le mal, n'a chez eux la puis-
'Bce d'exciter leur engourdissement moral ;
^ hommes sont incomplets. 11 en estd'an-
es, beaucoup plus intéressants, mais bien
lus à plaindre : les moindres événements
Ha vie les impressionnent dangereuse-
leal , et leur sont d'autant plus funestes
i*ils portent atteinte à leurs affections ; i'ad-
îrsité, rinjustice des hommes auxquelles
» sont en butte, portent dans leur âme un
fcouragement qui abrège leur existence.
D les voit s*éteindre de deux manières ,
Ion les diversités originelles de leur cons-
liition : ou ils périssent dans une lente
nsomptioa , ou nien ils sont emportés par
le maladie cérébrale. Entre ces deux ex-
huos on a aussi fréquemment l'occasion
>liserver avec bonheur ces hommes qui
nient vivement , mais qui réagissent sur
[^70) HàLLca, ioc. cit., p. 114.
r>7t) Hallu, i0c. cit., p. 119.
^72) UCFCI.AXD, Macrobiotique; trad. de lonrdan,
W.
573) Mémoire» de C Académie roifole de médecine^
'\ p. 51 et suiv*
574) La mortalité des nègres des colonies an-
i$4» par rapport à la mot^talité des nègres qui
vent dans rarmée anglaise , par conséquent q!Û
DicTio:tN. d'Anthropologie.
les infortunes de ce monde, par une fermeté
de caractère qui se fonde sur une juste ap-
préciation des choses et qui les rend indé-
pendants des cotips du sort. Ceux-là ont or«
dinairement trempé de bonne heure leurs
Ames dans une éducation fortement chré-
tienne* Ils parviennent presque toujours à
la longévité (572). Nouvelle preuve de Tal-
lianlce de la force morale avec la force phy-
siologique.
G*est un préjugé sans fondement celui
qui porte à supposer des chances pour une
longue carrière dans un régime de vie
exempt de peines et de labeur. La loi du
travail est celle de Texistence humaifle;
o*est elle aussi qui donne plus de puissance
à cette force de notre être, qui doit contre-
balancer sa destruction. Les beaux travaux
statistiques du docteur Villermé ont [trouvé
que les différences de mortalité dans les di«
vers quartiers de Paris dépendaient moins
de l'air, du sol, de Teau et de rhabitation»
que de Taisance unie au travail ; et qu'il y
a plus de mortalité dans les villes peuplées
par les riches sans occupations que dans
celles ou règne une industrie qui amène le
bien*étre à sa suite (573). Il est évident que
pour parvenir à de tels résultats il ne fau^
pas que le travail soit de nature A briser 1^
courage: la vie alors se trouve prodigieu-
sement abrégée , comme chez le nè-
gre, surmené à la manière d'une béte de
somme (574).
On a cherché à évaluer les rapports de la
longévité avec les diverses professions, et
les données obtenues oe sont point sans in-
térêt, quoique encore peu nombreuses. Tel
est le tableau suivant , dressé par M. Cas-
Eer, qui donne d'après les professions, lenom-
re de personnes sur 100 ayant atteint leur
soixante-dixième année*
PROFESSIONS. KOMB. rBOIK>RT«
Théo]ogi.*ns, . 42
Agriculteurs, ÂO
Commerçants ou manttfaauricrs, 55
Soldats, Z±
Comiitis, 52
Avocats, 29
Artistes, 28
Professeurs, 27
Médecins, 24
En jetant un coup d'œil sur ce tableau, on
est frappé d'abord de voir que ce sont les
théologiens qui tiennent le haut de l'échelle
dans une proportion numérique assez re-
marquable. Nul doute qu'ils ne doivent cette
plus grande durée de leur vie à des habitu-
des journalières d'ordre et de régularité,
surtout à la mise en pratique soutenue des
préceptes religieux , objets salutaires de
sont moins tourmentés corporellemcnt, est dans la
proportion de cinq ou six noirs esclaves sur un
nc«re libre.
La race semble influer d'ailleurs sur la mortalité.
La race cavcasique parait avoir une plus longue
durée de vie que les races mongole et malaise.
( VmBT, Histoire natureile du aenre humain^ 1. 1*%
p. 357.
28
875
LON
mCTIONiNAfRE
LON
(76
leurs i&éditations : ils y puisent, d'une
part, cette renonciation calme aux choses de
ce' monde et ensuite cette douce résigna-
tion, bien différente de la résignation hu-
maine stoïque et forcée, qui double le ma-
laise de la nature morale lorsqti'elle est
froissée par le malheur. La longévité des
théologiens, c'est-à-dire des hommes chré-
tiens par pratique comme par conviction ,
ne peut-être autrement expliquée ; car par
rapport aux autres professions, ils se trou-
vent dans des conditions physiologiques dé-
favorables, puisqu'ils sont, pour la plupart,
célibataires. Or , d'après les travaux d'un
autre statisticien, M. Benoiston de Château-
Neuf, et ceux de Parcieux, qui leur sont an-
térieurs, le célibat compte peu d'individus
qui soient parvenus à un très-^rand âge (575).
Les hommes qui ont fourni une carrière
extrêmement longue et dont l'histoire a été
conservée dans les traités spéciaux de la
science, s'étaient fait remarquer par la durée
insolite de leur faculté procréatrice (576).
En second lieu, en descendant le tableau ,
nous trouvons la contre-épreuve de ce que
nous venons d'avancer ; car nous vovons le
nombre des vieillards diminuer dansies pro-
fessions où les passions augmentent^ où la
dévorante ambition surtout est l'Âme, le
stimulus de tous les efforts. Quelles carriè-
riès sont plus agitées en ce sens aue celles
des avocats, des artistes et des professeurs ?
Enfin les médecins, réputés les conserva-
teurs de la vie des hommes, sont nrécisé-
ment ceux qui l'ont la plus brève. Voués à
toutes les fatigues du corps, exposés à toutes
les émotions déchirantes, leur existence
doublement ébranlée , doit se briser bien
vite, s'ils ne s'astreignent eux-mêmes au
régime moral.
Il importerait beaucoup au bonheur de la
société qu'elle comptât dans son sein le plus
grand nombre possible de membres assez
robustes de cprps pour atteindre l'Age de la
mort nécessak^e. Cette circonstance lui four-
nirait d'abord une carantie morale, puis-
qu'il existe une relation directe entre le
nombre dés vieillards et la multiplicité des
bonnes pratiques et des bonnes mœurs. En
second lieu, ne paurrait-on pas igouter,
sans trop préjuser, qu'elle serait appelée à
retirer ou grand développement de la Ion*
gévité parmi ses membres un bien plus di-
rect, que voici. On se pkdnt des agitations
de la société ; des secousses qui l'ébranlent à
chaque instant, pour remettre en question
toutes les institutions auxquelles elle pour-
rait d'autant plus s'attacher, qu'elle en res-
sent déjà les avantages : c'est ce vice incessant
de décomposition qui fait son mal, en l'em-
pêchant de prendre une base fixe et défini-
tive. Et ne voit-on pas surtout qu'il tient à
r(575) Mémoire sur la mortalité de la femme^
p. 42. ^— ^'
, ^576) HuFELASD, Maerobiotiaue^ p. 1^.
(577) Sur 6d4 cas de suicide, ce médecin a re-
connu quHl y en avait 239 provoqués par la misère
résultant d'une mauvaise conduite, n a fait en outre
cette précieuse remarque, savoir, que, sur 10 sui-
la succession rapide des hommes neofs aux
hommes mûrs qui ont acquis Texpérience
des années? Les premiers, au lieu de don-
ner suite à l'oeuvre commencée par leurs
devanciers , travaillent sur de nouvesux
faits ; d'autres suivront qui recommenceront
de même, si bien que le temps leur manquen
toujours.
D'après ce qui précède, on peut juger du
suicide, qui est le plus grand attentat contre
les lois de la nature. Mais si quelques es-
prits spéculatifs se sont pris d'indukeiice
pour cette indigne action, c'est faute d avoir
établi une distinction importante entre Té-
tât de TAme de l'individu au moment où il
se suicide , et les actes antérieurs qui ont
préparé cette résolution irrationnelle et
désespérée. De même que la pratique des
devoirs, des occupations honorables, vous
porte à aimer la vie, de même l'habitude du
vice vous en détache bientôt. Le docteur
Fabret, qui a fait des recherches très-savan-
tes sur le suicide, a mis en lumière ce point
de doctrine, qui est assez bien établi pour
que nous n'ayons pas besoin de le dévelop-
fer davantage (577). Nous nous bornerons
invoquer 1 autonté la plus grave du siècle
concernant les maladies mentales : t Si par
son éducation l'homme n'a point fortifié son
Ame par les croyances religieuses, par les
préceptes de la morale , par les habitudes
d'ordre et de conduite régulière ; s'il na
pas appris à respecter les lois, à remplir les
devoirs de la société, à supporter les vicissi-
tudes de la vie ; s'il a appris à mépriser ses
semblables, à dédaigner les auteurs de ses
jours, à être impérieux dans ses désirs et
ses caprices : certainement, toutes choses ^-
les d'ailleurs, il sera plus disposé à termi-
ner volontairement son existence dès qu'il
éprouvera quelques chagrins ou quelques
revers. ^Vhofnme a besoin aune autorité fui
diriae ses passions et gouverne ses aetim;
livre à sa propre faiblesse, il tombe dans
l'indifférence, et après dans le doute ; rien
ne soutient son courage, il est désarmé
contre les souffrances de la vie , contre les
angoisses du cœur, etc. (578). »
J'ai souligné à dessein les lignes qui pré-
cèdent pour montrer aux personnes qui an-
raient lu et goûté les doctrines contenues
dans un autre ouvrage (579), composé en
partie sur la même matière , la différence
énorme qui sépare les témoiznagesde
deux auteurs renommés au sujet de i action
des croyances religieuses dans la prati((ue.
Bien des jeunes fçens surtout se sont laissé
gagner aux doctrines matérialistes par l'au-
torité scientifique du docteur Broussais, b
concision de ses formules, la verve de ses
discours ; mais sur une aussi grave matière,
qu'ils se recueillent un peu et qu'ils priscul
cides, on en compte 5 qui ne vont pas an deU deb
tentative
(578) ÊsQuiROL, Maladies mentalety U 1*", p. 5^*:
Paris 485^.
(579) Celui du docteur Broussais , tur Cinit^^
et la folie. H* vol.
in
MAG
DHNTHROFOLOGIE.
MAG
S7S
i'auforité d*un homme qu'ils estiment et
qiii mérite autant de TAtre. Quel est celui
des deux qiii doit être mieux écouté dans
les questions du moral humain, de celui qui
a passé la moitié de sa yie dans les camps,
IJautfe moitié dans les ardeurs d*une polé-
mique infatigable ; ou de celui qui a passé
quarante ans d*une vie calme h observer les
symptômes de la folie et à essayer pour elle
les meilleures méthodes de traitement?
Quïls jugent dans la sincérité de leur cœur,
et qu'ils prononcent.
LUMIÈRE. Yoy. Œil.
LUZERNE. Voy. Tm&FLB
M
MADAGASCAR, ses naturels. Voy. Ml-
UTO-POLTHÊSIENS.
MÂDECASSE (Bbanche). Yoy. HalatO-
Polynésiens
MAGNÉTISME HUMAIN. — Le magné-
(isme humain, dont on a tant usé et abusé,
qu'on a nié et défendu avec une égale exal*
talion, n^est autre chose que le principe
hémato-nerveux , c'est-à-dire le fluide éthéré,
élevé à sa plus haute puissance. Il est résulté
de cette exaltation passionnée qu'on a exa-
géré dans les deux sens : les uns, en niant
'les faits évidents et que la physiologie,
(elle que nous la proposons dans la philo-
sophie basée sur le principe chrétien , devait
le^ conduire à admettre et à expliquer; les
autres, en mettant des faits délicats au ser^
vice (lu charlatanisme et souvent des passions
mauvaises. Ici, pas plus qu'ailleurs, 1 autorité
des noms, quelque respectables qu'ils soient,
ne doit servir de guide à notre jugement;
les principes admis et les faits avérés doivent
^tre pesés consciencieusement pour en ac-
cepter les conséquences sans aucun détour.
Et d'abord , c'est un fait acquis à la scien-
ce et désormais incontestable, que l'électri-
nté joue un rûle indispensable dans toutes
les opérations chimiques, et c'est pour cela
q}ie Ton doit remplacer les affinités de l'an-
nenne chimie par les actions électriques ;
('lies agissent, en eifet, dans toutes les com-
binaisons des éléments divers et dans toutes
leurs décompositions. Le contact de toutes
los substances hétérogènes dégage de l'élec-
ti;iclté, et le changement de température
(un corps suffit pour l'électriser. Les expé-
icnces galvaniques, thermo-électriques, met-
^nt cette thèse générale hors de tout doute.
. L*action de 1 (électricité, dans la germina-
ion des plantes et dans tous les phénomè-
nes de la végétation , n'est pas moins bien
prouvée, puisqu'on a pu recueilïïr et mani-
^ier cette électricité par des instruments
fusibles. Mais de plus la physiologie végé-
Ale n'est en définitive que la série des phé-
tornènes chimiques, par lesquels les substan-
es diverses se combinent, se composent et
e décomposent dans les tissus végétaux ; il
a donc nécessairement action électriaue.
^ théorie chimique et les faits rendent
ette vérité incontestable.
La physiologie animale n'est aussi, en
rande partie, qu'une succession d'opérations
Mimiques, par lesquelles les substances de
lalure extrêmement diverses sont mises en
ontact, se combinent et se composent, se
lesagrégeat et se décomposent , dans l'orga-
nisme animal. II y a surtout dans la respi-
ration développement et absorption d'élec-
tricité, puisque l'air est saturé de fluide
électrique, répandu dans tous les espaces
et entourant les molécules les plus ténues de
tous les corps solides, liquides et fluides. La
nutrition doit en introduire aussi dans l'or-
ganisme, aussi bien que l'absorption cutanée.
Une foule d'expériences irrécusables, exé-
cutées par des observateurs habiles, ont
prouvé que l'action galvanique fait contrac-
ter les muscles d'un animal vivant et d'un
animal quelque temps après sa mort.; sous
l'influence électrique, la partie globuleuse
du sang se contracte également, aussi bien
Sue sous l'influence des nerfs. Un animal
tant ouvert après la digestion commencée,
si l'on coupole nerf pneumagastrique qui en-
voie des ramifications à l'estomac, la diges-
tion est interrompue; que l'on rapprocI:i&
ces deux extrémités de la section du nerf,
elle continue de nouveau; qu'au lieu de
rapprocher ces deux extrémités, on les mette
en communication par l'intermédiaire d'un
fil métallique, la digestion se continue en-
core ; enfin , qu'on agisse par le moyen de la
pile galvanique sur l^xtrémité du nerf qui se
rend à l'estomac, la digestion se continue
toujours. De pareils faits ne peuvent laisser de
doute sur Tanalogie delà vie et de l'électricité.
Dans une foule de maladies, on peut re-
marc[uer aussi l'influence électrique : c'est
ainsi que des tumeurs enflammées ont fourni
de lélectricité appréciable à l'électromètre.
Les poissons électriques, tels que la tor-
pille, le gymnote, l'anguille de Sunnam, etc.,
dégagent de rélectricfté et s'en servent ou
pour saisir leur proie, ou pour se défendre
contre l'ennemi ; ils engourdissent la main
qui va pour les saisir, et on a pu, sur ces
poissons, charger des bouteilles de Leyde ,
qui ont donné des commotions violentes et
produit des étincelles, absolument comme
on le fait avec une machine électrique.
L'homme, dans son être physique, dans
toutes les fonctions de sa vie organique , est
soumis aux mêmes influences électriques
que les animaux. Chez lui , comme chez ces
derniers, la digestion , la respiration , l'ab-
sorption cutanée, la calorification, la nutri-
tion profonde ou l'assimilation, sont des
opérations chimiques, soumises à l'action
électrique , comme dans le règne végétal et
comme toutes les compositions et décomp (h
sitions du règne minéraL
Le système hémato-nerveux, qui çpm por(
le cerveau de l'homnif - " '
«7»
MâG
DiCTiONNAJRE -
MAC
SM
doit donc être considéré, d*après tous les
faits précédents, comme une sorte de con-
densateur électrique. L'observation prouve
en outre que, dans les nerfs, la substance
nerveuse blanche est un excellent conduc-
teur de l'électricité, tandis que le névrilème,
leur enveloppe, est un isolant, et ne con-
duit pas les fluides électriques. Ces rapports
frappants entre les nerfs et les conducteurs
que nous employons dans nos expériences
électriques, entre les névrilèmes et les corps
isolants, ne peuvent être l'eflFet d'une cause
sans nom.
La ligature ou la section des cordons ner-
veux prouve la subtilité du fluide vital, et
son analogie avec l'électricité est démon-
trée par des faits trop nombreux pour qu'il
puisse être désormais permis de ta nier.
Puisque c'est par le fluide éthéré que
tous les corps de la nature, que tous les
atomes de matières réagissent les uns sur
les autres , il faut bien admettre aussi que
les corps extérieurs transmettent leur action
aux nerfs sensibles par le même principe
subtil, qu'ils modifient suivant leur nature :
la modification se propage jusqu'au cerveau
qui est le foyer et le condensateur vivant de
1 électricité animale, dominé, régi et mo-
difié par l'Âme dans l'homme, sans que nous
puissions en saisir ni en connaître le mode;
car la distance entre l'âme spirituelle, et ce
fluide MATÉRIEL si subtil qu il soit , est im-
mense.
Mais il n'en e:t pas moins vrai que Télec-
tricité joue un grand rôle dans l'organisme
humain. Les effets du galvanisme, des ma-
chines électriques, sur les animaux et sur
l'homme; l'électricité atmosphérique, qui,
pendant les temps orageux , a^it si fortement
sur les végétaux, sur les animaux, sur les
hommes suivant les variétés de constitution
organique, en sont des preuves certaines.
En nous élevant plus haut, nous rencon-
trerons des phénomènes analogues dans les
répulsions et les sympathies qui existent
aussi bien entre les végétaux et les ani-
maux qu'entre les individus^ de l'espèce
humaine. Certaines plantes ne peuvent vi-
vre à côté de certaines autres, tandis qu'elles
semblent rechercher leurs' analogies ; on at-
tribue ce phénomène aux sucs sécrétés par
les uns ou par les autres, mais ces sucs ne
sont-ils pas imprégnés de fluides diverse-
ment modifiés, qui seraient la cause de ces
répulsions ou de ces rapprochements?
Un cheval aperçoit ou sent pour la pre-
mière fois un animal carnassier, son ennemi ;
il est saisi d'effroi et pousse un cri de ter-
reur inconnu jusqu'alors. Transporté dans
les déserts de l'Arrique, qu'il vienne a flai-
rer les vestiges d'un lion , qu'il n'a jamais
vu-, il frémit, recule, renifle, et fait^en-
tendre le même cri perçant, expression de
l'épouvante qui l'a pénétré tout entier.
Le crapaud et la grenouille sont attirés
malgré leurs efforts vers la couleuvre ou le
serpent, dont le regard les fascine, et, décri-
vant autour de la gueule de leur enncnri,
des courbes de plus en plus étroites, ils
finissent par se précipiter dans le gosier
qui les engloutit. Le lion, ce puissant ani-
mal , est attiré de la même façon par les ser-
pents boas; et des voyageurs racontent qu ils
se sont sentis entraînés malgré eux vers ces
énormes serpents , par un courant auanel
ils ne parvenaient à échapper qu'en le bri-
sant par le tournoiement rapide de leur
bâton. Si ces faits sont vrais , comment les
expliquer autrement que par le fluide uni-
versel, agissant dans tous les êtres delà
nature (580)? N'est-ce pas encore à lui quil
faut attribuer la fascination que les oiseaux
rapaces exercent sur leur proie? Un éperyiw
plane dans les airs sur les petits oiseaui,
dont les cris perçants témoignent de leur
impuissance à échapper à cette fascination,
et bientôt le ravisseur s^abat comme un Irait
sur sa proie. A quelle autre cause peul-on
attribuer les répulsions que certains hom-
mes éprouvent pour d'autres, sans atoir à
s'en plaindre, sans leur en vouloir, mais
dont la seule présence, le trop crand rap-
prochem^nt, la vue les agite et les éraeul
sans qu'ils puissent en deviijer la cause.
Ils sont comme électrisés par ces individus
ordinairement d'une constitution plus éner-
jjique et très-différente de la leur. D'autres
individus, au contraire, se recherchent um-
tuellemeut, et cela même neut devenir une
passion violente , par la dinérence dos scies
et par l'âge, à cause de la symijatliic qui
s'établit entre les chairs, par la iréquenla-
tion et l'espèce de contact* trop prolongé
établi par l'atmosphère ambiant seul.
C'est même là un des grands dangers
pour les jeunes personnes et les jeunes
gens réunis dans les assemblées, surtout
nocturnes , du monde ; ces grandes réunions
illuminées , parfumées, échauffées, mettent
en mouvement les fluides animaux, ^ous
savons, en effet, que les bouçies, les lampes,
toutes les lumières artificielles sont dis
excitateurs du fluide éthéré, comme le soleil
et tous les corps lumineux; or, plus ces lu-
minaires sont nombreux dans un petit es-
pace, plus les vibrations de l'éther y sont
activées ; l'air échauffé, dilaté, participe lui-
même à l'énergique activité de ces mouve-
ments ; la chaleur dégagée, soit par les calf>
rifères artificiels, soit par le mouvement
vital de tous les corps humains réunis dans
un petit espace, contribue singulière-
ment à la dilatation de l'air et à Taugmeo-
tation des vibrations éthérées. Les parfums
divers, émanés des substances odoriiérantes
dont on se sert en pareille circonstance,
joints aux perspirations odorantes des corps
agissent, & leur tour, avec les boissons tie
toutes sortes, pour aiguiser Todoral elle
goût ; par toutes ces causes, un mouvement
vital plus actif est déterminé dans les orga-
nismes individuels ; une plus grande alnm-
(580) Fluide universel spécialisé aussi en chacun d'eux, par chacun d^eux, et conservant encore des r^"
ports avec la source à laquelle il a été puisé.
MAC
D'ANTHROPOLOGIE.
HA€
m
dance de flaide électrique, vital, s*€n dégage ;
il s'en forme autour de chacun comme une
atmosphère 9 qui rayonne dans tous les
sens, suivant les lois physiques ; ces rayon-
oeffleqts s'entre-croisent, et, fortifiés par la
lumière, par les chants, la musique, qui
viennent encore accroître les vibrations par
la chaleur artificielle et naturelle, par les par-
fums, par les respirations, les perspirations,
pariesliaueurs, ils agissent sur Touïe, la vue,
rodorat, le soût : sur toute la surface cutanée,
dont tous Tes pores sont dilatés, dont les
houppes nerveuses et vasculaires sont dans
une érection presque continuelle ; dans cette
espèce d'ivresse magnétique, qui saisit tout
Torganisme par ses sens extérieurs et inté-
rieurs, les imaginations s*exaltent, les sym-
pathies se démêlent, se heurtent et se ren-
contrent dans les courants d'électricité vi-
vante, les cœurs se prennent (581). Les
jeunes personnes surtout , comme plus ner-
veuses et plus absorbantes de réiectricité,
par leur constitution, courent les plus
grands dançers pour le calme de Tesprit et
h tranquillité du cœur. Il n'est pas rare
alors, qu'assises auprès d'une mère impru-
dente et inexpérimentée, qui a cru que sa
Erésence serait une sauvegarde, elles tom-
ent tout à coup dans une tristesse profonde,
ou un silence morne de tous les sens exté-
rieurs, pendant qu'une agitation pénible,
inconnue, dont elles ne se rendent pas
wmpte, préoccupe toute leur Ame. Une
iipaze importune s'est mêlée à leur fluide
vital, elles la contemplent et la savourent
malgré elles, pendant que leur propre fluide
est allé former dans un autre une image
iorrespondante ; et ainsi les cœurs s'inch-
nen(, et il ne faut plus qu'une étincelle de
l'œil pour communiquer tes pensées intimes,
avec une énergie bien plus puissante que
lafiarole. La mère imprudente n'a rien vu,
rien senti : elle croit toujours sa pauvre
rictime auprès d'elle, mais elle n'a plus
i|u*un cadavre, l'âme est ailleurs. Et pour
[<eu que des imprudences soient commises,
H) soupçonne assez les malheurs que fera
laltre rimage «m'emporte avec elle la vic-
ime, et dont elle ne se débarrassera pas
l'ici longtemps. Heureuse si elle trouve dans
%t état compassion et bienveillance dans
es conseils I
Or, nous le demandons, comment expli-
|uer tous ces faits , qui embrassent tous les
îres, sinon par cet agent universel que
fipérience retrouve partout? La négation
1 )' fera rien , et la passion aurait autant de
ai5on à nier la lumière.
Ce fluide universel reconnu, il serait fa-
de d'en suivre lesmodificationsdans chaque
^(^e, dans chaque molécule ; de voir com-
ment il se spécialise dans l'homme et dans
haoue organe ; comment il est le lien des
afférents organes entre eux ; de ceux-ci
vec le cerveau ; lien dont l'âme se sert pour
ipr sur les organes ou suspendre leur ac-
tion; comment il préside k la vie organique,
et sert à la vie intellectuelle et volontaire ,
et nous aurions ainsi la clef de la gravita
tion universelle, sidérale, moléculaire,
minérale, végétale, animale, humaine, spi-
rituelle, d'homme & homme, c'est-è-dire
de deux esprits mis en rapport par des or-
ganes. Nous savons, en effet, que l'homme,
comme tous les êtres, possède de l'électri*^
cité ; nous savons aussi que l'électricité , le
magnétisme minéral, le magnétisme ou l'é-
lectricité animale des poissons électriques ,
des serpents , des oiseaux rapaces, des ani-
maux carnivores sur leur proie , des hom-
mes dans les répulsions et les sympathies ,
sous l'influence des grandes assemblées
mondaine^ surtout, agissent & distance , en
raison de la sphère d'activité que ces fluides
divers possèdent et que les animaux parais-
sent étendre k vû#jnté.
Le fluide hémato-nerveux humain fera-
t-il exception ? Sera-t-il limité à l'intérieur
de l'organisme ? Les lois de l'électricité , la
nature des fonctions de la peau , à laquelle
Tiennent aboutir les nerfs sensibles et les
vaisseaux , les deux pôles de la pile héma-
to-nerveuse, nous obligent d'accepter a
priori la sphère électrique humaine. L'élec-
tricité humaine est, sans aucun doute,
soumise aux lois générales ; mais sa puis-
sance est augmentée par le principe spiri-
tuel qui fait ae l'homme un règne a part et
le résumé de tous les autres.
A priori donc, l'homme peut étendre la
sphère de son principe némato-nerveux f,
éleciro^MTveux y magnétique, etc , comme
on voudra l'appeler. La même conséquence
est démontrée a posteriori^ par des faits
nombreux et suffisamment avérés. 11 ne s'a-
fit pas ici de consulter le sentiment des
ommes qui nient de bonne foi l'action
magnétique, parce qu^ils n'ont pu ni voir
ni obtenir des résultats suffisamment posi-
tifs pour asseoir leur conviction; Il ne s agit
pas davantage d'accepter toutes les trompe-
ries du charlatanisme , qui ont plus nui à
la vérité des faits que les négations mal in-
formées. Mais des témoins suffisamment
nombreux , dont la conscience et la véracité,
comme la perspicacité, ne peuvent être ré-
voquées en doute, attestent avoir vu et
proiluit des résultats qu'on ne peut expli- .
quer que par la cause universelle du fluide
magnétique. C'est ainsi au'un grand nom-
bre de médecins, de la plus haute probité,
de l'imagination la plus calme , ont vu et
produit des faits magnétiaues ; des ecclésias*
tiques assez nombreux , a'une science éten-
due, habitués par des études sérieuses à
discuter les faits, à exiger toutes les circons-
tances nécessaires à la certitude , affirment
eux-mêmes avoir vu ou produit des faits
magnétiques indubitables. Plusieurs eccré-
siastiques réunis ont vu plusieurs fois une
femme magnétisée par son mari , endormie
du sommeu magnétique; et ils ont constaté,
^1) Il y I lii, M elfci, un flmt et reflmt eentiMel de Tageat étoctro-vitil. GVsl véritaUement le meneaft
1 mooplK éoi MHféethns faê»kmaeilm.
tu
MAC
DICT10.\KAIK£
MAC
font aux maffkéiisenrs une haute obli^tion
de prudence et aux directeurs des âmes une
plus haute encore ; car, si d*un cdté ils doi-
Tent demeurer sur la réserre, de Tantre ils
sont obligés à prémunir par de sages avis les
{personnes qui Tondraient user du magné-
tisme comme mojen curatif.
I>es magnétiseurs ont prétendu expliquer
la mission des prophètes et des extases par
leur art; et Ik^essus des théologiens se sont
effrayés, peat-ètre un peu trop tôt. En effet,
quoiau*il soit de toute impossibilité d*expli-
Suer la mission des prophètes et leurs pré-
ictions par le magnétisme naturel, il but
bien arouer et conrenir de bonne foi que
les prophètes, étant des hommes, étaient
aoumis aux lois physiologiques comme tous
les autres, et que le JDieu qui a créé le corps
et l'Ame humaine et qui les a si intimement
unis„ a bien pu, s'il a touIu, se servir des
lois établies i)ar lui pour agir sur l'âme des
prophètes, et leur révéler ce qu'ils devaient
annoncer aux hommes. Quand même donc
on admettrait que JDieu a modifié le fluide
Tital de ces hommes extraordinaires, pour v
montrer k leur âme ce qu'il a voulu, cela
prouverait simplement qirayant tout créé, il
|>eut tout modifier, tout gouverner à sou gré;
et une telle manière d'agir sur les prophètes,
qui est loin d'être prouvée, n'en serait
ni moins surnaturelle, ni moins divine ;
quand les magnétiseurs auront produit des
Isaïe, des Jérémie, des Daniel, des David, etc.,
les théologiens pourront commencer à dis-
cuter; mais en attendant, ils peuvent de-
meurer en paix. Dans les extases surnatu-
relles des saints, nul doute qu'il faille attri-
buer une certaine part à la pnysiologie, mais
c'est toujours l'action de Dieu qui agit sur
les êtres qu'il a créés et les lois qu'il a éta-
blies, pour produire des faits rares, extraor-
dinaires et qui sortent des lois comnuines de
la nature.
Il n'est pas plus difficile de répondre à
ceux qm prétendent ({ue c'est par le magné-
tisme que Jésus-Christ a fait ses miracles ;
car^ enfin, ils conviendront au moins qu'il
était infiniment plus habile que tous les
grossiers magnétiseurs qui sont venus et
avant et après lui ; et que, pour commander
au fluide de vivifier les morts, de faire voir
ceux qui n'avaient jamais vu, et tant d'au-
tres miracles innombrables et publics, il fal-
lait qu'il fût le maître absolu de ce fluide
merveilleux. Or, celui qui est la lumière in-
créée, celui qui a pu dire que la lumière soit
et ja lumière fut, et qui, en elle, a créé ce
fluide universel qui préside aux mouvements
des astres, à la vie des plantes et des ani-
maux, à la vie physique de l'homme, pou-
vait seul le modifier si puissamment dans la
substance humaine unie à sa divinité, et lui
commander de vivifier les morts, de repren-
dre son cours normal dans l'oreille des
sourds, dans l'œil des aveugles, etc. Enfin,
à lu magnétisation proprement dite, tenir compte de
Yiêctif et du poêêif des dispositioDS morales de ceux
4|ul influencent et de ceux qui soiu influencés. La
quand il a voulu se ressssdter te-aêBe,il
a commandé à ce fluide vital de rêveur ùh
son corys humain. A loot pradreicacii
prétention de cerlains mMffiléûsmn se kra-
nerait contre eux et prouTerait b divicje
des miracles de iésu5-€hrisl à sa manié».
Bien donc, encore une loîs^ qnlt atét k«
d*ëtre prouvé que ce soit par le flaagnétuBe
que Jésus a opéré ses nurades» il n j i p»
i s'inquiéter de cette préteatioB; car, edn,
on avouera au moins que le Sauteur ne ie«-
gnétisait p^ comme tout le monde, il b
sufiisait de vouloir et tout obéissait; il cV
prouvait pas de résistance, oomae les u-
gnétiseurs qui ne peuvent produite avcoa
phénomène à volonté, puisqu'il l^ur f»
certaines circo.nstances favoràUfis; il oqb-
mandait donc en maître absolu.
D'aucune façon donc la religion na ha
à craindre du magnétisme, pas plus qut de
toutes les connaissances humaines, qui»
Eeuvent être, en définitive, que ses aui-
aires et ses appuis.
Aussi, malgré l'ardeur intempestiTe it
certains théologiens pour arracher à littttf
rite de l'Oise une condamnation du ai-
gnétisme, cette autorité a toujours opposé k
sagesse et la prudence qu'elle reçoit de Xhr
pnt*Saint, à un lèle qui voulait la rendre
solidaire de ses opinions. 11 a lonjovs été
répondu par Rome, dans ce. sens unique, que
si ce que disaient les consultations était
vrai, le magnétisme n'était pas permis; mais
elle s'est bien gardée de se prononcer pour
ou contre la vérité des faits qu'on lui eip(^
sait; l'Eglise ne marche pas si précipitam-
ment, elle n*est pas comme les indiridus
d'autant plus avides de juger et de faire
triompher leurs opinions qu'ils ne sont pas
sûrs du lendemain; le temps appartient k
l'Eglise, elle a rocu les promesses éternelles;
voilà pourquoi elle ne viole jamais la liberté
humaine. Les consulteurs donc, avant de
s*autoriser des réponses que Rome a faites à
leurs expositions, doivent d abord se bien
assurer que ces expositions étaient rraies»
dans les uiits comme dans la théorie, dont
l'Eglise n'a pas jugé el ne jugera pas d*ici
longtemps. Les théologiens consultants doi-
vent bien se garder de rendre TEglise res-
ponsable de leur exposition; ce serait icao-
quer de foi et de respect envers sa diyine
autorité, en s'exposant à la rendre solidaire
d'opinions qui pourraient bien n'ôtrequedes
utopies et des erreurs, et, par suite, soulew
contre elle des hostilités a'autant plus dan-
Î;ereuses qu'elles se parent du vêtement de
a science et du progrès. En fait comme
en droit, la question du magnétisme de-
meure intacte vis-à-vis de l'autorité de TE-
§lise, et nul n'a le droit de rien exiger au
elà; car l'autorité de l'Eglise étant divine ne
doit compte à aucun homme de ses déci-
sions.
Enfin le magnétisme a été attaqué et de-
justice et la vérité demandent qu'on ne statue sur l
parité des résultats qu'après avoir eoustaié la jorni
des causes efllcientes.
M
D*ANTHiU»0L061E.
MAL
8M
rendtt dans sa valeiir pbysktogique et mé-
dicale; il ne nous appartient pas de nous
proooaeer sur cette question. Cependant,
s'il nous est permis d émettre notre senti-
ment, nous pensons que Ton doit croire a
prton, que ]*asage du masnétisme est peut-
être plus nuisible et plus aangereux qu utile
è la santé. En effets il agit d'une manière
riolente et anormale sur le principe de la
?ie, sur le système nenreux, et par lui sur
tous les organes; il les fatigue et les use par
une surexcitation qui ne peut manquer de
produire, dans un grand nombre de cas, des
dccidents graves, et qui a toujours des in«
i'onvénients; la pratique du magnétisme
offre plusieurs faits malheureux et presque
toujours des santés misérables dans les sujets
soumis à son action. Nous ne voulons pas
nier pour cela qu'il ne puisse être utile en
ierlsins cas.
f Quoi qu'il en soit, nous croyons avoir suf-
fisamment établi quo le fluide vital, ou le
principe bémato-neiveux, n*est qu'un dé-
membrement perfectionné du fluiae éthéré
universel, mis au service de Tintelligence,
m le système neneux, siège de la sensi-
bilité.
MAIN. Voy, MoovisttENT.
MAÏS. — L'Amérique a sa céréale parti-
culière, le mail ^xea mais)^ qu'on cultive
[Qainienant au Japon, en Chine, dans la
Cocbinchine, dans les lies des Indes orien-
tées, dans une partie de l'Afrique et dans
le midi de l'Europe M. de Humboldt a prou-
vé d*ur.e manière irréfragable qu'il était
Of'g-jiaire de l'Amérique, et qu'il était parti
le ce pays pour se répandre dans l'ancien
LionJe. licite une opinion qui le fait venir
ie cette partie du monde, mais sans l'adop-
er. Le voyageur Siebold a constaté dans ces
ierniers temps que le maïs était cultivé au
lapon depuis plus de quatre sièclej<, que
on^équemment il n*avait pu y venir de
Amérique. Je ne sache pas qu'il ait exposé
^*s (omoignages historiques sur lesquels il
'^ fonde. La culture du maïs s'est étendue
îè!>-raj)idement dans les pays chauds, où sa
Udtunté est précoce, à cause de l'abondance
le ses produit:» ; on ne doit donc point s'é-
fmmr si en peu de temps il s'est répandu
lans la plus grande partie de l'Asie. L'his-
oire avait déjà parlé du dindon et de l'ananas,
orMjue sous le règne de Dschangir ils arri-
'^rent dans l'Inde, le maïs put les précéder
•t se répandre beaucoup plus vite à cause
te son utilité plus générale. Le nom de blé
ie Turquie (581) que dans plusieurs pays
^0 donne au mais, ne prouve rien, quant à
'jn origine; il en est de même pour le m«-
f^gris gallo pavo^ qu'on appelle en français
oq d^lndcy en allemand mlicutisch Hahn^
('Joi(^uc certainement il ne soit pas venu de
Inde orientale ou de Calicut en Europe ;
ïiis le nom allemand est peut-être une uno-
iv)t0])ée du cri de l'oiseau. Le mais est appelé
en Italie grenturco ; il a pu y être importé
du nord de l'Afrique où se trouvent aussi
des Turcs, et le nom s'est propagé de l'Italie
au loin dans d'autres parties (Te l'Europe.
Nous n'avons point de documents historiques
précis, d'après lesquels nous puissions croire
que le maïs était connu dans l'antiquité. Ce
froment bactrien avec ses grains de la gros-
seur d'ifne olive, le froment dont parle Hé-
rodote, qui avait des feuilles de quaire pou-
ces de large, semblerait indiquer le mais,
mais c'est une conjecture qu'on ne peut ad-
mettre qu'avec beaucoup d'hésitation. Mais
si on venait à prouver que le maïs est un
végétal originaire de l'ancien monde, cette
opinion , qui fait venir les Américains de
cette partie du monde, et qui jusque-là n'est
que probable, se rapprocherait bien plus de
la vraisemblance. Sur la côte nord-ouest de
l'Amérique, on trouve bien le maïs cultivé,
mais il n'y est nulle part à l'état sauvage.
MALAIS. Voy, Malaise (Rage).
MALAISE (RACE) ou Race brune. — Il
existe encore dans les esprits beaucoup
d'incertitude relativement à la classification
des tribus de cette race (17,000,000 d'indi-
vidus), qui se confondent souvent par leurs
traits et par leur couleur avec celles de la
race jaune, de la race blanche (dans son ra-
meau indo-persique), et même avec les tri-
bus de l'un des rameaux de la race noire.
Elle a pour caractères généraux : taille
moyenne, cheveux lisses, bruns ou noirs,
formes régulières, membres bien propor-
tionnés, teint variant du jaune olivâtre au
brun.
Cette race réunit plus de familles diffé-
rentes et plus de dissemblances que toutes les
autres variétés. Il serait donc presque impos-
sible de la désigner d'une façon toute spéciale.
On peut seulement dire qu'en général la
couleur de cette race varie du brun clair au
noir. La chevelure est noire, abondante, et
ordinairement Irisée. La tête est étroite, les
os de la face sont fortement prononcés, lo
nez est large et plat , la bouche grande.
On classe dans cette variété les habitants
de la presqu'île de Malacea, des Iles de Su-
matra, de Java, de Bornéo, des Célèbes, et
des tles environnantes ; ceux des lies Molu*
ques, des îles Philippines, de l'archipel des
Larrons, des Mariannesetdes lies Carolines;
les habitants de la Nouvelle-Hollande, de la
terrede Van-Diémen,de la Nouvelle-Guinée,
de la Nouvelle-Zélande, et de toutes les îles
de l'océan Pacifique. L'esprit entreprenant
de ces peuples les a pousses à faire de nom-
breuses émigrations; mais on ne sait pas au
juste si c'est à eux que toutes ces lies doi-
vent leur population.
Une partie importante de cette race res-
semble beaucoup aux nègres africains par
la couleur, les cneveux et la forme générale
de la face et du crâne. Leur langace toute-
fois est différent, et ils ont une barbe abon--
dan te.
(oS4) Dans quelques parties de ia Gliampa^^ae, on Roum^ nom que les Arabes donnaient k rempire grec
appelle blé de Rome, peui-ôtre par corruption de de Constanliuoplc.
891
MAL
DiCTIONMAme
MAL
On a cru qu'ils étaient originaires de ces
lies, qu'ils occupent presque entièrement.
Les autres peuples qui habitent ces lies ont
le teint plus clair, la figure plus ovale, et
sont infiniment mieux faits. Ils ressemblent
aux habitants de la presqu'île deMalacca,
par leur organisation, leur langage et leurs
nabitudes. lis occupent les côtes de^es lies,
et se répandent dans Tintérieur de celles qui
sont les plus petites. L'étude des rapports
qui unissent entre elles les nombreuses peu-
plades répandues dans les lies du grand
océan Austral est des plus intéressantes.
M. Lesson a fait connaître dans la zoologie
du Voyage de la Coquille des détails très-
neufs et très-curieux sur les rapports que
les peuples d'un même rameau ont entre eux
et avec la race dont ils dérivent. D'après ce
savant naturaliste, les Océaniens, qui occu-
pent des lies séparées les unes des autres par
d'immenses distances au milieu du Grand
Océan , ont pourtant dans leurs vêtements ,
leur parure, leur tatouage, leurs divers usa-
ges, la construction des pirogues, leur reli-
gion, une conformité remarquable.
Les habitants des lies Marquises et Sand-
wich, comme les Taïtiens, comme les insu-
laires de Rotouma et de Tonga, savent fabri-
quer avec l'écorce de l'aouté une étoffe
très-fine, réservée le plus ordinairement aux
femmes, et des toiles plus srossières qu'ils
vêtirent du liber de l'arbre a pain. (L'usage
de fabriquer un papier vestimental avec des
écorces d'arbres est indien.) Comme les na-
turels des lies de la Société, ils les teignent
en rouge très-brillant avec les fruits d'un
figuier sauvage ou avec l'écorce du morinda
cttrifolia^ et en jaune fugace avec le ctir-
euma.
Les Taïtiens , les Sandwichiens aiment à
se couronner de fleurs; les habitants des
Marquises, de Washington, des Rotouma,
des Fidjis, attachent le plus grand prix aux
dents des cachalots; cette matière est pour
eux ce que sont les diamants pour un Euro-
péen.
Les Routoumaïens, comme les insulaires
des archipels de la Société et des Poniotous,
quoiqu'un immense espace de mer les sépare,
ont conservé la même coutume de se garantir
du soleil avec des visières de feuilles de co-
cotier, etc.
lin genre d'ornement généralement pra-
tiqué par tous les insulaires de la mer du
Sud, quel que soit leur rameau^ est le ta-
touage. Ces dessins paraissent étrangers à
la race nègre, qui ne les pratique que rare-
ment, toujours d'une manière imparfaite et
grossière, et qui les remplace par des tuber-
cules douloureux et de lorme conique que
4es incisions y font élever
Tous préparent et font cuire leurs aliments
dans des fours souterrains, à l'aide de pierres
chaudes; ils se servent de feuilles de végé-
taux pour leurs besoins divers; ils conver-
tissent le fruit en pain, la chair du coco, le
jaro en bouillies; tous boivent le kava ou
dér**!**^^ d'un poivrier qui les enivre et les
Toutes les maisons sont sur un modèle à
peu près identique.
La forme des pirogues est caractéristique;
les pirogues simples, creusées dans un troDc
d'arbre, peuvent se reproduire ailleurs; mais
il n'en est pas de même des pirogues dou-
bles ou accolées deux à deux, qu'on ne ren-
contré nulle i)art chez les jieuples d'une
descendance étrangère aux Océaniens.
Si l'on examine attentivement les habitu-
des de ces peuples, leurs lois, leurs mœars,
leurs arts, leur musigue, leur grammaire,
leur poésie et même jusqu'à l'ensemble de
leurs idées religieuses, ob sera frappé de
Tanalogie qui existe entre ces familles d'un
même rameau, isolées sur des terres semée>
à de si grandes distances les unes des autres.
Ces faits , et beaucoup d'autres que nous
regrettons de ne pouvoir citer, prouTenl^ de
la manière la plus évidente, une origine
commune pour les peuplades désignées sous
le nom d'Océaniens, dont les caractères phy-
siques sont d'ailleurs ceux des Indous, et
parmi lesquelles on retrouve même quelques
usages encore en vigueur chez les bibitanb
du continent de l'Inae.
Le rameau Mongol-Pélagien, qui habite \ti
lies Carolines, présente aussi des rapports
de mœurs et d'habitudes qui dénotent uoe
origine commune , distincte de celle ûi-^
Océaniens, et montrent Iquts rapports avec
les Japonais et les Chinois.
Ennn , cette conformité d*usages se troore
parmi les peuplades, si nombreuses et si dis-
persées, que l'on a réunies sous le nom de
race noire ; tels sont, d'après les récits de la
zoologie du Voyage de la Coquille :
1* Les ornements du nez ou des oreilltt.
Les habitants de la Nouvelle-Bretagne, deii
Nouvelle-Irlande avaient divers ornemenis
passés dans les narines , ou des bàtonneis
traversant la cloison du nez , à l'instar des
naturels de la Nouvelle-Galles du Sud. Cette
mode se reproduisit, disent les naturalistes
de cette expédition, chez les Papouas du M-
vre de Rouy, et tous nous assurèrent quele«
bâtonnets qu'ils portent étaient bien petits
en comparaison de ceux des farouches En-
damènes, leurs ennemis.
Les Endamènes de la Nouvelle-Guiirfe
{>ortent dans la cloison du nez un bâtonnet
ônç de six pouces, et un grand nombre de
familles d'Australiens se placent dans la
cloison du nez des bâtonnets arrondis et
longs de quatre à six pouces, usage que noui
retrouvons chez les Papouas.
Les habitants de la Nouvelle-Irlande 5l
percent les deux ailes du nez pour y passer
des dents de cochon , qui divergent comm
de petites cornes.
Les insulaires deVanikoro se perforent w
lobe de l'oreille, et en dilatent l'ourertuffl
de manière à y passer le poing.
2» Le tatouage en relief. Sur les bras et sur
les côtés du thorax les Australiens font éle-
ver ces tubercules de forme couioue qui sem-
blent être l'apanage du rameau nègre.
Leur tatouage (aux îles Viti) est en reliei,
c'est-à-dire que sur les bras et sur la 1"^"
J
w
DANTIIROPOLOGIE.
MAL
trine ils se ereuaent des trous qu'ils avivent
jusqu'à ce que la cicatrice » 'se boursouflant, r*
deneone grosse comiBe une petite cerise, i
dr La eHoraiion des cheveux au de la /f-
fiire. Les habitants de la Nouvelle-Irlande
se ^barbouillent la figure de blanc et de
rouge, et se teignent les cheveux de plu-
sieurs couleurs.
les Papouas aiment à se couvrir la tète de
pcmssière d*ocre , unie à la graisse, et à rou-
fir ainsi leur chevelure et leur visage
est plus particulièrement au Port-Praslin,
à la Louisiane, qu'on retrouve cette singu-
lière fflode, qui règne sans iiarlage chez les
iiabilants de la Nouvelle-Galles du Sud.
Les Tasraanicns se couvrent les cheveux
(iai]^le ferrugineuse très-rouge. Les Aus-
traliens aiment à se couvrir la tête et la poi-
trine dd matières colorantes routes.
V Les mulUalions. Chea; les Australiens ,
Fusa^e a consacré l'Iiabitude d'arracher une
dent incisive aux hommes, h une certaine
époque de la vie« ei de couper une phalange
lui femmes. Il est curieux de retrouver
cède mutilation à Tonga (lies des Amis) et
(ux lies SaïKlwich.
Les habitants de Tonsa se coupent un ou
deui des petits doigts dans l'articulation de
k première phalange, lorsqu'un de leurs
fkvrhts parents est malade, dans la croyance
Ioe ce sacrifice lui rendra la santé. — Aux
es Sandwich, la mutilation consistait à bri-
ler une ou deux dents, non-seulement pour
ks chagrins particuliers, mais aussi à Toc-
iisioa d un deuil général. Certaines mutila-
iuns analogues ont été observées en Afi*i-
|ue : les Damaras des pleines sont circon-
"K et s'arrachent les deux dents incisives
k la mâchoire inférieure.
S' La fabricaiion de la poterie. Les habi-
ânts de Dorery savent fabriquer de la pote-
ie, coutume qui semble propre à la race
Jûire, qu elle a portée avec elle dans ses mi-
yrations, et que nous n'avons trouvée nulle
tari chez la race jaune.
to8 industrie que les insulaires de Viti
)Q( manifestement apportée avec eux dans
eurs migrations, c'est la fabrication des va-
<e$ de terre , qu'on ne trouve dans aucune
k$ lies du Grand Océan.
Ajoutons à ces faits, qui prouvent d'étroi-
ies liaisons entre des peuples si distants les
mis des autres, d'autres rapprochements non
Doins curieux entre "quelques-uns de ces
peuples et certaines nations du continent
ifricain ou américain.
Au sujet de la fabrication de la poterie par
b femmes des Papouas de Dorery, lik Lés-
ion ajoute en note: « Dans le paya des Kaar-
ians, dans l'Afrique occidentale , le village
i'Asamanga-Tary est renommé pour ses
3i^nttfactures de poterie de terre, travaillée
[Ktr les iémmes. »
Mais ce qui met hors de doute le rappro-
chement des Papouas avec les habitants de
l'Afrique, ce sont les oreillers en bois sur
lèsc^els ils appuient la tète pomr dormir. A
WaigioQ, k Dorery, M. Lesson trouva cbes
lous ce meuble travaillé avec adresse, re-
présentant le plus constainmen» , ei avec
plus ou moins de perfection , deux têtes de
sphynx, attribut égyptien ; et plusieurs de
ces objets, comparés ensemble, ne diffèrent
en rien de ceux trouvés sous la tète des mo-
mies d'Egypte dans leurs tombeaux, et con-
servés par les voyageurs qui les ont décou-
verts.
.Les huttes des naturels de la Nouvelle-
Irlande sont de forme africaine , arrondies,
couvertes de paille, ayant une porte étroit?
et basse.
Le tamtam dont font usage les habitants de
plusieurs lies de TOcéanie est le même dont
se servent encore certaines peuplades de
l'Afrique.
Le passage suivant pourra donner une
idée des relations qui lient entre elles plu-
sieurs des nombreuses peuplades de l'Océa-
nie.
« Tous les peuples ont une musique en
rapport avec leur civilisation, sans doute;
mais les Océaniens, les Mongols-Pélagiens
et les peuples noirâtres et à cheveux frisés
des îles de la mer du Sud ont chacun un
type particulier, suivant leurs habitudes ; et
quoique cet art soit resté stationnaire par
1 isolement de ces peuplades, il n'en est pas
moins caractéristique , et ne peut provenir
que d'un ensemble d'idées perfectionnées...
Sur toutes ces grandes terres , nous relroi*^.
vftmes le tamtam, qui est Vimitation parfaite
du tamtam de la côte de Guinée. Ce tamJiour,
creux, fermé à sa grande extrémité par une
peau de lézard , est encore usité dans plu^
sieurs régions de F Afrique. Mais ce qui dut
nous fournir matière a réflexion au Port-
Praslin, ce sont l'épinette et la flûte à Pan
que nous y trouvâmes. — L'épinette est
faite avec une lame de bambou, divisée en
trois lamelles effilées, qui se placent dans la
bouche, comme la nôtre. Quant à la flûte à
Pan, nous devons nous y arrêter un instant,
et indiquer la conclusion d'une note que
nous a remise sur cet. instrument un excel-
lent musicien de nos amis.
« Les anciens connaissaient deux espèces
de flûte : la simple et le syrinx ou flûte à Pan ;
et ces flûtes n avaient qu'une étendue de
sons très-bornée, parce que les Grecs igno-
raient l'harmonie proprement dite , et que
leur mode de musique était mineur, tant
l'homme naturel éprouve plus de facilité à
attaquer la tierce mineure que celle majeure.
Le syrinx de la Nouvelle-Irlande présente ce
caractère mineur; et, après un examen sé-
rieux, je conclus que cet instrument, com-
fosé de huit notes, dont cinq appartiennent
la gamme et trois sont répétées à l'octave
en dessous, est des temps les plus reculés. »
Les raporochements a faire avec les indi-
gènes de TAmérique ne sont pas moins re-
marquables.
On a retrouvé en Amérique l'usage^ de
suspendre des ornements aux oreinesnet au
nez : suivant Oviédo , les Indiens de Gueba
/isthme de Panama) se percent les oreilles et
le nez pour y mettre des ornements d*or ;
«ne baguette d*or traverse la cloison des na-
MAL
DiCTMMINAnfi
MAL
m
riaes ; le tatoUAge euste ches ees pea-
pies. Neus avoas vu déjà que les Botocudos
se percent les oreilles et la lèvre inférieure
comme les Carolins, pour y placer des bâ<*
tonnets^ dont ils augmentent chaque jour le
diamètre, de manière à donner à ces parties
une extrême dilatation.
Les Guatipaires ressemblent aux Antès;
ainsi que ces derniers ils se percent les car-
tilages du nez et les lèvres pour y suspen-
dre des ornements- Dorbigny fait remarquer
que la coutume de se percer les oreilles est
américaine. On rencontre le même mode de
mutilation chez les Charruas : la femme se
coupe une articulation d'un doigt à la mort
de chaque proche parent.
La fabrication de la poterie est presque
partout le domaine exclusif des femmes.
Certaines nations américaines et asiati'-
ques construisent des huttes analogues à
celles qu'on a observées chez plusieurs peu-
plades du Grand Océan.
(c Les habitants de Waigiou et de la Nou-
velle-Guinée ont placé leurs maisons sur
Teau même des grèves, de manière (Qu'elles
sont supportées par des f^eux... Ceux qui
habitent Tiatérieur du pe^s ont élevé leurs
demeures sur des troncs d'arbre rendus
lisses, et hauts de douze à quinze pieds,
et se servent d'un énorme bambou entaillé
pour y parvenir. Chaque soir cette échelle
est retirée dans la cabane.
« Les cabanes des naturels de la Louisiane
sont,comme£ellesdesPapous,é)evéesavecdes
pieux de deux ©u trois mètres au-dessus du
terrain. I^ capitainerusseRrusensternditque
les Tartares qui habitent Sakhalien élèvent
leurs cabanes sur des pieux au-dessus d\i sol.
« Les Alfourous des Célèbes construisent
leurs habitations sur des pieux élevés à terre
ou sur l'eau. La construction ne varie point.
« Les Indiens de quelques provinces (isthme
de Panama) habitent sur les arbres, sur des
grilles en bambous suspendues entre quatre
palmiers.
n 11 est à remarguer que chez les AlfoQ-
rotts des Célèbes les corps sont ployés en
double, dans leurs tombeaax, comme cela se
pratique chez quelques peuples de l'Afrique
méridionale.
« Les Chuncos, Indiens de PAmérique, en-
terrent leurs morts sur leurs couches, assis,
les bras et les jambes âttachési »
Cette coutume de ployer eti quelque sorie
les morts en deux est prosj^ue gén^ral^
parmi les Indiens de l'Amérique du Sud,
d'après M. d'Orbiçny.
Les chefs océaniens seuls jouissent de la
prérogative de porter le tipouta , vêlement
qui pi*ésente l'analogie la plus remarquable
avec le poncho des Araueanos de rAméri-
que du Sud.
Les insulaires de l'Ile Ringsmill portaient
un poncho fabriqué avec des nattes, et M. \jf^
son a retrouvé cet ajustement chez les Chi-
liens indigènes et chez les Araueanos d'A-
mérique, comme chez tous les Carolins Id*
distinctement.
Ces rapprochements, dont on pourrait
multiplier le nombre, suffiront pour démon-
trer des analogies auxquelles bien de$ per-
sonnes ne se seraient pas atteiulues.
Il est bien difficile d'expligaer connnenl
les migrations ont pu se faire, mais il iie
répugne nullement b l'esprit d'admettre qoe
diverses peuplades ont quitté successive-
ment leur souche primitive pour s'aventurer
sur les flots à l'aide de leurs faibles em-
barcations ; les vents ou les courants les au-
ront fait aborder sur de nouveaux rivages
où ils auront pu établir leurs colonies.
La race brune est partagée en trois r>*
meaux : le faboumy le micrùnétim et le am'
lais* Le tableau suivant donne les subdiri*
sions du ramtau tabouen.
RAMEAU TAfiOUfa^.
1,000,000.
Habite toute la partie orientale de TOcéanie. Les peuiiles de ce rumêtm OBt les.
plus grands rapports autre eux : tous sont soumis à la superstition du tabou,
sorte de veto mystique et redoutable qui îinpose une obéissance passive ; ils ont
des dispositions avancées pour les arts et la civilisation. Leur teint est clair
leur langue est la môme dans toute retendue qu'ils occupent.
^Méozélandaîs.
Tongas.
iBovg^&ofvilioîs.
Goêàiens.
Taîtîens.
iPromotouens.
Marquesans.
Sandwikois.
Ce rameau renferme tous les habitants des
lies orientales djQ TOcéanie, où se pratique
le tabou , c'est-à-dire des lies Sandwich ,
Marquises y Pomotou^ de Bougainville j de
la Société^ des Àmisj de la Nouvelle^Zé-
lande j etc. 11 y a beaucoup de rapports
entre toutes ces tributs, qui ont le teint
|)lus clair que celui des autres tribus de
a race.
La Nouvelle-Zélande, suivant la relation
des naturalistes de F Astrolabe , est habitée
par les plus beaux individus de la race
jaune. Sa. latitude, qui la soumet aux va-
riations atmosphériques des contrées tem*
pérées de l'Europe , donnant à ses habitaiilJ
Te développement physique et la vigueur
oui les caractérisent^ il en résulte une gr«nii<
énergie morale, qui fait des léhndàs ii
peuple le plus remarquable de toute Ja mer
du Sud. Ils sont grands et robustes, d'uo<)
physionomie agréable ; leurs cheveux, loup
et lisses, sont noirs, ainsi que leur barbe.
Le caractère de leur physionomie estau^si
varié qu'en Europe. ^ Et pour tout ttire en
un mot, ajoutent les savants navi^teurs Que
nous citons ici, nous trouvimes chez je^
insulaires des ressemblances remarquable»
avec les bustes de Socrate, de Bru tus, cic
»T
MAL
D*ANTnROP0L0GIE.
UAL
dM
La basse classe a les formes plus petites et
moins belles. •
Aux tles des Amis quelques degrés de
différence en latitude apportent déjà 'dans
la {constitution physique de l'homme de
légères modiflcatiODS qu'il est facile de sai-
5ir, non sur des individus isolés, mais sur
des masses.
Aux lies Sandwich , à Owhyhi , Mowi et
Wahou, commeà Tonga, une latitude qui
u*est pas trop élevée permet le développe-
ment des formes physiques. Là , continuent
les mêmes observateurs , on a vu parmi les
chefs des hommes de plus de six pieds,
oui paraissaient de taille ordinaire, tant ils
éiaient gros.
Ce peuple» qni habite des tles grandes
et élevées , marche d'un pas rapide vers la
rivilisation.
Les navigateurs de V Astrolabe ont constaté
l'observation faite par Forster., que le bas
|M.'upledes lies Sandwich, qui travaille à la
lerre et eiéeute des travaux qui rex{)Osent
constamment au soleil, brunit au point de
» approcher de la race noire.
'i Aux lies Mariannes , disent ces savants,.
nous eûmes un exemple frappant de l'action
du soleil sur Tespèce numaine, relativement
à ta modification de la couleur des Sandwi-
f biens; hommes, femmes et enfants avaient
é\épns sur un corsaire des indépendants
de {Amérique; ils étaient .devenus si bruns
>{i>e nous avions de la ^ine à les recon*-
naître pour être de la race jaune! Nous
»ons vu le mAme phénomène sur un homme
Jes tles Marquises, et tous les joui^ on pou-^
rait i observer» en comparant les chefs aux
lommes de peine qui, pour se procurer
Mr nourriture, passent leur vie sur les
^ils et presque entièrement nus. »
Les habitants des lies Friendly ressem-
•lent beaucoup à ceux de la Nouvelle-Zé-
ande, tout en étant plus civilisés, lis sont
Tands comme le sont généralement les Ëu-
^pécns. Il y en a cependant qui dépassent
il pieds. Us sont d'un brun foncé; dans les
lasses supérieures cette couleur approche
0 vert olive clair. Les traits de quelques-
ios sont fort peu différents de ceux des
luroi>éeQs, les autres varient beaucoup,
ta trouve une grande çreuve de leur de-
Té assez avancé de civilisation dans leur
manière de calculer. Us ont des termes pour
^présenter les nombres iusqu'à 100,000.
l.es liabitants des tles de la Société et d'O-
^ti sont les plus beaux de tous les insu-
lires des mers du Sud. On rapporte que
itos les classes élevées leur teint est blanc
itiancé d'une légère apparence de jaune, et
Itez quelques femmes on remarque unci
«iule rosée sur la joue. Depuis cette pre-
•nère classe jusqu'à la dernière, on trouve
"uies les teioîes. possibles. Les cheveux
''Ot généralement noirs et fins, mais il s'en
ruave quelquefois de bruns , de rouges
t même de blond filasse. Leur taille est
tile des plus grands Européens; ils sont
len faits, leurs traits sont réguliers, mais
ii> ont le nez un peu plaL La corpulence est
assez habituelle parmi eux. Leur langago
est plus harmonieux et leurs manières plus *
raffinées que celles de leurs voisins.
Les peuples des îles Marquises sont éga-
lement remarquables parmi les populations
qui habitent les mers septentrionales. Quant
à leur taille et à leurs formes, elles sur-
passent celles de tous les habitants de la
terre. Leur taille moyenne est de cinq pieds
dix pouces à six pieds. Le tatouage rend
leur peau très-foncée; mais les femmes et
les enfants sont tout à fait blancs. Leurs
cheveux sont comme les nôtres, de diverses
nuances, mais on n'en trouve pas de rouges.
Le nom de ce rameau (labouen) réunit,
ainsi que nous Tavons dit, les diverses po-
pulations océaniennes qui pratiquent le
tabou^ mystérieuse puissance qui renferme
en deux mots un code pénal tout entier ;
ce tabou est plus bienfaisant que la loi, en
ce qu'il ne punit pas le crime, mais le pré-
vient et l'empêche. Les autres peuples ont
des portes et des verrous pour se défen-
dre des voleurs ; là le tabou sur une maison
la^rend inviolable. Les temples sont taboues;
les prêtres, les prophètes sont taboues; le
roi est taboue; et iusqu'aux aliments, jus-
qu'aux plantes recherchées, on taboue tout.
Les individus taboues peuvent aller partout,
et manger de tout; ce sont lés personnages
sacrés : la vengeance de la personne dont le
tabou a été insulté poursuit le violateur jus-
qu'à sa mort.
Si une femme s'oublie jusqull toucher à
un objet devenu tabou, parce au'il appar-
tient a une personne tabouée, elle doit ex-
pier son. crime par la mort. Si un homme
tabou pose ses mains sur une natte à dor-
mir, cette natte ne doit plus servir de cou-
che. Le violateur du tabou est désigné par
le mot kikino , c'esttà-dire destiné à être sa-
crifié et mangé tôt ou tard.
11 y a un tabou plus sacré encore et plus
sévère, c'est le iniou décrété à la mort de
quelaue célèbre takoua (grand prêtre). Les
sacrifices qu'il impose ont pour but de désar-
mer l'esprit du défunt.
Les prêtres et les rois ont le droit de ta-
bouer; c'est ain$i que pour faire respecter
le vaisseau qui apporta le commandant d'Ur-
ville il obtint le tabou. Les objets taboues
sont mis en interdit; un sauvage mourrait
de faim à côté d'un garde-manger taboue^ et
il arrive souvent que pour conserver ce
qu'il renferme l'on a recours à ce moyen.
Le respect du tabou vient d'une ancienne
tradition. On dit que le dieu Haii,^ s'étant
' reposé sous un arbre, dit à l'arbre : Tabou.
Ce qui voulait dire à l'arbre : Je te fais sa^
^ créf personne ne te touchera. Ce jour-là
' même Haii mourut, et légua à un prêtre le
tabou redoutable.
* Rameau MiCMONésisN. — Ce rameau réu-
nit les habitants des petites lies du nord -
o^est de l'Océanie» telle que les Mariannes,
¥ les Carolines, les Mulxraves, etc. ; les tribus
qui les peuplent ont le teint plus foncé, le
^ visage plus efiilé, les yeux moins fendus, les
^ formes plus sveltes.
889 . MAL DICTIONNAIRE
Le. tableau suivant en donne les subdivisions.
RAMEAU MIGRONÉSIEN.
100,000.
MAL
( Mariaiuiaifi.
Les Garoiiniens , qui appartiennent à la
race jaune de la mer du sud, ont la peau
tirant sur le brun. « Mais cette nuance, dit
M. Gaymardy qui ne {sufiit pas pour en faire
une race particulière, tient manifestement
aux latitudes qu'ils habitent, au peu d*é)é-
vduon de^ leur sol aunlessus du niveau de
la mer, à l'habitude qu'ils ont d*étre sans
cesse, dans leurs près ou sur les bords de
rOcéan, exposés à un soleil ardent. La race
noire vit ici (à la NouviIle-'Irlande) dans son
état le plus naturel, loin du contact des peu-
ples un peu plus civilisés Ces hommes,
peu industrieux, sont entièrement nus et
paraissent fort misérables. Quoique habi*
tant sous une belle latitude, par i^ sud, ils
ne savent point tirer piurti, pour leur bien-
être, de l'aamirable végétation qui les en-
vironne. Ils paraîtraient, au contraire, en
recevoir une influence funeste pour leur
développement , et se ressentir de l'atmos-
phère numide dans laquelle ils sont si fré-
quemment plongés. »
La race des Mariannais est belle ; ils ont
conservé de leur type ancien les cheveux
noirs et lisses, la largeur des pommettes,
l'obliquité de l'angle interne de l'œil, un
peu de grosseur dans les lèvres et les ailes
du nez. Leurs membres sont robustes; les
inférieurs sont d'une grosseur remarquable,
et un peu courts proportionnellement au
torse. Ils sont exposés a une hideuse mala-
die, la lèpre.
Rameau valais. — De même que ceux des
précédents, les individus de ce rameau sod(
Î)eu distincts par des caractères tirés de
'anatomie, et se partagent en un grand
nombre de peuplades , qui tirent leur nom
générique de Malais de la presqu'île de Ma-
laça, dont elles semblent originaires, et qui
habitent les lies Mariannes , les Philippioesi
les Moluques , les Maldives , Ceylan, Suma-
tra, Bornéo, Otaïti, les archipels de la mer
du Sud, etc.
Intermédiaire aux races caucasiqne etmoD-
folique, ce rameau est composé d'hommes
chevelure épaisse, noire, crépue, longue
et molle, i peau brune ou basanée, kyeui
noirs, è front abaissé et arrondi, à nezpleio,
large , épais au bout, à narrines écartées
à bouche très-large , à pommettes médio-
crement élevées, à mftchoire supérieure
un peu moins avancée que dans le nègre,
mais plus que dans le Kalmouk.
Le .tableau suivant en donne les subdi-
visions.
16,000,000.
/Tagales.
I
RAMEAU MALAIS.
Bissa jos.
Dayaks.
Turajas.
Habite les lies du sud-^st de TAsie et la presqu'île de Malâcca. Il se compose ) Btigis.
d'un grand nombre de peuples dont les caractères ticnnnent des Hindous , desV Macassars.
Hiiido-Cbinois et même de la race noire. Teint brun, taille moyenne, corps 1 Javanais,
souple et agile, yeux bridés, cheveux ilats, barbe rofe; ils sont assci civUisés, eti Battas.
ont fondé des Etats réguliers. f Malais.
Ovas.
Les plus septentrionaux de ces peuples
sont les Tagales et les Bissagos, oui habitent
l'Archipel des Philippines. La plupart sont
soumis aux Espagnols et ont embrassé le
christianisme.
Les Dayaks habitent Ttle de Bornéo. Leur
physionomie, leurs traits, leurs usages,
Jours croyances religieuses offrent d*intimes
rapports avec les traits physiaues et moraux
des peuples qui habitent les Philippines et la
Polynésie.
Les Macassars ont évé, au xvii' siècle, la
première puissance maritime de la Malaisie.
Ce peuple possède une littérature nationale,
mais moins belle que celle des Bugis. Ces
derniers peuples sont maintenant la nation
la plus puissante de Tile Célèbes.
Les Javanais constituent la nation la pins
nombreuse du monde maritime connu ; c*est
le fieuple le plus policé de toute TOcéanie;
la plupart des habitants des îles que ren-
ferme la Malaisie appartiennent à cette race.
Les Malais ont le teint jaunâtre, plus ou
moins foncé, la taille moyenne, le corps
souple et agile; leurs yeux sont un peB
bridés, leurs pommettes sont saillantes,
leurs cheveux plats et lisses ; ils ont pea
de barbe.
On compte parmi eux plusieurs variélfe;
ils diffèrent notablement des peuples de)i
même race répandus sur les autres [wriics
de rOcéanie. Ceux qui dans la Malaisie ont
paru avoir le plus de rapport avec les Poly-
nésiens, ont été les habitants de rintérieur
de Célèbes, désignés aussi par le nom d'Af-
fourous. « Quel a été, dit d'Urville, mm
étonnement de voir des individus dont le
teint, les formes et les traits de pbvsionomïe
me rappelèrent les figures observées à Taîln
à Tonga et à la Nouvelle-Zélande 1 » y^l
PÊLÀP IR.TVf(
MALA YO-POLYNÉSIENS. — La race i«a-
layo-polynésienne renferme trois branches:
V la branche indo-malaise ; 2* te brincii«
polynésienne de la race malajc-poiyn^
sienne, qui comprend les Nouveaui-2él«n'
9Af
MAI.
D ANTHROPOLOGIE.
MAL
902
dais 9\ les habitants des tles Tonga ; 3" la
brificbe madécasse ou naturels de Mada-
gascar
1' 64AKCHB iNDO-XALAisB. — Les Caractè-
res pii^'siques des Malais proprement dits
sont "bien connus de tous les voyageurs qui
ODt visité 1 archipel indien ; tous s'accor-
dent à nous les représenter comme des hom-
mes de petite taille, sveites de corps, ayant
)es membres assez grêles, le visage aplati et
des traits qui ressemblent à ceux des Chi-
nois. Ils ont le teint beaucoup plus foncé
4ae ces derniers, mais beaucoup plus clair
joe les Indous. Ils habitent la partie méri-
dionale de la péninsule de Malacca, où ils
oui beaucoup de villes. Ils possèdent égale-
ment une partie considérable de File de
Sumatra, le peuple de Menangkabas étant
malais et parlant la langue malaise propre-
ment dite. Ils ont formé des établissi^ments
sur les cAtes de la plupart des îles de l'ar-
chipel indien, et ils font le commerci* dans
la plus grande partie des mers indo-chinoi-
ses : ce sont les Phéniciens des mers orien-
tales. Toutes ces peuplades dispersées sont
malaises, dans le sens le plus rigoureux du
mol : ils parlent le même dialecte, ont à peu
[très les mêmes mœurs , et sont sensible-
ment au même état de civilisation. Il v a,
CD outre, des tribus nombreuses qui parlent
Jes dialectes assez voisins de la même lan-
gue, mais qui diffèrent par le degré de civi-
lisation. Les Orang-Benua sont une race de
Murages qui vivent dans les parties monta-
raeuses de l'intérieur de la pénihsule : oir
«oppose qu'ils sont la souche première de
iij'iie la race. Les habitants des diverses par-
ties de Sumatra, autr#s que' ceux du pays
le Menangkabas, appartiennent également
^ cette classe, de même que le peuple abori-
gène des iles de la Sonde.
M. Marsden nous peint dans les termes
^mnis les habitants de Sumatra ; sa des-
tiption se rapporte principalement aux Ma- ^
ais de cette île :
« Leurs veux sont constamment de cr.u-
^r foncée et transparents, et assez, sou-
^nt, surtout chez les femmes du midi, ils
assemblent beaucoup à ceux des Chinois,
Mr la conformation particulière qui est si
[én^rale chez ce peuple. Leurs cheveux
'>nt gros et d'un noir brillant ; ils les tien-
lenl toujours imprégnés d'huile de noix de
'>co. Les femmes les portent pendants, et
'^ ont quelquefois assez longs pour qu'ils
'mchent jusqu'à terre. Les hommes se font
"mber la barbe par le moyen du chunam
'haux vive), et ont le menton si lisse qu'une
•^rsonne qui ne connaîtrait pas cette cou-
urne imaginerait qu'ils sont naturellement
nilierbes. Leur teint est franchement jaune,
1 n'a rien de cette nuance rougeâtre que
'«•(^sentent les peaux basanées ou cuivrées.
l\sont généralement d'une couleur plus
laire que les métis qu'on voit dans l'Inde
«^ntinenlale et qui descendent d'un Euro-
C^) Collect. eramomm divenamm gentium 1/-
ututa; Gcettîngoe, 1808, dec. v, p. 18, pi. xlix.
péen et d'une femme dy pays. Les person-
nes qui appartiennent aux classes supérieu-
res et qui ne sont pas exposées è I ardeur
du soleil , sont presque blanches ; c'est ce
que l'on remarque surtout chez les femmes
nobles. »
RaiBes décrit les habitants de Java comme
des homiïies de petite taille, bien faits, svei-
tes et ayant le pied et la main petits. « Leur
front, dit-il, est élevé ; leurs sourcils sont
très-prononcés, noirs et d'une forme autre
qu'on ne s'attendrait k la trouver avec des
yeux qui, par la configuration de l'angle in-
terne, sont presque chinois ou plutôt tarta-
res ; la couleur de l'œil est toujours très-
foncée. Le nez est petit et un peu plat ; les
Eommettes sont le plus souvent saillantes,
es hommes ont peu de barbe. Leurs che-
veux sont en général noirs et plats ; quelque-
fois cependant ils bouclent un peu; quel-
quefois aussi ils ont en certains points une
nuance d'un brun rouge foncé. La physio-
nomie des Javanais est douce, calme et réflé-
chie. »
Les habitants des Célèbes sont représen-
tés par Labillardière comme des hommes
de petite taille, avant le teint jaune et des
traits qui ressemblent à ceux des Chinois ;
c'est à peu près la description que l'on nous
fait des habitants des autres iles de l'archi-
pel indien.
Blumenbach a décrit et figuré (585) la tête
osseuse d'un Bugi ou Bougni des Célèbes.
Vue de face, cette tête, comme il en fait la
remarque, ressemble à celle d'un Mongole,
par sa grande largeur, par la forme des os
molaires, l'aplatissement des os nasaux et la
distance des orbites ; les mâchoires, dans
cette tête, sont proéminentes comme dans
les têtes d'Africains. Ce dernier caractère
cependant n'est pas général dans la race ma-
laise.
M. Lesson a été si frappé de la différence
que présentent, sous le rapport des caractè-
res physiques, les habitants des lies de l'O-
eéah Indien, comparés à ceux de l'Océan Pa-
cifique, qu'il refuse positivement aux peu-
ples polynésiens une origine malaise. Il dé-
signe les naturels des lies Garolines, bien
connus pour appartenir à la même souche
que les nabitants des lies Philippines (586),
sous le nom de Mongols- Pélagiens, et il en
forme une famille particulière. Il dit qu'ils
ont, de la manière la plus prononcée, cette
obliquité des yeux oui caractérise la race
mongole; qu'ils ont le visage large, le nez
plat, le teint naturellement d*une couleur
jaune citron , mais qui passe au brun par
suite de l'action du soleil. D'un autre côté,
la race océanique, nom sous lequel il dési-
f;ne les races polynésiennes, est, d'après lui,
a plus belle, celle qui a les traits les plus
réguliers de toutes celles qui habitent les
lies du grand océan Méridional.
2" Branche polynésienne de la race ha-
LATO-POLTNBSIENNE. — LcS UatlOUS polyué-
(586) Le Gobion dit : < La langue des Carolines a
beaucoup de rappurts avec le tagala. i
1)05
MAL
DICTIO.NNAIRE
MAL
siennes et les Malais proprement dits, quoi-
que appartenant à defs types physiques diffé-
rents, sont deux rameaux d'une même sou-
che ; cette position mérite un sérieux examen
puisau'elle mène à des conséquences de la
plus haute importance pour l'histoire natu-
relle du senre humain. Les preuves sur les-
quelles elle repose ne sauraient être expo-
sées en détail dans un ouvrage de la nature
de celui-ci, etie dois me contenter de dire
qu elles se déduisent de la comparaison que
1 OR a faite des langues des diuérents peu-
ples en question, comparaison qui a exigé
un immense travail et le secours d'une vaste
érudition. Cette conséquence est à mon avis
ce qui donne surtout une valeur inestima-
ble au grand ouvrage posthume de Guil-
laume de Humboldt, ouvrage qui forme à
lui seul trois volumes in-quarto des Mémoi--
res de f Académie royale des sciences de Ber^
lin: C'est à ce beau travail que je renverrai
ceux de mes lecteurs qui désireraient appro
fondir le sujet.
Les races polynésiennes, quand on les
compare entre elles, présentent de grandes
différences sous le rapport des caractères
physiques et moraux.
Les Tahitiens sont considérés par Lessoa
comme le type de toute la race polynésienne*
n Tous les. Tahitiens, nous dit-il, sans pres-
que aucune exception , sont de très-beaux
l^ommes ; ]eui*s membres ont des propor-
tions gracieuses, mais en même temps robus-
tes en apparence; et partout les saillies
musculaires sont enveloppées d'un tissu cel-
luiaire épais qui arrondit ce que les formes
ont de trop saillant. La physiononèie des
0-Tahiliens est généralement empreinte
d'une grande douceur et d'une apparence de
bonhomie. Leur tête serait européenne si
ce n'était l'épatement des narrÎRes et la
grosseur trop forte des lèvres. »
Blumemt)ach a Qguré le crâne d'un Tahi-
tieu et celui d'un individu appartenant à une
race très-voisine, d'un habitant des îles
Marquises II remarque que le premier est
assez étroit de forme, mais remarquablement
proéminent vers le sommet; qu il présente
une saillie longitudinale depuis lo milieu du
front jusqu'au vertex, et que la mâchoire
supérieure s'incline un peu en avant. Ce;>en-
dant, à en juger d'après les dessins, t^s deux
crânes sont au nombre des plus beaux que
nous offrent ses décades. M. Lawrence, qui
cite ces'fi^ures, remarque que le crâne tahi-
tien ne diffère par aucun point important
dii crâne européen. Les différences consis-
tent en ce que le front est peut-être un peu
plus étroit a sa partie inférieure, un peu
plus fuyant supérieurement ; que la face est
proportionnellement un peu grande, la mâ-
choire supérieure un peu forte et présen-
tant dans sa portion alvéolaire une légère
inclinaison en avant. ^ La tête d'un naturel
de Nbukahiva (une des lies Marcpiises) pré-
sente, nous dit-il, une conformation très-
belle et très-symétrique, bien en harmonie
avec ce que nous connaissons des autres
caractères physiques de ces insulaires, que
les voyageurs s accordent à nous représen-
ter comme des hommes tr{'S-^raads, très-
vigoureux et ayant d'ailleurs des propor-
tions fort élégantes. La face sans doute est
un peu plus forte et plus proéminente à sa
partie inférieure que aans les beaux spéci-
mens de la variété eaucasienne ; la direction
de l'arcade alvéolaire et des dents est aussi
plus inclinée ; mais à cela près, on ne trouve
dans cette tète rien qui la distingue essen-
tiellement de la forme caucasique. Le iront
cependant est plus fuyant que dans les tètes
intelligentes d'Européens. » M. Lawrence
conclut de ses remarques que les habitants
des lies Marquises, des îles de la Soiciété et
des lies de Sandwich, pourraient être ran •
gés dans la variété caucasienne.
« Les naturels des îles de la Société (y com^
pris nie d'O- Tahiti), sont, au dire de Cook,
égaux pour la taille aux plus grands Euro-
péens. Les hommes sont admirablement pro-
portionnés dans toutes lenrs parties, et leurs
formes sont des plus élégantes : les femmes
de rang supérieur sont, en général, d'une
taille au-dessus de la moyenne ; les femmes
de la basse classe, au contraire, sont petites,
et quelques-unes même très -petites. Leur
peau est d'une teinte olivâtre peu foncée, de
cette sorte de teint brun qu'on préfère dans
quelques parties de l'Europe aut. teints
blancs et rosés (ceci ne doit s entendre pour^
tant que des femmes nobles qui ne sont point
exposées i l'action du vent et du soleil);
leur visage, d'ailleurs, n'offre jamais cette
nuance d incarnat qui embellit les joues de
nos femmes d'Europe. Les cheveux des Ta-
hitiens sont généralement noirs, mais chez
quelques individus ils sont bruns, chez d'au-
tres roux, quelques-uns enGn les ont blonds;
les enfants des deux sexes sont presque tou-
jours blonds. D
« Rien, dit Andersen, ne nous frappa da-
vantage à notre première arrivée à O-Tabiti,
que la différence que nous trouvions entre les
habitants de cette île et ceux de Tonga- Taboo
que nous avions vus peu de temps aupara-
vant ; les formes robustes et la couleur de
la poau de ces derniers contrastant de la ma-
nière la plus trauctiée avec l'espèce de déli*
catesse et la blancheur qui distinguent les
autres. Les 0-Tahitiennes, surtout, avaient à
tous égards, une supériorité évidente sur
les femmes de Tonga,
Les naturels des îles Marquises sont alliés
de très-près à ceux des îles de la Société, et
on peut presque les considérer comme ne
formant qu'une même nation. Leurs traiu
sont semblables, et leur couleur offre les
mêmes variétés. Le capitaine Cook repré^
sente.les habitants de ce groupe d'fles comme
formant la plus belle de toutes les races de
l'Océan. « Parla noblesse et l'élégance de
leurs formes, ainsi que par la régularité de
leurs traits, ils l'emportent peut-être, nous
dit-il, sur toutes les autres nations. Les
hommes étant tatoués depuis la tète jus-
qu'aux pieds, paraissent très-bruns; mais
les femmes qui sont très-légèrement poBcti>-
rées, les jeunes gens et les enfants qui ne
VH
■AL
D^ANTHROPOLOOE.
MAL
90»
le soBi pts du tout, sonC «ussi blancs que
bieo lies Buropéeus. Les hommes sont gé-
Déralêmeiit grands, ils sont de cinq pieds
dix pouces à sii pieds enriron (mes. angl.).
Leurs eketeux ont, comme Ut noires^ dif^
féremiti eouUurs^ excepté la couleur rouMte^
que je ne tromeai jamais parmi eux. » Les
auteurs espagnols ont fiût, d*ailleurs, une
mention expresse de cbeTeux roux en parlant
des habitants de l'Ile de la Madelena, tle que
Cook n*a pas Tisitée. Peut-être ont-ils
nommé ainsi des cheyeux châtains ou
blonds (S87). Les habitants des lies Marqui-
ses ont différentes manières d'arranger la
barbe qu'ils portent généralement très-lon-
gue. Leurs rètements sont semblables à ceux
des Taïtiens, et faits des mêmes matériaux,
lesquels d'ailleurs ne se trouvent, dans leur
pays, ni si abondamment ni de si bonne
qualité.
Les Hawaîs (habitants des tles Sandwich)
forment dans la classification ethnographi-
que de G. Uumboldt une autre branche de
la souche polynésienne, ils y sont placés à
la suite des Taitiensou O-Taïtiens. Leur lan-
gue a beaucoup de rapport avec celle de
ces derniers. Leurs caractères physiques
nous sont donnés par Choris dans les termes
&iiiTants :
« Les enfants, en Tenant au monde» sont
complètement noirs ; la jeune fille la plus
jolie et la plus délicate, qui s'expose le moins
a l'action de l'air et du soleil, est noire; ceU
les qui sont obligées de traTailler constam-
ment à rardeur du soleil sont presque de
couleur orangée. >
Les cheTCux des Hawaîs sont, chez quel-
Înes-uns, crépus, frisés et presque laineux,
hez d'autres, ils sont doux et flexibles.
M. Choris dit : « Les grands se distinguent
aisément du peuple ; iis sont de haute taille
eC gras ; leur temt est brun foncé, ils ont les
eheTCux moins longs que les gens du com-
mun^ souvent crépus et courts, les lèvres
généralement assez grosses ; tandis que le
peuple est petit et maigre, a le teint plus
jaune, les cheveux plus lisses. »
Lee NouteauX'Zélandaie. — Les crânes
des Nouveaux-Zélandais diflèrent un peu de
ceux.dfô nations que nous avons déjà men-
nonaées ; mais la déviation n'est pas consi-
dérable. Il s'en trouve beaucoup dans diffé-
rentes collections en Angleterre, et l'on en
peut voir plusieurs dans le muséum du Col-
lé^e royal des chirurgiens.
Les insulaires d'Ombai appartiennent à
cette race.
Il parait que chez les Nouveaui-Zélandais
la peau présente une grande variété de cou-
leur ; nous«avons par les plus anciens voya-
geurs qu'il y en avait beaucoup qui étaient
d'un uoir passablement foncé^ et un écrivain
de notre époque, Crozet, les divise en bruns
et en noirs. Les derniers sont plus petits que
(587) n cit fiwbable oo^ils ant enpiayé le mot
rm^io^ qui, bien qae dénvé do latin rmkeas^ ne sî-
ffnilie potf roux on ronge, mais blond ; et c*est mène
fe^enl mol dont on puisse, en bon espagnol, se scr-
Dicno?!!!. o'AïrramopoLOGiR.
les premiers, mais il n'y a rien qui indique
clairement qu'ils appartiennent, ainsi que
certaines personnes l'ont conjecturé, à une
souche différente. On a supposé que la Nou-
velle-Zélande était habitée, avant l'arrivée
de la race polynésienne, par un peuple qui
ressemblait aux Australiens, et que les indi-
vidus à peau noire descendent de ces abo-
rigènes. Mais on n'a point trouvé de preuve^;
de ce lait : la langue qu'on parle dans toute
la Nouvelle-Zélande n'indique en aucune
manière que la population actuelle soit un
mélangede différentes races; c'est un simple
dialecte polynésien. On retrouve de sembla-
bles variétés physiques parmi les autres ra-
ces qui sont disséminées dans le grand
Océan austral ; et si nous admettons cette
explication conjecturale du phénomène de
Tariété pour l'une de ces races insulaires,
nous devons recourir k une hypothèse sem-
blable pour presque chaque groupe d*Hes
delà mer Pacifique; encore ne suffirait-il
même pas, pour rendre compte d'un fait qui
s'observe oans plusieurs de ces lies, de ra|>
parition d'un type presque européen. Cer-
tes, le mélange des Malais avec des Austra-
liens, ou avec tout autre peuple ressemblant
aux habitants aborigènes des lies indiennes
ou des répons australes, n'aurait jamais pu
donner naissance à une forme aussi voisine
de la forme européenne que celles qu'offrent
à nos yeux les beaux insulaires des tles Mar-
quises, parmi lesquels, ainsi qu'il a été dit,
on trouve de rraies constitutions de blonds.
Habitants des Mes Tonga, — Les lies qu'on
appelait autrefois îles des Amis, et qu'on ap-
pelle aujourd'hui tles Tonga, du nom de l'une
des plus grandes, Tlle de Tonga-Tabou, sont
habitées par un peuple qui ressemble beau-
coup aux Nouveaux-Zélandais. Leur langue,
au dire de M. Anderson, présente la plus
grande affinité avec Tidiome parlé à la Nou-
velle-Zélande.
On représente les insulaires de Tonga
comme des hommes d'une taille an-dessus
de la moyenne, taillés en Hercule, mais
ayant plutôt en partage la force que la beauté.
Leur système musculaire est très-dévelop^
et ils ne paraissent pas suiets à cette obésité
qui est si fréquente chez les Tattiens.
M. Anderson dit que leurs traits offrent une
telle Tariété qu'il est presque impossible
d'assigner à leur figure un caractère général,
si ce n'est un certain arroodissement de
l'extrémité du nez qui est très-commun
chez eux. Mais, d'un autre cAté, on rencon-
tre par centaines des figures tout à fait eu-
ropéennes, et, dans le nombre, on trouve
beiaucoup de ces nez qu'on nomme chez nous
nez à la Romaine. On n'en voit guère qui
aient les lèvres remarquablement épaisses.
Les femmes de cette race manquent en géné-
ral de cette délicatesse de formes c{ui, dans
presque tous les autres pays, est 1 apa
apanage
r désigner cette nuance de dwveoz.
provinces on a le mot «anco, qv
Umt à bit an feir des Anglais.
Dana
007
nxL
DICTlOiNNAIRE
MAL
90S
de leur sexe. La couleur dominante est d*un
degré plus foncée que le brun cuivré; mais
on voit bon nombre d'individus, tant hom-
mes que femmes» dont le teint est beaucoup
plus clair, et de cette nuance quon désigne
parmi nous sous le nom de teint olivâtre.
Quelques femmes même, dit-on, ont la peau
beaucoup trop blanche pour que cette épithète
leur soit applicable. C est ce qui s'observe,
surtout chez les femmes des hautes classes,
2ui sont moins exposées à l'action du soleil,
hez le bas peuple, la peau a le plus souvent
une teinte sale, et la surface en est rude.
On trouve parmi eux quelques Albinos.
« Leurs cheveux sontgénéralement droits,
épais et forts, parfois cependant ils sont
crépus et frisés ; leur couleur naturelle est
presque toujours noire, mais beaucoup les
teignent en brun , en rouj^e sombre ou
orange. C'est une coutume qui leur est com-
mune avec les habitants des lies situées au
nord des Nouvelles-Hébrides. »
Le peuple des îles Tonga se divise en
plusieurs castes héréditaires distinctes, aux-
S ruelles des institutions flxes assignent des
onctions différentes. Une do ces castes est
celle des Malaboulais, qui est une sorte de
classe moyenne au-dessous des Egais^ ou
nobles, et au-dessus du commun du peuple.
Les quatre groupes que je viens d'énu-
méreret de décrire comprennent le plus
Srand nombre des nations polynésiennes,
lais il y a d'autres rejetons de cette souche
qui, pour être moins connus, n'en sont
Eeut*-être pas moins intéressants. De ce nom-
re sont les habitants de File de Pâques, qui,
sous beaucoup de rapports, diffèrent nota-
blement des autres tribus polynésiennes,
dont ils sont séparés par une vaste étendue
de mer sans lies intermédiaires. Une autre
population^ aussi très-curieuse à étudier, est
eelle que nous offre la petite lie de Tikopia.
On en trouve une description dans les notes
que HM. Quoy et Gaimard ont jointes au
-voyage de circumnavigation du capitaine
J)umont d'Urville.
3* .Bbanche madégassb ; 9 aturels db Mat
BAGASGAR (588). — Il y a longtemps que
Ton sait que la langue parlée dansTilede
Madagascar a de certains rapports avec la
langue malaise, et quelques auteurs, adop-
tant la conjecture qui semble de prime abord
la plus vraisemblable, ont avancé que ces
traits de ressemblance étaient de simples
résultats d'anciennes relations commercia-
les, du contact et des marchands malais avec
les peuples des côtes de cette lie. Mais c'est
là une opinion tout à fait erronée, comme
Fa fort bien prouvé le baron Guillaume de
Humboldt.
Dans toute l'Ile de Madagascar, on ne parle
qu'une seule langue. Il y a dans certaines
f>artios quelques dialectes particuliers; mais
es différences qu'ils offrent sont si légères,
qu'elles ne suffisent même pas pour en faire
ce qu'on appelle des langues sœurs. C'est
ce ^ue nous apprend Flacourt, qui, eu 1(>58,
écrivit une histoire de Madagascar, et qui
nous a laissé un dictionnaire de la langue
de cette lie ; son témoignage, d'ailleurs, a
été confirmé par celui de tous les écrivains
ultérieurs, c'est-à-dire de tous ceux qui mé-
ritent d'être cités (589). La population de
cette lie présente, comme nous le verrons
bientôt, de très-grandes variétés sous les
rapports des caractères physiques : quel-
ques tribus ressemblent aux noirs à cheve*
lure laineuse de la cAte africaine située en
face, et d'autres se rapprochent plus des Ma-
lais; mais toutes, elles ont la même langue.
Les savants auteurs du MUhridaies^ en
partant des données, malheureusement trop
restreintes, dont ils pou valent disposer [K>or
se faire une idée de fa nature de cette lan-
gue, l'avaient comparée avec le malais, «-t
étaient arrivés à conclure que les rapports
existant entre les deux langues ne remon-
taient point à leur origine, et que chacune
avait une base distincte; mais cette opiaion
a été complètement réfutée par M. de Hum*
boldt (590), qui a mis la question hors du do-
maine de toute discussion, et qui a démontré
que l'idiome madécasse est un vrai et légi-
time rejeton du grand tronc des langues
malayo-polynésiennes.
: La masse de la population de cette tle doit
donc être considérée comme d'origine ma-
laise ; mais de quelle partie de l'Océan est-
elle sortie originairement, c'est ce qu*on ne
peut déterminer avec certitude. La tangua
madécasse a un grand nombre de mots qui
lui sont communs avec les dialectes des na-
tions polynésiennes les plus éloignées* et qui
ne se trouvent pas dans le malais propre-
ment dit; tout bien considéré, c'est avec le
tagala, la langue dominante dans les lit»»
Philippines, qu'elle a peut-être le plus d'af-
finité.
Baucoup d'Anglais ont visité Madagascar
dans ces derniers temps, mais pas un n a
jugé à propos de nous donner ties rensei-
gnements exacts sur les races d'hommes qui
habitent celte lie, sur leurs divers idiomes
et sur leurs caractères physiques (591). C*est
par les voyageurs français que nous avons
appris ta majeure partie de ce que nous sa-
vons à cet égard, riacourt, l'abbé Rochon*
et d'autres auteurs anciens, se sont dunité
mille peines pour recueillir des documents
sur l'histoire des Madécasses, et plus réc^em-
ment M. J.-B. Fressange en a fait fobjrt
d'un mémoire que Malte-Brun a publié dau*>
(588) Les peuples de celle He sont souvent appe-
lés Malécasses ou Malgaches , les lettres rf et i se
substituant Tune à Vautre, comme le a se substitue
au c. Madécasses ou Madëcassicns est la forme de
nom ailoiHce par le baron G. de Humlmldt.
(589) HuMiioi.DT*s Kawi Sprache, Drilt, Th. s
i>âj.
(590) H(jMBOLDT*s Kanpt Sprache. Dnii. Tk. $«
526.
(50i) le dois excepter une note iuléressaote i!iê
capitaine Lewis, qui se trouve dans le rinquiéfiT.-
volume du Journal de îa Société ropoie ^oa» >^-
phiqve.
m
HAL
B^ANTHMKWjOGIE.
MâM
»lt
sts Annales 'des voyages (5%). Les détails
que je Tais donner scmt, en grande partie,
emprontés k ce mémoire.
« Les Madécasses on Malgaches sont, dit
Fressange, on des plus beaux peuples con--
nus; ils sont d'une stature très-grande et
ifune figure agréable, bien pris dans leurs
formes et de couleur olivâlre Ils sont
d un caractère sérieux et réfléchi, adonnés
à Tincontinenre , TÎndicaiifs et spirituels,
enfin suscenlîbles des plus brillantes quali-
t<}s et des plus grands rices; l'hospitalité est
on honneur dans toute Ttle. » Plus loin, il
restreint la généralité de cette description
oui est seulement applicable aux habitants
des côtes et nullement, ni au physique ni au
moral, à ceux de Tintérieur qui sont petits
et laids, ont les traits des Malais, des cbeyeux
longs et plats, et sont de grands fourbes et
àe grands Toleors.
Les Madécasses reconnaissent tous un Etre
snpréme infiniment bon, et un çénie du
mal; ils croient à Timmortalité de lame.
Madagascar se divise en plusieurs provin-
ces liont les habitants diffèrent les uns des
antres par le caractère moral, par le physi-
que et par les habitudes. Ce sont, en com-
mençant par la partie la plus septentrionale:
« les Antavarts, en leur langue peuple du
Nord ou peuple du Tonnerre, parce que ce
terrible météore vient toujours, dans File,
de ce côté de Tborizon; les Bestimessarasou
bon peuple ou grand peuple; les Bétanimè-
ses ou peuple habitant un pays rouge; les
Antaximesou peuple du Sud. Sur la seconde
li^ne intérieure ce sont les Ambarivoules
ou peuple habitant au pied des montagnes
rouvertes de bamljons. Sur la troisième li-
foie sont les Bezonzons, les Amayes ou An-
tamayes, les Ancovesovas ou Ambolambs,
les Andratsals, lesAntsianaxes,les Saclaves;
la province de la reine de Bonbétor et celle
fie la baie Saint-Augustin ne sont pas bien
«"onDoes. On connaît très-peu la c6te de
Toiiest. »
Ijes Bestiraessaras sont les plus beaux
homaiesde l'tle : ilss^oecupent de la culture
des terres et du soin de leurs troupeaux, et
sont d'un caractère doux. Leur résidence la
7>liis importante, la ville d'Andévourenle,
peat armer dix mille hommes. Les Antaxi-
mes sont une tribu grossière et adonnée
au p«llage ; sur cette partie des côtes les ha-
bîlants sont noirs et ont les cheveux laineux.
Ljcs Antamayes, que Rochon a pris à tort
pour des Arat)es, ressemblent aux Malais par
les traits comme par le teint; ils ont aussi
la coutume de se noircir les dents avec le
bétel. Ils habitent une haute steppe comprise
entre deux chaînes de montagnes, et qui a
quatre-vingts lieues de longueur. Leurs
l»iaines sont couvertes de troupeaux, et leurs
Tillages sont bâtis sur les hauteurs. Les An-
co^ans, Ovàhs, ou Ambolambs, forment deux
nations, les Ovahs du nord et les Ovahs du
sud. Les chefs de ces deux nations se font
la guerre pour avoir des esclaves. Les Ovahs
ressemblent aux Antamayes, mais ils so&l
de couleur plus claire.
Les Andrantsais sont des peuples pasteurs,
brutes et lâches. Il naît quelquefois des nains
dans leurs villages, et c^st leur nation, eq ^
effet, dont on a parlé comme d'une nation de
nains, du moins la position de leur province
correspond à celle qu'on assignait au pays
de ces pygmées ou Kimas. Le mot de Kimos
d'ailleurs est inconnu dans toute l'tle. M. Fres-
sange n^ vu qu^un seul nain madécasse ; il
dit cependant qu'il en natt quelquefois dans
cette province, mais qu'ils n'ont jamais formé
de race.
Il parait que la circoncision se pratique
par toute Ttle, mais non point comme cou-
tume mahométane.
De tous les peuples madécasses, les Ovahs
sont les plus remarquables; ils ont été dé-
crits., il y a quatre-vingts ans environ , sous
le nom Se Virzimbers, par Robert Drury,
dans l'histoire de sa captivité à Madagascar.
Depuis cette époque ils sont devenus là tribu
dominante, et Badama, qui, il y a quelques
années, avait soumis h son eiûpirc iiresque
toute rtîe, était un de leurs chefs. La pro-
vince d'Ovah est la plus petite de Madagas-
car; elle est située à cent soixante milles
enriron du point le plus voisin de la côte.
Bien que les Ovahs ressemblent, dit-on, à
la race malaise, ils ne paraissent pas avoir
tous les caractères distinctifs des véritables
Malais. Plusieurs hommes de distinction de
l'ile de Madagascar se trouvaient à Londres,
il y a quelques années, comme faisant partie
de la mission envoyée j»ar la reine des Ovahs,
la veuve de Badama. Un artiste distingué a
fait leurs portraits, et l'on remarquera qu'ils
se ressemblent tous entre eux d'une manière
étonnante. Si nous les considérons comme
représentant bien le type de la race ovah, il
faut reconnaître que cette nation a pris une
physionomie particulière , puisqu elle n*a
rien du type chinois, dont se rapprochent
cejiendant les Malais proprement dits, et
qu'elle n'a rien non plus du caractère pres-
Ïae européen des insulaires polynésiens
eurs cheveux sont frisés et touffus , mais
ils ne sont pas laineux. En général il n'y a
dans leur figure rien qui indique un rapjtro-
cheraent vers le nègre.
MANCO-CAPAC. Voy. Péruviens et Amé-
BICAl!fS.
MANDANS. Fof/. Siocx.
MANBINGOS. Voy. Sétiêgambie.
MAÎil-CONGO. — Dans l'ouest de l'Afri-
que australe, et presoue en face de ce qu'on
appelle les empires du Monomotapa et du
Mono-Emugi, se trouve une vaste région dé-
signée sur les cartes comme le siège de Tem* '
pire plus célèbre encore de Mani-Congo,
sous la domination duquel étaient réunis,
d*après ce que nous apprennent les mission-
naires portugais, tous les peuples duLoango,
du Congo et des provinces d'Angola. Ce|;ays
i592) On prat voir aussi, dans les Vojfa^t de (Paris, ISli), une description encore plus détailles
If. F'roberriiie à Madagatcar et aux iies Comores des difiërenles tribus madécasses.
911
MAN
DSCTIOiNNAlUE
MI^D
5li
n'a pas moins de trois cents lieues de côtes,
«'étendant depuis le cap Lopez ou Gonzalvo
jusqu'au cap Negro ; du c6té du sud il con-
line avec le Benguela, que l'on compte Aussi
quelquefois au nombre de ses provinces ; à
rintérieur, il s'avance, dit-on, jusqu'à deux
cents lieues de la mer. Cette partie intérieure
comprend une grande partie du plateau de
l'Afrique australe» plateau qui parait se pro-
lon^jer presque juscju'au côte opposé du
continent.
Dans l'histoire des premiers établisse-
ments portugais au Congo, nous voyons
jouer un grand rôle aux Jagas, guerriers
nomades, dont les hordes redoutables par-
couraient les hautes plaines situées à l'est du
Congo et du Loango, et remplissaient de ter-
reur tous les habitants des contrées voisines.
La description que les Portugais nous ont
laissée des Jagas s'accorde de tout point avec
celle des Mantalées et des Vatwahs, peuples
qui, de nos jours, se sont rendus si formi-
daldes par leurs incursions sur les frontières
de la colonie anglaise. Le nom de Jaga, qui
signifie nomades belliqueux, est aujourd'hui
un titre de distinction, et un titre auquel
prétendent avoir droit exclusivement les
r.assangas, tribu puissante qu'on trouve à
l'est du royaume du Congo. C'est dan», le
pays des Cassanias, d'après les informations
recueillies par M. Bowdich, que se trouvent
les places de commerce, ou, si l'on veut, les
foires les plus reculées de toutes celles que
fréquentent les colons portugais d'Angola et
de Con20. On a fait des tentatives pour pé-
nétrer aans l'intérieur en traversant le pays
des Cassangas, dans le but d'établir, s'il était
possible, une communication avec les Mo-
zambiques de la côte orientale : un mulâtre
parti de Cassanga est arrivé, à ce qu'on dit,
après deux mois de marche, à la capitale
d une tribu mulua. Cette capitale est une
grande ville bâtie régulièrement, où Ton
sacrifie par jour de quinze à vingt nègres.
C'est des Mufuas que les Cassangas reçoivent,
par voie d'échanges, le cuivre qu'ils vendent
aux Portugais. Les Cassangas ont encore
pour voisins, du côté du nord, les Cachiugas,
et du côté de l'est, les Domges , qui entre-
tiennent des communications avec les Portu-
gais de Montbaze. Les Mexicon^os ou Congos p
de l'intérieur parlent d'une tribu puissante le
qu'ils désignent sous le nom de Holangas,
au delà de laquelle se trouve celle des Ama-
lucas, dont le nom indique une consangui-
nité avec les Cafres amazulas et amakosas.
Prichard a montré (593) qu'il y avait de
fortes raisons pour penser que toutes les
nations africaines que l'on connaît au sud
de réquateur, à l'exception des seules tribus
de race hottentote, parlent des idiomes qui,
s'ils ne sont pas des dialectes d'une seule
langue-mère, peuvent du moins passer pour
nppaplenir à des langues d'une même fa-
mille. Il parait que ces langues, qui sont
alliées entre elles de très-pi-ès, peuvent se
réduire à trois : à la première appartiennent
les divers dialectes parh^s dans l'empire du
Congo, c'est-à-dire ceux du pays de Loanj;o
au nord, ceux du Congo proprement dit au
sud, et dans l'intérieur ceux de Banda cl de
Cassanga ; à la seconde se rapportent les dia-
lectes des Amakosas et autres Cafres méri-
dionaux auxquels on peut rallacher peut-
èlre ceux des tribus de Bechuanas, quoique
ces derniers paraissent, à certains égaruN,
se rapprocher des dialectes du Congo el iaiie
le passage d'un groupe à l'autre; enfin, hs
dial ectes d es Makuani de Mozambique, et cou i
d'autres tribus de la partie orientale, paiini
lesquelles il faut comprendre les Suhaili de
la côte, constituent le troisième groupe, hs
dialectes appartenant à cette troisième lan-
gue sont les moins connus, mais leur con-
nexion avec les précédents est prouvée iiar les
analogies nombreuses que présentent les wv
cabulaires. Quant aux deux langues aux-
quelles appartiennent, d'une part, les dia-
lectes cafres, et, de l'autre, les dialectes le
l'empire du Con^o, elles sont de plus liées
par de très-étroites ressemblances dans !a
construction grammaticale. La conclusion qui
se déduit de ces remarques, c'est que tous
les peuples de cette partie du continent sont
unis par les liens de parenté et sont des rd-
meaux d'un même tronc.
Les caractères physiques de toutes ces na-
tions, quoiqu'ils diffèrent beaucoup suivaul
les lieux, et qu'ils présentent en outre, dans
le sein d'une même tribu, des différcps
encore marquées , peuvent ètro l'objet d'una
description unique, ou, on d'autres terDics,
peuvent donner lieu aux mêmes remarqui^s
générales. Sur la côte et parmi les races l6
plus sauvages, telles que celle des Makuas
de Mozambique, on trouve beaucoup de la
physionomie nègre ; cependant, même chez
ces hommes, l'expression du visage a cjuel-
que chose de plus doux et de plus intelligeul
que celle des nègres de Guinée. Leurs che-
veux sont laineux et leur peau est noire;
mais leurs crânes, comme on peut le voir
par les spécimens rapportés de divers poiDls
de la côte de Mozambique et conservés dans
quelaues collections, leurs crânes sont {^us
arques, plus développés à la partie anté-
rieure, et ont beaucoup moins du caractère
ragnathe. Mais dans le Congo, le Benguela*
e Loango, comme aussi du côté op|K)sé du
continent, vers la côte orientale, il y a de
nombreuses populations chez lesquelles nous
trouvons un caractère de physionomie q^i
s^écarte considérablement de là physionoiuii'
nègre. Les navigateurs portugais nous loui
dit depuis longtemps, et leur témoignante à
cet égard a été pleinement confirmé par cehn
du professeur Christian Smith , qui accom-
pagnait la dernière expédition sur le fleu^^'
Zaïre.
MARCHE. Voy. Mouvement.
MATÉRIALISME réfuté. Voy. RfCÉFiuit
et Physiologie intellectuelle.
MAUPERTOIS. Voy. Langage.
MÉDITERRANÉENS. - Prichard designs
("iOS) ï\esi»arche% into tlie phy^ical history ofmankittd.
913
D'AMTIIBOPOLOGIE.
MED
fl4
sous ce Dom le troisième groupe des races
de t* Amérique du Sud, parce que les nalions
dont ce groupe se compose habitent princi-
palement les proTinces de intérieur, étant
|)lacées entre les nations alpestres des Cor-
dillères, k Test, et les tribus des provinces
brésiliennes, k Touest. Ce groupe, qui dans
le tableau de M. d^Orbigny est indiqué sous
le nom de race pampéenne,se divise en trois
rameaux, savoir : le patagonien, le chiqui-
léen et le moxéen.
1* Ravkau PATiGONuif. — Co rameau
comprend, outre les Patagons proprement
«lits, plusieurs autres tribus nomades qui
leur ressemblent et qui se trouvent les unes
au sud, les autres au nord de la rivière de la
Plata. Les tribus du sud sont toutes celles
qui errent dans les Pampas, grandes plaines
ifui s*étendent, en conservant le même ni-
veau, depuis le fleuve que nous venons de
no.umer jusqu'au détroit de Magellan. Les
tribus du nord, qui sous le rapport des
f'4iractères physiques ne diffèrent, pour ainsi
dire, en nen des Patagons, habitent cette
portion de pays qui est comprise entre la
rivière du Paraguay et les derniers contre-
forts de la Cortlillère, et qui s avance au nord
jus'^u'au âO* degré de latitude, comprenant
toute la région des plaines intérieures de la
province de Chaco. Les tribus patagoniennes
s«)nt les noma les du uouveau monde (594j.
A jonnées de temps immémorial à une vie
errante, depuis que le cheval a été naturalisé
iTtOi) Le premi'T ooTra^ où Ton ait fait mention
â":» PaUgons esl la Rdattûn dm toffoçe de Magellan^
en 1519 ; ei voici ce oui se U^Nive sur ce sujet dans
ratirégé qo*l1arns a fait de cette relation :
c L4>r9qtt"ds eareni passé la ligne et qa*iis virent
ie pèle austral , Us continoerent leur route sud, et
arrivèrent à la câte da Br^il, environ au 22* degré;
lis observèrent que tout ce pays était un continent,
plus élevé depuis le cap Saînt-Xugustin. Ayant con-
tinué leiir navigation encore à deux degrés et demi
plus loin, toujours sud, ils arrivèrent à un pays ha-
b té par un peuple fort sauvage et d^une stature pro-
di giouse. Ces géants faisaient un bruit effroyable,
p as ressemblant au mugissement des bceuls qu'à
tU^ voix humaines. Nonobstant leur taille gigan-
toque , ils étaient si agiles, qu'aucnn Espagnol ni
Pu '- tu gais ne pouvait les atteindre à la course. >
Buffun a fait remarquer qu il semblerait, d'après
cette rebtioo, que ces grands hommes ont été trou-
vés â 21 degrés 1/2 de latitude sud. Cependant la
^ue de la carte prouve qu'il y a ici de Terreur ; car
le cap Saint-Augustin, que la relation |^ce à 22
«Wgres de latitude sud, se trouve sur la carte à iO
d*^/rés; de sorte qu'il est douteux si ces premiers
géauts^ont été rencontrés â là di^rés 1/2 ou à 24 de-
pré> 1/2. Car, si T'est à 2 degrés \fi au delà du cap
S.âîiit-Angnslin, ils ont été trouvés à 12 degrés 1/2;
mais si c'est à 2 degrés 1/2 au deUi de cette partie,
â Tendrott de la céte du Brésil (|ue l'auteur dit être
â ^ d 'i;rés , ils ont été trouves à 24 degrés 1/2 :
l4fllt? est Teuietitude de Barris. Quoi qu'il en soit, la
relatioii poursuit ainsi :
€ Us poussèrent ensuite jnsqn^à 49 di^rés 1/2 de
latUude sud, ou la rigueur du temps les obligea de
prendre des quartiers d'biver et d'y rester cinq
mois. Ils crurent longtemps le pays inhabité; mais
eulin un sau? âge des contrées voisines vint les visi-
ter. Il avait Pair vif, gai, vigourraix, chantant et
daosa t tout le long du chemin. Etant arrivé au
dans rAmériquc luéridionale ces nations sont
devenues des nomades ^uestres et parcoo-
rant incessamment leurs arides plaines, vivant
sous des tentes de peau, ou dans les forêts
du Chaco, sous des huttes recouvertes en
écorce ou en chaume. Ce sont des guerriers
fiers et indomptables, qui méprisent Tagri-
culture et les arts de la civilisation, et qui
ont toujours résisté, dans quelques cas
même jusqu'à Fextermination complète
d'une tribu, aux armes des Espagnols.
La couleur de \ai peau, chez ces nations,
est d'une teinte plus foncée oue chez la plu-
part de celles qu on connaît dans l'Aménque
du Sud; elle n*a rien de cuivré, et est plutôt
d'un brun olivâtre. M. d'Orbigny la compare
à celle des mulâtres. Toutes les nations du
Chaco présentent, suivant cet écrivain, une
intensité de Ceinte égale à celle des Pata-
gons; les Charmas et les Puelches seuls lui
ont paru plus foncés que les autres. C'est
chez les hommes appartenant à ce rameau
qu'on trouve la plus haute stature, les for-
mes les plus athlétiques et les plus robustes.
Les tribus qui présentent la taille la plus
élevée sont celles qui se trouvent le plus an
midi; la taille diminue chez les autres à
mesure qu'on se rapproche de la province
méditerranéenne du Chaco. Chez toutes ces
nations, en général, le tronc est large et ro-
hxAie^ les membres sont bien fournis, mais
è contours arrondis, les pieds et les mains
sont petits. Les femmes participent à cette
port, il s^arrèta et répandit de la poussière sur ta
tôte. Sur cela, quelques gens du vaisseau descendi-
rent, allèrent à lui, et ajrant répandu de même de la
poussière sur leur tète, il vint avec eux au vaisseau,
sans crainte ni soupçon. Sa taille était si haute, que
la tète d'un homme de taille moyenne de Féquipa^
de Magellan ne lui allait qu'à la ceinture, et il était
gros à proportion
c Magellan fit boire et manger ce séant, qni fut fort
joveux jusqu'à ce qu'il eut regaroe par hasard un
miroir, qu'on lui avait donné avec d'autres baga-
telles ; il tressaillit, et, reculant d'effroi, il renversa
deux hommes qui se trouvaient près de lui. Il fut
longtemps à se remettre de sa frayeur. Nonobstant
ceb, il se trouva si bien avec les Espagnols, que
ceui-ci eurent bientôt la compagnie de plusieurs de
ces géants, dont l'un surtout se familiarisa prompte-
ment, et montra tant de gaieté et de bonne humeur,,
que les Européens se plaisaient beaucoup avec lui.
< MageUan eut envie de faire prisonniers quelques-
uns de ces céants; pour cda,on leur remplit les mains de
divers colinchets dont ils paraissaient curieux, et pen-
dant qu'ils les examinaient, on leur mit des fers aux
pieds.liscrurentd'abord quec'était une autre curiosité,
et parurent s'amuser du cliquetis de ces fers ; mais,,
quand ils se trouvèrent serrés et trahis, ils implo-
rèrent le secours d'un être invisilile et supérieur,
sous le nom de Setebos, Dans cette occasion, leur
force parut proportionnée à leur stature, car l'un
d*eux surmonta tous les efforts de ueul hommes,
quoiqu'ils Tenssent terrassé et qu'ils lui eussM nt for-
tement lié les mains; il se débarrassa de tous ses
liens, et ^'échappa malgré tout ce qu'ils purent
faire. Leur appétit était proportionné aussi à leur
taille ; llagellan les nomma Pata^ns. i
Tels sont les détails que donne Harris louchant
l-s Pata«;ons, après avoir, dit-il, pris les plu* fçnin-
des peini.'S à rompa«vr \(^ relations des divers éciîr
vains e^^agnols et l'ortugais.
«fS
IIED
niCTÎO.^NAERïT
IfED
m
corapleïîon Yiî^^ureuse : aussi ne présentent-
tulles jamais de formes gracieuses. Chez ies
Pata^ons, la tète est grosse, la face large et
aplatie, les pommettes saillantes.
Chez les nations du Chaeo, les yeux sont
Eetlts, horizontaux, quelquefois légèrement
ridés à l'extérieur; le nez court, épaté,
large, à narines ouvertes ; la bouche grande,
les lèvres grosses et saillantes, le menton
court, les sourcils arvjués, la barbe rare, les
cheveux noirs, longs et plats; leur physio-
nomie est froide, sombre, souvent féroce.
Les langues de ces nations, quoique dis-
tinctes pour le fond, ont entre elles quelques
analogies; toutes sont dures, gutturales et
d'une prononciation difficile.
Les nations particulières comprises dans
ce groupe sont les Tehuelches, ou Patagons
Proprement dits; les Puelches; ou tribu des
ampas, au sud de la rivière de la Plata; les
Charmas, sur l'Uruguay; les Tobas ou Mbo-
cobis, qui possèdent la plus grande partie du
Chaco, et sont supérieurs en nombre à toutes
les autres nations du groupe /leur popula-
tion est estimée à quatorze mille âmes); les
Mataguayos, qui sont aussi du Chaco; et en-
fin les femeux Abipones de Dobrizhofier et
d'Azara,.les centaui*es du nouveau monde.
Outre ces nations, les auteurs espagnols
en indiquent beaucoup d'autres comme nabi-
tant le Chaco et les pays situés à l'ouest du
Paraguay ; ils n'en comptent pas moins de
quarante, parmi lesquels les plus célèbres
sont les Payaguas et les Mbaias. Suivant
M. d'Orbigny, qui croit que le nombre de
ces ufttioDS a été fort exagéré, elles devraient
aussi se ranger, eu égard à leurs caractères
physiques, dans sa race pampéenne.
Dobrizhoflfer, qui a longtemps résidé dans
l'Amérique du Sud, nous a donné sur le
Chaco et sur ses habitants des renseigne-
ments que nous allons en partie reproduire.
Le Chaco, suivant cet historien, est regardé
I)ar les Espagnols comme un enfer, et par
es indigènes comme un paradis.
« Il y avait autrefois, nous dit-il, dans le
Chaco, beaucoup de tribus dont il ne reste
plus guère que le nom; telle était celle des
Calchaquis, tribu nombreuse, renommée
par sa bravoure et sa férocité, aujourd'hui
réduite,, par suite des ravages de la petite
vérole-, à quelques individus qui vivent dans
un coin de la province de Santa-Fé. Des
causes semblables ont détruit presque entiè-
rement les tribus éf}uestres des Malbalaes,
des Mataras, des Palomos, des Mogosnas,
des Orejones, des Aquilotes, des Churuma-
tes, des Ojotades, des Tanos, des Quamal-
eas, etc. Les nations équestres qui existent
encore dans le Chaco sont les Abipones, les
Natekebits, les Tobas, les Amokeblts, les
Mocobios, les Yapetalacas et les Oekakaka-
lots, les Guaycurus ou Lenguas. Les Mbayas,
qui habitent la rive orientale du Paraguay,
se donnent entre eux le nom d'Epiguayegis;
ceux de la rive occidentale, celui de Quetia-
desodis. Les nations non équestres sont les
Luies et les Ysistines, qui parlent une même
langue, c'est-à-dire le tonocote, et qui, pour
la plupart convertis par nous, ont élé am^
nés à se Q\er dans des villages; les Homuam-
pas, les Vilelas, les Chunipies, les Yooles,
les Ocoles et les Pazaines,qui sont en grande
partie chrétiens; les Matajguayos, que nous
avons souvent tenté de civiliser, el qui se
sont toujours montrés rebelles à la persua-
sion ; les Paguayas, les Guanas et les Chi-
quitos. D'autres tribus, parlant différentes
langues, sont, çrâce à nos efforts, sorties
du fond des bois, et ont été réunies knos
colonies de Chiquitos : tels sont les Zarnn-
cos, les Caypotades, les Ygaronos. »
Les caractères propres aux tribus méridio-
nales de ce groupe, tribus qui habitent les
i)laines sans arbres des Pampas, doivent diî-
érer considérablement de ceux des nations
que renferment les épaisses forêts du Chaco.
- Les Indiens des Pampas , qui sont les
PuelcJies, ont été décrits par le missioimaira
anglais Fatkner et par don Félix d'Azara.
« A l'arrivée des Espagnols, i's erraient sur
les bords du Rio-Grande, sans avoir aucune
communicatioa avec les Charruas de la rive
opposée, car ni les uns ni les autres n'avaieol
de canots pour pouvoir traverser la rWière.
Ils opposèrent une vigoureuse résistance
aux premiers colons qui vinrent s'établir ï
Buenos- Ayres ; mais ils furent peu à peu re-
poussés vers le sud. »
Les naturels des Pampas, avant l'arrivée
des Espagnols, chassaient aux pacesseui,
aux lièvres, aux cerfs et aux autruches (nan-
dous), animaux très-communs dans leur
pays; aujourd*bui ils dédaignent une (M*
reille proie, et vivent principalement de la
chair des bœufs et des chevaux, qui, repas-
sés à l'état sauvage, se trouvent par grands
troupeaux dans ces immenses plaines. La
langue de ces Indiens, suivant dAzara, dif-
fère de toutes les autres; leur caractère n'a
pas la taciturnité qui est si commune chez
les autres nations de l'Amérique, K ils ne
parlent pas aussi bas. « Leur taiUe, «goute-l-ili
ne me parait pas inférieure à celle des Espa-
gnols ; mais en général ils ont les membres
plus forts, la tète plus ronde et plus grosse,
les bras plus courts, la figure plus large el
plus sévère que nous et que les autres In-
diens, et la couleur moins foncée, » Los
hommes vont généralement nus ; « ils uô
font point usa^e du barbote, >» el celte cir-
constance les aistingue de toutes les tribus
du Paraguay. Les femmes portent un poncho
qui leur couvre tout le corps. Ces Indiens
n'ont point de demeure fixe, et vivent so»
des tentes de cuir qu'ils déplacent aisément.
Ils sont d'un naturel plus doux, et moins dé-
pravés dans leurs manières que la plupart
des Indiens non réduits de cette partie de
l'Amérique.
D'Azara nous a aussi donné la description
des tribus qui habitent le Chaco. 11 dit qua
les Abh)ones, en particulier, sont bien fa:t>
et ont cie beaux traits; leur visage ressemWe
beaucoup, à la couleur près, à celui des
Européens. « J'ai remarqué, dit-il, qu'ils ont
presque tous les yeux noirs, mais petite; ce-
pendant, toul petits qu'ils sont, ces yeux ou;
917
UEO
DAMIIROFULOGIE.
918'
la Tiie plus perçante que les nôtres. » Leur
nez est g^eralement aquilin ; leur corps a
de tieUes proportions, et rien n*estplus rare
que de rencontrer parmi eux des individus
contrefaits. Presque tous les Abipones sont
sî grands, qu'ils pourraient semr dans un
ré;^nient de greuMiers autrichiens. Ils n'onC
p<iint de barbe, et leur menton, conune celui
de tous les autres Indiens, est parfaitement
lisse, c Quand on Toit un Indien ayec un peu
de barbe, on peut être certain que parmi ses
ancêtres il y a eu, du côté paternel ou ma-
ternel, une personne de race européenne. »
Le même écrivain ^oute cependant plus
lard qu'il leur natt au menton quelques
Culs clair-semés, qu'ils se font arracher par
urs femmes. Tous les Abipones ont les
cheveux d*un noir foncé, et très-fonrnis. »
Quant à la couleur, d'Azara dit : « Parmi
tous les indij^nes de l'Amérique que j'ai eu
occasion de foir, il ne s'en trouvait oertai-
■ement aucun qui fAt aussi blanc qu'un
Anglais on qu'un AUemand ; mais j'en ai vu
beaucoup qui avaient le teint plus clair qu'on
ne l'a en général en Espagne et en Italie.
Chez quelques tribus, le visage a un ton
blanchâtre qui rappelle celui oe la pâte de
pain; chez d'autres, il est plus brun, et la
différence parait tenir à la diversité des cli-
mats, à un ^nre de vie, à la nature des ali-
ments. Les femmes ont en général le teint
plus clair que les hommes, ce qui dépend
sans doute de ce qu'elles vivent moins en
f>lein air. » Dans un autre endroit de son
livre, d'Azara nous apprend que les Abipo-
pones, les Mbocobios, les Tobas, et autres
tribus du Chaco qui sont d'une dizaine de
degrés plus rapprochées de l'éffuateur, et
habitent par conséquent un climat plus
chaud que les Aucas et les Puelches de la
région ma^ellanique, ont la peau plus blan-
che. Probablement la différence d'élévation
au-dessus du niveau de la mer doit être pour
i|uelque chose dans ce résultat. L'auteur de
la remarque op|K)se ce fait à celui de la
blancheur plus que modérée des habitants
de la Terre de Feu.
« Les traits des Chiqnitos, différents de
icux des nations du Chaco, peuvent, dit
U. d'Orbi^nj, servir de type au rameau des
collines élevées du centre de l'Amérique.
Ils ont la tête arrondie, plutôt grosse que
moyenne, presoue toujours circulaire, rare-
ment comprimée des côt^ ; la face ronde et
{>leine, les pommettes nullement saillantes ;
e front bas et bombé ; le nez toujours court
et l^èrement épaté ; les narines peu ouver-
tes, comparativement à celles des nations
australes. Les yeux ideins d'expression et de
vivacité sont petits, horizontaux ; cependant,
rhez quelques individus, ils sont léfférement
bridés à I angle extérieur, ce qui les ferait
croire un peu relevés ^ mais le fait est ex-
ceptionnel. Les lèvres sont assez minces,
les dents belles, la bouche est médiocre ; le
menton arromli et court; les sourcils sont
étroits et agréablement arqués ; la barbe peu
ffmmîe, non frisée, ne croit que dans Tâgc
avaaeé et ne couvre jamais que la lèvre su-
périeure et le dessous du menton; les che-
veux longs, noirs et lisses, jaunissent dans
Teitréme vieillesse , mais ne blanchissent
jias. L'ensemble des traits ne se rapproche
aucunement du type européen. »
« Les Moxéens, dit plus loin le même au-
teur, ont des mœurs fort analogues à celles
des Chiquitéens,et ces mœurs sont, à peu de
modifications près, les mêmes pour toutes
les nations. Avant la conquête, fixés par
suite de leur croyance religieuse, ils étaient
ElutAt divisés en villages établis tout au
ord des rivières, ainsi qu'au bord des lacs,
aue dans les bois ou au milieu des plaines
ont ils croyaient descendre : partout pê-
cheurs, chasseurs et surtout agriculteurs.
La chasse n'était pour eux qu'un délasse-
ment, la pêche une néo^te, et l'agricul-
ture leur procurait les provisions et les ma-
tières premières servant aux boissons, qui,
de même que chez les Chiqnitos , se fai-
saient dans une maison commune où l'on
recevait les étrangers, et où, dans certains
jours, les habitants se réunissaient pour
boire, chanter et danser; mais ces diver-
sions avaient un caractèro de gravité qu'on
ne trouvait |>as chez les Chiquitos; leurs
coutumes étaient aussi plus barbares. Un
Moxos immolait, |)ar superstition, sa femme
si elle avortait, et ses enfants s*ils étaient
jumeaux; tandis que de son côté la mèro se
débarrassait souvent de ses enfants quand
ils Tennuyaient. Le mariage était une con-
Tention résoluble à la volonté des parties et
la polygamie était ordinaire. L habitude
d'être toujours en pirogue leur faisait cher-
cher les cours d'eau qu'ils parcouraient in-
cessamment soit pour chasser, soit pour {lé-
cher ou même ]iour aller à leurs champs.
Ils étaient tous plus ou moins guerriers ;
mais les traditions et les écrits ne nous ont
conservé la mémoire que d'une seule nation
anthropophage , niangeant ses prisonniers.
C'était la Canichana qui, même aujourd'hui,
est encore la terreur des autres. Les mcsurs
de cette nation ont été modifiées par le ré-
gime des missions; mais elle a conservé
beaucoup de ses coutumes primitives. »
Les deux groupes de nations- que nous
venons de faire connaître par leurs traits les
plus généraux, se composent chacun de plu-
sieurs peuples distincts. Voici quels sont,
suivant M. d'Orbigny , les noms et la force
numérique des diverses tribus dont se com-
pose Tun de ces groupes^ celui qu'il désigne
sous le nom de rameau chiquitéen.
HOMBRE DES UIDIVIDIS DC CflAflCE HATlOil.
Non» dtt MioMi. Cliréii«iis. Non réàuiÊs. ToUl.
Cbiqailo, il,9i5 t 14,9Î5
SâiDuca, 1,250 1,000 Î,2S0
Paîeonëea, 610 300 910
Saravéea, 350 > 350
OciiU, 150 » 150
Cnramiiiaca, 150 • 450
Curavés, 150 > 450
Covaréca, 50 100 450
t^wabeca, > 400 400
Tapiis, 50
Guniraoéca, 50
»
50
50
Totaux
17,735 4,500
10,
919
MED
mcnaNNAiRE
MED
H D*après ce tableau, dit M. d*Orbigny, il
est facile de juger ce qui reste aujourd hui
d'iiidir^ènes sur le territoire de la proTince
de Chiquitos. Si nous en croyons les histo*
riens, le nombre en aurait été bien plus
élevé; et des nations entières, ainsi que
beaucoup de tribus des Chiquitos, auraient
été décimées dans les expéditions de décou-
vertes exécutées par ces courageux aventu-
riers partis du Faraday pour chercher de
Tor ; dans lei incursions des Mamelucos de
San Pablo du Brésil , qui chassaient les In-
diens pour les vendre ; et enfin par une corn-
t^agnie de marchands espagnols de Santa-
]ruz de la Sierra, laquelle, a Timitation des
Portugais, fit un instant le commerce infime
des pauvres Chiquitos avec les propriétaires
des mines du Pérou. Il ny eut plus ensuite
Î[ue des pestes ; mais elles exercèrent d*af-
reux ravages dès Tinstant de Tarrivée des
Jésuites sur le territoire de la province et
continuèrent jusqu^à nos jours. Toutes ces
causes de dépopulation nous feraient croire
qu'il n'existe ]jàs maintenant plus de la
moitié des habitants qui couvraient le sol
de la province à l'époque de la découverte.
Il est focile de s'apercevoir, en jetant les
yeux sur le tableau que nous venons de
donner, que la population des Chiquitos
forme, à elle seule, les six septièmes de
la population du pays; tandis que parmi
les autres, il n y a que celle des Samucus et
celle des Païconecas ayant encore une cer-
taine importance; ce qai nous a déterminé
h prendre le nom de Cniquitos comme type
de ce rameau auquel nous avons reconnu
les caractères généraux suivants :
« La couleur, identique à celle des natu-
rels du Chaco, quoique un peu moins fon-
cée, est bronzée, ou, pour mieux dire, d'un
brun pâle mélangé d'olivâtre et non de rouge
ou de jaune. Les Samucus semblent plus
fortement teintés que les autres nations de
la province, de si peu toutefois qu'il faut
voir beaucoup d'individus pour le recon-
naître.
« La taille des Chiquitéens, moins élevée
que celle des habitants des plaines du Chaco
et du sud, ne varie guère. La movenne est
de 1 mètre 663 millimètres (5 pieds 1 1 pouce),
tandis que les plus grands n ont pas plus de
1 mètre 75 à 78 centimètres (5 pieas 5 à 6
pouces). Les fepinies n'atteignent pas à une
stature presque égale à celle des hommes,
comme on le voit parmi les nations du Sud ;
elles conservent seulement les proportions
relatives ordinaires.
« Les formes du corps sont , chez les Chi-
quitéens, peu différentes de celles des In-
diens du Chaco ; de même le tronc est ro-
buste, la poitrine saillante ; les épaules sont
larges ; mais, en général, il y a moins de
force apparente. Le corps est d'une v^iue;
les membres sont replets, montrant des for-
mes arrondies, sans jamais iivoir de muscles
a;iparents; du reste, les hommes sont droits,
bien plantés ; ils ont une démarche aisée.
Les femmes plus larges, plus massives, con-
servent !e môme diamètre sur toute la lon-
gueur du tronc ; aussi montrent-elles l)eaa-
coup de vigueur et ne présentent-elles rien
de la beauté idéale des formes antiques.
« Nous ne répéterons point ici ce que nous
avons dit des traits des Chiquitéens. Nous
ajouterons seulement que leur physionomie
est ouverte, annonce la gaieté, la franchise,
beaucoup de vivacité. On ne peut néanmoins
dire que les figures soient jolies ; la plupart,
au contraire, sont moins que passables. Les
femmes ont la face plus arronaie encore qae
les hommes , avec oeaucoup de gaieté et de
naïveté dans l'expression. En général, la
lUure des hommes n'a rien de mâle.
« Les langues chiquitéennes sont aassi
variées que Tes nations qui les parlent, loin
d'être aussi gutturales que celles du Chaco,
la plupart sont même très-douces et très-
euphoniques, ne présentant ni des sons durs
ni cette redondance de consonnes si com-
munes dans les dernières. La lan^e chi-
qui ta, par ses finales en cA, ainsi que la
morotoca (section des Samucus) par les
siennes en od et ad, offrent seules un der-
nier trait de ressemblance avec celles du
Chaco. On retrouve le son guttural du) es-
pagnol dans les langues saravéca, cummi-
uaca, covaréca et paiconeca; il manque dans
la langue chiquita, dans l'otuké, dans la cu-
ruminaca, dans la covaréca et dans la paico-
neca* Plusieurs offrent noire cA, ainsi que le
son doux de notre x. Une anomalie sm^-
lière se présente d«is la langue chiqoila,
où, pour beaucoup de choses, Thomme em-
ploie dos mots aifférents de ceux dont se
sert la femme, tandis que pour les autres la
femme emploie des mots dont l'homme se
sert en se contentant d'en changer la termi-
naison. Quoique ces langues soient très-
oompliquées, surtout celle des Chiquitos,
aucune d'elles n*a un système de numéra-
tion étendu, ce qui annonce peu de rela-
tions ; de là défaut absolu de commerce.
« Les nations comprises dans le rameau
moxéen sont, comme celles du rameau chi-
quitéen, très-inéçales entre elles pour le
nombre des individus, ainsi que le montre
le tableau suivant :
NOMBRE DES
Noms Uct aitlons.
Moxo,
Chapacura,
Itonama,
Ganichana,
Movîiua,
CayuTava,
Pacaguara,
Iténés,
INDIVIDUS DE CRAQUC NATlOIf.
Chrélleas. Encore ua? âges. Tout
i,350
4,815
1,^
USSS
î,073
1,0ti
1,200
42,620
i,000
1,050
300
4,815
>
i,939
t
i,238
>
2,073
>
ii
i,000
5
1,197
ToUux: 23,750 5,497 27,247
it La couleur des Moxéens est bnin-pAIe,
mélangé d*oli vàtre ; les Chapacuras, les Itona-
mas et les Canichanas paraissent avoir abso-
lument la même teinte que les Chiquitéens,
pendant que les Moxos et les autres nations
sont un peu moins foncés , ayant peut-être
un peu de jaune mélangé à la nuance des
premiers ; mais cette diOérehce est si légère
qu'on ne s'en aperçoit qu'à l'aide d'une aC-
M
IIED
D'ARTIIROPOLaGlE
IIED
teation soutenue : du reste, la teinte gêné-
Tàle^ peu distincte de celle des peuples du
Chaeo, est seulement plus pâle ou un peu
plus jaunâtre. Dans le rameau moxéen la
taille, généralement plus éleyée que dans
celui des Chiquitéens, se rapproche beau-
œup plus de celle des habitants du Chaco.
Les plus grands atteignent jusau*à 1 mètre
79 centimètres (5 pieds 6 pouces), et la taille
fDO venue des MoTimas, oes Moios, des Ca-
nictianas et des CaruiraTas est de plus de
1 mètre 67 centimètres ( 5 pieds â pouces):
Les seules nations qui ne panriennent pas à
la même stature sont celles des Chapacuras
et <Jes Itonamas. On peut, jusqu'à un certain
|ioint, expliquer cette différence, chez les
premiers par le Toisinage des montagnes de
Cliiquitos; mais alors les derniers ne doi-
vent être considérés que comme se trou-
Tant dans une condition anomale. Les fem-
lues sont en général proportionnées aux
hommes. Néanmoins cènes des Canichanas
O'ius ont paru petites, tandis que chez les
Ifofimas, comme nous Tayons déjà observé
fianni les rameaux des Pampas , les femmes
>ont, au contraire, presque aussi grandes
«{ue leurs maris, ou au moins bien au-dessus
ces proportions relatives ordinaires.
• Les formes des Moxéens participent en-
rore de celles des Chiquitéens et des habi-
tants du Chaco; de même que chez ces der-
niers, de larges épaules, une poitrine forte-
ment bombée, un corps des plus robustes,
annoncent beaucoup de force ; avec cette
iiitférence toutefois que les Moxéens , géné-
ralement encore plus vigoureux que les Chi-
quitéens, sont aussi forts, en apparence,
que les nations du Chaco; se distinguant
ftourtantdesnns et des autres par des formes
un fieu plus élancées, iiar un corps mieux
d"5siné, une ceinture plus marquée. Leurs
membres, sans muselés saillants, sont géné-
ralement plus' replets et plus arrondis. Ces
<-aractères présentent une exception qu'on
rt^marque c»ez les Itonamas qui, avec des
formes semblables aux autres nations, ont
« on^tamment les membres amaigris, surtout
ïes jambes. Les Moxéens sont bien plantés,
m«irchent droit et avec beaucoup d'aisance.
Le plus grand nombre, les Moxos en parti-
rai lier, sont sujets à Tobésité. Les femmes
(iiffèrent un peu de celles du rameau chiaui-
téf*n ; elles ont les épaules et les hanches
larges ; mais leur corps moins d^une venue
et lenr ceinture un peu plus étroite accu-
sent une tendance à ta forme svelte des Eu-
ropéennes. Plus agréables, en général que
les Chiquitéennes , elles sont des plus ro-
liustesy ont les seins bien placés et de mé-
diocre grosseur ; les mains et les pieds
[»etits.
« Les traits sont assez différents chez les
Moxéens et se distinguent facilement de ceux
nîf^ Chiquitéens. La tête est grosse, un peu
allongée postérieurement. La bce moins
pleine et moins large que celle des Chiqui-
téens, et un peu plus oblonzue; les pom-
mettes sont peu apparentes, le front est lias
et peu liombé ; le noz court, épaté, sans être
trop lar^e; les narines sont ouvertes, la
bouche moyenne à lèvres peu grosses; les
yeux sont généralement petits et horizon-
taux; les oreilles petites; les sourcils sont
étroits et arqués ; le menton est arrondi ; la
barbe noire, peu fournie , pousse tard, seu-
lement au menton et à la lèvre supérieure ,
et n>st jamais frisée ; les cheveux sont
noirs, longs, gros et lisses. Tels sont les ca-
ractères généraux que nous avons remar-
qués chez presque toutes les nations ; néan-
moins nous y avons aussi reconnu plusieurs
exceptions. »
2" SECO!n> ET TBOisiin hameau. — Tribus
de cultivateurs et tribus de pécheurs des pro-
rinces de Moxos et de Chiquitos, — Les pro-
vinces intérieures , et en quelque sorte cen-
trales, de TÂmérique du Sud, qui se trou-
vent au nord du Chaco, ont été appelées par
les Espagnols provinces de Moxos et de Chi-
quitos, du nom des deux principales nations
qui y vivent. Les Moxos et les Chiquitos
sont chacun le type d*un groupe de nations,
et ces deux groupes forment, avec celui dont
il vient d*être question précédemment, les
trois rameaux de la race pampéenne de
M. d'Orbigny. A la vérité, les habitants des
provinces de Chiçpiitos et de Moxos diffèrent,
par plusieurs points très-im|)orlants, et des
Palagons et des Indiens du Chaco ; mais ces
différences peuvent être en partie attribuées
à i'icQuence de circonstances locales qui
sont loin d'être les mêmes dans les deux ré-
gions. Au lieu d'offrir, comme le Chaco,
d'immenses plaines convenables aux habi-
tudes nomaaes d'une nation équestre, le
pays des Chiquitos n'offre guère qu'une
suite de montagnes peu élevées, couvertes
de forêts et entrecoupées d'une infinité de
petites rivières ; une pareille disposition ren-
dant les déplacements difficiles, les habitants
au lieu d'errer sans cesse à la recherche de
leur subsistance, sont obligés de la demander
à la terre ; les Chiquitos sont donc cultiva-
teurs et ont des demeures fixes, groupées
iiar petits villages. Les Moxos, de leur côté,
habitent de vastes plaines, sujettes à de fré-
quentes inondations et parcourues par d'im-
menses rivières dans lesquelles ils sont fré-
quemment obligés de naviguer dans leurs
tiateaux ; leurs principaux moyens de sub-
sistance sont tirés de la pêche : ce sont les
ichthyophages de la région fluviatile de l'in-
térieur.
LesChi^îtos vivent par clans dont chacun
a son petit village; les hommes sont nus;
les femmes ont un vêtement flottant qu'elles
se plaisent à orner. Jadis, on le sait, ils
avaient la coutume si générale parmi les
sauvages d'enterrer avec les morts leurs
armes et une certaine quantité d'aliments
destinés à leur usage dans l'autre vie. Les
Chiquitos sont des hommes d'un naturel
heureux et d'un caractère bienveillant; ils
ne paraissent nullement inclinés à la jalou-
sie; ils sont sociables, hospitaliers, dis-
posés à la gaieté et passionnément épris
pour la danse et pour la musique ; leur con-
version au christianisme s'est faite en peu
$B5
m:*:t
DICTIONNAIRE
UET
n\
de temps et a été durable, ces Indious a^ayant
point Pinconstance de caractère qui, chez
d'autres nations-, a tronif)é tairt de fois les
espjrances des missionnaires. Il ne faudrait
pas croire toutefois que leur conversion n'a
coûté aucune peine, et que toutes leurs tri-
bus ont montré une égale docilité (li mort
de plusieurs Jésuites depuis la fondation
des missions prouverait le cootrairif) } mais
ayant une fois embrassé le chrisrianisme, ils
y ont persévéré, et rien aujourd'hui né les
déterminerait à retourner aux forîts. En
cela ils diffèrent des habitants de^; pldines,
qui, loin de s'être soumis au jou;^, sont
aujourd'hui plus barbares peut-être qu*à
répoque où ils ont été pour la ^jremière lois
connus. La nation des Chiquitos propre-
ment dite fut la première nation convertie,
et sou exemple contribua sans doute à ame-
ner le même changement chez les autres
Indiens de la province.
MÉLANISME. Toy. Albinisme.
MÉMOIRE. Voy. Encéphale.
MENOU. Voy, Bouddhisme.
MÉTAUX, — L'usage des métaux indique
un peuple qui a fait un grand pas dans la
carrière de la civilisation, car les peuples
bruts et sauvages sont les seuls à qui l'usage
des métaux soit inconnu. Notre étonnemeiit
est à son comble, lorsque nous considérons
le pas immense que Tes hommes, qui les pre-
miers mirent eii œuvre les métaux, firent
f>our arriver à l'art de les reconnaître et de
es travailler, eux qui n'avaient, comme tout
porte à le croire, qu'une connaissance très-
superficielle de la nature. Le nom de celui
qui découvrit l'art de reconnaître les métaux
et de les fondre se perd dans la nuit des
temps fabuleux, comme le nom de celui qui
inventa l'art de cultiver la terre et de domp-
ter les animaux.
L'or est de tout les métaux celui qui fut
le plus facile à trouver et à extraire du sein
de la terre. On le rencontre très-souvent à
l'état natif, parfois en srosses pépites, et
souvent en petits grains disséminés dans le
sable, soit à la surface du soU soit sous la
terre végétale à peu de profondeur, oii le
brillant de son éclat et sa pesanteur spéci-
fique durent de bonne heure attirer les re-
gards sur lui. Il faut à toutes ces qualités
ajouter la grande malléabilité de ce métal.
Il est facile, sans se donner beaucoup do
peine et sans avoir besoin d'instruments
compliqués, sans être forcé de recourir à la
fusion, de donner à l'or une multitude de
formes variées. Il s'adapte avec facilité aux
objets dont il devient l'ornement en quelque
sorte naturel. La forme ronde, celle de l'an-
neau est la plus simple qu'on puisse donner
à ces ornements extérieurs et d'application ;
aussi voyons- nous que l'anneau est le plus
ancien des ornements dont les hommes aient
fait usage. La dorure fut aussi «n moyen
employé très-anciennement pour embellir
les formes. VOdyssée (1. v, *32), en fmr-
Jant des cornes dorées des taureaux, nous
fait connaître le moyen usité dans une anti-
quité très-reculée, et qui consistait tout sim-
plement à envelopper l'objet d'une feuille
d'or mince. Il se recommande encore plus
par son indestructibilité. Les influencer des
gaz et des vapeurs ordinaires ne lui canscnt
aucune altération, il est à l'épreuye de U
rouille, il se conserve dans le sein de la
terre, l'air et l'eau ne peuvent ratlajiuer,
une fusion même longtemps prolongée ne
lui fait point perdre de son éclat ni de son
poids. Ce que nous lisons si souvent dans
les anciens écrivains, des trésors inépuisa-
bles, des statues colossales en or, etc., ne
sont point de pures inventions de leur ima-
Sination. L'or, qui maintenant commence ï
evenir très-rare dans l'Amérique du Sud,
s'y trouvait très -abondamment et en gros-
ses masses. Les anciens nous parient de
gisements d'or dans des contrées où mainte-
nant on n'en trouve plus. La Colcbide ren-
fermait beaucoup d'or; Pline dit {Uist. fiai.,
1. xxxiii, c. 3) que les rois Salauces etEusu-
bopes trouvaient dans le pays des Suaniens,
déjà célèbre par ses toisons d'or, une terre
vierge de laquelle ils tirèrent beaucoup de
ce métal. Les anciens avaient déjà commencé
à nous donner une explication de la toison
d'or, par les peaux d'animaux emplojM
pour retenir les paillettes métalliques dans
le lavage de l'or (595). Il parait assez certain
que cet usage. fut la principale source des
fables de la Toison a or. Hérodote signale
pour l'Europe le mont Pangée, aujourd'hui
Casta^^nfita, en Thrace, comme rontenanide
l'or et de l'araent. On trouvait aussi de l'or
dans l'île de Tnasos. L'exploitation des ruines
est abandonnée dans ces endroits, peut-être
parce que dans les derniers temps le résuilit
en a paru trop peu important. Les monto-
eues de l'Espagne, et surtout de la Lusit^nie
(Portugal), des Asturies, de la Galicie, se re-
commandaient par leurs richesses, fellecent
qu'au rapport de Pline {loc. cit. $up.], ws
trois provinces fournissaient annuellement
20,000 livres d'or ; la province des Asturies
était celle qui en fournissait le plus. On trou-
vait aussi en Arabie de l'or en ))épitesde]a
grosseur d'une châtaigne, et d'une telle pu-
reté qu'il n'avait point besoin d'afliuage; il
jouissait dun éclat si brillant, que c'était
celui qu'on préférait pour l'incriislalion d^'j
f lierres précieuses (596). Les anciens signa-
ent plusieurs fleuves qui charriaient d'"»
paillettes d'or, dans lesquels maintenant <>«
n'en trouve plus que très-jpeu, ou mémei^^
du tout. Je mécontenterai de citer le Pactole
dans l'Asie Mineure, le Tage en Espagne, le
Pô en Italie, le Gange dans l'Inde; on pour-
rait en nommer beaucoup d'autres encore
La recherche de l'or dans l'Inde mérite
qu'on s'y arrête à cause des diverses fable*
auxquelles elle a donné lieu. Telle est celio
de ces fourmis d'une grosseur moyenne entre
le cliien et le renard, qui fouillaient l'or;
. (r>!)5) Stribon, («VoAr., éd. Cas., 1763, p. 4iO ,
AriiEîf, 0. Û, M.^ éd. Schwcigli, t. I", p. 707.
(596) Dioo., BibL hisi., h ii, c. 50,
MET
D'ANTHROPOLOGIE.
MET
920
elles liabilaient sous M lerrc, i^oiissaienl au
dehors des monlicules de sable de la nalure
«Je l*or, '^jo^cn^, qa*on recueillait lor$(|ue
Texcès de la chaleur aTail forcé les fourmis
de se cacher dans leurs retraites. Tel est le
récit d*Hérodote, gui place la demeure de ces
friurmis Ters la YiUe de Kaspaiwrus daus la
contrée de Pakiy$ca (1. m, c. im) ; dans un
autre passage (L ni, c. 16), il parle d'une
^ande quantité d*or venant du nord de l'Eu-
ro{>e, <^ne les Arimaspes, peuples de cjclopes,
enlefaient aux griffons ; Vauteur grec aioule
immédiatement qu'il ne croit point à 1 exis-
tence des cjclopes. Ctésias, au contraire,
parle de montagnes dans Tlnde, où Tor était
^rdé par des griffons, oiseaux à quatre
pieJs arec des plumes noires et la gorge
ronge. Les iables passent rapidement d*uu
tiars dans un autre. Moorcron a tu dans le
*eht Thîiiet (597), les mineurs et orpailleurs
Îui ont probablement donné lieu à la fable
es fourmis dont parle Hérodote (596).
Vor se trouTC non-seulement à Tétat natif
en pépites , mais il est encore disséminé
dans la gangue en parcelles si ténues, qu'on
ne peul les en séparer que par la fusion. Ce
moyen dVxtraire Tor est beaucoup posté-
rieur au temps où il se trouYait en masses.
I i ssjppose la connaissance des autres métaux .
Karsten nous a donné une histoire critique
<iu IraYail des métaux et de leurs minerais
en général ; elle est si exacte que ie n'hésite
fias à la suivre sans m'en écarter (599). Bien
(|oe les écriTaiiis n'eussent point de con-
naissances bien profondes des opérations
métallui^ques , et qu'ils manquent de pré-
ct^ion dans leurs descriptions, on est cepen-
dant étonné de Toir les progrès que ce genre
d'industrie avait faits chez eux, et les pro-
i'L'Kiés Qu'ils connaissaient sont encore ceux
aigounl'bui employés, sauf des améliorations
iui|iortanies. L'amalgamation en grand,seule,
e^t unprocédéentièrement neuf, cependant
les anciens connaissaient la dorure à l'aide
ou feu.
Ces quatre Ages allégoriques du monde,
qu'on explique toujours dans un sens mo-
ra!, pourraient bien aussi s'expliquer dans
un sens physique. L'âge d'or serait celui
oaiis lequel ce métal seul était connu; Tient
ensuife dans son temps l'âge d'argent , puis
l'âge de cuivre, enfin l'âge de fer, selon l'Or-
ly re de leur découverte.
Vargetu n'est point répandu d'une ma-
nière aussi générale que lor, il n'est point
iiis^éminé dans les plaines , il ne se trouve
IKiint comme le premier sur les bords des
fleuves et des ruisseaux, on ne le trouve
qu'en filons, c'est-à-dire dans les fentes des
(.^97) ÀsÛÊÊ^ research.^ v. XII, p. 455.
«598) Huis la coUcetioa des Mémoires du comte de
%tiikeim^ Helmsl., 1810, ii* p., p. 257, on trouve
un métnoire sur les fourmis fooilûnt for. L*aaleur
ifoit ou'il existe, dans le désert de Gobi, des fouil-
leurs d'or ; mais ce désert est trop éloigné de Caspa-
innu (aajoord'bai Cachemire on dans le voisinage).
I; cf oit qu'une <^péoe de chien , le cauis Corut^ a
donné lieu â b table dt*s fourmis. U aurait pu indi-
quer tout autre animal. Il croit qnc cVbt une ruse
rochers. On le rencontre pourtant aussi à
l'état natif et parfois en masses assez fortes
pour qu'il ait im fixer l'atteniion des hom-
mes. Souvent les filons viennent efDeurer la
surface de la terre, de sorte qu'il n'était pas
nécessaire, pour le trouver, de faire des
fouilles bien profondes. La relation de hi
manière dont furent découvertes dans l'Amé-
rique méridionale les mines d'argent, peut
nous apprendre comment les hommes arri-
vèrent à reconnaître le minerai d'ai^cnt. La
mine de Potosi, qui nous fournit encore de
l'argent natif en masse, s'élève, dit d'Acostâ,
comme une crête au-dessus de la montagne,
sur une longueur de 105 pieds, une largeur
de f3, et sur environ 9 pieds de haut (la
hauteur d'une lance). En 1715, on découvrit
au Pérou, sur la montagne de Ccuntaga ,
une glande masse semblable à une gan^e
de filon , c'était de l'argent natif, d'un titre
trè:-élevé (600). La rencontre fréquente de
l'argent natif elles circonstances dans les-
Îueiles il se trouve ont probablement con-
uit à l'art de la coupellation. Les gisements
d'argent natif furent promptement épuisés ,
car il ne se présente dans fintérieur des
filons que i»ar nids; il fallut donc chercher à
fomire le minerai pour en obtenir le métal.
L'arw;ent se trouve souvent uni au plomb
sulfuré. Si on expose pendant longtemps à
l'action du feu un sulfure de plomb argenti-
fère, le soufre se dégage, le plomb se change
en litharge ou s'oxvfJe, et si l'opération a
i^té lifolongée pemfant un temps suflisant ,
on finit par obtenir des grains d'un argent
d'une pureté passable. On fut donc conduit
h ajouter au minerai du plomb sulfuré , de
la litharge ou du plomb afllné. Telle est ^ns
cloute l'origine cie la métallur^e chez les
anciens et les modernes. L'art ue la fusion ,
qui est une découverte fort ancienne, sup-
I>ose toujours une observation attentive de
a nature.
Les mines d'argent du mont Laurion
dans TAttique étaient célèbres dans l'anti -
quité. Le mont Laurion forme une ligne pa-
rallèle au mont Hymelte , exactement à son
opposite vers l'est ; ce|>endant il n'est point
aussi élevé, sa hauteur est de 3.000 pieds
au-dessus du niveau de la mer. Vers la
mer , la montagne s'al»aisse subitement ,
et c'est sans doute dans cet endroit qu'é-
taient les excavations ; enfin elle se termine
fiar le promontoire de Sunium. La monta-
gne entière est formée de gneiss et de schiste
micacé, avec des couches puissantes de cal-
caire saccharolde, comme on en Irouve sou-
vent dans les montagnes composées do gneiss
et de granit. La suiiace de la montagne est
de la politique qui a imagine ces contes pour éloi-
gner rcnnemi de ces contrées , sans doute les mi-
nistres qui les faisaient insérer dans b gazette du
désert de €obi. L*anlear prouve qu*il n*a pas b
moindre connaissance en arcbéologie.
<599) SifiUm der MetoUurgie^ von C.-F.-B. Kia-
STEX, I" part-, p. 17 et suiv.
(GOO) Voilage au Pérou^ par Autoluc de Vlloa,
I. 1-, p. 515; t. II, p. !%.
m
IIET
DICTIONNAIRE
MET
m
pierreuse et ariJe , couYerte çà et là de pins
maritimes , particulièrement dans la partie
inférieure , car la partie supérieure produit
le chêne à kermès {quercus coceiferà) et le
lentisque {pistacia lentiscus) ; ce dernier
arbrisseau est Tesnèce dominante. Ces pins
et ces arbustes fournirent aux anciens le
charbon qui leur était nécessaire pour le
travail du minerai. Bôckhnous a donné (601)
une savante dissertation sur les mines du
mont Laurion, à laquelle il a ajouté les rap-
[)orts statistiques élaborés avec beaucoup de
soin. Comme il n*avait aucune connaissance
en métallurgie, la partie de son ouvrage qui
en traite n est noint satisfaisante. Ce n'est
point ici le lieu ae nous occuper de ce sujet,
mais lorsqu'il ajoute que les opérations de
la coupellation étaient incomplètes chez les
anciens, parce qu'on ne savait point séparer
l'argent du plomb, quand il y était en petite
quantité , U cherche à nous faire croire
qu'aujourd'hui il en est de même , encore
assez souvent , parce qu'on reprend les an-
ciens résidus des exploitations pour en ex-
traire l'arçent qui a pu y rester. A Reich-
stein en Silésie, on s'est remis à traiter de
nouveau les anciens résidus à cause de l'or
qu'ils pouvaient contenir, mais on a fini par
trouver que le bénéfice ne couvrait pas la
dépense. C'est moins l'imperfection de l'art
au il faut accuser que l'inexactitude du récit
es écrivains , qui probablement n'étaient
point assez initiés dans les secrets de la mé-
tallurgie, puisque ce sont les mêmes procé-
dés que les leurs que nous employons encore
maintenant (602). Bechman a même démon-
tré que le départ de l'argent par le moyen du
mercure était un procédé bien connu des
anciens (603).
Le cuivre se trouve aussi à l'état natif dans
ces terrains que Pline qualifie de vierges ,
parce cm'on n'en a encore extrait aucun
métal. On le trouve dans les deux Améri-
ques. Dans la collection minéralogique de
Lisbonne , on voit une masse consiuérable
de cuivre natif, et souvent les voyageurs en
mentionnent de pareilles. Frezicr cite une
masse de cuivre natif de 150 quintaux ; mais
le cuivre à cet état est bien plus rare que
Tor et l'argent. Ce fut le troisième métal
dont l'homme fit la découverte ; aussi le
troisième Age du monde porte-t-il son nom.
L'usage du cuivre ne put se répandre qu'a-
près qu'on eut trouvé les moyens de fondre
les métaux. L'oxyde vert qui s'attache au
cuivre indique qu'on peut tirer du cuivre
de la malachite ; que pour y parvenir il suffit
de la fondre avec du charbon. Il est proba-
ble que ce fut de ce minerai que les anciens
tirèrent d'abord leur cuivre, car ils en fai-
saient un fréquent usage , et que le métal
qui vient d'un minerai sulfuré ne perd pas
facilement sa qualité aigre. L'Ile de Chypre
(601) AbhandL d. Berlin Akadem der IVtsxencA.,
f. 1811 et 1815; HisL phiL K*., s. 85.
(G02) Karstcn a fait quelques observations criti-
lies très-inlércssantes sur le mémoire de Bôrkh.
Ai niiU hel^ysina^ einployé par Pline { V. KARSTt.%,
l
donne encore de la malachite , et l'on sait
que le cuivre de cette lie était en réputation
cnez les anciens, et que, suivant Pline (ffûf.
nat.j 1. xxxiY, c. âO), il était ductile. Dans le
même passage il nomme le cuivre cassant
caldarium. On ne saurait révoquer en douta
la connaissance que les anciens eurent du
laiton^ ils le nommaient aurichalcum. Gomme
Pline est le seul auteur de rantiquité qui
])arle du tâ'avail du cuivre, on doit compren-
dre qu'il règne sur cette matière une grande
obscurité ; ce que dit Gallien est peu impor-
tant, et Dioscoride s'est occupé des mélaai
plutôt sous le point de vue industriel que
sous celui de la métallurgie proprement
dite. 11 est très-probable que l'art de la fu-
sion des métaux prit naissance en Egypte,
et que c*est de là qu'il vint en Grèce , mais
ramnaçe du cuivre put être im|K)rté de
boiine heure dans Ttle de Chypre où il était
très-ancien. Pline dit que les Cypriotes fu-
rent les premiers qui connurent le travail
du cuivre , mais cette assertion n'est point
vraisemblable.
Le cuivre était le métal que dans l'anti-
quité on employait de préférence pour la
confection des armes. Les poésies d'Homère
nous en donnent une preuve si palpable ,
que souvent le mot x**^^ (cuivre) est le
synonyme poétique d'armes. Le fer («fc^f)
est rarement employé , si ce n'est comme
ornement ou pour là confection d*nne partie
distincte de 1 arme. Lorsque Vulcain veut
forger des armes pour Achille , il emploie le
cuivre, l'or, l'argent et l'étain; il n'est point
3uestion de fer (/t., xviii, kGO). Hérodote
it en termes bien clairs que les Ioniens et
les Cariens avaient des armes de cuivre, que
les Egyptiens au contraire , plus avancés
dans I art de travailler les métaux, ne por-
taient que des armes de fer (l. ii, c. 152). En
parlant des Massagètes (1. i, c. 2j5)ildit
que leurs armes étaient seulement en or ou
en cuivre, par conséquent qu'ils n'en avaient
point en argent ni en fer. Les poésies d'Hé-
siode ne parlent que du fer et des armes en
fer. Les Vandales n'employaient que du cui-
vre dans la fabrication de leurs armes, jamais
dans leurs tombeaux on ne trouve d'arnaes en
fer. Les Allemands paraissent aussi s'être
servis principalement d'armures en cniyre.
On ne trouve que des armes et des boucliers
d'airain dans le lieu où Conrad Gessner,dan$
son livre sur les. métaux (p. 12), place le
champ de la bataille qui se livra entre l'em-
pereur Henri V et le duc Lothaire de Saxe;
il en est de même auprès de Beichlingeo,
que l'empereur Henri IV prit d'assaut sur le
roargraf de Thuringe et de Metz. Partout
on remarque que l'emploi du cuivre a pré-
cédé l'usage du fer.
Mais le cuivre, lorsqu'il est pur et sans
mélange, n'a point assez de consistance
p. 50), qui vient do crcc n»«, tinv, s'appH "«'
sans aucun donlc à la Inliarge, que dans les op*«a
tions de coupellation on obtient dans les fourota^
d*aflinago.
(603) Geschichte de Erfittdmgcn, th. i, $. H
W9
UET
1/ANTIlROPOLÔGIE.
UET
9:0
l^itir faire un ; aruic; il s*o\yde aussi trop
farilemenU et, pour lui «tonner les qualités
qui lui manquaient on le mêlait arec Vétain.
Suivant lesotiserrationsde Klaproth et d'au-
tres, on trouTe de Tétain dans tous les ob-
jets en euirre qu*on retire des tombeaux des
Vandales. Habituellement aussi le cuivre
entre dans la composition du bronze des an-
ciens. Un fait remarquable, c'est que Gôbel
a trouvé par Tanaljse chimique d'une |H)inte
de flèche tirée d'un tombeau égyptien, 78
pour 100 de cuivre et 22 d'étain (60i) ; mais
comme du temps d'Hérodote les Egyptiens
se servaient d'armes en fer, cette pointe de
flèche devait venir d'une éjjoque plus an-
cienne ou bien d'un ennemi vaincu. Véiain
fat très-connu dans Fantiiiuité (605), et ce
que les Grecs appelaient avatztùoc était Té-
tain. Quand Vulcain veut forger les armes
d'Achille, il mêle le cuivre, 1 or, l'argent et
Fétain. (//., xviii , 474.) Les armures des
jambes (ocrf<r) étaient en étain (/frid., v.612).
11 est très-vraisemblable que c'est des In-
diens que la connaissance de l'étain est
Tenue aux anciens ; peut-être était-ce d'eux
qn*ils le recevaient en effet. Kasiira est le
nom de l'étain. Ce métal se trouve aux Indes
orientales, et même l'étain de Malacca est le
meilleur et le plus pur que l'on connaisse;
mais c'était des lies Cassitériques, peut-être
TAoçleterre, que, dans une haute antiquité,
OD tirait l'étain. Je ne connais pcSy disait
Hérodote, les Iles CassUériques (1. ni, c. 115),
et jamais je n'ai pu apprendre de la bouche
cTon témoin oculairela disposition de la mer
è la partie la plus extrême de l'Europe, quel-
Sme soin que j'aie apporté à prendre des in-
orroations. C'est de l'extrémité la plus re-
culée de l'Europe que nous vient 1 étaîn et
le succin (elecirum^ c>fmo»). Plus tard ce corn*
merce a au cesser, car Pline (1. xxxiv, c. 16)
ne |»arle point d'échange; il dit, au contraire,
qu'il n'est point vrai que l'étain soit jamais
Tfou des Hes de la mer Atlantique ; puis il
ajoute immédiatement : Il est maintenant
prouvé qu*il se trouve dans la Galice et la
Lasitanie. Dans des temps plus rapprochés
OD tirait du minerai d'étain près de v iseou ,
dans la province de Beira, en Portugal ; l'on
Toît même encore les traces qui rappellent
Texploitation d'une mine d'étain vers un lieu
qu'on appelle Buraço de stano (trou de l'é-
tain). Pline donne une description exacte
du minerai de l'étain : il dit qu'il se présente
sous la forme de pierres noires, arrondies,
qui sont aussi pesantes que l'or (1. gccxu,
c. 16). En réalité, leur i)esanteur n'égale
j>oint celle de l'or, mais elle est assez con-
sidérable pour fixer l'attention et détermi-
ner à les soumettre à l'expérience de la fu-
sion. Beckmann, dans son Histoire des dé-
couvertes (IV, 321), cher«*he à établir que le
zatf-TCTr^oc dcs Grccs n'csl point notre etain.
mais il ne connaissait point un grand nom-
bre d'ar^ments qui sont décisifs contre lui.
Il est vrai que stannum^ au moins, dans
Pline, n'indique point notre élain, car il a
toujours soin de traduire nwairt&oç par
plumbum album ou candidum^ tandis que
plumbum nigrum est le plomb lui-niême.
Beckmann pense que stannum était chez les
anciens le nom de cette substance scoriacée
impure, qui commence à 'couler dans la fu-
sion des métaux, et qu'on apjjelle en terme
de l'art travail de fonderie (Werk auf den
HHizen). Pline dit bien précisément que la
matière qui coule la première quan J on pro-
cède à la fusion d un métal est le stannum^
que Tar^jent vient ensuite, et que ce qui
reste dans le creuset est galetna^ qui, sou-
mise à une seconde fusion, sans doute en y
ajoutant du charbon, donne du plomb. Ce-
pendant le mot stannum dut être usité pour
indiquer l'étain ou bien un mélange métal-
lique brillant, car Pline dit aussi que c*esi
avec l'étain {stannum) qu'on fait les meil-
leurs miroirs; cependant, aujourd'hui, cha-
que femme de chambre veut avoir un mi-
roir en argent. Tandis qu'au contraire ce
qu'on nomme werk est un mélange métalli-
que terne et noir, et que rien n*esl moins
convenable que cette substance pour faire
des miroirs.
Une preuve évidente que les anciens con-
nurent le p/omfr, c'est qu'ils l'employaient
dans le travail métallurgique de Targent.
boh\eu fait dériver le mot grec iioU^^ç ou
fiil'f.Q: du mot hindoustani malva, qui si-
i^ni.^e plomb ; il le rattache eu nom de la
trovince Malva^ en sanscrit Malaxa^ dans
iquelle le plomb est abondant. Ici donc en-
core se rencontre un point d'archéologie au-
quel se rattache bien positivement le nom de
rinde.
Le fer est le métal le moins facile à ex-
traire de sa gangue. Si on traite le minerai
avec une quantité suffisante de charbon
pour le convertir en fer, il parait alors mêlé
de charbon, et il ressemble a une niasse mé-
tallique fusible et cassante. On l'ex^iose de
nouvenuaufeu du fourneau pour brûler une
petite partie du charbon et le rendre ducliic
et malléable ; mais cette ductilité est faible ,
et il Gnit par cesser d'être fusible. Cepen-
dant, au moyen de l'opération qu'on appelle
affinage^ on peut, de prime abord, rendre le
1er malléable. Cette opération consiste à
faire fondrele minerai dans un bas fourneau,
avec une petite quantité de charbon ; les
scories s'écnappent, et le métal reste au fond,
sous forme d une masse malléable. Par ce
dernier procédé on obtient du minerai une
quantité de métal moindre ^ue celle qu'on
obtient par les autres; maisc est le plus sim-
ple et celui, sans doute, par lequel com-
mença le travail du fer. Cependant, le pre-
(604) Fov. SciWEiccB Szidels , Jahrhuck der
Chimie uud Physik^ tb. xxx, s. Ml.
tiiOTt) La .Bible parle trois fois de Tétain et en
i»U»n]b. La première {Sombre*^ xxxi, ^) , lorsque
Mutâe ordonne de purifier le batin fait sur les Ma-
dianltes, et deux fois dans Ezérbiel. Le plus im-
portant de ces Dassares est celui qui coniii*nt Ténu-
mération des objets de commerce de Tyr, au nom*
bre desquels est indiqué Tétain et le plomb qu*ai.<
pirtaient les Carthaginqis. (Ezech.^ xxtii, li.)
931
MEX
DICTIONNAIRE
ME\
9H
mier procédé était connu des anciens, car
un passage d'Aristote ex[)lique le procédé
avec beaucoup de précision. Ils savaient
aussi faire une différence entre Tacier et le
fer; ils n'ignoraient point que le fer ac-
quiert de la dureté par un refroidissement
subit dans un liquide froid. C'est dans Tlnde
qu'il faut chercher le commencement du tra-
vail du feP. Dans ces derniers temps, nous
avons acquis la connaissance de l'existence,
dans cette contrée, d'un acier d'une qualité
supérieure (le wootz), et Gallien nous ap-
prend que l'on connaissait, de son temps,
la dureté de l'acier indien et sa fragilité. Je
renvoie, pour ce sujet, à l'ouvrage de Kers-
ten (606), que j'ai déjà cité, et dans lequel
se trouvent des recherches faites avec beau-
coup de précision et par un homme qui con-
naissait bien son sujet.
Nous voyons encore dans le même écrivain
quelle était la connaissance gue les anciens
avaient du mercure. Ils 1 obtenaient au
moyen d'une distillation fort incomplète;
voilà le seul document qui nous reste sur ce
sujet, soit chez les Grecs, soit chez les Ro-
mains. Leur mercure leur servait dans la
dorure.
Telles étaient les sept substances métalli-
ques connues des anciens. Le zinc n'était
connu, chez eux, que comme une •'gangue
de minerai ou comme cette substance miné-
rale qui, dans la fonte des métaux, s'attache
aux parois du fourneau comme une scorie
impure ;dans cedernierélat,ilsreniploy&ienl
en médecine. Ils connaissaient aussi Yarsenic
en combinaison avec le,souffre, sous le nom
d*arsenic soufré. Le co6â// colorait leur verre
en bleu, comme l'a démontré II. Davy, dans
l'analyse des couleurs antiques. Ils fabri-
quaient du verre avec Yantimoiiie naiifei le
manganèse.
MEXICAINS. — Dans beaucoup de parties
du monde on trouve des régions très-levées,
où le climat, le sol et toutes les productions
de la terre diffèrent considérablement du
sol, du climat et des productions des basses
régions adjacentes ; mais nulle part nous
n'observons do contraste aussi frappant dans
'toutes les formes de la nature organique et
inorganique , que lorsque nous comparons
Jes hautes plaines de rAnahuac avec les
parties basses de l'Amérique intertropicale.
La chaîne de la Cordillère qui, au Pérou
est divisée en plusieurs chatnons parallèles
comprenant entre eux de larges vallées,
devient , dans la latitude du Mexique , un
massif serré de montagnes qui forment un
CTand plateau , sur la surface duquel sont
dispersés des pics de 16,000 et 17,700 pieds
de hauteur. Toute la région haute du Mexi-
que se divise en quatre bassins , ou • si l'on
veut, en quatre vallées à fond plat qui diffè-
rent les unes des autres i)ar les caractères
géographiques et par les productions natu-
relles. La première , qui comprend ce qu'on
nomme , assez mol à propos peut-être , la
vallée de Tojuca , est élevée de S|530 pieds
(OOG) SyUcm der MeUdlurgie, 1. lîj., s. 93, etc.
au-dessus du niveau de la mer ; la vallée de
Tenochtitlan, la seconde, où était la capitale
de Montézuma, est élevée de 7,UM) pieds;
celle d'Actopan, la troisième, l'est de 6,553;
et la quatrième , appelée vallée de Istia , de
3,34-3. Les rochers et les montagnes de rAna-
huac ont la forme de vieilles tours , de l)as-
tions , de cûnes et de pyramides. Plusieurs
»'ands lacs , tels que celui de Tczcuco , de
Christobal et de Chalco, s'étendent à sa sur-
face dont ils occupent presque le quart. Dans
les daines dénuées d arbres , des cactus de
différentes formes , le maguey à feuilles
piquantes ( ou agave ) , et u'autrcs plantes
étranges d'aspect couvrent le sol où errent
le chien muet et le loup chauve du Mexique,
le xoloitzcuintli et divers reptiles saurions.
•Dans ce pays où le cours des saisons n'amène
ni un hiver ni un été proprement dits, et où
le climat n'est ni celui de la zone torride ni
celai de la zone tem itérée , les conquérants
espagnols trouvèrent un peuple qui n'avait
lui-même ni la grossière simplicité de la vie
sauvage ni la douceur des mœurs qu'amène
partout ailleurs la civilisation ; un peuple qui
réunissait, à des connaissances assez étendues
et à beaucoup d'habileté dans la pratique ûe
différents arts utiles et agréables, Tinsatiable
cruauté des barbares les plus fcrorcs. Les
Aztèques étaient d'intelligents et laborieux
agriculteurs ; ils avaient non-seulement l'art
d exploiter les mines et de préparer [our
divers usages les métaux que recelait leur
sol , mais encore celui de monter les pierrȔs
précieuses , et ils exécutaient des ouvrages
dont la perfection était, à ce que nousappreml
Clavigero, un sujet d'admiration pour ks
ouvriers européens : habiles architectes, ils
avaient construit des monuments splen-
dides, qui pouvaient rivaliser avec ceuï de
l'Égynte ; enfin , s'ils n'étaient pas encore
complètement en ]:ossession de cette admi-
rable découverte , la plus grande de celles
qu'il a été donné aux hommes de faire,
découverte qu'ils n'ont pu faire peut-éirc
qu'une seule fois et sous les auspices Is
jïlus favorables (celle de représenter par des
signes les sons articulés de la voix ) , ils en
sentaient du moins la nécessité , ils y aspi-
raient depuis longtemps, et ils avaient ima-
(;iné une méthode graphique pour conserTcr
e souvenir des événeraenls et transmettre
aux générations suivantes les traits saillants
de leur histoire.
Les Mexicains étaient même très-avancés
dans les sciences , et ils avaient une année
solaire avec un système dMntercalations fondé
sur le même principe que celui du calendrier
romain. Il paraît qu ils étaient sous l'influenrc
d'un sentiment de religion très-nrolond, quoi-
que singulièrement perverti. Ils avaient un
ordre de prêtres dont la vie était consacrée à la
pratique des rites d'un cérémonial impo^nl.
des pompes splendides, des nroce5sions f^w
l'honneur des dieux auxquels ils offraient
des sacrifices de la yîus elirayante cruaul»-.
sacrifices insj>irés, a ce qu'iV semble, jarre
93S
IICX
D'ANTHROPOLOGIE.
UEX
951
sentiment si général parmi les hommes de
la nécessité aune oxpiation. Les relations
que nous ont laissées tes conquistadores sont
à ueine sufBsantes pour nous donner une
idée un peu précise de leur état social;
mais, diaprés ce que nous en pouTous saToir,
il parait , comme nous Tayons dit , que la
cullure des arts n'arait amené chez les Aztè-
ques civilisés aucune amélioration morale ,
n arait apporté aucune modi6cation à cette
sombre cruauté qui parait commune à tou-
tes les tribus indigènes du noureau monde.
Leurs dieux n*ont point d'attributs de clé-
mence ou de miséricorde ; ce sont des
démons, des veneurs impitoyables du crime,
les noires créations d*une mauvaise cons-
cience.
On sait que les Mexicains prétendaient
avoir des annales d*une très-haute antiquité.
Ces annales étaient tracées dans des peintu-
res historiques dont Texplication tradition-
nelle fut donnée oralement par des indigènes
mexicains à quelques-uns de leurs vain-
queurs et à des ecclésiastiques espagnols et
italiens. Ilsavaient aussi des calenariers dans
lesquels la notation des temps remontait fort
loin, et où se trouvaient indiquées les princi-
|iales époques de leur histoire (607). L'au-
tlK'nticité de ces documents et la légitimité
ùes interprétations qu'on en a données
auraient besoin d*ètre soumises à une criti-
que plus sévère que celle qu'on a apnortée
jusqu'ici à leur examen ; cependant rabbé
Clavigero, le professeur Valer et M. de
llumboldt les ont considérées comme dignes
«Je confiance. Quoique la partie la plus
ancienne des légendes que ces hiéroglyphes
ont conservée soit évidemment mythique, ils
continneront à tenir leur place dans les
archives des nations , et, comme ils forment
pour le nouveau monde les seules annales
des temps passés, ils devront être Tobiet des
études de tous ceux qui voudront {)énétrer
an peu profondément dans son histoire.
Les principaux événements que retracent
ces peintures se rattachent aux migrations
de trois nations qui , partie de régions éloi-
gnées du nord-ouest , arrivèrent successive*
ment dans l'Anabuac. Ces nations étaient les
Toltèquesy les Chichimecas, et, enfin, les
Mahuaflacas divisés en sept tribus difléreu'
xe< , dont une était celle des Aztèques ou
31 exicains proprement dits.
Le pays d'oi^ sortirent les Tollèaues se
nommait Huehuetlapallan. C'est de la qu'ils
cfimmencèrent leur marche, dans l'année 5U
fie notre ère, époque la plus ancienne dans
riiistoire du nouveau monde. Ils arrivèrent
9 Tollautzinco , dans le pays d'Anahuac, en
6 *8 , et à Tula en 670. Sous le règne du roi
toltèqne Ixtlicuechabuac, en 706, l'astrolo-
gie Huematzin composa le Livre divin , ou
rOOT) Foy. la nia^îGqoe collection de peiotnret
bisiorûiaes des Mexicains, publiée par lord Kiogs-
Lart;.
(ÔOH) Parmi les restas les plus ÎDlércàsanU et
protiaUemenl les plus authentiques de la liuéralure
df crue singulière race , se trouvcnl les bymncs
composées par Né^bualcojoll, roi de Tczcuco, en
Teo-Amoxtli, qui contenait en hiéroglypiies
leur histoire , leurs lois , leurs calendriers
et leur mythologie. Les Toltèques pas-
sent pour avoir construit la pyramide i e
Cholula sur le modèle de la pyramide de
Teotihuacan. On suppose que ce sont là
les deux pyramides les plus anciennes
du nouveau monde. ^Siguenza croyait que
c'était l'oeuvre des Olmecas , habitants plus
anciens et appartenant à une race diffé-
rente de celle des Toltèques. Ce fut sous la
dynastie toltèque , ou même plus ancienne-
ment, qu'apparut le bouddah mexicain,
QuetzalcohuatI , homme blanc , à longue
barbe, qui était accompagné d'étrangers por-
tant des vêtements noirs. Grand prêtre de
Tula, il fonda des cérémonies religieuses, et
resta investi de la puissance ecclésiastique ,
tandis que l'autorité séculière fut le partage
de son frère Huemac : avec eux commen^*a
ainsi une double dynastie comparable à celle
des Baîris, ou empereurs temporels et spiri-
tuels du Japon. La peste détruisit les Toltè-
ques en 1051. Us émigrèrent vers le sud ,
mais quelques-uns restèrent à Tula.
Les Chichimecas , peuple barbare sorti de
l'Amaquemecan , pays dont la position est
ignorée , arrivèrent au Mexique en 1070. Là
migration des Nahuatlacas , ou des sept tri-
bus, eut lieu bientôt après. Ces tribus étaient
les Sôchimilcas , les chalcas, les Tepanecas,
les Acolhuas, les Tlahuicas, les TIascalteeas,
ou Teo-chichimecas , et les Aztècpies ou
Mexicains ; tous, ainsi que les Chichimecas,
E riaient la même langue que les Toltèques.
i étaient sortis en 106%, ou, selon une
autre version, en 1160, d'un pays situé fort
loin au nord, et qu'ils désignent sous ie nom
d'Aztlan. Les Aztèques se séparèrent des
autres peuples , et , en 1325 , ils bAtirenl la
ville de Tenochtitlan , l'ancien Mexico , sur
les bords du lac Texcuco (608).
Telle est en abrégé l'histoire de l'ancienne
race mexicaine , celle qu'on dit être figurée
dans les peintures historiques dont les con<-
quérants espaj^nols obtinrent la possession ,
avec une interprétation qu'ils considérèrent
alors comme exacte. Quoiqu'on puisse éle-
ver des doutes relativement à ce dernier
point, en ce qui concerne les détails, on
semble du moins autorisé à-admettre le fait
principal , savoir : que les peuples de race
mexicaine (car les Toltèques , les Aztèques
et les antres nations mentionnées ci-dessus
ne formaient qu'une seule race, puisqu'elles
parlaient toutes la même langue) étaient
arrivés , d'un pays situé quelque part vers
le noitl, sur le plateau central de l'Anabuac,
et que leurs migrations avaient été succes-
sives et avaient continué pendant plu-
sieurs siècles, à une époque antérieure à la
décourerle de l'Amérique.
l'honneur de l'Etre suprême, et son élégie sur Hn-
siabilité des grandeurs humaines prouvée par b
destinée du tyran Tézozomoé. Ces poésies ont été
tradoiles en espagnol par le neveu de ce roi, qui fut
liaptisé sous le nom de Ferdinand d'Aka htliUo-
cbttl.
1
$55
HEX
DICTIOiNNAIRE
MEX
«3S
Les portraits des anciens Aztèques , ainsi
que le remarque M. de Huaiboidt, et les fi-
gures de quelques-unes de leurs divinités,
sont remarquables par la dépression du
front, d*oii résulte la petitesse de Tan^le fa-
cial ; c'est une forme qui paraît avoir ap-
Eartenu au beau idéal de la race , et que
eaucoup de nations américaines ont cher-
ché à imiter au moyen d'une compression
artificielle de la tête. Les traits caractéristi-
aues des Mexicains de notre temps sont
onnés par Clavigero dans les termes sui-
vants :
« Les qualités physiques et morales des
Mexicains, leur caractère, leurs dispositions
étaient les mêmes que ceux des Àcolhua-
cans, des Tepanecans, des Tlascalans et d'au-
tres nations, sans autre différence oue celle
qui résultait de leur différent moue d'édu-
cation.
« Les Mexicains sont assez grands, et leur
taille est en général plutôt au-dessus qu'au-
dessous de la moyenne ; ils sont bien pro-
portionnés dans tous leurs membres; ils
ont le front étroit, les yeux noirs, les dents
blanches, bien enchAssées et régulières , les
cheveux épais , rudes, noirs et brillants, la
barbe rare; généralement ils n'ont pas de
poils sur les jambes, les cuisses et les bras ;
leur peau est de couleur olive.
« Il n'y a peut-être pas une nation sur la
terre chez laquelle on trouve moins de per-
sonnes contrefaites; et il serait plus diffi-
cile de trouver un bossu , un boiteux ou un
louche dans mille Mexicains que dans cent
individus de toute autre nation. Parmi les
jeunes femmes de Mexico on en voit beau-
coup qui sont très-belles et qui ont le teint
fort clair, et ce qui rend cette beauté encore
Elus attrayante , c'est qu'elle est jointe ha-*
ituellement à une expression de douceur
dans la physionomie et à beaucoup de mo-
destie dans les manières.
« Les sens des Mexicains sont très4}ons ,
et jBurtout celui de la vue qu'ils censervent
dans toute sa force jusqu'à l'Age le plus
avancé. Leur esprit est au -fond le même,
sous tous les rapports, que celui des autres
enfants d'Adam , et doues des mêmes facul-
tés; de sorte que les Européens ne se mon-*
trèrent réellement jamais moins raisonna-
bles que lorsqu'ils s avisèrent de mettre en
question la raison des Américains. Beau-
coup de personnes accordent aux Mexicains
un grand talent d'imitation, mais elles leur
refusent le génie d'invention : c'est une er-
reur vulgaire qui est contredite par l'histoire
ancienne de ce peuple. >»
Habitants aborigènes du Mexique et d'au--
ires parties de F Amérique centrale. — Nous
avons vu que les Aztèques ou Mexicains, de
même que leurs prédécesseurs les Toi tèques,
étaient étrangers dans l'Anahuac, où ils ar-
rivèrent par le nord, et que la première do
leurs bandes entra, à ce que Ton suppose,
dans le Mexique vers l'an 6M de l'ère chré-
tienne ; avant cette époque, le plateau d'A-
nalmac avait été habite par diverses races
dont quelques-unes avaient un certain de-
gré de civilisation, et pcsséJaient quelques
arts, tandis que d'autres nous sont repré-
sentées comme tout à fait barbares. Les pre-
mières se répandirent au loin dans î'AnK^
rique centrale , ainsi que le prouvent les
monuments splendides de Palenque et ceux
de plusieurs autres localités qu'a décrits ré-
cemment M. Stephens. Parmi les plus an-
ciennes tribus , Clavigero et Humboldl ci-
tent les Olmecas que Boturini, un des grands
collecteurs d'antiquités mexicaines, suppose
avoir peuplé les Antilles et l'Amérique du
Sud. On est certain du moins qn'us ont
étendu leurs migrations jusqu'à Léon de M-
r^raçua. Les Olmecas partagèrent le sol du
Mexique avec les Xicalancas, les Cpras, les
Tepanecas , les Tarascas , les Miitec^s, les
ïzapotecas et les Othomis
Les Othomis et les Totonacjues étaient
deux races barbares qui habitaient les pays
situés près du lac Tezcuco» antérieurement
à Tarrivée des Chichimecas, qui étaient de
race mexicaine. Les Othomis sont un peu-
ple très-remarquable par cette circonstance
que, tandis que toutes les langues connues
de l'Amérique sont polysyllabiçiues et abon-
dent eu constructions compliquées , leur
langue est monosyllabique. Ce fait qui a été
prouvé récemment par un écrivain natif de
Mexico, don F. Naxera, est représenté par
le grand philologue DuPonceau comme une
découverte du plus haut intérêt. Il paraitrail
3ue l'othomi appartient à la même famille
e langues que le chinois et les idiomes io-
do-chinois.
Plus loin au nord, et par delà les frontiè-
res septentrionales de l'empire mexicain,
habitaient les Huaxtecas. Le professeur Va-
ter a reconnu que Tidiomc huaxteca a beau-
coup de rapports avec les langues du Yuca-
tan et du duatimala, ce qui confirme Tbis-
toire de la conquête d'Aiianuac parles Aztè-
ques. L'Huaxtecapan est séparé de ces pro-
vinces méridionales par tout rAcolbuacan
et par une grande partie de l'empire meu-
cain , de sorte qu il parait bien que les Az-
tèques, venant a envahir une partie du
pays occupé par cette nation, la cmfè'
rent en deux tronçons qui demeurèrent
isolés, Vater a prouvé qii'ii existe une
très-grande analogie entre le maja, qui e:>l
l'idiome du Yucatan, le poconchi de Guaii-
mala et le huaxteca du nord, et il y a lieu
de croire que le maya était la langue de
Cuba , de la Jamaïque et de Saiut-Bomingue.
Dans la province voisine de Chiapa, on
compte au moins dix langues diiférentes.
Les nabitants de ce pays avaient des peintu-
res hiéroglyphiques et des calendriers dan>
le genre de ceux des Mexicains. Selon leurs
traditions, ils étaient venus du norJ, con-
duits par un patriarche nommé Votan. Entre
Chiappa et le Mexique se trouvaient les Za-
potecas et les Mixtecas^ qui avaient un sr^-
tème mythologique particulier et des ui^
lectes qui leur étaient propres.
Les Tarascas, qui habitent la grande et fer-
tile contrée de Mechoacan, au nord du Mexi-
que, furent toujours indépendants de C0
m
MOL
D^AXTHROPOLOGIE.
MIL
938
roYâame. Ils avaient une langae sonore et
harmonieuse différente de toutes les autres.
11> formaieut une population très-nombreuse»
et soas le rapport des arts et de la civilisa-
lion, ils marchaient de pair avec les Mexi-
cains qui ne purent jamais les subjuguer;
fixais leur roi se soumit sans résistance à la
domination des Espagnols. Avant de laisser
1( s nations d'Anahuac, il est fieut-étre cu-
rieui de remarquer que» malgré les grandes
(Jiiférences qui existaient enire elles sous le
ra[»port du langage, ces nations se considé-
raient comme descendant d'une même race,
et elles avaient même des histoires mytho-
lo^ques qui exfdiquaient la diversité de
leurs langues. Aeosta a conservé une de ces
légendes où il est dit que les Tarascas par-
laient dans l'origine la langue des Aztèques,
e; avaient émisré d*Aztlan avec ce peuple.
Selon cette légende, les Aztèques étant
arrivés dans le Mechoacan, après avoir erré
!'»a^temps, eurent le désir de se fixer dans
r»> r»eau pays, qui se trouva cependant trop
étroit pour toute la nation. Leur dieu, Huit-
/i;opochtIi, consentit à ce qu'une partie y
r-jstâl, et pendant qu'un grand nombre
li'entre eux se baignaient dans le lac de Pa-
zenaro, il conseilla aux autres de s*emparer
de leurs vêtements et de poursuivre leur
voyage. Les premiers furent si courroucés
de*ee vol an'us résolurent de se séparer à
jamais de leurs perfiiles frères, et ils adoptè-
rtfnt en conséquence une nouvelle langue
qui fut le tarasca.
Gomara parle d'une histoire allégorique
qui avait cours chez les Mexicains, et dont
le sens avait plus de portée. Un rieillard
uofnmé Iztac-Mixcoatl et sa femme Itan-
rueitl eurent six enfants dont chacun vint à
fiarler une lançue différente. Les noms de
ces enfants étaient Xolhua, Tenoch, Olm&-
cail, Xicallancatl , HixteeatI et Otomoti, et
ces noms sont devenus ceux des six prin-
cipales nations de TAnabuac.
Traces de la migration aztèque. — Dans les
contrées qui sont situées à 1 est du golfe de
Californie, et qui, comprises entre la mer
et It'S plus hauts sommets de la Cordillère ,
&'cf 'endent au nord jusqu'à la rivière de Gila
(t au Colorado, on trouve beaucoup de tra-
res du séjour temporaire des Aztèques, qui,
É ce qu'il parait, traversèrent cette contrée
ians leur migration.
En divers endroits du pays situé au sud
lu Gila, on a trouvé des ruines auxquelles
e rattacliaient encore des traditions locales,
^t que Ton a considérées comme des traces
k^> fJiiTérenles stations des Az'.èques dans le
r>:jrs de leur marche vers TAna^iuac ; ces
(*- titres se rencontrent dans les lieux où on
fiiivait s'attendre à les trouver d'après los
(liications transmises par les iiistoriens
ir'xicains, auxquelles ils servent ainsi de
t>n ûrmation. Près de Nayarit, on voit des
lenticules de terres rapportées, et des tran-
b' es que la tradition du pays suppose avoir
lé construites par les Coras. Le peuple les
rait élevées, disait-on, pour se défendre des
ztèques, lorsque ceux-ci se rendaient de
ricno?i5. d'Asthropologie.
Uuéoolhuacan à Cliicomoztoc, où les sept
nations se séparèrent. Les ruines dans les-
auelles on croit avoir reconnu des stations
es Aztèques ont, dans quelque cas, une
grande étendue. Les plus célèbres sont celles
qui se trouvent près de la rivière Gila. On
y voit des restes d'édifices d'une construc-
tion semblable à ceux du Mexique, et qui
sont évidemment l'œuvre d'un peuple avancé
dans les arts ; on les connaît dans le pays
sous le nom de Casa$ Grandes (les grandes
maisons). Des nations qui parlent des lan-
gues différentes habitent les provinces- de
Sinaloa et de Sonora et les missions de la
Nouvelle-Biscaye , qui sont situées entre le
Mexique et la rivière Gila. Selon Hibas, tou-
tes ces langues de la province de Sinaloa
contiennent un grand nombre de mots qui
ressemblent au mexicain , ce qui paraîtrait
prouver qu'il y a eu quel(|ue ancienne con-
nexion entre les peuples de ces deux pays.
On dit cependant que les langues de la pro-
vince de Sinaloa diflréraient de la langue mexi-
caine par la structure grammaticale.
Les montagnes de Tarahumara et de Pi-
meria Alta, gui s'étendent depuis la Nou-
velle-Biscaye jusqu'à Sonora, ont donné leurs
noms aux missions de ces contrées. Les na-
turels de Tarahumara ont une langue parti-
culière. Clavigero dit que les Endèves et les
Opatas ressemblent tant aux Tarahumaras,
qu'ils doivent être sortis de la même souche ;
or, il a longtemps que l'on sait que la
langue des Coras, peuple qni habite les mis-
sions de Nayarit, et celle de Tarahumara,
ont de très-grands rafiports avec le mexicain.
Le cora ressemble au mexicain , non-seule*
ment par son vocabulaire, mais beaucoup
aussi par la structure grammaticale; la res«-
semblance même est telle, qu^elle prouve
que la nation est, en grande partie au moins,
sortie de la même souche que les anciens
Aztèques.
Ij^ parties les plus septentrionales du
Fays. où l'on rencontre des traces de ce que
on peut appeler la civilisation mexicaine,
sont celles qu'arrose le Yaquesila , rivière
qui va se jeter dans le Rio Colorado. Les
Moquis et d'autres tribus qui habitent ces
contrées nous sont reffrésentés par les mis-
sionnaires qui eurent occasion de les obser-
ver en venant des missions de Pimeria,
comme résidant dans des villes on villages
qui contiennent deux ou trois mille habitants.
Us portent des vêtements, et leurs maisons
ont plusieurs étages, des terrasses, et sont
construites dans le genre des Casas Grandes
et des maisons de l'ancien Mexico.
MICRONÉSIENS. Yoy, Malaiss (Racei.
MIGRATION AZTÈQUE. Voy. Mexicains.
MILLET. — Les anciens cultivèrent le
millet. Les Latins avaient deux mots pour le
désigner, panicuai eimilium: les Grecs en
avaient trois, Hv^mc, f^ùint^ ^-7XP^' ^^ Alle-
magne et dftns toute l'Europe, on cultive
aussi deux ou trois espèces de millet, pani^
€um ^ miliaceum^ italicum ei gemianicum:
cependant il est douteux si les deux dernières
sont des espèces ou de sim[»les variétés.
30
959
IfON
blCTIONNAlUE
IIOR
940
Dans la première espèce les panieules sont
lAches, et dans les deux autres elles sont ser-
rées. Théopbraste dit {H. pi. ïYj ky 10) que le
riz n'a point d'épi, mais une panicule sem-
blable au xf7Xf o; et c>Ti^oc ; et Galien dit
(t. VI, p. 523, édit. deKiJDn) que le premier,
c'est-à-dire le xiy/por , est sous tous les
rapports préférable à YiXviioç , qu'on nomme
aussi uAcvi}. Tous ces derniers noms sem-
blent aonc s'appliquer au gros millet, pant-
eum miliaceum. Voilà tout ce qu'on peut dire
de plus positif sur ce sujet. Dans les Indes
orientales on cultive abondamment aussi
nos deux espèces, le panicum miliaceum et
le panicum tlalicum ; on cultive encore le
panicum miliare.ei le panicum frumenlaceum;
mais nous ignorons la patrie de toutes ces
plantes. Il en est de même pour deux autres
graminées cultivées dans les Indes orien-
tales, paspalum scrobiculalum et eleusine co-
racana. Ehrenber^ a vu le dernier cultivé
enAbyssinie; maison n'y cultive point le
poa abyssinica , qui donne un grain trop
petit pour qu'on puisse l'employer à la nour-
riture de l'homme.
MILLOT. Voy. Langage.
MINETARIS. Voy. Sioux.
MINGRELIENS. Voy. Aboiugènes.
MODE. Voy. LANOàCE.
MOHICANS. Voy. Algonquins.
MOMIES^ chez les Guanohes. Voy. Abori-
MONGOLIQUE ou JAUNE (RACE). —
Cette jace, plus nombreuse en individus
(218,000,000) et probablement plus ancienne
que les autres, comprend les peuples qui
habitent entre les quatrième et soixantième
parallèles : en Europe, les Hongrois ; en
Asie les Siamois, les Chinois, les Cochin-
chinois, les Péguans, les Tonquinois, les
Coréens, les Japonais, les peuples du Na-
}ioul, les Thibétains, les Mongols, les Mant-
choux, les Kalkas, les Kalmouks, les Bach-
kirs , les Tyaches , les ïangutiquos , les
Eleuths, etc. Elle se reconnaît à la force du
tronc, qui est court, carré et musculeux ; à
la petitesse des membres et surtout des
Jambes qui sont courtes et cambrées ; à la
brme presque carrée de la tète, au peu de
proéminence du crflne ; à l'aplatissement
et à l'obliquité du front, à la dépression et
à la largeur de la face, à la saillie des pom-
mettes relevées et proéminentes ; à I écar-
tement des sourcils, qui sépare un espace
aplati ; à celui des yeux, qui sont du reste
étroits et très-fendus ; à la dilatation con-
sidérable des narines ; au volume du nez
qui est court« gros et écrasé, surtout vers
sa racine ; à 1 enfoncement des tempes, à
l'avancement du mentou, qui est constam-
ment pointu ; au peu de longueur et d abon-
dance de la barbe ; à la couleur noire d^s
ifeixx et des cheveux, que distinguent d'ail-
eurs leur peu d*abondaace, leur roideur et
leur rudesse ; à la teinte basanée et jaune
des téguments, qui, quel que soit le climat,
se rapproche de celte de l'écorce d*oran?e
(009) I Cor. xiu, ii.
desséchée ; à Tavancement des mâchoires et
à l'obliquité des dents.
Cette race habite surtout l'Asie, les par-
ties les plus septentrionales de l'ancien et
du nouveau monde, la Chine et les tles de la
mer des Indes ; elle a pour caractères spé-
ciaux :
Taille généralement médiocre ; corps ro-
buste ; cheveux rares et durs ; barbe bor-
née à la lèvre supérieure et quelquefois
disséminée ; teint jaune brun, suie ou olive;
visage aplati, large aux pommettes, étroit au
menton ; dents incisives verticales ; jeui
noirs, écartés ; paupières très-obliques, peu
ouvertes et bridées; nez aplati et écrasé;
oreilles grandes et détachées ; mains et pieds
bien faits et petits.
Tète généralement sphérique, comprimée
en losange ; face élargie comme un disçpio.
Elle se partage en trois rameaux : le mf-
gue, le mongol et Vhyperboréen.
MONGOLS. Voy. Nomades.
MONTAGNES, sont-elles le point de dé-
part de la race humaine ? Voy. Haces bc-
HAINES.
MONUMENTS INDIENS. Voy. Bon»
DIIISME.
jVÏOUAL, SA NATCRB, NÉCBSSTrÉ DBS PBATt-
QUBS REUOIEDSRS POUR LB DEVELOPPEE R
L*AFFBRiiiR. — Aucunc autro question, dans
tous les temps, n'a plus agité le monde des
intelligences que celle des rapports du phj*
sique et du moral ; et aucune autre, il biit
bien le dire, n'a été dIus stérile, tant que le
hommes, auxquels il n'est donné de voir!t<
choses que par un miroir et en énigme (CW.
se sont bercés dans des spéculations clmt-
riaucs pour trouver le lien existant dans la
sphère d'union de l'être spirituel avec la
matière. Ceux de nos lecteurs qui ont con-
sacré du temps à cette étude savent a<^i
combien peu elle laisse de satisfaction après
elle. Mais si Ton a soin de rejeter tout 9
qui est du domaine de l'hypothèse de l'i-
maginatton pour embrasser la réalité d^
choses, si on étudie franchement les mani-
festations morales et leurs lois, on entrerô!!
aisément Futilité d'une semblable étude :1ti
rèzne de l'hypothèse a cessé.
Il n'est point utile de savoir si les acK^
moraux et intellectuels enfantent ou nouui:
travail organique dans la pulpe cérébrale:
il n'est point utile de savoir si les fibril ^
nerveuses de Tencéphale sont agitées quari
un objet s'empare rorteinent de TespriL ^J
alors le fluide nerveux circule avec plus ^a
moins de rapidité. Notre désappointemti!
ne peut être fondé à la vue de ce secret qo
nous ée?iappe, recouvert d'un voile impép-
trabk^ c^.r ce secret a bien peu de valeur <•'
face d'auires problèmes solubles et riches f:
résultats. Ce qu'il importe de savoir, «^^
cette chose : L'homme est-il libre ? Ce qï^
importe à tous de connatire, c'est cette >«•
j
$11
ttOR
D'A!(TnROPOLOGiE
MOk
m
coude chose : Lliomme peat-il perdre sa
liberté par Tinyasion dans son domaine
moral des roouTements charnels ou des pas-
sions sensuelles ? C*esl cette double solution
qui intéresse au plus haut degré la religion,
qui n*est, à tout prendre, selon les paroles
d*un erand publiciste (610), paroles qui ont
tant de poids parmi nous, qu*un frein, un
pooToir, un souvemement, qui Tient au
nom de la loi diyine pour dompter la nature
humaine. C'est donc h la liberté humaine
qu'elle a surtout affaire.
La yolonté humaine est un agent bien
supérieur à l'organisme, puisqu'elle subju-
gue en quelque sorte ce dernier pour tout
ce qui tient à la yie de relation, soit avec
les choses, soit avec les personnes. El cette
force morale est tellement énergique, que
rbomme, privé d'un ou de plusieurs de ses
sens externes, peut, au moyen de l'exercice
fqui n'est autre chose que l'action soutenue
de sa yolonté), suppléer à l'impuissance de
ces derniers en décuplant l'intensité fonc-
tionnelle des autres. C'est ainsi que l'on
Toit des aveugles discerner les couleurs au
toucher ; que les sourds-muets comprennent
cre qu'on paraît écrire sur leur dos. On a
conservé des faits bien remarqu2bles attes-
lanC le triomphe des efforts de la volonté
sur les fonctions des sens : celui du sculp-
teur Ganivasius qui, devenu avehgle, con-
tinua de pratiquer son art avec suçons, en
se guidant par le toucher ; de Taniiquaire
Saunderson qui, aveugle aussi, distinguait
néanmoins par le tact une médaille vraie
d'avec une lausse (611).
Haller, ce grand physiologiste que nous
ainaons tant à citer (612), sans s'égarer dans
de vaines subtilités au sujet de l'exi«tence
de l'âme humaine, aborde, dans une défini-
tion fixe et précise, sa nature et en même
temps son hjinénée avec le corps. « Nous
donnons, dit^il, le nom d'âme à ce principe
qui est associé à notre corps, qui pense,
joge, veut, a conscience de lui-même, de
ses idées pcésentes, et se rappelle ses idées
passées (613). »
La phrénologie jouit maintenant d'une
certaine faveur dans le monde, on l'ac-
eaeille avec une sorte de curiosité tout à la
fois bienveillante et circonspecte. 11 semble
que la société pressente d'une manière ins-
tinctive que ses conséquences dernières ne
f610) GcizoT, Uisioire de ta eiviiisa'Jon euro-
iOit) AoEUMi , Pkusiolûgie de t homme y t. 1*%
p. 298; 1851.
fÇlâ) Haller est pour noas une autorité du pre-
wnher ordre, d*abord par son proJigieox saToir, qui
Cait de son oovrage la plus riche mine de science
«l«se roD puisse imaginer ; ensuite par la haotenr û.?
1^^^ pensées, fénergie et le charme de sa diction, qni
foot de lui no écrivala de premier ordre dans I;;
^r-nre; enfin par ses croyances sincê.-ement reli-
giea«es. Tontes ces qnahtés réunies le consliuient
an autre Leibnîtz, c^est-à-dire un homme qui s*est
serri de son savoir pour honorer la religion.
^613) S amen id imDommns enti quod nostro cor-
pori eanjun^mr^ qmod eoptat^ judicat^ ruit quod sui
c^nucimm e$t suarumque td earum^ easque qnas olim
doivent point conduire au malérialîsnie ,
pour lequel elle professe à juste titre du
mépris. C'est qu'en effet la phrénologie ne
nuit pas à ladmission i\es principes supé->
rieurs qui régissent notre conscience, et en
première ligne la liberté morale. II serait
vivement à souhaiter, ix)ur la cause du
spiritualisme même, qu elle finit par être
clairement démontrée aux yeux de tous ;
que les incertitudes et les contestations qui
régnent parmi les localisateurs d'organes se
dissipassent totalement. Au bout du compte
il resterait toujours la question de savoir
si c'est l'organe qui fait la faculté, ou bien
la faculté qui fait lorgane ; et les spiritua*
listes, forts de Tunité et de l'identité du mot,
1)ropriétés qui ne peuvent se concilier avec
a pluralité et la flactuation des éléments
d'un organe, pourraient admettre toute la
Sartie organologique sans perdre un pouce
e terrain (614). Telle qu'elle est cependant
de nos jours, la pbrénoiogie, qui consiste à
reconnaître d'après les conformations parti«-
entières du crâne les aptitudes des hommes
(nous parlons dans le sens le plus général,
sans nous faire le garant de la vérité des
détails organologiques) , est la plus forte
démonstration de cet axiome célèbre qui a
passé en entier dans les croyances géné-
rales : « L'homme est une intelligence qui
se sert d'ori^anes. » Toute la vérité repose
dans cette proposition ; ailleurs, il n'y a que
concision. Et cette vérité n'est point neuve»
elle a constitué le fond des doctrines des
esprits supérieurs de tous les temps, de
toutes les reliions, depuis Platon jusqu aux
Pères de l'Eglise. Ces derniers, pour le dire
en passant, ont élucidé bien des points
obscurs de la science ; et si, comme 1 esprit
de notre époque semble le promettre, on
exhumait de leurs oeuvres un travail ency*^
clopédique, bien des savants modernes se-^
raient stupéfaits de voir que ce qni ae^te
leur intelligence a agité celle de saint Ba*
sile, de saint Thomas, de saint Bonaven-
ture. Ce dernier, comme je vais le démon»
trer par un fragment bien peu connu, est
réellement le précurseur de la phrénologie.
Il est sans doute curienx de voir ce point
de la nature humaine débattu au xin* siècle
par un évéque et un saint. Voici ce curieux
morceau, qui est aussi remarquable par la
sagesse des idées que par la nouveauté des
feinitf, qmmdo renotanîuu aano$cit tuas fuisse, (EL
pkifê. corv. hum., t. ¥, p. 551.)
(6U) Y09. rintéressant ouvrage de U. Ad. Gau-
mER, Psychologie et phriaotogie comparées, L*anteur,
dans cd ouvrage, s*att2che surtout h prouver qtw
les phrénoiogistes n'ont pas été conduits à leur sys-
tème par des études anatomîques, mais bien par
une vois empirique , c'e^t-à-dire Fobsen^aUon oun
talent connu, d^un penchant prononcé. Donc Ils sont
obligés de reconnaître qne les manifestations diver-
ses du principe moral sont antérieiu^s à la saillie
d*ua organe. De plus, les phrénolocisies ont admis
des facutté^négatives, c*est-à-dire, uaprés eux, des
effets sans causes, des manifestations des idées sans
organes; donc ils supposent une pu:ssance iutellec-
tudle !ndépendante, distinguée par la nature de ses
fonctions de Tencéphale.
043
MOR
DlCTiONNAIRC
MOR
Ml
aperçus; et cela doit ranger saint Bonaven-
ture a la tfite des écrivains qui ont esquissé
le plan des travaux phrénoloçiques.
« La disposition des parties dont l'en-
semble constitue le corps humain offre de
nombreuses variétés qui, scientifiquement
interprétées, semblent correspondre avec
les diverses dispositions de l'âme... Nos
maîtres en cet art sont Aristote, Avicenne ,
Constantin, Palémon, Loxus, Palémotius.
Nous marcherons à leur suite.
« Et pour commencer par les complexions,
qu*on nomme aussi tempéraments , nous
reconnaîtrons que les mélancoliques ou
nerveux portent l'empreinte de la tristesse
et de la gravité ; les qualités contraires sont
le partage des sanguins. Les bilieux se
montrent enclins à la colère; les flegmati-
ques, à la somnolence et à la paresse. Le
sexe ne manque point d'exercer une piiis-
sante influence : l'homme est impétueux
dans ses mouvements , ami des travaux in-
tellectuels, ferme en présence du péril ; les
femmes sont timides et miséricordieuses.
n La grosseur de la tête, si eile est déme-
surée, est un indice ordinaire de stupidité:
sa petitesse extrême trahit l'absence du ju-
gement et de la mémoire. Une tête plate et
affaissée par le sommet annonce 1 inconti-
nence de 1 esprit et du cœur; allongée et de la
forme d'un marteau (615) elle a tous les si-
gnes de la prévoyance et de la circonspec-
tion. Un front étroit accuse une intelli^jence
indocile et des appétits brutaux ; trop large ,
il indiquerait peu de discernement ; arrondi,
c'est le sié|j;e liabituel d'une humeur em-
portée (616) ; s'il s'incline en avant, il carac-
térise la modestie et la pudeur; s'il est
carré et d'une juste dimension , il est mar-
qué au sceau de la sagesse et peut-être du
génie...
« Les yeux bleus et brillants signifient
l'audace et la vigilance , qui peuvent aussi
s'employer au mal ; ceux qui semblent va-
cillants et troubles révèlent l'habitude des
boissons fortes et des voluptés grossières ;
ceux qui sont noirs , sans aucune autre
nuance, désignent une nature débile et }ieu
généreuse ;... ceux qui sont rouges et petits,
s'avancent à fleur de tête , accompagnent or-
dinairement un corps sans tenue et une
langue sans frein ; mais quand le regard est
perçant, quoique voilé d'une légère humi-
dité, il annonce la véracité dans le discours,
la prudence dans le conseil, la promptitude
dans l'action... Une bouche bien lendue,
fermée par des lèvres minces, et dont la su-
périeure déborde médiocrement l'inférieure,
exprime des sentiments nobles et coura-
geux; une bouche petite, et dont les bords
amincis se pressent pour réprimer le mou-
vementy laisse percer la faiblesse et la ruse ;
(615) L*organe de la circonspection donne , en
ei^t, aaprès les phrénologistes, cette conformation
particuUere.
f6i6] Le iléveloppement des parties latérales,
siège de Forgane de la rixe, du meurtre, arrondit le
crâne.
au contraire , les lèvres entr'onvertes et
pendantes sont le symptôme de l'inertie et
de l'incapacité : cette observation peut se
répéter à loisir sur plusieurs animaux.
« L'éner-^ie et l'habileté se devinent à des
mains courtes et délicates ; la duplicité, la
rapacité se rencontrent avec des mains épai-
ses et des doigts peu développés. Les doigts
longs et crochus marquent 1 intempérance de
la table et de la parole. Des ongles minces,
flexibles et polis, d'une blancheur rosée et
d'une parfaite transj)arence , peuvent se
prendre pour si^ne d un esprit excellent...
Les hommes qui marchent à grands pas sont
presque tous cens d'un caractère éleyé et
d'une activité infatigable ; ceux qu'on Yoit
hâtant leur course, repliés sur eux-mêmes,
portant bas la tête, ont les apparences in-
contestables de l'avarice, de la timiditéf de
l'astuce. A une démarche brève et rapide, il
est facile de reconnaître l'impuissance et la
méchanceté.
et En général, quand les parties du corps
conservent leur proportion naturelle , et
qu'il règne entre elles une parfaite harmo-
nie de formes, de mesures, de couleurs, de
situations, de mouvements, il est permis de
supposer une disposition non moins heu-
reuse des facultés morales ; et réciproque-
ment, la disproportion et le désaccord des
membres, laissent aisément soupçonner un
désordre pareil dans l'intelligence et la fo-
lonté. On pourrait même dire, avec Platon,
que souvent nos traits portent la ressem-
blance de quelque animal, dont notre con-
duite reproduit aussi les mœurs; mais sur-
tout il se faut souvenir que les formes
extérieures ne marquent pas au coin de la
nécessité les dispositions intérieures qui
leur correspondent ; elle ne sauraient dé-
truire la liberté de l'âme, dont elles iur
diquent les tendances : encore la valeur ^e
ces signes est-elle seulement conjecturale
et quelquefois incertaine ; de façon quVn
cette matière, ce serait témérité que déju-
ger promptement , car le sisne peut se
trouver accidentel; et s'il est l'ouvrage de
la nature, Tinclination qu'il représente peut
céder à l'ascendant d'une habitude opposé**,
ou se redresse sous le frein modérateur dt h
raison (617). »
Le cerveau humain est le support du mo-
ral, comme les organes de la vie plastique
sont les supports du principe vital. Sans ce
support, point de manifestations morales,
c'est-à-dire point d'actions ; car, en dernière
analyse, le moral doit se manifester en ac-
tions, comme la vie se manifeste en fonc-
tions. La pensée agit par le cerveau pour^e
réaliser au dehors, et si l'instrument e>t
bon, les manifestations seront énergiques
et puissantes. De plus, comme la loi de per-
(617) Op. om.f Compendium theoiogiœ feritatk
vol. Vil, p. 712. — Saint Thomas a dit poôtiTeotft
la mèrue chose. Sed istœ ificlinationes êubjactnijt'
dicio rationiSf eut obedit appetitut inferior, C^f^
htBc liberiate arbiirii non prœjudicatur, (Sm^
quœit, 1, xxxiii, art. l"*^, 6.)
S4S
MM
D'ANTHROPOLOGIE.
MOR
916
fectibilité qui régit les organes de la vie de
relation régit également le cenreau , ce
dernier penl se perfectionner et se perfec-
tionne réellement. H y a dès lors action da
principe spirituel sur Finstrument et réac-
tion de Tinstniment sor le principe spi-
rituel, qui double ses forces par Texercice.
Or , Texercice suppose l'organe. Nous ne
pouvons pas entendre autrement la phré-
nologie , qui derient menteuse ; car elle
ne peut sans cela rendre compte des faits
f Principes qui régissent la constitution de
*âme.
A présent est-ce à la partie supérieure
des némisphères cérébraux que se trouYcnt
les organes spécialement chargés des ma-
nifestations des sentiments? La pbrénolo-
gie l'affirme 9 et cette affirmation s'appuie
sur une donnée expérimentale bien flatteuse
pour l'espèce humaine : la beauté morale se
reflète dans la beauté physioue. 11 est cer-
tain aa'à des sentiments nooles, à l'éléyar
lion oe l'âme , s'associe presque toujours un
front sublime. C'est ce grand caractère de
beauté physique annexé à la beauté mo-
rale , qui se retrouye dans toutes les tètes
des honunes dont la yie nous est montrée par
Thistoire ornée de grandes rertus. C'est lui
qui excitait l'admiration si profonde du doc-
teur Gall pour la tôte de Jésus-Christ ; il y
retrouvait un caractère traditionnel en
même temps qu'un caractère de furAufimnà/y
si nous pouTons nous exprimer ainsi. Les
réflexions que lui sugeère l'aspect de cette
tète dirine sont trop sérieuses pour en pri-
Ter nos lecteurs, qui doirent s y appesantir,
surtout à une époque où la critique yerbeuse
Toudrait anéantir une rie à laquelle celle
des peuples est liée irrévocablement (618).
m Dans les tètes du Christ de Raphaël, on
remarque que les parties postérieures sont
afilaties , par conséauent les organes des
qualités communes àVhommeetauxanimaux
sont très-^u actifs ; les organes, au con-
traire, placés sur la ligne médiane de la par-
tie antérieure supérieure et postérieure de
Vos frontal, sont très-développés : d'où il
résulte que ces tètes sont l'expression de la
sagacité, de la pénétration, de la bienveil-
lance, du sentiment, enfin la source de la
plus pure morale. Mais cette forme divine a-
t-elle été inventée, ou peut-on supposer
qu'elle soit la copie fidèle de l'orignal? Il
est possible que les artistes aient imité la
forme des tètes des hommes les plus ver-
tueux, les plus justes, les plus bienveil-
lants, pour donner un caractère aux tètes du
Christ qu'ils voulaient représenter. Dans ce
but, l'observation de ces artistes confirme-
rait la mienne. Cependant, cette marche
sui>pose, ou un pressentiment de l'organo-
logie, ou au moins trop de circonspection,
pour qu'elle me paraisse admissible. U est
plus probable que le type général de la tète
de Jésus -Christ nous a été transmis. Saint
(6IS) Voy. roQvrage do docteur Strauss, tnd. de
Littré, r* part., 1859.
(619) Giat, Phusiologie dm cenétm , t. V, pag.
389.
Luc était peintre, et en cette qualité* com-
ment n'aurait'il pas voulu conserver les
traits de son maître? Il est certain que cette
forme delà tète du Christ est d'une très-
haute antiquité : on la trouve dans les mosaï-
ques, dans les tableaux les plus anciens.
Les gnostiques du u* siècle possédaient des
imases de Jésus et de saint Paul. Ainsi , ni
Rapnaôl ni aucun autre artiste n'ont in-
venté cette configuration admirable de la
tète du Christ (619). »
Les travaux des phrénolo^stes ont pro-
pagé dans le monde la doctrine nuisible des
prédispositions natives irrémédiables. D'a-
près eux , il existerait chez quelques indi-
vidus des penchants atroces , qui devien-
nent la source des crimes inouïs ; d'après
eux, ces êtres si misérablement nés ne
peuvent être mis au nombre des aliénés
propremeiit dits, mais ne méritent pas d*èlre
punis suivant toute la rigueur des lois , car
il est évident qu'ils sont entraînés presque
irrésistiI>leii:eot et sont comme sans lib^rié
moi aie. Cette doctrine, qui peut-être trop
souvent a arrêté le bras de la justice contre
de vrais coupables, est fausse , étant le fruit
d'une oliservation incomplète de la nature
morale. D'abord , on ne peut affirmer gue les
hommes apportent en naissant des disposi-
tions moralement bonnes ou moralement
mauvaises; leshommes nenaissentni vicieux,
ni vertueux , mais flottent du bien au mal, et
commencent tous par être enfanté. C'est pré-
cisément à cette période que je puis appeler
crépusculaire de la vie morale, qu'intervient
l'éducation avec ses souveraines consé-
quences. Si les sentiments dominent dans
cette période, les forces de l'organisation
humaine contribuent è servir leur dévelop-
pement ; s'ils sont étouffés , l'organisme cé-
rébral , esclave d'ailleurs , ne servira plus
qu'aux manifestations instinctives et bruta-
les. C'est bien alors que la liberté morale
se trouve opprimée par une or^nisation in-
complète. Dans cette dégradation de l'âme
subsistent toujours les notions primitives
du mérite et du démérite; par conséquent ,
toutes les fois qu'un scélérat a conservé
dans son intelligence le véritable rapport
des choses entre elles, il a toujours été ac-
tif dans l'exercice de ses méfaits et passible
de la rigueur des lois. U est bien vrai que
l'habitude a favorisé l'asservissement de son
Ame par des penchants pervers , mais il est
élément vrai qu*il a été cause de cet asser-
vissement. De là l'imputation morale, l'im-
putation juridique. « Toute l'action civile »
dit M. Cousin (020) , est fondée sur cette hy-
pothèse universellement admise , que
l'homme est une cause ; comme la science
de la nature est fondée sur cette hypothèse,
que les corps extérieurs sont des causes ,
c'est-à-dire ont des propriétés qui peuvent
produire et produisent des effets (6k1). »
De même que l'on a reconnu dans les fonc
(6M) Hutoire de la phUoêopkie^ t. 0, p. 217.
(621) D'Aguesseao, dans un plaidoyer célèbre, a
donné, avec une haute sagesse, les moyens de les
disceroer. c Non-«eulement, dit-îl, ladémence ou ta
M7
MOa
DICTIONNAIRE
MOR
m
lions de la Tie nutritive certains faits géné-
raux échappant aux propriétés connues de
la matière > certains phénomènes vitaux ,
tels que ceux de consensus, de synergie,
d'individualité organique , inexi)licables au
moyen des organes qu'ils maîtrisent, mais
dérivant d'un pouvoir unitaire sur l'orga-
nisme; ainsi, pour ce qui a trait à l'enten-
dement , ir faut aussi s'élever au-dessus de
la substance animale et reconnaître les faits
principes qui en constituent l'essence. La
psychologie, qui étudie les manifestations
de la conscience , ne s'occupe point à faire
un roman physique ou métaphysique de la
nature de l'Ame ; mais elle l'observe dans
l'action de ses facultés , dans les phénomè-
nes qui en résultent , et que la conscience
et la réflexion peuvent atteindre et qu'elles
atteignent directement. Ces phénomènes
possèdent des caractères d'absolu, de néces-
sité, d'universalité qui les soustraient à
tout autre contrôle qye celui de la conscience
humaine. Au premier rang apparaît l'idée
de causalité. On dit souvent, et les philo-
sophes mêmes disent avec le vulgaire que
les sens nous découvrent le monde.. On a
raison, répond H. Cousin, si l'on veut
dire seulement que sans les sens , sans la
sensation, sans le phénomène préalable, le
principe de causalité manquerait de base
pour atteindre les causes extérieures , de
^rte que jamais nous ne connaîtrions le
monde ; mais on se tromperait complète-
ment si l'on entendait que c'est le sens lui-
même qui , directement et par sa propre
force f sans l'intervention de la raison et
d'aucun principe étranger , nous fait con-
naître le monde extérieur. Connaître, en
général, connaître quoi que ce soit, est
au-dessus de la portée des sens; c'est la
raison et la raison seule qui connaît et con-
naît le monde (622).
C'est encore la raison et non la matière
nerveuse qui fournit la conception du devoir
avec tous ses caractères d'inviolabilité, pour
être le modèle de notre conduite. Rien de
{rfus digne de pitié dès lors que cette pensée
éguée au monde par Broussais quelques
jours avant sa mort : « La sensation , la pen-
sée, la volonté, se développent avec la sub-
stance cérébrale, diminuent ou augmentent
avec l'action de cette substance, disparais-
sent pour jamais avec elle ; ces choses , en
un mot, se lient à cette substance comme
un effet à sa cause, etc. (623). i» Dans cet
ouvrage posthume , qui ternit une mémoire
que le génie eût pu rendre à jamais honor
rée , le docteur Broussais a prouvé que la
cause du matérialisiqe était irrévocablement
sagesse est un feit, mais encore un fait habituel,
une disposition, une afiection permanente de TAme ;
et comme les habitudes ne s'acquièrent que par les
fictes réitérés, elles ne se prouvent presque jamais
<(ue |>ar une longue suite, une continuité, une rouU
Mplicité d'actions dont il est impossible d'avoir la
preuve par une autre voie que par le seul témoi-
gnage de ceux qui ont été spectateurs assidus de ces
ijictions. >
(6^) HUtoire de la fhiloMphie au xvni' mècie^
perdue. II l'a prouvé par Faveuffle brutalité
de ses dénégations ; il l'a prouve encore en
employant, au profit de sa cause , les vieui
arguments des philosophes sensualistes du
xvui' siècle, arguments que les trayauides
idéologistes modernes ont broyés sous le
poids de leur losique pressante. Mais tout
en condamnant Tes excès des matérialistes
et des phrénologues , hâtons-nous de saisir
un point important de la nature du meral
qu'ils ont éclairci; reconnaissons avec eux
que de l'amélioration du système organique
S eut résulter celle de la faculté morale.
lous ajouterons une dernière remarque qui
frappera les esprits peut^tre aussi fortement
qu elle nous a frappé nous-méme. La to-
lonté , cet acte sur leauel repose un des
plus beaux apanages deVhomtne, la liberté
morale , fonde , dans une maladie , les élé-
ments d'un pronostic heureux , lorsqu'elle
est agissante. Vient-elle à succomber,
l'homme , privé en quelque sorte de sa fa-
culté radicale, n'a plus qu'à périr lui-
même. On doit toujours conserver l'espoir,
quel que soit l'état du patient , dans une
maladie aiguë , tant qu'il existe des efforts
assez puissants de sa volonté, soit pour résis-
ter è l'empire de la destruction , soit \m\
surmonter les répugnancea qui se présen-
tent è exécuter les mouvements et à prendre
les médicaments nécessaires à la guéri-
son (624).
Il ne suffit pas de reconnaître que l'idée
du bien , l'idée du mal , distinctes Tune de
l'autre , sont inhérentes à la conscience bu-
maine; il ne suffit point de savoir que leur
conception donne immédiatement celle du
devoir et de la loi, et que cette dernière
entraine des obligations absolues ; tout cela
repose sur des faits réels, bien importants
sans doute , pour ceux qui aiment rhuma*
nité et ne desespèrent point d'elle. N'esl-il
[>as vrai que sans eux renseignement,
'espoir de réformer le cœur humain, de
purifier ses sentiments lorsqu'ils sont cor-
rompus , ne seraient que de vaines parole<.
Les doctrines n'agissent sur l'âme , il ne
faut point l'oublier, que parce que l'enten-
dement possède virtuellement les notions
primitives d'identité personnelle, de de-
voir, etc. De plus, admettons qu'il j aitdouie
sur ce point dans l'esprit des missionnaires
des philanthropes, des législateurs, de tou$
ceux en un mot qui se préposent si noble-
ment aux réformes humaines , nous les ver-
rons aussitôt abandonner leur œuvre com-
mencée avec tant de labeur et regretter la
somme d'eflforts et de temps gu'iTs auront
consacrée à prétendre mettre cfe toutes piè*
t. n, p. 225; 1829. — i U faut toujours, dit Rçn-
Iry, mettre au bout des nerfs quelque chose qui nj
soit pas la matière; la sensation est le fruit de <»
inconcevable byménée disposé par le Créateur, «
voilé par lui d'un sombre rideau. » (Induciiom w
ral€$ et physiotogiqties^ p. 121.)
(623) De r irritation et de la folie, t. H H*
toute la première partie.
(624) tes faits sont reconnus de tous les prau-
ciens.
M
VOR
DANTIUIOPOLOGIE.
MOR
030
ces dans le cosor humain ce qui ne s*y trou-
Tait pas. Si ce doute prorient de la soeiété
en général , elle les considérera;, s'ils per-
sistent, comme des hommes en délire , plus
dignes de pitié que ceux pouf lesouels ils
sedérouent. Mais heureusement ae telles
suppositions sont également contraires aux
faits fournis par Tobsenration philosophi-
que et à ceux fournis par la pratique. Il
j a dans Thomme autant de grandeur oue
de bassesse; ses instincts moraux ne T'a-
bandonnent jamais; ils se montrent, ils jet-
tent de l'éclat jusque dans les prisons, jus-
que dans les bagnes ; et les manifestations
auxquelles ils donnent lieu dans cesdemeures
du crime sont la preuve la plus irréfragable
et la plus imposante de leur réalité et de
leur empire (625). Ainsi la philosophie ra-
tionaliste de nos jours a rendu un grand
serfice en donnant la démonstration rigou-
reuse du caractère absolu du sens moral
et du dcToir. Mais c'est à cette démonstra-
tion qu'il eût été prudent de s'arrêter. Les
psYchologistes auraient dû descendre des
nauteurs de la métaphysique pour observer
un autre ordre de réalité, voir comment
faiblissent les sentiments moraux dans le
ccBur humain, pourquoi ils faiblissent. Au
lieu de tomber pour la plupart dans ce spi-
ritualisme ralD^équi les a conduitsd'unbond
an panthéisme, ils en fussent venus aux
conclusions si vraies et si éminemment
pratiques des théologiens qui croient en la
révélation telle que l'enseigne la tradition
catholique.
Cette dernière atteste que l'homme, ayant
prévariqué en marchant dans l'erreur de
ses sens , est devenu la proie du mal moral
comme ^du mal physique, et qu'il n'a pu
être tiré de cet abime profond que par la
grâce divine, se manifestant au moyen du
mrstère de la rédemption (G26). A côté de
celui du péché originel que nous devons
laisser à part, comme l'arche sainte à la-
quelle il n'était point permis de toucher
sans trouver immédiatement la mort , appa-
raissent deux notions gui se trouvent dans
le domaine des investigations de l'homme:
Eremièrement, l'insuffisance de la moralité
umaine , son incertitude , ses faiblesses ; la
nécessité où elle se trouve d'avoir en dehors
d'elle-même un juge et un régulateur. Les
préceptes ressortant de la morale humaine,
ainsi que leurs obligations, sont précaires,
parce gu'ils sont influencés par tous les
états divers de l'organisme, avec lequel ils
ont une connexion éloi^ée. Les impulsions
qui naissent de la chair les ébranlent , les
besoins viscéraux les font taire quelquefois
et très-souveot les pervertissent : Curo
enim concupiêcit adversus spirilum. Laphré-
(025) Consnllez sur œ sujet les ouvrages qui ont
trait aiii prisoos et aux étaUissements <te détention,
particulièrement celui de M. Frégier. Voy. Baqnet^
priumsy cnnniie/s, par Appebt.
(6^) Lavater, que Ton doit toujours considérer,
malgré ses écarts systématiques, comme un des plus
fr^tnU observateurs de la nature humaine, a dit en
I»ropro5 terme» : « Tour le dire en passant, la diic-
nologie, à son insu, a puissamment étayé
ce point de doctrine. Un de ses organes ,
homme dont Tachamement anti chrétien
s'est maintenu pendant une longue vie avec
autant de persévérance que celui de Vol*
taire, a écnt ces paroles, dont tout homme
qui se livre à Tooservation du monde peut
apprécier la portée : < La justice, dit-il ,
dont tous les hommes font parade, car
tous en ont plus ou moins Tesquisse , est
pourtant une faculté ^i se présente rare-
ment dans la société I Ine première preuve
que j'en donne , c'est que s il existe dans un
canton un homme d'une probité remarqua-
ble , il est toujours cité Démontrez dans
un sens une vérité morale, chacun applau-
dira ; mais prenez chacun en particulier , et
sommez-le de s'en faire l'application : parmi
ceux qui seront dans le cas d'en souffrir ,
vous en trouverez fort peu qui se résignent
sans murmurer, et toujours un grand nom-
bre auront recours à la ruse pour s'y sous-
traire... Supposez une grande force dans
les sentiments qui tendent plus ou moins à
régoîsme, supposition qui sera facilement
convertie en certitude par la comparaison
des tètes humaines , et dites-nous si la
conscience morale, la justice, la probité»
seule contre tant d'ennemis, a beaucoup de
chances pour triompher. A priori ^ on se-
rait tente de répondre par la négative ; mais
si l'on fait une étude approfondie de la
phrénolosie ph jsiolo^que , si Ton a cons-
taté par aes observations souvent répétées
combien sont rares les tètes où l'organe qui
répond à ce sentiment est amplement déve-
loppé, etc., on n'hésitera pas; une sorte
de pessimisme se glissera dans la convic-
tion touchant le sort de l'espèce vivante à
laquelle nous appartenons. Cfuant à moi, je
me sens enclin a présumer que nous ne
sommes pas le chef-d'œuvre, je ne dirai
pas de la création, mais de toute la hié-
rarchie sentante et vivante possible (6^). »
Après des aveux semblables, le môme au-
teur, dont l'ouvrage abonde en étranges con-
tradictions, affirme plein d'assarance, quel-
Sues pagres au-dessous, que le remède à la
épravation des classes inférieures se trouve
dans l'acquisition des faits qui démontrent l'u-
tilité du travail, et que l'éducation reli^euse
n'en apporte aucun (CStS). La question se
trouve ainsi résolue dans le même sens
qu'elle le fut par les moralistes du xvir siè-
cle, Hel vélins et Saint-Lambert; c'est, en
d'aulres termes, la doctrine de l'utile substi-
tuée aux nobles instincts de l'homme. Et je
l'observe en passant, les fauteurs du maté-
rialisme moderne ont plusieurs points de
contact avec l'école sensualiste du xviu* siè-
cle, quoiqu'ils affirment hautement des prê-
trise du péché originel, «pii est presque un objet de
fÀaisanterie pour notre siéde sceptique, a tous les
caractères d^évidence pour le vrai philosophe. »
( Euais phffûogn, , tom. I*% gr. ln-4*, page 175 ,
1786.
(6i7) BnorssJiis, De rirritation et de (a /b/iV, 1. 1",
p. 301-i, t ëdit.
[iMS) Onrra'je cité, t. I", p. 355,
9S1
MOR
DICTIONNAIRE
MOR
US
tentions àd*autres préceptes que ceux de
>aurs devanciers, sur lesquels ils déversent
cependant un certain mépris (629). li est de
l'essence de Terreur de tourner constam-
ment dans un cercle vicieux , et, de même
que dans l'ordre de la science de la vérité ,
chacune de ses branches se dirigent vers le
môme point ; dans l'ordre de Terreur, tous
les efforts convergent au même but, la né-
gation.
Si Ton ne se borne point è une observa-
tion superficielle du cœur humain, on recon-
naîtra bientôt que ses sentiments subissent
difFérents modes d'altérations. Les maladies
de Tâme ont leur degré d'intensité comme
les maladies du corps , et il est important
d'en saisir les nuances. Il en est une surtout
dans laquelle la conscience s'abuse et s'af-
faiblit, sans pourtant se pervertir. En lutte
avec ses passions, qu'il trouve le moyen de
justifier à ses propres yeux, l'homme con-
tracte l'habitude de considérer ses actes
comme fondés sur la conscience, quoiqu'ils
s'écartent insensiblement de son type ab-
solu, fiien plus encore, ces mêmes actes
{courront trouver des epplaudissemenis dans
e monde, qui ne juge que de la superficie
des choses, et la conscience s'engourdira
davantage. QuedepliiianthropeSj que de per-
sonnes austères sont bénies du monde et se
contemplent elles-mêmes avec unsentiment
d'approbation! et en dernier terme, tous
ces actes gu'on admire aboutissent souvent
aux émotions de la pitié ou aux jouissances
de Tamour-propre satisfait. Cette emur de
conscience revêt une foule de formes toutes
plus insidieuses les unes que les autres, et
(|ui, bien plus que les forfaits, sont Torigine
(lu malaise de ta société , puisqu'elle n'a
contre elles aucun pouvoir répressif. Cela
])rouve suffisamment, et c'est, encore une
fois, de l'expérience vulgaire, çiue la cons-
cience ne peut être son propre juge et citer
ses actes à son propre tribunal ; elle est troj)
complaisante , et la conscience générale, qui
certes a bien une autre valeur. Test égale-
ment. Dès lors il devient indispensable,
puisque la loi morale humaine peut porter
a faux, qu'elle se rectifie auprès de Dieu, la
cause et la substance de tout bien.
Les moyens lui sont fournis par le sacre-
ment de la pénitence catholique. Avec lui il
est impossible que le bandeau des illusions
ne tombe point, que la conscience essaye de
3e justifier devant celui qui sonde le fond
des cœurs, et qui n'accorde son pardon qu'à
celui dont les intentions sont pures et droi-r
tes (630). C'est une grave erreur de croire
que la confession ne convient qu'aux grands
coupables : elle est utile à tous les hommes
exposés, par les événements journaliers de la
(629) Brocssais , De tirritalion et de la folie,
— Vov. ce qu'il dit de Vécole sensualiste.
(630; Je supplie mes lecteurs de réfléchir mûre-
inent sur ce point, et ils trouveront que la confes-
sion , întroouction nécessaire aux pratiques reli-
gieuses, doit concourir puissamment au perfection-
pement moral du genre tiumain. Bossuet a dit : i De
inème que la règle des mouvements intérieurs c'est
vie, à voir affaiblir en eux les notions sacrées
de la justice et du devoir.
Les préventions ont beau vouloir pft&dn
racine dans les esprits que l'incréduklé tient
sous son empire, il faut (qu'elles se taisent
devant la puissance des faits. Quant à nous,
nous n'en connaissons pas de plus propres à
suggérer des réflexions sérieuses en laVeor
de la religion catholique, que ceux qui nous
démontrent l'accord de ces préceptes et de
ces pratiques avec toutes les choses exté-
rieures. Elle enseiene tous les hommes,
établit ses autels clans tous les climats,
sous toutes les latitudes , et peut y fleurir.
Enfin, chose aussi admirable encore, non-
seulement elle convient à tons les tempéra-
ments des hommes en particulier, mais en-
core elle les redresse. Excepté les phréno-
logues, tous les physiologistes sont q aoeord
sur la juste importance qu'il faut attribuer
au tempérament pour expliquer certaines
prédispositions natives pour telle ou telle
manifestation morale.
Le tempérament sanguin, celui dans lequel
un sang riche et abondant excite les nerfs,
açite les centres nerveux, porte l'homme à
l'impétuosité et h la colère : le christianisme
modère cette ardeur vitale en sollicitant à la
douceur.
Le bilieux, celui qui se caractérise parla
rigidité de la fibre , la prédominance de la
sécrétion hépati(|ue , disnose à une sombre
mélancolie , ou a la violence : le christia-
nisme inspire à ceux qui possèdent ce tem-
pérament des pensées consolantes et les as-
souplit.
Le lymphatique, celui dans lequel pré-
domine la laxité de la fibre, l'abondance des
sucs séreux porte à l'indifTérenceet àla mol-
lesse : le christianisme ranime ceux oui sont
tombés dans cet état léthargique et les rend
zélés pour le bien.
Le nerveux est mobile à l'excès ; l'homme
qui possède ce tempérament se berce d'illu-
sions chimériques , s'agite toujours au mi-
lieu d'un flux et reflux d'actes contraires :
le christianisme le fixe et le dépouille de
ses illusions dangereuses.
Et lorsque, enfin, chose qui a lieu d'ordi-
naire, tous ces tempéraments se combinent,
le christianisme tend à étouflfer les tIccs
comme à faire prédominer les qualités qui
dérivent de chacun en particulier.
Si l'on nie cette infiaence, on niera te
choses que l'on voit tous les jours : des hom-
mes qui sont devenus doux et humbles, de
fiers et d'impatients qu'ils étaient; des hom-
mes mous et apathiques devenus zélés ; des
hommes chimériques qui sont devenus po-
sitifs sous l'influence aes idées, et surloul
des pratiques chrétiennes.
la juste et saine raison, ainsi la re^\e de h raison
c'est Dieu même ; et lorsque la volonté humaiw
compose ses mouvements selon la volonté de sw
Dieu, de là résulte cet ordre admirable, ce jo*if
tempérament ; de là cette médiocrité raisonnable qii
fait toute la lieauté de nos âmes, i {Sermon sitr «
loi de Dieu,)
9S9
UOR
DMNTHROPOLOGIE
MGR
9al
Plus Tbommo e>l libre, c est-à-dire plus il
est soustrait aux influences extérieures qui
oppriment Télan de sa nature morale » plus
il se sent porté au bien. Mais sa liberté ,
comme les granules conquêtes , est le prix
de nombreux efforts. La philosophie , que
nous devons considérer comme une belle in-
troduction à Tétude des dogmes religieux»
aHirme cette vérité , mais ne donne nulle-
ment les moyens de parvenir à cette séré-
nité de rame où il ny a place que pour les
L'én(^reux mobiles. Le christianisme pose
des règles sûres , trace un plan de conduite
invariable» et ordonne TMucation des sens
par le moral, et non celle du moral par les
sens. Et, chose remarquable et bien cons-
tante & la fois, malgré la contradiction ma-
nifeste de leurs actes, tous les hommes tom-
bent d'accord sur ce point. Demandez^leur
quel est le premier des biens , fort peu vous
répondront : C'est la santé ; mais presque
tous vous diront : C'est l'honneur, ou, en
d*aatre$ termes, Taccomplissement intégral
des obligations de conscience. Donc , ils sa-
rent fort bien mettre à sa place et bien au-
dessus de leurs organes périssables, ce quel-
que chose^ selon Bossuet, qui dans eux n'ap-
j réhende pas la corruption. L'histoire four-
nit encoredes arguments sans réplique Avant
d'avoir rEvangvIe pour sa sauvegarde, l'hu-
manité offrait pourtant quelquefois le spec-
tacle de vertus sublimes, d héroïques dé-
vouements ; mais ces vertus , ces actes dé-
voués reposaient toujours sur les habitudes
de tempérance et de sobriété qui étaient en
honneur dans la pratique de la loi civile. Le
commencement de la république romaine a
été remarquable par une belle collection
d'actes commis par ses austères citoyens , et
qui n'ont pas d'autre source. Ici, c'est Corio-
hn dont le cœur rempli de fiel et de ressenti-
ment se laisse attendrir par sa mère et re-
nonce à ses projets de vengeance; ailleurs,
r'p5tManlius Torquatus, qui oublie la du-
reté de son père pour voler à son aide; là,
rest Décius , qui offre son corps aux jave-
lines ennemies pour assurer la victoire à
son pays; plus loin, c'est Réçulus, dont la
^ande Ame ne peut se résouofre à violer la
m jurée, même à des ennemis suspects.
Ces traits admirables disparaissent bien vite
d« la république, à mesure que le luxe s'v
défïloie avec son cortège de vices et de de-
liauches. Pour retrouver la sublimité mo-
rale, il faut traverser une longue période ,
tisane de crimes et d'infamies, avant de con-
templer l'aurore de la société chrétienne,
avec laquelle fleurirent toutes les vertus.
Nos sociétés modernes sont plus parfai-
tes; mais la loi du mal pèse encore sur elles
?tlear rend impérieux le besoin de la révé-
lation. Ce mie je dis n'est point spéculatif,
mais découle des travaux d un homme posi-
tif, d'un rigoureux statisticien, M. Quete-
IH (631). Dans son ouvrage, ■; qui doit jeter
(^m1) Sur t homme et le développement de us (a-
'"/'j^i, vu Eti'A de phij$ique iociale , 2 vol. ; Paris,
le désespoir dans l'ftme des tnerédules, il
étudié froidement l'espèce humaine dans
l'état de société ; il voit les crimes se répé-
ter chaque année avec une effrayante conti-
nuité ; et, enfin, il pose en principe que ce
qui se rattache à l'espèce humaine considérée
en masse est de l'ordre des faits physiques.
Plus le nombre des individus est grand ,
plus la volonté humaine s'efface, et laisse
prédominer la série des faits généraux gui
dépendent des causes d'après lesquelles existe
et se conserve la société. H faut bien l'a-
vouer, dit-il, quelque afiligeante que paraisse
au premier abord cette vérité, en soumettant
à une expérience suivie les corps bruts et
le svstème social, on ne saurait dire de ouel
côté les causes agissent dans leurs effets
avec une régularité plus grande (632). Or,
a ni est capable de triompher do ces obsta-
es, sinon la réaction morale. M. Quetelet
l'admet, cette réaction ; mais , dit-il , elle
n'agit que de la manière la plus lente. Qui
lui prêtera des forées? Tous les hommes
sérieux m'ont répondu : Le voyageur qui
parcourt des déserts brûlants recherche au
milieu de sa course un peu d'eau jpour étan-
cher sa soif, un peu d ombre pour réparer
la fatigue de ses membres ; l'Ame humaine
qui traverse le monde social , où souffle le
vent si meurtrier du viceetde l'indifférence,
a besoin de s'y sentir abritée sous l'aile pro-
tectrice de Dieu.
MORDEUR 9 sorcier chez les Haeeltzuks.
foy. N00TKA-C0;«0HBIKNS.
MORT. ~ Tandis que la poussière re-
lourne à la terre^ d'où elle fut tirée y l'esprit
retourne à Dieu^ qui Va donné (633). Il est
beau d'apprendre que la physiologie donne
sur ce point les mêmes garanties que la tra-
dition chrétienne. Ecoutons Barthez, qui ter
mine son grand ouvrage par ces remarqua-
bles paroles : « Le principe vital peut périr,
sans que la puissance dont il dérive soit af-
faiblie; de même que les rayons du soleil
se réfléchissent et se perdent dans l'ombre
des corps opaques, sans que cette source de
lumière puisse jamais être épuisée. Lorsque
l'homme meurt, son corps est rendu aux élé-
ments; son principe de vie se réunit à celui
de l'univers, et son âme retourne à Dieu,
qui l'a donnée, et lui assure une durée im-
mortelle. La parole du Tout-Puissant, en
créant les esprits, les a affranchis de la loi
S générale, qui condamne à finir tout ce qui a
(lé commencé. Ils doivent l'immutabilité de
leur existence à la volonté de Dieu, qui leur
en renouvellera la sanction dans le moment
terrible où ils verront les corps célestes se
disr^oudre et s'anéantir, le spectacle magni-
fique de la nature s'évanouir comme une
ombre, et le temps, qui avait fait nattre el
périr toutes les choses mortelles, être ab?
sorbe dans l'abtme de l'éternité (63il). 9.
Dans l'ordre des choses naturelles, la moit
est nécessaire, puisqu'elle limite l'extrême
(65Î) T. n, p. 248,
(635) Eccle. xit, 7«,
(654) Bartbez, Science de thomme, t II, p. 539.
«6S
MOR
UiOTlOiNNAlRË
MOR
951
fécondité de la natnre, qu'elle entretient et
renouTelie la vie. Cela étant, il devait entrer
dans le plan des lois provideiHiellesde rendre
à ses créatures doux et fiicile à supporter le
passage de Tétat de vie à celui de mort. Ce
f)assage peut être, en effet, considéré comme
a fonction dernière des êtres organisés. Hal-
1er et Barthez affirment que Tidée de la mort
n'affecte point ceux qui en approchent au-
tant que le croient le commun des hommes..
Les annales de la science ont conservé sur
ce point les témoignages authentiques de
quelques grands hommes qui ont eu assez de
calme et de liberté pour analyser leurs der-
nières sensations dans le moment suprême.
François Suarez, jésuite célèbre, qui mourut
à Lisbonne en 1617, dit, peu avant d'expi-
rer : Non putabam tam dulce^ tam suave esse
mori : Je ne pensais pas qu'il fût si doux et
si agréable de mourir. M. Simmons, dans
la Vie qu'il a donnée du célèbre William
Hunter, rapporte que ce dernier, étant près
d'expirer, dit à son ami, M. Combe : « Si j'a-
vais assez de force pour tenir ma plume,
t'écrirais combien il est facile (easy) et agréa-
le de mourir. » La mort n'est la terreur des
terreurs que pour l'homme pervers dont l'a-
Sonie est troublée, parce qu elle est le terme
'une existence toute de désordres moraux
et physiologiques : à lui une assistance toute
particulière pour dissiper l'épouvante du
tombeau.
Un des auteurs cités précédemiuent a re-
marqué, avec raison, que les institutions hu-
maines ont corrompu, pour les hommes,
jusqu'au bonheur de mourir (635). Le mo-
ment de Quitter la vie commence-t-il à s'ap-
procher, l'intelligence présente en foule aux
sentiments, et surtout à l'imagination^ tous
les objets de jouissance qui ont rendu la vie
si douce à ces moribonds, il est dur pour une
mère de famille de voir finir ses jours quand
elle laisse des enfants en bas flge ; il est dur
de mourir pour l'artiste, pour 1 homme poli-
tique, qui laissent des œuvres inachevées : à
ceax-là les secours religieux pour éloigner
le désespoir.
On pense généralement dans la société que
rintelligence s'affaiblit aux approches de la
mort. Les incrédules surtout, s*appuyant sur
ce fait, bien gratuitement supposé, imputent
à la faiblesse intellectuelle des mourants
leurs insistances pour obtenir l'intervention
du prêtre. Cette supposition se montre dans
toute sa force lorsqu'il s'agit d'agonisants il-
lustres, qui ont été durant leur vie les ad-
versaires des croyances chrétiennes. La phy-
siologie, cependant, n'enseigne point à con-
sidérer ainsi les choses. Voici ce qu'elle de-
montre. Il existe réellement deux sortes
d'agonies : l'une sans délire (le mot agonie,
qui implique l'idée de perte de conscience,
est donc impropre à la rigueur). Les agoni-
sants en délire ne pouvant rien réclamer, ce
n'est pas à eux que s'adresse la supposition
dont nous venons de parler. Mais dans l'a-
gonie sans délire, on peut très-légitimement
rendre responsables de leurs actes les indi-
vidus qui succombent en accomplissant lenrs
devoirs de chrétiens; non-seulement leur
intellect n'est point engourdi, mais il a mèoie
plus d'activité. Ainsi, lorsque le cenreau
ne meurt qu'au bout d'un certain temps,
après que la mort a pénétré dans d'autres
parties du corps, n'étant point alors frappé
aussi directement par la dissolution , ou j
participant plus tard, l'action de cet organe,
augmentée même par son isolement, peut
faire que les forces intellectuelles de l'âme,
par une correspondance harmonique, soient
singulièrement excitées, et s'élèvent au plus
haut degré. Certains hommes, aux approches
de la mort, ont une élévation d'idées et une
éloquence qu'ils n'avaient jamais eues aupa-
ravant. Avant la mort, dit Haller, il n'est pas
rare de voir les moribonds recouvrer la mé-
moire, la régularité de l'intelligence, qu'une
lon|$ue maladie leur avait fait perdre (636).
Qui n'a remarqué, au trépas de personnes
chères, la netteté de vues, l'ordre et la clarté
des souvenirs, la saine appréciation des cho-
ses passées, présidant à l'exécution de leurs
dernières volontés?
Que de monarques, inhabiles durant leur
vie à soutenir le fardeau d'un grand empire,
ont légué de lumineux conseils à leurs suc-
cesseurs au moment même où la mort allait
les en décharger !
Donc, il est vrai de penser que ces con^
versions subites à l'article de la mort, qui
font l'étonnement du monde et en même
temps la joie de l'Eglise, loin d'être fondées
sur l'imbécillité cérébrale, sont, au contraire,
la dernière et sublime lueur d'une intelli-
gence épurée, dégagée des étreintes de l'er-
reur, et plus libre dans ses déterminations.
Donc il ne faut point se hâter de dire : « Cet
homme est devenu stupide, » en apprenait
^635) Barthez, Science de l'homme^ t. II.
(636) Ante mortem non rarum est convalescere miseras
etmenu>riam recuperaresanamque mentem,forteetexea
debililate quœ in universa machina invalescit, (Hall..
Et. phys, corp, hum, t. V, p. 568.) A la fin de son grand
ouvrage, ce physiologiste revient sur ce sujet, qui
parait vivement Tintéresser. Il commence par dire
qua son expérience des mourants est immense ; que
les devoirs de sa charse Font obligé souvent d'as-
sister à des agonies. {Stortem siepe in animalibus $œpe
in hominibus sum conlemplatus quibus officium me
jubebat assidere^ t. VllI, p. 123.) Voici Tanalysc qu^il
donne de Tagonie : < La parole devient de plus en
Ïilus embarcasscc; la l<He ne pfiut plus se soutenir;
es main^ uc pr*uv«.'!iî plus snivrc l^^s commande-
ments de rame ; enfin Tesprit (mens) ne donne plus
aucun signe de son empire, non nas parce qu'il k
sent rien, car c'est la dernière (acuité qui périsse
(ultimu$ enim sensus amittilur), mais bien parce ({^
la perte des mouvements le met dans Timpuissaott
d'exprimer sa pensée... Et c'est alors que te corps
court vers la destruction (tu putredinem mit), Nc<u
rendons notre âme à Dieu, qui seul a statué sur oo>
tre mort. Très-souvent il m'a été donné de sur-
prendre sur les traits des mourants illominéi d^uoe
douce joie (non sine blando subrisu)^ l'expression de
l'espérance la plus vraie. Une mort semblable (^
vramicMt le dernier et le plus puissant désir ^ty
homme sage. » (Loc. ctf., lii.)
937
MOR
D'A!«THR0]HHX)€1E.
MOU
qu^on anseor illastre, qui avait afilieé le
taonde catholique par ses écrits, a inondé des
larmes de son repentir, à son heure dernière,
le signe de la rédemption. Les voies de Dieu
sont impénétrables , sa miséricorde e&t infi-
nie. L nooune fragile est détourné à diaaue
instant, dans la plénitude de la vie, du cne-
min de la vérité. Le Juge suprême attend,
dans un moment propice, une manifesca-
tion spontanée et libre de la conscience. Le
moment d'après ces brillantes lueurs d'in-
telligence doit être celui de lagonie. Et
lorsqu'on songe à la ^ande fréuuence de ces
derniers actes de foi chez les hommes qui
ont donné tant de preuves de la plus remar-
«juable intelligence, lorsqu'on les voit saisis
au salutaire désir de brûler sur l'autel du
vrai Dieu le fruit de leur génie égaré et de
leur orgueil, on admire cette secrète justice
de la Providence, qui offre une chauce de
salut de plus k fia créature qui a ennobli son
principe pensant par le travail. Les conver-
gions a l'article de la mort , quoique très-
fréquentes chez les criminels, les libertins,
«liez tous ceux qui ont usé leurs forces mo-
rales et physiologiques, sont moins sponta-
nées que chez les penseurs.
Le phénomène physiologique de la mort ,
qxii nous présente ainsi le principe moral de
l'homme subsistant dans toute son énergie
au milieu de l'organisme eu ruines, servira à
nous initier aux rapports du physique et du
moral. Voy. Moral. (637).
Les soins qu'apportent les peuples à la sé-
pulture de leurs corps n'est point une chose
indifférente. Le respect dont ils entourent
leurs dépouilles est un hommage qu'ils ren-
dent à leur individualilé: c'est, en quelr«ne
sorte, le signe de l'idée qu'ils se font de leur
f>ropre dignité, et la formule symbolique pfr
aquelle us traduisent leurs saintes aspira-
tions à l'immoFtalité : c'est du moins ce que
Tbistoire nous apprend d'une manière assez
explicite. Sous 1 empire du polythéisme, re-
ligion qui se confondait par bien des points
avec le panthéisme, les corps étaient soumis
à la combustion ; et dans l'idée des peuples,
rame du défunt s'exhalait de cette cendre
pmur se réunir à l'âme universelle. Cette
pratique funéraire est en usage dans une
grande partie de l'Orient. Les £g>'ptiens
seuls, parmi les peuples de l'antiquité, nous
montrent un respect prodigieux pour le dé-
bris organique de la créature humaine. De
(657) c Ao délire même des agonisants saccéde
qDelqoefols la ulus grande netteté dans Peiercice de
rîttCelligeDoe.' La concentration du cerveau cessait t
\orsip»e la gangrène survient à Porgane le pkks af-
r-cte, les forces sensîUves d^autres parties du corps,
dégagées des liens de la sympathie de ces organes,
repreaneat plus d*activit^ dans leur distribution i
ce!» parties, et Tétat naturel des organes de Fintel-
licence peut être alors ainsi rétabli, i (Bakthcx,
ScUnee de tkQmme, t. Il, p. 330.)
Toîci qui est encore plus formel : c U est presque
dp régie générale <fue les bommes plongés depuis
longues années daus la mélancolie, la manie et la
fureur, reriennent pleinement à eux dans les dPT-
iiiert^périoicsde leurexislencf». i (Rlrdach, Traité
même qu'en tant que peuple ils avaient
Toulu survivre aux autres peuples par leurs
gigantesques monuments, chez eux les indi-
vidus ont également voulu se survivre. Tou-
tes les castes, celle des esclaves comme celle
des prêtres, prétendaient aux honneurs de
Temoaumement, et voulaient que leurs corps,
soi;^neusement abrités par des bandelettes ,
fussent défendus des atteintes de la corrup-
tion et ne demeurassent pas confondus avec
les éléments du monde. La religion chré-
tienne, sans entrer dans tous les détails mi-
nutieux de ce luxe funèbre, vénère dans la
dépouille terrestre, et d'une manière bien
touchante, ce qui fut le tabernacle de Tes-
priî (638). Elle répand sur elle ses prières
célestes, dont bien peu d'hommes ne sont
pas jaloux. Et Ton sait que les premiers
chrétiens, alors qu'ils étaient traqués comme
des bètes fauves, rangeaient au nombre de
leurs plus strictes obligations celle d'enseve-
lir les morts. Ce culte des tombeaux est une
belle chose dans Tordre social, parce ou'il se
fonde sur la religion et sur Timmortalité da
l'âme, dont les dogmes font vivre les nations.
MORTALITÉ ANNUELLE des divers pays.
Voy, Races hlmai^ces.
MOUFLON. Voy. Mouton.
MOUTON.— C'est un des animaux les plus
importants pour l'homme, parce qu'il lui four-
nit à la fois des vêtements et une nourriture.
Deux animaux divers ont été indiqués
comme étant le mouton sauvage, ce sont le
mouflon et Yargali^ qui, suivant Pallas, sont
de simples variétés de la même espèce (639).
Le mouflon se trouve en Sardaigne et dans
le nord de l'Afrique, peut-être se trouve-t-il
aussi dans d'autres régions montueuses de
l'Europe méridionale (6i0). Les anciens con-
nurent très-bien cet animal, ils le nommaient
intMtmofi ou musmony mot qui sans doute est
le même que muflon. Pline et Strabon (641)
en donnent une description fort exacte ; le
premier lui assigne pour patrie TEspagne
et la Corse, et le second la Sardaigne. « Ba^is
la relation de mon voyage en Portugal , dit
Link , j'ai parlé d'un animal connu dans le
pays sous le nom de chèvre sauvage (642).
On le trouve en assez grand nombre dans
les montâmes rocheuses et déchirées de la
Sierra de Gérez, dans le nord du Portugal ;
on lui donne souvent la chasse à cause de
la bonne qualité de sa chair. J'ai rapporté
une peau qui est empaillée et conservée
(638) Ne sttcezrwmt vas, dit le srand Apétre, que
toire corps est U temple du Saint-Esprit, mCU est en
vous , et aue tous Votes reçu de Dieu ( / Cor. vf ,
19). Et ailleors ; Le corps, comme une umenu, est
mis en terre dans la eorrupUon, et il ressuscitera îr-
eorruptible. Il est semé dans tignominie, et il reuus-
citera dans la gloire; il est semé dans la faiblesse, et
il ressuscitera dans la fora,
(659) Linné les avait confondus sons le nom
dVrû Ammon,
(610) Vog. Celti, Satnrgesekichte von Sardinien
ubers; Ldpzig, 1785, th. I, s. 142.
(641) Hist, nat., L ^iii, c. 49; Strab., Qtogr.,
1. V, p. i25. Cas.
(61i) B. i, s. 9i,9o,
C59
lîOU
DlCTIONNAmE
MOtJ
m
dans le musée de zoologie de Berlin. Feu II-
liger donnait à cet animal le nom de capra
œgagrus (chèvre sauvage). Mais les cornes
du mouflon ne sont point pareilles à celles
de la chèvre sauvage ; il leur manque Ta-
lôte vive de ces dernières , c'est-à-dire
que leurs arêtes sont presque émoussées et
qu^elles sont presque triangulaires, leur sur-
face est un peu concave, comme chez le bé-
lier. Cet animal est donc très-voisin du
mouflon» par sa forme, par ses poils courts,
son dos rayé de noir ; mais les cornes ne
sont point contournées en spirales, elles
sont droites , courbées inférieurement en
arrière et beaucoup plus petites ; mais l'in-
dividu était jeune, et peut-être que dans un
Âge plus avancé les cornes deviennent plus
grandes et contournées en spirales. Les Por-
tugais habitants des montagnes nous affir-
mèrent que Tœgagre mftle portait de la
barbe, mais on ne peut se fier à cette asser-
tion. » C'est donc une question encore in-
décise si cet animal et le mouflon ne for-
ment qu'une seule espèce, ou bien s'ils en
constituent deux ; s'il appartient au genre
chèvre ou bien au genre mouton? Cette
chèvre sauvage se distingue du bouquetin
{)ar ses cornes, qui sont petites, quadrangu-
aires, à angle obtus. Le mouflon pas plus
que les espèces voisines ne parait être la
souche sauvage du mouton ; son pelage n'a
pas la moindre apparence laineuse, sa queue
est courte et tronquée ; il a la forme déga-
gée du chevreuil, et si l'état de domesticité
a pu changer le poil en laine, nous ne voyons
pas qu'il ait amené le prolongement de la
queue. Les animaux sauvages ont le corps
plus gros que les animaux domestiques,
mais le corps élancé du chevreuil ne peut
{'amais devenir le corps épais et ramassé du
)élier. Le mouflon peut s'accoupler avec la
brebis et donner des métis. Les produits de
ce croisement étaient déjà connus des an-
ciens sous le nom de umoer^ l'accouplement
d'un umber avec un individu de la souche
primitive n'est point stérile. Mais Cetti ne
cite point d'observations qui établissent que
l'accouplement des umber entre eux ait été
fécond.
Pallas (6i3) donne une très-bonne des-
cription de J'argali , qu'il regarde comme
appartenant à la même espèce que le mou-
flon, mais il en diffère par la forme et par la
couleur : l'argali devient beaucoup plus
épais que le mouflon, de telle sorte qu'il at-
teint q^uelquefois un poids de 300 livres, et
ce qui surtout est un caractère essentiel,
c'est que la femelle de Tar^ali a des cornes
qui ne diffèrent de celles du mâle que parce
qu'elles sont plus petites , tandis que la
femelle du mouflon n'en porte jamais ; d'où
Cetti conclut avec assez de raison, comme le
fait aussi Alzélius, que Targali et le mouflon
appartiennent à deux espèces différentes.
Lun et Vautre se distinguent du mouton
par l'absence de la queue. Il y a probable-
inent encore dans l'Asie et dans l'Afrique
(643) Nov. act. VpsaL, v, 7, p. 211 el suiv.
plusieurs espèces sauvages de ces aDiuiaax
Spe des observations plus attentives nous
eront connaître par la suite.
On peut en compter jusqu'à six espèces !
1* Le mouton d'Europe, dont la toison varia-
ble pour la finesse est mêlée de poib plus
ou moins durs. 2* Le mouton dont les cor-
nes sont contournées en spirale , du sud et
de l'est de l'Europe ; le mouton à longue
cpieue, qui parait en être une sous-espèee.
3* Le mouton à grosse queue , ou chez )^
quel cette partie a des dispositions pour at-
tirer à elle la graisse ; on en compte diverses
variétés : par exemple, le mouton kirguise,
dont la queue est large ; le mouton de
Bukarie , dans la laine duquel sont des
poils longs et soyeux; le mouton du Cap,
avec une longue queue chargée de graisse.
k' Le mouton de Guinée , qui a les jambes
élevées et du [ioil en place de laine. 5' Le
mouton du Thibet, oui a des poils longs et
soyeux, et qui ne diffère de la chèvre que
I)ar l'absence de la barbe. 6** Le mouton de
a Tbébaïde qui a de longs poils soyeux brun-
rougeâtre et une queue courte. Toutes ces
espèces sont à l'état domestique, on ne les
connaît point à l'état sauvage. Aucune des
espèces sauvages connues n'a de laine, il
n'est donc point probable qu'elles aient été
la source des espèces lanigères. Nous ne
savons du mouflon des montagnes de TAfrl-
aue septentrionale que ce qu'en -a écrit
eoffroy Saint - Uil aire ; il porte un poil
mou rouçe, blanc vers la pointe avec une
longue crinière, de sorte que c'est Tanimal
qui se rapproche leplus du mouton, quoique
pourtant de loin.
MOUVEMENTS. — L'homme , considéré
dans ses rapports avec les objets qui Tenvi-
ronnent, a pour but, en se déterminant, de
s'éloiçner de ceux qui pourraient lui nuire, et
d'atteindre , au contraire , ceur qui doivent
lui être utiles, pour les saisir et les modi-
fier ensuite selon ses besoins. Mais, dans ces
deux circonstances, il faut qu'il se me^rt,
qu'il déplace, en totalité ou en partie, si
substance matérielle. Ce mouvement, ce dé-
placement, soit général, soit partiel, est dose
alors, en dernière analjrse, l'obiet de ses M-
terminations. L'appareil de ces deux sortes (ie
locomotions est le même que celui des gestes
et des attitudes; les membres abdominaui
et les membres thoraciq[ues en sont les
agents, et l'on observe, soit dans leur struc-
ture, soit dans leurs mouvements, les même^
harmonies que nous avons signalées en par-
lant de ces lonctions expressives. Ainsi, Itj
membres abdominaux , qui sont destinés â
supporter tout le reste de rorganisaii<y
dans les divers déplacements d'ensemble,
sont moins mobiles, çt offrent plus de soli-
dité dans leurs articulations que les meni-
bres thoraciques qui doivent saisir les con^^,
et qui, à cause de cela, peuvent exercer de»
mouvements plus étendus.
Ainsi une foule d'agents musculaires cob-
courent synergiquement à chaque mouTt-
9^i
MOU
D ANTHROPOLOGIE.
MOU
<SvS
Tement .particulier, et se trourent en harmo*
nie, soit entre eux, soit par leurs attaches,
leur direction, leur structure, leur puis-
sance, etc., avec le mode d'articulation, la
iwiDîTueur, la forme, etc., des leviers osseux
quTls doivent mouvoir.
Les mouvements d*ensemble que Thomme
f Tovoque et dirige pour se déplacer sont de
l-iusieurs sortes. Tantôt il s*é)oigne ou s'ap-
proche avec plus ou moins de lenteur ou de
.rapidité des objets qu'il veut fuir ou attein-
Are^ et il marche ou il court. TantAt il ren-
contre dans sa marche ou dans sa course un
obstacle qn'U peut franchir, et alors il saute.
D'autres fois Tobjet qu'il veut saisir se trouve
à une hauteur inaccessible par les mouve-
ments ordinaires, ou bien celui qu'il veut
<^' viter ne lui laisse d'autre refuge qu'un lieu
ftlns ou moins élevé, et qu'il ne peut attein-
«Ire par ces mêmes mouvements, et alors il
grimpe. Dans d'autres cas, il a à pénétrer à
travers des ouvertures qui peuvent k peine
lui livrer passage, à se dérober, en se aépla-
çant, à des regards ennemis, à se mouvoir
malgré de ^aves blessures qui rendent sa
station verticale impossible, et il faut qu'il se
traîne, qu'il rampe. Enfin, il est des circon-
stances qui exigent qu'il traverse des eaux
dont la profondeur l'emporte plus ou moins
sur sa stature, et alors il est obligé de nager,
Ainsi donc la marche^ la course^ le taut^ le
grimper, \a reptation ^ la nage, forment les
mouvements généraux qu'exerce l'appareil
locomoteur de l'homme.
Mais chacun de ces mouvements est pré-
cédé par la station verticale, attitude qui en
est.» pour ainsi dire, le ix)int de départ, et
par conséquent dont nous devons d*al)ord
exposer le mécanisme.
Lfjrsque l'homme est debout sur ses deux
pieds, de^manière que la surface plantaire
appuie sur le sol qui le supporte, les deux
re'suUantei, représentant la ligne de gravité
<|ui passe entre le sacrum et le pubis, suivent
1 axe des membres abdominaux, et aboutis-
sentau point delà surlace plantaire qui cor-
respond au centre de l'articulation de la
jambe avec le pied. Mais comme le corps
tend toujours à se porter en avant, k cause
de la situation de la tête , dont l'articulation
est en arrière de son centre de gravité, et de
celle des viscères thoraciques et abdominaux,
oui pèsent sur le devant un tronc, cette snr-
Kice plantaire se prolonge antérieurement,
agrandit dans ce sens la base de sustenta-
tion, et forme une espèce d'arc4K>utant qui
s'oppose à la chute f6&4).
La station verticale est maintenue par un
grand nombre de muscles. Ce sont les exten-
seurs de la tète et du tronc qui les empêchent
fie s'incliner en avant; ceux des membres
abdominaux qui forment de ces parties deux
colonnes verticales inflexibles; les muscles
qui s'attachent d'une part sur les côtés du
i*assin, et de l'autre part sur les parties infé-
rîeares et latérales des parois tnoraciques,
et s'opposent à ce que la ligne de gravité
tombe , de l'un ou de Tautre cAté, au delà
de la base de sustentation ; ce sont enfin tous
les muscles fléchisseurs des membres, dont
l'action, combinée avec celle des exten-
seurs, rapproche les extrémités articulaires
les unes des autres, et les maintient forte-
ment réunies pour la solidité de la station.
La station verticale est favorisée par le peu
de flexibilité de la colonne vertébrale, qui
est par là moins susceptible de déviation ;
par les courbures qu'elle oflre en sens op-
Îosé et la largeur de sa base, qui fournissent
la ligne de gravité un plus grand espace à
parcourir sans produire la chute; par la
saillie des apophyses épineuses des vertè-
bres, qui forment autant de leviers très-pro-
pres k augmenter la puissance des muscles
extenseurs du tronc; par la largeur du bas-
sin et l'écartement des fémurs, qui donnent
k la base de sustentation une grande éten-
due; par la rotule, qui, en rendant oblique
la direction des muscles de la partie anté-
rieure de la cuisse, donne k leur action plus
d'intensité dans l'extension de la jambe; pstr
la saillie du calcanéum, qui rend plus puis-
sante la contraction des muscles jumeaux et
soléaires, destinés k s'opposer a la flexion
de Tarticulation tibio-astra^alienne ; par la
longueur et la largeur du pied; enfin par le
nombre des parties qui forment les colonnes
osseuses destinées k soutenir le tronc, par
les cavités dont elles sont creusées, et par la
largeur de leurs surfaces articulaires ; choses
qui concourent k donner plus de force aux
os dont elles sont composées, et plus de soli-
dité k leurs articulations.
Cependant, malgré cette organisation, que
Thomme possède seul parmi tous les êtres
animés, et qui démontre évidemment que la
station verticale lui est naturelle et est un
de ses attributs, on a avancé qu'il était des-
tiné k marcher k quatre pattes comme les
brutes, et que ce n'était que par l'efletde
l'éducation qu'il se redressait, se soutenait
et se mouvait sur ses deux pieds. Mais on
n a pas réfléchi qu'en supposant que l'édu-
cation est le principe de la station verticale,
il faut nécessairement admettre aussi que
celui qui l'a donnée le premier n'a pu la
recevoir, que par conséquent ce serait de
lui-même qu*il serait parvenu k marcher de-
l)Out, et qu*i] aurait ainsi contrarié, changé sa
propre nature, ce qui est impossible, car il
aurait fallu pour cela qu'il modifiât aussi
son organisation.
En efîiet, cette organisation prouve oue
l'homme ne pourrait se déplacer habituelle-
ment en s'appvi.yaiil sur ses quatre membres.
D'abord il manque de ligament cervical pos-
térieur, ligament qui existe dans tous les
animaux vertébrés, et qui est destiné k sou-
tenir le poids de la tête, ce que ne pourraient
faire seuls les muscles extenseurs de cette
région. En second lieu, dans cette situation,
les yeux seraient dirigés vers la terre, et il
ne pourrait, sans de grands efforts, voir les
objets situés devant lui; les narines se trou-
(644) La dinte a lîeo lorsque la ligne de gravité tombe to delà de cette Inse.
M5
HOG
DICTIONNAIRE
Êiot
Kl
reraient parallèles à l'axe du tronc, et par
conséquent dans une position peu favorable
pour recevoir l'impression des émanations
odorantes. En troisième lieu, les membres
thoraciquesy qui sont très-écartés l'un de
l'autre» et dont les articuljftions ont une
grande mobilité, rendraient la progression
difficile et n'offriraient point au corps un
solide appui. D'un autre côîé, l'organe du
toucher, épaissi, durci par un frottement
continuel, serait impropre à transmettre les
impressions tactiles. Des inconvénients non
moins graves naîtraient des dimensions et
de la structure des membres abdominaux ,
beaucoup plus longs gue les thoraciques;
outre qu ils s'opposeraient à la promptitude
des mouvements, l'axe du corps, dans la
progression comme dans la station, se trou-
verait incliné en avant, le cerveau s'engor-
gerait, et la locomotion deviendrait extrê-
mement pénible, sinon impossible; cela est
si vrai que, lorsque l'on veut marcher à
quatre pattes, on est obligé, pour le faire
avec facilité, de prendre ses points d'appui
postérieurs sur \es genoux, pour diminuer
la longueur des membres abdominaux. De
{)lus, le tarse, n'ayant pas, à beaucoup près,
a longueur qu'if a chez les animaux, s'ar-
ticulant d'une part è angle droit avec le
tibia, et d'une autre part, se trouvant dans la
même direction que le métatarse, il s'ensui-
vrait nécessairement que le pied n'appuierait
sur le sol que par son extémité, et par con-
séquent d une manière peu solide, et que,
d'ailleurs, comme tout le corps reposerait
sur cette extrémité, composée d'os très-mo-
biles, la locomotion serait excessivement
pénible, douloureuse, et finirait bientôt par
ne plus pouvoir s'exercer.
Mais c est trop insister à réfuter une opi-
nion dont Tabsurdité est si évidente. Consi-
dérons les variétés que présente la station
verticale selon les Agés, les sexes et les in-
dividus.
Dans le premier Age de la vie, cette station
est impossible. Les muscles sont encore trop
faibles pour contrebalancer le poids de la
tête et des viscères abdominaux, qui, à cause
de leur masse proportionnellement plus con-
sidérable que dans l'Age adulte, tendent for-
tement k entraîner le corps en avant; la
colonne vertébrale est très-flexible, ses cour-
bures n'existent point encore, ses apophyses
épineuses sont à peine sensibles; le bassin
est étroit, coupé obliquement de haut en
bas et d'avant en arrière, et ne peut soutenir
les viscères digestifs, qui agissent de tout
leur poids sur le devant du corps ; les fémurs
sont peu écartés l'un de l'autre, les rotules
ont très-peu de saillie, et les dimensions des
pieds ne sont point proi»orlionnées à celles
de la tète et du tronc. Aussi l'enfant, à cet
Age, ne peut-il se tenir debout, et lorsqu'on
(645) Selon M. Glrou de Buzareinffue ( Journ. de
phyiique de Magendie, t. YllI, p. 309 ) , le cervelet
agit, dans la station, en transmeUant Timpression
de la résistance du sol, et en donnant lieu à la cons-
cience des mouvements que Ton exécute. G*est
le laisse livré k lui-même, et qu'il veut se
mouvoir, il s'appuie toujours sur ses quatre
membres.
Plus tard la station verticale peut aToir
lieu, mais elle se montre encore pénible,
les causes qui la rendaient impossible aupara-
vant n'ajant pas entièrement disparu.
Aussi les chutes d'arrière en avant sont-elles
fréquentes. Mais peu k peu le système mus-
culaire se fortine , la colonne vertébrale
f>rend de la consistance, ses courbures se
brmenty les apophyses épineuses se déve-
loppent, le bassin acquiert de i'étendaeet
f)erd de son obliquité, les fémurs s'éoartent,
a rotule prend de l'épaisseur, le calcan'iim
de la proéminence, les pieds croissent en
longueur et en largeur, et la station verti-
cale devient facile.
Dans la vieillesse, où le système mascu*
laire perd de son énergie, la colonne verté-
brale se courbe en avant, tout le corps s'in-
cHne dans cette direction, et la station ler-
ticale serait impossible si les cuisses ne se
fléchissaient pour recevoir et transmettre la
li^ne de gravité dans l'espace que circoDS-
crivent les pieds, ou même, lorsque la copr-
burô vertébrale est très-considérable, si l'on
n'empruntait le secours d'un appui étranger,
qui vient donner à la base de sustentation
une plus grande étendue.
Dans la femme la station verticale est pé-
nible et moins solide que dans l'homme par
le peu de développement du calcanéum, de
la rotule et des apophyses épineuses des ver-
tèbres, et à cause de l'obliquité des fémurs,
de la largeur moindre de la base de sustenta-
tion et de l'énergie moins considérable da
système musculaire. De là vient qu'elle ne
peut la soutenir aussi longtemps que rbom-
me, et que la chute a lieu chez elle plus fré-
quemment. *
Dans les divers individus elle a plus ou
moins de solidité selon la force des muscles,
les courbures plus ou moins prononcées de
la colonne vertébrale, la saillie plus on
moins grande de ses apophyses épineuses
les dimensions du bassin, recartementplus
ou moins considérable des fémurs, le dére-
loppement plus ou moins marqué du calca-
néumetdelarotule,etenfinselon la longueur
et la largeur des pieds. Ceux qui ont Tabdo-
men très-volumineux sont plus exposés à faire
des chutes en avant que les individus d'une
organisation opposée, à cause du poids des
viscères de cette cavité, qui tend sans cesse
k les entraîner dans cette direction ; aussi
sont-ils forcés de contracter fortement les
muscles exlenseurs du dos, ce qui rend leur
corps plus ou moins courbé en arrière, u
femme, dans l'étal de grossesse, offre w
môme disposition.
Tels sont le mécanisme et les princnales
variétés de la station verticale (t>45). Lors-
ainsi, selon lui, qu'il est Fag^nt d'éqailibwl'wn dus
les mojuvements. S*il est lééé, comme dans l'ivres^
se, etc., il n'y a plus de transmission; l«* "JJJjT
ments exécutés ne sont plus connus ; il r«8^^
rindécision dans ceux à produire ; de là, le catf*
HOU
D'ANTHROPOLOGIE.
HOU
966
qu elle a lieu sur un seul pied elle est tou-
jours pénible, Tacillante, k cause du peu de
largeur de la base de sustentation et de la
dimculté que l'on éprouve par défaut d'ha-
bitudot à y amener la ligne de gravité, et de
plus parce que les muscles, se contractant
violemment pour conserver Téquilibre, s'é-
puisent bientôt, et n'exercent plus que des
mouvements faibles et fréquemment inter-
rompus. Mais elle acquiert une plus grande
soiiciité par Técartement des pieds en avant
eu sur les côtés, selon que nous voulons ré-
sister k une puissance motrice qui agit sur
nous d'avant en arrière, d'arrière en avant,
ou dans une direction latérale.
La station verticale peut aussi s^effectuer
sur les genoux. Mais alors, comme la base
de sustentation e^t nulle en avant, les mus-
cles extenseurs du tronc se trouvent dans
une contraction forcée et permanente i)our
l'empêcher de tomber dans cette direction;
ce qui rend cette situation très -pénible.
Aussi portons-nous de temps en temps en
arrière l'extrémité inférieure du tronc, afin
de diriger la ligne de gravité sur le milieu
des jambes, ou sommes-nous forcés d'avoir
recours k un appui étranger.
Dans la station verticale sur le bassin,
comme lorsque l'on est assis, la base de sus-
tentation est lai^e, le levier sur lequel agis-
sent la tête et les viscères tboraciqûes et ab-
dominaux se trouve réduit à la colonne ver-
tébrale, et a par conséquent perdu près de
la moitié de sa longueur : ce qui fait aue les
extenseurs du tronc ont peu d efforts a faire
pour le maintenir dans sa rectitude; efforts
qui deviennent nuls si Ton donne au dos un
point d'appui.
La station verticale entre comme élément
dans plusieurs de nos mouvements progres-
sifs.
La marche n*est que cette station a^ant
lieu alternativement sur l'un etlautre pied,
en même temps que le corps se déplace par
le mécanisme que nous allons exposer:
Dans ce mouvement de déplacement, le
poids du corps est d*abord porté sur un des
membres, le droit par exemple, ensuite la
jambe du membre gauche se fléchit légère-
ment sur la cuisse, et celle-ci sur le bassin,
pour rendre ce membre plus court, et éviter
par Ik de rencontrer le sol dans sa projec-
tion en avant; après quoi il est porté dans
cette direction, et les extenseurs lui font re-
prendre sa longueur naturelle. En même
temj>s les extenseurs du pied du membre
droit ajgissent sur cette partie comme sur
un IcYier du deuxième genre, dont le poiiit
d'appui est la pointe du pied ; le point d*ac-
tion de la puissance, le calcanéum, et celui
de la résistance, l'articulation tibio-astraga-
lienne. Le corps est ainsi soulevé et porté
par un mouvement oblique, k cause de Té-
cartement des fémurs, sur le membre gau-
che, qui alors atteint le sol. Le droit se flé-
chît à son tour, se porte en avant, reçoit le
poids du corps que lui transmet le gauche,
et la marche s'effectue.
Lorsque la marche est rapide, les bras, *
qui se meuvent en sens inverse des mem-i
bres inférieurs, font l'office de balanciers,
corrigent les vacillations latérales et main-
tiennent le corps en équilibre.
La longueur de l'espace parcouru k cha-
que mouvement des membres, ou le pas^ est
pro|^K)rtionnée k leur de^é d'écartement.
La vitesse et la facilité de la marche dépen-
dent de la rapidité des contractions muscu-
laires qui la déterminent, et de la saillie
plus, ou moins considérable du calcanéum.
Sa durée possible est subordonnée k la force
contractile des muscles et k leur masse, qui
les rendent capables d'agir pendant un temps
plus ou moins long.
Un phénomène digne de remarque dans
la marche, c'est son obliquité. En effet, nous
ne marchons pas droit, et lorsque nous vou-
lons nous déplacer en ligne droite, nous
sommes forcés de ne point perdre de vue
l'objet qui nous guide, pour régler sur loi
nos mouvements. Cette déviation a lieu or-
dinairement k gauche, et son mécanisme est
facile k concevoir. Dans la- marche, le trcmc
est, comme nous l'avons dit, porté alternati-
vement sur Tun et l'autre membre, de telle
sorte qu'il est mu selon des lignes obliques
les unes aux autres, ou disposées en zis-
zags. O7, les puissances musculaires ou
membre abdominal droit l'emportent ordi-
nairement sur celles du membre gauche; il
s'ensuit que les lignes que parcourt le
tronc, transporté sur celui-ci par le premier,
sont les plus longues, que le pas gauche est
plus grand que le droit, et que par consé-
3uent noire mouvement de progression se
irige involontairement k gauche.
Cela devient très-sensible lorsque, nous
trouvantdans l'obscurité, nous marchons pour
nous approcher d'un objet dont le lieu nous
est connu, mais vers lequel rien ne nous
guide. Lorsque nous avons parcouru l'inter-
valle qui nous en séparait, nous nous trou-
vons toujours déviés k gauche, et k une dis-
tance plus ou moins éloignée de l'otyet.
L'obliquité de la progression est d'autant
plus considérable, et exige d'autant plus
d'efforts pour être corrigée, qu'un des mem-
bres est plus faible que l'autre. C'est ce qui
fait, en grande partie, que chez ceux qui
boitent du membre gauche, la marche est si
pénible et si pleine d'agitation.
La marche varie selon les âges. Dans l'en-
fance elle est faible, vacillante, par le peu
d'énerçie et l'irrégularité des contractions
musculaires, et par toutes les causes qui
rendent difficile la station verticale. Elle est
souple dans l'adolescence, par la flexibilité
des ligaments articulaires, et la mollesse des
contractions des muscles. Elle est ferme
dans la jeunesse et dans la virilité. Dans la
vieillesse, elle est chancelante, et s'exerce
avec lenteur, par la faiblesse musculaire, la
erflement do corps; de là, comme dans les aoimaox auxquels on Teoléve, rîTrégularité des meavements
ju^u'â la renconu^ du point d'appui.
W1
MOU
DICTIONNAIRE
HOU
roideur des articulations, la cour))ur6 de la
colonne vertébrale en avant, qui exige le
transport du bassin en arrière et la flexion
des cuisses, ce .\ui s'oppose à la facilité des
mouvea»ents.
Dans la femme elle offre une allure parti-
culière, à cause de la largeur du bassin. Cette
largeur nécessite un plus grand mouvement
pour la transmission du poids du corps au
membre qui atteint le sol, d'où résulte un
balancement analogue à celui des canes. De
plus, la femme offre, dans sa marche, une
souplesse, une mollesse de mouvements, un
rir d'abandon qui sont en harmonie avec la
douceur de sh physionomie et de sa voix, et
concourent avec elle à faire naître en nous
les sentiments que, dans l'ordre naturel, elle
doit nous inspirer.
La marche varie dans les divers individus
par sa durée possible, sa facilité, sa rapi-
dité, l'étendue de l'espace parcouru à cha-
que pas, etc., selon que les forces muscu-
laires sont plus ou moins énergiques, les
conditions ae la station verticale plus ou
moins complètes, les articulations plus ou
moins mobiles, et le bassin plus ou moins
étendu ; selon la longueur plus ou moins
considérable des leviers osseux, celle de la
saillie du calcanéum, la vivacité plus ou
moins grande du caractère, et l'énergie des
sentiments pendant lesq^uels on se déplace et
qui exigent la progression.
La marche reçoit quelques modifications
de la nature du plan sur lequel on l'exerce.
Sur un plan horizontal, elle a lieu comme
nous l'avons dit ci-dessus. Lorsque nous
marchons sur un plan incliné ascendant,
nous fléchissons beaucoup plus l'extréraiié
que nous portons en avant que dans la mar-
che horizontale; et tandis que le pied oui
supporte le poids du corps s étend pour 1 é-
lever verticalement, les muscles antérieurs
de la cuisse se contractent, entraînent le
tronc en avant, et portent le centre de gra-
vité sur l'extrémité antérieure (646). C'est
pour faciliter ce mouvementet éviter de trop
grands efforts musculaires, que nous incli-
nons le corps dans cette direction, comme
aussi pour empêcher que la ligne de gravité
ne tombe en arrière et au delà du pied qui
soutient lé corps.
La marche descendante s'exécute par un
mécanisme opposé : ici, le membre que l'on
porte en avant, au lieu d'être fléchi est éten-
du ; celui qui soutient le poids du corps se
trouve au contraire dans la flexion, et ne le
transmet au premier qu'en s'étendant d'une
manière incomplète, afin que la ligne de gra-
vité ne tombe point par une impulsion trop
considérable au delà de la base de sustenta-
tion. C'est encore pour cela que les muscles
extenseurs du tronc se contractent; ils main-
tiennent cette ligne dans la direction verti-
cale; et voilà pourquoi, lorsque la descente
est rapide et prolongée, on ressent de la fa-
tigue dans les reins.
La course n'est qu'une marche précipitée,
et dans laquelle le poids du corps est trans-
mis d'un membre a l'autre, par l'extensioo
rapide de leurs articulations. Ces membres
peuvent être considérés chacun comme une
suite d'arcs, dont l'inférieur appuie sur le sol,
tandis que le supérieur se trouve comprimé
par la partie inférieure du tronc. Or, ces
arcs, qui sont dans un état de flexion, s'éten-
dent brusquement; et comme l'arc infé-
rieur trouve dans le sol un point d'appui
immobile, tout le mouvement se porte à
l'extrémité de l'arc supérieur, et par celle-ci»
au tronc, qui est porté, comme par un mou-
vement de projection, sur le membre qui
s'avance pour atteindre le sol.
Il est a remarquer que, dans la course,
surtout lorsqu'elle s'exerce rapidement, le
corps n'appuie que sur la pointe des pieds,
afin que leur extension soit plus prompte.
En même* temps, la tête et le haut du tronc
sont un peu portés en arrière, pour que la
ligue de gravité ne tombe pas au delà de la
base de sustentation, et que les muscles ins-
Inrateurs, qui agissent vivement afin de fari-
iter dans les poumons la circulation du
sang qu'y précipitent les contractions mus-
culaires des membres, aient un point d'appui
solide dans leurs mouvements ; enfin, les
membres thoraciques font l'office de balan-
ciers, maintiennent l'équilibre, et prévien-
nent les chutes.
Dans l'enfance, la course ne peut élre ni
rapide, ni longtemps prolongée, et les chutes
eu avant sont très-fréquentes. Le peu de
}>roéminence du calcanéum s'oppose à ce
que les muscles jumeaux et soléaires puis-
sent agir fortement dans l'extension du pied;
les muscles des membres inférieurs noal
point encore acquis tout le développement
que la locomotion exige et leurs contrar-
iions ne peuvent être de longue durée; enfin
toutes les causes qui font que le corps a une
tendance à s'incliner en avant, et que nous
avons exposées en parlant de la station rerti-
cale, concourent à porter la ligne de gravité
au delà de la surface du sol circonscrite par
les pieds, dont d'ailleurs les dimensions ne
sont pas encore proportionnées à celles des
parties supérieures. Dans l'âge adulte, tout
concourt a donner à la course la rapidité, la
durée, et la solidité qui lui sont nécessaires.
Le calcanéum, très -développé en arrière,
forme un bras de levier qui favorise singu-
lièrement l'action des muscles du mollet
dans l'extension du pied. Ces mêmes mos-
clés et les extenseurs de la jambe et de la
cuisse ont une grande force contractile, cl
la tendance du corps à se porter en avant est
puissamment contre-balancée par les exten-
seurs du tronc. Mais il n'en est plus de
même dans la vieillesse, où, comme nous
l'avons déjà dit, le corps se courbe, oil les
cuisses sont fléchies sur le bassin, où les
articulations ont perdu leur souplesse, lei
muscles une grande partie de leur contracti-
(046) C*est ce qui fait que lorsque la montée est vous un sentiment de fatigue dams les geaoux, qui
'trop rude ou la marche trop prolongée, nous éprou- sont le point fixe de ces muscles.
m
uou
D*ÂNTHROPOLOGIE.
MOU
970
lité; aussi la course esl-clle ordinairement
étrangère à ce( âge.
Dans la femme ce mode de locomotion est
pénible, à cause des grands mouvements
que nécessite la largeur du bassin dans la
projection du tronc sur le membre qui se
porte en avant. Elle ne peut être rapiae, par
le peu de développement du calcanéum, et
la uiiblesse du système musculaire ; et toutes
ces causes réunies font qu'elle ne peut
s'exercer pendant lon^emps.
Enfin la course varie dans les individus,
selon que les conditions qui la favorisent
existent d'une manière plus ou moins com-
plète, c'est-à-dire selon que le calcanéum est
plus ou moins proéminent, que les leviers
osseux des membres abdominaux sont plus
ou moins longs» que le système musculaire
est plus ou moins développé, que l'abdomen
a puis ou moins de volume, etc. Lorsque le
ventre est très-volumineux, le corps tend
fortement à se porter en avant dans la course,
ce qui nécessite de grands efforts de la part
des muscles extenseurs du tronc, et rend ce
mode de progression très-pénible, très-fati-
gant, et même impossible.
Le mécanisme du taui est analogue à celui
de la course. Il consiste dans l'extension su-
bite et simultanée de toutes les articulations
d'un ou des deux membres inférieurs, selon
qu'il s*exerce sur un seul pied ou sur tous
les deux à la fois, préalablement fléchies,
50n de produire une forte réaction du sol
sur lequel ils agissent, et de déterminer un
grand mouvement de projection.
Le saut peut être vertical ou oblique.
Dans le premier cas, le corps ne fait que
s'élever, et il retombe sur la même (partie du
sol, qui lui servait auparavant de point d'ap-
pui, llans le second cas, il est projeté en
avant, et l'espace qu'il parcourt est d autant
plus considérable, que les articulations ont
été fléchies davantage avan* leur extension,
que le point d'appui est plus solide (6^7), le
calcanéum plus aéveloppé, la force muscu-
laire plus intense, et qu'une course prélimi-
naire a communiqué au corps une plus ou
moins grande quantité de mouvement.
L'homme est quelquefois obligé de grim-
per: et, quoique ses membres ne soient pas
organisés d'une manière favorable à ce mode
de progression, il l'exerce pourtant avec
assez de facilité lorsque les circonstances
Texigent. C'est en saisissant avec ses mains
le corps sur lequel il veut s'élever, et en
contractant fortement les muscles fléchis-
seurs des avant-bras, les pectoraux et le
grrand dorsal , qu'il exerce ce mouvement.
fl prend ensuite, sur ce même cor()s, un
point d'appui avec ses membres abdominaux
u^is dans l'état de flexion ; et, en les éten-
dant, il soulève le tronc, et atteint ainsi un
point d*appui plus élevé, qu'il saisit de
nouveau fiour se mouvoir de même.
Quelquefois aussi il a besoin de ramper sur
(OiT) Lorsqve le poini d^appiii est pen solide,
qii*il esi mocvanl, comme le sable, par ciemple, il
rciSc â raaion de la iiartie inférieure de Parc que
DiCTioxii. d'Artueopologie.
un plan horizontal. 11 exerce ce mouvement
en s'accrochant au sol au moyen de ses mains,
ou en y prenant un i)oint d'appui avec ses
avant-bras portés en avant, et en contractant
ensuite les muscles qui s'attachent d'une
pari à l'humérus, et de lautre aux parois
thoraciques, et qui entraînent le corps dans
cette direction.
La nage^ qui est une sorte de reptation,
forme une locomotion beaucoup plus com-
pliquée et bien moins facile que la précé-
dente ; aussi a-t-on besoin pour l'exercer
d'une plus ou moins longue éducation. Les
muscles qui portent ïà tète en arrière se
contractent fortement pour l'empêcher de
plonser ; les inspirateurs agissent pour rem-
I)lir d'air les poumons ; les constricteurs de
a glotte ferment cette ouverture, afin que
ces oi^anes ne puissent se vider, et qu^ils
diminuent ainsi la pesanteur spécifique du
corps, qui est horizontalement étendu dans
le liquide qui le supporte. Ea même temps,
les membres thoraciques, fléchis, s'étendent
dans la même direction, et ks doigts rappro-
chés les uns des autres impriment une im-
pulsion verticale k l'eau, dont la réaction
empêche le corps de s'enfoncer ; tandis que
celle qui reçoit la surface plantaire des
membres abdominaux qui s'étendent vive-
ment comme dans le saut et la course, déter-
mine la progression.
Tels sont les mouvements généraux que
rhomme exerce pour fuir les objets qu'il
veut éviter, ou s'approcher de ceux qu'il
désire d'atteindre. Mais il en est une foule
d*autres, partiels, au moyen desquels il les
saisit, et les modifie selon ses besoins. C'est
aux membres thoraciques qu'ils appartien-
nent.
Ce sont ces mouvements qui font toute la
puissance de l'homme, qui manifestent son
intelligence en exécutant tout ce qu'elle a
conçu, et qui assurent son empire sur tout
ce qui existe dans la nature. La force physi-
que, en efl!et, n'est point son apanage, et il
n'existe et ne se soutient réellement que par
ses moyens intellectuels. Aussi le corps so-
cial, qui connaît sans doute l'utilité de la
puissance musculaire, mais qui sait aussi
que l'esprit seul peut le diriger et entretenir
son existence, qu'il est, en un mot, son
principe de vie, apprécie-t-il bien plus ce
noble attribut que la force matérielle, qui ne
peut par elle-même le soutenir ; et les pro-
lessious qui l'exigent au plus haut degré, et
qui, par conséquent, lui sont le plus utiles
y sont le plus en honneur.
Les mouvements partiels des membres
supérieurs employés dans les modifications
diverses que nous faisons éprouver aux
corps qui nous entourent, sont l'action de
Mtfftr, de pousser^ de iirer^ de comprimer^
de déchirer j de rompre^ de saulerer^ etc.
La main est merveilleusement organisée
pour la préhension des corps; la mobilité de
représente le pied, et sa réaction est falUe, ce qal
rend le saut peu étendu.
31
•9>l
mu
DICTIONNAIRE
IIOU
m
son articulation avec le radius, le mouve-
ment de rotation que ce dernier exerce sur
. le cubitus, ceux des os du cacpe les uns
; sur les autres, le nombre des phalanges, leur
mobilité, la faculté que possède le pouce de
pouvoir être opposé a tous les autres doij^s,
l'ont de cette partie du membre thoracique
un instrument précieux qui favorise singu-
lièrement le développement des produits de
l'intelligence humaine. Aussi est-ce de sa
structure que dépendent toutes les profes-
sions diverses, et, par conséquent, l'exis-
tence du coriis social ; non point, comme on
Ta dit, qu'elle en soit la source première, et
que l*homme lui doive son lentendement,
mais uniquement parce qu elle est un ins-
trument de son intelligence , un moyen de
manifestation des idées qu il a conçues, et
que sans elle il ne |)ourrait représenter.
Dans l'action de saisir^ de comprimer^ les
^articulations des doigts se fléchissent. Dans
celle de pousser^ le membre thoracique, flé-
chi en forme d'arc, tend à se développer^ et
*comme son extrémité, du côté du corps, est
•fixe par la résistance de celui-ci, dont toutes
les articulations mobiles s'étendent et coir-
courent à l'effort, l'obstacle est obligé de
céder. Dans l'action de tirerj ce sont les flé'-
chisseurs qui agissent, et qui entraînent
dans leur mouvement le corps que la main a
saisi. Lorsque ce corps tend a s'éloigner,
nous concevons l'idée de Vintensité du mou--
tement qui l'anime. On le àîstend^ on le dé-
chire^ en le tirant en sens contraire, soit par
l'action des extenseurs de deux membres ,
soit en combinant l'extension de l'un avec
la flexion de l'autre, et l'on se forme l'idée
de Yextensibilitéj de la ténacité. On le rompt
par deux mouvements simultanés de supHia-
tion ; ce qui fait concevoir son degré de dureté^
par sa résistance plus ou moins grande aux
contractions musculaires. Dans l'action de sotp-
lever au moyen des mains, ce sont les fléchis**
seurs des avant-bras qui agissent. Les exten-
seurs du tronc entrent en contraction, lors-
?|ue nous employons le dos et les épaules.
:ette action nous donne l'idée du poidê du
corps soulevé, que nous dét^minons ensuite
par des types métriques, et celle plus géné-
rale de pesanteur.
Nous ne crevons pas devoir pousser plus
loin l'analyse des mouvements de la locomo-
tion partielle. Il faudrait, pour la rendre
complète, exposer tous ceux qui s'exercent
dans les professions diverses, et l'on sent
qu'un travail de ce genre formerait un véri-
table hors-d'œuvre dans ce Dictionnaire.
Les mouvements partiels varient, comme
les généraux, selon l'âge, le sexe et les in-
dividus.
Dans l'enfance, la force musculaire est peu
intense, les mains sont inhabiles , et leurs
mouvements faibles et incertains. Dans la
vieillesse, el!es sont tremblantes, et leurs
mouvements irréguliers (648).
Dans la femme, elles ont une dextérité
que l'on n'observe point chez l'homme qui
1 emporte sur elle par l'intensité des con-
tractions musculaires.
Dans les divers individus, on obserTc^
sous ces rapports, des variétés infinies ()ui
{proviennent de l'exercice jplus ou moim
réquent du corps en général, et de la main,
partie la plus importante du meinbre thon'
cique, en particulier, et souvent aussi de
dispositions innées en harmonie, comme
les facultés intellectuelles auxquelles elles
sont liées, avec les besoins du corps social.
Un phénomène remarqpiable dans les
mouvements partiels, c'est que la pluj^art
des hommes sont droitiers. Cela s'expliqu<i
aisément par les considérati(ms suivantes :
la tète étant la partie la plus pesante du
corps du fœtus, il s'ensuit qu'eue occupe,
pendant toute la durée de la gestation, la
partie infiérieure de la matrice. Hais comme,
d^une part, [l'obliquité latérale droite dé cet
organe est la plus fréquente, et que, de l'au-
tre, la surface antérieure du corps du fœtus
est dirigé» en bas par le ^loids des viscères
abdominaux et thoraciques>, il en résulte*
nécessairement que l'occiput correspond à
la cavité cotyloïde gauche du bassin de la
mère. Dans cet état, le membre pectoral
gauche> «t toutes les parties latérales du
tronc du ni^me côté, sont comprimés par les
points résistants de la moitié postérieure
de la circonférence interne du bassin, et
par la colonne lombaire ; et il résulte néces-
sairement de cette pression un rétrécisse-
ment des vaisseaux^ une nutrition molR^
active, et par suite une contractilité muscu-
laire moins intense dans le membre pectoral
gauche que dans le droit. Cette faiblesse
relative engage l'enfant, après la naissance,
à se servir plutôt de ce dernier que du
, membre gauche; ce qui devient ensuite
* habituel. Si l'enfant a une position inverse
dans la matrice, on peut affirmer qu'il sen
f gaucher. Si l'on compare ces deux positions
'une h l'autre relativement à leur fré-
quence, on trouve que cette comparaison
donne exactement les rapports des droitiers
aux gauchers (049); preuve évidente que
c'est a ces deux [influences qu'il faut rap
porter ces deux modes de meuvements par-
tiels.
Remarquez oue l'homme étant destiné à
vivre en société, et, par conséquent, à par-
tager dans mille circonstances les travaui
de ses semblables, il devait être propre à
exécuter les mouvements d'ensemble. Or
ces mouvements ne pourraient avoir lieu
s'il n'y avait une sorte (de régularité parmi
les individus, dans la détermination des
forces de l'un et l'autre membre thoracique;
(648) Le tremblement des mains, et en général
ranaibiissement de tous les mouvements locomo*
leurs, chez le vieillard, dé|^ndraient-ils de la dimi-
nuUon du fluide séreux cérebro-spioal découvert par
M. Ma^endie?
m^) Dans 20,539 accouchements , la premi«t
Dosition a eu lieu !7,29t6 fois, et la deuxtéfli<
x,i53 fois; la présenution d'autres parties, ij<^
fois.
m
nai
D'ANTHROPOLOGIE.
Nil
974
d'où ilsiMt qae les rapports des droitiers
ani gauchers, qui semblent ne tenir qu'à
uHe position organioue, sont éTidemraent
établis par une intelligence providentielle
qui veille sur le corps social.
D'autres influences modifient sensible-
ment la fonction locomotrice dans ses mou-
vements, soit partiels soit généraux.
Plus les contractions musculaires sont
intenses et fréquemment répétées, plus
elles acquièrent de Ténergie. Voilà pour-
quoi les individus dont les professions exi-
gent de grands mouvements locomoteurs
sont aussi les plus vigoureux (650).
Les climats chauds affaiblissent les con-
tractions musculaires , en concentrant dans
le système cutané la puissance vitale gui
les produit. Les climats froids, au contraire,
les rendent plus énergiques. Aussi est-ce
daus les régions septentrionales que se ren-
contrent les hommes les plus forts.
Les saisons agissent aune manière ana-
logue sur la fonction locomotrice. Tout le
monde sait que l'on est bien plus dispos en
hiver qu'en été.
Enfin les affections morales modifient les
forces musculaires, par l'influence qu'elles
exercent sur le système nerveux. Toutes
les passions tristes les abattent; la frayeur,
et surtout la terreur, les paralysent. La co-
lère, le désespoir, les affaiblissent ; souvent
Aussi , comme le courage et les détermina-
tions fortes, ils leur donnent une nouvelle
activité.^
MOXÉENS. Voy. MéurrEERÀNÉBivs.
MOZAMBIQUE. — On donne le nom de
cAte de Mozambique à cette portion de la
côte orientale d'Alrique, qui s'étend depuis
reihbouchure du Zambesi jusqu'au cap
]>elg^o. A partir de ce dernier point com-
mence la c6te de Zanzibar ou Zanguebar, qui
se termine à la rivière Juba. Les habitants
de la côte de Mozambique sont des noirs
connus sous le nom de Macouas , Makuas ou
Makaunas; ceux de la côte de Zanguebar
sont les Suhaillii ou Sovauli.
Les tribus de la c6te de Mozambique sont
les premières auxquelles les Européens aient
donné le nom de cafres, dérivé du mot Rafir
( infidèle), que leur avaient déjà imposé les
navigateurs musulmans de la c6te orien-
tale. Il y a dans cette étendue de pays beau-
croup de nations qui, d'après ce que nous en
savons, parient toutes des dialectes apparte-
nant à la même famille que la langue des
Cafres du Sud; néanmoins ces nations ne
sont pas en général désignées par les écri-
vains modernes sous le nom de Cafres. Les
noms qu'elles se donnent à elles-mêmes,
commençant par Ha, Mani, ou Mone, sem-
blent indiqutf une affinité entre les idiomes;
les listes de mots qu'on en a formées con-
firment encore ce s<9ttpcon , et portent à re-
garder comme bien fondée l'opinion des
missionnaires et des voyaeeurs qui consi-
dèrent toutes les nationsfue la partie est de
l'Afrique australe comme des branches is-
sues du même tronc que les Amakosas et
les Amazulas.
Dans toutes ces provinces, les traits des
naturels présentent la même variété que
dans d'autres parties de la côte africaine.
« A mesure que nos voyageurs avançaient
dans l'intérieur du pays, dit le capitaine
Owen, ils trouvaient une amélioration sen-
sible dans l'apparence extérieure des indi-
gènes : ceux de Moroora étaient presque
tous bien bâtis, forts, et de proportions
élégantes; quelques-uns offraient réelle-
ment des modèles de la forme humaine
dans toute sa perfection. Ces hommes vont
entièrement nus ; du moins ils n'ont d'au-
tres vêlements qu'un petit morceau d'étoffe
à peine su£Qsant pour leur conserver les
apparences de la décence : quelques-uns se
rasent toute la barbe; d'autres en rasent
seuleaient une partie; beaucoup la conser-
vent tout entière. Dans ce dernier cas, leurs
cheveux , car ce sont des cheveux et non
pas de la laine, ont une assez grande lon-
gueur; ils en font de petites nattes très-
serrées, dont chacune se termine en crochet,
et il en résulte un genre de coiffure qui
donne à leur physionomie quelque chose
d'étrange et de sauvage. La distinction que
nous bisons ici entre des cheveux laineux
et des cheveux simplement frisés est im-
portante et a malheureusement été nédigée
par les voyageurs ; n'ayant point attacné un
sens précis aux expressions qu'ils emploient,
ce qu'ils disent du genre de chevelure des
peuplades qu'ils décrivent ne nous apprend
réellement rien, et souvent semble être en
contradiction avec le témoignage d'autres
voyageurs qui ont pourtant observé les
mêmes peuples ou des peuples de races
très - voisines. Le genre de coiffure que
nous venons de décrire pour les Morooras
-est à peu près celui qui s'observe diez les
Khosas, oe même que chez les habitants
des régions montagneuses, particulièrement
des Mocarougas.
MULTHOMAHS. Foy. Nootka-Columbiexs.
MUSCLES. Yoy. Y Introduction.
MUSIQUE f Instruments de) chez les
peuplades'de 1 Océanie. Foy. Malaise (Race)
MUSKOGEES ou Mcscogcjlges. Toy. Al-
LiCHANtEMS.
MYOLOGIE. Voy. An atomib humaine.
MYOPES. Voy. Œil.
N
KAGE. Foy. Mouvement. chez lequel toutes les parties du corps ont
NAINS. — On entend par ce mot un être subi une diminution générale, et dont la
leoi
systérae moscaUire esl très-développé
nuaire ou atblétiaut.
975
NA1
DICTIONNAIRE
NAl
976
taille se trouve ainsi de beaucoup inférieure
à la taille moyenne de son espèce ou de sa
race. Cette définition, dlie à M. Geoffroy
Saint - Hilaire , s'applique parfaitement a
Mathias GuUias, ee nain de vingt -deux ans,
qui ifut montré, il y a quelques années, à
TAcadémie des sciences. Né de parents bien
Hjonformés , il a cessé de croître à l'âge de
ci«q ans. Sa tète est volumineuse , sa tigure
-expressive et régulière, sans apparence de
barbe ; la poitrine est large et bien dévelop-
pée la colonne vertébrale droite, les bras
«(les jambes proportionnés à sa taille d'un
mètre.
Les auteurs les plus anciens ont parlé des
'nains; ils en admettaient des peuplades en-
^tières dans les régions les plus Jrides et les
. plus desséchées de l'Afrique. Mais cette hy-
pothèse est sans fondement, et l'eiistence des
'troglodytes dans TÀbyssinie n'est pas plus
digne de foi que celle des pygraées, petits
hommes que les Grecs supposaient tou-
jours en guerre contre les grues. Abstrac-
tion faite de ces nations imaginaires et de
quelques histoires particulières, telles que
celle d'un poëte nommé Philétas, si petit
et si léger qu'on était obligé de lui mettre
des semelles de plomb pour l'empêcher
d'être renversé par lèvent, ibest au moins
incontestable que des nains ont été ob-
servés dans l'antiquité. Marc -Antoine en
^vait un dont la taille était de moins de
^650 millimètres, et auquel il donnait par
dérision le nom de Sisyphe. Domitien en fit
^rassembler un assez grand nombre pour
.pouvoir en composer une troupe de gladia-
teurs. Dans les temps modernes on en a vu
■plusieurs sur le nouveau continent.
Lors de la conquête du Mexigue, les Es-
pagnols trouvèrent dans le palais de Monte-
zuma plusieurs nains conservés pour l'amu-
sement de ce prince. En Europe, la mode
des fous de cour étant tombée vers la fin du
itvr siècle, ce fut aux nains qu'on accorda le
triste privilège de les remplacer. Catherine
•de Méaicis en avait réuni un certain nombre
des deux sexes, entre lesquels elle se plai-
sait à former des mariages, qui presque tou-
jours demeuraient stériles. On cite une élec-
Irice de Brandebourg qui ne réussit pas
xdieut à léguer une race de ces petits êtres
aux plftisirs de la postérité. Cependant cette
règle a ses exceptions. Les journaux anglais
annonçaient , il y quelques années , la nais-
sance, à Londres, cTun nain de 365 millimè-
tres et pesant 590 grammes. Malgré sa nais-
sance à terme et sa conformation extérieure
parfaite, il ne vécut pas plus d'une heure.
Ce qui rendait. sur tout ce fait remarquable
c'était la taille des parents. Loin d'être d'une
stature ordinaire, comme on l'observe chez
tous ceux qui engendrent des nains, don
Santiago de los Santos et sa femme, Anna
Hopkins, étaient nains eux-mêmes. Don
Santiago, né à Manille, abandonné à dessein
dans une forêt, fut sauvé par le vice-roi qui
le vit à la chasse et en eut pitié. Son père
ivait2,lll millimètres, et sa mère était d une
taille moyenne ; mais lui n'avait pas plus de
6T7 millimètres de haut , et il élait âgé de
quarante ans. C'est à Birmingham qu'il avait
lait connaissance de sa femme, âgée do
trente et un ans, et plus grande que lui de
352 millimètres. Tous deux s'aimèrent dès
le premier instant , et leur union fut célé-
brée dans cette ville le U juillet 1831 Don
Santiago était doué d'une bonne constitu-
tion; il parlait plusieurs lances, etainiait
la musique et les objets d'orlévrerie. L\m
chaude était sa boisson habituelle; les jours
de tête il se permettait seulement un peud«
vin de France. Sa femme était remarquable
par sa gentillesse ; en un mot c'était un miS
nage parfait.
Le nanisme peut n'exister que temporai-
rement. Virey rapporte l'histoire d'un en-
fant nain qui, vers l'âge de quinze ans, ic
développa rapidement et ne tarda pas à nt-
teindre 1,624> millimètres. D'autres ibis des
sujets nés avec les dimensions normales s'ar-
rêtent bientôt dans leur accroissement gén^
rai, et restent toute leur vie au-dessous de \\
taille de l'adulte : c'est le cas de Matliias
Gullias; enfin des enfants, remarquahles | t.r
leur extrême petitesse en venant au mond^,
sont nains à toutes les épo.pies de leur
existence. Ces trois genres de cas compren-
nent toutes les anomalies par diminution i!o
la taille.
Les nains sont, en général, irascibles el
turbulents. Chez eux la circulation et les
autres fonctions s'opèrent avec plus de rapi-
dité ; ils deviennent aussi plutôt pubères, (S
l'on a dit que, le cercle de leur vie étant
plus promptement parcouru, ils sont vieux
et cassés de bonne heure. Quclques-mt^
«leurent caducs et infirmes avant vingt-ei«ii
ans, d'autres po;irsuivent une longue car-
rière, et conservent leur bonne santé dans
un âge très-avancé ; les] uns, comme le cé-
lèbre Bébé, sont presque idiots; d'aulre-s
comme Borvilaski^ gentilhomme polonais
montrent au contraire une intelligence peu
commune. Jeffery Hudson, favori de la reiw
d'Ançleterre, fit preuve de courage; on sait
Ïu'à la suite d'une querelle avec un nommé
roft, il ne craignit [ms de l'appeler en duel.
On se battit à cneval, au pistolet; Croflfut
blessé à mort au premier coup.
Les causes du nanisme ne sont pas entiè-
rement connues; cependant le rachitisme
f)roduit le plus ordinairement ces arrêts dans
e développement général que l'on voit sur-
venir après la naissance, et, par analogie, on
est porté jà lui attribuer de même ceux qui
surviennent pendant le cours de la vie lœ-
talc. Cette opinion est d'ailleurs pleinement
confirmée par ce fait, que presque tous Ks
nains ont, dès leur première enfance, les ca-
ractères que Ton nomme la constitution ra-
chitique. Le squelette de Bébé présentait des
courbures évidentes dans Tépine dorsale et
los os des jambes. Mathias Gullias était mieux
conformé. On ne remarquait chez lui aucune
trace de rachitisme; son esprit était cultivé.
Il parlait cinq langues : le croate, rillyrien,
laîlemand, le français et l'italien. Il niofiUi'ï
à cheval, tirait un fusil avec adresse ot eau-
fn
NAI
D'ANTUROPOLOGIE.
NAT
sait agréablemesl. La puberté chez lui se
déclara à Tâ^e des autres hommes , et il
songea à se marier avec une personne de sa
Uille, qu'il arait rencontrée en Italie.
On sait oue le nain nommé Bébé du roi
ai Poloçne (Stanislas), avait 893 millimètres.
A sa naissanee il pesait un peu plas de 325
grammes ; sa lon^eur ne dépassait pas 2i4
uiillimètres, et un sabot à moitié reuiDli de
laioe lui serrait de berceau. Comme if avait
la bouche extrêmement petite, sa mère Té-
leva avec beaucoup de peine : elle fu: obli-
gée de le faire allaiter i>ar une chèvre. !îéj>é
■e marcha pas avant deux ans ; à cet âge la
longueur de ses souliers ne dépassait pas
41 millimètres; de deux k six ans^ il eut
plusieurs maladies graves ; à cinq ans il
avait 677 millimètres, [lesait 5 kilogrammes,
et paraissait entièrement formé ; jusqu'à
douze ans son accroissement fut propor-
tionné à sa petitesse primilive : alors la na-
ture parut faire un enori, mais l'accroisse-
ment se répartit inégalement, et à Tâge de
Sninze ou seize ans sa taille commenta à
evenir contrefaite. Il mourut l'an 1764, à
Kâge de vingt-trois ans.
La science a enregistré d'antres exemples
de nains : l'un, qu'on a vu à Paris, en 1760;
c'était un gentilhomme po!on<'iis,.qui, à l'âge
de vingt-deux ans, n'avait que la liautcur
de 758 millimètres, mais le corps bien fait et
l'esprit vif; il possédait même plusieurs
langues. 11 avait un frère aîné qui n'avait
que 920 millimètres de hauteur.
Un autre à Bristol, qui,, en 1751, à l'âge de
rfuinze ans, n'avait aue 839 milUmèlro> ; il
éiait accablé de tous les accidents de la vieil-
lesse, et de 10 kilogrammes au*il avait pesé
dans sa septième année, il n en pesait plus
que 7 {.
Un pavsan de Frise, qui, en 1731, se fit
iFoir pour de l'ar^^ent, k Amsterdam ; il n'a-
vait, a l'âge de vingt-six ans, que la hauteur
de 785 millimètres.
Un nain de Norfolk, qui se Gt voir dans la
même année, à Londres, avait, à l'âge de
irinst-deux ans, 1,029 millimètres et pesait
IV kilo^ammes. {Transactions philosophi-
ques.)
On a des exemples de nains qui n'avaient
que 650, 568, 487 millimètres, et même d'un
«{uî, à l'âge de trente -sept ans, n'avait que
433 millimètres.
Dans les Transactions philosophiques^
H* 467, art. x, il est parlé d'un nain â^é de
YÎngt-deux ans, qui ne pesait que 17 kilo-
grammes étant tout habillé, et <iui n'avait
que f ,(^ millimètres de hauteur avec ses
sonliers et sa perruque.
Pline fait mention, en ces tonnes, de
deux nains qui existaient à Rome, sous Au-
fcii^te : « àfanium Maximum e: Marcuin
Tuiiium^ équités romar^os^ binnm cubitorum
fuisse auctor est M. Vmro^ et ipsi ridimus
in loruiis adsertatos : Varron écrit que Ma-
niusMaximus et M. Tullias, chevaliers ro-
riakis, avait deux couriécs. J'ai vu moi-
iTiéme leurs sc]uelettes conserves dans des
^raioires. » (Lib. vu, eau. 16.)
NAMOLLOS. Voy, Icuthtopdages.
NATCHEZ. Voy. Allégoaniexs.
NATURE (DE LA), su mELATions avec
l'homme. — Qu'est-ce que l'homme? Qu'est-
ce que l'humanité? C'est-i-dire : Quels sont
les traits caractéristiques de l'homme et ses
rapports avec les autres créatures ? Quelles
sont et la mesure et la signification des races
qui diversifient le genre humain ?
Chacun comprend l'intérêt et l'importance
do ces deux questions, objet sommaire de
l'anthropologie. Toutea celles qu'on ren-
contre dans le domaine des sciences morales
et politiques trouvent ici leurs prémisses.
Dire ce quest l'honune dans l'ensemble-
de ses caractères et de ses relations, n'est-ce
pas déterminer implicitement nos conditions
d'existence, notre rôle et notre destination
au double point de vue de l'individfu et de
l'espèce? Sortir de la controverse dont il est
encore l'objet, le problème de l'origine et de
la signification des races humaines; décider,
I>ar la mesure exacte des diflérences qui sé-
parent celles-ci y entre l^s personnes qui
comptent plusieurs espèces d'hommes et
celles qui affirment que toutes les races ne
sont que des variétés secondaires d'une seule -
espèce, n'est-ce pas mettre en évidence les.
relations naturelles et légitimes de tous les
peuples, et dire une fois pour toutes si ces
relations découlent d'un fait de fraternité ou
d'un fait de subordination naturelle, si lles-
clavage est le crime ou le droit des races
dominantes ?
Je prenJs ici l'homme tel au'il nous est
donne dans sa condition actuelle, comme un
être organisé, force et organisme toute la
fois* constituant une parfaite individualité;
puis^roiriine |>artie intégrante de ce vaste
système (ie forces et de corps qu'on nomme
la nature.
L'homme est une force, mais une force
incorporée : n'isolons ni la force de son mi-
lieu corporel, ni ce milieu de la force qui le
pénètre et s'y manifeste ; ne séparons dans
nos études sur Thomme, ni l'âme de son or-
fanisme, ni l'organisme de son âme. Est-ce
dire que nous confondions substantielle-
ment le corps et Tâme» que nous cherchions
dans la matière organisée le secret de la vie
et de la pensée? A Dieu ne glaise! et riei»
dans ce que je viens de dire n emporte cette
conséquence. J*ai toujours considéré le ma-
térialisme comme la doctrine non-seulement
la plus irrationnelle, mais la plus obscure
et la plus hérissée de difficultés^ doctrine
brutale et grossière, instrument de lutte et
de réaction , qui est moins encore une affir-
mation qu'une fin de non-recevoir ; car, après
tout, une doctrine ensei^e quelque chose»
et celle-ci devrait nous dire, voulant substi-
tuer la notion de matière à la notion de force,
comment celte substitution peut avoir lieu»
comment le phénomène devient substance,
l'effet cause, l'inertie activité, comment et en
vertu de quelle propriété la matière brute
s organise.
Ce qui a fait au spiritualisme une position
diflicilCt c'est la théorie cartésienne, qui a
07*i
NAT
DrCTIONNAIRE
NAT
m
divisé la vie et sa cause, n'attribuant à Tâme
oue la pensée, et réservant au corps toute
1 activité physiologique. Dire que la relation
de Târae et du corps est la relation occa-
sionnelle d*une machine toute matérielle et
d'une force pensante, qu'elle résulte d'une
sorte de rencontre, que le corps reçoit l'âme
à un jour donné, a titre d'hôte et de suze-
rain, c'est dénaturer le dualisme, c'est dé-
posséder l'âme au proQt du corps sous pré-
texte d'assurer sa dignité , c'est s'exposer à
des questions importunes comme celle-ci :
Quand Tâme prend-elle possession de sa
demeure? c'est enfin briser, par une hypo-
thèse que rien n'autorise, une série de faits
étroitement en 'chaînés.
En eflfet, observons les êtres vivants en
Î;énéral dans le développement corrélatif de
eur organisation et ae leur activité ; que
voyons-nous? Au sein d'une matière in-
forme, d'un germe image du chaos, se des-
sinent peu à peu des organes qui, dans le
tout dont ils font partie, vivent, c'est-à-dire
fonctionnent en même temps qu'ils se pro-
duisent, confondant comme dans un seul fait
d'activité leur développement et leur rôle
physiologique. De leur concours résultent
un organisme à formes déterminées et une
vie générale, organisme et vie qui vont se
modifiant sans cesse et qui remplacent un
Age par un autre âge, ajoutent un nouveau
mode d'activité aux modes antérieurs, et s'il
s'agit d'un animal , aux fonctions premières
et nécessaires d'autres fonctions plus spé-
ciales et plus élevées, à la nutrition la sen-
sibilité, a la sensibilité la spontanéité des
instincts, puis l'action intelligente; enfin,
chez l'homme, toutes les manifestations de
la raison et de la vie morale.
Ce progrès, qui commence au même point
pour tous les organismes, qui se prociuit à
travers des phases analogues pour ceux d'un
même règne ou d'un même type, qui enfin
d'un être à l'autre varie surtout par son
terme supérieur et définitif, ce progrès, que
nous montre-t-il? Une cause active, une
force, s'appropriant la matière informe qui
lui est donnée, s'en revêtant non comme
d'une enveloppe immobile, mais comme d'un
milieu organique qu'elle élabore et renou-
velle par un mouvement modificateur intime
et continu, se manifestant avant tout comme
force organisatrice, puis comme être sen-
sible, enfin comme une âme intelligente,
iusqu'à s'élever, consciente d'elle-même, de
la perception des phénomènes particuliers à
la conception des idées universelles. C'est
ainsi que se constitue cette individualité
réelle, concrète, vivante, qui s'appelle
homme; c'est ainsi d'abord, et dans l'en-
semble harmonique de ses attributs, que
nous l'étudierons, le plaçant successivement
en présence des autres créatures et en pré-
sence de ses semblables.
Du moment où la vie de l'homme est une,
où toutes ses manifestations procèdent d'une
force unique, soit qu'il s'agisse d'assimiler
K nos organes une matière empruntée, soit
que nous nous élevions à l'activité ration-
nelle et morale, du moment où c'est Time
elle-même qui entre en relation avec la na-
ture dans toutes les fonctions qui supposent
un échange quelconque entre nous et le
monde extérieur, une intime solidarité nous
unit à ce monde, et notre histoire ne saurait
être détachée de la sienne. Sans parler en-
core de ce que nous sommes pour la nature,
de la tendance qui l'élève dans la direction
de l'homme, nous trouvons en elle notie
premier milieu, nos premières conditioes
d'existence et de développement. Soit donc
que nous voulions chercner notre place dans
le système de la création» soit que nous
voulions connaître les premiers moditica-
teurs en présence desquels nous nous déve-
loppons, et comme individus et comme es-
pèce, il faut que nous commencions par
jeter un coup d œil appréciateur sur cet en-
semble de corps et ae forces qui constitue
la nature ; que nous cherchions à en com-
prendre l'oraonnance générale et la signifi-
cation, en même temps que sqs relations avec
nous.
Cette Question : Qu'est-ce que la nature?
comprena, comme on le voit, une question
de philosophie générale et une question plus
spécialement physiologique et anthrojpoio-
gique. Comme question de science spécula-
tive, c'est la première qui se soit présentée
et qui ait été débattue dans les écoles des
philosophes ; car le premier regard de l'es-
prit humain fut pour la nature» pour Tobjei
. de la sensation {externe ; les faits de cons-
cience, avec les questions qu'ils soulèvent,
ne vinrent ou ne se dégagèrent du moins
que plus tard. Qu'on nous permette de jeter
un coup (l'œil sur l'histoire de la philoso-
phie pour apprendre comment se pose défi-
nitivement, et au point de vue le plus élevé,
le problème dont nous demanderons ensuite
la solution à la science contemporaine.
La philosophie débuta par des systèmes
cosmogoniques. Les faits eurent nécessaire-
ment moins de part à ces conceptions que
l*imagination do leurs auteurs , alors même
3ue ceux-ci, au lieu de procéder en vert»
'idées métaphysiques, comme firent les py-
thagoriciens, prenaient leur point de départ
dans la physique du temps , composée de
plus de préjuçes que d'expériences. Aussi les
philosophes ioniens, tout en cherchant leur
théorie de la nature dans la nature, s'en-
cagèrent-ils parfois dans les régions de Ti-
aéalisme autant que ceux qui procédaieul
par la méthode purement rationnelle. La
différence des méthodes ne prit gue très-
tard l'importance que lui accorde à juste titre
l'histoire des sciences.
Qu'est-^îe que la nature pour cette école
de philosophes ioniens qu on désigne sous
le nom de dynamistes, et qui commence
avec Thaïes? La manifestation diversifiée
d'un principe unique représenté ou peui
être même seulement symbolisé par l'un des
fluides généraux qui jouent un si grand m
dans Téconomie de notre planète : Pair, selon
les uns, et Teau, si l'en en croit les autres.
Ce principe, à la fois force et matière, e>'
Ml
ïtAT
DANTflROPOtOGIE.
NAT
982'
tout; il est infini par son existence générale
et se limite dans les corps particuliers , qui
B*ea sont que des modes dirers. Qu'est-ce
là qu'une première-formule- du panthéisme?
Uo philosophe de cette éeole^ Dio^ène d'A-
(loUonie, nous dit bien^ il est vrai, que le
prioeipe du monde est intelligent, et ce
philosophe se sépare en cela de ses devan-
ciers Tnalès et Anaxymène ; mais il continue
néanmoins à confondre le monde et sa cause.
Parallèlement à cette première dcole, le
génie de la race ionienne en inspirait une
autre, l'école des mécaniciens, qui com-
menée avec Anaximandre, et compte Anaxa-
gore au nombre de ses derniers et plus illus-
tres che6. Ici on ne- cherche pas a ramener
la diversité à l'unité de principe. Non-seule^
ment la matière est étemelle, mais eHe est
éternellement diverse, et se compose d'un
nombre infini d'éléments. Mais ces éléments
ne sont oueles semences des chote$; pour
produire les corps, il faut qu'un mouvement
les açite, l9s dégage de leur confusion ori-
ginelle, les associe hamioniquement. Tout
phénomène est un mouvement, tout corjis
un résultat de mouvements, et de très-grands
efforts sont dépensés par Técole pour mon-
trer comment les êtres vivants sont issus de
ee procédé mécanique. Quant à la cause,, les
uns la disent inhérente à la matière, aveugle,
fatale, tandis qu*Anaxagore enseigne l'exis-
tence d'un.moteor qui agit avec intelligence.
Le caractère de ce système est d'èire pure-
ment physique d'intention ; matérialiste k
son ongine, il tend ensuite au déisme ; mais
il transmettra à ses premiers successeurs le
dogme de l'éternité de la matière en même
temos que celui d'une cause intelligente.
L école de Socrate donna à la pensée
encore timide d'Anaxagore une accentuation
plus fvécise et plus énergique. La personne
hamaine, un peu oubliée jusqu'ici pour la
eontemplatioB de la^ nature^, se relève ; une
plus jgrande part lui est fiiite dans la philo-
sophie, et le premier effet de cette révolution
p! us morale que spéculative est de faire res-
sortir les attributs delà Divinité, de placer
la personne divine au sommet comme à la
^oufce de tootes*les existences, de présenter
la nature, non plus comme une manifesta-
tion, mais comme mie œuvre.
La cosmogonie du Timée est évidemment
inspirée par cette philosophie. Platon peuple
le ciel et la terre d'agents personnels et
libres. Au sommet de cette hiérarchie est le
Oiea souverain, qui prend la matière et
produit le monde- universel coitforme aux
idées archétypes qui sont en lui de toute
éternité. Ce monde lui-même est un être
clÎTin, et il tire de son seiu les astres, divi-
nités subordonnées, formées defélément le
dus pur; le feu, et les astres produisent
'homme. Celui-ci, venant à démériter, expie
<%a faute en descendant aux conditions d un
sexe plus faible, puis aux formes de plus en
plus dégradées de l'animalité, en sorte que
clans ce système la femme et les animaux
o^appartiennent pas au plan primitif de la
création , et disparaîtront de la nature au
I
jour où l'expiation aura réhabilité tous Iqs
individus en déchéance.
Si, dans ce système, la création est encore
divinisée, elle ne l'est cependant qu'en sous--
ordre, et l'initiative reste au Dieu souverain.
Platon,. sans échapper complètement en--
cOre de fait, sinon cTintention, à l'influence
des conceptions panthéistes, et en se laissant
dominer.par les habitudes d'uae religion qui
peuplait la nature de divinités , nous donne
cependant ici une conception bien éloignée
non-seulement du panthéisme ionien , mais
aussi du polythéisme vulgaire ; à défaut
d'une doctrine savante,, qu^on ne pouvait:
attendre de sa méthode, il donne une doctrine
morale où figurent les notions de liberté, de
responsabilité, de mérite et d'expiation.
Chez Aristote , la question morale cède le
premier rang k la question scientifique.
Aristote procède autremeat que Platon et
connaît beaucoup mieux la nature. 11 y
constate un ordre de progression qui, de la
matière brute, conduit aux plantes, puis aux
animaux, puis à l'homme. La première four-
nit les éléments, les plantes s'en emparent eX
les transmettent aux animaux et à 1 nomme.
Mais comment la nature s'élève-t-elie d'un rè-
gne à l'autreî Spontanément , par une suite
d'efforts qui transforment la matière inor-
ganique en matière organisée, et font pas-
ser celles-ci par toutes le^ formes végétales
et animales , lesquelles , comme autant d'é*
hanches, tendent, et arrivent enfin. k leur
perfection dans l'organisme de l'homme
Aristote admet cependant un^ sorte de créa,
tion; mais, selon lui, Dieu se borne à pro-
duire un monde animé qui. porte en lui
toutes les énergies nécessaires k l'espèce
d'évolution dont Thomme est le terme défi-
nitif. Il suit de Id qu'ici, pas plus que chez
Platon ,«les êtres iniérieurs à l homme n'au-
raient une place légitime dans la nature;
pour Aristote ce ne sont que des ébauches ,
comme pour Platon ce sont des types dé-
gradés.
Que dirions-nous de Técole épicurienne ?
C'est à peine si elle mérite une mention
pour mémoire, car elle ne fut ni savante ni
morale, La philosophie ne lui doit qu'un
système de matérialisme brut, grossier , su-
perficiel, négation pure et gratuite sous les
formes de l'afiirmation.
Tandis que l'antiquité , dans le plus bel
essor de sa vie intellectuelle, mais livrée aux
seules ressources du génie^ avant l'âge de
l'expérience, essayait d'atteindre à la cause
et aux origines de l'univers, et n'arrivait
qu'à des hypothèses bientôt emportées par
le progrès des sciences,, un petit peuple de
la Syne, presgue illétré et d'un génie très-
peu philosophique, possédait dès longtemps
sur cette vaste questioa quelqMes notions
fondamentales, simples et précises. Le pre-
mier chapitre des annales sacrées de ce
peuple débute par ces mots : Au commence-
mtniDieu créafescieuxetlaterre^ei continue
en nous montrant dans la nature non-seule-
ment l'œuvre d'un Dieu unique , mais une
opuvre sucres^îive et progressive qui , par
385
N\T
DICTIONNAIRE
NAT
voie de créalioa, ajoute une assise à une
autre assise , et ne s'arrête gu*après avoir
placé l'homme au faîte de l'édifice. Cette fois
toute créature a sa place dans l'ensemble et
tout s'harmonise; les étages inférieurs sont
ordonnés en vue des supérieurs. Que nous
dit celte cosmogonie, cette première page de
la Bible commentée par elle-même? Dieu
seul n'a pas de commencement; créateur
d'une matière universelle , d'abord informe
et chaotique, il la féconde , l'anime, la met
en œuvre avec cette seule parole : Que la
lumière soit. Il sépare les eaux, l'atmosphère
et le sol ; ordonne à la terre de produire les
plantes, fait surgir au sein de l'Ooéan la mul-
titude des ani<maux aauatiques, peuple les
airs d'oiseaux, appelle les quadrupèdes à se
répandre sur les terres couvertes de végéta-
tion ; l'homme enGn sort de ses mains , et
son Créateur lui donne une comnagne de
même nature que lui pour compléter son
existence.
Dans ce système, tout remonte à Dieu.
Chaq[ue espère procède d'un acte spécial de
création; elle se perpétuera et demeurera
distincte des autres par une force de produo-
tion essentiellement conservatrice (651).
Les données de làGenisey commentées par
une science pauvre, dépourvue de critique
et mal disciplinée, défrayèrent les rares pen-
seurs qui , au moyen âge , essayèrent de
comprendre la nature; trop ordinairement
le commentaire emportait le texte. De toutes
les conceptions qui datent de cette époque,
celle qui a eu et qui devait avoir le plus de
succès est la doctrine de la chaîne des êtres,
formulée en ces termes par le P. Nierem-
berg : Nullus hiatus <, nultafractio^ nulla
dispersio formarum , invicem connexœ tunt
velut annulus annulo. En grande faveur chez
les naturalistes de la renaissance , cette
doctrine fut profess.ée avec éclat par Charles
Bonnet, à la fin du siècle dernier , et ce
philosophe y rattachait l'idée d'une évolution
palingénésique de la nature. On eût fort
scandalisé les partisans de la chaîne des êtres
en leur apprenant que, par leur conception
de la nature, ils aonneraientun jour la main
aux plus grands adversaires de la philosophie
chrétienne. Celte conception est, en effet,
bien plus dans la lovçique du panthéisme que
dans celle de notre dogme religieux.
Représenter les trois règnes do la nature
comme ne formant qu'une longue série d'an-
neaux enlacés les uns aux autres, une suite
de termes qui ne laissent enlre eux aucun
intervalle, tant les nuances se fondent et se
transforment les unes dans les autres, c'est,
qu'on le veuille ou qu'on y répugne, qu'on
le sache ou qu'on l'ignore , entrer dans la
(6.51) Remarquons encore que la Genhe, tout en
refusant à la force physique universelle ce que lui
nccordeiit d*autres cosmoaonies, la production des
êtres vivants, rattache néanmoins ces êtres à la
nature générale par les matériaux quMIs lui em-
pruntent. Dieu ne crée pas une matière spéciale
pour les corps organisés, et sous ce rapport les na-
turalistes modernes qui, avec RufTon, ont encore
silmis une matière cssemioUement organique dès sa
pensée des systèmes qui substituent k h
pensée d'une création providentielle, cello
d'une nature animée , comme la concevait
Aristote, nature qui, dans son essor ascen*
sionnel, traverserait tous les termes imagi-
nables d'une progression continue.
Vraie ou fausse, et ce n'est encore le mo-
ment ni de l'absoudre ni de la condamner,
la doctrine que je viens de caractériser deraii
être bien venue des naturalistes qui profes-
sèrent ouvertement l'autonomie de la nalnre.
Ce serait trop dire que d'accuser Buffon d«-
voir accepté ce principe , puisqu'il a posé
celui de la création et de la permanence des
espèces; cependant les belles pages (pie ce
grand écrivain a consacrées à TexiiositiOD de
ses vues générales sur la puissance des forces
naturelles n'ont peut être pas été sans in*
fluence sur un de st% successeurs , sur
Lamarck qui, affranchi de tout scrupule en
matière de croyances, nous montre les forces
universelles qui pénètrent le monde , pro-
duisant les êtres vivants, et s'élevant peu à
peu dos formes les plus simples de Torgani-
sation à l'organisation de l'homme. Le sys-
tème de Lamarck mérite l'attention de toute
personne qui veut voir et juger dans un de
ses essais de réalisation les plus rooderoe.^
le principe d'une nature auteur de la diver-
sité des êtres.
Tandis que par l'apothéose de la fo^x
physique on reproduisait une doctrine phi-
losophiquement équivalente à celle des pbr-
siciens fatalistes de l'école ionienne, ailleurs
on demandait encore une fois au purraliot
nalisme des principes de philosophie nato*
relie. Fichle ayant conduit la science aubori
d'un abîme en faisant douter de toute antre
réalité que de celle du moi, Schelling ima*
gina, pour conjurer le péril, de poser au-
aossus du moi et du non-moi une nolioD
conciliatrice, celle de Têtre absolu, substance
et cause universelles, qui descend incessam-
ment dans le temps et dans l'espace sous les
deux modes corrélatifs de l'idée et du réel
du sujet et de l'objet.
Que l'on adopte le principe très-arbitraire
de Schelling ou qu'on y substitue, avec Bé-
gel, une notion purement logique, on arrîTe
toujours à considérer le monde comme une
manifestation diverse et progressive d*un
être de raison qui traverse tous les modes
d'existence poirr venir enfin prendre cons-
cience de lui-même dans l'humanité.
Il résulte do la revue que nous venons de
faire, que 1 univers a été compris et envi*
sa^é tantôt comme la manifestation néces-
saire d'un principe impersonnel, taniùl
comme l'œuvre d'un Dieu créateur. Si la ni-
ture n'est que la manifestation d'une force
création, sont non-seulement en opposition afec b
Bible, mais moins avancés qu*elle.
La cosmogonie sacrée nous montre la (erre ^
Feau pro^fuisant les êtres qu'elles nourrissent, iwtf
toujours au commandement de la parole txéiXvxt-
Et Dieu dit : Qtie la terre pousu ton jet, etc., eir
Enfin Dieu forma le corps humain de la poudre <v
la terre.
«5
NAT
D^ANTliBOPOLOGIE.
NAT
e86
impersonnelle, nous conœYons que la diTer-
silédoQt il nousoRrele tableau résulte d*une
IransfofiDation successiTe <]ui ait pour résul-
tats une série de termes aistingués par de
faibles nuances ; et comme ces termes, qu'on
nomme des espèces, surtout en parlant des
êtres organisés, sont toujours prêts à passer
aux suiTants, il est éyident que, dans cette
manière de Toir, Tespèce n'eiiste qu*à titre
de mode temporaire d*un fait plus général.
Si le monde est une création, s'il a un au-
teur ; si un Dieu personnel Ta conçu, youIu
et produit, un plan s*y révèle et nous en
donne la signification. Sa diversité est régie
)>ar une loi d'harmonie et de prozrès qui
D enchaîne pas généaloçiquement les exis-
tences i^articulières, mais qui les échelonne
et les subordonne les unes aux autres dans
un ordre tel, que* les inférieures sont les
conditions des supérieures. Cette fois, cha-
que espèce de corps ayant un r61e à remplir
revêt des caractères définitifs et inaliénables,
appropriés à sa destination, et Ton peut dire
alors que Tespèce existe.
Il est facile de voir qu'il n'y a d'alterna-
tive qu'entre ces deux philosophias de la
nature qui concluent, l'une au panthéisme,
l'antre au déisme; Tune à une loi de néces-
sité, dé^isée quelquefois sous des formes
sévluisantes et poétiques; l'autre à une loi
lEorale, qui, sous son apparente sévérité,
n'en est [ms moins la loi de la liberté.
L'histoire de l'esprit humain a posé la
question, c'est à la science à la résoudre;
commençons par la circonscrire et la pré-
ciser.
On distingue dans lanaturedenx empires:
r 'lui des corps bruts et celui des corps or-
ganisés ; deux mondes : le monde physique
il le monde physiologique. Cette distinction
est -elle fondée, et les cari(ctères des deux
rrnpires sont-^ils relatifs ou absolus, c'est-à-
iiirc permettent-ils ou non de considérer le
Monde physiologique comme procédant du
jijonde physique, et n'en étant qu'un mode
l^articulier? Si telle n'est pas leur relation,
PO quoi consiste4-elle? De son côté, l'em-
pire des corps vivants, toute réserve faite
|20ur ce qui concerne lliomme, se subdivise
1 a deux règnes : le règne végétal et le règne
animal. Sont-ce là deux groupes si bien ca-
ractérisés qu'on ne puisse supposer entre
tf ux un lien de généalogie, ou passe-ton de
l'un à l'autre par de simples nuances c[ui
I.îissent place a l'idée que l'animal «n'est
« I u'une plante transformée ? Si ce n'est pas
1 ^ Jeur relation, quelle est-elle?
i::n6n chaque r^ne des êtres vivants sem-
]»Ie se composer, en dernière analyse, d*es-
|~»èces nomXireuses , que plusieurs degrés
«i'analo^cs et de différences répartissent, à
nos yeux, par poupes plus ou moins géné-
raux; ces espèces ont-elles une existence
r >el!e, ou ne sont-elles que les modes tran^
«> i loires d'un être*qui parcourrait successive-
f iieut tous les degrés d'organisation et de vie
«jue représente la diversité du règne?
Telles sont les questions que nous avons à
recoudre pour obtenir la notion vraie de la
signification de la nature. Leur élude em-
porte avec elle non-seulement une doctrine
sur le monde, mais une appréciation des
{premières conditions de l'organisation et de
a vie, aussi bien que de leurs rapports avec
l'empire inorganique. Voyons d'abord quels
sont les caractères de ce dernier.
L'empire inorganique nous offre la ma-
tière dans ses conditions les plus générales
de structure, de formes, de composition et
d'activité.
Ici les corps ne sont que des a^égats de
matériaux, soit homogènes, soit divers ; ils
se présentent ou à l'état de fluides élasti-
ques, et, dans ce cas, n'ont pas de formes
déterminées ; on i l'état liquide, et tendent
alors i revêtir des formes sphéroldales ; ou
à l'état solide, et constituent cette fois des
cristaux ou des masses informes, selon que
leurs molécules, en se juxtaposant, peuvent
obéir ou non i leur tendance naturelle. Du
reste, aucune limite, aucune dimension, ne
sont assi^ées à ces corps, qui ne figurent
dans l'univers que comme les \ arties et en
quelque sorte les fragments de celui-ci, ou
tout au moins du corps astronomique auquel
ils appartiennent spécialement.
Quant aux éléments qui concourent à for-
mer le monde inorganique, les chimistes en
comptent déjà plusde soixante, et dans cette
liste on retrouve, à côté de bien d'autres,
tous ceux iquc nous verrons titrer dans la
composition des corps organisés. Ces élé-
ments existent ouè l'état d'isolement, comme
quelques métaux nous en offrent l'exemple;
ou à rétat de simple mélange, comme les
Sazqui composent l'air atmosphérique; ou
ans un état de combinaison intimée! molé-
culaire donnant naissance à des composés
doués de propriétés spéciales. Or ces com-
posés inorganiques non-seulement sont très-
simples, puisque leurs éléments s'unissent
toujours deux à deux, très-fixes, puisgue
ces mêmes éléments obéissent pour les for-
mer i leurs afiinités naturelles; mais ils
offrent seuls ce caractère important, qu'a-
près les avoir analysés et décomposés, nous
n'avons qu'à les replacer en présence les
uns des autres, avec ou sans le concours d'un
agent physique, comme la chaleur ou l'élec-
tricité, pour qu'ils se reconstituent; c'est-à-
dire que les combinaisons inorainiques sont
régies par des lois assez simples pour être
rigoureusement formulées, soumises à des
conditions assez générales et assez accessi-
bles pour tomber dans le domaine de notre
industrie.
Bans ces premiers traits de l'histoire (des
corps inorganiques, nous voyons déjà les
effets d'une activité aussi incessante que gé-
nérale, car l'agrégation des molécules et
leurs divers degrés de rapprochement, puis
leur association pour former des corps com-
posés, sont de véritables actes, non moins
Sue la chute des graves et les révolutions
es planètes autour du soleil.
Hais ces actes, pour l'explication desquels
les physiciens ont imaginé les forces qu'ils
a|ipel]ent laltraction universelle, la uesan-
•87
NAT
T MCTIONNÂIRE
NAT
9S8
leur, la- cohésion, • 'af&nite, se raltacnent in-
timement à d'autres phénomènes, à ceux
qu*on désigne sous les noms de chaleur, lu-
mière, électricité et ma^étisme. Non-seu-
lement toutes les attractions, toutes les ex-
pansions, les impulsionsles pluséner^ques,
tous les déplacements de matière, tous les
changements d*état, tous les faits de compo-
sition et de décomposition, relèvent d un
ou de. plusieurs de ces ordres de phénomè-
nes ; mais la plus étroite solidarité unit ces
derniers entre eux, comme les divers modes
d'un même phénomène sénéral. Tandis que
Vélectricité et le magnâisme se signalent
Ear des actes d'attraction et de répulsion, qiie
1 chaleur compte parmi ses caractères les
plus importants l'expansion qu'elle- imprime
a la matière, que tout changement d'état
d'un corps, comme toutt combinaison molé-
culaire, sont accompagnés de phénomènes
électriques, la chaleur communique des pro-
priétés électriques* aux corps qu^elle pénètre^
et l'électricité produit à sou tour de la cha-
leur, de la lumière et des effets magné-
tiques.
Que nous indique cette dépendance étroite^
constante, universelle, de tous les phéno-
mènes du monde physique. Qu'ils rentrent
dans un même fait général et qu'ils procè-
dent d'une même cause, en un mot, gu'une
force commune pénètre la nature entière et
la met à l'œuvre. Telle est aussi la conclu-*
sion implicite des physiciens modernes,
lorsque, dans leur théorie la plus accréditée,
ils substituent à la doctrine des fluides im«
pondérables, qui divise la source des phé-
nomènes phvsiques, celle qui explique tous
ces phénomènes par les vibrations diversi-
fiées d'un fluide éthéré répandu dans Tes-
pace universel et pénétrant tous les corps.
L'activité qui se manifeste dans la nature
inorganique a pour premier caractère son
universalité, car elle s'étend aux êtres orga-
nisés eux-mêmes, et joue un rôle imi)ortant
jusque dans les fonctions physiologiques;
c'est une activité fondamentale. Son second
caractère est la simplicité au moins relative
des lois qui la régissent, d'où résultent les
merveilleux succès de l'analyse appliquée à
cet ordre de phénomènes, analyse qui donne,
avec une exactitude mathématique, leur en-
chaînement, leur mesure, leurs conditions
d'existence, permettant de féconder l'obser-
vation par le calcul, et d'en déduire ces bel-
les et fécondes applications qui sont la gloire
de la science moderne.
Le monde physique nous livre ainsi, avec
le secret de son activité, les moyens non-
seulement d'en apprécier l'importance gé-
nérale , non-seulement d'en multiplier les
bienfaits, mais encore d'en mesurer la por-
tée, et de déterminer en quoi et jusqu'où la
force universelle qui pénétre ce monde peut
entrer dans les conditions d'existence des
ôlrcs vivants. C'est ici que va se montrer à
nous le caractère le plus significatif de l'em-
pire ihor.ganique. Pour le mettre en évi-
dence dans son en.semble,nous devons deman-
der aux sciences physiques, d'abord et avant
tout, ce que l'action séculaire de la force
universelle a Coût pour le |;Iobe que nous ha-
bitons ; dans quelles relations ses conditions
actuelles sont avec les êtres vivants ; eofio
jusqu'où va et en quoi coasiste rintemn-
tion de cette force dans la sphère de l'orga-
nisation de la yie.
Et d'abord la géologie nous dit que, mal-
gré la régularité rigoureuse et en apparence
nécessaire et fatale de l'activité qui le tn-
vaillO) ce globe a subi une lon^e série de
modifications, qui l'ont graduellement pré-
paré à devenir le séjour d'êtres vivants de
toutes les classes connues aujourd'hui. Aucun
fait ne trahit le^ secret de l'origine de ce&
êtres, mais tout indique une œuvre préj^a-
ratoire et providentielle , une œuvre quia
harmonisé le monde physique avec les coq-
ditions d'existence des corps organisés.
Voyez, ce sphéroïde oui circule autour du
soleil, incliné sur le plan de son orbile de
manière à présenter successivement ses hé-
misphères nord et sud aux rayons les plus
directs de l'astre qui Téclaire et le r/§chduffe;.
voyez4e tournant sur son axe et faisant suc-
céder graduellement , pour chacune de ses
longitudes, le joue ît la nuit^ua temps d'afr
tivité à un temps de repos. La matière qui
compose ce globe, d'abord incohérente et
chaotique, s'est dégagée de sa première cob-
fusion pour constituer des masses de deit
sites différentes, et surtout trois couches
concentriques qui représentent les trois état)
de la matière : la plus externe forme une
atmosphère gazeuze , par conséquent émi-
nemment mobile et élastique, transparen(e,
mélange de quelques gaz qui jouent uo
grand rêlo dans la. composition des corjH
vivants. Elle pèse sur une couche d'eau dont
elle modère l'évaporation, et qui, après avoir
recouvert toute la planète, en avoir remanié
les matériaux, retirée maintenant dans de
vastes bassins, occupe encore les trois quarts
de la surface de ce globe. C'est ici un secon»!
milieu mobile et toujours en mouvemeol
sous la triple influence des inégalités de
température, des courants atmospliérigues»
et de l'attraction de la lune ; c'est un dissol-
vant énergique qui entraîne et charrie è
nombreux matériaux. Vient enfin ce sol mi-
néral , si varié dans sa composition , formé
ici de masses cristallines, là et plus généra-
lement d'une succQSsion de couches diverses
déposées par les eaux pendant une longue
suite de siècles et qui accusent , par leur
position et leurs dislocations, des bomeferse-
ments plus ou moins nombreux. De là an
relief terrestre inégal qui donne des bassins
à l'Océan , qui élève au-dessus de celui-fi
des îles , des continents , et sur ces conti-
nents , des plateaux, des montagnes; de li
tout un système de configuration géographi:
que qui diversifie les conditions cliroatén-
Îues, plus que ne le font les seules différences
e latitude.
Si, dans le inonde ^inorganique , quelque
chose rappelle l'idée île Torganisation, cet
bien certainement ce concours de lair, «
l'eau et du sol, réagissanfl'un sur l'aulrti ^
9S9
NAT
D*ANTHROH>LOGIE.
NAT
990
fonctionnant sous l'ioflqence du soleil au
profil (Jes corps organisés. Ainsi s'établit
cette circulation incessante qui amène sur
les continents, à Taide de ratmosphère et par
s^-s mouyenynts, les eaux de la mer , que
rinclinaîson du sol ramène au grand léser-
Toir. Ainsi se constitue un ensemble de
conditions d*eiistence qui non-seulement
prépare la surface de notre planète à rece-
Toir les hôtes, mais qui leur ofifre la plus
grande variété de circonstances.
A ce moment, le monde inorganique se
présente à nous comme la première assise
d'un édifice. Les étages supérieurs sont in->
diqués par cette base; elle les attend, mais
en surçiront-ils spontanément, et en vertu
du seul principe d'activité qui produit les
phénomènes physiques?
Les êtres vivants trouvent dans la compo*
sition des corps inorganiques, dans celle de
l'air, de Teau, du sol, les éléments matériels
de leur organisation ; il se produit même au
«*'in de ces êtres quelques combinaisons
Mnaîres et entre autres celles qui donnent
J 'acide carbonique et l'eau, ces composés qui
wuent un si grand rôle dans Fensemble de
la nature. La pesanteur n'épargne pas plus
les corps organisés oue les autres; elle
5'çxercesur eux, mais a leur profit, soit di-
rectement, en donnant à la station et aui
mouvements de premières conditions d*équi-
li!>re, soit indirectement, en contrebalançant
une antre action physique , l'expansion, par
la pression de ratmosphère,ou en précipitant
l'air dans nos poumons. L'attraction capil-
laire joue un rôle important dans le mouve-
ment des fluides, et l'ascension de la sève ne
reconnaît guère que des causes physioues.
La chaleur externe est nécessaire au déve-
loppement des germes, dont sa privation
laisse dormir la vitalité ; et les organismes
foui formés ne fonctionnent et ne vivent
f f u*aatant que la température du milieu am-
tûaat se maintient entre certaines limites,
f^uî rarient beaucoup selon les groupes aux-
•I fiels ces organismes se rattachent. On sait
ri^mhien la lumière est nécessaire à la no-
irition des plantes, et son influence sur les
liarlies vertes en particulier. Chez les ani-
ma ux, le rôle de ce modificateur ne se borne
f »as à transmettre des images h la laveur d'un
r.r^ane construit conformément à ses lois de
propagation; car non-seulement les couleurs
qui ornent les oiseaux, les insectes, même
l«-s poissons ou les coquillages, proportion-
nent leur éclat à l'intensité de la lumière
^ous l'influence de laquelle vivent ces êtres;
non-seulement l'animal des hautes latitudes
est plus sujet à l'albinisme que celui des
autres régions du globe, mais tout être
animé appelé à vivre au grand jour souffre
•^î dépéntdans l'obscurité. Quanta l'électri-
cité atmosphérique , on ne peut douter
r|u'eile n'ait sa part d'action sur les êtres
viTants; elle accélère la végétation, elle
T end les absorptions plus rapides et donne
<?iux animaux des sensations de malaise i
l 'a nnroche des orages ; mais son rôle physio-
logique est moins bien connu que celui de
la chaleur et de la lumière.
A leur tour, les corps organisés sont eux-»
mêmes des foyers de chaleur , des sources
d'électricité et d'action magnétiaue , enfin
quelquefois aussi ils deviennent lumineux.
Tous ont un fond de température propre »
qu'Os doivent à leur mouvement vital , et
qui résulte immédiatement de Tactivilé dQ
la nutrition et s'y proportionne. 11 se pro'
duit des phénomène$ électriques dans les
muscles oui entrent en contraction, et gui ne
sait que 1 électricité va jusqu'à produire des
étincelles et des décharges puissantes chez
quelc|ues poissons pourvus d'un appareil
spécial qu anime un système nerveux con*
sidérable ? Enfin est-il besoin de rappeler
que beaucoup d'animaux invertébrés, des
insectes , des mollusques , des zoophy tes ,
sont plus ou moins complètement lumineux»
et que la phosphorescence de la mer est
due à la présence de myriades d'animalcu^
les qui Jouissent de cette propriété, laquelle
réside dans une matière d origine organique»
formée sous l'influence de la vie.
11 y a donc comme une pénétration réci-
proque du monde physique et du monde
physiologique ; la force , qui se manifeste
seule dans le premier, étend son action sur
tout ce qui s'appelle matière, que celle-ci
soit ou non organisée ; et la vie, à son tour,
compte au nombre de ses effets des faits de
chimie générale et des phénomènes physi-
ques.
Cette relation des deux mondes, tout in-
time et réciproque qu'elle soit, suffit-elle à
nous montrer dans le monde physiologic|ue
un produit , une dépendance , une spéciali-
sation du monde pnysique? Non, eUe s'ar-
rête en deçà de cette démonstration. Réu-
nissez tous les éléments matériels que
l'analvse retire des corps organisés, rappro-
chez-les, faites agir sur eux avec toute leur
énergie et dans les conditions les plus diver-
ses, la chaleur, la lumière, Télectncité, vous
ne produirez jamais l'organisme le plus
simple, que dis-je, le moindre des composés
f propres aux corps vivants et qu'ils accumu-
ent sous nos yeux ; vous ne produirez que
des combinaisons binaires, minérales; vous
les multiplierez en les variant, mais vous
n'irez pas au delà. Et si , vous défiant des
procédés de Tart, vous cherchez quelque
part dans la nature des circonstances tout
spécialement heureuses qui feraient surgir
tout à coup l'organique de l'inorganique ,
l'expérience vous les refuse partout; car
si Ton a pu croire et si beaucoup de person-
nes admettent encore , dans une certaine
mesure, des générations spontanées d'êtres
infimes au sein d'une eau que réchauffent
les rayons du soleil, personne du moins
n'ignore que cette apparition n'a jamais lieu
3ue dans un liquide qui tient en dissolution
es débris de corps organisés.
Tout à l'heure , quand nous aurons pré-
cisé les caractères de l'organisation et de la
vie, nous comprendrons encore mieux que
mainteiytnt l'impossibilité de déduite généa-
991
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DICTIOr^NAIRE
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99)
I
logiquement la physiologie de la physique ,
Tempire des êtres Yivanls de Tempire des
corps bruts. Mais ne nous sera~t-il pas per->
mis de penser dès à présent que le monde
physique s'arrête aux conditions les plus
générales et les plus nécessaires de Texis-
tence matérielle et dynamique, que son
caractère est de s*y arrètvjr, et d'offrir par là
une base» non une ori^inei à des existences
plus spéciales?
Abordons maintenant cet autre empire^
ces autres règnes qui, de la base sur la-
quelle ils s*appuient , yont continuer les
ligues de Tédifice.
Un corps brut n'était qu*uft agrégat derno^
lécules, fragment détaché d'une masse géné-
rale. Un corps organisé est une individua^
lité existant pour elle-même^ d'une compo-*
sition et d'une structure plus ou moins
complexes, comme le mot organisation le
donne à entendre» enfin d'une forme et d'unj&
dimension constamment déterminées pour
chaque espèce.
Et d'abord, quant h sa composition molé-
culaire , le corps organisé n'admet qu'un
certain nombre d'éléments; il choisit parmi
ceux de. la nature générale. Quelques-uns
de ces éléments, plus proi)res que les autres
à entrer dans un mouvemont plus ou moins
rapide de composition et de décomposition»
forment ici des combinaisons inconnues à
la chimie minérale , des combinaisons ter-
naires ou quaternaires qu'il est impossible
de reproduire artificiellement; on les nomme
principes immédiats organiques , parce que
ce sont les premiers produits gu'on obtient
de l'analyse des corps qui ont joui de la vie.
A ce caractère de composition chimique»
f premier effet de la force spéciale qui anime
es organismes, ajoutons cette structure hété-
rogène où nous Toyons toujours au moins le
concours de liquides et de solides dans un
état de pénétration réciproque, réagissant
sans cesse' les uns sur les autres» et faisant
(!change de mat^'riaux. Les solides forment
des tissus qui, organes de fonctions simples,
composent des pr^anes plus complexes; cha-
que partie existe ici pour le tout» et vit sous
la dépendance dos autres. 11 y a certes bien
loin d'v'n cor])s ainsi constitué à ces masses
inorgalfiques où des molécules homogènes
se groupent sans autre relation mutuelle
que leur identité de nature et l'attraction qui
les rapproche.
Avec ses conditions de structure, le corps
organisé revêt nécessairement une forme
déterminée. La pénétration des solides par
les liquides, l'abondance de ceux-ci, et la
souplesse nécessaire à toute partie vivante,
excluent d'abord l'idée des formes cristalli<-
nes, et lui substituent celle des contours
arrondis; puis, sous cette condition morpho-
logique générale, nous entrevoyons déjà des
(652) Ayant à discuter la valeur du mot eipèce ou
ptiilêt du fait qu'il exprime, en traitant des races
uiimalnes, je ne m'arrête fias en ce moment à cette
question importante, et le lecteur remarquera de
Ittirmémc que, dans riiistoire des corps organisés,
modifications en harmonie avec le degré
d'organisation et avec le genre d'acliTitéqtte
l'être vivant doit déployer au dehors.
La première et la plus constante de cts
relations consiste dans les emprunts im 11
s'aiimeute, et qui. servent à son dérdoppe-
ment. Ce« qu'il emprunte, il ne rAJoute pasl
sa surface» mais il rabsorj)eyj'elal)ore,se
^assimile et le fait entrer dans un rnooTe^
ment intime de nutrition ; composition et
décomposition incessantes, travail d'organi-
sation perpétuel qui fourjiit sa carrièce eatre
le développement du ^emie et la mort, se
signalant par les modifications succcssiv»
q^u'on nomme les Ages de la vie*
L'être vivant naît de son semblable et
Tenf^endre ; génération essentiellement dj-
namique, car son eésuitat matériel n'est
qu'un çerme, un produit qiri n'a encore ni
iN^rganisation ni la forme ae> son espèce, et
Îui néanmoins les revêtira bientôt par suite
'une évolution spontanée (652|.
* A guelque degré de simplicité que nous
étudiions l'organisation et la vie, il nous d
impossible de trouver le moindre indice de
transition du corps brut au corps organisé,
de l'activité physique à l'activité vitale. L*
relation qui unit les deux empires n'est duor
pas une relation de généalogie» et il faui
chercher ailleurs oue dans la force univer-
selle l'origine des forces spéciales qui orga-
nisent les matières et qui fonctionnent sum
le nom d'êtres vivants.
Immédiatement auwlessus du monde im*
Sanique se place cette première grande série
e corps organisés qu'on nomme le rèpie
végétal. Celui-ci a pour fonction spéciale <k
convertir la matière brute en matière orgi*
niaue ; il plonge- de toutes i)arls dans la |>rf^
mière, prend au sol, prena à l'eau, prenJ i
l'atmosphère, et accumule ses piioUuiis à (i
surface du globe.
L'organisation et les formes de la plutc
correspondent évidemment au rôle qu'dlf
remplit. Quant à l'organisation, elle se ré-
sume en un tissu perméable, composé de
petites cellules et oe tubes fermés dont les
formes varient, mais qui représentent'toa*
jours des fiDyers d*élaboration, des espaces
circonscrits, où pénètrent, séjournent et se
modifient, sous l'action de la vie, les subr
tances al)Sorbées. Celles-ci composent ub
fluide nourricier, la sève, qui remnlit le
espaces intercellulaires, baigne ainsi les ceh
Iules, fait des échanges avec leur oonteno,
s'avance de proche en proche en revêtam
un caractère de plus en plus organique, et
finit par se convertir en un tissu nouTeao
qui vient s'additionner jeux tissus existanl^.
Si la cellule et ses variantes composent
tout l'organisme intérieur du végétal, ce qui
caractérise ses dispositions extérieures, c»^
avant tout un grand déploiement de suiia^
les espèces se composent d*indlvidualilés raciacbef*
les unes aui autres par le lien de la ^taénti»»
u\ garantit l'identité de la nature en coofrittliM
le la similitude des caractères.
S
NAT
D'ANTHROPOLOGIE.
MAT
qui répond essentiellement aux besoins
«Fune absorption active, cooiine la cellule à
l'élaboration des sucs. Le corps d'une plante
ci^»mplè(e, ce qu on nomme la tige. Taxe, a
deui pôles. Tan terrestre, Tautre atmosphé-
rique et cherchant la lumière. Le premier
s*épand en nombreuses dirisions, en proton-
céments spongieux d'une grande ténuité; en
un mot, u fournit le système des racines.
Le second donne toutes ces expansions laté-
rales et terminales qu'un milieu fluide bai-
.rne de toutes parts, et qui constituent les
t'^uilleset Ws fleurs. C'est ici aue le luxe du
déTeloppement végétal arrive a son apogée.
Les appendices de la tise, en subissant quel-
ques modifications de formes et de disposi-
lons, deviennent ou des organes nourriciers,
»'5 feuilles proprement dites, sous leur mo-
leste livrée verte, ou des organes de fructifica-
i« jii, des fiSîtirs formées de plusieurs cercles de
Wuilles plus ou moÎRs transformées, peintes
ies plus belles couleurs. C'est dans ta fleur
|ue s^épuise le dernier développement de la
•lante, et cet acte suprême de la vie végé-
tale est encore un acte de production. Pro-
duction de tissus nouveaux, production de
jrturgeons, production d'ovules et de vési-
uies polliniques, et pour cola absorutîons
ar les racines, aJjsorptions par les larges
surfaces des feuilles, élaborations intracellu-
aires, organisation de la sève, voilà, en y
tjouiAot quelques excrétions et quelques
!ér»ùls, toute la vie végétale et tous ses ré-
liltats immédiats. Tout ce qu'on a dit de la
ensibilité des plantes, tous les exemples de
uouvements qu'elles nous ofl'rent, n'ajoutent
if'^n au caractère de cette vie. Quant à la
ensibilité, rien, ni dans les actes ni dans
' » r^anîsation, n'en autorise la supjiosition,
i ] es mouvements résultant ici de simples de-
**a.'emeats de liquides toujours occasionnés
té^ une cause externe, ils ne sortent ni des
nTjJiiioiis ni de la destination des autres
>h^omèues physiologiques de la plante,
loroarquons aune manière générale que ces
IjéiioraèneSy depuis l'ascension de la sévc
[iv]u'à la germination, sont dans une dé-
^ntJance très-prochaine des agents physi-
[ues ; que ceux-ci jouent ici un rôle de prc-
aière importance, et renferment la sponta-
éité dans les plus étroites limites ; que tout,
commencer par les matériaux qu elle em-
loie , met la plante dans le contact le pins
ireet avec le monde inorganique, et en fait
omme le médiateur de ce monde et des
^^es plus élevés.
Dans les services qu'elle rend à ceux-ci,
ous devons compter non-seulement l'orga-
isation de la matière, mais encore la puri-
cation de l'atmosphère qui alimentera la
aspiration animale. C'est un point sur le-
uel nous aurons occasion de revenir.
Quoique arrêté aux premières fonctions
e la vie, Torganisme aes plantes ne laisse
9s de se prêter à une grande diversité de
^ l^^s a na tomiques et morphologiques, comme
: [trouve le nombre des espèces végétales el
-ut !o-ur système de classification. Cette di-
^rsit^ représente une échelle de progression
et de spécialisation, en même temps qu'elle
se rattache aux différences du séjour, des
milieux, des climats, etc. ; en un mot, elle a
tous les caractères que supposent à la fois
l'idée de développement et celle de cosmo-
politisme, c'est-a^lire la notion de règne.
Quant au progrès , il ne consiste que dans
la localisation des fonctions et dans la spécia*
lisation des organes.
C'est ainsi que nous passons des plantes
homogènes, ou exclusivement composées de
cellules (plantes cellulaires), à celles qui ad-
mettent oans leur structure des cellules pro-
prement dites et des vaisseaux de diverses
sortes (plantes vasculaires) ; de celles qui
manquent de ti^e à celles qui en ont une;
puis a celles qui ont tige, racines et feuilles ;
de celles qui n'offrent qu'une fructiiScation
simple, consistant en spores plus ou moins
diffuses, à celles qui produisent des graines;
gradation dans laquelle plusieurs de ces
progrès sont combinés, et qui nous fait par-
courir les trois types principaux des acoty-
lédonés, des monocotylédonés et des dicoty-
lédones, et dans chacun de ces types, une
suite de groupes composés eux-mêmes de
plusieurs familles. Mais, du moment où
nous quittons les grandes divisions du règne
pour étudier le caractère de la diversité
végétale dans les groupes de moindre im-
portance, nous cessons d'apercevoir un véri-
table progrès; et si, dans les familles et dans
les genres, les espèces se coordonnent en-
core dans un ordre de série, c'est seulement
pour réaliser des tendances partielles qui
n'intéressent pas le plan général. Ajoutons
que tout^cette gradation, comme toutes les
modifications de moindre valeur, et celles
qui se rattachent au séjour et aux autres
circonstances extérieures, sont représentées
par des espèces très-variables sans doute
dans certaines limites, mais qui ne se trans-
forment jamais l'une dans l'autre, d'après lo
témoignage des botanistes les plus expéri-
mentés.
Encore une fois, quand on embrasse Fen-
semble du règne végétal, on constate une
spécialisation et une complication progres-
sives d'organisation et de forme, on voit
s'activer et se diversifier une première fonc-
tion Titale. Cette fonction peut s'étendre,
mais non s'élever, car elle s appelle la pro-
duction de la matière organique aux dépens
de la matière élémentaire. Ses progrès mê-
mes démontrent son vrai caractère et ses
limites ; ils démontrent que pour atteindre
plus haut il faut de nouvelles données de
vie et d'organisation, que pour aller plus
loin il faut franchir une solution de conti-
nuité; que, par conséquent, le règne végétal
ne peut pas plus se transformer en un règne
nouveau, qu il n'a pu procéder lui-même de
l'empire inorganique; enfin, nous avons vu
que ses propres éléments, quelque rattachés
qu'ils soient les uns aux autres par la com-
munauté d'un même sysî^me d'organisation
et de facultés, et par celles d'un même plan
général, ne sont |>as issus les uns des autres.
A la série des espèces végétales vient
99»
NAT
DICTIONNAIRR
NAT
9M
maintenant se superposer une autre série,
un autre règne, en qui la vie prend une
dignité nouvelle et un immense développe-
ment. En possession de la matière organique
cï^éée par la végétation, et de celle qu'il
s'emprunte à lui-même, ce rèsne nous offre
l'être vivant émancipé du sol et entrant, à
l'égard de la nature, dans des relations où
sa spontanéité devient prépondérante. Il s'a-
nime, c'est-à-dire qu'il sent et qu'il se meut
par lui-même.
Sentir et se mouvoir spontanément sont les
deux traits caractéristiques de la vie animale ;
de là tous ceux de l'organisation et des
fonctions q^ui concourent à cette vie.
La physiolo^e animale comprend deux
ordres de fonctions et deux ordres d'orga-
nes: des fonctions et des organes qui inté-
ressent directement la vie de l'individu, et
la propagation de l'espèce dans l'espace et
dans le temps; des fonctions et des organes
Sour les relations avec le monde extérieur,
tais la distinction de ces deux sphères, dé-
signées par Bicbat sous les noms de vie or-
ganique et de vie animale^ ne doit pas nous
îaire oublier leur étroite dépendance, leur
pénétration réciproque. L'animal n'est pas
simplement la plante s'enveloppant d'ani-
malité, comme le représentait Buffon. La
vie animale ne se borne pas à ajouter de nou-
veaux modes d'activité à ceux que nous offre
la plante ; elle change à la fois et le but et
les conditions de la vie organique, elle com-
munique à toutes les fonctions nutritives
son caractère d'indépendance et d'activité,
car elle les affranchit presque entièrement
de la nature inorganique, et accélère toutes
leurs opérations.
Ces réserves faites, rai)pelons-nous les
principaux traits de l'organisation et de la
physiologie animales.
Cette organisation ne se résume pas, comme
celle de la plante, en un tissu formé de cel-
lules simples ou composées. Chez l'animal,
nous retrouvons des cellules, mais seule-
ment dans le premier âge de formation, et,
plus tard, sur quelques surfaces qui doivent
ou absorber, ou élaborer et séparer certains
produits. Partout ailleurs cet élément de
texture fait place à diverses sortes de fibres ;
à une fibre connective gui forme la trame et
le moyen général d'union de tous les orga-
nes, et qui se montre tantôt inextensible,
tantôt élastique; à une fibre charnue ou con-
tractile ; enfin à une fibre nerveuse, qui sous
la forme de tubes extrêmement déliés, très-
longs, remplis d'une sorte (l,e gelée, transmet
les incitations sensoriales et locomotrices.
Ces éléments de texture répondent aux
données physiologiques de l'animalité. Us
composent, en se combinant, et caractérisent
par la prédominance de l'un d'entre eux, les
organes proprement dits. Ceux-ci se dispo-
sent à leur tour en systèmes généraux et en
appareils, conformément à un plan dont il
importe de se rendre compte avant d'en
aborder les détails!
Toute vie suppose, d'une part, un échange
quelconque, une relation avec le monde ex-
térieur ; d'autre part, des actes intimes qui
se passent dans l organisme lui-même. De là
deux régions organiques : une région ex-
terne ou superficielle, qu'on peut appeler
Tenveloppe générale, et une région imerne
ou profonde. •
Tandis aue la plante déploie tonte sasiiN
face en présence des milieux qui l'alimen-
tent, l'animal divise la sientie, car il n'apius
ses racines dans le sol; il reçoit là matière
tout organisée, et entre dans de nouvelles
relations avec le monde extérieur. Cne par-
tie de l'enveloppe s'interile> forme une miié
alimentaire ou viendra s'accumuler une cer-
taine quantité de nourriture, et la partie de
cette même enveloppe qui demeure en de-
hors sert à protéger, à recueillir des impres-
sions, enfin à une locomotion spontané^.
La région superficielle de l'animal se c<)ai-
pose donc de deux parties emboîtées l'une
dans l'autre, et séparées par la région ptt^
fonde.
Ces deux moitiés ont la même organisa-
tion fondamentale, et de simples modifica-
tions suffisent pour les rendre propre* à
leurs fonctions spéciales, première preuTe
de la solidarité des deux sphères vitales de
l'animal, puisque l'enveloppe internée ap-
partient à la vie nutritive, et Texteme à la
vie animale proprement dite. Dans l'une
comme dans l'autre, nous trouvons tout à
fait superficiellement un revêtement tégu-
m entaire, et au-dessous de lui, un ou plusieurs
plans de fibres charnues. Le tégument, qui
prend le nom de peau à l'extérieur, celui dt
membrane muqueuse dans la partie rentrée.
se compose du derme, couche de fibres plu^
ou moins élastiques que traversent des Tais-
seaux sanguins et des nerfs, et d'un plan d^
cellules, qui forment ce qu'on nomme ob
épiderme s'il est protecteur et externe, n
épithélium s'il est essentiellement appropria
à des actes d'absorption ou de secrétiuo.
Quant aux plans de fibres charnues, ils se dé-
posent selon deux directions principales et
croisées qui varient celles des mouYcroeni*.
Dans la partie externe de l'enveloppe gént-
raie, l'élément locomoteur prend un déTf-
loppement considérable, et devient un gnc^
appareil, tandis que dans la partie rentr>t
il s'efface plus ou moins, et demeure à l'état
membraniforme.
Tandis que la première région de l'orga-
nisme étale en couches superposées et sou>
la forme d'une enveloppe tous ses élémenN
de structure, la région profonde ramasse !•'>
siens sous la forme d'organes centralisateur
Ces organes se partagent aussi les deu
sphères de la vie animale et de la vie oça-
nique, les uns, comme centres d'incitatif^
les autres, comme centres d'impulsion poi^'
la circulation du fluide nourricier.
Voilà donc les appareils des grandes foo-"^
tions divisés en appareils de surface et at"^
pareils centralisateurs, qui, les uns et )^
autres, fournissent aux fonctions nutritif»
et aux fonctions de relation.
Ce premier aperçu ne nous donne eDe<";i
qu'une vue très-générale des fonctions et ^
m
NAT
D^AMTHaOPQLOGIE.
NAT
leurs appareils; il nous orieole, maïs il
nous Sut désirer en mênie temps des noUons
plus sfiéciales, qui Don-seulemeut nous fe-
ront mieux comprendre la richesse de déve-
leppement qui caractérise Tanimatiléy mais
BOUS introduiront en même temps à Tétude
delliomme. Commençons par les organes et
1^ actes les plus caractéristiques du règne
qui nous occupe; en les abordant les pre-
miers, nous comprendrons mieux les acles
et les o^anes d'un ordre moins élevé, et
^empreinte que la fie animale met sur la
vie nutritiTe.
La Tie animale débute par la sensation en
«pparenoe et^usqu'è un certaia point par un
fait de passivité. Mais toute sensation corn-
f>rend deux éléments : une impression, et
e sentiment de cette impression. L'animal
o*est passif que dans l'impression qu*il
éprouve au contact du monde extérieur; dès
qu'il sent cette impression, il entre en acti-
vité, il s'éveille, et se manifeste comme être
sensible.
La physiologie, d'accord avec l'analyse psy-
ciioloisîque, nous apprend que deux sortes
<1 ^organes concourent à l'action sensoriale;
on organe externe qui reçoit l'impression,
et un organe central où elle est sentie et
perçue. Que ces organes, au lieu des inter-
médiaires oui les rattachent l'un à l'autre,
soient isolés, ils pourront fonctionner sépa-
rément; non-seulement les impressions au-
ront lieu, mais on observera souvent des
sensations spontanées, ce qu'on nomme des
hallucinations.
La peau a pour première et principale
destination les relations de la sensibilité avec
le monde extérieur. lA se montre ce qu*on
nomme les appareils des sens externes, qui
sont tous ou des parties ou des dépendances
de la peau, entraînant comme auxiliaires
quelques portions de l'appareil locomoteur.
Pour répondre à cette destination géné-
rale, et pour s'approprier à la diversité des
laits extérieurs qui doivent Timpressionner,
et par son intermédiaire, éveiller les sen-
sations qui leur correspondent, le système
té^Tomentaire offre des modifications plus ou
uioins particulières.
Qae le derme se montre souple, qu*un ré-
seau nerveux, abondant, se répande à sa
surface, que sa couche épidermique borne
son épaisseur à ce qui est nécessaire pour
prérenir l'effet exagéré d'un contact trop
imodédiat, et nous aurons les conditions ana-
. lomiques les plus générales d'un sens ex-
terne.
Ce sont les seules qu'exigent les sensa-
tions tactiles; elles suffisent pour ces pre-
mières impressions qui font apprécier la
tf^mpérature d'un corps et l'état de sa sur-
lace. Mais l'animal a-t-il besoin et ses fa-
cnltés le rendent-elles capable d'ajouter à
ces premières notions celle de la cousis-
tance^ puis celles de la forme et du volume;
la peau, empruntant le secours des (H^nes [
ilu mouvement qu'elle couvre, formera avec I
teuiE-cî un appareil de toucher; ce sera une 5
uartie du corps saillante, souple, d'une forme *
déliée, propre à s'adapter aux surfaces dont
le contact doit indiquer les directions et l'é-
tendue. Le toucher est déjà un acte à son
point de départ: la volonté détermine et
dirige ici un effort musculaire, en même
temps qu'elle exalte l'organe . directement
impressionné; delà une sensation composée
de celles des mouvements exécutés, des ré-
sistances rencon trées,et enfin des impressions
générales du tact. Il s'ensuit que, si le tact
proprement dit est le sens le plus général, le
plus élémentaire, le toucher estunefouctton
complexe qui suppose un certain dévelop-
pement des iacultés psychologiques, et Ion
serait tenté de n'attnbuer ce sens complexe
qu'aux animaux les plus élevés, si Ton ne
se rappelait que beaucoup d'animaux infé-
rieurs agitent sans cesse des appendices au
moyen desquels ils palpent les corps placés
à leur portée; ils n'en étudient certes pas
les formes, mais ils en apprécient au moins
la consistance.
Les deux sens du goût et de l'odorat agis-
sent encore au contact de la matière, mais
de la matière à Tétat de dissolution, et pour
y reconnattrecertaines qualités moléculaires
qui éveillent les sensations spéciales de H
saveur et de l'odeur. Les appareils de ces
deux sens ne sont encore que des surfaces
tégumentaires très-impressionnables. Hais
ces surfaces sont d^ très-cireonscrites, et
reçoivent un seul nerf partant d'un seul des
centres de sensations ; sous ce double rajHport,
elles contrastent avec la surface générale,
qui fonctionne comme organe dutact, et qui
reçoit des nerfs nombreux de divers points
du système central.
Le goût, sentinelle avancée des fonctions
alimentaires, est placé à l'entrée de l'appa-
reil de ces fonctions. Là des liquides abon-
dants viennent humecter et dissoudre les
aliments solides; mais souvent aussi ces
aliments solides sont avalés en masse, ce
qui annonce l'annulation plus ou moins
complète du sens. Le^ animaux les mieux
doués à cet é^ard ont leur membrane gusta*
tive portée sur une langue très-mobile, qui
Emt presser la matière alimentaire de sa
ce supérieure et de ses bords couverts de
papilles nerveuses et toujours humides. Cette
disposition organique n'est complète que
chez les mammifères.
L'odorat étend déjà , plus que le goût , la
sphère des relations de 1 être animé ; eu effet,
il s'exerce sur des molécules dispersées ,
véritables émanations des corps, transportées
à distance de ceux-ci par le milieu auquel
ils les ont cédées. Ce sens avertit donc l'ani-
mal de la présence d'un corps dont il est
encore plus ou moins éloiçné , et lui en fait
«discerner certaines qualités caractéristiques.
Ses applications varient, du reste , plus que
celles du coût. Associé à celui-ci, il concourt
à l'appréciation des substances alimentaires,
ou bien il dénonce à l'anima carnassier une
proie encore lointaine ; à un autre, Tappror
che d'un ennemi ; il dirige le mâle dans la
recherche de sa femelle. Sa place est toujours,
' et nécessairement, à la partie la plus avancée
m
NAT
DICTIONNAIRE
NAT
1000
lu corps. La membrane olfactive se porte
4insi à la rencontre des molécules odorantes ;
Me les reti(»nt soit en les couvrant d'une
numidité plus ou moins prononcée, soit à la
laveur de.certaines dispositions qui multi-
plient en m6me temps sa surface. Quelque-
fois, placée en saillie sur un appendice,
eomme l'antenne d'un insecte , cette mcm-
Draiie formera ces panaches élégants qui
urnent la tète de quelques papillons de nuit
et de quelques mouches , telles que les cou-
sins, les leuillets antennaires des scara-
bées, etc. D'autres fois, elle se retirera dans
une cavité , se plissera , et , flnissant par se
placer sur le trajet de l'air respiré, elle aspi-
rera dans un espace restreint une quantité
considérable d'émanations propres à l'im-
pressionner. Certains animaux surprennent
tous les jours notre admiration par les preu-
ves merveilleuses qu'ils nous donnent de la
finesse et de l'intensité de leur odorat. Nous
verrons plus tard auel est le vrai caractère
de cette supériorité.
Viennent maintenant la vue et l'ouïe, quit
agrandissant encore le cercle des relations de
l'animal , établisseiit entre lui et les objets
extérieurs des rapports à distance par les seuls
ébranlements des milieux intermédiaires.
Que ces lignes de vibration de l'éther, qu'on
nomme les rayons lumineux, viennent à ren-
contrer l'épanouissement d'un nerf d'élical
préparé à les recevoir et à les transmettre à
un centre de sensation spécial, l'animal aura
une sensation de lumière* Qu'au-devant de
la surface nerveuse impressionnable se place
un appareil de dioptrique, une chambre obs-
cure avec son petit orifice et des milieux
réfringents, une image des corps placés dans
le champ de cet appareil se peindra sur la
toile nerveuse , et tous ces objets se révéle-
ront à l'animal, qui appréciera plus ou moins
exactement leurs formes, leurs distances
relatives, leur arrangement. Et, de même
qu'il a pu palper, coûter, flairer , à la faveur
des moyens auxiliaires que l'appareil loco-
moteur fournissait aux appareils des sens
précédents^ des perfectionnements analogues,
des muscles «doutés à des yeux mobiles , lui
permettront de regarder ce qu'il lui importe
tout particulièrement de voir.
De leur côté, les ébranlements de l'air et
des corps élastiaues, que nous nommons
sonores, venant a rencontrer les filets déliés
et mous d'un nerf qui les transmet à un nou-
veau centre particulier de sensation , rani-
mai aura la perception d'un son plus ou
moins intense. Si , avant d'atteindre le nerf
qu'elles doivent ébranler , les ondes sonores
traversent un appareil qui les dirige conve-
nablement, le son arrivera aux organes qui
doivent le sentir , avec ses caractères toni-
ques, son timbre, son rhyVbme, et sa direc-
tion. Le discernement des sons , complété
par les perfectionnements de l'appareil, et
aiguisé par l'attention , établit des relations
de plusieurs genres entre l'animal et les êtres
placés h quelque distance de lui. C'est avec
raison qu'on a nommé l'ouïe le sens social
Dor excellence , car elle met en rapport des
individus d'une même espèce; mais, en
même temps qu'elle leur permet de s'appe^
1er, de s'avertir, de se communiquer récipro-
quement le sentiment qui les anime, elle
sert h la vigilance du timide mammiftre qui,
dirigeant à volonté sa conque audilÎTe de
côté et d'autre, recueille les moindres bruits
qui peuvent lui dénoncer un ennemi. L'oi-
seau qui nous enchante de ses vives et
sémillantes mélodies les sent«^il lui-même
autrement gue comme l'expression des seo-
timents qui les lui inspirent? Husicico par
l'exécution l'est^-il aussi comme auditeur!
Son talent d'imitation permet peut-être de
croire ici à des sensations qui dépassent 1«
bornes.
£n suivant les fibres nerveuses répandues
dans chaque appareil sensorial « nous le»
voyons se grouper en faisceaux qui se réu-
nissent à leur tour, et qui, formant enfin des
cordons plus ou moins gros, nous conduisent
jusqu'aux organes centraux de la vie ani-
male. Là, l'impression transmise devient une
sensation plus ou moins déterminée ; de là
aussi partent les incitations locomotrices.
Hais , entre la sensation et le mouvemeDt
qui v répond, au-dessus de l'un et de Tauire,
se place une activité centrale, prouvée araol
tout par ses résultats, et qui a aussi ses orga-
nes propres : c'est ce qu'on nomme l'activilé
psycnologique. Nous l'observons à un haut
degré de développement chez les animaui
supérieurs , en même temps qu'il est k-ile
de distin^er dans leur système nerrcui
central , uans le système cérébro-spinal des
vertébrés, des centres sensoriaux , des ceu-
tres d'incitation locomotrice et des centres
d'actions intermédiaires , ralliés les uns et
les autres à ce centre commun qu*on appelle
la moelle épinière. Remarquons en passaot
que les formes générales de l'organisme cor-
respondent si bien à celles de cet ensemble
de centres nerveux, qu'elles semblent dépen-
dre de ces dernières.
L'animal n'est rien moins qu'une marbiD8
sensible, qu'une sorte d'automate, Qoronielt
pensait Descartes. Buffon , jen lui accordant
le sentiment de son existence présente et
quelque réminiscence du passe , s'arrêtait
encore trop tôt. D'un autre côté, lesauteun
qui, comme Condillac et Georges Leroj.
voyaient de l'intelligence dans tous les actes
de l'animal , tombaient dans une autre eia-
gération. L'errenr provenait de part et d*au-
tre de ce qu'on n'avait pas sufiisamment ana-
lysé l'activité animale et de ce qu'on n'ari'i
pas su y distinguer deux ordres de faits trè*-
différents , les faits instinctifs et tes fait^
intellectuels.
Quand l'animal , avant toute expérience.
sans éducation spéciale, exécute des traTau\
qui témoignent plus ou moins de préTOvancc
quand tous les individus et tontes les géo<^
rations d'une même espèce font invariable
ment les mêmes choses et de ta uiéme m»*
nière, quand, les circonstances qui motiTrai
ces actes venant à changer, la tendance à 1^
accomplir n'en persiste pas moins, ouandie
castor dépaysé, séparé de ses semblabij^
lOOf
NAT
D^AXrimOPOLOGIE.
NAT
1C01
mis è coureit de la maaTaisc saison et bien
nourri, essaye encore de tailler du bois et se
prépare à bâtir , quand le chien domestique
enterre les restes de son repas, je reconnais
là des impulsions à la fois j^roridentielles et
îrréQécbîes, des déterminations instinetiTes.
ÉTeilîé par une sensation ou par un besoin ,
Tinstinct se présente à l'observateur avec les
caractères d une sorte d'intuition simple, qui
met l'activité de l'animal en rapport avec des
circonstances spéciales. L'araignée lui doit
Tart de tendre ses fils et de tisser ses toiles ;
il dirige les constructions des abeilles et des
fourmis, porte Toiseau à émigrer, et lui
apprend à construire un nid, préside aux
Eoœurs caractéristiques de chaque esi»èce.
Mais à mesure que I animal se meut dans
nne sphère plus large , en présence de cir-
constances plus vanables, il a besoin , pour
coordonner son activité* aux faits imprévus,
d*nne vue plus étendue que celle de 1 instinct
oc qui laisse plus de champ à la s[:ontAnéité ;
il lui faut de l'intelligence. L'intelligence
Fourvoil an présent, comme l'instinct à
avenir. Elle suppose l'expérience, le souve-
nir, et tout le monde a pu se convaincre , en
Tovant nos animaux domestiques , qu'ils se
souviennent et qu'ils mettent à profit leur
expérience. Le chien qui bondit de joie en
vorant son mattre prendre son fusil , que
fait-il, sinon un acte d'intelligence? S'il le
voit le fouet i la main, témoigne-t-il la
même joie ? Pour qui sait observer les ani-
maux , la question de leur intelligence est
hors de cause. Capable de souvenir et par con-
séquent d'expérience, ranimai sait associer
one réminiscence à une {>erception actuelle ;
il saisit la relation de dépendance de deux faits
qu'il a vus se succéder, il va plus loin encore :
par un premier degré de généralisation , il
s*élèvedes faits identiquesauxfaitsanalogues,
et le cas accidentel lui dénonce le cas géné-
ral ; piois il imagine, il combine des mojtns
en me d'un but , il agit en connaissance de
cause. L'intelliçerce ne supplée pas seule-
ment à l'insuttisance des instincts en pré-
sence de situations nouvelles, mais elle tend
à les remplacer ; son rôle grandit, tandis que
celui des instincts diminue dans les animaux
5iii>érieurs. De là la possibilité et le plus ou
moins de facilité de leur Mucation. Celle-ci
s'arrête cependant de bonne heure et ne va
l»^^ très-loin, donnée par les parents à leurs
petits; maisl*homme, en élevant à lui le
but de la vie animale , donné à celle-ci de
noureaux développements, la sortant enfin
•Je ce cercle en quelque sorte vicieux , qui
fait aboutir l'intettigence à mieux assurer la
conservation de l'individu et de l'esnèce. Ce
fait nous indique les tendances et la vraie
si:^ification de la vie animale.
Les tendances dont je viens de parler se
TOontrent encore dans un autre ordre de
faits qui, chez l'animal supérieur , viennent
^'assorier aux opérations inteDccluelIcs. A
rînstinctse rattachent seulement des appé-
tits, rintelligence suppose des sentiments.
L'animal intelligent est capable d'aimer ot
de haïr, il Test dans la mesûredc son intelli-
Dicno!i?r. D'A?rniiiop.>LoniE.
cence, et c'est lliomme i-ar conséquent qui
imprimera le plus noble élan aux affections
de ranimai en les rendant désintéressées.
Enfin, intelligent et sensible, l'animal est
déterminé h l'action par das préférences pré*
cédées d'un choix ; ses sympathies peuvent
être motivées, et S9 spontanéité s'affranchit
par cela même des entraînements purement
instinctifs, surtout si l'homme intervient ici
comme éducateur et comme but.
Voilà l'animal déterminé à l'action. Pour
réaliser celle-ci , il imprime avec la rapi-
dité de réclair une incitation spéciale à ses
organes locomoteurs. Des centres nerveux ,
siéçe des opérations précédentes et de cette
incitation , nous sommes ramenés par les
cordons porteurs de celleK*i h un appareil
qui occupe toute la partie de l'or^^anisme
animal placée immédiatement sous la peau ,
appareil qui se* confond parfois avec cette
dernière membrane, qui s y rattache en tout
cas, et fait originairement partie de Fenve-
loppe générale. Destiné à établir les rela-
tions actives de l'animal avec le monde ex-
térieur, l'appareil de la locomotion décUie
des formes de l'organisme , quant à leur en-
semble et à la plu()art de leurs détails : que
le corps soit rayonné ou bilatéral, d'une
seule venue ou articulé, réduit au tronc ou
muni d'appendices ; que ceux-ci aient telle
ou telle forme, c'est la locomotion qui y est
la première intéressée , et son appareil qui
réclame la part la plus importante de ces
modifications. Nous avons vu qu'une fibre
particulière, douée de contractilité , est l'é-
lément essentiel des organes locomolenrs, et
que cette fibre compose au-dessous de la
peaux des couches qui se ]jartagent les prin-
cipales directions du mouvement. Ce par-
tage est porté à son dernier terme de spé-
cialité par la subdivision de chaque couche
en faisceaux, destinés à produire des mou-
vements particuliers.
C'est ici -un perfectionnement qui en ré-
clame d'autres : çuand les couches charnues
se subdivisent, c'est pourproduire des mou-
vements partiels et pr'cis , et dans ce cas il
faut aux faisceaux particuliers , aux mus-
cles, des points d'aj>pui et des parties spé-
ciales à mouvoir. C est alors oue nous voyons
s'ajouter à la partie essentielle et active de
l'appareil locomoteur, une partie auxiliaire
et passive, un squelette. Ce squelette est d'a-
bord fourni par la peau, et c'est tout particu-
lièrement le cas des premières classes de?
animaux articulés, notamment des crustcV-
cés et des insectes. Mais il permet une loco-
motion plus én^rjiique lorsnue , laissant la
peau h ses fonctions naturelles et à sa sou-
plesse, le squelette se forme au centre des
couches locomotives et se place directement
sous leur puissance. Il commence par entou-
rer les jirands centres nerveux de cette sé-
rie de pièces qu'on nomme des vertèbres,
puis il étend sur les deux côtés de Taie
vertébral les appendices qui en avant for-
ment la face et complètent la tète, ceux qui
plus loin constituent les côtes et soutien-
nent les parois cavitaires du tronc, ceux enfin
32
1005
NAT
DICTIONNAIRE
NAT
m
qui forment les membres proprement dits,
avec tous ces modes de terminaison qui en
fout tour à tour des nageoires, des ai es, des
organes marcheurs ou des organes préhen-
seurs. Cet aperçu doit nous suffire pour con-
cevoir la puissance et la variété de cette ac^
tivité spontanée dont jouit Tanimal , tantôt
dans un milieu aquatique, tantôt en pleine
âtmosj;)hère, ou bien sur le sol auquel il
s*appuie, se transportant d'un lieu à un
autre, poursuivant l'objet de ses désirs,
fuyant le danger qui le menace, pourvoyant
à tous ses besoins.
Si de cette vie supérieure C[ui commence
f>ar la sensation, et qui réagit au dehors par
e mouvement, nous descendons à cet autre
ordre de fonctions qui nous rappelle et qui
semble devoir reproduire dans Tanimal la
vie de la plante, nous nous trouvons encore
l)ien loin de celle-ci. Tout , jusqu'à la nu-
trition, porte ici le cachet de l'animalité,
Emancipé du sol , l'animal ne se nourrit
que de matières organiques , et sa vie n'a
pas pour but la multiplication , l'entasse-
ment de ces matières ; ce rôle est celui de la
végétation. La nutrition animale est une
nutrition d'entretien , de développement ;
une nutrition modificatrice, première mani-
festation d'une force qui se prépare ainsi les
conditions organiques d'une activité plus
élevée.
Ici toutes les expansions nourricières de
l'être vivant se retirent du sol pour rentrer
dans l'organisme, et pour y constituer non-
seulement des surfaces absorbantes, mais ce
^rand appareil d'élaboration alimentaire
qu'on nomme l'appareil de la digestion, et
dans lequel nous retrouvoas , quoique très-
modifiés, tous les éléments de l'enveloppe
générale, une peau sous le nom de membrane
muqueuse, et des plans de fibres contractiles.
Les aliments dont lanimal se nourrit
sont saisis par les organes locomoteurs, di-
visés et plus ou moins ramollis , puis sou-
mis à des sucs qui agissent sur leur nature
chimique, absorbés enfin après cette élabo*
ration, en laissant un résidu dans lequel les
liquides élaborateurs entrent pour une bonne
part, et qui bientôt est rejeté. Cette série
d'opérations suppose un concours de dis-
positions organiques spéciales ; des organes
préhenseurs et des agents de division mé-
caniçiue, des organes pour la sécrétion des
liquides qui doivent dissoudre ou modifier
les substances alibiles , des smrfaces absor-
bantes, des couches de fibres contractiles
poui* faire cheminer les matières soumises
a ces divers actes ; sans parler des différen-
ces de forme que prendront les régions
successives de l'appareil, tour à tour resser-
rées en canaux ou élargies, selon que les ali-
ments devront les traverser ou s'y accumu-
ler. Mais que l'appareil soit simple, comme
dans les animaux inférieurs, ou qu'il se com-
plique plus ou moins , il présente toujours
ces mêmes traits essentiels d'organisation et
d'activité, qu'il doit me suffire de rappeler
en ce moment pour caractériser les premiè-
res opérations de la nutrition animale.
Absorbée par les parois intestinales, el
introduite dans les tissus de Tanima!, la
matière alimentaire a de nouvelles modifi-
cations à subir, et elle les subit à mesure
qu'elle s'avance vers le centre de l'orga-
nisme.
Cette fois ce n*est plus une sève chargée
d'éléments inorganiques , qui, s^aidant des
forces physiques , chemine lentement dans
les voies irrégulières et capillaires que lais-
sent entre elles des cellules élaboratrices:
c'est un liquide qui porte déjà le sceau de la
vie et de l'organisation, et qui trouve deTani
lui des^ voies toutes formées dans les inlor-
valles des organes et de leurs divers élé-
ments de texture. Puis ce tribut de Talimen-
lation vient enrichir un fluide nourricier
3ui parcourt incessamment l'organisme en
eux sens inverses. Jeté par les contractions
d'un muscle creux dans un système de ca-
naux ramifiés qui le distribuent, en se divi-
sant à tous les organes, ce fluide revient de
ceux-ci à son point de départ, ci roulant ainsi
d'un centre d impulsion à la périphérie, ol
de la périphérie au centre, passant du cœur
dans les artères, qui le portent dans lorja-
nisme entier, et revenant au cœur parles
veines. Ce qu'il y a ici de constant , d essen-
tiel, ce n'est pas la présence des canaui ar-
tériels et veineux qui régularisent le couis
du sang ; c'est le double mouvement de ce
liquide sous l'action du cœur, d'une force
de vie et non plus d'une force physique;
c'est ensuite le double échange qui se fait
entre la partie liquide et la partie solide de
l'organisme, dans l'intimité des tissus ri-
vants , et les modifications réciprooûes q\ii
en résultent pour le sang et pour les orga-
nes, à la fois nourris, renouvelés et raniinés
par cet échange, tandis que le liquide noD^
rider s'y altère, et par les pertes qu'il subii.
et par les matériaux qu'il emporte. La un-
trition animale est tout entière dans («"t
échange, dans ce renouvellement conlinutl
des éléments organiques.
Le sanç répare ses pertes par Talimeota-
tion ; il élimine sa surcharge par des sécré-
tions dépuratrices et par la respiration,
fonction toute animale , trop longteoip»
comparée à celle qui appartient aux leoiile»
dans les plantes. Les plantes comme les ani-
maux font, en eS^et, des échanges avec YtA-
mospbère, mais le but de ces échanges ue
difiEère pas moins que les matériaux qui en
sont l'objet. Les végétaux, par leurs parties
vertes et sous l'influence de la lumière, pui-
sent dans l'air de l'acide carbonique; il>
fardent le carbone et rendent l'oiygène à
atmosphère ; c'est^àndire qu'ils gardent et
fixent dans leurs tissus un des éléments qf^i
concourent à la composition de ceax-o.
Leur prétendue respiration est donc un arti?
carboniqiu, . -
du carbone uni à de l'oxygène. On peo'
considérer l'oxygène qu'ils respirent comp*
servant à entraîner, en les brûlant, en s o-
nissant à lui, le carbone de l'acide eiW^-
IM
KAT
DAMIUIOPCILOCIE.
NAT
iO€6
Par conséquent, la respiration animale, loin
d'être an acte de nutrition , est une sorte de
dépuration, qui enlevant au sang un excès
Je carbone, lui rend ses qualités riviGantes,
en même temps qu'elle élèye la tempéra-
ture de Tor^anisme proportionnellement à
l'actif lié de cette fonction. Les plantes et les
animaux» par leur action inverse sur Tat-
roospbère, se rendent un mutuel serrice,
chacun des règnes donnant au milieu aérien
l'élément que l'autre réclame. Quant à Tap-
pareil de la respiration , il consiste en une
membrane absort)ante baignée ou abreuvée
d'une part par le sang, en rapport de Taulre
arec le milieu qui doit lui fournir de Toxy-
^ène et se charger de Tacide carbonique
eihalé. Ce sera ou une branchie, c*est-à-aire
une expansion tégumentatre plus ou moins
dlTisée, sll s*agit d*un animai qui doit res-
j>irer dans Teau, ou un système de rentrées,
'ie cavités en communication avec Texté-
rieur, des tracbfes ou des poumons, si ra-
nimai est aérien. Dans ce dernier cas , et
souvent aussi dans le premier, l'appareil lo-
^t>moteur fournit des parties auxiliaires à la
respiration, pour foire arriver le fluide res-
pTable à la suriace cfui doit faire échange
ûe matériaux avec lui. A son tour, la respi-
ration exerce une influence très-prononcée
sur Tactivité de la locomotion, et les animaux
ûoot s'élève le plus la température élevée sont
aussi ceux dont les muscles ont le plus d*é-
ner^ie, dont les sens sont le plus éveillés,
et, toutes choses égales d'ailleurs , Tensem-
oie de la vie porté à sa plus haute puis-
sance.
Parmi les fonctions de Téconomic ani-
male, il en est encore une qui, malgré les
analogies qu'elle présente dans les deux rè-
gnes, se distingue dans celui qui nous oc-
nipe par quelques traits assez significatifs ;
je veux parler de la reproduction.
La génération proprement dite, la géné-
ration par des ovules fécondés , se montre
'if^jà chez les animaux inférieurs à côté de
la faculté que possèdent ceux-ci de se re-
produire par division et par des germes
simples; et non-seulement le premier, le
ni us sp<^ial de ces modes de propagation de
i'esj>èce, existe généralement dans toute la
>éne animale, mais ce qui , pour les végé-
aux, est Texception, le partage des orga-
les reproducteurs entre deux sortes d'indi-
riijus, devient la règle chez les animaux. Ce
lemier fait qui , comme toute spécialisa-
ion, est un progrès, reçoit une nouvellesigni-
ication de la spontanéité d'action qui signale
es relations des êtres animés. L'attrait qui
approche les deux sexes fonde ici un com-
Liencement de vie sociale, ou du moins j
ontribue i>our beaucoup ; ce qui n'est pas
iioins significatif, ce sont les soins que les
larenls prennent souvent de leur progéni-
urc ; pour certaines espèces , ces soins se
•Ciment à placer les cnus dans les condi-
ions les plus favorables, à mettre les petits
iiî en sortiront à portée de la nourriture
uî leur convient le mieux ; pour les clas-
sas supérieures du rè^ne, il s'agit d'une vé-
ritable éducation qui continue jusqu'au
moment où les forces des jeunes leur ren-
dent inutiles les secours de leur mère.
La nature de lanimal, bien différente en
cela de celle de la plante est susceptible de
gradation, de développement, il y a place
pour de nombreux échelons entre la pre-
mière trace d'irritabilité qui se traduit aus-
sitôt par des mouvements, et cette sensibi-
lité diversifiée qui entre en action à Tocca-
sion d'une excitation du dehors, et qui,
avant de provoquer la contraction d'un
muscle, suscite des perceptions, des rémi-
niscences, des associations d'idées, éveille
des affections, à la suite desquelles vien-
nent enfin un choix, une préférence, une
détermination, et l'acte (jui en est la con-
naissance. Cette gradation, réalisée par la
multitude des espèces animales, met une si
Srande distance entre les premières et les
ernières de celles-ci, qu'il est permis de se
demander ce qu'il y a de commun entre el-
les, ce qui raine ces espèces en un même
système, comment il se peut que le zoopbyte
et le mammifère appartiennent au même
r^;ne? Ce qui fait l'unité du système, ce qui
permet de comprendre cette longue série de
termes divers sous le nom d'animalité, c'est
quesi les facultés grandissent, le but de l'acti-
vité demeure le même : ce but^ c'est la conser-
vation de l'individu et celle de l'espèce. Au-
cun animal, livré à son impulsion naturelle,
ne va au delà des besoins qui intéressent
son bien-Atre, son existence, et la propaga-
tion de sa race. Le polype dérobe ses bras,
puis son corps, à l'ennemi que lui dénonce
son obscure sensibilité tactile; ou bien il
s'épanouit dans l'eau qu'il habite, cherchant
à saisir une proie au passage. Placé au som-
met de l'échelle, le mammil'ère fait-il autre
chose que de se défendre contre ses ennemis,
de chercher sa nourriture, de perpétuer son
espèce? Il déploie sans doute dans tout cela
des ressources bien supérieures i celles du
polype ; il ne se borne pas à produire de
nouvelles générations, il pourvoit à leurs
premiers besoins. La vie animale s'élargit,
s'élève même , mais change-t-elle de carac-
tère? Non, car elle demeure identique par
ses résultats.
Envisagé dans le caractère général du dé-
veloppement qu'il représente, le rè^e ani-
mal s élève dans la direction de lliomme ;
mais le p\an suivant lequel s'accomplit cette
progression n'est pas celui qu'exige la logi-
que des théories qui veulent que la nature
soit en voie d'évolution spontanée, et mar-
che par nuances d'une forme à une autre. Au
lieu d'une série de termes posés sur une
même ligne et se servant de transition , au
lieu d'une chaîne continue, le règne animal
nous offre des espèces inégalement espacées
et distribuées en séries partielles,pe its grou-
pes qui en forment à leur tour de plus gé-
néraux, et nous atteignons ainsi de grandes
séries représentant autant de types de pre-
mier ordre. Or, le progresse réalise d'abonl
de type en type ; puis, pour chaque tyiK>
principal, de classe en classe ; et c est ainsi
1007
NAT
DICl lONNAlRE
MG
que ranimai vertébré construit sur un plan
très-supérieur à celui de l'insecte, progresse
à son tour des poissons auxamphibiens, de
ceux-ci aux rep^tiles , des reptiles aux oi-
seaux, et des oiseaux aux mammifères , les-
quels à leur tour réalisent, dans la série de
leurs ordres, un véritable progrès. C'est en
vain qu'on voudrait essayer de rattacher sé-
rialement le dernier des poissons aux pre-
miers insectes , le dernier des mammifères
aux oiseaux du premier ordre ; tandis que,
de type à type, de classe à classe et d'ordre
à ordre, en un mot, entre les éléments
d'une même série nous reconnaissons les
termes successifs d'une même progression.
Nous aurons besoin de nous souvenir de
ces faits, lorsque la question des. races hu-
maines ramènera pour nous celle de l'es-
pèce et de son origine. Bornons-nous en ce
moment à ajouter que , dans l'étude du plan
de la diversité des espèces animales, il faut
tenir compte non-seulement des caractères
qui appartiennent au développement du rè-
gne, mais encore de ceux qui, plus acciden-
tels en apparence, harmonisent Torga-
jiisation avec certaines conditions de séjour
ou de régime , et permettent ainsi la diffu-
sion des animaux sur toutes les parties ha-
bitables du globe. C'est ainsi que, dans le
sein d'une même classe, nous rencontrons
des habitants de la mer, les cétacés, et des
habitants de l'air, les chauve-souris , réunis
à des espèces terrestres dont les unes vivent
même sur le sol et d'autres sur les arbres. En
dehors de ces modifications, nous voyons,
parla distribution géographiaue des ani-
maux, que le cosmopolitisme du règne se
réalise par un certain nombre de centres de
population, qui donnent aux espèces d'un
même groupe des parties différentes, au-
tre fait qui se représentera à notre apprécia^
lion à propos de la diversité du genre hu-
main.
Pour qui veut écouter le langage de l'ex-
périence plutôt que le besoin de reposer son
esprit dans l'unité d'un fait général qui ab-
sorbe toute diversité ; pour qui préfère une
notion positive à une vague aspiration, une
vue directe des choses au mirage des pers-
pectives lontaines, enfin une science posi-
tive et prudente aux spéculations de l'idéa^
lisme, la nature se présente comme une
construction harmonique , non comme une
chatne, non comme une série de manifesta-
tions successives et procédant les unes des
autres, non comme révolution spontanée et
{)rogressive d'un fait principe , non comme
a détermination diversifiée d'une première
existence indéterminée, non comme la forme
Tisible d'un Dieu à la fois substance, cause
et phénomène. Les éléments divers qui
composent le monde sont dis-je, les uns à
l'égard des autres, dans un rapport d'harmo-
nie physiologique , et rien n autorise, tout
éloigne au contraire , de l'hypothèse de leur
relation généalogique. De l'empire inorga-
nique au plus simple des corps organisés ,
il y a une distance que rien ne remplit : la
nature physique et la nature vivante sont
deux assisses «iiperposées et nondeslermes
consécutifs dont le premier engendrerait le
\ second. L'animal n'est pas non plus un m.
l duit perfectionné de la vie végétale. Éilin
1 les espèces des deux règnes organiques
M. montrent, à la manière dont elles se m-
n.pent et se conservent, qu'elles ne procèdent
\ Vas les unes des autres. Indépendants par
' lo. ur origine, placés par leurs caractères à
des • distances inégales, mais rattachés te
uns aux autres par la communauté Sm
Tîiême fonds matériel et de quelques pro-
priéti ^s générales, les règnes de la nature
sant .les étages successifs d'un édifice; cet
édifice nous dénonce un architecte suprême,
créateur et ordonnateur tout à la fois, oui a
mis partout le cachet d'un pensée providen-
tielle; il *a procédé dans ses actes de création
des oondîAions générales de l'existence maté-
rielle à des conditions de structure deplos
en plus spô^ciales, d'une activité uniferselle,
simple, nécessaire et réglée avec la dernière
rigueur, à ane vie de plus en plus spon-
tanée. Mais cette œuvre ne s'est point éle-
vée jusqu'à la vie animale pour s y arrêter;
elle tend à un terme supérieur à l'homme,
qui, à ce point oit nous sommes arriréS) se
Présente devaat nous, entouré desélémenu
e comparaison que nous venons de réunir
pour comprendre ses caractères , pour m^
surer sa supériorité, pour lui assigner s«
place et son rôle ; par lui, nous achèTeron«
de comprendre la nature, et nous pourrons
. donner une formule du système de création
dontU est le conronnemeut {Voy. Hollud.
De Vhofntm et des races humaines.)
NATURE ; il y a un dessein dans ses on*
vrages. Voy, V Introduction.
NECKER DE SAUSSDRB (Madame}. Toi
Langage.
NEGRES .^ELAGIENS. — Une popnlatios
noire à chevelure laineuse, ressemblant par
les traits et la couleur aux nègres de Gniiiéf.
est répandue au loin dans Tarchipel indien.
Elle habite l'intérieur de beaucoup d*iies H
M. Grawford nous apprend que aans dan-
très îles d'où elle a disparu on trouTe en-
core les traces de son existence. Dampieret
d'autres anciens navigateurs en ont rencon-
tré le long des côtes septentrionales de U
Nouvelle^Guinée, de la Noiivelle-Brettpif
et de la Nouvelle-Irlande ; il parait, d'âpre
les récits des voyageurs, qu'outre les Pfr
pouas hybrides, dont nous avons déjà ftu
mention, il y a dans ces parages des tribn.^
à cheveux courts et laineux qui ressemblent
beaucoup plus aux Africains. A quelle éçtr
que se sont-elles répandues dans ces régions
c est oe que Ton ne peut détenDinen H
nous ne savons pas non plus qu'elle fot
leur premier point de départ. Il est à remar-
Suer que le pays montagneux de Tintéheiff
e la péninsule malaise est habité parde5
peuples à chevelure laineuse, qui sont c(^
nus sous le nom de Samany, et qoe h^
suppose être les aborigènes du pays qitf ^
partagent aujourd'hui les Orang-Benuas «
les habitants des plaines. On dit que (t^
derniers ressemblent aux Malais. Aai ^
m i^fiti DANTIlROPOLOGiC. KEC iOlO
ADdaman , (tans le golfe du Ben^le , on bien peu de nègres ont éié con virtis ; ear. es
rocherchant dans le registre où sont imcrit».
connaît un pea)>lé tout semblable, et ces Iles
forment la limite orientale de la région où
on Its a trouvés.
I Les nègres pélagiens sont eonnus depuis
longtemps comme hatritants de l'intérieur
des Iles Penang» dans Tarchipel des Phiiipi-
nes, oà ils ocoupent, loin de la côte, des can-
tons montagneux. Une des petites lies a été
nommée à caose d'eux : Jsta tfe loi negros^
dans d*atttres tles, on les appelle neariios
âd monte. Ils portent encore le nom d'Aïg-
(as et dlgnatast ce quir suivant don Fran-
cisco Garcia de Terres, signifie noirs. Oh
les appelle aussi I^olotes. Nous avons de
nombreuses descriptions de ce pepple dans
les écrits des missionaires catholiques qui
)0( résidé aux îles Philippines.
Il paraît, d'après tontes ces relations qu'il
r a Jeux races de noirs dans Tinténeur
ks lies Philippines. Ce qui suit est extrait
la récit de i*abbé Bernado de la Fuente.
^ Les noirs des lies Philippines sont de
teui races difTérenles. On suppose dans le
^p cnie Tune descend des Malabars ou Se-
^ys (Cipajes), parce que, bien que leur
mu soit tout à fait noire, leurs cheveux
r^nt longs, &ns et brillants comme ceux des
utres Indiens, et leur visage n'est {>oin,t
éfî^niré par le nez épaté et les grosses lè-
res des nègres de <jUïnée. Ce peuple, soH
ton l'observe dans l'état d'esclavage, soit
iion le considère dans l'état de liberté, a
« manières qui indiquent un certain de-
^é de cjrilîsfttion,
« O'jant aux noirs de la seconde race que
>B connaît sous le nom d'Aïgtas, ils sont
«perses dîins les montagnes, où ils mènent
^ vie errante ; ils ont dans leurs traita
^lipxe chose de la difformité des nègres,
comme eiw, ils ont les eheveui crépus.
ïen trouve quebpies-un» dans l'île de Lu-
B, et ils sont très-nombreux dans ïlsla de
^negroiy dont ils se croient les premiers
bitâats. On diiait que ces mafheupeux
lit sous le poids d*une malédiction divine :
vivent dans les bois et les montagnes à la
nière des animaux, par familles séparées leVtes du bisaya et*du ta^ala, qui sont les
i errent à Tarenture, en se nourrissant^ idiomes principaux des Iles Philippines, et
^ fruits que In terre produit spontané- ^ sont connus pour être des dialectes de la lan-
!ot. Il n*eat jamais venu à ma connais* * me malaise. L*abbé Terres dit : « La lingua
ice qu'ufie de ces familles nègres ait fixé 3eir Isola, delta de* negri è la bissava stessa,
aemeure dans un village. S'il lenr arrive col miscuglio dî moUissime parole fores-
tieri »; et de La Fuente répète dans un au^
tre endroit ce qu'il a dit de leur langue dans
le passage cité plus haut : Lo loro linma è
bohalana^ poicheniesiami parfat^ano ieobene
adutterata.
A ))artir de l'extrémité méridionale de la
Nouvelle-Bretagne et de la Nouvelle-Irlande,
on trouve des peuplades de nègres pélagiens
dispersées dans les archipels de la Louisiane
et des îles Salomon tusqu'à Santa-Cruz , et»
encore pins loin, dans les Nouvelles-Hi^-
brides et la Nouvelle-Calédonie. Du reste,
l'ethnographie de ces derniers pays n'est
encore qu'imparfaite^ient onyg^ <|t nlu-
aieurs voyageurs nous r- ^^
que les cheveux des' nou^
les baptAmes depuis deux cents ans, je n'ai*
trouve que le* nom d'un seul de ces hom-
mes. J'ai toujours été très-doux et très-bien-
veillant avec ces familles de noirs, espérant
Îue la grâce du Seigneur finirait par fructi-
er dans leurs cœurs, et je m'aperçus à la
fin qu'ils commençaient à avoir confiance en
moi et qu'ils m'obéissaient pour plusieurs
choses. » Noire auteur ajoute qu'ils parlaient
la langue bobalane, et que Ton supposait
qu'ils descendaient de nègres africains, con-
jeclure aussi peu fondée que celle par la-
quelle il fait descendre des Malabares l'autre
race noire à cheveux lisses. On lui dit qu'il.
y avait, dans l'intérieur de l'île, des nègres
qui avaient les yeux tout à fait rouges, et
qui étaient cannibales , mais il n'en vit ja-
mais un seul.
Le capitaine Gabriel Lafond (de Lavey) a
donné récemment des détails très-intéres-
sants sur une tribu de ces nègres qui habi-
tent riJe de Lasso, où ils occupent des lieux
d'un abord très-difficile. M. Lafond a visité
un de leurs villages dans^ la montagne, et il
dit que les habitants avaient les mosurs les
Clus^ sauvages. Cet auteur s'accorde avec
egenlil pour les représenter comme des
sauvages presque nus, à nez plat et ayant
les chevaux semblables à de la laine ou du
coton. Ils ressemblent parfaitement aux nè-
Îjres de lllede Luçon. Ils sont maigres, ont
e corps gréb, et paraissent très-agiles. Leur
taille est remarquablement petite, ne s'éle-
vant guère au-dessus de quatre pieds, ël
plus près de quatre que de quatre et demi.
Sous ce rapport les Inagtas ou Igolotes res-
semblent a certains Samangs des montagnes
malaises que Crawford représente comme
étant d'une race très-petite. M. Lafond re-
connaît que dans d'autres lieux leur stature
est plus élevée.
Il est à remarquer que M. Lafond, de
même que tous les missionnaires qui ont
f)u connaître ces peuplades noires des Phi-
ippines , affirme qu elles parlent des dia-
>.
tre faits esclaves par les màhométans, ils
«ssent battre jusqu'à La mort plutôt que
•e soumettre à aucune fatigue corporelle,
li la forée, ni la (persuasion ne peuvent
enir d'eux le moindre travail. Non loin
ma mission de Buywan, dans l'île dé lo$
Fos, il se tr<mv«it une borde de familles
noirs qui avait certains rapports de
aaierce avec quelques Indiens barbares ;
i*ri leur doniièreat l'idée que les tenta-
'* que je ftdaais pour les engager k reee-
r le tMptème n'avait d'autre objet que de
mettre dans une poeition où le gouver-
^leiit pûl les Ibrew h payer le tribut : en
^luenee, je ne parvins jamais h réus-
«uj»rè9 d'un seul. Je crois en général que
lOH
NEG
DICTIONMASRE
WS
fOti
soient crépus et très-frisés, ils ne sont pas
semblables à ceux des Africains. L'Ile de
Màllicollo renferme à ce qu'il parait une
race de nègres petits et grêles dont la tête,
ainsi que Cook Ta remarqué, est singulière-
ment prognathe. Enfin, les Xasmaniens, ou
naturels de la terre de Diémen, peuple pres-
que entièrement exterminé aujourd'hui ,
• sont décidément de lai souche des uè^^res pé-
lagiens.
On a supposé que la race des nègres péla-
giens s'étendait à l'est aussi loin que Tarchi-
])el des îles Fidji, dont les habitants parais-
sj'ut avoir avec eux quelque ressemblance.
Ce y^oupe d'îles a é!é visité par le capitaine
d'Urville, à qui nous devons de nouveaux
renseignements sur le pays et sur sa popu-
lation. Ces îles spnt appelées par les indigè-
nes, îles Viti, et il paraît que Fidji n'est que
Taltératien de ce mot dans la langue tonga.
Ils se donnent à eux-mêmes le nom de Kaï
Viti, et désignent leurs voisins, les insulai-
res de Ton^a, sous celui de Raï Tonga, mots
formés de la racine taï, qui veut dire man-
ger ou vivre. M. d'Urville etdonpé le portrait
d'un iusulaiçe dçs llçs Viti, nommé Tambua
Nakoro. Cet homme , à ce qu'il dit, avait
des manières prévenantes, une physionomie
agréable et un caractèro très- doux; il lui
parut de beaucoup supérieur à tous les sau-
vages qu'il avait vus jusqu'alors. Par l'en-
semble, de. tout sou extérieur, l'expression
de sa physionomie , la couleur de sa peau,
qui u était que d'une teinte basanée, il rap-
pelait à M. d'Urville le type ^rabe : « Sou
intelligence, dit le célèbre navigateur, ne le
cédait pas à cellç de ces homm^ naguère si
célèbres dans les arts et les sciences. » Sa
conduite, à bord du vaisseau, fut toujours
grave, convenable, réservée. îl parais'sait
avoir beaucoup do calnje, quelles que fus-
sent les circonstances, il ne s'abandonnait
pas, comme ses compatriotes, à des transp(n*ts
immodérés de joie ou de chagrin, d^ colère
ou d'enthousiasine. « Les caractères physi^
ques de cet homme étaient également remar-
quables. Sa chevelure, abondante et frisée ,
ressemblait presque h celle des Pai)ouas, et,
ce gui lui donnait l'air le plus étrange» elle
était du plus beau noir sur le devant de la
tète, tandis que par-derrière elle était d'un
rouge foncé ; cette diversité de couleur ré-
sultait, à ce que suppose M. Dumont d'Or-
ville, de quelque procédé artificiel exf. usage
parmi <;.es insulaires. ». ^
. M. d*Urvilie partage l'opinion générale re-
lativement à l'origine des habitants des îles
V^ili. Il pense que la race noire, après s'être
avancée progressivement vers l'est, s'est re]>
contrée dans ces lies avec les Polynésiens,
qui étendaient leurs conquêtes dans une di-
rection opposée, et que, leur ayant résisté
avec succès dans ces iles, elle a empêché les
progrès ultérieurs de l'invasion. Fjrtchard
n'admet point cette rencontre» car il ne doute
point que la race malaise se soit elle-mâoiû.
avancée de Tousi à l'est, et il croit , avec
M. Lesson, que la race polvnésienne avait
peuplé les groupes éloignes du Grand-Océan
avant les nègres pélagiens, qui s'avancèrent
«ensuite dans la même direction. Tfous n'a-
vons pas encore de renseignements suffisants
sur les habitants des îles Viti pour émettre
une opinion définitive sur ce sujet ; mais
Guillaume de Humboldt a montré qu'il y a
de fortes raisons pour révoquer en doute
Tooinion généralement reçue.
Nègres. Voy. ethwpique (Race)
NEGUSU. Voy, ÂBYSsiN^Eifs.
NELUMBO. — Le Nelumbo élégant (AV
lumbiuvi speciosum) est le padma sacré des
Indiens, la fleur du loto$ aes anciens, dont
les fruits et les racines étaient bons à man*
ger; les mythologies des peuples qui ont
connu cette'^plante se sont plu à se jouer
sur elle de diverses manières. Les feuillets
rondes dentées qui s'élèvent au-dessus des
eaux avec leurs pétioles épineux, ces gran-
des fleurs polypétales de couleur rose, et qui
ressemblent à celles du nénuXar, leur odeur
douce et suave, tous cçs brillants avantages
attirèrent sur elle les çegards de la popula-
tion à l'exclusion de tous les autres végé-
taux.
L'élégant Padma put devenir remblèmedc
la nature productrice , parce que, dans k
centre du noyau, on voit d^à rembryoa
tout formé, semblable à un bourgeon vl'rt.
U paraît qu'on a transporté sur la i^ve les
idées religieuses et mystérieuses attachées
çu Padma. La ressemtdanœ extérieure de h
noix de Padma avec la fève fut la cause pour
laquelle on appela la fève d'Egypte le lota$,
pour le distinguer de la fève grecque; ma s
on ne s'en tint pas là. La sainteté qui envi-
ronnait le lotos passa à la fève commune^
Earce que, peut-être, le rempl^ça-tl-eUe iians
',s contrées sèches et arides. De là vint h
défense de manzer des fèves , qu'on attribue
communément a Pytbagore. Mais diaprés
Aulu-Gelle, le vers si connu qui contient b
défense de l'usage des fèves est d'KmpédO'
cle ; suivant les Géoponiquês , il serait d*Or-
phée. Hérodote (i. u, c. 37) attribua oett<
Erohibition aux anciens Egyptiens. Il e>t
ien constant que , dans une antiquité Irèr
reculée, les Egyptiens fuirent en relation de
commerce avec les Indiens, et que Tin-
' fluence de ces derniers opéra la fusion de h
religion du fétichisme et des noines d £-
gypte. Chez les Bomains qui, par leur lan-
gue et les usages, se rapprochaient encore
plus des Indiens que. des Grees^ la Sève de-
vint aussi une chose sacrée et religieu:^'.
Nous en trouvons U preuve dans les Fa-
bariœ^ ffttes eopsacrées à la déesse Carua. It^
fèves noires avec lesquelles ou metiait ea
fuite les Umureê^ et la fab0 re/ertra, qu'on
rapportait des champs quai^d on revenait tit
semer. La culture oe la fève s'^t répandue
très-loin : elle est pratiquée dans toute i*£a-
i^ope, en Asie, jusque dans la nartie septeo-
trionale de l'Inde, eu Gbiae, ou elle exisUit
depuis les temps les plus aticiens» s'ii fitu
en croire les Mémoires sur les CkîMêi^.
NËVROLOGIE. Voy. Ahatomib ii^iiAfiiu
NIGOLAS (Augcstk). Voy. Lawaqk.
NISIS FORMAT! VI S. Voy. Vabutios
mi
NOM
DXMUROPOLOGIE.
NOM
10U
KOBATES. Voy. Ni
NODIER. Voy. LAïfCAGB.
NOMADES (Races). — Ces races, an nom-
bre de cinq, suivant Pricfaanl, appartiennent
au rameau Mcyihique d^ quelques autres
ethnographes.
La grande ré^^on centrale de la hante Asie,
d*où naissent tous les fleuves qui vont se je-
ter, au sud dans l'Océan indien, à Test dans
la mer d*Okhotsk et du Japon, au nord dans
la mer glacée de la Sibérie, peut être consi-
dérée comme un immense plateau égal en
superflcie au quart de tout le continent asia-
tique 11 est ceint de deux côtés, c'est-à-dire
au nord et au sud, par une double chaîne de
montagnes, dont chacune s'élève de b^u-
i-oup au-des5us du niveau des neiges perpé-
tuelles. Des ouatre chaînes dont se compose
cette double iMirrière, les deux méridiona-
les sont mimalaja et le Kuen-Lun. Cette
dernière chaîne, située au nord de la ure-
tuière, lui est en partie parallèle. Dans V es-
i»ace qui les sépare et qui comprend les
iiauts pays du Thibet, de Ladak et de
H'Lassa, près du lac sacré de Manasa-Saro-
wara, naissent les deux grands fleuves de
rinde, rindas et le Brahmapoutra, qui em-
brassent des deux côtés et isolent toute la
ré^xion connue sous le nom dlndoustan. Au
nord du Kouen-Lun, on trouve le grand pla-
teau centr^il de la haute Asie, où coulent plu-
sieurs rivières qui, ne pouvant trouver ais-
sue à travers ces barrières de montagnes,
versent leurs eaux dans des mers intérieu-
res. Les rivières qui se jettent dans le
Koko-Nor ou le lac Bleu, dans le Nor-Saisan,
le Lob-Nor et la mer de Balkasb, fertilisent
de vastes pâturages; c'est là que, de temps
îmmémonal, les nomades de l'Asie centrale
ont conduit leurs tit>upeaux; c'est là que se
sont multipliées les hordes qui devaient plus
iard, sous la conduite des Attila, des Gen-
lU^Khan, des Timour, changer la face de la
société dans une grande partie du monde
habitable. Au nord de la plaine centrale, le
Tian-Shan ou la Montagne-Céleste, et la
montagne d'Or ou l'Altaï, limitent la région
njontagneose qu'ils séparent des contrées
liasses, à travers lesc[uelies courent les fleu-
ves de la Sibérie, qui vont se jeter dans la mer
<vlaciale. Sur divers points de ce plateau que
l*on peut nommer l'tle de la haute Asie (car
ce devait être une lie à Tépoque où l'Océan
n'avait pas encore, dans sa retraite proçres-
^tre, laissé à sec les plaines basses qui en-
▼ironnent de tous côtés ses hantes terrasses),
cJemeuraient ou plutôt erraient les cinq ra-
ces nomades. Nous en comptons cinq, bien
«]u'îl y en ait une dans ce nombre que i'Iiis-
toîre ne peut suivre jusqu au plateau ; si l'on
est conduit à admettre qu'elle en est descen-
due du côté du nord-ouest, c'est par des
déductions tirées de certaines affinités de
langages, certaines conformités de caractères
fthvsiqttes et moraux , existant entre cette
première iamille de nations et les trois prin-
cipales famille5 nomades. Une quatrième fa-
mille, celle du sud-est, n'appartient pas au
centre du plateau , mais à son bord thibe-
tain. Les trois familles du groupe central
sont les races turque, mongole et tongouse ;
la branche du nord-^uest, c'est la branche
ugorienne ou ugrienne, que quelques écri-
vains désignent sous le nom de race finnoise
ou de Tschudis ; la branche du sud^st est
celles de Bohtjias, peuple montagnard éta-
bli vers les frontières nord de l'Indoustan,
et qui s'est approprié le nom de Tartares,
quoique n'ayant aucun droit à ce nom célè-
bre, lequel appartenait, dans l'origine, aux
tribus mongoles des bords du lac Bouyir.
Affirmer que toutes ces nations appartien-
nent à une môme race, ce serait aller au-delà
des limites légitimes de Tinduction; et
pourtant il faut reconnaître que, dans bien
des cas, on s'est contenté, pour établir une
identité de races, de preuves beaucoup
moins satisfaisantes.
Toutes ces nations, excepté la race ugo-
rienne, pour laquelle on ne peut à cet égard
rien afinner, ont habité ou plutôt ont erré
de temps immémorial dans des pays conti*r
gus ; elles sont, quant à l'état social et aux
progrès dans les arts, à très -peu près sur un
même niveau : leur caractère moral, leurs
mœurs et leurs habitudes sont semblables ;
leur religion et leurs superstitions étaient
anciennement les mêmes ; leurs caractères
physiques peuvent à peine donner lieu à
des distinctions (653). Leurs langues, quoi-
aue n'étant pas identiques^ et ayant même
été longtemps considérées par les^^auteurs les
plus instruits comme tout à fait distinctes,
ofl^nt cependant, quand on les analyse avee
soin, des analogies qui prouvent entre elles
une parenté éloignée, mais réelle, compara-
ble à celle dont on a récemment démontré
l'existence entre les membres les |[»Ius éloi-
gnés du groupe indo-européen. Il n y a d'ex-
ception à fpire que pour la langue du Bou-
tan, à laquelle cette remarque pourrait bien
ne pas s'appliquer, ou du moins qe s'appli-
quer que partiellement.
Bien qu'on ait une histoire des oation^
mongoles écrite par un prince mongol, une
histoire des nations torques écrite par up
khan turc, et ^e les deux nobles historiens
prétendent suivre les faits et. gestes de leujr
race, à partir du commencement du. monde,
on peut dire réellement qiie les peuples nor :
mades de l'Asie centrale ne possèdent poinjt
de titres historiques qui remontent jus-
qu'à' leur origine. Les compilations d'Abul-
fhasi Bahadur-Khan et dc^ Sanang-Setzen,
un musulman, l'autre bouddhiste, rattachent
l'origine de leurs races respectives,^ la pre-
mière à l'histoire des patriarches de TAn-
cien Testament, comme c'est l'usage de tous
les auteurs mahométans, l'autre, aux dieux
incarnés ou aux sages divins de l'Inde, cé-
lébrés dans les fables du bouddhisme. Fn
fait remarquable, cependant, c'est que, dans
<655) le ne fais œtie reoiarqiic que nHativement celles de la soochc arianei aussi bien «pi^à cdies de
races encore nomades ; mais je l'applique à la souche turque.
irt5
NO\i
OlCTIONxNAIRE
mm
lOtG
plusieurs tradîtious très-r<5panJues9 qui soot
iilus ou moins intimement liées à toutes ces
histoires, et qui ont été recueillies à des
époaues et dans des lieux très-éloignés , on
semble apercevoir une obscure réminiscence
de l'arrivée de quelques i)andes fu:pL'ves,
venant d*un pays lointain, et qui, s*éîant ré-
fugiées dans les déserts, pour échapper à la
destruction, seraient devenues par la suite
la souche des races nomades. Une de ces sa-
gas fait fonder sur le mont Altaï la dynastie
turque par une famille issue d'une louve,
•OU, si Ton veut donner à Thistoire une inter-
prétation un peu raisonnable , nourrie par
un de CCS animaux. Le père de cette famille
est représenté comme un ê:re mutilé de tous
ses membres, et échappé aux terribles cala-
mités qui avaient accablé sa race. Une autre
tradition est relative à Toriginc des Mon«
gols : suivant cette légende qui était si ré-
pandue que non-seulement on la trouve re-
produite i)ar Rashid-Eddih et Abulgliasi-»Khan,
mais que Sanang-Setzen y fait aussi allusion,
la race mongole avait été enfermée pendant
des siècles dans la vallée de Irgbœn^e-Koun,
vallée ceinte par des montagnes de fer.
Quand, à la un , la population se fut aug-
mentée au point de ne plus trouver de quoi
subsister dans des limites aussi resserrées,
elle chercha à s'ouvrir une issue, et y par-
vint en fondant les roches de fer, au moyen
d'un grand feu animé par les soufllets de
soixante-dix forges. Cet événement se célé-
brait par uLe f&tc annuelle jusqu'au siècle
de Gengis-Khan. La petite horde qui sortit
de Irghœnœ-Koun pour conquérir le monde
oriental, descendait de deux patriarches qui
y étaient réfugiés depuis nomlire de siè-
cles. La plus nombreuse et la plus célèbre
de toutes ces nations était celle des Hiong-
Nu, qui possédait un vaste pays, s'étendant
im nord de la grande muraille de la Chine
jusqu'au fleuve. Amur, etàTauest, depuis
les montagnes d'In-Shan qui dominent tout
le cours supérieur de la rivière Jaune ou
Hoang-Ho. Leurs guerres avec les empe-
reurs de la dynastie de Han, qui correspon-
dent au commencement de l'ère chrétienne,
sont au nombre des événements les plus
importants de l'histoire de ce grand empire.
Lapolitiauo chinoise sut arrêter les projets
hostiles de Tan-Shu, souverain des Hiong-
Nu, en lui donnant en mariage une prin-
i.'csse de la maison royale. Les lamentations
d'une femme élevée au milieu de la civili-
sation et devenue reine d'un peuple barbare,
ont paru aux historiens chinois dignes d'ôlre
rappelées, et ils les ont reproduites dans des
vers que nous allons citer, parce qu'ils ca-
ractérisent bien les mœurs de ces races no-
mades :
Mes parents m'ont abandonnée dans une terre
Us m'ont livrée au chef des Usiins. |êirangère,
H habite une huUe misérable couverte de |Kiaux ;
U se nourrit de chair crue ; il ne boit que du iail.
Oh! quand je pense à mon ancien séjour,
J'envie les ailes de Toîe sauvage
Pour revoler au pays paternel.
1"* De la race ugorienne ou ugrienne. — Je
commencerai la dfescription sommaire de ces
cinq races nomadef^ par celle du nord-ouest,
qui, ainsi que je l'ai déjà dit, ne peut pas
être directement rattachée à la région cec-
traie de la haute Asie.
11 est probable que c'est une de ces races
que l'histoire de la Chine nous dit avoir été
qu eue est eu euei aescenuue ae ce pla-
teau, c'est l'anal vse et la comparaison de sa
langue avec celle des grandes naticos cen«
traies. La race qui forme ce qu'on a nommé
les nations ugrlenncs ou les Ogres, avait
abandonné le plateau oriental et pris posses-
sion des pa.ys du nord*ouest, è une époaue
antérieure à celle dont il est parlé dans les
Plus anciennes histoires. Longtemps avant
arrivée des nations germaines et slaves
dans le nord de l'Europe, les Ugriens occut
Ê aient tout le pays qui s'étend depuis la
altique jusqu'aux monts Ourals, et allaient
mémo jusqu à l'Obi et l'Irtisch, en Sibérie.
Plus loin, vers l'ouest, se trouvaient les
Finns et les Lappes, qui formaient une bran*
che de cette race. Le peuple que les Russes
nomment Tschudes appartenait aussi à la
même souche. Plus loin, à Test, le nom
d' Ugriens ou Jugoriens prévalut. Les Ogres
sont le prototype de ces monstres sauvages,
qui habitaient les forêts et les montagne,
et, grAce à celte circonstance, leur nom s est
conservé dans les fables populaires beaucoup
mieux que.dans les histoires. Ce nom cejx^M-
dant est le plus ancien de tous ccnx m
leur race a portés. Les hommes du Nord les
considéraient comme une race de raonslres
et de géants. L'épithète de Jotnar ou Jotuns,
qui se rencontre souvent dans les Sagas,
avait cette si^^niiication. Les Jotuns, pour b
anciens poètes du nord, de même que les
Titans pour les Grecs, étaient ennemis dei
dieux et des hommes» des créations de rima-
gination, des symboles des maux physique
et moraux. Certaines races d'hommes qui
étaient les ennemis constants et héréditaires
des tribus teutoniques, étaient aussi ap|)elés
Jotuns, et ce nom prend un sens historioue
lorsqu'il est employé pour désigner les abo-
rigènes barbares du nord de l'Europe, dont
la coiiquête et Texterminatiou par une race
plus heureuse est célébrée dans les anciens
poëmes des Scaldes. On retrouve la trace de
ces premiers habitants de la Scandinavie dans
l'histoire de leurs guerres, qui s'est trans-
mise d'âge en âge depuis les premiers leffl^
historiques. Adam de Brome qui, au xi' p
de, passa, tant en qualité de missioDpa|re,
que comme engagé dans le service militai**
douze années près d'un roi de Danemark,
Swen Ulfson, nous a conservé dans lepaj^
sage suivant le souvenir d'événeoicnU de
ce genre. NarravU mihi^ Rex Danoru»
sœpc recolendusj gentem quamdam ex »«^'^'
(654) Researchçs in (he physkai hisionj of Mankind^ vol. III, p. 504 et &uW.
1017
NOM
D*ÂNTIIROPOLOCIE.
KIS
nis tu plana descendere iOAtam^ et incertum
esseuwie reniai... Subito accedunt ; omnem
depopulantur regionem. Ennemis de la civi-
lisation, ces barbares habitants des monta-
gnes et des forêts étaient vêtus de peaux
de bêtes fauves, et proféraient des sons pbis
semblables aux cns des animaux sauvages
qu*à la parole humaine: Oui/frarvm peiiiùue
tiiuntur pro restibus^ et laquent e$ ad inti-
rrm, frendere magi$ quam rerba ferre dicun»
tur. Ils habitaient des cavernes et des cre-
vasses de rochers , qu'ils ne Quittaient que
la nuit ponraller, comme d*ignobles brigands,
surprendre et massacrer des hommes endor*
mis. Ij^ Islandais les nommaient Jotnen et
Thnrsen, géants et enchanteurs. Ce qui
prouve que ces noms n*étaient pas réservés
a des êtres Durement imaginaires, tels aua
ceux avec lesquels ils se trouvèrent plus
tard confondus ou associés par la supersti-
tion, c*est que les Sagas historiques, dans
les généalogies de beaucoup de fiimilles» les
font descendre d'ancêtres jotniens. C'est ûe
guerres très-réelles, s'il faut en croire Geyer,
que parlent les poèmes anciens dans leurs
descriptions des combats contre les barbares
des rochers et des montagnes. Dans le chant
de Tbiodulf en l'honneur de Thor, ce dieu
est nommé Texterminateur des loups des
montagnes, le destructeur des autels élevés
aux idoles de Fornjot, le vainqueur des Jo-
tuns et des Finns. Ici vient se Joindre à l'an-
cien nom de Jotuns un nom historique qui
montre ce qu'il signifiait dans sa plus an-
cienne acception; ainsi Snorro Sturleson,
ifans le Heimskrin^la, emploie comme syno-
nymes les mots Finns et Jotuns. Le peuple
4|fi*il désigne sous ces deux noms, est cer-
tainement celui des Skritiifinni, dont Procope
l^arle comme habitant dans le vr siècle TUe
de Tbule. Au vin* siècle, nous les trouvons
encore mentionnés sons un nom qui est
{>resque le même, par le fils de Paul Warne-
rid ; enfin plus tara, ainsi que nous venons
de le dire, Adam de Brème en parle à son
tour. Ces hommes , qu'il dépeint comme si
légers à la course que, dans leur fuite, ils
surpassaient les animaux sauvages , habi-
ta ient^ selon lui, certaines parties du nord
entre la Suède et la Norvège, principalement
rUelsingland; il en fait mention aussi dans
les Wermslands. Au xi' siècle, ils erraient
2^ur les frontières méndionales de la Nor-
vège, et à une époque antérieure, ils se
trouvaient certainement dans le midi de la
Suède où, dans une partie du Smaland, on
retrouve encore des noms de lieux tels que
Finweden, le Champ des Finns, Finnheide
et Finnia.
Les Finns, ou Finois étaient, au temps de
Tacite, aussi sauvages que les Lappes; mais
dans les siècles suivants, ils se civilisèrent
assez pour quitter la vie nomade et se livrer
à l'agriculture , tandis que les Lapons sont
restés jusqu'à ce jour des barbares nomades,
et il en a été de même pour les tribus sibé-
ii*'unes qui apparlicnuent à la même race.
et notamment pour les Togouls et les
Ostiaks. \j^ Finnois, ainsi que leurs frères
les Beonnahs, Biarmiens ou Finnois de la
mer Blandie, avaient probablement subi
depuis longtemps ce changement dans leurs
halûtudes, lorsqu'ils furent visités par Ottber,
l'hôte d'Alfred. A l'époque où les Finnois
furent subjugués par les Suédois, ils étaient
déjà depuis longtemps une nation séden-
taire, mais ils présentaient un caractère cu-
rieux de singularité et d'isolement.
Ijes branches orientales de cette race sont
les Vogouls des monts Ourais, et les Ostiqks
des bords de l'Obi : les Magyars ou Honnis
qui en descendent sont un peuple énergique
et guerrier; ils ne ressemblent guère à leurs
frères du Nord , chez lesquels une longue
habitation dans le centre de r£urope a dé-
veloppé les qualités physiques et morales
de la race anane, en même temps qu'elle a
révélé leur aptitude à s'élever au plus haut
deçré de civilisation. Entre les nations ou-
raliennes et les Finnois occidentaux, il y
a diverses tribus de la même race, les Mor-
duins, les Tscheremisses, les Votiaks, que
le savant historien de cette famille de na-
tions , MùUer , nomme Bulgares finnois ou
Ougres : ces tribus furent longtemm sou*
mises au khanat turcdeBolgari, surleWolga.
^ Delà race turque — Les tribus turques
ont été souvent, mais à tort, désignées sous
le nom de Tartares. Les vrais Tartares ou
plutôt Tatares sont un peuple qui tient do
près, non pas aux Turcs, mais aux Mongols,
et qui demeuraient originairement dans le
voisina^ du lac Bouyir, dans l'est de la
Mongolie. Les écrivains les plus versés dans
l'histoire de l'Asie, de Guignes, Abel Rému'»
sat, Klaproth, Ritter, sont tous d'acccrd sur
ce point (qui, à la vérité, semble établi d'une
manière incontestable), que les races tur«
ques répandues maintenant dans différentes
régions, depuis la grande muraille de la
Chine jusquau Danube et à l'Adriatique,
sont de la souche des Hiong-Nu, peuple
puissant et célèbre qui menaçait déjà Vexis-
tence de l'empire chinois à une éiM>que an«
térieure à l'ère chrétienne, et qui occupait
anciennement une vaste contrée située entre
le nord de la Chine et le mont Altaï, c'est-à«
dire presque tous les pays dont se compose
actuellement la Mongolie. Après la chute de
l'empiro des Hiong-^Nu, ces mêmes peuples
sont désignés dans les histoires chinoises
sous le nom de Thu-K'iù ou Turcs, et sous
celui de Whey-K>u-euls , que les Européen^
écrivent Huf^Hursj et plus correctement
Ouigoun. Les Ouigours ou Turcs orientaux,
dont Thistoire a été éclaircie par Abel Ré-
musat, forment le chaînon qui relie ces na-
tions lointaines aux Seljukis et aux Turcs
Osmanlis, mieux connus des historiens
européens. Il ne serait pas impossible, d'à*
près ce qui nous reste de l'histoire des pre-
miers temps de ces tribus, d'établir leurs
filiations, mais cela nous mènerait fort
loin (655), et je dois me contenter de j»?
^';ôô> Voy. Be%e4irchci into ihe ph^iicai hnlonf of Hlanfiind, toI. IV
1019
NOM
DICTIONNAIRK
NOU
m
senter ici Quelques remarques sur leurs
caractères pnysiques.
On trouve chez les nations turques aujour-
d'hui existantes deux types fort différents
de .visage et de conformation corporelle.
Les tribus nomades qui n*ont point quitté
les pays occupés originairement par leur
race, et qui mènent encore jusqu'à ce jour
la même vie pastorale et errante, ont con^
serve la physionomie et les caractères géné-
raux qui paraissent avoir appartenu aux
Turcs primitifs.
Pour nous faire une idée de ce que sont
les races turques nomades, il nous suffira
d'en considérer une seule , la race nom-
breuse des Kirghis* qui habite les pays si-
tués sur les limites des empires russe et
chinois et qui erre dans de vastes plaines »
depuis le lac Âksakal et le lac Tengbiz ou
Balkash jusqu'à la haute région de Pâmer.
Nous allons les faire connaître en re})rodui-
sant ce qu'en dit un voyagent* qui a eu ré-
cemment occasion de les observer , et qui
n'était bien certainement influencé par au-
cune idée préconçue.
« Les Kirçhis, dit le lieutenant Woods,
dans la relation de son voyage aux sources
de rOxuSy sont d'une taille fort au-dessous
de la moyenne : dans un kyl où il se trou-
vait sept hommes, le plus grand n'avait que
cinq pieds cinçi pouces et oemi (mes. angl.).
Ils sont fort laids de visage. La partie supé-
rieure de leur nez étant très^ffaissée, I es-
pace compris entre les deux yeux est tout plat,
et parfaitement de niveau avec le reste de
la face; les yeux sont allongés, très-cou^
verts ; le front très-saillant à sa partie infé-
rieure et fuyant vers la partie supérieure et
se porte en arrière beaucoup plus brusque-»
ment que chez les Européens ; leurs joues
larges et bouffies semblent deux morceaux
de chair crue qu'on leur aurait collés sur
les côtés du visage ; leur menton est recou-
vert d'une barbe rare qui, chez les individus
dont la chevelure est le plus fournie, frise
naturellement. Leur corps n'est pas muscu-
leux. Leur teint est bruni, moins par l'ar-^
deur du soleil que parce qu'ils sont exposés
à toutes les intempéries. Comme chez les
Hazaras, les femmes sont beaucoup mieux
que les hommes, leur physionomie est assez
agréable, et leurs formes ne manquent pas
d élégance; elles font de bonnes ména-^
gères. »
Dans plusieurs endroits de sa relation,
M. Woods revient sur la fraîcheur du teint
et l'air de santé des femmes kirghises. Il
dit : <c Les Rirghis ressemblent aux Uzbecks ;
mais tandis que ces derniers, qui vivent
dans un climat tempéré, sont grands et bien
faits, les Kirghis, soumis à l'influence d'un
climat rigoureux, sont petits et rabougris;
ceux-ci, d'ailleurs, disent être alliés aux Uz-
becks, et ils parlent la même langue. »
Le témoignasçe de Woods est conGrmé par
celui de plusieurs autres voya,Teurs. Les
missionnaires, MM. Zwick et Schill assurent
que la physionomie des Kirghis a une très-
grande ressemblance avec celle des Mongols.
Blumenbach, qui a décrit deux tèlesde Kir*
ghis faisant partie de sa collection, y troaTe
complètement les caractères mongols. Comme
preuve, il donne le dessin de deux télés os-
seuses, dont Tune provient d'uu Kirghis, et
Tautre d'un Cosaque du Don, et ces deux
tètes offrent en effet des exemples parfaits
de la forme mongole.
Si je voulais rassembler ici les descriptions
de toutes les races de Turcs nomades que me
pourraient fournir les relations d^s TOjra-
geurs, j*en remplirais plusieurs pa^es. Gequ
résulte de ces diverses descri[)lions, c'est
que toutes les races turques qui ont persé-
véré dans leur ancienne vie uomaclCi et er-
rent dans les déserts arides et froids duTur-
kestan, ont ce qu'on est convenu d'appeler
la physionomie mongole ; aujourd'hui on re-
trouve encore beaucoup de ce caractère dans
les Nogaysde la Crimée, et (poup aller pren-
dre un exemple dans la partie la plus reculée
du vaste pays sur lequel se sont répandues
les races turques), dans la Sibérie orientale»
on le retrouve chez les Yakouts, qui habitent
le long du cours inférieur de la Lena.
Plusieurs écrivains à qui ces faits ne sont
pas inconnus, et qui sont pourtant détermi-
nés à rattacher les Turcs à la souche cauoa-
sique, essaient de rendre compte de la res-
semblance qu'il y a entre ces peuples et les
Mongols, en supposant des mélanges de ra-
ces ; mais la considération des langues ne
permet pas d'admettre cette supposition :1a
plupart des nations dont il s^agit parlent uoe
langue qui est purement turque, avec pea
ou point de mongol. Nous savons d'ailleurs,
fiar d'abondantes preuves historiques, que
es Mongols ont toujours été un peuple si
peu nombreux, si peu important, comparati-
vement aux Turcs, qu'une pareille hypo-
thèse devient tout à fait inadmissible, dès
qu'on veut l'appliquer sur une grande
échelle.
La race turque est véritablement abori-
?;ène des régions lointaines de l'Asie centrale
en prenant le mot aborigène dans le m
restreintoù je me hasarde à l'employer), c'est
un peu pie originairement lié de parenté aoi
Mongols et aux Tonçouses, et qui participe
de leurs caractères pnysiques.
Les premières conquêtes des Turcs dan»
l'Occident datent du règne de Yez-dejird, le
dernier des rois de Perse adorateurs du feu»
qui avait été déjà en butte à leurs attaques
avant qu'Omar n'apportât l'islamisme ponr
supplanter la religion d'Ormuzd. L'établis-
sement des tribus turques dans le Mawen
Inahar et le Khorasan, et leurs premiers pis
vers les habitudes des nations civilisées et
agricoles correspondeut donc à peu près à
rëpoque de l'hégire.
Les Turcs Osmanlis, descendus ea grande
partie des bordes qui formaient les aimées
des conquérants seljucides du Khorasan, sont
les plus anciennement civilisés de toute leur
race ; aussi trouve-t-on dans rensem))le ^
leur organisation et dans leur physionoffiie
beaucoup de traits qui sont tout i fait wiï
du type européen, et les autres ne s'en m-
fOSt
NOM
D^ANTIIROPOLOGIE.
ROM
iOH
gneut qae très-pea. Cette ressemblance se
Toit bien dans une tète qu*a dessinée M. Mar-
tin. Cette tète, comme M. Martin lui-même
en fait l'obsenration, est remarquable par sa
forme spbérique ; le front est lar^e, le men-
ton proéminent. Tontes les oarties sont dans
de belles proportions, et l'angle fiicial est
presque droit.
Les Tartares de Kasan et de quelques pro-
Tînces adjacentes de l*empire de Russie sont
au nombre des nations les plus ancienne-
ment civilisées de la race turqne, et leur
tête, ainsi que Blumenbach Ta prouvé par
plusieurs exemples, a presque le caractère
européen.
3* La race mongole. — La race mongole
proprement dite est généralement considé-
rée comme un des exemples les plus frap-
pants de la forme pyramidale du crâne, ou,
ce qui revient au même, de rélargissement
de la lace. La vérité est que ce caractère
n'existe pas chez elle à un aussi haut degré
& beaucoup près, que chez les Esçiuimaux et
chez quelques autres nations qui errent sur
les bords de l'océan Glacial ; mais cependant
elle appartient décidément à une variété de
l'espèce humaine qui se distingue des races
européennes par la forme de la tète osseuse.
Un autre trait de configuration qu'on donne
comme un des caractères de la race mongole,
c est la forme arrondie du crâne, forme très?
éloignée de la tète proj$nathe, de la tète al-
longée du nègre africain. Toutefois ce n'est
pas encore là un caractère complètement
distinctif, car il se trouve dans beaucoup de
races européennes ; il a été particulièrement
observé dans les tètes que renferment les
tombeaux du nord de l^urope, tètes que
Ton suppose avoir appartenu a des peuples
de race celtique.
Les caractères physiques des Mongols ont
été bien exposés par Pallas, dans les obser-
vations suivantes qui se rapportent plus
particulièrement aux Kalmouxs, tribu mon-
gole établie dans les plaines voisines de la
mer Caspienne.
« Il est aisé, dit notre auteur, de recon-
naître aux traits du visage les individus ap-
partenant aux principales nations de l'Asie;
ces nations ne se mêlant guère entre elles
par voie de mariage, chacune a sa physio-
nomie propre, et c'est surtout le cas pour
les Mongols. Si Ton foit abstraction de la cou-
leur de la peaa, il y a certainement autant
de différence entre la nation mongole et
toute autre nation à laquelle on pourrait la
comparer, qu'il y en a entre le nè(p*e et l'Eur
ropéen.
« La forme du crâne, qui, dans la confi-
iniration particulière à cette race, constitue
le trait le plus saillant, est surtout très-re-
marfjuable chez les Kalmouks. Au reste, les
Mongols proprement dits et les Bouriats res-
semblent tellement aux Kalmouks, par la
physionomie, les habitudes et les mœurs,
que ce qu'on peut dire d'une de ces nations
convient également aux autres. »
^ Les Kalmouks sont généralement de
faille moyenne, plus petib que grands. Ils
sont bien faits ; et |e ne me souviens pas
d'avoir vu parmi eux une personne contre-
faite. Ils abandonnent entièrement leurs en-
fants à la nature, d'où il résulte que ceux-
ci sont tous bien portants et ont le corps bien
porportionné. ils ont généralement les
membres grêles et le corps assez svelte. Je
n'en ai jamais vu un seul qui fût très-gras.
« Les traits caractéristiques de la physio-
nomie kalmouque sont des yeux obliques,
déprimés vers 1 angle interne et trèsrpeu ou-
verts; des paupières charnues, des sourcils
noirs, peu fournis et formant un arc sur-
baissé; un nez généralement court et aplati
vers le front; des pommettes saillantes, un
visage rond et un crâne approchant de ^a
forme spbérique. La prunelle de l'œil est
très-brune, les lèvres sont épaisses et char-
nues, le menton court, les aents fort blan-
ches et qui se conservent belles et saines
jusque dans un âge avancé. Les oreilles sont
démesurément grandes et très^étachées de
la tète. Toutes ces particularités s'observent
plus ou moins dans chaque individu, et sou-
vent elles se trouvent toutes à un haut de-
gré chez la même personne. » Pallas ajoute,
ce qui ne semble pas. tout à fait d'accord
avec ce qu'il vient de dire : « On croirait
volontiers, d'après les relations de plusieurs
voyageurs, que tous les Kalmouks sont des
êtres difformes et à figure repoussante; nous
trouvons cependant parmi eux des individus,
tant hommes que femmes, qui ont un con-
tour de visage et une physionomie agréa-
bles; nous avons même vu des femmes qui,
par la régularité et la beauté de leurs traits,
juraient été remarquées dans toutes les villes
de l'Europe. »
4* De la race iongouse. — Les Tongouses
errent sur les immenses répons montagneu-
ses qui s'étendent depuis le lac Baîkal jus-
qu'à la mer d'Okhotsk. Au nord, ils sont dis-
{>ersés dans diverses contrées, sur la Lena,
Indi^rska, la Kolyma et la Tungouska, dans
le voisinage de la mer Glaciale. Mais il est
probable que leur pays propre et originel
est la Daourie, au nord de la Corée et de la
Chine, où ils occupent les districts arrosés
par les rivières Amour et Csuri. On les
trouve au nord de la rivière Uda, sur les
bords du grand Océan oriental. Toutes les
tribus tongouses, dans les limites de Fem-
Sire chinois, portent le nom général de
lantchoux, mais c'est à tort qu'on les ap-
pelle Tartares Mantchoux. Les Tongouses
qjn vivent sous la domination de la Rus-
sie sont divisés, conformément aux animaux
domestiques qui font leur principale res-
source, en Tongouses à chiens, Tongouses
à chevaux et Tongouses à rennes.
Les Tonçouses, depuis l'époque la plus
reculée, existentcomme race distincte. Long-
temps avant la fondation de l'empire mant-
chou, qui date du xvi' siècle, ils élevèrent le
puissant empire de Kin , et les Kitans,
qui, deux siècles auparavant, avaient établi
1 empire de Liao, étaient une autre nation de
la race tongouse.
Les Tongouses ont une langue qui leur
am
NOM
DICTIONNAIRE
NOO
lOii*
est propre, langue qui d'ailleurs, ainsi que
le remarque Klaprotn, a de très-grands rap-
ports avec les langues turque et mongole ;
mais ce qui est beaucoup plus remarquable
et ce qu#) notre auteur paraît avoir sufD*
samment prouvé, c'est que le vocabulaire
mantcnou oifi*e un très-grand nombre de
points de correspondance avec certaines
langues de TAsie, et encore plus avec les
langues européennes.
Pallas, qui a voyagé en Daourie, a donné
une description des Tongouses. Suivant lui,
leur figure est encore- plus plate et plus
large que celle des Mongols, et se rapproche
davantage de celle des Samoyèdes, qui ap-
partiennent au groupe des Ichthyophages.
Voici, au reste, sa description :
a Leur visage est plus aplati et plus
grand que celui des Mongols ; c'est une res-
semblance que je leur trouve avec les Sa-
^noyèdes. Ils ont peu de barbe, plusieurs
n!en ont point du tout, sans se l'être arra-
chée. Lors de mon vojage en Daourie, j'a-
vais emmené avec moi un vieillard tongouse
et son fils. Quoique âgé de soixanlCKiix
ans, il était fort gai, et avait la peau du
visage aussi douce qu'un adolescent. Leur
chevelure est noire et longue; ils la laissent
pendre naturellement autour dd la tète, h
une longueur uniforme. Ils conservent une
houppe de cheveux plus longue sur le som-
met de la tête, et en forment une (resso
pour y attacher leur arc, et le tenir à sec,
lorsqu'ils sont obligés, dans leurs voyages
ou à la chasse, de traverser une rivière pro-
fonde à la nage. »
Les Tongouses Mantchoux qui sont établis
en Chine depuis près de deux siècles, con-
servent encore beaucoup du caractère phy-
sique des Tongouses nomades; mais ce ca-
ractère paraît en général tendre à s'effacer,
et il est très-commun de trouver, à des in-
dividus appartenant à cette race, un type do
physionomie tout différent. C'est une re-
marque que fait sir John Barrow, dans sa
Description des Mant choux de la Chine.
« Nous avons observé, dit-il, plusieurs in-
dividus, hommes et femmes, qui avaient la
peau très-blanche et le teint très-fleuri;
quelques-uns avaient les yeux d'un bleu
clair, le nez droit etaquilin, les cheveux
bruns; les hommes avaient la barbe très-
forte et très-touffue, et ressemblaient beau-
coup plus à des Grecs qu'à des Tartares. »
5" De la race bhotiym. — Les Bhotiyahs
sont les peuples, souvent désignés sous
le nom de Tartares , qui habitent une
grande partie du Thîtiet et de la chaîne de
l'Himalaya, particulièrement le Bhutan ou
Boutati, auquel ils ont donné leur nom. On
les dépeint comme ayant au plus haut degré
la physionomie tartare ou mongole; mais
en rigueur corporelle et en stature, ils sont,
suivant M. Turner, très-supérieurs aux na-
tions dont nous venons de parler. Ils sont
bouddhistes, et ont des coutumes qui leur
sont propres, jparticulièrement en ce qui
a rapport à leurs mariases : ainsi une
femme est, en général, réjX)use de toute!
une famille de frères. Il parait que sous le
point de vue physique , cette coutume si
étrange est moins préjudiciable que Vaulre
sorte de jwlygamie.
La langue des Bhotiyahs est une langue
proi>re, qui se rapproche d'ailleurs beaucoup
du chinois et d autres langues monosylla-
biques. On conserve dans les monastères du
Thibet des masses de livres écrits dans cette
langue.
NOMINAUSME. Voy. Langage.
NOOTKA-COLUMBIENS xt autres triku
de la côle nord-ouesi et de la rivière Colum-
bia (Amériaue du Nord). — Les renseigne-
ments les plus nouveaux et les plus com-
plets que nous possédions sur les tribus
indigènes qui peuplent la côte noni-oucst
do 1 Amérique, depuis les environs de la
Nouvelle-Californie jusqu'au mont Saint-
£lie et au pays des Esquimaux Tchugazzi,
sont ceux que renferme un mémoire publié
par le professeur Scouler (650).
L'auteur, qui a visité ce pays, a recueilli
de copieux vocabulaires des lances indi-
gènes, ot c'est principalement d après les
indications que lui fournit cet ordre de don-
nées qu'il distribue en différents groupes
Jes poiHilations qiii ont fait l'objet de ses
éludes. Son mémoire renferme de curieuses
observations sur les rapports qui parais<cDl
exister entre les caractères physiques de ces
populations et les circonstances eitérieures
sous Tempire desquelles elles vivent.
« Les tribus de la côte nord-ouest offrenl
général, nous dit-il, des caractères phy-
siques et des habitudes qui les dislinjnienl
fortement des peuples chasseurs, errants
dans les plaines du Missii^uri. Dansttmtle
nord de l'Amérique, les vents d'ouest ré-
gnent habituellement le long des côtes de
l'Océan Pacifique, et en rendent le climat à
la fois humide et doux; c'est ce qui fait que
les hivers y sont peu rigoureux, cora|«ra-
tivemenl à ceux des pavs situés sous les
mêmes ])arallèles , mais du côté do l'Atlan-
tique.
« A l'embouchure do la Colunibia, pres-
que par la latitude de Québec, la neige reste
rarement sur la terre au delà d'un petit
nombre d'heures, et les naturels vonl,
môme au cœur de l'hiver , avec des vêle-
ments forts légers. La côte est toute bordée
d'îles, et découpée, par un grand nombre de
golfes et de baies ; les indigènes vivent su^ .
tout des produits de la pèche, et ont,ï»rf|
suite, des habitudes plus* sédentaires que
les peuples chasseurs. Les tribus même de
l'intérieur sont, dans cette partie nord-ouec*(
de l'Amérique, moins exclusivement adon-
nées h la chasse que celles du liassindu
Missouri, et il y en a qui, vivant sur 1»
bords de rivières ou de lacs, d'eau don^^
tirent leur principale subsistance de la fkh^
des saumons qui y remontent cliaquc an-
(6Ij6) Dans leXP vol. du lourn. de la Sec. royale géogr. de Londrei*
luis
ROO
DANTimOPQLOGlE.
KOO
liée. C*csl, dit le docteur Sconler, a ees
liailicalarités dans les conditions extérieures
J*eiistence qo*est dû en grande jiartie le
contraste si frappant que nous oITrent les
moeurs et les usages des Indiens des deux
côtés opposés de la chatne. • Les tribus du
littoral ont iaii dans les arts de première
nécessité d*assez notables progrès : la seule
circonstance d*a?oir des demeures tiies les
accoutume à la continuité du trayait, et
cette habitude les prédis(X)se merveilleuse-
ment à un passade à la Tie agricole.
Nous allons toit que, sous le rapport des
caractères physiques, et principalement de
la couleur de la peau, ces tribus diirèrent
des nations de Tintérieur de TAmérique au
moins autant que sous le rapport des ha-
bitudes.
M. Scouler nous a donné de précieux ren-
seignements sur des tribus ai^^iartenant à
(plusieurs des eroupes qu'il forme parmi
es habitants de ce pays; mais ses obser-
Tations sont principalement relatires aux
races insulaires ou maritimes, quHl répartit
en deux familles, Tune du midi, lautre du
nord. Je rapprocherai ce qull nous en dit
de ce que nous ont appris les obserTations
de quelques^ns de ses deyanciers.
i* La famille septentrionale se compose
de toutes les trihus qui habitent la côlê -lie
l'océan Pacifique, depuis le cercle arcûrine
et les éublissements des Esquimaux, jus-
Huh l'extrémité nord de Tlle de Quadra et
^'aneouyer. C'est dans cet espace que se
trouvent les populations du territoire russe
dont plusieurs ont été mentionnées par
Vater» et plus récemment par Wrangel,
sous une variété de noms, tels que Xolusiii,
Ugalyachmutzi, Kinaitzi, etc. Il résulte des
recherches du docteur Scouler que ces diver-
ses trihus sont toutes liées rar plus ou
moins d'aflSnité dans leurs dialectes, et
que probablement elles ont eu originaire-
ment une même langue. On arrive presqu'À
la même conclusion en s'appuvant sur les
f preuves fournies par Vater qui les a dédui-
tes des grammaires et vocabulaires manus*
mis formés par Von Resanoff, dans les éta-
MissemenU russes. C'est à cette Cmiille que
Scouler rattache les tribus de l'île de la reine
CharioUe , les ttaïdas, qui cultivent les oom-
mes de terre, dont ils font des exportations
fiar tiottiUes de quarante à cinquante ennots*
|our en disposer dans les différents villages
*le la nation Cbemesyenne, où il se tient des
foires principalement approvisionnées de
ceUe précieuse denrée. Il parait 'qu'il y a
entre les tribus haïdas une con:pétinon très-
active à qui portera les premiers à la terre
lerme les pommes de terre nouvelles. Tou-
tes les tribus de cette famille se ressemiileni
entre elles an physique comme au moral :
comparées aux tribus du sud , elles l'em-
portent sur celles-ci par le courage , Tin-
çlustne , Fesprit d'invention, n y a parmi
les tnbus du nord une coutume ctont il est
lait mention dans les récits de tous les voya-
geurs qui ont visité cette côte : c'est l'habi-
tude qu ont les femmes de se pratiquer dans
90H
la lèvre inférieure une ouverture ou elles
introduisent un ornement en bois. D'un
autre côté les triv)us du sud, ou tribus co-
lombiennes, ont un usage qui leur est parti-
culier et inconnu plus loin vers le nord«
vcelui d'aplatir la tè;e des enfants.
2* Les tribus méridionales sont désignées
par le docteur SiXHiler sous le nom de Noot-
ka-Columbiens. Ce groupe se compose des
différentes hordes qui habitent la baie do
Nootka et le bas de là rivière Columbia , et
à partir de ce point s'avancent an sud le
long de la côte. Les Nootka-Columbiens dif-
fèrent des naturels apfiartenant aux tribus
septentrionales, par le langage et par les
caractères physiques : ils sont de plus petite
taille, ont le cor{)s plus charnu et nlus gras;
ils ont les pommettes saillantes, et leur teint,
quoique clair, a plus de la couleur cuivrée :
hommes etfemuies ont les membres mal for-
més. La couUime d ai-laîir la tète est univer-
selle parmi les Nootka-Colum biens et s'ob-
fervedans toute retendue de la côte com-
prise entre la rivière du Saumon, par les
53" 30 lat. N., et la rivière Umqua , par les
46*lat. N. Le docteur Scouler a décrit le
procédé suivi pourceîte opération, laquelle
se praîique sur la tète des enfants nouveau-
nés. Le crâne, chez ces tribus, est tout
aussi plat crue le sont les crânes remarqua-
bles ap^iorles par M. Pentland, des environs
du lac Gc Titicaca au Pérou. Il semble que
cet:c élrànze pratique n'a jpoint d'influence
sur rintelifgenee des individus qui y sont
soumis; mais M. Scouler nous apprend que
ces hommes sont particulièrement sujets à
l'apoplesie.
A la f>jnille nootka-columbienne appar-
tiennent les tribus désignées sous les noms
de Chenooks, Tètes-Plates, Clalsops, Cla-
mooths, Miilnomahs et autres, ainsi que
la tribu appelée Wacash , qui habite I lie
du môme nom dans la baie de Nootka. La
tribu la plus septentrionale de la famille
nootka-columbienne est («Ile des Hacelt-
zuks, qu'on dit être fort sales dans leurs
habitudes et avoir quelque chose dVfleminé
dans leur aspect. Lp trait suivant, cité par
le docteur Scouler, d'après le récit dô
M. Tolmac , peut donner une idée de ee que
serait le tableau com])let de l'histoire mo-
rale de cette race :
m Les Haeeltzuks forment la plus septen-
trionale de tontes les tribus qui ont coutume
de s'aplatir le crâne. Ces Indiens vivent
paisiblement entre eux ; leurs che& exer*
cent sur eux peu d'influence , si ce n'est en
qualités de sorciers. Quand la saison de la
pèche du saumon est passée, que les provi-
sions pour l'hiver sont emmagasinées, alors
commencent les réjouissances et les conju-
rations : le sorcier porte le nom de Tzeet-
Tzaiak. Le chef se retire, loin des yeux des
hommes, dans quelque partie écartée de la
fbrèt* sous prétexte d'y jeûner; mais il est
réellement fourni de vivres en secret par
un compère. Tandis qu'il est dans la re-
traite, il est désigné sous le nom de taa-
mish y et pendant ce temps, il est supposé
NOO
DICTIONNAIRE
NOO
m
I
avoir ilos communications aTcc les nawloks.
Au moment où il est le moins attendu, il
fait son ap|iarition ddns le village, vêtu
iKune rotic noire en («clleteries , portant sur
la lôlo un «lia'lème iférorce ifaune, qui est
il'un rouge vif, et au cou un collier de la
môme suTistance. Les femmes, les enfants
et môme l»eaurou|i d*liommes fuient à son
approche: mais il se trouve toujours quel-
fiu un qui, désiri'utde se distinguer, attend
(le pied ferme et présente son bras au Taa-
misli qui y mord fi hclics dents, avale la
portion de penu qu'il a détachée, et quelque-
fois même en prend une seconde bouchée.
Toutes les personnes qu'il atteint sont obli-
gées de subir cetle épreuve. Le mordeur ac-
cpiiert de la réputation en se montrant ca-
lable de prendre une large bouchée, et de
a détacher lestement avec ses incisives,
sans recourir au couteau; le mordu , de son
côté, ne se fait pas moins d'honneur par le
courage avec lequel il souffre cette opéra*
tion. Les Indiens sont aussi fiers des cica-
trices qui leur restent après cette bizarre
cérémonie, que peut l'être un soldat des
blessures reçues en iléfendant son pays. J'ai
souvent demandé les raisons sur lesquelles
se fonde cette coutume, mais on m'atoujours
fait la mùme réponse laconique : « ireinaA,
c'est une chose imporlante. » Pour ce qui
est des nawloks, le chef laamish , Wacasli,
l'homme qui sait le mieux mordre de tous
les Haeeitzuks, m'avoua, non sans s'être fait
beaucoup prier, qu'il ne les voyait point et
qu'il entendait seulement leurs cris ; il
ajouta que ce sont des ôtres qui habitent
dans tes montngncs, mais pas des êtres hu-
mains. Pendant la durée du Tzeet-Tzaiak,
il n'est pas regardé comme convenable de
se réunir ou de voyager, pour quelque
cause que ce soit. Les Haeeitzuks passent
communément pour être cannibales, mais
la vérité est au il n'y a que le Taamish
3ui goûte de la chair humaine, et cela
ans les circonstances que je viens de faire
connaître. »
Voici dans quels termes le capitaine Cook
et le docteur Anderson parlent des hommes
de Noolka.
« Les indigènes sont, en général , d^une
taille au-dessous de la moyenne, mais ils
no sont pas minces à proportion , et leur
corps est replet sans être musculcux ; ils ne
sont cependant pas remarquabblement gros,
et, dans la vieillesse, il n'est pas rare de
leur voir un extérieur assez grêle. Ils ont,
en général, le visage rond et plein ; quel-
quefois même une face lar^e et à pommettes
saillantes; la partie supérieure est souvent
trùs-dépriméc ; le nez est aussi très-aplati
h sa base, le bout en est arrondi et les
nnrincs sont larges; les yeux, fort petits et
noirs, sont plutôt languissants qu'étince-
lants ; la bouche est ronde avec de grosses
lèvres faisant bourrelet ; les dents sont as-
sez égales, bien enchâssées, mais pas très-
blanches. Les hommes, pour la plupart,
n'ont point de barbe, d'autres n'en ont
qu'une petite à la pointe du menton, ce
qui ne tient pas à ce que .es poils manquent
naturellement è cette partie du visage, mais
à ce qu'on les arrache avec soin; car on
trouve des individus, surtout parmi les
vieillards , qui ont non-seulement one assez
grande barbe au menton, mais encore des
moustaches. Leurs jsourcils sont toujours
peu fournis et toujours étroits, mais leurs
cheveux sont très-abondants, très-gros,
très-durs, constamment noirs et plats, et
retombant sans faire la moindre ondulation,
iusque sur les épaules. Ils ont le cou court,
les bras et le corps d'une forme assez lourde,
les jambes grêles, petites, avec de grands
fûeds mal faits, et de grosses chevilles saiU
antes. Nous eûmes de la peine h juger de
la couleur véritable de leur peau, à cause
de la couche de crasse ou de peinture dont
elle est toujours recouverte; dans quelgues
cas particuliers où l'on eut occasion de laire
disparaître cet enduit, on trouva que la
blancheur de la peau était presque égale \
cetle de la peau des Européens, mais avec
ce ton blafard et étiolé qu'elle a, en géné-
ral, dans nos pays du nord. Leurs enfants
dont la peau n avait jamais été peinte étaient
presque aussi blancs que les nôtres. 11 y a
entre tous tes individus de cette nationune
ressemblance extraordinaire ; tous oiu éga-
lement la physionomie pesante et flegmati-
que; tous ont le même mangue d'expres-
sion. Les femmes ne se distinguent guère
des hommes par les traits du visage, et ne
peuvent avoir nulle prétention à la beauté. »
Un trait qui distingue ce peuple de la géné-
ralité des indigènes américains c'est leur
amour pour la musique ; le capitaine Cook
nous apprend qu'ils font preuve de beaucoup
de talent dans la composition de leurs chan-
sons. Il dit que leur musique n'a pas celte
raonotomie qu'on trouve chez celle de la
plupart des peuples barbares ; qu'elle a une
gamme très-étendne et des modulations ra-
riées ; qu'elle a de la mesure, de la mélodie
et de Texpression.
Les tribus de la famille septentrionale
constituent une race beaucoup plus intéres-
sante que celle des Nootka Columbiens, sur-
tout en ce qu'elle nous offre une nation
américaine h peau blanche, et qui, à cet
éçard, semble être avec les noirs Califor-
niens dans les mêmes rapports que les Euro-
péens avec les nègres de l'Afrique tropicale
Le docteur Scouler nous apprend que ces
Américains sont aussi blancs que les habi-
tants du midi de l'Europe, et quelques voy,i-
geurs prétendent môme qu'ils le sont encore
plus. Le capitaine Dixon dit : « Les naturel?
du port Mulgrave ont la peau tellement con-
verte de peinture qu'il nous était à ik?u pr??
impossible d'en distinguer la couleur; mais,
étant parvenus à déterminer une de leurs
femmes à se laver les nfains et le yiss^*
nous fûmes confondus du changement pro-
duit chez elle par cette ablution. Son teint
avait la vivacité de celui d'une lailière an-
glaise, et le vermillon de ses joues faisait nn
contraste charmant avec la blancheur de son
cou. Son front était si poli, et la peau en
lOtf
lilOO
DÂfiTHROrOLOGIE.
NOO
i^Sê
était tellement transparente qu*on pouvait
* distinguer au travers les moindres rameauji
Teineux. » Ces renseignements sont parfai-
lement d'accord avec ceux qu'ont donnés
Langsdorf et RoUin. Ce dernier qui, comme
je lai déjà dit, était attaché en qualité de
médecin et de naturaliste à Texpëdition de
rinfortuné La Pérouse, nous apprend que
• leurs cheveux sont souvent châtains. »
Le j;>assage suivant de La Pérouse nous
ft'Umit une observation importante en nous
ai>prenant que ces races n'appartiennent
pîiint à la grande famille des Esquimaux,
mais qu elles sont alliées aux peuples chas-
seurs île TAmérique du Nord.
« Mes vojages, dit cet illustre voyageur,
m'ont mis à portée de comparer les différents
peuples, et j ose assurer que les Indiens du
port des Français ne sont point des Esqui-
maux; ils ont évidemment une orisine com-
mune avec tous les habitants de 1 intérieur
du Canada et des parties septentrionales de
TAmérique Des usages absolument diffé-
rents, une physionomie tout à lait particu-
lière distinguent les Esquimaux des autres
Américains.... Les Esquimaux sont un peu-
ple beaucoup plus chassseur que pécheur,
préférant l'huile au sang, et peut-être à tout,
mangeant très-ordinairement le poisson cru ;
leurs pirogues sont toujours bordées avec
des peaux de loups marins très-tendues; ils
sont si adroits qu'ils ne diffèrent presque pas
des phoques; ils se retournent dans l'eau
avec la même adiité que les amphibies :
leur face est carréQ, leurs yeux et leurs pieds
petits, leur poitrine large, leur taille courte.
Aucun de ces caractères ne parait convenir
aux indigènes de la baie des Français; ils
sont beaucoup plus ^nds, maigres, point
robustes, et maladroits dans la construction
de leurs pirogues, oui sont formées avec im
arbre creusé, relevé de chaque côté par une
planche (657). »
« La taille de ces Indiens est à peu près
comme la nôtre ; les traits de leur visage sont
très-variés, et n'offrent de caractère particu-
lier que dans l'expression de leurs yeux qui
n'annoncent jamais im sentiment doux. La
couleur de leur peau est très-brune, parce
qu'elle est sans cesse exposée à l'air ; mais
leurs enfants naissent aussi blancs que les
nôtres : ils ont de la barbe, moins à la vérité
que les Européens, mais assez cependant
pour qu'il soit impossible d'en douter, et
c'est une erreur trop légèrement adoptée de
croire que tous les Américains sont imber-
bes. J'ai vu les indigènes de la Nouvelle-
Angleterre, du Canada, de TAcadie, de la
baie d'Hudîson, et j'ai trouvé chez ces diffé-
rentes nations plusieurs individus ayant de
la barbe ; ce qui m'a porté à croire que les
autres étaient dansrusagederarracher(658).»
Les habitants de la liaie de Norfolk ont été
décrits par Wilson, et d'après les traits géné-
raux du tableau qu'il en a tracé, aussi bien
que d'ar.rès la considération d'un petit voca-
bulaire qui contient leurs noms de nombres,
on est porté à supposer qu'ils appartiennent
à la même nation que les habitants du port
des Français. Leur langage, suivant Bixon,
est différent de celui qu on parle à la baie
du Prince-Guillaume, dont les habitants,
ainsi que nous l'avons déjà remarqué, sont
Esquimaux. Leurs femmes ont, cie même
que celles du port des Français, la coutume
de se percer la lèvre iniérieure et de faire
à la bouche une seconde ouverture, cou-
tume qui se retrouve chez les habitants du
port Hulgrave avec lesquels ils ont un cer-
tain nombre d'usages communs et auxquels
ils ressemblent d'ailleurs par les formes du
corps, par les traits du visage, et rar le lan-
t^age ; « les habitants du port MuJgrave, dit
e capitaine Dixon, sont, en général de
taille moyenne. Us ont les membres droits
et bien faits, t»
Le docteur Scouler observe que les idio-
mes des Nootka-Columbiens, et ceux des
tribus du nord, quoique constituant deux
branches bien distinctes, offrent des traces
d'ane liaison éloignée, de sorte qu'il est
probable que ce sont deux rameaux issus
d'une soncne commune. Dans les uns et les
autres, on trouve les indices d'une ancienne
affinité avec le Mexicain Aztèque, affinité
qu'on observe pas sans intérêt , quand on
se rappelle la tradition qui fait venir les
Nahuatlacas d'un pays situé fort loin vers le
nord (659). Il y a longtemps qu'Anderson a
iait remarquer que la langue de Nootka res-
semble beaucoup au mexicain rar les dési-
nences des mots et le retour fréquent des
mêmes consonnes. Ce fait n'avait pas échappé
au baron de Uumboldt, mii, en examinant
les vocabulaires recueillis è la baie de
Nootka et à Monterey, fut étonné de voir
combien ces langues se rapprochaient liu
mexicain par la ressemblance des sons et le
mode de terminaison des mots : ainsi, dans
la langue de Nootka, on trouve les mots
apquixitlj embrasser; temexiixlU^ donner
un baiser; hitlzill, soupirer; iziizimlil^ terre ;
inicoatzimiily nom d'un mois, etc. Cependant,
tout bien considéré^ ces deux langues se
trouvent être essentiellement distinctes,
comme le prouve la comparaison de leurs
noms de nombres. A ces remarques de
M. de Humboldt, j'ajouterai les observations
originales de Vater. Après avoir relevé une
circonstance qui distingue la langue de
Nootka du mexicain, savoir, que, dans cette
dernière langue, la terminaison en il ne se
présente que dans les substantifs, tandis que
dans l'autre, on la trouve dans des mots de
(657) y^mage de La Pérwue auUmr du monde;
Paris, 1791^ t. n, p. 905.
(658) Tome II, page 205.
(659) Les mots lenninés en atl abondent dans la
langue des habitants de Nootka comme dans la lan-
gue aztéqiie. Açcoatl^ qai signifie jeune femme dans
la première langue, ressemble, comme Tavait déjà
remarqué Yaler, au moi aztèque cou-ali, qui veut
dire femme ou ^khisc. Le nom que les naturels de
Nbctka donnent aa soleil, OjmUxtkl^ est rapproché,
par le rédacteur du Voyage de Caok^ du nom bien
connu d*une divinité mexicaine, VUzIi pmtdi.
lOSt
NOO
DICTIONNAIRE.
NOD
m
tout genre, et le plus fréquemment même» à
ce qu*il paratt, dans les verbes, il ajoute :
H Cependant il y a certains cas de ressem-
blance plus intime, comme celle q^e nous
trouvons entre le mot aqcoally qui, dans le
dialecle de Nootka, signifie une jeu ne femme,
et le mot cou-atl^ qui, en mexicain, veut
dire épouse, et se prend aussi généralement,
dans le sens de lemme. Dans tous les cas,
le fréquent retour de sons et d'articulations
qui, dans les autres langages, sont compara-
tivement rares, est une circonstance qui
mérite d'être prise en considération, v Cette
circonstance cependant n'est pas propre ex-
clusivement à la langue des habitants de
Nootka ; elle se présente aussi, et même à un
plus haut (Icfçré, dans la langue des Kolus*
chis. D'après ce que nous avons pu apprendre
des langues parlées sur les divers points de
la côte où les Russes ont formé depuis peu
des établissements, il paraît que ce mode de
terminaison si remarquable est d'une telle fré-
quence dans la langue des Ugaliachmutzis,
que, sur douze cents mots environ recueillis
par M. de ResanofT, il n'y en a guère moins
de cent, tant substantifs qu'adjectifs, verbes,
etc., qui unissent en (/, en r/tou en tle. >»
NORWÉGIENS. Voy. Europe moderne.
NOURRITURE DE L'HOMME ET AN-
THROPOPHAGIE. — Les propriétés pîiysi-
ques et les facultés intellectuelles de l'homme
lui permettent d'habiter toutes les contrées
de la terre; il n'est également assujetti à
aucun genre particulier de nourriture. En
d'autres termes, l'homme doit être naturel-
lement omnivore. Si les plaines de la I.a-
ponie, les rivages de la mer Glaciale, les
neiges du Groenland étaient destinés par la
nature à êtrv'^ les habitations de l'homme,
comment serait-il herbivore? Il lui serait
impossible de se procurer des végétaux sur
une terre toujours couverte de glace et de
neige.
L'usage continuel de la nourriture ani-
male est aussi salutaire pour TEsquimau
que la nature variée est nécessaire à d autres
hommes. Les Russes qui habitent l'hiver la
Nouvelle-Zemble doivent, pour conserver
leur santé, imiter les Samoyèdes, manger
de la chair crue et boire le sang du renne.
Tel est le régime nécessaire à la santé dans
ces régions. Les Groënlandais mangent avec
appétit de la baleine crue et des veaux ma-
rms presque gelés et à demi putréfiés, qui
ont séjourné sous Therbe pendant Tété et
sous la neige pendant l'hiver. Ces peuples
boivent aussi le sang de ces animaux, et il
n'est pas de mots plus délicat pour eux
qu'un nareng trempé dans de rhuile de ba-
leine. Dans ta zone torride il serait difficile
de nourrir les troupeaux nécessaires à la
subsistance des habitants. Des pluies pério-
diques, des inondations et l'action prolongée
d'un soleil brûlant détruisent les pâturages.
Mais la nature a remédié à cet inconvénient
par la noix de coco, le plantin, le sagou et
la banane, une quantité de racines et de
graines nutritives. Ainsi nous voyons que la
nourriture végétale est p.us sa ntaire sous
la zone torride.
La nécessité de ce régime qu'impose aui
hommes l'abondance des végétaux et le petil
nombre des animaux révèle une vue prori-
dentielle qui s'applique à conserver noire
espèce dans les climats les plus chauds. Cn
régime exclusivement animal eiposerail
Thomme à toutes les maladies épidemiques
gui naissent de la putréfaction des snimaai
(fans les pays bas et humides. Ainsi la na-
ture a eu soin de distribuer les animaux sur
la terre pour qu'ils soient utiles à la santé
de l'homme , surtout dans les pays qui, m
eux-mêmes, ne sont pas propres'à son ué-
veloppement physique et intellectuel.
Le rapport qui existe entre la nourriture
de l'homme et la nature du pays et du climat
qu'il habite a été peu observé, et cenenaanl
1 homme, bien qu'indépendant du cliraal et
du sol, est dans certains cas esclave de ces
conditions. Ses manifestations morales ci
physiques sont liées àces influences, ainsi jp
cela a lieu dans les autres animaux, et quel-
quefois avec plus de force encore. C'est le
sol qui fournit à l'homme sa nourriture, et
c'est du sol aussi que viennent les exhalai-
sons malsaines qu'il respire dans l'air. Lors-
aue l'on étudie 1 homme physiologiquemenl,
ne faut pas perdre de vue ses rapports
avec la terre où il vit : sous les tropiques,
l'homme , toujours exposé à de fortes cha-
leurs, a le tempérament nerveux, et sona>
tivité vasculaire est sans cesse fortement
excitée, malgré les téguments qui mettent
son corps à Fabri de l'ardeur du soleil. Cela
tient à la couleur brune de l'épiderme, qui
rejette promptement la chaleur superflue du
corps, et à la grande activité de la transpira-
tion, particularités qui caractérisent la peau
sous les tropiques.
Ces pays, surtout ceux qui sont bas elbo-
' mides, produisent une grande quantité de
végétaux et un très-petit nombre des ani-
maux qui servent à notre nourriture. Ao$<i
les habitants, excepté ceux des régions éle-
vées et froides, telles que l'Abyssinie, le
Mexique, etc., sont-ils obligés, par la rare»i
des animaux , de se nourrir de végétaux, et
ont-ils été conduits à des dogmes rcli^^ieut
qui défendent la destruction des esjèces
utiles. Ainsi, dans l'Afrique intorlropicale,
les 'animaux sont sacrés pour les prêtres.
Dans d'autres, surtout sur la côte occiden*
taie, l'usage de la nourriture animale esldé-
fendu. Dans l'indoustan, il n'est pas permis
aux indigènes de se nourrir de chair, et la
vache y est sacrée, sans doute pour emnA-
cher la destructîoft d'une espèce dont le lait
est si essentiel à la nourriture de rhomnie.
Mais ces précautions religieuses no sont
pas seulement destinées à préserver une es-
pèce utile, mais encore à assurer la santé d>>
l'homme. Car cette abatinenee préserve le>
habitants des maladies épidémiques, '^
communes dans ces climats, et dont cette
nourriture augmenterait le danger. Les grai-
nes, les racines nourrissent leur corp^ san<
l'exciter. Ce régime, qui ne trouWe ni ^
f053
NOt
DANTimOPOLOCIE.
NOU
103 i
sang ni les nerCs, lenr oonoe de a fopcc.
tan&sqoe les épices qai y naissent aussi les
présenrenl des miasmes dont ces pays abon-
dent.
Dans les deux Indes et dans TAfricpie in-
tertropîeale les habitants vivent de riz et de
maïs. Les épioes sont employées dans lears
maladies. Ces toniqoes les protègent contre
1 action des pluies et l'inTasion des animaux
parasites qpii les attaquent. Si les indigènes
TiTtient du ré^me animal^ ils auraient les
systèmes sanguin et nerveux trop excités, et
seraient victimes des maladies oui infectent
ces pays. Les vues providentielles qui lient
Itis productions naturelles aux besoins de
l'homme ne se montrent nulle part aussi
clairement que sons les tropiques. Là, si les
sources des maladies sont abondantes , elles
sont du moins restreintes à celles qui vien-
nent directement du sol et du climat : la na*
tare en a écarté toutes les maladies qui
viennent de la iiourriture de l*bomme. Nous
croyons donc que c'est sous Tinfluence des
lieux au*il habite gue Thomme arrête le
genre oe régime qui lui est le plus conve-
nable.
Lorsqu on considère les facultés de V es-
prit et le don de la parole, on proclame
i'bompie Tfttre raisonnable par excellence.
La raison n'appartient qu*a rhoinoie. La
grande supériorité de Thomme se maidfeste
encore par l'empire qu'il exerce sur tout le
reste de la création. Les hommes mêmes
dont rintelligence est le plus bornée possè-
dent un immense avantage sur lanimai, non
fiar une supériorité de force physique , mais
f*ar une suite d'opérations systématiques
que la nature n'a donné qu'à l'homme de
pouvoir accomplir.
Les plus forts et les plus intelli^nts des
animaux n'ont pas une autorité iniSiillible
sar d'autres êtres plus faibles et moins in-
telligents. Les plus forts, il est vrai, font
leor proie des pluslaibles; mais ceci est le
résultat de la nécessité et de leurs instincts
carnivores ; il n'y a aucun rapprochement à
Caire entre cet acte et les actions régulières
qui concourent chez l'homme à un but pré-
rné lité. 11 n*y a rien de pareil chez les ani-
maux. Il est donc permis de croire qu'à cet
é.^rd tous les animaux sont égaux, et qu'ils
sont bien au-dessous de l'homme par l'in-
telligence.
Jamais les animaux n'agissent de concert,
pour arriver à un but commun, de la même
Dianière et par les mêmes principes que
rhornme. Le travail en commun de certaines
tribus d'insectes, et les opérations réunies
i:i mâle et de la femelle dans les animaux
plus élevés, soit pour chercher la nourri-
ture , soit pour travailler à la propagation
Je leur espèce, ne révèlent que des mou-
rements instinctifs et presque automati-
iu?s.
Gomme complément de l'étude des diver-
^*> substances dont l'homme se sert pour
iliiueot, nous ne pouvons passer sous si-
euce V anthropophagie. Personne n'ignore
'existence de cette habitude, mais où existe-
])iGno?f!f n'ATmaoroLOCre.
t-elle, dans quelles conditions, et sous quelles
formes? Est-elle le résultat d'un instinct
phvsique et naturel, ou bien de certains
préjugés, de certaines déoravations des fa-
cultés intellectuelles ou morales? Voilà deu^
questions bien distinctes, que nous devons
examiner successivement.
L'anthropophagie se rencontre quelque-
fois chez les peuples civilisés; elle n'est
alors qu'une sorte de phénomène accidentel,
isolé, en dehors de la civilisation elle-même,
qu'une abominable exception, qui ne se rat-
tache ni aux mceurs ni aux idées d'aucune
nation ni d'aucun temps. Qui n'a lu les hor-
ribles histoires de Tantale et de Pélops , de
Lycaon, d'Atrée et de Thyeste, de Gabriellc
de Vergv, du sire de Coucy et de la dame
de Fayel ? Qwi ne connaît les infortunes de
ces navigateurs poussés par les intolérables
souffrances de fa fiiîm a se nourrir de la
chair de leurs semblables? Josèphe raconte
que, pendant le siège de Jérusalem par Titus,
une femme, nommée Marie, 6lle d'Eléazar,
d*au delà du Jourdain, tua son fils et le dé-
vora. L'historien arabe Abd-Allatif nous a
laissé on effrayant tableau des effets d'une
famine en Egypte : on s'arrachait des lam-
beaux de cadavres humains, on ésorgeait les
enfants pour s'en nourrir, et des bandes
d'anthropophages s'organisèrent. Une des
plus cruelles famines dont Thistoire fasse
mention désola la France en l'an 1030, et
dura trois ans. Les hommes allaient , pour
ainsi dire, à la chasse des hommes, ils s'at-
taquaient les uns les autres, non pour se
voter, mais pour se manger. Un homme,
f>rès de Mâcon , qui faisait profession Av
oger les passants, en avait tué et mangé
nante*4iuit dont on trouva les ossements
sa maison ; il fut brûlé vif à Mâcon,
par ordre d'Othon, comte de la ville. Cn
autre fut aussi condamné au feu, pour avoir
exposé publiquement en vente de la chair
humaine, dans le marché de Tournay. Les
annales des tribunaux , les recueils da mé-
decine rapportent aussi plusieurs cas d'an-
thropophagie accidentelle.
Pour étudier convenablement Fanthropo-
phagie, il faut l'observer dans les lieux où
elle existe comme un fait constant et habi-
tuel, où elle fait, en quelque sorte, part'c
des moeurs d'une nation, c est-è-dire chez
les peuples sauvages.
Les anciens nous ont laissé peu de témo:-
Kages sérieux à cet égard. Sans parler des
strigons, cités par Homère, les renseigne-
ments qui méritent le plus d'attention nous
sont fournis ^r Strabon, qui s'est toujours
montré si soigneux d'écarter de ses récits
les fables et les traditio«is mensongères des
autres historiens. Au rapport de Slrabon, les
Massagètes considéraient comme impies ceux
qui mouraient de maladie, et ils les jetaient
en proie aux bêtes féroces. « La plus belle
mort, selon eux, lorsqu'ils touchaient à la
vieillesse, c'était d'être coupés en morceaux
et mangés avec des viandes de boucherie. »
Les mêmes détails nous sont donnés sur ce
peuple par Hérodote. I^s Massagètes appar-
33
1055
NOU
DICTIONNAIRE
yw
lOSt
tenaient aui peuples sc}^lii(|ues, et leur
pays était situé au nord de la partie orien-
tale du Jaurus.
Le môme Strabon parle encore des Der-
biceSy peuple compris dans la deuxième
Eartie oe 1 Asie septentrionale. « Les*Der-
ices, dit-il, adorent la terre, et n*immolent
ni ixe mangent les animaux femelles. Ils
égorgent les vieillards qui ont passé soixante-
dix ans, et ce sont les parents les plus pro-
ches qui eu mangent la chair. Les vieilles
femmes, ils les étranglent et les ensevelis-
sent. Quant aux hommes qui meurent avant
soixanle-dix ans, ils ne les mangent point et
les ensevelissent comme les femmes. »
L'anthropophagie n'était nulle part plus
répandue autrefois que dans le nouveau
monde; il paraît même qu elle a existé chez
presque toutes les nations de l'Amérique
méridionale.
Les Tapuyas, qui occupaient tout le lit-
toral depuis le Rio de la Plata jusqu'au
fleuve des Amazones, ont été visités par
Barlffîus, qui nous a transmis de curieux dé-
tails sur leurs usages. S'il n'est pas bien
prouvé que toutes les tribus des Tapuyas
fussent anthropophages dans toute l éten-
due du mot, c'est-a-dire qu'elles sacrifiassent
leurs ennemis à leur vengeance, il est bien
certain du moins que ceux de Rio-Grande
dévoraient les corps de leurs guerriers
après leur mort. Les chefs, dit-on, déyo-
raient les chefs, et les guerriers les simples
guerriers. Les mères mangeaient la chair de
leurs enfants morts. Les os des cadavres
étaient piles avec le mais, et le deuil durait
jusqu'à ce que lo corps tout entier eût servi
de nourriture. On ajoute que les cheveux
mêmes étaient mêlés k du miel sauvage , et
préparés ainsi pour le repas funéraire. Les
vieillards recevaient la mort de leurs en-
fants, qui les dévoraient.
Plus tard les Tupinambas occupèrent ces
mêmes pays, et conservèrent en partie les
mêmes mœurs. Hans Stade, qui fut prison-
nier de ces barbares', et qui fut sur le point
de devenir leur victime, Lery, le père Yves
d'Evreux, Thevet et Francisco da Cunha
rapportent une foule de détails sur les hor-
ribles festins des Tupinambas, sur les pré-
parations diverses qu'ils faisaient subir à la
chair de leur victime, sur les distributions
qui en étaient faites dans toutes les familles
de la tribu. Tous ces documents viennent à
l'appui des indications qui avaient été four-
nies par Améric Vespuce, lors des premiers
temps de la découverte du nouveau monde.
Il n'est pas sans intérêt de rapporter ici
les propres paroles de Thevet, qui visita le
Brésil vers le milieu du xvi* siècle. Un chef
sauvage , que Thevet nomme Konian-Bebe,
fit devant lui une harangue qui, pendant
près de deux heures , roula sur ce sujet :
a J'en ai tant man^é, et de Margaias, j'ai
tant occis de leurs femmes et de leurs en-
fants, après en avoir fait à ma volonté, que
je puis par mes faits héroïques prendre lo
titre du plus grand morbicna qui fut onc-
(jues entre nous. J'ai délivré tant de peu
pies de la gueule de mes ennemis; je sak
grand, je suis puissant, je suis fort... 11 njr
avait , ajoute Thevet ^ quasi homme qui ne
tremblât de l'ouïr parler avec une si grosse,
hideuse et épouvantable voix , que tous
n'eussiez pas quasi pu ouïr tonner. > Ce
chef barbare aimait à se comparer lai-mèoif
^u jaguar, et il se vantait d'avoir roan^é si
part de plus de cinq mille prisonniers.
Francisco da Cunha retrace éuer^que-
ment le sentiment d'effroi que causaient ja-
dis aux Européens les féroces Aymor^,
descendants des Tapuyas, et qui occupaient
les plages à demi désertes où vont se perdre
le Uio-Doce et le Belmonte. « Les Aymorès,
dit-il , mangent la chair humaine* eomme
nourriture^ ce que ne font pas les antres
peuples» qui ne dévorent leurs ennemis que
par vengeance, à la suite de leurs conjâits
et par ancienneté de haine. »
Les nombreuses nations du Pérou, arant
Tapparition de Manco-Capac sur le plateau
de Titicaca, et les Caraïbes, qui dommaient
dans l'archipel des Antilles et le lomc de«
c6tes, entre l'Amazone et le golfe de Mara-
caibo, étaient également anthropopbaçfô. Les
Mexicains dévoraient la ch«ir des victime^
humaines qu'ils sacrifiaient à leurs dieai.
Maintenant encore nous retrouvons l'anthro-
Sophagie dans le haut Orénoque, chez les
fanitibitanos établis sur les bords du Rio-
Negro, et les Quaipunabis. Les Botécudos.
que Ton regarde comme les descendants des
Aymorès, les Purys et les Bogres, les Mu-
ras et les Mundrucus, sur les bords de l'A-
:nazone, quelques autres peuplades, daosli
ci-devant Amérique espagnole du sud;!»
Quai^ivos, qui errent le long du Meta, ju«-
qu'>. son confluent avec TOrénoque , et qui
désolent les établissements colombiens : tels
sont les anthropophages le mieux connus
de toutes ces contrées américaine-
Il est digne toutefois de remarque que
cette affreuse coutume n*existe pas chez
plusieurs tribus voisines de ces cannibales,
et mêlées en quelque sorte avec eux; qu'elle
est inconnue aux nations abruties du bass'ïi
de rOrénoque, et que les Caraïbes du a«-
tinent américain , ce qui est plus notab.e
encore, ne sont point anthropophages comnw
ceux des Antilles.
Il est inutile de reproduire ici la lon^^^i^
liste des peuples anthropophages de i'Afriq«e
qui habitent les côtes de la Guinée et les dt-
verscs contrées de la Nigrilic conirale et de
la Nigritic australe; nous dirons seulement
qu'il en est parmi eux dont les mœurs et ir
caractère sont très-doux, et que cher eai
l'anthropophagie, comme au Congo, c^l^a
conséquence des sacrifices humains. La vic-
time est désignée longtemps d'avance, nw:>
elle ignore le sort qui lui est réservé ; on tt
prend le plus grancl soin, et on ticlie mém^
de l'engraisser. Lorsque le moment fatal jf^^
arrivé, on la tue subilemeul, au milieu dj*
ffttes et en présence du roi et de tout »
f>euple; son corps est coupé en guatre (par-
ties, grillé immédiatement, puis disfnhué
1537
NOU
DANTIIROPOLOCIE.
NOU
lOlff
8G1 assistants» selon leur rang, fiour être
mangé sur-le-champ.
En Asie> les Bhenderwas, tribu indienne
qui habite les montagnes d^Omerkantak, dans
le GranJwânâ, croient faire une action
azréable à leur dieu et un acte de miséri-
rorde enrers leurs parents en les tuant et en
les mangeant » lorsqu'ils sont parvenus à la
vieillesse, ou attaqués d'une maladie regar-
lée comme incurable. Ce festin, dit le lieu-
toDanl Prendegast, qui visita cette peuplade
pn 18â0, est partagé par tous les parents et
imis de la victime.
C^est surtout dans TOcéanie qu'il faut
iiercher l'anthropophagie. Non-seulement
[»resque tous les peuples de ce monde mari-
ime ont été ou sont encore cannibales, mais
ette coutume est établie chez plusieurs
l'entre ceux qui sont assez avancés dans la
irilisation. On la retrouve dans la Ualaisie,
es naturels de l'Ile d'Ombay , les tribus nè-
gres de Timor , les Djachs de Bornéo, et les
lalbas de Sumatra. Ces derniers, particuliè-
'emeni, offrent un mélange extraordinaire
le douceur et de culture intellectuelle avec
es usages les plus barbares. C'est par rcs-
)ec| pour les lois et les institutions de leurs
incètres que les Battas sont anthropophages.
>s lois condamnent à être mangés vivants
es adultères, les voleurs de nuit, les |.ri-
>onoiers faits dans une guerre importante ,
enx enlin qui* étant d'une môme tribu, se
narient ensernble, et sont supposas, par
on>équenl , descendre des mêmes père et
nère, La chair du criminel est man^'ée tan-
•*l erup, tantôt grillée, assaisonnée "de sel,
îe [Kiivre, de citron, quelquefois avec du
iz, et jamais ailleurs que sur le lieu de
appHce. La chair humaine est défendue
lux femmes ; elles savent pourtant s'en pro-
urer quelques morceaux à la dérobée. On
calculé aue le nombre moyen des indivi-
l'js man/cs, en temps de paix, était de 60 à
W par (ii«ir|ue annét».
Les Céiébiens, et même les Javanais , Sc-
an M. Crawford , mangent anelauefois le
•^urde leurs ennemis. Dans i Oceanie cen-
l'aie, on retrouve l'anthropophagie parmi
"^ naturels les plus sauvages du Port-Wes-
Tn, dans le voisinage des montagnes Bleues,
^n la rencontre surtout dans la Nouvel le-
clanle et chez les tribus noires rie la Nou-
Hle-Calédonie. Dans la Polynésie , les na-
irels des lies Viti ou Fidji, de Noukahiwa ,
l les Marquises, ceux de l'archipel des Ca-
bines, ceux même de l'archipel de Tonga
l des Iles Pclew, si vantés pour leur dou-
'Ur, sont plus ou moins authropopha *es.
i. Jules de Blosseville a constaté que 1 aii-
iropophagie avait existé autrefois jusque
3ns les lies de la Société.
Tous les peuples anthropophages n'esti-
i^nt pas au même degré le coût de la chair
umaine. Au rapport des anciens voyageurs
ne nous avons cités plus haut, quelques-
ns des Tupinambas du Brésil convenaient
ue souvent leur estomac était contraint de
^jeter celte horrible nourriture. Les Zé-
ui iais, au contraire, la trouvent excellente.
Suivant eux, la chair de l'homme a le mémo
goût que celle du cochon, mais est préfé-
rable. Taouaî,cfaef zélandais à demi civi-
lisé par un lonç séjour chez les Anglais ,
tout en reconnaissant que l'anthropopliagie
était une mauvaise action, avouait cepen-
dant qu'il avait toujours trouvé le plus grand
plaisir à manger la chair de ses ennemis, et
qu'il regrettait vivement, malgré lui, d'être
privé depuis longtcfmps de cette jouissance.
Au moment même ou ce chef barbare ex-
primait un tel désir, il était assis à une
table sur laquelle étaient abondamment ser-
vis des mets excellents.
Simon de Vasconcellos, jésuite portugais,
raconte, dans les Chroniques de la Société des
JésHîtesau Brésil^ qu'il assistait un jourunb
vieille femme brésilienne convertie au
christianisme , et pi-ès de mourir. Il lui of-
frait du sucre et diverses choses délicates :
« Je n'aurais qu'un désir, répondit-elle, ce
serait de grignoter les petits os de la main
d'un enfant. »
En général, les anthropophages dn Brésil
préfèrent la chair des femmes et celle des
enfants. Dans d'autres pays, au contraire, en
Malaisie, par exemple, etdans quelques par-
ties aussi de la Nouvelle-Zélande, ils aiment
mieux celle d'un homme de cinquante ans
ou d'un vieillard. Les Zélandais, qui ont use
aversion marquée pour nos viandes salées ,
1 retendent que la chair des Européens est
désagréable parce qu'ils mangent trop r!o
sel; la chair des Zélandais leur parait meil-
leure. Selon les lieux et les mœurs, on dévore
telle partie du corps plutôt que telle autre :
ici la cervelle, là le cœur, ailleurs l'œil gau-
che ; dans d'autres pays, la chair musculaire
est surtout fort recherchée. Les os sont quel-
quefois broyés et leur poussière roêléeàii'au-
tres aliments ; mais le plus ordinairement ils
sont réservés, et servent à faire divers usten-
siles, des flûtes surtout, et des instruments
de musique. M. Bennett ayant rencontré
dans la Nouvelle-Zélande un amas d'osse-
ments humains, demandait à un chef zélaii-
lais si ces os appartenaient h des hommes
qui eussent été dévorés; celui-ci aiïlrma
qu'il était sûr du contraire, car, dans ce v;^^^
les os ne fussent point restés en place, et on
eût enlevé les mâchoires inférieures i>our
en faire des crochets. On sait enfin que les
sauvages des divers pavs, et particulièrement
de rOcéanie, gardent les fêtes de leurs en-
nemis , après les avoir dévorés, qu'ils sont
frès-habiies à préparer ces têtes de manière
à les conserver longtemps, et que souvent
ils les vendent plus tard à ces Européens.
La chair humaine est mani;ée quelquefois
crue, quelquefois grillée ou cuite par divers
procédés.
Lors({ue les Zélandais tuent un homme
dans le combat, ils s'élancent sur lui et lui
déchirent la gorge avec les dents, afin de
boire un peu de son san^ avant qu'il soit
tout à fait mort. Les anciens sauvages du
Brésil préparaient très-grossièrement les
morceaux de chair qu'ils voulaient dévorer,
de là l'explication toute naturelle des difll*
1059
KOU
DlCTiOiNNAIRE
NOU
cullés qu'ils éprouvaient à les digérer, et
qui ne peut tenir à la nature même de la
chair humaine. EWis (Recherches sur la Poly-
nésie) dit avoir vu un guerrier, poussé par un
sentiment de vengeance, manger trois ou
quatre bouchées de la chair d'un ennemi
vaincu.
Les habitants des lies Viti et les Zélandais
coupent ordinairement les parties du corps
en plusieurs morceaux, dont ils séparent
les os , et les font cuire au feu après les
avoir entourés de feuilles et disposés sur
une espèce de gril en bois désigné sous Ip
nom de boucan. D'autres fois on creuse une
jfosse, on la garnit de larges feuilles sur les-
quelles on place des morceaux de chair;
Suis on les recouvre d'autres feuilles et
e terre, et le feu qu'on allume au-dessus
leur donne un de^ré de cuisson remarqua-
ble. Ce procédé est, du reste, celui qu'ils
emploient pour la préparation de toutes
les chairs animales.
Maintenant l'anthropophagie e^t-elle le
résultat d'un instinct physique et naturel ,
ou bien de certains préjugés, de certaines
dépravations des facultés intellectuelles et
morales ? Nous remarquerons d'abord que
cette coutume, bien qu'elle ait existé, sui-
vant Hérodote et Strabon, chez les Massa-
gètes et les Derbices , peuples à peu près
septentrionaux, n'a guère été observée dans
le nord , et que rien n'annonce qu'elle ait
appartenu en aucun temps à la race qu'on
est convenu d'appeler caucasique. Toutefois,
nous savons guo les Scandinaves , enfants
d'Odin, buvaient la cervoiso et l'hydromel
dans le crâne de leurs ennemis morts. Les
sacrifices humains, si fréquents chez tous
les peuples anthropophages, et qui sont sui-
vis presque partout ae l'anthropophagie, se
sont longtemps conservés parmi les nations
lés plus avancées de la civilisation, tels que
les Égyptiens, les Indiens, les Carthaginois,
les Grecs et les Romains, du temps même de
l'empereur Claude. On les retrouvait dans la
Gaule et la Germanie. Qui n'a entendu {)ar-
)er des ogres, si célèbres dans les vieux ro-
manciers l
Il est donc permis de croire, par une sorte
d'induction assez légitime , que l'anthropo-
phagie a pu exister aussi originairement
chez ces divers peuples, et que si l'hislairo
n'en fait aucune mention, cest qu'elle ne
remonte point jusqu'aux époques primitives
de leur existence. Il est vrai de dire , néan-
moins, qu'un certain nombre de tribus amé-
ricaines et indiennes , arrêtées encore à ce
même état d'enfance que nous avons icmar-
qué chez les sauvages océaniens , ne lais-
sent voir aucun exemple ni aucune trace de
cette horrible coutume. Comment donc con-
cilier ces trois grands faits , en apparence
contradictoires : l'existence de l'anthropo-
phagie dans la plupart des contrées étran-
gères à la civilisation , son absence dans
quelques autres, et cette horreur qu'inspire
partout à Thomme civilisé la seule idée
d'une telle nourriture, horreur si profonde,
» invincible, qu^elle semble tenir à une
sorte de sentiment originel inhérent à noire
nature?
Il faut le reconnaître, l'homme à Féiat
sauvage n'est qu'un homme incomplet (t
inachevé. La persistance de certains appé-
tits, et leur association aux idées grosMèri>
et aux passions féroces qui les enlrelien-
nent, attestent seulement que la partie in-
tellectuelle et morale de cet homme est en-
core arrêtée dans son développement; de
telle sorte que ce n'est point véritableraeni
à l'homme lui-même qu il faut attribuer ee^
actes barbares, puisque l'homme porte en
lui les instincts sociaux et les faciiliés m-
raies qui doivent inévitablement l'en dé-
tourner plus tard. Dire que Tanthropopha-
Çie est un des caractères distinctifs (Je Tes-
pèce humaine, comme l'ont osé afTirmercei-
tains auteurs , n'est-ce pas mutiler sa na-
ture, et lui retrancher ce qui en est l'attri-
but essentiel? Si un peuple civilisé restait
anthropophage, il serait dans Tordre de k
société ce que sont les monstres dans lor
dre physique.
M. de llumboldt , dont l'autorité est n
Srande, dit en propres termes, en parlant
es sauvages américains : ^ L'anthropoplia*
gie n'est parmi ces peuples que reffot u'ur.
système de vengeance ; ils ne mangent ipe
des ennemis faits prisonniers dans un coq-
bat; les exemples où, par un raffinement do
cruauté, l'Indien mange ses parents les pia<
proches, sa femme, une maîtresse doTcnuc
infidèle, sont extrêmement rares.» Ellispn-
tend que les seules causes de l'anthropopha-
gie, quelque part qu'on robservc, sunl b
superstition et la vengeance. Telle est ausM
l'opinion du prince Maximilien de NeuTiei),
cet excellent observateur , de M. d*L>Ti]lt%
de M. Gaimard , et de la plupart des uan^
tours. Il est incontestable que Tamourdcia
vengeance, si violent chez ces hommes bar-
bares, est le principal motif de l'anlhrop-
phagic; cependant cette coutume estprfr-
que toujours liée à quelque superstition r^
ligieusc. Les uns dévorent leurs cLefs» p'-r
donner à leur corps une noble sépulture ;
d'autres mandent lœil seulement, s'inidci-
nant qu'ils s'incorporent ainsi la faculté <V
guérir les maladies; d'autres croient (\\:t
chaque homme a son atoua, ou son dieu, ••
que s'ils mangent leur ennemi, surtout siN
boivent une partie de son sang avant qt'>'
soit tout à fait mort , ils s'assimileront S"U
aloua^ et accroîtront ainsi leur puissance
Plusieurs supposant que l'œil gauche, ap^n-
la mort, monte au ciel et devient une élofl'.
mangent l'œil gauche de leur ennemi, et po-
sent ajouter ainsi à leur eloireet à TéfUi
qu'aura leur œil gauche lorsqu'ils stiî\.^\
morts.
Nulle part la faim ou le défaut de sub<i>-
tance n'ont donné lieu à Tanthropophadt :
nulle part la chair humaine n'a été cousue
rée sicûplement comme un aliment semtîî-
ble ou analogue aux autres ; nuUe part o -•
coutume n'a été détruite queparla destrj
tion des idées ou des passions gui lui avu.- ^
donné naissance. Doù il suit éridenan;^':
);i
KJB
OANTIIROPOLOGIE.
NCB
fM2
lie ranthro{>opha^e est un fait qui tient à
ne dénravation oiorole plutôt qu*à un ins-
nrt pnrsit|ue.
Pour c impiéler ces observations sur cette
I uière, disons aussi auelques mots de ces
i> extraordinaires uantbropoplia^e qui
••ItserTent de loin en loin dans nos pays
Tilisi'S, et dont les récits jettent Tépou vante
l'horreur dans la société.
<ÀT{ains hommes sont saisis tout à coup
une affreuse manie : ils tuent et dévorent
i:rs semblables. Plusieurs faits de ce genre
II éié recueillis j:ar le professeur Chr.
rûner d'iéna. Des lemmes enceintes éprou-
vât le même désir. Enfin, cette fiassiou
nihle quelquefois se perpétuer dans une
luille et se transmettre héréditairement,
t:iime unedis|)ositioo pliysique ou morale,
'S |)ères à leurs enfants.
NOYER. Fojf. Châtaig^iieb.
NUBIENS. — Nous avons décrit dans un
itre article les anciens Egyptiens ( Voy. et
ot); nous allons dans celui-ci passer rapi-
'fiioQt en rerue les races nombreuses qui ,
\\n\âni de même les jiarties orientales de
Afrique, présentent dans leurs caraclères
hvM'iues quelques traits de ressemblauec
V'.-c te f)euple célèbt::?. Plusieurs de ces ra-
'< , il est vrai , se rapprochent d'une ma-
• re plus ou moins prononcée du type
• -T.% mais ne nous présentent pas certai-
.') {hirticulari tés d'organisation considérées
>MDiiie caractéristiques de ce type, qu'on ne
oit atteindre son développement complet
ue dans les parties occidentales d« TAfri-
'if inlertropicale. En considérant successi-
ornent, et dans leur ordre de position géo-
ra{»!ii {ue, les habitants des' pays compris
nire l'E^ypîe et la Sénégambie, nous ver-
m< leurs caractères physi(}ues se modifier,
e manière à passer du ty|ie égyptien au
n»^ nè^re par transitions graduées, sans
u[il y ail jamais saut brusque d*un terme
l'autre de cette série, sans qu'il y ait |)0S-
iiiilité d'établir en un point une ligne de
['marration naturelle.
Nous avons donc ici l'eiemple d'une fa-
ii)le de l'espèce humaine dont le type ca-
M'Tisiirjue se transforme complètement,
t i>ar des degrés presque insensibles, sans
ue ce changement puisse être considéré
'»nime le résultat d'un mélange qui aurait
il Heu entre des races primitivement dis-
nrtes, sur les confins des jMiys échus
Jis en partage à chacune d'elles. Une sup-
jsiiion semblable |K)uvait être faite il y a
aelques années encore, et Ta éiè en effet
>so2 souvent, car elle se présente d'abord
)'e<:prit comme offrant une explication
ni;*!e du phénomène; mais les |»euples in-
;rm('*.iiaires ne sont point des métis et ils
ont aucun des caractères qui pourraient
'S fnire regarder comme tels : ils ont chacun
'S traits distinctifs qui suffiraient, quand
n'y aurait pas la différence des langues,
»ur !es faire reconnaître comme des races
^mrées et particulières, non moins dis-
nrtes des races nègres que ne le sont les
Kos blanches elles-mêmes. Voilà ce qui
résulte de recherches récentes faites sur les
lieux par des personnes très-versées dans
l'histoire naturelle, dans la physiologie,
dans l'anatomie comparée, et bien convain-
cues d'ailleurs de l'importance dt: pareilles
investigations pour l'histoire physique de
l'espèce humaine. Commencées par les sa-
vants qui accompagnaient l'armée française
dans l^ipédition d'Egypte, ces recherches
ont été continuées depuis par divers voya-
geurs : je citerai en particulier, comme fort
étendues, celles de H. d'Abbadie, qui a fait
{'usqu'à deux voyages en Abyssinie. Je suis
leureux de pouvoir m'aider des distinctions
judicieuses établies par cet habile observa-
teur, dans la comparaison que je vais faire
entre les peuples qui nous offrent les diffé-
rents degrés de cette transformation par la-
quelle on passe d'un type à un autre. Je com-
mencerai par les habitants à demi-liarbares
des pays oui sont situés au-dessus de l'E-
gypte et s étendent jusque vers les limites
de l'Abyssinie.
Les pays situés au-dessus de l'Egypte sont
habités par deux races d'hommes «jui se
ressemblent par les caractères physiques,
mais qui ont une langue et une origine dif-
férentes.
L'une est peut-être la race aborigène, et
l'autre une race étrangère. Je les désignerai
sous les noms de Nubiens orientaux ou Nu-
biens de la mer Rouge, et Nubiens du Nil
ou llarabras. Tous ces différents peuples ont
le teint d'un brun rougeâtre;. quelquefois
leur couleur se rapproche beaucoup du noir,
mais ce noir est toujours très-différent de la
teinte d'ébène des nègres orientaux. Leur
chevelure est épaisse, souvent frisée, et
auelquefois même, dit-on , laineuse : cepen-
ant elle n'est pas tout è fait semblable à
celle des nègres de Guinée.
Les Nubiens orientaux sont divisés en peu-
plades errantes qui habitent le pays compris
entre le Nil et la mer Rouge. La portion
septentrionale de cette race est composée
des Ababdehs qui, dans le désert de l'est,,
s'avancent au nord jus.^u'à Cosseir , et qui ,
vers le parallèle de Dt^ir, confinent avec les
Bicharyehs ou Bishari. Les Bicharvehs s'é-
tendent à partir de là jusqu'aux frontières
de l'Abyssinie, mais ils sont surtout nom-
breux vers le mont Offa, qui est à quinze
journées de marche d'Assouan. Lei Uadha-
rebs sont encore plus au sud et vont jusqu'à
Souakin, sur la mer Rouge. Les Souakinis
eux-mêmes appartiennent à cette race.
Macrizy parle de ces nations comme étant
pour la plupart chrétiennes à l'époque où il
écrivit. Ils les désigne sous le nom de Be-
jawy ou Bejas. On dit qu'avant la dévasta-
tion de l'Afrique septentrionale par les ap<y-
tres de l'islamisme, leur pays renfermait
beaucoup d'églises et d'établissements reli-
gieux. Les Bedjahs paraissent être les des
cendants du peuple connu dans Tantiquité
sons le nom oe Blemmyes, et dont Slrabon ,
ainsi que d'autres auteurs, parle comme»
d'un peuple très-puissant de la vallée du
Nil. Etant pour les gouverneurs romains do
ion
NUS
DICTIONNAIRE
MB
i(i(
VE^y\}ie des voisins incomniodes, i!s furent
i.has^cs de leur pays par Dioclétien, qui y
AiL'ena pour )os remplacer les Nobates de
Libye. Ceux-ci sont très- probablement les
Barabras, ([ul habitent maintenant la vallée
du Nil.
Les Bicharyehs sont exlrômement sauva-
ges et inhospitaliers ; on prétend qu'ils boi-
vent le sau^ chaud des animaux encore
vivants : ils sont pour la plupart nomades,
et se nourrissent ce la chair ou du lait de
leurs troupeaux.
Les caractères physiques de cette race ont
été donnés par plusieurs voyageurs qui ont
visité quelques-unes des tribus dont elle
se compose. Nous citerons entre autres
MM. Sait, Buckhardt, Dubois-Aymé, Bel-
zoni et Wilkinson. Quant à leur histoire,
les renseignements qui s'y rapportent et
qui se trouvaient épars dans dillurcnls ou-
vrages, ont été réunis avec soin par M. Qua-
tremère et par le savant professeur Kilter.
Tous les écrivains s'accordent à nous les
représenter comme de beaux hommes ayant
des traits réguliers, des yeux grflinds et ex-
pressifs, et une taille sveltc et élégante.
Leur teint est d'un brun très-sombre, ou,
pour en donner uuc plus juste idée, il a une
couleur foncée de chocolat. Belzoni, dans
sa descWption des Ababdehs, ait qu'ils ont
les cheveux très-crépus, a Li*ur coilfure,
aioute-t-il , est très-curieuse. Ceux dont les
clieveux sont assez longs pour descendre
plus bas que l'oreille les laissent pendre en
moches droites, terminées chacune par une
boucle. Celte chevelure est imurégnée de
graisse, et si bien brouillée qu'il serait dif-
li;dle d'y faire pénétrer un peigne; mais ces
hommes se garderaient d'ailleui»s d'y tou-
cher, et afin de ne pas déranger leur coif-
fure, ils ont un morceau de bois de la forme
d'une aiguille d'emballeur, dont ils se ser-
vent pour se gratter la tôte. »
La description la plus complète que nous
ayons des Ababdehs est celle qu'a donnée
M. d'Abbadie. Il dit que les tribus des. envi-
rons de Cosseïr ont les cheveux crépus,
lon^^s de sept ou huit centimètres. Il remar-
que que les cheveux ues hommes de ces tri-
bus sont arrangés d'une façon toute particu-
lière, ce qui leur donne une étrange api^a-
vence. Leurs lèvres ne sont pas épaisses.
« Leur nez est un peu gros dans le bas, et se
rapproche du type cophte; leur teint est
presque noir. » "
Les Barabras sont bien connus en Egypte,
où ils arrivent du haut de la vallée du Nil
pour chercher du travail. Ils habitent la {>af-
tie de la vallée comprise entre la frontière
sud de rE2;ypte et le Sennaar. Ils se donnent
le nom de Barabras : les Arabes les appellent
Nubas. C'est un peuple bien distinct des Ara-
bes et de toutes les nations voisines; il ha-
bite sur les bords du Nil, et, partout où il se
trouve un sol propice, il plante des dattiers,
établit des norias pour les irrigations , et
sème du dhourra et diverses plantes légu-
mineuses. Au Caire, où il se trouve un
grand nombre d'individus ne cette race, ils
sont estimés pour leur probité.
D'après ce qu'on a pu savoir de leur his-
toire, les B&rstbras paraissent, ainsi que nous
l'avons déjà dit, être les descenJants <!e ces
Nobates qui, il y a quinze siècles, furent
amenés d'une oasis de l'ouest, nar ordnMJe
Dioctétien, pour habiter la vallée du Nil. Il»
furent un peu plus tard convertis au chris-
tianisme, tel qu'il existait dans ces contrées
mais maintenant ils professent rislamisoie.
BlumenJjach fut vivement frappé de la
ressemblance des Bar^ras avec les peintu-
res de Tantiaue Egypte. Sous le rapport des
caractères [)nysiques, ils ont en effet que!^
que analogie avec les Egyptiens: comiue
eux, ils ont la peau rougeâtre, mais d'une
teinte beaucoup plus foncée; chez les uns
et chez les autres la teinte est sujette à n-
rier d'intensité. Brown, auteur ti-ès-exad,
nous apprend que les habitants de Tile d'E-
léphantme ont la peau noire, tandis qu<
ceux de Tile Açouan, qui est en face, onlij
peau rouge ou \qs traits des Nubiens ou 6c-
rabras. Dans un mémoire sur cette dernier-'
race, qui faix partie de la « Description dt
r Egypte^ » on parlOv dos Barabras comm^
étant d'une couleur acajou foncé. «IK y
prévalent de cette nuance, dit lauteur bj
mémoire, pour se ranger parmi les blancs...
Leur peau est d'un tissu extrêmement ûd, sa
couleur ne produit pas une couleur désa-
gréable, la nuance rou^e qui y est mèif
leur donne un air de santé et de vie...Clit^
quelques enfants on voit des touffes de cl"
veux noirs mêlées à das touffes blondes. '
Leur nuance de blond n*est pas d'aillei:r>
semblable à celle des Euro, éens, mais n-î-
semble à la couleur des cheveux roussi>^:
le feu. Le docteur Riippell, qui a donné t^
délails hîs plus circonstanciés sur ce \m\^r
chez lequel il. a fait un long séjour, dilqu'ux
« observation attentive peut nous faire a-
connaître chez les Bar^ras la vieille plij-
sionomie naliooale de leurs aacètres, dus:
les statues colossales et les bas-reliefs J"
temples et des tombeaux nous offrent la rn
prouuction. » Le. docteur Rùppell fait i'<
allusion aux scul[)tures qui ont été trouu**
suc le Nil, au-dessus de l'Egypte ; mais, bJO
qu'elles nous offrent en effet des traits sp
Diables à ceux des Barabras, elles n^t:
point été faites d'après les ancêtres de vt
peuple, mais d'après des hommes qui apr^-
tenaient à l'ancienne race éjryptiennc. V i
le jx)rtrait qu'çn fait Riippell : « Un vïn--
ovale un peu allongé; un nez aquilic <
d'une très-belle forme, légèrement arn;-:
vers le bout ; des lèvres ^rosscs sâRS i-'*
proéminentes ; un menton fuyant, unehaf <
clairsemée ; des yeux animés, des chei m
très-frisés sans jamais être crépus, un «t.'
parfaitement proportionné et en généf*»' /
taille moyenne, une peau de la couleur -
bronze, tels sont les traits caractéri>li'iîi*'
du DongoJah de race pure. Les mème^ ca-
ractères se retrouvent géuéraJementcbei *"
Ababdehs, les Biccharyelis et chez unei^rtit
des habitants de la province de SehcoJî -"^
1015
NLH
D*ANTHROPOLCGIE
KCB
ÎM
tn retroure aussi plusieurs chez les Abys-
sins. »
Cette race nous présente un fait qui, s*il
était bien constaté (et les témoienages his-
toriques semblent autorisés à le regarder
comme tel), serait du plus haut intérêt :
c'est le passage, dans la succession des géné-
rations, du type nègre à un type très-sem-
blable à celui des anciens Egyptiens (660).
Les Barabras se partaient en trois grou-
pe<î, dont chacun a son dialecte propre : les
5ubas ou Noubas, les Kenouhs et les Don-
goiahs; tous habitent la vallée du Nil. Le
nom de Nuba n*est pas celui que ce peuple
se donne à lui-même, et c*est paf les Arabes
qu'il est ainsi appelé. Au reste les Arabes
i«>nt aussi usage de ce nom pour désigner
tous les noirs qui viennent des pays à es-
claves situés au sud du Sennaar (tiei). On,
doit remarquer, au reste, que ces noirs appar-
tiennent à des races nègres qui se rappro-
chent réellement un peu par les caractères
phy>iaue5 des habitants de la vallée du Nil.
Burcknardt en faitla peinture suivante : < Les
Noubas se distinguent des nègres par plu-
sieurs points, et en particulier par la dou-
ceur de leur peau, qui est très-unie, très-
souplci tandis que, cnez le véritable nègre,
lapaumede la main estrude et dure comme du
bois. Leur nez est moins aplati que celui des
nègres; leurs lèvres sont moins épaisses et
leurs pommettes moins saillantes. Leurs
cheveux ressemblent généralement à ceux
àes Européens, mais ils sont plus gros et
toujours irisés; quelquefois aussi ils sont
laineux. La couleur de leur peau est moins
obscure que celle des nègres et a une nuance
cuivrée. »
D'autres auteurs s'accordent avec Burck-
hardt dans la description qu'ils font des
nègres du Quamâmil et du Bertat, pays natal
des Noutias. M. Cailliaud dit que leurs che-
veux sont généralement laineux, mais que
souvent aussi ils sont seulement crépus ou
même frisés. Le canton particulier d'où sont
sortis les Barabras paraît être le Rordofan,
et les nègres Koldagi, comme les appellent
les voyageurs, conservent et parlent encore,
à ce qu'il semblerait, un dialecte de la lan-
gue barabra. Leur idiome au, moins pré-
sente beaucoup d'affinité avec celui des Ba-
rabras, et dans ce que Ton connaît du voca-
bulaire des deux nations, il y a une grande
i»artie qui est commune, il y a donc tout
lieu de croire que l'oasis d'où Ton a fait ve-
nir les Nol>ates ou Noubas, au temps de Dioi
clétien, n'était autre que le Kordofan.
Etablis dans la vallée du Nil, où ils n'a-
iraient pas tardé à se civiliser jusqu'à un
c-ertain point, les Nobates, ancêtres des Bara-
bras actuels* ont subi, dans les quinze siè-
cles que l'on compte depuis l'époque de leur
arrivée en ce pays, des modifications qu'on
(660) MM. Costal, Borckard, Waddlngloo, Rûp-
pelU Seelzen, Ritter, el d^autres aateurs, ont re-
eiseilli Imucoup de renseisnemeiits, tant sur rbts-
t«Mrp qiie sur rethiiogra|mie des Barabras ou Nu-
doit attribuer i l'action de circonstances
extérieures différentes de celles auxquelles
la race était soumise dans sa terre natale, et
anssipeut-être à l'influence de la civilisation,
maisqui ne sauraient être considérées comme
le résultat d'un croisement avec une race
étrangère; les Barabras, en effet, ne con-
tractent point de mariages avec les Arabes,
et ils n'ont pu se mêler non plus avec les
anciens habitants du pays, les Blemmyes,
puisque ceux-ci avaient été expulsés pour
leur faire place.
Je sais bien que les conclusions qu'on
peut tirer des faits sur lesquels on s'appuie
dans l'ethnologie et dans Inistoire des races
sont presque toutes fort sujettes è objection,
attendu qu'on n'est jamais sûr d'avoir pris
en considération toutes les données du pro-
blème, et qu'il est fort possible qu'une de
celles dont on n'a pas eu connaissance ait
exercé sur les résultats dont on s occupe une
influence marauée ; mais, en faisant la part
à cette cause (l'erreur, et en tenant compte
de l'inceriitude qui en résulte relativement
aux résultais de ces sortes de recherches, je
crois que l'on a dans l'histoire des tribus
nubiennes un bon exemple des changements
qui peuvent survenir avec le temps dans les
caracfères physiques d'une race. S'il est
vrai que les Barabras ou Nubiens du Nil
soient descendus des Nobas Koldagis, il
nous est bien permis de supposer que les
anciens Epjypliens, qui ressemblaient beau-
coiip aux Barabras de nos jours, sont descen-
dus d'une souche semblabb. Celte supposi-
tion s'accorderait avec beaucoup de faits qu«
len'îont è nous faire voir dans les habitants
de l'Egypte ancienne une nation africaine
d'origine. D'un autre côté, il n'y a poin
d'invraisemblance à admettre la supposition
contraire, savoir, que les Nobas eux-même
seraient descendus d'un peuple semblable
aux Egyptiens : on sait, dans le cas des ani-
maux, que lorsqu'une race longtemps do-
mestique repasse à l'état sauvage, elle re-
prend tous les caractères qu'elle avait avant
d'être devenue l'objet des soins de l'homme,
l'uniformité de ses couleurs, la teinte fon-
cée, ta conformation primitive de la tête et
des membres {Voy. V'ariatioîïs). 11 n'y aurait
donc rien d'improbable à ce qu'une tribu
qui aurait offert à une certaine épogue le
type hara!>ra ou é^ptien ancien se fût par
là suite éloignée de ce type, et, en perdant
au milieu des forêts de f Afrique centrale ce
qu'elle avait eu de civilisation, eût acquis
insensiblement les caractères que nous
voyons aujourd'hui dans les Noubas Kolda-
gis\ Ce changement est tout aussi aisé à con-
cevoir que le changement opposé, de sorte
que rien ne nous empêche de considérer ces
Noubas comme descendants de la souche qui
peupla dans l'origine l'Egypte et la Nubie.
(661) Le mot Suba est pour les Arabes ce qu'est
le mot Schangalla pour les Abyssiniens , un nom^
qui, dans chaque nation respectivement, s'applique
aux n^|;res en aénéraL
I0i7
MB
DICTIONNAIRE
NUT
tOtô
De quelques autres peuplades du KwoUa et
eu Samhar qui présentent un type intermé-
diaire. — A Djouddah ou Jeddah, M. d'Ab-
badie vit un certain nombre de marchands
et de marins des environs de Souakin, qui
avaient tous un même type de visage, et ce
qu'on pourrait appeler une ressemblaiice
nationale des mieux, prononcées. Voici ce
qu*ii dit de leurs caractères physiques :
« Tête d'une moyenne grandeur ; les lè-
vres épaisses , la supérieure presaue poin-
tue dans le milieu, le nez élevé à la racine
qui est étroite, ensuite abaissé un peu, puis
«renflé vers le milieu, et enfin déprimé vers
le bout qui est rond ; les yeux enfoncés ;; la
paupière inférieure en poche, mais très-pe-
lite; la supérieure entièrement cachée sous
Le sourcil, quand elle est ouverte ; les pom-
mettes saillantes et peu éloignées du men-
ton qui est court et retroussé ; les dents très-
bel les par le soin qu'ils ont de les brosser
plusieurs fois par jour. Leur front a un léger
creux horizontalau-dessusdes sourcils, puis
est très-renflé dans la partie nommée saga-
cité comparative par Spurzheim. Cet auteur
aurait appelé le front des gens de Souakiu
large et philosophique; oreille petite, à lobe
kion détaché; les joues grasses en haut, mais
élevées autour du menton qui est dégarni de
chairs; bras longs; peau bistrée, mais pres-
que noire; cheyenulaineux et portés comme
chez les Ababdehs, mais formant une per-
ruque encore plus épaisse; sourcils rares;
peau fine et ayant peu de poils ; yeux bruns
et enfoncés, cuisses moins grêles que chez
beaucoup d'Arabes; point de mollet, la par-
tie antérieure du tibia étant aussi saillante
que le derrière de la jambe. »
M. d*Abbadie dépeint encore une autre
race, les habitants de Samhar et les Somalis,
qui ressemblent, à ce qu'il dit, aux Euro-
péens pour la forme du corps, mais ont le
teint complètement noir, des lèvres épaisses
et des cheveux qui ressemblent à ceux des
Ababdehs. « Leuts cheveux épais naturelle-
ment frisés se projettent derrière la tête en
épaisse oerruque comme le chaume d'un
toit. » Quelques-uns dos Chohou ont les
yeux gris ou bleus.. « Comme chez les Nu-
biens, la peau des Chohou et des Habab est
très-douce, quoiaue presque noire, x» Il pa-
raît, d'après les observations de Burckhardt,
que cette qualité de la peau est considérée
comme un caractère particulier de ces noirs
à chevelure laineuse qu'on appelle Nobas,
et sert à les distinguer des véritables nègres.
Mais parmi les races que Ton considère
comme bien décidément nègres, nous trou-
vons cependant plusieurs des caractères des
Ababdehs, c'est ce que prouve la descrip-
tion suivante de la race nègre qui habite le
KwoUa, c'est-à-dire le plat pays qui confine
du côté du nord avec l'Abyssinie ; je cite les
propres termes de M. d'AÉbadie :
(662) c Si les substances colorées que Ton intro~
^uit dans le tissu de la peau au moyen des piqûres
ne disparaissent jamais, cVst que, par leur nature,
elles ne sont point susceptibles d'être absorbées ; cl
« Ces nègres forment Tune des races in-
termédiaires qui offrent la transition du type
européen à celui du noir de Guinée. *J ai
dessiné ainsi leur portrait :
« Oreille en arrière du plan passant par le
milieu de la tête, lèvres épedsses, cheveui
laineux, absolument comme chez les Cho-
hou ou Habab; racine du nez sensiblement
I)lus aplatie, mais beaucoup moins que dans
e nègre de l'occident, nez court et légère-
ment aquilin et s'approchant du camus;
menton fuyant un peu en arrière; vis^a^e
paraissant peu intelligent, mais bien au*
dessus de celui des nègres en général. Leur
langue s'appelle napat, et l'on dit qu'ils ont
plusieurs grandes villes. »
NUBIUTÉ, a-telle lieu au même Age chez
les divers peuples. Voy. IIagbs huvaiivbs.
NUTRITION. ~ Cette fonction est la plus
importante de l'organisme. Ce serait en vain
que la digestion aurait préparé un fluide
nourricier , que l'absorption l'aurait trans-.
porté dans 1 appareil pulmonaire , que cet
appareil l'aurait mo<lifié convenablement, et
que le cœur et les artères l'auraient distri-
bué à tous les organes , si ceux-ci n*avaieat
la faculté de s'en nourrir.
Nul doute que nos éléments constitutifs se
renouvellent sans cesse ; les os des animaui
que la racine de garance mêlée à leurs ali-
ments a teints en rouge , reprennent peu à
peu , après la cessation du mélange , leur
primitive couleur. Il y a donc ici soustrac-
tion , élimination de molécules artificielle-
ment colorées, et, par conséquent, décompo-
sition évidente d'un tissu ; ce (^ui démontre
celle de tout le reste de l'organisme. On sait
d ailleurs que l'abstinence diminue le volume
de nos organes , ce qui provient incontesta-
blement de ce que les vides qu'y déterminent
continuellement les absorbants ne sont pai
proportionnellement remplis. Ainsi donc,
nos éléments matériels , sans cesse expulsés
au dehors^ sont sans cesse remplacés par de
nouvelles molécules organiques, de telle
sorte que Ton peut dire qu'après un certain
temps , dont on ne peut fixer la durée , à
cause des variations qu'éprouvent les innouî-
brables circonstances qui activent ou ralen-
tissent nos mouvements vitaux, notre organi-
sation se trouve entièrement renouvelée (66i;.
Mais pour que ce renouvellement ait lieu,
il faut que nos organes s'assimilent les maté-
riaux que la circulation leur fournit, et
qu'ils réparent ainsi leurs pertes continuelles.
Cet acte par lequel toutes nos parties éla-
borent les éléments nutritifs cpie les capillai-
res qui les traversent viennent y déjxjser,
cette fonction dans laquelle ils se les appni-
prient, les convertissent en leur propre
substance , est un des plus mystérieux pbé-
nomènes de notre organisation.
Les ramifications artérielles qui se distri-
buent dans tous nos tissus » qui s'y anasto-
si les taches congéniales persistent toute la vif, c*c»i
que la nutrition vicieuse qui les a produites ne c*.»^'
point de s'exercer, i (Richerand.)
1019
NIJT
D'A>TUaOPOLOGIE.
Nt'T
f;
lîioicnl, qui sV subdirisent à rinfini , lais-
sent échapper des iA>res dont ils sont criblés
le »Q^ dont les gaules colorés sont plus
ou moins sensibles, selon que les capillaires
qui le renferment ont plus ou moins de
Toittme et en contiennent , par conséquent ,
une pjus ou moins grande quantité ; ce qui
cîélermine la couleur plus ou moins rouje
de nos organes (663).
Hais par queF mécanisme ces pores exba--
leot'ils dans chacun d'eux les cléments
matériels qui leur con?iennent? Par quelles
affinités vitales, comment les orjanes'ttiodi-
lient-ils eux-mêmes ces éléments, de manière
à leur imprimer leur propre nature , à les
convertir en leur tissu? Est-ce Tinfluence
nerveuse qui préside à cette modification
importante ? Un membre paralysé, et qui ne
transmet plus à Tâme les impressions exté-
rieures quil reçoit, s*atropbie. Sans doute ,
ce phénomène est en grande partie produit
par rioaction des muscles ; mais enfin cette
inaction n*est-elle pas Teffet direct de Tab*
sence de Tafllux nerveux dans leurs fibres ?
Et n'est-ce pas cet afflux qui est le principe
de leur vitalité ? Qui ne sait , d'ailleurs , le
rôle essentiel que joue l'électricité dans les
combinaisons réciproques des substances
inorganiques ? Pourquoi la puissance ner-
veuse, qui a tant de rapport avec elle, n'a.^-
rait-elle point dans celles qui se passent
clans nos tissus ?
Quoi qu'il en soit , il demeure évident ,
f uisque les veines qui s'abouchent directe-
luentaTcc les capillaires artériels n'en reçoi-
vent plus qu'un sang altéré, que ce fluide a
été dépouillé dans ces derniers vaisseaux de
^es pnncipes alimentaires; et comme cha-
«{ue organe diffère des autres par la nature
<.e son tissu, il faut nécessairement aJinettrc
4jue les capillaires artériels versent da^is
( liacun d'eux les éléments conslituliis qui
leur conviennent.
Ces vaisseaux ont donc dans chacune de
nos parties des propriétés particulièf es, et la
faculté de décomposer le uuide sanguin par
des modes d'action en rapport avec la nature
diverse de nos tissus. Ainsi , ceux des mus-
cles ne sont pas les mêmes que ceux des os,
ceux du foie diffèrent essentiellement de
ceux de la rate, etc. ; et notre organisation •
considérée sous ce rapport, offre un ensem-
ble d'organes à chacun desquels corresijon-
dent des capillaires d'un mode d'action i)ar-
ticulier.
D'uii autre côté, ces mêmes organes, qui
ont reçu dans leur tissa les éléments de leur
nutritrou , sont aussi doués de la faculté de
les modifier, de les convertir en leur propre
substance , et c'est par cette transformation
merveilleuse qu'ils opèrent leur nutrition,
liais ce qui est non moins admiralde , c'est
que cette transmutation embrasse, non-seu-
lement la siructure, la consistance , la cou-
leur, etc., des organes , mais encore jusqu'à
leur forme et à leurs dimensions I Quelle
est donc cette puissance inconnue qui trace
les lignes de leur surface , et qui met des
bornes à leur accroissement ? Qui a établi
en nous ces lois immuables qui dirigent
ainsi notre substance matérielle et oui se
transmettent de race en race par la généra-
tion ? En un mot, qui a circonscrit la matière
nutritive dans des limites qu'elle ne peut
franchir, si ce n'est l'Être tout-puissant, éga-
lement grand dans toutes ses œuvres, qui a
dit à la mer, au commencement des choses :
Là viendront te brher te$ fiots (66b).
Ainsi donc le sang transporté par les artè*
resdans chacune de nos parties s> dépouille
de tous ses principes nutritifs, et arrive aux
capillaires veineux oui s'abouchent avec les
artériels , avant perdu sa couleur rutilante,
une partie àe son calorique, et tous les prin-
cipes qui le rendaient propre à l'entretien
de l'organisation. Les veines alors l'absor-
bent et le transportent de nouveau dans le
système pulmonaire pour lui faire recouvrer
toutes les propriétés qu'il a perdues ; et c'est
ainsi que le fluide nourricier , dont le poids
est évalué h environ trente livres, sans cesse
formé , absorbé, modifié , distribué , entrc-
f 6«j3) • Daos los mnscles, par exemple, les capil-
laires sont pins développés, les glfibuks rooges pins
rapproriiés, pios nombreux aoe dans les ligamenls,
1'^» os, les canihges et tous les lissas qu*on appelle
tl'2U€s^ et qai D*ont ceue couleur que parce que ces
^lobiiles y sout rarement disséminés, disposes p->ar
Misi dire un à un,* à cause de b petitesse du calibre
tie leurs capillaires. • {Richjjuxd.)
(661) n est érident que la matière ne peut s^orga-
nî>pr dle-mènie; car, pour nue s<mi organisation fikt
«!^a propre ouTrase, il faa Jrait ou que le hasard y
fi«^idâl^ ou que chacun de nos éléments organiques
Uit doue d'intelligence , connût les fonctions qu'il
aura à remplir, et se rangeât de lui-néme à h plare
qu'il doit occuper dans le système de nos appa-
reils.
Mais, eo premier lieo, le hasard nV<t qa^nn vain
mot, qui ne Cait qu^exprioier Pignoranœ oè nous
éoasmes des rapports de certains événeoieats ou de
c^rrtaios phénoméiies avec les causes qui les pro-
duÂseaU El d'ailleurs, qui pourrait admeOre le ba-
ss^rJ, chose si inconstante et si ▼ariatJe, dans la
l>ro ioctjon si coaslanle ci si régulière de notre or-
rr^iiisalîon?
En second lieu, comment une matière d'aloui
brute et non organisée pourrait-elle coœprcmhc
Porganisation qu'elle doit former, et se mottvoir eu-
suite dTelleHnéme pour exécuter le plan qu'elle au-
rait conçu, elle gui est inintelligentp, inorte, et qui
ne se meut jamais spontanément ? Ou bien , c m-
ment celte même matière poarrait^elle, de son pro-
pre mouTeroent, exécuter ce plan sans le compren-
dre? Car, il n'jr a point de milieu, ou il faut admet-
tre que les aliments dont nous nous nourrissons,
que Pair que nous respirons sout doués d'intelli-
gence et comprennent toute notre structure, ce que
sans doute on rougirait de supposer; ou bien que,
sans intelligence, ils forment spORUnément notre
admiraUe organisation, ce qu'on n'aurait pas moins
honte d'admettre.
On est donc forcé de condnre que le déreloppe-
ment et Pentretien de notre organisme sont deter-
mmés par les lois d'une puissance Intelligente, ( t
qui dispose nos élémente matériels selon le plan
conçu par sa sagesse imoérétrable. Et cette puis-
sauce, qui pourrait la meconnaitre? Qui pourrait uç
pas s'ccTÎor : Hic digiiui Ski ?
i051
NUT
DICTIONNAIRE
«KJT
I05i
tient coalinuellement toutes }es parties de
tiotre organisme, qu*il parcourt dans Tinterr
valle de sept à quinze minutes.
Cet entretien qui n*a point de relftcbe ,
cette nutrition qui ne doit finir qu'avec ]a
vie, offre, comme toutes les autres fonctions,
des variétés remarquables selon les âges, les
sexes, les individus, les professions, les clir
mats, les saisons.
Dans l'enfant, elle est d'autant plus active
qu*il se rapproche davantage de l'époque do
sa naissance ; ce que témoigne - assez le
rhythmcj si ie puis ainsi parler, du dévelop-
pement de 1 organisme, dont Tacccoissemeut
se montre d'autant plus rapide , que l'on le
considère à une époque pl^us éloigoéc de la
puberté (665).
Mais , à cette période de la vie, des nutri-
tions particulières apparatesont ; ce sont
celles des parties qui alors ont des fonc-
tions à remplir, têts que le système pileux
et Tappareil de la fonction génératrice. En
même temps, le corps conlinue de s'ac-
croître dans toutes ses dimensions, d\ine
manière de plus en plus lente , quelquefois
pourtant avec une très-grande rapidité, et
cet accroissement ne s'arrête que lorsque la
matière organique a atteint les limites que
lui a fixées VJnleltigeHce suprême , et qu'il
n'est pas en son pouvoir de dépasser.
Ces limites, qui sont en harmonie avec ce
qui nous entoure, qui fopment un des grande
mystères de la création , étaient essentielle^;
knotre existence; comment, en elfet, aurions-
nous pu étre^ tout étant limité autour de
nous , si notre accroissement n avait point
eu de bornes ?
Dès que nos organos ont acquis le déve-
loppement qui leur a été prescrit, la nutri-
tion devient stationnaire. A la virilité, elle
s'effectue dans le sens de la largeur du «îorps,
en développant le tissu cellulaire ^niisseux
sous-cutané et abdominal. Dans la vieillesse,
elle languit dans tous les organes , qui per-
dent alors de leurs dimensions , comme on
le voit surtout dans les systèmes cutané ,
celluleux et musculaire. Enfin elle est pres-
que nulle dans la caducité , où toutes les
fonctions vont bientôt s'anéantir.
La nutrition générale est moins étendue»
moins active , a moins de rapidité chez la
femme que chez l'homme. Faite pour plaire
et non pour commander, sa stature est moins
haute ; une taille élevée n'aurait point été
en harmonie avec ses destinées, et l'on sait
quel contraste choquant elle produit chez
celles qui la présentent. Plus sédentaire,
exerçant des mouvements moins intenses et
(665) II est digne de remarque que le systôroe ar-
-énel se trouve en harmonie avec cette activité de lu
fonction nutritive. En effet, les parois du cœur et
Jes artères ont proportionnellement plus de con-
sistance et d'épaisseur dans Tenfance que daas
radtille.
(666) Puisçiue le développement des organes dé
p^ad de celui du système artériel (Serres, A naeomte
comparée du cerveau, t. I". p. 568) , il est évident
que leurs formes, leurs dimensions, leurs situationi
respectives, leurs rapports mutueb soîîI subordon-
moins soutenus, ses pertes or^^aniques sont
moins considérables, et nécessitent par con-
séquent moins de réparation. Elle diffère
encore de l'homme par des nutritions f)ar-
tielles qui lui sont propres. Dans celui-ci, à
la puberté, c'est l'appareil vocal et le système
musculaire qui prennent de l'éteydue ; dans
la femme , ce sont le tissu cellulaire sous-
cutané , destiné à arrondir les formes, et les
glandes mammaires , liées à la génération ,
qui, à cet âge, acc[uièrent de la prédominanci'.
Mais les variétés des nutritions indivi-
duelles ne sont pas moins admirables que
celle» que nous venons d'exposer. Toujours
subordonnées au développement et au nom-
bre des vaisseaux artériels qui se distribuent
aux organes, et se trouvant dans une parftite
harmonie avec la vie en société, elles déter-
minent, par leurs limites variées, les statures
diverses, les dimensions, les formes pvlicu-
lières, soit générales, soit partielles, les traib-
physionomiques individuels , et donnent
ainsi aux membres du corps social des
mo/ens assur-és de se reconnaître, coBamc
Gflès sont la source, dans Vamour du sexe^
de la diversité des penchants (066).
C'ej>t en les considérant sous ces beaux
rapports que l'on s'écriera avec le Psalmiste:
Seigneur! Seiqneur! ma substance vous élaH
conuue lorsau elle, a été conçue dans le secret^
lorsqu'elle était encore dans les entrailles de
la (erre. Vous m'avez vu qucCnd mes membres
n'étaient quune masse informe; et avant
ou'ils fussent, ils étaient écrits dans totr$
livre (687) avec l'objet que chacun d'eux de-
vait rerr.plir.
La rt^.udité de la nutrition générale varie,
dans les professions, selon l'intensité des
mouvements locomoteurs qu'elles nécessi*
tent. Ces mouvements, en elfet, détermiceut
une déperdition de substance organique
d'autant plus considérable, et par conséquent
une réparation d'autant plus prompte, qu'ils
sont eux-mêmes plus énergiques, plus sou-
tenus ou plus fréquemment répétés. De plui
l'impulsion qu'ils impriment a tous les or-
ganes les excite, rend leurs actions vitalei
plus vives, et favorise ainsi leur nutritioD.
Cela est évident, surtout pour le systèiBC
musculaire, que l'exetcice développe sin>m-
lièremeut,. conuno- on le voit chez les forts
de la. halle, pour les muscles du dos et des
épaules, chez les boulangers pour ceux des
membres thoraciques, et chez' les danseurs
pour ceux des abdominaux. C'est sur ceue
observation que repose l'art de la gymnas-
tique. Les professions influent encore sur k
nutrition par les matières qu'elles fournis-
nés à ces mêmes objets considérés dans les rapî/
laires ; d*oii il suit que ce sont les capillairfs enir
mêmes qui déterminent les états organiques dlven,
cl que c'est par les limites de ces vaisseaux que se
trouvent représratées la surface de toutes nos par*
ties ou les lignes qui en terminent la sabstanoe.
Mais quelle est la puissance qui borne ainsi àt
mille manières les extrémités des capillaires ulé-
riels, et avec un mode toujours replier dans les é-
vers organes, si ce n'est celle qui a tont créé?
(607) Psal. cxxxviii.
liu
OEIL
IKâNTKROPOLOGIE.
Q£:l
lOÙI
sent aux absorptions cutanée et pulmonaire.
Ainsi ]es boueners, qui vi\ent continuelle-
menl dans une atmosphère surchargée d'é-
manations animales, offrent en général un
embonpoint considérable et une grande fraî-
cheur. '
. Les climats et les saisons modifient aussi
la fonction nutritive. Elle est plus énergique
dans les régions froides que dans les climats
équatoriaux, en hiver au'en été; d'ai^oni
uorce que Vair, qui y est {.uns dense, qui ren-
îermc plus d'oxygène sous un même volume,
rend le sang plus excitant; et eniuitc par.e
que les dénerditionb cutanées y étant moins
considérables et la digestion y ayant plus
d'activité, beaucoup plus d'éléments maté-
riels sont employés, dans un temps donné,
à )a nutrition des organes. Aussi, en général,
e5l-on plus dispos et mieux portant en hiver
qu'en été. C'est ce qui fait encore que l'orga-
nisme est plus développé chez les habitants
des montagnes, où l'air est froid et pur, que
chez ceux des plaines, et que les peuples du
Nord l'emportent nar la hauteur de la sta-
ture sur ceux qui liabitent les pars chauds.
Mais ii faut remarquer à cet égard que lors-
que le climat est trop rigoureux, le dévelop-
pement des organes n'a plus la même éten-
due, les hommes se montrent rabougris,
comme les végétaux au milieu desquels ils
vivent, et semblent ne point apparteniv à
l'espèce par les dimensions de leur corns.
Cela est manifeste dans les Lapons y les Es-
quimaux et les Samoïèdes.
Les aliments, comme les climats et les sai*
sons, modifient la nutrition des organes. Une
nourriture abondante, succulente, saîubre,
nonne à Taction réparatrice une intensité
remarquable; et peut-être chez les peuples
du Nord, oui se nourrissent presque exclu-
sivement de substances animales, cette cause
contribue4-elIe autant que le climat au dé*
veloppement or^çanique qui les caractérise.
Mais la nutrition n'est pas seulement sou-
mise h l'influence des causes que nous ve-
nons d'énuniérer; les autres fonctions orga-
niques agissent encore sur elle et la modi-
fient d'une manière plus ou moins parfaite.
Ainsi la réaction de l'encéphale sur. le reste
de Tor^'anisation dans les affections morales,
vives ou profondes, l'altère singulièrement;
on sait combien les passions amaigrissent,
soit ((u'elles agissent en troublant la fonction
di^estive, soit qu'elles portent directement
leur influence sur tous les organes fiar l'in-»
termédiaire du système nerveux. La locomo-
tion agit sur la fonction nutritive en exci-
tant toutes nos parties par les impulsions
qu'elle leur communique, et en activant la
circulation dans leur tissu (668). Le sommeil
n'influe qu'indirectement sur elle; le repos
des appareils sensitifs et locomoteurs qui le
constitue favorise la concentration des forces
virales sur les viscères gastriques, et con«*
court ainsi à la perfection de l'élaboration
dos aliunents. L'influence de la fonction di-
gesiivc est évidente ; plus elle est parfaite,
])Uis la propriété nutritive de son produit
est })rononcée ; on connaît la maigreur oui
survient à la suite de digestions pénibles
plus ou moins longtemps prolongées, et par
le seul effet d'aliments mal élaborés. La
fonction absorbante influe sur la nutrition
})ar sa rapidité ou sa lenteur : rapide, elle
lournit dans un temps donné plus de maté-
riaux à l'appareil pulmonaire, et par suite à
tous nos tissus ; lente, elle produit un ctfet
contraire. La respiration anime ou affaiblit
la fonction nutritive, selon qu'elle s'exerce
d^une manière plus ou moins complète. Lors*
que le fluide qu'elle modifie y acquiert toutes
les conditions qu'il doit posséder, la nutri-
tion est très-active ; elle languit, au con-
traire, lorsque les organes ne reçoivent qu*un
sang à demi oxygéné, et qui n'a pas été en-*
tièrement débarrassé des nrincipes hétéro-
gènes qu'il renferme. Ennn la circulation,
lorsqu'elle est vive, régulière, que les con-»
tractions du cœur sont fréquentes, fortes,
que celles des ar:ères sont énergiques, la
rend rapide, parce qu'il en résulte une dis-
tribution abondante du fluide nourricier.
Elle la ralentit, au contraire, lorsque les
mouvements du cœur et des artères sont
lentî-, faibles, peu développés.
Mais si la nutrition est modifiée par les
fonctions organiques, elle influe à son tour
SUT chacune d'elles , puisqu'elle en est le
principal appui. La locomotion est d'autant
[)lus énergique que les muscles s'assimilent
plus d'éléments nutritifs; la digestion, ral>-
sorption, la respiration,' la circulation sont
d'autant plus actives que les tissus des or-^
ganes qui les exercent reçoivent une plus
prompte et plus complète réi>aration. En un
mot, toutes les actions vitales se trouvent
immédiatement sous l'influence de la fonc-
tion nutritive, qui les rend d'autant plus in-
tenses qu elle jouit elle-même de plus d'ac-
tivité. — Vny. rintrcduction.
o
OBJECTIONS contre le nominalisme, ré-
futation. Voy. Langage.
OEIL HUMAIN. — L'œil est le premier
organe des sens qui apparaisse dans la tête
^u fœtus, et rœiJ est le pôle principal du
(668) C'ttii pour mettre en jeu cctle influence si
ncr^saire à son développement, que ^^enfant a été
o'iuc d'une mobllitc musculaire si active, i.i à la-
cerveau, comme le cerveau est lui-même le
Eùle supérieur du foyer de Torsanisme.
'œil est en rapport direct avec la lumière,
l'objet le plus général du monde physique ;
c'est par lui qu'elle est reçue, perçue et
quelle il est si dangereux de s*oppo$er; on sait, en
ciïcU combien une vie trop sédeutaiic lui est nui-
sible.
1055
OË!L
DICTIONNAIRE
OEIL
1050
transmise au cerveau. Or, ai i'or^ane de a
lumière est formé dans l'hojnme'par la na-
ture avant tout autre organe de perception
externe, c'est que le besoin de la luniii^ro
est le premier besoin de l'homme ; c't%t que
la lumière est son premier objet, son élé-
ment primitif. L'ori^ane qui 1 aperçoit est
donc aussi le plus noble des organes et la
condition première pour subjèctiver l'objec-
tif, particulariser le général.
Plusieurs choses sont à considérer pour
expliquer le fait si remarquable de la vision ;
d'abord la lumière, puis 1 objet qui l'envoie,
l'organe qui la reçoit, et le sens qui !a per-
çoit.
Il n'y a point de vision sans lumière, et h
proprement dire la lumière seule est l'ob-
jet direct de la vue. Ce n'est point le mo-
ment d'exposer de hautes considérations sur
sa nature ; nous la prenons ici comme un
fait, et nous constatons les lois qu'elle suit
dans ses rapports avec les corps ; car nous
lie pouvons comprendre l'appareil de la fonc-
tion dé la vision (jue par la connaissance
préalable de ces lois. C est un fait constant
que notre atmosphère est remplie de lu-
mière comme d'air. Môme pencfant la nuit
la plus obscure, il y a encore des rayons
diffus, puisque certains animaux y voient.
Ce qui est encore évident, c'est qu'il y a deiJ
corps, comme le soleil et les corps en igni-
tion, qui rayonnent une lumière propre,
tandis que les autres ne font que répercuter
celle qui tombe sur leur surface. Quant à la
manière dont se produit la lumière, lesdeui
opinions qui partagent les savants, celle do
Descartes et celle de Newton, nous paraissent
très-conciliables. Il y a une lumière géné-
rale répandue dans notre monde, dont le
soleil est la source, et qui par scë mouve-
ments, ses vibrations et les modifications
qu'elle subit, proiuit les phénomènes visi-
bles ; lùais il y a aussi des lumières particu-
lières, rayonnées par différents œrps et qui
se mêlent au fluide général, se combinent
avec lui et lui impriment des modifications,
comme nous voyons chaque corps se faire
par ses émanations sa propre atmosphère
i!ahs l'atmosphère commune, ou encore cha-
que êire vivant avoir sa vie privée au rai-
Keu de la vie générale du monde où il est
placé.
Quoi qu il en soit, dans l'un et l'autre sys-
•tème les lois générales de la lumière sont
les mêmes, et ainsi nous remarquons :
1* Que la lumière marche toujours en li-
gne droite, ce qui fait le rayon lumineux ;
que cette ligne se forme des particules lan-
cées par un corps rayonnant, ou seulement
des molécules du fluide général mis en ébran-
Jement par les vibrations des corps éclairés,
comme l'air par les corps sonores.
, 2' Tout rayon de lumière forme par son
développement uq cône lumineux dont le
sommet est le point d'où part la lumière et
dont les côtés se prolongent en divergeant
dans l'espace. C'est une conséquence de la pro-
Sméié du rayonnement, qui tcnJ toujours
i ff)rmer une. sphère, s'il ne rencontre point
d'obstacles. Or une sphère se décompose en
une multitude de cônes, dont tous les som-
mets sont au contre et toutes les bisses à la
circonférence.
3* Le rayon qui tombe perpendiculaire-
ment sur un plan le traverse directement
sans subir aucune motiification,
4" S'il tombe obli<f uement, il est diverse-
ment modifié, suivant la nature du corps. Si
le corps est o^)aque, le rayon est réfléchi ou
l'épercuté par la surface du cor^s sous un an-
gle é^^l et opposé à celui d*incidence. Si le
corps est tranr.;)arent, le rayon y pénètre, et
si la densité du milieu où il entre est diffé-
rente de celle du milieu qu il quitte, il est
réfracté, s*écartant de la perpendiculaire au
plan, quand le nouveau milieu est moins
dense, s'en rapprochant quaud ij l'est da-
vantage.
5' Le résultat de la réfraction du rayon est
la division de la lu^nière en sept rayons co-
lorés, dont chacun a un différent degré de
r/frangibilité, ce qui donne le spectre so-
laire. C'est par le prisme que cette décom-
position de la lumière s'opère le mieux.
Ceci posé, voyez comment les corps dc-
YÎennenl visibles
Les corps qui n'émettent point de lumière
ne sont vus que par celle qu'ils réfléchis-
sent ; mais ils la réfléchissent diversement
en raison de leur constitution, laquelle a
plus d'analo;ne avec certains éléments de la
Kimière qu'ifs absorbent qu'avec les autres
qu'ils renvoient, en sorte qu'ils nous ap|)a-
raissent sous la couleur (les rayons ré|)cr-
cutés. Si tous les rayons sont réfléchis, le
corps parafl blanc ; c^r le blanc est la réunion
de toutes les couleurs ; si tous ou prévue
tous sont absorbés, il parait noir, le noir
étant l'absence des couleurs. Il se fait donc
à la surface du corps, en raison de leur na-
ture, de leurs propriétés, de leur position
vis-à-vis de la lumière et de leur affinité avec
ses éléments, une espèce d'action ctde réac-
tion moléculaire, qui produit les apparences
si variées et si changeantes sous lesquelles
les corps se montrent à nos yeux. Les cou-
leurs que nous voyons ne sont donc point
dans les objets ; toute couleur est dans la
lumière, intermédiaire nécessaire entre l'ol;-
jct et l'œil ; mais il y a dans l'objet une cer-
taine qualité qui le rend apte à absorber ou
à répercuter telle partie de la lumière, ce
qui implique que par la réflexion la lumière
est décomposée jusqu*à un certain point
comme dans la réfraction.
Cette lumière réfléchie, partant de tous les
points de la surface de l'objet en forme de
cônes, vient tomber sur la partie antérieure
de l'œil, y pénètre et nous fait voir l'objet.
Suivons-la dans Tintérieur de l'organe, et
pour apprécier la manière dont elle s'y coni-
t)orte, examinons d'abord l'appareil ocu-
aire.
L'œil, vu à nu et hors de son orbite, a une
Les deux nerfs ooliques sortent do la Iwt*
1^7
D'ANTHROTOLOGIC
GLIL
io:8
do cerreaa, devant le ponl de VaroUe? et
s'entrecroisent en se rendant à chaque or-
bite. A la partie antérieure est une mem-
brane transparente qui représente à peu
prè< un segment de sphère d*un diamètre
plus petit <|ue la partie enfoncée dans 1 or-
tHte; ce qui la rend plus saillante, et par là
plus propre à recevoir les rayons qui arri-
vent de côté : on rappelle la comée tranâpa-
renie. L'autre membrane qui enveloppe le
reste de Tmil, opaque et fortement consis-
tante, se nomme la iclérotique oncornée opa-
que. L'une et l'autre sont des prolongements
de la dur^^re^ l'enveloppe la plus exlé-
rieure du cerveau et du nerf optique.
La seconde tunique du nerf optique, qu'on
appelle la pie-mère^ donne naissance à la
choroïde. Celle-ci s'appligue immédiatement
sur la sclérotique dans Tintérieur et au fond
de rœil ; elle est remplie de vaisseaux et de
filets nerveux, et toute imprégnée d*un en-
duit noirâtre qui ne s'enlève point par le
lavage. Vers l'endroit où la cornée transpa-
rente s'unit à la sclérotique, la choroïde se
détache en avant et forme cette membrane
colorée qu'on appelle l'im .
Vins 9 percé dans son milieu par une ou-
verture ronde qui est la prufuUe, est com-
|iosé de fibres circulaires et de fibres rayon-
nées qui servent à rétrécir ou à dilater lou-
verlure de la prunelle ou la pupille, poi>r
aJmettreplus ou moinsde rayons lumiacui.
Les rayons oui ne passent point nar la pru-
nelle sont réfléchis par Tins et c est ce qui
bit la couleur des yeux.
L*iris sépare presque verticalement l'es-
pace compris entre la cornée transparente et
le fond de l'œil. Derrière sa partie posté-
rieure se trouve le cristallin qui est comme
chatonné duns la couronne ciliaire, et qui
est cependant séparé de l'iris par Vkumeur
eupuuse^ laouelle remplit tout l'espace en-
tre la comee et le cristallin.
Le cristallin est un corps transparent, so-
lide, lenticulaire, et plus convexe vers le
fond de l'oeil que par devant.
Derrière le cristallin jusqu'au fond de l'œil
se trouve l'Avmeur nïr^e, qui embrasse de
tons cAtés le cristallin. Cette humeur, qui a
la consistence et la transparence d une ge-
lée blanche et limpide, e&t enveloppée dans
les replis d'une membrane trè3-une Elle
s'applique immédiatement sm* la réiintj qui
estl épanouissement de la substance médul-
laire du nerf optique, et la rétine, mem-
brane blanchâtre et t/ès-mince, s'étend sur
la choroïde dont l'enduit noirâtre fait à son
^rd la fonction de la feuille d'étain der-
rière le miroir.
Suivons maintenant la marche d'un rayon
de lumière, réfléchi par un objet à travers
les parties que nous venons de décrire. Nous
ne considérons au'un rayon pour plus de
simplicité.
Le ra^on A, parti de la pointe de la flèche
A B, arrive sous forme de c/^ne et oblique-
ment sur la cornée transparente. 11 la tra-
verse, et, comme elle est plus dense que
l'air ambiant, il sulût une première réfrac-
tion qui le rapjiroche de la perpendiculaire
à son point Uimmergence, ce qui brise sa
direction. De là il passe dans l'humeur
aqueuse, moins dense que la cornée et ainsi
moins réfringente, et alors il s'éloigne quel-
que peu de la perjiendiculaire en mardiant
vers le cristallin. Il arrive à la sur&ee du
cristallin après avoir passé par le trou de la
pupille. Là il rencontre un milieu toujours
plus dense, à mesure qu'il avance vers la
partie centrale, et par conséquent il se rap-
proche de la perpendiculaire à la surface an-
térieure du cristallin qui est convexe ; la-
quelle perpendiculaire est le rayon de la
sphère dont la convexité du cristallin est le
sèment. Passant ensuite dans l'humeur vi-
tr& moins dense que le cristallin, il s'éloi-
gne de la per;;endiculaire, laquelle dans ce
cas est le rayon même de la sphère dont la
surface concave de cette humeur est le seg-
ment. S écartant de la perpendiculaire, les
deux c6lés du cône convergent de plus en
plus dans leur trajet à travers l'humeur vi-
trée, et se rencontrant enûn sur un ]K)intde
la rétine, ils y déposent un point lumineux,
correspondant au point de l'objet éclairé
dont ils sont partis. Or tous les points de la
surface de l'objet envoyant à la rétine, par
un rayonnement semblable, leur représen-
tant sur un i)oint de ce miroir, il s y lorme
une image ae l'objet, et cette image est ren-
vc?:>ée à cause de Tentre-croisemenl des
rayons à travers la pupille et le cristallin.
Pour que l'image se forme nette et distincte
sur la rétine, il doit exister une certaine
proportion en!re les rayons de lumière qui
arrivent à l'œil, la manière dont il les reçoit
et les différentes parties que les rajons
traversent et où ils sont réfractés. Ainsi ,
par exemple :
1* Si I objet est trop près , les rayons
lumineux qui partent des points extrêmes
de la surface , arrivant sous un an^le trop
erand , n'entreront pas par la pupille , et
Fimage sera confuse. Ou encore si la cornée
est trop convexe ou le cristallin trop dense,
les rayons, trop fortement réfractes, s'ap-
procheront plutôt de la perpendiculaire , et
ainsi se réuniront en avant de la rétine,
dans l'humeur vitrée, et l'image ne se for-
mera pas. C'est le cas des myopes. On peut
ir obvier en plaçant devant 1 œil un verre
égèrement concave, qui corrige l'excès de
réfringence et pousse les rayons jusqu'à la
rétine.
2* Si l'objet est trop éloigné, les rayons
du cône deviennent presque parallèles, et
alors étant très-faihleinent réfractés, ils vont
converger au-delà de la rétine, ce qui arrive
aussi quand, par l'aplatissement de la cornée
transparente, par le dessèchement des hu-
meurs , par la diminution de j'a densité du
crisiallin , le pouvoir réfringent s'affaiblit.
C'est le cas de la presbytie^ infirmité com-
mune chez les vieillanls et à laquelle on
remédie par un verre légèrement convexe
placé devant l'œil, et qui, en au^entant la
réfraction des rayons lumineux, les ramèue
sur la rétine.
i05a
œiL
DICTIONNAIRE
Œ.L
Joja
3' Le cristallin, avons-nous dit, a la forme
lenticulaire. Or, quand des rayons lumineux
traversent une lentille artificielle par tous
les points de la surface, comme ils arrivent
sous des angles différents, la ligne courbe de
la surface convexe se décomposant en une
multitude de petites droites, toutes en posi-
tion diverse, il en résulte que la perpendi-
culaire est diverse pour chacune , d'où pro-
vient une grande diversité de réfraction
pour chaque rayon , et par conséquent des
apparences confuses au lieu d'une image
distincte. C'est ce qu'on appeWeVabtrration
de sphéricité. Mais dans notre œil il n'y a
rien de pareil; les images au contraire s'y
peignent très-nettement, et nous distinguons
clairement les objets. Cet avantage est dû à
la pupille, qui ne laisse arriver au cristallin
qu une somme de rayons éjçale au diamètre
de son ouverture; ce qui diminue de beau-
coup J'effet de la courbure du cristallin , en
sorte que la diversité de réfraction devient
presque nulle ou au moins insensible. Ce
procédé de la nature, pour détruire l'aber-
ration de sphéricité, a été imité avec succès
dans la fabrication des lunettes, qui ont été
munies d'une pupille artificielle.
Les différents milieux réfringents' qui
sont dans l'œil sont admirablement combi-
nés pour la fin de cet organe, la vision nette
et distincte. Au premier abord , l'anpareil
paraît très-compliqué; il semble qu on au-
rait pu obtenir le même résultat plus sim-
plement, avec le seul cristallin, par exemple.
On peut s'étonner aussi que la cornée, lliu-
raeur aqueuse, les diverses parties du cris-
tallin et le corps vitré aient une densiîé
diverse et une autre puissance de xéirin-
gence. Eh bienl c'est justement cet arrange-
ment de parties différentes, se compensant
Tune l'autre, qui donne à l'image sa pureté,
sa netteté, et if a fallu à l'art bien dcô efforts
et beaucoup de temps pour obtenir le môme
résultat en reconnaissant et en suivant les
indications de la nature. S'il n'y avait dans
l'œil qu'un seul milieu réfringent, le cris-
tallin, et s'il était homogène dans toute son
épaisseur, comme nos plus pures lentilles ,
il y remplirait la fonction d un prisme, par
conséquent il en produirait l'etfet, c'est-à-
dire qu'il décomposerait la lumière, et alors
nous verrions tous les objets avec les cou-
leurs de l'arc-en-ciel. C'est ce qui arrivait
autrefois avec toutes les lunettes et les lou-
pes; elles iridaient les corps, ce qui cènait
singulièrement TobseiTation. EulereutTheu-
reuse pensée, si simple en apparence, de les
construire sur le modèle de î'œil , en y fai-
sant entrer plusieurs corps trtnsparents de
densité inégale et de capacité réfringente
diverse. Il appliqua l'un sur l'autre du fUnt-
?lass , ou du verre dans lequel il entre de
oxyde de plomb, du cristal, et ducrotwi-
glasSf ou du verre à vitre bien pur, et par la
compensation de leur densité et de leur ré-
fringence, la lumière ne fut plus décomposée
et la coloration i ridée disparut. De la les
lunettes dites achromatiques ou sans cou-
leurs. De tels faits étudiés en détail et dans
loîi^s applications augmentent encore r«J-
nn/dtion qu'excite la création dans sou en-
sei f ble. Quelle sagesse, quelle science a pré-
side à cette organisation, où tout est calculé,
coii\)biné pour produire l'effet voulu, lantùl
par les moyens les plus simples, tantôt par
ceux qui nous paraissent les plus compliqués
et dmi la nécessité se démontre tôt ou tardi
Jusqu'ici nous n'avons examiné que la
partie purement physique de la vision, c'est-
à-dire la formation d'une image dans le fond
d'u|i appareil optique , au moyen de la lu-
mière modifiée par les diverses parties de
cet appareil. Cette image se peint dans une
chambre obscure, sur un ooil mort ou artift-
ciel, comme dans un œil vivant. Il nous reste
h considérer ce qu'il y a de plus important
dans la vision , savoir : la fonction du sens
de la vue ou l'action de l'esprit voyant à tra-
vers \'organe et ymrson moyen. Ici la physique
et la physiologie nous abandonnent, et nous
trouvons mèine peu de secours dans les
psychologues qui, s'en rapportant trop aux
explications des physiciens, ont nédigésur
ce sujet l'observation interne. Reid est, de
tous les philosophes que nous connaissons,
celui qui a fait le plus d'efforts pour eipli-
c[uer la perception sensible , dans son livre
intitulé : Recherchée sur V entendement A«-
main. On y trouve d'excellentes observa-
tion;^, mais qui portent plutôt sur les résultats
de là perception et sur ses caractères que sur
la fonction elle-même et sur l'acte vital de
l'çsprit par lequel elle s'accomplit. Nous al-
lons tâcner de remplir cette lacune.
Dans le fait psychologique de la vision,
telle qu'elle s'exerce chez un homme adulte,
la réflexion peut distinguer trois faits qui se
révèlent à la conscience : 1** la sensation
produite dans le su^et par l'objet ; 2* la per-
ception que le sujet acquiert de l'objet;
3- la croyance invincible que l'objet vu
existe au dehors. Dans la sensation, le sujet
est plus passif qu'actif, bien qu'il y ait tou-
jours quelque réaction de ror^anismc et
même de l esprit , ce qui produit un com-
mencement de perception, une perception
vague et plui ou moins confuse. Dans ce
cas, nous voyons sans reaarder^ ce qui nous
arrive toutes les fois que l'attention n'est pas
fixée sur l'objet. Dans la perception au con-
traire, l'esprit est plus actif que passif, et il
réagit vers l'objet, non-seulement par l'entraî-
nement de l'instinct organique, mais enco:e
avec 70]on'«é et intention. Or cette réaction
qui part r!u dedans s'exprime clans la fonc-
tion de la vue, non plus seulement parle
mouvement imprimé aux muscles des yeux
pour les mettre en position de recevoir
mieux la lumière, mais aussi par l'émission
d'un rayon propre h l'esprit, qui passante
travers le cerveau, les nerfs optiaues et tout
l'appareil de l'œil, se dirige en ctroîte ligne
vers l'objet. Ce rayon est ce qu*on appelle le
regard. A son orij^ine et dans l'esprit, il est
lumière pure de l'intelligencei comme qnand
nous fixons l'attention de l'esprit sur un ob-
jet intellectuel, sur une peiis^ ou une idiV.
Mais, lorsqu'il doit se produire au dehors îl
m\
GEIL
D'ANTHROP0tX)CIE.
(EIL
î^ià
tombât comae Tesprit Ini-méme , sous les
conditions de la matière, et il contracte né-
cessaîremeot quelque chose d'organique en
traversant les organes. 11 se scusualise ou
revêt une enveloppe physique en descendant
dans la région pliysique, comme la pensée^
le sentiment ou la volonté humaine, quand
ils se posent au dehors par la parole; comme,
dans un autre ordre de choses , la lumière
solaire s*envcloppe dans la couche atmosphé-
rique où elle pénètre.
Le regard ou le rayon de l'intelligence a
des propriétés analogues à celles de la lu-
mière physique ; car les lois de la nature
f^ml universelles. 11 marche toujours en
liznc droite. 11 peut être réQéchi et réfrangé,
eu comme le rayon solaire, il reste simple,
n*: souffre aucune déviation, aucune décom-
[MMiion , et conserve toute l'intensité de sa
pénétration , quand il tombe directement
]M>rpendiculairement sur Tobjet, et le perce
]us{uà soo centre. Alors seulement il porte
sa lumière et sa chaleur au fond même de
la chose.
Vu dans l'esprit , le regard se partage en
(leui rayons, qui, agissant sympathiquemenl
et uniformément par chaque «ml , vont se
réunir dans le dernier point perceptible de
l'objet qu'ils saisissent, comme les deux
branches d'une ; en sorte cni'il y a toujours
perception de l'unité de I objet, malgré la
flualilé de l'organe, et ici comme partout se
retrouve le mystère du passage de l'unité à
la dualité et du retour de la dualité à l'unité.
Ces «leux rayons nommés par les physiciens
oxcf opdqûtê^ et que nous afipelons axes
visuels^ qu'ils disent imaginaires et que
nous regardons comme très-réels, sont les
instruments de l'attention, en tant qu'elle
s eierce au dehors par les yeux du corps ,
et c'est i*ar leur moyen que se produit la
perception nette et distincte de l'objet visi-
ble. Que chacun s'observe, quand il est at-
tentif par la vue, quand il cherche à bien
re;^arder un objet , il sentira qu'il fait un
effort particulier pour se mettre en lace de
lobjet, s*exposer uniquement à son action ;
puis, quand il a placé son organe dans la po-
sition convenable, il danle son regard vers
l'objet, le perce pour ainsi dire de son rayon,
et chaque émission du regard, chaque projec-
tion de Taxe visuel lui coûte un nouvel ef-
fort , demande un redoublement d'énergie ,
ce qui le fotigiie, l'épuisé, quand rattentioii
est longtemps soutenue. Or, c'est en regar-
dant Gxement les choses qu'on peut mieux
les concevoir et ainsi les connalfrc.
C'est donc une explication incomplète et
fausse de la vision, que celle qpii ne tient
compte que de la lumière solaire et de son
action sur l'organe. Décrire la formation de
l'image sur la rétine, ce n'est pas expliquer
la vue ; un œil mort ou artificiel, une cham-
bre obscure reproduisent aussi une image,
et ils ne voient pas. A la partie physique et
physiologique de la fonction il faut ajouter
^ It partie psychologique ; car derrière l'œil,
' le nerf optique et le cerveau, il y a un prin-
cipe vivant et actif qui a la fnf*ûltéde voir,
comme il a celle de vouloir et de sentir, et
son existence et son action se constatent par
le sens intime et par la conscience, comme
l'existence et l'action du corps se constatent
par la perception des sens. La nature intelli-
gente et libre a sa part d'action dans la fonc-
tion de la vue, comme la nature physique,
comme les organes; et par conséquent la
lumière de l'esprit ou le rayonnement de
l'âme, qui est un œil psychique, y exerce
une ^ande influence, l'influence la plus
énergique, la plus vivante, sans laquelle il
n'y aurait point de perception nette, point
de conception légitime, et partant point de
connaissance.
11 se fait donc dans l'œil un mélange de
deux sortes de lumières. Tune qui vient du
dehors et l'autre qui vient du dedans, un
croisement de deux rayons, celui de Tobjet
et celui du sujet ; et ici s'applique ce qu'on
a dit de l'union des deux natures qui cons-
tituent l'homme , se pénétrant sans cesse
par leur rayonnement, par leuresprit, et ja-
mais par leur fond. C'est ce qui donne à
l'œil et au regard humain la puissance d'ex-
primer toutes les choses du ciel et de la
terre, qui se rencontrent en lui par leur
lumière. L'œil est pur ou impur, selon le
feu qui l'anime, et comme il est la lumière
ou le flambeau du corps, puisque l'éclat de
la vie et de l'âme brille surtout par lui, ce
queet VaiU twU le corps le sera^ dit la pa-
role évangélique (Maith. vi, 2â). Aussi 1 c^
est' il le miroir du corps comme celui de
l'âme; le médecin doit le consulter aussi soi-
gnement que le psychologue ; car toutes les
alTections organiques viennent s'y refléter,
aussi bien nue les sentiments, les désirs et
les volontés. Par l'œil l'homme exprime
le plus énergiquement, le plus spontanément
ce qu'il sent, ce qu'il pense, ce qu'il veut, ce
qu'il aime, ce qu il est. Qui ne connaît l'as-
cendant puissant ou le charme magique d'un
regard ! C'est un pouvoir presque surnatu-
rel, par lequel l'homme domine son sembla-
ble, les animaux, toute la nature.
L'image qui se peint sur la rétine con-
court-elle à la perception visuelle ? On n'en
peut douter, puisque tout l'appareil de l'œil
est destiné à la former. Des moyens amsi
admirablementcombinés ne peuvent produite
un résultat inutile. Puis, quand par une con-
formation vicieuse, ou par un état roala Jif de
l'organe, l'image manque on est défectueuse,
nous ne voyons pas l'objet ou nous le voyons
mal, comme dans la myopie et la presbytie.
Enfin quand l'œil reganie à travers une lu-
nette, il voit certainement une image prfi-
duitc par les rayons Jumineux, doublement
modifiés par les verres de l'instrument et yar
l'œil. Mais il est difficile de déterminer com-
ment cette image contribue à la vision ; car
nous n'avons point In conscience de son
eT.islenre sur la rétine, et ain?i l'observa-
tion interne ne nous apprend rien sur la
part qu'elle prend à la fonction. 11 est vrai-
semblable que l'esprit, rayonnant par Icsess
de la vue à travers les nerfs optiques et le
globe de l'œil, voit l'image dessinée sur la
loes
OËti
MCTTONNAinE
OEIL
m
latine, ou plutôt sent, ûu moyen de la pulpe
nerveuse (font la. rétine est formée, toutes
\cs extrémités des rayons lumineux qui
composent l'image par un arrangement cor-
respondant à la suriace de Tobjet qui les
envoie; et c'est pourquoi illa rapporte au-
dehors selon le prolongement et dans la di-
rection des rayons, à peu près comme nous
rapportons derrière le miroir l'objet c[ui s'y
réfléchit. L'esprit extériore donc l'image,
qui se confond alors pour lui avec l'objet
extérieur. Le fait de la vision droite malgré
le renversement de l'image, et que nous ex-
pliquerons tout à l'heure, confirme cette opi-
nion.
Mais pour que l'esprit rapporte l'image au
dehors, il faut qu'il ait déjà la certitude
qu'il y a quelque chose hors de lui, ou que
le monde extérieur existe. Est-ce par la vue
Sue s'acquiert primitivement cette certitude?
bus ne le pensons pas. Nous sommes au
contraire persuadé qu'un homme placé au
milieu du monde des corps avec le seul sens
de la vue ne verrait que des images, des
représentations dont il ne pourrait distin-
guer ni l'existence des objets, ni la sienne
propre. La notion de Vtxiériorité matérielle
ou du non-moi sensible se forme par le
toucher, qui est, à proprement dire, le sens
de la matière. C'est pourquoi dans les cbo-
«es physiques, il faut toucher, palper pour
connaître; l'enfant porte instinctivement la
main vers tout ce qui l'entoure. L'homme
des sens n'a la pleine assurance qu'une
chose existe qu'après l'avoir touchée. PaU
pâte et videte^ touchez et voyez, dit le Christ
ressuscité à ses disciples.
Outre la perception de Vextériorité^ qui
exige dès l'origine l'association de la vue et
du toucher , 1 œil doit encore à l'enseiene-
ment du sens du tact le pouvoir d'apprécier
la grandeur des corps, leur forme solide ou
leur relief et leur distance.
Par lui-même l'œil ne perçoit que la lu-
mière simple ou décomposée, par conséquent
les couleurs, et les figures qu'elles forment
par leur limitation réciproque. Or rien n'est
plus vague que la détermination d'une sur-
face par la couleur toute seule, puisque le
phénomène coloré varie avec la distance et
tous les accidents de la lumière et de Tœil .
Pour avoir une notion exacte de la grandeur
. d'un corps et de ses dimensions, il faut su-
perposer à la surface une unité de mesure,
et cela ne peut se faire que j»ar le contact.
Le toucher seul apprécie donc la grandeur
d'une manière rigoureuse. Mais comme dans
la vie de tous les jours les perceptions visi-
bles s'associent aux perceptions tactiles, elles
deviennent signes 1 une ae l'autre, en sorte
que l'apparence visible des corps suggère
aussitôt la notion de leur grandeur tangible,
et réciproquement. Les jugements qui pro-
viennent de cette combinaison des rapports
des sens sont d'autant plus sûrs que i asso-
ciation est plus ancienne, et que les expé-
riences ont été plus souvent répétées.
Quant à la distance, les faits prouvent que
la vue privée du secours du toucher ne la
perçoit pas. L*aveusle-né do CbesoUen
après l'extraction de la cataracte, voyait le
monde autour de lui comme un plan appuyé
sur son œil ; les couleurs seules y mettaient
quelque différence. Il étendait la main pour
saisir les choses les plus éloignées qu'il
croyait à la portée de son bras, et plus tard,
quand le toucher eut instruit la vue, la pre^
mière fois qu'on lui présenta un tableau* il
voulut en saisir les objets, et, tout étonné de
ne le pouvoir, il demandait avec inquiétude
quel sens le trompait, l'œil ou la main.
M. Hautain a renouvelé ces expériences à
rhopilal civil de Strasbourg sur un jeune
homme opéré de la cataracte, et il a constaté
à peu près les mêmes résultats. [Voyez le
rapport fait à la Faculté de médecine de
Strasbourg en 1817.) L'éloignement ou le
rapprochement ne sont pour la vue seule
qu'une coloration plus vive ou plus pâle.û
distance s'estime à l'œil, au moyen du trian-
gle formé par les deux axes visuels se ren-
contrant, en un même point de l'objet. La
grandeur apparente de l'objet mesurée par
le cône lumineux dont la base est syr sa
surface, tellement qu'un petit corps rappro-
ché peut paraître grand et éloigné et réci-
proquement , y entre aussi comme élé-
ment. Mais le toucher seul peut donner une
détermination .exacte de ces phénomènes^
C est ce qu'il fait au moyen du mouvement,
en se transportant lui et sa mesure dans Tes*
pace, et il prend sa mesure primitive soit
dans l'écartement naturel des pieds quand
on marche, ce qui fait le pas d un homme^
soit dans l'étendue de la main ou de rayant-
bras, ce qui donne la palme et la coudée.
Les perceptions de la distance sont donc
pour la vue des perceptions acquises. L'es-
prit ne peut les estimer par les ap|)arences
visibles qu'à ca^.se de leur association aui
perceptions tactiles. Il en est de même des
formes solides et en relief. Pour la vue seule,
c'est un plan diversement coloré, avec des
teintes variées, des lumièlres et des ombres,
et c'est par le toucher qu'elle apprend à
détacher les objets , à les poser à distance
dans l'espace, et à saisir la dégradation de
leurs formes en perspective. Les illusioas
que la peinture et surtout les fresques peu-
vent produire en sont la preuve. On c^it
pouvoir toucher avec la main ce qui n'est
saisissable qu'à l'œil, comme, au contivûret
dans son exercice solitaire et avant tout en-
seignement des autres sens, la vue rapporte
sur le même plan ce qui dans la réalité est
détaché et plus ou moins distant
Restent encore deux questions principales
parmi un grand nombre d'autres oui pour-
raient êlreîaites sur le comment de la vision.
La première est celle-ci : L'image peinte sur
la rétine étant renversée, comment voyons
nous les objets droits î Trois opinions ont
été émises sur ce sujet.
Quelques-uns ont pensé que nous com-
mençons en effet par voir Tes objets ren-
verses, comme le sont lears inM^s, et que
le toucher exerce peu à peu l'œil à les re-
dresser^ en faisant ix)incider leà représcn-
106S
(EU.
D'ANTHRWOLOGIEL
(ElL
lOotî
Cations dé ]A tue avec les perceptions de la
main. Cette opinion nous parait une pare
bj])0thèse. L'expérience ne proure pas que
les en£atnts Toient les objets a l'enTers dans
l'origine, et personne n'a jamais pu cons*-
tater l'opération de ce redressement de
Tjmage par le toucher. Il s'est présenté
quelques cas où des personnes onf semblé
voir les objets renversés. On cite entre au*
très un enfant qui, apprenant à dessiner^
plaçait à rebours ou sens dessus<dessous
tous les obiets qu'il devait imiter. 11 est
très-probable que ces cas exceptionnels dé^
{lenoaient de quelque maladie de l'organe
ou dudé&ut des milieux réfringents, qui ne
produisaient ]uis le croisement des rayons;
on ne peut pas en bonne logique juger de
Félal général de la vision par ces aoeraents.
B*autres ont prétetidU que par le croise-
ment des deux nerfs optiques au delà de
chaque rétine et dans la cavité cérébrale,
Teffet du premier entre^croisement des
rajons lumineux à travers le globe de l'œil
se trouve détruit, et par conséquent l'image
renversée sur la rétine doit apparaître
droite à Tœil de l'esprit. Cette opinion a
quelque chose de spécieux. Les nerfs opti-
ques semblent en effet s'entre-croisec, bien
t^ue quelques anatômistes le nient. Mais il
est difficile de constater par l'expérience ce
qui résulte de cette circonstance, qui ce«
pendant ne peut être inutile et sans valeur
pour l'acte de la vision.
La troisième opinion nous paraît la plus
vraisemblable, parce qu'elle se justifie le
mieux par l'observation. Ce n'est point la
rétine qui voit, dit-on, c'est l'esprit par le
sens et par son oreane. Or, la rétine étant
l'épanouissement de la substance pulpeuse
du nerf, chaque point eu est sensible ; en
d'autres termes, resprit sent par chacun des
I3oints de la rétine où vient aboutir un
rayon de lumière, en sorte que tous les
points de la suiiàce de l'objet sont en con-
tact médiat avec des points correspondants
de la membrane, par les rayons lumineux
qu'ils y envoient. On peut donc se repré^
senter chaque rayon comme un bâton dont
une extrémité touche un point de l'objet, et
l'autre un point de la rétine ; et comme les
ravons s'entre^croisent, il se trouve que les
rayons qui viennent de la partie supérieure
da corps aboutissent à la partie inférieure
de la rétine \ ceux qui viennent de la droite
vont tomber sur la gauche et vice versa.
Mais comme l'esprit ne sent l'action d'un
}»oint de l'objet que par le rayon, ou, si l'on
veut, par le bâton qui en est le conducteur,
il rapiKHte la cause de Taction à l'extrémité
du rayon dont elle part et dans la direction
d u rayon, et par oonséouent il sent et voit
l'objet, telqu*u est réellement en agissant
sur lui. En preuve de cette explication,
faites l'expérience suivante. Prenez un bâton
dans chaque main, et après les avoir croisés,
touchez par leurs extrémités les objets qui
vrous entourent. Ceux que vous atteignez
avec le bâton de la main droite vous parai*»
trocf à droite, bien qu'ils soient effective-
Dirrioxiv. d'Ahthbopologib.
ment à votre gauche, et cetix touchés avec
le bâton de la main çiuche vous paraîtront à
gauche, quoiqu'ils soient h droite. Vous obte-
nez lemème phénomène en palpant les choses
avec vos mains entre^^roisées. Cette explica-
tion nous parait plus psychologique que les
autres, et nous l'adoptons, sans exclure pour
cela l'effet possible de l'entre^^croisement des
nerfs optiques. Du reste, on ne peut établir
jusqu'à présent en cette matière que des
liiductions plus ou moins probables.
11 y a deux images formées par le même
objet, puisque nous avons deux yeux. Corn*
ment se iait-^il qu'avec cette double image
on ne voie qu'un seul obgel 7
C'est un fait que nous n'en voyotis'qu'uni
excepté dans les cas où le mouvement parai»
lèle des deux yeux se troute dérange, soit
par cette habitude vicieuse de toir qu'on
appelle loucher ^ soit par une position forcée
de l'un des deux yeux, soit enfin par une
indisposition quelconque de l'organe. Or ce
qui arrive dans ces cas accidentels nous ex*
plique pourquoi il en est autrement dans
l'état normal. Le strabisme ou l'acte de
loucher provient de ce que l'axe visuel de
chaque œil n'est pas dirigé vers le même
point de l'objet, en sorte que^ ces axes ne se
rencontrent jamais en un point commun. 11
en résulte que ceux qui louchent voient les
objets doubles, s'ils les regardent avec les
deux yeux, les images qui se forment sur
chaque rétine ne se correspondant point )
ou, ce qui est le plus ordinaire, ils ne
voient l'objet que d'un seul ceil, l'autre étant
le plus souvent vicieux et ne donnant qu'une
Eerception confuse. Us prennent donc Tha-*
itude de ne regarder que d*uii ceil , et
pendant ce temps l'axe visuel de l'autre
s'écarte de la direction du premier ce qui
donne â leur vue cette apparence désa*
gréable, qu'on appelle regard de travers.
Dans l'état normal, où les deux yeux fonc»
tinnneut sympatbiquemetit et avec une par*
faite correspondance de leurs mouvements
et dans la direction de leur axe Visuel, les
rayons lumineux envoyés par l'otget tom-»
l>cnt exactement sur les points corres*
pondants de chaque rétine. Les deux images
doivent donc être tout à fait semblables, et
comme il n'y a qu'un seul sens de la vue,
quoiqu'il y ait deux yeux, et qu'en défini-*
tive les deux nerfs optiques vont se réunif
dans la substance du cerveau au point de
jonction, les deux images ou les deux pro-*
diiits de l'organe visuel, quels qu^ils soient^
coïncident et s'identifient pour effectuer une
perception unique. Du reste il en va âe
même avec les fonctions des autres sens.
Nous n'entendons qu'une seule parole^ un
seul bruit avec nos deux oreilles. Nous ne
sentons qu'une odeur en l'aspirant par les
deux narines t l'objet que toucnent nos deux
mains, ne nous paintt pas double. Cet anta-«
gonisme de l'unité et de la dualité se mon«
tre partout dans la vie htunaine. Chose re«
•marquablel Tout est un dans l'homme
psjrcnique et intelligent, quand au con«
traire tout est double dans l'I.omme phy
2^
I0G7
OËtl.
DICTIONNMRE
{fXL
m
siquo , dans lo genre comme dans l'indi-
vidu, dans son corps considéré d'une ma-
nière générale, comme dans chacun de ses
organes el de ses membres
La dignité hiérarchique des sens est dé-
t€rminée par Tordre de la formation de
leurs oriçanes. II faut donc constater avant
tout les ^aits de Torgano^énésie.
Yoici, en résumé, ce (jue l'observation a
appris aux physiologistes sur ce sujet.
L œuf humain, c est-à-dire la vésicule rem-
plie du liquide albumino-^^élatineux qui
contient les rudiments de 1 homme futur,
et qui est attachée par les racines du pla-
centa à l'une des parois de la matrice, ne
donne signe d'organisation que quinze jours
h peu près après la fécondation. C'est d'a-
bord un point rougeâtre qui apparaît au
centre de l'embryon, et de ce point éma-
nent dans tous les sens des rayons rougeâ-
tres aussi ; les battements et les pulsations
qu'on peut déjà saisir ne laissent aucun
doute que ce point central ne soit le coeur,
et ses rayons les vaisseaux. A un mois à
peu près, la tête se dessine, très-grosse
d'abord relativement au reste du corps, et
dans la tête paraissent deux points noirs qui
sont les yeux. L'œil est donc le premier
organe de perception qui soit formé, et de
là nous tirons plusieurs conséquences-
La première, c'est que l'œil est le pôle
principal du cerveau, comme le cerveau est
le pôle principal du cœur. La vie dans tous
les règnes s'organise par la loi universelle de
\à polarisation. Une existence, quelle qu'elle
soit, part toujours primitivement d'un cen-
tre ou foyer, qui porte en soi la puissance
de son dévelbppement. Quand ce centre est
fécondé ou excité à sortir de lui, il rayonne
et tend à poser au delà la sphère de sa vitalité
ou sa forme vivante. Or, dans tout cercle ou
sphère naturelle, il y a un plan radical qui
est le substratum de la forme, qui soutient
et détermine tout le développement. Ce plan
est constitué par deux rayons nrinciuaux,
dont l'un, le rayon primordial ou l'axe,
jTorte toute la sphère et devient le rayon
recteur du développement vital ; dont I au-
tre , le diamètre , plus passif qu'actif, est
subordonné au premier dont il est comme le
reÔet, et tend a stabiliser, à formaliser ce
aue le premier produit. Par leur rapport ces
eux lignes constituent la forme primitive,
et en se coupant au centre, elles donnent
les quatre angles droits ou la croix fonde-
ment nécessaire de toute existence. Là se
trouve la raison de toutes les figures géo^
métriques et de leur génération, par consé-
quent de tout<^$ les définitions fondamen-
tales et de tous les axiomes de la géométrie.
Ces deux lignes, la verticale ou l'axe,
l'horizontale ou le diamètre, déterminent le
haut et le bas, la droite et la gauche, c'est-à-
dire les quatre parties principales ou les
quatre points cardinaux de l'existence. Elles
supportent tout le rayonnement du centre,
et quoique l'extrémité de chaque rayon soit
un pôle par où le centre s'objective, cepen-
dant les extrémités d^s rayons fondamen-
taux sont des pôles dominants, et priacipa-
lement ceux de Taxe, dont Tun^ le pôle su-
périeur ou nordj est primitif> et en celle
qualité chef de toute la polarisation de l'or-
ganisme. Le pôle inférieur de Taie ou le
pôle sudj est subordonné au pôle nord
comme secondaire dans la formation, ainsi
que les pôles diamétraux de la droite et de
la gauche qui ne viennent qu'après. Or, le
cœur étant le centre de Torganisme, il est
évident que la tète ou le cerveau qu'elle
renferme est le pôle supérieur de l'axe vitai,
dont le pôle inférieur se trouve dans la
cavité abdominale, dans le système de
l'estomac qui en est l'organe central. De là
la première de toutes les sympathies orga-
niques, la sympathie fondamentale, celle
qui unit le cœur, le cerveau et l'estoffiac.
Cependant la loi qui préside à la forma-
tion de l'ensemble régit aussi celle de cha-
que partie. Chaque organe se forme par po-
larisatipn, comme le corps auquel il appar-
tient; il se constitue de la même manière, mais
en raison de sa position et de ses rapports, par
un centre qui rayonne et tend à se poser en
sphère, ayant son axe, son diamètre, ses pôles
principaux et ses pôles secondaires. Ainsi le
cerveau, envisagé de ce point de vue, peutèlre
divisé en quatre régions : la région anté-
rieure où domine le pôle principal, l'œil par
leguel il se pose dans le monde de la lu-
mière ; la région postérieure où se trou?e le
pôle inférieur représenté par la moelle épi-
nière, prolongement de la moelle allongée,
laquelle, avec le pont de Varolle? forme la
partie moyenne du cerveau, et parait en dé-
signer le centre. La moelle épinière s étend
dans le canal osseux des vertèbres, et à
l'opposite du pôle supérieur, qui cherche
toujours la lumière ; elle s'enfonce dans les
profondeurs de l'organisme, et va distribuer
des nerfs à tous les muscles et à tous les tis-
sus de la vie animale. Ici encore il y a ac-
tivité vitale, non plus lumineuse et intelli-
gente, comme à la partie antérieure, mais
purement organique , s'exercant dans la
chair, agissant sur les parties les plus gros-
sières du corps. C'est un monde inférieur,
subordonné au premier, comme le montre
l'empire de l'esprrit intelligent et de lato-
lonte raisonnable sur les membres et les or-
ganes. Les deux régions diamétrales du cer-
veau ont pour pôles principaux les organes
de l'ouïe, et, en effet, les nerfs auditifs sor-
tent de la partie moyenne de la moelle allon-
gée et vont se rendre aux oreilles , des deui
côtés de la tète ; et comme il y a une cor-
resf)ondance intime entrô la funclion dVn-
tendre et celle de parler , les organes de ces
facultés sont en liaison étroite : les nerfs
qui les servent sont voisins dès leur origine,
et marchent de concert dans les parties la-
térales de la tète. Le sens de l'ouïe est plu$
passif qu'actif, tandis que celui de la Toe
est plus actif que passif; il y a le même ra|-
port entre eux qu entre l'axe el le diamètre.
La vue est donc le sens principal, le ^^^
recteur des autres sens, si l'on peut sV%-
primer ainsi, et l'œil, son organe, pôle prt*
IM9
OQL
D'ANTHROPOLOGIE.
ORE
1070
mitif du cerveau, est, en vertu tle son origine
et tjp sa nature lumineuse, le chef de tous les
or-:anes de perception. Nous verrons en ef-
f :U tout à l^neure, que la vue a hautement
i<i prélominance sur les autres sens dans la
fiirmation de la connaissance.
Une autre conséquence du fait qui vient
d'ètfe constaté, c'est que, si l'oeil est le pre-
mier organe < ie perception formé par la nature;
l'objet profireoe cet organe, la lumière, est
Je plus important pour l'homme, et ainsi le
i^foin de fa lumière est son premier besoin.
L'homme, en effet, dès qu il entre dans ce
monde, recherche la lumière tout autant
que Pair et la nourriture matérielle. Quand
il sort du sein maternel , son œil s'ouvre ,
l^Mt le ravon lumineux, el jusqu'à la fin de sa
vie il ne cessera plus de se tourner instincti-
vf'cnent vers la lumière. La bouche ne s'ou-
vre qu'après ToBil ; l'enfant ne respire, ne gé-
ruil qu'après avoir vu, et ce n'est quen
tr.jisième lieu gue s'accomplit pour la pre-
i.jî ère fois la fonction la plus grossière de
l'organisme.
Ainsi, dès le commencement de sa vie,
rhomme se met en relation par toutes les
j arties de son existence avec celles du
lûonde qui leur correspondent. L'enfant a
naturellement horreur des ténèbres ; il
) 'leure , il crie quand on l'y laisse ; il se ré-
j'juît, s'épanouit quand la lumière lui est
rendue, et, à mesure qu'il grandit, il veut
jtlus de lumière; il aime de préférence les
objets qui lui en donnent : le soleil, le feu,
les flambeaux, tous les corps brillants ou
revêtus de couleurs éclatantes. Plus tard,
quand il commence à comprendre le lan-
^a^e et que son esprit se développe, il de*
mande une autre lumière que celle du so-
leil, la lumière de l'intelligence qui ne luit
plus devant les yeux du corps, et que la pa-
role de FinstructioD lui transmettra. Son es-
prit Tit de cette lumière, conmie son corps
vit de la substance terrestre, et quand cette
faim de la lumière intelli^ble est éveillée
en lui, U en devient insatiable, et c'est ce
qui excite et entretient l'amour de la vérité
et de la science. Tous les hommes aiment
naturellement à connaître et à s'instruire,
connine Us aiment à boire et à manger; ils
cherchent volontiers Taliment de leur esprit,
rjuand il ne leur en coûte pas trop d'etrorts
et de travail ; et toutes les méthodes d'ensei-
pnecnent, tous les procédés de l'instruction,
tous les degrés de la doctrine, ne sont en
(iétinitive que des formes diverses pour com-
muniquer la lumière de la vérité, plus ou
inoins pure, plus ou moins réfrangée, selon
riutelligence de chacun, Tétat de son œil in-
térieur et le besoin qu'il en ressent. Aussi
la ^sion de la lumière céleste ou la con-
templation de l'étemelle Vérité est-elle pro-
mise par l'Evangile aux hommes de bonne
volonté et d'un cœur pur, qui se dévelop-
pent convenablement sous 1 iniluence delà
parole divine , agissent comme Ils doivent
azir, et deviennent pe qu'ils doivent être en
raison de leur nature et de leur destination.
C*esl à cette fm sublime et àFineffable jouis-
sance qu'elle procure que le christJ^anisme
nous appelle et nous conduit par une voie
d'épuration, de perfectionnement et de pro-j
grès, où il nous fait marcher de clartés en
clartés, commeditsaintPaul. Lalumière, c'est'
toute la viehumaine. Naître, c'est voir le jour;
vivre, c'est absorber la lumière; manrir,
c'est y fermer les yeux; savoir, c'est voir
par Tesprit ; aimer, c'est voir par le cœur,
par l'âme ; car notre âme, faite a Timage de
Dieu, est aussi lumière, et c*est pourquoi la
parole de Vérité appeMe les hommes régé-
nérés des enfants de lumière.
OEIL, merveilles de la vision, démon-
trent une intelligence. Voy. VJniroduciion.
OGRE, oriane de ce mot. Foy.NoMADss.
OIE. T oy. Canird.
OIGNONS, oignonsd'Egypte. Foy.PLAKTsa
OISEAUX DOMESTIQUES. Foy. Pouls.
OMAGUAS. Foy. GuAmAms.
OMAHA WS. Voy. Siocx.
OMBRES et OMBRIENS. Vax. Sctthss.
OREILLE. — Si le développement des
facultés les plus précieuses de 1 homme dé-
pend de la parole ; si la compréhension et la
puissance de la parole sont essentielles à sa
nature, en font le complément et la dignité ;
si l'homme n'est homme que par la parole,
il faut que dans les premiers degrés de son
développement se forment aussi l'organe
pour recevoir la parole, le sens pour la sai-
sir et la percevoir. Ce sens c'est l'ouïe, l'or-
Î;ane c'est l'oreille, et l'oreille apparaît aprds
a bouche et l'œil comme une cavité mysté-
rieuse dans la léte du fœtus.
A la naissance de l'enfant l'oreille ne
remplit encore aucune fonction. Elle en est
incapable, parce que son omuisation n'est
pas achevée. Le pavillon ou la conoue est à
peine formé, et son tissu n'a point la dureté
nécessaire pour répercuter les sons et les
envoyer dans le conduit auditif. La mem-
brane du tympan n'est pas encore placée
verticalement, et la cavité du même nom ou
la caisse est toute remplie de mucosités.
Aussi le nouveau-né paratt-il ne rien en-
ten re, et c'est seulement après quelques
mois que l'audition entre en exercice. En.
général le sens de l'ouïe ne se développe
convenablement chez Thomme qu'avec Tes
organes de la parole. L*enfiuit apprend à en-
tendre et à (Murler tout ensemble, tet cela
doit être, puisque la parole est l'objet prin-
cipal de l'ouïe , et que l'homme ne parle
qu autant qu'il entend parler.
On ne peut assez admirer la sagesse du
Créateur dans la disposition des organes du
corps humain, et leur correspondance par-
faite avec le développement de l'espriT et
ses besoins. Le premier besoin de l'homme
est la lumière, parce que la lumière est le
Î;rand excitateur de la vie, et c'est le sens de
a lumière qui reçoit d'abord son organe.
Le second besoin est celui de l'alimentation
corporelle, pour entretenir la vie allumée
et conserver l'organisme , et voilà Vor^ane
du goût qui parait. Quand l*bomme an*ma'i
est organisé et que sa subsistance i?rait
iOU
OtlE
DICTIONNâIRF
ORE
m
assurée j rhomme spirituel commence à
poindre, et pour cel« il faut aue la vie spi-
rituelle lui soit communiquée par une in-
Auénce analogue à sa nature, et soit nour-
rie par un aliment qui lui convienne, C*est
par la parole que lui arrivent cette excitation
et cette noUfritUré f et alors le sens qui ré-
{>ond à la parole achève de s'organiser. L'en-
àut devient capable d'entendre, d'écouter,
et par conséquent de parler. A ce moment
il se passe dans l'homme quelque chose de
très-remarquable, savoir, la transition du
monde physique au monde moral ou méta-
{>hysique au moyen du sens de l'ouïe et par
e ministère de la parole. Jusque-là, par la
vue organique et par le goût physique, l'en-
fant n était en relation qu avec le monde
matériel, avec la nature sensible, et il n'y
avait là aucune influence qui pût féconder
et développer son intelligence et son flme.
S'il eût grandi, muni seulement de ces deux
sens, il serait resté animal, bien qu'il eût la
capacité ou la virtualité de l'homme spiri-
tuel. Hais la puissance n'aurait point passé
en acte, faute d'une excitation convenable.
Pour faire un homme intelligent, il faut donc
une fécondation intelligible, et elle ne peut
venir que du monde intellectuel, par l'ac-
tion d'une intelligence, obligée, pour parve-
nir jusqu'à l'esprit et à l'âme de l'homme,
de revêtir une torme accommodée à son or-
ganisation, et ainsi de se faire souffle, son et
r»arole pour s'introduire par l'oreille et par
'ouïe. Par la parole , et par elle seulement,
rhomme-esprit est mis en commerce avec
le monde des esprits. C'est une nouvelle
sphère qui lui est ouverte , et dès ce rao«
ment, sa vie, en rapport avec tous les mon-
des, excitée à la fois par toutes les espèces
d'influences dans le c^rps , dans l'esprit et
dans l'Âme, pourra se développer avec toute
la plénitude et dans toute la magnificence de
la nature humaine.
L'œil est le pôle principal du cerveau et le
cerveau est loi^ane spécial de l'homme-
esprit. La bouche , en tant qu'organe du
foût, est le pôle supérieur de. resloraac , et
estomac est l'organe principal de l'homme
animal. L'oreille est le pôle diamétral du
cerveau, qui est lui-môme le pôle supérieur
du cœur, et le cœur placé dans la poitrine
est l'organe principal de l'être psychique,^ le
représentant organique de l'âme. Or l'o-
reilîe, en rapport avec le cerveau, le cerve-
let et tous les organes de la tête d'un côté,
communique de l'autre avec la cavité guttu-
rale et par elle avec la poitrine. C'est de la
poitrine, animée par le cceur, que partent la
voix, le ton, la parole. La bouche parle de
l'abondance du cœur, et la parole qu'elle
émet, admise par l'oreille, pénètre en vibrant
dans la poitrine et jusqu'au cœur. Les sons
résonnent dans la cavité pectorale ; la voix
s'y répète en écho ou s^y réfléchit.
Gomme pôle diamétral du cerveau , l'o-
reille est plutôt un Ofc^anc do passivité que
«l'activité ; elle reçoit et ne transmet rien,
Aième dans l'acte d'écouter où l'esprit réa-
git vers le son pour mieux entendre ; mais
sa réaction, qui ne sort point de l'organe, se
borne à le mettre dans les conditions les plus
favorables à l'audition. C'est le contraire de
l'œil qui, comme pôle supérieur de Taie de
l'encéphale, est éminemment actif, donne
autant qu'il reçoit, et sert avec la parole à li
génération spirituelle, comme l'ouie est em-
ployée à la conception. Le regard en effet i
une tertu pénétrante, une puissance géoi-
ratrice ; il lance du feu et de la lumière : il
éclaire, embrase, vivifie. Il est surtout l'ei-
£ression de la force expansive de l'âme.
'ouïe est plus en rapport avec la force at-
tractive, et c'est pourquoi elle attire, absork
rassemble, et, par la parole qu'elle est char-
gée de recueillir et de transmettre à l'esprii,
elle l'aide surtout à concevoir spirituelle-
ment les choses. C'est pourquoi le nom de
la fonction de ce sens est devenu celui de h
faculté de la conception, l'entendement.
Le sens de l'ouïe a un objet spécial, qu*il
peut seul saisir et percevoir, le son. Le son
est quelque chose de mixte , qu'on ne peut
comprendre sans l'explication de tout ce qvi
concourt à le former ; savoir, l'objit doniil
émane, le moyen par lequel il se forme elsf
propage, l'organe qui le reçoit et enfin ]e
sens qui le perçoit.
Tout obiet peut rendre un son ou pro-
duire un bruit, quand il est frappé, ébranlé.
Ses molécules entrent alors en vibration, et
ces vibrations sont plus ou moins rapides,
en raison de la percussion , et de la consti-
tution du corps, de sa forme, de sa position
et de plusieurs autres circonstances. Chaque
corps rend un son analogue à ce qu'il e^t
constitutionnellement et accidentellement
Il a une certaine propriété sonore, manifes-
tée par l'ébranlement , et qui dé[)endde5a
nature et de sa composition. Ainsi il y a de
corps plus sonores que d'autres, comme I&'
métaux, le bois sec, les tissus animaux de^
séchés, dont on fait les instruments de m-
sique. Tout le monde sait que le son d*ane
cloche dépend du mélange et de la p^opo^
tlon des matières qui la composent. Cepen-
dant le corps ne produit point de son a lai
tout seul, quoiqu il détermine et luiimprime
le ton par sa manière de vibrer ; il faut en-
core qu'il vibre dans l'air, et que l'air m»
en mouvem»mt par les mouvements a
corps vienne aflecter l'oreille. Lairesi i«
principal conducteur du son , quoiqu'il n>a
soit pas le meilleur ; il est indispen^ate
pour que le son soit formé, ou au mcir^
pour que nous l'entendions. Qu'on place iff
corps sonore dans le vide, une montr *
sonnerie sous la cloche de la machine pn? -
matique, et le son n'est plus perçu. Q^'f
fasse tomber une balle de pioinb dfln^ te
tube de Torricelli, et elle ne fait pasplu<<^«
bruit dans sa chute que la phirae qui se pn-
cipite avec elle. Les molécules de lair^^irtr*
lées parcelles du corps, vibrent comme el:*^;
elles sont successivement comprimées t<
détendues en vertu de leur élasticité, et a:*
sant ainsi les unes sur les autres ^ 1^ '^^ *
depuis l'objet-jusqu'à l'oroille, ellc^foni t
autant de lignes droites ou de rayons sa-
1173
OBE
D*ANTUROPOL0GIE.
9RE
1074
res, qui ébranlenl à lear tour la membrane
da tympan et toutes les parties eontiguës.
Nous laissons aux physiciens àexpliquer plus
eo détail rirradilion sonore et les conditions
qui la rendent })lus ou moins active.
L oreille reœit les rayons sonores à peu
près comme 1 coil reçoit les rayons lumi-
neui. On peut la partager en trois parties
distinctes :roreilleexteme« Toreille moyenne
et ]*oreilie interne. L*exteme se compose du
KrilloD, espèce de conoue propre par sa
rmeetpar sa substance tibro-cartila^neuse
à rassembler les rayons, à les réfléchir et
à les diriger par le conduit auditif vers la
membrane du tympan. Le conduit auditif a
eorifon six lignes de longueur ; il est revêtu
d'une membrane très-sensibie qui sécrète le
cérumen, humeur jaune et visqueuse , qui
empêche la poussière, les insectes ou autres
corps étrangers de s'appliquer sur le tym-
ran, lequel doit être uniquement touché par
air, comme la cornée transparente par la
lumière. Le tjmpan est une membrane de
forme cellulaire, placée verticalement , qui
séjiare le conduitauditif de Toreille moyenne,
a[ipelée aussi caisse du tympan. A* cette
membrane, oui ierme exactement la caisse ,
s'attache la cnalne des osselets, le marteau,
Feoclume « l'os lenticulaire et Tétrier: ce
<iernier s'applioue immédiatement sur un
trou <}u'on appelle fenêtre oro/e , et qui se-
j»are 1 oreille moyenne de Toreille interne.
La caisse du tympan est remplie d'air, et cet
air 5e renouvelle continuellement par un
canal ouvert dans Tarrière-bouche, et qu'on
a nommé la trompé éTEustache. Nous atta-
chons une grande importance à constater
eette communication de l'oreille avec la
gorge, et par la gor^e avec la poitrine. Par
De f»assage on peut injecter un liquide dans
Torcille moyenne en cas d'inflammation.
Voila aussi pourquoi on ouvre instinctive-
ment la Louche pour mieux entendre, ce
]ui <iônne un nouvel accès aux rayons so-
lores. On remarque encore dans la caisse
lu tympan le trou rond fermé comme la fe-
létrê orale par une membrane, qui empêche
a communication de l'air de la caisse avec
e liquide renfermé dans l'oreille interne,
lette ueruière se divise en trois parties prin**
ipales, savoir : le vestibule qui est au mî-
ieu, le thnaçon H les canaux semi^circulai-
e* qui communiquent avec lui de chaque
ôté : dans ces trois cavités le nerf acouiti-
iue se répand en plusieurs branches et
omme une pulpe qui s'épanouit. Ainsi que
]»us les nerCs très-sensitifs, il est continuel-
lent lubrifié par une humeur qui remplit
oreille interne, et cfu'on appelle la lymphe
eCotuni. Ce liquide est indispensable à
au'lition; elle se fait moins bien quand il
îminue, parce que le nerf auditif n est plus
ofBsamment humecté ; c'est une des causes
e surdité dans la vieillesse La membrane
u tympan, qui parait un des organes prin-
ijaux de Touîe, n'est cependant point abso-
lent nécessaire; comme le cristallin, qui
^iie un rêle si im^iorlant dans la vision ,
?ut être suppléé jusqu'à un certain point,
quand il a été extrait pour cause de cataracte.
Comment se produit la sensation de l'au-
dition au moyen de ces parties, c'est ce
qu'on ne peut dire exactement. Nous savons '
seulement en général qu'elles v contribuent
toutes, mais il est difficile de oéterminer la
part qu'y prend chacune. Le corps ébranlé
vibre et fait vibrer l'air; Tair ébranle la
membrane du tympan, celle-ci Fair de la
caisse et surtout la chaîne osseuse qui unit
le tym|ian h la membrane de la fenêtre
ovale. De là Tébranlement se communique
au liquide de l'oreille interne , et c'est dans
ce liquide et parce liquide que le nerf acous-
tique est affecté. Nous sommes portés à
croire que l'air de la caisse du tympan est
pour peu de chose dans l'audition, et que les
vibrations se propagent surtout par les os-
selets; car l'expérience prouve gueles corps
solides et l'eau conduisent mieux le son
que l'air. Ainsi s'expliquerait l'arrangement
des osselets dans l'oreille moyenne ; le son
se renforçant à mesure qu'il avance conduit
d'abord par l'air, puis par les osselets , puis
par l'eau deForeille interne, où il rencontre
le nerf qui en est le conducteur par excel-
lence, et qui le transmet au êensorium com^
munej au sens proprement dit.
Le sens de Touie ne doit \aLS être con-
fondu avec lori^ane de l'ouïe. Le sens est
une irradiation de l'esprit, un mode du
sensorium commune^ de la faculté de sentir,
et bien qull s'exerce habituellement par l'o-
reille, cependant il n'y réside point, pas
plus que l'esprit est attaché exclusivement
au cerveau. Ils fonctionnent l'un et l'autre,
dans réiat normal , par la partie de l'orga-
nisme qui leur correspond, mais la coopéra-
tion de tel organe n'est pas une conoition
absolue de leur exercice. Il y a des circons-
tances plus ou moins extraordinaires, mais
constatées par l'observation, où certaines
personnes ont entendu des paroles, qui ne
leur arrivaient point par 1 oreille externe,
et dont elles saisissaient parf&itcment le
sens, tandis que ceux qui les entouraient
n'entendaient rien. Un autre fait qui dis-
tingue le sens de l'organe, c'est que dans
l'audition comme dans la vision la percep-
tion est simple, quoique l'organe smi dou-
ble et qu'il doive y avoir un double ébran-
lement. La parole qui résonne aux deux
oreilles est (HTrue comme une seule parole
malgré la double impression.
Une .chose qui surpasse toute compré-
hension, c'est la manière prompte et nette
dont l'oreille saisit les sons divers oui vi-
brent en même temps sans se conibndre,
en sorte qu'elle discerne à la fois leur
variété et leur unité, comme il arrive à un
chef d'orchestre, dirigeant un grand nom-
bre d'exécutants et de chanteurs. Ici l'art
d'écouter parait poussé au plus haut deçré.
Qu'on se ugure, si l'on peut, des milliers
de rayons sonores arrivant à la fois à la
membrane du tympan , inondée, pour ainsi
dire, par des torrents de mélodie et d'har-
monie, et qu'on explique comment tous
CCS rayons s unissant sans se confondre, se
f07B
ORÈ
DICTIONNAUIE
ORR
m
croisant sans se g6ner, parviennent è dé^
E oser dans 1 oreille une impression d*enseai-
le qui leur correspond» et à exciter dans
Tespritpar le sens une perception analogue
à cette impression. Quelle immense multi-'
plicité» et en môme temps quelle belle unité I
Que doit-ce 6tre que rame humaine avec
son esprit et sa sensibilité pour suffire à
tout cela, pour recevoir k la ibis tant d'ex-
citations et y réagir ? Nous voyons tous les
jours res merveilles» nous en sommes les
témoins et les acteurs, et il faut toute la
puissance de Thabitude pour ne pas être à
chaque instant stupéfait d'admiration.
Les physiciens ont observé plusieursana*
logies entre les ravons sonores et les rayons
lumineux. Ainsi les uns comme les autres
marchent en ligne droite avec une vitesse
uniforme, ot quand ils rencontrent un obs*
tacle, ils sent répercutés suivant la même
loi, en faisant un angle de réflexion égal à
Tangle d'in^cidence. Les phénomènes de Té*
cho SQ pi*oduisent à peu près comme ceux
du miroir, sous une forme bien différente.
Une autre analogie remarquable, c'est que
le r^yon sonore éprouve une espèce de dé*
composition comme le ra von de lumière ; il
trouve aussi dans l'oreille une sorte de
prisme qui le brise et l'analyse. Ainsi il n'y
a pas de son qui ne produise ses harmoni-
ques : c'est-à-dire que dans tout son, une
oreille exercée peut en discerner au moins
deux autres concomitants et qui dépendent
du son générateur. Il n'y a donc rien de
Traiment simple dans le monde physiaue,
pas même un rayon de lumière, pas même
un son, pas même la sensation qu'ils exci*-
tent. La simplicité-, l'unité n'appartient
Îu'aumoQde intelligible, au monde divin,
our nos sens tout est complexe , multiple,
composé , et il leur est impossible d'atteindre
jamais le principe des existences « l'élément
qui les produit, ni le terme final où elles
'vont se'résoudre. C*est que le monde sen-
sible n'est rien par lui-même ni de lui-même;
il n'a en lui ni la raison ni la fin de son exis-
tence, et on ne peut l'expliquer qu'en s'éle-
▼ant au-«dessus de lui. Ici-bas nous sommes
sans cesse pressés, comme dit Pascal, entre
deux infinis que nous oe saisissons jamais,
et que le monde dans son ensemble comme
dans ses parties les plus minimes nous re-
présente toujours symboliquement : l'infini
en grandeur, l'infini en petitesse. Notre ima-
gination s'évertue à se uffurer l'un et l'au-
tre, et elle se perd daas lindéfini , augmen-
tant sans cesse une quantité qu'elle peut
toujours accroître, divisant sans relAcheune
particule de l'éteadue , dont les parties se
présentent encore à la division: tant il res-
sort de tous côtés aue ce monde est une
i^;ure passagère, omore d'un monde supé-
rieur oii sont les principes et les raisons
dernières d^ toutes choses, et sans lequel
la scène qui frappe nos sens et les enchante
trop souvent n'a ni beauté, ni vérité, ni bonté I
L'objet principal de l'ouïe dan$ l'homme,
c'est la parole , car c'est par la parole que ce
sens acquiert toute sa perfection, et remplit
sa fonction principale, qui est de serrir
d'instrument a la f&ondalion intellectuelld
morale, afin que l'homme-esprit naisse à la
lumière de la vérité. La parole est l'idée, la
pensée revêtues d'un souffle , enveloppées
u'air et vibrant k travers l'espace daas les vi*
brations de l'air qu'elle a mis en. mouTe*
ment. Au fond de toute idée, de toute pen^
sée, il y a un sentiment» une volonté qui
parlent de l'âme, qui sont l'âme elle-inèaie
subissant une action et réagissant. PlusTâme
sent vivement, profondément, plus sa téac*
tion sera intense, plus son désir sera fort,
plus aussi ce qu'elle éprouve et ce qu'elle
veut retentira dans le corps, affectera les
fonctions de l'organisme , celles du cœur
surtout, parce qu'il est l'organe central et le
représentant spécial de lêtre psychique.
Aussi dans ce cas l'action du coeur est nota-
blement changée. Il bat plus rapidement,
il palpite, il se dilate et se contracte atee
énergie ; le sang s'en échappe avec impé*
tuosité et circule avec ardeur. Le contraire
arrive, quand l'affection éprouvée est tiiste,
douloureuse. Le cœur se concentre; les
battements sont gênés, serrés et, pour ainsi
dire, ramassés; le sang se retire au centre ou
s'en échappe avec peine , la circulation se
ralentit, la chaleur diminue, le pouls baisse,
est opprimé , roide , intermittent. Toutes
nos affections morales, quelle que soitieui
nature, se font sentir à la région précor-
diale, et y produisent des sensations analo-
gues. Que nous jouissions ou que nous souf-
frions, nous avons besoin de le manifester
pour trouver de la symphatie ou du secours,
et c'est par la parole surtout que se fait
cette manifestation. Or la parole, dans ce
qu'elle a de physique, se compose de souiDe
et d'air. Le souffle vient des poumons qui
le produisent continuellement par la fonc-
tion de la respiration ; ils attirent l'air eiié-
rieur, nécessaire à l'oxygénation du sang
qui circule dans leur réseau cellulaire pour
y être refait, et, tout en chassant au dehors
en expirant la partie non respirable de cet
air et le résidu de l'hématose, ils exhalent
aussi un esprit particulier, tout imprégné
de la substance de l'homme, et qui oonstl-
tue son haleine, son souffle. C'est ce souf-
fle qui est le véhicule de la parole , la ma-
tière première de la voix , modiGée ensuite
par le larynx et tous les organes vocaux.
Or le coeur a une action immédiate sur h
poumons, et par eux sur les organes de 1«
voix, en sorte que la passion ou le senti-
ment qui affecte le cœur affecte aussi ces orii-
nés et par suite les résultats de leur fonctios.
là voix, la parole, le langa|çe: de là I ex-
pression, l'accent, le ton de la iwirole. w
effet la respiration et la voix changent att^
les affections du cxaur. Il y a un rapport 5>
mirable entre leurs organes, et ce rapi- ';
n'est point seulement une sympathie : l^^-
le saisit, le doigt le touche, puisqu'il j »
continuité d'organisation. Quand nous dix*^*
que la bouche parle de rabon<iaiicei.'J
cœur, nous exprimons à la fois un fait W'
siologique et un fait psychologique, et cefie
wn
OSE
D'ANTHROPOLOGIE.
oaG
MÎT
parole de TE? angile est Traie moralement
el aaatomiquemenl tout ensemble. Ce n*est
point une métaphore, une ûgure, c'est Tei-
pression simple et précise d'une profonde
lérilé, qui, bien comprise, jette du jour
sur U pnjsiolugie, en lui aidant à eipliquer
les fonctions de la respiration et de la pho-
nation : sur la pathologie, en lui décourrant
là caose de plusieurs altérations graves du
cœur et de la poitrine ; sur la thérapeuti-
que, en indiquant les meilleurs moyens de
les traiter ; et enfin sur la psychologie, en
lui réfélant la cause profonde de Tenergie
et de Tefficacité de la parole.
L^ouîe est un sens intermédiaire entre le
monde physique et le monde intellectuel.
C*est par 1 ouïe que l'action de l'esprit in-
telligent pénètre pour la première fois dans
rhomme au moyen de la parole, laquelle,
comme tout moyen terme, participe à la
nature des deux extrêmes qu'elle doit mettre
en rapport; physique par sa forme» psychi-
que par son esprit, en tout point semblable
à lliomme dont elle est l'expression |jarson
double caractère. Chaque genre d'existence
ue peut être développé que par un esprit de
son degré ; c'est pounciuoi la raison ne parait
dans 1 enfant qu après qu'il a été actionné ,
pénétré, Tivifiépar la parole, et alors seule-
ment fl commence à parler. C'est le point
de départ du développement de l'homme
psychique, qui se fait dans un ordre inverse
a celui de l'honmie physique. Ce qui l'excite
dans celui-ci , c'est la lumière ; par consé-
quent son premier acte est de voir ; ce qui
porte la vie dans celui-là, c'est la parole ;
par conséquent son premier acte est d'en-
tendre. Or la vue saisit d'abord la totalité, la
généralité, l'unité. Elle s'occupe ensuite à dis-
tinguer, diviser, abstraire ; et le maximum de
laconnaissance physique acauise par ce sens,
c'est de saisir tous les détails dans l'ensem-
ble» la variété et la multipHcité dans l'unité.
Il en va tout autrement de laconnaissance
intellectuelle. Partant de l'audition et de la
lïcirole, elle débute par la mulliplicité, par
ie^> sous détachés et successifs du langage;
el il faut qu elle apprenne à les combiner
fKjnr en saisir l'unité et la reconstituer.
Ainsi l'enfant qui apprend à parler, pro-
nonce d'abord les sons les plus élémentaires.
Qucind il apprend à lire , il commence par
considérer les lettres séparément pour les
bien distinguer, puis il les assemble en syl-
labes , puis avec les syllabes il compose les
mots; puis il enchaîne les mois pour faire
des phrases et ainsi de suite , jusqu'à ce
c|u*il s'élève à l'unité d'une pensée expri-
mée complètement i^ar le diseours. Mais
^-uelle distance immense entieses premiers
ifforis pour discerner les sons primitifs du
angage et les reproduire , et le temps où la
>arole devient lumineuse pour lui, od il
b'oit clairement et objectivement ce quelle
énonce 1 Entre ces deui points extrêmes se
rouve l'exercice du goût de l'esprit, qui lui
'ait savourer le sens, la saveur ou le sel de
a parole , longtemps avant qu'il puisse en
ivoir la lumière. L'enfant sent la parole
avant de la comprendre, avant den avoir
l'évidence, ou plutôt il la comprend par le
sentiment; car sentir, c'est recevoir en soi
une influence qui modifie.
Ce temps intermédiaire est l'époque domi-
nante de la croyance et de la foi , époque
extrêmement importante dans le développe*
meut de l'homme , et où doivent être posées
les bases de la science et de la moralité hu-
maines.C'est un grand bonheur pour l'enfant
d'être placé alors sous l'action d'une parole
de bien et de vérité U en est pénétré à sou
insu, il la goûte obscurément , en exprime
le suc, se l'assimile, sans pouvoir s'en ren-
dre compte et souvent sans qu'il enparaisser
rien au dehors ; comme la plante qui germe^
pompe les humeurs de la terre et s'en nour-
rit longtemps avant que sa tige surgisse,
l'esprit parait sommeilles , parce aue le
mouvement se fait lentement et dans la pro-
fondeur. C'est un sommeil réparateur pen-
dant lequel la nutrition s'opère au dedans,
et il en sortira plus tard un élan vigoureux.
Aussi , à cet âge, il ne faut pas trop exciter
l'enfant à exprimer ce qui est en lui. Com-
ment voulez-vous qu'il vous dise nettement
ce qu'il éprouve, quand il ne le sait pas lui-
même , incaïuible qu'il est encore aen ac-
auérir la conscience par la réflexion? On
oit lui laisser absorber et digérer traa-
ouillement l'instruction reçue et ne pas le
forcer à produire prématurément ; car il
n'est pas encore nubile dans Tordre intellec-
tuel, on ne ferait que le fatiguer en pure
perle, ou Tépuiser à produire des avortons. 11
ne faut donc point lui imposer un travail d'es-
prit qui exige de l'invention, des vues d'en-
sembje,la distinction des parties dans le tout»
d'une idée dans ses développements , d'un
princi|ie dans ses conséquences. Pour cela
il faut être capable de la vue de Tintelligence
et de la compréhension qu'elle donne. C'est
bien plus à goûter les choses qu'à en rendré-
raisou qu'on doit l'exercer ; et les explica-
tions qu'on peut lui demander doivent porier
sur la forme plus que sur le fond. — Foj.
Vlnlrodudion.
ORGANISATION de l'hoxhb. Voy. Cx-
ORGANOGÈNËSIE. Voy. OEa.
BACTÉRlSTlQCE DE l'hOMIIK.
OUGE. — L'orge, itpi'horpi des anci^is poè-
tes grecs, serah des Hébreux, yara en sans-
krit, a été cultivée depuis longtemps. Dans
les poèmes d'Homère , on trouve souvent
xM^cvxov; souvent aussi il est question de
1 oi^e dans les livres de la Bible. Le terri-
toire d'Athènes est renommé à cause de la
bonne qualité de î'oi^e qu'on y récolte, tan-
dis que les autres produits sont d'une qua-
lité inférieure. Théojphraste fait l'énumé-
ration des espèces d orges suivantes : or^e-
à deux rangsj à troUyà quatre^ à einq^ à six
rang$ ou hexaêtique. Mais il faut croire que
les copistes ont intercalé sans réflexion cette
indication des espèces à trois et à cinq,
rangs, ou bien que c'est guidé par des in-
ductions philosophioues , que Tnéophraste^
a introduit ces espèces eu histoire naiu*
relie, car on ne les rencontre jamais dans la
lOTtt
om
DICTIONNAIRE
OS
ION
nature: Columelle ne mentionne que deux
espèces, Vorge distique ou galatique et Forge
kexastique ou cantherinum ; la première de
ces espèces se semait au printemps et la
seconde en automne. Palladius ne cite éga-
lement que deux espèces. Théophraste re-
gardait rorçe comme une céréale d'biyer ,
excepté celle qu'on appelait orfe de, troit
moiê. Il paratt que notre orge à quatre rangs
ou carré est une production moderne , et
qu'elle sort d'un pays froid et humide ,
car Columelle regarde les semailles des
céréales au printemps comme une sîmplç
exceçtion à Pusage commun, cpii n'est pra-
ticable que dans les pays froids , et jamais
dans les contrées d'une température élevée.
Du reste, les anciens connurent plusieurs
yariétés d'orge, comme le prouve le pas*
sage de Théophraste que nous avons cité ,
mais elles ne sont plus maintenant cultivées
que par curiosité et pour avoir des variétés,
et non pour leur produit. L'orge peut, selon
Diodore de Sicile, croître à l'état sauvage en
Egypte, en Sicile, suivaqt Homère; suivant
Bérose, en Babyloniej ou dans l'Attique , à
côté du froment suivant Platon j Pline en
Klace la patrie dans Tlnde orientale , et
[oyse de Chorène dans l'Arménie , sur les
bords du fleuve Kour (669). Il faut appli-o
quer i l'orge tout ce que nous avons dit
sur la patrie du blé. Les observations ré-
centes n'ont point confirmé ce que Linné
avait avancé, que l'orge et le blé croissent
spontanément en Sibérie. La patrie de cette
céréale nous reste donc inconnue. Avant de
penser à la chercher en Asie, il faudrait ie-
ter ses regards sur l'Afrique septentrionale,
avec d'autant plus de raison que du temps
d'Hérodote l'orge était employée à faire de
la bière ou du vin d'orge, suivant l'expres-
sion du père de l'histoire. La confection de
la bière avec l'orge suppose une culture
très-ancienne et une connaissance approfon^
die de ses propriétés.
ORIGINE DE L'HOMME. — Nous lisons
dans le plus ancien des livres : Dieu dit :
Faisions l'homme à notre image et à notre
ressemblance: et au'it domine sur les poissons
de la mer ^ et sur tes oiseaux duciel^ et sur les
animaux f et sur tome la terre, — Et Dieu
créa thomme à son image; et il le créa à
rimage de Dieu : il les créa mâle et femelle. —
JDieu Us bénit ^ et leur dit : Croissez et multi^
pliez^vous : remplisse:i; h terre et vous t'assur
jeitisseZy etc.
A la place de celle doctrine, qui constitue
^ dignité de f homme et le fait sortir des
mains du Créateuri le rationalisme a ima-
giné une théorie qui fait descendre l'homme
de la race des quadrumanes^ dé Tespèce orang,
dont l'organisation s*est perfectionnée. Nous
avons réfuté longuement cette théorie abjecte
(lans Viniroduction du deuxième et dans celle
du troisième volume de notre Dictionnaire
(Û09) i^eoqraph. Armena^ p. 360. Peut-être au-
ro:)<3-ri;oiis bientôt Tôccason d^étudier là graminée
do!:t parle ce céographe. Vhordèum hulbosum
^\:.ève, dans le sud de TEurope, à une hauteur qui
de ^ooloaie^ ainsi (pi'à Tapticle G£i«ÉaATioi
SPONTANEE, qul so trouve dans le deuiième
volume de ce même Dictionnaire. Foye^ aussi
l'article Génération spontanée, dans le prér
sent Dictionnaire. On trouvera encore ces
théories panthéistes et matérialistes expo-
sées avec détail, et combattues par de nou-
veaux arguments, dans notre ouvrage Ek
langage et de son rôle dans la consîit^iwK dt
la raison, ou Vues philosophiques sur Ton*
gine des connaissances humaines. On trouYen
particulièrement dans notre Nouveau (rade
des sciences géologiques les arguments em«
pruntés à la paléontologie pour réfuter ces
systèmes dégradants.
ORIGINE DIVINE de la parole. 7oi h
note III, à la fin du volume.
09, ls;dr structure et leurs proportioits
dans les diflPêrentes races humaines. — Oa
sait qu'il existe entre les différentes rares
d*hommes quelques variétés relatirement i
la stature moyenne du corps, à la grandeur
et aux proportions des membres et du tronc,
et aux rapports des différentes parties. Ces
variétés ont été diversement considérées par
les anatomistes : quelques-uns ont pensé
que, prises dans leur ensemble, et surtout
prises conjointement avec les autres faits
de déviation qui peuvent se présenter dans
les races, elles constituent des caractères
vraiment spécifiques et suffisants pour auto-
riser à admettre dans le genre humain
Texistence de plusieurs espèces distinctes.
Dans ces dernières années, et depuis que
les vovageurs ont songé à recueillir les faits
relatifs k l'histoire physique de l'espèce
humaine, on a pris les mesures absolues et
relatives des diverses parties du corps, et
l'on a fait, au moyen d'un instrument nommé
dynamomitre, des expériences destinées à
faire connaître avec quelque précision la
force musculaire des races nouvellenicnt
découvertes. Les faits qui ont été recueillis
jusqu'ici sont loin d'être assej complets pour
permettre une vue d'ensemble» et le seul
résultat général auquel on soit arrivé, cV^
que chaque nation offre à cet égard quelque
particularité qui est pour Qlle caracténsti-f
que. Il n'y a pas un continent, il n'y a,
pourainsi dire, pas une tle dont les habitants
n'offrent dans les proportions de leurs mem-
bres, dans les dimensions relatives des di-
verses parties de leur corps, quelque chose
dp particulier qui peut servir à les dislifl-
guer.
Dans le nombre de ces variétés, l'une (ie>
f)lus importantes est celle qui se rapporte à
aconformation du bassin. Camper, Sœmmer-
ring, White et plusieurs autres anatomisles,
ont depuis longtemps observé oue la ra«
nègr« présente è cet égard quelque cho^c
de particulier; et afin de bien faire ressortir
la difiérence qu'ils apercevaient, ils oU
donné plusieurs, des mesures de cette parce
éga^e celle de notre orge à deux rancss, de telle >orte
qu'il est facile de la confondre a^ec VoT%t >t^'
table.
lOSI
os
D'ANtftROPOLOClE.
OS
lOSi
da squelette. Ce sojet a été repris depuis
par le docteur G. Vrolik» d'Amsterdam (670),
dont les recherches {sortent un cachet encore
I»lus marqué de précision, et dont les résul-
tats ont pu d^aiiieurs être comparés à ceux
du professeur M.-J. Wèber, de Bonn (071),
uui a examiné la question d'un autre point
cJe rue. M. Vrolik semble aToir été conduit
à ces recherches par la remarque que la
forme du bassin devait exercer une influence
pi'is ou moins (grande sur la conformation
du fetus. Il a essayé de découvrir quelles
sont les particularités caractéristiques de la
forme du bassin dans différentes nations,
en examinant la forme de cette partie du
squelette chez un homme et chez une femme
de race nè^re, chez une femme de race hot*
lentote ou boschismane, chez deux Javanais,
homme et femme, et chez un métis issu
d'un blanc et d*iine mulfttre.
M. Vrolik a remarqué que chez les Euro*
I^éeos les différences entre le bassin de
'homme et celui de la femme sont très-
considérables, mais beaucoup moins frap-
pantes et moins prononcées que celles que
1 on aperçoit en comparant les deux sexes
dans la race nègre. « Dans cette race, dil-il,
le bassin de Tbomme, quand il serait pris
de quelque bète féroce, ne pourrait ])as être
d'une substance plus ferme ou avoir des os
l'Ius forts; le bassin de la femme, au con-
traire, réunit la délicatesse et la légèreté à
la rondeur... Cependant, quelque délicate
2 ne soit sa composition, il est difiicile d'en
carter l'idée de Vanimalité.
« La direction verticale des iléons, leiu*
élévation aux tubérosilés postérieures et
supérieiu'es ; la grande proximité des épines
antérieures et supérieures, la moindre lar-
geur du sacrum, la moindre étendue des
hanches, la petite distance entre le bord su-
périeur du pubis et la proéminence du sa-
crum, la brièveté des diamètres transverses
aux épines et tubérosités ischiatiques , la
forme allongée que le bassin acquiert par
là , tout cela rappelle à notre espnt la forme
du bassin du singe.
« La structure des mêmes parties dans la
race bottentote et boschismane n'est connue
jusqu'à présent que par le squelette de la
femme qui mourut à Paris en 1815. La forme
du bassin chez cet individu indique, selon
le docteur Vrolik, la condition inférieure de
la race ou sa plus grande animalité, compa-
rée même avec la race nègre.
« On n'observe, ajoute notre auteur, dans
^ucun homme exempt de difformité, une
direction si verticale des os des lies. Ils se
distinguent en otitrc par leur hauteur très-
grande, en comparaison de leur largeur.
Cette largeur est à peu près d'un pouce et
demi moindre que dans les bassins de fem-
mes européennes. Leur hauteur, an contraire,
f l de beaucoup supérieure à celle des autres,
^^70) Considérations sur U dirersiêé des bauins de
dt \érentes races humaines; Amslcrdam, 1936, inra",
« i .U!as de 8 planches in fol.
s'élevant à plus de la moitié de la quatrième
vertèbre lombaire.
« La distance mutuelle des épines anté-
rieures et supérieures des os àes lies est
d'un quart de pouce moindre que dans le
plus petit bassin de négresse que j'ai me-
suré, et il s'en faut bien de trois quarts de
pouce ou d'un pouce entier dans les plus
grands. »
Le docteur Vrolik oppose à la forme du
bassin chez ces Africains celle de la pre-
mière partie chez les naturels de Java, et il
insiste particulièrement « sur la singulière
légèreté, la petitesse apparente, et 1 ouver-
ture à peu près ronde au détroit supérieur
du bassin de la femme javanaise. »
M. Vrolik nous donne dans sor* ouvrage
la flgure du bassin d'une femme et d'un
homme de Java.
Le professeur Weber, comme nous l'avons
dit, a examiné d'un autre point de vue les
différences dans la forme du bassin humain.
11 réduit à quatre toutes les variétés de
forme que peut présenter cette |)artie da
corps, et il les décrit ainsi qu'il suit :
1* La forme orale. — Cn oassin ovale est
celui dans lequel le détroit supérieur pré-
sente la figure d'un œuf; c'est-à-dire qu'é-
troit en avant, vers la symphyse des pubis,
il va en s'élargissant vers la partie moyenne
qui comsspond à peu près aux articulations
sacro-iliaques, puis au delà se resserre jus-
que vers le promontoire, où il se termine en
pointe mousse.
S* La forme ronde, — Un bassin rond est
celui dans lequel l'ouverture supérieure est
ronde. La partie de la circonférence corres-
pondant à la symphyse et aux branches ho«
rizontales du pubis est moins resserrée ouo
dans la forme ovale, ce qui fait que le dia-
mètre antéro - postérieur a à peu près la
même étendue qpe le diamètre transverse,
3* La forme carrée ou quadrilatère, —
C'est la forme du bassin dont les cAtés, prin-
cipalement celui qui est formé par les os
pubis, sont jusqu'à un certain point rectilî^
gnes, de sorte que le détroit supérieur re^
présente à peu près un carré fiariait ; le dia-
mètre transverse cependant est plus gran4
que l'antéro-postérieur.
4" La forme en coin est celle d*un bassin
qui est comme comprimé latéralement, de
manière à être notablement plus étroit d'ui^
côté à Tautre que d'avant en arrière. Les os
Imbis s'unissent sous un angle aigu, et lea
)ranches horizontales se portent eu arrière,
suivant une ligne plus droite que dans la
forme ovale. Le diamètre antéro^postérieur
est allonge^, et le détroit supérieur est plutôt
obloqg qu'ovale.
Ce qui résulte des recherches faites paiv
notre auteur sur les différentes formes di^
bassin, c'est qu'on trouve des exemples da
chaque forme dans les différentes race^^
d'hommes : d'où on doit donc tirer la cou-
(671) Die Lekre ron den ur-und Racenformem der
Schàdel und Becken des Menschcn : Diisseldorf, 1830,
ÎR^*, :ivcc 35 planchff.
lOSS
os
DlCTlOiNiNAIRE
OS
im
I •
clusion importante qu*il ny a point, pour
celte partie du corps, de conformation qui
soit particulière à une race, et constitue
âhez elle un caractère permanent. Dans la
première partie de son ouvrage, M. Weber
avait établi une classification semblable pour
les formes du crâne. 11 avait posé en fait
que quatre formes principales, qu'il désigne
chacune par un nom particulier, i)euvent
f ire distinguées dans les tètes humaines, et
3ue la configuration crAnienue correspon-
ante à chacun de ces quatre princijjaux
types se montre dans plusieurs races aiffé-
rentes. Les exemples qu'il donne de chacune
des formes du bassin sont les suivants :
l** Pour la forme ovale : le bassin d*un
Européen et celui d'un Botocudo ;
2° Pour la forme ronde : le bassin d'une
femme européenne, celui d'une négresse,
celui d*une Uottentote, enfin celui d'une Ja-
vanaise.
3* Pour la forme carrée : le bassin d'une
européenne, celui d'un Javanais, d'une Ja-
vanaise, d'un métis, d'un second Javanais,
d'un second métis.
k* Pour la forme en coin ou forme oblon-
giie : le bassin d une Européenne, celui d un
otocudo, d'un Cafre, et de plusieurs né-
gresses existant dans les collections de Sœm-
merring et de Vrolik.
M. Webert conclut que chacune des formes
du bassin qui dévie du type ordinaire, peut
être rencontrée dans des individus apparte-*
nant à plusieurs races différentes, et que
cependant il v a une de ces formes prédomi-
nante dans cnaque race. Ainsi la forme la
plus commune chez les Européens, c'est la
forme ovale ; chez les nations américaines,
c'est la forme ronde; chez les Mongols et
ceux qui leur ressemblent, c'est la forme
carrée ; chez les races africaines, enfin, c'est
la forme oblongue qui prédomine.
De la structure du squelette. — En compa-
rant entre elles plusieurs races humaines, les
anatomistes ont observé des variétés dans la
longueur relative des os et la forme des
membres, et ils ont cru remarquer que les
races les plus croisières, les moins civili-
sées, avaient, dans plusieurs particularités
de leur organisation, une ressemblance éloi-
gnée avec les animaux inférieurs. Ces diffé-
rences ne s'aperçoivent que lors qu'on con-
sidère, dans cnaeune des races que l'on com-
pare entre elles, un grand nombre d'indivi-
dus; car, dans chaque race, quelle qu'elle soit,
on trouve des hommes qui, sous le rapport
des particularités en question, s'écartent tel-
lement de la moyenne, qu'on pourrait, si
l'on n'avait égard au'à ce caractère, les ratta-
cher à une race fort différente de celle à
laauelle ils appartiennent effectivement.
Il est évident qu'on ne saurait considérer
comme caractères spécifiaues des particula-
rités de cette nature ; elles ne doivent être
considérées que comme variétés, même
quand elles se rencontrent dans la grande,
majorité des individus dont une race se com-
pose, puisque les causes, qui, agissant sur
un individu, donnent naissance à celte par-
îl
ticularité de conformation, ont bien pu mg-
difier toute la tribu.
Proportions des parties. — Les races
d'hommes peu avancées dans la civilisation
ont, ainsi que les races d'animaux qui n'ont
Eoint été modifiées par la culture, les mem-
res grêles, maigres et allongés
Les nations qui ne vivent que d'alimenis
empruntés au règne végétal, et en quantité
à peine suffisante, sont moins vigoureuses
que celles qui sont mieux nourries, et il
semble que les proportions de leurs mem-
bres soient différentes. Les Hindous, c est un
fait bien connu, ont les bras et les jambes
proportionnellement plus longs et moins
musculeux que les Européens ; et ron a re-
marc^ué de plus, lorsque des sabres de sol-
dats indiens ont été a[)portés en Angleterre»
que la poignée en était trop petite pour les
mains anglaises. On sait encore que toutes
les races sauvages ont moins de force mus-
culaire que les peuples civilisés ; c'est ce
qu'ont prouvé pour la première fois les expé-
riences de Pérou, qui trouva les naturels de
l'Australie, de Timor et de la Tasmanie,
faibles en comparaison des Européens. Ceb
expériences ont été répétées plusieurs fois
sur d'autres nations sauvages, et toujours
avec le même résultat. Mackensie, Lewis el
Clark nous assurent que les indigènes de
l'Amérique offrent la même infénerité de
force physique : dans les combats, de Iroui»
è troupe ou d'homme h homme, les Yirgi-
niens et les Kentuckiens ont toujours, sui-
vant Volney, lavantage sur les Américains
sauvages.
Dans toutes les autres races comparées è
la race européenne, les membres présentent
une plus grande courbure des os longs, el
des rormes moins parfaites. Chez les nègr«.s
les os des jambes sont déjetés en dehors.
Sœmmerring et Lawrence ont observé que
chez ces hommes le tibia et le péroné sodi
en avant pins convexes que chez les Euro-
péens ; leurs mollets sont très-haut el attei-
gnent jusqu'au jarret ; leurs pieds sont très-
plats, et le calcanéum, au lieu d'être arqué,
se continue presque en ligne droite avec les
autres os du piea, qui est remarquablement
large. Leur main présente aussi, dans .^
disposition générale, quelque chose dana-
logue.
White a avancé, et l'on a cru générale-
ment d'après lui, que Tavant-bras est chez
le nègre beaucoup plus long que chez l'Eu-
ropéen, et que la différence est portée au
point de constituer un véritable rapproilie-
ment vers les caractères des singes. Les ïiils
cependant prouvent que celle différence est
très-légère, et ne dépasse en aucune foç^n
les variétés qu'on peut observer chaque jour
en comparant plusieurs individus api^rte*
nant à une même race ou à une môroe na-
tion. D'ailleurs, il y a une telle disprojKJf-
tion, sous le rapport de la lontfueur di>
extrémités, entre les hommes cl les ^i^;'^'
adultes, qu'on ne voit pas trop de (I'h*'»^
importance pourrait être le rapprocbnin«'r'
qu on voudrait établir, cl quelle ^tra:i rf
FAL
D*ANTflROPOLOGIE.
PAL
1066
conetosion qa on en pourrait tirer. Les bras
de Torang, selon M. Owen, atteignent ses
talons ou an moins sa cheville, et ceux du
chimpanzé ou troglodyte, descendent en-
core au-<lessous du genou. C*est là une diffé-
rence très-tranchée, trës-positiye entre les
espèces de singes les plus anthropoïdes et
les races d'hommes les plus incultes. Cepen-
dant le plus léger rapprochement vers le
type des quadrumanes serait, s'il était bien
constaté, une circonstance très-digne de
fixer Tattention et qui, conjointement avec
d'autres laits, tendrait à prouver que même
dans la conformation physique on retrouve
{lus de ranimai chez les races humaines à
état sauvase aue chi^z les races cultivées
ou chez celles dont la civilisation remonte à
une époque très-reculée dans Thistoire du
monde.
]>epuis le temps de Sœmmerring, on s'ac-
corde généralement à admettre que, chez le
nègre , la colonne vertébrale rencontre la
base du crâne en un point situé assez en
arrière pour ou'il en résulte une différence
sensible dans faspect général du corps. Dau-
benton avait observé aue, dans les quadru-
pèdes, le trou occipital est placé derrière le
centre de gravité de la tète, circonstance oui
exerce une grande influence et à laquelle
tient la différence qu'on observe entre
l'homme et les animaux inférieurs quant à
la position relative de la tète et du tronc.
M. Owen, dans la comparaison qu*il a faite
da squelette humain avec le squelette d*un
singe, nous a parfaitement montré retendue
de cette différence, et a prouvé qu'elle est
Leaucoup plus grande poin- le sin^e adulte
qa*on ne l'avait supposé avant lui. Mais si
on compare entre elles les races humaines.
Cil ne trouve réellement pas qu'elles présen-
tent sous ce rapport des différences appré-
ciables. Le trou occipital, dans le crâne du
nègre, n'est pas en effet plus en arrière que
dans le crâne de l'Européen ; s'il parait l'être,
cela tient seulement a la projection de la
mâchoire supérieure, et particulièremeot à
la saillie de rarcade alvéolaire.
En résumé, l'examen des faits relatifs aux
différences que présentent, dans les races
humaines, les formes du corps et les pro*
portions des parties, nous conduit à cou
dure qu'aucune de ces déviations ue s'élève
au rang de distinction spécifique. Cette con-
clusion repose sur deux arguments princi-
paux. Le premier, c'est qu'aucune des diffé-
rences en question n'excède les limites des
variétés individuelles, qu'aucune n'est plus
tranchée que les diversités qu'on rencontre
sans sortir du cercle d'une nation ou même
d'une famille ; le second, c'est que les varié-
tés qui se montrent dans les races humaines
ne sont pas, sous tous les rapports, aussi
considérables, à beaucoup près, que celles
qu'on voit se présenter chaque jour dans les
oifférentes races d'animaux issues d'une
même souche ; et il n'y a pas, on peut le
dire, une seule espèce domestique qui
n'offre des exemples nombreux de beaucoup
plus grandes déviations du caractère typique
de la race.
Après ce gui a été dit à ce sujet, nous pou*
vous regarder la conclusion générale quo
nous venons d'énoncer comme suiBsamment
établie. Cependant, ces particularités propres
à certaines races n'en devront pas moins
fixer notre attention, et nous les considérerons
plus spécialement quand nous en serons à
décrire les diverses tribus dans lesquelles
elles ont été observées comme faisant partie
du caractère national.
OS du corps humain, leur disposition mé-
canique. Voy. Y introduction,
OSAGES. Yoy. Siocx.
OSSEMENTS HUMAINS découverU à Meu-
don (18^5), rapportde M. Serres. Yoy. Celte»,
OèSÈTES. Yoy. Ariane.
OSTÉOLOGIE. Voy. Anatomie hlhiaisb.
OTAHITL Yoy. Malayo-polv.nésiens.
OCIE. Yoy. 0EEU4X.
p
PALMIER»*— L'Afrique centrale produit
plusieurs arbres qui croissent ssontané-
naent et dont les firuits sont comestibles ,
mais jamais elle n'en produisit un dont le
fruit fût assez substantiel pour devenir la
f >rincipale nourriture de Thomme et lui te-
nir lieu de pain. Lorsque nous avançons
vers le nord de cette partie du monde, aus-
sitôt parait le palmier dattier (phœnix dac-
/f//i/era}, avec son fruit doux , agréable et
t*dlement nourrissant, que des peuplades
entières en firent leur principal aliment et
qu'elles en ont conservé l'usage même jus-
qu'à ce jour. Le i>almier crotl en abondance
dans toute la Nunie d'Egypte , sur le ver-
sani méridional de l'Atlas , jusqu'à l'Océan
atlantique; il croît aussi dans l'Arabie, la
Perse et une partie de Tlnde, mais au sud,
il ne passe pas les bouches de Tlndus,
comme l'a déjà remarqué Garcias de Orfa ;
on ne le trouve plus dans Toasis de Dar-
four , entre les 13 et 15' lat. N. C'est depuis
le 19* jusqu'au 35 de lat. N. , que le dattier
réussit le mieux. Au sud de l'Europe, il
croit facilement, donne des fleurs, même
des fruits , dans la partie méridionale du
Portugal , en Sicile , dans la Morée ; mais
ces fruits n'atteignent point une maturité
complète , excepté dans la plaine brûlante
d'Elcha , dans le royaume de Vtfence ( Esp.
mér. ) , où on en cultive une grande quan-
tité à cause de la douceur de leurs fruits.
On cultive encore le palmier près de Saint-
Remo , sur la rivière di Ponente^ en Pié-
mont, sous le U' de lat.; mais seulement à
cause de son feuillaj^e , qu'on emploie pen-
dant la semaine sainte à l'ornement des
églises ; on l'exporte pour Rome et le5 au-
1087
PAL
DICTIONNAIRE
lAL
1018
très villes de l'Italie. Le palmier aime les
plaines, il ne croît pas sur les hautes mon-
tagnes, parce qu'il veut une température
moyenne de 21 a 23* centigrades ( 10 | — 27
\ Réaum.) pour porter de bons fruits. II
aime les terrains sablonneux et humides; si
on veut le cultiver dans les endroits frais,
il faut se donner beaucoup do peine pour
l'arroser et avoir grand soin de le faire; il
est du reste très-facile à cultiver, on le
propage par le semis des noyaux ou bien en
éclatant les drageons qui poussent des raci-
nes ; il faut avoir l'attention de couper les
anciennes feuilles , si l'on veut avoir des
fruits de meilleure qualité. Le palmier a
une tige belle, grêle, sans branches, ter-
minée par une touffe de feuilles; il s'élève
h une hautenrr de 50 pieds, rarement il
dépasse celle de 70. Il pousse lentement.
Cet arbre n'a pas, àprourenienl parler, une
véritable lige, c'est plutôt un bourgeon,
un stipe {Stipes^ Rich. ) , comme celui que
produit l'asperge ; ainsi , il ne croit point en
diamètre, mais il conserve la grosseur qu'il
avait quand sa toulîfe de feuilles est arrivée
à son développement complet. La crois-
sance du palmier est très-lente, il vit un
siècle; on prétend qu'il peut vivre deux
cents ans et plus , cependant il doit dé-
croître beaucoup pendant le second siècle.
Nous avons sur le palmier un ancien traité
assez rccommandable ; il est de C. Kemp-
fer (672). Ce traité est dans la partie de son
livre où il décrit avec beaucoup d'enthou-
siasme les voyages qu'on fait au travers des
bosquets de palmier, dans les montagnes
de la Perse , quand les chaleurs de l'été et
les maladies qu'elles amènent commencent
h se faire sentir à Bender-Abbassi , sur le
golfe Persique , et qu'il peint le plaisir qu'on
éprouve dans ces bosquets. Kempfer décrit
déjà fort exactement la fructification du pal-
mier , dont les fleurs mules et les Heurs fe-
melles sont portées sur des individus sépa-
rés ; (juand il n'existe pas dans le voisinage
dMndividus à fleurs mâles , on détache une
spathe avec les fleurs mAles qu'elle contient,
on la divise en plusieurs morceaux qu'on
suspend auprès des fleurs femelles. Les
anciens connaissaient cette manière de fé-
ponder le palmier. ïhéophraste dit très-
précisément qu'on incisait la spathe, cju'il
pomme aussi spatha ((màBn ) , servant d en»
yeloppe aux fleurs , les fleurs niÂles ^ qu on
(672) Amœnlt. exofîc, fasc. i.
(675) HUt. Phnt., 1. ii, t. IX , i 4 , édition
^clineid. •
(074) Reisen uddamerkungen , venchiedene theile
4er Barbarei oder de Levante betre/fend , 2* ausg ;
l^eipzig, 4765, s. 272.
(675) Toutes ces expressions dérivent sans doute
fie foi'Hxhç^' couleur de sang, sanguineus^ qui sans
doute vient d'un ancien substantif, ^ocvô^, sang,
{ V.BociURT,C/mnâait,562, où la question de rétymoio-
gie du nom des Phéniciens est traitée fort au lon^. ) Non-
seulement il est très-vraisemblablequeles Phéniciens
liraient leur nom de celui qu'on donnait à la couleur
rouge, et non celle-ci le sien des Phéniciens, mais
on peut même l'affirmer, parce que dans iiliade on
trouve très-souvent un mot dciivé de yotvoç,
secouait pour en faire tomber la poussière
fécondante sur l'ovaire des fleurs femel-
les (673). Pline décrit les amours du pal-
mier dans un style emphatique et d'une
manière si peu vraisemblable, qu'on ne
peut s'arrêter à cette description.
La Bible parle souvent du palmier. Lors-
que les Israélites, après leur sortie d'Egj'pie,
erraient dans le désert, ils vinrent à la pé-
ninsule d'Ezion Geber, près d'Elini; là il
yavait douze puits et soixante-dix palmiers;
les Israélites y campèrent sur le bord de
l'eau. Vers le milieu du siècle dernier,
Schow n'v vit plus que neuf puits, mais il
y avait plus de deux cents palmiers (67î^),
ce n'est pas è dire pour cela que le pajs,
comnarativement aux autres, ait éprouvé
du cliangement. La scène des poèmes homé-
riques est trop reculée vers le nord, aussi
n'est-il question qu'une seule fois dans
y Odyssée d'un palmier à Délos, qui long-
temps après était encore célèbre. Ainsi, nu
grand plmier, célèbre dans lanliquité,
avait nécessairement dû exister dans celle
île. Plus tard , le palmier devint un arbre
très-connu des Grecs. Le nom de foi»ôç sem-
ble dériver du nom des Phéniciens qui por-
tèrent le palmier du sud vers le nord. A une
époque fort reculée , les Phéniciens habile-
rent le rivage de la mer Rouge , comme lo
prouve une ancienne tradition citée jiar
Hérodote (1. t, c. 89), c'est-à-dire dans une
contrée ou ils durent apprendre à connaî-
tre le palmier. Il est hors de doute que le
nom des Phéniciens, ainsi que celui du
phénix , dérive du nom donné à la couleur
rouge, car il est bien établi qu'on doit aui
Phéniciens l'invention de la couleur de
pourpre, tirée du murex ^ ou plutôt des pro»
cédés pour produire en général les couleurs
vives (075).
Ainsi , nous trouvons la patrie du dallier
dans ces contrées qui furent le berceau
d'une civilisation plus élevée : dans l'E-
gypte, à Méroë, dans l'Arabie, ces con-
trées qui dans le principe furent habitées
par les Phéniciens , dans le pays de ces
Ethiopiens si renommés dans l'anliquilé.
Dans les bosquets de palmiers de ces con-
trées, l'homme trouva une nourriture abon-
dante; en faisant sécher les fruits, il aug-
menta leur qualité nouiTissanle. L'homme
apprit donc a faire des provisions, et une
fois qu'il fut en sécurité pour sa nourriturf,
et une fois seulement le mot yocvtxrr, dianl uni,
V, 744. Probablement les Pbéuicieiis employérwi,
dans la coroposUion de leurs couleurs , on ^^
nombre de substances autres ^ue ranimai (Su m-
rex, et l'on serait tenté de croire qu'ils laisaicaii m
secret de la connaissance de ces matières en v^
parlant que du murepc. Les Phéniciens n'auraical-ui
pas donné leur nom h la mer Rouge, dont ils ^»'
lèrcnt les côtes dans Toriginc? La fable du pl»r«
se rattache sans doute à un oiseau qui avait un pn*
mage d'un rouge vif, qui rarement prenait sonj«
vers les contrées du Nord, comme il arrive à p-
sîeurà oiseaux de passade, oui ne vont qoc ll«srr^
rement dans des contrées éloignées , par «'"'K
Toiscau de paradis, le guénier commun {Mv^^
apiasteff Lik2<0-
100
PEA
D*A!HTimOPOLOGIE.
PEA
1090
il songea à se prémunir surlesautres points.
LHndostrie et les sciences sont les sœurs de
la paix et du repos.
PAMPÉEN. Toy. MÉormiLàTcéE!!».
PANTHÉISHE. Voy. Pstsiologib itfel-
tccTCKixB et NATums.
PAON. — Tous les voyageurs s'accordent
à dire que le paon se trouve à Tétat sauvage
aui Indes orientales :les anciens ont connu
cet oiseau. Buffon pense que le paon est
Tenu en Grèce après les conquêtes d Alexan-
dre ; Cuvier le répète d*apr& Buffon : mais
ils n ont pas pris garde qu Aristophane parle
déjà du paon dans S9i pièce des Oiseaux et
des Achamaniens, car il dit que Fambassa-
deur du roi de Perse a apporté des paons.
Suivant Plutarque et Athénée , le paon est
venu k Athènes dû temps de Périclès » où
on le montrait alors pour de Targent. Le
nom grec xaùç est certainement le mot
persan thatus^ dérivé d*une manière un
peu forcée de tiiv» (676). Le temps où le
ffaon fut importé eu Grèce est celui où les
républiques grecques étaient en relation si
particulière avec les Perses, que Ton vit
quelquefois des personnages influents se
laisser corrompre par le roi de Perse. Bo-
crhart a réuni avec beaucoup de soin les pas-
sages des anciens sur les(|uels je me suis
appujré* {Hierozoiconj p. ii» 1. n, c. 10,
p. 242^ Schneider avait déjà, dans ses notes
sur VÉîstoire des animaux d*£)ien , relevé
Terreur de Buffon. II est pro!>ab1e ciue cette
erreur vient d*un passage d'£lien aans le-
quel il parle de Tadmiratioo qu^éjirouva
Alexandre lorsqu'il vitdcspaonsdans Ilade.
Schneider pense avec beaucoup de justesse
uu*£lien a voulu dire qu'Alexandre avait élé
ctonné de trouver dans Tlnde le paon à
l*état sauvage L£ua\., tfis/.anim., I. v, 21.)
PAPOUAS. Yoy. Gé!«re.
PABBATITAS Toy. AB0RiGi!CES,
PARIAGOTOS. Yoy. Cabibes.
PAROLE. Yoy, OiiEnxE et Langage.
/ PASSIONS. Yoy. Affectiotis morales.
PATAGONS. Yoy. MÉnrrEBRATiÉExs.
PAWNÉES. Yoy. Siocx.
PEAU. — Les variétés dans la couleur et
la eontexture des téguments internes et ex-
ternes dépendent de Torganisation de par^
lies qui sont en quelque sorte extra-cuta-
nées. Ces parties appartiennent à ce au'on
a^ipelle quelquefois Tenveloppe cornée du
corps, et elles sont souvent, quoique à tort,
représentées comme étant de nature inorga-
nique, ou tout au moins comme ne possé-
dant pas de vitalité propre. Cependant elles
sont réellement douées de propriétés vitales
particulières, et présentent un ronde d'orga-
nisation très-remarquaLle et très-:urieux,
dont les pricipaux caractères ont été récem-
ment constatés par des recherches micros-
copiaues. D*ailleurs ces recherches ne peu-
I
vent pas encore être considérées comme coiur
plètes, et il reste même beaucoup à faire
pour que le sujet soit complètement élu-
cidé.
On a pensé jusqu'à présent que les diffé-
rences de couleur ou de teint sont moins
importantes, pour la séparation à établir en-
tre les races, que quelques autres caractères
et particulièrement que les différences dans
la forme du corps et dans la conGguration du
crâne. Cependant un savant français, bien
connu pour l'étendue et Texactitude de ses
recherches sur divers sujets relatifs à Tana-
tomie et à la physiologie, M. Fiourens, con-
sidère les aifférences de couleur comme
constituant, pour les diverses races, un ca-
ractère plus essentiel qu*aucune autre par-
ticularité. Les raisons de cette opinion se-
ront développées dans les pages suivantes.
C'est une remarque commune qu'il existe
entre la couleur de la peau ou le teint, et la
couleur des cheveux et celle des yeux, ou
Elutôt de l'iris, une certaine corr&spondance.
,e fait est vrai comme observation générale,
mais il est sujet à beaucoup d'exceptions,
particulièrement dans les individus et dans
les races qui ont les cheveux noirs. Parmi les
Européeus,Iesdeuxvar:été5le5p!usmarquéi3S
de teint sont celles qui se montrent chez les
individus que les Français désignent par les
mots de blonds et de bruns. I^s uns avant
les yeux bleus, des cheveux blond-clair et
la peau blanche; les autres ayant les yeux
noirs, la peau brune et les cheveux noirs.
A ces deux variétés, nous devons en «ijoutf r
une troisième qui est la tariéié albine^ re-
gardée comme une sorte de monstruosité,
mais seulement peut-être parce qu'elle est
beaucoup plus rare que les précédentes.
Dans les contrées du centre de l'Europe,
la plupart des habitants ne sont, à propre-
ment parler, ni blonds ni bruns ; mais leur
teint tient le milieu entre ces deux extrê-
mes. Les blonds prédominent dans les cen-
trées septentrionales, et les bruns dans les
contrées méridionales. Si nous divisons les
races humaines d'après ces trois variétés,
fondées principalement sur la couleur des
cheveux, nous devons considérer le grouf)e
des bruns comme comprenant de grandes
variétés qui se montrent dans la couleur àe
Firis et dans la teinte de la peau. Chez plu-
sieurs nations qui ont généralement les che-
veux noirs, Tins est souventd'un brun foncé
ou de couleur chocolat, comme parmi les
Chinois; chez d'autres, il est fréquemment
verdâtre ou noisette, comme dans quelques
races de nègres du Con^o; chez quelques
populations à cheveux noirs, il est gris et
même bleu. Ce sont autant de déviations de
la couleur dominante qui est noirâtre quanj
les cheveux sont noirs. La tendance au dé-
veloppement des teintes claires n'apparaît
(STbl Cest ropinion des grammairiens grecs;
repemunt tkanu n*est pas dans le Dictionnaire per-
san de CasteJ, mais dans le cbalJécn , le syriaque
et rarabe. Dans le chaldéen et le syriaque, il est
sous la racine thous. vcler^ crier; la cinquième forme
du verbe arabe signifie ajuster ies omemenis, eomrre
fait le paon ; toutes ces expressions conv*e i:e; t
lien à cet oisêaa, et le radical des diverses langues
oaraii plus rapproché de tm»^, que de t4c»6#«
iOOl
PEA
DICTIONNAIRE
PEA
10»
donc quelquefois que dans la couleur des
yeux, la peau demeurant très-noire. Dans
d'autres cas, on observe en outre que la peau
est blanche ou plutôt étiolée. Dans quelques-
uns enfin, les cheveux eux-môtues varient
et deviennent jaunes ou rouges, et cela ar-
rive même chez les races à peau noire; ce-
pendant, en pareille circonstance, la couleur
de la peau prend généralement une nuance
plus claire.
Ces variations apparaissent, comme nous
le prouverons par des exemples, chez des
enfants nés de parents bruns ou môme chez
des enfants issus de races noires ; mais des
changements analogues se manifestent en-
core chez un même individu considéré à dif-
férentes époques de sa vie. Des enfants nés
blonds et continuant è avoir les cheveux
brun-clair pendant leur enfance arrivent
souvent à avoir des cheveux noirs en appro-
chant de l'âge adulte. Une semblable transi-
tion transforme quelquefois en blonds des
individus qui d'abord ne pouvaient être com-
pris que dans la variété albine. Dans cette
dernière variété, la couleur de l'œil est
rouge, parce que, en raison de la matière
colorante de l'iris et de celledu pigment noir
qui tapisse le choroïde, la lumière rétléchie
prend une teinte rougeâtreen traversant les
vaisseaux sanguins transparents de l'iris et
des parties internes de l'œil. Ce défaut, joint
h l'absence totale de matière colorante dans
les cheveux et dans la peau, constitue le vé-
ritable albinisme. Quand la matière colo-
rante, qui n'existait pas dans l'enfance, vient
plus tard à se produire, le teint du blond
succède à celui de l'albinos. Il est au reste
plus commun, comme nous l'avons dit, de
voir le teint de brun remplacer le teint de
blond.
Les observations suivantes qui offrent plu-
sieurs cas auxquels s'applique cette remar-
3ue, sont extraites d'un excellent mémoire
u professeur Graves, de Dublin.
« L'année passée, dit notre auteur, le doc-
teur Ascherson me fit part d'un cas où il
avait vu le pigment de l'œil se développer
chez un enfant albinos âgé de trois ans. Cet
enfant avait en naissant les cheveux blancs
et les yeux violets, avec les pupilles rouge-
foncé ; à la fin de sa troisième année, ses
clicveux étaient blonds et ses yeux étaient
bleus, mais ils conservaient encore à un de-
gré très - remarquable, quoique moindre
qu'auparavant, cette mobilité et cette agita-
tion particulières à l'Albinos. C'était alors
le seul cas de cette nature dont j'eusse en-
tendu parler, excepté l'exemple cité par Mi-
chaëlis dans Blumenbach [Bibliothtqut de
Médecine^ volume 111, page 679), exemple
qui encore ne repose que sur l'autorité
incertaine de quelques paysans. Par un ha-
sard assez singulier, j'eus bientôt la bonne
fortune de rencontrer moi -môme un cas
semblable. Dans ma jeunesse, vivaient, non
loin de chez moi, deux enfants, le frère et
la sœur, dont les yeux, les cheveux et le
teint offraient à un tel degré les caraclères
de la leurosisy qu'ils étaient reconnus pour
albinos môme par des personnes étrangères
à la médecine. Dernièrement, j'eus occasion
de me souvenir d'eux en lisant dans un jour*
nal un avertissement oîx leur nom se troo^'
vait : j'appris que le frère était devenu mar-
chand de tabac; en allant le voir je troa?ai,
à mon grand étonnement, que ses yeux, de
violet-rouge qu'ils avaient été, étaient deie-
venus gris, et que ses cheveux, de blancs
étaient devenus blonds ; la sensibilité mor-
bide des yeux, jjour la lumière, avait aussi
grandement diminué. »
Le système dans lequel toutes ces variétés
ont leur siège est le système extra-corial ou
exodermal, Teouel constitue, si je puis m'ei*
primer ainsi, l'enveloppe externe du corps,
enveloppe extérieure môme à la vraie peau. Ce
système auquel appartiennent, chez les ani-
maux, les diverses productions cornées, com«
Erend, quand on le considère dans l'ensem-
le des vertébrés, non-seulement les cornes,
mais aussi les sabots et les ongles en gêné-*
rai, les cheveux, les plumes et autres appen*
dices de môme nature. Les diversités qn\\
nous présente dans sa couleur, sa constitu-
tion et son organisation sont infinies, et c'est
certainement, de tous les tissus du corps,
celui qui est le plus variable. On a fait, de-
puis quelques années, de grandes recher-
ches relativement à la nature et à la texture
des parties d'où dépend Est variété de couleur,
et, aQn d'obtenir à cet égard des notions tant
soit peu satisfaisantes, il sera bon d'embras-
ser uun coup d'œil rapide l'histoire de ces
investigations qui ont conduit leurs auteurs
à des opinions mii, il faut le dire, ne sont
pas toutes parfaitement conformes entre
elles.
Les anciens anatomistes ne connaissaient
que deux des parties dont se composent les
téguments communs ; ils n'avaient aucune
idée d'un tissu interposé entre la vraie
peau, c'est-à-dire le derme (appelé aussi
quelquefois corium)^ et la peau extérieure
ou superflcielle, c'est-à-dire répiderme;ce
sont là d'ailleurs réellement les deux parties
principales de l'enveloppe tégumentaire
commune, tant chez l'homme que chez tous
les mammifères. En général, le nom d'épi-
derme ne s'appliçiue qu'à la portion de l'en-
veloppe superûcielle qui revêt les parties
véritablement extérieures du corps, et celle
qui se continue sur les surfaces intérieures
est désignée plus particulièrement sous le
nom (ïépithétiuTn. Au reste, quelques per-
sonnes ne font point cette distinction, et em-
ploient le mot épithélium pour désigner Té-
piderme, aussi bien que l'epithélium propre-
ment dit.
Le célèbre anatomiste Malpighi fut le
premier qui découvrit une troisième couche
mlcrnosée entre le derme et répiderme. Il
vit que le siège de la coloration du nègre ne
se trouve ni dans l'épiderme, ni dans le
derme, ces deux parties de la peau étant,
chez l'homme noir, de môme couleur que
cliez l'Européen. Quelque temps auparavant,
Malpighi avait découvert dans lalanzuedu
bœuf une membrane muqueuse, de texture
I0f»3
PEA
D*A.^TIII(OPOLOGiE.
PE.%
IM4
rétieulaire, située au-dessous de répidermey
et il supposa que la muqueuse qu*il Tenait de
trouver en pareille situation dans la peau
du nè^^re, c est-à-dire placée au-dessus du
derme, devait avoir la même disposition. De
cette supposition naquit l'expression restée
si longtemps populaire de rete fnucoium.
Albmus rectina plus tard Tobsenration de
Maljpigbi, et il montra que la substance co-
lorée qui s'étend entre le derme et l'épi-
derme Tonne une membrane continue. De
son temps, on admettait que la peau du nè-
Kro se comuosait de trois parties distinctes:
le derme blanc, l'épiderme de couleur cen-
drée, et le corps muqueux noir.
Longtemps après Albinus, Cruiksbank,
flans une série d'observations sur la iieau
«l'un nègre atteint de la petite vérole, ne
ctécouvrit pas moins de quatre couches in-
terposées entre Tépiderme et la vraie peau;
deu\ placées au-dessous de la couche colo-
rée, cette couche elle-même et une autre
placée au-dessus. Ces recherches furent con-
tinuées par tf. A. Gaultier (6T7), qui s'ap-
pliqua principalement à examiner les effets
lies vésicatoires sur la peau du nègre, et il
trouva aussi les quatre couches, savoir: une
réimposée de bourgeons Tasculaires san-
guins, qu*on a nommée le corps papillaire;
une seconde, que cet auteur nomme mem-
brane atbuginée profonde; puis une autre
formée d*une substance brune (la couche
fie matière colorante); euGn la membrane
a!t>ugînée superficielle.
M. Flourens a essayé d'arriver encore à
une plus grande précision. Dans les prépa-
rations qu il a mises sous les jeux de TAca-
«lémie des sciences, il a montré entre Tépi-
f Jerme et le derme quatre couches distinctes
sans compter le corps papillaire ou vascu-
laire dont nous avons parlé plus haut. Les
«iécou vertes de ce célèbre anatomiste sont
eitrèmement curieuses et Font conduit à
d'importants résultats. Les quatre couches
qu'il reconnaît sont : 1* une qui repose im-
médiatement sur le derme (cette première
membrane est de structure celluleuse et
forme un tissu réticulaire) ; 2* une membrane
f'ontinue et qui a Taspect des jnugueuses
ordinaires; y le pigment noir, oui repose
sur celle-ci, et qui peut être considéré comme
constituant une couche, bien qu'il n'ait pas
assez de consistance et de cohésion pour re-
cevoir le nom de membrane ; 4* enfin, la lame
interne de Tépiderme, qui est placée au-des-
sus du pigment coloré, et qui forme la qua-
trième couche.
De ces quatre couches, la seconde'est
celle qui doit fixer le plus particulièrement
(G77) Recherches iur torgamsation di la peau de
r homme; Paris, 1809, in-^'.
<078) Recherches anatomiqmen sur le corps mu-
queux ^ am appareil pigmentai de la peau dans Cin-
dien Charma^ le nègre et le mulâtre^ par M. Floc •
RKNS. (Annales des sciences nalurelkSj u* série, Zoo-
iutjte^ U Vif, p. !5C.)
<679) Cette race a été tout à fait eiterminée. Lps
4\t-u\ individos qui furent examir.és par H. Ftca-
re:«& avaient été aineriés en France d*un pays Toiiia
l'attention, d'autant mienx que, selon
M. Flourens, elle constitue un oorps orga-
nisé distinct , qui se trouve seulement chez
les hommes à peau colorée et manque com-
plètement chez les blancs; chez ces uemiers,
du moins, M. Flourens dit n'avoir pu la dé-
couvrir par la méthode ordinaire de la ma-
cération (678).
Le ptymeiMttm, ainsi que nous l'avons vu»
est étendu sur la membrane muqueuse, el
lorsqu'il est mis à nu par la macération, i*
est beaucoup plus foncé qu'il ne le parait à
travers la demi-transparence des deux épi-
dermes. La surface interne de la couche
muqueuse est hérissée de prolongements
qui passent par les interstices du tissu cellu-
laire et vont se fixer au derme. Ces prolon-
gements, qui forment la gaine des poils, se
portent jusque sous leur racine et parais-
sent constituer la lame interne de leur
bulbe. On ne les trouTC que dans les régions
où il 7 a des poils. Quant à la men&rant
pigmentait même , elle est d'une consistance
partout à peu près égale, et assez épaisse
pour pouvoir être divisée en deux feuillets :
c'est sur sa fiice extérieure que la substance
colorante est étendue. Cette dernière subs-
tance, comme nous l'avons observé, ne
forme point une membrane distincte, mais
une simple couche, un dépAt, une sorte
d'enduit ; el le est recouverte par une véritable
membrane continue, qui est la lame interne
de l'épiderme.
M. Flourens a démontré, au moyen de la
macération, l'existence de toutes ces couches
dans la peau d'un nègre , dans celle d'un
mulâtre, et aussi dans celle de deux In-
diens Charmas, indigènes de l'Amérique du
Sud (679) qui appartiennent à une race de
couleur très-foncée. La même méthode de
macération, essayée sur la peau d'une per-
sonne blanche, ne put lui faire découvrir ni
la membrane muqueuse, ni le pigmentum
qui y est déposé. 11 ne trouva, entre le
derme blanc et la lame externe de l'épi-
derme, rien autre chose que cette lame in-
terne de l'épiderme dont nous avons déjà
fait mention; c'est, pour le remarauer en
passant, dans ce second épiderme qu il croit
reconnaître le siège de la couleur brune qui
se produit dans le teint Aqs blancs, par suite
d'une longue exposition à la chaleur du
soleil.
H. Flourens n'est pas le premier anato-
miste qui ait essayé sans succès de décou-
vrir le retemucosaméàus la peau des blancs.
11 y a longtemps que le docteur Gordon en
a paiement reconnu rim;iOssibilité , après
avoir essayé de tous les moyens ordinaires.
d > rUrugiiaj. Leur teint éuii aussi foncé que celai
de beaucoup de nègres, ei le nom de peams roufn,
que Fon donne assez généralement à toutes les tri-
1ms américaines, n*aurait pu assurément leur con-
venir. Don Félix d*Azara a fait hi même remarnne
sur la peau des Indiens de cette même triha. Les
Charmas éUieot des hommes très-féroces, d'un ca-
ractère Ucitume et sombre, et qui, lûen différents
on cela de leurs Yoî^^ins les Guaranis, paraiç&iieut
i. capables (!e tecevoir aucune civilisation.
lOM
VU
DICTIONNAIRE
PEà
m
M. Flourens, avons^nous dit) établit dans
le mémoire dont nous venons de citer des
extraits, que l'altération qui se produit dans
les peaux blanches par 1 action du soleil, a
son siège dans la lame interne de l'épi-
derme; dans un mémoire postérieur, il s at-
tache à démontrer cfue cette même membrane
est le siège de la couleur brune Une Ton
observe chez les femmes dans raréoie mam^»
maire (680J.
Sœmmerring a depuis longtemps annoncé
que réj)iderme, chez le nègre, est d'une
teinte plus brune et plus obscure que chez
l'Européen; mais cette assertion ne coïn-
cide pas avec l'opinion à laquelle M. Flou-
rens a été conduit par ses observations. Ce
dernier, en effet, considère l'altération de
couleur qui se produit, sous l'influence de
diverses causes « dans la peau des blancs,
comme étant, par sa nature, totalement diffé*
rente de celle qui est naturelle à la peau du
nègre, et comme ayant son sié.^e dans un
tout autre tissu. La première altération, se*
Ion lui, dépend simplement d'une teinte
accidentelle de l'épioerme, tandis que la
couleur du nègre est donnée par une mem*
brane particulière qui ne se trouve point
chez les races blanches. M. Flourens établit
ainsi une ligne de séparation très-distincte
entre ces deux divisions du genre humain.
Il considère la diversité en question comme
constituant une véritable distinction spéci*
fique, ou, en d'autres mots, comme prouvant
que le nègre et TEuropéen appartiennent
à des espèces différentes. En effet, rexis*-
tence d'un tissu tout à fait particulier à une
race, d'un tissu dont on ne {>cut trouver
aucune tcace dans les races voisines, cons-
titue une différence beaucoup plus grande
que celle que l'on trouve souvent en com-
parant les espèces qui sont placées les unes
auprès des autres dans les séries zoologie-
ques.
Cependant une foule de faits consignés
depuis longtemps dans les ouvrages de mé-
decine, et d'autres qui se présentent jour*
nellement à l'observation , seraient, pour
ainsi dire, inexplicables, si l'on admettait la
supposition de M. Flourens. Par exemple ,
on sait ({u'il y a diverses affections géné-
rales qui, chez les Européens, donnent à la
peau une teinte très-foncée; chez beaucoup
de femmes, une teinte brune parait autour
(680) Recherches anatomiquei sur les structures
comparées de la membrane cutanée et de la membrane
Y/iti^u^us^, par M. 'Flourens. (Annales des sciences
naturelles^ ii* série, Zoologie^ t. IX, p. 230. )
(681) Ramare, dans un article cité par Blumen-
baeb, fait mention d'une paysanne française dont
Tabdomen devenait complètement noir pendant cha-
que grossesse; et Camper parle d'une femme de haut
rang qui avait naturellement la peau blanche et un
très-beau tehit, mais qui, chaque fois qu'elle deve-
nait enceinte, commençait immédiatement à brunir,
f Vers la fin de sa grossesse , ajouie-t^l, elle deve-
nait une véritable négresse. » Après raccouchement,
la couleur noire s'eimçait graduellemeut.
Le docteur C. Strack ( Observationes médicinales
de febribus tntermitteniibus ; Ticini, 1791, in-S**) fait
mention d*uu homme qui devint aussi noir qu'un
des mamelles « et s*étend oonsidérablemetil
nendantle temps de la grossesse, puis, après
j accouchement, s'efface presque complète-
ment. L'altération de couleur qui se produit
dans cette circonstance, varie noD-sealement
q|uant au degré d'intensité de la teinte^ el à
1 espace qu'elle occupe, mais aussi quant
aux régions qui en sont le siège : chez cer-
taines femmes , c est Tabdomeo seiûement
qui présente cette coloration ; chez d autres,
c est le corps tout entier. Ces faits, qui ne
sont pas raresi suiliseut pour prouver qu'in-
dépendamment de rinfluence de la chaleur
solaire, 11 peut survenir dans la constitution
tel changement qui donne à la peau une
couleur noire, semblable à celle qui est oê-
turelle à la race africaine (681).
La substance colorante du derme est daîl^
leurs susceptible d'être résorbée, et de dis-
paraître ainsi , même des peaux où elle se
trouve naturellement. On a vu assez fré-
quemment, et datis différents pays, des nè-
gres perdre leur couleur noire et devenir
aussi blancs que des Européens (683).
Ces cas de développement accidentel, dans
la peau des blancs, d'une substance quiU
colore eç noir, et ceux de disparition, dans
la peau de certains noirs, du pigment coloré
qui y est naturel, sont, je le répète, des faits
çiui paraissent inexplicables, si on admet les
idées de M. Flourens, sur la composition de
la peau dans les différentes races. Or, les
faits étant constants , on est naturellement
reporté vers Tautre alternative qui parait
s'être présentée à l'habile anatomiste lui-
même, savoir, que la méthode d'investiga-
tion employée par lui (les procédés ordinaires
de la macération et l'examen à l'œil nn\
n'était pas suffisante pour nous faire péné-
trer dans la structure intime de la pc^u.
Les recherches microscopiques, en effet,
nous offraient le seul mode d'investigation
qui pût lever tous nos doutes à cet égard, et
nous révéler la structure intime des organes
té^umentaires. Ces recherches ont été entre-
prises et poursuivies avec succès par plu-
sieurs anatomistes allemands, parmi lesquels
nous citerons comme les plus distingués,
Heb'le, Purkinje et Schwann. Il résulte de
l'ensemble' des travaux de ces savants que
la peau n'est point composée de membranes
continues^ mais qu'elle est de structure cel-
lulaire, c'est-à-dire formée de nombreosa
Dégre à la suite d'une fièvre. Blomenbach dit a«*d
possède un morceau de la peau de Tabdomeo tn
mendiant, laquelle est aussi noire que celle d'us
africain. Haller, Ludwig et Albinus ont générale-
ment cité des faits de ce genre. — F. aussi P. Raii«<
Traité théorique et pratique des maladies de lapea:
Paris, 4855, t. III, p. 553, et pi. un.
(682) Un exemple de ce genre est consigné da»
le LVIP volume des Transactions philosophie
Klinkoscb cite le cas d^in nègre qui, de noirrdeniii
jaune, et Caldani nous apprend qu*on nègre qu
exerçait à Venise l'élal de cordonnier, a qui e*^
noir lorsqu^on l'amcîîa encore enfant dans ci-ae
ville, devint en grandissant'dé moins en moins foit^^'
et finit par avoir le teint d*uoe persounc sft^^
' d'une légère jaunisse.
m)
PE\
B^ANTHROPOtOGIE.
VEA
IMS
coQches superposées de cellules, de sorte
que ces diferses parties ne sont point aussi
nedement séparées les unes des autres qu'on
I arait juscpi*iâ supposé.
. Les aoatomîstes désignent sous le nom de
cy/oÙoi/ef , ces cellules qui offrent dans leur
arrangement des dispositions très-remarqua*
hle«, et dont Tensemble constitue en totalité
Teaveloppe tégnmen taire . Cette enveloppe
Q*est pas propre exclusivement aux surfaces
ultérieures ou corps; elle se continue aussi
sur les memA)ranes muqueuses et dans les
conduits excréteurs; elle revêt la surface lisse
r-l polie des membranes séreuses, les cavités
du c<Bur et l'intérieur des vaisseaux sanguins,
jusque dans leurs dernières ramifications.
Les cellules ou cytol)lastes contiennent un
norau solide, de forme ronde ou ovale et
marqué par un on deux granules ponctués.
1^ structure de ces noyaux est constante,
ruais celle des cellules transparentes qui les
enveloppent est variable, et de cette variété
résultent les différences qui s*observent
C'utre les épit hélium ou tuniques membra-
tieuses externes des diverses surfaces.
Selon Henle, on peut distinguer trois sor-
tes d'épithélium. Dans Tune, les cellules*
U)Dt en contact immédiat avec le noyau qui
es remplit, et sont disposées en couche con->
iniie. Comme cette disposition rappelle celle
i^*'' pierres dans les pavés de nos rues, Hetilc
désigne Tespècc d'épithélium qui la présente
»ous le nom d'épithélium en pavé {pflasier-
*pUheiium). Cette espèce est celle qui recou-
rre le derme et la plupart des mea\branes
éreuses, y compris la conjonctive qui s'étend
»ur le globe de Vœil.
Des cellules de forme conique , disposées
le différentes manières, composent les deux
I litres espèces d'énithélium (Tépithélium
ylindriforme et lépithélium cilié), qui
ouvrent différentes surfaces iotemes du
•orps.
Daus répitbéUum ai pavé, qui forme Ten-
eloppc superficielle de la peau , on voit les
i^Iiiîles rangées par couches superposées
^lacées au-dessus clu derme, et présentant des
>rïaes un [>eu différentes, selon qu*e11es sont
•lus ou moins extérieures, et par suite plus
u moins exposées aux compressions. Dans
is couches supérieures , les noyaux et les
pilules s'aplatissent progressivement et
dissent par ressembler à des écailles. Le
>atour iits cellules, de rond qu'il était dans
>s couches profondes , passe par suite de la
ression à la forme polygonale dans les cou-
les moyennes ; dans les couches externes
3 I*épiderme, les noyaux sont à peine visi-
les 9 et les lamelles ou écailles sont telle-
ent confondues, que ce n'est ou'au moyen
^s plus forts grossissements qu on peutdis-
Q^uer Ia véritable structure de ces parties,
encore y parviendrait-on difficilement, si
>n D*avait pu suivre les changements gra-
jels da forme des cytoblastes.
On Toît , d'après cela , que l'on ne peut
(682*) UcLixm, Arckh. fur die Pkysioiogu, i8i0,
pC S, 180.
(683) Page ISI , Ceber die Sirmeîur der Warztn
DICTION!!. c'A?ITHBOPOLOGIE
phu se représenter l'appaivi J té^mentaire
comme composé d'un nombre déterminé de
membranes continues, indépendantes des
tissus avec lesquels elles sont en contiguïté,
et ayant chacune une or^nisation distincte ;
cette idée rejposait évidemment sur des
observations incomplètes et des déductions
erronées.
Henle a porté aussi son investigation
sur ce qu'il nomme les membranes pigmen-
taires , c'est-à-dire sur ces parties d'appa-
rence membraneuse qui donnent la couleur
à différentes surfaces ; il a trouvé qu'elkis
offraient aussi une structure cellulaire, mais
qu'elles ne constituaient point de véritables
membranes. La couche pigmentafre de la
tunique choroïde de Tœil est composé de
celliues polygonales, offrant chacune à leur
centre un noyau incolore et ayant l'espace
environnant rempli en partie de granules
du pigment coloré. Le même anatomiste a
lait aussi des observations sur la peau du
nègre , et il a découvert , outre les cellules
dont nous venons de parler, d'autres cellules
renfermant le pigment noir qui communi-
Sue sa teinte foncée à la peau de l'Africain :
les a trouvées agglomérées surtout sur les
parties saillantes du reie Malpighii qui cor-
respondent aux rides ou aux petites éminen-
ces de la surface du derme. Ces cellules
qui ressemblent, pour la forme , à celles du
pigment de Tceil , représentent quelquefois
une sorte de prisme à six pans ; mais le
plus communément leur forme est celle
d'un polyèdre irrégulier arrondi sur les
angles. Selon les mesures prises par Henle,
leur longueur serait de 0,0039 à 0,0062 do
ligne, et leur largeur d'environ 0,005 (682).
Postérieurement aux recherches de Henle,
le docteur G. Simon , de Berlin, en a entre-
pris de nouvelles dans le but de déterminer
si les diversités de couleur qui s'observent
dans la peau des Européens (tant celles qui
ne sont autre chose que des variétés natu-
relles du teint dans l'état de sauté, que
d'autres oui se produisent dans certains états
maladifs), dépendent de la présence de
semblables cellules remplies de pigment,
ou proviennent de Quelque autre cause (663^).
Parmi les variétés normales ou naturelles
Ïui s'observent \ cet é^rd dans la peau des
uropéens, il faut distinguer surtout la
coloration de l'aréole mammaire. Le docteur
Simon dit qu'il a souvent examiné l'aréole
sur des cadavres dont la peau était elle-
même assez fortement colorée et d'une teinte
brune bien décidée. En examinant de min-
ces lames séparées au moyen d*lncisions
perpendiculaires , il a vu que la couleur
brune était causée par la présence de cellu-
les remplies de pigmentum. Elles sont pla-
cées dans le reîe Malpighii, et on les trouve
en grand nombre dans les espaces compris
entre les papilles tactiles [den Genfuhhttarz-
chen). Lorsqu'il isolait les cellules en déta-
chant un fragment de cette partie de la peau.
und ueber PigmaU'bildnMg im dU Html , lûn D. G.
Simon. (Mlller, Archiv., 1840, 189.)
35
If05
rac
DICTïONNAinB
PEC
1104
souche d'une race dont les individus auraient
la môme nature de téguments. Or, si cela arri-
vait et qpi'on oubliât l'origine accidentelle de
de cette race, il est assez probable qu'on en
viendrait à la considérer comme constituant
dans le çenre humain une espèce distincte. »
Que la couleur de la peau ne constitue
point chez l'homme un caractère perma-
nent, c'est ce qui est suffisamment prouvé
Î)ar les faits nombreux que nous présente
'histoire physi(jue de certaines races, sans
qu'il soit besoin de recourir aux phéno-
mènes que l'on observe chez les animaux,
et qui sont complètement analogues aux
premiers, tant par leur origine que par la
lîianière dont ils se propagent ensuite dans
toute une lignée. Ces phénomènes sont en
nombre infini, et parmi tous les vertébrés à
sang chaud, il est à peine une espèce qui
ne soit sujette à ce genre de variation. Lo
lecteur trouvera à l'article Ghevecx humains
des exemples de cette variation de couleur,
de changement du blanc au noir et du noir
au blanc, ou de l'apparition accidentelle des
deux couleurs réunies dans un individu
dont le père et la mère ne présentaient point
celle particularité : ces exemples sont si
multipliés et si authentiques, qu'ils ne lais-
sent aucun doute sur la lé^timité de la con-
clusion que nous en devrons tirer dans la
grande question de l'unité ou de la diversité
de l'espèce humaine.
Les teintes diverses de la peau humaine
auraient besoin d'un instrument spécial
dans le genre de celui qu'imagina M. de
Huraboldt pour mesurer l'intensité de l'azur
du ciel. Il commencerait par la gamme chro-
matique du carmin descendant vers le fauve,
et aurait une seconde partie graduant les
nuances du fauver au noir en passant par les
variantes du rouge et du jaune. Pour cette
seconde division, le café, dans ses divers
états, fournit un chronomètre grossiei*, mais
commode, parce que tout le monde connaît
avec précision ses nuances.
Le café cru et fauve est le point de par-
tage des races humaines ; cru et un peu vert,
il représente le teint des Giièbres, de quel-
ques Indiens du Nord et des Malais ; un peu
roussi, il a le bistre d'autres Indous, des
Mongols et des Egyptiens septentrionaux;
charbonné très-clair est le teint des Abvs-
sins, encre pâle ou pomme de fenouillet,
comme dit Bruce; cnarbonné brun, celui
des Malabares et Ceylanais ; plusieurs races
nègres ne sont pas plus foncées. Quelques
tribus nubiennes descendent encore plus
bas dans l'échelle, puisqu'elles sont aussi
noires que les Yolofs.
LÉCHERAIS ou ICHTUYOPHAGES DE LA
TERRE DE FEC — Lcs Péclicrais que M. d'Or-
bigny comprend dans son rameau Arauca-
uien, ont été désignés sous ce nom, pour la
première fois, par Bougainville. Le nom
ayant été adopté généralement, nous le con-
serverons, et il nous semble préférable à
celui de Fuégien dont le son est déplAisant.
L'alBnité'des Pécherais et des Araucatios
est jusqu'à présent, il faut le reconnaître,
fmreraent conjecturale; la supposition est
ondée sur la proximité géo^aphique elli
rcs.^erbblance mutuelle des Jeux nations.
Les Pécherais habitent toutes les côtes de
la terre de Feu et des deux rives du détroit
de Ma,^ellan ; depuis l'île Elizabeth et le pofl
Famine, vers Test, jusqu'à cette multitude
dlles qui couvrent toutes les parties occi-
dentales au nord et au sud du détroit; ils
sont séparés des Patagons par la mer cl
par la chaîne de montagnes gui réunit la pé-
ninsule deBrunswich au continent. C'est tou-
jours entre ces limites que les navigateurs ont
aperçu les hommes qu'ils ont décrits comuie
des Patagons de petite taille. Les Pécherais
peuvent donc communiquer, d'im côté, avec
les Patagons, à l'est du port Famine; de l'au-
tre, avec les Araucanos de l'archij.el de
Chonos, sur la côte occidentale de l'Amé-
rique; c'est sans doute par le moyen dç ces
communications qu'ils ont appris les mots
espagnols que le capitaine Weddel leur a
entendu prononcer. Leur genre de vie, et
les glaces qui couvrent tout l'intérieur du
fays montueux qu'ils habitent^ tes forceut
se tenir exclusivement sur les côtes.
Leur couleur olivâtre ou basanée, est
plus pâle que celle des Péruviens et de leurs
voisins les Araucanos,
Leur corps manque d'élégance, ce qui est
au reste le cas pour presque tous les Amé-
ricains; ils ont les formes massives, et sont
néanmoins assez bien bâtis. La diversité
des opinions émises à leur é-^ard par les
voyageurs Brak, Narborough, Degennes,
Cook et Weddel , qui les ont vus robustes
et ayant des membres bien fournis, tandis
que d'autres, comme Duclos-Guyot et Bou-
gainville, au contraire, les représentent mai-
Sres et décharnés, tient probablement à la
ifférence des saisons dans lesquelles on les
aura observés, les saisons devant avoir une
grande influence sur le plus ou moins d a-
bondancede leur nourriture. Leur démarche
chancelante tient sans doute à la forme
arquée de leui'S jambes, forme déterminée
par la manière dont ils s'asseyent è terre,
les jambes croisées à la manière des Orien-
taux : celte coutume a naturcllcroenl aussi
pour résultat de tourner les pieds en dedans.
Les femmes paraissent avoir la même cou-
formation extérieure que les hommes, et
l'on chercherait vainement en elles les pro-
portions consacrées par l'art européen.
Leurs traits annoncent des rapports anc
les Araucanos dont ils sont voisins^ leur
tète est assez grosse, leur visage arrondi;
ils ont le nez court et un peu élargi,. les na-
rines ouvertes, les yeux petits, noirs et bo-
rizontaiix; la bouche grande à grosses li-
vres , les dents blanches bien rangées, les
oreilles petites et les pommettes peu sail*
lantes. Ils paraissent n'avoir que très-peu
de barbe et l'arrachent ainsi que les sour^
cils. Leurs cheveux» semblables à ceux de
tous les Américains, sont noirs, longs et
plats. Avec cet ensemble de traits on se
remarque jamais chez eux cet air féroce qui
caractérise quelques nations de chasseurs ;
ims
PEC
D anthropologie;
PEC
iror
ils cnt au contraire le sourire doui, plein
de naïTelé ; leur caractère répond , ô.v. reste,
parfaitement à leur eitérieur; naturelle-
ment obligeants ; aucun navigateur ne b^en
est plaint lusqu ici , et beaucoup même ont
eu à s*en louer.
Essentiellement ambulants et yagabonds,
leurs conditions d'exiiti.'ncc ne leur per-
mettent pas de se former en mandes socié-
tés. Ne Tivant que de chasse et de pé^^he,
ils Toot touijours en petit nombre d'un Heu
à un autre , changeant de séjour dès qu'ils
ont épuisé les animaux et surtout les co-
quillages des cdtes. Comme ils habitent une
terre morcelée en une multitude d'tles , ils
sont devenus navigateurs, différant com-
plètement en cela des nations qui les avoi-
sinent, car les Patagons B*ont jamais eu la
pensée de se construire un radeau pour
passer une rivière. Les Pécherais parcou-
rent donc incessamment toutes les plages
de la terre de Fea et des contrées situées à
Touest du détroit» réunis par troupes de
deux ou trois familles, et quelquefois moins.
Ils savent se construire, en écorce d'arbres
qu'ils cousent' avec des nerfs d'animaux,
des barques auxquelles ils donnent jusqu'à
douze ou quinze pieds de long, sur trois de
large ; ils soutiennent le dedans par des
branches,^ bouchent les joints avec du jonc,
et enduisent le dehors de résine ; et ils font
tout cela tans autres outils que des coquil-
les ou des morceaux de silex. Leurs cabanes
^ont coniaues, construites en branchages
Gxés circulairement en terre etréunis h leur
sommet : souvent établies à quelques pieds
.srous terre, elles sont recouvertes d'argile
ou de peaux de loup marin « et vers leur
centre, s'allume un feu dont la fumée ne
{»eut sortir que par une seule ouverture
basse, qui leur sert de porte. Un beau ma-
tin , la cabane est abandonnée ,. et l'on voit
hommes, femmes, enfants, avec nombre de
chiens, s*émbarquer dans une frêle nacelle,
telle que celle que nous venons de décrire.
Les femmes rament; les hommes restent
taactiXs , toujours prêts néanmoins à percer
te poisson qu'ils aperçoivent d'un dard armé
l*une pierre aiguë à son extrémité. Ils arri-
rent ainsi à une autre tle : de suite les feni-
ues s'occupent de mettre la pirogue en sû-
^té et d'aller à la pèche des coquillages,
andis que les hommes vont chasser, se ser-
rant tour .à tour de la fronde et de lare
irec des flèches armées d'un morceau de
ilex. Ils construisent ensuite une nouvelle
-abane et j séjournent quelque temps; mais
lès que la chasse et la pèche deviennent
uoins abondantes, ik se rembarquent et
^ont s'étabtir ailleurs. Chaque famille est
insi constamment exposée aux dangers de
a mer, aux intempéries d'une région pres^
[ue toujours glac^, et cela, pour ainsi dire,
ans Yéiements^ un morceau de peau de
r>up marin vient à peine couvrir les épaules
le l'homme, tandis que la femme n'a qu'un
>eiit tablier de même nature, ou, en hiver,
es morceaux de peaux de guanacos. Au
Lin de cette indigence, il règne parmi les
Pécherais, quelque extraordinaire que la
chose puisse paraître, une sorte de reCâjerche
et de coquetterie : ils se chargent le cou,
les bras, les jambes de colifichets ou de co-
quilles; ils se peignent le corps, et plus
souvent la figure, de divers dessins blancs,
noirs et rouges, usaze qui est aussi commun
aux Pala^ODS. Les hommes s'ornent quel-
quefois la tète d'un bonnet de plumes. Tous
Sortent des espèces de bottines laites de peau
e loup marin.
Comme tous les peuples chasseurs, ils
ont entre eux des querelles, de petites
guerres qui durent peu, mais paraissent se
renouveler souvent.
La rieueur du climat et la stérilité du pays
les condamnent à une vie misérable ; ils se
nourrissent principalement de coqnillages
cuits ou crus, de poissons, d*oiseaux, de
loups marins dont ils mangent la graisse
crue, partageant leur nourriture avec leurs
chiens qui les accompagnent en tous lieux.
Les saisons n'ont aucune influence sur leur
manière de vivre, et pendant l'époque la
fdus rigoureuse de l'hiver, ils poursuivent
eurs occupations en plein air au lieu de
passer ce temps sous terre, comme les habi-
tants du pôle nord. Chez eux, comme chez
d'autres nations sauvages, la femme que la
civilisation dispense de travaux pénibles ,
est astreinte aux occupations les plus fati-
gantes : ce n'est pas assez qu'elle ait à
remplir les charges naturelles à son sexe, et
ses devoirs de mère, il faut qu'elle rame,
qu'elle pèche,. qu'elle construise les cabanes,,
et que, même par le froid le plus rigoureux,
elle plonse dans la mer pour aller chercher
les coquillages attachés aux rochers. Les
femmes des Pécherais sont peut-être, de
toutes les femmes sauvages de l'Amérique ,
celles dont le sort est le plus dur.
La religion des Pé<;herais , d'après le peu
qu'en ont pu dire les navigateurs, serait, au
fond , celle des Patagons ; ils croiraient de
même à une autre vie, et marqueraient Fins-
tan t de la mort par un deuil et par des cé-
rémonies superstitieuses.
Malades, ils ont, comme les Patagons,
comme les Araucanos, des jongleries prati-
quées |iar une femme : pression de ventre ,
succion des diverses parties du corps, pa-
roles magiaues adressées à un être invisi-
ble.... Seulement le médecin-prêtre a les
cheveux poudrés, et la tête ornée de deux plu-
mes blanches, ce qu'on ne voit pas chez les
Patagons.
Bien qu'on ait voulu les rapporter à la
race d'hommes noirs qui habitent la terre
de Diemen, les Fuégiens n'ont aucun dos
traits caractéristiques de la race du grand
Océan; ils appartiennent bien certainement
à la race américaine. Leur langage se rap-
proche, pour les sons, de celui des Patagons
et des Puelches , et de celui des Araucanos
pour les formes. Leurs armes, leur religion,
les peintures de leur visage , sont aussi
celles des trois nations voisines; mais ils
s'en distin^ent par l'idiome. Leurs carac*
tères physiques semblent en tout les ralta-
flOT
TEL
DICTIONISAIRE
PEL
llflS
cher au rameau des Aucas ou Araucanos du
Chili.
PÉLAGIENS. — On a désigné sous ce
nom la race malayo-polynésienne, les nè-
gres pélagiens et les Alforas ou ARburous.
La région du globe qui s'étend à Test de
l'Afrique, et que l'on supposait autrefois oc-
cupés par une grande terre australe, n'offre
m réalité qu'un vaste océan semé de grou-
pes d'Iles plus ou moins étendues , plus ou
moins élevées, groupes séparés par d'im-
menses distances et paraissant complète-
ment isolés les uns des autres. Les races
qui habitent ces archipels constituent dans
leur ensemble une grande famille dont les
diverses branches sont liées entre elles par
des rapports plus étroits, et en même temps
répanaues sur une plus grande surface de
pays qu'aucune des familles qui, en Asie et
en Afrique , occupent des pays dont la con-
tinuité n'est point interrompue. Cette région
insulaire a ses parties habitables comprises
principalement entre les tropiques, mais
s'étendant toutefois, en quelques points, as-
sez avant dans la zone tempérée, £n longi-
tude, elle a encore plus d'étendue ; car , de
Tune de ses extrémités à l'autre, de Mada-
gascar à nie de Pâques , elle se prolonge
presque sur une moitié de la région éoua-
toriale du globe. Malte-Brun (680) considère
l'ensemble de ces terres comme constituant
une cinquième partie du monde qu'il dési-
gne sous le nom d'Océanie. Les lies qui en
font partie peuvent être divisées en îles bas-
ses et îles nautes. Parmi ces dernières, il en
est beaucoup de volcaniques, et, quoique
dans les autres, la présence de montagnes
brûlantes n^ait pas été constatée, ce que
nous en connaissons déjà suflit, comme le
remarque Malte-Brun, pour montrer que 1*0-
céanie renferme un plus grand nombre de
volcans qu'aucune des quatre autres parties
du monde. Partout elle nous ofiVe, dans ses
lies hautes, des roches volcaniques, des cra-
tères dont les uns sont brûlants, d'autres jet-
tent seulement de la fumée, et quelques-uns
enfin sont à l'état de volcans éteints. Quant
aux lies basses, elles sont d'une nature toute
différente; elles reposent sur des bancs de
coraux, disposés généralement en forme
circulaire et renfermant un bassin intérieur.
Il n'y a point de rézion dans le monde
qui offre une plus grande variété de condi-
tions locales, et aucune qui puisse présen-
ter un meilleur champ d'observation aux
personnes curieuses d'étudier l'influence des
circonstances physiques sur l'organisation
des corps animés, et surtout sur celle de
l'espèce humaine.
'ï Les habitants de l'Océanie, dit Prichard,
se partagent en trois groupes, dont l'un peut,
(686) Géographie universelle; Paris, 1841, t. YI,
p. 401.
(687) Hiitaire de Carehipel Indien , par Craw-
FORD.
(688) Voy, le grand ouvrage de W. vom Huhboldt
OUI a pour titre Ueber die Kawi Sprache auf der
tnsel Java^ ouvrage qui forme trois volumes du
Heciiet( det mémoirei de V Académie des sciences de
à juste litre , être désigné sous le nom de
famille, puisque la parenté ou coromunauii
d'origine des diverses poputations qui en
font partie est prouvée par Taflinitédes Ift».
gués. Los deux autres groupes conslitoent
aussi probablement chacun une race, puis-
qu'il semble au*on peut établir leurs rap-
ports d'un arcnipel è Tautre ; mais ?ur co
point on n'est pas encore arrivé à utie cer-
titude complète.
« La première des trois races que j'admets
provisoirement est celle que les différcms
écrivains ont nommée , tantôt race malaise,
tantôt race polynésienne, race océanique. A
la vérité l'identité ou l'étroite afDnité des
Malais et des Polynésiens, proprement dits,
a été mise en doute, et même tout k fait
niée par des auteurs dont l'opinion est d'un
grand poids (687); mais elle a été, depuis
peu, établie d'une manière oompléteroent
satisfaisante par les recherches de M. Gnil-
laume de Hum}>oldt (688). Je désigneiti ks
hommes compris dans ce groupe sous le
nom collectif de race malayo-polynésieDÔc,
ou, pour abréger, sous le nom do race ma-
laise.
t Le second groupe nous offre des hom-
mes plus noirs de peau« à cheveux crépus,
et ressemblant plus ou moins aux nègres
africains : on les trouve dans beaucoup (ïl-
les, mais ils ne sont pas disséminés sur on
aussi grand espace que ceux qui appartien-
nent à la race malaise; je les nommerai nè-
gres pélagiens. On les a appelés souvent Pa-
pous, mais cette désignation n'api^rtient
véritablement qu'è une race croisée, qui
descond d'une port des nègres pélagiens, cl
do Tautre d*une race a cheveux plats.
MM. Quoy et Tiaimard , ainsi que d'autres
auteurs français, désignent, seus le nom de
Papous hybrides, ces peuples de races croi-
sées.
n Le troisième groupe se compose de tribus
qui diffôrentdes deux premières par les caraC'
tères physiques. Ce sont les Alfouroux, Alfo-
ras, Haraforas de différents voy ageurs, sauna-
ges au teint noirâtre, aux cheveux plats, à la
tète prognathe. Les naturels de 1 Australie
appartiennent à ce groupe. Je les désigne-
rai colleclivemeiit sous le nom d'AMbras,
« Sous le nom de races pélagiennes, je
comprends l'ensemble des nations qui hsb]-
lent l'Océanie (689). n
1* La souche malaise peut être diviscfe m
trois branches : la première est la Uranrhr
indo-malaise, qui comprend, outre les Ma-
lais proprement dits (c'est-è-^dire les peuple^
(io la presqu'île deMalacca), les insulaires àf
l'archipel indien, tels que les habitants (î<*
Sumatra , de Java , des Célèbes , des Molu-
ques et des Philippines. Ces in^sulaires, eo
Berlin^ années 1852 et siiiv.
(G89) € Je rae sors de l'expression raee$ pétegi^Maf*
de préfcrenee à celle» de races océaniques^ mt» r^
lynésiennes , parce que ces deux dernières ont ctf
appliquées par plusieurs écrivains comnie ^ésiç^y
tion particulière pour l'un des trois groupes (M »
est ici question, i
tio»
KL
VAKÏVBOPWLMaL
tiir
effet, sous le rapport de le lenrae et des ca-
ractères physiques, ressembfeni aux rrais
UàiÊis beaneoop plus que les uaturels de >a
PolTnésîa. Les habilants des lies Carolines
ddes fies des Larrons,. qui paraissent être
altiÀ de très-près k leurs roisins les naturels
des Philippines » doivent peut-être encore
être rattachés k la branche indo-malaise.
S* La seconde branche , la branche poly-
nésienne^ se compose des habitants des Ues
des Amis (Tonga-Taboro, etc.), des Nou-.
Teaux-Zâaiidais, des habitants des ttes de la
Soiété [O-Taiti, etc.); dit ceux des fies
Sandwich (Hawaii^^etc..); ces quatre princi-
paux groupes de la famille polynésienne sont
établis diaprés les indications qu*a fournies
l'élude de leurs laneues.
^ te troisième bcanche^ est formée des
Madécasses ou habitants de Madagascar.
Blomeobach a réuni dans une seule classe
t0u:ei les nations ^U^uaes, et dans son
sTstème elles eoiistituent une des cinq ys-.
nélé« qu'il établit paami l'espèce humaine.
Hais à I époque où Blumenhach lai^ait sa
classification» la ligne bien tranchée qui sé-^
l^re des Malais, les nègres pélagiens et les
sa^es australiennes, était k peine entrevue ;
autrement il n*aui:ait pas lait de< toutes ces
nations un seul groupe, et il ne les aurait
Pintcoo.prises sous une même description,
n'aurait pas non plus , comme il Ta lait ,
assigné à sa variété malaise une place inter^
médiaire entre la variété caucasienne et Té^
Viiopiqne. A la vérité les Australiens ont,.
a«nsi quo certaines peu|^ades des archipels
voisins, quelques caractères qui les rappro-
chent des races nègres africaines, de sorte
qu'ils pourraient être rangés, ou dans la
même classe, ou au. moins dans une classe
voisine; mais les Malais proprement dits
n oui aucun trait qui leur soit commun avec
les nègres, et ils ne se rapprochent non plus,
aaranemeni dece que nous avons appeléle
t/pe éthiopien. Les nations polvnésienne»
a*oDt elles-mêmes noUe ressemblance réelle
avec les. caces nègres pour la Corme de la,
tète. SidcMic (m. veut conserver la classifica-
tion de Blumenhach, il but exclure les Ma-
lais, ainsi que toutes les nations qui leur
sont alliées, de sa quatrième variété de Tes-
pèce humaine, laquelle ne se composerait
plus ainsi que de deux gcoupes : les nègres
péla^ens et les Alforas. Ces nations, quoi-^
c|aa ne formant, k parler strictement, qu'une
seule race, ne pr^entent pas toutes le même
(rpe physique. On peut oemaïquer d'aiU
leurs, que dans ces derniers temps, beau-
coup de voyageurs ont été tellement frappés
de la différeace cpii existe k cet égard entre
les naturels de race malaise de rarchipel
indien et les nations polynésiennes les plus
éloignées, qu'ils n*out pas hésité k assigne!
aux deux groupes une origine distincte.^
Quelque grandes, cependant, que soient
les differaices physiques qui existent entre
ees nations, il faut reconnaître oue les re-
cberebes dont leur histoire a été robjet, de-
puis quelques années, établissent d'une ma-
nière incontestable la pcauve que tous ces
rameaux sont issus d'un tronc commun ; de
sorte que les diversités qu'ils nous présen-
tent quand nous les comparons entre eux
ne peuvent être considérées que comme le»
résultats de ces changements spontanés qui
se produisent dans des tribus d'origine
commune, par suite d'un séjour prolongé^
dans des climats très-différents |;ar l'action
longtemps continuée des circonstances lo^
cales. — Vojf. MALATO-Pou9ÉsiBir , Nèeacs-.
PiVAQIBHS» AuroGAOu.
P£KCHANTS. Vof. AFrecnoifs mqwlalws.
PENSfiB» sou analyse. Voy. Lahgagb.
PERCEPTION. Foy^ Ekcéthalb.
PERMANENCE DES TYPES. — La mobi-.
Uté virtuelle» signalée par 4es laits rares et
difficiles k interpréter, lavorisa l'apathie
de savants qui ne voulaient pas remonter,
aux causes premières,^ ou leur ototination
k juger, du passé par le présent. Yoilk corn-,
ment Desmoulins, et l'école dout il se fit le
disciple, ont soutenu l'immobilité des types
humains et Ja permanence des races. La
3 gestion serait tacite k résoudre et k tran-
ler par la négative, si elle était réuuite
aux limites étroites qu'on lui assignfit et.
que voici :
On ne voit pas les blancs noircir dans les.
Bfs chauds, les noirs blanchir, en jpays
lids. Cne auti^ objection est posée aune,
foçon moins précise, la voici : les types, ac-.
tuellement visibles, existaient d^ dans les .
premiers temps historiées.
L'opinion dont ce Dictionnaire est le dé-
veloppement , l'émanation de toutes les ra-
ces numaines d'une seule famille primitive, .
BOUS permet déjk de si^aler le viceprin-.
cipal de ces deux <ri>jections :
1* Si les blancs et les noirs, subissent des.
changements, c'est dans une longue suite
de sénérations^ changements qoe la vie d'un
seul observateur ne peut suffire k constater.
2* La plupart des types d'aujourd'hui ont
pu exister dès les premiers temps histori-
ques; mais on n a pas prouvé que les types
actuels existassent tous dès ce temps-ià;.
encore moins que ces types n'eussent pas
varié auparavant, ou qu!ils n'aient pas varié
depuis en changeant de pays et de climat.
Tel est le sommMre que nous allons dé-
veloimer dans cet article.
Je laisse les statues mongoles du Pont-
Euxin décrites par Ammien Marcellin, les
bas-reliefs persépolitains et assyriens, les
figures de Palanqué ; tout cela est plus ré-
cent et moins complet que les tombes roya-
les de Thèbes.
J'avoue que les monuments égyptiens
sont k la fois les plus anciens, les mieux
conservés et les démonstrateurs les plus
explicites d'une grande variété de tyi*es
existant déjk dans la famille humaine. Ex-
cepté les Polynésiens, les Américains et les
Mongols, il y a de tout ce que nous connais^
sons aujourd'hui. Mais ces monuments
précisent, k plus forte raison, les tvpes.
égyptiens de Nubie, de Tbèbes , de Mem^
p£is, que la population actuelle de ces di^
verses régions reproduit avec la plus fidète^
Illl
FËft
D1€TI0N.'«A1R&
FER
m
^tactitude; laniiis aue sans cesse renou-
velée par les conquérants pasteurs, éthio-
piens, grecs, romains, arabes, turcs, elle
aurait dû varier et non pas rester identiaue.
Les observateurs ont évidemment négligé
les influences locales duxlioiat ou du croi-
sement.
Ce sont les mêmes gens qui repoussent,
par la différence des langues, l'assimilation
qu'on voudrait établir entre les Américains
et plusieurs nations asiatiaues dont ils re-
produisent les caractères physiques, les tra-
ditions et les monuments : si on leur répond
par la ressemblance des langues indiennes
et celtes, ils disent que les Celtes blancs ne
peuvent procéder des Indous basanés. Tou-
jours un à priori contestable pour appuyer
une assertion contestée. La distance géo-
graphique masque apparemment le cercle
vicieux. Mais voici la Perse orientale qui
renferme deux populations dont les annales
respectives sont bien connues : les Belout-
ehis sont, par les traditions, par les traits,
aussi bien que par les langues, des Ilates-
Persans : ils sont basanés comme les In-
dous de l'autre côté du Sind! Au nord du
Beloutchislan , le pays élevé, frais, nourrit
les troupeaux des Brahuis, parlant Pancha-
by et sortis du Penchab où la race est fort
brune. Les Brahuis sont olive comme les
Persans proprement dits ; mais moins que
d'autres Indous de THimalaya, du Cache-
mire, et du Kohistan; olive clair comme les
Afghans, lesquels se sont aussi maintenus
tels dans le Rohilcund, pays froid et monta*
gneux arrosé par les quatre affluents du
Gange oriental.
Selon Elphinstone, les Afghans de l'e^t
ont généralement la peau assez sombre,
tandis que ceux de l'ouest l'ont bien plus
clair. Fraser ajoute qu'il y a remarqué quel-
ques hommes à cheveux roux et à yeux
bleus. Les Afghans cumulent les grands
traits juifs, le nez aquilin, avec la face large
et les pommettes fortes que M. de Salles
nota chez les Samaritains, de Naplou^e.
Il y a loin de ce portrait à celui que nous
emprunterons bientôt è Desmoulins.
Les Arabes, que pciv;oune ne sépare de la
race caucasienne , sont dans l'Yémen aussi
foncés que dans les Malabares. De l'autre
côté de fa mer Rouge, beaucoup de nations
qui se disent arabes, ont le teint nègre et
la chevelure fort crépue. Nous avons vu
k l'article Croisbment que le mélanse
avec les nations Africaines ne donne pas le
dernier mot de ces apparences singulières.
D'autres arabes fort éloignés de la souillure
nègre, les tribus de la rive gauche du Jour-
dain , ont pris, dans un pays sec et brûlé, le
teint ferrugineux et surtout les traits Afri-
cain» è un plus haut degré que les Tibbous,
Scheggia et Routana.
Un peu plus loin, dans l'Asie, que sont
devenues tes Coiches. colonie indienne ou
égyptienne» et les Araméens noirs de l'Asie^
^690) DuTLOT DE MofRAS, voyageur et diplomate.
Mineure, poste avancé des Ethiopiens oriei».
taux? ils ont disparu eu blanchi.
Nous ne savons pas au juste combien il
faut de temps pour aévelopper et consolider
l'influence locale; mais on |>aralt croire le
temps un élément insignifiant quand on de-
mande si les colons d'Europe ont noirci suqs
les tropiques ou si les nègres sont devenus
blancs dans les pays tempérés ? A la Harane,
nous dit-on, à Goa, au Brésil, aux Philippi-
nes, les Espagno les ontconservé leurchaudt
f)Aleur. A Batavia, Calcutta « à la Jamaïque,
es Hollandaises, les Anglaises ont toujours
leurteiiit de lis et de rosos% leurs yeux ct'leî-
tes, leur luxuriante hevelure blonde! L'A-
sie offre une. colonie plus ancienne. Le Ro-
hilcund est peuplé d'Afghans transcorlcs au
xiii* siècle par le premier conqumnl Pa-
tane de l'Inde , et encore aujouni'hui les
Babillas sont blonds comme les Afghans aa
milieu des races Indoues. L'Afrique sep-
tentrionale possède les twariks d'AureSi
vus par Shaw, race blonde qui descend des
Aurasiens, décrits par Procope comme habi-
tants de la Cyrénaîque bien avant la con-
quête des Goths.
Depuis quatre siècles, il est vrai, les
Portugais et Espagnols sont établis dans les
deux Indes et en Afrique. Quelques échan-
tillons noirs ou basanés ont été inaiportés on
Europe. Existe-t-il une série d'obse^?atioD^
appliquées à une de ces familles nègres ou
basanées, pendant quelques siècles de âuite?
Non, les alliances et plus souvent latoort
sans postérité ont fait disparaître les indi-
vidus et la race. Les colons blancs, mieux
armés contre les périls do racclimatement,
ont fait famille de blancs, purs d'alliauce
native, il es^ vrai , mais incessamment it-
trempés par le sang de la métropole; aurait-
on fermé les yeux sur cette condition neu-
tralisant le climat?
Le préjugé a fait commettre de bien au-
tres négligences. Il y a parmi les colons
auelques exceptions notoires à l'habilwie
es alliances européennes. Trois ou qualrt»
(générations do créoles pur sang se sont écou-
ées, et celles-là manifestent déjà très-visi-
blement rinfluence du climat ; le teint tst
devenu olivâtre avec la sclérotique jaune;
les ieunes femmes, étiolées sous des voiles
et des abris, ont une peau blême sans incar-
nat I Les familles créoles, chez lesquelles il
se trouve par fois de bons observateurs, ont
f)Ositivcment démenti TassertioD relative i
a permanence du teint des nègres. Les nè-
gres nés en Amérique sont moins fomé?
que leurs pères. Cette seconde génération
ressent déjà visiblement les influences du
hâle et de l'étiolement selon qu'elle est nur
ou vêtue, selon qu'elle habite la ville ou la
campagne, les pays frais ou les climats ar-
dents (690).
L'histoire ou la géographie lointaine 5oni
traitées sans plus de façon. On remairque w
teint blanc et les cheveux châtains ofi
Kabvles aiirès comme si tons les autres àa*
liU
fE»
DANTHROroLMlE.
i>eA
ilU
bries iUient des nègres ; et Ton ne prouve
las que tous ces peuples blanchis par les
ombres de TAtlas ne sont pas descendus
des Phéniciens et Cbanaites, représentés
fort basanés dans les monuments éj^yptiena
et étrusques. On affirme rimmutabuité des
colons blancs sous les tropiques; et les voya-
geurs trouvent des Portugais noirs aux In-
des, des Juifs noirs à Cochin , basanés en
Abyssinie et en Cbine, blonds de filasse en
litissie.
L*hisioire romaine vante les chevelures
blondes gauloises» dont les matrones ro-
maines se faisaient des atours; et la France
méridionale, où les Celtes se sont conservé
ie moins mélangés, est remplie de teints
l runs.LesKimrys d^Aruiorique, eux-mêmes,
ont des cheveux noirs, quoiqu'ils aient gardé
l's yeux bleus! Les Allemands notent la
disparition graduelle des blonds clairs , qui
ue se retrouvent déjà plus qu*en pays Scan-
uaave. Le déboisement des (laules et de la
forêt hercynienne produit donc ses effets
^u^ des races jadis blanchies par les pays
froids de la mer Noire et de l'Asie.
Que serait-ce donc si le séjour dés villes
et les arts de la civilisation n'amollissaient
|as lâction des climats? Pour affirmer que
Les agents n'ont jamais eu que leur force
actuelle» et que l'humanité ne fut jamais
[iius impressionnable, il faudrait connaître
i;xaclement la physiologie de l'homme et
lies météores avant les premières lueurs-
lie l'histoire.
Li ciiilsatioii avec ses abris, ses vête-
ments, ses hygiènes, élude ou amoindrit
les elTets du climat qui sont profonds et
indubitables. Au commencement du monde
riiumanité fut certainement plus désarmée
^t peut-être plus impressionnable. Que sa-
rons-nous sur les iuUucnces telluriques ou
sidérales de ces temps reculés I Quelques
itomcs de carbone de plus dans lair don-
nèrent, selon M. Brongniart, un dévelop-
pement gigantesque aux fougères et aux
auriens. Quelque autre combinaison ne
)eut-e]le pas avoir charbonné la peau de la
majorité des hommes, comme Ovide fait
>rûler la peau des nègres, par la révolution
âdérale de Phaëton?
Lar^ment tiré de la délimitation pré-
coce des races on espèces naturelles , n em-
pruntait pas une grande valeur à l'antiquité
rabuleuse attribuée aux monuments Egyp-
iens. Des milliers d'années avaient précédé
-es monuments qui, après tout, ne remon-
taient ni au déluge ni à la création , ni même
m commencement de la civilisation Cgyp^
liennel Cette période, réduite selon les
ionuées de la critique moderne, est encore
>uûiiante pour encadrer des changements
«ombreux et profonds.
Les voyages éclairés et contrôlés par
I histoire nous ont appris qu'il en est ûes
(^91) I 11 s'en forme chaque Jnuraubord dcTétang
w HiTic, du M. de Salle». J'en ai trouvé sur la côte
►fnennc, prés de Césarëe. » Cuvîer (Owern. foss,)
')<^ W formations de la Nouvello-HoUande cl le
altéfations des races bumaines, comme
de la formation des rochers. La plupart de
ceux-ci proviennent d'un sédiment lente-
ment déf)osé; mais quelques-uns s'aggluti-
nent rapidement, se fonnent de toutes piè-
ces, sous nos veux (691).
L'homme, être social par l'esprit, est,
par le corps, un animal domestique, et
comme tel éminemment modifiable par les
croisements et par les milieux. Or, dès les
commencements de l'histoire aussi, la sou-
che primitive de la plupart des esj:èces do-
mestiques était déjà divisée en variétés que
Fon voit encore se modifier chaque jour, et
dans certains pays plus promptement que
dans d'autres.
Le môme observateur a pu vivre assez
pour remarquer la modification des races
aanimaux domestiques par le climat, et il a
accepté ce fait comme une certitude. Au
contraire, la modification des races humai-
nes, même quand elle est rapide, s'accom-
plit à travers plusieurs siècles, et l'observa-
teur isolé nie un mouvement, dont il
n'aperçoit gu'une aliquote infinitésimale»
comme l'onrant placé devant une pendule
doute de la marcnede lai^ille des heures.
Les générations humaines ne sont guère*
Sue de trois ou quatre par siècle. Beaucoup
'animaux domestiques se reproduisent dès
l'âge d'un an. Les influences des tnilieux
rapidement développées à travers des jgéné-
rations nombreuses , nous ont fourni plus
d'une fois de précieuses analogies, (roy.
Acclimatement. )
PERRONE. Voy. Langage.
PERSANS. Voy. Ariane.
PÉRUVIENS ou ANDO-PÉRUVIENS. — La
famille ando-péruvienne se compose des
principales nations des Cordillères de l'A-
mérique du sud, c'est-à-dire de celles qui
habitent le Pérou et le Chili et quelques
autres contrées situées tant à l'ouest qu'à
l'est <le cette grande chaîne. Ces nations,
quoique différant entre elles par la langue'
et par les mœurs, ont d'ailleurs assez de traits
communs pour légitimer la réunion qu'on en
a faite dan$ un seul groupe. Leurs caractères
physiques tels que les donne M. d'Orbigny,
sont : « Couleur d'un brun-olivâtre plus ou
moins foncé; taille petite; front peu élevé
ou fuyant; yeux honzontaux, jamais bridés
à leur angle extérieur. » Cette famille se
divise en trois rameaux. Le premier, rameau
péruvie'n , s'étend sur la plus grande partie
de l'ancien royaume des Incas, c'est-à-dire
sur le pays qui comprend toute la république
actuelle dû Pérou , celle de Bolivia et une
partie de la république argentine. Le second
rameau ou rameau antisien, se compose des
tribus qui habitent les contrées appelées
Antis, par Tincas Garcilasso de la Vega,
historien de ce pays à la race duquel il ap-
partenait du côté de sa nière. Ces contrées
Travertin de Rome, les bancs de la Guadeloupe, le
ffrès de Mesânc, les coraux.et madrépores de toutes
les mers.
1113
Ka
UCTiMNAIRE
vm
m
4^pe»7eQi de la plus orientale ées trois
« laines de la Coruillèro et soat par coasé-
queut à Test du Cuzco; c*est pav suite d'usé
erreur quç les Espaguols odI* appliqué ce
xnotit en TaUérant, à Fensemble des trois
ciiatnes qui sont ainsi mal à propos dési^
gnées sous le ]|om d'Andes. Le troisième
vameâu ne se compose que d*uae seule na-
tion^ fameuse à la vérité dans les fostes amé^
ricaias , je veux parler de la jrace guerrière
des Araucaniens qui défendit longtemps
contre lés I^spa^nols les montagnes du Chili.
Toutes ces naijons présentent en commun
les carai'lères physiaues que nous avons in-n
idqùés oi-<iessus;. d ailleurs elles diffèrent
pour quelques autres : ainsi le rameau pé-
ruvien nous offre la plus petite taille» le
rameau araucanien l^s formes les phis vi-
goure^uses et la couleur la plus claire;
I. RAlIBAq PàBirVUll DB I«4 R4CB ANOO-.
i>ÉauviENNK> — Ces nations, ccuoime j^ l'ai
dit« appartiennent à quatre races distinctes
par le lai^ga^c : V la race quichua ou iuca,
c'est-rà-dire la race sur laqueUe régnaient
primitivement les princes de la dynastie
inca, et qui fut Viustrumeni de l^urs con^
quêtes ; ^ les Aymaras } 3° les Atacamas i
h" les Cbangos.
1' QutVAuos ou Péruviens-Jnca$, — C*esl
parmi les nations de cette race qu'existait
Fresque exclusivemeat la civilisation de
Amérique du sud. Les Péruviens, comma
chacun le sait» avaient de grandes villes; ils
possédaiei>t sur leujrs hauts plateaux des
troupeaux nombreux d'animaux, apparte-
nant à deux espèces indigènes qu'ils avaient
su réduire en domesticité, le Ilama et Tal-
paca ; ils y avaient de vastes plantations de
quinoa et de pommes d.6 terre j végétaux
propres à leurs montagnes et qui étaient
pour eux ce que sont les graminées céréales
g3ur les poufjles civilisés de l'ancien monde,
ans les plaines chaudes ils cultivaient le
maïs et Tacca {oxalis des botanistes). Les
étoffes de laine qu'ils fabriquaient étaient
eom| arables aux plus beaux produits des
fabriques européennes. Us travaillaient les
métaux précieux , ainsi que le cuivre et le
plomb; mais ils ignoraient l'usage du fer,
métal incomparablement le plus utile do
tous.
Parmi les nations péruviennes, la race
dominante était celle des Quicbuas ou Incas,
qui parlait une langue distincte, le quichua.
Les hommes ajtpartenant à cette race ont
l'esprit très-susceptible de culture, et M.d*Or-
bi^ny ne craint pas de dire que, sous le rap-
port des facultés intellectuelles, ils ne sont
nullement inférieurs aux peuples de Tancien
conlinenL Ils ont la conception vive et ap-
prennent avec facilité.
Les anciens incas avaient calculé avec
exactituie la durée de l'année solaire; ils
avaient fait d'assez grands progrès dans l'art
de la sculpture; ils conservaient le souvenir
des événements de leur histoire au moyen
des signes symboliques et à l'aide de leurs
quipùs; ils avaient ocs lois sages, et un gou-
vernement bien organisé. On trouvait parmi
^ux des orateurs qui savaient agir sur les
masses par l'éloquence, des poètes, des mu-
siciens; leur langue, abondante en images
et agréable à l'oreille , offrait, dans sa ma-
nière de combiner les mots, et dans son
systèmed'inflexioHs, les traees d'une Ionique
<»ilture. Leur religion était empreinte au
plus haut decré d'un caractère de spirihia-
liame : elle était sublime, s'il est permis de
se servir de cette expression pour une reli-
gion non révélée, pour une religion inspirée
seulement par cette lumière intérieure qui
lujt dans une âme è laquelle le vrai Dieu ne
s'est point Ikiit coRAalire. lis reconnaissaient
dans Pachacamac le Dieu invisible, le cfé^
teur de toutes choses,, te régulateur des
mouvements des cor|)S célestes, HarbitTP
suprême : ils l'adoraient en plein air» s9ûs
temples, sans images, tandis qti- ils élevaient
au soleil,, qu'ils considéraient comme la:
plus noble de ses créations, des temples
somptueux où ils disaient de riches ottnvt-
des et où des Tierces consacrées célébraient
les cérémonies d'un rite imposant. Les
princes de. la dynastie des Incas étaient,
comme les princes rad|jpoutes de l'Inde, les
enfants du soleiL Le plus ppoc^he parent de
yincas r^nant exerçait tes fonctions de
grand prêtre,, fonctions qui consistaient à
faire au ciel des offrandes de fruits et dans
certaines circonstances déterminées, le sa-
crifice d'un Uama, seul sacriSice sanglant qui
se? pratiquât chez les Péruviens, il y atait,
en effet , dans la religion de ces peuples»
comme-dans leurs mœurs, un caractère de
douceur qui les distinguait fortement des
nations de UAnahuac, et particulièrement de
celles des races aztèque et toltèque*
Les caractères physiques des peuples de
race quichua ou inca ont été tracés très-cor-
rectement par M. d'Orbigny : « Leur cou-
leur, dit-il, n'a rien de lateinlecuivréequon
assigne aux nations de l'Amérique septen-
trionale , ni le fond jaune de celle la race
brasiliov-guaranienne^e'est la même inten-
sité, le même mélange de brun-olivâtre qu'on
retrouve dans notre race pampéenne. Es
effet , la couleur des Quicbuas est celle des
mulâtres, et l'uniformité est très-remarquft-
ble parmi les hommes de race pure. Olloa»
dans sa description des Américains,, confond
souvent les nations; il parle comme s'ilnW
en avait qu'une seule et mAfamt ainsi les
souvenirs qu'il a gardés des habitants de^
l'Amérique septentrionale, il les donne tous
C'Omme rous^eâtres, ce qui n'est pas. Néan-
moins on voit qu'il attribuait k 1 ardeur da
soleil et à l'acUon de l'air la couleur pus
foncée des Péruviens que M. de Humboldt
indique avec raison comme bronzés.
« i-a taille est très-peu élevée chex k<
Quicbuas ; jamais nous n'en avons rencontre
qui atteignissent 1 mètre 70 centimètres [9
pieds 3 pouces). Le grand nombre de me-
sures que nous avons prises nous autorise*
croire que leur taille moyenne est de l naèlre
60 centimètres! et nous pensons môme qu elle
reste souvent au-dessous dans beaucoup ac
provinces , surtout sur les plateaux ékvc?
Ifl7
D'Â.MTIUK)rOLOGIE.
PER
fil»
où la rarébction de lair est plus grande t
taodii qae ceux qui uous ont montré une
siature plus éIcTée vivaient princiDalement
dans les vallées ebaudes et buraides de la
province d'Ayupaya. Les femmes sont plus
petites encore* et iieot-^tre au-dessous de la
f>roportion relative qui existe ailleurs dans
a race blancbe (1 mètre 460 millimètres).
< Les formes sont plus massives chez les
Quicfauas que cbez les autres nations des
montagnes ; nous {louvoos les présenter
comme caractéristiques. Les Quicbuas ont
les épaules très«larges, carrées, la poitrine
excessivement volumineuse, très-liombée et
plus lon^^e qu'à l'ordinaire» ce qui au;?-
niente le tronc; aussi le rapp^^rt normal de
l'»nguettr respective de celui-ci avec tes ex*
(remîtes ne paralt-il pas être le môme chez
U'S Quicbuas que dans nos races euro[>éen«
lies, et diflère^-il également de celui des
aulres rameaux américains^ Vous voyons
iiièroe que, sous ce rapport , il sort tout k
l'iit des règles observées, étant plus long k
] roportion que les extrémités, qui n*en sont
|^^as moins bien fournies, bien musclées, et
annoncent beaucoup de force. La tête est
plutôt grosse que moyenne, proportion gar-
iéc avec ^ensemble; les mains et les pieds
^*mi toujours petits ; les articulations, quoi-
|ue un peu grosses, ne le sont |ias extraor-
M inaircment. Les femmes présentent le même
-aractère : leur gorge est toujours volumi*
ueuse.
tf Nous venons de dire que le tronc est plus
long k proportion que cbez les autres Amé*
ricaîns; et que, par la même raison, les ex-
trémités sont, au contraire, plus courtes :
lous cbercherons maintenant k expliquer
-e fait par le grand développement anormal
Je la poitrine. Nous croyons que telle partie
iéterminée d'un corps peut prendre plus
l'extension, par suite d'une cause quelcon-
|ue, sans que les autres parties cessent de
suivre la marche ordinaire. Nous en avons
me preuve évidente dans le cas tout k fait
fpposé k celui oue nous voulons établir :
^lui, par exemple, où telle partie du corps,
«r suite d'une difformité, ne prend pas en
pparence extérieure tout son développe-
nent naturel, comme on le voit dans le tronc
es bossus; ce qui n'empêche pas les extré-
jîtés d'acquérir les proportions qu'elles au-
aient eues si le tronc eût reçu son accrois-
ement. De Ik, ce défaut d'barmonie dans
^ur personne; de Ik, cette longueur des
lenabres su|)érieurs et inférieurs , démesu-
(T's comparativement au tronc. Si l'on admet
e fait aifficile k contester, pourquoi, dans
* cas dont il s'agit, n'admettrait-on pas aussi
ien que la poitrine, par une cause que nous
lions tenter de déterminer, ayant acquis
ne extension plus qu'ordinaire, peut na-
i Tellement allonger le tronc sans que les
xl réalités perdent rien de leurs proportions
ormales, ce qui le fera paraître, comme il
' sera en effet, plus long que cbez les autres
ommes où nul accident n'est venu altérer
'S formes propres k l'espèce 7
« Revenons aux causes qui déterminent,
dans les Quicbuas, le grand volume de ta
poitrine que nous y avons observé: beau-
coup de rechercbes ont dû nous les faire at-.
tribuer à Tinfluenee des régions élevées sur
lesquelles ils vivent* Les luateaux qu'ils ba-
biteni sont toujours compris entre les limi-
tes de 7,300 k 15,000 pieds , ou de 2,500 k
5,000 mètres d'élévation au-dessus du ni-
y trouve les éléments de la vie. Les pou-
mons ayant besoin, par suite de leur grand
volume nécessaire et de leur plus grande
dilatation dans l'inspiratieB , d'une cavité
plus tarife qu'aux régions basses, cette ca-
vité reçoit^ dès l'enfance et pendant toute la
durée de l'accroissement, un grand dévelop-
pement, tout k fait indépendant de celui des
autres parties. Nous avons voulu nous assu-
rer si, comme nous le supposions a fhorf\
les poumons eux-mêmes, par suite de leur
plus grande extension , n'avaieiK jms subi
de modifications notables. Habitant la
ville de la Paz, élevée de 3,717 mètres au-
dessus du niveau de TOcéan , et informés
Î[u'k l'bépital il y avait constamment des
ndiens des plateaux très-pop«ileux plus
élevés encore (3,900 k k^khO mètres) , nous
avons eu recours k la eomiriaisance de notre
Gomuatriote, M. Bumief, médecin de cet bé-
pital; nous lavons jprié de vouloir bien
nous permettre de faire l'autopsie du cada-
vre de qnelques-uns de ces Indiens des
plus bautes r^ons, et nous avons, eomme
nous nous y attendions, reconnu avec lui
aux poumons des dimensions extraordinai-
res, ce qu'indiquait la forme extérieure de
la poitrine. Nous avons remarqué une les
cellules sont plus grandes que celtes des
poumons que nous avions disséminés en
rranoe, condition aussi nécessaire pour
au^enter la surface en contact avec le
fluide ambiant. En résumé , nous avons cru
reconnaître : l^gue les cellules sont plus di-
latées; S* que leur dilatation augmente nota-
blement le volume des poumons ; S* que ,
par suite, il faut k eeux-a, pour les conte-
nir, une capacité plus vaste ; k* que dès
lors la poitrine a une capacité plus grande
Sue dans l'état normal; 5* enfin que ce grand
éveloppement de la poitrine allonge le
tronc un peu au delk des proportions ordi-
naires, et le met presque en désharmonie
avec la longueur des extrémités restées tel-
les qu'elles auraient dû être, si la poitrine
avait conservé ses dimensions naturelles.
« Les traits des Quicbuas sont bien carac-
térisés et ne ressemblent en rien k ceux des
nations de nos races pampéennès et brasilto-
guaraniennnes : c'est un type tout k fait
distinct, qui ne se rapprocbe que des peu-
ples mexicains. Leur tète est oblongue d'a-
vant en arrière, un peu comprimée latéra-
lement; le front est l^èrement bombé,
court, fuyant un peu en arrière ; néanmoins
le crâde est souvent volumineux, et annonce
un assez grand développement du cerveau.
Leur face est généralement larg«> ; et,
U19
PER
iMCTlONNAIRE
IHCR
m
Être arrondie , son ellipse approche beau-
coup plus du cercle que de Vovale. Leur
liez remarquable est toujours saillant, assez
long, fortement aquilin. comme recourbé à
son extrémité, sur la livre supérieure, le
haut en est renfoncé, les narines sont larges,
épatées, très-ouvertes. La bouche est plutôt
urande que moyenne et saille, sans que les
lèvres soient très-grosses; les dents sont
toujours belles,pcrsistantesdans la vieillesse.
Le menton est assez court sans être fuyant,
quelquefois même assez saillant. Les joues
sont méiiocrement élevées, et seulement
dans r&ge avancé ; les yeux de dimension
moyenne et môme souvent petits, toujours
horizontaux, ne sont jamais bridés ni rele-
vés à leur angle extérieur. La cornée n'est
pas blanche; elle est invariablement un peu
jaune. Les sourcils sont très-arqués, étroits,
Iieu fournis ; leurs cheveux, toujours d'un
)eau noir, sont gros, é|)ais, longs, très^
lisses, très^droits et descendent très-bas sur
les côtés du front. La barbe se réduit, chez
tous les Quichuas, sans exception, à quel-
ques poils droits et rares, poussant fort tard,
couvrant la lèvre supérieure, les côtés de la
moustache et la |)artie culminante du men*
Ion. La nation quichua est même, peut-être
des nations indieènes, celle qui en a le
moins. Le profil des Quichuas forme un an-^
gle très -obtus et peu différent du nôtre ;
seulement les maxillaires avancent plus que
dans la race caucasique ; les arcades sourci-
lières sont saillantes; la base du nez est
très-profonde. Leur physionomie est, à peude
chose près, unifbrme, sérieuse, réfléchie,
triste même, sans cependant montrer d'in-
différence; elle dénoterait niutôt de la pé-
nétration sans franchise. On dirait quils
veulent cacher leur pensée sous Taspect
d'uniformité qu'on remarque dans leurs
traits, où \es sensations se peignent rare-
ment à l'extérieur, et encore jamais avec la
vivacité qui les trahit chez certains peu«
pies. L'ensemble des traits reste toujours
lians le médiocre: rarement voit-on, chez
les femmes, une figure relativement jolie ;
néanmoins elles n'ont pas le nez aussi sail-
lant et aussi courbé que celui des hommes.
Ceux-ci, quoiqu'ils ne portent pas de barbe,
doivent un aspect mêle à la saillie de leur
nez. Un vase ancien , qui représente, avec
une vérité frappante, l'image des traits des
Quichuas d'aujourd'hui, nous donne la cer-
titude Que, depuis quatre à cinq siècles , les
traits n ont éprouvé aucune altération sen-
sible. »
2' Les Aytnaroâ. — La seconde race, ap-
partenant au rameau (léruvien de la famille
alpestre de l'Amérique du sud, est celle des
Aymaras qui, par les caractères physiques,
ressemble beaucoup à la race des Quichuas,
dont elle se distingue d'ailleurs complète-
ment par le langage. Les Aymaras formaient
une nation nombreuse, répandue sur une
gran ie étendue de pays, et qui parait avoir
été très-anciennement civilisée. Il y a lieu,
en effet, de tes considérer comme les des-
icendantsde cette race antique, qui, dans des
temps fort reculés, habitait les hantes plai-
nes couvertes par les singuliers monumenis
de Tiaguanaco, la plus ancienne cité de TA^
mérique méridionale, et peuplait les bords
du lac de Titicaca, lac célèbre dans les tra-
ditions péruviennes, comme ayant tu sortir
du sein de ses eaux Manco-Capac, le fon-
dateur de la dernière dynastie des locas.Le
Quatrième roi de celte dynastie, qui a?ait
tabli.à Cuzco sa résidence, s'empara de ia
ville de Tiaguanaco et subjugua le pays des
Aymaras. Cette conquête eut lieu aeui on
trois siècles seulement avant TarriYée de
Pizarre au Pérou.
« Aucune preuve autre que les monih
ments, dit M. d'Orbigny,ne nous reste pour
relcouver les traces de l'ancienne religion
des Aymaras; mais ces ar^ments nous
fournissent des argumeitts péremptoires en
faveur de l'opinion, que le culte du soleil,
rindustrie et la civilisation des Incas ont pris
naissance sur les rives du lac de Titicaca. Ne
le reconnaît-on pas, en effet, dans l'orienla-
tion de tous les temples à Test vrai, du côi?
où l'astre anparatt? N'est-il pas écrit dan*
les reliefs allégoriques de ces portiques m^»-
nolithes qui représentent le soleil la tèleen*
tourée de rayons, sous la figure d'homm s
tenant deux sceptres, signes du double poo-
voit religieux et séculier, occupant le ccnîrp
du tableau, tandis que, de chaque cOté,mar
chent vers lui les rois couronnés et les con-
dors regarJés peut-être comme ses ména-
gers, ceux-ci dans leur vol élevé conlemplani
de plus près sa gloire? » Tiajuanaco fci
don/^, suivant noire auteur, le berceau û*>
arts et de la civilisation que Maiico-Capao,
avec ses sujets Incas, apporta à Cuzdi.
ville qui, à tépoque de la conquête cs|ia-
gnole, était la capitale où ces princes, re-
vêtus à la fois du pouvoir royal et du pou-
voir sacerdotal , déployaient leur magnifi-
cence.
Les Aymaras ressemblent aux Quichua?
par le trait le plus remarquable de leur w-
(;anisation, par la longueur et la largeur <k
a poitrine, disposition qui , en permetlani
aux organes pulmonaires de prendre un plus
ample développement, rend les^ races, qu:
nous la présentent, particulièrement propre
à vivre sur les hautes montagnes où la r^
reté de l'air rendrait la respiration diffin!^
pour des hommes autrement organisés. ll>
ont aussi la môme forme de tête que les Qui-
chuas, c'est-à-dire une tête souvent àm
volumineuse, avec un crâne ample, oblns-'
d'avant en arrière, et légèrement comprinî^
sur les côtés. Les Aymaras actuels ne n<'u>
offrent jamais cet aplatissement de la ii;
3ui rend si remarquables les rrânes Irouw'^
ans les environs du lac Titicaca et i^
d'autres parties du pays aymara.
« Pour le caractère, pour les hcullésio-
telle :tuellcs, pour les moeurs, pour les f»"-
tûmes, pour les usages privés et de socJ^'f-
pour l'industrie agricole et manufaclunff^
pour les vêtements, les Aymaras, dit M. u*'f'
bignv, ressemblaient et ressembl«nl ^"^
1121
nn
D*àMT1iROrOLmïlE.
ren
un
en tout aoi Qaichoas, auxquels, du reste, ils
l'taient soumis. Mais si nous roulons jeter
au coup d'œil rapide sur le mode d'architec-
ture de leurs monuments dont Torigine se
perd dans la nuit des temps, nous j trouTe-
roBS de suite une grande différence avec
ceux des Incas. Nous voulons parier des mo-
numents de Tiaguanaco, situés au centre de
la nation, près du lac de Titiacaca; monu-
nents dont beaucoup d'auteurs anciens ont
parlé, et dont Torigine leur était tellement
inconnue, que Tun d'eux a dit naïvement,
en prenant au propre une expression figurée,
qu'ils avaient été bâtis avant que le soleil
n'éclairât la terre. Ces monuments , retrou*
vés par nous, annoncent une civilisation
plus avancée peut-être que celle même de
Palenqué. Ds se composent d'un tumulus
élevé de près de cent pieds, entouré de pi-
lastres; dfe temples de 100 à SOO mètres de
longueur, bien orientés k l'est, ornés de so-
cies, de colonnes anguleuses, colossales, de
portiques monolithes, que recouvrent des
grecques élégantes, des reliefs, plats d'une
exécution régulière, quoique d'un dessin
grossier, représentant des allégories reli*
pieuses du soleil et du condor son messager;
de statues colossales de basalte, chargées de
rHiefs plats, dont le dessin à tète carrée,
e^t demi-^vptien ; et, enfin, d'un intérieur
de palais, lormés d'énormes blocs de rochers
X«arfaitement taillés, dont les dimensions ont
courent jusqu'à 7 mètres 80 centimètres de
lon>fueur, sur k mètres de largeur et 2 d'é*-
paî«^.seur. Dans les temples et dans les palais
les plans des portes sont , non {Mis inclinés
comme dans ceux des Incas , mais perpendi-
culaires, et leur vaste dimension, les masses
imiMsantes dont ils se composent, dépassent
de beaucoup, en beauté comme en grandeur,
tout ce qui postérieurement a été bâti par
les Ineas. D'ailleurs, on ne connaît aucune
KTolpture, aucuns reliefs plats dans les mo-
numents des Quicbuas du Cuzco, tandis que
loos en sont ornés k Tiaguanaco. La pré-
ftence de ces restes évidents d'une civilisa-
tion antique , sur le point même d'oik est
çorti le premier Inca, pour fonder celle du
Cuico 9 n'offrirait-elle pas une preuve de
^lus quedelèftirent transportés, a vecManco-
[laf^ac, les derniers souvenirs d'une grandeur
Iteinte sur la terre dassique des Incas?
m Les tombeaux des Aymaras sont bien
1 1 fiTérents de ceux des Quicbuas : an lieu d'è-
.re souterrains, tantôt c'étaient dé grands
.."iiimenis carrés avec une simple ouverture
».ir la iuelle on introduisait les morts qu'on
-n ngeait autour d'une cavité restreinte, bs^
*l:% a vendeurs vêtements, et, dans d'autres
*as^ recouverts d'une espèce de tissu de
>aillc enveloppant le corps; tantôt de petites
liaisons en bnques non cuites, de la même
'.^rme, à toit incliné, è ouverture également
1 î rigée vers Test ; ou bien encore* des es-
>ëees de tours carrées, à divers étages cou-
inant chacun des corps» comme oans les
les de Quebaya et autres, sur les rives du
AC de Tilîcaea ; mais œs tombeaux , Quel-
quefois très-vastes, sont toujours reunis
par groupes «ombreux et forment souvent
comme ae vastes villages. •
Le lait que l'aplatissement des crânes
trouvés k Titicaca et dans quelques antres
Keux a été le résultat d'une pression artifi-
cielle, est un fait si important pour l'his-
toire physique de cette race et pour celle
du genre humain en général, que , dussé-ie
encourir le reproche de prolixité, je ne puis
résister k l'envie de reproduire aux yeux
de mes lecteurs les <riiservations de M. d'Or-
bigny sur ce sujet.
Il n'est pas difficile de trouver dans l'exa*
men des crânes eux-mêmes la preuve que
leur déformation est un effet de l'art, c Nous
voyons, dit M. d'Orbigny , dans l'aplatisse^
ment du coronal, dans la saillie qu'il forme
sur les pariétaux , k la partie supérieure,
qu'évidemment il y a eu pression d'avant
en arrière, ce qui a forcé la masse du cer«
veau de se porter en arrière, en détermi-
nant une espèce de chevaudiement du co-
ronal sur les pariétaux. La tête d'un jeune
sujet que nous possédons atteste plus posi-
timent encore, par un pli longitudinal qui
existe k la partie supérieure médiane du
eoronal, par la forte saillie du coronal sur
les pariétaux, par la saillie non moins forte
de la partie supérieure de l'occipital sur
ces pariétaux , que la pression a dû être
exercée circulairement, dès la plus tendre
enlance, sans doute même au moyen d'une
large ligature. Cette supposition parait d'au-
tant plus admissible mie, refoulée en ar-
rière, non-seulement la masse du cerveau
a donné une très-çrande largeur aux parties
postérieures, au détriment des antérieures »
mais encore que la pression avant de beau-
coup augmenté la convexité des lobes pos-
térieurs du cerveau, les pariétaux ont dû
nécessairement suivre les mêmes contourst
en se modelant sur ceux-ci ; aussi les parié-
taux forment-ils toiqours deux eonvexités
iatéro-postérieures > légèrement séparées
par une dépression évidente. Nous trou-
vons, enfin, une preuve de plus de cette
pression dans l'oblitération des sutures ,
que nous avons remarquée sur tous les
points pressés, même sur les têtes de jeu-
nes sujets. »
Apres avoir prouvé que la forme dépri-
mée ou allongée de ces têtes n'est pas, comme
on t'avait cru, le caractère propre aux crâ-
nes des Aymaras, mais bien une exception
évidemment due k l'intervention de l'art,
M. d'Orbigny s'occupe de rechercher jus-
au'k quelle antiquité remontait cet usage
e l'aplatissement delà tête, et quelle in-
fluence il a pu exercer sur rintelligenc«>
des sujets chez lesquels il se trouvait le plus
marqué.
« (jnant k I antiquité, dit-il , nous voyons
par le profil de la tête d'une statue colos-
sale antérieure k l'époque des incas, que
la leur n'était pas alors déprimée ; car les
anciens peuples, qui eherchaient toujours k
exagérer les caractères existants , n'auraient
pas manqué de la faire sentir ; aussi nous
croyons cette coutume contemporaine de la
ili3
H:r
UGTtONNAmfi
PEA
m
souTorainelé des Incas ; et même l'allonge-
ment des oreilles d*un des sujets à iâte
comprimée, que nous possédons , pent hou^
conoiùre à déterminer à peu près le siècle
où il a vécu. Il a été trouvé dans la pro^
▼inee de Cassangas, à Touest d*Oruro. On
sait que cette province fut conquise seule-*»
ment sous le regae du septième Inca Yahuar
HwteaCf qui, selon toutes les^ probabilités»
vivait vers le xn* siècle 4 aussi comme les
Incas n'accordaient Tbonneur du prolonge^
ment des oreilles que par grAce Sf>éciale et
pour récompenser une nation vaincue de
sa prompte soumission à leurs lois ; comme
cette concession devait néeessûrement v^
iiir à la suite de rétablissement des eoutu*
mes des conquérants, nous devons suppo-
ser qu'elle ne put se généraliser chez les
Aymaras^cpie vers le xiv* ou le xv* siècle.
Les statues montrent, d'ailleurs* que l'usaffo
d'allonger les oreilles était inconnu lors de
la première civilisation du plateau des
Anoes.
« Rien absolument ne vient nous éclairer
relativement à Tinfluence aue devait avoir»
sur les facultés intellectuelles des Aymaras,
la déformation artificielle de leur tète, puis*
que les andens historiens n'eu ont pas
parlé ; mais nous sommes tentés de croire
qu'il n'y avait que dépiaçement ^ies pid*ties
constitutives du cerveau, sans disparition
ni même lésion de ces dernières. On ad-
mettra que, par la nature de leurs occupa-
tions, ceschefe devaient avoir des facultés in*
telleetuelles plus étendues que leurs vassaux*
Ne pourrait-iOn pas , de ce fait, tirer un argu-
ment en faveur de notre opinion 7 Car les
tètes les plus déprimées que nous ayons
rencontrées, se trouvaient toujours dans les
tombeaux dont la construction, de plus d'ap-
parenoe, annonçait qu'ils appartenaient %
des chefs (692). »
9* Atueamas U Changea •*- Pour eomi^«-
ter le groupe péruvien» 11 nous reste à par-
ler de deux nations inférieures en nomi)re
à celles dont nous venons de parler, des
Atacamas qui occupent le versant occûental
des Indes péruviennes, et des Changes qui
habitent le littoral de l'Océan pacifique. Les
uns et les autres ressemblent aux Quichuas
par leurs caractères physiques ; mais la
couleur de la peau des Changes est peut-
être un peu plus foncée de ton et d'un bistre
noirAtre. Nous ne pouVons manquer de re*
lever cette circonstance, en la rattachant à
(69S^) Quelques auteurs out niç qiie la forme du
crâne pût être modiRée par des pressions extérieu-
res : tels furent, entre autres, Arthaud et Satatler.
Ils n^ont vu qa*un corps dur soumis à une compres-
sîoit nécessairenent iuesaete. Mais ils ont eu le tort
de ae point tenir cmnpie de l'itiffiicnci qu'une pres-
sion inéme légère peut exercer à la longue sur le
mouvement nutritif de Tos. Au reste, la question est
ingée aujourd'hui, puisqu'on a apporté en Europe
les instruments employés par les (faraibes pour dé-
primer le crâne de leurs enfants. Cette pratique est
trés^répandue en Amérique. Quelques auteurs oiit
pettlpéire exagéré la facilKé à modifier la forme du
cr&ne. Suitant Vésale, les Germains, que Voa eoM^
che sur le dosy ont pour eela l'oectpai apUtî et la
la disposition locale des Changes, l'habita-
tion près de la meri puisque noa^ atoqs «q
déjà plusieurs fois l'occasion de signaler
un semblable rapport.
La masse entière des nations péruTieB-
nés a embrassé le christianisme. Les an-
ciens Péruviens étaient pasteurs et agricul-
teurs ; leurs descendants se livrent encore
principalement aux mêmes occupations. On
estime leur nombre à près de deui millions,
dont plus d'un million trois cent mille sont
Américains pur sang. L'exemple des nations
péruviennes suffit pour résoudre la question
qui a été autrefois débattue , de savoir si
les races américaines sont susceptibles de
se civiliser et d'entrer dans la communion
chréti^ne.
IL RaMBAC ATTTISmiV DBS HAtlOUSALKmc
]>B L'AvàBiQUfi DU SUD. --^ Lo r^meau que
H. d'Orbigny appelle antisien parce qu'il
est conQné dans'ie pays que les Incas nom-
maient Antis (693), est réparti sur le ver-
sant oriental des Andes boliviennes et pé-
ruviennes, depuis le 13* jusqu'au 17' d^
de latitude sud. « Le pays qu'habite cert*
meau est, dit notre auteur, uniforme dans
ses détails. Là, plus de plateaux élevés ^
nues d'ombrages , où des plaines étendues,
des montagnes froides couvertes de grami-
nées croissant au-dessous des neiges perpé-
tuelles, permettent au pasteur aymara elqni-
chuade vivre tranquille des fyroduits de sacul-
ture,de ses troupeaux,ausein deson antique
civilisation et des ruines de ses monumenb. .
Le pays des sauvages antisiens parait, à Ii
première vue, inhabitable : partout des mon-
tagnes déchirées ou aij^uës , |sur lesquels
se développe néanmoins la végétation la
plus active, la plus grandiose; parioat de
sombres et profondes vallées, où roulent
avec fracas des torrents furieux, parmi d'é-
pouvantables précipices. C'est au bord de
ses torrents, que Tiiomme antisien a fité&a
demeure sous des arbres énormes dont le<
rameaux forment une voûte impénétnble
aux rayons du soleil , • e^est k rinfluencf
de ces circonstances extérieures qu'il àtà
les particularités d'orsanisationetdemcpoff
Îui le distinguent de l'habHant des régiuB<
levées et découvertes dont nous avons ti
précédemment la description.
Les nations qui se rattachent à ce ramen
sont les Yuracarés, les Mocétànes, les Ta-
canas, les Maropas et les Apolislas.
Ces nations, vivant toi^ours à l'ombre à
léte large; tandis que les Belges, qae foiaN:^
sur le côté, CDt la télé allongée. Le baron hsA <
dit, dans une lettre à M. BluraeDbadi, qar to stp-
femmes, à Gonstantinople, demandent aox actue*
cbées quelle forme elles déshvnt poor hièkk
leur enfant, et que ceUesHsi préfèrent la léle rM*
qui a mdlleare grAoe avec le turkiD.
M. FoviUe a décrit une déforfloatioa du mif fi
serait surtout commune en Nomiaiidie, et mm-
naîtrait pour cause la coiffure adcmlée pour bx*-
nés «nfanU. * Toutes les fois, dîirti, que te booi^
est Axé sur la circonfërence du criae, 'ûk^
forme. »
(695) GamOLAsao, Commmarigg nâlnii^^
TM^ ttb. Il, cap. 19, ii.
M
PEU
D**NTUROPOL0CIE.
vm
flM
foréU humides où pénètrent à peine les
fajoRS du soleil I sont presque blanches
romparativemeDt aux Aymaras et aux Qui-
cbuas, et, comparées entre efles, leurs di*-
verses tribus sont d'autant moins foncées en
couleur qu'elles habitent des forêts plus
épaisses et plus obscures. Leur oouleur est
I^èrcment basanée , et contient peu de
jaune. Ufl autre caractère qui parait néaa*
moins avoir pour cause quelq[ue maladie
cutanée^ «ais qm n*est pas moins général
parmi les individus de ce rameau^ c*est d'a-
voir la figure et tout le corps couverts de
)ar^e$ tadies d*un toa encore plus p&le que
celui du reste de 4a peau.
Les Antisiens sont en général beaucoup
plus grands que les Péruviens des hautes
répons de la Cordillère ; ils sont vigou-
.*'eux et robustes ; leurs traits diffèrent de
ceux des montagnards. Us ont le visage
plus rond, le nez moins saillant ; ils ont
leurs langues particulières « leurs coutumes
propres qui, du reste» sont barbares et sau«>
wfes.
ut. Rambau abaugmien^ — Le rameau
araucanien de la race ando-péruvienne s*é^
tend sur le versant occidental des Andes»
depuis le 30' degré de latitude sud, jusqu^k
reitréfflitéde la terre de Feu» et occupe
aussi les vallées supérieures et les plaines
situées à Test des Cordillères. Il se compose
seulement de deux nations , les Araucanos»
guerriers indooiptablesy dont l'héroïsme est
célébré dans Tnistoire de la conquête du
Pérou par les Espagnols, et les Pécherais ou
li'hthyophages de la terre de Feu qui habitent
la partie la plusaustrale des montagnes amé-
ncaines, partie détachée du reste de la chaîne
et séparée du continent par le détroit de Ma*
gellan Ces deux nations offrent , sous le rap-
port des mceurS) des différences qui tiennent
ceriaineoient à la différence oes circons-
tanees locales dans lesquelles elles sont
((lacées ; mais, sous le rapport des carac-
tères physiques, elles présentent^ au dire de
H. d*Orbigny, qui a vécu au sein d*une de
^s nations, une très-gran^e similitude. Elles
mi en commun le type physique qui est
particulier aux montagnards américains, et
|ue nous avons déjà fait ressortir en par-
ant du premier des trois rameaux de la
ace ando-péruvienne. Une même descrip-
ion convient aux deux nations : Tète forte
i proportion du corps, visage arrondi,
loinmettes «aillantes, bouche large, lèvres
^laisses, nez court et éjiaté; narines larges ,
»eu de barbe, front étroit et fuyant , menton
ourtet également fuyant. lies yeux sont
lorizontaux ; s*ils étaient obliques, la phy-
lunomie serait de tout point celle des far-
ares nomades.
Les Araucanos ont la peau de même cou*
ffur que les Péruviens, mais d'une nuance
Qui us foncée» et les Boroanos, qui forment
me des tribus de cette nation , sont même
Tf^ue blancs. Molina avait été jusqu'à dire
(69i) De tentendtment humain^ liv, iv, cb. il.
(«95) EUmêHts d:idéologie, t. I*% Préface.
que les habitants de cotte province élevée
de Boroa sont blonds et ont tes yeut Menf?.-
Cette assertion, que M. d'Orbigny cohlredit
formellement, a été répétée par plusieurs
auteurs. Ainsi Malte-Brun, donnant, dans
les Annales des voyages^ la traduction d'un
passase sur le Chili, extrait du Viagero i«fii-
venafj dit, en parlant des Âraucahos en gé-
néral : « Ils ont le teint brun-roux et plus
clair que celui des autres Américains. Ceux
de la tribu des Boroanos sont même blancs
et blonds. ï» Un Anglais qui a voyagé dans
le Chili, M. Caldeleugh* confirme jusqu'à un
certain point cette remarque : il dit avoir
vu au Chili, parmi les personnes des classes
inférieures, certains individus qui étaient
extrêmement blancs, avec des traits tout à
fait différents de ceux des Espagnols, et qui
lui furent désignés comme descendants des
Araucaniens blancs. Remarquons, au reste »
que quand on trouverait dans l'Amérique du
sud, en dehors de la région intertropicale
et à une assez grande hauteur au-dessus du
niveau de la mer, des hommes qui auraient
complètement la constitution de blonds, ce
serait un fait qui ne devrait point nous sur-
prendre, puisque dans l'Amérique du nord ,
certains habitants des montagnes Rocheu-
ses nous ont déjà offert un cas semblable.
niARYNX. Voy. Voix.
raASBS et A6£ DES LANGUES. Voy.
Làh^ubs.
PHILOSOPHIE, ses rapports avec la
science de l'homme. Voy, Natuiib.
PHYSIOLOGIE INTELLECTbSLLE. —
Locke veut quelque part que l'histoire de
l'intelligence devienne une partie de la
physigue (6M). La philosophie a pris quel-
quefois oes paroles a la lettre, et s'est voulu
confondre avec les sciences qui portaient un
autre nom que le sien. L'idéologie est une
partie de la zoologie, a dit M. de Tracy (695) ;
et ces principes n'ont été souvent que des
avances de la métaphvMque à la physique.
Chatune des Jeux avait eu iusqu alors nés
droits et son domaine ; de là bien des pro-
cès, que l'une a enfin demandé à l'autre d'é*
teindre, comme on dit en droit, par la con-
fusion : le dernier ferme de la pfailosfopbio
eût été son anéantissement.
On ne peut donc s'étonner que les physi-
ciens et les naturalistes aient accepié les
offres de la philosophie. Comment auraient-
ils refusé de s'enrichir de ses dépouilles,
et de s'arroger de son aveu la connaissance
de l'homme tout entier. Aussi un médecin
célèbre, Cabanis» a-t-il décidé que /et #cfeic-
ees morfdes derotetil rentrer dans le dùmaine
de la physique^ pour n'éire plus qu'une bran-
ehe de rhistoire naiureUe de V homme (690).
Et la médecine française a conservé, tantAt
silencieusement, tantôt avec éclat , une pré-
tention traditionnelle à la possession de
toute philosophie. C'est depuis cinquante
ans unartide defoidans une bonne partie du
monde savant, qu'il n'y a de sciences que les
(696) RMfiperU du ph^ique et du merai de
tMmme, Préface.
iïll
MT
blCTrONNAIRE
PUS
m
..sciences expérimentales , de sciences ex-
périmentales que les. sciences naturelles,
de sciences naturelles que les sciences phy-
siques. Ainsi Ton a cru satisfaire la raison
moderne et la raison de tous les temps» en
conciliant l'observation et Tunité.
C'était abuser des termes. Sans aucun
doute, Tobsèrvation est nécessaire à toute
science ; elle n'est pas inutile, elle n'est pas
étrangère à la métaphysique même. L'expé*
rience est un des fondements de la certitude.
L'esprit humain fait partie de la nature hn--
maine; les choses philosophiques sont dans
la nature et le nom de physique simitie
primitivement la science de la nature, il est
donc permis de dire que la philosophie est
une science d'observation, une science na-
turelle, expérimentale, et si l'on veut parler
plus grec que français, une science physi»
que. Ces expressions sont acceptables, si de
l identité des mots on n'infère pas l'iden-*
tité des choses, et si l'on entend que la phi*
losophie est observatrice ou expérimentale
dans sa sphère, qu'elle a son fondement
dans les faits, et tient sa place dans la science
de la nature. On conçoit même que des phi-
sophes, les Ecossais, par exemple, inquiets
et las de s'entendre accuser de spéculation
chimérique, aient revendiqué les droits de
leur science aux méthodes d'observation , et
l'aient assimilée aux connaissances où se fie
le plus la raison humaine. Du temps de
Bayie, l(i philosophie se réfugiait quelque-
fois sous le canon de la liMniire surnaturelle ;
depuis le dernier siècle, la physique expéri-
mentale est devenue la seule citadelle dont
le canon sauve ce qu'il protège, et l'esprit
humain ne sort plus guère de la place pour
s'aventurer dans la plaine. C'est donc aussi
par prudence qu'on a quelque peu déguisé
la philosophie, ou qu'on l'a montrée dans ce
qu elle a de commun avec ce qui n'est pas
elle. On a fait pour elle, comme pour les
pobles en temps de troubles , on a ca-
ché ses titres , effacé ses armoiries* ; et
pour qu'elle fdi sauve , on l'a engagée à
se faire petite. Le calcul était-il bon 7 Je ne
sais. A trop invoquer la protection des scien-
ces naturelles» il y avait danger d*6tre abr
sorbe par elles. G est un parti mal sûr que
de vous appuyer sur ce qui vous menace,
8ue de vous allier h qui veut vous envahir,
en a coûté cher à la Pologne, et la poUti«>
que soupçonne que l'empire ottoman payera
un jour au même prix la protection qu'il
s*est donnée. De même on pourrait bien
avoir fait courir à la philosophie le. danger
d'un partage ; en lui cherchant un allié, en
la exposée à un démembrement. Heureus«»-
ment il n'y a point d'usurpation définitive
ni lie destruction irréparable dans l'empire
de la science. L'esprit humain n'est lié par
aucun traité, dominé par aucune presciip-
4ion. C'est un monde a part, où jamais aa
droit ne manque avec le temps la puissance.
Encore si, en rabaissant la philosophie, on
lui eût garanti une existence mieux assu-^
9
(697) Rapports, etc., Préface.
rée, un caractère plus constant, une auloriîé
mieux reconnue ; elle se serait dédommagée
de la grandeur par la sécurité; un rang
moins contesté console d'un ran^ plus mo-
deste. Mais une pariaite harmonie ne règne
pas entre les systèmes physiologiques. La
lumière n'est ni bien pure ni bien vive dans
les régions élevées des sciences physiques.
Les théories s'y combattent et s'y succèdent,
laissant le doute après elles, et ramenant peu
à peu les esprits aux sciences mêmes qu'elles
ont voulu dédaigneusement plroscrire. Une
certitude claire et invariable est loin d'être
rattribut des . principes de la science eipè-
rimentaie de 1 homme ; et l'observation, se
perfectionnant en se diversifiant, découvre
chaque jour de nouvelles raisons d'iporer
ce que Ton croyait savoir. Certainement, le
{)eu que nous dit de la sensation la psjrcho-
ogie écossaise est plus intelligible que ce
que nous en raconte .la physiologie; \\^
faits que nous décrit l'une sont moins hjpo-
thétiques que les faits que l'autre, suppose,
et la. perception est plus concevable qne
l'innervation. En se confondant avec l'his-
toire naturelle, la philosophie n*a donc rien
rien gagné ; ses bases ne sont pas devenues
plus solides, ses théories plus durables:
elle s'est amoindrie en pure perte, et la reine
des sciences, en des jours de révolution, n'a
point sauvé sa tête en jetant sa couronne.
. Est-il vrai du moins que, en lui donnant
un nouveau nom et de nouvelles formes, on
l'ait réconciliée avec le sens commun, et m
>nienée à ces notions vnlgaires d'évidence que
les sciences les plus hautes ne doivent )<ar.
dédaigner? « Depuis qu'on a jugé conveDS'
ble, prétendait encore Cabanis (697), de tra-
cer une ligne de sé|:)aration entre I étude de
l'homme physique et celle de Thomme mo-
ral, les principes relatifs à cette dernière
étude se sont trouvés nécessairement obs-
curcis par le va^e des hypothèses méta-
physiques. » Mais d'abord il est difficile dr
prouver que cette ligne de séparatm sol
quelque chose ou'on ait fugé canteneble é<
tracer j et cpie aepuis cette prétendue con-
vention scientifique tout «lit été de mal eo
pis au point qu il fallût l'aliolir pour rete-
nir au vrai, au raisonnable, aii bon sm
primitif. On ne roit point que ce soit le $<lr
moyen de rendre à la science un caract^
populaire, et que l'existence des seienfe>
intellectuelles soit une hypothèse artificielle
qui fasse violence à l'esprit humain. L'appi-
.rence du paradoxe , l'innovation, au con-
traire, est du côté des naturalistes. Ce n'ert
point le sens commun, ce n*est point le lan-
gage ordinaire, ce fidèle et involontaire i^
terprète du sens commafn, qui dit que li
science de l'homme physique et celle de
rbomme moral soient la même chose, que
la morale devrait faire partie de llibtoire
naturelle, que la métaphysique devrait ren-
trer dans la zoologie. Toutes ces assertko»
sont restées dans les livres; et biea a»
maintes fois réimprimées depuis duquenL*
im
PHT
D'ANTHROPOLOGIE.
PllY
1130
ans, elles n*ont point Gonrs dans la conrer*
sation ordinaire, elles n*ont point passé dans
Fusaze; la littérature ne les a pas adoptées;
la poiitiqne n*en tient compte ; Texpérience
journalière ne s*7 soumet pas , et le public
.s'obstine à dislin^er le naturaliste et le
philosophe, le moraliste et le médecin, h ne
point confondre le moral et le physique. Le
matérialiste lui-même est obligé de les dis-
tinguer pour se faire entendre. Bans Topi-
nion du monde, il y aura toujours une dif-
férence saillante entre la science d^UipiK)-
rrate et celle de Platon. La Logique ou la
Métaphysique d'Âristote ne seront jamais
des parties de son Traité des animaux ; ce
qui choquerait les penchants et les habitu-
des de notre esprit, ce serait d*ideotifier Té-
tude de rintelligence avec Tanatomie du
système nerveux. Il le faut cependant , ou
les physiologistes se tromf>ent ; il faut re-
nouyeler totalement les notions et les locu-
tions usitées. Si Cabanis a raison, on doit
rhanger jusqu'au titre de son livre. Ou*est-
ce« en effet, que les Rapports du physique et
du moral de thomme? Le mot rapports sup-
pose diversité, li où Ton nous ensei^e Tu-
nité; le titre du livre implique la distinction
que le livre nie; dès qu il nV a que le phy-
sique, il n*y a f^us de moral, donc plus de
rap|)ort. Le nom même de l'esprit humain,
le'^uel n'est plus distinct de Fapiiareil encé-
phalique, est une expression fautive que le
philosophe doit s'interdire, et Condorcet a
erré en n'intitulant pas son dernier çt célè-
bre ouvrage : Esquisse des progrès du eerteau
humain.
On peut donc dire, avant de rien discuter
au fond, que la physiologie n'a tenu aucune
de ses promesses, et qu'elle n'a rendu la i>hi-
losophie, ou plutôt sa philosophie, ni moins
contestée, ni moins variablet ni plus popu*
laire ; rien ne justifie sous ce rapport la ré-
volution que la physiologie a entreprise en
sVmparant de la métaphysique.
Il s'agit, comme on le sait, d'effacer la
▼îeille et familière distinction du corps et de
rame, c'est-à-dire de n'admettre dans
l'homme que des organes, et d'expliquer
tout Thomme par ces organes. Or, on peut,
chose assez singulière, arriver à cette con-
clusion par deux voies opposées , en procé-'
dantde lintérieur k l'extérieur, ou oe l'ex-
térieur à rintérieur. Le premier procédé est
celui des psychologistes, oui tendent au ma-
térialisme, le second, celui des physiolo-
gistes, qui veulent anéantir la psychologie
mênie.
La philosophie sensuali^le a le même
point de départ que DescarCes; elle débute
par le moi ou la conscience ; mais n'obser-
vant dans la conscience que ia sensation, et
dans celle-ci que l'affection qui lai semble
se transformer en idée, elle e^t impuissante
à garantir, soit la certitude des ventés intel-
teilectuelles, soit l'existence des réalités ex-
térieures. Lorsqu'elle veut de la sensation
conclure aux premières, elle n^aboutit qu*k
ridéologie; lorsqu'elle veut affirmer les se-
condes, elle se Caiit gratuitement motérialiste :
DlCT10!«?l. d'âxtbbopoloc».
je dis gratuitemeni, car la sensation seule
ne donne pas la matière, et de la sensation
seule ne |>ent se déduire aucune des vérités
physiologiques. La conscience ne les sug-
gère pas, et ridéalisLC les ébranle. Voyez,
flairez, entendez, ces sensations mille fois
répétées ne vous feront connaître ni le nerf
optique, ni le nerf olfactif, ni le nerf auditif^
ni le cerveau qui, dit-on, sent et pense par tons
ces nerfs. Il n'est aucune des observations des
naturalistes dont nous ayons une conscience
quelconque. L*anatomie et ses conclusions
reposent sur deux principes : la véritédes per-
ceptions du monde sensible, et la validité
extérieure de la loi de causalité. L'analyse
de la sensation, comme affection des sens,
ne donne aucun de ces principes. Ni Condil-
lac ni M. de Tracy n'ont su les établir ; ils
ont donc laissé la physiologie sans bases, et
en lui abandonnant 1 homme tout entier, le
sensualisme lui a concédé par delà son pou-
voir.
11 faut revenir à l'autre procédé, et de l'ob-
servation externe induire la nature et la
cause des opérations internes. Ainsi raison-
nent généralement les physiologistes. Les
phénomènes de la santé et de la maladie, les
expériences pratiquées sur les animaux,
l'inspection des organes après la mort , les
conduisent k de certaines inductions sur les
fonctions intellectuelles de Thomme, ou du
moins sur la manière dont elles s'accomplis-
sent dans ce milieu physique où réside le
moi humain. Ils fondent ainsi toute la psy-
chologie dans la physiolode, et prétendent
avoir trouvé le secret d'â*iger la première
en science positive. Cette prétention suppose
deux principes : d'abord, qu'il n'y a de cer-
tain que le visible ; ensuite que l'observa-
tion n'est possible qu'alors que l'observé est
distinct de l'observateur. Si ces deux propo-
sitions ne sont pas vraies, sur quel fonde-
ment asseoir la prééminence des méthodes
dites expérimentales? Mais si ces proposi-
tions sont vraies, comment et de quel droit
appliquer la physiologie aux fiait» psycholo-
giques ?
Les choses visibles ne sont certaines qu'en
ce qui est du ressort de la vue; et sans dres-
ser contre la sensation toutes les batteries du
scepticisme, il faut reconnaître que le do-
maine de la sensation est tMMné, et que,
comme champ de connaissance, elle serait
bientôt stérile sans les jugements qui la fé-
condent, sans la raison qui l'exploite et la
limite k la fois. La sensation ne dépose que
les choses senties, et les choses de l'intérieur
de l'homme ne sont à la portée d'aucun sens.
Jamais le physiologiste ne verra ni ne tou-
chera une pensée, un souvenir, une volonté,
une sensation même; soit qu'il veuille les
considérer comme ojiération, fonction ou ré-
sultat, soit qu'il prétende atteindre jtar les
sens une idée déterminée, l'organe qui la
conçoit, l'acte par lequel cette conception
s'opère ; il veut toucher l'impalpable ou voir
l'invisible. Le moral échappe à tous les sens.
Or, s'il y a un moral, s'il y a des pensées,
des souvenirs, des sentiments, des volontés,
36
1151
PHY
DICTIONNAIRE
PHY
IIM
nous savons qu il y en a ; il faut donc que
nous ayons les moyens de le savoir; et
comme ces moyens ne sont pas les sens , il
suit que, pour obtenir la connaissance « il
n'est nul besoin d'une différence entre Tob-
scrvateur et l'observé. Ce n'est que dans la
sphère des sens que cette différence est né-
cessaire. Un écrivain a été jusqu'à dire que
la psychologie des passions était la seule pos^
stble, parce que le cerveau étant différent des
entrailles, la pensée qui appartient à l'un
pouvait observer les passions qui résident
dans les autres (698). Mais cela même était
une chimérique espérance ; car le cerveau
ne verrait point les passions en re^^ardant
les entrailles ; et môme quand il voudrait
regarder les entrailles, il n'aurait pas le
bonheur de les voir, il n'a que la consolation
bien vaine d'y penser. O faiblesse de la
science humaine! misérables viscères que
nous sommes 1 Qu'il y a loin de l'abdomen
au crâne ; et lorsque la cervelle est si cu-
rieuse, pourquoi le péritoine est-il impéné-
trable?
Il pourrait être utile d'eiposer avec dé-
tail les idées des chefs de la philosophie
physiologiste, et de la réfutcT en forme. On
y montrerait partout l'hypothèse sous les
dehors de l'observation, et la dialectique
sous le masque de l'expérience ; mais ce serait
J'objet d'un ouvrage entier. Nous ne présen-
ierons ici que des observations générales
sur un système oue recommande le nom de
frouasais.
Broussais était un esprit hardi. Au çénie
de l'obfierxation il unissait un don précieux,
d\ osait conclure^ courage peu commun, au-
jourd'hui çpie le doubla abus de l'expérience
et de la critique a si {)rofondément intimidé
les sciences, et rabaisse leur essor. 11 sut
iionc, lorsque passant de la médecine à la
philosophie il embrassa l'idée d'appliquer la
physiologie à la métaphysique « écarter les
.réserves et les doutes circonspects dont s'en-
couraient beaucoup d'écrivains; 4ii de l'ob-
.servation .reprise à nouveau des phéno*
mènes nerveux , induire hardiment l'iden-
tité substantielle du système nerveux et de
l'esprit humain. Il fut vraiment matéria'i-
liste, et n'eut pas peur des conséquences de
la science telle qu il la croyait. Chez lui il
n*est plus Question de rapports du physique
et du moral; les phénomènes du second ne
jsont plus seulement rapprochés de o^ux du
|)remier.; le physique n'est plus une cause,
jun siège, un tKéâtre; il est le moral mémo.
I.e physiologiste n'admet plus, il me conçoit
plus autre chose; hors delà il permet les
conjectures» les vœux , les désirs ; mais il
ne voit rien de certain^ rien de démontra-
ble, rien d'intelligible.
Nous devons quelque examen à cet aveu
franc et assez imposant du vrai sens de la
physiologie appliquée à la métaphysique;
nous nous trouvons pour la première fois en
face du matérialisme scientiuquc (699).
(098) M. Auguste Comtr, Coure de philosophie po^
iil)iv, l. \'% leçon l'«.
Nous en résumerons les principes, sui-
vaut Broussais , dans les propositions sui-
vantes :
1" La contraction, c'est-à-dire un mouie-
ment alternatif de condensation et de relâ-
chement, est la forme générale de l'action
de la matière vivante, par conséquent de h
matière nerveuse, par conséquent de la
matière cérébrale.
2r II n^se passe, d'observable et de cer-
tain que cela dans le phénomène de l'inner-
vation. Dans les phénomènes intellectneU
et moraux , il ne se passe d'observable et de
certain que des phénomènes d'innenralion.
3* Les phénomènes intellectuels et moraux
ne sont pas autre chose pour la science ; ils
n'ont pas pour elle d'autres causes que les
propriétés du système nerveux. Qu'il y ait
d'autres causes ou propriétés plus cachées,
mais également physiques, cela est infini-
ment probable. Il faut bien en outre que les
éléments mêmes de la matière se retrouvent
dans la matière vivante, avec leurs proprié-
tés primitives, avec les affinités moléculai-
res, avec leurs modes d'action atomique;
mais quant à la cause première de l'inner-
vation , on peut admettre son existence, on
ne peut ni connaître, ni soupçonner sa na-
ture ; elle peut se confondre avec la caus«
première de cet univers qui existe assuré-
ment, mais qui est impénétrable.
4" La prétention de définir celle-ci, de
comprendre sa nature, de connaître ses
moyens d'action , est téméraire. Plus témé-
raire ehcore il est de considérer comme un
principe distinct , comme un être , la cau50
ou le sujet de la pensée. Aucune perception
n'y autorise ; aucune expérience scientifique
ou vulgaire ne le laisse entrevoir ; et il y
a, soit contre la nature, soit contre l'eiis-
tcnce qu'on lui attribue, des objections in-
vincibles.
5° Le principe indépendant des organes
n'apparaît en rien, tandis que la liaison
nécessairedes phénomènes intellectuels ave:
les phénomènes nerveux apparaît constam-
ment et invariablement.
6** Ce principe indépendant ou du moins
distinct des organes, qu'est-il quand les
organjBs ne sont pas encore développés, lors-
que leur action est suspendue, quand elle
est af&iblie, altérée, viciée? L*état embryon*
naire, lanfajQce, le sommeil, la maladie,
la folie, la vieillesse, montrent l'esprit dans
un état rigoureusement proportionnel à Té-
tât des orgaines cérébraux.
T Le principe pensant n'a été inventé que
pour expliquer le comment dos phénomène^
intellectuels ; et d'abord , c'est vouloir eî-
Ëliquer l'inexplicable, et excéder la porU'i^
Sgitime de La science.
8° £n second lieu, ce priocipe n eipliqu^
xien, eX don^e naissance à des dimcultés
non moins insolubles que celles mril e>t
destiné à lever et qu'il ne lève pas. Telle e^i
sa liaison avec l'organisme, telle est son ùc-
(699) Voy. Touvraffe intitule : De nrriiation d ^
la folie, 2 vol în-S", édit. de 1859.
1135
MIT
D'ANTHROPOLOGIE.
rsY
1131
lion sur ror^janisme. Il y a là plus que mvs-
tère, il y a impossibilité , il y a coalradio
(ioa (700).
Le fond de ces propositions est le thème
éternel du matérialisme. C'est le sujet du
troisième lirre du poème de Lucrèce, ce
chantre austère et pathétique de la matière.
Cependant ne coiuondons pas les consé-
quences que Broussais tirait de ses prin-
cipes arec les négations célèbres que le
ma érialisme dicta souvent aux disciples
d^Epicure ; constatons dès labord deux points
de dissidence importants qui sont à Thonneur
de Broussais, et qui peuvent servir è réfuter
sa doctrine.
Premièrement il n*est pas sceptique, non
qu il ne doute de beaucoup de choses à mon
>ens indubitables; mais on sait que celui-là
nVst pas sceptique qui n'admet le doute ni
.sur Texistence du monde extérieur, ni sur la
véracité de nos facultés quand elles Vattes-
teat. Or, notre auteur ne permet aucune
incertitude à cet égard; il se fie pleinement
à la sensation, à la perception; le contraire
lui parait absurde; il n'attribue Tidéalisme
3u*au spiritualisme même et à Tignorance
es fûts physiologiques. En un mot, Texis-
tence des corps et leurs rapports avec nous
lui paraissent choses sans réplique. Il ne se
montre en aucune iaçon touché de largu-
mentation de Hume contre la causalité, la
causalité étant une induction et Tinduction
étant un fait cérébral tout aussi positif que
la sensation même (701).
En second lieu Broussais n'est po'nt athée;
jamais du moins il n*est disposé à regarder ce
monde comme Tœuvre du nasard, à mécon-
naître dans la nature Faction d'une cause
première. Il confesse « une cause suprême,
ordonnatrice et conservatrice que nous ne
pouvons définir. » Il « conçoit la nécessité
d'une cause ou d'une force qui soit le moyen
d'union, peut-être le premier mobile des
autres forces. » Il a « le sentiment d'une
c^use et d'une force première qui lie tout
(700) De rîfTÎIalton, passlm, et notamment 1. 1".
«. 202, 520, 569, 579; l. Il, p. 63, 119.
(701 > De nrnîattw, t. I'% p. 207, 255, 515 ; t.
B, p. 42, 216.
(702) < Quant à moi, moii opinion, que je ooost-
içne ici fMWr moi sent peai-étre et pour un petit
nombre d*amis, c*est que tout homme oompléiement
«organisé a le sentiment d*uiie caose et d^une force
pmniére aai lie tout et enchatoe toat ; mais je oe
puis la délinir, et je ne sens pas le besoiû de Tbono-
rer par un aotre culte que celui que lui rend ma
conscience. • {Irtilaiion^ t. !*% p. 608.)
(703) Même ouvrage^ t. !'% p. 445; t. Il, p. 70;
iS±; Coun de pkrénohgie^Xe^n 19*, p. 725. Lisez
sooi le passage, et cet autre de ce dernier ouvrage :
« l^e eerreau ne peut agir sans le concoora de divers
aij^enls, le calorique, roxTgène, rélectridté, les im-
poodérables enfin, dont Tadion n^est pas aussi étu-
diée parlespbjsiologistesque par les physiciens. Nous
ajouterons que ces prindpes, qui ne nous sont con-
nos que par quelques effets, semblent se confondre
»'%^e>e la cause première de la vie; mats que pourtant
noas ne rqNignons point à en distinguer ceUe der-
nière, poonru qu*on ne Temprisonne pas par (rag-
n>r>f Ils dans les différents cenreaux d^une seule espèce
d'êtres vivants. C^te cause, nous la sentons par in-
et enchatne tout (702). » C*est un grand in-
connu qu'il ne iisiut ni personnifler ni défl-
nir, dont Tidée est une induction de la ca-
sualité. Comme le sentiment seul nous élève
k lui, il serait insensé de vouloir le connaî-
tre; mais il se met en rapport avec nous
dans la matière des nerfs ; car la cause iirc-
mière de Faction du cerveau n'est pas dans
le cerveau; et, conduit par la nécessité de
trouver « un lien commun è toutes ces for-
ces qui lui paraissent«ètre de la matière en
mouvement, » M. Broussais a écrit ces pa-
roles : « L'athéisme ne saurait pénétrer dans
la tête d'un homme qui a réfléchi profondé-
ment sur la nature (703). »
A cette double affirmation y l'existence du
monde extérieur attestée par nos facultés et
l'exislencede la cause prem lère, se réduit pour
Broussais toute la philosophie transcendante;
car c'est là de la philosophie transcendante. Le
reste n^esty avec lui, qu'observation empirique
et externe, c'est-à-dire que physiolome. Hors
de ce cercle, il ne voit que de la metaphjsi-
aue et jamais il ne prononce ce mot qu'avec
édain. A peine prend-il la peine de réfuter
la science ainsi nommée. Il fait plus d'hon-
neur à la psychologie qu'il poursuit avec
beaucoup de verve et d'obstination et qu'il
réussit a peu près à convaincre de n'être
qu'une métaphysique déguisée.
Il reconnaît cependant que la psycholo-
gie des Ecossais oébute assez bien (704). On
sait en effet, que ceux-ci ont en général
réduit la science à l'histoire naturelle de la
pensée ; ils se renferment dans l'enceinte
de l'observation et de la description des
phénomènes. Ils ne s'aventurent qu'avec
scrupule aux inductions qui vont au delà,
même à celles qui obtiennent d'eux bien-
veillance et croyance, et l'on pourrait citer
de Dugald Steward tel passage qui laisse le
champ libre au matérialisme, et réserrant
toutes les questions concernant l'essence de
l'homme (705). Une psychologie aussi mo-
deste méritait bien quelque indulgence ;
ductîoo sans la concevoir; nous comprenons même
h nécessité d*mi moteur unique pour tCNite la na-
ture ; mais nous n*avons aucun moyen de la décou-
vrir, i (Leçon 3', p. 79. Voy. aussi les leçons iî*'
et 18', p. 406, et 092 et sniv.) Il y a, dans les deux
ouvrages de M. Broussais, quelque confusion sur
Porigine de la notion de Dieu, qa*il rattache toujours
au senUment, tout en b faisant sortir de Tinduc-
tion. n PaUribue à la causalité, et non, comme Gail,
à la vénération. La confusion vient de ce qu*il rap-
porte volontiers au sentiment toute induction qui
n*est pas le produit immédiat d'une percq>tion par
les sens. (Voy. De Cirritation, L P% p. 290, 5if ,
546, 569, et t. II, p. 126, 261, etc., et le Cours de
pkrénoloaie^ leçon iO', p. 825.)
. n04) BaocssAis, Cours de phréiudogie^ leçon 5*.
(705) ff ÏJd caractère distinctif de la sdence in-
dnctive de Tesprit est de s'abstenir de toute spécn-
htion sur la nature el Fessence de ce même esprit...
Jjcs conclusions sur Tesprit humain auxquelles nous
conduit naturellement la méthode d'induction...
s*arrangent également des systèmes métaphysiques
des matérialistes et de ceui des partisans de Betkc-
ley. t (D. Stewait, Es$aii plrtlos., Disc prélim.,
ch. r% 1.) La même idée est exprimée au commen-
cement de ses EléwÊenU de ia fmilowpkie de FesprU
ilw
PHY
DICTIONNAIRE
PKT
\m
.aaxsi Broussais en parle-t-il sans amer-
tunie,et reconnaissant qu*elle est dans une
bonne voie, il lui reproche seulement de
n'avoir pas continué à y marcher. Elle est
pour lui sage, mais timide, et ne va point
assez au fond des choses. Si la psychologie
n'est en effet que l'observation des phé-
nomènes de la conscience, si elle s'interdit
la foi et presque l'examen en ce qui tou-
che les lois de la raison impliquées dans ces
faits et leurs inductions immédiates, il est
certain qu'elle ne mérite pas les anathèmes
proférés ailleurs contre son nom par son
véhément adversaire. Mais il faut reconnaî-
tre que, malgré qu'elle en ait, la psycholo-
gie va toujours un peu plus loin ; bien que
principalement descriptive, elle est toujours
partiellement rationnelle, et nous qui fai-
sons profession de très-peu nous hasarder
au delà des limites de la psychologie, nous
avouons volontiers que nous dépassons le
point où Broussais déclare que de psy-
chologie on tombe en métaphysique, et nous
n'aimons pas que la psychologie s'attache
trop h s'en disculper ; cela sent la faiblesse
et l'hvpocrisie.
11 demeure vrai qu'avec les faits de cons-
cience pris à titre de simples phénomènes,
on ne peut construire une science du fond
des choses, mais pas plus, mais moins en-
core le matérialisme que le spiritualisme.
La part que dans tous les systèmes l'organe
encéphalique prend à l'activité morale, n'est
point aperçue de la conscience. Personne ne
sent distinctivement l'activité quelconque
du cerveau. Dans la sensibilité uniquement,
on s*iGiperçoit de l'intervention des organes,
mais aes seuls organes extérieurs des sens,
et une illusion naturelle et irréfléchie nous
porte même à croire d'abord que l'œil voit,
3ue l'oreille entend, que la vue est toute
ans l'œil, l'audition toute dans l'oreille ; il
faut Y penser un peu pour se convaincre
que roreille et l'œil ne font que servir à
voir et à entendre, et sont les instruments
d'un organe plus intérieur. La multitude n'y
songe guère, et quoique le sentiment du mot
respire dans tout son langage, dans toute sa
conduite, c'est pour elle foi implicite plutôt
que science distincte, et l'on peut ici remar-
(mer en passant combien il laut se déGer de
I empirisme des sensations. Il nous porte à
donner aux organes extérieurs des sens une
toute autre importance que celle qui leur
est reconnue par l'universalité des physio-
logistes. Eux-mêmes le récusent ^n cela, et
ils ont raison.
Il faut donc chercher la connaissance hors
de l'expérience externe ; après elle ou à côté
d'elle se trouve l'expérience interne ou la
conscience. J'avoue que si Ton ne s at-
tache point à démêler les principes envelop^
pés dans les crovances qu'elle suggère, ov
ne fera point par l'étude de la conscience de
grands pas dans la voie de la vérité, et j'ac-
Attfitaîfi (Inlrod., pari. r*). Reid insinue guelqoe
chose de semblable (Euai i«% ch. l'M, et M. Joiif-
roy a répété et développé Tasserlion (Préface de In
corde à Broussais qu*il faut quelque diose
de plus. L'intelligen Je développée, la raison
instruite d'abord et comme excitée par IVi-
périence et la conscience, les féconde, les
dirige à son tour, les emploie plus savani-
ment, et refait, tant à l'aide de leurs sugges-
tions que de ses principes et de leurs con-
séquences prochaines, une science propre-
ment dite. Au fond c'est [mv ce procédé que
l'on établit toutes les théories anthropolo-
Î;igues y compris le matérialisme, et il est
oin d'être aussi purement expérimenlal
qu'il le prétend.
La doctrine opposée, aussi expérimentale
que lui, n'est pas, comme on le pense bien,
moins rationnelle.
Elle puise d'abord dans le sentiment bi^n
étudié le principe de l'identité de la personae
humaine, et montre ensuite ce principe con-
tradictoire avec la diversité, la multiplicité
des organes. En disant que le sentiment
manifeste l'identité, je veux dire que Tex-
périence externe et interne, ou la sensibilité
et la conscience, complétées par la mémoire,
aue la perception intérieure des sensations,
es affections morales, des actes de FinteU
ligence, de ceux de la volonté et de ceux des
organes qu'elle dirige, atteste diversement
mais concurremment un même mot. Or, ce
mot quel est-il pour la plus simple réflexion?
Il est quelque chose; il est la 'personne
même ; il est, par rapport à toutes tes modi-
fications, à toutes les opérations qui vien-
nent d'être rappelées, un azent et un patient.
Telle est la philosophie de tous ceux qui
ne sont pas philosophes. La réflexion n
plus loin, elle distingue davantage, elle
devient analytique, et elle remarque qu'a-
près tout la sensibilité, Texpérience, la
conscience, n'attestent rigoureusement que
des phénomènes qu'elles lont croire au moi,
mais qu'elles ne le montrent ni ne le prouvent.
Alors elle suppose que le mot n'est qu'une
sensation de sensations et d'idées, une col-
lection d'impressions, d'affections ; et sans
Ï>lus reconnaître d'autres faits, elle sépare
'observation et l'étude des sensations et
des idées, de toute recherche relative au
principe duquel elles dépendent ; et suivant
qu'elle est ou non portée soit à se Ger
aux inspirations de la conscience, soit à se
laisser gagner aux [subtilités de l'analyse*
soit è garder la réserve et la neutralité entre
la crédulité et le paradoxe, elle admet le
mot comme existence, ou elle le nie abso-
lument, ou elle s'interdit toute conclusionà
ce sujet. Là s'arrête, en général, la psychc^-
logie proprement dite. Par une sorte de
tendance a l'empirisme ou de déférence lu
sens commun , elle adhère à rexistence
d'un être qui sent, pense et veut, sans qu'il
résulte pour elle d aucune analyse scienti-
fique ; ou bien elle le rejette comme ane
induction gratuite ; ou bien enfin elle ne le
croit pas objet de science et cesse de s>o
trarluctîoD de YEuruiiU ae phiios. mor. de STfwiiT.
4).
1137
roY
D'ANTHROPOLOGIE.
PUT
113^
occuper. Le scepticisme est contenu à
dirers degrés dans ces trois partis pris ou à
prendre ; et c'est par là qu u a été permis
a'accuser la psychologie de penchant au
scepticisme. Le dernier parti est celui au-
quel incline la psychologie écossaise, au
moins chez quelques-uns de ses interprètes.
Elle paraît souvent penser que la science
proprement dite devrait s*en tenir à Tobser-
Tatjon du phénomène des facultés ; c'est le
scepticisme par restriction. Le second parti
est un scepticisme presque do^^matique,
ridéalisme* à parler exactement. C*est une
doctrine sceptique, parce quVIle révoque
en doute les croyances naturelles de
Thumanité et méconnaît l'autorité des
principes de la rai^son. C'est une doctrine
aCBrmative, parce que sur cette récu-
sation de nos (acuités, elle fonde une
conclusion. C'est enfin un scepticisme qui
conclut, l'autre ne conclut pas. Mais des
trois systèmes, le premier est le plus sensé,
quoique faible encore et insuffisant. Distin-
guant par l'analyse, comme tous les autres,
les questions de phénomène et les questions
d'existence, ce système ne résout pas les
dernières par la négation. U croit au mot
sur la foi de la conscience, ou sur celle de
la sensation, par bon sens, par imitation,
par respect pour le témoignage commun,
par un instinct pratique, mais pourtant |jar
une sorte d'inconséquence, en ce sens qu'il
admet que cette croyance est sans preuve
sensible, le mot substantiel encore une fois
ne restant pas au fond du creuset de son
analyse. Voici les formes que prend ordinai-
rement cette doctrine. Si le respect du sens
commun, des croyances qui importent à la
morale, qui sont les plus consolantes et les
plus honorables pour Thumanité, la domine,
c'est alors une psychologie excellente, bien
qu'incomplète et*^ faible ou vulnérable par
quelques côtés. C'est la psychologie des
Écossais prise largement. Si elle accorde
beaucoup à la sensation, et que dans ce
fût puissant elle répugne à ne voir qu'un
phénomène sans substance, plutôt par une
sorte de foi irrésistible dans la sensibilité,
que par une adhésion réfléchie aux lois de
1 esprit humain ; c'est le sensualisme rai-
sonnable, lequel cependant peut prendre
deux routes, ou, avec Condillac, se décider,
en vertu du principe de Tunité, pour la
croyance à l'esprit, pour le spiritualisme ;
on, avec M. de Tracy, ne sauver la psycho-
lo^e de cet idéalisme provisoire, qu'on ap-
pelle l'idéologie, au'en se jetant dans le
matérialisme avec la plupart des physiolo-
gistes. Ceux-ci ne roient dans le mot de la
conscience qu'un mot phénoménal, ou le
phénomène d'un mot matériel qu'ils s'atta-
chent à observer et à décrire. Mais tous ces
sytèmes, je le répète, sont plus ou moins
entachés de scepticisme, en ce point que
tous admettent plus ou moins nettement
pour la philosophie une impossibilité qui
les touche plus ou moins, d'établir scienti-
i»|uement l'existence de la personne réelle ;
cette concession esc un des titres principaux
ï
n'invoque le matérialisme physiologique.
e fond de scepticisme provient de l'emploi
exclusif de ce qu'on est convenu d'apfie-
1er la méthode analytique. L'analyse, telle
que le dernier siècle l'a enseignée, est le
caractère commun et le principe dominant
de toute cette psychologie.
Nous avons dit que c était à ces doctrines
que s'arrêtait le second degré delà réflexion ;
mais il est un troisième degré. Plus atten-
tive, plus profonde, plus hardie, la réflexion
démêle les principes enveloppés dans les
inductions de la conscience, et qui, bien que
suggérés par celle-ci, sont vrais indépendam-
ment d'eue. Le moi^ manifesté par ses phé-
nomènes , est plus qu'un phénomène, parce
au'il n'y a jias de qualité sans substance, ni
'eflet sans cause. Ce sont là des lois , des
dogmes, des axiomes de la raison, des véri-
tés régulatrices , bien qu'amenées par voie
d'induction. Les crmances de la conscience
peuvent tenir d'elle feur empire ; mais elles
sont légitimes, larce qu'elles s appuient sur
les princi|>es de la raison ; elles ont ainsi
une vérité empirique et une vérité ration-
nelle; elles sont vraies de fait et de droit.
La raison fonde ce que la conscience atteste,
l'eiistence du mot.
Mais à cette existence la raison ajoute
l'unité ; et de même que la conscience donne
l'unité empirique et phénoménale du mot ,
la raiso^ lui reconnaît une unité réelle et
nécessaire , et du droit qui est en elle , eile
prononce que cette unité est d'autre nature
que celle d'un tout matériel. L'organisme
humain , celui d'un animal quelconque, est
un tout matériel. Il a son unité, c'est-à-dire
son ensemble. Il est un en tant qu'il est
délimité de toutes parts ou figuré et distinct ,
et que toutes ses parties conspirent. Mais
cette unité même comporte multitude, niuN
titude de côtés et de plans , multitude de
parties. L'activité harmonique de lanimal
implique diversité des instruments et des
fonctions ; il n'y a point de concert sans
diversité.
L'unité du moi est tout autre et pour la
conscience et pour la raison.
Elle est tout autre pour la conscience, car
elle n'est pas l'accord seulement des parties
et des fonctions. L'accord n'est (pie la rela-
tion , l'accord n'est pas une existence , et
nous sommes partis d une première donnée,
celle du mot existant, du moi substance.
Or , la substance , plus l'unité , est autre
chose que l'accord des substances diverses.
Le sujet des actes du mot est le sujet d'attri-
buts qui ne sont percevables qu'à la coirs-
cience , d'attributs qui n'ont sous ce rapport
rien de commun avec les qualités des corps.
Ainsi, à eq juger par ses qualités, et l'on ne
peut ju^r d'une substance autrement, rien
n'autorise à identifier la substance du mot
avec celle du corps. L'unité que lui prêta la
conscience n'est point celle qui ne sied qu'à
la matière et qui suppose des parties , c est
celle qui n'en suppose pas ; car dans les
différents points de sa durée, dans la succes-
sion de ses modifications, dans la comparai-
IfW
WIl
DICnONMAlRe '
PUT
m
son successive ou simultanée quil en fait,
le moi change et persiste , il est le même et
diyers.
alius et idem
NmicerU.
L'individualité rigoureuse a son type oans
le mot. Par son identité en des temps divers,
sous des phénomènes divers il nous donne
le sentiment et la notion d'une unité dont
aucune représentati n externe ne nous offre
la pareille ou l'image.
A ce sentiment , a cette notion implicite ,
comme toutes celles de la conscience, la rai-
son ajoute cette double réflexion.
Les phénomènes du mot nous garantissent
quelque chose d'existant , comme les quali-
tés des corps nous font percevoir quelque
chose d'existant. Le support des qualités
des corps s'appelle la substance matérielle.
Que savons-nous de cette substance ? Rien ,
sinon son existence et ses modes. Dire qu'elle
est matérielle , c'est dire qu'elle est mani-
festée par de certaines Qualités fort connues,
et qu'on appelle qualités de la matière. Le
support des modes du mot , le sujet de ses
phénomènes est attesté et manifesté par des
accidents qui n'ont nul rapport avec les qua-
lités dites de la matière. Ne lui voyant aau-
tre point de commun avec la substance
matérielle , que l'existence , nous la devons
donc appeler substance autre que la subs-
tance matérielle. A ces deux ordres de qua-
lités différents qui donnent chacun la seule
définition possible de la substance à laquelle
ils se rapportent , il faut donc assigner des
substances de différente nature. Par la défi-
nition même, il y a donc la substance maté-
rielle et la substance qui ne l'est pas.
Développant celte distinction , la raison
établit que, pour elle, la substance des corps
est manifestée multiple , et la substance du
mot manifestée une ; et , qu'en effet , il est
Impossible de comprendre sans l'unité l'ac-
tion du sujet pensant. Le sujet du corps est
donc la substance étendue , impénétrable ,
multiple ; le sujet de la pensée la substance
non étendue, non impénétrable, une. C'est ce
3u'on veut dire , et rien de plus , quand on
it l'une matérielle, l'autre immatérielle ,
Tune corporelle, l'autre incorporelle. On les
appelle cians Thomme le corps et l'Ame (706).
Voilà jusqu'où va la réflexion philosophi-
3ue, même avant de s'élever au--dessus
'une science démonstrative et logique, pour
atteindre à une science purement spécula-
tive, tentative qui ne lui est pas interdite et
qu'elle peut risquer en poussant plus avant
ses recherches sur la nature de la substance
et sur les causes , la portée et l'essence de
ce dualisme, auquel nous venons de la con-
duire. Mais nous n'avons pas dessein d'aller
aussi loin , et ce qui vient d'être dit suiSt
pour établir contre la phjfsiologie et le maté-
rialisme cette dualité qui , en même tetuj^s
qu'elle est une vérité scientifique , est on
lien commun de la croyance populaire.
Après avoir dégagé le principe de lunité
du mot, nous rappellerons qu'il est telle-
ment naturel à 1 esprit humain , que pour
établir le matérialisme il faut changer le
sens commun et innover dans le commun
langase. L'abus de la causalité et de la per-
sonnalité, ou la déviation des organes phré-
nolo^ques , n* 22 et n* 35 , a , selon Breus-
sais, introduit la chimère d'un esprit bamaiu ;
mais ce n'est pas tant un paradoxe des méta-
physiciens spéculatifs ou'une croyance du
peuple routinier , et , s il y a erreur , c'est
une de ces erreurs accréditées par une forte
ap})arence, par un air de vérité , tout au
moins comme l'était jadis la foi dans le mou-
vement du soleil et l'immobilité du elobe
terrestre. Comme disent les jurisconsultes ,
Vonus probandi est donc du coté des physio-
logistes. Ne l'oublions {>as en discutant les
preuves ou les présomptions de Broussais.ll
n'a, à ma connaissance, rien établi de direct
contre ce qui vient d'être posé. Il a plutôt,
suivant Tusage des physiologistes , présenté
des fins de non-recevoir, qu il n'a réfuté eu
soi l'argument philosophique.
N'importe ; dans cet ordre d'objections , il
V en a de fortes , peut-être même d'insolu-
bles, ce qui ne serait d'ailleurs une raison ni
de nier ni de douter. Jusque dans les ques-
tions pratiques de la vie, la raison doit saiFoir
se décider même contre des objections inso-
lubles.
La première et la plus générale dans la
Juestion qui nous occupe est prise de la
ifiiculté, ou, si l'on veut , de l'impossibilité
de se représenter l'esprit, son union avec le
corps , et son action sur les organes. Conn
ment est et comment agit l'esprit î Mystère
impénétrable , sans doute ; mais de quel
droit nous l'objectez-vous T N'est-ce pas une
vérité triviale dans votre philosophie qu'il
est téméraire de vouloir connaître le com-
ment des choses ? Ne faites-vous ras profes-
sion de penser qu'il y a des mystères impé-
nétrables ? Ne dites-vous pas : « Nous ne
découvrons pas la manière dont l'appareil
nerveux proauit la pensée. Il ne s'agit pas
de savoir pourquoi ni comment ; rhypothe>c
commencerait Le comment ou la cause
première reste inconnue pour les psychoio-
gistes comme pour les pnysiologistes. Les
agents primitif^... meuvent la matière,... la
mettent dans divers états où figure l'état de
vie.... Voilà le mystère impénétrable de la
nature ;,.. les causes, les forces ou les prin-
cipes obtenus par la voie de l'induction,
cessent de l'être , dès qu'on y pense atlen*
(706) Voy., pour le développement de cette dé-
iBOBSlration , Bvylb, IHct. erit. , art. Dicéarque^
notes G et L, et Leucippe, note E ; Tart. Ame de la
f[rande Encuclopidie; Conuillac, Art de rationner^
iv. 1", ch. 3 ; Jouffroy, Préface de la traduction de
VEi^inisie de phitcs, morale de D. Stewart, 1826 ;
Damiron , Eisai tw t^itoire de ta plntùuphe n
France an xw titcU, t. 1" ; EcoU tauMëiitu, rt
Coaf$ de philoêophU, U !•' ; Piyckoiope, ch. i ' ;
Revue française. Examen de Toiivrage de M. Bmy
sais, n"* xi, 1829.
lui
PHT
D^ANTHROPOLOGie.
rat
IMt
tÎTement , pour se résoudre dans le grand
inconnn. Le moi se passe dans la matière et
par les impondérables , peut-être en partie
en eux ; cest un mystère... Le phénomène
de la conscience est un fait dont on doit
s*abstenir de tenter Fesplication. Que se
passe-t-il de matériel dans les nerfs et le
cerTeau pour Texécution de leurs fonc-
tions?... Cest le grand my$iêre de Técono-
mîe Tirante (707). m On le Toit, partout il j
a mystère. 11 y a dans le cas de Tmconnu un
ioTincible inconnu. Les diverses doctrines
ne sauraient se le reprocher mutuellement.
On ne peut examiner qu'une chose, le mys-
tère est-il plus grand .d*un cAté que de
Tautre ? Est-il du côté du spiritualisme plus
répugnant pour la raison que du côte du
matérialisme 7
Nous avons déjà touché les diflSirultés du
matérialisme. 11 iaut, avec Broussais, que
de simples condensations d'une substance
molle produisent intégralement et substan-
tiellement tous les genres de sensations,
d*idées, d*émotions, aaflections, de volon-
tés, et dans chaque genre les variétés infi-
nies de ces divers phénomènes de Faetivité
mentale. Cela est au moins étrange et trou-
ble rimagination. Un froncement de pulpe
avec une altération insensible de tempéra-
tore et de couleur, un phénomène d'irrita-
tion, c'est-ànlire de pénétration des fluides
impondérables et des liquides, sera indiffé-
remment, et sauf des mooifications fugitives,
la sensation de Todeur d'une rose, la sensa-
tion de la soif, la convoitise d'un trésor, la
tentation du suicide, la découverte des lo-
garithmes, l'invention de la machine à va-
leur, la conception du Parodié perdu j le
plan de la bataille de Rivoli, la résolution
du chevalier d'Assas, l'improvisation du po-
lichinelle de Naples. Cette contraction ner^
Teuse, dans ces diverses nuances , sera tout
cela et des millions d'autres choses; et en
même temps ces millions de choses ne se-
ront en tout que contractions nerveuses, et
rien de plus. Broussais ne dit pas seulement
qa'nne contraction nerveuse est attachée et
nécessaire à nos actes, mais qu'elle est ces
actes mêmes, en tant qu'accomplis et en
tem^ que perçus. Résoudre une équation,
ce n est pas employer et diriger sou cerveau
de manière à la résoudre; car qui l'em-
ploierait ou le dirigerait, si ce n'est qu'un
moi distinct des organes, par conséquent un
esprit? La résolution dune équation est
une action du cerveau qui se meut pour
cela, stimulé par une équation , comme le
poumon stimulé par Fair vital se gonfle et
respire. La contraction nerveuse, encore
un^^ois, n'est nt le moyen, ni l'instrument,
ni la condition de la chose, c'est la chose
même ; et le résultat du fait de penser est,
somme le penser même, un phénomène or-
ganique. Je le demande, ouoi de plus diffi-
cile à comprendre? Quoi ae plus contraire à
la présomption naturelle ? Quoi de plus ré-
(707) T. l-, p. aiî, «41; t. D, p. 64 65, 74, 76,
«6» 104 et Wî.
pu^^iant pour la raison? Essayez de vou3 r<*-
présenter cein : 11 n'y a pas d'esprit : l'idée
n'est plus un acte, un produit de l'esprit,
un certain état de l'esprit; l'idée n'est plus
même un effet d'une opération du cerveau ;
car un eflbt est distinct de sa cause, et il fiiu-
drait que l'idée se produisit du cerveau dans
un autre milieu, qui serait alors un mot
distinct de l'organe ; non, elle est elle-roê-ne
une opération du cerveau. Ce je ne sais quoi
qui est comme l'idée de la vertu uu comme
1 idée d'une quantité négative, n'est que de
la fihre et du sang. C'est faute de la voir,
c'est faute d'être organisés pour l'aperce-
voir à l'aide des sens, que nous nous figu-
rons que ce ne soit pas cela, que ce soit au-
tre chose. La douleur, la colère, la pensée,
le souvenir, la compréhension, ne sont pas
seulement des produits de la modification
des oreanes, ce ne sont que des organes
modifiés. Autrement il fiiudrait qu'il y eût
quelqu'un qui, par le moyen des organes,
conçut, reçût la douleur, la colère, la pen-
sée, le souvenir , et alors le matérialisme
n'existerait plus. Quand je dis : je pense à
la vertu, je devrais dire : la circonvolution
placée sous le pariétal , sous la partie laté-
rale de la voûte de mon crâne (708), est dans
l'état de tension , de couleur et de chaleur ,
expérimentalement connu sous le signe peti^
êéedela ver lu. Pensée de la vertu» souvent n
de Rome, calcul des fractions, sont des états
d'oif ânes comme œdème , bjrpertrophie ,.
phlosose, gangrène ; et ce qui est curieux
et n&sessaire , les idées de gangrène , phlo-
gose, hypertrophie, œdème, sont aussi des
états des organes» distincts des états mêmes
désignés par ces noms. Quand le ceeveau,
Kr exemple» pense an cerveau,, il est» dans
tat physique, idée^ du cerveau » état où
lui-mêime représente lui-même- à lui-même,
sans que lui-même se sente lui-même.
Demandez-moi maintenant comment un
esi>rit peut agir sur un corps; cela est mys-
térieux. J'en conviendrai ; mais les idées,
les sentiments , les raisonnements ne sont
pas {NHir l'expérience des choses corporel-
les ; il est impossible de leur percevoir ni
concevoir une étendue» une impénétrabilité
quelconque, et je vous demanderai à mon
tour comment des corps peuvent produire
des choses incorporelles , comment des or^
S ânes peuvent engendrer des sentiments ,
es idées , des raisonnements ; comment le
sensible i>eut engendrer l'insensible. Ce
mystère-cî vaut l'autre. Qu'on y songe bien,
un frémissement fibreux sera pour lui-
même la démonstration du théorème de
Ta^lorl Et par suite ce théorème n'existera
ou autant qu'un cerveau sera actuellement
dans l'état local d'irritation qui devrait eu
porter le nom 1 Voilà le sort réservé aux
vérités éternelles des mathématiques.
Dans les deux systèmes, la difficulté vient
de la dissemblance qui existe entre les deux
termes qu'il faut ou rapprocher ou confrm-
(708) Organe de h conscience morale, ou c >ii^
cicnciosité. (Srvazacui )
1143
PllY
DICTIONNAIRE
PBT
1144
dre. Remarquez cependant une différence
saillante; pour le spiritualisme , les deux
dissemblables, le corns et Tesprit, sont dans
la relation d'action ae Tun à Tautre , selon
ce que Kant appelle la catégorie de commu-
nauté Igermeinschaft ^ ou commerce). Pour
ie matérialisme, les deux termes sont dans
la catégorie d'attribut à substance ou d'effet
à cause Le spiritualisme , en effet , ne dit
pas que Tesprit produit le corps, ce qui pa-
raîtrait plus que mystérieux , ce qui paraî-
trait absurde , au lieu que le matérialisme
attribue au corps la puissance de produire
l'incorporel ou de se manifester par l'incor-
f>orel. Pour l'un le corps est le relatif de
'esprit; pour l'autre, le spirituel est l'effet
ou le mode du corps. Ce dernier mystère est
tout à fait inintelligible ; le premier au con-
traire se réduit à la conception d'un être
dont la nature soit précisément de compren-
dre ce qui n'est pas lui, ou, p)\is brièvement
de •comprendre. Or tout revient à la ques-
tion de savoir d'abord si le fait de Tintel-
ligence existe, ensuite si ce fait ne donne
pas nécessairement l'existence de l'être in-
telligent, être 8ui generisj aucune propriété
de la matière observable ou concevable ne
donnant Tintelligence , et n'étant pour la
raison compatible avec l'intelligence. Une
fois que l'être intelligent serait reconnu
comme nécessaire, on ne serait plus rece-
vable à demander comment il est dans un
certain commerce avec la matière, car ce se-
rait demander ce qui résulte de la suppo-
sition môme. Par la supposition , ou lôtre
intelligent n'est pas, ou il est l'être qui n'est
f)as la matière. Et du moment que cette re-
ation existe, l'action de l'une sur l'autre,
à l'aide d'une liaison et d'une coordonnance
{préalable » devient admissible comme une
orme ou une condition de cette mysté-
rieuse relation.
La relation donnée , je ne refuse pourtant
pas de l'examiner , et de réduire à sa juste
valeur cette interrogation sans cesse renais-
sante de Broussais : Comment ce qui
n'est pas corps peut-il exercer de l'action sur
ce qui est coips?
Cest demander en d'autres termes com-
ment le dissemblable peut agir sur le dis-
semblable. Ceci parait s'appuyer sur le prin-
cipe longtemps reçu en pnysique : le sem-
blable ne peut agir que sur le semblable ;
principe admis par toute l'antiquité, et qui,
dès le temps de Démocrite, et dans ses mains,
fut l'instrument du matérialisme (709). Mais
d'abord ce principe, pris d'une manière ab-
solue, est faux ; car le rigoureusement sem-
blable c'est l'identique, et en physique l'i-
dentique n'agit pas sur lui-même. Toute re-
lation d'action nécessite au moins la du-
pHcitét c'est déjà une dissemblance, et il y
aurait plus de vérité à dire : Il n'y a d'action
Î n'entre les différents. Il faut au moins une
ifférence de lieu entre les mêmes ; et en-
core en différant de lieu, les mêmes agissent
peu les uns sur les autres ; il faut supposer
en eux des forces contraires pour qu*un loi
phénomène s'accomplisse. En chimie, il n'y
a que les différents qui agissent les uns sur
les autres. Le spectacle de toute la nature
atteste qu'un certain degré de différence en-
tre les corps est nécessaire à l'action des
uns sur les autres.
Jusqu'où peut aller celte différence sans
que l'action devienne impossible? Elle peut
aller très-loin; on dirait que Faction est
d'autant plus intense que la différence est
plus grande. Exemple : Les rapports d'ac-
tion qui se manifestent entre les corps or-
ganises et ceux qui ne le sont pas. Méca-
niquement, quelle force modîQe plus la ma-
tière que la force humaine ? Chimiquement,
quel corps la modifie plus que l'animal gui
se l'assimile? Comme aussi quelle action
saisissante, terrible même, les corps inor-
ganiques ne peuvent-ils nas exercer sur les
corps organisés 1 II semblerait que ractioii
n'est iamais plus énergique qu'entro les hé-
térogènes.
Mais il faudrait s'entendre sur l'hétéro-
généité ; c'est une expression dont ie sens
varie suivant l'ordre d'idées dans lequel on
raisonne. Les hétérogènes de la mécanique
ne sont pas ceux de Ta chimie, et une défi-
nition générale serait difficile. C'est avec les
physiologistes, c'est avec Broussais que
nous discutons. Pour ceux qui ne croient
qu'à la matière, il u'v a dans tout ce qni
existe rien de plus hétérogène que ce qu ils
appellent les impondérables et les corps pe-
sants. Ils l'admettent au point d'expliquer
presque tout par elle. Voilà , certes , une
grande dissemblance : l'impondérable a^t
sur le pesant ! C'est la négation de l'axiome:
le semblable agit seul sur le semblable.
Mais qu'est-ce qu'un impondérable? C'est
un corps sans pesanteur. C'est un corps;
car, que serait-ce ? un esprit ? Nous pour-
rions, nous, dire de ces folies ; mais les phy-
siologistes ne nous feraient pas si beau jeu.
C'est donc un corps , et un corps sans pe-
santeur; non pas un corps pesant dont la
pesanteur serait absolument insensible;
car, qu'est-ce qu'une pesanteur insensible,
une pesanteur qui ne pèse pas? La pesan-
teur n'est pas une qualité absolue de la
matière ; l'idée de pesanteur est relative à
l'homme. La pesanteur est un effet d'une
propriété qui peut-être elle-même n*es( point
absolue. Peser suppose une sensation : les
impondérables sont donc les corps sans pe-
santeur. Tout le monde sait d'ailleurs quils
sont invisibles, intangibles, et ainsi, |>onr
les sens du moins , immatériels. Or, qu'est-
ce qu'un corps ainsi conçu? Ce qui lui reste
des qualités de la matière est insaisissable,
et il y a bien du mystère dans ces mots : la
matière électrique ou le fluide lumineui.
Je n'en conteste pourtant pas l'existence.
Je demande seulement si la nature de ces
corps ne devrait pas donner de pands sou-
cis, de grandes défiances aux physiologis-
tes, et si elle ne devrait pas être saluée de
(700) Aristote, Metaphys,, xii, 10; De gcnerat. et corr,, i, 7; Sexi. Emp. adv, Matth. i, 7.
lia
PHT
D'ANTHROPOLOGIE.
niT
IliS
leur pari de la déeUralion aupeibemenl
homble qu'ils ne comprennent pas ce qu'on
veut dire quand on en parle.
Et la nature de ces corps n'est pas toul ;
reste leur action. Qu'est-ce que cette ac-
tion? Il est bien aisé d'nnir ensemble les
mots suivants : « Nous ne vivons que par
l'excitation. L'excitabilité est entretenue
ftar le calorique et roiV£rène... L'électricité
jdue aussi un grand rôle... Les impondé-
rables donnent a la matière cérébrale la
puissance de produire ces phénomènes vi-
taux. Le moi se passe par ou dans les im-
liTindérables. Le concours d'une matière vi-
vante et des impondérables peut être donné
niinme cause appréciable du sentir et du
moi. » Mais en vérité qu'est-ce que cela veut
dire comme explication? Ce n'est qu'une
traduction, encore très-hasardée, des phéno-
mènes; c'est Texpression de quelques ap-
I>arences combinées avec quelques hypothè-
ses, expression destinée à représenter sjsté-
maliouement des faits certains; mais je ne
vois aailleurs rien de plus convenable dans
tout cela que dans Tunion de l'Ame et du
corps (710).
On me répondra ce que j'ai dit moi-même,
que toutes les théories des faits un peu
cooipliqués de la physiologie, de la chimie,
de la physique, se réduisent à des descrip-
tions de mouvements, et le mouvement à
des phénomènes d attraction ou de répul-
sion, peut-être même d'impulsion seule-
ment ; et 1 on en conclura que Faction et la
réaction des corps entre eux se bornent à
des phénomènes de mouvement, quoique
niTstérieuse dans ses effets, et aussi admis-
sîTile que les phénomènes les plus simples
des forces mécaniques. Ainsi Ton expliquera
tout par le mouvement. Mais d'abord, quoi
de pins obscur que le mouvement? Que n'en
a-t-on pas dit chez les Grecs, que n'en a-t-on
fias dit chez les modernes, jusqu'à ce que
Galilée s'avisât d'en recfiercber les lois au
lieu d'en scruter la nature? Puis, est-ce donc
chose si intelligible que l'action purement
mécanique d'un corps sur un autre pour
qu'on y trouve encore le cause de l'essence
même dn sentiment et de la pensée? L'im-
f ulsion, la plus simple impulsion elle-même
es»t impénétrable; et en assimilant k Tim-
fulsion le phénomène de la perception ou
d^ la volonté, on croira Ta voir mieux com-
l«rise! Mais n'est-ce pas expliquer obicurum
au moins par obscurum: et parce que vous
ne s^rez pas pourquoi ni comment une bille
l»ou5seune bille, saurez-vous mieux com-
ment le corps et l'esprit agissent l'un sur
Tautre, quand vous aurez dit qu'il se passe
cri ire eux la même chose qu'entre les deux
L»i Iles (711).
Ne sortons pas de cet ordre d'exemples.
Presque tous les physiciens admettent des
(710) De tirrii., etc., L I", p. 242, 247 ; t il, p.
71,273,274,276.
(711) Gel argument a été parfaitemeot dévdo|ipé
•fans on «ovnfe remaniiiable el peu oooira , Doe^
M imcdti rapporii dm ptn^ùifMe et du moral, par F. Bé-
forces. Slls les supposent distincCes des
corps, voilà des existences incorporelles, ac*
tives cependant et agissant sur les corps , et
f>roduisant des phénomènes sensibles. C'est
a même difficulté que celle de Faction de
rame sur le corps. Si cette difficulté n arrête
pas quand il s'agit de mouvement inor^^ani-
que, elle ne doit pas arrêter en physiologie ;
car il est naturel d*indnire du sjpectacle de
l'activité humaine que le prinape de cette
activité est une force en même temps qu'une
intelligence. Mais il est vrai que Broussais
n'admet la force qu'avec répugnance, même
dans Tordre physique (712). Accordons-lui
tout : Il n'y a point de force, il n'y a que
des éires forts, comme il n'y a d'étendue ou
de solidité que dans le concret. Ces êtres
Ibrts sont les atomes actifs. Les atomes ao-»
tifs sont les derniers éléments des corps,
ayant en eux-mêmes , comme conditions de
leur existence, toutes les propriétés néces*
saires pour produire les phénomènes sans
nombre de 1 Univers , depuis le mouvement
de diastole et de systole du cœur jusqu'à la
course elliptique du soleil autour du fojer
inconnu de son incommensurable orbite;
depuis l'adhérence réciproque des imper-
ceptibles fossiles à cent <{aatre-vingt-sept
millions par grain dans le tnpolide Bohême,
jusqu'à la conception nerveuse de l'autre
vie dans la protubérance cérébrale de l'idéa-
lité. Mais alors, je le demande, est-ce là, je
ne dis pas une science, une explication, ja
ne dis pas une expression philosophique »
mais une description intelligible et de sens
commun ? Qu'est-ce qu'une physique qui se
réduit à dire : U n'y a que des corps sans
force distincte , et constitués de manière à
Iiroduire tout ce qui se passe? Ce n'est pas
à une science ; c'est la né^^ation de toute
science ; c*est le sytème des qualités occultes
dans sa plus grande nudité ; c'est le mystère
affirmé en langage mystérieux.
Une seule lumière luit au milieu des té-
nèbres. Point d'âme, point d'esprit, point de
forces; mais il y a une cause première in*
connue, et c'est parce que cette cause existe
que les choses sont comme elles sont. De
ses propriétés , de ses lois , de sa nature , de
sou action, d'elle, en un mot, résulte l'ordre
que nous voyons. Le monde est son phé-
nomène. Faute de pouvoir montrer que la
matière soit intelligente par elle-même,
c'est-A-dire en vertu seulement de ses pro-
priétés et des agents physiques qui 1 ani-
ment, on admet en sus Taction de la cause
première, et sur cette action invisible, in-
connue, indescriptible , on reporte tout ce
qu'on n'ose expliquer par la simple puis-
sance des causes connues. On chai^ le pre-
mier principe de tout ce qu'à elle sente la
matière en mouvement ne saurait donner.
C'est lui qui s'irrite et qui se meut, qui sent
AAi» (I vol. io-^, Puis, 1823). Cest aoe réfoU-
tioo de Cabanis et an traité de ps jdMiogir .
(712) De rirritmtiom , PréfMe , pages lxv, lxvi,
Lxxv, Lxxvi; — t4MBe i«% pages 51», 566; lonc 11^
page 69.
fU7
PHY
DICTIONNAinE
MfT
flU
et qui pense, dans tous les êtres organisés,
simples machines dont il est le moteur im-
médiat et commun, formes diverses de TE-
tre unique et suprême.
Ht» quidem iignis atque hœc exempta »ecuti,
Eise ajnbm partem aivinœ menti», et hau»tu»
jEthereo» dixere : Deum namque ire per omnes
Terra$que, tractu»que mari», cœlumque profundum;
ttine pecudet, armenta, viro», gehu» omne ferarum,
Quemque »ibi tenue» na»centem arce»»ere vita» :
Scilicet hue reddi deinde, ac resoluta referri
Omnia; nec morti e»»e locum, »ed viva votare
Sideri» in numéro atque alto »uccedere cœlo.
Or, sait-on bien comment s'appelle cette
opinion? Elle s'appelle le panthi^isme.Brous-
sais est panthéiste. Comment l'éviterait-il?
11 ne veut pas du principe spirituel indivi-
duel ; le spiritualisme est un roman dont le
héron est un homme déguisé. (liS). Reste le
matérialisme ; mais le matérialisme, réduit
à la physique expérimentale, est trop in-
suffisant. L oxvgène , le calorique, Télectri-
cité, ont beau faire, ils ne peuvent tout faire,
il faut quelque chose de plus, il faut une
cause au delà de tous ces agents, qui se
mette en rapport avec Thomme dans le mi-
lieu nerveux, dans Talbumine irritable (7U).
Le recours à Faction de la cause première
pour expliquer les phénomènes immédiats,
cette ascension sans intermédiaire de Tindi-
viduel au général, c'est proprement le pan-
théisme. Le matérialisme y conduit néces-
sairement les esprits distin^és, car en lui-
même il n*est pas une position tenable.
Quoi qu'il en soit , cette cause supérieure
aux phénomènes agit sur le monde matériel
et dans le monde matériel sans être obser-
vable, sans avoir, à l'existence qu'on lui re-
oonnatt, d'autre titre que d'être exigée parla
raison (715). Comme nécessité lo<pque, cette
cause suprême se fait admettre d autorité ;
on ne lui dispute plus la réalité, quoiqu'elle
n'ait aucun des attributs de la nature maté-
rielle; ni l'action, quoiqu'elle doive agir sur
cette nature matérielle dont elle est si dif-
férente. Que deviennent après une telle
concession la plupart des objections péremp-
toires dirigées contre le spiritualisme? Que
devient cette impossibilité prétendue d'ad-
mettre quoi que ce soit de dépourvu des ap-
parences corporelles, et de l'admettre aîris-
sant sur le monde des apparences corporelles?
Elle tombe et l'argument principal de maté-
rialisme perd sa validité universelle.
Ne dites donc plus que l'esprit ne peut
agir sur le corps, puisque voire cause non
phénoraéuale produit les phénomènes, et
inobservable dans le monde, agit sur le
monde observable ; il n'est ni plus absurde,
• Ai plus contradictoire, ni plus difficile de
concevoir dans l'homme une force intelli-
gente et voulante, une cause , un principe»
(715) De tirritation. t. II, p. 85.
(7i4) Ibid,, t. Il, p. 182, 186.
(715) Nous disons par la raison , puisque Citle
notion se forme, sutirani Broussais, en vertu de la
causalilé, faculté supérieure oi réilective. Mais cette
Uculié, agissaiu par Tinduction spontanée et non
un être inconnu et invisible, mais attesté par
ses phénomènes immédiats , comme la sub-
stance corporelle par ses qualitésou appa-
rences sensibles qui sont ses phénomènes. L'i-
dée d'un tel agent n'est pas plus négative que
celle d'une cause suprême conclue par in-
duction de l'ordre de ce monde, mais qu on
n'assimile à aucun phénomène de ce monde;
jamais inaccessible aux sens n'a été syno-
nyme de néant. Dire que l'esprit ne oeut
agir sur le corps parce que Te né^atii ne
peut agir sur le positif (716), c'est décider
la question par la question; Tesprit n'est né-
gatif que s'il n'existe pas. Parce qu'en méta-
physique on arrive souvent à l'idée de sub-
stance spirituelle par l'élimination , et si
l'on veut par la négation des phénomènes
ou qualités de la matière, il ne s'ensuit pas
que rôlre spirituel soit négatif. N'être [«s
telle ou telle chose n'équivaut pas à n'être
rien, et ce n'est point mer un être que de
le définir iiar ce qu'il n'est pas. D'ailleurs,
quand on dit avec Descartes : L'esprit est
inétendu , on entend surtout qu*il est un.
La substance une, sujet des phénomènes du
sentiment et de la pensée , c'est une idée
positive , non une négation. Ce n'est pas
une négation en logique, et pour la traiti^r
comme telle en ontologie, il faudrait avmr
prouvé qu'elle n'existe pas, or c'est ce qui
est resté à démontrer.
Conclusion. Les physiologistes , et Brous-
sais en particulier, n'entreprennent de prou-
ver leur thèse que par des objections apri&ri
contre la thèse contraire. Nous croyons
qu'il résulte de cet examen que de* ces
objections, les unes sont supprimées, les
autres sont affaiblies , et que celles-ci , eo
tant qu'elles subsistent , sont démontrées
communes à tous les systèmes. C'est ce que
résument les propositions suivantes :
V Si la contraction est la forme générale
de l'action de la matière cérébrale, il n'y a
nulle identité, nulle analogie percevable en-
tre un nerf contracté et un phénomène de
pensée.
^ L'assertion qui confond avec les phé-
nomènes d'innervation les phénomènes in-
tellectuels et moraux, ne repose donc sur
aucune observation directe, soit interne,
soit externe, soit des sens, soit de la cons-
cience; et comme d ailleurs elle ne résulte
d'aucune des lois de la raâson, elle est grt-
tuite.
3" Ce n'est donc pas un procédé léffîtiine
de la science, une application régulière de
la méthode expérimentale , que de nier des
causes spéciales ou des sujets f^péciaux pour
des effets ou phénomènes spéciaux» quand
d'ailleurs on admet des causes incotinae>,
des actions mystérieuses, ou tout au moios
une cause première dont l'action et la natunr
sont impénétrables.
liai suite d^une perception directe, il Tappelfe ««-
timent. c On ne peut remonter que par le seattaroK
à un mobile supérieur aux impondérables. » (T. h •
p. 569. >
(716) De tirriUtionf t. D , ch. 6, aedi 6, ^ ^
1119
rav
D*A!ITBROMLOG1F.
PUl
Il5i
V Toutes les objeetioDS préalables que 1 on
dirige ooDtre Texislence et Taetion d'un
prindjie pensant, retombent ainsi sur le
matérialisme quand il n*est pas athée.
5* L'unité du mot à trafers ses phénomè-
nes suppose l'unité de substance. L'unité de
substance du mot étant nécessaire , sa liai-
son avec les organes devient le fait donné
par Texpérience. Comment s*opère cette liai-
son, comment est-elle oossible? là est le
mvstère.
G* Cette liaison étant admise» les organes
étant une condition de l'action de Tintelli-
gence, toutes les suites de Télat des orga*
nés pour Tin tell igence, tous les faits connus
de réaction du physique sur le moral, sont
des choses fort natarelles, qui concordent
avec llijpothèse d'une liaison, aussi bien
qu avec l'hypothèse d'une confusion.
T Quant au rapport entre le physique et
le moral, on peut renoncer à l'expliquer, il
le dut même; et la tentative de le représen-
ter par les propriétés seules de la matière ,
d*une part ne réussit pas , de l'autre excède
la portée de la science. Le comment reste
dans tous les cas un mystère impénétra-
ble.
8* n est plus obsfTur dans l'hypothèse du
matérialisme; il y a dans cette hypothèse
Elus qu'obscurité, il y a contradiction avec
« phénomènes. La matière n'a jamais Tu-
nrié du mot; les 'phénomènes du moi n'ont
non de commun avec les Qualités de la ma-
tière.
En définitive, et supposition pour suppo-
sition, tout se réduit à savoir quelle hypo-
fhèse est plus admissible, de celle d'un être
/nlelligent, uni par une relation mystérieuse
» TCCT le corps, ou de celle de la matière
étendue et multiple, pourvue de la propriété
i^ystérieuse de sentir, de penser e! de rai-
. i^roncr, c'est-à-dire de faire acte d*unité, en
^ ertu d'un simple arrangement de parties.
Or le mystère de l'action d'un principe de
nature inconnue sur la matière dont il
est distinct a pour précédent, pour type ou
pour analogue, le mystère de l'action non
contestée, soit des forces, soit des causes
ffremières sur Iç monde ; tandis que le mys-
j^re delà matière intelligente est en contra-
lîction avec tous les phénomènes, autant
{u*avec la raison.
Trois motifs portent à contester l'existence
le I*esprit. — Cette existence ne nous est
ttestée par aucune perception, révélée par
ijcune intuition directe. — Les phénomènes
[*où elle est induite sont constamment ac-
ompagnés de phénomènes organiques. —
i les uns et les autres appartenaient à des
rineipes différents, l'union de ces deux
nncîpes, qui serait l'union de l'âme et du
r>rp$, serait inexplicable : donc elle est im-
On peut répondre : En admettant que
esprit n'existe pas, nous n'avons pas da-
9Xita;^e intuition ou perception de la cause
B ^ phénomènes intellectuels. — Les phéno-
mènes organiques eux-mêmes ne peuTent s®
concevoir que par la supposition de eause^
ou de forces qui ne sont ni constatée;^ ni ex-
pliquées, ni connues. — L'union de la ma-
tière des organes avec les propriétés qui en
font des oi^anes vivants est elle-même inex-
plicable : donc elle est impossible.
Sur ces trois chefs, le procès contre la
physiologie serait plus facile à instruire et à
motiver que ne l'est celui qu'elle intente à
la métaphysique. Un gros livre ne suifirait
pas à l'analyse, même sommaire, des svstè-
mes sur le principe de l'organisation, de la
vie, de l'animation, de la sensibilité. Les
hy[)othèses et les formules ont été diversi-
fiées à l'infini pour expliquer ou exprimer
ce qui lait que nous sommes ce que nous
sommes physiquement. Cet essai a offert
plus d'une ailnsion aux doutes et aux discor-
dances de la science sur le principe physique
des phénomènes-intellectuels. Personne n'ose
les rapporter purement et simplement aux
propnétés connues de la matière en général.
Si elle était pensante, sentante, animée seu-
lement, ou seulement organisée, en vertu de
ses propriétés générales, elle le serait tou-
jours et partout, comme elle est étendue,
impénétrable, figurée, colorée, et les attri-
buts qui la placent accidentellement dans le
règne animal se retrouveraient essentielle-
ment dans ses moindres parties. La mort.se
réduirait à la dispersion des molécules orga-
niques, et celles-ci emporteraient chaaine
avec elle leur part de sensibilité, d'intelli-
gence et de vie. Or, cela n'est pas : ces ca-
ractères résident distinctement et exclusive-
ment en de certains agr^ats individuels qui
sortent de ligne, et qui ne les conservent
qu'autant que subsiste la cause invisible qui
les a développés et qui les maintient. Ces
caractères tiennent-ils à l'agrégation même?
Il le parait; mais ce n'est pas cependant la
combinaison des molécules chimiques d'oxy-
gène, d'azote, de carbone ^i d'hydrogène,
principes généraux de la matière animale,
qui suflit à la constituer telle qu'elle nous
apiHiratt. L'animal est un agrégat formé sui-
vant un certain plan, dans uu certain but;
un corps mécaniquement et chimiquement
disposé comme le corps humain serait pro-
duit par l'art, qu'il ne serait qu'un corps in-
animé. Le corps «d'un être tué en parfaite
santé donne la preuve visible que, même
composées et placées dans l'ordre particu-
lier k Toi^nisation , les molécules maté-
rielles ne suflBsent pas pour produire la na-
ture vivante. Dans la formation de l'animal,
ces molécules acquièrent donc une propriété
s|)éciale qu'elles ne tireraient jamais d elles-
mêmes. Si, comme on n'en saurait douter*
elles ne sont pas des substances nouvci'es
créées à nouveau pour chaque être et dé-
truites avec chaque être; s'il n'y a pas, lors-
que l'animal est conçu, transmutation de la
matière, mais appropriation de la matière
préexistante à une nature nouvelle, cette
nature nouvelle suppose uu principe, une
cause, une propriété qui la transforme et
qui s'unit temporairement, à elle, sans touter
mi
PHY
JMGTîO.NNAlli£
PUT
1131
fois s'identifier jamais avec ses parties. Or,
ce. je ne sais quoi qui fait que la mat'ère
brute, inanimée, insensible, inerte, est main-
tenant organisée , vivante, douée de sensi^
bililé, de force libre, de volonté, d'intelli-
gence, ne peut être ni consubstantiel au
corps, car la substance est ce qui ne périt
pas, ce qui persiste après la dissolution; ni
mode accessoire de la matière du corps, car
tout mode est homogène à l'essence, ou ré-
sulte des modes essentiels, et Tessence,
comme les modes essentiels de la matière
en général, ne donne en aucune façon les
propriétés de la vie ni de la pensée. Ce je ne
sais quoi est cependant une abstraction ou
un être. Est-ce une abstraction? C'est alors
une qualité; or, si nous retrouvons dans le
corps toutes les qualités de la matière, les
])ropriétés nouvelles dont nous parlons ne
sont réductibles à aucune d'elles; du mouve-
ment, de la forme, de la couleur, tels sont
bien encore les symptômes de ces propriétés
nouvelles; mais ce n'est rien de tout cela
qui les constitue. Est-ce un être? Sa nature
nous est inconnue; elle échappe à la per-
ception comme à la conscience; elle n'est
rien pour les sens. Etre ou abstraction, ce ie
ne sais quoi qui serait principe de vie, de
sensibilité, d'intelligence, ne saurait en au-
cun cas être l'objet de l'expérience. La phy-
siologie, en qualité de science toute expéri-
mentale, ne saurait donc l'admettre, et pour-
tant, comme science eipérimenlale, l'obser-
vation des faits ne lui permet point de s'en
passer. Matériel ou spirituel, un élément in-
connu, que nous appellerons par hvpothèse,
à la manière des scolastiques, Vantmalité ou.
V humanité^ est nécessaire à l'existence et à
la possibilité de l'animal ou de l'homme; et
cet inconnu, fût-il un élément matériel, est
exigé par la raison et non empiriquement
donné. Ainsi, non-seulement les phénomè-
nes intellectuels, mais même ceux de la vie
et de l'organisation, nécessitent l'interven-
tion de quelque chose que ne manifeste au-
cune sensation, et dont la nature est incon-
cevable. Sans ce principe, l'organisation de
Télre vivant est une transsubstantiation de
la matière, c'est-à-dire, un miracle; or, le
bon sens n'y a jamais vu qu'une incarnation.
Mais qui est incarné? Est-ce une matière
nouvelle, différente de la matière générale,
une matière spéciale qui ne tombe pas sous
les espèces du corps visible et tangible, une
matière subtile? Je ne sais pas une objection
contre l'existence de l'esprit qui ne puisse
être dirigée contre celle de la matière sub-
tile. Une matière qui n'a aucune des appa-
rences de la matière est une conception aussi
gratuite que celle d'un être qui n'est pas
matière. La matière subtile qui sent, qui
pense , n'est ni [)lus ni moins difficile à ad-
mettre qut le principe immatériel du senti-
ment et de la pensée. Elle n'a que son nom
qui la sauve.
Les physiologistes ne diront pas quon
leur impute des chimères. On les met au défi
de citer un naturaliste qui n'ait tôt ou tard
invoqué, pour expliquer les phénomènes
vitaux, et avec eux les phénomènes intellec-
tuels, l'intervention dune entité spéciale.
Ce n'est pas notre faute s'ils ont mal défini
cotte entité, et si elle a pu tour à tour ëtra
prise pour un souffle, un feu, un corps, UDe
abstraction. Nous ne nous chargeons pas de
prouver que la physiologie se soit constam-
ment rendu bien compte de ses conceptioiLs.
La nature médiatrice d'Hippocrate , l'àme
irraisonnable de Galien, l'archée de Van-
Helmont, Yimpetum faciens de Boerhaaie,
l'âme sensitive de Hoffmann, les esprits ani-
maux de Descartes, air, vent, flamme oa
liqueur (717), l'animisme de Stahl, la sensi-
bilité organiaue de fiordeu, le principe vital
de Rarthez, 1 organisation de Bichat, sa sen-
sibilité animale distincte de la sensibilité
organique, la puissance nerveuse de Pro-
chaska, la force vitale de Chaussier, Texcita-
bitité de Brown, l'irritabilité de Haller, <le
Gall, de Broussais, ce principe inconnu wmis
matériel^ comme dit le dernier, qui faUjontr
les ressorts de fexistenctj ou, comme il dit
encore, la sensibilité^ résuhai immatériel H
incompréhensible de rexereice de nos fonc-
tions (718) , qu'est-ce que tout cela , des mé-
taphores, des qualités ou des êtres? BicQ
habile qui répondrait à cette question. Toult
conception analogue ne peut se rapiwrter
pourtant qu'à un être de raisou, uue matière
subtile , une force , une âme , ou un Dieu.
S'il s'agit d'un être de raison , il s*agit d'une
qualité. Une qualité de quoi? De rien, car
ce ne peut être une qualité de la matière,
l'être de raison étant ici inventé tirécisémetit
pour suppléer à l'insuflisance aes quali:é5
de la matière. S'agit-il d'un fluide, d*oi:e
matière subtile , rhy()Othèse d'un corps quj
échappe aux sens, qui n'a ni l'étendue, ni li
solidité, mais oui pénètre et meut, si ele
n'est une chimère, est la conception de U
force. La force est ou substance ou qualit-.
Qualité, quelle est sa substance? Sub^taiKtf,
une force, cause du mouvement vital, nnt
force, cause de la pensée, du sentiment, tle
la volonté, diffère bien peu d'une âme. Ains
la physiologie est amenée à cette déMiIanîc
alternative : une âme ou Dieu. Elle prendn
son parti ; nous l'avons vu, elle se dévouer»,
elle choisira Dieu. Elle fera circuler, s*ii ie
faut, la cause suprême dans tous les canacii
du rèiçne organique, et les nerfs charrîenmt
la Divinité dans leur mystérieux trajet.
On ne peut réussir a rester matériali^i-'.
Après s'être bien attaché aux phénomèn*-^
corporels, après avoir montré au bout «ia
sf^alpel ou sous le verre de la loap« ^-^
fibrilles tressaillantes de la vie et de ù per. •
sée, le physiologiste, à un moment tcco.
pose ses instruments, quitte la terre, <*î.
s'élançant dans un monde intelligible, ior<^
(717) Lfi description du çprpt humain , Préface, (718) De rirritation, t. !•% part, r-, <*. S, |k. Ç.
t. IV, p. 4^5; L'Homme, t. IV, p. 545 ; Réponse aux Traité de physiohfie appUt/néeè lu ptMûtfie, L v\
r/u ifrtèmci objcclioiu^ t. Il, p. 53. p. 26.
MIS
PHT
D*AMimoroix)Gir.
pi:r
lt5«
que des eatises accessibles h Tesprit seul, et
S4> dédounnage d^aroir matérialisé l'esprit en
>piritualisanl1a matière.
Il serait aisé, en effet, de oooTaincre les
physiologistes les plus décidés contre Tad-
nii'^^sion d*un esprit doué de personnalité,
qu'ils admettent forcément en aemière ana-
lyse un principe inrisible, soit indiriduel,
soit général, gui reproduit sous divers noms
l'âme vé^étatire ou Tâme unirerseUe. Car,
ou les phénomènes de l'organisme rivant
sont sans cause, ou leur cause n*est pas de la
nature de la matière connue. Une cause qui
n'est pas de la nature de la matière con-
nue est déjà «quelque chose approchant une
cause immaténelle.
Toutes les fins de non*recevoir contre
rintervention de tout principe supérieur à
rexpérience sont donc défHacées dans la
bouche des physiologistes. Ne souffrons pas
que les Gracques se plaignent de la sédition.
Pour contester le spiritualisme, les savants
devraient commencer par v renoncer eux-
mêmes; c'est-à-dire que réduisant la science
a u classement et à l'analyse des phénomènes,
ils devraient se taire sur les causes, constater
fies mouvements sans induire des forces. Ils
devraient dire : Fhornme n'a connaissance
cf^j'* des phénomènes, ceux qu'il sent et ceux
rfa'il suppose; 1* diaprés les effets qu'il leur
a-si^ne; 2* d'après rétat et la structure des
ai^ents visibles auxquels il les rapporte.
Toute science est donc éminemment pnéno-
raénale. Or, les phénomènes de l'organisme
n'étant pour les sens que des phénomènes
d'étendue et de mouvement, restent, comme
tons les phénomènes d'étendue et de mou-
rement, soumis à la science des lois géné-
rales de la matière. En quoi d'essentiel pour
la simple ot>servation les apparences d'un
▼iscère en fonctions diflèrent-^lles de celles
d*une machine? On ne peut le dire. Or,
puisque toute Hiachine, le monde inorga-
nique lui-même, cette machine immense,
est régie par des principes mécaniques, tous
les phénomènes de la vie rentrent ou doivent
rentrer dans la science de la physique gé-
nérale. Limitons la science à l'observation.
Inobservation aux phénomènes, les phéno-
mènes à des mouvements d'or|$anes , et dé-
composons ces mouvements et ces organes,
comme nous ferions du mécanisme d'une
montre, en les rangeant dans l'ordre de leur
action. La science de l'homme se réduira ainsi
À une anatomie et à une physiologie pure-
ment descriptives. Voilà dans toute sa pru-
dence le rôle de la science expérimentale
Appliquée à la natui-e humaine.
Mais quel physiologiste s'en est tenu là?
Jkxtcnn. M. Magendie lui-même, qui professe
uui inflexible mépris pour les abstractions
st ystématiques, après avoir bien simplement
«i écrit toutes les propriétés physiques ou
€'himianes des éléments du corps humain,
crst obligé d'en admettre une qu'il appelle
4Mriiom vitale y et qu'il ne peut rattactier à
r*ien. Cette action vitale semble résulter de
I "organisation et non de la nature des élé-
finenu du corps organisé. Or, l'organisation
n'est qu'un mot, ou elle est un principe
nouveau introduit dans la matière.
Les phénomènes organiques sont des
mouvements sans doute comme ceux de la
chimie, comme ceux de la physique, à cet
égard ils sont mécaniques; ils le sont pour
le toucher et pour la vue. Cependant aucune
mécanique ne donnera la formation constante
et harmonique des organes, c'est-à-dire la
Génération. Aucune mécanique ne donnera
irritabilité, même l'irritation des organes;
aucune, leur mouvement propre, leur activité
originelle, l'ensemble de leur action , la vîe
enfin; aucune, leurs sympathies, ces condi-
tions fondamentales ce la santé et de la ma-
ladie: aucune, la sensation purement ner-
veuse, ni le moyen du mouvement volon-
taire. De là , pour le physiologiste, des laits
qui ne peuvent être que verbalement rame-
nés aux lois générales de la matière. De là
Timfjossibilite que la mécanioue organique
suffise à l'homme, comme la mécanique
céleste suffit au monde. Encore celle-ci
est-elle obligée d'emprunter sans explication
deux forces à l'observation, la force de pro-
jection et la force centrale. La physique est
toujours sans réponse à la question de
Rousseau : « Que Newton nous montre la
« main oui a lancé les planètes sur la tan-
« geule de leur orbite? »
D'ailleurs, les phénomènes appréciables
ne sont pas les seuls certains; faut-il redire
que les sensations, les pensées, les affections,
les volontés sont des faits tout aussi certains,
Îuoique parfaitement inaccessibles aux sens ?
incore bien moins ces faits sont-ils réduc-
tibles aux lois mécaniques de la matière.
Aucun phénomène de mouvement, absolu-
ment aucun ne présente, même pour une
induction éloi^ée, une analogie saislssable
avec ces actes si fréc|uents,si connus, accom-
pagnement nécessaire et témoignage unique
des faits dont s'enquiert l'oliservation ex-
terne.
La physiologie mécanique est donc une
science incomplète; elle n'explique pas, elle
ne décrit même pas tout l'orçanisme. Elle
l'embrasserait tout entier qu'elle n'embras-
serait pas tout l'homme, ou elle n'y parvien-
drait que par des conjectures et par des
hypothèses.
Si donc les physiologistes tiennent à se
montrer observateurs aussi sévères, expéri-
mentateurs aussi scrupuleux qu'ils le pré*
tendent, qu'ils se gardent d'aucune conclu-
sion sur la nature et la cause de ceux des
phénomènes organiques qui ne sont pas
jairement mécaniques, ue ceux des phéno-
mènes humains qui ne sont pas sensible-
ment organiques ; et qu'ils s'en tiennent à
cette modeste conclusion : // n'y a de science
que la science ^observation. L'observation
montre dans l'homme une masse étendue,
figurée, mobile, colorée, avant la tempéra-
ture, la pesanteur, la 'cohésion, etc. Par là
il ne diffère pas essentiellement du reste de
l'univers sensible, et les phénomènes de sou
C0â*ps sont les mêmes que ceux de tous les
corps. Dans quelles conditions, sous quelles
ii:;6
PH\
DICTIONNAIRE
m\
II»
formes, dans quel ordre , à quel degré ces
ÏihénoiDènes se manifestent-ils? Telle est
'unique question que doit se poser la scien-
ce, et qu elle peut résoudre par Tobserva*
tion en se faisant descriptive. L'observation
el la description reconnaissent alors à ces
phénomènes cx>mmuns des caraclères spé-
ciaux. Ils paraissent distincts de tous les
autres par leurs causes GnaJes, par les cir-
constances de leur manifestation, cousé-
guemment par leurs causes immédiates ou
instrumentales. Lesclasser méthodiquement,
c'est-à-dire dans leur ordre de succession, et
dans leur ordre d'action et de réaction , tel
est encore le pouvoir et le droitde la science.
Enfm l'observation distingue entre elle-
même et les faits organiques, des faits inter-
médiaires, observables par sentiment intime
dans l'observateur, et cependant invisibles
et intengibles, phénomènes pourtant, puis-
qu'ils sont connus et qu'on peut rappeler,
comparer, juger, soumettre à l'induction et
au raisonnement, conséquemment intro-
duire dans la science comme tout le reste,
Ni par les circonstances de leur manifesta-
tion, ni par la forme dans laauelle ils sont
connus, ni par leurs causes nnales, ni par
leurs causes immédiates, ils ne paraissent se
confondre avec les phénomènes précédents.
Les confondre ne serait plus observer ni
décrire, et la science de ces faits se formera
par l'observation et s'achèvera par la des-
cription.
voilà oîi doit conduire el s'arrêter l'esprit
de la méthode eipérimentale religieusement
suivie. Or, cette conclusion, quelle est-elle?
C'est la conclusion même de la physiologie
ordinaire. L'objet de la phjrsiologie n'est
connu et ne peut-être défmi que par ses
phénomènes , c'est-à-dire par ses qualités
sensibles. L'objet de la psychologie ne peut
être connu nidéflnique par ses phénomènes»,
c'est-à-dire par ses. mndes observables. De
là deux sciences, comme il y a deux ordres
de phénomènes. Ne dites pas que ce qui pré-
sente l'un de ces ordres de phénomènes
s'appelle matière; nous ne dirons pas que
ce qui présente l'autre s'appelle esprit; ou,
si nous parlons de la matière et de l'esprit,
il sera bien entendu que ce sont des noms
arbitraires, l'un de ce qui est étendu, figuré,
coloré, mobile, etc.; I autre de ce qui sent,
juge, veut, se souvient, etc. Quelle est l'es-
sence de l'une ou de l'autre de ces choses ?
Est-elle la même pour l'une et pour l'autre?
Questions étrangères à la science d'observa-^
tion ; questions étrangères à la physiologie
et à la psychologie. L une sera matérialiste
pour elle-même , l'autre spiritualiste pour
elle-même, c'est-à-dire chacune dans ses
limites; mais l'une ne conclura point pour
l'autre. L'opposition delà matière et de l'es-
prit ne sera que la distinction entre les deux
ordres de phénomènes que chacune des deux
(7i9) I En exposant les notions relatives que nous
avons de Pcsprit et du corps, j*ai évité d'employer
le mot substance , pour n^éveiller aucune contro-
verse. » (D. Stewart, Eléments de la phitosophie de
sciences étudie. Le sujet immédiat de l'un
de ces ordres de phénomènes est-il essen-
tiellement différent du siget immédiat de
l'autre ; ou bien les deux ordres se réunis-
sent-ils dans un même et unique sujet?
Les deux sciences consentent à l'ignorer;
le mot même de substance ne sera point
prononcé^ et la paix sera faite (719).
Tel est, en effet, le compromis que la
psychologie offre à la physiologie, et il est
vraiment singulier qu'il ne soit pas accepté
par celle de qui la proposition aurait dû ve-
nir. Quant à moi, je l'avoue, je ne me rési-
gne pas pour la psychologie, encore moins
pour la philosophie, à une teUe humilité!
Ce ne serait pas même un partage éçal. U
psychologie ne dispute pas a la physiologie
son domaine ; elle se borne à déiendre le
sien. Elle lui laisse le corfis, tandis que la
physiologie ne veut pas lui laisser l'esprii.
Il ne s'agit pas, en effet, de mettre d'accord
le matérialisme et l'idéalisme, mais le maté-
rialisme et le spiritualisme. Le matérialisine
est un envahissement dont la physiologie n'a
pas besoin pour exister, et l'esprit serait
toléré qu'elle resterait tout entière. Il n j a
de partage égal |que dans le système d^
frontières naturelles. Aussi bien je soup-
çonne quelque artifice dans le désintéresse-
ment de la psychologie. Lorsqu'elle dit que
par la transaction proposée tous les droits
de la philosophie de l'esprit hiunain sonteo
sûreté, elle a bien l'air de garder Tarrière-
pensée de reprendre son terrain par un dé-
tour. Plus tard , en présentant comme des
phénomènes, et partant comme des faits Jes
convictions naturelles de Tesprit humain
par lui-même, elle pourrait bien faire ren-
trer dans la science oescriptive toutes les no-
tions qu elle aurait paru écarter avec U
science rationnelle. Nous aurons plus d'exi-
gence et plus de sincérité.
On sait que penser maintenant de Tirige^
tion fondée sur l'impossibilité de constater
directement l'existence de l'esprit. C'est U
sort de toutes les causes, de toutes les for-
ces, de toutes les substances, de tout ce qui
est invisible dans l'ordre de la physique.
La difficulté étant commune à tous les sys-
tèmes, à toutes les sciences, est donc iW
comme nulle. Deux points restent à considé-
rer : l'un est la liaison constante des phéno-
mènes organiques avec les phénomènes mo-
raux, ce qui constitue, dit-on, une probabt-
lité en faveur du matérialisme; raulrr.
l'impossibilité d'expliquer le rapport û^
l'Ame et du corps, ce qui constitue , dit-on.
une objection contre le spiritualisme. Sou-
mettons ces deux points à un demHT
examen
L'union des phénomènes des deux ordrr^
n'est rien moins qu'une découverte. Ce fait,
vieux comme le monde, n'a échappé es
Pesprit humain, t. I*% note Â. Foy. aussi sno Bi^
foire des sciences métapbys,^ t. I'% ch. 2, |i. 183, d
la note I.
I1S7
rai
D'ANTBROPOLOGœ.
PAT
IlSi
aacun temps aux philosophes d*aiicune
école; il n*a été ni méconnu ni atténué par
ceux qui ont le plus insisté en fareur du
principe spirituel. Mais il n'a ^las plus mis
d'obstacle aux doctrines spiritualistes qu'il
n a exercé d'influence sur la croyance du
genre humain. Car c'est la croyance du
genre humain que celle d'un principe dis-
tinct des organes et des sens, et qui ne peut
élre de même nature, puisqu'on ne le croit
pas détruit avec eux. L objection poite donc
sur des Ciits connus, dès longtemps appré-
ciés et elle n'a pas beaucoup troublé 1 hu-
manité ni décourasé les philosophes.
Parmi les naturalistes, elle est loin d'aroir
constamment produit les mêmes effets, ils ne
se sont pas tous accordés à ne voir dans
rhomme qu'un système organique. Un grand
nombre, ne pouvant réussir à explî(|uer
l'organisation par elle-même, ont cru qu elle
réclamait un principe invisible, ne fût-ce
que pour présider à ses propres fonctions.
La pnysiologie, matérialiste pour le compte
de la philosophie, a été spiritualisle pour
son prop.e compte, si c'est être spiritua-
liste que d'atinicttre un principe d'action
inaccessible aux sens. 11 est Trai qu'on a
t'ré de là une autre conséc^ucnce ; de ce
principe, âme de la vie physique on a^ fait
toute Tâme, qui n*a plus guère été que Tani-
ination. C'est même en ce sens que le mol
m été sou vent et longtemps employé. Vanhna
«Je tonte la latinité philosophique ancienne
cr moderne n'est pas le synonyme de l'es-
prit pur, et Descaries, l'inventeur pcul-élre
de l'esprit pur. se plaint de réquirojue qui est
dans le moi d'âme, et de ce que les premiers
auteurs n^oni pas distingué en nous ce prin-
cipe par lequel nous sommes nourris, nous
croissons et faisons sans la pensée toutes les
{onctions qui nous sont communes avec les
étes^ d'arec ctlui par lequel nous pensons.
Aassi celui-ci, cet acte premier^ cette forme
principale de fhomme, il l'a, dit-il, le plus
Moureni appelé du nom d'esprit pour ôter
cette équivoque et ambiguïté (720). Mainte-
nant, que cet esprit soit distinct de cet aulre
principe qui n'est pas le corps, en sorte qu'il
y ait dans Thomme trois principes, l'âme
pensante ou l'esprit^ Féme animante ou la
^^îe, lappareil organique ou le corps, ou
t>ien que les deui âmes doivent être réunies
on une, c'est une question dont la solution
î niéresse peu la dîmcultë qui nous occupe en
oe moment 11 s'agit, en effet, de savoir si
1 "identité des deui natures apfiarait dans le
Tii^iange des phénomènes. De ce que des
fdiénomènes intellectuels sont précédés, ac-
croni|iagnés et suivis de phénomènes organi-
«|aes, résulle-t-il que les uns doivent être
rapportés au même sujet que les autres? La
io^^que universelle, Teifiérience univer-
«»eile, ne fait qu'une réponse; c'est que la
croïncidence ne peut légitimement suj^érer
4 lue la conneiion. La liaison dans le temps
«Jes phénomènes distincts n'a iamais attesté
^utre eux l'identité substantielle, mais bien
un rapport- Et lequel ? un rapport de cau-
salité.
Prenons le plus simple exemple, la sensa-
tion. Mes sens , ou les organes externes de
mes sens, sont affectés par un objet. Cette
affection des membranes oii (s'épanouissent
les nerfs, e^t communiquée à mes nerfs;
l'affection des nerfs est communiquée au
centre nerveui, c'est-à-dire à mon cerveau.
La sensation s'accomplit; je sens; où ^e
passe la sensation? Dans les organes exter-
nes? Non, sans doute.; le vulgaire le croit,
il croit que Tœil voit,* tandis que l'œil repré-
sente. Hais ici le phvsiologiste est d'accorJ
avec le philosophe; la sensation n'est point
dans l'organe externe. Est-elle dans les tra-
jets nerveux? Pas davantage. Est-elle dans
le cerveau? Oui , dit le physiologiste. Mais
en quoi l'affection des nerfs du cerveau res-
sembie-t-elle plus à la sensation que l'affec-
tion des neris proprement dits ou celle de
leurs extrémités épanouies ? Impossible de
le dire. 11 y a plus de similitude entre ces
trois affections successives qu'entre aucuno
d'elles et la sensation. Or, si de l'aveu de
tous ni la première, ni la seconde n'est la
sensation, si l'une et l'autre ne sont que les
conditions oi^aniquts de la sensation et
non pas elle, pourquoi la troisième, qui ne
diffère pas essentiellement des premières,
et que les physiologistes appellent comme
les autres une irritation, ne serait-elle pas
de même une condition organique de la sen-
sation, pourquoi serait-elle la sensation elle-
même? C'est par une supposition gratuite et
contraire à 1 analogie que Ton rayerait ces
mots échappés à la conscience universelle :
Je sens, pour les remplacer par cette for^
mule : Mon cerveau sent. Le vulgaire dis-
sémine la sensibilité, le physiologiste la
centralise , le philoso[ihe la personnîfle.
liais le vulgaire qui croit (]oe l'œil voit , ne
dit point : Mon ail voit: il dit : Je vois. Le
physiologiste ne croit pas que l'œil voie,
mais il devrait dire : Mon cerveau voit , et
non je vois. Le philosophe ne croit à la vi-
sion ni de lœil, ni des nerfs, ni du cerveau ;
il ne croit qu'à celle de la personne, et il
dit : Je vois, comme le vulgaire. La science
et le sens commun s'accordent.
La physiologie divise le phénomène orga-
nique. Elle ne met la sensation ni dans l'or-
inne externe, ni dans le nerf. Pourquoi?
Parce qu'elle ne l'y voit pas, ou n'y voit rien
qui lui ressemble. Elle le met dans le cer-
veau : l'y voit-elle ou y voit-elle ce qui lui
ressemble? Non. Mais, dit-elle, le i*erve<in
supprimé, la sensation n a plus lieu. L'or-
gane externe et les filets nerveux supprimés,
a-t-elte Heu davantage? Mais on ne sent yas
quand le cerveau est oaralysé, on sent mal
quand il est malade; donc c'est lui qui sent.
On ne .voit pas quand Tœil est crevé, on voit
mal quand l'œil est malade; est-ce donc
Tœil qui voit? Mais au delà du cerveau on
n'aperî^it rien. Aperçoit-on quelque part la
sensation. Cependant elle se constate d'une
(7^) Répoiue aux cinqmicmes objections, p. 253 ; t THl, Letlr: au P. Mencuie^ «. 5M.
1159
PHY
DICTIONNAIRE
PHY
\m
ceitame façon ; et si cette façon particulière
de la constater n'existait pas, jamais Tobser-
vatiou scientiGque ne la ferait connaître.
Instrument, autopsie, injection, dissection,
analyse chimique, rien ne ferait connaître la
sensation , n'était la sensation même. Ainsi
aucune expérience, aucun phénomène sen-
sible, aucune raison, aucune ressemblance,
aucune analogie, n'identifie l'affection du
cerveau avec la sensation. L'épanouissement
e'xterne est Tépanouissement de mes nerfs;
mes nerfs sont les prolongements de mon cer-
veau; moncerveauesllecerveaudemoî. C'est
ce dernier terme que la physiologie retranche.
Avec elle, mon cerveau est le cerveau de
mon corps, mon corps le corps de mon cer-
veau, ou plutôt c'est un cercle vicieux. Du
cerveau vous né remonterez jamais qu'au
cerveau, (jui ne sera qu'un cerveaa, et ja-
mais le mien. Le cerveau qui/sent, etquiçent
qu'il sent, ne sera jamais que le cerveau de
lui-même. Rigoureusement, le mot est
inexprimable dans le système de la sensibi-
bilite organique.
Ce qui est vrai de la sensation sera vrai
de la pensée. De ce qu'un phénouène orga-
nique est l'antécédent ou 1 accompagnement
nécessaire dune sensation, une induction
naturelle nous persuade qu'un phénomène
organique convoie nécessairement tout acte
de la pensée, séparé même de toute sensa-
tion ; et cette analogie est confirmée par la
nécessité de la présence du cerveau pour
Ja pensée, de la santé du cerveau pour que
la pensée soit normale ; enfin la fatigue
de ta tète suit l'activité de la pensée. Que se
£iasse-t-il alors dans le cerveau? On l'ignore,
fais ce qui s'y passe est-il identique ou
comparable à la pensée? Pas plus au'à la
sensation. La pensée n*a phénoménalement
rien de commun avec une irritation, une vi-
bration, une stimulation. Le moi pensant
n'est pas plus atteignable dans le cerveau
pensant que le moi sentant dans le cerveau
sentant ; et la nécessité d'une condition or-
gaiû^ue de la pensée ne confond pas né-
cessairement la pensée avec cette condi-
tion.
Enfin, quand la pensée se transforme en
volonté, c est-à-dire qu'un phénomène orga-
nique voulu se manifeste dans le corps et
Ëour la sensibilité interne, en conformité de
i pensée, quelle identité, quelle parité,
quelle analogie nous autoriserait à confon*
dre la volonté avec l'action du cerveau sur
les nerfs, des nerfs sur les membres? Nous
retrouvons dans Tordre inverse tous les phé-
nomènes qui accompa^^nent la sensation, et
les raisons qui nous ont portés à distinguer
de ces phénomènes la sensation nous obli-
gent à en distinguer la volonté.
Mais vous ne concevez pas, dans la sensa-
tion, dans la pensée, dans la volonté ^ quel-
que chose au delà du cerveau. Vous ne le
concevez pas, dites-vous; mais dans la vo-
lonté, dans la pensée, dans la sensation,
quand le cerveau agit, ou sent, pense, veut,
le fait-il en vertu des propriétés connues de
la matière, ou d'au 'une des forces supposées
dans les corps par la physiqae générale?
Vous ne l'affirmeriez pas. Aucune de ces pro-
priétés ou de ces forces ne tous rendraient
un phénomène moral. Vous pouvez le dire
de toutes, de la pesanteur, de FalBnité, de
l'électricité et du reste; vous les faites jouer
au gré de l'art des expériences. Jamais vous
ne réussiriez à tirer la pensée ou la sensa-
tion de tout cela ; vous ne le tenteriez point
Il y a donc là une propriété inconnue, une
force inconnue. Le cerveau , comme masse
étendue, figurée, même organisée, ne se
meut pas lui-même, n'agit point par lui-
même. Vous êtes obligé d'admettre un
principe d'action qui est en lui, qui ne se
sépare point de lui , tant qu'il est cerveau,
mais qm cependant n*est essentiel à aucune
de ses parties. Ce principe, n'étant pas U
matière , dont est composé le cerveau, s'il
est une abstraction « n'est rien. C'est la
cause inconnue de tous les phénomènes
que vous attribuez au cerveau, par con-
séquent des phénomènes intellectuels et
moraux. 11 est donc la cause inconnue
et spéciale de phénomènes incompara-
bles avec les phénomènes généraux de la
matière. Or, cette cause est, par la supposi-
tion même, un principe réel, spécial, dis-
tinct de la matière connue, n'ayant rien de
commun avec elle que d'être avec elle et en
rapport avec elle ; tout cela vous l'avouez.
Que cette force soit une énergie individuelle
ou la cause universelle et suprême, vous
êtes contraints de la concevoir, au delà ou en
dedans du cerveau phénoménal , et en rap-
port d'action avec la matière du cerveau. Ne
me dites pas que ce n'est qu*une qualité, K
qu'une qualité n'est pas proprement un
être. Quoi 1 la pensée est un accident de la
substance céréorale, c'est-à-dire de la ma-
tière du cerveau ? Mais d'abord les accidents
de la matière soiit du ressort de la peroep*
tion ; celui-ci est impercevable. Puis un aixi-
dent est la qualité du tout ou des parties.
Celui-ci appartiendra ît-il au tout et ocm
aux parties? La matière ne comporte pas de
telles qualités ; elles sont contradictoires
avec la nature de l'être homogène et étendu.
La qualité serait donc inhérente à toutes les
parties? Mais aucune partie, séparée dm
tout, ne pense, ni ne veut, ni ne senL Enfin
serait-elle dans une seule partie? Laquelle
donc? un point? divisible ou indivisible!
Divisible, c est le tout matériel, la diiDcult^
revient. Indivisible , un principe spécial,
réel, différent de la matière par tous ses
phénomènes!, concentré dans un point ind -
visible, et cependant en rapport d'ar4ion h
de passion avec Ja matière, qu'est-ce autre
chose oue la conception même d*uji principe
immatériel ?
Voilà ce qui résulte de l'examen méthodi-
que de la première probabilité du matéria-
lisme. Maintenant passons au rapport de»
phénomènes entre eux.
Si l'homme est corps et esprit , comiseat
le corps et l'esprit sont-ils liés, oomaieni
agissent-ils Tun sur l'autre? Cette liai.vir.
cette action mutuelle est inexplicable ; «îoac
tilll
Plllf
DANTHROrOLOGIE.
PH¥
nos
elle est inconcerable, donc elle est impossi-
ble. Mais d'abord ce qui est inooaceyable
n'est pas nécessairement impossible. Cocd-
mont les molécules d*un corps sont«eiles à
ia fois agrégées par la force de cohésion et
5é|)arées par la force de répulsion du calori-<
que ? Comment Télectricite est-elle tout à la
foi^ si manifeste dans ses effets , si insaisis-
sable dans sa nature ? Comment la forée est-
elle transmise d'un corps à un autre dans le
plus simple phénomène d'impulsion ? Tout
cela est inconceTablCf et tout cela est reconnu
possible et réel. Mais il peut y avoir des
jegrés dans l'inconcevable ; on peut dire
^ue dans toutes les liaisons de cause et d'ef-
>t de la pb jsiciue, un rapport de nature rend
)lus vraisemblable la connexion des phéno-
nènes et Faction mutuelle des forces et des
•obstances. On posera même en principe
rail n'j a point de rapport possible entre
leai natures substantiellement et essentielle-
Dent différentes. Mais ce principe serait le
»;:ement de* la question par la question , et
l'a ni plus ni moins de valeur que ces autres
propositions : Le corps et Tesprit sont deux
très dont les essences soitt différentes et
excluent Tune l'autre; mais elles sont
nnsiituées de manière à pouvoir être unies
tA^r lune sur Tautre, ou Tune à Toccasion
el autre. Ceci est aussi la question jugée par
I question ; les deux assertions ne sont dé-
lontréesni l'une ni l'autre ; mais pour soute-
irlaivremière, la physiologie aurait à répon-
re préalablement aux Questions suivantes :
1* Comment admet-elle l'action d'un prin-
ipe de lorganisation et de la vie qui n'eit
isS ainsi que nous croyons le lui avoir
émontré , de même nature que la matière
a corps 7 Ou si elle rejette ce principe ,
Moment expHque-t-eile « comment conçoit-
Ile la vie, la sensibilité» l'activité organique
e la matière du corps ?
^ Dans tous les phénomènes de mouve-
lent, comment explioue-t-elle Faction de hi
trre? Si elle croit la lorce immatérielle , le
rincipe qu'elle oppose à l'action de l'Ame
ir le corps est faux. Si elle croit la force
itérielle, qu'elle la montre confondue avec
^ propriétés générales de la matière. Si elle
ie la force , qu'elle montre les phénomènes
? mouvement et de ehansement résultant
^ propriétés générales de la matière inerte.
3* Comment conçoit-elle l'action de Dieu
ir le monde matériel ? Dieu n'est yas ma-
^« Dieu est matière , ou Dieu n'est pas.
u*eile s'explique sur tous ces points , ou
uelle renonce à l'existence d une cause
remière. Car admettre son existence et
'fuser de s'expliquer sur sa nature , c'est
vrjrlerquc cette nature peutêlretellequ'elle
' »lisiin:;ue profondément de tout ce que
f>us cotraaissons de la matière, et demeurer
pendant compatible avec l'attitude de cotte
ïuse sur la matière. Or , cette concession
jffit, et, de Dieu, elle est principe applica-
leàrâme.
Tout r^eci est purement polémique ; abor-
'^os à jïrésenl la question des rapports du
^n^selde l'âme, non pour la résoudre, mais
DicTio^if. d'Anthropologie
pour réclaircir. Quels sont les caraclèpes
principaux de ces rapports , et ces rapports
une fois caractérisés, s'ensuit-il une impos-
siblité absolue de les su|)poser entre un sys-
tème matériel et un principe qui ne l'est pas?
. Bien des phénomènes se passent dans l'or-
ganisme sans que l'espvity participe ; bien dos
phénomènes ont lieu sans conscience ; mais
aucun phénomène dont il y ait conscience «
n'a lieu sans une certaine coopération du
corps ; il faut au moins que le corps soit
présent et vivant. 11 faut même , c'est une
probabilité qui est pour nous une certitude
expérimentale , une action d'une partie de
l'organisme qui réponde à tout acte donnant
lieu à un phénomène de conscience. C'est là
le fait le plus éminent de la liaison pure el
simple. Point d'action de la pensée sans
action du cerveau ; ce n'est pas la tête qui
pense, mais on pense avec la tête. Sans aucun
acte de la volonté , sans rapport appréciable
d'influence mutuelle , par une coïncidence
constante érigée à juste titre en connexion,
l'action de la pensée est acr>ompagnée de l'ac-
tion du cerveau. Assurément la première
détermine la seconde ; peut-être la seconde
E eut-elle déterminer la première » même
ors le cas de la sensation. Dans les rêves »
dans la rêverie , dans les moments où l'es-
prit se laisse aller vaguement, sans lier ses
pensées [>ar un autre fil que l'association for-
tuite des idées , il est possible que l'action
propre du cerveau , laissée en quelque sorte
a euc-même , détermine à peu près seule la
suite des différentes consciences qui se suc-
cèdent en nous ; mais il est encore plus cer-
tain que l'intelligence, par ses facultés volon-
taires , l'attention et la réflexion, détern^ine
impérieusement les actions correspondantes
du cerveau qui lui sont nécessaires , et sus-
cite même les phénomènes du cerveau qui
se rapportent à l'action de deux facultés
moins soumises à la volonté que les autres ,
savoir, l'association des idées et la mémoire.
Ces facultés sont moins volontaires , en ce
qu'elles sont mises directement en action
par une faculté tout à fait involontaire, la
sensation. Tous nos souvenirs , toutes nos
associations d'idées , ont été originairement
le produit de causes accidentelles, d'expé-
riences internes ou externes ; c'est là ce qu'il
y a de fortuit et de fatal dans notre monde
intérieur. La sensation a sa cause hors du
moi ; c'est la plus iuvolontaire de nos facul-
tés , ou plutôt elle l'est tout à fait en ce sens
que nous ne pouvons , par les seules forces
ûe l'intelligence et de la volonté, la renouve-
ler ou l'empêcher ; nous ne pouvons que
jusqu'à un certain point suspendre son
empire ou modérer sa vivacité, en disposan
de notre attention , dont parfois même elle
s'empare de vive force , ou bien réaliser au
dciior.<^ les circonstances nécessaires [K)ur la
reproduire. Par Tentreraise de la sensibilité,
un pouvoir extérieur s'exerce donc sur rolro
moral ; et en déterminant certaines modifica-
tions cérébrales , des causes , indépemir.ntes
de nous, limitent notre volonté, la gêLent,
quelquefois la subjuguent, mo-scplement
il63
PHÏ
DICTIONNAIRE
PHY
m
nous ne saurions nous empêcher de sentir ,
mais nous ne pouvons métne , à un certain
degré , nous défendre de faire céder ou de
laisser cédera la sensation nos facultés les
plus volontaires. Les sensations ne sont pas
seulement perceptives , elles sont affectives.
Si nous sentions comme nous pensons, sans
peine comme sans plaisir, sans haine comme
sans amour, Forgane physique ne serait
qu'un pur instrument. Notre intelligence se-
rait libre, si ce n'est qu'elle ne pourrait point
ne pas voir ce qu'elle voit , sentir ce qu'elle
sent. Mais ce qu'elle sent, ce qu'elle voit ne
serait que matériaux bruts et neutres , et il
ne résulterait de la nécessité de se servir de
ces matériaux et de les prendre comme ils
sont , qu'une limitation de la portée de Tin-
telligence. Dans sa sphère, elle serait abscriu-
ment libre. Mais it en est autrement. Les
sensations sont agréables ou désagréables.
La cause finale de ce fait paraît être éminem-
ment dans les besoins de la vie physique ;
ainsi le voulait , on peut le conjecturer , la
conservation de l'individu et de l'espèce.
D'où l'on infère à bon droit que le plaisir et
la peine , et toutes leurs conséquences , ont
leur origine dans les intérêts de la matière.
De là cette grande sévérité de la morale pour
la matière, et les imprécations que l'esprit a
souvent prononcées contre le corps. Quoi
qu'il en soit de ces coi^ectures , Ja sensibi-
lité , en tant qu'affective , e^enie un élément
considérable a l'action des phénomènes orga-
niques sur l'intelligence et la volonté. Nous
ne pouvons nous abstenir non-seulement de
percevoir ce que nous percevons , mais de
jouir et de souffrir , de désirer et de crain-
dre , d'espérer et de regretter. Ainsi notre
mémoire , notre jugement , notre raisonne-
ment , sont modifiés non-seulement par le
fait, mais par la gualité des sensations. Cette
oualitéest un poids nouveau dans la balance
de l'intelligence. Le phénomène organique ,
qui n'avait qu'une action informante sur les
phénomènes inorganioues, exerce une action
sollicitante; ce qui limitait seulement la
liberté , la séduit. En rapportant ces deux
modes d'action , l'un à la perception et l'au-
tre au sentiment, on peut dire que la percep-
tion instruit , que le sentiment émeut ; si le
premier peut tromper, le second peut cor-
rompre ; et toujours rintelligencecède quel-
que chose aux besoins, aux désirs, aux
craintes. Elle a toigours , il est vrai , cons-
cience qu'elle pourrait céder plus , qu elle
pourrait céder moins ; et , sous ce rapport ,
sa liberté s'appelle , pour cette raison , libre
arbitre. La part qu'elle doit abandonner à la
perception est fixée par la sensation même ;
elle est toute faite. Celle qu'elle délaisse au
sentiment est variable, parce qu'elle est
arbitraire. L'intelligence oscille entre deux
limites extrêmes, l'absolue résistance et
l'abandon absolu. Tout ceci est de la plus
haute importance pour le bonheur pratique,
pour la morale pratique : en métaphvsique ,
cela n'importe que comme phénomène des
rapports des organes avec le moi ou du oorQ^
avec l'Ame.
Ainsi les rapports d'action de l'Ame et du
corps peuvent s'exprimer comme il suit :
Point d'action intellectuelle sans onc ac-
tion organique correspondante.
Dansie cerveau, la première déterminené-
cessairement la seconde, c'est-à-dire 5am en
avoirconscience, sans en avoir la volonté, sans
savoir qu elle est ni qiielie elle est , comme
une cause détermine fatalement son effet.
Par la volonté dont elle a conscience, c«Ue
même cause peut déterminer, au moyen
d'une action déterminée fatalement dans le
cerveau, une action à l'extrémité des ûr;â-
nés dont elle a une connaissance phénomé-
nale par la sensation externe ou interne.
La présence et la santé du cerveau et de^
organes sont donc nécessaires au moi dans
la vie terrestre.
L'action des organes, déterminée i>ar des
causes étrangères ou extérieures à 1 intelli-
gence,détermineouoccasionneforcémeDtcer<
tains phénomènes dans la conscience, et par
conséquent une certaine action intellecluelle:
Les uns, complètement soustraits dans leur
nature à l'action de la volonté, à l'initiatiTc
de i'intelligence,'les sensations perceptiTe>:
Les autres également indépendants quani i
h leur nature, mais dépendants jusqu'à un
certain point quant à leur degré , les sa-
sàtions effectives ;
D'autres enfin, qui suivent de ceui-Ià,
plus dépendants de l'intelligence et de ûi
volonté, mais pouvant être cependant ky
effets indirects et les plus prononcés de l'aol
tion des phénomènes organiques, savoir, les
besoins, les sentiments, les passions qui dé-
rivent des sensations. {
Ces trois modes d'action du physiaue suri
le moral pourraient s'appeler, l'uni action, j
le second l'influence, le troisième l'empire.
Cette description nous parait embrasser!
tous lea rapports du physique et du moral |
Car si l'on admet les faits élémentaires dont
elle se compose, on admettra et on compre^
dra aisément comme conséquence les taiîb
secondaires. C'est-à-dire qu'aisément l'o^
comprendra que l'état particulier où se
trouvent les organes, comme les accident^
de la constitution, de la santé, de la vie,
modifient dans leur degré , dans leurs pro-
Eortions, les phénomènes de l'action yèri^-
le que ces organes exercent ; et l'on cessera
de se beaucoup enquérir de toutes ces cir-
constances de la vie physique, qui de
Lucrèce à Cabanis ont tant charmé les na-
turalistes.
Maintenant cette action mutuelle estrelle
possible? est-elle un mystère qui non seule-
ment dépasse notre connaissance, mais qui
répugne à notre raison. C'est le point de ia
question
La difficulté a troublé les plus gran-i^
esprits, ceux-là même qui n'ont pas pris .-e
parti de l'abolir pour Ta résoudre.
On en cherche vainement la solution dan>
Bacon. Bien qu'il ait mis au rang des scien-
ces la théorie de l'alliance entre l'âme el ic
corps, Ihcirinaét fœdere^ il semble n'y àxoir
II«S
PHT
D'ARTIIROPOLOGIE.
?HY
Îtf6
▼Q qpm l*ooeasioa de qoelqnes recherches
physiologiqoes sur les rapports appréciables
des deui natures. L^interprétation de la phy-
sioaomie et celle des songes^ Finfluence des
maladies sur Téme et des passions sur le
corps, lui paraissent les quatre parties qui
constituent cette science (721 ) ; cest-à-dn«
c|ue Bacon n*a tu que des ex|)eriences à iaire
sur les conséouences d*un lait qu'il a oublié
(ie demander à Texpérience d'établir.
Deseartes et Leibnitz ont été plus curieux,
et le problème n'a pas tenu peu de place dans
leurs méditations.
Descartes qui le premier a distingué sévè-
rement les deux substances (722), a cepen-
dant insisté pour qu'on se gardât bien de
penser que, soit l'âme, soit le corps, soit k
simple juxtaposition de l'âme et du corps fût
Thomme rentable. Dans l'homme, l'âme est
iré^^iroiiemetU con§oinie^ réeUement ei êub^
stamiieUememi «nie au corps, et cette union,
unité de composition mais non de nature ,
constitue Thumanité (723). En parlant ainsi,
il n'aflaiblissait pas la difficulté, et s'exposait
hardiment aux objecliMis. Elles ne lui ont
I»as manqué. Il a rencontré sur son chemin
et ceux oui doutaient ayant Locke , que la
pensée fut incompatible avec l'étendue, et
ceux qui dès lors attaquaient le spiritualisme,
par l'impossibilité tant de l'union du simple
et de l'étendu, oue de l'action de Tincorporel
sur le corporel (72%). Sesoravres polémiques
si nombreuses , si remplies, ses précieuses
lettres abondent en éclaircissements, en
réfutations, en explications. S'il n'a pas dé-
livré la raison du fardeau d'un tel problème,
il eo a du moins diminué le poids.
Sa doctrine est connoe. L'esprit et le corps
sont deux substances. En tant que substan-
ces, ils s'excluent; car la pensée constitue
Tessenee de Tun, comme l'étendue l'essence
de l'autre. Pour l'un comme pour l'autre, la
pensée et l'étendue ne sont pas de ces attri-
buts qu'on donne ou retire à Tolonté; l'es-
prit et la pensée, le corps et l'étendue sont
inséparables. Ainsi l'âme pense toujours, le
corps est toujours étendu. Mais le corps et
lesprit sont séparables, cependant ils sont
unis. Chacun éprouTC par soi-même qu'il
est une seule personne qui a un corps et
une pensée, lesquels sont dételle nature,
que cette pensée peut mouvoir le corps et
sentir les accidents oui lui arrircnt (725).
Cependant l'âme n a que les attributs d'une
substance incorporelle. Elle n'est point prin-
cipe de mouvement et de vie; il n'y a point
(721) De dign, ei amgm, scient.^ lib. tir, cap. 1.
(722) Cest un hommage que lui rendent Amald et
H. More (CEiirr.^ll^fearles,t. l,Lett.,p. I57el386),
ci D. Stevait ao nioiiis pour les temps modernes.
<7i5) T. V% MédUaUon ti, p. ZSé; t. U, Bépotue
mmx mutrième» objectàoms^ p. 50; t Vfl , Letin à
M. Remu», p. 581.
(7i4) Objectioiis de Hobbes, d'AmanId, de Gas-
sendi, de divers théologiens etgéomélres, de Henry
More et de Henry L«roy. (CEvrres de Deêcmrtes^
Objed. confie les MédiL^ L 1", p. 468 , et t. U,
Lii, n et snir. , 229 et snir., et p. 517 ; t. X,
rir»« p. 71 et 2M.)
1735) T. I**. Mélh. nr, Médit, ti ; t. D, fUp. mut
d'âme motrice, T^tali?e , sensitiye. L'âme
agit, et par son action même elle détermine
sans le savoir , dans la glande romirton ou
pinéale, qui est son principal si^e, des
raouyements des espnts animaux, agents
directs du mouvement comme du sentiment.
Ces esprits sont de petits corps, les parties
les plus rives et les plus subtiles du sang
que la chaleur a rarénées dans le cœur, et
3ui de là entrent sans cesse dans les cavités
u cerveau et en sortent sans cesse par ses
pores, pour aller courir dans les nerfs, par
où ils entretiennent la sensibilité externe et
cérébrale et la contractilité musculaire.
Le principe du mouyement est donc dans le
sang échauffé par le ccBur, et si, dans certains»
des mouyements sont déterminés par l'âme
ou l'esprit, ils ne sont pas l'ouyrage direct
de la yolonté; ils procèdent princi^ement
de la disposition des organes, soumis au
cours de la liqueur des esprits animaux ,
dont la direction est modifiée nécessairement
Gr les actes de la yolonté h l'insu de la vo-
Jité même (796).
U ne se passe rien dans le corps dont il
nesoitpossible de rendre raison par des prin-
cipes mécaniques {1^}^ rien par conséquent
qui doiye être attribué à autre chose que la
substance étendue. La substance incorporelle
est donc exclusivement sentante, youlante,
pensante. Il n'y a pas d'autre âme que l'âme
raisonnable.
C'est k la distinction de l'âme et du corps,
que Descartes s'est surtout attaché; et long-
temps il n'a presque rien dit de leur union.
Cependant'comme on fait de celle-ci une ob-
jection contre celle-là, il répond en niant
d'abord que de cette union il résulte que la
pensée soit un mode ou une dépendance du
corps. Si, par exemple, chez les fous, la fa-
culté de penser est troublée, il n'en Ciut pas
conclure qu'elle soit tellement attachée aux
organes qu'elle ne puisse être sans eux. De
ce qu'elle est souvent empêchée par ces or-
ganes, il ne s'ensuit aucunement qu'elle soit
produite par eux. 11 s'ensuit seulement que
tant que 1 esprit est uni au corps, il s'en sert
comme d'un instrument, pour faire ces sor-
tes d'opérations auxquelles il est pour l'or-
dinaire occupé , mais non que le corps le
rende plus ou moins parfait qu'il n'est en
soi. De ce ou'un artisan ne trayaille pas
bien toutes les fois qu'il se sert d'un mau-
yais outil, on ne peut inférer qu'il emprunte
son adresse et la science de son art de la
bonté de son outil (728).
cinûmèm. ei $ixièm. dnect.^ p. 25 et359; t. IH^ Prine.
deUjMi,^nan.iF^;utk,Leii.èiM^riM€€MuEU$mketk^
p. 123el 129 ; t. Vlll,i4 um Ré9. Père detOrmi., p. 568,
et t. Vllj>.392; Rem. de Deuarie$ tmruMcerimu pim^
emrd^vi^f.n^HLeii.àArmmUd^p. 146 el 156.
(726) T.I V, Let poM . detâme^p. v ; Tr. de t homme,
La deur, dm cam Imm^ Préf. ; t. U, Rép. ma quûir.
oéj.p. 51; t. \m,Uit.àRemu$, p. 5llet518; 1 11,
Leit, à un Seian, , p. il 8 ; t. a, Leti, à M, ChamU^ p. i5.
S 7) T. 11 , Réponse emx quûinème$ oèjeeOmUj
; U X, LeUre à Morus, p. 235.
(728) T. U, Réponu aux qmoinhneê okfetihnê^
p. 5(^-55; Réponu miS einqmtème» objeeiionê, p. 551 ;
t. n, Leiife à tm prince$$e Elisëkeik, p. 125 et 129.
1101
PHY
niCTIONNAIRE
PHY
Uii
Que resprit qai est incorporel, puisse
faire mouvoir le corps, il n'y a ni raison-
nemenl ni comparaison inii nous le puisse
apprendre; mais néanmoms nous n*en pou-
vons douter, et il faut bien prendre garde que
cela est Tune des choses qui sont connues
par elles-mêmes et que nous obscurcissons
toutes les fois que nous les voulons expliquer
par d'autres (729).
Cependant comme toute la difficulté ne
procède que d*une supposition qui est fausse
e( qui ne peut être aucuneiùent prouvée, à
savo'ir, que si Tâme et le corps sont deux
substances de diverse nature, cela les empê-
che de pouvoir agir Tune contre Tautre, on
peut représenter aux physiciens qu'ils ad-
mettent dans les corps des accidents réels ,
comme la chaleur, la pesanteur et autres
semblables, et qu'ils ne doutent pas que ces
accidents ne puissent agir contre le corps;
et toutefois il y a plus de différence entre
eux et lui , c'est-à-cfire entre des accidents
et une substance , qu'il n'y en a entre deux
substances. Par exemple , l'accident réel ou
qualité réelle distincte, appelée pesanteur,
peut , dit-on , mouvoir une pierre vers le
centre de la terre, et l'on croit l'entendre
assez bien, parce qu'on en croit avoir une
expérience manifeste. Or il n'est pas plus
difficile de concevoir comment l'âme meut
le corps que comment une telle qualité meut
la pierre en bas. Il n'importe pas que cette
f>esanteur ne soit pas une substance, car on
a conçoit comme une substance, puisqu'on
la croit réelle. Et si l'on dit qu'on la conçoit
comme corporelle, ou elle sera corporelle
en tant qu'elle appartient au corps ou peut
s'unir à lui, encore (ju'elle soit d'une autre
nature, et l'âme aussi peut être dite corpo-
relle en ce sens-là ; ou par corporel on en-
tendra ce qui participe de la nature des corps,
et dans ce sens la pesanteur n'est pas plus
corporelle que l'âme elle-même. Du reste,
selon Descartes, ces qualités n'existant nas
dans la nature, il ne peut y en avoir d'idée
vraie dans l'entendement humain, et la no-
tion qu'on s'en forme vient précisément de
celle au'on a de l'action d une substance
immatérielle dans le corps et contre le corps.
C'est ainsi qii'on donne à la pesanteu r et autres
choses semblables une existence distincte.
Nous leur appliquons des notions que nous
expérimentons en nous-mêmes , et qui ne
nous ont été données que pour concevoir la
fo'çon dont l'âme meut le corps (730).
La notion en elle-même, la notion géné-
rale n'a rien que la philosophie réprouve.
« Comme il ne messied pas à un philosophe
« de croire que Dieu peut mouvoir le corps,
« quoiqu'il ne pense pas que Dieu soit cor-
« porel, il ne lui messied pas également de
« croire quelque chose de semblable des
« substances incorporelles; et bien que je
« croie qu'aucune manière d'agir ne convient
« dans le même sens à Dieu et aux créatu-
.'729) T. X, Lettre à Arnautd, p. ÎM.
(730) T. If, Lettre à M. Cterseîier, contenant une
réponse aux instances de Gassendi, p. 514 ; t. IX,
Lettre à la princesse Elisabeth^ p. 127.
« res , j'avoue cependant que jo ne trouTe
a en moi-même aucune i Jee qui me teffré-
« sente une manière différente dont Uieu
a ou un ange puisse mouvoir la matière de
« celle qm me représente la manière dont
<r je suis convaincu en moi-même que je
« ^is mouvoir mon corps par ma pen-
« sée (731). »
Ces considérations, dégagées de la Ibéorio
propre à Deseartes sur la constitution phy-
siologique de l'homme, nous paraissent en-
core justes et puissantes, et nous nous y t^
puyonsavec confiance. Cependant elles con-
tiennent sur le mode d'action des deux s\dh
stances une doctrine implicite qui, déTclnp-
pée par Malebranche, est devenue le système
des causes occasionnelles. Les deux substan-
ces, l'une par rapport à l'autre, ne sont pas
cause dans toute l'énergie du mot ; seule-
ment, à l'occasion des pnénomènes de Vone
naissent les phénomènes de l'autre. Ce sys-
tème exige entre elles un médiateur qui , \
l'occasion d'un mouvement du corps, im-
prime une pensée à l'âme , et à l'occasion
d'une pensée de l'âme, imprime un mouve-
ment au corps. Et comme Descartes nafl-
met que deux substances , et proscrit sévè-
rement toute qualité occulte , ce médiateur
ne peut être que Dieu. Dieu, dit Fontenelle,
demeure alors la seule cause véritable des
mouvements et des pensées (732). Ce sys-
tème contient eu principe celui de Leibnitz.
On sait que, touché de la difficulté d*a<i-
mettre une union active entre l'âme cl k
corps, « parce qu'il n'y a pas de proportion
entre une substance incorporelle et telle ou
telle modification de la matière , n il tooIoI
que de toute éternité le corps eût été con^
titué de manière à répondre à toutes les
pensées de l'âme (733) et qu'il y eût ainsi
entre les actes de 1 une et les modificatioos
de l'autre, non une connexion de cause à
effet, mais une coïncidence exacte et fatale
qu'il nomma l'harmonie préétablie.
C'est notre faute peut-être , mais il ne
nous semble pas que la difficulté exige un si
grand appareil de systèmes , et le mystère
de l'union des deux substances ne nous a^
cable pas à ce point oue, pour Vailégprt
nous nous jetions dans ae telles extrémités.
La question de l'origine du mal, celle de
l'origine de la matière , celle de la présenre
divine , par exemple , nous troublent biec
autrement et donnent un ébranlement bieo
plus redoutable aux croyances de notre rai-
son. Nous ne voyons dans l'action mutuelle
des deux substances , qu'un mystère assez
comparable à ceux que présentent toutes les
actions que nous pouvons percevoir ou con-
cevoir en ce monde. Toute action est inex-
plicable. L'incompatibilité dans le mém
sujet des essences de l'esprit et du corp*
sera, si l'on veut , une difficulté de plu*
Cependant celte difllculté supixise cette pn»-
position : 11 parait qu'il faut l'étendue pc^r
(751) T. X, Lettre à Morus, p. 245.
< (75S) Œtivris de Fontenelle, t. VIII, Ikmkt 9tr k
système physique des causes occasiotmeiles^ cb. i
(735) Nouv, essais sur ten'end. kum.^ I. n, «*♦ '"
1169
PHY
D^ANTUBOPOLOGIC
PHY
ft70
a^r sur retendue. Mais c'estaflirmer une^ro-
priété de Tinconnue. Or celte propriété est-
elle une donnée du problème ? non, elle est
le problème lui-même. £si-elle une déduc-
tion des donniées de Téqualion ? non, car on
la pose» on ne la démontre pas. Aller [>lus
loin et dire que la substance est nécessaire-
ment étendue, c*est s'avancer dans les ténè-
bres. Cela n^est soutenable» en effet , que de
la substance même de l'étendue. Ce n'est
pas rétendue qui est nécessaire à la sub-
stance, c'est )a substance qui Test à reten-
due. L'eipérience ne donne que l'étendue;
la nécessité d'une substance pour l'étendue
est en fait une induction ultérieure de la
perception, en droit une loi de la raison.
L'une et l'autre attestent et supposent un
principe, c'est qu'il n'y a point de phéno-
mène sans substance. Quel phénomène? vas
plus celui de l'étendue qu'un autre, le pné-
Domène indéterminé. La substance est donc
le corrélatif nécessaire de phénomène et
non d'étendue. Qu est-elle en cette qualité?
un inconnu. Vouloir que cet inconnu soit
essentiellement et uniTersellement étendu,
c'est affecter sur la substance des connais-
sances qu'on n'a pas. Il est étrange que cette
proposition se rencontre surtout dans les
ouTrages de ceux qui font profession de par-
ler peu de la substance , et d*en fuir la no-
tion et le nom comme ce qu'il y a de plus
oiiscur et de plus périlleux dans h science.
Tous les êtres réels sont substances, c'est-
à-dire que tous les êtres réels sont chacun
quelque chose qui ne peut exister que par
soi-même, et qui ne peut ê&re distingue ni
par plus, ni par inoins d'un seul concept ;
car, suivant une belle idée de Descartes, la
substance est ce qui n'a besoin pour exister
que de Dieu et de soi-même (73^^). Tous les
èlres réels sont des causes , c'est-à-dire que
la présence des uns par rapport aux auîres
résultent des changements dans les acci-
dents, soit des uns, soit des autres.
Tous les êtres sont des essences , c'est-à-
dire que quelque changement qui s'opère
dans les accidents d'un être , il lui reste
toujours un attribut constitutif qui fait que
sp&ifiauement il est ce qu'il est, et n'est pas
ce qu'il n'est i^as.
Tous les êtres présentent des accidences
inTariahles dans leur nature, yariables dans
leur manifestation, de sorte que toute durée
e>t un perpétuel changement, et que la sub-
stance change incessamment dans ses acci-
dences sans en perdre aucune.
Or comment les êtres sont-ils sulistances,
causes, essences, modalités ? Cela est iinpos-
siblc à dire, et la contradiction est ici au
s^uil de toute tentative d'explication. Ce
li'est pas, du moins, le naturalisme qui
nous apprendra ce qu'il faut penser de tout
cfria. Comment donc prétenurait-il limiter
l'action de la substance à raison de sa na-
r754) T. m, Pniur. de la philot.^ part. i'\ J 57 >
t. Il, Éiéponte aux quatrièmes obieetiôns^ p. 47.
(735) f Poar éclatrcir Fidéc de sobsUoce, H Imt
rvmaaterk œlie de force el d*énergie... La force
3.;issanie est inhérente ^ toute substance, qui ne
ture ? S'il l'essaie , foppuSMrai la notion de
cause à la notion de substance , et j'arri-
verai sur les pas de Leibnitz, à ne voir que
des forces dans l'univers (735). Il est facile,
en effet, de réduire tout l'être interne à une
action, tout l'être externe à une résistance,
c'est-à-dire l'un et l'autre substantiellement
à une force , et aussitôt l'objection des ma-
térialistes devient incompréhensiMe dans
les termes. Nous n'embrassons pas formel-
lement la théorie de M. Biran ; nous disons
seulement qiie nos adversaires seront reçus
à définir l'action de la substance , quand ils
nous auront expliqué ce que c'est que Tac-
tion de la cause.
L'âme peut-être dite une force, en ce sens
qu'elle est, non une cause de mouvement,
mais un i>rincipe d'action , lequel se mani*-^
feste distinctement par l'acte volontaire, im-
plicitement par l'acte intelligent , c'est-à-
dire en général par la pensée. Le principe
d'action qui se manifeste par la uensée peut-
il être uni à un tout étendu ? Nous dirions
que cela est impossible, si nous n'avions
pour garants qu'il en est ainsi la consdenee
et la sensation ; l'impossibilité entrevue on
supposée le cède au fait. Le principe d'action
qui se manifeste par la pensée , peut-il être
le même que le sujet du tout matériel en
tant gue matériel , c'est<^-dire le même que
le suiet de la matière ou de l'étendue en gé-
nérai ? Il n'y a pas une seule raison à donner
tour l'affirmative ; personne même ne l'a
asardée, car personne n'a imaginé que la
substance matérielle fût pensante par elle-
même. Il faut que la pensée advienne à la
substance matérielle comme ime forme es-
sentielle de l'école , et qu'elle en change
l'essence. Or cette addition à la substance
matérielle et qui en change l'essence , si ce
u*est la transmutation de la matière par la
volonté du Créateur, c'est l'adjonction d'un
principe nouveau qui manqiuûtà la matière,
et qui agit sur elle. Que l'on nous demande
comment ce principe hétérogène peut agir
sur le tout matériel auquel il est uni , pour
la troisième fois, nous répondrions que c'est
impossible, parce que c*est inexplicable, si
pour la troisième fois , l'évidence de la
sensation et de la conscience ne nous don-
nait comme réel l'inexplicable qui cesse
d'être impossible. Que conclure de là?
Qu'il est téméraire de prendre |jour l'abime
de l'impossible une lacune de nos connais-
sances- Si l'on accorde un moment que deux
substances ne peuvent agir l'une sur l'au-
tre, parce qu'on ignore comment elles agis-
sent, non-seulement Dieu disparaîtra de l'u-
nivers, mais l'univers lui-même tombera
dans runité immobile où l'avait plongé Par-
ménide, c'est-à^lire qu'il conservera l'être
en acquérant toutes les conditions du
néant
Démocrite sut observer la nature; il avait
peut être ainsi un seul instant sans agir. > (De
princ. phiias. emendat. et notiau, ntbstant. ; Il awc
M BiaA5, Doeirine de LeitnHt, Œuvres pkUa$ofk.,
t. IV, et ailleurs.
il7l
WJV
DIGTlONNÂiae
PHÎ
i17i
presque inventé la philosophie expérimen-
tale ; il est le créateur des prin iipes du ma-
térialisme. On sait l*anecdote antique. Un
jour Abdère le crut fou. On appela pour en
juger le génie de Tobservation en personne,
le père de la médecine , Hippocrate. Il Tint
et trouva Démocrite qui, un crâne à ia
main, étudiait les formes du cerveau. Hip-
|K)crate admira, et il jugea les Abdéritains
insensés.
Or c*est Hippocrate qui a dit : Si unuê e^
ê$i homo^ non aoleret^ quia non sciret und^
doleret. Il croyait donc qu'il fallait un moi
qui ne fût pas Torganisme, pour s'aperce-
voir de l'organisme. C'est ce mot qu'il faut
connaître. Connais le moi , disait l'oracle ;
dissèque ton cerveau , semblait dire Démo-
crite le philosophe. Le cerveau et le mot,
c'est l'homme, pensait Hippocrate le méde-
cin. Et nous , nous disons à la médecine :
« Souviens-toi de ton père. »
PHYSIOLOGIE DES RAGES HUMAINES,
GQNSmÉRÉES DANS LSI7RS RAPPORTS AVEC L'hIS-
T01RE. — Nous allons donner sous ce titre
un travail publié en 1829 par M. F. Edwards,
et adressé sous forme de lettre à M. Amédée
Thierry, auteur de l'Histoire de» Gaulois,
Ce travail a excité un vif intérêt, et est de-
venu très-rare. Quelle en est la valeur
réelle ? Nous engageons le lecteur à lire ce
qui en a été dit à l'article Galles et Kimrys
de ce Dictionnaire. Vu l'importance des
questions que nous abordons dans notre
livre, nous ne pouvions omettre ce docu-
ment, qui constate au moins les difficultés
du sujet et les efforts de la science pour
les résoudre. Dans ces grands débats, il est
bon de connaître toutes les pièces, les faus-
ses, les douteuses ou incertaines comme les
plus authentiques.
« Monsieur, dans un voyase que je viens
de faire, j'ai eu l'occasion d observer quel-
ques faits qui peuvent vous intéresser. J'ai
parcouru la plupart des pays qui ont rap-
port à rbistoire que vous venez de publier,
et j'ai cherché à vérifier quelques-unes des
distinctions que vous établissez parmi les
peuples gaulois. C'est le résultat de cet eia-
men, joint à d'autres observations de même
nature, relatives à d'autres points de l'his-
toire, que je vous offre aujourd'hui. Il pa-
raîtra peut-être singulier que je prétende
appuyer ou infirmer ce que vous déduisez
de documents historiques par des observa-
tions relatives à l'état actuel des peuples.
Quels qu'aient été les Gaulois jadis, et les
grandes familles qu'ils pouvaient former
alors, qu'y a-t-il de commun entre eux et
les peuples qui occupent le même sol au-
jourd'hui? Qu'a l'histoire à démêler avec
la physiologie ? Quelle lumière peut-elle en
emprunter t II y a longtemps que je ))ense,
et je ne suis pas le seul de cette opinion,
qu'elle peut en tirer un çrand secours ; et
si longtemps elle lui 9 été étrangère, c'est
faute d'en avoir étudié les rapports. Il est
vrai que, jusqu'à Tépoque actuelle, ni l'une
ni l'autre de ces sciences n a été culti?é« de
manière à les rapprocher et à ce qu'elles se
{prêtassent des lumières mutuelles. Votre
rère a ouvert b carrière en histoire (736).
li a distingué les divers peuples qm consti-
tuaient la nation, et a suivi attonii?emeot
les vicissitudes de leur sort. Vous mi
adopté sa marche ; mais ayant un plus yasie
champ à parcourir et plus de complications
h débrouiller, il vous a fallu employer toutes
les méthodes de critique. Vous'parTenez
ainsi, à travers la confusion des temps et
des auteurs, à reconnaître plusieurs grandes
familles parmi les peuples dont vous écrivez
l'histoire. Les caractères par lesquels vous
les distinguez sont pris dans la science que
vous cultivez. Vous établissez delà sorte
des races historiques qui peuvent être tout
à fait indépendantes de celles qu'afottcrait
l'histoire naturelle. Vous en avez le droit ;
car chaque science a ses principes ; mais ii
se peut aussi qu'en les suivant, vous arri-
viez au même résultat auquel on parrieiu
par l'application d'une autre science. Vojons
maintenant quelles données nous fournil
l'histoire naturelle pour que noas puissions
espérer de nous rencontrer. Il n'y a m
lon^emps que l'étude de l'homme en fait
partie. Chose étrange, que ce qui devait
nous intéresser le plus, parce qu*il ooos
touche de plus près, ait été le plus négligé.
Cette branche de nos connaissances est si
récente, qu'elle a été fondée par un auteur
vivant. Le célèbre Blumenbach a reconnu*
dans le genre humain, cinq familles ani-
quelles, suivant lui, tous les peuples peo-
vent ère rapportés. Il a rendu un grani
service en posant ces premières bases. Mais
que peut faire ce petit nombre de groupes
Eour éclairer l'histoire ? Ils corresiwndeDi
peu près à autant de grandes divisions du
monde, et chacun d'eux embrasse et confowi
trop de nations pour qu'ils soient duii
grand secours. Dans leur vaste étendue,
cependant, ces divisions du genre buroaii
ne sont pas sans utilité pour rbislorieo;
mais cette utilité est très-bornée. Dt?p«^^
peu, deux naturalistes en ont beaucoui"
accru le nombre, M. Desmoulins et M. B(»f;
de Saint-Vincent. Vous ne les en hlhmetu
pas sans doute, si tes caractères qu ils oci
indiqués suffisent pour distinguer les mi
pies, et vous croirez, avec raison, queplpj
ils auront multiplié leurs divisions, plus lil
auront satisfait aux besoins de l'histoire. P^
vous importe, s'il faut les appeler du nm
d'espèces, de variétés, de sous-variélés, «^
de races, et dans quel ordre on les c\m
entre elles ; vous laisserez ces discussu^us
aux naturalistes. Ce qui vous intéressée H
de savoir si les groupes qui forment Je genn
humain ont des caractères physiques ref*»r.j
naissables, et jusqu'à quel point les disunj
tiens que l'histoire établit parmi les i*
pies peuvent s'accorder avec celles ue J
nature. Vous voyez que la quesnon.^|
compliquée. Il ne vous suffirail pas qu»' .
(750) Histoire de la conquête de r Angleterre par les Normande,
I17S
PHY
D*AMTHR0P0L0G1E.
PHY
1114
eât de pareils groupes ; il faudrait aussi
que, tels qu'ils existent aujourd'hui, ils
eussent toujours été, du moins dans les
temps historiques. S*il en éîait ainsi, on pui-
serait dans cette nouvelle source de la ulia-
tion des peuples, et l'on remonterait à leur
origioe malgré les mélanges qui constituent
les nations. Voilà Tétat de la question dans
sa généralité; elle a déjà été traitée par
M. Desmouiins. Mais ce sujet, à cause de sa
noureauté, a besoin d'être repris, et je vous
dirai les raisons qui m*ont conduit à penser
que Ton i)ourrait retrouver les anciens peu-
ples dans les modernes. Il est indispensable
que j'entre d'abord dans cette discussion,
avant d'exposer les observations particu-
lières qui vous intéressent, et celles qui ont
trait à d'autres |)oints de l'histoire. Je ne
vous dissimulerai pas les difficultés ; elles
s'offrent en foule. Quand même les peuples
auraient eu des caractères physiques capa-
bles de les distinguer, comment supposer
qu'ils aient pu les conserver sans altération
profonde à travers une longue suite de
siècles, durant lesquels ils ont été exposés à
tant de causes de changement, dont une
seule, si l'on s'en tient a des opinions eé-
néralement répandues, suffirait pour les
rendre méconnaissables ; l'influence du
eliinat sur ceux qui ont changé de patrie,
les progrès de la civilisation ou de la déca-
dence, et le croisement multiplié des races ^
»t outFQ ces causes de changement, com-
bien ont péri par extermination ou ont été
sspulsés de leur sol natal. Lorsque nous
lisons l'histoire, et que nous ne consultons
{ne i*impression qui nous reste, en com-
Mrant les temps anciens et les temps mo-
iernes, qu'y trouvons-nous de commun?
le nom même des nations qui ont paru avec
Sclat est éteint depuis des siècles ; dans le
Mvs qu'elles ont habité, tout a pris un nou-
rri aspect ; on y parle des langues étran-
gères ; et si quelque ruine subsiste encore,
^lle seule nous retrace le souvenir des an-
iens habitants. En histoire, quand un peu-
ple est conquis, qu'il a perdu son indépen-
lance, qu'il ne forme plus une nation, il a
e>sé uexister ; et dans ces révolutions
M)liliques comme dans les bouleversements
le lancien monde, on croirait que chaque
l^ue désastreuse fait disparaître les races
|ui avaient subsisté jusqu alors. Mais une
tutre branche des connaissances humaines,
'éo de nos jours, vient rectifier ces fausses
Répressions. Une comparaison plus appro-
miliedcs langues fait souvent découvrir,
ans celle que l'on parle actuellement, les
iiunics anciens qui les ont formées, et l'on
lat»lit ainsi, dans des pays où sans ces in-
'i*es on ne l'aurait pas soupçonné, une
oniiexion non interrompue entre les anciens
lalûtants et les nouveaux.
• Mais si les formes du langaze laissent
les (races dans les idiomes moclernes qui
l<^f'èlent leur antique origine, que pense -
v^nsr-nousdes formes du corps ? seront-elles
i)oins persistantes ? n'aurons-nous rien
uiiserTé des traits de nos ancêtres? au-
ront -ils changé au sré du climat de maBière
à être méconnaissables 7 Les mélanges au-
ront-ils tout confondu , la civilisation tout
régénéré, la décadence tout dégradé, la
force tout exterminé ou expulsé ? Y oilà les
questions qu'il faut examiner succinctement
avant d'exposer les observations qui font
le sujet de cette lettre. Il fallait d'abord
croire ces observations possibles avant de
chercher à les faire, et les mêmes raisons
qui ont servi à ma conviction peuvent servir
à la vôtre.
« Nous traiterons ces questions sous des
points de vue peut-être nouveaux. Pour
apprécier l'influence du climat sur les formes,
les proportions du corps, et les autres carac*
tères pnvsiques, nous n'en examinons pas
les résultats sur quelques individus, mais
sur les masses en général.
« Peu nous importe, pour l'objet qui nous
occupe, ce que la nature a pu faire dans
quelques cas extraordinaires. Il faut savoir
ce qu elle fait le plus souvent ; et nous bor-
nerons nos recherches à ce qu'elle opère
dans des temps limités, puisqu'il s agit
d'applications a l'histoire. Pour bien con-
naître les tendances générales de la nature,
il convient de l'étudier sur une erando
échelle ; voyons d'abord quelle influence
exerce le climat sur les êtres vivants qui
diffèrent le plus de nous, et qui paraissent
les plus susceptibles d'en éprouver des mo-
difications.
« Nous confondrons d'abord, comme on le
fait souvent, sous l'expression générale
d'influence du climat, plusieurs autres
causes puissantes qui agissent en même
temps, et nous verrons ensuite si nous
aurons à nous repentir d'avoir fait cette
concession.
<r Des plantes se couvrent ou se dépouil-
lent de poils et d'épines, leurs feuilles se dé-
coupeiit, leurs fleurs se colorent diverse-
ment, leurs pétales se multiplient, leurs
fruits changent de saveur, et leur taille
s'élève ou s'abaisse suivant la terre et le
ciel de leur nouvelle patrie. Il en est même
qui perdent quelques-uns des caractères
de leur genre ou de leur famille, comme
lorsque les fleurs deviennent doubles ou
pleines.
c Elles peuvent donc s'altérer profondé-
ment, mais elles conservent presque tou-
jours quelques-uns de leurs traits primitifs
qui rappellent leur origine.
« Quand même un certain nombre d'entre
elles aurait été altéré au point de prendre
des caractères spéci floues différents, ce qui
n'est pas encore avéré, la plupart ont beau
changer de climats, elles restent tellement
semblables à elles-mêmes que l'œil le moins
exercé ne saurait les méconnaître.
« En admettant les plantes à déposer en
faveur de l'influence du climat, on admet
les preuves les plus fortes de la puissance
de cette cause ; mais on voit, en même
temps, combien elle est bornée, puisqu'elle
n'atteint pas le plus grand nombre.
« Et combien n'en est-il pas ^ * *
1175
MiY
OiCTiONI^AmE
PHY
m
portées dans des régions lointaines, lan-
guissent et meurent avec les formes qui leur
sont propres ? On voit ainsi qu'il est des
forces qui tendent à conserver le type ori-
ginel avec une telle constance» que bien
souvent il se rompt plutôt que de se plier
aux changements que les agents eitérieurs
voudraient lui faire subir.
« Il ne me convient pas d'avancer des faits
de cette nature, qui ne sauraient être le
résultat de mes propres observations, sans
les appuyer sur des autorités irrécusables.
Je les ai soumis è des botanistes distingués
qui, outre leurs connaissances profondes
(le rétat de la science, ont la plupart voyagé,
et réunissent ainsi leur expérience person-
nelle à celle d'autrui. MM. Desfontaines,
de Candolle, Mirbel, Bory de Saint-Vincent,
Turpin, m*ont donné leur assentiment.
<f Si des plantes nous passons aux ani-
maux, nous dirons que rnomme ne peut
suivre de rœil, dans leurs migrations, que
ceux qu'il transporte avec lui. Voyons
d'abord ce que nous savons de positif sur
les animaux domestiques. Mais ici nous
distinguerons soigneusement les effets du
climat de ceux qui proviennent du croise-
ment des races et d'autres causes étran-
gères.
« Nous voyons (jue le changement le plus
prononcé est celui que subit leur foun'ure,
qui devient plus épaisse ou moins garnie,
plus fine ou plus rude, et varie de couleur
suivant les extrêmes de froid ou de chaud ;
ils deviennent plus gras ou plus maigres ;
leur progéniture change quelquefois de
dimension, mais la voit-on changer de pro-
portions et de formes ? Si les formes et lea
proportions changent, c'est ordinairement
par l'augmentation ou la diminution de la
graisse ou des sucs qui remplissent le tissu
cellulaire. La charpente osseuse ne reste-
t-elle pas la même, et, si elle s'altère, c'est
dans des cas rares, et dans d'autres qui peu-
vent être regardés comme des maladies.
^ En subissant les modifications les plus
ordinaires que je viens d'indiquer, ils ne
{>erdent pas plus leur type que tel homme
orsqu'il devient chauve , qu'il éprouve
quelque changement dans le teint, ou qu'il
gagne ou perd de l'embonpoint ; il conserve
presque toujours les traits caractéristiques
qui le font reconnaître.
<« Quant aux animaux voyageurs, comme
ils recherchent, autant que possible, l'éga-
lité de température, ils ne sauraient çuere
subir de changements de la part du climat.
« On voit des variétés dans des climats
divers, et l'on prétend que ces climats en
sont cause. Mais on voit dans le même i)»ys,
sous le même ciel, une foule de variétés
appartenant à la même espèce. 11 faut donc
3u il y ait aussi d'autres causes qui les pro-
uisent, et à moins que l'observation ne le
constate, on ne saurait faire la part du cli-
mat. Combien, d'ailleurs, n-est-il pas d'es-
Î)èces communes à des régions diverses dont
es individus sont partout semblables ? Il
wi est donc une foule qui, par cola même,
sont capables de changer de climaisuio
changer de formes. Je n>i pas besoin «le
dire que la généalogie que Bullbn a donnée
des différentes races du chien est loat à laii
arbitraire. Il est vrai qu'on y a cm quelque
temps, mais on est devenu plus dilbcile eo
fait de preuves ; et M. Desmoulins a remar-
qué que Bufion lui-même avait ruiné son
hypothèse eu opérant, dans la suite, des
croisements avec le loup et le reniml.
« Voilà ce que j'avais à vous dire de plus
positif à l'époque où je m'occupais de iitUe
rirtie de mon sujet. Je croyais être panreou
un résultat satisfaisant ; mais comme les
Yoyageurs n'avaient pas donné - à cet ol^el
toute l'attention qu il mérite, il manquait
à mes preuves cet éclat de vérité qui en-
traîne de suite la conviction. J*étais derniè-
rement à rAcadénaie des sciences lorsque
le docteur Boulin se présenta pour lire ud
mémoire sur les changements qu'ont subis
les animaux domestiques transportés ^e
Tancien dans le nouveau continent. 11 venait
de l'Amérique, où il avait résidé six aus. Je
savais combien il était projire à résoudre
la question et par ses connaissances et par
son talent d'observateur. J allais donc en-
tendre juger les conclusions que j'avais
tirées de données peut-être imparfaites; a
vous concevez le vif intérêt avec lequel je
l'écoutai. La confirmation fut complète. Les
animaux transportés dans le nouveau monde
n'ont, en général, éprouvé que ces lé^rs
changements que i ai indiqués plus bant
comme résultat de l'influence du climat. Il
est à espérer que l'auteur ne tardera pss à
donner au public Tensemble de ses obserri-
tions qui sont relatives non-seulemeat i
Faction du climat, mais aussi à rio&ueBce
de la vie sauvage et au développeœeol dr
Tinstinct.
« Ce que nous venons de dire des animaai
est à plus forte raison applicable à Thomme.
Lorsque du Midi il émigré vers leT<ord,sou
industrie lui fournit des moyens puissant»
Kur se défendre contre Tintempérie (1<
ir. Il porte, pour ainsi dire, son cbmatam
lui. Le Lapon, dans sa butte, se |)rocureli
cbaleur de la Syrie. Les jeunes tilles de U
Russie sont précoces, dit-on» comme celie>
des pays méridionaux.
« Que si Tbomme savait rafiratcfair, eoouse
il sait échauffer son atmosphère, il chaa-
gérait presque impunément de climat, pourra
qu'il menAt une vie tout artifiaelle.
<K Mais ses passions qui raccompagnenll^
rendent, la plupart du temps, à la nature.
et rompent les combinaisons de son ioteilr
gence. 11 s'en faut d'ailleurs de beaucoup
que les arts mécaniques soient le partage d^
tous les peuples de la terre. Et même, ehez
les nations les plus civilisées, une graoti^
portion du peuple est mal pourfue i^
moyens propres a la 'garantir des ioipr^
sions nuisibles de l'air et do ciel.
« Malgré ces restrictions , il sera toujours
vrai de dire que les hommes, quel quesoi^
leur état social, pourront mieux résister ijv
les autres êtres animés au cbaogeœeot 'if
1117
PRY
D'AMTUnOPOLOGIE.
PHY
H78
climatf mais qu*ils ne sauraient entièrement
se soustraire a l'influence de cette cau*^.
« Nous voulons en apprécier les résultats, ,
et nous consultons plutôt notre imagination
que les faits. Il en est peu cependant de cet
ordre qui soient plus multipliés, plus faciles
à apprécier dans de certaines limites. Pre*
oons les premiers qui se présentent.
« La plupart des pays de TEuroiie ont
eDYûjé dans des répons lointaines une par-
tie de leur population, où elle est étaolie
depuis un ou plusieurs siècles ; et comme un
grand nombre de ces colonies est confiné dans
des lies où elles sont restées presque sans
aiélange, on peut y juger de l'influence pro-
longée du climat. Il y a eu à layéritcun
luélange de races plus ou moins étendu avec
les esclaves noirs ; mais il en est résulté
une caste particulière, qui, portant les ca-
raclères visibles de son'origine, ne peut être
confondue avec la population blanche. Celle-
ci habite depuis longtemps les régions équa-
toriales, dans cet extrême de température
contre lequel l'industrie de l'homme sait
moins te défendre ; et quel en a été le résul-
tat? L'Angleterre, la France, l'Espagne,
méconnaissent-elles leurs enfants? ou si
elles les trouvent un peu hAlés, un peu
brunis, plus sensibles au plaisir et moins
disposés au mouvement, leur voient-elles
des traits différents ? paraissent-ils h leurs
veux comme une race étrangère ou altérée ?
In colon anglais , français, espagnol, ne
porte-l-il pas les cai*actères propres de la
Dière-palne î
« £t si quelqu'un avait le tact assez fin
pour les distinguer comme colons, il saisi-
rait des nuances si délicates qu'elles écba>
peraientà la plupart des hommes, et parla
n'auraient aucune importance dans la q ;3$-
lion qui nous occupe.
« Ce sont des observations de cette espèce
lui ont d'abord fait une impression pro-
^nde sur mon esprit. Elles m*ont donné la
preuve que des peuples établis dans des cli-
uats différents pouvaient conserver leur
ype pendant plusieurs siècles.
<< Mais la vérité n'en . est peut-être pas
issez évidente, parce que les peuples de la
aère-pairie n'ayant pas chacun un type uni-
jue, mais plusieur^i qui n'ont pas été défi^
lis, la comparaison serait difliciie et embar-
a^sante. Il se poarraitmème que, plus frappé
l's nuances qui les distinguent que des for-
>ies et des proportions qui leur sont com-
inn.s, on arrivât aune couclusioa con-
uifv. Je citerai donc un exemple qui ne
aissera pas de doute.
•* Les traits des Juifs sont tellement ca-
attérisés qu'il est diiTicile de s'y tromper,
U comme il s'en trouve dans presque tous
•^ pays do l'Europe, il n'est point de figure
alionale plus généralement connue et plus
• connaissable. On peut les regarder comme
es colonies de même race établies dans
<'S contrées. Depuis des siècles ils font par-
i<> de la population des pays où ils se sont
ités ; et s ils n'ont point participé aux bien-
i^is du gouvernement, on ne lésa pas privés
de la liberté d'habiter le même sol, de res-
pirer le même air, de jouir du même soleil.
Comme ils ont conservé leur religion, leurs
moeurs et leurs usages, qu'ils ont fait peu
d'alliance avec les peuples chez lesquels ils
demeuraient, il serait difTicile de trouver
des conditions plus pro| res à faire ressortir
les effets du climat.
a D'abord le climat ne les a paç assimilés
aux nations parmi lesquelles ils habitent ; et
ce qu'il y a de plus important, c'est qu'ils
se ressemblent tous dans dés climats divers.
Un Juif anglais, français, allemand, italien,
espagîîol, portugais, est toujours un Juif
par la fi^re, quelles que soient les nuances
qu'il présente ; c'est-à-dire ({ue tous ont les
mêmes caractères de formes et de propor-
tions, en un mot, tout ccqui constitue essen-
tiellement un type.
n Ainsi les Juifs de ces divers pays se res-
semblent beaucoup plus entre eux qu'ils no
ressemblent aux nations parmi les(|uolIes ils
vivent; et le climat, malgré la lon.^ue durée
de son action, ne leur a guère donné que
des diversités de teinte et d'expression, et
peut-être d'autres modifications aussi lé-
gères.
« De ce qu'ils se ressemblent entre eux
partout, il ne suit peut-être pas à la rigueur
qu'ils étaient anciennement ce qu'ils sont
aujourd'hui. Mais si vous voulez vous con-
tenter d'un espace de trois cents ans, je puis
vous en donner une preuve irrécusable. A
Milan i'ai vu la Cène de Léonard de Vinci ;
ce chef-d'œuvre, tout dégradé qu'il est par
l'injure du temps et l'incurie des habitants,
conserve encore distinctement les figures de
presque tous les personnages. Les Juifs
d'aujourd'hui y sont peints trait pour trait.
Personne n'a représenté comme ce grand
peintre le caractère national, tout en con-
servant aux individus la plus grande diver-
sité. Vous le concevrez facilement si vous
vous rappelez combien il aimait les sciences
en général, et surtout Thistoire naturelle.
Si vous n'avez pas lu sa vie, écrite par
M. Beyle dans son Histoire de la peinture en
Italie^ lisez-la : aucun auteur ne l'a mieux
fait connaître.
« Je vous ai donné une date précise et au-
thentique ; elle détermine un espace de temps
(juî peut être considérable comme période
historique, mais qui ne Test pas assez dans
la question qui nous occupe.
« Quel était le tvpe des Juifs à l'époque
de leur dispersion? voilà ce qu'il importe-
rait de savoir. On aurait ainsi une période
de plus de 1700 ans, pendant laquelle le
climat aurait eu le temps d'agir, et nous
saurions ce que nous devons en attendre
dans un espace qui embra.vsc h peu près la
moitié des temps historiques.
« On pourrait se contenter h moins ; mais
si vous étiez plus exigeant et si vous vou-
liez savoir quel était le type des Juifs à une
époque plus reculée, je puis vous dire ce
qu'il était il y a plus de trois mille ans.
« Pour remonter si haut, vous jne per-
mettrez de vous dire à quelle *♦*
1179
PilT
mcnomàsuL
rar
\m
recooans ce fait ; je no m'éloignerai guère
de mon sujet. Je lisais un ouvrage de M. Pri-
chard sur Tbisloire naturelle (ie Thomme,
dans lequel il soutenait une thèse sin^lière:
que les hommes étaient primitivement
noirs, et quMls devenaient blancs par la ci-
vilisation. L'ouvrage est plein d'intérêt, et
traité avec un talent remarquable : Tauteur
nous montre dans diverses parties du monde
un 3 gradation de couleur cnez les habitants
d*un même [>ays; les plus foncées dans les
classes inférieures, les plus claires dans les
plus riches et les plus puissantes. Vous
voyez que ces faits cadrent fort bien avec
son hypothèse ; mais vous voyez aussi qu'ils
se rapportent tout aussi bien à d'autres faits
que nous présentent des peuples dont l'his-
toire nous e$t parfaitement connue; c'est-à*
dire des races différentes établies sur le
même sol, parmi lesquelles il y a une gra-
dation de puissance et de civilisation : les
noirs obéissant aux jaunes ; les uns et les
autres soumis, dans des degrés différents,
aux blancs; des nuances intermédiaires ré-
sultant du mélange, et occupant, dans la so-
ciété, des rangs intermédiaires à ceux de
leurs parents.
« Parmi les faits rapportés par l'auteur , il
y en avait un oui attira particulièrement
mon attention : Il était un auteur grec qui,
en parlant des E^ptiens, dit expressément
Îu'ils étaient noirs et crépus. J'étais alors à
ondres , avec le docteur Hodgkin , jeune
médecin très-instruit, actuellement profes-
seur d'anatomie pathologique à rhôpital de
Guy, et avec le docteur Knox, profondément
versé dans Tanatomie comparée, et qui,
{rendant son séjour en Afrique, avait étudié
es races nègres. Je leur parlai de la cita-
tion de l'auteur grec ; et il me vint dans
l'esprit de la vériner en ayant recours, non
au texte, mais à un monument qui était à
notre portée , le tombeau du roi d'Egypte ,
qui se trouvait alors h Londres, et que vous
avez probablement vu à Paris. En ce cas,
vous savez qu'une multitude de figures y
sont peintes de grandeur naturelle , dont la
plupart représentent les personnes du peu-
ple. Leur teint, à la vérité, est d'un brun
très-foncé, mais elles n'ont ni la couleur, ni
les cheveux crépus du nègre. Ces caractères
ne se voient que dans un très-petit nombre
à part, qui évidemment sont des nègres^
éthiopiens. A côté se trouvent deux autres
Petits groupes de nations étrangères, dans
une desquelles nous reconnûmes d'une ma-
nière frappante la nation juive. J'avais vu
la veille des Juifs qui se promenaient dans les
nies de Londres ; je croyais voir leurs por-
traits.
« Je ne doute pas que le témoignage de
MM. Knox et Hodgkin, et le mien, ne vous
paraissent suffisants; je ne cherchais pas
d'autres preuves, lorsque, lisant depuis peu
le Voyage de Belzoni en Egypte^ je trouvai à
l'endroit où il décrit les figures de ce tom-
beau, les passages suivants : « On distin-
«gue, à l'extrémité de ce cortège, des hom-
« mes de trois sortes rie nations, qui dif-
« fèrenldes autres individus, et qui représeo-
« tent évidemment des Juifs, des Ethiopiens
« eidesPcrses{Voyage$ enEgyptt tt enAnite;
« Paris 1821, p. 389, 1. 1) ;» et ailleurs, p. 390:
«On y distingue des Perses, des Juifs et des
«Ethiopiens; les premiers k leurs costumes,
«auxquels on les reconnaît toujours dans les
« tableaux qui renrésententleurs guerresaree
« les Egyptiens; les Juifs sontreconoaissables
«à leur phyêionomie ei à leur teinta et les
« Ethiopiens à la couleur de leur peau et à leur
« parure. ■
«( Voici donc un peuple qui subsiste arec
le même type pendant une longue suite de
siècles , qui embrasse presque toute reten-
due des temps historiques ; durant la pre-
mière moitié de cette période éproutant des
désastres inouis ; durant l'autre moitié dis-
Eersé dans des climats divers, persécuté,
onni, vilipendé, formant une caste de parias,
le rebut du genre humain. On ne saurait
guère imaginer une réunion de circonslauces
plus propres à modifier profondément ^o^
Sanisation physique d'un peuple; il bat
onc nue la nature humaine ait une grande
force de résistance pour avoir su en triom-
pher.
« Ce grand exemple parait comme ore
expérience riçoureuse faite dans le dessein
de constater l'influence des climats divers
sur les formes et les proportions humaines
dans toute l'étendue des siècles historiques.
« N'en forçons pas cependant les coosé-
?uences ; tous les peuples ne seraient peut*
tre pas également aptes à résister de même;
mais s'ils ne conservaient pas toujours leor
type avec la même constance, admettons du
moins que telle est la tendance de la nature,
et que s'ils n'étaient exposés qu'à cette seule
cause d'altération, une ^ande partie conser-
verait les traits caractéristiques de leurs an-
cêtres dans une lon^e suite de terni^.
« Mais que peut faire le climat en compa-
raison du croisement des races! Or tous
les i)eupl6s dont nous connaissons l'histoire
y ont été plus ou moins soumis ; cause d'au-
tant plus puissante, qu'a^ssant sur Tor-
S^anisation intime, elle préside k la première
ormation de Tètre, et semble devoir tou-
jours en altérer les former. Si elle a^ssait
sans frein, peut-être qu'elle confondrait
tout ; mais elle a des bornes : et d'abord il
y en a d'évidentes , qu'il suffit de nommer.
Les dififérences de castes et de rangs dont IVh
rigine remonte souvent à une différence do
race, opposent en premier lieu une barrière
Ju'on franchit souvent par quelques en-
roits, malgré la sévérité des lois et la force
des préjuges, mais qui retient longtem|)$ la
multitude. Ces resti*ictions, tout artificiel-
les qu'elles sont , n'ont pas laissé de dorer
chez certains peuples depuis qu'ils ont coin-
mencé à paraître distinctement sur la srène
du monde; néanmoins, comme toutes les ins-
titutions humaines doivent c^der au teror^^
et qu'ailleurs tous les rangs ont été boule-
versés, voyons ce qui arriverait dans un
état de choses où l'impulsion de la sature ne
connaîtrait pas de frein. Or nous étaMirt«»
IlSl
MY
D*iNTUllOPOLOGIE.
POT
ÎÎH
ici des principes qui naos serviront de gui-
des dans la suite , et oui dépendent de la
proportion nouiéri^Qe des races qui se mè-
nent et de lenr distribution respective sur le
même territoire.
« D^abord le nombre relatif ; supposant
que le penchant au mélange soit sans entra-
ve», la nous savons à point nommé ce que
fait la nature lorsque la dispro(iortion est
grande; le type du trèsnpetit nombre peut
«iisparaltre entièrement. Voici dans quelles
conditions» et après combien de générations
le fait a lieu ordinairement. On croise un
animal domestique avec un autre d'une race
différente; on croise ensuite le produit de
ce mélange avec un individu de Tune de ces
races pures. Le nouveau produit so rappro-
che de celle-ci. On continue les croisements
d*après le même principe jusqu'à ce que le
dernier produit rentre dans un des tvpes
primitifs ; ce qui arrive en général au bout
de la quatrième génération. Ce résultat |)eut
avoir lieu plus têt ou plus tard; il peut
même, suivant ce que j'ai appris de M. Gi-
rou de Buzareingnes, se faire attendre jus-
qu'à la treizième génération, et peut-éîre
au delà ; mais ce fait est rare, et , de quel-
que importance qu'il soit pour la science ,
nous ne cherchons pas les extrêmes, mais
ce qui a lieu communément. D'ailleurs nous
avons des renseignements positifs sur ce
qui arrive en pareil cas dans les races hu-
maines dont les traces, dans les générations
successives, sont les plus reconnaisables :
celles des nègres ou des blancs disparaissent
▼ers la quatrième ou la cinquième généra-
tion; conformément au résultat général que
nous avons indiqué chez les animaux do-
mestiques.
« Ce titt parait d'abord défavorable à la re-
cherche des anciennes races dans les mo-
dernes. Oui, sans donte, si Ton se proposait
de retrouver tous les éléments qui ont
formé une nation, quelque faibles qu'ils
aient été ; mais lorsqu'il s'agit des grandes
masses , remarquez combien l'examen de-
vient plus facile par cette élimination.
m Supposons toutefois que le ty[»e subsiste
à cause des entraves mises au mélange ; à
plus forte raison le plus petit nombre n aura
pas altéré les formes du plus grand. Voilà
un princi^ie d'une grande importance , dont
nous ferons souvent l'application.
« Prenons maintenant l'autre cas extrême,
où les deux races sont en nombre égal ; que
faut-il pour qu'elles se confondent en un
seul tjpe intermédiaire?
« II fiiut que chaque individu de l'une s'u-
nisse à un individu de l'autre, il faut que
chacun ait une grande part dans la fusion
des caractères; car de Itères nuances ne
cicfigurent pas un type.
« Voilà des conditions impérieusement
requises; croyezrvous qu'elles soient fiiciles
à remplir? Nous ne dirons pas que cet équi-
libre est impossible ; il est rare que ron
IHiisse se permettre de pareilles assertions ;
mais nous dirons qu<^, tout en supposant la
possibilité de cette égalité, nous ne aevons
jamais nous y attendre.
« Car qui peut supposer que chaque indi-
vidu d'une race s'unisse à un individu de
l'autre? De pareilles unions ne sauraient
être l'effet du choix, mais de la nécessité ;
et quelle nécessité? Je ne connais que celle
d'obéir au despote le plus absolu, et tel qu'il
n*en a jamais existé. Admettons cependant
qu'elle ait lieu ; le peuple ne sera qu'un vil
troupeau; et pour savoir ce que serait le
fruit de son obéissance, examinons ce qui
arrive chez d'autres êtres aussi abrutis et
également asservis à la volonté d'un mattre.
c Vous savez que des races différentes
d'animaux se croisent suivant la volonté de
l'homme, et que le produit des croisements
que vous connaissez le mieux, participe de
1 une et de l'autre souche.
a II forme aussi un type nouveau, mais
intermédiaire , et par cela même distinct et
Earticulier; car, n'ayant que des ressem-
lances partielles avec ceux dont il dérive ,
il ne représente plus ni l'un ni Tautre.
€ Voilà ce que l'on sait généralement, et
Ton ne connaît guère que des faits de cet
ordra. 11 en est cependant qui démontrent
une autre tendance de la nature qui nous
intéresse ici particulièrement. M. Coladon ,
pharmacien de Genève, pour multiplier les
expériences sur les croisements de races, et
étendre nos idées sur ce sujet, éleva un
grand nombre de souris blanches et de sou-
ris grises. Il en étudia attentivement les
mcBurs et trouva le moren de les faire pro-
duire en les croisant. Il commença alors une
longue suite d'expériences en accouplant
toujours une souris grise à une souris
blanche. Quel résultat attendez-vous? Qu'il
y ait eu souvent des mélanges? Non, jamais.
Chaque individu des nouveaux produits était
ou entièrement gris ou entièrement blanc,
a veclesau très caractères de la race pure; point
de métis, point de bigarrure, rien d'inter-
médiaire, enfin le type parfait de Tune ou
de l'autre variété. Ce cas est extrême , à la
vérité, ma!S le précédent ne Test pas moins ;
ainsi les deux procédés sont dans la nature ,
aucun ne règne exclusivement.
« En réfléchissant aux rapports dans les-
quels se trouvent les races primitives, voici
des conditions qui peuvent faire prévaloir
l'un ou l'autre de ces effets. Quand les races
diffèrent le plus possible, comme lorqu elîes
ne sont pas de la même espèce, telles que
l'Âne et le cheval , le chien et le loup ou le
renard, leur produit est constamment métis.
Si au contraire elles sont très-voisines, elles
peuvent ne pas donner naissance à des mé-
langes et reproduire les types purs primi-
tifs. Voilà deux principes fondamentaux et
féconds en applications. Quelque légitimes
qu elles soient , nous nous en abstien-
drons, jusqu'à ce que nous ayons fait voir
que la même tendance existe chez Thomme.
Continuons cependant à pénétrer plus avant
dans ce sujet, en ne le considérant d'abord
que chex les animaux, le n'ai pas besoin
d'appuyer sur ces faits pour les conirmer ;
1133
PHY
.niCTlONXAiUE
PlIY
\m
comme ils sont authentiques, on est forcé
de les admettre malgré leur apparente con-
tradiction.
« Que la nature tantôt confonde, tantôt
sépare les types, il n'y « rien là que de très-
conforme à sa marche orviinaire, puisqu'on
voit ses efforts sans cesse conspirer ou se
combattre ; puisqu'on la voit toujours occu-
pée à produire, conserver et détruire.
« Mais ce n'est pas à ces généralités crue
nous devons nous borner. Examinant les
faits de plus près, nous trouvons la plus
grande conformité précisément où nous
voyons au premier coup d'œil le plus de
contraste. Dans le croisement de races très-
éioi^nées, le métis présente un type dîJBférent
de celui de la mère, lùalgré certaine-; con-
formités. Lorsque deux races voisines repro-
duisent l'un et Tautre type primitif, la mère
donne aussi naissance à un être qui diffère
d'elle. Voilà la coriformité des faits ; mais
remarquez que dans ce dernier croisement
la mère repro.luit un être, plus semblable
à elle-même que dans le premier; elle s'é-
loi jne donc moins dans ce cas de la tendance
la plus générale de la nature, qui est la pro-
pagation des mômes types. Elle s'y con-
forme bien plus encore lorsqu'on considère
celte tendance sous son véritable point
de vue.
« Dans les classes inférieures des animaux
il n'v a pour ainsi dire (ju'un sexe , puis-
Su'il n'y a pas de distinction parmi les in-
ividus quant aux organes de la reproduc-
tion, et chaque être donne la vie à un autre
parfaitement semblable à lui-même. Il n'y
a donc ici qu'un seul type de procréé. Dans
les ordres plus élevés deuxsexesconcourent
à la formation.de doux individus qui les re-
présentent; ainsi la mère met au jour tantôt
l'un fait à son image, tantôt l'autre gui re-
trace celle du père. Or elle produit deux
types très-distincts malgré leurs rapports,
et à tel point que le mâle et la femelle.d*une
même espèce diffèrent souvent plus entre
eux que l'un et l'autre ne diffèrent d'indivi-
dus de même sexe dans des espèces voisines.
Cela est si vrai que le mâle et sa femelle,
chez des animaux dont on n'avait pas eu
l'occasion d'observer les habitudes , ont
fréquemment été classés comme des espè-
ces diverses; les insectes et les oiseaux sur-
tout en ont fourni des exemples nombreux.
« Il est manifeste que les observations de
M. Colalon rentrent dans cet ordre de faits,
considérés dans leur généralité; puisque la
mère produit deux types, dont 1 un repré-
sente celui de sa propre race et l'autre les
caractères physiques de la race du père. Je
pourrais citer d'autres exemples tirés des
animaux, mais, comme le résultat des ex-
périences de M. Coladon est plus tranché,
je m'en tiens à cet exemple frappant.
•t Ce qui nous importe davantage, c'est
que le& mêmes phénomènes arrivent chez
1 homme, qui plus est, dans les mêmes con-
ditions que j'ai iiidiquées. Les races humai-
nes qui diflerent le plus entre elles donnent
constamment des métis. C'est «insi que le
mulâtre résuite toujours du mélange tles
races blanches et noires. L'autre observa-
tion de la reproductiou des deux types pri-
mitifs, lorsque tes parents sont de deux Ta-
riétés voisines, est moins notoire, mais o'eo
est pas moins vraie. Le fait est eommiio
chez les nations européennes, l'ai eu de
fréquentes occasions de le reconnaître. Le
phénomène n'est pas constant ; mais qu'im-
porte ? Le croiscuient produit tantôt la fu-
sion , tantôt la séparation des types ; d'où
nous arrivons à cette conclusion fondamen-
tale, que les peuples appartenant à des va-
riétés de races différentes, mais voisines,
auraient beau s'aliier entt-e eux de la nu^
nière hypothétique que nous avons décrite
plus haut, une portion des nouvelles géné-
raiions conserverait los types primitifs.
« Ce qui tend encore à les maintenir e$l
la distribution géographique des peuples de
race différente sur le même territoire. Car
2ui peut admettre une répartition tellement
^a\e qu'il ne s'y forme une multitude de
groupes où tantôt l'un tantôt l'autre pré*
domine dans une grande proportion? Cette
condition seule sumt pour empêcher l'ei-
tinction des types primitifs.
<r II en disparaît aussi par exterminatioD;
des tribus, des peuplades, peuvent tomber
sous le fer ennemi , mais difficilement une
nation, et surtout une race entière. Le>
Guanches ont disparu ; ils ont été anéantis
principalement par cette cause ; mais ils
étaient confinés dans les petites lies. Si les
Caraïbes ont cessé d'exister de même dans
leê t!es de rAmérique, leur race subsiste
encore sur le continent. Je n'en coniuis
guère d'autres exemples bien avérés; car je
n'adopte pas l'opinion généralement répan-
due parmi mes compatriotes, de l'extinction
des anciens Bretons sur le territoire oonqui>
par les Saxons. Je m'intéresse beaucoup i
cette ({uestion, comme vous le verrez dacb
la suite, et je la discuterai brièvement, dtr
manière à ce que cet exemple serve pour la
plupart des autres. Remarquez toutefoi>
que je ne nie pas la possibilité du lait ; je no
traite que de sa probabilité i Et souvenez-
vous que les Bretons n'étaient pas des sau-
vages , mais qu'ils avaient un certain déféré
de civilisation; ce qui change essentieHe^
mentles rapports de deux peuples, commt:
e le ferai voir plus tard. Quel intérêt avaient
es Saxons à les expulser ou les exlcT-
miner entièrement ? Ils firent la conquête
d'Angleterre pour y jouir d'une plus grandr
aisance ; c'était à une époque où les esclaves
faisaient une partie considférable des richef-
ses; se seraient-ils privés d'une pareille
ressource ? ou les Bretons auraient-ils eu
un si grand amour de la liberté et un >i
profond mépris pour la vie, qu'ils aient
préféré la mort à l'esclavage Iorsqu*il$ ne
pouvaient s'y soustraire par la fuite? Quelle
qu'ait été la valeur naturelle des Brelo»
ou leur esprit d'indépendanoe , ils ne pa-
raissent pas avoir eu ce caractère à teiic
époque : leur suppliaue aux Honiwns pour
les rappeler à leur défense en fait f*>* • «i*^*
m
PllY
DANTUROroLOGIE.
PHY
1180
mie Talliance des Saxons, qu'ils rédamèrent
pn désespoir de cause. Une pareille cons-
tance n*est pas admissible chez les Bretons
Rj à cette époque ni à aucune autre, ni chez
«ncune nalion. Un petit nombre peut se dé-
foner, nrais non tout un peuple. Les Ro-
mains, c'est assez dire, rendaient les armes
et se soumettaient à Tesclavage.
« Il faudrait une constance d'un autre
genre non moins incroyable, pour qu'un
(leuple exterminât une grande nation. Il
raadrait une persévérance de cruauté et de
rage, qui n'est guère dans la nature hu-
maine. Une fois une pareille proposition a
été faite et mise en délibération: ce fut à
l'époaue de la conquête du nord de la Chine
rar uengis-Kan, ou Tchingbis-Khaham ,
ainsi qu'on récrit actuellement d'après l'or-
Ihographc primitive. Comme un événement
Mélraiige, et peut-être unique dans tous
les siècles, mente d'être connu dans ses dé-
tails, je le rapporterai tel que M. Abel Ré*
fflusat vient de le publier.
« Au moment ou Tchinxbis était revenu
« (le son expédition d'Occident, Yeiiuthou-
■ ibsaï (737] avait en occasion de rendre aux
« peuples ae la Chine un service encore
• plus important. Les greniers se trou-
« raient victes ; on n'avait pas un boisseau
• lie grain ni une pièce d'étoffe. Il fut alors
t représenté dans le conseil que les Chinois
• n'étaient d*aucune utilité pour le service
«der£tat,et qu'en exterminant toute *]a
< population des provinces conquises on
« ferait de ces pays d'excellents pâturages,
< oui seraieat du plus grand secours. Thou-
« thsaï seul peut-être pouvait faire rejeter
< cettoëpouvantableproposition. llfltremar-
' qiier à l'empereur qn'en s'avançant vers
• le midi de la Chine des armées auraient
ksoii) d*une infinité de choses qu'il se-
rait aisé de se procurer, si l'on voulait
asseoir sur une base équitable les contri-
Imttons territoriales et les taxes commer-
ciales, rimp6t sur le sel, le fer, le vin, le
Wnaigre, le produit des montagnes et des
lacs ; que de cette manière on pourrait
tirer par an cinq cent mille onces aargent,
quatre-vingt mille pièces d'étoffes, plus
de quarante mille quintaux de grain, en
on mot tout ce qui serait nécessaire
^ l'entretien des troupes. Comment,
ajmita-t-ii, peut-on dire qu une telle po-
pulation ne soit d'aucune utilité pour le
service de l'Etat? » Vous concevez bien
te ses raisons prévalurent, quoique les
i>n.:ols fussent d'une cruauté atroce.
• Ine nation, j*entend$ par là une po-
lialion très-nombreuse, peut être dépos-
'iée d*une grande étendue de territoire;
c^iro ce tait ést-il extrêmement rare, et
> sauvages seuls en fournissent un exe^n-
^ : ceux de l'Amérique ont abandonné aux
iropéens de vastes contrées. Et Ton con-
i( en etfet que la cohabitation devrait être
licilc à cause de l'extrême incompatibilité ;
' un ^auva;;e ne possède rien, ne sait
rien, n'est bon à rien. Mais dans l'histoire
de l'ancien continent il n'est pas question de
sauvajj'es; il ne s'agit gue de barbares, c'est-
à-dire de peuples qui ont un commence-
ment de civilisation.
« Les barbares ont de l'industrie. Voilà
ce qui s'oppose aux émigrations complètes
forcées ou volontaires ; car les chefs qui
proposent une expédition de conquête n'ont
ni le pouvoir de traîner après eux, ni l'in-
fluence capable d'attirer une nation tout
entière. Dès qu'on possède, on calcule ; et
toutô ne calculent pas de même.
a Si au contraire elle est envahie et vain-
cue, le vainqueur ne cherche pas à expulser
la nation entière; il veut de l'espace, surtout
s'il est nomade, et il en expulse une partie :
mais comme il veut aussi des tributs, des
esclaves ou des auxiliaires, il désire con-
server le reste. Ceux-ci se partagent; les
uns, poussés par l'amour de l'indépendance,
abandonnent Je sol natal ; les autres entrent
en composition avec les vainqueurs.
« Telles sont les conclusions qu'on peut
déduire sinon de l'histoire , du moins de la
connaissance de la nature humaine. Je dirai
plus, l'histoire en général les confirme. A
cause des bout versements nombreux et con-
sidérables qui ont eu lieu chez les peuples
nomades de l'Asie, on croirait à peine en
retrouver un seul dans sa première patrie.
M. Abel Rémusat en s'occupent des peuples
Tartares, les y trouve presque tous , quand
l'histoire et les langues lui fournissent des
renseignements assez clairs pourqu'il puisse
les reconnaître.
« J'ai déjà dit quelque chose de l'influence
de la civilisation en parlant de l'hypothèse
de M. Prichard, et j'ai fait voir que les trois
faits qu'il cite à l'appui peuvent s'expliquer
plus naturellement par le mélange des races
sur le même sol. J'ajouterai que l'influence
de la civilisation sur les formes et les pro-
portions des races humaines nous est abso-
lument inconnue.
« Il ne faut donc ni prétendre d^une part
qu^elIe doit leur imprimer un caractère nou-
veau, ni d'autre part le nier. Il est possible
que le passage de l'état sauvage à l'état civi-
lisé produise de pareils effets; mais cette
question ne nous regarde pas, puisqu'il s'r.-
git de temps si recules et si obscurs qu'ils
sortent des limites de l'histoire. La mytho-
logie et la fable ont pu nous on tracer le ta-
Ueau imaginaire, mais jamais l'histoire riC
nous a montré un peuple d'abord dans l'état
sauva^^e, puis inventant ou apprenant les
arts. Elle le fera un jour, lorsque les sauva-
ges du nouveau monde auront subi cette ré-
. voiution, la plus grande que puisse éprouver
la société humaine, mais la postérité seule
entendra ces récits dans des temps probable-
ments fort éloignés.
'ï Quant aux progrès d'une civilifaton
avancée chez un peuple dont les caractères
physiques seraient déjà changés pour avo.r
quitté la vie sauvage, ses effets sur les for-
'Zl) biographie unkeneUe dz Michavo, au mot YetiU'TlwH-Thctth
IIS7
PHY
D1CTI0!WA1RE
PHY
\m
mes et les proportions ne sauraient être que
partiels ; car elle est toujours très-irréguliè*
reinent répandue chez une nation , et les
classes intérieures qui sont les plus nom-
breuses y |>articipent très-peu. Ce raisonne-
ment TOUS paraîtra sans doute concluant; mais
j*irai plus loin , en m*appuyant sur Tobser-
valion directe : c'est que partout où j'ai dé-
terminé un ou plusieurs types, je les ai
trouvés dans tous les rangs de la société,
dans les villes et dans les campa^^nes, de-
puis le paysan et l'ouvrier sédentaire les
plus pauvres et les plus ignorants jusqu'aux
personnes de familles anciennes et distin-
guées par tous les genres d'illustration. Ces
différentes classes représentent à coup sûr
tous les degrés de civilisation, et cependant
le même type subsiste dans toutes. En voilà
assez pour prouver qu'il i»eut se conserver
?t travers CCS modiû-ations de Tétat social.
Nous n'en demandons pas davantage; nous
n'avons pas besoin de pousser plus loin nos
recherches.
. « Je crois avo'r examiné cette partie de
mon sujet sous les points de vue les plus rm-
portants, et n'avoir rien négligé pour m'as-
surcr de la vérité, La question était compli-
q[uée et obscure ; je me suis attaché à la
simplifier et à l'éc^lairer; et je ne doute pas
que vous soyez parvenu avec moi h la con-
viction que lès principaux caractères physi-
ques d'un peuple peuvent se conservera tr»-.
vers une- longue suite de siècles dans une
granule partie de la population, malgré Tin-
tluence du climat, le mélange des races, les
invasions étrangères et les progrès de la ci-
vilisation. Vous n'oublierez pas, j'espère,
dans le cours de ces recherches , que nous
les avons bornées aux temps historiques, les-
quels ne commencent qu'après qu'un peuple
a commencé à être civilisé. Nous devons
donc nous attendra & retrouver chez les na-
tions modernes, h quelques nuances près et
dans une portion plus ou moins erande, les
traits çui les distinguaient à l'époque où
l'histoire apprend à les connaître. Nous
ayons vu que si l'accession de nouveaux
peuples multiplie les ty[)es, elle ne les con-
fonu pas; leur nombre s'accroît et far ceux
que ces peu)>les apportent et par ceux qu'ils
créent en se mêlant ; mais ils laissent sub-
sister les anciens ; toutefois, en les réstrei-
uT)ant à raison de l'extension une prennent
les races intermédiaires. Ainsi les types pri-
mitifs et ceux de nouvelle formation subsis-
tent ensemble sans s'exclure chez les peu-
ples plus ou moins civilisés, toutes les fois
(pio chacun d'eux fait une grande partie de
la nation. Au contraire, si I un ou plusieurs
d*entr($ eux ont été peu considérables, il est
h présumer que leurs ty()es ont disparu, ou
n'ont laissé que de faibles traces. Cependant
Il est permis de les chercher, puisqu'il y a
das causes capables de les conserver; mais
M on no les trouve pas, qu'on n'en soit pas
Murpris : il serait plus étonnant de les dé-
couvrir.
« lA^n principes qui nous ont conduite ce
réduKat j{éiiéral serviront aussi 5 l'appliquer.
C*est pourquoi je vous engage à ne pas per-
dre de vue ce que nous avons dit de la pro-
portion numérique et de la distribution géo-
graphique des peuples sur le même sol.
L'observation donne l'état actuel ; l'histoire
fournit les données sur l'état ancien; la
comparaison établit le rapport, lorsque ces
peuples se sont trouvés aans les conditions
requises pour que leurs types subsistent. Or,
comme nous avons vu que cette persistance
appartenait surtout aux grandes masses,
nous devons être conduits a retrouver prin-
cipalement les descendants des grandes na-
tions. Cet objet, sans contredit, est aussi le
f)ius digne de nos recherches; et bien que
es petites fractions étrangères qui s^y sooi
mêlées dans la suite puissent piquer notre
curiosité , n'ayons f «s trop de regret si elles
nous échappent : il faut savoir se borner. De
là naîtra même une sûreté de plus dans nos
déterminations; caria multiplicité des {\\m
doit tendre à nous embarrasser et à mn^
confondre.
« Tel est d'abord l'état de notre es)ru
lorsque nous nous rappelons confu^émeni
ce débordement de barbares qui a rcn^rr^t'
l'empire romain , et qui a continué asM 2
longtemps après. La longue liste de ces peu-
ples effraie nmagjinarïon. 11 semblerait qn^
tout ce vaste territoire dât è peine leur suf-
fire, quand même ils l'auraient occupé 5eub.
Dans la terreur panique que le lecteur par-
tage avec les nations envahies, il en grossit
la multitude et la croit innombrable. Cepen-
dant les historiens en on t sou vent tenu com] te,
ou nous ont fourni des renseignements yTi-
près à nous donner des idées plus jnbXes :
miiis c'est précisément ce qui nous échappa.
et ce qu'il fout rappeler. Prenons les prin-
cipaux exemples; ils suffiront pour délwir-
rasser notre esprit d'une foule de préonu-
pations qui rolTusquent. Certes on n*acrn-
sera pas les auteurs grecs et latins, et feni
des i^ays conquis, d'avoir dissimulé le noot-
bre de leurs ennemis, mais plutôt de l'avoir
exagéré pour pallier la honte de leur dé-
faite.
« Les y isigoths , les Vandales, les Hun .
les Hernies, les Ostrogoths, les Loml^ar.!^.
les Normands, fondent successivement siir
lltalie. Que reste-t-il en Italie de ces essatub
de barliares? Al-je même besoin du dénoni-j
brement des Yisigoths, des Vandales et de»
Huns? Ils n'ont fait que passer. Si j'ign^^re
quelles étaient les forces des Hérules
et des Ostrosoths h leur entrée en Italie,
ne me suffit-u pas de savoir que les Hénil(*<.
à peine établis, eurent h soutenir contre h^
Goths une guerre sanglante oii ils succomba
rent? Et l'on peut juger de l'afTaiblissemeni
des vainqueurs par le petit nombre des trou-
Kes qu'ils eurent dans la suite i opposer ï
élisaire, après avoir eu le temps de secoi»-
solider et de se refaire. D'abord de 50,000
hommes, ils furent réduits ensuite h un
corps de 7,000, qui capitula et fut tran«*
porté à Constantinople. Sans doute il resu
en Italie quelques débris de ces peuples,
quoiqu'il n'en soit p«$ question; mais qae |
1189
PH^
DANTIIfiOPOLOGlE.
PH\
t1i)0
noovaient-ils être ou devenir dans la popu-
lation dltalie, quelque réduite qu'on la sup-
pose? Les Lombards , qui ont laissé leur
iidffl à une grande partie de cette contrée» et
tiui en possédaient plus de la moitié, y sont
demeurés. Combien étaient-ils? peut-être
100,003 portant les armes (738). Et les
Normands, qui s'emparèrent de presque tout
le midi de 1 Italie ? une poignée d'hommes,
mais aussi les Amadis et les Roland de This-
(oire. La Gaule a changé de domination et
de nom sous les Francs : cependant vous
«avez combien neu l'armée de Clovis était
nombreuse; et plus tard Guillaume le Con-
quérant subjugua l'Angleterre avec 60,000
hommes. Voila de grandes et mémorables
enquêtes, qui ont changé l'état des choses
?t des hommes, mais qui n'ont pas dû pro-
juire des changements considérables dans
es tvpes des peuples vaincus. Si quelques
lescêndants de ces vainqueurs ont conservé
e^ caractères physiques de leurs ancêtres,
I est évident ou qu'ils forment de petits
:n>upes, ou qu'ils sont disséminés et comme
lerdus dans la masse de la population. Beau-
coup d'autres conquêtes ressemblent h celles-
i surtout quand elles ont eu lieu par une
«ule irruption ; parce qu'en générai une na-
ioo ne se précipite pas sur une autre, mais
me portion souvent très-petite vient subju-
luer une nation tout entière,
i Tel a été l'état ordinaire des choses dans
es temps historiques qui nous sont bien
Qonus, saus qu'il faille entrer en aucune
Ustinction relativement au but de la con-
[Qéte. Mais combien n'ont pas été faites
ans des vues purement politiques, pour ac-
[uérir la suprématie, pour dominer sur un
«uple ; et non pour s'établir sur son terri-
ûire et changer de patrie? Tel, vous le sa-
ez, a été l'objet constant des Romains en
codant leur empire; et ce n'est pas sans
eisein que je les ai cités, ainsi que la plu-
vtdes barbares qui ont pen versé leur puis-
ince : vous en pressentez l'application.
« Il est cependant d'autres conquêtes qui
pèrent de grandes mutations : les invasions
DccessiTes par un même peuple. Leurs flots
Mtés, quand même ils se suivraient à des
Atervalles assez considérables , e.t que leur
^rce serait faible, finissent par s'accumu-
^r et former de grandes masses qui subsis-
îDt. C'est ainsi que les Saxons se sont em-
ares de l'Angleterre, et que leur race a pu
8 perpétuer*
] L'ne autre cause du mélange des peuples,
ui frappe moins l'imagination , mais n'en
si pas moins réelle, se trouve dans l'escla-
>ge des temps anciens et du moyen âge. Si
^ esclaves provenaient des guerres que les
^ples, non réunis en corps de nation , se
j^) Je D*ai trouvé ce nombre que dans VHis -
^t dei peupUs de V Italie, par M. Botta. Il est à
^umer que cet auteur distingué Ta pris quelque
ti. Quoi qu*ii en soit, il n*en fallait pas tant pour
l^aguer toute Thalie à cette époque oe décadence,
^pire d^Orienl, qui venait de a'epuiser en efforts
|ttr eipalser les Goths, commença Tentreprise avec
MHIO honuBes, et n*eB eut jamais plus de 90,000
sont faites entre eux , les types du (ays
n'auront {Mis changé. Il en sera de mêmV,
s'ils proviennent de peuple? voisins lors-
qu'ils sont de même race. S'ils dérivaient do
sources tout à fait étrangères , soit par des
ex^péditions militaires, soit ] ar les impor-
tations du commerce, il sera résulté de la
multiplicité et de la diversité de ces sources
un amas confus, qui rentre dans la partie in-
déterminable de la population.
<« Si cependant, caril faut tout prévoir, il
y avait eu une telle prédominance dans plu-
sieurs de ces races d'esclaves qu'elles se
soient maintenues jusqu'à nos jours, leurs
types appartenant à des classes moins nom-
breuses ne sauraient embarrasser dans la dé-
termination de ceux qui caractérisent la
masse de la nation.
« Vous pensez bien que je distingue soi-
gneusement les esclaves d'avec les serfs ;
ceux-ci sont les naturels du pays, le corps
du*peupl6 attaché à la glèbe par la main uu
vainqueur; et si dès lors l'histoire les ou-
blie ou n'en tient plus compte, il est de la
nécessité de mon sujet que je ne fasse ) as de
même. Vous en aurez un exemple manifeste,
lorsque vous verrez reparaître sur la sc^ène
du monde un de ces peuples qu'elle croyait
éteints.
^ Nous avons consulté l'histoire naturelle
et l'histoire civile, et il résulte de leur accord
que les descendants directs de presque tou-
tes les grandes nations connues dans l'anti-
auité doivent exister, encore aujourd'hui,
remarquez que cette conclusion ne serait
I>as moins vraie quand même nous n'aurions
pas le moyen de les reconnaître; car l'ex-
traction des individus est un fait, leur res-
semblance avec leurs ancêtres un autre, qui
peuvent être liés dans la nature, mais qu'il
ne faut pas confondre dans notre esprit. Ce
serait déjà une grande vérité d'établie, encore
qu'il fallût s'y borner. Hais ce n'est qu'un
IH*emier pas. J'ai constamment supposé jus-
3u'ici qu il y avait des types caractéristiques
espeuplesanciens; il le fallait bien, cardvai;t
tout il convenait de s'assurer si les types
sont transmissibles malgré l'influence des
causes perturbatrices que nous avons exami-
minées. Rassurés sur ce point, nous allons
nous occuper de l'autre. Et voici un autre
avantage qui résulte de la manière dont
nous avons envisagé notre sujet : si de pa-
reils types ont existé, ils existent encore
aujourd hui, d'après la discussion que nous
venons d'établir. Or la marche à suivre est
évidente ; il s'agit d'abord de constater par
l'observation si chez les peuples qu'on veut
étudier il y a un ou plusieurs types distincts.
Si l'on en trouve, il faut ensuite chercher les
moyens de les rapporter à leur origine. Me
à leur opposer. Aussi les Lombards s*éfablirent da.s
le nord de Tltalie presque sans obstacle. Les Lom-
bards d'ailleurs n^étaient pas une nation, mais pour
ainsi dire u:.e peuplade. Ils eurent besoin d*auxi-
iiaires, et Ton voit dans leur historien, Paul Diaere,
qu'ih amenèrent avec eux 15,000 Saxons, qui, les
? aillant ensuite, furent presque exieminét par les
ranks. i
IIS7
PHY
DICTIONNAIRE
PHY
m
mes et les proportions ne sauraient être que
partiels ; car elle est toujours très-irréguliè-
rement répandue chez une nation, et les
classes inférieures qui sont les i>lus nom-
breuses y |>articipent très-peu. Ce raisonne-
ment TOUS paraîtra sans doute concluant; mais
j'irai plus loin, en m*appuyant sur Tobser-
valion directe : c'est que partout où j'ai dé-
terminé un ou plusieurs types , je le^ ai
trouvés dans tous les rangs de la société,
dans les villes et dans les caropa^jnes, de-
puis le paysan el l'ouvrier sédcnlaire les
plus pauvres et les plus ignorants jusqu'aux
personnes de fauiilles anciennes et distin-
guées par tous les genres d'illustration. Ces
différentes classes représentent à coup sûr
tous les degrés de civilisation, et cependant
le même type subsiste dans toutes. En voilà
assez pour prouver qu'il i»eut se conserver
h Iravers ces modiûv-ations de Télal social.
Nous n'en demandons pas davantage; nous
n'avons pas besoin de pousser plus loin nos
recherches.
« Je crois avor examiné cette partie de
mon sujet sous les points de vue les plus im-
portants, et n'avoir rien négligé pour m'as-
surcr de la vérité. La question était compli-
q[iiée et obscure ; je me suis attaché a la
simplifier et à l'éclairer; et je ne doute pas
que vous soyez parvenu avec moi à la con-
viction que lès principaux caractères physi-
ques d'un peuple peuvent se conserver à tr*-.
vers une. longue suite de siècles dans une
granic partie de la population, malgré l'in-
uence du climat, le mélange des races, les
invasions étrangères el les progrès de la ci-
vilisation. Vous n'oublierez pas, j'espère,
dans le cours de ces recherches , que ik)us
les avons bornées aux temps historiques, les-
quels ne commencent qu'après qu'un peuple
a commencé à être civilisé. Nous devons
donc nous attendrcf à retrouver chez les na-
tions modernes, h quelques nuances près et
dans une portion plus ou moins grande, les
traits gui les distinguaient à l'époque où
l'histoire apprend à les connaître. Nous
avons vu que si l'accession de nouveaux
réunies multiplie les ty[)es, elle ne les con-
lond [jas; leur nombre s'accroît et far ceux
que ces peuples apportent et par ceux qu'ils
créent en se mêlant ; mais ils laissent sub-
sister les anciens ; toutefois, en les restrei-
gnant à raison de l'extension une prennent
les races intermédiaires. Ainsi les types pri-
mitifs et ceux de nouvelle formation subsis-
tent ensemble sans s'exclure chez les peu-
ples plus ou moins civilisés, toutes les l'ois
que chacun d'eux fait une grande partie de
la nation. Au contraire, si 1 un ou plusieurs
d'entre eux ont été peu considérables, il est
5 présumer que leurs types ont disparu, ou
n'ont laissé que de faibles traces. Cependant
il est permis de les chercher, puisqu il y a
des causes capables de les conserver ; mais
si on ne les trouve pas, qu'on n'en soit pas
surpris : il serait plus étonnant de les dé-
couvrir.
« Les principes qui nous ont conduit à ce
résultat général serviront aussi à l'appliquer.
C'est pourquoi je vous engage à ne pas per-
dre de vue ce que nous avons dit de la pro-
portion numérique et de la distribution géo-
graphique des peuples sur le même soi.
L'observation donne l'état actuel ; rhistoire
fournit les données sur l'état auden; li
comparaison établit le rapport, lorsque ces
peuples se sont trouvés clans les conditions
requises pour que leurs types subsistent. Or,
comme nous avons vu que celte persistance
appartenait surtout aux grandes masses,
nous devons être conduits a retrouTer prin-
cipalement les descendants des grandes na-
tions. Cet objet, sans contredit, est aussi le
f dus digne de nos recherches; et bien que
es petites fractions étrangères qui s'y sont
mêlées dans la suite puissent piquer notre
curiosité, n'ayons }*as trop de regret si elles
nous échappent : il faut savoir se borner. De
là naîtra même une sûreté de plus dans nos
déterminations; caria multiplicité des tyjiis
doit tendre à nous embarrasser et è nous
confontire.
cr Tel est d'abord Tétat de notre esjTit
lorsque nous nous rappelons oonfufémeot
ce débordement de barbares qui a rcnfmé
l'empire romain , et qui a continué sssn
longtemps après. La longue liste deces{teii-
ples effraie 1 imagination. 11 semblerait que
tout ce vaste territoire dôt à peine leur suf-
fire, quand même ils l'auraient occupé seuls.
Dans la terreur panique que le lecteur par-
tage avec les nations envahies, il en créait
la multitude et la croit innombrable. Cepen-
dant leshistoriensenontsouventtenucomplet
ou nous ont fourni des renseignements j^n-
pres à nous donner des idées plus justes;
mais c'est précisément ce qui nous échappe,
et ce qu'il iSaut rappeler. Prenons les prin-
ci[)aux exemples; ils suffiront pour débar-
rasser notre esprit d'une foule de préoccu-
pations qui l'offusquent. Certes on n'accu-
sera pas les auteurs grecs et latins, et cem
des pays conquis, d'avoir dissimulé le nom-
bre, de leurs ennemis, mais plutôt de lavoir
exagéré pour pallier la honte de leur dé-
faite.
« Les Visîgoths , les Vandales, les Ban .
les Hernies, les Ostrogoths, les LonaUrJs
les Normands, fondent successivement sur
lltalie. Que reste-t-il en Italie de ces e<sai«u5
de bartiares? Ai-je même besoin du dénooi-
brement des Visigoths, des Vandales el des
Buns? Ils n'ont fait que passer. Sij'i^o^r^
quelles étaient les forces des Hérules
et des Ostroçoths h leur entrée en Ittiie,
ne me suffit-il pas de savoir que les Hérulcs
à peine établis, eurent à soutenir contre K*"
Goths une guerre sanglante où ils succombe
rentî Et l'on peut juger de l'affaiblisseraent
des vainqueurs par le petit nombre des tros-
pes qu'ifs eurent dans la suite à opposer ^
Béîisaire, après avoir eu le temps desecoo-
solider et de se refaire. D*abord de oftfW
hommes, ils furent réduits ensuite à on
corps de 7,000, qui capitula et fut tiaii^
porté à Constantinople. Sans doute il resu
en Italie quelques débris de ces peuple»»
quoiqu'il n'en soit pus question; miisq»
Il»
MIT
D'ANTHROPOLOGIE.
PHY
lliie
pouvaient-ils être oa devenir dans la popu-
lation dltalie, quelque réduite qu*on la sup-
pose? Les Lombards , qui ont laissé leur
nom k une grande partie de cette contrée, et
oui en possédaient plus de la moitié, j sont
clemeurés. Combien étaient-ils? peut-être
100,003 portant les armes (738). Et les
>'ormanaSy oui s^emparèrent de presque tout
le midi de I Italie ? une poignée d'hommes,
mais aussi les Amadis et les Roland de This-
tuire. La Gaule a changé de domination et
«le nom sous les Francs : cependant tous
5aTez combien peu l'armée de Clovis était
nombreuse; et plus tard Guillaume le Con-
quérant subjnsua l'Angleterre avec 60,000
hommes. Voila de grandes et mémorables
ronquètes, qui ont changé Tétat des choses
et des hommes, mais qui n*ont pas dû pro-
duire des changements considérables dans
les types des peuples vaincus. Si quelques
flescendants de ces vainqueurs ont conservé
\f^ caractères physiques de leurs ancêtres,
il est évident ou quHls forment de petits
groupes, ou qu'ils sont disséminés et comme
l^erdus dans Ja masse de la population. Beau-
coup d'autres conquêtes ressemblent à celles-
ci, surtout quand elles ont eu lieu par une
seule irruption ; parce qu'en général une na-
tion ne se précipite pas sur une autre, mais
une portion souvent très-petite vient subju-
guer une nation tout entière.
« Tel a été l'état ordinaire des choses dans
les temps historiques qui nous sont bien
connus, sans qu'il faille entrer en aucune
flistinction relativement au but de la con-
ouète. Mais combien n'ont pas été faites
clans des vues purement politiques, pour ac-
quérir la suprématie, pour dominer sur un
peuple ; et non pour s'établir sur son terri*
toire et chanzer de patrie ? Tel, vous le sa-
▼ezy a été l'objet constant des Romains en
fondant leur empire; et ce n'est pas sans
dessein que je les ai cités, ainsi que la plu-
part des barbares qui ont renversé leur puis-
sance : vous en pressentez l'application.
« Il est cependant d'autres conquêtes qui
opèrent de grandes mutations : les invasions
successives par un même peuple. Leurs flots
répétés, quand même ils se suivraient à des
intervalles assez considérables , et que leur
source serait faible, finissent par s'accumu-
ler et former de grandes masses qui subsis-
tent. C'est ainsi que les Saxons se sont em-
parés de l'Angleterre, et que leur race a pu
Une autre cause du mélange des peuples,
qui frappe moins l'imagination , mais n'en
est pas moins réelle, se trouve dans l'escla-
vage des temps anciens et du moyen Âge. Si
les esclaves provenaient des guerres que les
]ieoples, non réunis en corps de nation , se
<758) Je D*ai trouvé ce nombre qtie dans YHis-
tûire des peupin de tltaiie^ par M. Botta. Il est à
présuner que cet aniair distincné Fa pris quelque
pi-t. Quoi qu^il en soit. Il n*en fallait pas tant pour
«ibjaj^ner toute rhafie à celle époque de décadence.
L'enpue dthîenl, qui venait de t^épuiser en eièrU
pour eifmker les Goths, eonnença Penirepriae avec
lO^oeO luMunes, et n*eB cul jauMto plus de ^,609
sont faites entre eux, les types du i^\s
n'auront pas changé. 11 en sera de uiêmV,
s'ils proviennent de peuple» voisins ioi5*
qu'ils sont de même race. S'ils dérivaient de
sources tout à fait étrangères , soit par des
expéditions militaires, soit | ar les impor-
tations du commerce, il sera résulté de la
multiplicité et de la diversité de ces sources
un amas confus, qui rentre dans la partie in-
déterminable de la population.
« Si cependant, car fl faut tout prévoir, il
y avait eu une telle prédominance dans plu-
sieurs de ces races d'esclaves qu'eile^i se
soient maintenues jusqu'à nos jours, leurs
types appartenant à des classes moins nom-
breuses ne f^auraient embarrasser dans la dé-
termination de ceux qui caracUrisent la
masse de la nation.
« Vous pensez bien que je distin^c soi-
gneusement les esclaves d'avec les serfs;
ceux-ci sont les naturels du pays, le corps
du*peuple attaché à la glèbe par la main du
vainqueur; et si dès lors l'histoire les ou-
blie ou n*en tient plus compte, il est de la
nécessité de mon sujet que je ne lasse ) as de
même. Vous en aurez un exemple manifeste,
lorsque vous verrez rc|.araitre sur la scène
du monde un de ces peuples qu'elle croyait
éteints.
^ Nous avons consulté l'histoire naturelle
et l'histoire civile, et il résulte de leur accord
que les descendants directs de presque tou-
tes les ^andes nations connues dans l'anti-
quité doivent exister encore aujourd'hui.
Remarquez que cette conclusion ne serait
pas moins vraie quand même nous n'aurions
pas le moyen de les reconnaître; car Tex-
traction des individus est un fait, leur res-
semblance avec leurs ancêtres un autre, qui
peuvent être liés dans la nature, mais qu'il
ne faut pas confomire dans notre esprit. Ce
serait déjà une grande vérité d'établie, encore
qu'il fallût s'y borner. Mais ce n'est qu'un
premier pas. J'ai constamment suppose jus-
Ju'ici qu il y avait des types caractéristiques
es peuples anciens; il le MUait bien, car avaLt
tout il convenait de s'assurer si les types
sont transmissibles malgré l'influence des
causes perturbatrices que nous avons exaroi-
minées. Rassurés sur ce point, nous allons
nous occuper de l'autre. Et voici un autre
avantage qui résulte de la manière dont
nous avons envisagé notre sujet : si de pa-
reils types ont existé, ils existent encore
aujourd hui, d'après la discussion que nous
venons d*établir. Or la marche à suivre est
évidente; il s'agit d'abord de consUter (»ar
l'observation si chez les peuples qu'on veut
étudier il y a un ou plusieurs types distincts.
Si l'on en trouve, il faut ensuite chercher les
moyens de les rapporter à leur origine. Me
à leur opposer. Aussi les Lombards s^établirent da s
le nord de nialie presque sans obstacle. Les Lom-
bards iTailkurs n*elaieot pas une nation, mais pour
ainsi dire u:.e peuplade. Us eufent besoin d'auxi-
liaires, et Ton voit dans leur historien, Paul Diane,
qu*ils amenèrent avec eux 95,609 Saxons, qui, les
quittant ensuite, lurent presque exterminés par les
rranks. >
1191
PilY
DICTK>NA.%1itiS
PlIY
\m
voici arrivé au moment où je puis vous ren-
dre compte des observations que j'ai faites,
en vous faisant d'abord connaître les fonde-
ments sur lesquels elles reposent. 11 faut donc
3ue vous sacniez ce qu'il y a d'essentiel
ans les caractères physiques pour consti-
tuer un type.
1 Les caractères tirés de la forme et des
proportions de la tète et des traits du visage
tiennent certainement le premier rang. Vous
allez le sentir sans qu'il faille développer
les principes de classification en histoire na-
turelle. A quoi reconnatt-on principalement
l'identité (Tun homme? Ce n'est ni à sa
taille, ni au degré de son embonpoint, ni à
la coloration de sa peau, ni à sa chevelure ;
mais au visage, c'est-»à-dire à la forme de la
tête et aux proportions des traits de la face.
La vue de cette seule -partie du corps suffit
pour le faire reconnaître, tandis qu'A serait
facilement confondu avec une foule d autres
s'il se présentait sous tout autre aspect.
« C'est ainsi que la sculpture représente un
individu par nn buste. L identité est parfai-
tcinent reconnue. Supposez maintenant qu'on
le décrive dans des termes clairs et précis,
la description s'appliquera bien à l'individu,
mais ne le distinguera pas comme tel. La
parole ne saurait rendre les nuances qui con-
stituent l'individualité; mais la description
embrassera tous ceux qui seront formés
?our ainsi dire sur le même modèle, c'est-
-dire tous ceux qui se ressemblent le plus
possible. On ne saurait, je crois, arriver par
un moyen plus rigoureux h déterminer Fiden-
tité de race, puisqu'il présente la plus grande
approximation aux caractère» de l'indivi-
dualité, en faisant abstraction des nuances
que j'ai indiquées et que je consid^e, pour
ainsi dire, comme fugitives; car la. même
personne peut varier a leur égard sans deve-
nir méconnaissable. Je ne néglige pas les
modificationis relatives à y* ehevelure, à la
coloration de la peau, à la taille, lorsqu'elles
sont assez générales ; elles acquièrent alor^
par cette association une grande valeur;
mais je les regarde toujours comme très-se-
condaires et absolument impropres à fonder
par elles-mêmes des caractères de races,
excepté dans les eas extrêmes.
(T Remarquez que plus j'aurai étéexigeant,
sur l'identité du type, plus mes applications
à l'histoire devront inspirer de confiaace.il
se peut que !a nature, dan« la création des
laces, ait pris plus de latitude; je n'en doute
même pas, puisqu'en suivant de préférence
un modèle, elles en écarle souvent en diffé-
rentes directions, par des causes mêmes qui
nous sont inconnues: à td point quelque-
fois qu'il en résulte les plus grandes dévia-
tions, qu'on a désignées par le nom de
monstres. Ainsi en limitant étroitement le
type, en écartant les ressemblances qui ne
réunissent pas tous les caractères essentiels,
le nombre des applications diminue, mais
leur certitude au^^men te .
« Ge grou|)e bien déterminé , plus il est
grand > plus li donne de confiance aux dé-
ductions qui en dérivent. Car on ne pour-
rait le considérer comme une de ces dévia-
tions accidentelles qui ne caractérisent pas
un peuple. C'est pourquoi je me suis atta-
ché , dans le récit de ce que j u obsené , k
vous donner une idée de la mnltipûcilé dés
mêmes impressions.
€ J'en ai assez dit maintenant pour qœ
vous puissiez me suivre avec confiance et
intérêt ; car dans ces matières l'intérêt ne
peut nattre que de.respoir bien fondé d'ar-
river à la vérité. Vous m'accompagnerez,
pour ainsi dire ^ dans mon voyage à tra-
vers la France, l'Italie et une partie de la
Suisse ; vous assisterez à mes observations;
et ce n'est que lorsqu'elles serontassez nul-
tipHées, assez étendues, qu'il s'agira d'en
discuter Tapplicalion.
« A peine arrivé sur les frontières de la
Baursogne , je commençai à démêler un en-
semble de formes et de traits qui consti-
tuaient un type particulier. Il devenait pins
prononcé et se reproduisait plus souvent à
mesure que {'avançais dans le pays, n se
présentait fréquemment le long de la roule
d'Auxerre à Cbâlons. J'arrivai dans celte
ville un jour de marché. Je m'empressai d'y
aller pour observer les figures de la popula-
tion de la campagne aux environs. Je fus
surpris d'en voir un grand nombre totale-
ment différentes de celles que favais vues
auparavant. Los unes et les autres présen-
taient des types tellement distincts quils
formaient entre eux un parfait contraste. Ce
n'est pas ici le lieu de les décrire; je le
ferai plus tard, lorsqu'il s'agira de discu-
ter leur dénomination historique. Je m
gardai bien dans le moment de faire au-
cune conjecture à cet égard : je les anis
vues dans une trop petite étendue de terri-
toire pour les distinguer parmi les peuples
3ui l'avaient occupé. Je me contentai dooe
0 remarquer les faits et d'en conserverie
souvenir, jusqu'à ce q?ie l'occasion se pré-
sentât d'en tirer partie
« Lç t}[pe prédominant et bien caractérisé
que j'avais observé jusqu'à ChAlons, conti-
nua à s'offrir fréquemment à mes jeui
Kndant tout le reste de ma route dans h
ursogne.
« Il ne changea pas de nature dans le
Lyonnais , quoiqu'il cbaneeât de teinte.
« Il en fut de même dans le Dauphiné.
Les mêmes caractères de formes et de j)ro-
portioRs , avec une autre nuance de teint*
se fprésentèrent dans la Savoie jusqu'au
Mont-Cenis.
. « Je l'avoue , une si parfaite siroilitcie
de traits chez un grand nombre d'individus
répandus surtout le terjitoire entre Auxcrre
et les Alpes , ne laissa pas de me surprendre,
quoique ce fût dans mes principes. Sai2>
doute que toute la population n'était |«>
jetée dans le même moule , il s'en fallait
de beaucoup : mais ce type était le seul iM
caractérisé que je reconnusse alors, eicepl«
le petit groupe que j'avais ohservé à un-
ions.
« 8i je m'étais fait un autre plan d'obser-
vation eii attachant plus d'importante i
1193
PKT
D^ANTUROPOLOCIE.
PUY
ll'JI
la coloration qu*aax formes et aux propor-
tioDs, je n'aurais tu que des Bourguignons,
des Lyonnais, des Dauphinois et des Sa-
Tojards, au lieu de voir un peuple de même
race modilé par des nuances de teint , et
distribué sur un grand espace compris
entre Auxerre et le mont Cenis.
« Voilà un biU monsieur , dont vous pou-
vez déjà tirer parti, quoique je ne m'en
serve pas encore.
« Le territoire était occupé, dans les
terrps les plus anciens, par des Gaulois,
n'«uipoHe lesquels. Les Romains , dans la
suite , en font la conquête et se mêlent à ce
{»euple. S*il fallait attribuer le type dont je
viens de parler aux descendants des uns ou
des autres, vous n'hésiteriez pas à lerap-
imrter aux Gaulois ; car le plus petit nom-
bre ne donne pas ses caractères physiques
au plus grand. Mais la dénomination change:
Jp5 Bourguignons se substituent aux Ro-
mains. Le même raisonnement vous fera tirer
la même conclusion , qui subsistera malgré
la conquête subséquente des Francs , parce
qu'ils se sont trouvés dans de semblables
rapports.
€ Telle sera nécessairement votre opinion.
Je ne vous dis pas qu elle ait été la mienne;
non (pie j'aie pensé autrement , mais parce
que je n'y ai pas pensé du tout. J*étais tel-
lement occupé du matériel de l'observation
que je ne me livrais alors à aucune vue in-
tellectuelle.
« L'Italie était devant moi et me promet-
tait une foule d'objets dignes d'attention. Je
ne voulais ni négliger ni examiner exclu-
sivement les productions de l'art des temps
anciens et modernes. La plupart des voya-
geurs ne songent qu'à les visiter, à les con-
templer et se contentent des souvenirs que
leur présentent quelques débris informes
des siècles passés. Mais sur ces décombres
mêmes, sur cette poussière de l'antiquité,
objets de leur admiration et de leur culte ,
l»eut-être les descendants de ceux qui ont
élevé ces monuments, existent-ils encore
offrant l'image de leurs ancêtres.
« Voilà ce que je désirais vérifier , espé-
rant, si je réussissais, trouver non moins
d'attraits dans ces recherches que les anti-
quaires dans les fouilles les plus heureuses.
« En passant à Florence , je saisis l'occa-
sion que me fournissait la galerie ducale,
d'étudier le type romain. Je donnai la pré-
férence aux bustes des premiers empereurs,
parce qu'ils descendaient des anciennes fa-
milles, et n'étaient pas, comme un assez
frand nombre de leurs successeurs, de races
trangères. Ils ont cela de remarquable ,
que non-seulement un certain nombre d'en-
tre eux a des formes et des proportions sem-*
blables, mais aussi un caractère teUement
prononcé qu'il est difficile de l'oublier ou de
le méconnaître.
« Tous pouvez vous en former une idée
exacte en jetant les yeux sur les bustes
d'Auguste , de Sextus-Pompée , de Tibère ,
de Germanicus , de Claude, de Néron, de
TitiLS 9 que vous verrez au musée de Paris
I>iCTi053r. d'Autbropologie.
ou ailleurs. Eu voici la déleruiiuation pré-
cise : Le diamètre vertical est court, et par
conséquent le visage large ; comme le som-
met du crine est assez aplati et le bord in-
férieur de la mâchoire presque horizontal ,
le contour de la tête, vue de face, se rap-
proche beaucoup d'un véritable carré. Cette
configuration est tellement essentielle que
si la tête s'allongeait tout en conservant la
réunion des autres traits, auand même oUe
offrirait le portrait fidèle d*un ancien Ro-
main , il ne serait pas caractéristique. Les
parties latérales au-dessus des oreilles
sont bombées, le front est bas, le nez véri-
tablement aquilin , c'est-à-dire que la cour-
bure commence vers le haut et finit avant
d'arriver à la pointe, en sorte que la base
est horizontale. La partie antérieure du
menton est arrondie.
« Vous reconnaîtrez tous ces caractères
dans les bustes ou statues des personnages
que je vous ai nommés, et dans d'autres
que je n'ai pas indiqués ; mais vous ne les
verrez pas dans tous, et cela doit être:
un type n'est pas universel chez un peuple.
« Celui-ci restait profondément gravé dans
ma mémoire; mais je n'en étais pas préoc-
cupé. Une multitude d'objets devait atti-
rer mon attention sur la route de Florence
à Rome par Péruge ; et si je pensais quel-
quefois a trouver les représentants des an-
ciens Romains , ce n'était guère chemin fai-
sant , mais au terme de ce voyage. Ne m'at-
tendant jas à les rencontrer ailleurs , il fal-
lait que la ressemblance fût bien frappante
Siur les reconnaître sur le monte Gualan-
o, à peine entré sur le territoire du Pape;
et je ne cessais de voir le même caractère
chez un grand nombre d'individus sur toute
la route, àPéruee, à Spolèle, etc., jus-
ou'à Rome. Nous étions plusieurs en voyage,
u une même société , et nous reconnûmes
tous la vérité de la ressemblance. Je -n'ai
EHs besoin d'ajouter qu'il existe aussi à
ome, malgré le mélange des peuples ; d'au-
tres l'ont signalé. Mais il n'est pas néces-
saire de le chercher dans un faubourg ou
dans quelque coin de Rome, où on la in-
diqué : on peut le rencontrer partout , et
qui plus est , chez l'un et l'autre sexe dans
tous les rangs de la société. La ressemblance
ne porte pas seulement sur le buste, mats
aussi sur la stature; vous savez que les
Romains étaient d'une taille médiocre.
« Je ne saurais déterminer jusqu'où ce
type s'étend au Midi. 11 disparaît à Naples ,
ou du moins ne s'y fait pas assez remarquer
pour qu'on paisse le compter parmi les fi-
gures caractéristiques de la capitale. Il y ea
a une bien prononce qui prédomine, mais
il n'est pas de mon sujet d'en parler. J'ai
quelques raisons de croire que le type que
nous avons appelé romain se continue dans
la partie supeneure du royaume de Naples,
s'il fiallait juger par quelques individus qui
en provenaient. Quoi quil en soit, il est
répandu an nord de Rome non-seu]eD:ent
du côté de Pérage , ainsi que je l'ai indiqué
38
*fl'»«
PHY
dictionnaiul:
piir
m
maii encore dans Tautre direction vers
Sienne , Viterbe et au delà.
K Ces observations, quoique limitées,
nous fournissent déjà des renseignements
utiles et applicables à Thistoire. Je ne pré-
tends pas , dans cette occasion ni dans au*
rune autre, que tout un peuple ne soit
formé que sur un modèle. La généralité de
celui-ci nous suffit. Je dis qu'il est caracté-
ristique des habitants de ces contrées , dans
les temps actuels comme dans les temps
f>assés , et en voici la raison : c'est qu'étant
e type des empereurs , il l'est aussi d'un
grand nombre de soldats et de particuliers
représentés par les bas-reliefs et sur les
bustes trouvés dans ce territoire. Que pen-
serons-nous maintenant du peuple romain?
Sera-t-il descendu d'Enée et des Troyens ,
formant une nation étrangère à l'Italie, et
renfermée , pour ainsi dire , dans l'enceinte
(le Rome ? Comme ce sont les campagnes qui
fournissent leur population aux villes , et
non les villes aux campagnes , siirtout lors-
Su'il s'agit d'une grande étendue de pays ,
ome aura été peuplée de cette manière ,
et plusieurs des peuples voisins , et entre
autres les Sabins et une grande partie des
Etrusques , auront été , comme As le sont
aujourd'hui , de même race. Les peuples
qui habitaient le même sol étaient telle-
ment divisés en corps indépendants, et gui
différaient par leurs noms et par leurs in-
térêts , que les historiens les ont presque
toujours représentés comme étant d origine
dififérehte. Mais Micali et Niébuhr ont eu
des vues plus justes , et les faits que je pré-
sente serviront à confirmer une partie de
leurs opinions.
« Des étrangers peuvent venir chez un
J)euple, y dominer, l'instruire , en changer
e nom et la langue, sans altérer en géné-
ral ses caractères physiques. Car un petit
nombre est capable de dompter la multitude
et d'influer sur son esprit ; mais nous avons
vu que l'organisation ne cédait pas de
même. J'ignore à quel peuple les Etrusques
ont dû leur langue, leurs institutions, leurs
arts ; s'il était indigène ou étranger, car il
s'en faut que la question soit décidée. Ce
qui est manifeste, c'est qu'une partie de la
population est semblable à celle des autres
peuples que j'ai indiqués. L'histoire nous
apprend qu'elle a été mélangée, et l'obser-
vation des formes le confirme. Mais je suis
loin de l'avoir analysée dans tous ses élé-
ments ; il en est un autre cependant que
j'ai reconnu, çt que j'ai été longtemps à rap-
porter à son origine.
« Âgricola, l'un des peintres distingués de
Rome, a fait les portraits des quatre plus
grands poètes de l'Italie , le Dante , Pétrar-
que, le Tasse, et l'Arioste. Il avait fait ses
études diaprés tous les monuments du temps,
et il eut la bonté de me montrer la collection
de ses dessins. Leur comparaison me fit
voir c[ue ceux qui représentaient le Dante
devaient être tres-ressemblants, parce qu'ils
différaient peu entre eux.
tt D'ailleurs lespopdrtions sont tellemmit
marquées, et les traits si prononcés, comme
nous pouvons en juger par une description
qu*un de ses amis en a donnée, qu'un pein-
tre n aurait pu les manquer.
^ Il avait la tête longue, par conséquent
peu large, le front haut et développé, le m,
recourbé de manière que la pointe était en
bas, et les ailes du nez relevées, le menton
proéminent.
« Cette fijjure, bien caractérisée, me fit
une profonde impression. Je ne songeai pas
cependant à en chercher le type dans la
Toscane, lorsque, par un singulier hasard, à
peine arrivé sur la frontière par la roule de
Sienne, je vis plusieurs personnes à Radi-
cofani qui m'en offrirent les premiers e\em-
pies, du moins les premiers qui attirèrent
mon attention ; l'un d'eux surtout était IV
mage vivante du Dante. A mon premier
passage à Florence, j'avais remarqué dans îa
galerie ducale quelques figures semblables
dans les statues et bustes 'de la famille des
Médicis, et dans le monde. Mais je ne m'en
étaisr pas rendu un compte exact, et rensem-
ble des traits n'était pas bien distinct daos
mon esprit. Comme je fis cette foisuns^our
prolongé dans le pays , j'eus l'occasion d'ob-
server que c'était un véritable type chez les
Toscans. Nous avons vu qu'il existait da
temps de Dante, et j'ajouterai aue beaucoup
d'hommes célèbres de la république de Flo-
rence s'y rapportent. Je l'ai même observé
sur quelques statues , bustes et bas-reliefs
étrusques.
« Je continuai à l'observer à Bologne , à
Ferrare, à Padoue, et sur la roule, dans les
villages intermédiaires. Non-seulement ii
était fréquent à Venise, mais il y avait lou-
{'ours existé dans une étendue surprenante.
1 est tellement remarquable que, lorsqu'on
le voit, on ne peut plus s'y méprendre. Je
vous en ai donné une idée en vous citant iâ
tête du Dante. Vous allez voir que la res-
semblance est quelquefois si forte qu elle
frappe des personnes qui ne reconnaissent,
pour ainsi dire, que Tindividualité. J'étais ii
Venise, dans la galerie de l'école vénitienne,
devant un tableau qui représentait un saint
du pays ; comme je Je regardais attentive-
ment , le cicérone me dit de remarquer
combien cette tête ressemblait à celle du
Dante. Quant à la fréquence avec laquelle te
caractère se reproduisait anciennement .
j'eus l'occasion d en juger au palais du doge.
où se trouvent réunis tous les portraits des
doges. J'étais étonné de voir combien panni
eux portaient l'empreinte de la même race.
a Je rencontrais ce type plus souvent, ^
mesure que j'avançais dans ma route ve^
Milan. Il se présentait- quelquefois avec um
telle exagération qu'il tombait dans la œl-
cature. Un jour je m'arrêtai dans un village
pendant deux heures; j*allai à la grance
place où se trouvait rassemblé un granJ
nombre de paysans. Je ne pouvais me U?-
ser de les examiner à cause de leur parfaite
ressemblance avec un des types qoe f ayt'^
vus en France. Je me croy ais, pour ainsi
dire, tout à coup transporté sur la place da
1197
WIT
b\VNTIIROPOLO€IE.
ps:t
tI9S
marché à Cbàlons où je TOUS ai dit quejV
Tais TQ parmi les paysans on caractère de
tète tout à lait différent de celui que j'aTais
obserré jusque-là dans la Bourgogne. Si je
fus frap^ de la différence, je le lus ici de la
conformité; et si tous vous rappelez com-
bien je TOUS ai dit que le caractère en était
fortement prononcé, tous reconnaîtrez qu'il
n j ayait pas lieu à s*j méprendre. Remar-
quez dans quelle étendue je FaTais ohserTé
en It^ie , et aTec quelle fréquence, aTec
quelle netteté je deTais donc reconnaître
1 existence d'une race , bien caractérisée et
nombreuse, répandue dans tout le nord de
l'Italie. Vétais-je pas dans la Gaule Cisal-
pine ? N*aTais-je pas tu un peuple semblable
dans la Gaule , au-delà des Alpes ? Pourquoi
ne serait-il pas le même sniTant lliistoire ?
Pourquoi pas des Gaulois? Mais pour recon-
naître cette identité aTec le degré de certi-
tude qui seul pouTait satislaire Tesprit, il
me restait d'autres obserTations à faire. 11
tiilait, sll était possible, Toir ce type sur
une plus grande étendue de pays, et le sui-
Tre, pour ainsi dire, de proche en proche. A
mon retour je deTais IraTerser une partie de
la Suisse oue des peuples Gaulois aTaient
jadis possédée, je pouTais y trouTer Tune ou
rantre race, oi» peut être les deux.
« La jfeute septentrionale du Simplon
donne naissance à la Tallée du Rhdne. Les
premiers habitants qu'on rencontre, même
au sommet de la montagne, sont des Ger-
mains. Ils diffèrent des autres peuples Toi-
sins par leur àspecî et par leur bogue, qui
est allemande. BientAt, en aTançant dans le
Valais, la langue change, les traits changent
en mène temps. Je n'entends plus qu'un
dialecte français, et je reconnais partout le
même peuple que j'aTais tu dans la SaToie
aTec les mêmes traits et jusqu'au même
teint. A mesure que j'approchais de GenèTe,
quelques indindus de i autre type se pré-
sentaient parmi cette population. A GenèTe,
ils étaient en grand nombre, et tout à fait
semblables à ceux que j'aTais tus dans le
nord de l'Italie et à Cnâlons. Voici donc une
population appartenant principalement à
deux races, mais parfaitement distinctes et
formant, comme je tous l'ai dit ailleurs, un
contraste marqué ; l'une ayant la tête plus
ronde qn'oTale, les traits arrondis, comme
je rexpliouerai ailleurs aTec détail, et la
stature médiocre; Tautre la tête lonçue, le
front large et haut , le nez recourbé, la
pointe en bas et les ailes du nez relcTées, le
menton fortement prononcé et saillant, la
stature élevée. Mais aussi j*eus Toccasion de
remarquer, ce qui deTait aussi résulter de
leur présence sur le même sol , toutes les
modifications intermédiaires, le prenais
ainsi plaisir à reconnaître dans ces croise-
ments de races les traits qui appartenaient
à chacune d'elles , et les dégradations de
I>roportioiis entre les extrêmes, le les dis-
tinguerai pour le moment par les noms de
premier et de second tTpe, suiTant l'ordre
dans lequel je Tiens de les désigner. Afin de
continuer les mêmes observations sur un
nouTeau territoire, je me aetcruiinai à pas-
ser par la Bresse, en me dirigeant sur Mêcon
et Châlons. I*espérais lier ainsi, par une
chaîne presque continue, la partie de la po-
pulation qui se rapportait au second type.
Sur la grande route, par la Bresse, je trou-
Tai en effet le même mélange quant aux
éléments, mais dans des proportions bien
différentes : le premier type y dominait au
pointque jene Toyais, pour ainsi dire, que
des traces de l'autre. Mais près de Mâcon,
sur le bord de la riTière, et sur le reste du
chemin Ters Châlons, par la montagne, ce-
lui«4-i dCTenait commun. A Châlons où heu-
reusement j'arriTai un jour de marché, je
me donnai la satisfaction de comparer mes
souTenirs aTec l'impression actuelle et d'en
confirmer la fidélité.
« Voilà une partie des obserTations que
1 ai faites pendant ce Toyage, et qui sont re-
latiTes aux peuples dont tous aTez tracé
l'histoire. l'aTais précédemment Tisité d'au-
tres parties de la France dans une grande
étendue ; ceque j'ai remarqué alors suppléera
à ce qui pouTait me manquer dans cette occa-
sion pour former le parallèle entre les dis-
tinctions que TOUS aTez établies et celles que
j'ai obserTées. Vous entrcToyez déjà la con-
formité qui s'y trouTe ; mais nous ne pour-
rons l'admettre qu'arrès une discussion ap-
profondie. 11 eniésuitera, si je ne me trompe
singulièrement, une confirmation aussi forte
qu'inattendue des princi|)ales bases de to-
tre histoire.
« Mais il faut d'abord que je trace les li-
mites de la comparaison pour la Gaule.
Comme je n'en ai pas Tisite les parties les
plus méridionales Toisines des Pyrénées e'
de la Méditerranée, oi^ tous placez les Bas-
aues et les Ligures, il ne sera fias question
e ces peuples.
« Dans le reste de la Gaule tous recon-
naissez à une époque très-reculée deux
grandes familles, aiflerentes entre elles par
leur langue, leurs habitudes et leur état so<
cial. Elles formaient toute la masse de la
population, et, ouel qu'ait été leur rap-
port numérique, 1 une et l'autre en faisaient
une partie considérable.
c le reconnais dans la population actuelle
de l'étendue correspondante de la France
deux types prédominants, tellement carac-
térisés et distincts <pi'il n'est pas possible
de les confondre. Si depuis l'époque où
TOUS nous montrez ces deux peuples comme
seuls possesseurs du sol, il n y aTait pas eu
de mélanges étrangers , on deTrait, sans hé-
siter, rapporter ces deux types à deux fa-
milles gauloises. Mais depuis lors diTers
peuples ont succcssiTcment fait la conquête
de la totalité ou de quelques portions du
territoire. Comment faire la distinction?
Nous aTons établi, dans la discussion gêné*
raie au commencement de cette iet!re,im
principe qui nous guidera, et dont nous
avons déjà fait l'api»liration en faisant. Le
plus petit nombrege donne pas son type au
plus ^and. Or tous connaissez l'extrême
disproportion des conquérants établis dans
"iVJd
PUT
DICTIONNAIRE
FHT
m
.a Gaule relativement à la population gau-
loise, et cet aperçu nous servira d'abord h
confirmer ce premier rapprochement. Des
arguments d'une autre nature viendront l'ap-
puyer dans la suite.
« De ces deux familles que tous distin-
guez par les noms de Galls et de RimrîSy
les premiers devraient être les plus nom-
breux, puisque vous les présentez comme
les plus anciens habitants des Gaules, dont
ils occupaient presque toute l'étendue avant
rétablissement des Rimris.
a De cette première distinction historique
entre les deux peuples gaulois , je conclu-
rai que le premier type , qui m'a paru le
Fins nombreux , af^Nirtient aux Galls, et
autre aux Rimris.
« En comparant leur distribution géogra-
phique nous arrivons au même résultat.
Vous les représentez comme plus particu-
lièrement groupés en corps de nation dans
deux régions diverses : 1° fa Gaule orientale,
occupée par les Gaulois propres de César,
que vous désignez par le nom de Galls ; 2^ la
uaule septentrionale, renfermant la Belgi-
que de César, l'Armorique, dont vous réu-
nissez les habitants sous la dénomination
générale de Rimris. En considérant d'abord
la Gaule orientale, d'après votre exposition
des faits, il est évident que les Galls devaient
y être moins mêlés, puisque les Rimris n'y
avaient jamais pénétré par la force des ar-
mes. Or c'est en traversant la région de la
France qui correspond à la Gaule orientale
du nord au midi, c'est-à-dire la Bourgogne, le
Lyonnais, le Dauphiné,la Savoie, que j ai dis-
tingué ce type bien caractérisé, auquel nous
venons de rapporter le nom de Galls, et si
généralement répandu que je n'en avais pas
d'abord reconnu d'autre, excepté dans un
seul canton. Ce n est qu'à mon retour que,
m'occupant plus spécialement de eel objet,
j'ai retrouvé le second type dans d'autres
lieux de celte région.
<c Quoicfue vous ayez tracé une ligne de
démarcation entre les territoires des deux
peuples, je m'imagine que vous ne regardez
pas la séparation comme tellement absolue
qu'il n'y ait jamais eu de mélange. Il y en
a eu nécessairement, même d'après vos re-
cherches, puisque vous attribuez la religion
des Druides aux Rimris, et vous nous ap-
prenez que les Galls de cette région l'ont
aJoptée, mais pas exclusivement. Peu im-
porte d'ailleurs que ce mélange ail eu lieu
daus une haute ajitiquité, ou plus tard; il
me suffit de savoir qu'ils étaient nombreux
et voisins, qu'ils furent réunis ensuite en
corps de nation ; le laps de temps a dû néces-
sairement amener des déplacements et des
mélanges. Puisque le premier type corres-.
pond à la race historique que vous avez dé-
signée sous le nom de Galls, qui sont les
Gaulois propres de César ; je suivrai votre
nomenclature pourque nous puissions mieux
nous entendre. Je rappellerai donc, d'après
voua, le type gall. La tête est arrondie de
manière à se rapprocher de la forme sphéri-
uue ; le front est moyeUi ua oeu bombé et
fuyant vers les tempes; les yenxsontgniKis
et ouverts, le nez, à partir de la dépression
à sa naissance, est à [leu près droit, c'esU-
dire qu'il n*a aucune courbure prononcée;
l'extrémité en est arrondie, ainsi que le men-
ton; la taille est moyenne. Vous voyez qut
les traits sont parfaitement en harmonie avec
la forme de la tête, et que cette description
détaillée est susceptible d'être résumée ea
l>eu de mots, comme je l'ai fiiit plus haut ihi .
disant que la tête est plus rondt moroh,
que les traits sont arrondiSj et la laHlt
moyenne.
« Quant à la région septentrionale de la
Gaule, œmme siège principal des Kimris
voyez encore la singulière comcidence.iyaDs
un voyage précéuent je parcourus une
grande partie du littoral de la Gaule-Bdgi-
que de César, depuis l'embouchure de la
Somme jusqu'à celle de la Seine. Eh bieol
c'est ici que je distinguai pour la première
fois la réunion des traits qui constitue 1 au-
tre type, et souvent dans une telle exagéra-
tion aiie j'en fus vivement frappé : la tèle lon-
gue, le front large et élevé, le nez recourjjé,
la pointe en bas et les ailes du nez releties,
le menton fortement prononcé et saillant, ia
stature haute. Comme ce point est fonda-
mental, et le plus intéressant par sa nou-
veauté et l'étendue de ses applications, il
convient de nous y arrêter un peu afin d'as-
surer notre marche dans la suite. fiornoDs-
nous pour le moment à la France, en sol-
vant pas à pas le parallèle que nous atons
commencé. Il est certain que ce type, que
j'ai vu depuis en Bourgogne, ne saurait être
celui du peuple étranger qui a laissé son
nom à la province, pu isoull existe dans une
grande étendue en Picardie et en Normandie,
dont les anciens Bourguignons n'ont jamais
approché. D'autre part, il ne peut être celui
des Normands-Scandinaves, puisqu*il existe
dans la Bourgogne et dans d autres prorio-
ces de la Gaule orientale, oit ils ne se sont
jamais établis. Ainsi, par la coexistence du
même tvpe dans ces deux contrées, les an-
ciens Bourguignons et les Normands s'ei-
cluent réciproquement, et nous reveDons
par une autre voie aux anciens habilaoLs
aux Belges de César, que vous désignez par
le nom de Kimris. L'autre race gaolt»:'^
s'y trouve aussi avec ses traits caractém-
tiques.
cr Personne, que je sache, n'a jamais ^ri-
tendu que les Scandinaves, connus dans If
moyen âge sous le nom de Normands, aient
détruit ou chassé la population indigène de
la Neustrie. Fixés à demeure, ils adopteoi i>^
langue du pays et la leur disparait, laissant
à peine quelques traces dans la rédaction de
leurs lois; et ce peuple, d'ailleurs si sévèrp
et même si féroce dans ses expéditions mi-
litaires, se montre tout à coup dans Tadmi-
nistration des affaires civiles le modèle d^
peuples du moyen âge. Enveihisseurs ils ra-
vagent, possesseurs us conservent et pcrfe
tiorinent.
, ^ J'ignore si une partie de leur postera
subsiste avec leurs caractères physiques; id
liOl
PUT
D'ANTHROPOLOGIE.
PUT
i:w-
en est ainsi« il eu reste pnjbablement très-
i>ea, comme il deîl apiÎTer souTent lorsque
te peuple conquérant est en très -petit
nombre relatiTement au peuple Taincu. Ce
n*est guère que dans les grandes masses,
comme nous raTons exposé en commençant,
que nous pouTons espérer de trouver les
types anciens, et c*est ce qui nous est arrivé
i'usqu'ici. Remarquez quels avantages la
^rance nous présente pour le succès de pa-
reilles recherches : sa vaste étendue, sa po-
pulation qui, dans tous les temps, a dû être
nombreuse, à cause de la fertilité de son
sol et la douceur du climat, moins de mé-
lange avec des peuples étrangers que chez
d'autres nations où nous chercherons les
mêmes races, enfin des renseignements his-
toriques plus précis sur la distinction des
peuj>les indigènes. Une seule f6is toute la
nation gauloise a été engagée dans une lutte
▼iolente contre des envahisseurs étrangers,
et ceux-ci se proposaient, non la possession
exclusive du sol, mais la domination poli-
tî<}ue. Après la lotte, elle prospéra plus que
jamais sous la civilisation romaine. Loin de
&*opposer ensuite aux Francs, elle les favo-
risa, de sorte qu'elle ne perdit pas de sa po-
imlation et ne reçut qu un petit accroisse-
ment d'une source étrangère. Une pareille
réunion de circonstances les plus propres à
la conservation des caractères physiques
d*un peuple, doit inspirer une grande con-
fiance dans les déterminations auxquelles
nous sommes parvenus, surtout lorsqu'on
se rappelle les précautions prises pour éviter
toute erreur dans les caractères tranchants de
ces tvpes.
« d est en nous appuyant sur ces bases
que nous poursuivrons notre parallèle avec
une parfaite sécurité, et sans remtMrras de
discuter les titres des divers peuples oui se
sont pressés et succédé sur le même sot. Car
ces deux races gauloises, une fois bien déter-
minées dans la Gaule par leurs caractères
physioues, seront faciles k reconnaître
ilans d'autres pays, jadis possédés par leurs
ancêtres, si toutefois elles sont encore en
assez çrand nombre.
« Faisons-en de suite Tapplication k l'An-
gleterre : le midi de la Grande-Bretagne,
naos retendue qui correspond à l'Angleterre
} roprement dite, était, suivant vous, occupé
principalement par le même peuple qui pos-
sédait le nord de la Gaule, et que vous ap-
pelez Kimri. Il s'agit maintenant de savoir
>'il avait les mêmes caractères physiques.
Mais ses descendants n*existeraient plus s'il
en bllait croire une opinion répandue en
Angleterre. Je n'ai pas besoin de vous rap-
j>eler la discussion dans laquelle je suis en-
tré sur ce sujet au commencement de cette
lettre; le résultat en est trop conforme aux
principes de la nature humaine pour qu'il
(739) c Nous avons déjà observé que lorsque deax
mo<^ babiteot le même ^ys , celle dont la langue
prédomine D>st pas toujours b plus nombreuse,
ft^orloiit lorsqu^il s'agit d*ane petite partie de la po-
palatioQ qui a col serré ud des anciens idiomes
<2a]ia an coin do territoire. Dans la principauté de
ne se présente pas de suite à votre c^rit
D'ailleurs elle se réduit maintenant à une
Îuestion de foit fondée sur le témoignage
es sens. Or» je puis assurer qne le même
tvpe caractéristique de ce peuple qui jadis
cTomînait dans le nord de la Gaule, existe en
Angleterre; et de plus, qu'il est très-répanda
sur tout le territoire jadis conquis par les
Saxons. Il représente par conséquent les an-
ciens Bretons possesseurs du sol avant la
conouéte des Saxons, et crue vous distinguez
jMr le nom de Rimris. S il n'est plus ques-
tion des Bretons dans le territoire occupé
par les Saxons, c'est qu'ils n'étaient pas une
nation indépendante, ni même un peuple
ayant une existence civile. Us étaient donc
morts pour l'histoire, surtout de la manière
dont on l'écrivait alors; mais ils n'avaient
pas péri ; ils vivaient encore, et certes dans
une proportion où devaient se trouver les
restes d'une grande nation, malgré ses désas-
tres. J ai dit gue l'opinion de la destruction
et de l'expulsion des Bretons de l'Angleterre
])roprement dite est une opinion populaire
dans le pays. Elle est fondée à la vérité sur
l'exagération des historiens; mais pour peu
au'on les lise attentivement, on v trouve
1 aveu que les restes de ce peuple furent ré*
duits à une dure servitude. Attachés à U
glèbe, ils auront participé à cette émancipa-
tion gui, dans le moyen Age, a rendu à la vie
politique la masse des peuples de l'Europe
occidentale; émancipation qui fait la gloire
de ces temps, et le triomphe de la civilisation
moderne sur l'ancienne. Recouvrant peu à
peu leurs droits sans reprendre leur nom,
et s'élevantpar les progrès de l'industrie, ils
se seront répandus dans tous les rangs de la
société. La lenteur de ces progrès et l'obs-
curité de cette origine perpétuèrent le mé-
pris du vainqueur et la nonte du vaincu; de
sorte que tel qui se croit aujourd'hui issu
des Saxons ou des Normands, est souvent le
vrai descendant des Bretons (739).
« Pour achever le parallèle, il me reste à
parler de la Suisse et du nord de l'Italie.
D'après les renseignements historiques, vous
regardez les Helvètes comme des Galls ; pour
moi, je ne saurais en douter, puisque je re-
connais chez les Helvétiens d'aujourd'hui
les mêmes caractères qui distinguent cette
famille dans la Gaule. Vous ne dites pas
qu'ils étaient mêlés de Rimris. U ne m'ap-
partient pas d'assurer qu'ils le furent jadis,
mais je puis certifier qu'ils le sont mainte-
nant,' et dans line assez grande proportion
pour me foire croire qu'ils l'étaient autre-
fois. Je sais qu'aujoura hui la Suisse est par-
tagée en deux parties inégales, l'une orien-
tale, où l'on ne parle, i>our ainsi dire, que
l'allemand, l'autre au midi et à l'occident,
où l'on ne parle que le français, qui est au*
tant la langue du peuple qu'elle Test en
Galles, par exemple, où les deux races ont été mè^
lées, il se peut qoe le type que nous avons nommé
kimri ne soit pas le plus fréquent, mais an contraire
celui des Galls, que vous regardez comme les plus
anelent possesseurs de la Grande-Bretagne. »
120S
riiY
DiCTI0N5AiRE
PUT
m
France; e(c*es( à bon droit, puisque j*ai re-
connu que la population était gauloise à
ilouble titre, et par les Galls et par les
Kimris.
« Sans les discussions précédentes et les
faits que nous sommes parvenus à démêler,
comment pourrions - nous reconnaître les
Gaulois, dans le nord de Tltalie, parmi les
Sicules, les Ligures, les £trusques, les Vé-
nètes, les Romains, les Goths, les Lom-
bards? Mais nous i)Ossédons le fil qui doit
nous guider. D*abord quel qu*ait été Tétat
antirieur, il est certain, d*après vos recher-
ches et raccord unanime de tous les histo*
riens, que des peuples gaulois ont prédo-
miné dans le nord deTltalie entre les Alpes
et les Apennins. On les y trouve établis
d'une manière permanente après les pre-
mières lueurs de l'histoire ; les témoignages
les plus authentiques les représentent avec
tous les caractères d'une grande nation, de-
puis ces temps reculés jusqu'à une époque
très-avancée de l'histoire romaine. Voilà tout
ce qu'il me faut; je n'ai pas besoin de m'oc-
cuper des autres peuples qui s'y sont mêlés
depuis, de discuter leur nombre relatif, la
nature de leur langue, la durée de leur éta-
blissement ; il me suffit de savoir que les Gau-
lois y ont existé en grand nombre. Je con-
nais les traits de leurs compatriotes dans la
Gaule transalpine, je les retrouve dans la
Gaule cisalpine; voilà dans sa généralité le
})remier fait qui nous est commun à l'égard
de ritalie. Mais puisque vous distin^ez les
familles» il convient que je les distingue
aussi. Dans la Gaule cisalpine vous recon*
naissez, de même que dans la transalpine»
des Galls et des Kimris. Or, j'ai vu les kim-
ris non-seulement dans les lieux oix vous
les placez, mais aussi dans d'autres oii vous
ne les indiquez pas. D'abord, en supposant
que dans leurs premiers établissements en
Italie les deux familles aient été absolument
sans mélange entre elles, fait que l'éloigne-
ment et l'obscurité des temps ne permet pas
d'assurer, vous les montrez en communauté
de guerre contre les Romains, et ces rap- .
|)orts d'alliance et de nécessité ont pu dès
lors même opérer des mélanges. La Cispa-
dane, suivant vous, était occupée par les
Kimris ; vous les représentez partout comme .
un peuple excessivement inquiet, faisant
toujours des expéditions lointaines et pé-
rilleuses. Dès que les Romains ont affaire
aux Gaulois d'Italie, vous y distinguez des
Kimris. Il devait en être ainsi de prime
abord, parce qu'ils étaient, dès l'origine de
leur établissement, limitrophes de l'Elru-
rie; les Apennins seuls les en séparaient;
faible barrière pour un tel peuple. Ils les
avaient probablement franchis plus d'une
ibis avant d'avoir fait trembler les Romains;
et il est présumable qu'il s'en est établi
parmi les Étrusques. Le fait est que je trouve
leur type dans le nord de la Toscane, et que
l'inspection des monuments me fait voir
({u'il y existait dans des temps reculés. Re-*
marquez d'autre part que le norl de ritalie
entre les Alpes et les Apennins est une raste
plaine partagée par le P6. Dans le laps des
siècles qui se sont écoulés depuis ^étahliss^
ment des Kimris, en supposant qu'ils n'aienl
d*abord occupé que la Cispadaoe, la guerre
qui opère des bouleversements, etlapaiiqui
amène une fusion considérable, n auront-
elles pas distribué ce peuple sur une grande
étendue de cette plaine? La terreur répaih
due par l'invasion imminente d'Attila na-t-
eile pas porté une grande partie de la popu-
lation à se réfugier dans les lies voisines
de l'Adriatique, ties situées à rembouchore
du Pô, siège antique des peuples kimris!
Aussi vous devez vous rappeler que j'ai ob-
servé leur type, et parmi les portraits des
anciens habitants et dans la population ac-
tuelle de Venise.
« Il s'en faut de beaucoup que j'aie remar-
qué le type de l'autre famille avec la même
fréquence dans le nord de l'Italie. U n y i
pas même de comparaison à cet égard. Cer-
tes je ne pouvais tout voir ni tout reconnaî-
tre, mais aussi ne dois-je pas omettre de
dire ce qui manque à mes observations. Je
ne dis pas qu'il n'y soit pas conunun, mais
seulement que je ne l'ai pas vu assez sou-
vent d'une manière nette et distincte. II est
probablement plus répandu qu'il ne m'a
semblé, et j'en juge ainsi d'après une obser-
vation singulière que je fis à Milan. Dans la
boutique d'un libraire je yis étalé un almi-
nach en une feuille, qu*on appelle IiMono,
avec une gravure représentant deux person-
nages un peu grotesoues se moquant réei*
Iiroquement de leurs ugures. Or, elles étaient
es caricatures les plus exactes des deux
types des populations gauloises ancienne-
ment établies dans le pays ; les traits carac-
téristiques étaient précisément ceux qui
étaient marqués avec exagération, comme a
l'on avait voulu faire ressortir ce qui élait
essentiellement distinctif; et, pour ne rien
laisser à désirer du contraste que les deoi
types font entre eux, ils sont figurés avw
leurs différences de taille, celui qui corres-
f^ond au Rimri étant d'une haute stature^
'autre, qui représente le Gall, de grandeur
moyenne.
« Certes le dessinateur n*a eu en vue m
l'histoire naturelle, ni l'antiquité, mais il a
tracé en charge des figures qu'il avait sou-
vent devant les yeux, et qui offraient un
contraste piquant.
« Je remarquerai à cette occasion cp
lorsque les Romains, dans leurs première,
guerres avec ces peuples, parlent de Gaulois
d'une stature extraordinaire, il me V^^^
évident qu'il s'agit de Kimris.
« D'abord ils occupaient la Cispadane,ei,
comme les plus voisins, ils devaient être le>
premiers.à fondre sur les Romains. La té»
du Gaulois gigantesque peinte sur une en-
seigne dans le Forum, à Rome, était de cetf
nation (740). Lorsque, dans votre histoireJ*^
Romains font mention de la taille élc w de*
(740) Yoy. Histoire des Gaulois, vol. ^^lnlrod., p. xlv
1.03
rat
D'ANTHROPOLeCIE.
PÎIT
Hr^
iiaaloisp ils désignent des peuples que tous
«Tez classés parmi les Kimris, non à cause
de ce caractère dont tous ne faites aucun
usage, mais en tous fondant sur toutes les
preuTes historiques capables d'établir la dis-
tinction. Or j'ignorais entièrement ces faits,
et cependant de mon cdté j'aTais reconnu
que cette famille gauloise contrastait singu*
lièrement par la taille aTec les Galls qui
9ont en général de grandeur moyenne. De
même que les Romains* et les auteurs an-
ciens ont signalé la stature des Gaulois dl-
talie, des Belges, des Gâtâtes, Tai remaraué
en France, en Angleterre, en Suisse, en Ita-
lie, qu'une haute taille accompagne ordinai-
rement le type que d*après tous j'ai désigné
du nom de kimri. Ce caractère physique
existait donc dans les temps anciens, comme
dans les temps modernes, et la coïni^idence
est d'autant plus remarquable qu'on regarde
cette modification du corps comme tn^-Ta-
riable. Le tût est non-seulement curieux,
mais utile, puisqu'il sert à nous expliquer
une contradiction apparente entre les récits
des anciens historiens et ce que l'on obsenre
ordinairement en France où la taille est mé-
diocre. On s'est souTent demandé où sont
ces Gaulois de haule stature dont parlent les
Romains. En rétablissant la distinction que
la nature aTait établie, mais que l'histoire
aTait souTent effacée en confondant les deux
lamilles, la contradiction disparaît.
4 Voilà deux séries de résultats , les Ti-
tres et les miens, qui correspondent d'une
manière aussi frappante qu'inattendue. Os
appartiennent k deux sciences différentes ;
ifs prOTiennent de recherches qui de part et
d'autre ont été faites d'une manière indé-
pendante ; et leur comparaison fait Toir en-
tre eux un rapport manifeste. Nous aTons
donc concouru , chacun de notre côté, au
même but ; et cette coïncidence doit fortifier
notre conriction d'aToir rencfontré la Térité.
« Vous aTcz remarqué dans le cours de
mon récit que mes obserTations ont été lai-
tes sans idées préconçues, et ce point pou-
Tait être ici très-important ; car un esprit
préoccupé, quand il s'aeit de ressemblance,
est très-susceptible d'ulusion. J'aTais une
sauTc-garde contre ce danger ; je ne cher-
chais pas une ressemblance Tague, mais
précise et essentielle , d'après des formes et
des proportions déterminées ; or, la mesure,
quand on sait l'appliquer, est laite pour dé-
truire on confirmer les opinions.
• Les types que j'ai obsenrés parmi les
peuples gaulois ne répondent qu'à ceux des
familles que tous aTCz établies d'après des
documents historiques ; mais comme je n'ai
pas Tisité les pays où tous placez les autres ,
pour établir les rapports de cette nature en-
tre la physiologie et l'histoire, j'ai trouTé dif-
ficilement ailleurs des renseignements né-
cessaires pour traiter ces questions de la
manière dont je les enTisage.
« Si les ObserTations que j'ai encore à tous
communiquer ne touchent plus au sujet que
TOUS aTez traité , elles ne laissent pas , je
pense, de tous intéresser, puisqu'elles éta-
blissent de nouTeaux rapports entre les
sciences que nous cultiTons. Les .peuples
dont nous aTons parlé jusqu'ici sont répan-
dus sur une grande partie de l'Europe occi-
dentale, qui comprend pins de la moitié de
l'Italie, une portion de la Suisse, la France
et l'Angleterre.
« Ceux dont j'ai maintenant à tous entre-
tenir o^^rupent la partie*orientale de l'Eu-
rope : ce sont les nations slaTcs et hongroi-
ses. Quoique je n'aie pas Tisité ces pays,,
j'ai eu des occasions presque aussi fiTora—
blés de reconnaître leurs types. Les trouf^es
de l'empereur, dans le royaume lombardo-
Ténitien, sont presque entièrement compo-
sées de Silésiens, de Bohémiens, de Mora-
Tes, de Polonais, de Hongrois. Pendant un
séjour de plusieurs semaines, je profitai de
l'occasion pour étudier ces peuples. M. 1er
baron de Swinbum, commandant de la[riace,
m'accueillit aTec beaucoup de politesse et de
bieuTeilIance, me donna l'autorisation for-
melle de Tisiter tous les quartiers , la li-
berté d'y faire à ce sujet les obsenrations
que je jugerais à propos, de me faire accom-
pagner par nn peintre qui pourrait dessi-
ner les portraits des-personnes que je dési-
gnerais. Cet ordre a été exécuté ponctuelle-
ment, et j ai trouTé toutes les facilités que^
je pouTais désirer. Je me suis d'abord atta-
che à obsenrer si chacun de ces peuples pré-
sentait une réunion de traits qui les distin-
guât entre eux. On aTait la complaisance de
réunir un grand nombre d'indiridus du
même pays et parlant la même langue. Jo
pouTais ainsi les étudier à mon aise, recon-
nattre l'ensemble de traits oui prédominait,
et comparer de la sorte ces oîTerses nations ;
mais je ne leur trouTai pas une figure natio-
nale distinctiTc.
« Je ne tardai pas à m'aporceToir que beau-
coup d'individus se ressemblaient, quoi-
qu'ils ne fussent |^s du même {lays, et je
reconnus bientôt le type commun à tous ces
peuples. 11 est évident que je ne saurais en-
tendre par laque toutes ces [K>pulations sont
jetées dans le môme moule , mais qu'il y
a un ensemble de traits caractéristiques qiai
se reproduit fréquemment dans toutes. 6r,
remarquez que cnez elles la langue slaTe est
plus ou moins répandue, modifiée seule-
ment par des différences qui ne constituent,
pour ainsi dire, que des dialectes.
« Quoique je ne doutasse pas de cette si-
militude, reconnue par tous les saTants qui-
se sont occupés de l'analogie des langues ^
je Toulais m'assurer jusqu'à quel point el!e
avait lieu , en faisant parler ces étrangers
entre eux, chacun dans sa langue, et j eus
la conviction, { ar mon interprète , qu us se
comprenaient mutuellement.
c Le contour de la tète, Tue de lace, re-
présente assez bien la figure d'un carré,
parce que la hauteur dépasse peu la largeur,
que le sommet est sensiblement aplati, et
que la direction de la mâchoire est horizon-
tale. Le nez est moins long que la distance
de sa base au menton ; il est presque droif,
à partir de sa dépression à la racine, c*e>t*-
*Î87
Pilt
MCTION^TAIRE
PHY
m
à-dire sans courbure décidée ; mais si elle
était appréciable, elle serait légèrement con-
cave, ae' manière que le bimt tendrait à se
relever ; la partie inférieure est un peu large,
à Textrémité arrondie. Les yeux , un peu
enfoncés, sont parfaitement sur la même li-
gne, et, lorsqu ils ont un caractère particu-
lier, ils sont plus petits que la proportion
de la tète ne semblerait Tindiquer ; les sour-
cils, peu fournis, en sont tres-rapprochés ,
surtout à Tan^Ie interne; ils se dirigent de
là souvent obliquement en dehors. La bou-
che, qui n'est pas saillante, et dont les lèvres
ne sont pas épaisses, est beaucoup plus près
du nez que du bout du menton. Un caractère
singulier qui s'ajoute aux précédents et qui
est très-général se fait remarauer dans
leur peu de barbe, excepté à la lèvre supé-
rieure.
« Tel est le type qui se reproduit plus ou
moins chez les Polonais, les Silésiens, les
Moraves, les Bohémiens et les Hongrois Sla-
ves. II est aussi très-commun parmi les Rus-
ses. Quoique je n'en aie pas vu dans cette
occasion, j'en ai pu juger dans d'autres;
mais surtout je me fie au témoignage d'un
seigneur russe, qui a reconnu dan§ les des-
sins que je lui ai montrés, d'anrès d'autres
peuples slaves, les portraits d une grande
partie des paysans russes. Il est sans doute
d'autres caractères de tête chez tous ces peu-
ples, et ie l'ai bien reconnu par moi-même;
mais il faudrair, pour les déterminer d'après
les vues que j'ai exposées et les considérer
dans les rapports qui nous intéressent, être
sur les lieux, et y consacrer beaucoup de
temps et de soins.
« J'ai cependant tiré parti de ces observa-
tions pour jeter guelque jour sur un point
obscur de 1 histoire. L'Allemagne, encore de
nos jours, peut être divisée en deux parties
sous le rapport des peuples qui l'habitent :
l'Allemagne occidentale occupée par les
Germains , la plus grande partie de l'Alle-
ipagne orientale par les Slaves mêlés de Ger-
mains. Aussitôt que l'histoire luit sur ce
pays, nous voyons la rivière de l'Elbe sépa-
rer les deux peuples. L'Autriche propre-
ment dite , dont tous les habitants ne par-
lent que l'allemand, se trouve d'une part au-
dessous de la Silésie , de la Moravie , de la
Bohême, d'autre part au-dessus de la Carin-
thie et de la Carniole. Elle est donc, pour
ainsi dire, enclavée dans des pays dont le
fond de la population est slave.
« De là il m'a paru probable qu elle avait
été anciennement occupée par des peuples
slaves, soit purs, soit mêlés a d'autres, avant
la conquête par les Allemands ; car partout
ailleurs, dans cette partie orientale, on voit
que les Germains ont étendu leur dénomi-
nation sur des peuples étrangers. N'est-il
donc Das présumable que les Germains, en
se mêlant aux Slaves , sur le territoire de
l'Autriche proprement dite, en auront effacé
la langue, comme ils ont fait disparaflre
dans le nord celle des Borusses, avec cette
différence que les monuments de cette lan-
gue n'y ont pas péri?
« J'étais curieux de savoir si ma eonjecture
trouverait un appui dans Texamen des types
des Autrichiens. Il y en avait heoreosement
3ui formaient le corps des canonniers. Je
emandai à voir des natifs de Vienne et des
environs , provenant de famille allemande
de père en fils , autant qu'on pouvait le s^
voir. On eut la complaisance de les réunir,
et je reconnus d'abord qu'il y avait parmi
eux deux tvpes bien prononcés : l'an Téri-
tablement slave et l'autre germain. Li forme
de la tête suffisait pour les distinguer. Quant
aux Autrichiens qui présentaient les carac-
tères slaves sans mélange, ils ressemblaient
parfaitement aux portraits aue j'avais bit
dessiner d'après les Slaves des autres na-
tions.
« Parmi les peuples slaves, i'ai déjà rangé
une partie de la population die la Hongrie.
En tant que j'ai pu le constater, il ma pra
qu'une large bande de ce territoire, qui rè-
gne sur presque toute la circonférence et s*é-
tend plus ou moins dans Tintérieur, est on
cupée par des Slaves, c'est-à-dire par un
peuple qui a le type que j'ai décrit, et qui
parle un dialecte slave. Le centre est prin-
cipalement habité par une nation dautia
langue est tout à fait différente^ qu'elle ap-
pelle Madgiar, et que nous désignons par le
nom Hongrois.
« Si cette distribution est exacte» il résul-
terait de là, sans consulter l'histoire, qu'un
peuple étranger est venu s'établir jiarmi dei
Slaves. Nous savons qu'avant les irruptions
des barbares , il y avait dans cette contrée
des Daces, etc. ; mais qui étaient-ils? on IV
gnore ; et pouiquoi ne seraient-ils pas de
cette race qu*on trouve encore dans le pays
et qui couvre la moitié de l'Europe? Je ne
le demande qu'en passant , sans discuter la
question, sans examen ultérieur.
« Mais quelle est cette nation ou cette réu-
nion dépeuples qui occupent principalement
le milieu de la Hongrie, qui s'appelle Mad-
giars et que nous nommons Hongrois?
. « Quant à moi que cette question regarde
sous le rapport du type, je m'en suis parti-
culièrement occupé, et je suis arrivé sur ce
point à des résultats qui m'ont beaucoup in-
téressé. Je vous dirai d'abord qu'une grande
partie de la population qui passe pour œad-
giare, où les descendants des anciens Hon-
grois, est de race slave. J'ai fait mes obser-
vations sur ceux dont le hongrois était la
langue maternelle, et j'en ai trouvé beau-
coup qui f tout en paraissant Hongrois ou
Madgiars par la parole, étaient réellement
d'origine slave par les traits. Les anciens
Madgiars ne parlaient certainement pas le
slave, et je ferai voir qu'ils n'eu avaient pas
les traits.
*c Autre preuve en faveur de ropinioa
émise plus haut, que des peuples slaves pos-
sédaient anciennement le pays. Ces Slaves of
lés aux Hongrois en auront adopté la langue;
une partie des Hongrois, par des croisements
disproportionnés suivant les principes qa«
nous avons exposés plus haut, aura peniu
son type. Ces Hongrois par leur asceoJaût
fi09
PHT
DANTHROPOLOGIE.
PUT
1210
poUtiqae ont perpétué leur langue; ces
Siaves par la prédominance de leur nombre
ont perpétué leurs traits.
m j ai longtemps cherché en vain parmi
ces troupes un ensemble de caractères phy-
siques, différents de ceux que j'avais obser-
Tés jusqu ici, et qui pût se rapporter soit
aux anciens Hongrois, soit à quelaue autre
peuple dont Thistoire nous apprena rétablis-
sement dans le pays. Je me rappelai enOn
ce que j'avais tu ailleurs, et ce que j'avais
appris d un savant Italien à Uilan, qui avait
voyagé dans toute la Hongrie. Il avait vu,
dans le centre, des Hongrois de petite taille
et d'une figure particulière, qu il regardait
comme les descendants des anciens conqué-
rants, soit Huns, soit Uadgiars. A Venise,
lorsque je visitai les bagnes, on me montra
des Hongrois parmi lesquels il y en avait un
au-dessous de la taille moyenne dont l'aspect
me fit une vive impression. Je nepus m em-
pêcher de m'écrier : Voilà un Hun 1 Vous
me pardonnerez cette exclamation précoce ;
vous verrez qu'elle n'était pas sans fonde-
ment. Ces souvenirs me mirent sur la voie.
« Après avoir fait au château de Milan les
observations dont je vous ai rendu compte,
comme je n'y avais guère vu que des grena-
diers ou des soldats de cette stature, je de-
mandai s'il n'y avait pas quelques Hongrois
de petite taille. On m en fit venir un, le seul
qu'il y eût ; et ie reconnus avec une vive
satisfaction qu'il avait le même caractère de
tête qui m'avait frappé à Venise, moins pro-
noncé à la vérité, mais tel qu'il n'v avait pas
à sy méprendre. Qn m'indiqua alors la ca-
serne de Saint-François où je trouverais un
êssez grand nombre de Hongrois de la taille
<pe je cherchais. Je m'y rendis aussitôt, et
I on eut la bonté de les réunir. L'occasion
était favorable pour juger de la fréquence
du type. Mon attente ne fut pas déçue, et je
vis avec plaisir que le même caractère plus
ou moins pur ou altéré, régnait parmi eux.
J'en choisis un, des environs de Debrezem ,
qui offrait les mêmes formes et proportions
que j*avais observées à Venise. Pendant que
le peintre était en train, un sous-officier vint
demander le soldat L'ordre me parut ex-
traordinaire; et ayant réussi à la fin à m'en
faire expliquer le motif, je trouvai qu'il avait
une apparence de raison. On me reprochait
d'avoir choisi, pour donner une idée de la
fi..^iire des Hongrois, l'individu le plus laid
et celui qu*on regardait comme une espèce
de monstre. 11 est vt*ai qu'il n'était pas beau ;
mais il présentait un type pur et je ne pou-
vais le laisser échapper. Heureusement j'a-
vais les moyens de me justifier. J'envoyai
aux officiers plusieurs portraits de beaux
Hongrois que j*avais fait dessiner au château
avec l'indication de leurs noms et du lieu de
leur naissance; j'ajoutai que j'avais choisi
(7il) c Celte comparaison bizarre a évidemment
rapport aa coaloor qui n^est pas régulièrement ar •
roodi.»
(742) f Les Huns étaient d^un brun foncé on d*un
îaone enfumé, car c*tst ainsi qu'il faut entendre ce
celui-ci, parce que je reconnaissais en lui
un descendant d un ancien peuple qui s'était
établi parmi eux. Cette raison |plut et sem-
bla bonne; elle Tétait en effet, et j'obtins la
permission d'adiever le portrait.
« Vous jugerez. Monsieur, par la descrip-
tion du type, s'il a un caractère prononcé et
s'il n'est pas de nature à laisser de fortes
traces, soit dans ses déviations naturelles,
soit dans les mélanges par croisement de
race.
« La tète est assez ronde, le front peu dé-
veloppé, bas et fuyant ; les yeux placés obli-
quement de manière que Fangle externe est
relevé ; le nez assez court et épaté, la bouche
saillante et les lèvres épaisses; le cou très-
fort, en sorte que le derrière de la tète par^t
aplati en formant presque une ligne droite
avec la nuque ; la barbe faible et rare, et la
taille petite. Vous concevez maintenant que
Texclamation qui m'échappa, quand je vis
une (pareille figure pour la première fois à
Venise, était en partie justifiée par les sou-
venirs oue la laideur de la personne et le
nom de la patrie devaient me rappeler.
« Cette raison sans doute ne suffit pas
Sour établir l'identité de ce type avec celui
es Huns ; mais j'en ai de si fortes qu'elles
ne sauraient laisser le moindre doute. Le
portrait que je vous ai tracé est d'après na-
ture ; je n'ai puisé aucun trait dans les livres ;
je ne les avais pas même consultés à cette
époque. Comparons maintenant, avec cette
description, celles que les anciens nous ont
données des Huns, et que M. Desmoulins a
pris la peine de réunir.
« Voici le portrait d'Attila par Priscus.
Sa taille était courte^ sa poitrine large, sa
tête démesurément grande, ses yeux petits
avec la barbe rare^ le nez épaté^X^ teint noir.
« Nous voyons dana Ammien-Marcelin un
trait de plus : les Huns vieillissent imberbes ;
tous ont les membres épais et robustes, le
cou gros. La description que Jornandès a
Cftite de ce peuple est presque complète. Les
Huns sont laiib, noirs, fiem«; leurs yeux sont
petits et de travers ; leur nez écrasé; leur
visage sans barbe ressemble à une tourte
difforme (741).
« Voilà des descriptions détaillées et pré-
cises, qui toutes d'ailleurs s'accordent par-
faitement. Comparez-les maintenant avec
celle que j'ai donnée d'un des types actuel-
lement existants en Hongrie. Elles pourront
être substituées à la peinture des Huns par
les anciens historiens ; et la manière dont ils
les représentent servirait à nous retracer, à
quelques nuances près, une race particulière
en Hongrie. Je n'ai pas parlé de leur teint
parce qu'il ne m'a point paru caractéristique,
et que les nuances de couleurs, souvent fu-
faces, se perpétuent difficilement comme je
ai indiqué plus haut (742j.
qii*on dit de leor teint. Qaant à la posse tête d'At-
tila, ce trait peut être individuel. Le Hongrois que
j'ai vu à Venise avait la télé on peu forte pour sa
laille, mais j'ignore si ce caractère est assez général
pour faire partie du type.i
1211
PlIY
ÔICTIONNAFRE
PHY
m
• t( Il est donc certain que les anciens Huns
avaient essentiellement le même type que
les Hongrois que j*ai décrits ; et a moins
qu'un autre peuple, a^ant les mêmes carac-
tères physiques, ne soit venu s'établir depuis
dans le pa^'s, il suit des faits précédents
au*une partie de la population actuelle de la
[ongrie est dérivée des Huns.
tf A rétablissement des Huns, qui eut lieu
au v siècle, succéda celui des Madgiars
dans le ix* ; et pour juger si ces deux peu-
ples avaient les mêmes caractères physiques,
il faut avoir recours aux principes que nous
avons établis dans la discussion générale au
commencement de cette lettre.
« Il faut donc savoir jusqu'à auel point le
type Hun, que nous venons de décrire, règne
(ians la population actuelle de la Hongrie qui
parle la langue madgiare. Mes observations
j>ersonnelles prouvent qu*il y existe et m'ont
fait présumer qu'il y est très-répandu, je ne
(lis pas dans sa pureté, mais plus ou moins
altéré ; de manière cependant que les traces
en soient très-visibles dans les mélanges. Le
témoignage de deux naturalistes distingués
m*cn donne l'assurance. En passant par
Cienève, je montrai ma collection de por-
traits à M. Decandolle, qui s'intéresse beau-
coup à cette branche d'histoire naturelle, et
qui s'en est toujours occupé dans ses voya-
ges ; après avoir parcouru les dessins c|ui
représentaient les peuples slaves, aussitôt
qu'il eut jeté les yeux sur la figure du petit
Hongrois qui m'avait servi de type, il la re-
connut et m'apprit qu'elle était commune
dans le pays. M. Beudant, comme vous savez,,
a fait un voyage minéralogique dans la Hon-
grie, et a porté son attention sur une foule
d'autres objets, parmi lesquels il n*a pas
négligé la considération des races ; il a aussi
reconnu le type que je lui ai montré comme
caractéristique des Hongrois propres ou Mad-
giars. Il ne me fit qu'une observation rela-
tivement à la courbure supérieure de la tête
?[u'il trouvait trop surbaissée mais qui n'af-
ècte nullement les caractères essentiels.
« Ce type, soit pur, soit altéré, est donc
trop répandu pour qu'on l'attribue unique-
ment aux Huns, d'après les principes que
nous avons posés précédemment. Car, quel-
que nombreux qu'ils aient été d'abord,
comme ensuite ils ont inondé l'Europe, s'ils
en ont été le fléau, ils ont eux-mêmes beau-
coup souffert ; et la chute de leur empire en
Hongrie, peu après la mort d'Attila, n'a pas
manqué de réduire encore beaucoup leur
nombre. On les a même dits exterminés à
cette époque ; mais nous savons eu général
à auoi nous en tenir sur ces exterminations.
Il faut donc que leur type ait été perpétué et
étendu par les Madgiars au ix* siècle.
« Continuons à puiser à la même source
pour y chercher de nouveaux rapports qui
nous dévoilent leur origine.
« La vive impression que fit sur les na-
(745) c Pour avoir «les caractères communs, tous
tes peuples, qui forment ainsi une grande famille,
D'en seraient pas moins susceptibles d*étre sous-
tions euvaiiies la figure des Huns ne proTc-
naii pas uniquement de son étrange laideur,
mais' aussi de ce qu'elle était tout à fait
étrangère à FEurope, et même aux peuples
alors connus de l'Asie. II n'est donc pis
étonnant que des traits aussi fortement pro-
noncés et distinctifs aient été dépeints par
les historiens du temps avec la même préci-
sion que l'auraient fait des naturalistes mo-
denies. Vous avez été frappé de l'exacte res*
bemblanoe du portrait qu ils ont tracé de ces
peuples anciens avec la description aue je
vous ai donnée d'une partie de la popuiation
actuelle de la Hongrie : mais la ressemblance
ne se borne nas là ; elle s'étend à d'autres
nations très-éloignées et n'est pas moins
parfaite.
« Vous l'aurez déjà reconnue, quoique
vous ne vous occupiez pas spécialement de
ces questions. Car qui peut ignorer ce ca-
ractère de tête qui appartient a une grande
partie du genre humain et au'on a désigné
par le nom de type mongol? L'identité est
évidente, et, pour être sentie, n'exige point
le tact d'un naturaliste. Je n'ai donc pas
besoin d'invoquer le grand nom de Pallas,
qui a reconnu, dans la description des Huns
par les anciens, les caractères de la race
mongole; ni de vous citer M. Desmoulins
3ui, en faisant la même comparaison, a jugé
e même.
« La similitude établie, il faut en tirer
parti ; et voici d'après quels nouveaux bits
et quelles considérations nouvelles.
« Vous savez que le type mongol n'appar-
tient pas seulement à la nation de ce nom,
mais a une foule d'autres de l'orient de l'Asie.
Il y est tellement répanda, que, d'après toas
les renseignements que j'ai pu me procurer»
il règne dans presque toute la moitié orien-
tale de cette partie du monde. Si vous coa-
pez l'Asie par une ligne verticale qui passe
entre les deux péninsules indiennes à ren-
bouchure du Gange, vous la partaj^rez eo
deux parties presque égales ; et ces deai
moitiés ne contrastent pas plus par leur po-
sition que par la configuration des peuples
qui les nabitent.La moitié orientale présente
presque partout une empreinte commune
dans la rondeur plus ou moins marquée
de la tête, dans le front peu développé et
fuyant, le nez épaté, les pommettes saillautest
la bouche un peu avancée, les lèvres assez
épaisses > le menton peu fourni de poili
et la taille moyenne ou petite (743).
« L'autre moitié, dans sa grande génén-
lité, offre un ensemble de traits qui lei>'
donne un air de famille avec les habitantsdi
l'Europe ; ce qui me dispense de les ît-
peindre.
ff Dans cette division des contrées et oe^
{peuples de l'Asie, je ne prétends pas qucu
i^ne imaginaire que nous avons tracée
separe.complétemenî ces deux grandes fi;
milles du genre hi.tr ain. En la dépassant t
divisés en groupes d'stincU. Je n'ai V»^
d'ajouter que ce type «^éral n'est pas le Kvl q>^
. observe dans l'Asie or^seule. a
IÎ13
PUT
D*ANTUR0P0L0G1£.
PUT
HU
rOocîdeot, Qous trouTOOs de proche en pro-
che quelques peuj^es absolument sembla-
bles à œuï qui habitent la moitié orientale ;
et nous en trouTons de pareils à mesure que
nous avançons jusqu'aux limites de TAsieet
au delà. Mais leur nombre est si petit rela-
tîTement à la masse de la population si difK-
rente qui les entoure , ils ressemblent si
parfaitement aux habitants de Test, ils for*
ment une chaîne si peu interrompue aTCC
cette Taste région, que dans notre esprit
nous les j rapportons comme à leur berceau.
Cette induction, tirée de Thistoire naturelle,
est complètement confirmée par les récits his-
toriques et la comparaison des langues, qui
font remonter à la même source tous les
peuples à la figure mongole répandus dans
TAsie occidentale, et au delà dans les par-
ties limitrophes de TEurope. 11 j a donc
certitude gue toutes ces irradiations dans
TAsie occidentale et la Russie partent du
même foyer. Maintenant que dirons-nous en
faisant un pas de plus, et en voyant les
mêmes traits généraux chez une partie des
habitants de Ta Hongrie? Cette similitude,
diaprés Tanalogie des faits précédents , ne
suffit-elle pas pour leur attribuer la même
origine, sans consulter ni leur langue, ni
leurs traditions, ni Thistoire? Ce genre d*in-*
duction ne peut aller au delà ; il ne saurait
nous faire découvrir ni la date de Témi^ra-
lion de leurs ancêtres, ni les régions qu'ils
ont habitées ou parcourues, ni les vicissi-
tudes de leur sort avant leur établissement
dans la Hongrie. D*autres sciences pourront
seules nous rapprendre.
« Le fond de leur langue, d*après les sa-
vants versés dans la linguistique, est finnois;
mais le caractère physique des véritables
Finnois n'est pas le même :'et quand il le
serait, n*aurioiis-nous pas toujours les mêmes
raisons pour les rapporter à la même ori-
gine éloignée ?
€ Les comparaisons respectives des traits
et des idiomes donnent à la vérité des indi-
cations différentes, mais non pas contradic-
toires. Si la première nous apprend que les
ancêtres d*une partie de la population ac-
tuelle de la Hon^e sont primitivement
▼enusde TAsie orientale, la seconde nous
démontre qu*ils ont eu des rapports intimes
avec les peuples finnois, dont ils ont adopté
la langue avant de se fixer en Hongrie.
« L'histoire répand-elle quelque lueur sur
cette origine et sur ces rapports subséquents ?
Il n*en serait rien qu'il laudrait encore les
adopter; mais, vous le sa^ez, elle s'est oc-
cupée de cette grande question ; et par ses
propres lumières elle découvre la même
origine et les mêmes communications. L'en-
treprise était difficile et hasardeuse. De Gui-
gnes traitant des peuples de l'Asie orientale,
nous montre le5 Ëioung-nou dans leur siège
primitif, durant leurs progrès et leur déca-
dence, les suit dans leurs émigrations et
leurs rapports avec les peuples finnois et les
reconnaît dans les Huns qui viennent fondre
sur la Hongrie.
« Voilà donc lliistoire qui de son côté
nous indique les régions orientales de TAsie
comme le berceau a un peuple qui s'est éta-
bli dans la Hongrie, et les Fùanois comme
ayant eu des relations intimes avec ses an-
cêtres. Ainsi elle s'accorde d'une part avec
les données de la physiologie quant à leur
origine, et avec le résultat de la comparai-
son des langues quant à leurs relations avec
les Finnois.
« Si rhistoire, en s'appuyant sur les do-
cuments qui lui sont propres, procédait teu-
iours avec certitude dans la recherche de
l'origine et de la filiation des peuples, il
serait inutile d'avoir recours à a'autres
sciences pour Téclairer. Mais elle ne saurait
toujours remonter si haut sans risquer sou-
vent de s'égarer ; et si des preuves nouvelles,
puisées à des sources étrangères, ne venaient
pas fortifier ses conclusions, elles demeure-
raient souvent douteuses. Les recherches
de De Guignes relatives aux Huns sont de
cette nature. D'abord, elles avaient été adop-
tées avec confiance ; puis, à mesure que la
critique historique s'est perfectionnée, elles
ont paru incertaines. M. Abel Rémusat, dont
l'autorité est du plus ^and poids, s'exprime
ainsi à l'égard de l'opinion de De Guignes :
m On peut assurément la soutenir; mais elle
est sujette à d'assez grandes difficultés, et
la matière demande de nouveaux éclaircisse-
ments (744).
« C'est précisément ce qui donne de l'in-
térêt à nos recherches. Si de Guides, par-
tant de la Tartarie orientale, croit toujours
reconnaître un même peuple dans ses cour^
ses lointaines et ses communications avec
les Finnois, et le suit jusque dans la Hon-
grie ; d'autre part en observant une partie
de la population actuelle de la Hongrie, qui
Sdrie une langue finnoise, je reconnais,
'après les caractères distinctifs et pronon-
cés de la race , que lears ancêtres étaient
originaires de l'Asie orientale.
« Mais je vais plus loin : je trouve que
ce type est trop répandu pour l'attribuer
uniquement aux descendants des Huns, et
qu'il devait leur être commun avec les an-
ciens Madgiars, peuple qui parle une lan^e
finnoise et s'est fixé en Hongrie quatre siè-
cles plus tard. J'établis ainsi une filiation
entre les Huns et les Madgiars.
« Or, suivant les traditions des Madgiars,
leur chef Arpad, qui les conduisit en Hon-
grie, descendait d'Attila. Ainsi la tradition
se trouve confirmée par des considérations
tirées des caractères physiques. Ajoutons
que les époipies où ces deux princes ont
vécu sont si rapprochées que la tradition
considérée en elle-même ne peut guère man-
quer d'être vraie.
« Quant au type finnois proprement dit ,
il est probable qu'il existe aussi dans la
même population; mais ce type n a pas en-
4714) Retherc'ies iur Ut Ungun tûrtaret^ t. 1*', p. 938, nol« 3.
1215
PHY
DICTIONNAIRE
PIIY
m
core été bien dépeint et je n*ai pas eu l'oc-
casion de le reconuattre.
« La comparaison des langues, pour par-
Yenir à leur classification , a donné nais-
sance dans ces derniers temps, à une science
que les Allemands ont fondée et qu'ils ont
nommée linguistique. Vous en connaissez
l'importance pour la solution d'une foule
de questions nistoriques, et vous vous en
êtes servi avec avantage. Le physiologiste
doit s'y intéresser aussi, parce qu'elle lui
présente de grands problèmes à méditer et
.qu'elle lui sert de guide dans la recher-
cne delà filiation des peuples; et, quoi-
que la filiation des langues ne coïncide pas
toujours avec la similitude des races, elles
s'accordent souvent et dans une grande
étendue.
. ff Dans la comparaison des langues on
considère presqu'exclusivement le matériel
des mots , dontna réunion forme le vocabu-
laire ; la manière de les employer, objet de
la grammaire; et le génie des langues, ex-
pression qui indique des rapports trop va-
gues et trop peu approfondis pour que j'en-
treprenne de les définir.
« La prononciation n'a pas été entière-
ment négligée, mais ou ne 5*en est pas assez
occupé. Comme elle est à guelaues égards
du domaine de la physioIo{|[ie , elle pouvait
me fournir des considérations liées à mon
sujet. Aussi ne l'ai-ie pas perdue de vue
dans l'étude des peuples ; et j'ai été conduit
!)àr là à des remarques qui ne sont peut-
ïtre pas sans intérêt.
<c Partons de ce qui est bien connu. Un
homme fait peut parvenir à parler correcte-
ment une langue étrangère; mais il ne réus-
sira pas de même à la prononcer. Il n'em-
ploiera que les mots du pays ; il se confor-
mera à fa grammaire, et qui plus est à l'u-
sage ; enfin son style sera pur; mais il ne
reproduira pas la pureté des sons. Indigène
par la phrase, il paraîtra étranger par T'ac-
cent. Tout en se servant des mots et de la
tournure d'une autre langue, il conservera
quelque chose de l'intonation de la sienne ,
soit en élevant la voix sur une syllabe
plutôt que sur une autre , soit en substi-
tuant à des sons dont il n'a pas l'habitude
ou difficiles à imiter, ceux qui lui sont
familiers. Ainsi, voulût-il renoncer à sa
langue maternelle , ne la parler jamais et
même l'oublier, il en conserverait presque
toujours des traces ineffaçables dans les in-
flexions de sa voix ; et ce caractère indélé-
bile servirait à trahir son origine s'il voulait
la cacher, en sorte que de tous les moyens
de reconnaître un étranger, c'est le plus
universel et le plus sûr. A ne considérer
qu'un homme en particulier, nous voyons
que quelque chose de l'accent et de la pro-
nonciation survit aux mots et aux locutions
de sa langue. En sera-t-il de même d'une
• nation? è plus forte raison. L'individu peut
multiplier à l'infini ses rapports avec ceux
dont ri veut apprendre l'idiome et se former
à l'imitationMes sons; mais non pas tout un
pf'uplc.
ft Des étrangers, ordinairement en petit
nombre, lui imposent une langue nourelle,
et les communications directes sont trop ra-
res pour qu'il l'apprenne et la transmette
entière et parfaite. Elle est mutilée dans les
mots, dans les liaisons, dans la pronon-
ciation. Sous ce dernier rapport, le peu-
ple fait, en adoptant une langue étrangère
et vivante , à peu près ce que nous faisons
en parlant ou en lisant une langue morte;
chacun la prononce à sa manière, et nous
sommes alors par la voix aussi complète-
ment Anglais, Français, Allemands, Italiens
ou Espagnols , que si nous parlions notre
langue maternelle.
a Le peuple qui aura changé de langue
transmettra donc en partie à ses descen-
dants son accent et sa prononciation primi-
tive; et, quoique tout s'altère à la longue »
nous ne voyons pas de raison pour ou'il
n'en subsiste pas de traces évidentes aans
le nouvel idiome, pendant des siècles. Ces
traces ne sont pas les mêmes partout chei
le même peuple ; mais , partout où il en
subsiste, elles servent à nous indiquer la
même origine.
« Je dois au célèbre Mezzofante, queju
eu l'occasion de voir à Bologne, un exem-
ple de ce que j'avance ; et je me plais à le
rappeler ici à plus d'un titre. Vous y terrex
d'ailleurs une singulière confirmation de
ce que j'ai déduit de sources bien différentes
touchant les Bretons d'Angleterre.
a S'il est quelque caractère qui distingue
l'anglais des autres langues modernes de
l'Europe, c'est l'extrême irrégularité de sa
prononciation. Ailleurs, quand on peut pro-
noncer les sons fondamentaux, on parvient
à laide de quelques règles à tout prononcer
assez correctement, même sans y rien com-
prendre. En anglais on ne sait prononcer
que quand on sait là langue.
« Mezzofante, en me parlant du gallois,
y rapporta l'origine de ce caractère parti-
culier de la langue anglaise. Je n'avais pas
besoin de lui demander par quelle filière :
je savais comme lui que les Anglais ne IV
vaient pu emprunter aux Gallois, et que
les Bretons, avant l'invasion des Saxons,
parlaient la même langue. Ainsi il m'a
donné de lui-même, et sans que ie la cher-
chasse, une nouvelle preuve tout a fait indé-
pendante des raisons qui m'avaient déjà
persuadé, que les Bretons n'avaient pas
cessé d'exister en Angleterre malgré la con-
quête des Saxons.
a On les avait crus éteints depuis tant de
siècles, et il reconnaît leurs aesceodants,
pour ainsi dire, au son de la voix; je lésai
reconnus à leurs traits; oue manquerait-il
à leur idendité?
< Il est à regretter que cet homme, (pu
surpasse tous les autres par sa prodigieuse
connaissance des langues, se borne à mon-
trer son savoir, et cache sa science. Ce n'eiî
pas à son étonnante mémoire et à une afti*
tude, pour ainsi dire, innée, pour releDjr
les mots et leur combinaison, (ïu^îJ ^^^^ "
facilité avec laquelle il se rend niaîlrf ^
fii7
PHY
D'ANTHROPOLOGIE.
PIIY
lilS
tous ces idiomes; mais à on esprit émi-
nemmeot analytique, qui pénètre prompte-
ment leur eénie, et se les approprie. Je tiens
de lui qu^ii les apprend en étudiant Tesprit
plus crue la lettre. Que sayons-nous du gé-
nie oes lances? ^sque rien. Hais s'il
communiquait au monde le fhiit de ses
obsenrations , on Terrait naître une science
nourelle.
« Nous Toyons d*après cette autorité
respectable quelle influence peut eiereer
sur la prononciation actuelle une langue
aneiennement éteinte; et ^ue ces modula-
tionsy qui semliFent si périssables et si fu-
gaces, ont une durée et une fixité que n*ont
pas toujours les monuments les plus solides.
« Les observations qae j*ai eu occasion
de faire sur les dialectes de Tltalie, tous
fourniront un autre axemple.
« Le génois (7^5), le piemontais, le mila-
nais, le brescian sont des dialectes parlés
dans le nord de ritalie sur les lieux même
occupés jadis par les Gaulois; mais ces
idiomes, quelques différences qu'il y ait
entre eux, ont des caractères communs qui
les font contraster surtout aTCcles dialectes
du midi. N'attribuerons-nous pas d'abord
ce qu'ils ont ainsi de commun et de carac-
téristique à ce qui leur est resté de leur
langue primitÎTe? Sans remonter à cette
source, nous pouvons nous eu assurer par
une Toie plus facile.
4 Les Gaulois établis des deux cAtés des
Alpes, en renonçant à leur langue pour
adopter le latin , ont dû le modifier plus ou
nioms de la même manière, d'après les
mêmes dispositions naturelles ou acquises,
ronformément au principe que nous avons
établi.
c Nous allons les comparer de part et
d'autre, d'abord sous le rapport de Taccent,
caractère tellement important pour celui
qui sait l'apprécier qu on dénature singu-
lièrement une langue quand on en change
Taccen tuât ion.
c Les Français, du moins les Parisiens,
£ rétendent qu'ils n'ont pas d'accent, c*est-
-dire qu'ils n'élèvent pas le ton de la voii
plutAt sur une syllabe que sur une autre ;
«ar nous n'employons pas ici ce terme dans
le sens vague, qu on lui donne trop souvent,
de prononciation ; mais ils ont un véritable
accent, seulement il est de bon ton de ne le
pas faire trop sentir. 11 est en général placé
sur la dernière syllabe, les gens du peuple
élèvent alors le ton d'une manière tres-
oiarquée, et surtout les habitants de la
campagne dans presque toute la France.
Jjos vrais Italiens, au contraire, rejettent
l^accent sur la pénultième; et la voyelle
rei>résente ainsi les désinences variables du
latin. Les Français, terminant leurs mots
là où ils placent l'accent, les ont plus
raccourcis; et telle est la tendance de la
langue, même dans les paroles où une syl-
labe finale suit l'accent; car elle est plutôt
figurée que prononcée, et c'est à juste titre
qu'on l'a appelée muette.
« Si les Gaulois transalpins ont donné ce
caractère à leur dialecte latin], il en est de
même de leurs compatriotes cisalpins qui
l'ont porté peut-être plus loin. La manière
dont ils abréeent les mots latins, en mettant
l'accent sur la dernière syllal>e, faisait mon
désespoir en entrant en Italie par le Pié-
mont. Les mots qui d'ailleurs m'étaient
très -familiers y sont tellement tronqués
qu'ils disi^araissent sans me laisser le tciii|is
de les reconnaître.
« Comme l'accent est de toutes les modi-
fications d'une langue celle qu'en général on
remarque le moins malgré son importance,
nous passerons à d'autres qui présentent
des rapi^rts plus manifestes pour tout le
monde, il y a plusieurs sons dans le fran-
çais oui le distinguent spécialement du vé-
ritable italien. De ce nombre est Yu français.
Vous savez la difficulté que les Italiens du
midi ont à le prononcer; c'est gu'il n'existe
1>as dans leur langue. Il pourrait servir à les
aire reconnaître comme jadis le shiboleth
ûes Juifs pour distinguer les étrangers. £h
bien 1 cette prononciation de la Gaule trar^
salpine se reproduit dans la Gaule cisalpine,
depuis les Alpes occidentales jusqu'au Min -
cio, dans les dialectes génois, piémontais,
milanais, brescian, etc. 11 y a plus; ils ont
aussi le son français eu représenté par les
mêmes lettres, son plus diflicile encore pour
un Italien que Yu. Il est très-commun dans
ces idiomes; et il arrive souvent que les mots
où il se trouve sont d'ailleurs modifiés de
la même manière, comme feu, peu, nerj, etc.
Certes, si l'on ne pensait pas à l'origine de
ces peuples, on pourrait aire qu'ils ont em-
t>runté tes mots et les sons. Mais pourquoi
es emprunter s'ils étaient aussi gaulois?
En adoptant le latin, les Gaulois en deçà
et au delà des Alpes l'ont modifié d'après
iHe^ dispositions communes, ou, si l'on veut,
d'après les mêmes principes.
« Une autre particularité de la prononcia-
tion française, au moins à l'ésard de l'ita-
lien , se trouve dans la rariété et la fré-
quence des sons cpi'on a appelés royff/fâ na-
âo/ff. Les Italiens qui halutent au-dessous
des Apennins n'en ont pas. Elles abondent
en français ; et par analogie nous pouvons
nous attendre à les retrouver dans les dia-
lectes de la Gaule cisalpine; elles y sont en
effet très-communes.
« Les faits que je viens de rapporter ne
sont pas les seuls (]uc j'aie recueillis ; mais,
comme ils suffisent pour établir la rérité
générale, je n'ai pas besoin de citer les
autres.
« Je ne puis quitter l'Italie sans vous par-
ler d'une peuplade dont on prétend que les
ancêtres ont joué un grand rAle dans l'his-
toire, et qui vous intéressent particulière-
ment. Dans les montagnes du Vusentin et du
Véronais se trouve une population étran-
' (745) c Comae, s«ivaM voos, les Gaulois étaient mêlés au ligues, je range ici ieors dêscaidanta-
les Cesois. »
IS!9
?m
DICTIONNAIRE
PUT
m
gère. On la regarde comme un reste des
éimbres vaincus par Marius ; on rappelle
même de ce nom, ou de celui d*habitants
des sept ou des treize communes, suivant la
province où elles sont situées. Sous tous les
rapports, je devais être curieux de les con-
naître; je me proposai de les visiter, si je le
trouvais, ou du moins de me procurer à
eur égard tous les renseignements les plus
«xacts. On dit qu'un nrince de Danemark
les a été voir et qu'il les a reconnus pour
ses compatriotes. Si réellement ils parlent
un dialecte danois et qu'ils soient les des-
cendants des Cimbres de Marius, leur affi-
nité avec les Gaulois que vous appelez Kim-
ris ne pourrait guère subsister, a moins de
supposer que déjà du temps de Marius ils
avaient changé de langue ; et cette supposi-
tion, je pense, ne vous conviendrait pas.
Avant d'approcher des cantons qu'ils habi-
tent, Je m'étais déjà convaincu ou'ils ne
pouvaient, même dans cette hypothèse, pro-
venir de la Chersonèse cimbrigue. A Bo-
lozne, Mezzofante m'avait fait voir un échan-»
tillon de leur langue, l'Oraison dominicale :
cet idiome, loin d'être danois, est de l'alle-
mand tellement facile et intelligible, qu'il
n y avait pas un mot que je ne comprisse
de suite. Lorsque j'arrivai a Vicence et en-
suite è Vérone, la saison n'était nullement
favorable à un voyage dans les montagnes.
Les glaces, les neiges et les mauvais che-
mins me l'interdisaient. Le jeune comte
Orti, de Vérone, eut la bonté d'y suppléer en
partie, en me faisant chercher dans la ville
quelques-uns de ces montagnards qui y
viennent fréquemment. J'eus donc la satis-
faction de les voir et de les entendre parler,
mais, si je ne pouvais me permettre de tirer
aucune conclusion des traits de leur flgure
à cause du i>etit nombre d'individus, je pou-
vais au moins juger de la nature de leur
langue.1
« Je parlais à Tun d'eux en allemand ; il
me répondait dans sa langue, et nous nous
comprenions parfaitement. Je m'assurai
ainsi ique leur idiome est de l'allemand, et
qu'il n'appartient nullement aux dialectes
Scandinaves.
« Il suffisait donc des considérations ti-
rées de la comparaison des langues pour me
convaincre que ces montagnards n'étaient
pas un reste des Cimbres de Marius. J'igno-
rais alors les richesses historiques que le
comte Giovanelli venait de publier sur ces
prétendus Cimbres. Le comte Orti eut la
bonté de me les communiquer, et le docteur
Labus dans la suite m'en procura un exem-
plaire. Le comte Giovanelli, conduit par des
raisons semblables à cellesque je viensaexpo-
ser, et par d'autres que je supprime, chercha
dans les auteurs qui ont écrit à l'époque de
la décadence ou de la chute de l'empire Ro-
main, les traces d*un peuple allemand qui
(7i6) duidquod a le ÂlUmanma generaliioi intra
ItaUmUrmbioê êine deirimento Honumm poêutnonU
inetuM «If, eut êtemt kùbere regem^ poêUfWim tmnuc
pêfdidi$ê$é Facta cil Latùdi$ cmloi imperii^ Mêmper
se serait établi dans ces régions avam liu-
vasion des^Lombards.
ff II y trouva des documents authentiques
et précis qui font connaître l'événement, et
en constatent l'époque, les circonstances et
la cause. Ennodius, dans son panégyrique
de Théodoric, roi des Ostrogoths, en Italie,
lui'adresse ces paroles (7i6) : « Tu as reçu
« les Allemands dans les confltis de ritalie,
« et tu les y a fixés sans porter préjudice
«c aux Romains, propriétaires du sol. Ainsice
« peuple s'est trouvé avoir un roi, à la place
« de celui qu'il avait mérité de perdre. Il
« est devenu le gardien de l'empire latin,
« dont il avait tant de fois envahi lesfron-
« tières; il a été heureux d'avoir fui sa pa-
ie trie, puisqu'il en a trouvé une plus riche
« et plus fertile. »
« Une lettre de Théodoric, roi dlwlie,
écrite par Cassiodcre, et adressée à Clovis,
roi des Franks, explique la cause et les cir-
constances de ces événements (747) : « Voire
« main victorieuse a soumis les peuples
« allemands abattus par des causes puissao-
< tes, etc. ; mais cessez de poursuivre ces
« restes malheureux, car ils méritent leur
« grâce, puisqu'ils ont cherché un asile
« sous la protection de vos parents. Sovei
<i clément pour ceux qui, dans leur fraje'ur,
c se sont cachés dans nos confins, etc. Qu'il
« vous suffise que leur roi soit tombé, et
a avec lui l'orgueil de son peuple. »
« D'après ces renseignements formels,
vous voyez que ces prétendus Cimbres sont
des (lermains du midi appartenant à la con-
fédération des Allemands, dont le nom fut
ensuite étendu à tous les peuples de la Ger-
manie. Ainsi disparatt une lorte objection
qu'on pourrait élever contre la parenté oue
vous avez reconnue entre les Cimbres elles
Kimris.
h « D'ailleurs, mes observations sur les ca-
ractères physiques des peuples n'ont aucun
rapport avec cette partie de votre Uistoin^
et en sont entièrement indépendantes.
<K En établissant que les types étaient trans-
missibles , en faisant voir que les peuples
3ue j'ai eu occasion d'étudier enaTaieot
e caractéristiques, en remontant ainsi à
leur origine daiys les temps historiques, et
en comparant les résultats de ces recnérches
avec les données de l'histoire, j*ai rempli !es
engagements que j'avais pris en commen-
çant cette lettre, ainsi que les indications du
litre. J'ai posé les principes; j'en ai fait Vap-
plication à des peuples qui occupent la plus
grande partie de l'Europe; je nai rien né-
gligé pour m'assurer de la vérité; je nai
tranché ni dogmatisé sur rien; j'y ai mis
toute la réserve que devaient m'inspireret
la nouveauté et la difficulté du sujet. Aussi
j'ose espérer que vous partagerez maconTi^
tion, et que vous ne serez pas le seul qui r
prenne quelque intérêt. J'aurais pu m'éten-
RMlremm p&puiaiwne f roMolo. Cm feIkUer ca-
itf fujfiêêe patrUm $uam, nom rie adeptu ei^ m^
9UȔri apulentiam,
(747) Cassiodoei, f «r., i, l4-4t.
IttI
pfff
DXVTHROPOLOGIC.
Pdf
l»S
dre daT«n(age en muIlipUant les preuves;
mais l'éndence n*y gagne pas toujours ; sur-
tout je devais ménager le temps de mes
lecteurs. Une si grande variété aobjets at-
tire et partage leur attention, il faut être
c^ort SI Ton veut être lu. C*est pourquoi
j*ai dierché les raisons les plus fortes en
a jant soin que la concision ne nuisit pas à
la clarté. Si donc j*ai traité une foule de
questions dans un court espace, vous ne me
reprocherez pas de les avoir touchées l^è-
remeot.
c Quant aux applications possibles, eUes
sonttropnombreusespour qu unseolbomme
poisse y suffire dans létat actuel de nos con-
naissances. Je me suis borné à celles dont je
pouvais répondre. Les matériaux manquent
même pour compléter l'esquisse des peu-
ples de l'Europe. Que de problèmes intéres-
sants à résoudre dans Tetude des peuples
germaniques qui s'étendent depuis les Alpes
jusque dans la Scandinavie, et auxquels nous
devons tant d^éléments de fa civilisation
moderne. Quel intérêt doit inspirer une con-
naissance plus exacte des peuples que Ton
commence à nommer Ibères, du nom de
lenrs ancêtres, et qui sont répandus dans le
raidi de la France et dans la péninsule 1
Déjà Texamen critique des langues, et les
recherches historiques foumissent^des do-
cuments précieux; mais la détermination
des divers tvpes qui caractérisent chacune
de ces fiunifles européennes n'a pas encore
été tentée. Ici, comme chez d'autres peu*
pies, il n*y a pas un type unique, mais plu-
sieurs. Ten ai assez vu pour pouvoir Fimr-
mer avec certitude, mais pas assez pour re-
connaître les principaux groupes et les
considérer dans leurs rapports avec l*his-
toire. Le type des Basques mêmes n'est pas
décrit; ce peuple dont un savant d'un nom
illustre a lait connaître la haute antiquité et
la pr^ominancedansUanciennelbérie (748);
que vous avez fait paraître dans l'histoire,
et sur lequel les travaux de M. Fauriel ré-
pandront un nouvel éclat.
€ On peut espérer de voir bientôt remplir
ces lacunes; car ces peuples sont peu éioi-
enés, et touchent presque de toutes parts à
la France. Encore faut-il les» visiter, les étu-
dier avec soin, ne pas se contenter d'une vue
superficielle.
« Nous connaissons mieux nos antipodes
qne nos vuisins ; les peuples sauvages que
les peuples les plus anciennement policés;
creux qui n'ont aucun document historique
que les nations qui ont répandu sur elles-
(74S) Reckerehes $mr le$ anciens kabitanU de PEs-
pagne, au moffen de la langue basque, par G. M Hch-
•OL»T ; Berlin, 1821.
(749) c M. Lessoo, qui a Hilt partie de rexpédltion
de Deperrey, vieat depobiier le résultat de ses ob-
flervaikNis sur les habdanU des Iles de rocéan Pa-
cifique et d*uiie partie de la côte occidenule dé
rAmérique. le puis vous le citer comme on exem-
ple ëe resprit dans kood des svjeu de cette oatare
d^Mveni are traités. DiitinctioB de racet ciiei des
penfOes 4|«i occopent le méiBe wdk, oamparaison de
la.*2fui»s, de caractères, de monits, d'osaget, d*iii-
mémes et sur les autres les lumières de
rhistoire.
« Les savants qui ont fait partie des der-
niers voyages de découvertes ont donné une
attention particulière à ce genre d*observa-
tions; et grâce à leurs travaux les habitants
des lies nombreuses de la mer Pacificpje
sont maintenant mieux connus que ceux
de presque toutes les autres parties du
monde (7^9). Mais il est sans doute autant
de l'intérêt des sciences d'acquérir des no-
tions plus exactes sur les contrées et les na-
tions célèbres de Tancien continent, que de
parcourir les mers, d'explorer les «es, et
d'étudier les peuplades du nouveau monde.
c Deux expéditions de savants sont parties
pour l'Egypte et la Grèce.
« Si mes souvenirs sont fidèles, le tom-
beau du roi d'Egypte, dont je vous ai déjà
parlé, offre la preuve de deux types très-
distincts chez les anciens Egyptiens; celui
(Tui est à remarquer dans les personnages
du peuple et celui que l'on voit aux
fibres des grands. On assure que ce der-
nier, le seul dont on se soit occupé,
existe parmi les Kophtes. L'autre sans doute
s'y trouve aussi ; mais je soumettrai la ques-
tion aux savants qui peuvent l'examiner
sur les lieux. La comparaison de ces types
avec celix qui se trouvent dans l'Egypte,
soit parmi les Kophtes, soit parmi les -Fel-
lahs , dans la Kulûe , dans l'Abyssinie et
peut-être dans l'Arabie dont la population
ne me parait pas non plus formée sur un
modèle unique, pourra conduire à la solu-
tion de hautes questions.
« L'antre expédition, destinée à la Horée,
n'aura peut-être pas un espace sufiisant pour
distinguer avec certitude dans la population
actuelle les descendants des Pelasses et des
Hellènes. 11 n'est pas présumable que les
premiers aient été exterminés ou expulsés
de toutes les parties de la Grèce. Déjà Malte*
brun, soit par ses propres lumières, soit par
celles qu'il a empruntées , a cm en recon-
naître les traces dans les langues qu'on y
parle encore.
tf Peut-être que dans cette occasion on
dans les relations plus étendues oui auront
lieu après le retour de la paix, 1 étude ap-
profondie des types, éclairée par une saine
critique, rétablira parmi les f irecs modernes
l'ancienne distinction desFélasges etdes Hel-
lènes, comme nous avons rétabli celle des
Galles et des Rimris chez les peuples gau-
lois d'aiypurd'hui.
« Enattendant je puis vous fournir des rcn-
dustrie, de connaissances ; toot y est trailé afcc
discrétion et diseemement, et Ton y troare des in-
dîcatîoas de rapports avec les peaples da coslinent
de TAsie, qai semblent deroir conduire un jour,
lorsqu'elles seront plus multipliées et plus précises,
à des résidtau importants qui suppléeront au silence
de rhistoire.
c M. Denis Vest lirré à des recherches très-éten-
dues et très-cnrieases sur la poésie des peuples sau-
▼afcs , qui fourniront des malérianx intéressams
pour rhistoire naturelle de rbomme. »
I^i7
PIIY
DICTIONNAIRE.
put
m
*;eureitislence dans une certaine durée limi-
mitée, et non dans tous les siècles; je me
suis contenté*de ce que ie pouvais savoir ;
je n*âi pas été au delà. 11 est évident que les
teits et les considér&dons que j'ai présentés
ne tendent pas à établir leur constance inal-
<»éraJ)le; puisque j'ai indiqué des conditions
oCÏ Us continuent à subsister, et d'autres où
ils se dénaturent. Mon suiet ainsi circons-
crit laisse, au de là de ses limites, le champ
libre à toutes les opinions.
« En donnant à une réunion de caractères
bien déterminés la dénomination de type,
mot qui a le même sens dans le langage or-
dinaire et dans l'histoire naturelle, j'évite
toute discussion relative au rang qu'occu-
perait le croupe qu'il caractériserait dans
une classihration générale, puisqu'il con-
vient également à toutes les distinctions de
variété, de race, de famille, d'espèce, de genre
et d'autres plus générales encore.
« Lorsque je parle de types primitifs,
j'emploie des expressions relatives aux au-
tres formes do la population. Us sont purs
ou primitifs lorsau'il est évident qu'ils ne
proviennent pas d'un croisement avec d'au-
tres c^u'on y observe. Je n'y attache pas une
signihcation plus étendue.
« On les détermine en cherchant les figu-
res qui diffèrent le plus entre elles, et en
remarquant si elles se reproduisent assez
souvent pour constituer des groupes plus ou
moins considérables, suivant l'étendue de la
population. Leur présence sur le même sol
produit des croisements multipliés, dans le-
(juels on pourra reconnaître les éléments
qui les composent, lorsqu'ils sont peu nom-
breux.
« Il est vrai que deux races suffisent pour
produire une infinité de nuances intermé-
diaires. L'observateur qui n'est pas prévenu
ne sait où arrêter ses regards; et son es-
prit , rebuté par des variétés sans cesse
renaissantes, croit qu'il n'y a rien de cons-
tant, rien de fixe, rien de déterminé, surtout
s'il les voit régner dans une grande partie
de la population ; car il peut arriver, et il
arrive en effet souvent, que les races croisées
prédominent; et les individus de races pures
qui s'y mêlent nelui paraissent quedes diver-
sités de plus qui ajoutent à l'inextricable
confusion.
« Elle disparaît, au contraire, et le chaos
se débrouille, si l'on cherche les diversités
extrêmes. Quand on les a saisies, on les voit
se reproduire fréquemment avec des carac-
tères constants. Les deux groupes qu'elles
constituent s'étendent à mesure que les ob-
servations se multiplient ; et plus les formes
qui les distinguent contrastent entre elles,
plus on est assuré qu'elles sont primitives,
Après être ainsi remonté aux t^pes élémen-
taires, on parvient aux derniers degrés de
certitude en suivant leurs traoes dans la va-
riété de nuances qui résulte de leur fusion.
« Nous avons dit que les races croisées
wuvaient prédominer. Il se peut aussi que
les races pures qui les ont produites se soient
mêlées dans des proportions assez constantes
f)our créer un type intermédiaire, qui seraii
e plus commun. II ne faut donc pas m
laisser imposer par la prédominance d'ua
type, mais s'assurer par les moyens que je
viens d'indiquer s'il n'est pas dérivé.
« Je me suis abstenu d'examiner dans
cette Jettre si les groupes que j'ai distingués
par les formes et les proportions du corps
avaient aussi des dispositions morales etin-
tellèctuelles qui leur fussent propres.
« Quoique je n'aie pas négligé cet objet
d'observation, et qu'il ne soit pas étranger
au but dont ie me suis occupé, il n'y est fb
tellement lié qu'on ne puisse en faire abs-
traction. Si j'avais pu satisfaire mes lecteurs
en traitant ce sujet brièvement, je n'aurais
pas hésité à vous communiquer mes remar-
Sues. Mais cette question est d'une autre
ifiiculté que celles que j'ai traitées; sans
doute à cause de sa nature, mais surtout à
cause de la diversité des points de vue sm
lesquels on voudrait l'envisager.
« Elle peut cependant être tr^tée de m-
nière à concilier tous les esprits ; car il a e!é
de tous les temps et de tous les lieux d'attri-
buer certaines dispositions morales, certain •>
tournures d'esprit, à divers peuples, quelV^
que soient les causes auxquelles on rroip
devoir les rapporter. Il faudrait donc, pour
simplifier la recherche, la débarrasser de tout
examen de ces causes, et se borner à cod>-
tater si on peut reconnaître un caractère
moral particulier à un groupe qu'on aurait
distingué par des caractères physiques.
« Il ne s'agirait donc que d'une simple
coïncidence, et non d'un rapport nécessaire;
et chacun l'expliquerait, si elle était étal'lie,
comme il le jugerait à propos. Car quilles
que soient les causes qui ont détermméu&
caractère moral chez un individu ou chez
un peuple, il a toujours une certaine durée;
et ce rapport, ainsi limité, s'il était constant
par l'observation, ne manquerait pasûe
fournir des résultats utiles et intéressants
que personne ne serait disposé à rejeter.
« Mais la question, réduite à celle «pa-
rente simplicité, ne laisse pas de renferoier
des éléments trop nombreux pour que je iû«
permette de l'aborder dans celle occasion.
« M'étant proposé de considérer les carac-
tères physiologiques des races humaines daiis
leurs rapports avec l'histoire, j'ai dû thoi>ir
les plus positifs et les plus manifestes. DtN-
rant cimenter cette alliance nouvelle entn:
cette science et la physiologie, j'ai craint tje
m'engager dans la considération des rappwt^
vagues et abstraits qui auraient pu l'affaibiîr
et en compromettre le sort. » Foy.RACttP-
MAIKES.
PHYSIONOMIE. — Un grand nombre de
muscles concourent à la fonction «Hle ejpni-
«l'on physionomique. Ce sont Voecipiio-ftvf'
êalj qui relève la région cutanée du fitmU
y détermine les rides transversales qo'oa;
remaraue; le surcilier^ qui fronce les sea^
cils et les rapproche l'un de l'autre en l^
abaissant; lorbiculaire des paupières, ?«•
détermine l'occlusion de ces voiles mobile*
le reteveur de la paupière superiture, q»' '
It»
Pllf
DANTfmOPOLOGIE:
ruT
i2se
dejn^em^'iit qu'il convient de traiter ces
questions. Ce n'est pas ainsi que yai pro-
céJé lorsque* ayant reconnu deux types re-
marquables parmi les peuples Gaulois, il a
fallu les .rattacher à leurs dénominations
bisloriques. J^avais alors tontes les données
reqnises pour me décider. Ici elles sont
insuffisantes ; c'est pourquoi je me bornerai
à quelques obserrations qui pourront ne pas
être inutiles à ceux qui Toudront s*en occu-
per sur les lieux.
« Des deux ty|ies que nous avons indi-
qués il est certain que le premier est pur;
il n est pas certain oue le second le soit. 11 se
pourrait qu'il fût le résultat d*un mélange
ilu premier avec un autre qui nous est in-
connu, parce qu'il ne me semble pas assez
anilorme ni assez original. H convien-
drait de le chercher dans toute la Grèce
en donnant à ce nom le sens le plus étentiu.
« Un peuple s'y trouve qui n a pas été
assez étudié. 11 parle une langue qui lui est
propre; on ne sait d*où il vient, ni quand
il s y est établi, du moins je n'ai rien pu
«ipprendre à ce sujet de ceux qui devaient
on être le mieux instruits. I^s Albanais pa-
raissent être à quelques égards dans la
<irèce f« que les âsques sont des deux côtés
des Pyrénées, les Bretons en France, les
Gallois en Angleterre, et ceux qui narlent
la langue erse en Ecosse et en Irlande :
un reste des anciens habitants. Pourquoi ne
les regarderait-on pas comme tels, s'il est
vrai qu'on ne trouve pas de trace de leur
origine étrangère ni dans leurs traditions,
ni dans l'histoire, ni par la comparaison des
langues. Pourquoi ne seraient-ils pas les
descenJants des Pélasges (751) ? Jai vu des
Albanais è Venise, et j'en ai fait dessiner;
mais je ne me hasarderai pas à exposer les
l'.iées qu'ils m'ont suggérées, que je ne sache
si j'si vu le type caractéristique de ce peu-
ple, et si les indications de leur origine
^Me je viens de rapporter sont vraies ou
illusoires.
« Il est à espérer que les savants envoyés
dans les deux |)ays qui ont été les premiers
foyers des lumières de l'Europe, ouvriront
(T5I) < La diffusion du lansa^e siaTe,dans le
nor«l ei dans roocîdent de la Gicee, pourrait faire
cT^>ire à la prédominance du t3rpeslaTe. IIaisj*ai eu
rntTC^sum de reconnaître que ce tvpc ne se trouvait
l^a^re ni chez les Croates ni chez les Dalmales.
If . BeudaDt, à qui j*ai conuDnniqoé cette obsenration,
■1*3 dit q«'il ivait fotl la même remarque. Tout porte
loffic à croire que les descendants d^ anciens peu-
ples de la Grèce subsistent encore en grand nomorc,
n«-ffDe parmi ceux qui n*en parlent plus la langue.
^u^oo ne suppose pas cependant goe tout Albanais
x>flt de race pure; la langue et rhlstoire prouvent le
on traire. Suivant vous, des Gaulois se sont ancien^
i4»isieot étaMts dans ce pays. M OHnème, j*ai reconnu
ic-s IkînaHs parmi les Dalmales. On ne serait sAr de
ft iii'K ■■iiimfawi du tm que si on le retrouTaiC
ans «Taatres parties de la Gréœ on dans des pa]»
ft<lis possédés par les Pébges; il Etudrait d*ailleurs
ue ce type, par croisement avec celui des temps
éroitffués, pAt reproduire les caractères de tète des
«irsonnaf es des temps historiques. •
<^752) € M. Burnoof fils s^occupe d^un travail très-
DiCTioxH. D'Avrenopoijocis.
une nouvelle carrière d'eipéditions scienti-
fiques qui rivaliseront avec celles des navi-
gateurs, en ce qui concerne la détermination
exacte des variétés des races humaines.
€ L'Arabie, la Perse et l'Inde réclament
nne attention particulière. Les résultats im-
portants auxquels on est parvenu depuis f>eu
sur les langues de l'Inde font vivement dé-
sirer que les voyageurs et les Européens
établis dans le pays s'occuitent de la déter-
mination des typés parmi les Indiens. Tout
porte à croire que la distinction fondamen-
tale des langues que H. Bumouf fils y a si-
gnalée s'accordera dans une certaine étendue
avec les différences marquées dans les carac-
tères physiques de ces peuples. Elles sont
même clairement indiquées dès les premières
lueurs de leur histoire, qui nous montre les
deux plus anciens peuples de l'Inde formant
un contraste par leur couleur et par leur si-
tuation géographique. Notre jeune ami Jac--
quemont, qui est parti pour Tlnde et doit v
rester plusieurs années, m'a promis de s'en
occu|)er.
« Les aescendanls des Perdes existent en-
core dans les Parsis ou les Guèbres. La dé-
termination des types de cette partie et du
reste de la |)opulation et leur comparaison
avec ceux de leurs voisins* contriliuerdifiit
sans doute, avec les données que fonrui i la
filiation des langues, a éclairer des ^viiiiu
très-obscurs de l'histoire (752).
« Je vous ai dit que la population de l'Ara-
bie ne me |iaraissait pas uniforme. Quel
pays offrirait au\ aniafeurs de l'histoire na*^
turelle de l'homme un champ plus curieux?
De tous les |ieii|des célèbres de !a terre, il
est peut-être le seul qui n ait pas été suliju-
gué; aucun ne s'est répandu plus au dehors
et nlusau loin; et la parfaite lessemblance
de langue arabe avec c^elle de plusieurs au-
tres peuples agrandit encore la sphère de ces
rapports.
« Dans lesdiscussions auxquelles je mesuîs
livré, je me suis renfermé strictement dans
mon sujet. J'ai pris les types tels qu'ils sont;
j'ai indiqué Tensemble et la nature des ca-
ractères qui les constituent; j'ai considéré
neuf sur les rapports du sanskrit et du zcml avec
ciuelqnes langues de l'Europe, n a cru reconnaître
jusqu'ici que le sanskrit avait Tanalf^ie la plus di-
recte avec le grpc; tandis que le zem^ mmlilication
du sanskrit, se rapprochait davantage des langnet
germaniqnes. N'estr^e pas une eoiizcidence singu-
lière, que j*aic lieu de croire. d*après les d<iciinienls
que j*ai eus sons les yeux, que le type du beau idéal
arec existe ou a exisié dans Tlndcl D*autre part, les
figures d*un groupe que j*ai yu dans le tombeau du
roi d^Cgypte et que Belzoni regarde comme des Per-
sans, ont la plus grande ressemblance avec fun des
types caractéristiques des peuples germains. Ce que
je Tiens de dire sur les rapports des caractères phy-
siques n'est qu'on simple aperçu que je présente
aux voyageurs pour qu'ils veaillent bien s'en oc-
cuper.
iVAUéu de M. Belzoni ne saurait vous donner une
idée des caractères de tète des personnages repré-
sentés dans le loaibeau du roi d'Egypte; ils y sonl
défigniés. »
39
1231
PHY
DICTIONNAIRE
PHY
m
•quefois trompeuse ; etThabitude peut, à la
longue, Tassujetlir plus ou moins à la
volonté. Mais cela n'a lieu cjue dans les
mouvements de l'âme qui n'ont pas une
grande énergie, et même souvent dans ces
circonstances, elle n'y est jamais entière-
ment soumise, et l'on peut , avec quelque
attention, découvrir les efforts que l'on fait
pour en arrêter les mouvements , efforts qui
demeurent vains dans les affections violen-
tes, sur l'expression desquelles la volonté
n'exerce aucun pouvoir.
Considérés dans leurs rapports aveccha*
que sentiment particulier, les mouvements
phjsionomiques offrent des variétés innom-
nrabîes, qui ne diffèrent les unes des autres
que par des nuances qu'il n'est point donné
a la parole de rendre, et que l'on peut bien
mieux sentir qu'exprimer. Essayons toute-
fois d'esquisser les traits les plus saillants
qu'offrent , dans leurs expressions , quel-
ques-unes de nos principales affections mo-
rales.
Le désir vif, inspiré par un objet présent,
se peint principalement dans les yeux; ils
se portent et se fixent avidement sur ce que
l'on désire, ils brillent, ils étincellent. En
même temps, la bouche s'entr'ouvre, et, si le
désir a beaucoup de violence, il s'en échappe
par intervalles de profonds soupirs.
L'espérance n'a j)as une expression très-
prononcée ; les traits, légèrement épanouis,
annoncent une joie imparfaite qui n'ose se
montrer au dehors. Raphaël l'a peinte avec
une fidélité remarquable.
Dans l'expression de la crainte , ({ui ap-
partient aux passions tristes, les traits sont
comme grippés. Mais il y règne une indéci-
sion qui représente les agitations d'une âme
qui craint ae ne pas obtenir ce qu'elle dé-
sire, ou Je perdre ce dont elle jouit.
Dans la jalousie^ les traits sont plus fixes
et plus fortement contractés. Il en est de
même dans Venvie, où quelquefois il se dé-
veloppe un léger sourire, comme convulsif,
qui la décèle, et que l'envieux affecte pour
cacher son dépit.
Dans Yélonnementj les yeux sont larjje-
ment ouverts, la bouche plus ou moins
béante; tous les traits sont lixes, et expri-
ment en même temps la désapprobation.
Dans la surprise^ la physionomie est la
même que dans l'affection précédente ; mais,
au lieu de blâmer, on admire, si l'on atta-
che à l'objet qui surprend une idée de puis-
sance ou de grandeur.
Vaffliction^ le regret^ le repentir^ Xahatte-
mentf le découragement^ la consternation^ le
désespoir ont une expression commune : les
resards sont abaisses, les yeux sont sans
éclat, les traits sont abattus, relâchés, pen-
dants, et souvent arrosés de larmes ; la face
est pâle, tout annonce que l'âme a perdu
toute sa vigueur; mais dans le regret, le re-
pentir, le désespoir, la physionomie s'anime
par intervalle, et les yeux se portent plus
ou moins vivement vers le ciel.
Dans la jfote, la gaieté^ la satisfaction de
soi-même, les yeux sont brillants, la physio-
nomie est animée, tous les traits sont éfva-
nouis, un léger sourire entr'ouvre la bou-
che.
Le dégoût et la répugnance se peignent
autour de cette ouverture et des yeux, les
sourcils se rapprochent et s*abais$ent, le
front se ride verticalement, les paupières se
ferment à demi, la bouche se resserre, el sa
moitié droite se porte en haut el de c^té.
Vennui a une expression analogue, mais
moins prononcée, et il s'y môle fréquemment
des bâillements.
Celle de la colère est terrible; toute la
physionomie peint l'égarement, et témoigne
assez que cette jtassion est une Yéntal)le
vésanie ; les yeux sont largement ouTerls,
hagards, brillants, animés du désir delà
vengeance ; la face est tantôt pâle , tantut
rouge, enflammée, les mâchoires se rapi m-
chent et se serrent , une salive écumeuse
couvre l'angle des lèvres , tous les muscles
faciaux sont comme &gités de mouvements
convulsifs.
V orgueil et la présomption sont remarqua-
bles par la fixité qu'ils déterminent dans les
traits. L'or^çueilleux regarde toujours de baul
en bas ; tout est inférieur à son mérite. Ut
a, dans la physionomie du présomptueui,
un air d'assurance qui atteste qu il croit |K)q-
voir venir à bout de tout.
La rougeur de la face est une expression
commune à la honte et à la pudeur; mais
ces deux sentiments offrent chacun des ca-
ractères extérieurs qui les distinguent. Dans
la honte les traits sont contractes, comme
grippés, et il règne dans toute la physiono-
mie un air d'humiliation et d'embarras re-
marquable. Dans la pudeur, les traits sont
calmes, l'espèce de confusion qui se répand
sur tout le visage est douce et aimable,
comme la modestie qui l'a produif.
La pitié se peint dans les yeux qui sou-
vent se remplissent de larmes, et autourd^
la bouche, qui se ferme, se relève un (lea,
et se porle légèrement du côté droit.
L'expression de Yappréhension , qui nsiî
de ce que l'on attend, est analogue à celle
de l'attention, parce que l'csf^rit, irofondé-
ment occuj^é de l'événement ou au dan.'w
que l'on redoute, est, pour ainsi dire, aai
aguets de tout ce qui peut l'annoncer. M««
les traits y offrent, de plus, une altérati'»n
manifeste; les yeux sont plus ouverts Jr<
sourcils sont relevés , on observe sur \^
fronts des rides transversales, la bouche c^
entr'ouverte, et la lèvre inférieure lé^
ment portée en haut.
Enfin, dans la frayeur^ qui provient d'un
danger survenu à Timprovisle, dans lépo^
vante^ qui a sa source dans ce que loo j^
sume, et dans la terreur ^ qui estproJoiJ«
par ce que l'on imagine, l'expression pb.**
sionomique est la même que dans l'appf^
hension; mais les traits y ont beaa{Oi|f
{/lus de saillie, la bouche est plusoaverta*'
ront plus fortement ridé, les narines s^»c'
écartées, souvent une sueur froide inonde i*
visj^e, qui est d'une pâleui* remarqaat'i»*-
Une chose digne de noti^ aJmir«'''*^'
IÎ33
PUT
DANTlIROrOLOGIE.
KIY
1254
dans les mouTements physionomiques »
c'est IlianDonie qui règne entre eux dans
ctiaqne expression, et ces rapports, qui lient
à chaque sentiment un ensemble particulier
de contractions musculaires, ou de traits pro-
]/res à le manifester. Une foule de muscles
concourent simultanément à l'expression
d^une affection morale quelf'on'^pie ; il y a
donc entre eux des relations syner^quos qui
établissent cette expression. L'ensemble de
ces mouvements musculaires forme un sys-
tème expressif qui se compose de systèmes
I articuliers propres à chaîne affection mo-
rale, indi$[)ensa!)le au témoignage de ces af-
f»- tions, et qui supposent nécessairement
des ra,»|H)rts intimes entre elles et les con-
Ira tiens musculaires qui les expriment.
Mais, bien que la physionomie soit sou-
iui>e à des lois constantes et inrariables, et
s»* montre uniforme dans l'espèce, elle offre
n*'anmoins des modiCcations remarquables
uans les divers âges, les sexes, les individus.
Elle varie aussi selon les professions , Tétat
moral habituel, les climats et la manière
lie vivre.
Dans Tenfant, le globe de l'œil a tout son
développement ; ce qui, vu la petitesse de la
f ICC , le fait paraître plus grand que dans
1 a lulte , et donne à la physionomie une
vive eipression. En même temps cette ex-
l'Tessiou est pleine de douceur; les os de la
fa -e ont très-peu de saillie, les sinus fron-*
ta:ix et maxillaire:; n'existent point, un tissu
r^'llulaire graisseux, abondant, remplit les
in'ervalles des éminences osseuses, ce qui
r^-od les traits peu prononcés et pleins de
«luuceur. Remaurquons, à cet égard, que
Tenfance est Fâge dé la faiblesse, et qu'elle
ne I ouvait trouver de l'appui que dans l'in-
îérèi qu'elle devait inspirer. Or, si ses
trai(<, qui nous charment par leur suavité,
avaient été prononcés et rudes comme dans
raîulie, ils auraient désagréablement con-
trarié avec son impuissance, et elle n'aurait
^'.é pour nous qu'un objet repoussant; nous
é rouvons involontairement le |»énible effet
•: • ce contraste, à la vue de ces enfants ché-
ri f-*, amaigris, dont la peau ridée donne à
I -firs traits beaucoup de saillie, et qui res-
s *niblent à des vieillards.
Avec l'âge, les sinus faciaux se dévelop-
|»^*nî, les saillies osseuses se fonnenl, le
ti^>u cellulaire graisseux s affaisse ou dis-
f'.^rait, et les traits acquièrent toute leur
f--n»:r^ie. Mais ils la perdent dans la vieil-
l*,-->se, où la chute des dents et le rapproche-
ment des mâchoires y déterminent une alté-
r/«tion remarquable,' et où les rides que la
viiain du temjis y a creusées, et qui s y mê-
lent, en affaiblissent singulièrement l'ex-
I *fcSî>ion.
La physionomie de la femme est analo^e
k celle de l'enfant. Faible comme lui, et des-
tii'iéeà plaire comme lui, elle |)0ssède la
«l«^u«'eur des traits, qui donne tant d'exprès-
«•ion à sa physionomie dans les sentiments
»tf(Hiueux qu'elle éprouve, et qui la rend si
uchante clans les douleurs qu'elle ressent.
Les iiKJividus vari<L*nt entre eux sous le
rapport de l'expression physîonomique, se-
lon la longueur et la couleur de cheveux ,
ré|>aisseur et la longueur des sourcils, de la
barbe, des cils, la forme du crâne, les di-
mensions des os de la fat^e, l'abondance plus
ou moins grande du tissu cellulaire qui les
recourbe, la couleur de la i.»eau, les dimen-
sions de la bouche et de l'ouverture ocu-
laire, et enfin la couleur des yeux ; toutes
choses (fui se trouvent en harmonie avec la
rie sociale, en ce gue, modifiant la physio-
nomie dans les divers individus, elles les
font différer entre eux sous ce rapport et
leur donnent par conséquent les moyens de
se reconnaître les uns des autres.
Les cheveux influent sur la physionomie
en ajoutant à certaines expressions. Tout le
monde sait combien les cheveux épars ani-
ment celle des passions tristes , telles que
l'affliction, le déses|)oir, la consternation, et
combien les cheveux hérissés ajoutent à l'é*
nergie des traits de la colère. La pudeur
n'est-elle pas embellie par les cheveux longs
et ondoyants de l'adolescence ? Les cheveux
blonds ne renJent-ils pas l'expression des
sentiments doux plus touchante, et les noirs
ne donnent-ils )>as à celle des affections vio-
lentes plus de vivacité.
Les poils n'influent pas moins que les
cheveux sur l'expression pbysionomique.
Des sourcils longs et épais rendent l'expres-
sion du dédain, du mépris, de l'indignation,
de la colère, etc., beaucoup plus énergique
qu'elle ne le serait par les seuls mouvements
des muscles de la face. De longs cils don-
nent au regard, dans la mélancolie, dans la
pitié, dans la commisération, dans tous les
sentiments tendres, une touchante douceur.
La t)arbe, par la gravité qu'elle imprime à la
physionomie, fait ressortir vivement toutes
les expressions de la gaieté lorsqu'elle se dé-
velop|)e , et donne de l'énergie à celles des
sentiments opjK>sés.
Toutes ces influences deviennent éviden-
tes dans l'absence de ces poils. Qu'un indi-
vidu rase ses sourcils, qu'il coupe ses cils, et
sa physionomie perdra singulièrement de sa
faculté expressive. Les peuples qui conser-
vent leur liarbe n'ont-ils |>as les traits beau-
coup plus énergiques dans la colère, dans
l'indignation, dans la fureur, etc., que ceux
qui sont dans l'usage de la raser?
Le crâne influe sur la physionomie far les
degrés de son angle fociall Lorsque cet an-
gle est très-ouvert (de 80" à SC), il ré/and^
sur les traits un air de majesté et de dou-
ceur qui anoblit et relève les diverses ex-
pressions qui s'y manifestent. Il exere une-
influence contraire lorscfu'il est très-aigu.
Les os de la face niotiilient !a physionomie
de la même manière. Ce sont eux qui for-
ment la t>eauté et la laideur du visage, parce
qu'ils en déterminent les saillies et les con-
tours. Lorsque les os propres du nez, les os
unguis, et la partie inférieure et moyenne
ducoronal sont très-dé veloppés, l'expres-
sion de la physionomie a une douceur remar-
quable, comme on le voit dans les individus
dont les veux 5ont très-écartés !*un de Tau-
4i35
PHY
DICTIONNAIRE
PHÏ
m
tre. La proémiaence des os inalaires rend les
joues saillantes. Celle des maxillaires et de
l'appareil dentaire porte les lèvres en avant.
C'est de la juste proportion du développe-
ment de tous ces os, que résulte la régula-
rité des traits, et la beauté du visage , qui
modifient toutes les expressions physiono-
miques.
Outre cette influence générale des os de
la iace, chacun d'eux agit, pour ainsi dire, a
part sur ces expressions.
Le peu de développement des os propres
du nez, des os unguis,de la partie inférieure
et moyenne du coronal rend les yeux très-
rapprochés l'un de l'autre, et donne aux
traits du visage un air sinicaL Cette physio-
nomie rendplus vive l'expression dudésir,de
l'impatience, etc. Lorsqu'au contraire ces os
sont très-développés, toutes les expressions
des sentiments affections, y puisent une dou-
ceur nouvelle.
Le développement des os malaires ré-
j>and sur les traits une dureté remarquable,
qui augmente l'énergie de l'expression des
passions haineuses II en est de môme de la
proéminence des maxillaires.
Enitn, les dimensions des dents, et leurs
différents degrés d'écartemenl, 'influent évi-
demment aussi sur la physionomie. Des dents
petites et très-rapprochées les unes des au-
tres , rendent le rire plus doux, plus expres-
sif, et augmentent l'expression de la gaieté
en y mêlant toute la grâce qu'elles répandent
autour de la bouche. Au contraire, des dents
grosses, longues et écartées, donnent à tout
le visage un air de férocité, qui éclate au
moment où la bouche s'ouvre, et qui rend
même le sourire effrayant; c'est ce que
l'on observe chez les Arabes. Elles aioutent
donc à l'expression des passions cruelles.
Le tissu cellulaire facial sous-cutané
adoucit ou donne la rudesse à tous les traits,
selon qu'il est plus ou moins abondant, et
qu'il efface ou laisse avec toute leur saillie,
les éminences osseuses.
La peau influe sur la physionomie par sa
coloration naturelle ou accidentelle. Sa blan-
cheur rend les traits plus apparents ; elle fa-
vorise aussi l'expression des affections dou-
ces. Les traits sont moins sensibles lorsque
sa couleur est plus ou moins foncée, et ils y
puisent une teinte sombre qui est en harmo-
nie avec tous les sentiments rudes et hai-
neux. Sa rougeur dans la pudeur et dans la
honte, et sa pâleur dans la colère, dans la
frayeur , etc. , donnent manifestement de
l'énergie à l'expression de ces affections
iQorales.
Les ouvertures de la face qui modiGent la .
pnysionomie sont celles de la bouche et des
yeux. Plus l'ouverture de la bouche est
grande, plus les dents sont apparentes , et
]|ius la physionomie a de la dureté. Plus
l'ouverture des paupières est considérable
dans le sens de son petit diamètre, plus le
globe de l'œil est saillant ; ce qui donne un
air hasard au visage, et une plus grande
énergie à l'expression de la frayeur. Une
disposition contraire rend les yeux à demi
voilés par Jes paupières , et répand sur la
physionomie une teinte de douceur. Lorsque
le rétrécissement de l'ouverture oculaire a
lieu dans le sens de son plus grand diamè-
tre, l'œil est rond; dis|K)sition qui ajoute à
l'expression de la gaieté, qu*elle semble ren-
dre plus vive et plus pétillante.
Enfin, les yeux influent sur la physiono-
mie par leur éclat et leur couleur.
' yainement,dans lessentimentsimpètueui,
les muscles de la face se mouvraient vive-
ment et avec force ; vainement les traits se-
raient saillants ; sans Téclat des yeux la phy-
sionomie resterait inanimée, parce qu il faut,
pour qu'elle ait une expression véritable,
2u il y ait harmonie d*action entre tous ses
léments. Cet éclat dépend des humeurs que
ces organes renferment, et oui , en disten-
dant la cornée transparente, la rendent,seloa
Ion leur abondance plus ou moins considéra-
ble, plus ou moins propre à réfléchir le Quide
lumineux.
Les couleurs les plus communes des yeux
sont le bleu, le gris-bleuâtre , le jauQ^tre
ou l'orangé, et le brun plus ou moins fooc^.
Il n'y a guère que la couleur bleue , el \i
brune, qui influent sur la physionomie; li
bleue en y répandant de la douceur et m
sorte de langueur mélancolique qui ajoutek
l'expression des affections morales douces;
et la brune, en lui donnant un éclat qiil
rend plus énergique celle de tous les seDli-
ments impétueux.
Les professions influent encore sur la
physionomie. Celles oii il y a de grands
obstacles à vaincre, des dangers à affronter,
lui impriment une teinte de fierté et d'assu-
rance qui contraste avec l'expression de ti-
midité des professions paisibles: exemple:
les soldats, les marins, comparés aux labou-
reurs. Les acteurs tragiques, dont rhabiiû^fc
d'exprimer les passions fortes a modifié 1^
traits, offrent, en général, une physionuffliè
sévère que n'ont point les acteurs comique^.
C'est cette même habitude qui faii qu'après
de longs malheurs, l'expression physiott^v
mique conserve une teinte de tristesse qui
ne s'efface jamais.
Dans les climats septentrionaux, la phy-
sionomie est, en général, plus calme qa^
dans les contrées méridionales; ce oui p^>
vient d'une vivacité moindre dans les sea-
timents.
Les peuples qui vivent de chasse, de\f
che, qui entreprennent des courses m-
leuses, qui sont accoutumés à voir couler^
sang des animaux qu'ils ont vaincus, ont u^
physionomie sévère, mêlée d'une teinte '^
cruauté, qui contraste avec la douceur des
traits des peuples agriculteurs et sédefr
taires.
Telles sont les modifications qu'éprourr
la physionomie par l'inRuence des ca»i^
qui agissent sur elle. Mais souvent elie n'fi-
primerait que d'une manière incomplèt^*^
jamais avec assez d'énergie, les atierti"^^
de l'âme, si le geste et les attitudes ne ij^
prêtaient leur secours; aussi cesdeuï*'*
pressions s'y trouvent-elles toi^ur>ufli>.
liS7
MG
IfANTBROPOLOGIE.
MN
lf3S
e( accompagnent-elles tons ses mouvements.
PIEDS'NÔIRS Voy.Siocx.
PIERQHN DE GEMBLOUX. Voy. Lam-
«▲6E.
PIGEON, COLOMBE, etc. — On regarde
le pigeon biMtt, columba /irio. Lin. , comme
étant une e$i>èce différente du pigeon ra-
mier (columba palumbius]. Le premier a la
peau au l>ec rougeâtre, et chez le second eile
est d*un blanc jaunâtre. Le ramier s*avance
dans le Nord bien plus loin que le biset
Celai-ci est le seul qu'on ait pu encore appri-
voiser; on en a obtenu un ^rand nombre de
Tariélés. L*éducation du pigeon n'est point
une chose nouvelle; cependant ni Homère,
ni Hésiode n'en ont parlé. Le pigeon do-
iDestfijue se multiplia beaucoup a une épo-
que plus rapprochée. Si Homère, faisant la
iii'scription d un peuple encore mal civilisé
et oe ses mœurs, garda le silence sur Tédu-
cation du pigeon, ce n*est pas là une raison
pour croire que, vers la même époque, des
p%:uDles de rOnent plus arancés dans la voie
de la civilisation aient ignoré ce moyen
il ajouter aux agréments de la vie.
PIGMENT. — Les pigments étaient dé-
crits, il y a quelques années encore, comme
des humeurs, comme des produits de sécré-
tion. On sait aujourd'hui que ce sont de vé-
ritables tissus; mais eiclusivement formés
de cellules à noyaux disposées en couches
simples ou stratifiées. Les cellules pigmen-
ta ires sont iransparenitê et incolores^ mais
elles contiennent des grains colorés qui sont
libres à leur intérieur, et amassés en plus
grand nombre vers le centre que vers la cir-
conférence des cellules. Celles-ci ont des
formes très-diverses : polygonales^ si elles
.«ont pressées ; plus ou moins arrondies dans
le cas contraire ; quelquefois triangulaires,
trapézoïdales, ou bien encore en voyant des
prolongements qui rencontrent ou *non des
cellules voisines. L'acide acétique dissout les
#*ellules sans attaquer les grains de pigment;
ia potasse dissout les graines sans en altérer
la couleur; le chlore seul les rend plus
pâles
Le système pigmentaire se trouve dans
Ftifil et les membranes tégumentaires ; les
cheveux contiennent les grains du pigment,
mais non les cellules pigmentaires. Ces
grains se déposent aussi parfois dans les
cellules du tissu cancéreux.
Dans Tœil, le système pigmentaire occupe
la choroïde, l'iris et la &:e interne de la
sclérotique; à la peau, il forme chez le
nègre une couche située entre le corps mu-
queux, dépendance de Tépiderme, et la lame
mince amorphe hyaline qui revêt immédia-
tement le derme, et que nous avons nommée,
avf'C M. Mandl, iumqtêe propre dermoide.
L'entrée des muqueuses et surtout la bou-
ehe, chez plusieurs mammifères, sont colo-
rées par le tissu pigmentaire. Lorsque, sur
une peau qu'on a laii macérer, Tépidcrme se
séfiarc du derme, il emporte avec lui pres-
que tout le tissu pigmentaire, et il n'en reste
qu'une couche mince sous le derme.
Une question importante, au point de rue
ethnologique, est ne savoir si te tissu pig-
mentaire appartient spécialement à la peau
du nègre, et s'il est at)sent de la peau des
autres races. Plusieurs auteurs , Gordon
entre autres, ont vainement cherché la cou-
che pigmentaire chez le blanc. Plus récem-
ment, M. Flourens, après avoir décrit quatre
couches entre le corj^s papillaire et l'épi-
derme du nègre, a avancé que deux de ces
couches manquaient chez le blanc, le ne
puis, je l'avoue , me ranger à cette opinion ,
et voici mes raisons, r Les différences de
teinte entre les races dites blanches et entre
les individus d'une même race, d'une même
localité , ne peuvent guère s'expliquer que
par des différences dans la constitution du
système pigmentaire; 2* les cellules pigmen-
taires ont été >ues par le docteur Simon
dans l'auréole brunie du sein des femmes en
couches, dans les taches dites de rousseur,
et dans les taches brunes ou noires de nais-
sance ; 3* entre un albinos , dont la peau est
entièrement blanche , les cheveux transpa-
rents et incolores, l'iris et la choroïde privés
de matière noire, entre ces albinos, dis-je,
et l'homme blanc non atteint d'albinisme, la
différence ne peut tenir qu'à l'absence ou la
présence du pigmentum. le crois donc qu'il
y a chez tous Tes hommes des cellules pie-
mentaires incolores, et que le nombre et la
couleur des grains de pigment qu'elles ren-
ferment est la cause des différences de colo-
ration dans les diverses races et dans les di-
vers individus d'une môme rai:€. le n'ii^
point tiré argu.menl de la coloration que
prennent chez l'Européen les parties expo-
sées au soleil, parce que je ne suis pas con-
vaincu qu'elle ait sou siège dans les cellules
pigmentaires.
Le système pigmentaire est simple. Bien
qu'en général il y ait à son voisinage un
assez grand développement de capillaires san-
guins, il ne reçoit cependant ni vaisseaux,
ni nerfs, et ne se compose (]ue de cellules
placées dans un tissu cellulaire amorphe.
Des expériences ont prouvé que le soleil
cause moins facilement la vésication de la
peau, lorsqu'elle est protégée par une cou-
che noire. Voy, Peal.
PINTADE. — La pintade, numida me/eo-
gris, peuplait les basses-cours des Grecs et
des Romains, comme l'attestent Columelle,
Varron et autres. Cet oiseau est sauvage dans
toute l'Afrique, depuis le nord jusquà l'ex-
trémité du cap de Bonne-Espérance (T53L
Columelle cite déjà (1. xjii, c. ây deux espè--
ces ou variétés de pintade, l'une portant sur
la tète une excroissance ronge, et une autre
chez laquelle cette excroissance est bleue;*
il nomme la première âallina africana, et lar
seconde meleagris. Paltas met aussi plu-
sieurs espèces de nintades (75^}, à Tune des--
quelles il donne le nom de numida mitrata^
755; LUfiUnsiein$ lîàun^ Ih. u, s. 40 1.
(754) Spidleg. sooL, t. IV, p. fo.
Hôd
PLA
DICTIONNAIRE
rou
iiiO
tI y réunit la gallina qfricana de Coluuielle.
11 parait que dan» une antiquité plus recu-
lée, les Grecs ne reléguaient point la pintade
dans les basses-cours, et qu'à Rome même
on la vendait encore un prix assez élevé.
Elle vint sans doute en Grèce et à Rome par
Cjrrène ou par Carthage.
PISANG. Voy. Bananier.
PLANTES POTAGÈRES. — Parmi les
plantes potagères que nous cultivons dans
nos jardins, il en est quelques-unes qui
sont connues depuis très-longtemps et dont
parlent les anciens auteurs : d'autres , au
contraire, ne sont citées que par les écrivains
modernes. La patrie des premières est igno-
rée, c'est un rapport qu elles ont de commun
avec les céréales. Les poésies d'Homère
parlent peu des légumes, car les héros de
son siècle ne vivaient que de viande, comme
Fa déjà remarqué Athénée ; Hé amède, pour
exciter le vieux Nestor à boire, lui fait
manger des oignons. Presque toutes les
alliacées dont nous faisons usage étaient
connues des anciens, même les échalottes et
la ekettty comme le prouvent les mentions
qu'on en trouve dans divers ouvrages (755J,
mais on isnore la patrie de ces [Mantes: il
est probable qu'elles tirent leur origine d*un
climat tempéré , car elles s'accommodent
très-bien du nôtre, ou bien, si elles tirent
leur origine des pays chauds, elles crois-
saient sur des montagnes élevées. Le chou
fut connu des anciens dans une antiquité
très-reculée. Aristophane en parle souvent,
et Pythagore a composé un traité sur ses
vertus médicales, qui prouve Qu'on faisait
remonter son origine à une époque plus
ancienne. Us connaissaient aussi le chou
vert [fâffOL^) et le chou frisé (x^àfACn) ; ils
connaissaient encore le chou cabus et le
brocoli à ti^es blanchâtre^, mais le chou-fleur
leur était inconnu, et Prosper Alpin cite le
chou-fleur comme une production nouvelle
en Egypte. Le chou {braêsica oleracea)^ croît
spontanément sur les côtes rocheuses du sud
et de l'ouest de l'Europe. L'antiquité connut
aussi la blète (6/i7tim), sans doute Vamaran-
thu8 blitumy et autres espèces voisines qui
croissent à l'état sauvage en Europe, parti-
culièrement dans la partie méridionale. Ils
firent aussi usage de ïaroche {alriplex)^ du
lapathum (rumex patientia)^ qu'ils recueil-
laient même sauvage; des laitues dont la
patrie est inconnue; dos mauves, que sans
doute aussi ils cueillaient sauvages. Hésiode
les cite comme faisant avec les bulbes mu-
cilaçineuses d'asphodèle , la nourriture des
malheureux. Rien n'est plus commun que
de rencontrer sur les sommets pierreux des
Cette plante bulbeuse que GalUcn comparjK
à la souille, vient 2ûouter encore à to diffi-
culté do déterminer Tasphodèle des anciens
mais on doit croire qu il ne la connaissait
pas, ou que de son temps, dans son pays,
on donnait le nom d'asphodèle à une autre
plante que cejle indiquée précédemment
sous ce nom. Les anciens employaient en-
, core, comme assaisonnement, diverses autres
plantes , telles mie le fenouil [anethum (m-
culatum)^ Yaneth odorant (anethum grateo-
lens)^ le coriandre ^ dont on mange encore
les feuilles dans l'Europe méridionale , où
croissent aussi ces trois plantes à l'état sau-
vage; le persil y la roquette {brassica mira),
dont maintenant on ne fait plus guère usage.
On mangeait Y asperge comme aujourd'hui,
les racines de la bette ^ la carotte (daum
carota ou staphylinus\ le panais (elapho-
boscum), la grosse rave (brassica rapa)^ le pftit
radis (raphanus sativus)^ le chertis («lui»
sisarum). La patrie de ces deux dernières
plantes est ignorée. La bette, le persil, la
eu est de même pour la grosse rave. La
courge, le melon^ le coneembrej furent égak-
ment connus des anciens (756); leurpaysori-
ginaire nous est ignoré, mais il est probable
que ce fut une région chaude, car ces plantes
gèlent facilement. Nous avons encore des
plantes inconnues aux anciens, et dont la
patrie est ignorée , le céleri , qu'on Iroure
aussi à l'état sauvage, la scorxonnire ou sal-
sifis noir [scorxonnera hispanica), le salsifis
blanc {tragopogon porrifolius) ^ le eerfm\
bulbeux (chcerophyÙum oulbosum), et autres
Elantes qui souvent se trouvent sauvages.
^onagre {œnothera biennis)^ qu'on mange
dans quelques eudroits, parah nous élK
venu ae l'Amérique.
POILS. Voy. Cheveux humaixs.
POIS. Voy. Letitilles.
POLYNÉSIENNE (BbancheJ. Voy. M*-
1\Y0-P0LYNESIENS
POTOWAÏOMIS. Voy. Algonqlins.
POULE. — Les oiseaux domestiques indi-
quent chez un peuple un degré de civiIi^a-
tion plus élevé que les quadrupèdes. Ils ne
sont pas d'une nécessite première comme
ceux-ci. L'homme s'était déjà construit une
maison lorsqu'il pensa à élever des oîscaui.
Ils ajoutent un agrément à un état social
déjà amélioré , mais ils ne sont pas cause
première de cette amélioration.
Les poules sont des oiseaux qu'on appri-
voisa de bonne heure; mais il est permis
de douter qu'il en soit fait mention dans la
montagnes de la Grèce, les belles tiges de Bible (757). Homère ni Hésiode n'en disent
Yasphodele en fleur [asphodelus ramosus). rien , quoique souvent l'occasion s'offrit i
(7j)5) La Bible (NombreSy xi, 5) parle des oignon»
et des aalx de TËsypte , bedsalm, schoumim, qui
portent encore cliêz les Arabes le même nom, badsal^
et tsoum au singulier. Parmi les alliacées citées dans
ro verset, ilgui*e encore le chaUir^ qvCon traduit
roniniuiiémenl par poireau ; mais cette traduction
parait moins certaine que celle des noms précé-
dents.
(750) Il est question dans la Bible {S&mb.^ lu '1.
des concombres et des melons de PEgypte, kitcki,
afrciiûcAtm, appelés encore mainieiiant |Nir lesArate
khiUa et bilthich. \
(757) BocHART , Hierozoicon^ 2' part. , Ut. f ?
vh. 16. En effet, tous les passages cités nar ce ^*
van{ qui ont pu être appliqués par les roodem^^^ ^
gnlliaacces, roiil été ainsi à cause de Tînterp eu
iiil
PRl
DAKTHROPQUmE.
PM
Ittt
v 'S |x)ë(es (j'en parler. La compositioD de la
luaîbon d*Uly5se est décrite avec tant de
détails, qu'on doit s'étonner qu'il n'y soit
|K)int question de poules» comme il parait
aus<^i très-eitraordinaire qu'un poème sur
l'économie agricole et domestique [optra ei
dÛM) n'en dise rien (758). Plus tard, c'est-à-
dire à l'époque des tragiques et des comiques
grecs, il est souvent parlé du coq : on f ite
les combats de coqs qui se faisaient à Athènes
au temps de Ttiémistocle (739). Les gallina-
cées ont donc été importés en Grèce entre
l'époque où écrivirent les premiers poètes et
celle où parurent les poètes dramatiques.
11 est probable que l'Inde est la patrie du
coq domestique. Sommers, dans son voyage
aux Indes orientales, a décrit et figuré un
(ftq sauva;^e qu'on trouve dans les forêts de
rinloustan (t. II, p. 9^,98), qui pourtant dif-
fère beaucoup du nôtre, et qui vraissenibla-
blement appartient à une autre espèce. L'ex-
trémité des plumes du cou sont larges et
cartila^neuses , particularité qu'on observe
aussi chez le jaseur de Bohême {ampelU
garrului). La poule sauvage n'a sur la tète
ni irrète, ni appendice charnu : caractère
essentiel que n a pu amener la domesticité.
Les Indiens prennent ce coq dans les forêts;
ils le dressent pour les combats de coqs,
fiarce qu'il est plus fort et plus courag;eux
que le coq privé. Le phasianus rariiM, foisao
ftanaché, autre espèce originaire de Java, a
été pris aussi pour la souche primitive du
C4>| domestique; mais il en diffère entre
autres choses par sa crête, qui n'est point
deotée (760). L espèce qui approche le dIus
de nos cogs domestiques est le coq de bati^
kira^ originaire des forêts solitaires de Java
et de Sumatra, que Teminck a fait connaître
le premier (761). Il n'y a certainement point à
douter que quelques-unes des variétés du
co} privé ne viennent de ce coq de Bankiva.
Ce fait est un argument d'un çrand poids à
l'appui de la preuve des relations de com-
merce qui ont existé primitivement entre
res contrées méridionales et celles du nord.
Cependant d'autres variétés pourraient bien
aussi tirer d'ailleurs leur origine ; et alors
<^e présente tout naturellement un passaze
d'A thénée(l. xiv, c. 20)qui place la patrie du
coii dans la Perse.
PRATIQUES RELIGIEUSES, leurnécessité
fw-kur dévelopi>er le moral et l'affermir. Voy.
MOBAL.
PRESBYTIE. Voy. Œil.
PRÉVOYANCE, inventions qui la prou-
va'iit. Voy. VIfiiroduciion.
PRIORITÉ DES RACES. -- Dès que la
niéihofJe scientiri^ue a cessé demutifer les
ifuestions de leur partie antique et trans-
f-en.lentale, on a vu poindre le désir de po-
«^T le problème de la priorité des races après
t'u<*n des rabbitis ou de la version cbaldaîque, au^on
sa-t^rede beaucoup poslérieure aui livres de la
l(tl«lf*. Reste seuleme :1 le passage où il est question
«l#*^ mei> servis à Salomon, dans rénuméralion di*s-
civM'Is Hji^arc le barbourim^ que Kimclii Ira fuit par
r*>^% rKtiraîêêé»^ et li; T.ir*:. Ae Jérusalem par oie»,
<««r>ciiius se iaug«- â celle «Icniiére opinion.
le problème de l'unité ou de la mullipli-
cité des espèces, n y a des non-unitaires
de bon accommodement qui réduisent leurs
eiigences à deux espèces premières, une
blanche et une noins dont 1 union explique-
rait toutes les variétés aujourd'hui connues.
Ce que nous avons dit du croisement ne per-
met pas d'exagérer à ce point l'importance
de son rôle. D*autre$ cntiques voudraient
voir Texplosion simultanée de toutes les *
nuances actuelles dans la deuxième ou troi-
sième génération de la famille adamique ,
par une spontanéité comparable à celle des
couleurs aue nous voyons apparaître dans
une génération d'animaux domestiques ;
une couvée de poulets, une portée de chats,
de lapins, etc.
En admettant ce fait primitif, il resterait
à savoir pourquoi la même bigarrure ne
reparaît plus au môme degré et pourquoi
les r4>uleurs venues 'spontanément se se-
raient perpétuées par la génération ?
Ce que nous avons déjà dit de la puis-
sance des milieux et de 1 énergie physiolo-
gique des races dans le monde ancien, ré-
pondrait jusqu'à un certain point. La prin-
cipale incertitude serait reportée sur la cou-
leur et la forme première d*où les autres
formes et couleurs auraient dévié. Cette
question physiologique est très-importante,
puisqu'elle renferme le grave problème
moral : L*humanité a-t-elle commencé par
la civilisation ou par la barbarie?
Admettons la crovance favorite de notre
orgueil : L*homme blanc est Télaboration la
plus avancée de Tintelligence et de la
oeauté; il nous faudra* conclure que le
procès humanitaire est un accident rare et
lent ; car les races blanches ne forment pas
même un tiers de l'humanité entière. Si
rhomme basané ou noir fut rbomme primi-
tif il semble devoirattendre encore sa trans-
formation deux fois le temps employé par
la nôtre, en supposant, chose fort douteuse,
que toutes les zones puissent s'harmoniser
avec une race unique et blanche 1
Nos lecteurs sont préparés à une doctrine
plus consolante et plus prouvée. Le basané
et le noir sont des dégénérescences du type
primitif. Mais le retour vers ce type, pos*
sibie par les voies lentes de l'émigration ,
du progrès social et des croisements, ce
retour s'opère instantanément par l'albi-
nisme ; phénomène exceptionnel qui re<-ons-
tniit et démontre la règle première.
Un couple albinos peut coloniser des
blancs au beau milieu de populations basa-
nées quand le climat permettra le maintien
de ces blancs et leur élargissement en na->
tion. Cette théorie me parait une des ex-
plications les plus vraisemblables de ces
toiirages, tribu blanche découverte sur le
(75H) La Batrochomyomachie die le coq (v.M9l);
mais il est ëtahli que ce poënie a été composé Imt^
temps ap*'ès Honicre.
(1%^) Ei.iE5, Var. Hi$t., n, 58.
(7(îO) Mar'i matnraliu^» nnudtaw^ p. 5.*»5.
(7t>i^ Hw. Httlurelte éei yaUhûcén' .Vnisterdan
i815, 5 Tol.
!S45
R\C
DTCTIONNÂIRE
RAC
m
haut plateau de TAfrique méridionale, et
de plusieurs tribus fort pÂles rencontrées
sur les régions fraîches des Alpes améri-
caines.
Ce serait abuser du même fait que d'ac-
cepter sans réserve la tradition cmgalaise
3ue nous rapporterons au mot Roux; et
'attribuer à un couple albinos, issu de pa-
rents basanés, l'origine et le développe-
' ment de la race blanche tout entière. Cette
race , en Asie , est enserrée sur trois côtés
par les races basanées : même en Europe et
en Afrique septentrionale , les lapons et les
nègres lui servent de cadre, comme les ba-
sanés et les noirs dans TAmérique et dans
toutes les colonies. La race blanche, consi-
dérée sur la mappemonde , a vraiment l'air
d*uu grand albinisme. Mais nous allons voir
que cet argument est plus spécieux aue so-
lide.
Un savant prélat, à qui l'ethnographie
doit un exposé concis du dogme unitaire ,
déclare que la priorité de telle ou telle race
est plus difficile à établir que le départ de
toutes d'une seule famille. Il rentre simple-
ment dans les données traditionnelles rela-
tives à la couleur de nos premiers narents
sans déduire des motifs scientifiques de cette
conclusion.
Prichard dans sa première collection eth-
nographique, avait posé l'état primitif de
l'humanité dans la race nègre et ses progrès
successifs dans le passage au basané et au
blanc. Son dernier livre n'a pas reproduit
cette opinion plus inoffensive assurément
que celle de la graduation des Ames. Pri-
chard excelle à colliger des faits et même à
les rapprocher avec sagacité. L'ethnographie
doit une reconnaissance infinie à son savoir
et à sa patience. Mais cette masse de faits
voile plutôt qu'elle ne fait éclater la thèse
unitaire ; l'argument philosophique est indé-
cis comme la conclusion d'une foule de
hautes questions de morale et d'histoire
qu'il est bon d'entamer avec modestie, mais
périlleux d'abandonner avec le doute.
La priorité de l'état sauvage ou de la civi-
lisation est une des questions laissées par
lui dans ce douloureui suspens. L'antério-
rité de la race nègre trancherait l'incerti-
tude mais en faisant commencer l'humanité
f^ar la vie sauvage dont le nègre porte la
ivrée la plus prononcée. La bouche forte et
les cosses oreilles des races basanées sont
aussi des soignes de décadence. D'ailleurs la
position géographique des nègres ou quasi
nègres, est assez variée, mais toujours elle
se trouve à l'extrémité des rayons chroma-
fiques que nous avons vu diverger de l'Asie
centrale : L'Afrique, Malacca, rOcéanie^la
Californie , les îles Aléoutiqnes.
Desmoulins avait placé des Nègres au Ne-
pauI où l'on a trouvé des blonds. L'hypo-
thèse de Prichard se serait fort accommodfe
de cette supposition. La race placée à ]*ex-
tréraité du rayon peut indiquer la première
et la plus lointaine émi^ation de l'hama-
nité, mais non son premier état qui a été
modifié par des climats nouveaux et par des
décadences sociales.
Le nègre, t;rpe primitif de l'homamlé,
se rencontrerait encore parfois dans les cri-
ses éprouvées par les autres races dériées
de ce type. L'albinos est un accident très-
fréquent chez toutes les races basanées et
môme nègres. Le roux est un accident plus
rare que celles-ci , mais constaté aussi cbei
les basanées et fréquent chez les blanches.
Chez celles-ci, au contraire, le méianisme
n'est que partiel, indécis et rare. Le mezzo-
termine de toutes les nuances, Falbinos
robuste , le roux, réunît seul toutes les con-
ditions physiologiques pour l'origine de la
famille humaine et pour ses permutatioas
successives.
Toutes les races se ressemblent dans h
première enfance , puisque les races les
plus basanées naissent souvent dans uDe
peau claire et des cheveux très-blonds sorte
d'albinisme temporaire qu'on a obserré
partout. On trouve encore une analogie s:ik
gulière entre la face des jeunes enfants
blancs et la face des adultes chez les nations
colorées : Un petit nez releré , caché entre
d*énormes pommettes de joues tursides qui
gonflent les lèvres , même au delà du ni-
veau du nez. L'enfance sociale des nations
basanées se marquerait-elle aussi sur les
traits, comme on a cru voiries états sociaui
se graduer dans la configuration des crânes f
Curieux aperçus, graves questions que le
temps et la science devront mûrir.
PRIORITÉ DE LA CIVILISATION. Voy. ïw-
CABILITÉ DES RAGES.
PROGNATHE. Voy. Cranet.
PROGRÈS. Voy. Destiï^ébs des Ricw
HUMAINES.
PSYCHOLOGIE des DrvERSSs races n-
HAINES. Voy. Races humaines.
PSYCHOLOGIE générale de l'homme. %
CARAGTÉRISTIQtJE DE l'hOMME.
PSYCHOLOGIE des nations africaines.
Voy. Races humaines.
PSYCOLOGIE des nations nègres. Toi
Rages humaines.
PUELCHES. FotS MÉDITERRANfalfS.
PUISSANCE ET GRANDEUR de rhomme
Voy. Vlntroduciion.
R
RACES humaines, leur classification.—
Aux articles Crâne, Cheveux humains. Peau,
Os, Genre, etc., nous avons passé en revue
}ms exemples les plus remarquables, les plus
Uranchés, les cas extrêmes des diversités de
forme et de couleur qui se montrent d^
les races humaines, et nous l'avons ftiioat^
le but de déterminer s'il n'y en a pas ^m»
le nombre qui s'élèvent au rang de diff^i?»*
ces spéi'ifiques. Nous avons démontré qu*"*
1245
me
D^ANTOROPOLOGIE.
RAC
liM
cuoe des particularités physiques qui distin-
guent entre elles les oiverses familles hu-
maines ne dépasse les limites auxquelles
peut atteindre une rariété naturelle , qu'au-
cune ne sort de la sphère de cette sorte de
Tariations qui, dans presque toutes les espè-
ces Tivantes, sont prêtes a nattre sous Tm-
fluence de causes laTorables à leur dérelop*
pement. {Voy. Vaiiatio^is.) Il nous reste à
étudier maintenant Tordre dans lequel la
nature a croupe ou distribué ces phénomè-
nes, et à découvrir les circonstances au mi-
lien desquelles ils se montrent.
On a proposé déjà bien des systèmes diffé-
rents de classification pour les Tariétés de
la famille humaine; et parmi les écrivains
qui considèrent le genre humain comme
comprenant plusieurs races distinctes, il n'y
en a pas deux qui s'accordent sur le nombre
de groupes à établir. Cette division , ne re-
posant point sur des principes fixes, laisse
un champ libre à l'arbitraire, et permet à
chaque auteur d'établir, suivant que cela lui
convient mieux, un grand ou un petit nom-
bre de sections. De là il arrive que chaque
nouvel ethnologiste défait l'arrangement de
son prédécesseur, subdivise les nations ou'il
arait réunies, réunit celles qu'il avait sépa-
rées. Pour moi, qui suis loin de regarder
comme un fait établi que l'espèce humaine
s^^Mt sortie originellement de plusieurs sou-
ches distinctes, je n'ai point à en-rer dans
cette discussion. Je m'efforcerai de décrire
brièvement les principales races d'hommes,
en considérant comme familles distinctes
celles dont l'existence repose sur les preu-
ves historiques, et spécialement sur les preu-
ves dérivées de la considération des langues;
car de tous les caractères par lesquels un
peuple se distingue des autres, la langue est
le plus permanent, et on peut montrer que,
dans beaucoup de cas, il a survécu même à
des changements très-considérables dans les
caractères phvsiques et moraux. La glosso-
logie, ou rhfstoire des langues fondée sur
une analyse attentive et profonde de leurs
ra|i|)orts, est un champ d'investigations pour
ainsi dire tout nouveau, mais qui a déjà été
exploré avec beaucoup de succès, et dans
le {uel on fait chaque jour de grandes dé-
couvertes. Chaque jour aussi on arrive à se
mieux convaincre de la nécessité de donner
)»our base à l'ethnologie, c'est-à-dire à l'his-
toire des nations, l'étude des rap|)or(s qui
existent entre leurs langues respectives. Le
grand but qu'on se profiose dans cette étude
est, en effet, bien moins de tracer l'histoire
des langues, que celle des races d'hommes
dont elles servent à attester l'affinité. Nous
tiendrons compte en même temps des gran-
des distinctions physiques dont il a été
question dans les articles indiqués plus
haut, et surtout des trois divisions relatives
à la forme du crâne. C'est probablement la
]ilus permanente de toutes les variétés phy-
siques, et on ne peut du moins se dispenser
d*y avoir éçard quand, dans une classitica-
tiôn, il s'a^il de fiistrihuer des nations.
La distribution la plus connue et la plus
généralement reçue aujourd'hui est celle qui
se recommande par I adoption qu'en avait
faite G. Cuvier. Elle n'ap[*artient pas tout
entière à ce grand écrivain, mais il Ta expo-
sée d'une manière plus complète et plus
précise qu'on ne l'avait fait avant lui. Ce
système rattache les différentes races humai-
nes à autant de chaînes de hautes montagnes,
qui en sont en quelque sorte le berceau. Go
suppose que la première patrie ou la station
primitive des races qui ont peuplé l'Europe
et l'Asie occidentale est le mont Caucase.
D'après cette conjecture, les Européens, un
grand nombre de nations asiatiques, et
même quelques Africains, ont reçu la nou-
velle désignation de Caucasiens. On suppose
de même que les nations de l'Asie orien-
tale ont leur origine dans le voisinage de
la chaîne altaîque; on les désigne sous le
nom de races mongoles, généralisant ainsi
le nom qui appartient en propre à des peu-
ples habitant les plus hautes régions de cette
vaste chaîne de montagnes. Les nègres afri-
cains, auxquels on donne pour berreau le
versant méridional de l'Atlas,* sont désignés
simplement sous le nom de race éthiopienne,
les Ethiopiens étant le seul peuple noir
connu dans la haute antiquité.
C'est par suite de Quelques notions assez
vasues, empruntées les unes à la physique
spéculative, les autres à l'histoire, ou plutdt
à la mylholo^e, qu'on a été conduit a rap-
porter a certains points très-élevés du globe
l'origine des races humaines. Les premières
cimes de montagnes qui surgirent au-dessus
de la surface de l'Océan primitif durent,
comme disent certains philosophes théori-
ciens, être « le premier théâtre sur lequel
se montra la vie organisante de la nature. »
Wildenow et d'autres naturalistes , qui
comme lui se sont occupés de l'histoire des
familles végétales, les supposent concen-
trées d'abord sur un petit nombre de régions
montagneuses, d'où elles se seraient, avec le
temps, répandues vers le plat pays, en pous-
sant des colonies le long des torrents et des
rivières qui prennent leur source dans ces
montagnes. Ainsi, c'est à tous les êtres orga-
nisa, à tous les êtres vivants, gue les hautes
montagnes, suivant une opinion fort com-
mune, auraient autrefois servi de berceau.
Les théories géologiques ont dû aussi
contribuer à populariser ces idées ; et nous
ne voulons pas ici parler seulement des
théories de Buffon et de Baillj, mais encore
des opinions des anciens philosophes, qui,
longtemps avant l'époque de Justin et de
Pline, soutenaient déjà que les montagnes
de la haute Asie devaient avoir été la pre-
mière partie du monde habitée par les hom-
mes, attendu que cette région devait, dans
l'abaissement graduel de température qui
s'opère à la surface de notre planète, avoir
été refroidie la première, et que la première
aussi elle avait dû s'élever au-dessus du
niveau de l'Océan.
D'un autre côté, les traditions poétiques
du monde ancien représentent les hautes
montagnes comme ayant été le théâtre des
i3i7
RâG
DICTIONNAIRE
RâC
m
premières aventures mythiques des dieux
et des hommes, comme les points de la terre
sur lesquels venaient d'abord se poser les
êtres célestes, lorsi}u*ils descenaaient de
leurs demeures éthérées pour habiter parmi
les hommes et pour devenir les patriarches
du genre humain.
Les hautes montagnes sont les pomts du
^lobe sur lesquels l'aurore de Tnistoire a
jeté ses premiers rayons; c'est de là que
part le fil des lé^enaes des premiers Ages,
dans la cosmogonie des Indous, c'est sur le
sommet du Maha-Mcru, montagne qui s'é-
lève au milieu des sept grandes péninsules
(Dwipas), n comme le pistil du lotus au
milieu de ses pétales épanouies, » c'est sur
celte montagne, disons-nous, que Brahma,
le créateur, siège sur un trône élevé couvert
d'or et de pierreries, et est adoré par les
Rishis et les Gandharbhas, tandis que les
gouverneurs des quatre divisions de l'uni-
vers ont leur place sur les quatre faces de
la montagne. Célèbre aux mêmes titres dans
la mythologie de Zoroastre et de l'Iran, la
montagne sacrée Albordj, dont la base re-
pose sur la terre, élève à travers les sphères
célestes, iusqu'aux régions de la lumière
surnaturelley son gigantesque sommet, qui
est le siège d'Ormuzd. C'est de ce sommet
que part le pont de Tshinevad, qui conduit
les esprits bienheureux des hommes pieux
à Gorodman, la voûte solide du ciel et la
demeure des Ferouers et des Amshaspands.
Les prosaïques disciples de Coufucius ont
aussi leur montagne sacrée, le Kuen-Lun,
qui fut, selon les légendes, le séjour des
premiers patriarches de leur race. Les mu-
sulmans de l'Arabie et de la Perse ont leur
Kâf poétique. Les monts sourcilleux de la
Phrygie et de l'Hellade, l'Ida, l'Olympe et
le Pinde, étaient, comme on le sait, fameux
dans l'histoire grecque. Enfin le Caucase lui-
même réclamait sa part de la vénération
accordée aux lieux les plus élevés du globe :
le Caucase, cependant, dans les idées an-
ciennes, n'était pas le heroeau de la race
humaine, mais la demeure de Proraélhée,
le créateur de l'homme et l'inventeur do
l'astronomie.
Cependant toutes ces traditions ne sont
autre chose que les rêves poétiques d'hom-
mes dont l'imacinalion était excitée par le
spectacle des phénomènes météoriques qu'of-
frent les régions montagneuses, phénomè-
nes splendiaes et pour eux incompréhensi-
bh's. Il est impossible de prouver, et l'on
ne peut même supposer avec quelque vrai-
semblance, que 1 espèce humaine ait com-
inenco à exister avant une époque posté-
rieure de beaucoup à celle des dernières rér
volutions physiques qui devaient préparer
notre planète pour l'ordre actuel de la créa-
tioiî, et élever une grande partie de la sur-
face de la terre au-dessus du niveau de
TOcéan. S'il nous était permis de former
une conjecture, ce serait que la race hu-
maine date d'une époque comnaralivemenl
^beaucoup plus récente, et qu elle est née
dans uuf? ré^sion abondante en productions
végétales et animales. Il y a d'ailleurs oae
ancienne tradition conforme à cette hyp(v.
tiièse qui place le berceau du genre humain,
non I as sur le sommet neigeux des monta-
gnes, mais sur le bord de grandes ri?ières
qui fertilisent les régions les plus riches
de la terre : c'est la tradition de ÏHitiom
sacrée des Hébreux. Hiddekel et Perath,
deux des quatre rivières du paradis mosaï-
que, sont bien connues comme étant le Tigre
et l'Euphrate; et à l'époque où a été éciit le
livre de la GeniiCj il est bien probable que
les deux autres rivières étaient é{;aIemeDt
connues.
Je n'essayerai pas de suivre l'histoire des
nations depuis la première période à la-
quelle se rap()ortent les documents de l'ar-
chéologie patriarcale contenus dans la pre-
mière portion du Pentateuque : le chemin
qu'il faudrait tenir est interrompu à chaque
pas par des abîmes dont l'œil ne saurait
sonder la profondeur, et tellement envelop^^é
de ténèbres, que tous les écrivains qui oot
essayé de s'y avancer se sont perdus dans
les obscurités de systèmes tout hypothéi-
ques. Pour trouver un terrain solide, quaoi
on approche des anciens temps, il faut sai-
rre ta marche adoptée pour les sciences io-
ductives, procéder à posteriori j comiceijcer
par les événements tes plus récents, el re-
monter vers le passé en se guidant sur des
traces qui deviennent de moins en moins
distinctes. Si, en suivant cette méthode,
nous cherchons à obtenir une vue un peu
nette de l'état et même de la position locale
des races humaines dans les premières pé-
riodes de la société, nous trouvons les hom-
mes réunis en grand nombre, non sur les
points les plus élevés et les plus stériles de
ta terre, mais sur le bord des rivières et
près de leurs embouchures, là où se trou-
vaient réunis les moyens de eommunicaduo
avecî l'extérieur aussi bien qu'avec les cou-
tréos intérieures. Le berceau des nations pri-
mitives (de celles du moins oui ont formé
de grandes populations et ont laissé un nom
célèbre) semble avoir été placé dans de gran-
des plaines ou de grandes vallées parcourues
par des canaux navigables et fertilisées par
des ruisseaux nombreux. C'est dans trois
contrées favorisées par de tels avantages que
la civilisation a fait ses premiers pas, uu'ufll
été fondées les premières cités ; c'est ft qne
se sont développées les premières institu-
tions politiques, (jue sont nés les arts qui
embeltissent la vie. Dans une de ces con-
trées, les nations sémitiques, ou syro-arabes
échangèrent leurs simples habitudes de peu-
ples pasteurs contre la splendeur et le lu"
de Nmive et de Babylone. Dans une seconde,
la race indo-européenne, ou japélique, porta
au plus haut point de perfection le plus saTant
de tous les dialectes humains, dialecte desûné
à devenir par la suite, et avec des modifica-
tions diverses, la langue-mère des nations de
l'Europe. Dans une troisième, enfin, dans la
terre de Ham, arrosée iwr le Nil, naquirent
et la littérature hiéroglyphique, et les nri^
dans lesquels l'Egypte, pendant la preniicnf
«il9
E.\C
û'A^iTHROPOLOGie.
RâC
i2sa
ère historique» avait une telle supériorité
sur le reste du monde.
On verra que dans ces trois grandes fa-
milles» et dans celles qui leur sont alliées
par Torigine et le langage» sont comprises
presque toutes les nations civilisées» et
même» on peut le dire» la plupart des nations
connues de «Fantiquité. En considérant ces
trois familles comme autant de branches de
I espèce humaine» il devient inti-ressant de
recnercher les différences physiques qui
existaient entre elles. Les informations que
nous donnent sur ce sujet les anciens écri-
vains sont en général très-incomplètes; ce-
pen.iant, en réunissant divers renseigne-
ments é(>ars dans leurs ouvrages, nous pou*
Tons arriver à la preuve que les trois races
dont nous parlons différaient entre elles par
de certaines particularités physiques. Nous
▼oyons qu'au temps d'Hérodote tous les
peuples basanés, bruns ou noirs» tous les
peuples à cheveux crépus ou frisés, è nez
aplati et à grosses lèvres» c' est-à-dire tous
ceux gui se rapprochaient un peu du uè^e
africain, étaient supposés, à raison de ces
caractères et non i)our d'autres causes, être
alliés de très-près aux Egyptiens» quoique
probablement ceux-ci ne* ressemnlassent
point aux véritables nègres» dont la race
était presque inconnue des Grecs. Les peu-
ples de la haute Asie» c'est-à-dire des con-
trées assyriennes, sont signalés par Hippo-
crate comme remarquables par la beauté de
lenrs formes, par leur taille avantageuse»
et diffèrent très -peu entre eux par leur
apparence et leur stature (762) : de sorte
qu'ils se ressemblaient plus entre eux que
ne se ressemblent les peuples eurof>éens.
Nous pouvons considérer cette description
comme se rapportant à la race syro-arabe.
Dautre part» nous trouvons çà et là, don-
nées incidemment» des descriptions des
Grecs, des Thraces» des* Italiens, des Celtes»
des Germains» et nous pouvons, par ce
moyen» nous faire une idée assez juste des
particularités physiques qui caractérisaient
les peuples européens. Mais ces peuples ne
composent pas à eux seuls notre troisième
branche de l'espèce humaine, laqnelle com-
prend aussi certaines nations de l'Asie mé-
ridionale : nous désignerons donc par l'épi-
thète composée d'InJo-Européens les hom-
mes appartenant à cette race, que Schloezer
et d'autres écrivains allemands nomment,
japétiques» de même qu'ils désignent sous
le nom de Sémitiques» ou Sfaémites»les peu-
ples appartenant a la race que nous avons
nommée syro-arabe.
Nousnepouvons pas, d'ailleurs» considérer
ces trois divisions de l'ancien monde civilisé
comme répondant exactement aux trois
gran<ies divisions qui reposent sur la forme
du crâne : parmi les peuples qu'elles com-
prennent» on n'en voit point de nomades»
point de sau vazes ; aussi ne trouve-t-on pas
chez eux ces formes de crânes qui appar-
tiennent presque exclusivement aux races
d'hommes vivant dans Tun ou l'autre de ces
deux états; tous ontcetle forme de tête ovale
ou elliptico-sphériqiie» que nous avons re-
connue être la forme dommante chez les na-
tions dont la civilisation a développé les
Cicultés. Mais bien qu'on ne puisse pas dire
que les E.j:yptiens eussent le crâne éiroit»
le crâne prognathe du véritable nègre» ni que
les nations Indo-Européennes eussent le
crâne pyramidal des peuples de la haute
Asie ou des Jchihyophages du Nord» cepen-
dant on ne laisse pas que d'apercevoir un
certain air de parenté» d'une part entre les
Indo-Euro[)éens et les Asiatiques septen-
trionaux; de l'autre» entre les Egypticuis et
les nations de l'Afrique centrale. Par le
teint et plusieurs autres caiactères physi-
ques» les Egyptiens étaient une race afri-
caine. Dans Test et même dans le centre de
l'Afrique, il existe, ainsi qu'on l'a feit
voir, diverses tribus qui ressemblent beau-
coup aux Egyptiens par leurs caractères
physiques; et même, en prenant les diverses
peuplades noires qui habitent cette partie
du monde» on pourrait former une série qui
nous conduirait par degrés insensibles» du
type égyptien au type nègre le plus forte-
ment prononcé.
Si nous passons à des considérations d'uo
autre ordre, nous remarquerons que la lan-
^e égyptienne, dans les principes essen-
tiels de sa construction grammaticale » a
beaucoup plus d'analogie avec les idiomes
africains qu'avec aucune des langues par-
lées chez les autres peuples; de même, les
langues de l'Asie septentrionale portent avec
elles de nombreux indices delà parenté, à la
vérité un peu éloignée, qu'elles ont aYoc les
idiomes de la race Indo-Européenne. La
forme ovale du crâne» qui est le type {Té-
dominant chez ces dernières nations, les dis-
tingue sans doute des Asiatiques à face
élargie; mais nous pouvons montrer par de
nombreux exemples que ce caractère n'est
pas constant, et que lorsque les nations no-
mades se sont organisées et civilisées, elles
ont acquis une forme de tète seiablahie à
celle des Européens.
Prichard divise lafomille humaineen trois
branches ou trois grouj*es principaux. Le
premier groupe est celui des nations syro-
arabes, qu'un célèbre chirurgien français,
le l)aron Larrey, considère comme le type le
plus pariait et même comme le proloty|»edu
genre humain. Ces nations occupeutùne po-
sition centrale» et sont de chaque côté sé-
parées du contact des barbares }iar les peu-
ples compris dans les séries suivantes. Les
égyptiens forment son second groupe, et les
Indo-Européens le troisième. Les dilTérences
physiques entre toutes ces nations ne sont
pas tellement grandes que la plupart des ob-
servateurs ne puissent les attribuer à Tin*
fluence du climat et à la diversité des mcMirs
et eu genre de nourriture.
De la description des Egyptiens il passe à
celle du grand corps des nations de l'Afrique ;
(76i) (Envrêf complètes^ Irad. par £. LiUré; Paris» !&iO» t. Il, p. 55.
4251 . RAG DICTIONNAIRE
c/ de même après avoir décrit les Indo-Eu-
TOiféenSf il parle des peuples de la haute
Asie.
Parmi les peuplades africaines, il s'en
trouve plusieurs qui sont à Tétat sauvage dans
son dernier degré, se nourrissant seulement
des fruits que la terre donne sans culture, ou
du produit accidentel de leur chasse, et vivant
au milieu des forêts, presque sans vêtements
et sans abri. Quant aux habitants de la haute
Asie, ils sont principalement nomades; la
rigueur du climat, la nature même du pays
qui n'offre guère que de vastes steppes, et où
rien de ce qui peut servir à la nourriture de
riiomine ne naît spontanément, exclut de ces
régions toute tribu réduite au-dessous de la
condition des peuples pasteurs. Poury pouvoir
subsistera Tétat nomade, l'homme (Toit déjà
posséder quelques biens, être familier avec
quelques-uns des arts les plus simples, et con-
naître l'usage des vêtements, des tentes et des
chariots. Toute peuplade que l'indolence ouïe
malheur auraient privée de ces ressources pé-
rirait infailliblement dans les déserts de la
Tartarie ; sur les bords du Sénégal ou de la
Ouara, elle dégénérerait seulement et des-
cendrait à l'état sauvage, c'est-à-dire passe-
rait dans une classe qui offre des caractères
physiques différents de ceux des nomades.
Parmi les sauvages de l'Afriaue, nous trou-
vons la forme de tête prognatne avec tous les
traits qui raccompagnent ; et ces traits sont
d'autant plus prononcés, qu(ila dégradation
morale et physique de la race est plus grande.
Quant aux habitants de l'Asie septentrionale,
ils ont pour la plupart le crâne pyramidal et
la face élargie.
La nature n'a pas fait des races; elle n'a
créé que des individus, et c'est nous qui, dans
rimpossibilité de saisir chacun de ces êtres
innombrables, les réunissons de manière à
former des groupes oui nous offrent le simple
caractère de l'individualité; il ne faut donc
pas chercher dans ces groupes Timportance
qu'offrent les choses pourvues d'une exis-
tence réelle. Ils ne sont pour nous qu'une
sorte d'échafaudage au moyen duquel notre
esprit opère d'une manière à la fois plus
sûre et plus rapide. Trop peu nombreux, ils
facilitent extrêmement 1 exercice des opéra-
RAC
im
G0?1«I.
GEBDT.
Rtce blanche, BltMhe.
ou Csiueaslaue. JaiiBe.
Jaune, ou Hoii- Nègre,
jroiique. Roage.
Nègre, ou Blhio*
pique.
BLUMimVBâai.
C^ucasieone.
MoDgoliiiue.
Ethlopique.
Atnéricaiae.
Polaire.
FI noise.
Sclavoae.
Caocisique.
Hyperboréenne.
Mongole.
Ethiopipnne*
Américaine.
Malale.
BOBT Oa 8AI1IT-
TJRCX5T.
Japélique.
Arabique.
llinJone.
BiaDfîhe.
Jaune.
Nègre.
Brune.
Monitraease.
'tibkt.
Blaoclie.
Basanée.
Noire.
Ccivrenae.
Brone foncée.
Noirâtre.
DBSMOVLma.
Cello - Scylh
Arabe.
Mongole.
tions intellectuelles, mais ils renferment des
êtres trop différents les uns des autres; trop
nombreux au contraire, ils rendent ces opé-
rations extrêmement complexes, mais ils
nous rapprochent beaucoup de la vérité,
qui ne se rencontre que dans rindividu.
Ces races, qui présentent des difféream
d'organisation i>ermanentes, héréditaires et
indépendantes du climat et des autres cir-
constances accessoires, qui sont de véritables
souches fondamentales et originelles, qui ne
paraissent plus aussi distinctes ({u'elles ont
dû Têtre dans Torigine des sociétés, qui se
sont insensiblement mélangées entre elles
par l'effet du commerce, de la guerre, des
expéditions des conquérants, des emigratious
forcées ou volontaires des peuplades entiè-
res, diffèrent les unes des autres, non-seule-
ment par l'extérieur du corps, mais encore
par la charpente même qui lui sert de sou-
tien. En les rapprochant par leurs affinités,
on arrive à classer méthodiquement les hom-
mes, non plus comme l'histoire politique
sépare exac^tement les nations, d*après leurs
dénominations et les limites de leur terri-
toire, mais comme Thistoire naturelle dim
tous les corps organisés, en prenant poQc
point de départ les particularités de leur o^
ganisation.
Sans prétendre analyser ici les systèmes
imaginés à ce sujet, depuis le xvu* siè-
cle , par quelques esprits méthodiques,
nous rappeUerons seulement ({u'on a aban-
donné totalement la classification géographi-
que suivie par Linné, quand il a partagé les
hommes en Européens, en Africains, ea
Asiatiques et en Américains ; ceDe de Hun-
ter, qui, prenant pour base les diverses tein-
tes de la peau, divisait les individus de notie
espèce en mi-blancs, en basanés, en cuivrés,
en rouges, en bruns et en noirs; celle enfin,
beaucoup plus récente, de C. Meiners, qui,
dans un ouvrage allemand publié d^abord
en 1793, n'admet que deux races, la belle et
la moins belle, et a mérité d'être taié de
partialité, en rangeant les blancs dans h
première.
Le tableau suivant résume les neufs das-
siGcations tentées jusqu'à ce jour par les
naturalistes.
■ALTlMim.
GoUiico-garma-
OrcideiiUle de
l'Europe.
Grecque et Pela-
gkiiie.
Aiabe.
Indienne.
Mattre»
TarU e et Mon*
«Ole,
Noire.
Basanée da grand
Océan.
Ainérieataie.
Malaise.
Noire de i'Oeéaa
pactlk|ue.
Noire de l'Afri-
que orientale
BOIT DC saikt-
vmcBiiT.
Sdtlqoe*
Si nique.
Hy^*erl)oréeone.
Neplunienne.
Ausiralasienne.
ColoiDlyiqtte.
Amérieatue.
Patagone.
Eibiopienoe.
CaTre.
lléiaai«ttae«
Houenloie.
Msnocua>
Ethiopirtne.
Eoro-Afincaiit
Aiiairo AfiiniBf'
Mahiiw oa Oc(»
nique.
I^apone.
Nègre Orf«-
Mieaae,
l«istr>lasifia&
I
i:
Ii63
RAC
VAMUROTOLOGIE.
RAC
1251
Les dilTércntes races d'hommes ne se dis-
tinguent point les uns des autres par des
caractères fortement marqués, uniformes
et permanents, comme se distinguent entre
elles direrses espèces d'un genre quelconque
d animaux. Toutes lesdiversités qui existent
sont des diversités variables ; on \)asse de
l'une à l'autre par des nuances insensibles,
comme si l'on assistait aux différentes phases
d'une transformation graduelle; elDièmedans
beaucoup de cas, on a historiquement la
preuve que ce que l'on observe est en effet le
résultat d'une modiOcation opérée sous l'in-
fluence du temps et des agents extérieurs.
Ainsi, si nous considérons les variétés de
forme, généralement regardées comme les
premières en importance, et que nous com-
mencions par les plus fondamentales de tou-
tes, celles qui se présentent dans le sque-
lette, et en particulier dans la tète osseuse,
nous trouverons qu'il n'y a pas un seul des
types particuliers qui ne subisse des dévia-
tions et n'offre des exemples de passade à
une autre forme. Dans plusieurs races qui ont
généralement et originairement (du moins
autant que l'histoire peut autoriser l'emploi
d^une semblable expression} la forme pyra-
midale du crâne et l'élargissement de la face
du type mongol, la forme ovale de la tète et
les traits du type européen apparaissent non-
seulement comme variété individuelle, mais
dans bien des cas comme caractères distinc-
tîfsd^une tribu. C'est ce qui résulte évidem-
ment des faits que nous avons présentés, en
parlantdes cinu grandes races nomades, eten
décrivant les Cninois, les Coréens, les Japo-
nais et les nations indo-chinoises. ^Voy.ces
mots.)
Les races noires nous présentent égale-
ment des variations de ce genre dans les
formes du crâne. Ainsi, pour l'hémisphère
boréal, les nations soudaniennes, qui ont la
couleur et la nature des cheveux du nègre
proprement dit, présentent une forme de tète
foute différente, et le type varié, aon-seule-
ment d'une tribu à l'autre, mais encore dans
le sein d'une même tribu; pour l'hémisphère
Austral, nous avons vu (Voy, Cafres) sur le
Îlateau de la Cafrerie, (Jes Africains noirs et
chevelure laineuse awoc des traits presque
européens, tandis que, dans les plaines l)as-
ses, les nomades hottentots nous présentent
des caractères physiques très-voisins de
ceux qui forment le caractère dominant des
nomades de la haute Abie. Dans les races
aborigènes du nouveau monde, nous avons
trouvé {Voy. AntmcAiNs) au lieu de cette
uniformité qu'on avait supposée longtemps,
les variations les plus tranchées. Ainsi, pour
les formes Ae la tète osseuse, nous avons vu
que plusieurs des principaux ty)>es se trou-
vent parmi ces races, et se retrouvent, non
pas seulement quand on embrasse toute la
population du nouveau continent et que Ton
eofupare entre eux les différents groupes
dont cette population se compose, mais en
prenant les nations d'un seul et même groupe;
enfin, nous avons trouvé ces différents tvpes
dans le sein d'une seule nation où ils se
S résentent comme cas de variétés indivi-
uelles.
Hais, de même qu'une seule nation peut
nous offrir la réunion de plusieurs types
crâniens, il arrive aussi que le même type
se montre chez des nations appartenant à
des races complètement distinctes. C'est ce
que mettent ^n évidence trois têtes figurées
far Prichard, têtes qui appartiennent, lune
un naturel du Congo, la seconde è un in-
digène américain, et la troisième à un Chi-
nois. < Je me suis borné, dit-il, à ce seul
exemple, mais il m'eût été farile de les mul-
tiplier, et j'aurais pu même en présenter de
beaucouD plus frap|>ants, si, au lieu de me
borner a choisir |>armi les crAnes que je
{)Ossède, i'avais voulu mettre à contribution
es ^andes collections eihnolOc:i(]ues. »
Si des variations de formes nous passons
aux variations de couleur, nous les trouvons
et plus nombreuses et plusapparentes encore,
même sans sortir des limites d'une seulo
race. 11 n*y a peut-être pas une seule grande
souche des nations , avant ses branches
répandues dans différents climats, qui ne
présente, sous ce rapport, les variétés le
plus fortement marquées. Il est vrai que
parmi les colons européens établis dans des
climats chauds, ces variétés ne sont pas
encore très-sensibles au bout d'un petit nom-
bre de générations ; mais, dans beaucoup de
cas bien connus des colonisations déjà an-
ciennes se manifestent de la manière la plus
évidente. Nous les avons constatées pour les
Juifs et les Arabes {Voy. SéiirriQUEj, et nous
les avons peut-être mieux fait ressortir
encore en comparant les tribus indoues ou
plutôt de race indienne, répandues dans
toute rinde, avec les tribus qui habitent
l'Himalaya. Nous pourrions ajouter une
multitude de faits aussi concluants, et nous
serions même pleinement autorisés à pren-
dre pour exemple Fensemble de la famille
indo-européenne, puisque c'est d*une .«eule
et même souche qu'ont dû sortir la rare go-
thif]ue, la race iranienne et cette branche
ariane de l'Inde, qui comprend à la fois les
blonds Siah-Posh du Kafiristan, les habitants
aux cheveux jaunâtres et aux yeux bleus des
villages de Jumuotri et de Gangotri, et les
Indoos noirs d'Anu-Gangam.
On a cité souvent les tribus aborigènes de
l'Amérique, comme présentant, à cet égard,
une exception à la loi déduite des faits ob-
servés dans l'ancien continent; c'est-è-dire
qu'on a prétendu que la couleur de la peau
chez ces peuples était indépendante du cli-
mat. Nous avons vu, au contraire, que cette
influence des agents extérieurs ressort d'une
manière non moins évidente de la compa-
raison établie entre des nations appartenant
toutes à la souche ^éricaine, que de celle
qui porterait d'une part sur les habitants de
1 Europe, et de l'autre, sur les races noires
de l'Arrique : témoin les Américains blancs
de la côte nord -ouest et les noirs habitanls
de la Californie. {Voy ce* mois )
Si quelqu'un pouvait douter encore de la
relation qui existe entre la couleur des ra*:es
425Î5
HÂG
DICTIONNAIRE
RAC
tiSf;
humaines et les climats des différents pays
qu'elles habitent, il nous suffirait d'en appe-
ler aux faits les plus généraux que présente
l'histoire de l'espèce humaine, à ceux de ses
traits qui sont le plus fortement marqués.
Ainsi, il est évident que la zone torride
est le siège principal des races noires, que
les zones tempérées sont celui des races
blanches , et que dans les climats en dehors
des tropiques, mais qui en sont encore assez
voisins, se trouvent des nations dont la cou-
leur est intermédiaire entre la teinte la plus
foncée et la teinte la plus claire. On peut
ajouter à cette observation, que sur les hau-
tes montagnes, et dans les pays très-élevés,
se trouvent des hommes dont la couleur est
généralement plus claire que celle des habi-
tants des pays dont le niveau est de très-peu
supérieur à celui de l'Océan, comme sont
les plaines sablonneuses et les districts ma-
réca^^ieux du bord de la mer. Ainsi, en com-
mençant par l'Afrique, nous trouverons ré-
pandues sur ce vaste continent, un grsnd
nombre de races distinctes (du moins autant
que Ton est autorisé à considérer comme
telles des races qui diffèrent parle langage),
et Ton observera que celles qui habitent entre
les tropiques, quelque dissemblables qu'elles
puissent être d'ailleurs sous beaucoup d'au-
tres rapports , se ressemblent toutes par la
couleur; de sorte que si nous considérons
l'Afrique comme divisée en trois parties par
les deux lignes tropicales , ces deux lignes
formeront réellement la limite géographique
des races à peau noire. La nature des che-
veux est peut-être un des caractères les plus
permanents des différentes races, et pour-
tant ce n'est pas encore là un caractère
essentiellement fixe : rien no nous prouve
qu'il ne puisse subir des modifications sous
1 influence de circonstances extérieures pro-
longée pendant une longue suite de généra-
tions. En effet, bien qu'on ait coutume de
dire que les nègres ont la tète couverte de
laine, leurs cheveux ne se distinguent réel-
lement de ceux des autres hommes que par
des différences extérieures; ils offrent, ainsi
que nous l'avons fait voir précédemment
(» o^. Cheveux humains.}, la même structure
iiili e , structure qui ne permet eu aucune
fa .on qu'on les assimile à la laine. Au reste,
si 'pour les animaux les différences les plus
marquées dans le système pileux ne consti-
tuent pas des distinctions spécifiques, des
différences dans l'aspect de la chevelure
n'auront pas plus de valeur pour les hom-
mes, et on pourra d'autant moins leur accor-
der une telle importance qu'elles ne pré-
sentent rien de tranciié, quand on ne se
borne pas à considérer les variétés extrêmes.
Si nous {irenons en bloc les nations afri-
caines, c'est-à-dire les tWbus noires, dont le
séjour dans ce pays remonte à un temps
immémorial, nous trouverons parmi elles
toutes les gradations possibles dans la tex-
ture des cheveux, depuis celle que nous
présente la tôle ratinée du Cafre avec ses
petites mèches courtes et serrées , collées
contre le péricrûne, jusqu'aux boucles à
grosse frisure du Berbère, et de Ih à lacbN
velure simplement ondée du Touarick ou do
Tibou. Dans quelques cas même, il parait
Î[u'on peut suivre historiquemenl la iraib-
ôrmation.
Disons à présent quelques mots, premiè-
rement, des variétés physiologiques, ou des
différences existant entre les races humaines
relativement aux lois de l'économie animale,
et secondement, des variétés psychologiques,
c'est-à-dire des diversités dans les faculiés
et les habitudes mentales, ou, en d'auirb
termes, dans le caractère intellectuel el mo-
ral des nations.
Comparaison physiologique dbs races hi*
HAINES. — J'ai dit ailleurs [Yoy, Gvunai
Variations], que la physiologie. comparée
fournissait un bon critérium .pour détermi-
ner l'identité ou la diversité spécifique de
deux ou de plusieurs races d'animaui, donl
l'origine commune était mise en questiuQ.
Le critérium auquel je faisais allusion, rp-
pose sur celte observation générale que,
pour les variétés mômqs les plus divergentei
d'une seule es[ èce, les grandes foncliuusde
l'économie animale s'exécutent suivant m
mode parfaitement uniforme , taudis qu'ils
se présentent toujours avec des circonstances
différentes quand on les observe dans des
espèces réellement distinctes, quelque voi-
sines que puissent être ces esj^èces. H s'agit
maintenant de faire aux races hunaaines
l'application de cette remarque, ce qui nous
conduira à une série de recherches un peu
différentes de celles dont nous nous sommes
occupés jusqu'ici, et de voir si nous arme-
rons cependant ainsi aux mêmes concIusioDs,
relativement à la question principale que
nous nous étions proposé de discuter.
L'économie animale se montre dans toutes
ses fonctions soumise à des lois constantes:
ainsi, pour ne parler que de celles qui ont
rapport à la rej^roduction , les époques des
fécondations, l'intervalle qui les séj are» la
durée de fa gestation chez les mammifèips,
celle de l'incubation chez les oiseaux. I?
nombre de petits, le lemiîs pendant lequel
ils ont besoin des soins de leurs parents, etc..
sont autant de circonstances fixées |Hjur
chaque espèce d'une manière invariable!
Pour chacune aussi, quoique certains indivi-
dus puissent offrir des exceptions, la nature
a réj^lé d'avance la marche du dévilopic-
ment de lor^anisme, le temps qu'il feul
à ranimai pour arriver à sa plus grande vi«
gueur, celle où il commence à décliner, les
différentes phases par lesquelles il passe,
enfin la durée totale de sa vie.
Avant d'entrer dans le nouveau champ de
recherches que nous venons d'indiquer, il
convient de faire une remarque qui devra
modifier sins^ulièrement les conséquences ï
tirer des faits qui vont passer sous nos
yeux : quoiqu'il suffise d'un rapide examen
Eour arriver à reconnaître çu'iî n'y a pas, à
eaucoupprès, autant de différence dans la
structure des organes internes et dans leurs
fonctions, que dans les caractères exlérieun>,
tels que la couleur de la peau, la nature Jc>
\î\l
RAC
BANTimOPOLOCIE.
RAC
Hj»
produclious é^iJermoïques, etc., il ne faut
\)^$ croire que les phénomènes physiologie
qiies et les appareils du jeu desquels ils ré-
sultent, ne soient sujets à aucune rariation,
môme dans les fonctions internes. Nous avons
(ait allusion ailleurs {Voy, Variatioi^s, Gen-
re) au changement singulier qui se pro-
duil chez les yaches, par suite de l'inter-
TeiitioD de l'homme , changement dont
riiahitude fait, pour la plupart des races, un
caractère héréditaire, et qui a pour résultat
de prolonger la dorée du temps pendant le-
quel l'animal peut donner du lait. Ce fait,
ainsi que d'autres crue nous ayons é^^alc-
menl indiqués, semble prouver que lorsque
les animaux domestiques ont été placés
daos certaines conditions, en vertu des-
gueHes leur nature a subi une modification
particulière, et lorsqu'ils ont obéi pendant
plusieurs générations à une nouvelle loi ,
rijabilude devient, p)our la race, comme une
^etoudcnature.Orcequenousobscrvonspour
1rs races d'animaux inférieurs, s'observe
lussipour les races humaines , et l'on jîeut en
(iter de nombreux exemples. Nous avons vu
«liierhcz les animauxqui habitent depuis des
Modes les hauteurs des Amies de rAméri-
•|ne du Sud (Voy. Péruvibns), la poitrine
<M plus dévelopj)ée, les poumons sont [dus
larges que parmi les tribus du plat pays;
nidb en mémo temps que nous remarque-
rons combien cette i.arlicularilé de constitu-
Mou e»l utile à des hommes obligés de res-
pirer un air très-raréfié, nous neoevrons pas
j-erire de vue que cette modification est
j'nViséwent celle que tendent à produire
I«*s circonstances extérieures dans lesquelles
i'^ sont placés ; de sorte qu'au lieu d'en
eotiriure du fait observé que les Quichuas
et les Aymaras forment une race particulière
'iiii a été créée originairement avec une
'onslitulion api>ropriée aux circonstances
tntMes dans lesquelles elle était destinée à
vivre, nous pouvons continuer à voir en
eux des branches de la crande famille amé-
ri<aine; nous pouvons les citer en exemple
'-''S effets produits par Tinlluence longtemps
[prolongée des agents extérieurs et de Tha-
I Jtadc , effets oui ont pour but de mettre
''»rgrtnisnie et les fonctious en harmonie
iTcc de nouvelles conditions d'existence. Ce
eu! exemple suffirait pour nous donner une
Ï('Q des modifications que peuvent subir les
'ï^es humainos , et qui ont |>our résultat
'aiJa/)ler leur constitution au climat dans
*'iucl elles sont appelées à vivra ; mais des
•|^ analogues se présentent de tous côtés,
o(ir peu qu'on se donne la peine d'ouvrir
*s yeux.
</nand nous considérons , d'une part ,
Arabe qui se contente, pour sa nourriture
•urnalierc, de cinq dattes et d'un peu d'eau;
t de (autre, l'Esquimau qui dévore dans un
^'>as des quantités énormes de lard de lia*
ine ; quand nous voyons le premier, svelte,
'765) Stormout, Effet sur la topographie médicaie
ta eàu occidentale d'Afrique , et particulièrement
r celle dt ta eolonii de Sierra-Leone ; Paris, f 8^,
DiCTtofiii. d'Ahthropologib.
agile et musculeux, quoique maigre; le se-
cond, trapu, gras et pesant, nous savons bîen
que ces différences dans les caractères exté-
rieurs sont l'indice de modifications plus
profondes encore dans l'organisation, mais
nous voyons aussi les causes extérieures en
vertu desquelles ces modifications tendent à
se produire. Mais il y a des cas où nous ne
pouvons pas nous rendre compte de la ma-
nière dont agissent ces influences exté-
rieures, et où nous n'en devons pas moins
supposer qu'elles sont, avec les modifica-
tions que nous observons dans des rapports
de cause à effet. C'est à quoi nous ne pou
vous guère nous refuser, par exemple, quand
nous voyons que c«s modifications ont i)0ur
résultat d'adapter un type organique parti-
culier aux conditions locales d'existence.
Il n'est pas douteux que ce ne soit d'après
un principe semblable que la constitution
de certaines races se modifie assez pour
supporter, sans inconvénient, des climats qui
sont malsains et souvent même mortels pour
d'autres races. Ainsi le climat de Slerra-
Léone (763), qui est si fatal aux Européens,
n'exerce, pour ainsi dire, aucune fâcheuse
influence sur les naturels ; or, ce qui prouve
que cela ne tient pas à une différence ori-
ginaire dans l'organisation, c'est que quand
on a amené, de Ta Nouvelle-Ecosse dans ce
pays, des nègres libres, dont les ancêtres
avaient résidé pendant quelques générations
dans un climat fort différent , hs ont été
sujets à leur arrivée aux mêmes maladies
que les Européens : c'est un fait qui a été
attesté à Pricnard par un habile méclecia,
qui avait fait un long séjour dans ia colonie.
Dans ses Recherches sur Vhistoire physique
du genre humain, Prichard a réuni un grand
nombre d'exemples semblables d'acclimata-
tions et de changements survenus dans des
races transportées sous un nouveau climat.
])e l'ensemble des faits qu^il a cités, résulte
la preuve que ce changement ne s'opère que
graduellement et n'est complet qu'après plu-
sieurs générations, mais que, une fois pro-
duit, les nouveaux caractères deviennent
héréditaires et restent imprimés d'une ma-
nière permanente sur la race.
Si donc on fait la part de ces modifications
qui s'opèrent en vertu de la loi d'adaptation,
on trouvera qu'il v a chez toutes les races
humaines une uniformité remarquable rela-
tivement aux principales lois de l'économie
animale, relativement aux grandes fonctions
physiologiques.
La durée moyenne de la vie humaine est
à peu près la même chez les différentes ra-
ces d'hommes. Cependant, afin d'estimer k
leur juste valeur les faits sur lesquels on
opère dans les travaux relatifs à cette ques-
tion, il faut prendre en considération l'im-
mense influence que le climat exerce sur
les lois de la mortalité, et se rappeler en-
core que cette cause n'est pas la seule qui
în-i*'. — TirtveNOT, Traité des maladies des Bstro^
péens dans les paffs chauds; 1840, p. 208.
40
I2.S5
^kC
DICTIONNAIRE
RAC
V^
humaines et les climats des différents pays
qu elles habitent, il nous suffirait d'en appe-
ler aux faits les plus généraux que présente
l'histoire de Tespèce humaine, à ceux de ses
traits qui sont le plus fortement marqués.
Ainsi, il est évident que la zone torride
est le siège principal des races noires, que
les zones tempérées sont celui des races
blanches , et que dans les climats en dehors
des tropiques, mais qui en sont encore assez
voisins, se trouvent des nations dont la cou-
leur est intermédiaire entre la teinte la plus
foncée et la teinte la plus claire. On peut
ajouter à cette observation, que sur les hau-
tes montagnes, et dans les pays irès-élevés,
se trouvent des hommes dont la couleur est
généralement plus claire que celle des habi-
tants des pays dont le niveau est de très-peu
supérieur à celui de l'Océan, comme sont
les plaines sablonneuses et les districts ma-
réca^^eux du bord de la mer. Ainsi, en com-
mençant par l'Afrique, nous trouverons ré-
pandues sur ce vaste continent, un grand
nombre de races distinctes (du moins autant
que Ton est autorisé à considérer comme
telles des races qui diffèrent parle langage),
et l'on observera que celles qui habitent entre
les tropiques, quelque dissemblables qu'elles
puissent être d'ailleurs sous beaucoup d'au-
tres rai)ports , se ressemblent toutes par la
couleur; de sorte que si nous considérons
l'Afrique comme divisée en trois parties par
les deux lignes tropicales , ces deux lignes
formeront réellement la limite géographique
des races à peau noire. La nature des che-
veux est peut-être un des caractères les plus
permanents des différentes races, et pour-
tant ce n'est pas encore là un caractère
essentiellement fixe : rien ne nous prouve
qu'il ne puisse subir des modifiiations sous
1 influence de circonstances extérieures pro-
loujjée pendant une longue suite de généra-
tions. En effet, bien qu'on ait coutume de
dire que les nègres ont la tète couverte de
laine, leurs cheveux ne se distinguent réel-
lement de ceux des autres hommes que par
des différences extérieures; ils offrent, ainsi
que nous l'avons fait voir précédemment
que 1
Cheveux humains.), la même structure
inli e , structure qui ne permet eu aucune
fa, on qu'on les assimile à la laine. Au reste,
si pour les animaux les différences les plus
marquées dans le système pileux ne consti-
tuent pas des distinctions spécifiques, des
différences dans l'aspect de la chevelure
n'auront pas plus de valeur pour les hom-
mes, et on pourra d'autant moins leur accor-
der une telle importance qu'elles ne pré-
sentent rien de tranché, quand on ne se
borne pas à considérer les variétés extrêmes.
Si nous [irenons en bloc les nations afri-
caines, c'est-à-dire les tfibus noires, dont le
séjour dans ce pays remonte à un temps
immémorial, nous trouverons parmi elles
toutes les gradations possibles dans la tex-
ture des cheveux , depuis celle que nous
présente la tête ratinée du Cafre avec ses
petites mèches courtes et serrées , collées
contre le péricr5ine , jusqu'aux boucles à
grosse frisure du Berbère, et de li à la ch^
velure simplement ondée du Touarick ou do
Tibou. Dans quelques cas même, il parait
Sp'on peut suivre historiquement la trans*
ormation.
Disons à présent quelques mots, premiè-
rement, des variétés physiologiques, ou des
différences existant entre les races humaines
relativement aux lois de l'économie animale,
et secondement, des variétés psychologiques,
c'est-à-dire des diversités dans les ucullés
et les haliitudes mentales, ou, en d'autres
termes, dans le caractère intellectuel el mo-
ral des nations.
Comparaison physiologique des races hc-
MAiNEs. — J'ai dit ailleurs {Voy. GEVREel
Variations), que la physiologie. comparée
fournissait un bon critérium .pour détermi-
ner ridentité ou la diversité spécifique de
deux ou de plusieurs races d*aniiiiaux, dont
l'origine c/)mmune était mise en question.
Le critérium auquel je faisais allusion, re-
pose sur cette observation générale que,
pour les variétés mémçs les plus divergentes
aune seule es| èce, les grandes fonctiousde
Téconomie animale s'exécutent suivant n
mode parfaitement uniforme , tandis quils
se présentent toujours avec des circonstances
ditiérenles quand on les observe dans des
espèces réellement distinctes, quelque toI-
sines que puissent être ces espèces. Il s'agit
maintenant de faire aux races humaines
Tapplication de cette remarque, ce qui nous
conduira à une série de recherches un peu
différentes de celles dont nous nous somms
occupés jusqu'ici, et de voir si nous arrive-
rons cejiendant ainsi aux mêmes conclusions,
relativement à la question principale que
nous nous étions proposé de discuter.
L'économie animale se montre dans toutes
ses fonctions soumise à des lois constantes;
ainsi, pour ne parler que de celles qui cMit
rapporta la refToduction, les époques des
fécondations, Tintcrvalle qui les séj are, la
durée de la gestation chez les mammifères,
celle de Tincubation chez les oiseaux, le
nombre de petits, le temiis pendant lequel
ils ont besoin des soins de leurs parents, etc.,
sont autant de circonstances fixées jiour
chaque esièce d'une manière invariableî
Pour chacune aussi, quoique certains indivi-
dus puissent offrir des exceptions, la nature
a réglé d'avance la marche du dévclupie-
ment de l'organisme, le temps qu'il faut
à ranimai pour arriver à sa plus grande n«
gueur, celle où il commence à décliner, les
différentes phases par lesquelles il i^sse,
enfin la durée totale de sa vie.
Avant d'entrer dans le nouveau champ de
recherches que nous venons d'indiquer, il
convient de faire une remarque qui devra
modifier singulièrement les conséquences à
tirer des faits qui vont |)asser sous no«
yeux : quoiqu'il suffise d'un rapide examen
Eour arriver à reconnaître qu'il n'y a pas» i
eaucoup près, autant de différence dans li
structure des organe^ internes et dans leurs
fonctions, que dans les caractères extérieurs,
tels que la couleur de la peau, la nature Je?
Il
iV.l
RAC
D'AXTIIROPOLOCIE.
RAC
ltS8
prûduc(iou6 é^iJermoIques, etc., il ne but
l>ds croire que les phénomènes pbvsiologî*
ques et les appareils du jeu desquels ils ré-
sultent, ne soient sujets a aucune Tariation,
même dans les fonctions internes. Nous avons
fait allusion ailleurs {Voy. Variations, Gen-
re ) au changement singulier qui se pro-
tiuilchez les Taches, par suite de Tinter-
Tt'iitioD de rhonime , changement dont
ri:aliitude fait, pour la plupart des races, un
c'irdi.'tère héréditaire, et qui a pour résultat
fi** frolonger la durée du temps pendant le-
i;ue\ ranimai peut donner du lait. Ce fait,
aiusi que d'autres que nous avons égale-
uienl indiqués, semble prouver que lorsque
|(*s animaux domestiques ont été placés
dans certaines conditions, en vertu des-
quoMes leur nature a subi une modification
partir nlière, et lorsqu'ils ont obéi pendant
jiiusieurs générations à une nouvelle loi,
rhahitude devient, ïX)ur la race, comme une
^{•(oudenature.Orccquenousobservonsï'Our
l«*î> races d'animaux inférieurs, s'observe
su^si pour les races humaines , et Ton | eut en
rit<'r de nombreux exemples. Nous avons vu
iMiPchez les animauxqui habitent de:;uis des
s:<Vles les hauteurs des Andes de l'Améri-
«pii* du Sud (Voy, PéRtvie?is), la |)oitrine
l'^l ) lus dévelopjée, les poumons sont plus
l;jr.:es que parmi les tribus du plat pays;
iî.:ii> en même temps que nous remarque-
rons combien celte | articulante de constitu-
f ion est utiJe à des hommes obligés de res-
l'ircT un air Irès-raréGé, nous ne devrons pas
)if*r ire de vue que cette modification est
Ti'ciséiaent celle que tendent à produire
•-> lirconstances extérieures dans lesquelles
ils srmt placés; de sorte qu'au lieu d'en
r-<inrlure du Cait observé que les Quichuas
#*l les Avmaras forment une race particulière
';iii a été créée originairement avec une
< «'iisiitution appropriée aux circonstances
;".;^ies dans lesquelles elle était destinée à
%ivre, nous pouvons continuer à voir en
eux des lH*ancliesde la grande famille amé-
ricaine; nous pouvons Tes citer en exemple
r.rs effets produits par l'influence longtemps
l^rdongée des agents extérieurs et de l'ha-
l.itucje , effets oui ont pour but de mettre
Porganisrae et les fonctions en harmonie
)Ti*c de nouvelles conditions d'existence. Ce
i^eul exemple suffirait pour nous donner une
ïi'C des modifications que |)euvent subir les
"if'f s liumainc^s , et qui ont |H)ur résultat
r«i f<i;der leur constitution au climat dans
*-7uel elles sont api>elées à vivr:?; mais des
a^ analogues se présentent de tous c/^té<:,
«>fir i*ea qu'on se donne la peine d'ouvrir
f'S yeux.
<yuand nous considérons , d'une part ,
'Arai>equi se contente, pour sa nourriture
r «urnalière, de cinq dattes et d*un peu d'eau;
t «Je l'autre, l'Esquimau qui dévore dans un
f.';ji^ des quanti ûte énormes de lard de lia*
ine ; quand nous voyons le premier, svelte,
1 763) ST0KH05T, Effet nr la topograpkie médicale
r la cale cccidentaU éT Afrique , et jHirticuiièremettt
àr celle de la colonie de Sterra^Leone; Paris, Ifêi,
Dicnomi. d'Ahthropologie.
I
agile et musculeux, quoique maigre; le se-
cond, trapu, gras et pesant, nous savons bien
que ces différences dans les caractères exté*
rieurs sont l'indice de modifications pins
profondes encore dans l'organisation, mais
nous voyons aussi les causes extérieures en
vertu desquelles ces modifications tendent à
se l'roduire. Mais il y a des cas où nous ne
pouvons pas nous rendre compte de la ma-
nière dont agissent ces influences exté-
rieures, et où nous n'en devons pas moins
supposer qu elles sont, avec les modifica-
tions que nous observons dans des rapports
de cause à effet. C'est à quoi nous ne pou
vous guère nous refuser, par exemple, quand
nous voyons que ces modifications ont pour
résultat d'adaider un type organique parti-
culier aux conditions focales d'existence.
Il n'est pas douteux que ce ne soit d après
un principe semblable que la constitution
de certaines races se modifie assez pour
supporter, sans inconvénient, des climats qui
sont malsains et souvent même mortels pour
d'autres races. Ainsi le climat de Sierra-
Leone (763), qui est si fatal aux Européens,
n'exerce, pour ainsi dire, aucune iScbeuse
influence sur les naturels ; or, ce qui prouve
que cela ne tient pas à une différence ori-
ginaire dans l'organisation, c'est que quand
on a amené, de Ta Nouvelle-Ecosse dans ce
pays, des nègres libres, dont les ancêtres
avaient résidé | cn<!ant quelques générations
dans un climat fort différent , ils ont été
sujets à leur arrivée aux mêmes maladies
que les Européens : c'est un fait qui a été
attesté à Prichard par un habile médecin,
qui arait fait un long séjour dans ia colonie.
Dans ses Recherches sur fhistoire phy$ique
du genre humain^ Prichard a réuni un grand
nombre d'exemples semblables d'acclimatft»
lions et de changements survenus dans des
races transportées sons un nouveau climat.
De l'ensemble des faits quMl a cités, résulte
la preuve que ce changement ne s'opère oue
graduellement et n'est complet qu après plu-
sieurs générations, mais que, une ibis |iro-
duit, les nouveaux caractères deviennent
héréditaires et restent imprimés d'une ma-
nière permanente sur la race.
Si donc on fait la part de ces modifications
qui s'opèrent en vertu de la loi d'adaptation,
on trouvera qu'il v a chez toutes les races
humaines une uniformité remarquable rela*
tivement aux principales lois de l'économie
animale, relativement aux grandes fonctions
physiologiques.
La durée moyenne de la vie humaine est
a peu près la même chez les différentes ra-
ces d'hommes. Cependant, afin d'estimer k
leur juste valeur les faits sur lesquels on
opère dans les travaux relatifs à cette ques-
tion, il faut prendre en considération l'im-
mense influence que le climat exerce sur
les lois de la mortalité, et se rappeler en-
core que cette cause n'est pas la seule qui
ni4'. — TaÉVBJiOT, Traiti des maladies de» Entrù*
péens dans Us pa^s chamds; i8iO, p. 2U8.
40
I-2G3
R.VG
DtCTIONiNAlRE
HAC
1164
renverrai ceux de mes lecteurs qui désire-
raient prendre une connaissance approfon-
die de la question ; ici je dois me borner à
présenter la conclusion générale à laquelle
il est arrivé.
Cette conclusion qu'il a établie sur des
preuves parfaitement satisfaisantes, est que
ta différence du climat n'a ciue peu ou [)Oint
d'effet pour produire des (Hversités impor-
tantes dans les épocjucs des changements
physiques auxquels la constitution liumaûie
est assujettie; de sorte qu'on peut dire que,
devant ces grandes lois de l'économie ani-
male, tous les membres de la famille hu-
maine sont égaux, tous les hommes, les
blancs et les noirs, se trouvant placés par la
nature, pour ainsi dire, sur le pied d'une
éga'ilé parfaite. La durée de la vie entière
et celle du temps nécessaire pour arriver à
l'état adulte étant reconnues a très-peu près
les mêmes, on ne pouvait guère supposer
sans invraisemblance qu'il existait des diffé-
rences bien marquées pour aucune fonction
{particulière ou pour un ordre particulier de
onctions. Cependant c*était une 0[)inion
généralement admise depuis le temps de
A. Haller et qui avait passé sans contestation
jusqu au moment où elle a été réfutée par
M. Iloberton (769).
Comparaison des races humaines sous le
RAPPORT des facultés INTELLECTUELLES. —
Il y a un point de vue sous lequel il nous
reste à comparer les différentes branches de
la famille humaine, c'est celui des différents
degrés d'intelliçence.
La psychologie, en prenant ce mot dans
son acception nabituelle, est l'histoire des
facultés mentales chez l'homme; mais consi-
dérée d'une manière plus générale, elle em-
brasse aussi l'étude de ces facultés chez les
espèces animales qui semtdent se rapprocher
le plus de l'espèce humaine, sous le rapport
de rinteliigence : ces deux parties ae la
science sont en quelque sorte solidaires, et
peuvent se prêter mutuellement appui. Nous
avons montré (art. Genre, Variations) que
deux espèces ahimales^si voisines quelles
fussent, ne se ressemblaient jamais complè-
tement dans leurs mœurs , leurs habitu-
des, leur tendance à certains actes parti-
culiers, etc., ce qui indiquait nécessairement
des différences dans leurs caractères psy-
chologiques. Maintenant si les caractères
(psychologiques sont les mêmes pour toutes
es races humaines , si chez toutes , l'obser-
vation des faits ne nous fait reconnaître
qu'un seul et même mode d'intelligence,
nous aurons là un puissant motif pour con-
clure qu'elles appartiennent toutes i une
même espèce, qu'elles ont une origine com-
mune.
Mais peut-on soutenir que tel est réelle-
ment le fait? La plupart des gens à qui l'on
posera cette question seront, suivant toute
(769) Le mémoire de M. Roberton , qui mérite
d*6trc mieux coddu au*il ne Ta été jasqu^à prient,
fht publié dans VEdinburgh médical and surgical
Journal, vol. XXX Vm, 1852. Le même auteur a fait
apparence, tentés au premier al»orJ d'y ré-
pondre par la négative ; car quels plus grands
contrastes peut-on imaginer que ceux qui
se présentent lorsque l'on compare entre
elles, dans l'état actuel, les différente-s races
de l'espèce humaine? Imaginons, pour un
moment, qu'un habitant d'une autre planète,
descendant sur notre globe, observe el com*
pare les mœurs de ses habitants. Faisons-ie
assister d'abord à quelque pompe brillante
dans l'un des pays les plus civilisés de l'Eu-
rope; au couronnement d'un monarque,
par exemple. Voici saint Louis qu'on ins-
talle sur le trône de ses pères, et qui, envi-
ronné d'une auguste assemblée de pairs, de
barons, d'évèques, d'abbés mitres, reçoit sur
son front l'huile sainte qu'un anae Tient
d'apporter pour consacrer le droit divin des
rois. — Transportons ensuite successiYc-
ment notre voyageur dans quelque hameau
de la Nigritie, a Theure où ses noirs hale-
tants, ivres d'une folle joie, s'agitent, au$(ia
d'une musique barbare, en mouvements dés-
ordonnés ; puis dans les plaines salées oà
erre le chauve Mongol, dont la peau jaunâ-
tre se détache à peine sur la robe safranéede
la stej>|>e couverte des fleurs de la tulipe et
de l'iris. — Puis, près de l'antre solitaire
où le famélique Boschisman, tapi (xiuiiue
une bète fauve, suit d'un œil inquiet roi$e2u
Krét à se prendre au piège qu'il a teudu, ou
i reptile que le hasard amène à la portée
de sa main ; puis^ enQn^ dans les forêts de
la Nouvelle-Hollande , en présence d'ime
troupe de sales Australiens, singeant dans
leur danse stupide les mouvements disgra-
cieui des kanguroos. — Peut-on sup|X)ser
que notre voyageur condura que les diffé-
rents groupes qui viennent de passer som
ses yeux ne présentent tous que des êtres
d'une même nature, appartenant à une même
espèce, descendant d'une tige commune? H
est beaucoup plus probable qu'il arriverai
une conclusion opposée.
Mais dans la question qui nous occupe,
nous avons, pour arriver à la solution, d'a^
très éléments que ceux qui seraient fournie
par une observation passagère, telle que
nous la supposions ici. L'histoire, en nous
présentant le tableau des mœurs d'une même
nation à des époques fort éloignées, nou>
permet d'apprécier toute l'étendue des chan-
gements que le temps et les circonstances
ont pu opérer dans sa condition. En comi^
rant son état ancien à l'état présent , \\(f
ne trouvons plus rien d*improt>able à l'idée
3ue des êtres, en apparence, aussi différent?
ans leur mode d'existence, que ceuxdooti^
vient d'être fait mention, puissent néan-
moins être unis par des liens de { arenfé.
Les recherches historiques ont encore or
autre résultat, celui de mettre tout d'alxffJ
en évidence un des grands caractères di?-
tinctifs de notre espèce, un de ceux qui séi^
paraît e récenôment un mémoire additionMl ^
une coniînuation de ses recherches sur II wxtà^
dans le numéro 452 du même jotunaL
IÎ6S
B4C
b^ANTUROPOLOGlE.
RAC
Ïth9
reot le plus nettemenc sa nature de celle des
animaux ; je ¥eui parier de ce que Ton
a appelé quelquefois la perfectibilité de
rhomme, mais qu'il serait plus convenable
de désigner comme une ten lance aux chan-
gements, puisque ces changements qui sont
incessants, bien qu'ils aient en général pour
résultat de le dire ayancer dans la voie de la
ciTilisation, lui impriment quelquefois pour
un temps une marche rétrograde. Ces cnan-
gements d^ailleurs, dans quelque direction
qu'ils s'oftèrent, contrastent de la manière la
plus frappante avec ce qui s'observe chez les
animaux , parmi lesquels les habitudes pro-
pres à chaque es;>èi;e se transmettent avec
une parfaite uniformité de générations en
Sénérations. Le lion de Numidie et le satjre
es déserts, les royaumes des abeilles et les
républi4]ues des termites sont aujourd'hui
précisément dans les mdmes conditions gu'au
temps d'£sope et dans l'empire de Juba,
tanuis que les descendants des hordes que
Tacite nous dépeint comme vivant au sein
de la niif.ère et de la saleté dans les maréca-
ges des liords de la Vislule , ont bâti Saint-
Pétersbourg et Moscou, et tiue la |)ostéritéde
cannibales et de phtiriopi)a;jes se nourrit
maintenant de piilau et de |)ain de fro-
ment.
Quand nous considérons que de pareils
changements d'habitudes se sont opérés
dans plusieurs des races dont l'histoire nous
permet de connaître lancien état, nous sen-
tons qu'il y aurait de la témérité à prétendre
que des différenres comme celles auxquelles
il a été fait allusion plus haut, ne peuvent
pas être le résultat des circonstances exté-
rieures, circonblcimes qui, dans certains
ras, auraient favorisé la tendance au perfec-
tionnement propre à notre esfièce, et, dans
d'autres, auraient agi en sens contraire, obli-
Séant des nations déjà civilisées à réfrogra-
er vers la barl>arie de l'état sauvage.
Pour tout ce qui a rap|>ort à Tentrelien
de la vie, et généralement à la satisfaction
des l>esoins cor(K)rels, les habiludes de
l'homme paraissent susceptibles de varia-
tions infinies ; en nous bornant même à
celles que constate l'histoire, nous voyons
qu'il s'est opéré dans l'aspect extérieur
tfics sociétés des changements r^ui vont au
delà de tout ce que l'imagination eût pu
faire prévoir, de sorte que, si Ton se conten-
tait dun coup d'œil superficiel, on serait
tenté de croire uu'il n'y a dans les actions
humaines, rien de stable, rien de perma-
nent. Aussi n'est-ce point à la surface qu'il
faut s'arrêter, lorsipi on veut savoir, si mal-
i;ré leur diversité, ces actions ne sont p^iint
Mjn mises à certaines lois. C'est au moyen
ci*une investigation plus profonde, c'est en
arrivant jus'iu'à ce iJu'il y a de plus intime
dans la nature de 1 homme, qu'on pourra
e>|*érer découvrir des principes qui, sous le
rapiKjrtde leur constance, soient compara-
bles aux instincts propres aux différentes
es èees animales, et soient, comme ces ins-
fiiicLs, caractéristiques, nu «le riiumanité
tout entière ou de ses grandes familles pri-
ses chacune en particulier. Ainsi, nous de-
vrons chercher quelles sont les idées, quels
sont les penchants auxquels se rattacnent
les habitudes si variées que l'observa*,
tion nous a fait connaître; nous prendrons)
l'homme avec ses penchants, ses sympa-
thies, avec la conscience qu'il a de soi*
même; nous constaterons, en un mot, les
causes cachées des déterminations, aussi
bien que les actes par lesquels elles se ma^
nifestent.
« Remarquons, d'ailleurs, dit Pricbard,
3ue, même en nous bornant à Tobservatiou
e ces manifestations extérieures, nous en
trouverons quelques-unes qui sont si géné-
rales, qu'on pourrait les considérer, et qu'on
les a considérées en effet, comme caractéris-
tiques de la nature humaine. Dans le nom-
bre, et en première ligne, nous (Muvons
citer l'usage d'un langage conventionnel ,
usage dont l'universalité chez les hommes
n'est pas moins remarauable que son al>-
sence totale chez tous les autres êtres vi-
vants. L'usage du feu, des vêtements, des
armes, la possession d'animaux domesti-
ques viennent encore se placer à peu près
sur la même ligne; mais ces différent»
arts, aussi bien que celui de la parole, ne
sont que les manifestations de cet agent in-
térieur qui est réellement l'attribut distinc-
tif de la nature humaine : c'est ce princi(>e
avec ses phénomènes les plus essentiels, les
plus caractéristiques, si nous parvenons à
les découvrir , que nous devons prendre
pour sujet d'une com(iaraisr)n à établir
avec celui qui constitue ce que nous appe-
lons la nature psychique des animaux. Or,
pour peu qu'on pousse avant la comparai-
son , on reconnadt qu'il existe, entre cette
faculté de l'homme et celle qui lui corres-
pond chez les brutes, des rapfiorts très-
grands , très-importants. Dans Tune et Tau-
Ire, par exemple, on voit un principe d'ac-
tion tendant à assurer le bien-être et la
conservation des individus qui l'ont rcru
respectivement en partage, et tendant égale-
ment à assurer la conservation de l'espèc e.
Le désir d'un plaisir prochain, le besoin de
pré|iarer un bonheur futur, voilà le ^rand
principe d'action chez tous les êtres animés;
voilà la grande source d'énergie active dans
notre espèce et dans les esières inférieu-
res. Relativement à la nature de ce prin-
cipe, quelques philosophes veulent (|u'il y
ait entre l'nomme et la bnite une li^^ne de
démarcation tranchée, admettant comme évi-
dente une proposition qui certainement eî>t
très-contestable, savoir, aue l'animal, dans
touîes ses actions, ignore le but vers lequel
il tend : Deus est anima bruiorum, disaient
les métaphysiciens du moyen âge, qui ne
voyaient dans les animaux que de purs au-
tomates. Cette proï>osiiion, je le répète, est
une pure hypothèse, et ceux c^ui l'admettent
seraient fort eml^arrassés , s il leur fallait
l'élayer par des preuves. Comment démon-
treraient-ils, par exemple, que l'oiseau, en
construisant son ni.l, ne sait |ias qu'il tra-
vaille pour sa future famille, que la fourmi
1267
RÂC
DICTIONNAIHE
RAC
m
jbAtit ses magasins sans songer aux besoins
Î [Quelle en aura dans une autre saison, que
es abeilles ouvrières, qui environnent leur
reine n'ont rien qui ressemble à un loyal dé-
vouement pour la souveraine de la ruche,
ou que les termites, qui réduisent en capti-
vité leurs ennemis vaincus et les ibrcent à
prendre soin des jeunes individus, n'éprou-
vent pas quelque chose de ce sentiment d'or-
gueil, qui gonflait le cœur du despote persan
lorsqu'il appuyait son pied sur le cou d'un
empereur romain (770). »
L'invariable uniformité qui règne dans les
habitudes des animaux, et qui forme un
contraste si frappant avec la variabilité non
moins remarquable qui s'observe dans les
habitudes des hommes, quand on compare
une génération à une autre, constitue réelle-
ment une différence beaucoup plus caracté-
ristique entre les êtres qui agissent sous les
impulsions de l'instinct et ceux qui ont rcgu
la raison en partage. C'est là, pour le com-
mun des observateurs, la distinction la plus
a[>parente, et c'est même la seule que puisse
faire découvrir un examen rapide et super-
Qciel. Mais s'attache-t-on à approfondir le
sujet, à pénétrer dans la nature même des
actions, dans la partie la plus cachée de
rhistoire des sentiments, des penchants, des
impulsions, qui sont les premiers mobiles,
les ressorts secrets de ces actions; alors on
en vient à découvrir une distinction beau-
coup plus importante, une différence capi-
tale, essentielle, dans le but vers lequel ten-
dent les actes commandés par l'instinct et
ceux qui sont dirij^és par l£^ raison. Relati-
vement aux premiers, nous reconnaissons
que toute Tactivité mi^e en jeu par les sen-
timents de désir ou d'aversion , de sympa-
thie ou d'antipathie, propres à chaque es-
Eèce animale t tend seulement à assurer le
ien-êlre et la conservation de l'individu, la
perpétuation de sa race. Si au contraire,
entrant dans le vaste champ d'observation
que nous ouvre l'histoire, nous embrassons
la sphère entière des actions humaines, nous
en voyons bien encore un bon nombre qui
tendent vers ce but, mais il n'est plus exact
de dire qu'elles y tendent toutes. Loin de là,
et dans les habitudes, dans les coutumes
des différents peuples, ils n'en est point de
plus remarquables que celles qui se rappor-
tent à un élal d'existence auquel l'homme se
sent appelé après sa mort, et à l'influence
que doivent exercer sur sa condition pré-
sentée! future des agents invisibles qui sont
cour lui un objet de crainte et de respect,
bans doute, suivant l'état de barbarie ou de
civilisation dans lequel se trouvent les peu-
ples, leurs notions,acet é^ard, varient beau-
coup, et à mesure qu'on descend dans l'é-
chelle, on les trouve plus grossières et [jIus
confuses; mais enfin, en arrivant mômejus-
qu'au<lernier de§ro,on lesy retrouve encore,
9t elles s'y traduisent par des actes parfaite-
(770) Voy, , Aptitudes rrspectivks des races^
^eluiies observations sur eu scaiimenl de Pri-
çlurj.
ment signiricatife. Les rites pratiqués sur
toute la terre en l'honneur de ceux qui ne
sont plus ; les différentes céréiuonies relati-
ves à la sépulture, à l'embaumement, à lin-
einération des corps; les processions funé-
raires qui, dans tous les pays , dans tous lc<
temps, chez tous les peuples, accompagnent
les morts à leur dernière demeure; les toiu-
beaux élevés sur le lieu où ont été déjwés
leurs restes périssables; les innombrables
tumulus dispersés sur toute la surface du
gloije, seules traces qu'aient laissées des
races depuis longtemps éteintes ; les moraïs
et les gigantesques monuments des lies po-
lynésiennes ; les magnifiques pyramides de
1 Egypte et de l'Anahuac ; les prières et les
litanies , récitées aujourd'hui pour les vi-
vants et pour les morts dans les églises de la
chrétienté, dans les mosquées et lesnagodes
de l'Orient, comme elles t'étaient jaais dans
les temples du monde païen ; le pouvoir
accordé aux prêtres, considérés comme mé-
diateurs entre les dieux et les hommes; les
pontifes agissant comme vicaires d« la divi-
nité sur 1ns rives du Tibre, du Brahmapoulra
et du golfe Arabique; les guerres sacrées
désolant des empires, pour établir ou renver-
ser certains dogmes métaphysiques, que
n'entendirent jamais la plupart des hommes
qui combattirent et moururent dans ces que-
relles; les pénibles pèlerinages exéculés
chaque année pendant de longues suites de
siècles par des hommes de toutes les cou-
leurs, de tous les pays, qui vont chercher à
la tombe des prophètes ou des saints l'abso-
tion de leurs péchés; les sacrifices humains;
la mort volontaire des vieillards ; Vimmola-
tion des enfants par leurs parents (771) ; les
sacrifices d'animaux considérés comme ivpi'
ques ou comme expiatoires ; tous ces diffé-
rents faits, et beaucoup d'autres semblabh*^
que présente à notre observation l'histoire
des nations civilisées comme celle des peu-
ples barbares, nous conduisent à recou-
naître que Thumanité tout entière symt«-
thise dans certaines idées générales, d8R>
certains sentiments profondément empreints
en elle, et dont la nature n'est pas moins
mystérieuse que l'origine. Ce sont là, parmi
les di vers phénomènes psychologiques pro-
pres aux créatures humaines, les plus n^
marquables sans doute, et ceux qui peovenl
le mieux les distinguer des brutes ; car te
n'est plus sur l'aspect extérieur des habitu-
des et des diverses manifestations de radi-
vite que repose la distinction, mais sur a
nature intime du principe d'action lui-
même.
Su[)posons donc qu'après une investie
tibn bien complète des phénomènes, nou>
soyons arrivés a reconnaître dans la psycho-
gie des races humaines un certain nombre
de principes fondamentai^x cjui correspon-
dent, du moins quant à leurs etîets, auï iû^
tiucts des brutes , si nous voyons que ces
(771) Votf. Bi:rdm:ii, Traité de ph^plo^: ^^'^
ISoO, l. V, |i. 158 et suiv.
«i>9
BAC
OANTIIROPOLOGIE.
RAG
ÎT,0
priscipes d*actioti, au lica de varier d*une
race à Tautre, oomme les instincts qui sont
différents |K>ur chacune des espèces anima-
les y sont au contraire communs à tous les
hommes, il est clair que nous aurons là
un puissant argument en fayeur de Tunité
spécifique du genre humain.
C*est donc à ce genre d*inrestigatlon qu'il
nous Caïut maintenant nous livrer en étu-
diant rbistoire psychologique de diverses
races humaines, et en prenant nos exemples
dans celles qui sont le plus éloignées les
unes des autres. Dans ce but, nous commen-
€*erons pan^réunir les particularités les plus
frappantes et les plus caractéristiques, rela-
tives à l'état moral et intellectuel de ces na-
tions. Nous verrons quelles étaient leurs su-
perstitions primitives ou leurs dogmes reli-
gieux à une époque où ils étaient encore
privés de toute communication avec le
monde chrétien et civilisé, puis nous exami-
nerons jusqu*à quel iioint , quand la com-
munication aura été établie , ces mêmes
peuples se seront montrés capables de rece*
voir et de s'approprier les bieniaits de la
civilisation et du christianisme.
Nous n'entreprendrons pas de poursuivre
cette recherche relativement à toutes ïes
races, et nous nous bornerons à considérer
deux ou trois des groupes le plus nettement
séparés les uns des autres. Les {)opulations
du nouveau monde, prises comme un tout ,
nous occuperont d'abord, et nous tâcherons
de jeter quelque jour sur cette partie de
rbistoire des nations américaines, en les
prenant depuis les régions arctiques jus-
qu'au cap Horn. Nous passerons ensuite aux
nations à chevelure laineuse de l'Afrique,
et la comparaison que nous établirons entre
ces peuples et les nations de l'Europe et de
l'Asie devra nous founiir les éléments suffi-
sants pour arriver k une solution, soit posi*»
tive, soit négative de la question.
C03ISn>ÉRATI05, SOCS LE . POIT«T DE VTB
PSTCHOLOGIQLE, DES RACES I5D1GÈ5ES DE L'A-
■CEIQL'E. — S'il est un groupe de nations
qu'on puisse sans trop d'invraisemblance re-
]>résenter comme différent par ses caractères
psycholo^ques des autres groupes, dont se
compose la population du globe, c'est sans
doute celui qui embrasse l'ensembledes races
indigènes du nouveau monde. Un célèbre écri-
rain, le docteur Marlius, qui a eu des faci-
lités toutes particulières pour Télude des
diverses branches de 'l'histoire naturelle
dans les provinces portugaises de l'Améri-
que du sud, et que l'on sait avoir apporté
une attention parâculière à l'ethnographie
des habitants de cette vaste région , a tracé
en termes très-forts, mais empreints suivant
moi d'un peu d'eiagéralion, une peinture
de ces peuples consHlérés tant au physique
qu'au moral. Afin d'éviter le danger*de re-
présenter d'une manière infidèle ses opi-
nions à cet égard , je citerai textuellement
quelques fragments d'un de ses ouvrases.
« La race indigne du nouveau monde, dit
M. Martius. se distin;:çue de toutes les autres.
races humaines, non-seulement par les carac-
tères extérieurs, c'est-à-dire par certaines
particularités de sa conformation physique ,
mais encore , et d'une manière plus tran-
chée peut-être, par des caractères intérieurs,
tirés de la considération de sa condition
mentale.
« L^Américain nous jprésente en eflet , à
cet égard, des traits qui lui sont tout à fait
propres, joignant à 1 ignorance et la légèreté
de l'enfont, l'incapacité pour apprendre et
l'opiniAtreté du vieillard. C'est cette singu-
lière et inexplicable réunion des défauts
particuliers aux deux époques extrêmes de
la vie intellectuelle, qui a ùài échouer tous
les efforts qu'on a tentés jusqu'à ce jour
pour le réconcilier avec l'état de choses pré^
sent. Il n'essaie plus de lutter contre ras-
eendantde l'Européen, mais il refuse de s'as-
socier à son mouvement, de faire tout ce
qui pourrait le conduire à devenir un mem-
bre heureux et satisfait d'une même com-
munauté. C'est encore cette double nature
que nous venons de signaler en lui, qui op-
pose à la science des obstacles presque in-
surmontables, lorsqu'elle s'efforce de scru-
ter son origine, de^e suivre à travers cette lon-
fue suitejle siècles qu'il a parcourus, et pen^
ant lesquels il semble n'avoir rien acquis.
En disant qu'il n'a rien acquis , nous som-
mes loin de dr nner à entendre que sa con-
dition présente ressemble en rien à ce que
devait être la condition primitive de l'homme.
Au contraire, elle est aussi éloignéeque possi-
ble de cette absence de crainte, de cette con-
fiance naïve qui, si nous en croyons une voix
i n térieure, d accord en cela avec le témoignage
des plus anciens documents écrits, fut l'apa-
nage de l'enfance des nations , comme elle
est celui de l'enfance des individus. Dans
les sentiments de l'indigène Américain, il
faut bien en convenir, il ne reste presque
plus rien de l'empreinte que l'homme reçut
sans doute en sortant des mains du Créa-
teur, et il semble que depuis longtemps c'est
le pur instinct ammal qui Fa guidé dans la
route par laquelle il est arrivé u'un obscur
passé à un présent non moins sombre. Il
n'en est plus à la première période du dé-
veloppement normal de l'espèce' : ce n'est
pas l'homme primitif, mais J'homme dégé-
néré que nous vovons en lui. Voilà du
moins ce qui semble résulter d'une foule
d'indications diverses.
c Sans parler ici des traces ncHnbreuses
d'une civilisation antérieure aux temps
historiques que nous présente la race
américaine, sans parler ae l'ancienneté de
ses conquêtes sur le monde organisé , con-
Suêtes dont l'origine se perd dans la nuit
u liasse, nous trouvons , pour appuyer l'o-
pinion que nous venons d't'mettie, des
fireuves encore plus convaincantes, dans
'observation des rapports qu'ont entre eux
les peuples du nouveau monde , dans ce qui
forme pour eux la base du droit naturel et
du droit des gens , si l'on peut employer,
l'expression de droit pour un ordre de choses
ou règne partout la violence. Je veux parler
ici de ce grand fait que j'ai déjà eu précé-
1
1271
RAC
DICT10r«:<AlIl£
RAC
iiTI
deofiment roccasion de signaler, de Tétrange
dÎTision de la population américaine en une
infinité de grou])es grands et petits» grou-
pes isolés entre eux , qui se repoussent
même mutuellement et nous apparaissent
comme lés fragments d'une vaste ruine.
L'histoire des autres nations du globe ne
nous offre rien qui ait la moindre analogie
avec un pareil état.
« On ne peut douter que, depuis des
temps fort reculés, TAmerique n'ait été,
presque sans interruption» le théAtre de mi-
S rations qui ont agité les différents points
0 sa surface, et tout porte à voir, dans ces
déplacements violents, une des causes prin-
cipales du démembrement des anciennes so-
ciétés, de la corruption des langues et de
la dôjgradation des mœurs , suite presque
inévitable de la misère amenée par toute
grande catastrophe. Il est permis de croire
que, dans l'origine, il n'jr a eu qu'un petit
nombre dos nations principales a éprouver
des collisions de cette nature, mais on doit
supposer que le résultat en aura été pour
elles, ce qu'il a été, presque de nos jours,
pour la nation des Tupis, c'est-àndire que
les débris provenant des deux masses qui
s'étaient mutuellement heurtées, auront été
dispersés dans toutes les directions, se se-
ront méiés, groupés, amalgamés de toutes
les manières. Pour peu c^u'on admette que
les migrations aient ensuite continué, à. des
intervalles assez rapprochés, pendant une
longue suite de siècles , amenant tou-
jours les mêmes brisements, les n:émes dis-
persions suivies d'une sorte de fusion de
quelques-unes des parties désagrégées, on
aura une explication de l'état actuel de l'A-
mérique. Remarquons d'ailleurs que l'ad-
mission de cette hypothèse ne nous con-
duit , relaiivemenl au grand phénomène
que nous considérons, qu à la connaissance
des causes prochaines, et que ses causes
premières n en restent pas moins toujours
inconnues et énigmatiques.
tf Faut-il croire que quelque grande con-
vulsion de la nature, aueique effroyable
tremblement de terre, tel que celui auquel
on attribuait jadis la submersion de la fa-
meuse Atlantide, a enveloppé dans son cer-
cle destructeur les habitants du nouveau
continent. Est-ce la terreur profonde res-
sentie par les malheureux échappés à
cette affreuse calamité, qui, se transmettant
sans diminuer d'intensité aux générations
suivantes, a troublé leur raison, obscurci
leur intelligence, endurci leur cœur? Est-ce
cette terreur toujours présente qui les a dis-
persés, et, fermant leurs yeux aux bienfaits
de la vie sociale, les a fait se fuir les uns les
autres sans savoir où ils porteraient leurs
Sas? Supposerons-nous que des calamités
'un autre genre, de longues et désolantes
sécheresseSjd'immeses inondations, amenant
(77â) Von dem RBcht»^Zu$tandis unter den Ur
finwohnern BraxUieiu, Eine Àbhandlung ; Munich,
^832, traduit dans le second volume du' Journal of
01.^ royal geogravhical Society, — Reize in Braiilien^
après elles la famine, ont forcé les hommes de
race rouge à se dévorer les uns les autres, et
que la répétition de ces actes de cannibalisme
leur enlevant bientôt tout ce qu'il pouvait j
avoir de noble et d'humain dans leur nature,
les a fait tomberdans l'état de dégradalion et
d'abrutissement où nous les trouvons aujour-
d'hui ?0u bien enQn, cette dégradationest-elle
la conséquence, non des circonstances exté-
rieures, mais des vices de l'homme lui-même,
la suite des désordres affreux dans lesquels il
est tombé en s'abandonnant aux penchants
que la tache originelle a laissés dans son
cœur? Y devons-nous voir, en un mol, un
exemple du chAtiment que le Créateur a in-
fligé aux enfants pour la faute des pères
avec une sévérité qu'il serait téméraire è
nous de taxer d'injustice ? »
Nous ne suivrons pas plus loin le docteur
Martius, et nous nous contenterons de dire
que la même série d'idées se trouve déve-
loppée dans plusieurs de ses ouvrages (772).
C'est un écrivain doué de beaucoup d'ima-
gination, et dont l'esprit a été vivement
frappé de l'aspect étrange sous lequel la na-
ture humaine s'est montrée à son obseryè-
Jion dans les provinces occidentales de l'A-
mérique du Sud. Si ses études s'étaient éten-
dues aux autres parties du monde, ses vues
se seraient élargies et ses opinions eussent
été , selon toute apparence , considérablo-
ment modifiées.
Il s'en faut de beaucoup que les natiim'^
américaines soient, sous le point de vue
psychologique, séparées du reste des hom-
mes par une distance aussi grande qu'on se-
rait tenté de le supposer d'après les condu-
sions du célèbre voyageur; c'est du moin>
ce qui résulte, si je ne me trompe, dos con-
sidérations suivantes :
!• Les impressions et les tendances reli-
gieuses (les habitants du nouveau montie.
les dogmes qui étaient reçus universelle-
ment parmi eux, leur croyance à une vie
future, leurs rites et leurs cérémonies, leur»
idées superstitieuses, les formes sous les-
quelles se montrait leur crédulité, les jon-
gleries et les impostures à l'aide desquelles
certains individus cherchaient à inspirer an
vulgaire la crainte et le respect, à se faire
regarder comme doués de pouvoirs surnatu-
rels; toutes ces manifestations diverses de>
sentiments intérieurs, et bien d'autres eu-
core qui ont été observées chez les Améri-
cain, se retrouvent presque identiijuenient
chez plusieurs des nations de l'ancien conii-
nent.
Qu'on lise ce qu'a écrit, sur la relig;ion et
les superstitions des Dolawares, un vieil au-
teur, qui connaissait très-bien ces ïndien.s
parmi lesquels il avait longtemps vécu.
« Chez toutes ces nations, dit Loskiel, l'opi-
nion générale est qu'il y a un Dieu, ou,
pour employer leur manière de s'exprimer,
par MM. Stix et Màtries, in-4\ — Ueber die Z^knnU
and Verqanfenheit der Àmericaniichfn Voîtst&nfvi,
par M. Martivs; Hunich*
1173
RAC
D*ANTHB0P0L0G1^
RAC
If74
on esprit Rrand et bon oui préside aux des-
tinées de rhomme. » D après ce que nous
apprend cet écrivain y (font le témoignage
d ailleurs est d*accord arec celui de toutes
les personiies qui ont eu des rapports suivis
avec les nations indigènes de FAmérique
septentrionale, il parait que les idées de
ces nations, sur la nature et les attributs de
Dieu, sont beaucoup plus larges et plus phi*
losophiques que celles de la grande majo-
rité des nations sauvages de Tancien conti-
nent. Ils voient en lui (ce sont leurs propres
expressions) le créateur du ciel et de la terre,
de rhomme et de tous les êtres animés. Ils
le représentent comme tout puissant et ca«
pable de faire tout le bien (jull veut. • Ils
disent qu*il a manifesté ses intentions bien-
veillantes envers lliomme, en mettant dans
les plantes le germe de la vie, en envoyant
les pluies pour fertiliser le sol, en donnant
au soleil la chaleur nécessaire pour mûrir
les fruits, en peuplant les eaux ae poissons
et les forêts de çîbier. » Tous ces bienfaits ,
d ailleurs, auraient été, suivant eux, desti-
nés aux Indiens exclusivement. EnSn, « ils
sont convaincus que Dieu exige d'eux qu'ils
pratiquent le bien et évitent le mal. »
Avant d'aller plus loin, nous devons faire
remarquer qu'il y a sur tous ces points une
grande analogie dans les opinions des Amé-
ricains et celles ées A$iati(]ues du nord. Un
voyageur moderne, M. Erman, nous ap-
prend, d'après le témoignage du métropoli-
tain Philophei, qui résidait chez les Ostia-
ques de TObi, que ces peuples, avant d'avoir
eu aucun rapport avec les missionnaires,
croyaient à l'existence d'une divinité su-
prême, et se faisaient, sur sa nature, des
l'Jées très- pures et très-élevées. Ils n'avaient
Jamais songé à la représenter sous des for-
mes matérielles ou à lui faire des offrandes,
fandis qu'ils avaient des images des dieux
inférieurs devant lesquelles ils déposaient
des dons propitiatoires. La plus célèbre de
ces divinités subalternes qui, pour eux, était
une sorte de puissance méJiatrice, portait le
nom d'Oertidk. Ce nom, qui se conserve
parmi les Magyares sous une forme encore
très-reconnaissable (Oerdig), a été, à Tépo-
qae de l'introduction du christianisme en
Hongrie, employé par les moines pour dé^^i-
gner l'esprit de ténèbres. On exécutait de-
vant les images d'Oertidk des danses qui,
suivant Erman, devaient ressembler beau-
coup aux danses de guerre que ce voyageur
a observées sur le continent américain chez
les Kolusbiens de Sitcka.
On sait que certains peu(;les américains
Ont aussi des images de leurs manitous. Ces
manitous sont des génies subalternes dont
l'existence est admise par beaucoup de peu-
ples du nouveau continent, qui croient à une
divinité suprême, et notamment par les De-
lawares. II y en a de bons et de méchants.
question d'une guerre
f liens s'avertissent les uns les autres de prê-
ter l'oreille aux suggestions des bons génies,
qui conseillent toujours la pais, et non à
celle des méchants espriU^. » Ces derniers
étaient pour eux d'ailleurs tout autre chose
que ce qu'est pour nous l'esprit de ténèbres;
mais Loskiel nous apprend que l'idée du
diable, dans le sens cnrétien et oriental du
mot, idée qui leur était autrefois complète-
ment étrangère, a été introduite chez eux
par suite de leurs rapports avec les blancs,
et (Tu'ils l'ont bientôt adoptée. 11 y a parmi
ces nommes des prédicateurs qui prétendent
avoir reçu des révélations et qui, enseignant
des opinions différentes, se trouvent quel-
quefois engagés dans des espèces de dispu-
tes théologiques. Quelques-uns de ces hom-
mes prétendent être parvenus jusqu'au sé-
jour de la divinité, ou s'en être du moins
approchés assez près pour avoir, entendu
cnanter les coqs et fumer les cheminées du
paradis. D'autres soutiennent que personne
n'a jamais pu connaître les lieux oCi Dieu
réside ; mais que la demeure du grand es-
prit, du principe de tout bien, est au delà
du ciel bleu, et que la voie lactée est le cfae-.
min qui mène vers sa demeure. Beausobre
prétend retrouver dans celte idée une trace
des opinions des manichéens et de quelques
autres philosophes orientaux. Nous rappe-
lons cette opinion sans la juger.
Les Américains admettent l'cTistence de
l'âme comme substance distincte du corps,
et quelques-uns croient à la transmigration.
Suivant Loskiel, ils disent que l'homme ne
peut mourir tout entier et pOur toujours, et
qu'il en doit être de lui comme du grain de
maïs qui, placé en terre, reprend une nou-
velle vie et donne lieu à un nouveau déve-
loppement. L'opinion la plus générale parmi
eux est que les âmes des bons ont pour de-
meure un lieu où abondent tous les biens
dont l'homme peut jouir sur la terre, et que
les âmes d^sméchants au contraire, en proie
à la misère et à la tristesse, sont condamnées
à errer perpétuellement.
Les Delawares ont des sacrifices comme en
ont eu tant d'autres nations. « L'usage des
sacrifices destinés à apaiser le grand esprit
et les divinités subalternes est, dit Loskiel,
très-ancien parmi eux, et considéré comme
tellement important, que si ces cérémonies
ne sont ras faites auï époques voulues, et
suivant les formes consacrées, la nation so
croit menacée de toutes sortes de malheurs,
chaque famille craignant alors |)Our ses menw
bres la mort ou quelque grave infortune :
dans ces occasions, ils onrent des lièvres,
de la chair d'ours, du maïs. Outre ces sacri-
fices qui reviennent chaque année à des épo-
ques aéterminées, plusieurs nations ont une
grande fête qui ne se célèbre que tous les
deux ans, et dans laquelle on sacrifie un
animal qui doit être mangé tout entier. Une
petite quantité de la graisse fondue est versée
dans le feu par un des vieillards, et c'est là
ce qui constitue la partie essentielle de l'of-
frande. C'est aux manitous que se font les
offrandes, et ces manitous correspondent
exactement aux fétiches des naliciis de l'A-
frique et de l'Asie boréale, c'est-à-dire»
1275
RÀG
DICTIOiNNAIRE
RAC
m
que ce sont des esprits tuléiaires résidant
souvent dans un objet visiliie ou matériel.
Tel homme a pour son manitou ie soleil, tel
autre la lune; celui-ci, d après un rêve, a
adopté la chouette pour son manitou; celui-
là, le bison. LesDeiawares ont dans le cours
de Tannée cinq fêtes, dont une en Thonneur
du soleil qui est regar4ié comme le père de
toutes les nations indiennes. »
Comme beaucoup d'autres nations, ces
hommes croient h ta nécessité de la purifi-
cation, de l'expiation des fautes par le jeûne
et les macérations ; quelques-uns, dans ce
but, se font bétonner de la tète iusqu'aux
pieds, (c d'autres se soumettent a l'action
d'un violent purgatif, moyen plus expéditif
et qui n'est guère moins sévère. »
Au lieu de prêtres appartenant à un corps
sacerdotal ré^lièremenl organisé, les Amé-
ricains ont, de même que les Asiatiques du
nord, des jongleurs et des sorciers qui se
prétendent doués d'une puissance et de con-
naissances surnaturelles. Ces jongleurs pa-
raissent présenter les plus grands rap[)orts
avec les chamans des Sibériens et les divins
hommes fétiches des nations africaines. L'ou-
vrage de M. Catiin contient de nombreuses
anecdotes relatives à ces sorcelleries et aussi
à d'autres superstitions des indigènes Amé-
ricains.
Quant à l'aptitude des hommes à recevoir
les bienfaits de la civilisation et du christia-
nisme, elle est assez prouvée partout ce qui
a été (lit précédemment, et pour continuer
de la refuser aux nations américaines, il faut
être sous l'influence de préjugés bien enra-
cinés.
Dans l'Amérique du Nord, des tribus en-
tières ont embrassé le christianisme, et vi-
vent sous son influence, occupées des soins
de l'agriculture, et ayant déjà fait dans plu-
sieurs branches d'industrie d'assez notables
progrès. Maintenant, peut-être, on deman-
dera si leur conversion est aussi complète
qu'on l'a prétendu; c'est là une question
qui ne peut être bien résolue que par les
personnes qui ont entretenu avec ces peu-
plades des relations directes et suivies : or
voici ce que Prichard a appris à ce sujet
d'un homme intelligent qui, ayant rempli
pendant de longues années les fonctions (ra-
gent du gouvernement pour les affaires des
Cherokees, a eu de nombreuses occasions
d'observer les Indiens des différentes pro-
vinces et de bien connaître leurs mœurs,
leurs habitudes, leur manière de penser.
M. Schoolcraftluia assuré avoir trouvé beau-
coup de ces hommes qui s'étaient complète-
ment pénétrés des principes et des senti-
ments de notre religion, qui avaùcnt vécu et
étaient morts dans cette foi, et qui méri-
taient à tous égards la qualification de pieux
et dévots chrétiens. Quelques-uns de mes
lecteurs entenriront peut-être avec intérêt ce
3ue dit Loskiel de la congrégation des In-
iens convertis, appartenant à Tétablisse-
m«*nt des frères Moraves ou Hernutes de
Ncw-Salem.
« Colle mission, dil-il, a aujourd'hui qua-
rante^^inq ans d'existence. D'après un re-
gistrede la congrégation, daté de 1 année 1772,
nous apprenons que depuis la fondation de
la mission, jusqu'à ladite année, seM cent
vingt Indiens avaient été «gootésàrEglise
de Christ par le saint baptême, et que beau-
coup déjà étaient partis de cette vie en glo-
rifiant Dieu leur sauveur. Je voudrais pou-
voir dire le nombre de ceux qui ont été, de-
puis cette époque, convertis au Seigneur;
mais les livres de TEgliae et les autres \^'
piers des missionnairesont étébrûlésen 1781,
quand ils furent faits prisonniers à Muskin-
gum, de sorte que je ne puis donner rien de
S>récis à cet égard. En supposant que de [7d
L 1787, il y eut eu un nombre égal de nou-
veaux convertis, et ce nombre est pI:ol)abl^
ment plutôt au-dessus qu'au-dessous du vé-
ritable, on trouvera qu'après toutes les
peines que se sont données les missionnai-
res, toutes les misères qu'ils ont soufferieî,
tout le temps qu'ils ont consacré à celle œu-
vre, leur troupeau était bien petit; ce rf-
sultat trouve son explication moins dan^ lif
caractère particulier des nations indienne,
lequel cependant a pu y entrer pour quel-
que chose, que dans l'esprit qui a guidé h
missionnaires, leur but ayant toujours été,
non pas de rassembler autour d'eux un
grand nombre de païens, qui auraient c/m-
senti à recevoir le baptême, mais de fonner
des flmes pour le Chnst, des Ames qui crus-
sent en sa parole, et vécussent suivant sa
loi, de manière à jouir un jour de son
royaume. »
Pour terminer ces remarques sur rhistoirî
psychologique des nations américaines, je
présenterai une rapide analyse de ce que
nous savons relativement aux Esquimaui.
Cette race, comme on l'a vu (à l'art. Es^n-
v/ux], appartient à la classe des nation<i qui
forment fa population propre au nouTean
monde, nations qui sont séparées du re5k'
du geure humain, autant au moins f)ar b
caractères pai\iculiers de leurs langues, q«.*^
par leur position géographique. Je me 5ui5
déjà servi de l'expression de peuples alK»ri-
gènes, en parlant des Esquimaux, et reti>'
expression, dans le sens ou je l'ai toujours
employée, leur est parfaitement applicable,
fmisque, si haut que l'on remonte dans if<
àstes historiques, on ne les trouve jamais
que comme des nations compléteiuent b'^
lées. Si donc cette race, séparée de toutes h
autres depuis un temps immémorial, nou^
offre au fond la même nature morale e! in-
tellectuelle, il nous sera déjà permis de pr -
voir qu'aucune de celles sur lesquelles "n
pourra appeler ensuite notre attention, Rt'
nous présentera à cet égard rien d'esseniui-
lement différent,
« Les habitudes des Hyperborécns, '''!
Lesson, sont à peu près les mêmes [«non!
où on les a soigneusement observés. Vivani
sur des points du globe oix la nature senil .'^
expirante, ensevelis sous lesglaceséternellt^
du pôle, leur industrie s'est tournée vers 1»
chasse et la pèche, leurs. seules resMfun'*'*
pour se nourrir; aussi y ont-ils acquis uu^
«77
RAC
D*AN1 liROPOLOGlE.
RAC
I27S
erande babilelé. La rigueur du climat peu*
dant les loa^s biTers les a lorcés à se creu-
ser des abris souterrains, et à y-entasser des
vivres pour ré{;o(iue où la pêche et la chasse
sont impraticables. Dans les longues nuits
polaires qu*éclairent à peine les aurores bo-
réales, enscTclis sous la glace et la neige
dans des yourtes profondément creusées
sous terre, les Esquimaux vivent de poisson
sec, de chair de cétacés, et boivent avec plai*
sir rbuile de baleine qu^ils conservent dans
des vessies. Us cousent avec des nerfs leurs
vêtements d*biver, qui sont faits de peaux
de phoques dont les poils leur servent de
fourrure; ceux d'été sont taillés* dans les in-
testins des grands cétacés et ressemblent à
des étoffes vernissées.
« L*£squimau est adroit à la chasse des re*
nanis et des zibel nés, dont les fourrures lui
servent d% vêtement ou d'objets d*écbange
avee quelques traQouants du Nord. 11 sait
harponner avec audace les cétacés, et les
dards dont il se sert, faits d*os ou de pierres
aij^uës, sont surmontés de vessies gonflées
dont la résistance sur Teau use les forces de
la baleine, qui vient plus souvent respirer
à la ^u^face de la mer, et qui éprouve une
^ranle difficulté à s'enibncer; de nouveaux
jâvelots Taccablent encore jusqu'à ce qu'elle
ait succombé...
« Superstitieuse à Texcès, ^oute le même
écrivain, la race polaire, à cela près de quel-
ques nuances, a présenté dans toutes les tri-
bus des idées religieuses identioues. Mais
une morale très-relâchée a fait adopter aux
hommes la polygamie, prostituer sans pu-
deur leurs femmes et leurs filles, qu'ils ne
considèrent que comme des créatures d'un
ordre inférieur,dont ils peuvent faire ce que
bon leur semble. •
I^ Groenland et le Labrador sont habités
]»ar des peuples appartenant à la même race
qui se trouve ailleurs répandue le long des
cotes des mers polaires. Les coutumes de
ces indigènes ont été bien observées par les
missionnaires moraves, qui ont depuis long-
tciups formé des établissements dans ce
1 a vs, et qui nous ont donné, à cet égard,
lies renseignements beaucoup plus complets
€*i plus exacts que ceux qu'on pourrait ob-
tenir de toute autre source. J'extrairai des
relations de ces missionnaires quelques pas-
sades relatifs principalement aux Esqui-
maux du Groenland, lesquels, comme on
le sait fort bien, ne diffèrent des Esquimaux
o 'cidentaux que par des nuances peu iiro-
Doncées et en quelque sorte accidentelles.
« Les premiers voyageurs qui décrivirent
les Groënlandais donnèrent cours à des no-
ticjns très-erronées : ainsi , on crut d'après
eui, que ce peuple adorait le soleil et sa-
crifiait au diable. Des matelots avaient vu
le^ Groënlandais, en se levant le matin, re-
manier le soleil avec une profonde attention :
c'était évidemment pour rendre hommage
au soleil levant. On avait observé, dans les
lieux qu'ils fréquentaient, des pierres plates
carrées, sur lesquelles se trouvaient encore
dos cendres, des charbons, des ossements à
demi-eonsumés : c'étaient là évidemment
des autels de sacrifices. Or, à qui ces païens
pouvaient-ils offrir des sacrifices, sinon au
diable ? Cependant ces interprétations n'é-
taient rien moins que justes, comme l'ont
reconnu les frères Moraves, dès qu'il ont su
la langue des Groënlandais et ont pu conver-
ser avec eux. »
Les Groënlandais croyaient à l'existence
d'êtres surnaturels exerçant leur empire
sur la destinée des hommes ; cependant, il
paraît qu'ils n'avaient point en général d'i-
dées bien claires d*un créateur ou d'une
création de Tunivers. « Ils ne savaient point
si les choses avaient un principe ou exis-
taient de toute éternité, et peut-être même
la plupart d'entre eux n avaient jamais
songé a se faire cette question. » Cependant,
si nous en croyons les missionnaires Mora-
ves, dont la bonne foi semble à l'abri de
tout soupçon, il y avait, parmi ces païens
chasseurs de veaux marins, certains philo-
sophes qui raisonnaient sur la doctrine des
causes finales. Un Esquimau disait à un des
missionnaires qu'il avait souvent fait la ré-
flexion qu'un kadjak , avec toutes les pièces
qui entrent dans sa com* osition, tous ses
agrès, ne se produisait pas de lui-même,
qu'il était le résultat du travail de l'homme
et exigeait de la part de l'ouvrier une cer-
taine habileté : or, ajoute-il, un oiseau est
d'une construction infiniment plus délicate
et plus compliquée que le katyak le plus
parfait, de sorte qu'il n'y a aucun homme
qui puisse faire un oiseau. » On peut dire,
poursuivait le Groënlandais, que cet oiseau
a été bit par son père, et que ce père a
été engendré de la même façon ; mais en re-
montant ainsi, onarrivera jusqu*à un premier
oiseauy et alors si on se demande d'où il est
venu, on conclura presque nécessairement
qu'il est l'œuvre d'un être infiniment plus
puissant et plus sage, que le plus habile
et le plus adroit de tous les hommes. »
Les Groënlandais croyaient à l'existence
d'esprits bons et mauvais, qu'ils ne confon-
daient point d'ailleurs avec les âmes des
défunts, dont ils admettaient aussi l'exis-
tence. Les An^ekoks ou devins, qui préten-
daient avoir visité fréquemment le royaume
des âmes, en parlaient comme de substan-
ces qui conservaient la forme des corps,
mais qui se distinguaient par leur pâleur et
surtout par leur impalpabilité ; suivant eux,
elles étaient impérissables, et habitaient au
fond de l'Océan , une sorte d'Elisée auquel
on parvenait par des cavernes situées dans
les anfractuosités des rochers luitlus de la
mer. Dans cet Elysée, gui était également
le séjour du grand esprit Torngarsuk et de
sa mère, régnait un éternel printemps, et
brillait un soleil pur que n'osbcurcissait ja-
mais la nuit. Des veaux marins, des pois-
sons, des oiseaux nageaient dans des ondes
limpides et s'y laissaient prendre sans
chercher à fuir, ou même se trouvaient
déjà dans des chaudières que faisait bouil-
lir un feu qui ne les consumait point. Mais
ces demeures divines n'étaient accessibles
fi7l
RAC
IMCTIOfLXAlllE
RAC
Idb
.qu*à rhomme qui, pendant sa irie, avait fait
constamment preuve de courage et d'adresse,
3ui s*était rendu mattre d'un grand nombre
e veaux marins, avait affronté de grands
périls ou s'était noyé dans la mer ; ce para-
dis s ouvrait d*ai4leurs également à la femme
qui avait suc':ombé en mettant au monde
un enfant. Ainsi ces peuples croyaient è une
autre vie dans laquelle la vertu, du moins la
bravoure recevait sa récompense.
Avant d'entrer cependant dans le royaume
de Tomgarsuk, les âmes dégagées de leur
corps avaient encore une épreuve à subir:
elles glissaient, cinq jours durant, sur la
pente inégale d'un roc couvert de sang coa-
gulé. Les âmes des individus qui étaient
morts de froid, soit par suite des rigueurs
de l'hiver, soit parce qu'ils avaient été sur-
pris par (juelques tourmentes , couraient de
grands risques dans cette périlleuse des-
cente, et pouvaient être anéanties : or, comme
rien n'e-t plus effrayant pour les Groënlan-
daîs, ainsi que pour beaucoup d'autres na-
tions, c|ue l'idée de l'anéantissement, ils
cherchaient à détourner ce .malheur au
moyen de certaines prati(|ues ascétiques
qu'ils observaient religieusement : ils
avaient coutume, par eieuiple, de s'abstenir
cinq jours de suite, de certains aliments, et
de ne se livrer pendant ce temps à aucune
occupation bruyante.
Les fictions dont se compose la croyance
de ce peuple ne sont pas tellement arrêtées,
qu'on n'y trouve des variations relative-
ment à différents points. Ainsi, tous ne se
font pas précisément la même idée du séjour
des âmes et du lieu où il est situé. Quel-
(]ues-un$ le placent dans le ciel, et disent
que les corruscations de l'aurore boréale
sont les danses des âmes bienheureuses.;
d'autres, au contraire , voyaient dans les
mouvements irréguliers de ces bizarres
lueurs, (es agitations des âmes criminelles
ballottées dans les airs, en proie à la faim
et tourmentées par des corbeaux dévorants.
Quoi qu'il en soit, au reste , et de quelque
manière qu'aient pu varier les opinions des
Esquimaux sur leur paradis et leur enfer,
ce qui nous imi;orte a nous, c'est de consta-
ter que , dans leurs idéos, cette seconde
existence était, en grande partie, un état
de rétrilmtion , de récompenses ou de châ-
timents; qu'ainsi, |»our ôlre heureux ou
malheureux dans l'autre vie, il n'était pas
indifférent do faire le bien ou le mal dans
celle-ci.
Le prince des esprits, Torngarsuk, qui
réside, comme nous l'avons dit, dans la de-
meure souterraine où se trouvent aussi les
âmes des bienheureux, a pour mère ou
Eour femme (car sur ce point on n est pas
ien d'accord), un être qui se plaît à mal
faire. Cette Prosernine du nord vit dans une
§rQnde maison au rond de l'Océan , où, par
es charmes magiques , elle peut rettjnir
tous les animaux de la mer. Au-dessous do
la lampe qui éclaire ce sombre palais, est
une jarre d'huile dans laquelle nagent des
aiscairx marins. Son trône est gardé par des
phoques qui font tout auloor leor n^k »-n
rampant, et défendu par un dûcn tv^ -
qui ne dort jamais, on ne d«jrt que ^ikjz\
le court espace d*nn cHn-d*«nl. Sans to>
loir nous étendre ici sur la descri^on <:»
cette déesse infernale, nous devons O-;
qu'il s'y trouve tant de traits 5ingDiier> qc!
rappellent la Proserpinede lam^ tbolcçi-na^
sique et la Pattala des Hiodôos, H idAil*
jusau'à un certain point les habitantes •.*
quelques cavernes enchantées des fab!e>
aralies, que nous pourrions supi^iser à ftj
différentes fictions une origine commune.
si leur ressemblance ne s*expliqoaitpa$. au
moins tout aussi bien,' par la tendance ^^h^
raie de l'esprit humain; l'ianacination don-
nant toujours naissance è des fictions à peu
près identique quand elle travaille sur cer-
tains sujets particuliers et sous rinfluence
de sentiments et d'impressions analogue^.
Dans les idées des Groënlandaisiaiens k*
monde est peuplé d'une multitude d'èlre>
invisibles, sans parler des âmes des roorb
qui, j>endant un temps, errent près du livn
de leur sépulture ; ainsi, la terre a ses p»)-
mes qui habitent les profondes cavenif^,
l'eau ses néréides, le feu ses salamandres;
les astres eux-mêmes, la lune et le soleil ^ni
leurs çénies tutélaires ; enfin, des géants
des nains, des monstres i tête derhien ont
encore leur place dans la mythologie eoranie
dans celle de plusieurs autres peuples.
Les naturels de Groenland étaient fnrti'-
ment imbus d'une opinion , comiinr«'
d'ailleurs à beaucoup d autres pavs, qu'l
doit y avoir une classe d'hommes Jonl M
fiée est de servir de médiateurs entre 1»:
reste du peuple et les puissances surnali:-
relles. Ils désignaient ces hommes srms !•
nom d'angekoks, qui correspond à jkïu pn ^
aux expressions de sorciers et devins, mî •
vantCrantz, il est ordinaire qu'un cerlaîi
nombre de familles qui vivent réunies en-
tretiennent, à frais communs, un ani;*k'i.
qui leur sert de conseil dans les cirr^ibUR-
ces un peu embarrassantes. Quand une •*
ces réunions n'a pas de directeur, elle »*i
regardée en pitié par les autre?, qui run-'.-
dt^rent les membres de la communauu
comme des avares ou comme de i«iînTe>
misérables. Afin de devenir angekoks n'^
hommes doivent renoncer | our lon^'i«'i«}'^
à toute la société, macérer leur cor, s j^'f
de lonçs jeûnes et par la concentration ^•
toutes leurs pensées sur certainssujel^. Dan>
cet état contemplatif leur esjril, comii:^
celui des Sannyasis Indiens qui riralii^ueni
le poojah, arrive à un point d'exaltation quî
approche quelquefois de la folie. Qn9t»\>
a; rès tous ces efforts, 1« néophyte est [«r-
venu à avoir à ses ordres un tonigok ou es-
prit familier, il se trouve régulièreraent
constitué h l'état d angekok, et, a dater dr
ce moment, il est en possession desfacultt^
qui distinguent les sorciers et devins. IMn*
tous les cas de maladies ou de mallK^nr
d'une autre nature, c'est près des angeV^^^
qu'on va chercher le remède. On ne d<»"i<
point qu'ils ne puissent chasser les mal**
m\
RAC
D'A.NTIlIlOPOLCXilC.
RAC
l^i
«îics aussi bien que les envoyer, charmer
1rs flèches ou leur enlever le charme, apj e-
ler les bénédictions sur un individu, clias-
ser les spectres qui l'obsèdent, etc. Si c'est
a un malade qu'ils ont aifaîre, tantôt on les.
voit souiller sur lui et marmotter des paro-
les mystérieuses ; d'autres fois, leur tâche
semhie dilUeile : il faut qu'ils aillent cher-
cher une âme en santé et Vintroduisenl dans
le cor-[is de celui qu'ils entreiirennenl de
piérir; j^arfois leur office consiste seule-
ment à prédire si le patient est destiné h
<ucromher ou à se rétablir. Par d'autres en-
ï-haiilements, ils doivent découvrir si une
[ orsonne absente est vivante ou morte. Ils
IM'uvenl, par leurs conjurations, obliger une
âme à comjiaraîtrecîcvani eu:^, et, s'ils bles-
<t»nt une de ces âmes d'un coup de lance,
l'homme cont elle animait le corps descen-
1 Ira lentement, mais sûrement au tombeau.
En un mot, l'idée que se font les Groënlan-
ilnis de leurs an^ekoks esl, pour ainsi dire,
<1p tout point, celle que nos ancêtres se fai-
^ail*nt de leurs sorciers et sorcières.
On ne peut lire 5«ins un vif intérêt l'his-
toire de la conversion des Esquimaux telle
«|ne la donne Craniz, d'après le récit simiîle
vi naïf des missionnaires moraves. En nous
piMj;nant la longue et pénilde lutte qu'eu-
rent à soutenir les missionnaires, et dans la-
quelle ils purent un moment désespérer du
sucrés, puis l'événement qui couronna leurs
tri'néreux efforts, cette histoire ne fait sans
«Hiute que nous reproduire ce qui a dû avoir
lieu dans presque tous les cas semblables,
quand les apôtres du christianisme ont eu ,
avec leslnmières nécessaires, un zèleelune
persévérance é^ale. Au Groenland, comme
c;arLS les autres [lays, il a fallu bien des an-
nées de travaui avant de produire aucun ef-
fet sensible; il a fallu entendre bien des fois
pré^iire l'inutilité de ces etforts et Timpossi-
Lilité du succès avant d'obtenir aucun signe
d'un changement même éloigné dans les di»-
l»ositîons des hotnmes auxquels on s'adres-
sait. Dans la résistance qu'opposèrent long-
t«'rnps ces hommes à l'introducliondu chris-
tianisme, aussi bien aue dans les circons-
tances qui accomjiagnèrent leur conversion,
nous retrouvons les effets de ces mêmes ten-
dances de l'esprit humain que nous avons
pu voir à l'œuvre chez plusieurs autres ra-
«res d'hommes.
Ce fut en 1721 qu*Egède, l'apôtre du Groên-
land, établit dans ce pays la première mis-
sion danoise. Il fut suivi par des mission-
naires appartenant à YUnilas fralrum. Après
un intervalle'de quinze ans , nous voyons
Crantz , Thistorien de cette communauté,
nous confesser que les efforts qu'elle n'avait
cessé de faire étaient encore sans aucun ré-
sultat apparent, c Jusqu'à ce moment» nous
dit-il, nos missionnaires n'avaient pu décou-
vrir la trace d'aucune impression qu'au-
raient faite les vérités qu'ils s'efforçaient de
[iropager. Les Groênlandais qui venaient de
cantons un peu éloi^és étaient des hommes
stupîdes, ignorants, incapables de réfléchir ,
et le peu qu'on pouvait leur dire dans une
courte visite , même quand ils l'avaient
écouté avec qlaue attention , s'évanouis-
sait bientôt doubleurs [perpétuelles pérégri-.
nations. Ceux qui , vivant dans le voisinage
des missionnaires, avaient reçu d'une ma-
nière suivie leurs instructions pendant plu-
sieurs années , n'en étaient pas devenus
meilleurs ; plusieurs même étaient devenus
pires : ils étaient fatigués, blasés , endurcis
contre la vérité. » Si on les pressait de prê-
ter leur attention aux doctrines du christia-
nisme, ils témoignaient ouvertement leur
répugnance, ou faisaient des rép<:.nses éva-
sives conçues à peu près en ces termes :
« Montrez-nous le dieu dont vous nous par-
lez, disaient-ils, alors nous croirons en lui
et nous le servirons. Tel que vous nous le
représentez, c'est un être trop sublime, trop
incompréhensible pour que nous sachions
comment arriver juscju'à lui, Ot pour que
nous croyions qu'il puisse s'occuper de nous.
Nous l'avons invoqué, quand IéOus marquions
de vivres et quand nous étions malades , et
rien ne nous montre qu'il nous ail enlendus.
Nous pensons que ce que vous nous en di-
tes est vrai; mais puisque vous le connais-
sez mieux que nous, faites en sorte, par vos
])rières, qu il nous donne suflibamaient de
quoi manger, un corps exempt de maladies,
une maison sèche : c'est tout ce dont nous
avons besoin, tout ce que nous désirons de
lui. Pour notre âme, nous trouvons qu'elle
est assez bien comme elle est; si notre corps
est sain, si les vivres ne nous n:anquent
point, nous ne demandons rien ^avantage.
Vous êtes une autre sorte d'hommes que
nous ; il se peut que dans votre pays , il y
ait des gens dont l'âme soit malade \ et cer-
tainement nous en avons assez la preuve
dans ceux qui nous viennent, car ils ne sont
propr**s à rien; ceux-ci peuvent avoir be-
soin d'un sauveur, d'un méJecin pour leur
âme. Votre ciel et vos joies spirituelles peu-
vent êfre bien pour vous, mais, pour nous,
un bonheur de cette espèce nous fatiguerait
bientôt. 11 nous faut des veaux marins , des
poissons, des oiseaux, sans lesquels notre
âme ne pourrait pas plus subsister en para-
dis que notre corps sur la terre, et nous ne
voyons pas qu'il y en ait dans votre ciel ;
nous vous I abandonnons donc, à vous et à
ceux de nos compatriotes qui ne valent pas
mieux, et nous vouions descendre dans
le séjour de Torngarsuk où nous trouverons
en abondance tout ce dont nous avons be-
soin, et sans qu'il nous en coûte aucune
peine. »
Le premier individu de cette nation qui se
convertit était un homme d'une ca|.acité in-
tellectuelle vraiment extraordinaire, pour
l'état de la société dans laquelle il vivait , et
les missionnaires en parlent comme d'une
personne qui était, à tous égards, extrême-
ment remarquable, son nonTétait Kaiarnak.
« Cet homme est pour nous, disent-ils , un
per|)étuel sujet d'etonnement, surtoutquan i
nous nous rappelons quelles sont la paresse
d'esnrit et la stupidité des Groênlandais en
général. Pour lui, ajoutent-ils, il est raie
1283
R.C
DICTIONNAIRE
RAC
m
qu'il ait besoin d'entendre deux fois une
chose ; ce qu'on lui dit il le relient dans sa
mémoire et dans son cœur. Il témoigne pour
nous une extrême affection, un grand désir
d'être instruit , de sorte au'il ne laisse pas
Eerdre un des mots qui s éhapçenl de notre
ouche, et nous prête une attention que nous
n'avions jamais trouvée jusqu'ici , même à
un moindre degré, dans aucun de ses com-
patriotes. » Kajarnak était venu d'un canton
éloigné, et n'avait eu aucun [rapport avec
les missionnaires, quand il eut occasion de
les entendre parler du christianisme, sujet
auquel il s'intéressa immédiatement. Le
récit qu'ils firent en sa présence, en termes
simples mais pleins de chaleur, des princi-
naux événements de l'histoire évangélique,
lui fit une vive impression (773) ; u devint
un disciple zélé des missionnaires, et bien-
tôt même travailla avec ardeur à répandre
parmi ses compatriotes la doctrine qu'il avait
embrassée : plusieurs en effet, grâces à ses
exhortations et à son exemple, ne tardèrent
pas à se convertir, et formèrent le noyau
d'une petite communauté de prosélytes qui
devint en peu d'années très-nombreuse.
Le premier pas avait étédifficile ; mais une
fois fait, la conversion des Esquimaux mar-
cha , à ce qu'il paraît, très-rapidement. En
1744, l'effet produit sur la masse du peuple
(773) Je ne doute point que quelques-uns de mes
lecteurs n'aiment à appi'endre par le récit même des
missioiinaires, et en quelque sorte de leur bouche,
comment pénétrèrent, dans Pespril des premiers E»-
quimaux convertis à la relip;ion chrétienne, des doc-
trines si complètement différentes du cours habituel
de leurs idées. J'extrais de THisloirc de Krantz le
passage suivant :
c Dans rété de 1728, plusieurs naturels des par-
ties méridionales vinrent visiter i'étahltssemenl. Un
jour i^u'un missionnaire nommé John Berk était oc-
cupé a transcrire une traduction des saints Evan-
giles, plusieurs de ces sauvages étant entrés, il s'a-
visa de leur lire un passage de ce qu'il venait d'é-
crire, et de l'acconipagner d'une explication à leur
portée. € Le Saint-Esprit, dit un des missionnaires,
inspira à noire fr^re la pensée de leur décrire la
passion et la mort du Christ, et de faire suivre ce
récit, où il avait mis une énergie toujours crois-
saute, d'une exhorittlion non moins vive, dans la-
quelle il les engageait h réfléchir profondément sur
tout ce qu'ils devaient au Seigneur, et les conjurait
de ne point endurcir leur àme envers celui qui, pour
les racheter, avait soulîert d'inexprimables angois-
ses, versé son sang et donné jusqu'à sa vie. — En
même temps il leur lut , dans le Nouveau Testa-
ment, le passage qui se rapporte à la prière, au
jardin des Olives, et à la sueur de sang. Alors le
Seigneur toucha le cœur d'un des païens nommé
Kajarnak; il s'avança vers la table en disant :
c Quelles sont ces choses dont vous nous padez ?
c Redites-les-moi encore, car je me sens un grand
c désir d'être sauvé. > Ces paroles, dit le mission-
naire, pénétrèrent jusqu'au fond de mon àme, et y
allumèrent un feu de charité qui inonda mes joues
de larmes, tandis que je faisais à ces pauvres gens
une histoire plus complète de la vie et de la mort du
Rédempteur, et du sacriAce que Dieu avait, dans sa
miséricorde, décrété pour notre salut, i A partir de
ce moment, Kajarnak devint un disciple assidu des
missionnaires , et fut l'heureux inslrumeiil de la
conversion de ses compatriotes.
Dans un autre compte-rendu de l'état des nou-
élait déjà évidemment très-grand ; de nom.
breux individus prenaient un vif imérêi
aux doctrines que leur exposaient les mis-
sionnaires. En 1748, il n'y avait pas moins
de deux cent trente converti! résidant à
New-Herrnhut , et trente-cinq avaient été
baptisés dans le cours de Tannée. « Quoique
ces hommes, disent les historiens des mis-
sions, soient bien loin d'être parfaits, il est
évident qu'ils font de véritables progrès.
Leurs rapports entre eux sont caractérisés
par une bienveillance mutuelle qui devient
de jour en jour plus apparente , et la sincé-
rité de leur conversion se manifeste parles
f)reuves les plus convaincantes. » Depuis
'année nk2 , qui est l'époque où la ^érilé
commença à se faire jour dans les âmes des
naturels, le nombre des conversions a é;é
très-grand, eu égard à la population du pays.
Les Danois y ont fondé plusieurs nouvelles
colonies auxquelles le collège royal de Co-
penhague fournit des missionnaires qui
sont disséminés dans diverses stations. Les
frères Moraves, de leur côté, v ont formé, eo
1758 et 1774, deux autres établissements,
Tun à Lichtenfels, l'autre h Lichlenau, près
du cap Farewell, et ils j ont eu bientôt une
congrégation de deux cent cina Groëulan-
dais baptisés. Dans la dernière histoire de
ces missions, qui a paru il y a peu d'années,
vt^anx convertis, écrit peu d*années après réféwy
ment dont nous venons de parler, on tronTC les ré-
ilexions suivantes :
c Quoique Pélat misérable dans lequel se troi-
vaienl les païens, aflliçeàt encore les frères, ifs
fruits do h grâce, qui étaient manifestes dans h-
janiak et dans les autres catéchumènes, élaienl pwir
eux une source toujours croissante de consotatioss.
Ces hommes non-seulement avaient appris à con-
naître Dien et à te respecter ; non-seulement ils k
réjouissaient à Tidée que le Christ viendrait rfsso-
sciler les morts et guider les croyants vers une lâes-
licureuse éternité, mais encore ils avaient on senti-
ment profond de leur propre misère, une vive r^
connaissance pour famour que Dieu a manift^
envers riiomme en acceptant Texpiation offerte par
le Christ, et une avidité extrême pour recevoir b
parole de vie. Il était évident que la grâce avait jt^
(fans leurs cœurs de profondes racines , ce qo
prouvait leur changement de conduite, leur rews-
cernent volontaire a toutes les vanités païennes, ^is
sérénité avec laquelle ils enduraient les reproches ée
leurs compatriotes encore infidèles, qui lesacc»-
lilaient d'outrages et de mépris. Kajarnak avait cou-
tume, io.'sque les missionnaires avaient calêrbis^
ses compatriotes, de leur faire à son tour une ^<
exhortation, et de leur dire que, puisqu'ils aviif:*^
été si longtemps dans T ignorance, ao moins faliai|il
qu'ils reçussent la vérité avec joie d reconnais-
sance, et qu'ils montrassent que ce n'était pas w
semence tombée sur la pierre. Quelquefois aiiss^i il
substituait à cette admonition une coiurte, mais ^*
vente prière, et il est bon de dire qu'il faisait loul cà
de lui-même, sans que les missionnaires lui en ^^
sent jamais donnéTordreou seulement exprimé i^J»;-
sir.ll n'est pas inutile, non plus, d'ajouter qu il ^nA
l'Intelligence très-ouverte, et qu'il suggérait auv frt-
res qui l'instruisaient les mots qoi leur manqoai'^
pour rendre leur pensée, et les corrigeait mène ps^
fois c[uand ils se servaient d'une expression f"
n'était pas la bonne, car il les enlaidaii ^ ^^^"^
mot. I
1285
RAC
I>*A!STliFOPOLOG:E.
RAC
lias
00 fait remarquer les effets très-manifesles
qu elles ont exercé sur Tétat des pays et sur
la rondition morale des habitants. « Dans
toute retendue de la côte occidentale , rien
n'est phis ra*re que de trouver des exemples
de ces l)arl)aries qui accompagnent partout
la Tie sauvage, ou de ces monstruosités
qu'autorise et que commande en quelque
M>rte le paganisme, partout où il est domi-
nant. Comparé à ce qu'il était il y a quatre-
vingts ou seulement cinquante ans» Tétat
(in |>ays est ce qu*on peut appeler un état
de civilisation. La nature du sol , le clima<t,
les moyens auxquels doivent avoir recours
les habitants de ces malheureuses contrées
pour se procurer leur subsistance, sont au-
tant de causes qui s'opposent à l'introduc-
tion de la plui>art des arts des sociétés civi-
li'^ées; il est clair q^ue le Groênlandais, dont
ie pied ne foule qu un roc stérile, ne |H)urra
jamais se livrer aux travaux dePagriculture;
il est clair que sous un ciel aussi rigoureux
il ne pourra jamais adopter les vêtements
de TEuropéen, n*aura jamais besoin des pro-
duits de nos manufactures, et jamais ne
songera à en établir de pareilles dans son
pays, et pourtant on peut dire avec vérité
que les changements qui se sont oj»érés
chez ce peuple à la suite et comme consé-
quence de Tintroduction du christianisme ,
1 industrie qu*il a acquise , toute limitée
qu'elle est, les habitudes laborieuses qu'il a
contractées, la résignation avec laquelle il a
appris à supporter les maux gu*il ne peut
écarter , le contentement qui le soutient
dans des travaux pénibles, mais inévitables,
rendent un éclatant témoignage k cette vé-
rité que, dans toutes les circonstances, dans
toutes les positions, la religion ne contribue
gaère moins au bonheur de cette vie qu*à
celui de la vie future (77i). »
Les faits que j'ai cités relativement aux
anciennes superstitions et aux croyances
licrs Groênlandais avant leur conversion , et
.surtout ce quej'ai dit des cliangements heu-
reux qui se sont opérés dans leur condition
sous I influence du christianisme, sufOsent,
si je ne me trompe, pour prouver que l'âme
des Esquimaux a la même constitution mo-
rale et intellectuelle que celle des autres
hommes. Nous trouvons chez eux les mê-
mes éléments de sentiments moraux, les
mêmes sympathies, la même susceptibilité
d^afléction, la même conscience ; chez tous
existe la notion plus ou moins claire du
bien et du mal, d'un compte à rendre pour
les fautes commises, du châtiment qui at-
teint les coupables et de la nécessité d*uno
expiation. A la vérité , ce qu'il y a de plus
élevé dans ces sentiments (communs à tant
d'autres peuples arrivés à des degrés très-
différents de civilisation), ne se montre chez
les Esquimaux païens qu'à l'état rudimen-
taire, ou n'apparaît en eux que comme une
lueur fugitive qui les éclaire par moments ;
mais nous voyons que , quand on a porté
chez eux ces doctrines qui sont tellement
en rapport avec les besoins de la nature hu-
maine qu'elles ont été reçues par les nations
les plus barl»ares comme par les plus poli-
cées, ils ne se sont [)oint montres incapa-
bles de les comprendre et ils en ont ressenti
les effets accoutumés. L'ensemble des phéno-
mènes psychologiques , des phénomènes
moraux et intellectuels , est donc au fond le
même chez les Esquimaux que chez les
autres ^leuples, et , du moment où l'on est
obligé de reconnaître que le principe
auquel se rattachent ces manifestations
est rigoureusement identique chez tous les
hommes, vouloir soutenir encore qu'il peut
exister entre eux des différences spécifiaues,
ce serait donner un démenti aux règles
dont tout le monde admet tacitement l'exis-
tence quand il s'a^^it d'établir pour ie reste
des êtres orjjanisés des distinctions d'es-
pèce ; ce serait aller contre toutes les analo-
gies.
HlSTOlBE PSYCHOLOGIQUE DES ««AT105S AFBi-
CAiNBs. — Je diviserai ce que j'ai à dire sur
l'histoire psychologique des nations afri-
caines enaeiix parties : la première, qui trai-
tera de l'histoire de la race hottentote ; la
seconde, de celle des nations nègres de l'A-
frique occidentale.
VDe la rare hottentote et boschîsmanne. —
Les auteurs qui se sont occupés de Tbisloire
de Iliomme, s'acconient à voir, dans les
Boschismans de l'Afrique méridionale , le
plus dégradé et le plus misérable de tous les
peuples, celui qui doit occuper le dernier
degré dans l'échelle des nations. M. Bory
de Saint-Vincent , qui les décrit 5elon sa
manière ordinaire, établit, entre eux et les
hommes appartenant à ce qu'il nomme l'es-
pèce japétique , une différence des plus
tranchées. 11 les considère comme formant
la transition entre le genre Momo et les
(77i) Hhlorieal ikeuhes, p. 61. « D*après un rap-
port publié à une époque toute récente, il parait
tf|a*ane quatriénie mission a été établie, et que le
nombre des Groénlantiais chrétiens appartenant à
régUsemoraveestde 1^8, noml>re dans lequel ne
sont point compris les indi^itlus appartenant aux
oonfnéeations du igées par des ministres luthériens
de TEgiise danoise. Ce rapport, d'autre part, con-
fime et corrobore tout ce qui avait été dit dans les
précédeota, uwchant les beureox eilets que Tiiitro-
doction da cfa^stiaiiisme a exercés sur rétat social
des Groênlandais et snr leur moralité, tes supersti-
tions nationales ont presque partout complètement
disparu. Les pratiques de ia sorcellerie sont aujour-
d'hui, pour ainsi dire, inconnues tout le lon^do uiu>-
rat. Dans les lieux ou régnaient jadis la cmaoté, la
débauche et tous les vices qui les acconioagnent, on
trouve aujourd'hui, gr^ce a F influence bienfaisante
de la reli.zion, toutes U's qualités opposées, la charité
fraternelle, la concor4li% la modestie et le degré de
cmlisalion qui est compatible avec les circonstanc s
particulières propres au pays. L*esprit des Groênlan-
dais a été cultive; leur cœif a été attendri et pari6é,
et quoique leur mode de vie ait conservé une cer-
taine rudesse ; quoique leurs habitudes soieat tou-
jours fort diflerentes de cdles que nous somic3s ha-|
bitués à rattacher à Tidée de civilisation, il nVn est
pas moins vrai de dire qu'ils forment maintenant un
peuple civilisé. >
liS7
UAC
DICTIONNAinE
UAC
\H
genres Orang el Gibbon^ et il leur trouve
môme quelque analogie avec les Macaques.
Voici au reste en quels termes il s'ex-
prime :
«•L'espèce holtcntote se jjartage, avec l'es-
pèce carre , la pointe méridionale de l'Afri-
que... Do toutes les espèces humaines , la
plus voisine du second. genre de bimanes
par les formes, elle en est encore la plus rap-
prochée par l'infériorité de ses facultés in-
tellectuelles , et los Hottentots sont pour
leur bonheur tellement brutes, paresseux et
stupides , qu'on a renoncé à les réduire en
esclavage. A peine peuvent-ils former un
raisonnement ; et leur langage, aussi stérile
que leurs idées, se réduit è une sorte de
gloussement qui n'a presque plus rien de
semblable à notre voix. D'une malpropreté ré-
voltante qui les rend infects, toujours frottés
de suif ou arrosés de leur propre urine, se
faisant des ornements de boyaux d'animaux
qu'ils laissent se dessécher' en bracelets ou
en bandelettes sur leur peau huileuse , se
remplissant les cheveux de graisse et de
terre , vêtus do peaux de bètes sans prépa-
ration, se nourissant de racines sauvages ou
de panses d'animaux et d'entrailles , qu'ils
ne lavent môme pas, passant leur vie, assou-
pis ou accroupis et fumant, parfois ils errent
avec quelques troupeaux qui leur fournis-
sent du lait. Isolés , taciturnes , fugitifs, se
retirant dans leurs cavernes ou dans les
bois, à peine font-ils usage du feu , si ce
n'est pour allumer leur pipe qu'ils ne quit-
tent point. Le foyer domestique leur est à
peu près inconnu, et ils ne bâtissent pas do
villages, ainsi que les Cafres leurs voisins ,
qui rcjrardent ces misérables comme une
sorte de gibier, leur donnent la chasse et
exterminent tous ceux qu'ils rencontrent.
On les a dits bons, parce qu'ils sont apathi-
ques ; tranquilles, parce qu'ils sont pares-
seux, et doux, parce qu'ils se montrent lâ-
ches en toute occasion. »
Pour peindre le dernier état de la misère
et de la déjjradation humaine, Timaj^inatiou
ne fournirait pas de plus sombres couleurs
que celles qu'emploient, dans le tableau qu ils
nous font de la condition actuelle des Boschis-
mans,plusieurs observateurs modernes,hom-
mes parfaitement dignes de foi et nullement
enclins à l'exagération. N'ayant pour s'abri-
ter ui maison, ni même rien qui mérite le
nom de huttes , réduits à chercher un asile
temporaire dans des cavernes ou des trous
creusés en terre , nus et demi-morts de
faiîn, ces pauvres sauvages errent dans les
bois par petites troupes ou par familles iso-
lées, soutenant à grande peine leur miséra-
ble existence , au moyen des racines sauva-
ges qu'ils récoltent , des larves de fourmis
tjui sont poui* eux l'objet de laborieuses et
incessantes. recherches, des lézards, des ser-
pents et des insectes que le hasard fait tom-
ber entre leurs mains et qui sont aussitôt
iiévorés. Il n'est donc pas surprenant que
ics écrivains systématiaues, qui veulent à
toute force établir une étroite union entre
l'homme et les espèces inférieures, aient fait
de l'histoire des Boschismans leur thème
favori.
Mais des observateurs consciencieux et
qui ne peuvent être soupçonnés de préven-
tion en faveur de l'opinion opposée , nous
ont fait une peinture moins défavorable des
Boschismans , en ce qui a rapport à leur
caractère moral et intellectuel. Ainsi M.Bur-
chell,quia recherché toutes les occasions
d'avoir des rapports avec eux, et qui a pa
observer leur manière de vivre, a re-
connu que, malgré l'état effroyable de mi-
sère et de dénûmenf auquel ils sont ré-
duits, on trouve encore chez euxdesqualiiés
sociables, le sentiment de la compassion,
celui de la bienveillance , en un mot, tous
les attributs essentiels de l'humanité.
On ne doitpas oublier que les Boschismans
ne sont pas une race distincte, mais bien une
branche ou une subdivision de la nation au-
trefois très-nombreuse des Hottentots. C'est
une vérité qui avait été anciennement ^^
connue; mais Lichtenstein, ayant émis une
opinion contraire, la fit partager à beaucoup
d écrivains qui considérèrent avec lui les
Boschismans comme constituant une famille
particulière, complètement distincte de tou-
tes les autres races de l'Afrique australe.
Cependant , en comparant leur langue avee
celle des Korahs et des autres Hottentou ,
le professeur Vater reconnut entre eHes la
plus manifeste affinité , et la conclusion ï
laquelle il était arrivé a été depuis pleine-
ment confirmée par des recherches faites sur
les lieux, de sorte qu'il n'existe pas aujour-
d'hui deux opinions sur ce sujet. Dans un
des plus récents et des meilleurs ouvrages
qui aient été écrits sur l'Afrique du sud,
1 auteur représente les Boschismans comme
les restes de hordes de Hottentots qui, de
même que toutes les tribus de l'Afrique
australe, vivaient originairement des pro-
duits de leurs troupeaux, mais que les em-
piétements successifs des colons eurojiéens,
et les guerres avee d'autres tribus mdigt-
nes, forcèrent enfin à chercher un refuse au
milieu des déserts et des rochers inac<.'essi-
blesde l'intérieur.
« Les hommes que l'on désigne sous le
nom de Boschismans, dit cet auteur, viTent
dans un état de profonde misère , et la plu-
part de leurs hordes sont complètement dé-
pourvues de menu comme de gros bétail.
Leurs moyens de subsistance re[x>seut eo
partie sur les produits de leur chasse , en
partie sur des racines sauvages que leur
fournit le désert, sur les œufs de foarmii
qu'ils recueillent, les sauterelles que le reot
leur apporte, les reptiles que !o hasard ûii
tomber sous leurs mains, en partie enfin
sur le butin qu'ils enlèvent aux op^.re^seo^
de leur race, leurs ennemis héréditaires, te
colons de la frontière. Descendus de la roo-
dition de pasteurs à celle de chasseurs el de
brigands, les Boschismans, comme on poih
vait le prévoir et comme le confirme le té-
moignage des hommes qui les ont connue'
ont acquis plus de résolution dans le car»"-
tère, à mesure qu'ils ont été exposés à plo^
RAC
D'ANTHROPOLOGIE.
RAC
l»0
de dangers , plus de férocité à mesure qu*il$
ont soaffert plus d'injustices, plus d*actiTité
à mesure qu'ils ont eu à endurer plus de
prirations. Des peuples pasteurs d'un natu-
rel doux , eonnuit et inoffensif, se sont
transformés graduellement en hordes erran-
tes dé saurages farouches, inquiets et rindi-
catlfs. Traités par leurs semblables comme
des bêtes féroces, ils ont fini par en prendre
les habitudes et les allures. 9
Un changement qui fait ainsi descendre
fout un peuple d*une rie heureuse et tran-
quille à un état de misère tel que celui où
nous TOjons les Boschismans est quelque
chose de si réroltant qu'on Toudrait pouvoir
le regarder comme impossible, et pourtant il
n'y a pas moyen de se refuser à 1 admettre,
puisque, de nos jours même, on peut assis-
ter en quelque sorte à de semblables trans-
formations: nous nous contenterons d'en
citer un exemple. Les tribus koranas sont,
comme on le sait, de toutes les tribus hot-
tentotes, les plus riches et les plus arancées
dans les arts nécessaires à un peuple de pas-
teurs ; or nous pouvons suivre dans la rela-
tion d'un voyageur moderne, homme d'un
sens droit, qui n'a rien négligé pour connaî-
tre la vérité, et qui ne parle guère que d'a-
près ses propres observations, les phases
5>uccessives par lesquelles des tribus de
race korah ont passé, malgré elles, de la con-
dition pastorale à la vie sauvage de chas-
seurs et de brigands.
C'est chez les Koranas de la rivière Harte-
l>eest, que M. Thomson a constaté cette
triste tratnsformation. Pillés par leurs voi-
sins, ils avaient été contraints de s'enfuir
dans le désert, où ils se nourrissaient de
fraits sauvages ; ils avaient adopté les mœurs
des Boschismans, et s'étaient assimilés sous
tous les rapports essentiels avec cette mi-
sérable tribu.
Les Hottentots pasteurs et les Boschis-
mans, devant donc être considérés comme
une seule race, nous ne les séparerons point
dans les remarques que nous allons faire
sur leur caractère moral ; nos remarques ne
pourront porter sans doute que sur ouel-
ques traits généraux, mais elles nous lour-
niront les éléments suffisants pour établir
une comparaison entre cette famille et les
autres familles humaines.
Si nous voulons nous faire une juste idée
du caractère des Hottentots, nous ne devons
pas nous contenter de les observer dans l'é-
tat de dégradation où ils se présentent au-
jourd'hui , quand tout ce qu'il pouvait y
aroir en eux d'énergie a été étouffé par Top-
pression à laquelle les ont soumis pendant
plusieurs générations successives les colons
européens qui les ont réduits au servage,
ou forcés à se tiannir du sol natal. Ce n'est
I>as, je le répète, sur nos propres observa-
tions que nous devons asseoir notre juge-
ment, mais sur celles qui ont été faites an-
ciennement, et qui nous peignent l'état de
ces tribus à l'époque du premier établisse-
in ^nt des Hollandais.
Jje Tovageur Kolbe nous a donné sur l'é-
DicnoHiv. n'AimaopouMSic.
tat des Hottentots à cette époque des ren-
seignements qu'on a tout heu de croire fi-
dèles, et qui d'ailleurs sont, sur beaucoup
de points, en désaccord complet avec ceux
que nous fournissent les auteurs modernes.
De son temps, les Hottentots formaient un
peuple nombreux, divisé en un assez grand
nombre de tribus, soumises chacune au
gouvernement patriarcal de leurs chefs ou
de leurs anciens. Réunis par hordes de trois
ou quatre cents individus, ils parcouraient
le pavs avec leurs troupeaux, transportant
d'un lieu à un autre, chaque fois que le be-
soin de nouveaux pâturases se faisait sentir,
leurs khraals, sorte de villages ou de camps,
dont chaque hutte, composée de quelques
perches autour desquelles ou disposait des
nattes de jonc, pouvait en peu d'instants
être démontée, empaquetée, et placée sur le
dos d'un bœuf de charge. Cn manteau de
peaux de mouton cousues formait leur vête-
ment ; leurs armes consistaient en un arc
avec des flèches empoisonnées, et une lé-
gère javeline ou assagaie. Us étaient har-
dis et actifs à la chasse, et quoique d'une
disposition généralement douce, ils se mon-
traient courageux à la guerre, comme leurs
envahisseurs européens eurent fréquem-
ment occasion de l'éprouver.
Kolbe vante les bonnes qualités moralef
des Hottentots : c Ce sont ijeut-être, dit-il,
les serviteurs les plus fidèles qui soient au
monde. Quoique aimant à la passion le
vin, l'eau-de-vie et le tabac, ces objets peu-
vent leur être confiés en toute sûreté, et il
n*j a pas à craindre qu'ils se permettent
d'en détourner à leur profit la moindre
partie, ou qu'ils permettent à d'autres d'en
prendre. A cette qualité ils joignent la plus
grande humanité et le naturel le plus com-
patissant. Leur pureté de mœurs est remar-
quable, et chez eux l'adultère est puni de
mort. 11 faut bien avouer, d'autre part, qu'ils
sont sales dans leurs vêtements, paresseux
et indolents, et que, tout en se montrant à
l'occasion capables de raisonner très-jusiCt
ils n'aiment pas à prendre la peine de ré-
fléchir. » Kolbe témoigne d'ailleurs, en di-
vers passages, qu'il est très-loin de les con-
sidérer comme inférieurs au commun des
hommes sous le rapport de l'intelligence :
ainsi il dit en avoir connu plusieurs qui
entendaient parfaitement le hollandais, le
français et le portugais. 11 en cite un en par*
ticulier (mi, non-seulement avait appris en
très-peu de temps l'anglais et le portugais,
mais était aussi parvenu à surmonter les diP
ficultés de prononciation que lui opposaient
les habitudes contractées en parlant sa lan-
Fue maternelle, de sorte qu'il passait, dans
opinion des juges comf^tents, pour com-
prendre et parler ces deux langues avec la
même focihté et la même correction que s'il
les avait apprises au berceau. « Nous
voyons tous les jours, ajoute cet auteur, ces
hommes employés par les Européens dans
des affaires qui demandent du jugement et
de la capacité. Ainsi c'était un Hottentot
nommé Cloos, que M. Van der Stel, le der-
1291
RÂC
DICTIONNAIRE
RAC
m
aier gouverneur du Cap, employait dans les
négociations qui avaient pour but d'obtenir
du bétail par voie d'échange avec des tribus
très-éloignées, et il était bien rare qu'il re-
vînt sans avoir parfaitement réussi dans sa
mission. >j
Nous avons dit qu'un des meilleurs moyens
d'arriver à connaître ce qu'il y a de plus inti-
me dans le caractère moral et intellectuel d'un
peuple, est de voir quelles sont ses idées, ses
impressions touchant, les sujets qui tien-
nent à la religion ; examinons donc ce que
nous offrent à cet égard les Hottenlots. On
a souvent répété que ces hommes étaient
dépourvus de toute croyance religieuse,
qu'ils n'avaient absolument aucune idée de
la Divinité, aucune idée d'une vie future.
Il se peut que, réduits en esclavage, sépa-
rés de leurs compagnons, obligés, pour sou-
tenir leur vie, à travailler sans un moment
de relâche, quelques-uns d'entre eux aient
Serdu l'habitude et presque la faculté de Tv -
échir, soient devenus, en un mot, des es-
pèces de brutes ; mais Kolbe nous assure
que, de son temps, il y avait chez tous les
Hottentots une ferme croyance en une puis-
sance suprême, qu'ils nommaient Gounya
ïekquoa ou le dieu de tous les dieux, dont
4e séjour, disaient-ils, étaient au delà de la
une. Ils ne lui rendaient pas de culte, tou-
tes leurs adorations étaient pour la lune : à
l'époque de son plein et de son renouvelle-
ment, ils lui ouraient des sacrifices d'ani-
maux avec toute espèce de grimaces et de
contorsions, poussant des cris, jurant, chan-
tant, sautant, frappant du pied, dansant, et
accompagnant toutes ces bizarres cérémonies
de nombreuses prosternations et de paroles
appartenant à un jargon inintelligible. « Ils
ont aussi, nous dit ce voyageur, une singu-
lière vénération pour une espèce particu-
lière d'escarbot, dfont la rencontre, à ce qu'ils
croient, porte bonheur. Ils croient de plus
à une divinité malfaisante qu'ils nomment
Toutouka, et qu'ils se représentent sous la
forme d'un petit être tout contrefait et pie-
chant, grand ennemi des Hottentots, et
l'auteur de tous les malheurs rjui survien-
nent dans ce monde. Ils lui offrent des sa-
crifices pour lâcher de Tapaiscr. Tous les
accidents, toutes les maladies ou douleurs
subites sont attribuées par eux à la sorcel-
lerie ; aussi ont-ils une grande confiance
dans les charmes et les amulettes. » Kolbe
croit qu'ils n'ont pas la moindre idée de ré-
compenses ou de punitions qui attendent
l'homme dans une autre vie. « Cependant,
dit ce voyageur, il est évident pour moi
qu'ils croient à l'immortalité de l'âme ; plu-
sieurs circonstances ne me permettent i)as
de révoquer la chose en doute : d'abord ils
offrent des prières aux saints, c'est-à-dire
aux Hottentots qui sont morts après avoir
vécu en gens de bien; ensuite ils ont peur
des esprits qui pourraient, croient-ils, reve-
nir sur terre pour les tourmenter; aussi
pour c^tte raison, à la mort d'une personne
quelconque, ils déplacent leur kraal, dans
la supposition aue les âmes des personnes
mortes restent à l'entour des lieux qu'elles
habitaient pendant la vie ; enfin, ils croient
à la puissance des sorciers ou des magi-
ciens pour évoquer ces esprits. »
La relation exacte et fidèle de la conver-
sion de ces peuples, si nous pourions la re-
produire ici avec quelques détails, ferait
ressortir plusieurs traits iranorlants de leur
histoire morale et intellectuelle, nous lâche-
rons, au reste, dans l'esquisse que nous allons
en orésenter, de conserver les traits les plus
saillants. Les premières tentatives qui fu-
rent faites pour essayer de les amener à re-
cevoir les vérités du christianisme rencon-
trèrent la même résistance obstinée dont il
y a tant d'exemples dans des circonstauces
semblables, et un auteur résume ses obser-
vations sur ce peuple eu disant quelles
Hottentots semnlent nés avec une antipa-
thie naturelle pour toutes les coutumes de
la civilisation, et pour toute religion autre
Sue la leur. » Un jeune Holtentol qui arail
lé élevé par le gouverneur Van der Stel
dans les mœurs et la religion des Hollan-
dais, et avait appris plusieurs lances el
donné preuve d un esprit qui semmait lui
Permettre d'aspirer à tout, fut envoyé dari^
Inde et employé dans les affaires publitiue^
A son retour au Cap, il se dé|)0uilla de m s
vêtements européens, se couvrit de i>eaui
de mouton, et, se présentant en cet étal di-
vaut le gouverneur, il renonça solc^neII^
ment à )a société des hommes civilisés el ï
la religion chrétienne, déclarant qu'il rou-
lait vivre el mourir dans la religion de ses an-
cêtres, el en suivant leurs coutumes (TTj).
Nous reconnaissons là un trait caractéristi-
que de laliature humaine, commun aussi aux
autres races d*hommes : une sorte d'attaihe-
ment instinctif et aveugle aux impressions re-
çues dans l'enfance est en effet une de m
tendances intellectuelles les plus forlemtni
prononcées, et, commme le prouve l'eierapk
que nous venons de citer, ce sentim ai
n'est pas moins puissant chez les Holteoi'o
que cnez des nations plus civilisées; cei-eii-
dant il n'a pas été, pour les hommes de ce '•
race, un obstacle à la propagation de la ré-
gion chrétienne, quand rmlroduction en '
été tentée parmi eux dans des circonstanct?
différentes.
2* De Vintroduction du christianismt inf-
ini les Hottentots, — Il est vraiment surprfr
nant, après tout ce que nous avons enfen'i
dire de la paresse d'esprit et de la gros^ii"
sensualité des Hottentots, d'apprendre •]:''
n'y a pas de race sauvage qui ait prêté ^rf
oreille plus attentive a la prédication - I
christianisme, et qui, par suite de l'infr-
duclion de cette religion, ail éprouvé ut^
amélioration plus rapide, plus merveilieu^'
non-seulement dans son caractère cl i'^^'
ses mœi;rs, mais aussi dans sa conliîin:^-
ciale et sa prospérité extérieure. Laci^i-'^''*
tion a marché à si grands pas dans les tU*
(775) P. Kolbe, Voyage au cap de Bonne-ICspérance; Nurcmbers,. 1719, 3 vol. in-fol.
J
li}3
RAC
d*a:^turopologi£.
RAG
1294
I)li5sement5 des frères Moraves, à qui appar-
titiil surtout rhonneur d'avoir introduit le
christianisme chez les Holtentots, qu'il en
csl résulté dans le public Vidée que les mis-
sionnaires de cette Eglise diriuaient princi-
paieiDent leur attention vers ïe dérelôppe-
uu'Dt des connaissani^es relatives au\ arts et
à rindustrie, la religion n'étant eu quelque
sorte pour eux qu'un objet secondaire. Il est
à peine besoin de dire qu'ils nient formel-
iement les intentions qu on leur i>réle ainsi,
et qu elles sont même en opposition directe
a?ec l'opinion qu'ils professent ourerte-
ujent. Cette opinion, qui est chez eux le ré-
Miltat de l'expérience acquise pendant un
siècle ti)ut entier de services patients et d'ef-
furls pénibles, c'est qu'on ne peut espérer
aucun cbans;ement heureux dans les mœurs,
aucune amélioration dans l'état social d'un
peuple, si Ton n'a pas au préalable employé
t'jutc Tinfluencede la religion pour stimuler
sa nature morale, éveiller sa conscience et dé-
velopper les sentiments honnêtes de son
cœur. Nos missionnaires pensent qu'il n'v
a \)HS de sauvages qui soient assez bornés
pour qu'on ne puisse espérer de produire
en eux ces changements intérieurs, et au'uiie
fois le changement produit, les réformes
extérieures ne sont plus qu'un jeu, les bien-
faits de la civilisation s'en suivant comme
une conséq[uence nécessaire.
La première tentative d'introduction du
christianisme chez les Hottentots fut faite
pat un missionnaire nommé Schmidt, homme
zélé et de grand courage qui entreprit cette
tà«:he dans les premiers temps de FEglise
liiorave. 11 arriva dans l'Afrique méridionale
eu 1737, et s'étant établi à peu de distance
du Cap, il réunit bientôt une petite congré-
gation de Hottentots, dont il se fît extrême-
ment aimer ; mais obligé de s'embarquer
|/Oar la Hollande, il ne put revenir, comme
il en avait l'intention : sous prétexte de zèle
pour la pureté de la doctrine, et pour la
f^ix de l'Eglise, des adversaires s'oppo-
sèrent & son retour et parvinrent à l'em-
jrécher. L'entreprise suspendue pendant près
fje cinquante ans fut reprise sous de plus
favorables auspices en 1792. Les nouveaux
nii<^sionnaire$, ayant cherché les ruines de
riiabitatian de Schmidt, trouvèrent quelques
Tieux Hottentots qui respectaient toujours
sa mémoire, et ils fondèrent dans ce lieu
l'établissement de Bavian's Kloof, connu
depuis sous le nom de Gnadenthal.
L'école établie par les missionnaires fut
bientôt fréquentée par un assez grand nom-
bre de Hottentots, tant enfants qu'adultes,
et les instructions religieuses, dans lesquel-
les on faisait la lecture de la Bible avec les
commentaires nécessaires, étaient suivies
[.^r beaucoup d'auditeurs attentifs. Les his-
toriens de la mission disent : « Le silence res-
j -t,'4.-tueux des Hottentots qui faisaient partie
'iO ces réunions, la vive attention qu'ils prê-
c. lient aux discours de leurs instructeurs et
i'^îootion qui se peignait d'une manière vi-
-i hîe sur leur visage étonnèrent les mission-
naires à qui on avait dit qu'il serait impos-
sii)!.' de fixer l'attention de leurs auditeurs,
durant une allocution d'un genre sérieux,
pour courte qu'elle fût. » Le nombre des
disciples s'accrut et monta bientôt à deux
cents individus, dont l'instruction se faisait
en plein air. Plusieurs Hottentots qui ame-
naient avec eux leurs familles et leur bé-
tail arrivèrent de distances considérables, et
s'associèrent à l'établissement. Les cultiva-
teurs coloniaux s'alarmèrent à l'idée qu'ils al-
laient être privés du service de leurs Hotten-
tots; plusieurs fois ils menacèrent de détruire
l'établissement, et même il y eut de leur
part un commencement d'exécution; mais
ces menaces et ces tentatives furent sans effet,
et il devint enfin évident, même aux veux de
cette classe d'habitants, que les Hottentots
convertis au christianisme par les instruc-
tions des missionnaires devenaient des ser-
viteurs bienpius utiles et plus dignes de con-
fiance que les païens abrutis et dégradés,
qu'ils avaient été obligés jusque-là d'em-
ployer.
Dans le cours d'un petit nombre d'années,
des Hottentots arrivèrent de toutes les parties
de la colonie et augmentèrent la population
de Bavian's Rloof. Les missionnaires n'ac-
cordèrent qu'après d'assez longs délais, et
avec une prudente réserve, le baptême aux
nouveaux convertis; il leur fallait d'abord
des témoignages sensibles de repentir et de
foi. Cependant en 1799 on comptait déjà
deux cent trente-huit maisons de Hottentots;
le nombre des habitants s'élevait à mille
deux cent trente-quatre, parmi lesquels trois
cent quatre étaient membres actifs de lacon-
Î;régation et quatre-vingt-quatre avaient été
laptisés dans Tannée.
Lorsque la colonie du Cap passa au pou-
voir des Anglais, les bons effets de l'instruc-
tion donnée par les frères Moraves étaient si
évidents, ils se manifestaient d'une manière
si marquée , par l'amélioration survenue
dans les mœuis et l'industrie des Hottentots,
une les missions obtinrent sans difficulté
1 appui et la faveur du gouvernement. A cette
époque, Gnadenthal était devenu un établis-
sement populeux qui offrait les plus beaux ré-
sultats a^^ricoles, et était occupé par de nom-
breuses et heureuses familles de cultivateurs,
qui obtenaient de riches produits d'un sol sur
lequel leurs ancêtres avaient erré { endant des
siècles, sans jamais essayer de l'améliorer.
Pour agrandir cet établissement, le gouver-
nement donna aux frères moraves une autro
partie du pays qui reçut le nom de Groeno-
kloof. DansVespace d'une année le désert
avait disparu et avait fait place à une terre
couverte d'abondantes moissons. Les mis-
sionnaires rapportent que, « même dans la
conduite des anaires temporelles, les Hotten-
tots témoignaient assez qu'ils étaient sous
riufluenre des idées chrétiennes; ils se por-
taient avec ardeur au travail, soit pour cons-
truire leurs huttes, soit pour cultiver leurs
terres, et Dieu bénissait l'ouvrage de leurs
mains. » Quelques-uns des fermiers hollan-
dais exprimèrent leur surprise des < îumge-
ments qu'ils voyaient s'opérer chez ce peu-
1295
RAC
DICTIONNAIRE
RAC
m
pie. « Ils étaient émerveillés, disent les mis-
sionnaires, de voir que lorsque ces miséra-
bles ivrognes arrivaient à Gnadenthal et en-
tendaient la parole de Dieu, ils recevaient
véritablement la grâce, et devenaient de tout
autres hommes. »
Peut-être n'y a-t-il rien de plus remarqua-
ble dans l'histoire de ces établissements, que
]e fait de la profond^ sensation produite par
le spectacle de la prospérité dont jouissaient
les nouveaux convertis, sensation qui non-
seulement était générale dans toute la nation
hottentote, mais qui était également parta-
gée par des tribus appartenant à d'autres peu-
ples, et partout accompagnée d'un désir d'ob-
tenir les mêmes avantages. Des familles entiè-
res de Hottentots, et même de Boschismans,
partirent des frontières de la Cafrerie, et firent
des voyages de plusieurs semaines pour ve-
nir s'établir à Gnadenthal. Des individus de
la nation Tambuki, et quelques uns apparte-
nant à la nation des Damaras, qui est par delà
le pays des grands Namaquois, se rendirent
h Groene-Kloof et y fixèrent leur demeure.
Un fait singulier dans l'histoire de ces races
barbares, aest celui que nous présentent les
sauvages Boschismans, adressant de leur pro-
pre mouvement au gouverneur du Cap, qui
travaillait alors à les réconcilier avec les co-
lons, une sollicitation très-pressante pour
qu'on leur envoyât des instructeurs sembla-
bles à ceux qui avaient résidé longtemps
avec les Hottentots à Gnadenthal. « C'est,
dit l'historien de la mission, un cas qu'on a
dû rarement observer que celui d'un peuple
sauvage qui, traitant avec une puissance chré-
tienne, demande comme une des conditions
de la paix qu'on lui envoie des missionnai-
res chargés de l'instruire dans le christia-
nisme. »
Le défaut d'espace ne me permet pas d'em-
prunter à cette histoire beaucoup d'autres dé-
tails qui seraient également très-dignes d'atti-
rer l'attention ; mais les faits que j'ai cités
sont de ceux qu'il ne m'était pas permis d'o-
mettre dans une investigation comme celle-ci ;
car ils sont évidemment d'une très-grande por-
tée relativement à l'histoire de cette singulière
et intéressante race. Les personnes qui vou-
dront les examiner de bonne foi, et sauront
les apprécier à leur juste valeur, v trouve-
ront certainement la preuve qu'il y a chez
les Hottentots les mêmes principes d'action,
la même nature intérieure que chez les autres
branches delà grandefamillehumaine,!et cette
conviction ne fera que se fortifier par la lec-
ture des détails qu'ont donnés les mission-
naires sur leurs travaux ultérieurs et sur les
changements moraux qui en ont été le ré-
sul ta! .
Traits psychologiques gongernant les
NATIONS NÈGRES DE l'AfRIQUE OCCIDENTALE. —
On croit généralement que la religion pri-
mitive des nations de l'Afrique occidentale,
celle qui y dominait dans les temps les plus
recules, antérieurement aux époques histo-
riques, et avant l'introduction du christia-
nisme ou de l'islamisme, n était autre chose
que l'amas des superstitions relatives aux
fétiches ou aux charmes : cette opinion ce-
pendant n'est rien moins que fondée. Sans
doute la superstition des charmes est forte-
ment enracinée dans l'esprit des nègres ido-
lâtres, mais elle s'y allie avec plusieurs ves-
tiges encore très-apparents de la religion
naturelle. On peut observer, au reste, chez
des nations parvenues à un degré beaucoup
plus élevé de culture intellectuelle, des su-
perstitions et des usages qui ont plus ou
moins de ressemblance avec le fétichisme <ie
l'Africain, Telles sont, par exemple, h
croyance dans une destinée qu'aucun effori
humain ne saurait modifier (c'est-à-dire le
fatalisme), la foi dans l'astrologie, la nécro-
mancie, les charmes, les talismans, les pré-
sages, les jours heureux et malheureux, les
idées de bonne et de mauvaise chance, du
bon et du mauvais génie des individus.
« Le moi fetisso^ dit Barbot, dans sa des-
cription de la Guinée, est un mol porlUt;ai5
qui signifie charme ou talisman. » Ce nVi
pas un terme africain, et si les nègres de la
côte d'Or l'emploient, c'est qu'ilsl'onl adopté
des Portugais; ces nèzres nomment leurs
idoles Bossum ou Bossefoe. Le P. Cioiëm
Loyer, préfet apostolique des Jacobins, qui
fit un voyage au royaume d'Issiny, et étuuia
le caractère, les mœurs et la religion des
naturels, dit que c'est une grande erreur de
supposer que les fétiches sont les dieuide^
Bègres. Il déclare qu'ils croient à un ftr«
tout-puissant, et que, du moins dans \^^
contrées qu'il a visitées, c'est à lui qu'ils
ont coutume d'adresser leurs prières.
a Tous les matins après s'être levés, diil?
voyageur, ils s'en vont au bord de la mer
ou de la rivière, pour se laver; el, aprè*
avoir jeté quelque peu d'eau sur leur létc.
et quelques-uns du sable, en signe d'humi-
lité, ils joignent les mains, puis les entr'oih
vrant ils expriment en soufflant dedans ce
terme eksvuaisj et après cela les élevant ave:
leurs yeux au ciel, ils font celle prière: i/-
guioumémamé maroy marné orit^ marné rhù'<
okkorif marné akaka^ marné bremoû maméon-
gotuin e aounsan^ c'est-àndire : Mon Dieu.'iofi-
nez-moi aujourd'hui du ri£ et des ignames
donnez-moi de l'or et de l'aigris, donuez-
moi des esclaves et des richesses, donnei-
moi la santé, et faites que je sois léger <
dispos (776). »
L'excellent missionnaire Oldendorp,q'
parait s'être donné beaucoup de peines p-'»^-
acquérir des notions exactes et complet-^
sur l'histoire mentale et le caractèn^ î*^
nègres , et qui a eu pour cela des orcâj:'.-'
comme les voyageurs en rencontrent ran?-
ment , nous assure qu'il a reconnu, <1^-'
tous , la croyance en un Dieu qu'ils reprt-
sentent comme infiniment bon , inùniï^^^
puissant.
« Il est le créateur du monde et desboc*
(716) Relation du voyage au royaume d'I$iiny\ par le P. Godefrov Lotke- Paris, i7U» iff-^-*
1^ 243.
I3<i7
HAC
DANTUROPOLOCie.
RAC
t2M
mes , c'est lui qui tonne dans les airs pour
fuudroyer ]es méchants. 1] voit avec satisfac-
iioQ les hommes qui font le bien et leur
aiTorde pour récompense une longue TÎe.
C e^t envers lui que les nègres se reconnais-
S'-nt redevables pour tout ce qui peut con-
IriDuer en quoi que ce soit à leur bonheur »
pour les avantages personnels , tels que la
f'-Tce, la beauté^ le courage , aussi bien que
p*iur les produits de la terre , car c'est par
sa volonté que la pluie tombe du ciel pour
fertiliser le sol.
< Il aime, disent-ils, à voir les hommes lui
adresser des prières dans leurs besoins , et
il les secourt dans les dangers, dans les
maladies, dans les temps de sécheresse, etc.
Ce dieu suprême habite dans le ciel , son
séjour est bien loin au-dessus des nuages ;
il a sons son pouvoir tous les autres dieux. »
« Parmi toutes les nations noires que j'ai
connues , dit encore Oldendorp , il ar en a
pas une, même parmi les plus ignorantes et
les plus grossières, qui ne croie en un Dieu,
qui n'ait appris à lui donner un nom , qui
ne le considère comme le créateur du monde,
et qui ne lui reconnaisse plus ou moins
expressément tous les attributs que j*ai
énumérés plus haut. Cependant comme ils
emploient en parlant de Dieu le même mot
<Jont ils se servent pour désigner le ciel , il
y a lieu de douter s*ils ne prennent pas le
fiel même pour la Divinité ; mais peut-être
le'irs idées ne sont-elles pas assez nettes
I*^»ur que cette distinction se soit jamais pré-
sunlée à leur esprit.
« Outre cette divinité suprême et bienfai-
suite que toutes les nations de la terre ado-
ront par diverses formes de cultes, les nègres
rroient à l'eiistence de plusieurs divinités
(à'orJre inférieur, qui sont soumises au Dieu
souverain, et servent comme de médiateurs
f'wrre lui et les hommes. Ce M)nt ces divini-
ft'> secondaires qu'ils révèrent dans les ser-
; *-nts, le? titres, les loups, dans les rivières,
!*•> arbres, les monta;;nes , et dans certaines
i -i^-rres que leur volume , leur forme , leur
ï» »<ition ou les légendes qui s'y rattachent,
4 fit rendues un objet de vénération. Les plus
>t lipides d'entre les nè^es imaginent que le
-«•rpent, le tigre et la pierre, sont réellement
ci v^ <iieux, que l'arbre entend leur prière et que
l*f ti^re peut faire pleuvoir; mais les nègres
I s plus intelligents considèrent ces objets
vj'ume des représentations de dieux infé-
" eurs^ et supposent que des divinités locales
. u [>i tent sous certains arbres ou sur certaines
.•lii nés où elles demeurent invisibles. C'est
•^ qu'attestent les fables qui ont cours parmi
tr3 prêtres d'Akkran , et qui sont relatives à
a ^ul>ordination des dieux tutélaires envers
irie aivinité suprême, et cela est également
ai/' or.l avec l'idée qu'ils ont que les divini-
•s inférieures s'absentent pendant un cer-
"ïin temps de l'année, quoique les corps
)a:ériels sous la forme desquels on les adore
L'>t#.*nt toujours présents aux yeux.
« Les objets de leur adoration appartien-
ent les uns au culte national, les autres au
ni te domestiaue. Ainsi les Fidas, outre le
grand serpent qui est la divinité de toute la
nation , ont chacun leurs petits serpents qui
sont adorés comme des espèces de dieux
pénates, mais ne sont pas estimés à beaucoup
près aussi puissants que l'autre dont ils ne
sont que les subordonnés. Quand un homme
a bien reconnu que son dieu lare , son ser-
pent domestique, est sans force pour lui faire
obtenir ce qu'il demande, alors il a recours
au grand serpent. La divinité nationale des
Kingas est une dent d'éléphant , et celle de
la tribu des Wavas , un tigre. Les Sembers
ont pour dieux des idoles de bois à forme
humaine qu'ils nomment Zioo. Les Loangos
ont aussi, soit dans leurs maisons, soit dans
des espèces de temples, des idoles sculptées,
représentant des personnages des deux sexes,
les uns habillés, les autres nus et peints. Ces
idoles sont servies par des prêtres qui pas-
sent pour en être inspirés et délivrent leurs
réponses que l'on reçoit comme des oracles.
Certaines tribus d'Aminas donnent le nom
de Borriborri à un Dieu qu'ils considèrent
comme le créateur de leur nation et l'ordon-
nateur du monde ; ils croient qu'il a une
femme nommée Sankomaago, de laquelle il
lui est né un fils nommé Sankumbo, qui est
le médiateur entre l'homme et la divinité
suprême.
n. L'opinion ^nérale parmi ces nations est
oue les dieux inférieurs sont chargés par la
divinité suprême de veiller sur certains pays,
sur certains hommes , sur tels animaux eu
telles plantes, sur telle rivière ou telle mon-
tagne , et qu'ils doivent tous chaque année
rendre compte de leur conduite. Ces rap«>
ports se font dans une assemblée générale
de tous les dieux réunis à la cour de la divi-
nité suprême. Celui qui a rempli convena-
blement sa tâche est confirmé dans son oflice
pour l'année suivante , et est marqué avec
un fer chaud ; mais ceux qui ont permis au
malin esprit d'allumer des guerres injustes
entre les nations , ou qui ont méchamment
laissé \s^ peste, l'incendie, ou d'autres fléaux
de ce genre, désoler le territoire confié à leur
garde , sont déposés , bannis du rang des
dieux et rendus mortels. De désespoir , et
par désir de vengeance , ces dieux déposés
se jettent généralement dans l'opposition, et
deviennent des esprits malfaisants. Olden-
dorp annonce qu'il a trouvé ces détails sur
les relations des dieux inférieurs avec la
divinité suprême dans le journal d'un Afri-
cain indigène, Christian Prottens, qui avait
fait longtemps partie de la communauté des
frères.
« Les fétiches des nègres, qui jouent un si
grand rôle dans leurs croyances superstitieu-
ses , sont de même nature que les charmes
des nations du Nord et que les amulettes et
les talismans de l'Orient.
« Les fétiches ou schambas , comme les
nomment les Wawas , sont des objets sacrés
qui , en vertu d'une permission de Dieu ,
possèdent certaines vertus particulières,
comme d'éloigner les mauvais esprits, d'écar-
ter toutes sortes de maladies et de dangers ,
et surtout de mettre à '.'abri des enchante*
ii299
RAG
DICTIONNAIBE
RAC
m
nients. Aux yeux des nègres eux-mêmes, ce
ne sont point des dieux ; d ailleurs il faut
convenir que , d'après la singulière vénéra-
tion payée à ces fétiches , on a bien pu sup-
poser qu'ils étaient lobjet du culte national,
et c'est en effet ce que croit encore aujour-
d'hui parmi nous le vulgaire. Les indigènes
ornent non-seulement leurs personnes, mais
aussi leurs idoles avec ces fétiches qui se
transmettent des pères aux enfants , et sont
considérés comme la portion la plus pré-
cieuse de l'héritage ; d autres sont conser-
vés dans des maisons destinées à cet usage
et confiés à certaines personnes qui n'ont
pas d'autre emploi. Les Mandingos prennent
volontiers pour fétiche tout objet qui a été
frappé (le la foudre ; nous avons vu, en etfet,
que les nègres ne vénèrent leurs fétiches
que parce qu'ils croient que quelque chose
de divin leur a été communique ; or, de tous
les signes par lesquels peut se manifester
cette communication , en est-il un plus évi-
dent que la foudre qui est, à leurs yeux, l'at-
tribut particulier du Dieu suprême et lancée
imraécliatemenl par lui?
« Les nègres se servent de leurs fétiches
comme d'un moyen de protection contre tou-
tes les choses qu'ils supposent mauvaises ou
dangereuses. Ainsi les Ibos, lorsqu'ils par-
tent pour la guerre, attachent avec des cor-
dons, à diverses parties de leur corps , cer-
tains fétiches qui doivent les préserver de
blessures ; les Aminas emploient dans le
même but une queue de vache consacrée.
Pour tous ces hommes d'ailleurs le princi-
pal usaçe des fétiches est de servir à les pré-
server du mal qu'essaierait de leur faire le
mauvais esprit , qu'ils regardent comme la
cause de tous les malheurs. Il est, en effet,
l'ennemi du Dieu de bonté, il cherche à
séduire les hommes, à les tourmenter, à les
faire mourir, et une fois qu'ils sont morts, à
s'emparer de leurs Ames. Les nègres ne se
croient Jamais complètement à l'abri de ses
pièges.
a II n'y a pas de nation africaine qui fasse
de ce démon malfaisant un objet d'adoration,
ni qui l'invoque dans le danger ; mais toutes
reconnaissent avec effroi sa puissance , et
cherchent à l'apaiser par des dons. Ainsi ,
par exemple , les prêtres des Aminas ont
soin, avant d'ensevelir leurs morts , de pla-
cer dans un endroit purifié plusieurs choses
de valeur , qui sont un don propitiatoire
offert au mauvais osprit qu'ifs nomment
Didi, L'appelant alors par son nom , ils le
prient de se contenter aes présents qu'ils ont
préparés pour lui , et de laisser le mort en
paix. Lorsqu'ils veulent du mal à quelqu'ui},
ils le maudissent par le Didi , le Kaltiam-
pemba , ou par tout autre nom sous lequel
ils désignent le mauvais esprit.
« Pratiques religieuses de ces natiofis. —
Nous avons vu que la croyance des nations
nègres , dans l'existence de puissances sur-
naturelles qui président , chacune dans son
département, aux choses de ce bas monde, est
une croyance qui leur est commune avec des
nations appartenant à d'autres races, et que
les idées qu'ils ont sur la nature de ces diii-
nités secondaires, sur leurs attributs et leurs
rapports avec une divinité supérieure, sont
aussi à peu près les mêmes que Ton trou?»
ailleurs. Nous allons voir maintenant que
les Africains se rencontrent également av»:
les Européens et les Asiatiques, dansleehoii
des moyens par lesquels ils chercheQt l
obtenir la faveur de ces êtres invisibles au
pouvoir desquels ils se croient soumis. Les
principaux de ces moyens sont, comme ])ar-
tout, les prières et les sacrifices.
« Les nègres, dit Oldendorp , ont différen-
tes manières d'honorer la divinité , et ils loi
rendent s])écialement hommage par des priè-
res et des offrandes. Ils prient à des mouenls
et dans des lieux déterminés, et de plus,
comme je l'ai appris des nègres Amiuas ,
dans toutes les circonstances un peu criti-
ques. Ils prient au lever et au coucher du
soleil, avant de man^'r , avant de boire, et
lorsqu'ils partent pour la guerre. Aumiiioa
même des combats , les Aminas entonnem
des chants dans lesquels ils implorent k
secours de leur dieu , et cberi hent à émou*
voir en leur faveur son cœur paternel, h
frièrc quotidienne d'une négresse iia'ji
tait : <f O Dieu I je ne te connais pas , mm
a tu me connais, ton assistance m'est néci'
« saire. v Aux repas ils disent : a 0 Dieu!
tf c'est toi qui nous a donné ceci, c'est toi qui
« l'as fait croître ; d et lorsqu'ils vontàlou-
« vrage : « 0 Dieu l c'est toi qui m'as donne
(( la force dont j'ai besoin pour mon travail. '
Les Sembcrs disent dans leur prière du
matin : <c 0 Dieu I assiste -nous , nous ne
« savons pas si nous vivrons demain ; DOtr^
«i sort est entre tes mains. » Les Mandongo^
S rient aussi pour leurs morts. Us prienl
evant leurs idoles et leurs fétiches. Les
prières solennelles , qui sont faites par touir
une tribu ou toute une nation, sont accom-
pagnées de danses exécutées au son de^
instruments et entremêlés de cris effrayant-s
Les Akkrans interrompent souvent leurs
danses par des cénufiexions.
« Les demanofes qu'ils adressent è Diea
ont pour objet la santé , la force , l'adresse,
des saisons favorables, une abondante révolte.
la victoire sur leurs ennemis et autres clo-
ses de ce genre. Lorsqu'il y a une longw
sécheresse, les Wawas, la télé et lecorjs
couverts de feuilles , viennent en lugubre
f)rocession devant la maison du Shambeo, oè
e dieu qu'on adore est un tigre. Là, sseç(^
cris et des lamentations, ils lui représenteci
leur détresse et le danger où ils sool d<
mourir de faim, s'il reste sourd h leurs w
res gt ne leur envoie bientôt de la pluie.
Chez les Loangos , dans de semblables ocif-
sions, on amène devant le temple une offiranôr
de bétail : quand cette offrande a été i^nt
avec les cérémonies d'usage , le prêtre, q»i
se mêle aussi de la pratique des encbantr
ments, engase le peuple à retourner en t<)ut'
hâte au village, pour éyiter d'être surp
|)ar la pluie. Chez les nègres Konomanii^'
es femmes se rendent en procession ^^^
leur prêtre, qu'elles nonoment Bekm.i^
1501
RAC
D*ANTHR0P0L0G1F.
RAC
430i
apportent des fruits de toutes sortes , et le
prient de leur faire avoir de la pluie. Les
Hatjas adressent leurs prières à la nouTelle
lune, uour qu'elle leur donne la force néces-
saire udQS leurs travaux ; et les Aminas vont
jusiju a demander è leur dieu de payer leurs
dettes.
• Les sacrifices qui, chez ces peuples, for-
ment la partie la plus importante du mite ,
se célèbrent toujours dans des lieux saints ,
et nar Tintermédiaire de personnes consa-
crées. Les lieux saints sont ceux où une de
leurs divinités réside , soit sous une forme
visible, soit à l'état invisible. Ce sont en
général d*anciens édifices , des collines , des
arbres remarquables par leur vétusté , par
leur tiauteur ou leur grosseur. Ils ontanssides
ï)iji^ sacrés où quelque divinité est supposée
faire son s jour, et où nul homme, s'il n'est
sortierouprètre, ne se hasarderait à pénétrer.
* Les offrandes des nègres consistent en
bœufs , vaches , moutons , chèvres , oiseaux
de basse-cour, huile de palmier, eau-nie-vie,
i...'name5, etc. Quelques nations offrent aussi
dt*!> sacrifices humains. Dans les occasions
de réjouissances ils offrent des animaux
iilancs, dans les circonstances malheureuses
i!^ en choisissent de noirs. Quelques-uns de
leurs sacrifices se font à des époques qui
"eviennenl périodiquement, d*autres sont
dét'jrminés par les événements : un individu
en offrira à l'occasion d'une malaJie, une
ualion à l'occasion d'une guerre, d'une séche-
resse. Au reste, tous les sacrifices n'ont pas
pour objet d'obtenir les faveurs de la divi-
ifité; on en offre aussi en témoignage de
gratitude des bienfaits reçus. Ou fait enfin
ue^ offrandes en mémoire des morts.
« Lorsque les jeunes gens de Temba vont
k la guerre , les vieillards qui sont restés au
viila^'e travaillent à obtenir pour eux , au
rin>ven de prières et d'offrandes , la protec-
tion et le secours de Sioo , leur divinité. Ils
-v frustement en présence de son image, et
lui ( résentent des moutons et des oiseaux ;
Is versent le sang de ces animaux devant
on autel , j déposent comme offrande les
ri stères, et réservent les chairs qu'ils appré-
ent pour en faire un banquet sarré. Si le
»ut au sacrifice n'est pas atteint , si Texpé-
liM'on ne réussit pas, ils n'en rejettent point
a faute sur Sioo , et ne doutent point de sa
•'^nne disposition à les secourir ; mais ils
élisent que cette fois sa puissance n'a pu
révaloir contre celle du dieu des ennemis.
Un (l'obtenir de la pluie , les Aminas sacri-
ent un grand nombre de moutons et d'oi-
L-aux domestiques, et supplient le Tankou-
um (le faire ruisseler la pluie du ciel comme
aissèle le sang des victimes immolées en
>n honneur. On fait beaucoup d'offrandes
jur les malades, et quantité de présents
>nt eoYOvés au prêtre, pour qu'il s'intéresse
leur rétablissement. Si la personne malade
leurt 9 les prêtres sont persuadés que les
[eux Toulaient avoir son âme, et dans ce
i^ 9 on sent bien que tous les présents
3Taient être impuissants ; si elle guérit, ses
ois préparent un grand festin , et offrent
aux dieux , en signe de reconnaissance , des
moutons blancs ou des oiseaux de même
couleur.
« Obsèques. — Cérémonies publiques. — Pele^
rinages. — L'enterrement des morts est
aussi une occasion de* sacrifices : avant que
le corps soit déposé dans la tombe , le
prêtre immole une poule blanche, et en ré-
pand le sang sur le cercueil. Cette coutume
E irait avoir été introduite par la nation des
angrents. Chez celte nation, ceux qui dé-
frichent un champ offrent un animal domes-
tique à la divinité , et font vœu de lui en of-
frir un autre semblable si elle bénit leur
travail. Les sacrifices humains sont très-
rares parmi les n^es, mais ils n'y sont pas
entièrement inconnus. Dans le vieux Kala-
bar, un enfant de dix mois fut pendu à un
arbre, avec un oiseau vivant, pour obtenir
la guérison du roi; ce lait est rapporté par
uu témoin oculaire, M. Seelgrave. Dans une
autre occasion, le roi de Dahomeh sacrifia i
son Dieu, pour le remercier d'une victoire
qu'il avait obtenue sur la nation des Fidas,
Quatre mille prisonniers; ces malheureux
lurent décapites, et leurs têtes disposées en
un monceau formèreat comme une sorte
de trophée pour perpétuer la mémoire du
succès.
c A la fête annuelle de la moisson, que cé-
lèbrent toutes les nations de la Guinée, des
sacrifices d'actions de grâces sont offerts à la
divinité. Ces fêtes sont des jours de réjouis-
sance que les nègres passent en festins et en
danses, puis une partie de la nourriture
qu'ils ont préparée pour ces repas eut dépo-
sée en signe de reconnaissance devant les
ima'^es des dieux. Ils offrent également à la
divinité, comme témoignage de leur grati-
tude, une certaine portion de toutes les
choses qu'ils ont récoltées. Les Karabaris,
avant de célébrer la fête de la moisson, ont
coutume de pratiquer certaines cérémonies,
dans le but de chasser de leurs villages les
mauvais esprits. A la même époque les Wat-
jas se rassemblent dans une belle plaine; là,
sous la direction d'un prêtre, et a trois re-
prises différentes, ils remercient Dieu à ge-
noux pour la bonne moisson qu'il leur a
accordée, lepriant en même tempsdeleur con-
tinuer pour Va venir les mêmes oénédictions.
Lorsqu'ils se relèvent, toute l'assemblée té-
moigne sa joie et sa reconnaissance en frap-
pant des mains. Après cette solennité reli-
gieuse, vient un joyeux festin pour lequel
chaque famille a tué et préparé un mouton
et des volailles.
c Au nomlire des fêtes annuelles, il faut
compter le pèlerinage de la nation des Fidas
au temple du grand serpent. Le peuple
réuni devant la demeure du serpent, pros-
terné la face contre terre, adore cette pré-
tendue divinité, sans oser lever les yeux
vers elle. A l'exception des prêtres, il n'y a
que le roi qui ait droit à cette faveur, et
pour une fois seulement. Les Wawas ont
aussi une cérémonie annuelle en Thonneur
d'un tigre qu'ils considèrent comme un dieu,
et qui est servi par des prêtres. Noo-soule-
4503
RAG
DiCTIONNÂitlE
RÂC
m
ment ils font devant lui acte d'adoration so-
lennelle, mais ils lui apportent des offrandes
de maïs, de volailles, de moutons et d'au-
tres choses de ce çenre. On dépose le tout
devant le tigre, qui, pour cette solennité, est
orné de shambos ou fétiches, et ce qu'il
laisse sert à faire un repas sacré, que Ton
accompagne de danses etau très amusements.
Chaque nègre, en son particulier, célèbre
f)ar une fête l'anniversaire du jour où pour
a première fois il a versé le sang d'un autre
homme.
« Des ordres deprétreSy de leurs fonctions et
de leur pouvoir. — « De même que toutes les
nations de l'antiquité, les nègres païens re-
connaissaient à une classe particulièred'hom-
mes le privilège de servir de médiateurs
entre le peuple et les dieux. En Afrique,
comme ailleurs, les prêtres sont les seules
personnes qui puissent offrir des sacrifices
acceptables a la divinité, les seuls qui puis-
sent être les interprètes de ses volontés;
comme ailleurs aussi, ils joignent souvent à
ces fonctions celles de devins ou de magi-
ciens, et ont encore le privilège exclusif de
faire et de vendre des charmes et des amu-
lettes.
« C'est vraiment chose merveilleuse que
de voir jusqu'où va sur tous ces points, Fa-
nalogie des ooinions chez des hommes ap-
partenant d'ailleurs à des races séparées les
unes des autres depuis un temps immémo-
rial ; car cette analogie, comme on a déjà pu
le remarquer, ne s'étend pas seulement aux
principes de la religion naturelle que la
conscience et le sentiment inlinîe révèlent
à l'esprit et gravent dans le cœur, mais on
peut la suivre encore dans toutes les phases,
dans toutes les formes de la superstition,
comme dans tous les moyens par lesquels
des hommes rusés et ambitieux profitent de
la faiblesse et de la crédulité du peuple.
(( Tout le cérémonial du culte, chez les
nègres, est confié à des prêtres et à des prê-
tresses, personnages qu'on suppose en
comm unication intime avec les dieux et inter-
prètes de leurs volontés. Eux seuls connais-
sent les moyens par lesquels peut être
apaisé le courroux du ciel. A eux appartient
le privilège de présenter aux dieux les priè-
res et les offrandes, et c'est par leur bouche
que les dieux répondent. Il n'y a donc pas
lieu d'être surpris qu'ils soient tenus dans
la plus haute estime par le peuple, et qu'ils
exercent sur lui une autorité presque sans
bornes. Aucun nègre n'oserait enfreindre
les commandements des prêtres : même après
la mort, pour accomplir la cérémonie de
l'ensevelissement du corps, l'assistance du
prêtre est nécessaire, car lui seul sait com-
ment empêcher le mauvais esprit de faire
tomber l'âme sous sa puissance.
« Dans les temps de maladies épidémiques,
d'expéditions guerrières, et dans d'autres
circonstances graves, les nègres, pour con-
naître Tissue de l'événement, sollicitent une
réponse de la divinité. Dans ces occasions,
un homme de la nation Amina a coutume
d'amener au prêtre un mouton ou tout
blanc ou tout noir. Le prêtre sacrifie Vani-
mal, asperge de son sang un grand Tase, et
ensuite transmet la réponse à la question
iK)ur laquelle on est venu vers l'oracle. Si
le malade appartient à la nation des Fidas,
c'est au serpent qu'il s'adresse, par Vinier-
médiaire du prêtre, pour savoir si sa mala*
die lui vient de Dieu, où si elle «st Teftel
d'un enchantement. En lui faisant connaître
la réponse, le prêtre lui indique en même
temps le remède qu'il devra faire, k moins
que la maladie ne soit mortelle, car dans ce
cas, on lui déclare qu'il doit renoncer ï\m
espoir de guérir ; le prêtre ou la prétresse
qui lui fait ainsi connaître son sort, ne se
fait pas payer pour cette triste nouvelle,
mais, dans le cas contraire, l'interprète do
dieu exige toujours un présent comme
prix de sou ministère. Le grand serpent,
sans être interrogé, fait connaître à la prê-
tresse les guerres qui sont imminentes, et
celle-ci ne manque pas d'en informer le roi.
Elle lui dit le nom de Fennemi, précise
l'époque de l'invasion, et prédit l'issue de
l'entreprise. Dans le cas où l'enneini doit
être victorieux, elle donne au prince le
{prudent conseil de se sauver par une prompte
ùite. Elle prédit aussi au roi l'époque de
l'arrivée des vaisseaux. Les prêtres annon-
cent également des événements qui n'hlé-
ressent que de simples particuliers : tel
homme doit être frappé de mort, telle fem-
me de stérilité, et ces malheurs seront on
effet de la colère des dieux , colère gui d'ail-
leurs peut être apaisée par des çrésenls rt
et des sacrifices. Il n'y a rien ae si caché
que les prêtres ne puissent connaître; ils
savent tout, jusqu'au sort qui est réserré
aux êmes après la mort, et pour apprendre
si elles sont allées à Dieu ou au mauvais
esprit, c'est à eux que l'on doit s'adresser.
« Dans tous ces pays , les prêtres, comïK
autrefois ceux d'Apollon et (TEsculape. co-
mulent avec les fonctions du sacerdoce
l'exercice de la médecine. Les maladiesont,
en effet, aux veux des nègres, de tout au-
tres causes au aux nôtres, et quoique panni
eux il y ait a ce sujet de grandes divereta-
ces d'opinion, cependant, en général, ce
n'est point à des causes naturelles qu'ils les
rapportent. Les Watjas les attribuent iw
mauvais esprits qu'ils nomment Dobl>0Sj
et dont il supposent que Je Bombrc s'aug-
mente quelquefois au point qu'il en résulte
de véritables épidémies. Quand les Di»W^
sont devenus par trop nombreux, lepeu('>
a coutume de s*assembler autour du cotix»-
nier sacré du village , afin d'obtenir Taotr-
risation de bannir ces hôtes încomjn'*^^
Cette formalité remplie , une chasse î^ê8^
raie s'organise ; on poursuit les démons i?^
armes à la main , en poussant de gran^^
cris , et on ne cesse point qu'on ne les sap
5 ose expulsés du canton. Cette chasse <te
émons de la maladie est une prabç*^
très-commune chez plusieurs nations ^ ^
Guinée, car, chez tous ces peuples, IVf*-
nion commune est que le plus grand do»-
bre des maladies est Tefifet des encto^f*
4365
HAC
D*ANTHROPOLOG1E.
RÂG
fSM
ments, bien qu'on en reconnaisse aossi
quelques*unes qui en peurent sunrenir que
par la volonté de Dieu.
« Comme on le pense bien, ces 'théories
mé^licales seraient souvent démenties par
révénement; mais ceux qui ont intérêt à
les maintenir en crédit ne manquent pas
de sopbismes pour rendre compte des faits
qui donneraient le plus beau ieu aux incré-
dules, et il faut convenir quils sont quel-
quefois ingénieux à trouver des explica-
tions. Ainsi, pendant la saison des pluies,
les maladies céderaient difficilement aux
remèdes oue pourraient indiquer les prêtres ;
mais ce défaut de succès ne peut leur être
imputé à mal, car leur habileté, qui se
montre assez dans les temps ordinaires,
tient à ce qu'ils agissent alors d^près les
avis qu'ils reçoivent d*en haut: or, dans
cette dangeureuse sabon, les dieux étant
tenus de se rendre à la cour de la divinité
souveraine, les prêtres ne peuvent prendre
leurs avis. JPendant cette absence des esprits
protecteurs qui dure six semaines entières,
on ne bat pas le tambour sacré , on n'cih^
serve aucun jour de fête , et les morts sont
enterrés silencieusement, sans chants et
sans lamentations.
« Parmi les Fidas, ceux qui, dans leurs
maladies, après avoir eu aabord recours
aux petits serpents n'ont point éprouvé de
soulagements , ont enfin recours au grand
serpent, qui par la bouche de ses prêtres, leur
indique un remède, ou leur reproche la faute
dont ils portent maintenant la punition : ils
n'ont pas assez honoré les dieux inférieurs
ou ne leur ont pas complètement obéi , et
ils doivent s'efforcer avant tout de les apai-
ser par des offrandes d'oist^ux domestiques
et autres choses semblables; d'autres fois,
il faut que le malade donne en Thonneur
de ces dieux une fête dans laquelle de nom-
breux convives boivent, chantent, jouent
des instruments, dansent et se livrent à
tous les plaisirs ; dans tous les cas , il n'y a
point de guérison à espérer avant que les
dieux aient été apaisés. Chez les Mokkos,
lorsque les prêtres ont prescrit un sacrifice
dans le but aobtenir le rétablissement d'un
malade, ceux qui ont amené la victime, ont
soin, après quelle a été immolée, d'aban-
donner une portion des chairs aux oiseaux,
qui, suivant qu'ils se jettent avec plus ou
moins d'avidité sur cette proie, suivant
qu'ils se querellent plus ou moins en
se le partageant, annoncent aux amis du
malade, qui les observent soigneusement,
l'issue favorable ou funeste de la maladie.
Les médicaments que Ton administre au
malade sont aspergés avec le sang de l'ani-
mal sacrifié.
« Les prêtres des Akripons recueillent
'l'eau d'une petite source qui sort du
creux du rocher où habite leur dieu Kinka,
et la donnent aux malades pour s'en laver,
afin d'obtenir ainsi leur ^érison. Parmi les
Kassentis, on en voit qui, dans le but d'ob-
tenir le rétablissement d'un malade, vien-
nent pr^ d un arbre qui est tenu pour sa-
cré, et s'agenouillant devant le tronc, ver-
sent sur une poule qu'ils ont apportée en
offrande, une épaisse bouillie de mais; une
portion de cette bouillie est réservée pour
faire des onctions au patient.
« 11 faut dire à l'honneur des Bliakejas,
qui sont les prêtres de Rarabani et de Sokko,
qu'ils ne se contentent pas comme tant d'au-
tres , de recommander des sacrifices et des
offrandes dont une partie leur revient, mais
qu'il s'occupent sérieusement de l'instruc-
tion religieuse du peuple, et prennent soin
de lui enseigner la manière de prier. Les
n^res viennent les trouver dans ce but,
soit séparément, soit plusieurs ensemble,
et s'agenouillant avec eux , ils adressent à
leur dieu, qu'ils nomment Tshukka, des
{)rières par lesquelles ils lui demandent d'é-
oigner d'eux le fléau dé la guerre, de les
préserver de la captivité et d'éloigner les
autres malheurs dont ils peuvent être me-
nacés. Les prêtres exigent d'eux l'engage-
ment qu'ils traiteront doucement leurs es-
claves , et qu'ils leur accorderont deux jours
par semaine pour s'occuper de leurs propres
affaires.
' c Bans certains lieux les prêtres sont en
même temps sorciers , mais chez plusieurs
nations , les Sokkos et les Watjas , par exem-
1>le , cette dernière fonction est distincte de
a première.
< Immorialiié de Fâme. — Il n'y a peut-
être pas une nation de la Guinée, qui ne
croie à l'immortalité de l'âme, et qui ne
Sensé qu'après sa séparation du corps cette
me est encore soumise à certaines néces-
sités, qu'elle reste ca{>able d'agir, et sur-
tout qu elle est susceptible de sentir le bon-
heur ou le malheur. J'ai remarqué que chex
les Aminas , il n'j a qu'un seul mot pour
signifier âme et ombre , et j'ai aussi en-
tendu dire à plusieurs individus de la na-
tion watja, qu'ils supposaient l'Ame d'une
nature aussi subtile que l'ombre.
c î(écompenses et châtiments après la mort,
— C'est |>armi les nègres une crovance
presque universelle qu'une fois séparées de
corps , les âmes des justes s'en vont à Dieu,
tandis que celles des méchants vont au
mauvais esprit ; c'est pourquoi à la mort de
leurs chefs , ils ont coutume de dire que
Dieu a appelé leur âme à lui. Les Loan-
gos imaginent que le séjour de Sambeau-
Pungo ( c'est le nom qu'ils donnent à Dieu )
est aussi le séjour des bienheureux ; mais
quant à l'enfcFr que les autres peuples pla-
cent en général dans les entraiUes de la
terre , ils le placent dans les airs. Ils croient
que les âmes qui vont au mauvais esprit
aeviennent des fantômes, qui apparaissent
de nuit , et qui , ayant conserve leur pen-
chant à faire du mal, tourmentent pendant le
sommeil ceux à qui ils en veulent. Ces fan-
tômes voltigent aans l'air, et leur présence
est quelquefois reconnue par les bruits qui
se font entendre sans cause apparente • ou
)»ar radiation des buissons ; or, cooune les
âmes bienheureuses ne sont point ainsi ood-
damnées à errer, lorsqu'on entend di*t
1507
RAC
DICTIONNAIRE
RAC
{^rs
d'une personne qu'elle est apparue tro^s
jours après sa mort , c'est une preuve que
son Ame n'a i)as été à Dieu. Chez les Ami-
nas, si un voisin mal intentionné prétend
avoir vu Tesprit d'un homme qui vient de
mourir, on enterre le corps sans lui rendre
aucun honneur. Les nègres imaginent aussi,
aue les âmes des bons ne vont pas toujours
irectement à Dieu, et (|ue souvent elles
sont forcées de passer d abord par la de-
meure du démon , qui tente de les garder
sous sa domination. De là vient, chez les
Amjnas, la coutume que les amis du mort
tâchent de racheter son âme au moyen d'une
offrande faite au Didi, ainsi qu'il a été dit
plus haut. Les Mokkos affirment qu'ils peu-
vent déjouer tous les efforts que ferait le
mauvais esprit \X)\iv les retenir en son pou-
voir , en prouvant, parles marques qu'ils
ont sur le corps , que d/jà ils appartiennent
à Dieu, ce qui coupe court à toute réclama-
tion. Les Ibos disent que l'âme , en se rea-
dant au lieu de sa dernière destination, est
accompagnée par deux esprits , l'un bon ,
l'autre mauvais, oui marchent ^ ses côtés
jusqu'à un point ou la route est barrée par
un mur ; avec l'aide du bon génie , l'âme de
Thomme vertueux franchit aisément cet
obstacle, tandis que celle du méchant vient
d'abord s'y heurter la tète. Au delà de ce
mur deux routes se présentent, l'une é-
troite, par laquelle l'âme du juste sous la
conduite de son céleste guide , arrive enfin
au séjour de Dieu, l'autre très-large par la-
quelle l'âme du pervers, toujours accompa-
gnée de son dangereux conducteur, par-
vient au lieu de ténèbres où elle est condam-
née à demeurer éternellement.
« L'idée que se font ces hommes igno-
rants de l'état des bienheureux est natu-
rellement assez grossière, et l'on voit, par
la manière dont ils se conduisent envers
leurs morts, qu'ils se figurent la seconde
vie très-peu différente de la première. La
supposant donc sujette aux mêmes besoins,
non-seulement ils ont coutume déplacer sur
les tombeaux des aliments qu'ils renouvel-
lent plusieurs fois, mais encore souvent
ils envoient au mort, dans l'autre monde ,
ses femmes et ses serviteurs.
« Métempsycose. — Les Karabaris et plu-
sieurs autres tribus noires croient à la trans-
migration des âmes , et supposent que lors-
qu une personne meurt, son âme entre dans
le corps du premier enfant qui vient à naître.
D'autres nègres admettent qu'après avoir
habité un corps lAimain l'âme peut, à sa
sortie, s'aller loger dans le corps d'un oi-
seau , d'un poisson , ou de toute autre créa-
ture vivante. Cette croyance , que ne crai-
gnent pas d'avouer la plupart des nègres
amenés conMne esclaves aux Antilles, a quel-
quefois des conséquences désastreuses. Si
eur esclavage est trop sévère, ils se don-
nent la mort dans l'idée que leur âme , une
fois libre, pourra revenir au pays natal, et
?ue là elle revivra dans le corps d'un enfant,
fuelques-uns ont un espoir un peu diffé-
rent et s'attendent à ressusciter en Guinée,
:- tels qu'ils auront été au moment de kut
; suicide. Dans les idées de ces pem)te, œ-
*'^ pendant , la résurrection , de quelque mi-
"^^'nière qu'elle s'opère, n'est pas le pariâîçe
de tous , c'est un privilé^^e dont sont privés
. les meurtriers et autres criminels : au lieu
de commencer après leur mort , dans un
corps nouveau, une seconde carrière plus
heureuse que la précédente , ces coupables
sont condamnés par Abarre, le mauvais es-
prit, à errer perpétuellement à l'état de tan-
tômes, objets de crainte pour les livants,
auxquels ils se plaisent à apparaître sous
des formes effroyables. »
Je pourrais citer ici beaucoup d'autre?
écrivains dont les témoignages confirment
ceux d'Oldendorp. Aucun d'eui sans doute
ne nous fournirait sur les croyances de^ na-
tions africaines des renseignements au^^i
clairs, aussi complets et puisés à d'ao^ji
bonnes sources ; cependant on trouvera en-
core quelques informations précieuses dans
les écrits du P. Loyer, du P. Labal et lie
Bosraan. Nous emi>runterons à ce dernier
quelques détails par lesquels nous termine-
rons.
Bosman parle de la crainte superstitieuse
qu'ont les nègres des esprits ot des appari-
tions. « Ils croient aussi , dit-il , les appari-
tions des esprits, et que ces esprits viennent
souvent sur la terre pour tourmenter les
hommes. Si quelqu'un, et surtout u'.e per-
sonne do considération meurt, ils se font
peur les uns aux autres , disant que son e^
prit paraît ])lusieurs nuits de suite autour de
sa maison.
'< Ils supputent la terre par les lunes
et savent à cela quand il faut semer leurs
grains. Je crois pourtant que la division des
mois en semaines et des semaines en jou^
leur est connue, parce que chaque jour a on
nom particulier en leur langue, lis ont leur
dimanche quand nous avons notre raardi;
mais ceux d'Ante l'ont le vendredi vonme
les mahométans : toute leur dévotion du «ii-
manche consiste en ce qu'ils défendent t^n^*
personne n'aille sur la mer pour pèoli»^:
mais il est permis de faire tout autre ou-
vrage comme dans les autres jours, p
Dans leur croyance aux jours heureux K
malheureux, aux oracles, aux présa^;e^rt
autres choses analogues, on pourrait croir
que les nations nègres ont formé leurs opi-
nions d'après celles des Grecs et des auirt^s
nations de l'antiquité. « Les nègres qui de-
meurent plus avant dans le pays, dit Bosman.
distinguent le temps d'une plaisante m-
mière, c'est-à-dire en temps heureux et en
temps malheureux. Il y a quelques pajsoù
le grand temps heureux dure dix-neuf jour>,
et le petit (car ils faut savoir qu'ils y mettent
encore de la différence) dure sept jours:
entre ces deux temps il comptent sept joo."
mallieureux, qui sont proprement leurs u-
cances , car ils ne voyagent point pendan:
ces jours-là, n'entreprennent rien de (dh^^;
dérable, mais demeurent trauquillemeni
sans rien faire. Les habitants d'Aquaniljw
sont les plus superstitieux , car non seul^
iM
RAC
D*ANTHROPOLOGlE.
RAC
4310
ment ils ne font rien pendant ces sept jours
malheureux, ils' ne reçoivent même au-
cun présent de personne, mais ou ils les ren-
voient, ou les font garder ailleurs jusqu à
ce que les jours heureux soient venus. >»
« .... 11 y a une très-grande dififérence en
cela d'un pays à l'autre; ils ne s'accordent
point dans leur supputation : les uns ont ces
jours heureux ou nrialheureux dans un temps
el les autres dans un autre (777). »
De la conversion des nègres au christia-
niêtne, — Nous avons vu qu'en prenant les
nè,Tes d'Afrirfue dans leur état primitif,
rJaiis un état ou leurs idées, d'après tout ce
que nous pouvons savoir, n'ont été en au-
rune façon influencées par des communica-
tions avec les étrangers , nous trouvons en
eu\ la même tendance aux croyances super-
stitieuses, les mêmes impressions morales
auedans les autres branches de la grande
famille humaine. Maintenant il ne nous reste
phis. pour compléter cette partie de l'his-
toire mentale de la race nègre, qu'à faire
remarquer l'empressement au ils ont montré
à recevoir les religions étrangères qu'on
leur a apportées; et, il faut le dire, 1 em-
pressement a été le même pour une fausse
religion que pour la vraie.
On sait que le mahométismc s'est large-
ment répandu dans plusieurs parties de
l'Afrique. Chaque année il part du Soudan
mur la Mecque de nombreux pèlerins, et sur
Icshords du Tîiger,ouà Touestdelavalléedu
Nil, l'homme, aui, après avoir visité la^sainte
Kaaba, a le bonheur de revoir sa terre natale,
est aux yeux de ses compatriotes l'objet
de la môme vénération que le hadji syrien
e>î aux yeux des habitants de Damas. Je ne
veux point au reste faire ici l'histoire des
[jro;^rès de l'islamisme, et j'emploierai , ce
no semble, d'une manière plus agréat)lo
[•<mr mes lecteurs, le peu de temps que j'ai
•nrore à m'entretenir avec eux , en leur
arlant des résultats qu'ont eus les efforts
î<*s Européens pour amener les nègres à la
eli^ion chrétienne. Ne pouvant mentionner
outes les tentatives qui ont été faites dans
e but, et dont plusieurs ont été couronnées
tua plein succès, je me bornerai à rappeler
•il!e des missionnaires envoyés par la con-
notation des Frères-Unis. Les travaux de
'S hommes pieux et charitables ont été re-
vjrff^s d'une manière pleine d'intérêt , dans
I simple et Adèle Histoire d'Oldendorp :
esquisse que j'en vais donner, d'après les
L'ustâgnements puisés à cette source non
iispecte , suffira pour montrer par quelle
»ie les éléments de la vraie religion ont
f'uétré dans le cœur des Africains, et me
mrnira Toccasion de faire remarquer, dans
. marche qu'a suivie leur conversion, la
rfMive que, sous le rapport des sentiments
des dispositions, cette race n'a réellement
en qui la distingue des autres races hu-
aines.
Les premières tentatives pour la conver-
on des nègres esclaves des petites Antilles
ont été faites par les frères Moraves, et voici
à quelle occasion. Quelques-uns des disci-
ples du comte de Zinzendorf ayant rencontré
un certain Anthony, nègre de l'île Saint-
Thomas, qui avait été baptisé à Copenbasue,
cet homme leur ût un tableau si animé de la
misère et de l'ignorance de ses frères en
esclavage, les conjura si ardemment de faire
quelque chose pour leur conversion, qu'ils
crurent ne pouvoir se dispenser d'en entre-
tenir la communauté. Antooy fut appelé, à
leur demande, devant l'assemblée qui avait
son siège à Hernhutt, et là, il plaida si bien
sa cause, que la résolution a envoyer une
mission aux lies fut sur-le-champ adoptée.
Les difficultés de l'entreprise étaient gran-
des , et loin de les dissimuler, AnlUony les
exagérait encore, parce qu'il affirmait que,
pour travailler avec quelque espoir de suc-
cès à la conversion des esclaves, il fallait
Sue le missionnaire consentit à devenir es-
ave lui-même. C'est en supposant indispen-
sable cette terrible condition, que deux des
frères s'offrirent sans hésiter pour travailler
à cette œuvre à laquelle ils se croyaient ap-
Eelés. Le nom de ces hommes vraiment
éroiques mérite d'être conservé • Tun s'ap-
pelait Léonard Dobel , l'autre Tobias Leu-
pold. Ce dernier ne ût pas le voyage, le sort
en ayant décidé autrement et désigné à sa
place David Nitschman, qui partit ayant tou-
jours la même perspective.
La mission fut installée au milieu des cir-
constances les plus défavorables; l'œuvre
marcha d'abord avec une extrême lenteur,
et au milieu d'une forte opposition. Cepen-
dant il s'était formé bientôt autour des
frères un petit cercle d'auditeurs, dont quel-
ques-uns donnaient des signes d'une sincère
conversion, et témoignaient un profond dé-
goût pour leur vie passée; mais quand les
choses commençaient à se présenter sous un
aspect un peu favorable, les missionnaires
furent obligés de revenir en Europe, et
l'entreprise fut, pendant plusieurs années,
complètement arrêtée. Elle fut reprise en
1734, à l'arrivée du frère Martin, zélé pré-
dicateur, et homme d'une grande énergie ;
les exhortations de Martin produisirent un
tel effet que lorsqu'en 1736, l'évêque S| an-
Senberg visita la mission, il trouva, chez plus
e deux cents des nègres qui assistaient au
service religieux, un grand désir d'être ins-
truits; dans ce nombre môme, il y en avait
trois qui, après un scrupuleux examen, furent
jugés en état de recevoir le baptême. La rela-
tion d'Oldendorp qu'on ne peut lire sans
être convaincu, et de )a parfaite sincérité de
l'écrivain, et de l'exactitude des faits qu il
rapporte, nous montre que les moyens par
lesquels on at^it sur les nègres, les motifs
qu'on ût valoir à leurs yeux et qui déter-
minèrent leur conversion, furent exactement
ceux qu'employaient, dans les premiers siè-
cles de l'Eglise, les aj)ôtres du christianisme.
t Animé d'un zèle ardent jiour leur salut,
Martin, dit Oldendorp, parlait à ces pauvres
(777) BoMAïf, Voyage de Guinée, Ulreclit, 1705, in-li, p. IGietsuiv.
4311
RAG
DICTIONNAIRE
RAC
m
esclaves de la bonté infinie de notre Sau-
veur, de tout ce qu'il avait fait pour les
hommes, de tout ce qu'il avait sounért i>our
eux, et leur demandait si un pareil sacrifice
ne méritait pas tout leur amour, toute leur
reconnaissance. » S'il croyait apercevoir dans
un individu le moindre signe d'un désir de
changer de vie, il ne le perdait plus de vue
un seul instant; mais, revenant incessam-
ment à la charge, il agissait à la fois sur son
cœur et sur son jugement, jusqu'à ce qu'il
l'eût complètement gasné à la cause de la
religion. Grâces aux exhortations non inter-
rompues des Frères, un changement très-
sensible se produisit dans les idées et dans
le caractère des nègres ; malgré les circons-
tances défavorables , malgré les mauvais
exemples, non-seulement les conversions
déclarées devenaient chaque jour plus nom-
breuses, mais encore on ne pouvait se refu-
ser à reconnaître TemjHre toujours crois-
sant qu'exerçaient des idées nouvelles, des
sentiments nouveaux qui devaient bientôt
conduire à une révolution morale des plus
complètes. L'impression était devenue si
profonde, que, lorsque le gouvernement co-
lonial, qui voyait d'un œil inquiet ces inno-
vations, fit emprisonner les missionnaires, il
se trouva parmi les nègres baptisés plusieurs
individus qui étaient tout prêts à continuer
leur tâche, et qui par leurs exhortations
contribuèrent en effet à augmenter le nom-
bre des prosélytes. Un an après cette persé-
cution, en 1739, lorsque le comte Zinzendorf
arriva, il fut rempli d'étonnement en voyant
avec quelle rapidité l'œuvre de la conversion
avait marché. 11 paraît qu'à cette époque le
nombre des nègres qui assistaient régulière-
ment à la prédication de l'Evangile s'élevait
déjà à 800. ^
Les autres îles danoises, Sainte-Croix et
Saint-Jean, furent plus lard visitées par les
missionnaires , qui y obtinrent aussi de
grands succès. Je ne suivrai point leurs tra-
vaux dans ces nouvelles missions, et je ren-
verrai ceux de mes lecteurs qui seraient
curieux de les connaître à l'ouvrage que j'ai
si souvent cité dans les paçes précédentes.
L'auteur, au reste, en terminant son livre,
donne lui-même en quelques mots une idée
des résultats obtenus, et l'on y voit qu'en
1768 le nombre des nègres baptisés dans les
trois lies par les missionnaires, durant une
période de trente-quatre ans, était de 4,711.
Après avoir exposé d'une manière géné-
rale les faits qui se rapportent à la conver-
sion des nègres des Antilles, il nous reste-
rait à présenter ceux qui prouvent que
1 adoption de la nouvelle religion produit
chez les hommes de cette race les mêmes
effets que chez les Européens, et que leur
esprit est capable de recevoir toutes les im-
pressions qui nous semblent inséparables de
celte divine doctrine. Mais on conçoit fort
bien que de pareilles preuves ne peuvent être
J>résentées d'une manière sommaire, et qu'il
aut les aller chercher dans les ouvrages où
1 on a traité le sujet ex professa. Je ne crains
pas d'assurer que ces preuves paraîtront
eoncluantes à tous ceux qui voudront lire,
d'un bout à l'autre, les notices biograplii.
ques et les autres détails • donnés par les
historiens de la communion à laquelle ap«
partenaient Oldendorp et Crtnlz. Je recom-
manderai surtout la lecture d'un recueil de
courtes homélies, composées par des nèo^rts
prédicateurs ou instructeurs-assistants, et
adressées par eux à diverses congrégalions
de leurs compatriotes. Quelcrues-uns de ces
simples discours, ciuoique nien inférieurs
pour la force de 1 expression à ceui des
Fénelon et des Pascal, respirent le mèrae
esprit et sont évidemment écrits sous lin-
fluence des mêmes sentiments. Un choix è
ces petits sermons a été placé par Olden-
dorp à la suite de l'ouvrage que j'ai eu si
souvent occasion de citer.
Conclusion. — La conclusion que je me
crois en droit de tirer des faits exposés juf-
qu'ici ne me semblerait pas beaucoup plu5
solidement établie , quand je Taurais ba^te
sur une histoire complète des races humai-
nes, en supposant que j'eusse pu les passer
toutes successivement en revue. Je ne puis
in'empêcher , au reste , de faire remarier
qu'une étude comparative des races à lèle
laineuse de l'Afrique, des populations indi-
gènes de l'Amérique et des habitante de
cette partie de l'ancien continent qui e>i
depuis si longtemps le théâtre de la civili-
sation, offrait, pour l'investigation que javais
en vue, un champ aussi vaste qu'on pounii
le désirer, puisque dans ces trois gm\^^
se trouvaient comprises les races qui pré-
sentent les plus grandes divergences sous le
rapport de la conformation corporelle , et
celles qui ont été citées comme offrant ie<
contrastes les plus frappants sous les rap-
ports moraux et intellectuels. Il eût été fa-
cile de soumettre à un même genre d'eu-
men les autres populations dont le caractère
nous est suffisamment connu, et le résultai
en eût été encore le même. Ainsi nous au-
rions montré , chez les insulaires de l'Orto-
nie, des similitudes frappantes avec ce qw
nous avons observé ailleurs, des similitUGp>
constatées dès les premiers instants o^ leor^
pays ont été visités par les Europé?n«« «
qui ne peuvent ainsi être considérées coiniDe
le résultat de communications récentes. Chw
tous on a rencontré des institutions socialt^
de même nature que celles des autres peu-
ples ; chez tous on a trouvé la croranc; a
une vie future, à une providence dont is";-
tion protectrice maintient l'ordre de 1 uni-
vers, à l'influence exercée sur les cho>es t*'^
ce bas monde par de bons et de maufa)"
génies ; tous croyaient à l'efficacité de^ '^'
orifices, des rites funèbres , et des ceréo»?;
nies pratiquées par les prêtres , consmer|j^
comme médiateurs nécessaires entre w i^***
plë et les puissances invisibles.
Des institutions au fond peu différenie^
des croyances tout à fait analogues >e -
raient de même offertes à nous si nou;
avions tourné nos regards vers les naiJy
barbares du nord de l'Asie. La couver^;;
de ces nations qui ont adopté: en
I3.!3
RAC
D'ANTHROPOLOGIE.
RIZ
1514
temps que le christianisme beaucoup dçs
idte des peuples civilisés, et quelques-unes
de leurs habitudes , nous eût fourni pour
riiistoire de Tesprit humain des chapitres
taut aussi curieux qu'aucun de ceux qui
ont été consacrés à décrire chez d autres
peuules ce grand chani^ement et tous ceux
quïl entraine à sa suite.
Nous serions suffisamment autorisés à
laisser de côté, comme trop peu connus, les
Habitants de la Nouvelle-Hollande ; puisque
jusqu'ici il ne s'est trouvé personne pour
ainsi dire, qui pût converser avec eux, qui
pût coQiprendre l'expression de leurs idées
et de leurs sentiments. Mais si Ton insistait
pour qu'ils fussent compris dans le champ
de notre investigation , admis à fournir des
preuves pour ou contre les conclusions aux-
quelles nous sommes arrivés , nous dirions
(jue les informations les plus récentes ten-
dent toutes à modifier Tidée qu'on a eue si
longtemps de l'extrême dé'^radation mentale
de ces pauvres gens, et à les relever à nos
yeux. Ce sont des êtres dégradés, nous en
convenons; nous accordons aussi que, sous
le rapport de la vie extérieure, les tribus
arec lesauelles nos colons ont eu jusqu'ici
principalement affaire, sont dans un état
plus misérable peut-être qu'aucune autre
race d'hommes, car elles sont étrangères à
tous ces arts qui seuls pourraient rendre leur
msience un peu douce dans le pays (qu'elles
bâbitent, pays où elles ne trouvent auiour-
i*hui de moyens de subsistance quà la
ondition de vivre par troupes peu nom-
)reuses disséminées sur de vastes espaces
le terrain. Mais il y a lieu de croire que
wus n'avons vu encore que Jes plus pau-
res de toutes les tribus, et que plus loin,
ers le Nord, ou peut-être dans les parties
entrales de cette grande lie, il existe des
w)pulations qui ne sont pas à beaucoup près
ussi misérables et aussi sauvages que celles
es côtes méridionales. Quant à ces derniè-
es mômes, il s'en faut de beaucoup, je le ré-
èlo, qu'elles soient telles qu'on nous les a
Pljrésentées, et tout ce qu'on disait de leur
xtrême stupidité s'est trouvé complètement
énué de fondements. Les observations les
lus récentes et les plus dignes de foi nous
ermettent de reconnaître, chez ces hommes,
m les germes des sentiments et des idées
ui , développés par la culture , donnent
eu chez d'autres nations aux plus nobles
lauifestations de la nature humaine.
£n résumé, si nous considérons l'ensem-
le des êtres qui jouissent de l'exercice de
raison et possèdent l'usage de la ))arole ,
JUS trouvons chez tous (quelque différence
a'ils puissent présenter d'une famille à Tau-
e sous le rapport de l'aspect extérieur) les
êmes sentiments intérieurs, les mêmes
!'Mrs, les mêmes aversions; tou^aufond
' leur cœur se reconnaissent soumis à l'em-
re de certaines xmissances invisibles ; tous
ont, avec une notion plus ou moins claire du
bien et du mal , la conscience du châtiment
réservé au crime par les agents d'une justice
distributive à laquelle la mort même ne
peut soustraire ; tous se montrent, quoiqu'à
différents degrés, aptes à recevoir la culture
qui développe les facultés de l'esprit, à être
éclairés par la lumière plus vive et plus
pure que le christianisme répand dans les
Âmes, S se conformer aux pratiques de la
religion, aux habitudes de la vie civilisée;
tous en un mot ont la même nature mentale.
Quand donc nous rapprochons de ce fait qui
est incontestable, ceux qui se rapportent à
la diversité des instincts et des autres phé-
nomènes psychologiques des animaux, diver-
sité sur laquelle repose principalement ,
comme nous l'avons fait voir, la aistinction
des espèces, nous nous sentons pleinement
autorisé à conclure que toutes les races hu-
maines appartiennent à une seule et même
espèce, qu elles sont les branches d'un tronc
unique.
RAGES MIXTES dans l'espèce humaine.
Voy. Genre.
RAISON. Voy. Langage.
RAPPORT, qu'est-ce ? comment le perce-
vons-nous? Voy. Langage.
RATTIER. Voy. Langage.
RECEVEUR. Voy. Langage.
REGARD. Voy. Œil.
RÈGNES (Les trois) Voy. Natore.
RELIGION des nègres africains. Voy. Ra-
ges humaines.
RENAN (Ernest). Voy. Langage.
RENNE. — Dans les parties reculées du
Nord , le renne vit à la fois à l'état sauvage
et à l'état domestique , tant en Europe chez
les Lapons que dans l'Asie chez les Samoïè-
des et les Tonguses à rennes. Il est bien
douteux, que cet animal soit venu ancienne-
ment jusque dans l'Allemagne, qu'il ait
vécu dans des latitudes plus mériaionales
que celles qu'il habite aujourd'hui. On a
trouvé des cornes de renne dans le terrain
de transport (diluvien) près de Kœstritz et
dans des tourbières de la Scanie (778). Ces
cornes paraissent un peu différentes (le cel-
les du renne actuel. Bechmann a réuni les
passages qu'on trouve dans les auteurs an-
ciens sur le iarandus (779), et il en a conclu
que par cette dénomination on n'entendait
pas le renne, .mais l'élan.
RETE MALPIGHII. Voy. Peau.
RIRE. Voy. Voix.
RIZ (Oryzasatita). — C'est une céréale
très-cultivée dans toutes les parties chaudes
de l'Aiûe; il a passé de là en Amérique,
maintenant il est très-répandu dans l^u-
rope méridionale, et particulièrement en
Italie. Théophrasîe est Je premier des écri-
vains de l'antiquité qui ait parlé du riz; il
en fait une description assez exacte cornm^
céréale indienne (780). Dioscoride parle du
riz comme d'un grin nourrissant et qui jouit
(778) Voy. Isis, pMtitn, i828. rodote (1. m, c. 100) où il fiarle de Tlnde. 11 y est
(779) Aristot., 1)« mtfa6t/.,p. 65etsuiv. question de grains semblables au millet, qii^on fait
(780) On fait au riz Tappllcanon du passage d'Hé- cuire dans leur capsule ( jv vmhnti) ; mais il a sauf
1515
ROU
DiCTIO.NiNAlRE
ROL
1516
en même temps d'une vertu astringente.
Mais rien dans les écrivains ne nous fait
connaître si le riz a été cultivé ou non, soit
dans TEurope, soit dans l'Asie, quelque
connaissance qu'on en eût dans l'antiquité.
On se le procurait par la voie du commerce.
Le mot oruza n'a point une origine ni
grecque ni .latine ; il paraît s'approcher de
très-près do l'arabe orous , parce que c'était
des marchands d'Arabie qui l'apportaient.
Mais peut-être vient-il réellement du sans-
krit vrihiy parce que nous trouvons souvent
en grec le changement de Yh en », comme
nous en fournit un exemple le Hind [Hin-
dus) , qu'on écrit aussi sind. Le sens d'orge
perlé se trouve peut-être aussi dans le mot
oryza^ à cause de la matière d'être du riz
quanJ on l'emploie. On trouve dans l'Inde
orientale le riz à l'état sauvage. Dans l'her-
bier de Wildenow, on trouve des échantil-
lons recueillis par le missionnaire danois
Klein, portant sur l'étiquette oryza fatua,
semmel en tamoul ; il est à l'état sauvage;
quelques-uns des habitants en fout leur
nourriture, et on le leur apporte (a qukbus-
dam comeditur et incolis afjeriur). D'autres
échantillons portent l'inscription suivante :
oryza spontanea^ qu'on trouve fréquemment
dans les eaux profondes du voisinage de la
mer. J'ai comparé dit Link, ces exemplaires
avec ceux du riz cultivé en Egypte, je n'y ai
pas remarqué la plus petite différence botani-
que, car ces deux sortes de riz appartiennent
à la variété à long grain. Le riz est donc la
seule espèce de graminée qu'on trouve à
l'état sauvage d'une manière bien constatée.
Linné, en s'appuyant de je ne sais quelle
autorité, affirme que le riz croît en Ethio-
pie, sur la côte occidentale de l'Afrique. Je
ne sa's si le fait est vrai , mais il n'est pas
impossible.
ROUGE (RACE) ou américaine. — Les
hommes, au nomnre approximatif de cinq
millions d'individus, qui habitent le conti-
nent dont se forme l'hémisphère opposé au
nôtre, et qui s'appellent eux-mêmes les
Peaux-Rouges, sont plus connus en Europe
sous le nom assez impropre d'Indiens d'A-
mérique. Ils peuvent se comparer à la race
jaune, en ce qu'ils ont des cheveux noirs,
rudes et gros, avec une barbe rare et la peau
variant du jaune au rouge cuivré ; mais ils
ressemblent à la race blanche par la saillie
de leur nez et par leurs yeux grands et ou-
verts.
L'examen anatomique de leur peau a
prouvé que la couleur qui la caractérise
tient à la nature même de son tissu; que
leur crâne est postérieurement plus volu-
mineux , et que les orbites de leurs yeux
sont plus larges que dans aucune autre race.
Ils sont en général hospitaliers et géné-
reux, mais vindicatifs et cruels, oublieux du
passé, ne songeant qu'au présent et insou-
ciants de l'avenir, passionnés pour la guerre
et pour les liqueurs fortes.
Tous vont errant dans les forêts ou dans
les savanes, ne vivant que de chasse el de
pêche.
Cette race est formée par toutes les tribus
qui occupent le terrain depuis Québec, le
Mississipi et la Californie, jusqu'au détroil
de Magellan, les Akansas, les Illinois, les
Californiens, les Mexicains, les Péruvieh.s
les Brésiliens, les insulaires des Antilles, les
habitants de la Guyanne, des rives de l'Oré-
noque, du Chili, de la Terre de Feu, sur les-
S[uels Bougainville, Molina, Cook, Castertl,
^orster, la Pérouse, Blumenbacht nous ouï
transmis des détails curieux.
Les caractères anatomiques de cette rate
sont assez peu tranchés, et elle paraît inter-
médiaire à la race caucasique et à la vm
nègre : ce que semblerait confirmer un fait
dont la connaissance est due à M. Owea
Williams, des environs de Ballinaore , q»ii a
retrouvé sur la Madwga une colonie des ha-
bitants du pays de Galles établie dans le nou-
veau moncfe à Tépoquede la domination de»
Saxons, et bien antérieurement aux voyage^
d'Améric Vespuce et de Christophe Coloiui).
Cette race se distingue des autres par ua
front court et abaissé, par renfoncement <le(
yeux, par l'écrasement du nez, par la dila-
tation des narines, par la largeur de la face,
la proéminence des pommettes, la couiear
des téguments, qui se rapproche de celle du
cuivre rouge ou de la cannelle. Les ehereux
sont noirs, peu fournis, roides et aplatis; la
barbe est rare ou nulle.
La stature des hommes de cette race est
en général élevée ; les Chiliens et les Pdtâ-
gons en particulier ont passé pour avoir ii^>
Eroportions gigantesques; mais les récits
dèles de quelques voyageurs modernes «au
rétabli la vérité à ce sujet, en constatant que
les Patagons ont, il est vrai, le tronc trèî-
élevé, mais les membres inférieurs très-
courts : ce qui explique comment les obser-
vateurs superficiels qui n'avaient vu i-^^
hommes-là que dans la position assise lei.r
avaient attribué une taille exceptionni-îk,
qu'ils n'ont pas quand on les voit del>out.
C'est cette race américaine qui a fourni
des arguments à l'opinion qui conteste tju-i
les hommes descendent tous d'une origine
commune. On a trouvé, en etfet, dans quel-
ques tombeaux de l'Amérique mériJionalt.
des crânes à front très-déprimé, et qui sern-
blent, au premier aspect, appartenir à ues
hommes d une nature tout à fait diffâf euit-
On a pensé que ces hommes pourraient bitî3
être tes anciens habitants de rAmériquê.
qui auraient été détruits par Tarrivée U'ua^
colonie indienne dans leur pays; roais il i'^-
ratt préférable d'admettre, avec M. J. i»et«i-
froy Sainf-Hilaire, que ces cr&nes oot appuf*
tenu à des individus déformés, ouqu'îb es
ont été des variétés maladives produites |»jr
la funeste habitude qu'ont certains peuj \* •
de se serrer fortement la tète. On toU 'i*.^ -
leurs qu'il existe , môme parmi les Eur»-
dente voulu parler du gombo, du bamia, ketmie co^ coup en Egypte et en Morée. On fait cuire ia
meêtibUj hibitcus esculeniu» , cultivé encore beau- avec le friiit.
iôll
RUF
D'AJNTIIROPOLOGIE.
RUF
1518
eu d'autre caase que les liens Lont on a en -
toute leur crâne pendant leur jeune Age» et
nous savons de plus que beaucoup de peu-
plades américaines, ont Thabitude de réduire
parce moyen leurs enfants à un état complet
d'idiotisme, parce qu'alors ceux-ci sont con-
sidérés comme vénérables, et deviennent
) objet d'une attention toute particulière. On
a même encore Tusage, dans certains en-
droits» de réunir tous ces idiots dans une
même sépulture. M. J. Geoffroy pense que
les crânes dont il s'agit sont simplement
rem d'idiots de cette sorte, et ne peuvent
nullement appuver l'hypothèse à l'explica-
tion de laquelle on voulait les faire
s rvir.
L'Amérique elle-même paraît avoir été
cuplée aux dépens de l'ancien monde. Ce
^nit n'est plus révoqué en doute pour les In-
«iiens primitifs de FAmérique du Nord, qui
ont conservé tous les caractères physiques
J** là race jaune. Quant aux nations des
«mires parties de ce nouveau continent, bor-
nons-nous à rappeler la découverte de ces
luomies mexicames si semblables aux mo-
mies égyptiennes et celle de plusieurs ruines
f li prouvent que les Mexicains ont habité
le< bords du Nu ; leur civilisation aura sans
loute été écrasée par les Tartares asiatiques
descendus du détroit de Behring et des
uioula^nes Rocheuses.
Les distinctions zoologiques sont fort peu
tranchées entre les diverses tribus de cette
race, et il est difficile de les classer d'une
manière un peu satisfaisante. On croit pour-
tant reconnaître entre les hommes qui nabi-
lenl l'Amérique septentrionale jusqu'au cen-
tre du Mexique et ceux qui vivent de ce point
usqu'à l'extrémité opposée» des différences
K>sez sensibles pour motiver leur division
'n rameau septentrionnl et rameau méri»
lional.
Cette race est donc partagée en deux ra-
deaux : le êeptentrional et le méridional.
oy. Américains.
ROUX. Foy. RnFisvE.
KOUX-LA VERONE. Yoy. Laîtoaob.
RLTfSME, ROCX ou RODGE. — On a
»nné ce nom à une nuance de chevelure et
M-arnalion qui caractérise un type d'hom-
♦*s très-velu, rutilant, avec des yeux châ-
ins, une peau blafarde semée de taches de
usscur. Dans les races blanches, toutes les
riétés, blond, châtain, brun, appariées ou
nisées peuvent eni^endrer un enfant rouge
réciproquement des parents rouges se
f>ro luire eux-mêmes ou engendrer toutes
» autri^s variétés. Les races basanées pro-
iscnt parfois des individus roux comme
acrident plus exceptionnel et plus rare,
lis enfin, elles en produisent; on en a
>:ervé parmi les Esquimaux, les Taitions,
natifs de Tonga, les Arabes d'Yembo, les
lous, les Papous, et même les nègres,
sont rares chez les Cin^alais, à la Cochin-
ne, au Pégu, au Tonqum où ils sont l'objet
ne certaine horreur, qui toutefois ne va
. comme dans l'ancienne Egypte, jus-
ques à l'immolation aux dieux terribles.
Comme une peau très-pâle accompagne
toujours les cheveux rutilants, les analogies
physiologiques permettent d'induire que le
roux est un albinos robuste ou l'albinos un
roux affaibli. L'albinos malais vu à Ampa-
nam (Indo-Chine), parle capitaine Montfort,
réalise complètement ce mezzo^termine :
cheveux roux, œil à iris châtain, peau bla-
farde marquée de taches brunes très-serrées.
Leroux et l'albinos réalisent tous deux, à
des degrés divers, cette crise que Desmou-
lins voulait voir paraître chez toutes
les races comme symptôme ou souvenir
d'unité.
Beaucoup de voyageurs ont décrit des che-
velures rousses ou rouges orangées portées
par des individus à peau très-basanée et
même noire. II est fort problable que, dans
ce cas, la couleur extraordinaire était due h
une teinture. En {Egypte, Syrie, Arabie,
Abyssinie, le henné ^ manipulé par divers
procédés chimiques, sert à noircir la barbe
des hommes , comme l'indigo en Perse et
dans rinde. Les femmes en tirent des cou-
leurs oranges pour se teindre les cheveux ,
surtout quand ils sont peu foncés ou qu'ils
sont blanchis. Pour que le rouge marque
sur des cheveux très-noirs, on les passe a la
chaux qui les décolore un peu en y laissant
une teinte rousse. Celte opération suffit aux
Eiuvres, qui ne peuvent se procurer le henné.
es deux espèces de toilette ont été vues
fréquemment dans les marchés du midi de
l'Abyssinie, chez des noirs des races très-di-
verses. La teinture orange a été reconnue à
Tonga , aux nouvelles Hébrides et aux lies
Yiti. Le roussissement à la chaux peut être
induit de la description des roux japonais
de rîle Kin-Sin et des nègres à longue che-
velure vus à la côte d'Or.
L'histoire des Scythes et des Gaulois a
assez appris combien la teinture rouge était
employée pour ajouter au rutilant de la che-
velure. Une parure implique 'l'admiration
pour la couleur qu'elle a choisie. Une mode,
répandue sur toute la surface de la terre ,
I)eut bien aussi représenter quelle vieille
tradition d'une physiolo^^ie que Taibinoa
et le roux jalonnent dune façon plus pré-
cise.
Desmoulins qui admet seize espèces hu-
maines distinctes, fruits d'autant de créations
ou de générations spontanées , rapporte le
tyne roux à la race turque originaire des
vallées occidentales de l'Altaï et qu'il lance
à l'est et au sud de l'Asie presque autant
que dans l'Europe orientale pour expli-
quer, à tout prix , l'apparition des variétés
rousses qui ont étonné les voyageurs au mi-
lieu des races basanées de Tonquin, du Japon
et de rindoustan 1 Notons d'abord que les
écrivains chinois qui ont mentionné la race
turque-ouigour, l'ont appelée têtes jaunes
(blond) et non pas têtes rouges ou oranges.
Ajoutons que la variété rousse prédomine
aujourd'hui parmi les Celtes (laëls d'Irlande
etd*Écosse; elle n'était pas rare parmi le.
1519
SAN
DICTIONNAIRE
SAN
m
péens, des individus à tête rétrécie et à front
enfoncé, chez lesquels cette déformation n'a
Celtibères d Italie, aïeux ou frères des Opis-
ques roux, Caton elSylla; moins encore
parmi les Gaulois de Brennus et de Bello-
vèse. A ces temps, à ces lieux , un rapport
quelconque avec les Turcs est encore moins
admissible que le rapport de ces mêmes
Turcs avec le Tonquin et Ceylan. Disons
enfin, que la race juive, tenue à l'abri du
mélange étranger et issue d'une souche fort
brune, produit assez fréquemment des indi-
vidus roux; et, de tous ces faits, tirons cette
conclusion :
Le roux, pouvant reproduire tous les types
caucasiens et sémites, et tous l«s types pou-
vant à leur tour devenir roux, eelui-ci estde
mezzo'termine j le père commun, le type
primitif de ces races. La couleur rousse pa-
raît aussi le type de la plupart des races
d'animaux domestiques : car le retour à la
vie sauvage fait reparaître parmi eux cette
couleur différente des robes noire et blanche
qu'avaient eues, pendant plusieurs généra-
tîfiriS, le bœuf, le cheval, le porc, le chien,
-e coq, etc.
Chez l'homme, le roux forme la transition
la plus naturelle , la plus douce vers les races
basanées; l'iris est châtain; les cheveux
rouges sont très -foncés; les taches de rous-
seur, en devenaut confluentes, forment une
peau olivâtre, café cru et même café roussi.
La peau du roux étiolée et débarrassée de
la plupart ''des éphélides, offre le blafard
déjà signalé chez quelques races métiveset
chez beaucoup de races basanées, quand
elles s'étiolent.
L'étiolement et le croisement soDt au
nombre des épreuves capables de faire r^
paraître un type ancien altéré par le temps;
épreuve plus fréquente, crise plus farije
chez les races blanches, mais enfin possible
chez les races basanées, et certifiée chez
toutes par l'albinos et le roux : Double ap-
parence d'une révolution unique au fond.
L'Inde et Ceylan ont une vieille légende
Sji fait descendre les peuples blancs d an
binos issu de parents basanés. Mémesam
écarter le contingent d'amour-propre natio-
nal , on reconnaît ici le mythe de la fra(e>
nité humaine. Mais le respect voué par les
nations de toute couleur à la chevelure de
l'homme rouge , me porte à croire que la
reconnaissance des peuplesy rattacha le sou-
venir d'un père vénérable plutôt que d'un
frère disgracié. La Bible semble favorable i
cette opinion, car Adam veut dire roui dans
toutes les langues sémitiques. L'homme de-
meuré dans sa patrie primitive y aura eon-
serve plus qu ailleurs ses apparences pre-
mières : aussi les géographes et les Toyv
geurs (781) , retrouvent-ils encore dans le
Caucase indien septentrional , une race re-
marquable par la livrée d'hommes roux,
telle que nous venons de la décrire.
RUSSES. Voy. Eumops «qdbbnb.
s
SAGESSE DE DIEU étudiée dans les mé-
canismes du monde organique. Yoy. Vlntro^
duction.
SAISSET. Voy. Langage.
SALLES. (Eus. de) Voy, Langage.
SAMOYÈDES. Voy. Ighthvopuagbs.
SANDWICHIENS. Vov, Malaise (Race).
SANG. — Le sang est le liquide rou^e oui
circule dans les canaux, et qui fournit tes
matériaux nécessaires à Tentretien, à l'ac-
croissement des organes et à l'acte de la sé-
crétion.
Il est formé, l** d'eau , tenant en dissolu-
tion des matières proteïniques , des graisses
et des sels, dont 1 ensemble constitue la li-
queur du sançy et 2° de globuUsj qui sont
suspendus dans le liquide.
La quantité du sang, chez l'homme adulte,
est, d après les recherches de Valentin 14,
6 kil. et chez la femme de 12, 3 kil.
Propriétés physiques. — Le sang humain
a une pesanteur spécifique de 1 , 052 —
1, 057; il a une odeur animale particulière
et une saveur salée ; il est visqueux et sa
température est de 30 à 31" R.
De la couleur. — Le sang d'un rouge
foncé, noirâtre dans les veines, prend la
couieur d'un rouge vermeil dans les pou-
mons et la conserve dans les artères jusque
dans les vaisseaux capillaires. Celte colora-
tion du sang dépend des globules, puisque
si on sépare ceux-ci par la filtration , comme
cela est praticable pour le sang de la gre-
nouille, on remarque que le liquide qui a
traversé le filtre est limpide et incolore.
Coagulabilité, — Le sang qui stagne daos
les vaisseaux se coagule ; nors des vaisseaux
la coagulation est encore plus rapide ; chez
l'homme, elle a lieu entre trois et sept mi-
nutes, après que le sang est sorti des vais-
seaux. Elle se fait de la manière suivante ;
tout le sang tiré d'une veine se fige en une
masse homogène, cohérente et geJatiDeuse ;
peu à peu cette masse se contracte, et ex-
prime en gouttelettes d'abord, puis en plus
grande quantité, un liquide limpide jaunâ-
tre, qu'on a nommé le 5^iru^. La masse coa-
gulée qui est rouge , parce qu'elle renferme
tous les globules rouges, est nommé caiJl<>t
ou placenta sanguin.
Le sang se coagule hors du corps, lor^
même qu'il est maintenu en mouyeuient ei
à la température du corps. L'air atmospbf^
rique n'a pas non plus une grande influence
(781) Besmoulins en fait la troisième variété de respèoe odtiqiie, sous le nom de h née
tondue éê
ISil
SAN
D'ANTHROPOLOGIE.
SAN
sur celle coagulalion, car elle s*opère dans
le Tide , dans des vases hermétiqaement
femiés, et dans les gaz les plus divers ; il
est donc probable que le sang ne se coagule
que parce qu'il est privé de 1 influence des
|iariies vivantes et spécialement des vais*
seaux. Les alcalis, la soude, la potasse , quel*
qnes venins, la mort par Télectricité enlè-
vent au sang sa propriété de se coaguler ;
certains sels, le suliate de soude, le nitrate
de [K>tasse, une dissolution de sucre dimi-
naent la coagulabilité du sang, et ralentis-
hent ainsi le phénomène de la coagulation.
Carcwtèret chimiques du $ang. — Le sang
a une réaction faiblement alcaline.
11 est corafiosé d*eau, de matières protéini-
ques, de matières colorantes, de caisses, de
iiuitières exlraclives, de sels akalins et ter-
reux et d'une quantité variable de gaz.
La quantité d'eau est considérable; sur
1,000 parties de sang il y a 7i0— WO parties
d'eau.
Les substances protéiniques qui se trou-
vant dans le sang sont : la fibrine, Falbu-
mine, la ^lobuline et la caséine.
La fibrine est dissoute dans le liquide du
sang, aussi longtemps que celui-a circule
dans les vaisseaux et immédiatement après
qu'il en est sorti. C*est à sa présence que le
sang doit la propriété de se coaguler. Le
sang ne se coagule plus dès qu'on en a re-
tiré la fibrine, en le battant avec une verge ,
à laquelle vient s'attacher la fibrine coagu-
lée sous la forme de flocons blanchâtres , un
peu rosés. La fibrine, en se coagulant dans
du sang abandonné à lui-même, entraine
avec elle les globules de ce liquide et forme
avec eux le caillot; elle forme, au contraire, à
elle seule la couenne inflammatoire , couche
blanchâtre qui se dépose sur le caillot du
sang, pris d une femme enceinte, en cou-
ches, ou d'un individu atteint d'un rhuma-
tisme aigu ou d'une inflammation aiguë.
Le moven le plus facile de démontrer que
Ui fibrine' est dissoute dans le liquide du
sang, c'est de filtrer du sanz de grenouille.
Ij^s globules de cet animal, étant environ
quatre fois pins gros que ceux de l'homme
ei des mammifères, ne traversent pas le filtre.
\o\c\ comment on procèJe : on humecte le
filtre d'eau sucrée, on y verse le sang de
I plusieurs grenouilles et on y mêle instanta-
nément une égale quantité d'eau sucrée,
l»our retarder la coagulation; la liqueur
f^au^^ne, ainsi étendue d'eau, passe parfai-
Ceiucnt limpide et incolore par le filtre, et se
«épare bientôt en un caillot transparent et
incolore et en un liquide qui suma^^e. On
peut aussi emplo ver le sang d'un mammiîère
oa de l'homme eu y ajoutant du sulfate de
soude ; la coagulaUon est retardée, les glo-
bules, d'une pesanteur spécifique plus con-
sidérable que la liqueur sanguine, se préci-
fiilenl lentement au fond; la fibrine qui est
dissoute dans le liquide ne se coagule que
beaucoup plus tard et forme alors une cou-
che blanchâtre ou la couenne qui recou-
vre immédiatement la couche de globules.
Dans l'état normal, le sang renferme sur
PiCTio^x. n'A^iTnnoFOLOGie.
1,000 parties 3,3 part, environ de fibrine se*
che; cette quantité peut augmenter dam
quelques cas pathologiques jusqu'à 5,7 et
même jusqu'à 10 parties.
La fibrine diuère de ralbumine en ce
qu'elle se coagule spontanément hors do
corps et en ce qu'elle renferme un peu moins
de soufre.
Vatbumine liquidesedissout en tottes pro*
portions dans l'eau ; elle y est insoluble
quand elle est coagulée; elle ne se coagjule
pas spontanément^ la température ordinaire,
mais bien à celle de 61' — 70*. L'albumine est
encore coagulée par l'alcool, la créosote, l'a*
lun, les acides minéraux, et surtout par l'a-
cide .nitrique; elle n'est pas précipitée par
l'acide acétique , et diffère en cela de la ca-
séine. L'albumine est en très-grande quan-
tité dans le sang^ sur 1,000 parties de ce li-
quide, elle est représentée, en moyenne, par
68,08 part, d'après Lecanu, par 76,6 d'après
Simon. Elle est complètement dissoute dans
le sérum, qui, par cette raison, se coagule
en entier à la chaleur de l'eau bouillante.
Une autre partie d'albumine se trouve sous
la forme de globuline. formée de protéine et
de soufre, dans l'enveloppe des globules qui
font partie du caillot.
La caséine existe en très-petite quantité
dans le sang; elle est soluble dans l'eau dont
elle peut être précipitée par l'acide acétique,
ee qui la différencie de ralbumine ; elle est
coagulée par la pepsine ou par la membrane
interne de l'estomac de veau.
Matières colorantes du sang. — Le prin»
cipe colorant rouge du sang se trouve dans
les globules et a reçu le nom d'hématine
Îui, unie à la globuJine , forme le eruor»
'hématine séchée est une substance eas*
santé, d'un brun foncé, insipide, soluble dans
l'eau distillée, insoluble dans l'oau qui tient
en dissolution du sel de cuisine ou du su^
cre, soluble dans l'alcool qui renferme un
alcali ou un acide ; elle donne par l'inciné-
ration 10 pour 100 de sesqui-oxyde de fer.
L'hématine est une combinaison de sesqui->
oxjrde de fer avoc un corps organique azoté
qui n'appartient pas aux matières protéini-
ques; la couleur est indépendante du sesqui-
oxyde de fer; car on peut extraire celui-
ci par un acide , sans changer essentielle-
ment la couleur de l'hématine. Lecruor
ou les globules, composées d'hématine et de
globuline, forment lz7 parties sur 1,000 par-*
ties de sang.
La cott/euri'attiid/re du sérum dépend, d*a-
Crès Denis, de la matière colorante de la
ile.
Les graisses du sang sont en petite quan-
tité et de différentes espèces; les unes soli-
des, comme la cholestnne, la c^rébrine et la
séroline, sont suspendues dans le sérum au
moyen de l'albumine sous forme de granules
très-fins ;d'au très sont des corpsgras, liquides
et acides, comme l'acide oléîque, l'acide maiv
uarique et un acide gras volatil oui existent
a l'état de savon dans le sérum ; il y a en ou-
tre une graisse phosphorée qui se trouve
combinée aux globules. D'après Simon ^sor
T9B
SAN
DICTIONNAIRE
SAN
m
1,000 parties de sang il existe 2,3tô parties
de graisses.
Les matières extractives du sang sont des
substances solubles dans Teau et dans Tal-
cool, et connues autrefois sous le nom d'os-
mazône. Lecanu a évalué leur quantité, la
plyaline et l'urée y comprises, à 2,3'i.5 par-
ties sur 1,000 part, de sang.
Les sek du sang sont, les uns alcalins, les
autres terreux.- Parmi les sels alcalins, le
principal est le sel marin, qui existe en très-
grande quantité dans le sang; les autres
sont des sels de soude et de po;asse, à acides
gras et à acides phosphorique, sulfurique,
lactique et carbonique.
Les sels terreux ont pour base la chaux
ou la magnésie, et pour acides, les acides
phosphorique et carbonique. Le sang non
coagulé renferme de la soude, combinée
avec les substances protéiniques, et c'est
rir cette raison que le sérum du sang réagit
la manière d'un alcali faible.
Les gaz du sang s'y trouvent probable-
ment à l'état de dissolution. Ce sont l'acide
carbonique, l'oxygène et l'azote. Leur quan-
tité varie dans le sang artériel et dans le
sang veineux.
B après Lecanu, le sang renferme sur 1000
parties.
Eau,
Fibrine,
Albumine,
Globules,
Graisse cristallisable,
Graisse liquide,
Extrait alcoolique,
Extrait aqueux,
S^ls alcalins,
Sdis terreux et oxydes de fer,
Pertes,
7g0,15—
65,09—
135,00—
2,45—
1,51-
1,79—
1,Î6—
8,57—
2,10—
2,40—
78S,69
3,56
69,42
119,65
4,30
2,27
1,92
2,01
7,50
1,41
2,59
1000,00—1000,00
Caractères microseopiques. — Le sang,
examiné au microscope, est composé de
globules et d'un liquide transparent, inco-
lore, liqueur sanguine (plasma sanguinis). Il
y a deux sortes de globules : les uns, plus
nombreux, se distinguent par leur colora-
tion jaun&tre plus ou moins intense ; on les
nomme globules ou corpuscules colorés ou
roupies du sang; les autres, en bien plus
petit nombre, sont incolores, grenus et
semblables à ceux de la lyinphe ; ce sont les
globules ou corpuscules incolores du sang.
Les corpuscules rougos du sang de l'bomme
sont des vésicules d'une couleur rouge
jaunâtre, ayant la forme de disques circu-
laires, semblables h des pièces de monnaie;
leur diamètre en largeur est de 0,003"' et
leur épaisseur offre* environ le tiers de celte
dimension. Leurs faces, ordinairement pla-
nes, sont souvent légèrement convexes^ et
se réunissent par un bord arrondi; souvent
ces globules sont courbés sur une de leurs
faces de manière qu'ils paraissent concaves ;
TUS sur leurs bords, ils ressemblent à des
bâtonnets grêles, droits ou légèrement ar-
qués, lis ont une grande tendance à se réu-
n r en piles. Les corpuscules rouges sont
transparents ; ils permettent de distinguer à
travers leur épaisseur d'autres gloldes ou
d'autres parties sous-jacentes; ils jomssenl
d'une çrande flexibilité et d'un haut de^ré
d'élasticité; lorsqu'on ies comprime sous le
microscope ou quand ils circtt!eDt dans les
vaisseaux capillaires, on les voit s'eflilpr,
se courber, s'aplatir et reprendre ensuii?
leur forme primitive. Leur pesanteur spérj.
û lue est plus grande que celle du liquide
dans lecjuel ils nagent, et c'est par celle rai-
son qu ils se précipitent, quand le m^
n'est plus en circulation. °
Les corpuscules rouges du sang, eiami-
nésdans les différentes classes desverlébrés
présentent quelques différences. Ils ont la
forme de petits disques circulaires, chez
tous les mammifères, excepté chez le cha-
meau, le dromadaire et le lania, qui ont des
globules elliptiques. Les trois autres classe^
des vertébrés, les oiseaux, les reptiles ei le*
poissons ont des globules rouges elliptiqu^'s
ou ovalaires. Quant à leur volume, il varie
beaucoup. Très -petit chez les mammifères,
il est, au contraire, considérable chez les
amphibiens. Aussi faut-il préférer le san^'
de ces derniers pour l'élude microscopiqjie
des globules rouges. Ceux de la grenouille,
d'une forme ovalaire, ont une longueur de
0,012' " et une largeur de O,OOT"'-0,008;ils
sont donc trois ou quatre fois plus granit
que ceux de l'homme. Examinés hors des
vaisseaux, ces globules ont la forme de dis-
ques aplatis, à faces légèrement convexes, et
présentent un noyau nettement circonscril,
d'une forme ovalaire, d'un diamètre de 0,0K
et placé au centre du corpuscule. Le no.m
se voit aussi dans les globules qui circu-
lent dans les vaisseaux capillaires; mais il
est plus distinct dans les premiers. Poutfe
renare plus apparent encore dans les glo-
bules sortis des vaisseaux, on y ajoute on
peu d'eau, qui dissout la matière coîorantf
dont le noyau est entouré, en mômeiemf'^
que, pénétrant dans les globules, elle \^
faitchanger de forme et les renJ sphériqua:
51, dans cet état, on les fait rouler, ildeYi«ii
facile de se convaincre que le noyau iiV<-
cupe jias le centre, mais qu'il est allacfcé â
un point de la paroi vésiculaire. Cette in-
fluence de l'eau est telle qu'au boul don
certain temps, les globules devenant enii^r^
ment transparente? et incolores, le noyau ne
Earaît plus entouré que d'une auréole pil-.
peine visible ; cependant en y ajoutai!
une petite quantité de teinture iViaje, ^"
contours des globules redeviennent distin'^
I)arce que ce liauide colore en jaune l'env^
oppe aes globules. C'est à cause de ces u"-
ditications que les globules rouges sub: •
... . .. ..| _.
ou sdlée, ou même du sérum de sani*
de conserver intacts les caractères norm^'
des globules.
L'influence de l'eau sur les globules f'
met de reconnaître la nature ue ce^ f^'^
Le changement de forme qu'elle leur i^^
1S2S
SAN
D-ASTHROTOLOCIE.
SAN
ÎZ%
prime démontre que ce sonl des cellules ;
car, s'ils éuient solides , ils devraient, en se
distendant par Teau , conserver leur forme
primitive , comme le fait une éponge.
Dans les corpuscules rouges du sang de
Thomme, on ne reconnaît pas de novau ,
même quand on les a distendus par 1 eau.
Une illusion optique peut seule porter à ad-
mettre Texistence de ce nojau , et cela de
deux manières : plusieurs globules du sang
ont des laces légèrement convexes , et leur
rentre parait presque incolore et transparent
lorsqu'il se trouve au foyer du microiscope;
ti au contraire on déplace un peu le micros-
coye y de manii^re que le pourtour du glo-
bule corresnoude au fojer tandis que son
rentre s'en éloigne, le premier paraîtra trans-
parent et le second opaque. Cette illusion
.leut donc faire croire à l'existence d'un
novau, translucide dans un cas, opaque
dans lautre.
Si le liquide qu'on ajoute au sang est plus
dense que la liqueur sanguine dans la-
«juelle sont suspendus les globules rouges ,
* eui-ci prennent une forme dentelée ; le
■nème effet se produit, quand la liqueur du
f an j; devient plus dense par l'évaporation ;
#ussi suflit-il , pour leur rendre leur forme
primitive, d'ajouter un liquide moins dense.
Les globules rouges du sang se gonflent
donc et se distendent dans les liquides qui
^ont moins concentrés que la li((UOur san-
^îne; ils se rétrécissent et leur surface se
ride dans ceux qui sont plus concentrés. Os
influences se manifestent d'après les lois de
)a difl'usion des liquides. Ainsi agissent les
s^ilutions des sels alcalins et terreux et la
5-jIulion de sucre. Au contraire, les sels mé-
talliques, les acides elles alcalis exercent
une action chimique sur les i^obuies; ceu^-
i'\ ne sont pas tous influencés de la même ma-
DÎèrc par le même réactif ce qui peut dépen-
i\re d'unedifférence dans leurpériode de for-
mation, les uns étant plus ft^és que les autres.
Action des acidfi.— L'acide acétique faible
^ dt comme l'eau ; très-concentré il détruit
k-s globules.
I^s acides nitrique et muriatique , éten-
fIusde2/3 d'eau, rétrécissent les globules
et font coaguler leur contenu, dès lors ni
]\*au ni l'acide acéli^|ue n'ont plus d'a'Jtion
sur eux; le sublimé les rétrécit et fait cris-
l»rr leur surface; le nitrate d'argent et la
jKitasse caustique lesréJuisenl en une masse
firunâtre; l'ammoniaque et les carlK)nafes
nlralins agissent avec moins d'intensité;
l'éther les dé.iolore au point qu'ils (missent
j»ar disparaître entièrement et que Viodc ne
peut plus les rendre appcrents.
L^exy^ne diminue leur volume et rend
\3\1T surface granuleuse; l'aciie car!)Onique
le-» tlislenJ et les ren-1 Iraïuparents. Si ces
4 * eux ga/. agissent alternativement 8 ou 9 fois
sur les globules rougi'S, ceui-ci disparais-
sent; tan lis que ni l'un ni l'autre do ces
^az, a^ssant seul, ne proJuil cet effet.
Des corpuscules incolores du sang. — Ils
sont mêlés aux corpuscules rouges, et for-
ii^cnt, chez Thomaie, environ le dixième de
la masse globulaire; leur quantité an^ente
immédiatement après le repas et jdiminue
par la diète.
Chez la grenouille, les corpuscules in-
colores du sang sont plus petits que les
rouges ; ils ont un diamètre de OjCNtô", une
forme arrondie, mais non entièrement spbé*
rique, car ils sont légèrement aplatis sur
leurs faces; leur su i face est granuleuse,
semblable à celle des globules de la lymphe ;
comme ceux-ci, ils ressemblent à aes glo-
bules solides, mais si on v ajoute un peu
d'eau, on remarque, au bout de quelques mi-
nutes, qu'ils sont formés d'une membrane
cellulaire et d'un noyau granuleux bien cir-
conscrit, qui apparaît quelquefois double-
L'acide acétique rend aussi leur nature cel-
lulaire Irès-jistincte, mais ce réacîif divise
bientôt le nojau en trois ou en quatre frag-
ments« La potasse caustique les dissout en
même temps que les globules rouges.
Les corpuscules incolores du sang de
l'homme ont la même forme et le même dia-
mètre (0,005 ") que ceux de la grenouille;
chez l'itomme, ils sont donc plus grands que
les corpuscules colorés.
Dans les vaisseaux d'un certain calibre »
les glot>ules incolores circulent aussi ra-
pidement que les rouges; mais dans les
vaisseaux capillaires, ils cheminent lente-
ment et entièrement isolés des corpuscules
rouges, le long des parois vasculaires.
Vu leur grande ressemblance avec ceux
de la lymphe, les globules incolores parais-
sent venir des vaisseaux lymphatiques dans
les vaisseaux sanguins ; cependant différents
faits semblent prou ver que ces globules peu-
vent aussi se former dans le sang : d'abord ,
ils sont plus nombreux dans le sang vei-
neux que dans le sangarlériel; ensuite, quand
on examine la circulation dans les vaisseaux
capiUai.-es de la queue du têtard, on voit
leur nombre augmenter considérablemerît
au moment où la circulation devient irrégu-
lière et se ralentit par suite de l'évaporation.
Du dételoppement des corptiS€ules ronges
du sang. — Les premiers corpuscules du
sang se forment, comme le cœur et les vais-
5eaux, dans les premiers moroenCs de la vie
inlra-u'.érine ; ils proviennent de cellulf*s à
noyan,qui, réunies en colonnettes massivef,
sofit disposées suivant les linéaments ces ré-
seaux vasculaires. Les cellules, situées au
centre de ces colonnettes, se convenis-
sent en globules sanguins, et les autres,
f»lus superflcielles, se transforment dans
es différents tissus qui constituent les pa-
rois des vaisseaux.
Cette Iranî^formalion des cellules en glr-
Imles sanguins a lieu, îuivrnt plusieurs cn>
brvologistes , d'une manière directe : les
cellules oiminuent de volume, s'aplatissent
et c>T.ngenl leur contenu en matière colo-
ranle rouge; d'après d'autres, c'est dars
leur intérieur que se forment les globules
sanguins par génération endogène. Que)-
Sues observations parlent en faveur de cette
ernière opinion. Valentin a reconnu, dans
les vaisseaux de la membrane pupillaire
r>37
SAN
DiCTIOMNAIRE
SCY
ISiS
d'un embryon de vache, des cellules qui
renfernoaient chacune trois ou quatre glo-
bules, et, d*après cette observation, les glo-
bules sÂnguins des animaux supérieurs ne
siTaient que des noyaux vésiculeux. De
niâiae, Reichert a observé dans le champ
vasculaire de Tœuf de Toiscau, <^e ces glo-
bules se développent dans l'intérieur de cel-
lules-mères ; après les avoir dégagés de leur
enveloppe, il a remarqué qu'ils étaient plus
opaques que les globules entièrement dévelop-
pés et que chacun d'eux renfermait un noyau.
De la muUipliccUion des globules : V Pen-
dant la vie embryonnaire, — Au début du
développement de l'embryon, les globules
du sang se multiplient par suite de leur
formation continuelle dans les différentes
I)arties du corps. A une certaine é^)oque de
a vie embryonnaire , cette formation ne se
fait plus que dans le foie et par génération
endogène; les raisons apportées à l'appui de
cette opinion sont : qu'un peu avant la
naissance, on rencontre dans le foie des cel-
lules pÂles, renfermant deux ou trois glo-
bules creux: que les globules sanguins y
sont alors très-nombreux ; que leur volume
y présente de grandes différences, et que le
foie acquiert à cette époque un développe-
ment très-considérable. — 2" Après la nais-
sance. — Pendant toute la vie, des globules
rouges du sang se forment aux dépens des
globules incolores et se décomposent en-
suite pour rentrer dans la liqueur du san2.
Chez la grenouille , on remarque dans le
sang les différents degrés de transition des
corpuscules incolores aux corpuscules rou-
ges; en outre, ces deux espèces de corpus-
cules présentent la même structure : une
membrane cellulaire renfermant un noyau.
Mais chez l'homme et chez les animaux
supérieurs, il n'en est pas de même ; chez
ceui-ci, on ne distingue plus les formes de
transition entre les globules, et on n'a jamais
f)u démontrer, d'une manière évidente,
'existence d'un noyau dans les globules
rouges; on a donc eu recours à diverses hy-
pothèses ; voici celle qui a rallié le plus de
partisans : les globules de la lymphe se
transforment en globules rouges du sang ;
leur noyau disparaît, leurs faces s'aplatissent
et leur cavité se remplit de la matière colo-
rante rouge ; tous ees chan2ements se font si
rapidement qu*on ne peut distinguer aucune
forme transitoire. Cette hypothèse est basée
sur l'anatomie comparée et surtout sur les
observations faites chez la grenouille.
D'après une autre hypothèse, ce sont les
noyaux des globules de la lymphe qui vont
constituer les globules rouges du sang : ces
noyaux deviennent creux, se remplissent
d'une matière colorante et acquièrent la pro-
priété de se dissoudre dans l'acide acétique,
ce qui est peut-être le résultat de ï'action al-
ternative a4 l'oxygène et de l'acide carboni-
que. A l'appui de cette hypothèse on allè-
gue : 1* qu il est impossible de reconnaître,
a aucune époque, un noyau distinct dans les
globules rouges du sang de l'homme ; 2" que
1 ^de acétique n'agit pas de la même ma-
nière sur tous les globules rouges, puisqu'il
détruit les plus volumineux , tandis qu'il
respecte les plus petits, d'où l'on peut con-
clure à une différence dans la durée de leur
existence.
Des modifications que les corpuscules ion-
guins subissent dans la rate. — Remak le
premier a observé, dans la rate du yeau, des
vésicules très-ténues, qui renfermaient trois
ou quatre corpuscules d'un jaune rougeâtre
et qui ressemblaient aux globules rouges da
sang. Plus tard, Kôlliker et Landis ont cons-
taté que c'étaient réellement des globules
sanguins. Gerlach a démontré que ces cel-
lules sont contenues dans les corpuscules de
Malpighi ; ceux-ci renferment, indépendam-
ment de cellules nombreuses et de noyaui,
des corpuscules rouges d'un volume très-
variable, renfermés dans des membranes
cellulaires très-pâles, et des globules san-
guins libres dépourvus de toute envelof^e,
qui ne sont modifiés ni par l'eau, ni far
1 acide acétique. Celte observation semble
indiquer qu'il se forme dans la rate de nou-
veaux globules rouges du sang.
Méthode à s^ùvre pour examiner le sang,
— On commence l'examen microscopique
du sang par celui de la grenouille, dont les
globules volumineux permettent d*en obser-
ver facilement les différentes particularités;
on passe ensuite à l'étude du sang de
l'homme, qu'on peut se procurer en se pi-
3uant dansi'éminence thénar, ou dans le bout
u petit doigt qu'on a préalablement coa.-
primé; on étend ce sang en une couche très-
mince sur un point de la lamelle porte-objet,
on y ajoute un peu* de sérum ou de Timiu su-
crée ou salée pour le délayer conyenable-
ment, et on recouvre le tout d'une mince la-
melle de verre ; on porte dès lors le point
à examiner au foyer du miscroscope, on im-
prime de temps à autre à la lamelle un petit
mouvement pK)ur faire tournoyer les glo-
bulesi de manière à pouvoir considérer leurs
faces et leurs bords. Ensuite on cherche à
connaître l'action des différents réactifs bïit
le sang,
SANGLOT, Voy. Voix.
SANSCRIT, son rôle. Voy. Langxes.
SAUT. Voy. Mouvement.
SCHLEGEL (F.). Voy. Langage.
SCYTHES. — Les ressemblances de tra-
ditions permettent d'induire la communauté
d'origine ; mais à la seule filiation histori-
que, il est réservé de la prouver définitive*
ment. Ici nous pourrons ôtre sobres du pre-
mier moyen, confiants que nous sommes
dans l'abondance et la force du second ; soil
que nous remontions scrupuleusement le
cours des Ages et la ligne des émigrations,
soit que profitant des synthèses péremptoi-
rement construites par la science, nous repJa*
cions notre optique sur ce haut plateau de k
Bactriane, atteint par les premières lueurs
historiques et d'oil nous avons anerçu si-
non 4ou$ les royaumes de la terre, au moins
toutes les agrégations sociales qui aient mé-
rité le titre de grands États. Sur le pencbanl
austro-oriental, aux lieux où le Caucase ivf
{»
SCT
.D'ANTHROPOLOGIE.
8CY
I35U
dien rerse lludus el le Gange, prospèrent
déjà les monarchies d*Aoude et de Pralich-
tani ; au sud-ouest sur le plateau où nais-
sent le Tigre et TEuphrate et sur leurs ri-
tes mèffle, Ecbatane, Ninive et Babylone
sont les nojaux de futurs et puissants em-
pires.
Au lieu de poursuivre ces deux rameaux
de rbumanite» attachons-nous à un troi-
sième moins coloré de i)eau et qui a pris la
route du nord et de Foccident en continuant
les goûts primitifs de l'homme pour le sé>
Sur des pays montagneux. Répu^ant aux
ibitades sédentaires, il a dâaigné de se
bâtir des Tilles, il campe sous la tente et
pousse, avec ses troupeaux, ses excursions
dans toutes les tallées qui entourent la Cas-
pienne et la mer Noire. Le Caucase occiden-
tal a imprimé son nom à celte race comme
s*il eût été sa patrie ; le Caucase n'est réel-
lement que le chemin par lequel elle s*est
▼ersée sur l'Europe. Cette race est la posté-
rité de Japbel, k qui Dieu avait promis roul-
tinMcation et gloire ; multiplication d'abord,
gloire beaucoup plus lard qu'à ses frères is-
sus de Cham et de Seoi. Mais l'avenir lui
donnera d'amples compensations pour ce
retard. L'Europe de Japhct et son génie tur-
bulent iront un jour rallumer le flambeau
de la civilisation chez ses frères dégénérés
de toute !a terre.
Les annales primitives de Tlnde, déliarras-
séesde leurs fables et interprétées dans leurs
al!é^ories, nous montrent sous le nom d'Iran
et (Je Touran celte vieille division de la
pFainc et de Sa montagne. Le roi iiersan Fc-
ridoun en fait Tapanage séparé ae ses deux
tils. Le mont Taurus, le mont Sinaï oortent
encore le nom de Tor, Touran ; le utucase
tout entier est occujté par la race indo-per-
sane, prenant le nom de Sa'|uc, Sace, Scy-
thes.
Diodore place des Scvtbes jusqu'au bord
de llndus. Ammien-liarcelin identifie les
Scjthes aux Perses ; Anquetil-Duperron a
complété le rapprochement des dieux des
deux nations, rapprochement déjà commencé
|iar Homère. Les Mèdes, souvent mêlés aux
expéfli tiens et à l'histoire des Scythes pri-
mitifs, sont des Iraniens a^ant plus d'indus-
trie et de goût pour la plaine etia vie séden-
taire. Mais les Iraniens fixés dans les villes
d*où ils prendront le nom de Zend ne dé-
daignent pas le titre de Scythes. Temschid,
nom royal et national, est rapporté par
If. £ag. Burnouf à Jama-Schàëta, Scythe
I »rillant. Hérodote nous représente les grands
Scythes ou Hessagètes, disputant d'anti-
quité avec les Egyptiens.
Ils avaient disputé aux Egyptiens jusqu'à
leur terre, car on ne peut plus douter que
les pasteurs ne fussent des Scythes. Cham-
polnon a lu le nom de Scheto écrit mille
lois aTec une épiUiète insultante, par le tes-
sen timentdes vaincus redevenus vainqueurs,
peintures qui dâcorent les palais et les
tombes royales de Thèbes donnent, à côté de^
noms propres, des portraits fort ressem-
blants : teint blanc et rose, cheveux châtains
ou blonds. Les grands bas-reliefs de M édi-
net-Abou représentent les Caramans et Gé-
drosiens, la tête couverte d'une peau de
cheval avec crinières et oreilles (7ffî). Les
branches encore sauvages de la race des
Scythes, nos propres aïeux du midi de l'Eu-
rope, sont reproduites avec une exactitude
Sue notre amour-propre pourrait accuser
'épigramme, si 1 ironie était admissible
dans le caractère sérieux de la caste sacer»
dotale égv'ptienne ; si la moquerie pouvait
avoir accès auprès de la double selennité
des Pharaons et des tombeaux.
Josèphe, qui a rapproché Gètes et Scythes»
les assimile tous deux à Gog et Ma^og. Le
nom de Hiksos, donné par cet histonen aux
pasteurs, contient, prononcé à l'orientale, le
nom national des Scythes, Schotz (783), et le
nom de Hik, encore aiyourd'hui porté par une
des plus belles nations du Caucase, les Armé-
niens. Diodore fait expressément passer les
Scythes par l'Arménie et l'Ibérie. Les pasteurs
avaient laissé quelques-uns des leurs en Pa-
lestine. Les Anaké d'Hébron s'appelaient
Titans ou Géants; leur nom et leur taille
grandie par la peur effrayèrent les espions
envoyés pour reconnaître La terre promise.
Les annales carthaginoises consultées et
citées par Salluste sous le titre de bibliothè-
que du roi Hyemsal peuplent le nord de
1 Afrique de Hèdes, de Perses , d'Armé-
niens, conduits par plusieurs hercules, c*est-
à-dire |)ar ies Géants ou Titans. L'Atlas of-
fre encori'jaujour.rhui la race kabvle qui,
l»ar sa vieille langue et ses traits kouschi-
tes, descend des Qiananéens exilés après la
conquête juive. Les Scythes ont pu s y mê-
ler par diverses routes : par le littoral de
Barea après Texpulbion des pasteurs ; par la
navigation qui rapproche bien davantage la
Cyrénaïque de la Crète, de l'Archipel, de la
Tiirace et de TAsie-Miueure. Les Phéniciens
ont, fort anciennement, sillonné cette mer,
et comme Ta fort bien noté Volney, leurs
navires auront jeté à Carlhage et à leurs au-
tres colonies des aventuriers ramassés par-
tout.
Le commerce a pu, même avant ces temps
reculés, occuper airectcment la race scy the,
mais dans des lieux plus voisins de son on*
B'ne. Hérodote dit que les Bactriens et les
essagètes avaient beaucoup' d'or ; Volney
le tire des mines de Sibérie et le fait échan-
Per dans un trafic entre la Caspienne et
Océan indien par Tlndus et l'Oxus. Un
autre fleuve de la Sogdiane, le Yaxarte»
abreuve les troupeaux et peut-être fait flqt«
ter de grossières embarcations des Scythes
ou Saces que Ptolémée identifie aux Curetés
ou Cretois et aux Gomé riens sortis d^une
ville de Chômer, en Bactriane. La Bible
nomme un Chômer petit-fils de Japhet.
Ces deux limites éloignées, le mont Imaûs
(782) Voy. HteoDOTB, L IV., trod. de Larcber. .
(785) Prononciation adoptéi! par les hébrabaos, il ooUmmcDt M^r. l^iaciii^ , qui écril en aBgU» Mm.
4551
se Y
DICTIONNAIRE
SCV
i5:i
et la Crète assignées à la môme race préju-
gent l'occupation des points intermédiaires,
J'Asie Mineure, la Thrace et tout le littoral
de l'Euxin. En effet, la Chronique d'Eusèbe
raconte une expédition des Gimitîériens ou
Gomériens, et des Amazones, vers Tan 1706
avant Jésus-Christ.
Sirabon assimile aux Gètes, prononcia-
tion adoucie des Scythes ou Schytes, les
Thracos à qui les Grecs-Pélasges de l'inté-
rieur doivent une partie de leur éducation :
Thamyris , Orphée et Musée en sont sortis
tin ou deux siècles avant la guerre de Troie.
Le grand poêle, chantre de cette guerre, dé-
sisne les nations thraces-scythes parle nom
collectif de Mysiens. Les Bébrices, Bfyges,
Phrygiens, Thyniens, Bythiniens, MéJo-By-
thiniens a[)partiennent à cette grande fa-
mille et remplissent de leur remuante acti-
vité les deux côtés de l'Hellespont et do
l'Euxin. Au nord, les Taures , 'ïouraniens
ou Thraces-Cimmériens occupaient les Cher-
sonèses auxquelles ils avaient donné le nom
de Tauride et de Cimmérie. La grande in-
vasion des Scythes nomades, assi^^née par
Hérodote à Tan 630 avant notre ère, fait ré-
fiifÇier les Taures dans leurs montaj^nes.
L'Asie Mineure et la Syrie sont également
envahies par un autre flot de Scythes cjui sem-
blent vouloir recommencer Texpédiiion des
p.isleurs : le pharaon Psammetik arrive à
lemps pour les arrêter.
Héro lote fait fuir les Cimmérîens vers
rOrient, mais Possidonius , soutenu depuis
par Fréret, a objecté que, par cette voie, la
retraite était coupée par deux fleuves pro-
fonds, le Borysthène et l'Hypanis, enfin par
un bras de mer, le Bosphore Cimmérien, de
l'autre côlé duquel ils auraient encore ren-
contré les Sjytnes. Il est plus rationnel de
faire fuir les Cimmériens au nord-ouest vers
la mer Baltique, où l'antiquité place de très-
bonne heure des peuples de môme nom et
de môme race, Celtes, Cimmériens, Cimbres.
Un historien qui soutient dignement un
des beaux noius de notre littérature moderne
a rallac-ié à celte émigration cimmérienne le
mouvement expansif des Gaulois de Sigovèse
et de Beîlovèse, inquiétés dans la possession
des Gaules. Il était alors plus facile et peut-
ôtre plus glorieux de chercher une nouvelle
pairie qae de défen ire l'ancienne.
On ycut dire que celte agitation de peu-
ples celles et germains immigrants et ëmi-
f;ranls, fuyards d'un côlé, agresseurs de
'autre, a duré avec toute certitude histori •
que |)cndant douze siècles, six avant, six
après notrf ère. Dans la crise finale qui l)rise
l'empire romain d'Occident, les Barbares
forment une chaîne continue d'Asie en Eu-
rope, du Volga à la Loire; que dis-je? Au
Tage, au Pélîs, à TAtlasl D'Orient en Occi-
dent, les mouvements se propagent. C'est
un océan houleux, où une vague pousse
l'autre vague. Le génie de Stilicon soutenu
par les Franiîs et les Allemands n'arrêtera
que quelques années ce débordement de
(781) HitRODOTK, rossîDO.\îi.->, Cksar
Quades, Marcomans, Burgondes, Alains, Gé-
pides. Vandales poussés par les Golhs de la
Pannonie, à C[ui d'autres tribus gothiques
ont ricoché l'inquiétude ipi'eUes ont reruft
des Huns, race bigarrée, refoulée elle-même
par des races mongoles.
Tous ces peuples, à l'exception dé quel-
ques tribus des Huns, sont de même appa^*
rence physique, et peu s'en faut de même
langue, induction précieuse pour le corol-
laire que j'ai maintenant à cceur de dégager,
à savoir que les nations gothiques sont sor-
ties, non pas seulement de la Scythie, mais
du premier peuple scythe.
Bien queThistoire ne mentionne les Goths
qu'au premier siècle, il n'est pas impossible
de les reconnaître sous le nom de ces Co-
tini trouvés en Baltic^ue quatre siècles avant
par Pylhéas, le navigateur massaliote. Le
savant Suhm, surnommé le Varron danois,
a trouvé dans les annales islandaises, re-
montant au m* siècle avant Jésus-Christ, des
Goths continentaux entre l'Oder et la Vis-
tule, des Goths insulaires dans la Scandina-
vie. C'étaientdoncles aiicuxdesGutœou Yuiœ^
Scandinaves de Ptolémée, Gythones^ de la
Vistule, Guthonés -et Gothones que Pline et
Tacite placent aux bords de TOder, Si le
nom d'Aoslhini, porté par quelques-unes de
leurs tribus, n'est pas une corruption du root
Scythe^ le mot Gète, tant de fois assimilé à
Scythe, ne peut être méconnu pour une
très-îégère variante de Goth. Tschaude ou
Youloun des anciens Sayas qui ressemble
fort à tous les trois est le nom d'une bran-
che considérable de la race Slave que tous
les autres caractères assimilent aussi à la fa*
mille scythe dont elle fit partie sous le nom
de Thraces, Sarmates, Bastarnes, Illyriens.
Joud est une région montagneuse de
l'Inde où le colonel To:l a trouvé des no-
mades appelés Jit et quïl fait descendre des
Scythes aussi bien que les Radjpout. Le mo-
derne Deutsch ou Teutsch, prononciation
confuse de Gète, ressemble bien davantage à
Tagik, nom des Persans sédentaires el de
plusieurs tribus d'Uzbeks el de Thibé-
tains.
Les combinaisons étymologiques se prê-
tentà retrouver Scythe jusque dans Celte, qui,
prononcé à l'italienne, se rapproche de Gète.
Tchielte, Celte, Galate, Scolote (784), Scy-
the sont plus génériques et plus anciens que
Gaël ou Galle ; on peut en croire HércKÎote,
Possidonius et César, malgré les savantes
objections de M. Tliierry. La parenté lU^^
deux races celle et scythe a été suOIsaramecS
établie par Pelloutier, après Arabon el Plo-
lémée, oui appelèrent les Celtes : Sa^es, Tr-
tans, Celto-Scythes; après Tacite, Pline, Fn»-
cope qui ont uni Celles et Goths aux ScyUios
par tous les caractères physiques ; et à(»rès
tous les historiens qui les avaient identifiés
par les mœurs.
Encore aujourd'hui l'idée de Scythes «^
confond dans notre esprit avec cellede Tar-
tnrc?, peuples noniaJes qui se dépla^eti
îa
SCY
D'ANTHROPOLOGIE.
?cr
f3S4
sans regret: pasteurs qui peuvent se déplacer
bien loi d, car ils portent avec eux leur ri^îhesse
etIeuroourriture.Cequis'appelleTartariesnr
les cartes modernes, est le lieu où se centra-
lisèrent les Scythes de Fantiquité. Les Ckaiy
de Plolémée/le ChaUû du moyen Age rap-
pellent parCaitement le nom des Schéio ou
pasteurs conquérants d'Egypte. Beaucoup de
Tartares sont de pure race scythe et ont con-
serré les mœurs de leurs aïeux, sauf les mo-
difications apportées par ks religions chré-
tieanes, lamaîques, musulmanes.
La Scythie de Ptolémée ou Asie centrale
a été envahie par des Mongols basanés qui
«Hit un peu mélangé le sang et Taspect des
Tartares, leurs voisins. Ce mouvement est de
vieille date, car les nomades cuivrés, ca-
mus et rasés ont été bien décrits par Héro-
dote sons le nom d^Argrpéens.
Aristote parait en avoir fait la troisième
espè^ humaine sous le nom de Tfarace; les
Ethiopiens ou nègres et les Scythes ou blancs
étaient les deux autres espèces. Mais Héro-
dote et Aristote ont en vue une Scythie bien
plus occidentale que celle de Ptolémée.
Ef^Mrus, de Cumes, contemporain d'Aris-
tote, avait déjà classé les races humaines :
les Indiens au levant, les Ethiopiens au
couchant d hiver; les Celtes au couchant
d*été, les Scythes, au levant d*été. Malte-Brun,
grand partisan des autochtones, voit là l'o-
rigine du rêve des antiquaires qui tirent
tous les peuples européens de la race celtel
Jtfalte-Brun a vécu assez pour voir élargir le
rêve, puisque les Celtes et Germains ont été
rapportés à la race indienne. Et lui-même a
€onfesséqu*il était au moins un pays sans au-
lochfones, puisqu'il affirme que les îles Aço-
res étaient entièrement vides dliabitants
quand les Portugais y arrivèrent.
I^s Scythes d'Hippocrate étaient des Gètes
au'Abel *Rémusat assimile aux Goths et dont
il a suivi les traces dans des temps fort an-
riens et dans une Asie très-reculée. 11 y a
<;Dcore aujourd'hui au Précop des Tartares
i^ui parlent le tùdesque d'Athanaric et d'Ul-
philas. Hérodote qui visita la Scythie, au
delà de Tlster et du Borysthène, énumère et
classe géographiquement plusieurs familles
lie Scythes, tantôt parleurs noms de tribus,
tantôt par les sobriquets tirés des costumes,
des moeurs, desapparences physiques :Calli-
)>ètles, iEgypodes, Arimaspes, Alazons, Neu-
ze3, Obliopolites, Androphages, Budins, Tis-
sagètes, Irques.
A la place de ce dernier nom, Pomponius
Mêla a lu Turkoi, Turcs; et la science mo-
derne a approuvé cette vanante. Les Turcs
M>nt une des nations les plus considérables
et les plus anciennes de la Tartarie. Ils rat-
tachent leur origine au Taghorma de l'Ecri-
ture si justement identiflé au Targitaos, Gis
<je Japhet ou Jupiter. Ses trois fils, Lipoxaîs,
A rnoxais et Coiaxaïs triple terminaison où
Peiloutier avait cherché le tùdesque sohn
(fiis% sont arrangés par les Tartares en trois
^785) LfXLEBC, Rimarqu€s sur Uéhicde, dans les
>'oies «le Larcber.
frères décorés du titre de khan. Oghuz-khan
qui correspond è Arpoials et qui est con-
temporain d'Abraham a quelques traits du
]>éjocès, le Mode ou Jemschid des Arians ;
il rappelle Nemrod par sa passion pour la
chasse. On retrouve là d'anciens souvenirs
de relations avec les peuples civilisés du
Caucase méridional d'où le roi Craxare en-
voyait des enfants mèdes chez les peuples
Scythes pour avoir des interprètes bien ver-
sés dans la langue de ces voisins.
Mais le gros de la nation turque paratt
s*ètre développé davantage vers l'Âltai ,
grand plateau entre le lac Aral et la Chine,
la Boukharie et la Sibérie. C'est de là
que les tribus se sont répandues à l'ouest
et au midi sous le nom d'Ouigours, Turko-
mans, Uzbeks, Bouides, Seljoukides, Otto-
mans. La race turque, bien connue des Chi-
nois sous le nom de Tuku, et sous le sobri-
quet de tètes jaunes fut mêlée aux expédi-
tions des Huns à cheveux noirs et à teint
bronzé, à peu près comme nous avons vu de
nos jours arnver des mêmes régions, des.
nuées de Cosaques blonds avec quelques
hordes de Ralmouks, véritables fils de Huns.
Seulement la race mongole, quoique en
minorité, avait fourni le chef de l'expédition,
Attila.'la terreur occasionnée par 1 invasion
des Huns tenait d'abord à leur cruauté, en-
suite à l'habileté guerrière et équestre de ces
barbares.
Par ce dernier point, c'était la reproduc-
tion à quinze siècles d'intervalle de l'émo-
tiôn occasionnée à la race pélasge hellène,
par la première apparition de Scythes mon-
tés à cheval. Cet exercice est une acqui-
sition comparativement récente , puisque
l'Iliade n'emploie les chevaux qu'attelés
aux chars de guerre. Lorsque les Thessa -
liens virent des hommes montés sur le
cheval lui-même, leur étonnement et leur
effroi imaginèrent la fable des monstres
appelés Centaures et Lapithes. L'éducation
du cheval à ce dernier de^ré peut amener
un changement profond dans les mœurs et la
condition d'un peuple. On l'a vu pour les tribus
américaines qui ont adopté le cheval espa-
gnol. Les Scythes touraniens ou ariaus pu-
rent eu éprouver une juste fierté, et cette
Ijerté put aller jusqu*à modifier le nom de
quelque tribu , peut-être d*une nation en-
tière, comme un érudit (785) a cru Pentre-
voir dans le changement du nom des C/-
phmes en celui de Perses. La moitié des
peuples, au moins, a commencé par s'ap-
peler guerrier, brillant, terrible, brave (786).
Ombre qui !:ignifie tir en espagnol, est le
nom des Ombres ou Ambrons de la vieille
Gaule Transalpine et Cisalpine. Slave, d'où
nous avons tiré esclave , n'a-t-il pas com-
mencé par signifier glorieux ou gloire.
Comme la division du travail tout entier
devait se trouver dans cette race scythe aux
tribus si nombreuses, aux facultés si com-
plexes , le lot humble de l'agriculture
(7$G'> E. Salvcrtc, Euai sar Ut ncr.z T'i9reê*
1395
scv
DICTIONNAIRE
set
0»
tomba un peu prématurément aux Slaves
Finnois^ bientôt asservis par les Suèdes Wa*
remues ou par ii*autres Warèsues, Russes
issus des Koxolaus. Au nord, les Slaves
furent asservis par les Germains ; les Slaves
méridionaux par les Maggiars , compagnons
des HunSy des A w ares et représentés encore
au Volga et au Tobolk-Jaik par desTartares
parlant une langue très-ressemblante au
hongrois.
Le lot guerrier longtemps continué par
richtoglan turc qui parade encore dans ^es
cérémonies publiques, la iagare ou double
hache scythe semble s*éteiudre dans la vo-
lupté; le musulman a conservé les bains
U'etuve aux lieux mômes où Médée les
importa jadis ; il mêle la rêverie de l'opium
il livresse que ses aïeux les Hyperboréens
et Badins se procuraient avec ie chan-
Tre (787).
La géographie ancienne, assez peu pré--
cise pour le monde grec et romain, put as-
signer vaguement aux Scythes les environs
de la mer Caspienne et de r£uxin; aux
Gomériens, aux Celtes, aux Gaulois les
bouches du Danube, les Gaules, la forêt
Hercynienne. C'était la r.iême race à des
stations diverses, ayant fait un pas de plus
vers le midi pour chercher du soleil et de
l'agriculture ; rers loccident pour chercher
du vide et des pâturages; ayant modifié ses
mœurs par une industrie, une arme nou-
velle, Tedu^^ition du cheval ; ayant modifié
son nom par une épithète orgueilleuse, par
le nom d'un chef illustre, d'une tribu
Taillante. Lorsqu'une chaîne de montagnes,
un fleuve proiond, un bras de mer, une
tribu passée à l'état de nation arrêtait la
marche des nomades, il fallait bien faire
halte, rétrograder, fuir, combattre, chercher
passage à droite, à gauche. Ces recours fu-
rent plus fréquents et jplus obligés quand I9
race eut rencontré TOcéan aux finislères
Scandinaves, gaulois, ibériques, africains.
Ces effets par cette cause seraient recon-
naissables aux lueurs de l'histoire d'Eu-
rope , quand même la philologie n'eût pas
révélé le plus curieux mot de cette énigme
complexe en retrouvant la vieille langue
de l'Inde dans tous les dialectes celtiques I
Les nations de .l'Europe moderne sont le
produit incontesté de la distribution et su-
iierposition du dernier flot de Scythes, sous
e nom de Germains et de Slaves. Us recou-
vraient un flot antérieur arrivé d'une façon
pareille et du même pays, puisqu'il se com-
posait de Cimroériens*, de Gaulois, de Cel-
tes (788). Ne demeure-t-on pas fidèle à toutes
les lois de l'analogie, en étendant à quelques
siècles très-obscurs et très-éloignés le mé-
canisme qu'ont vu appliquer vingt siècles
(7^7) Hérodote; Larcfaer. Encore aujourd'hui, on
fait en Orient, avec le chanvre, une liqueur forte-
ment enivrante nommée bang, Voy, le Mémoire sur
la religion musulmane dans Vlnde^ par M. Garcin de
Tasst. m. Silvestre de Sacy a rois hors de doute
Ui les assassins du mont Liban tiraient leurs noms
u hachich. liqueur enivrante identitiue an bang.
(788) Il laul \\Yy\ dans le livre de M. de Brotonno,
3
de suite 1 En expliquant par le trouble des
traditions orales et par un peu d^orgueil
national les prétentions d'autochtones, d*a-
borigèâes, d*enfants du terroiri arbories par
tant de peuples d'Europe, acceptées par
quelques historiens I
Lorsque les Gaulois-Ombres se répandent
dans le bassin du P6 douze siècles arant
Jésus-Gbrist, ils le troutent occupé par des
Sicules qui se disent ori^naires du sol , en
oubliant qu*ils sont arrivés par la même
route après avoir été chassés par les Lt-
giens ou Lyguresl Caton appelle autocb-
tones les peuples du Latium, et Denys
d^Halicamasse nous apprend oiie ces au-
tochtones étaient venus d'Arcadie. Les Ar-
cadiens, race têtue et stationnaire, étaient
des Pélasges comme les Ci*étois, les Itales,
les Osques, les Cariens , les Phrygicns-My-
siens et par conséquent comme les Tbraces.
Un peu de civilisation spontanée hâtée par
le beau climat du littoral de la Méditerranée
leur avait donné de l'aversion pour le*
étrangers qui finirent cependant par sédoiw
les Pélasges grecs et les régénérer sousie
nom d'Hellènes.
11 . serait superflu de reprendre ici l6
preuves de l'identité des Pélasges avec les
Hellènes et des Pélasges avec les Celtes.
après les travaux de Fréret , Niébiihr, de
Brotonne, Michelet, Am. Thierry. Ledrui*
disme est définitivement rapporte aux mys-
tères pélasgiques de Samotnrace ; les sou-
venirs de 1 Asie ne sont pas encore effarés
dans les dernières traditions des peuples
gaéliques d'Erin et d'Albion (789).
La nation ibère, divisée, quinze siècles
avant Jésus-Christ, par des incursions gau-
loises qui finirent par l'occulter enlièrement*
survit encore aujourd'hui dans Tidiome
basque, vestige aussi curieux que les langues
celtiques. Les secours ou les embarras que
l'idiome basque peut donner à l'Ethnogra-
I)hie regardent l'article oii nous éludions les
angues. (Foy. Aborigènes.) Cen't^tpasncn
plus ici le lieu de considérer rapparente
physique d'un peuple réduit à de faibles dé-
bris après des mélanges continuels avec
d'autres peuples. Par le même motif ses tra-
ditions historiques et religieuses ont perJu
leur originalité : le plus ancien monumeat
de la langue basque a trait à une attaque
romaine du temps d'Auguste (790). Toun;-
fois l'induction poussée par les probahiliif^
et les preuves permet, ce me semble J^
considérer dans les Ibères le flot leplu>
ancien de l'invasion primitive de l'Europe
par les Celtes ou Scythes asiatiques.
Le rameau ibère était un peu mêlé de
sang chamite ou sémite, puisqu'on le rii[^
porte à une émigration chaldéenne. La P''*'
Tcnchalnement des trois couches scytb«. ^^
thèse est la plus belle partie de son livre, cl la và^^
prouvée.
(789) Am. Thierry, Histoire des Cauloiê, loïfc-
duction. ,
(790) Fauriei-, Histoire de (a Gaule méridv>n-^'
Notes.
ISi7
8CT
D^AiNTHROPOLOGlI.
S€T
1338
5 artdes anciens auteurs ont établi la parenté
es Ibères d'Asie et d'Europe par Tincerti-
tude même des origines qu*iis leur assi-
gnaient; les uns (791) tirant de FOccident
les Ibères de la mer Moire ; les autres (792)
assignant une origine asiatique aux Ibères
d^Espagne. Le nom est reconnaissable à tra-
vers ses modifications diverses , Heber en
Cbaldée, Ibère en Espagne, Hiberne en Ir-
lande, Berbère le long de TAtlas; peut-être
jusque dans le Breid-Zad ( Eber-Zadé , fils
dEber) de F Amérique. Nous avons déjà re-
marque le même éparpillementdans le temps
et ]*esDace pour les noms scy thés : on aurait
(ort den être surpris; il serait bien plus
étrange que de si longues et de si lentes mi-
grations n*eu$sent pas laissé trace de leur
passage ou de leur séjour.
L'Europe fut donc primitivement peuplée
principalement par le nord de la Méditerra-
née avec quelques affluents japheto-sémites
(|ui cheminaient par les lies et le long de
1 Asie. Les deui courants se rencontrèrent
dans ces mêaies lies, en Espagne, dans l'Ar*
morique. Les Ibères ou Celtibères, Turdé-
tains,Sicanes, Aquitains, Lyges ou Lifl[ures
ne seraient donc que les premiers émigrés
du Caucase, les enfants perdus des Gaëls,
ayant droit à ce nom d'indigènes concédé
parAmmien Marcelin, mais y ayant droit
seulement à titre de premier occupant d'un
pays vide.
Tous les historiens qui ne croient pas
délibérément à la création spontanée des
hommes sur chaque point de la terre ont
laissé cette équivoque pendante à leurs as-
sertions d'autochtone ou aborigène. Mais
à ceux-là mâme qui avaient fait des profes-
sions de foi explicites sur la multiplicité
primitive des espèces et des langues, il est
arrivé d'émettre, au nom du bon sens pra-
tique, des hypothèses qui infirmaient sin-
^lièrement leur do^e épicurien. Je lis
dans Niébubr ce précieux dpothegme (793) :
• Dans les traditions obscures le même peu-
ple apparaît tour à tour comme envahissant
et comme chassé. » Il est impossible de for-
muler avec plus de sagacité le mécanisme
lies immigrations. Un peuple, unetribumême
ne se déplacent pas sans envoyer en avant
{uciques éclaireurs. Les aventuriers et les
tycutureux précèdent le gros de la nation.
Larmée française conquérante d'Alger en
8«% trouva à la Galle une colonie française
latant au naoins du roi René, puisqu'elle
«riait le patois provençal. Penn rencontra
ics Anglais en Amérique! Chez les peuples
ér)ourvus d'industrie et d'unité , le schisme
t le départ d'une tribu qui va chercher for-
une, indépendance, sont événements fré-
(791) Steabo:! , DsNis « PtRitQkis , Socrite le
rhol., E. PB Césabée.
|702) Vabboh, dans Pli!ib.
(795) NiBBOBB, Hiêtoire rowuiine ^ traduite par
olbéry.
(7941 Db Hobboldt, Micbelet.
(795) Les Lydiens, selon Hérodote, avaient tout
venté avant les Grecs. On ne pouvait mieux ca-
tériser lea peuples Cluimiies, frères des Phéni-
(Qients et bientôt oubliés. Qu*une émigra-
tion rencontre au bout de plusieurs siècles
les neveux de ces émierés primitifs, il suf-
fira de très-légères altérations de mœurs, de
costumes, de langage, pour que colons et
métropolitains aient peine à se reconnaître
et surtout pour qu'ils aient peine à s'accom-
moder sans combat.
Partout donc , le nom d'autochtone ne dé*
signe que les premiers arrivés. Eux-mêmes
ou les masses desquelles ils s'étaient sépa-
rés conservent le souvenir de la migration ,
quand ils possèdent les moyens de rendre
ces souvenirs durables. Mais lorsque ni la
ruche^ ni l'essaim n'ont possédé ces moyens,
l'essaim a pu se dégrader bientôt jusqu'à
oublier même la plus grossière industrie
du sauvage. Les insulaires qui avaient perdu
l'usage du feu et des nombres se servaient
encore d'arcs et de flèches. Les nègres de la
Nouvelle-Hollande ont conservé les nombres
et le feu en oubliant l'arc. L'arc et le feu
aussi bien que les nombres et surtout une
lançuesont les preuves traditionnelles d'une
ancienne parenté avec des peuples plus ins-
truits.
Chez les Ibères , la langue et les momrs
avaient pu Être modifiées de très-bonne
heure parle contact des peuples de l'Afrique
et de la Méditerranée (794). Nous avons déjà
indiqué ces chemins du Caucase comme plus
courts que le nord de l'Euxin et la vallée du
Danube, surtout après que les Phéniciens
eurent facilité les communications par leurs
vaisseaux et les eurent intéressées par leur
commerce. Il y eut dans les trois péninsules
et dans les lies de la Méditerranée un mé-
lange des races de Sem et de Japhet , mé-
lange encore visible dans les traits et dans
la langue des Espagnols. La conquête araho
la retrempé , mais elle n'en eut pas l'ini-
tiative. Treize siècles avant notre ère, les
Phéniciens maîtres de tout le littoral de la
Méditerranée avalent passé le détroit de Cal-
pé et d'Abyla, creusaient des ports, traçaient
des routes, exploitaient des mines dans la
Gaule méridionale. Peu après les Pélasgcs et
Gaëls ombriens d'Italie recevaient des Ly-
diens f795jetdes Grecs d'Orient, les arts»
l'alphaoet et les religions dès longtemps ap-
portés par Inachus, Cécrops, Cadmus et
Danaiis.
Rien n'est plus favorable à l'humanité que
ce frottement des civilisations et des races :
l'enthousiasme allemand l'oublie un peu
lorsque, tout fier d'avoir reconstruit les an-
nales du monde , il pare sa race du titre
d'indo-gcrmanique I La prétention est un
peu étroite malgré la longueur du titre :
aucune allusion aux éducateurs chamites ;
•
tiens et Eg^nptiens, dont réducation fut si précoce et
si rapide. (Cf. Charles LENORMâ!fT, Coun tChuîoire
ancienne. Vop, aussi Pérégrination$ en Orient^
Deuriptionê aet tombée éirusauei, de Cobketto. Ce
ne sont pas seulement les traaitions de Tart égyptien
qni sont manifeslées dans ces curieux monuments ;
les races Chamites y sont aussi clairemenl rece»-
naissablcs.
1339
SEM
DICTîONNAHlE
SEM
i:iâ
les tèros aînés, les Celles qui y sont sour-
noisement oubliés ; les aïeux scythes re-
montent à rindou. Autant valait Tarbre gé-
néalo^^ique de leurs barons du moyen â^je,
arrivant toujours à Adam 1 Comment la phi-
lologie qui, à l'heure qu'il est, peut r«ip-
procner avec bonheur tant de noms anciens
et raoJernes (796) , comment cette science
nationale et patriote n'a-t-elle pas fermé eu
un cercle complet les traditions du passé et
du présent en rapprochant Titans et Teu-
tons. Saxes et Saxons de l'Allemagne, 5aAe5
de la grande Soylhie et Saces excommuniés
du livre de Menou 1
SEIGLE {Secale céréale). —Cette céréale
ne paraît point avoir été inconnue aux an-
ciens. Gallien dit avoir vu, en Thrace et
dans la Macédoine, un grain nommé briza^
qui donnait un grain noir et de mauvaise
qualité; comme ensuite il ajoute que ce
grain ressemble à une espèce a'épeautre,on
ne peut pas attacher une trop grande valeur
à jco passage (796*). La petite épeautre ou
froment locar (triticwn monococcum) donne
un pain brun foncé. Gallien ajoute ensuite
que le [)ain et la farine du rifn sont d'une
qualité inférieure à celle de ro>v/ja. Ainsi le
trlticum monococcum ou petite épeautre pour-
rait bien être le Ttç»»?; peut-être aussi sera-
t-il le zeopyrum^ que Gallien dit être une
céréale cultivée en Bithynie, et qui tient le
milieu entre le fromsnt et le bnza^ car le
pain qu'on en obtient est autaâTt supérieur
en qualité au pain de briza qu'il est infé-
rieur à celui que donne le froment. Le mot
secale ne se rencontre chez les auteurs
latins que dans Pline (/. xviii, c. 16), qui le
cite dans l'énumération des plantjs four-
ragères. Il ne dit pas que le pain qu'on en
faisait fût noir, mais que c était un f]çraia
noir; on ne peut donc conjecturerque c'était
un froment noir, une éiicaulre ou une orge
noire. iMais on ne peut çuère s'arrêter à te
que dit un écrivain aussi obscur que Pline
dans sa rédaction, et qui confond tout en-
semble. Marschal de lîiberstein a cru d'a-
bord avoir trouvé le seigle à l'état sauvage
dans la steppe caucasique de la mer Cas-
pienne ; mais ensuite il a changé d'opinion
cjuand il a vu que les épis se brisaient près de
1 articulation; il a donné alors à cette gra-
ininée le nom de secale fragile. Ce seigle cndt
s;)ontanément dans tout le suJ-est de l'Eu-
rope, jusqu'à Chaikow. Gussoc a trouvé sur
les montagnes do la Sicile une esjiô.e ana-
logue, le secale montanum; et cest peut-
ôtre celte découverte qui a été la cause de
tout ce qu'on a débité sur les céréales sau-
vages de la Sicile.
SÉMINOLES. Voy. Alléghaniexs.
SÉMITIQUE, famille du rameau araméen
de la race humaine blanche. Populat on
20,500,000. Comprend les Arabes, les Juifi,
(796) Par exemple : Ibères de Géorgie et d'Es-
Êagne, Bébrikes d lonie et des Gaules, Calédooia,
Icosse et Calydon, forôt et ville d*£olie; Albiou cl
Albanie; belge cl pelage, bolgue et volsquc. Au con-
traire, le professeur llask a voulu faire prcvaloir la
les Syriens. — Les nations sémitiques ou
syro-arabes occupaient une région de l'A-
sie intermédiaire à celles quTiabilaient dune
part la race égy tienne, de l'autre les ra-
ces indo-européennes : d'ailleurs elles diffé-
raient de ces deux races parleurs caractères»
physiques et moraux. Suivant d'anciennes
autoriiés citées par Strabon, et ^ui ont pan
h Bochart et Heeren tout à fait ditOies de
crédit, le domaine de ces nations s'étendait
vers le nord jusqu'au Pont-Euxin, coîd-
I xenant le pays des Cappadociens, nommés
par les Grecs, au temps d'Hérodote, Leuco-
Syrij ou Syriens blancs; à l'est, il confinait
avec l'Arménie et la Perse, et plus au midi,
il s'étendait jusqu'à l'Océan indien, com-
prenant les pays arrosés par les grandes
rivières de la Mésopotamie; enfin la Syrie,
la Palestine et l'Arabie formaient ses par-
ties orientales et méridionales. Cependant il
conviendrait peut-être d'y comprendre en-
core quelques portions de l'Afrique, qui
paraissent avoir été colonisées dans des
temps fort reculés par des peuples i:ar!aal
<le5 dialectes de la langue syro-arabc.
Entre toutes ces nations, si ditTérenlcs da
mœurs, dont les unes sont nomades, les
autres agricoles, d'autres manufacturière* cl
commerçantes, il existe un lien commun,
c'est celui du langage. Ce langage si reraai-
quable, si complètement différent de tous
les autres idiomes humains, en roèine temps
qu'il établit la liaison entre les diverses
nations qui le parlent, nous donne un
moyen suret commode pour les distinguer
entre elles, pour les répartir en groupes.
Les langues parlées par les nations ancien-
nes et modernes appartenant & celte famille
peuvent ôtre divisées en quatre classes, cor-
respondant à quatre embranchements priu-
cijjaux , savoir :
1" I-a branche septentrionale et oricntalct
appelée aramécnno ou syrienne. La lan^ne
qu elle parlait dans les anciens temps se
trouve dans le syriaque des versions de
l'Ancien Testament et le chaldéen des der-
nières parties de ce livre et des Tartjwns uii
paraphrases. Si les Cappadociens étaient m
effet des Sj^riens, comme nous le suppo-
sons, c'était assurément là leur idiuiiie.
C'était aussi, suivant toute apparence, celui
des anciens Hébreux, jusqu'au moment «»ù
les Abramidcs occupèrent la terre promise
de Chanaan, et adoptèrent des premiers
habitants de ce pays le chananéen ou hébau
propre.
Plusieurs écrivains allemands, particu-
lièrement Michaëlis et Schloezer, oulsop-
l)Osé que les Chaldéens ou Chasdinis étaitnl
un peuple distinct des Assjricns et des Sy-
riens, et que la Chaldée primitive était une
région située au nord de la Syrie et de la
Mésopotamie. Les Chaldéens, ou plutôt le^
dénomination du scylhe pour les nalioas scppo>^^
distinctes de la race indo-gcrmaniquc.
{im'\ De aliment, facnti.. l. i, c. 13, p. CîO.c-i'-
Kùlai
1541
SM
D*ANTUR0P0L0G1E.
SEU
13 li
Chafdims, sontsouTent mentionnés par les
écrivains sacrés dans les dernières périodes
des dynasties royales de Judas et de Sama-
rie coînme étant un peujileguerrierdu Nord.
Les écrirains grecs rattachent les Cbaldéens
aui Carduchi et aux Chalybes, peuples mon-
tagnanis et barbares qui occupaient quel-
ques parties de la haute région du Kurdis-
tan, et dont les premiers ne commencèrent
à être connus des Européens que par l*op-
position qu'ils firent à la retraite de Xéno-
phon. Miehaêlis pense que ces Chasdims
montagnards y qu'il suppose ne point appar-
tenir à la race sémitique, mais avoir été
une tribu scythe ou peut-être slave, firent
une inrasion dans les plaines de la Méso-
potamie, yers le tem/iS dlsaie, et que
h ils établirent un nouvel empire qui fut
celui des derniers souverains cbaldéens ou
babyloniens; cette hypothèse du célèbre
orientaliste n*est soutenue par aucune
preuve historicfue de quelque valeur, et sem-
ble reposer uniquement sur un petit nombre
d'interprétations fort hasardées des noms de
certains souverains babyloniens (797).
2* L^bëbreu , le cluftianéen ou le phéni-
cien ( car c'est la même lan^e ou peu s*en
faut), ainsi que Gésenius l'a prouvé, fut
parlé par les Hébreux, depuis le moment
où ils ladoDtèrent à leur arrivée en Pales-
tine, jusqu'à ré(ioque de la captivité de Ba-
bylone , époque à laquelle on suppose qu'ils
le changièrent pour le chaldéen,ou qu'ils
revînren t à l'usage d'un dialecte plus rap-
proché de celui qu'ils parlaient avant Abra-
ham. Ce langage était peut-être, avec de
lé.:ères liiflérehces, celui des Etats de Tyr et
de Sidon , de Carlhage et des colonies car-
thaginoises. Gésenius suppose même que la
langue naaiide était un hébreu pur ou pres-
que par. II faut remarquer que l'on n'a dé-
couvert aucune trace d'inscriptions phéni-
ciennes au nord des colonnes d'Hercule,
et Gésenius déclare positivement qu'il
n'existe, aucune preuve des prétendues
colonisations que les Phéniciens auraient,
au dire de plusieurs historiens et antiquai-
res du siècle dernier, fondées sur divers
{¥>'nts des côtes européennes.
3* La troisième division des dialectes syro-
arabes se compose des idiomes arabes pro-
vreiDcnt dits comprenant le maugrebin, ou
rara^te occidental.
V Vil quatrième Ianga:;e appartenant à la
50ur-he syro-arabe parait avoir été décou-
vert dernièrement dans la partie méridio-
nale de TArabie. H. Fresnel a soutenu que
les habitants barbares de Mahrah parlent
encore l'idiome qui était en usage à la cour
de la reine deSaba,c'est-à-Jire le dialecte des
Ara'^es Hfaimyarites qui sont les Homérites
des Grecs. M. Fresnel, qui a fait des recher-
ches sor les formes de ce langage, le désigne
('797)MiciuELis, Specim. geotiraph,^ Ext., part, n,
r». 80. — ScBLOEZfiR, Von den Chaldœem. (EicBoa5''8,
'// Bnt^rt^r fÛT BibL und MfgerÀaeniL Ltf., th. 8.)
— i.-R. FoasT£R*8, Kpt Jlo/a de Chnldœi*, (MtcniEL.,
N ec. a^ogr. Uebr,^ Eil.) — Kojf. aassî des remar-
q'i^s li'AdeluDg sur ce s !;^c, «'aiis la prcmiérr lar-
sous le nom d'ekhkili, « nom , dit-il, que se
donne à elle-même la noble race qui habito
les montagnes de Hfaacik , Mirbât et Zhaiar,
sur la côte méridionale de la péninsule ara*
bique (796). B L'ekhkili, par ses formes, se rap-
proche plus de rhékreu et du syriaque oue
de Tar^ûie ancien ou moderne , et ce fait
conOrme jusqu'à un certain point l'assertion
des écrivains ancieris qui déclarent que des
Phéniciens vinrent originairement en Pales-
tine, des bords de la mer Ery thréenne ou de
l'Océan indien. Les Homérites étaient, nous
dit-on , le peuple shémite qui Ipaversa la
mer Rouge et fonda le royaume abyssinien
d'Aioume ou Axum,où se [parlai t,dès le temps
de Frumentius, et peut-être à une époque fort
antérieure, le gheez, qui est l'ancien éthio-
pien des versions du Vieux Testament et
des autres livres sacrés de l'Eglise abyssi-
nienne. L'opinion de M. Fresnel a reçu une
puissante confirmation par les découvertes
récentes du lieutenant Wellsted et d'autres
voyageurs qui ont trouvé, en différentes par-
ties de rOman ou Arabie méridionale , des
inscriptions dont les caractères diffèrent du
rtf//fe, c'est-à-dire de la plus ancienne forme
de lettres connue parmi les Arabes du nord,
tandis qu'ils se rapprochent d'une manière
frappante des lettres du gheez. Ces décou-
vertes rendent très-probable l'existence d'un
ancien langage voisin du syriaque, de l'hé»
breu et de l'arabe, mais ayant son caractère
propre , langage qui aurait été parlé jadis
sur une vaste étendue de pays située au
sud des pavs occupés par les Arabes pro-
prement dits; peut-être était-ce l'idiome
des Arabes cushites, dont la race passe pour
être plus ancienne que celle ùes Joktani-
des (799) et qui sont alliés de plus près aux
Phéniciens ou Canaanites , appartenant ,
comme ces derniers, aux nations chamites,
et non aux shémites , ainsi que nous l'ap-
prennent les généalogies bibliques.
Dos différents peuples liés par cette com-
munauté de langage, quelques-uns jadis
célèbres sont aujourd'hui presque éteints ,
tandis que d'autres , répandus au loin sur
la face du monde , soit comme des fugitifs
Î persécutés pour leur croyance , soit comme
es apôtres victorieux d'une religion triom-
Ïihante, semblent destinés, par 1 énergie de
eur esprit indomptable, à durer jusqu*à la
fin des tcmns. La race syriaaue existe à
peine; son langage survit* seulement dans
quelques districts , sur les frontières du
Kurdistan : partout ailleurs , il sQtii perdu
par suite de la dénomination arabe. Les Uo-
méritesd'Arabie,s'il en existe encore,sont |ieu
connus; quant aux Homérites abyssiniens,
ils sont les uniques habitants de la province
de Tigré, province située à l'est du Tacazze,
et dont l'idiome ressemble encore à laucien
gheez. Les Arabes qui , i>ar leurs victoires ,
tîe du Mithridates oder AUgem.^ par SpRAcnE5Ki'M)E.
(798) Articles de M. Fresael ôans LÎvcrs ULine-
ros au Souteau Journal asiatique; f^aris.
(799) D«.*soen.iants de JoLlan, qui, s::;'.a:.l L
dition, est le père des tribus aiiLLcs.
ira-
I5IS
8E3I
DICTIONNAIRE
SEM
iSU
ont répandu l'islamisme depuis TAtlantique
jusqu^au Gan^^e, et les Jnifs crui se sont dis-
séminés sur tous les points au globe , sont
1)eut-être plus nombreux aujourd hui que ne
'étaient leurs ancêtres.
Les Juifs ont pris les caractères physi»
ques des nations au milieu desquelW il!
ont fait une longue résidence, et pourtant
ils peuvent toujours se reconnaître h certains
traits particuliers de leur physionomie. Dans
les contrées septentrionales de r£urope, ils
ont la peupi blanche ; les Juifs anglais ont
généralement les vaux bleus et les cheveux
blonds; dans quelques parties de TAIIema-
gne , on en voit beaucoup avec la barbe
rouge; en Portugal, ils sont basanés. On
sait que depuis des temps fort reculés , ils
se sont répandus sur un grand nombre de
points de TAsie orientale , en Chine , en
Tartarie et dans le nord de Tlnde. Il y en a
beaucoup dans les villes de la province do
Cochin et dans Vintérieur du Malabar. Des
coiumunications mutuelles se conservent
entre ces diverses colonies orientales qui
paraissent appartenir à une même souche ,
être le produit dune même iLigration ; à
quelle époque, cependant, celte migration
a-t-elle eu lieu? C'est ce qu'on ignore com-
plètement.
Les Juifs établis dflns la province de Cochin
f^eraisseut y avoir ûxé depuis très-longtemps
eur résidence. Aujourd hui ils sont noirs
et si complètement semblables , pour le
teint, aux indii$ènes,que le docteur Claudius
Duchanan dit qu'il ne pouvait pas toujours
les distinguer des Indous (800). Il donne è
(entendre que la couleur noire des Juife qui
se rencontre dans les différentes parties de
rinde , pourrait dépcnJre d'un mélange par
mariage avec les Indous ; mais il n'y a au-
cune preuve que celte supposition soit fon-
dée , et au contraire , il est probable que la
conservation des Juifs dans ces contrées
comme peuple distinct n'est due , là comme
ailleurs, qu'à leur constant éloignement de
tout mélange avec les indigènes. Les Jésui-
tes qui ont été en Chine disent positivement
que les Juifs du Honan, qui se sont établis
cians cette contrée depuis bien des siècles,
forment toujours une société à part , et ne
se marient qu'entre eux (801). Il y a lieu de
croire que les anciens habitants juifs de la
province de Cochin faisaient partie de la
luôrae migration que ceux de la Chine , et
il n'est pas probable qu'ils aient différé de
leurs frères sous le rapport des relations
avec les indigènes.
Caractères physiques des Arabes. Les Ara-
bes sont en partie pasteurs, ou, comme on
dit dans leur langue, Ebn-el-Arab, et Bedauwi
(d'où les Européens ont fait le mot Bédouin),
en partie cultivateurs ou /e/afcin, en par-
tie huddriy c'est-à-dire habitants des villes.
Les Arabes agriculteurs sont plus grands et^
plus robustes. Les Bédouins sont minces el
(800) n y a à Mattacheri, ville de Cocidn, une ro-
lonie parliculîère de Juifs arrivée dans ce pays à une
époque postérifure, et que Ton nomme Juifs de Je-
grêles. M. Fraser nous assure que chez les
Và*ais Arabes les formes n'ont rien d*athlé-
tique, mais indiquent de l'énergie et de l'ac-
tivité. « Les hommes des classes supérieu-
res que nous avons eu l'occasion d*ol>senrer,
tels oue les sheiks et leurs familUes, ayalent
tous le même caractère de figure. Le visage
était généralement long et mince, le froal
peu élevé avec une protubérance arrondie
vers le sommet, le nez aquilin, la bouche et
le menton fuyants, ce qui donne au jwofii
un contour arrondi plutôt que droit » les
yeux enfoncés , noirs et brillants. Leurs
membres, grêles et peu musculeux, étaient
petits, surtout les mains qui offraient chez
quelques-uns une délicatesse presque fé-
minine. La barbe était généralement d'un
noir foncé, ou on lui donnait artificiellement
cette couleur lorsqu'elle n'était pas naturelle;
quelques-uns cependant conservaient ienr
barbe grise, et nous remarquâmes un vieil-
lard dont la barbe blanche de lait avait été
teinte en jaune, ce qui, joint à des yeux
bleus, produisait un effet très-singulier. ■
M. de Pages a dépeint les Arabes du désert
entre Bassora et Damas. « Us sont, nous dit-
il, très-légers à la course, de moyenne taille*
nerveux, maigres, et d'un brun noir; les
véritables Bédouins portent leur cheveux et
leur ba.'be, et généralement tous les Arabes
(ortent la barbe qu'ils ont très-fournie ; leur
tiguro est allongée; leurs traits sont grands
et réguliers; leurs yeux sont srands, secs,
noirs el d'une vivacité sombre. Cette physio-
nomie et ridée qu'on se fait d'eux leur don*
ncnt Talr un peu farouche au premier abord;
mois on leur trouve bientôt de la noblesse
et Tair mâle. J'ai remarqué que les Arabes
du m.ilicu du désert avaient les cheveui
presque crépus et à peu près de même na-
ture que ceux des nègres. »
La peau, chez les Arabes de la cAte du Ye-
men, est généralement d'un jaune tirant sar
le brun, couleur qui évidemment est natu-
relle à la race, et ne vient pas d*un mélange
avec les Africains. Niébuhr nous dit : • que
les femmes arabes des contrées basses ei
exposées aux chaleurs ont naturelleirent
le peau d'un jaune foncé, mais que dans les
montâmes on trouve de jolis visages, mêiiit»
parmi les paysannes. »
Les crânes de la race arabe offrent, seloa
le baron Larrey, le type le plus parfait de !a
tête humaine.
Ce savant remarque *i que les crânes des
Arabes ont une forme à peu près spliérique,
et que la voûte de cette boîte osseuse pré-
sente chez eux une grande élévation.
tf La perfectibilité que nous avons recon-
nue dans tous les organes de la vie intérieure*
et dans ceux de la vie de relation chez k>
Arabes, ajoute M. Larrey, annonce une iorel*
ligence innée proportionnée à celte perfec-
tibilité physique et sans doute supéneoiv.
toutes choses égales d'ailleurs, à celle \^t
nisalem ou Juifs blancs.
(8(>l) DcHALDE, Htcncit de tavaae$ d^A$iUt vgt 1^«
p. 227.
1515
SEM
D'ANTHROPOLOGIE.
SEM
15K
eiemple, des peuples du nord de la terre,
c £d K^pte, nous avons remarqué que
*i$ jeunes Tndiridus arabes de l'un et de l'au-
tre seie imitaient avec une iacîJilé surpre-
nante tous les travaux de nos artistes ou de
nos ouvriers. Hs apprenaient également les
lances avec une rapidité remarquable. «
€ Indépendamment de cette élévation de
la voâte du crâne et de sa forme presque
spbëriqne, la surface des mâchoires a une
firande étendue et se trouve dans une lii^ie
droite ou perpendiculaire; les orbites, plus
évasés qu on ne l'observe en général sur les
crânes des Européens, sont un peu moins
inclinés en arrière : les arcades alvéolaires
sont peu prononcées et garnies de dents très-
blanches et rentières; le^ dents canines
surtout sont peu saillantes, ce qui confirme
Tassertion émise par les vovageurs qui ont
été à même d'observer le ré^medes Arabes,
}iortant que ce peuple mange peu et rare-
ment de la viande. Nous nous sommes é*;a-
lement convaincus que les os de la tète des
individus de cette nation sont plus minces
que chez les autres peujJes, en leur sup}K)-
sant ios mêmes dimensions; ils m'ont aussi
]>aru plus denses, ce qui est indiqué nar la
plus grande transparence que nousprésemo
cette botte osseuse (802). »
Le baron Larre^ a observé que cette su-
périorité d'organisation des Arabes ne se
manifeste pas seulement dans la confonna-
niation de la tète osseuse, mais qu'on Vob-
serve également dans les autres parties du
squelette. Ces observations sont importantes,
et ne peuvent manquer de nous intéresser,
puisqu'elles se rattachent à l'histoire d'une
race qui, en y comprenant toutes les bran-
ches, et notamment les Hébreux et les Phé-
niciens, peut être considérée comme la pre-
mière et la plus grande de toute la lamille
humain».
« Nous ayons observé encore, dit plus loin
le même auteur :
« l*Qtte les circonvolutions du cerveau
dont la masse est proportionnée à la capacité
<Ju crâne, sontptus multipliées, les sillons qui
les séparent plus profonds, et les substances
qui forment cet organe plus denses ou plus
f^Tuies que chez les autres races.
« 2* Le système nerveux, qui part de la
moelle allongée et de la moelle épinière,
nous a paru être composé de nerfs plus den-
ses oue chez les peuples européens en gé-
néral.
« 3* Le coeur et le système yasculaire ar-
t'iriel présentent une régularité et un déve-
loppement parfaits
« 4* Les sens des Arabes sont exquis et
d'nne perfectibilité remarquable; la Tue
chez eux s*étend fort loin ; ils entendent à
rie très-grandes distances et ils perçoivent
les odeurs les plus subtiles ; cette perfection
se fait remarquer aussi dans tous les organes
de la TÎe intérieure.
m Le système musculaire ou locomoteur
est.fortement prononcé, ei se oessme sensi-
blement sous la peau : ses fibres sont d*un
rouge foncé, fermes et très-élastiques, ce
qui explique la force et 1 a^lité de ce peu-
ple.
« On est loin de trouver cette perfectibilité
physique chez les nations mélangées d une
partie de l'Asie, de l'Amérique , et surtout
chez celles des parties septentrionales de
l'Europe. D'après cela, je me persuade que
le }>erceau du genre humain se trouve dans
le pays que nous avons dési,;né (I i pavs com-
1>ris entre la mer Roupie et le çolfe Fersique,
a Uéditerranée et l'Océan inaien).
c Ces idées générales, dit en terminant le
savant médecin, sont le résultat de mes re-
cherches et des observations comparatives
que j'ai élé dans le cas de faire chez plu-
sieurs nations des quatre parties du monde, m
Si, comme le pense M. Laircy, l'or^sani^a-
tiou des nations sémitiques est réoJIem. nt
supérieure h celle des autres races humaines,
è quelles causes coit-on attribuer cette dif-
férence? Le climat de la Palestine et de l'A-
rabie serait-il plus favorable au déy.^lopi c-
nient de l'organisation gue celui de tout au-
tre ï>ays? Ou faut-il croire que la supériorité
des facultés admise pour les habitants de
cette contrée tient & ce qu'elles ont été chez
eux plus anciennement cultivées que chez
les habitants des pays se[.tentrionaux 7
La couleur des Arabes varie selon les dif-
férents cantons qu'ils habitent. Volney dit
qu'il y a des Bédouins qui sont noirs. Nié-
buhr et de Pages nous assurent qne la cou-
leur des classes inférieures est généralement
d'un brun foncé ou jaunâtre. Selon Burck-
bardt, dans la portion de la vallée du Nil
2ui borde la Nubie, les Arabes sont noirs,
e voyageur a soin de distinguer les Araiies
des nègres et des Nubiens. Dans cette mémo
vallée du Nil, au-dessus de Dongola, on
trouve les Aralies shegja, dont un voyageur
anglais très-distingué nous a donné une ex-
cellente description. « La couleur des Ara-
lies shegya, dit M. Waddington, est en géné-
ral d'un noir de jais, d'un noir pur, briilanty
et qui, à mes yeux alors certainement peu
prévenus en faveur de cette teinte, parut la
plus belle couleur qui pût être choisie pour
une créature humaine. Ces hommes se dis-
tinguent complètement des nègres, jar l'é-
clat de leur couleur, |)ar la nature de leurs
cheveux, par la régularité de leurs traits, par
l'expression suave de leurs yeux humides et
par la douceur de leur peau^qui, à cet éçird,
ne le cède en rien à celle des Européens. »
D'après Burckliardt et Rûppell, il paraîtrait
mie les Arabes du Nil ne contractent point
oe mariages avec les indigènes. C'est donj
au climat seulement que Ton doit attriliuer
la noirceur de leur peau.
Dans les pays situés plus an nord, et fur*
tout dans les régions plus élevées, le teint des
Arat)es est aussi blanc que celui des Euro-
péens. Bruce dit : « Les femmes arabes, bien
(^<0^ Campin-nïïdaê kikdonuiéidm de$ iéanctê de VAcoûime ét$ 9ctenc€$ , tome Tl, ptfe 777 et
uiiiranli*s.
1547
S£N
DICTIONNAIRE
EN
1311
loin d'être noires, sont quelquefois cxlrême-
ment blanches. » Dans un autre passa^je où
il décrit les montagnes de RuJdua, près de
Yam!>o, sur la côte de rYemen, montagnes
Irès-hflutes, très-escarpées, mais arrosées
par d'abondantes sources, couvertes ea quel-
ques points d'une belle végétation, et où
certaines espèces de fruits se recueillent en
gramie abondance, il dit: «Les habitants
m'assurèrent que dans leur pays l'eau gèle
en hiver, et qu'il se trouve parmi eux des
hommes dont les crieveux sont roux et les
yeux bleus, chose qui ne se voit guère que
dansles plus froides montagnes derOricni. »
SÈNÈGAMBIË. — On désigne sous le
nom de Sénégambie la partie de l'Afrique
qui renferme les fleuves de la Gambie et au
Sénégal. Ce pays est situé au nord du Kon^
qui est une prolongation occidentale de la
grande chaîne qui traverse de Test h l'ouest
le continent airicain. L'ensemble de cette
liante région présente plutôt l'aspect d'un
vaste plateau que d'un groupe de montagnes
élevées. La Sénégambie priisente du côté de
la mer et du côté des contrées basses qui la
l)ornent au norJ et au sud, trois versants
rapides, formés de hautes terrasses et do ré-
gions montagneuses. Le versant septentrio-
nal renferme de granis cantons très-fertiles
qui, avec les vallées pariourucs par les
grands fleuves qui se dirigent vers l'Océan,
constituent la patrie des Mandingos, race
qu'il faut cocnnler por.-ni les plus nombreu-
ses, les plus puiss/intcsel le? plus intelli-
gentes dos races afriraines. Le versant occi-
dental, rafraîchi par les brises qui viennent
de l'océan Atlantique, et dont quelques
parties, d'ailleurs, ont, en raison de leur élé-
vation, un climat assez froid, est, selon les
plus savants géographes modernes (803-V), la
terre natale, la première habitation des
Foula'is. Le versant méridional des mon-
tagnes de Kong, avec le plat pays oui s'é-
ten 1 h leur pied et s'avance jusqu'à la côte,
dirigée en ce point de l'ouest à l'est, est la
Guinée, le paj's des nègres proprement dit*!,
celui où les traits particuliers et les caractè--
res physiques et moraux des races nègres
sont déveio])pés au plus haut degré.
Je dé ^rirai dans cet article les races sé-
négarabienncs, savoir : les Mandingos, les
lolofs, les Foulahs et quelques autres na-
tions qui habitent les pays voisins.
V Les Mandingos, — Les Mandingos sont
remarquables, enlre toutes les nations de
l'Afrique, par leur industrie et par une éner-
gie de caractère qui les place fort au-dessus
des différentes raines qui habitent la partie
tropicale de ce continent. Ils sont zélés mu-
sulmans et s'abstiennent de liqueurs en-
ivrantes. « Les marcîiands maAdingos, parmi
lesquels on trouve beaucoup de mara:jouts
ou pr6tre5^, font, dit Golbéry, des hommes
hardis et intelligents. » Us possèdent une
grande influence dans le nord de l'Afrique,
et ce sont eux qui font le principal com-
merce dans C'^. pays. Mais en môme temps
(803-i) L« pror»s3?ur Karl Rittf.r.
qu'ils sont marchands haliilcs cl artiCs, les
Mandingos sont de la'iiorieox el u\ abiles
agriculteurs : leurs terres son; lrès-t»ien
cultivées et ils ont d.^ i>onnes races de liœuf<,
de moutons et de chèvres. Cest un peuple
^main et hospitalier.
La couleur des Mandingos est un noir
tirant sur le jaune; sous ce rapiiurt, ils sont
très-distincts des Fou?a:25, qui ont la peaa
d'un rouge jaun/ltre. Pour ce qui est des
traits, ils auraient, suivant4Uolbéry, plus de
ressemblance avec les uoirs de l'Inde qu'a-
vec ceux de l'Afrique. « I..CS traits de leur Ti-
sage sont réguliers; Jeur caractère est franc
et généreux, eî leurs mœurs sont très- Jou-
ées. Leurs cheveuxsont tout à fait laineux. •
Park dit que, sous le rapport de la beauté,
ils sont inférieurs aux lolofs, le peuple le
plus beau et en même temps le plus noir
de toute l'Afrique. Les fenunes n'ont cbcz
eux h s'occuper que des soins du ménage;
elles sont d'un caractère gai, ont de ]*aisancc
dans leurs manières, et n'off*rent que Irès-
rarement des exemples d'infliéliié conju-
gale. »
Il y a lieu de croire que le jxîupla d'Iallon-
kadou, i^ays situé au delà de celui des Man-
dingos, est une branche de la môme ra *e,
et Qu'il en est de même des autres nations
du haut ]>ays situé h l'est du cap Vert et de
Sierra Leone. Parmi ces dernières se trou-
vent les Sulimaniens, tribus, guerrières qui.
selon le major Laing, rappelleraient, ]iar
beaucoup de leurs coutumes, les anciens
Romaiiis.
Dans les contrées basses voisinas da cap
Vert, est le territoire du Bourb lolof ou de
l'empereur lolof. Les lolofs, que les Euro-
péens connaissent depuis le xv* siècle^ sont
des hommes d'un caractère doux et Fociable,
et ([ui passent pour être d'une beauté dign.'
de remarque. Leur teint d'un noir foncé'esl
fin et transparent; leurs traits sont sembla-
bles à ceux des Européens, à l'exception des
lèvres qui sont un peu plus épaisses.
2" Des Foulahs. — Les Foulahs sont une
des nations les plus remarquables de l'Afri-
que, et leur origine est pour Fethnologie
une question du plus haut intérêL 0epais
très-longtemps les Foulahs sont connus de^
Européens qui font la traite sur la côte occi-
dentale de r Afrique, et les anciens auteurs
qui en parlent les ont toujours compris dans
le nombre des nations nègres. De Barros
parle du pays- montagneux qui avoîsine la
source ue Rio-tiranie, comfliie étant )e
royaume de Tcmala, souverain de Fou)), qui
régnait en 153V, et faisait la guerre à IIauji-
Mansa, roi des Mandingos. Sur les confins d«
la Sénégambie, prèsdcssourcesdu Rio^raaV
et sur Ta |>ente ou terrasse qui regarde ver?
le soleil couchant et est rairatclùe f^&r It^
courants aériens venant de rAÏIaaliq!ie« sr
trouvent l»is plaines élevées habitées par ;ri
Foulahs. Timbu, leur capitale, qui esU roais^
l'ancienne Rome, une station roiiilaire, >
quartier général d'im jieuplc* conpiéfaiit
1340
EN
D'ANTIIROrOIX)CIE.'
ZE>
1550
ronferme neuf mille habitants. Elle est en-
rironnée en partie par des déserts arides et
ro?ailleux^ et en partie par des pâturages
élerés Qui nourrissent de nombreux trou-
|ieaux de moulons et de chèyres, et aussi
des hœuîs et des cheTaux, animaux, pour
ainsi dire, inconnus dans les régions plus
basses. Les habitants de cette contrée alpes-
tre, oui diffèrent physiquement des hommes
du plat pays, sont de laborieux cultivateurs;
mais, tel a été leur isolement du reste des
hommes, que Tusage de la charrue leur est
encore inconnu. Us forgent le fer, fondent
et façonnent Targent, travaillent avec habi-
leté le cuir et le bois, et fSIbriquent des étof-
fes. Us ont des habitations propres et com-
modes, et depuis Tintroduction de Tisla-
misme qui leur a été apporté par des mara-
l>outs venant du pays des Mandingos, ils ont
dans leurs villes îles mosquées et des écoles.
Leurs armées ont vaincu celles des nations
voisines, et ont étendu, nous dit -on, la puis-
sance de Timbu sur un territoire qui a qua-
rante milles géographiques du sud au nord,
et soixante-dix-nuit de Test h Touest. Le
souverain ou Talmamy des Foulalis séjourne
à Timbu. Son pavs, le Fouta-Diallo, ren-
ferme d*autres villes considérables, telles
que Temby et Laby; cette dernière est le
chef-lieu de la province de Cacondi, pays
bien cultivé, qui produit en abondance du
riz, des oranges et du maïs.
Le Fouta-Diallo, ou Fouta-Jallo, n*est ce-
pendant qu'une partie du territoire qu*occu-
|)ent maintenant les Foulahs en Afrique. La
nation est en effet divisée en un grand nom-
lire de tribus répandues dans tout le pays
qui sépare le Sénégal de la Gambie , et dans
des contrées situéesplus loin vers le sud
D*après ce que dit M. Golbéry, ils forment,
dans tous les pays compris entre le V de-
gré de latitude nord et les frontières du Sé-
négal, la portion la plus nombreuse de la
nopulation Un des principaux états Fou-
lahs et celui où ils ont été d*alK)rd connus
des Européens, est le royaume du Siratik
^m sultan Fonlah, rovaume qui comprend
une portion notable du pays traversé par la
rivière du Sénégal, et qui s'étend depuis
les limites de la province de Galam jusqu'au
fort Podhor et au lac Cayor. C'est là a^
les Foulis ou Pholéys furent visités fir
Jobson, Le Maire et le sieur de Briie, dans
le courant du xvii* siècle, époque où la cour
du Siratik déployait une magnificence bar-
l>iire,ilest vrai, mais qui avait quelque
chose d'assez frappant , même pour les
yeux des Européens. I>es Foulaiis occu-
pent encore le pays fertile du Bondou près
lies sources du Nerico, bien que ce pays
5oit aujourd'hui sous la domination des
Blandingos, oui en ont fait la conquête; ils
occupent ennn une erande partie de la pro-
vince de Brouka, à T'est du Ttambouk, et de
relie de Wasselah, sur le cours supérieur
<1a Niger. Dans la partie orientale de la Sé-
né ;ambie, près des sources du Sénégal, ii
y a un district monta^ncnx qui porte le nom
tie Foula lou ou désert des Foula':s. Ce ti::-
trict est aujourd'hui habiîé par des sauva-
ges étrangers à toute espèce de civilisation ;
mais le nom qu*il porte semble indiquer
qu'il est cousidéré par les nations du voi-
sinage comme le berceau de la race foulah,
comme sa demeure primitive.
Les Foulahs de la Séné^amliie et les Fela-
thas de l'Afrique centrale appartiennent à
une même race ; c'est une venté dont la dé*
couverte est due au professeur Vater. Il
n'est plus permis aujourd'hui de douter que
ces peuples foient deux rameaux sortis
d*une même souche; ils ont les mômes
caractères physiques et parlent la même
langue.
L histoire des Felatabs est très-remarqua-
ble, et nous rappelle à certrâns égards, par
1 accroissement rapide qu'a pris la puis-
sance de ce peuple dans une partie considé-
ra*»le de TAfrique, l'histoire des Arabes au
temps de Mahomet. II résulte des rensei-
Siements recueillis sur les lieux par l'il-
istre et malheureux capitaine Clapperton,
que les Felatahs sortirent dans l'origine, à
I état de tribus errantes, du pays de Melli,
c'est-à-dire de cette portion de pays qui conc-
1)rend les Etats foulahs de la Sénégambie,
e Fouta-Torro , le Fouîa -Bondou ou Bon-
dan, et le Fouta-Diallo. Ces Felatahs noma-
des, comme les hordes de Foulahs voisi-
nes du pays des lolofs, vivaient dans les
forêts, ainsi que nous l'avons d<^à dit, prin-
cipalement occupés du soin de leurs trou-
peaux ; ils se réijaniirent peu à peu par hor-
des détachées sur une grande partie du Sou-
dan, et comme ils étaient pour les nations
de ce pays un objet de dédain, leur accrois-
sement n'était point remarqué. Plusieurs de
leurs bordes étaient restées païennes, mais
celles qui avaient embrassé 1 islamisme de-
vinrent très-zélées pour leur nouvelle reli-
gion, et envoyèrent à la Mecque de nom-
breux pèlerins. Les voyageurs se multipliant
parmi elles, beaucoup de Felatahs eurent
occasion de visiter les villes des Etats t)arba-
rcsqucs. Dans ces nouveaux rapjiorts avec
des peuples plus civilisés, leur mtelliçenre
se développa ; mais leur puissance n avait
pas pris (Textension apparente, parce qu'ils
n'étaient pas encore formés en corps de na-
tion. Cette réunion eut lieu à la suite d'une
révolution qui s'onéra subitement dans leurs
habitudes et dans leur caractère, révolution
comparable, à bien des égarJs, Il celle qui
se fit chez les Arabes è îa première explo-
sion de l'enthousiasme mahométan. L au-
teur de cette révolution fut un cheik fola-
tah appelé Othman, mais plus connu sous
le nom de Danfodio. Cet homme, qui avait
a?guis toutes les connaissances que pou-
vaient communiquer les Arabes ae l'Afri-
que, réussit à persuader à ses comïiatrioles
qu'il était un prophète. Avant ainsi fondé
les bases de sa puisfance, il sortit ries bois
d'Ader ou de Ta lela, et bâtit une ville dans
la province de Guher, oh les Felatahs se
ra*îsemblèrent autour de lui. Bepousfé par
le peuple de Ciuber, il fut contraint de reve-
nir are: ses sectateurs dans la province d'A-
1351
SEN
DlCnONNAIRE
SEN
*XÎ
der où il bAtit une ville qu*il nomma Soc-
catou. Cependant ce premier échec n'avait
en rien diminué son influence, et de tous
côtés les peuples de sa race accouraient au-
tour de lui. 11 leur donna des chefs et leur
commanda d'aller conquérir le monde, au
nom de Dieu et de son prophète qui avaient
donné aux Felatahs tout le pavs et toutes
les richesses des infidèles. Chaciue chef
avait une bannière blanche ; les soldats eux-
mêmes reçurent Tordre de porter des vête-
ments blancs, emblèmes de leur pureté, et
leur cri de guerre était AUah-Akbar. Leur
confiance dans la puissance surnaturelle de
leur chef les animait d'un courage invinci-
ble. Ils conquirent saùs combat le pays de
Kano, saccagèrent le pays de Guber et tuè-
rent le sultan ; ils soumirent ensuite entiè-
rement les provinces d'Haiisa, de Gubbe,
d'Youri, et une partie de celle de Niffé ; ils
se jetèrent à Test sur le Bornou, à l'ouest
sur le Yariba, et ils en conquirent une par-
tic ; une fois même ils pénétrèrent jusque
dans la ville capitale, Èyeo ou Kalunga.
Danfodio était devenu un objet de terreur
pour toutes les nations nègres de Tin lé-
rieur. Quelques années avant sa mort, il de-
vint fou par exaltation religieuse, mais ius-
qu'à celte époque son gouvernement était
bien ré^lé ; a sa mort, qui arriva dans Tan-
née de Thégire 1232 (1816), Guber, Zamfra,
une partie du Kashna et du Ze^zex secouè-
rent le jous des Felatahs; mais Te chef de
Soccatou, Mohammet Bello, réussit à faire
rentrer sous sa domination une grande par-
tie du pays.
Voil'i ce que nous savons par Clapperton
relativement à l'agrandissement des Fela-
tahs, et des renseignements ^ peu près
semblables sur ce sujet ont été recueillis
par M. Lander qui , dans son voyage à tra-
vers divers états nègres , s'est procuré , en
outre , une foule de détails intéressants sur
les conquêtes et la dispersion de ce peuple.
M. Lander dit que les Felatahs ne résidaient
jamais dans les villes, mais qu'ils erraient
par petites hordes avec leurs troupeaux de
^ros et de menu bétail. Ils s'introduisirent
insensiblement dans le pays de Hausa , et
finirent par devenir si nombreux dans ce
pa;^'s , qu ils furent capables de former une
puissante association pour en faire la con-
quête et pour établir leur empire de Socca-
tou. La plupart des Felatahs sont musulmans,
mais il y a encore beaucoup de hordes
païennes. Malgré cette différence, Clapper-
ton et Lander s'accordent à dire qu'ils for-
ment d'ailleurs un seul et même peuple,
que la langue des uns et des autres est exac-
tement la même, ei que, sous le rapport des
traits du visase et de la couleur de la peau^
ils se ressemblent complètement. Lander dit
qu'ils sont dispersés de temps immémorial
sur le territoire de fiorghou. Les Felatahs
du Borghou n'ont aucune communication
avec leurs frères de la province de Haiisa ,
qui, dans ce dernier pays , sont la race do-
minante , et ils n'ont conservé , relativement
à leur origine, aucune tradition; ils n'ont
même aucune idée à cet égard. Ils sont eé*
néralement connus sous le nom de Foula-
nies, et, suivant Lander, ils prient la
même langue et ont les mêmes habiludes
qun les Foulahs ûes environs de Siem>
Leone.
M. Golbéry , voyageur français distingué,
dépeint les Foulahs comme de beaux hom-
mes, robustes et courageux. « Ils ont delà
fermeté dans l'esprit , de la réserve et de
la prudence; ils en'.enient bien le com-
merce, et leurs man^hands pénètrent jus-
qu'au golfe de Guinée; ce sont de redouta-
bles et dangereux voisins. Les femmes fou-
lahs sont belles et enjouées. La couleur de
leur peau a une teinte noire rougeâlre ; leur
fi/^re est régulière , et leur chevelure e<{
f)Ius longue et moins laineuse que celle de
a plupart des nègres ; leur langue diffère
tout à fait aussi de celle des nations qui les
avoisinont ; elle est plus élégante el plus
sonore. »
Les tribus foulalis qui, sous le nomi^Ç
Peuls ou de Poules, peuplent lesri?es(lu
Sénégal entre Podhor et Galam , sont mm
avec une légère nuance de rouge ou de
couleur de cuivre. Les hommes sont géné-
ralement beaux et bien faits; les femmes
aussi sont belles, mais orgueilleuses et in-
dolentes.
L'intrépide voyageur Hichard Lander.
qui, avant de visiter le pays des Felatahs,
avait été au Cap où il avait eu occasion de
voir desCafres, près de Graham*s Town, fut
tellement frappé de la ressemblance entre
les uns et les autres qu'il ne douta i>oint
qu'ils n'appartinssent à une même race. 11
représente les Felatahs des environs de Bor-
fjlîo comme diff(^rant peu des nègres, pour
es traits et la couleur de la peau, mais
ayant des cheveux beaucoup plus longs
qu'ils tressent sur les côtés ae la tête, de
manière à en faire des queues qui viennent,
sous le menton, se nouer avec celles du côié
opposé. Cette sorte de coiffure, au r<*ste, u?
leur est pas particulière, et on la retrouve
chez plusieurs des nations de TAfrique oc-
cidentale qui ont, de même, des cDCveux
à la fois laineux et un peu longs. Les obser-
vations de M. Lander ont été confirmées
lépemment par celles de feu M. le capitaine
Allen. Ce aernier assure que les Foulabs
qu'il avait coutume de voir près de Quorra,
n'étaient pas d'une couleur beaucoup plus
claire que les nègres, et suivant loi, il n;
avait pas entre les uns et les autres autâot
de différence à beaucoup près qu'on l'a pré-
' tendu : d'ailleurs, il ne pensait pas que»
ressemblance des deux races pût tenir i des
mélanges qui auraient eu lieu entre elles,
chacune ne contractant guère d*alliance h(0
du sein de sa propre tribu. Jusqu'à présent
les voyageurs ne nous ont Cuit connaître qoj
quelques-unes des nations de c^te race, ^
nous ne pouvons douter que quand nottf
les connaîtrons toutes , nous ne troufions
entre elles de grandes différences ; maisw
nature réelle el la cause de cette dirersiic
sont cfecorc à découvrir.
ÎVZ
SRI
D^ANTHROPOLOGIE.
SEU
fSU
Dans un mémoin^ publié récemment sur
rhistoirede la race foufah, l'auteur, homme
habile» et aui s*est livré sur ce sujet à de
grandes recnerches, soutient l'opinion sin-
gulière que les Foulahsi bien que oomptésjus-
qu*k présent dans te nombre des nations afri-
caines , sont un rameau détaché du tronc
polynésien. La preuve qn'U apporte à Tappui
de cette opinion est tirée de Tanalogie de
son qu^il a remarquée entre un certain
aoiDbre de mots appartenant, d*une part, à
la langue des Fouiahs, et, de Tautre, aux
langues polynésiennes. La question mérite
bien d*ètre approfondie , et Thypothèse de
M. d*£icbtal (803), ne doit pas être rejetée
sans un sérieux examen, tout improbable
3a elle puisse paraître, quand ou se rappelle
épais combien de temps les Foulahs sont
connus en Afrique, et qu^on songe à toutes
les différences qui existent entre eux et les
Polynésiens, tant sous le rapport des carac-
tères physiques que sous celui des mœurs.
Si nous avions à notre disposition les moyens
nécessaires pour acquérir une connaissance
complète de la langue foulah, la question
serait bientôt résolue ; en attendant que nous
soyons en possession de ces données, nous
ferons remarquer oue les ressemblances si-
gnalées entre ces deux langues par l'ingé-
nieux auteur que nous venons de nommer,
«ont si éloignées et portent sur un si petit
nonit)rc de mots , qu il paraît très-douteux
qu'on puisse en tirer aucune conclusion. Il
lie serait pas difficile, en effet, de trouver
flans des langues qui sont pourtant recon-
nues comme n'ayant entre elles aucune
relation, un nombre beaucoup plus grand
le mots communs. Ceux qui se re$semt>lent
i^ins la langue foulah et les langues ()oly-
nésiennes sont, je le répète, très-peu nom-
lireux, et, de plus, ces mots sont tirés d'un
<rand nombre de dialectes qui, bien que se
rattachant par l'origine è une même famille,
mt pourtant des vocabulairestrès-différents.
M ron établissait une comparaison entre
>asemble des langues européennes et un
lioufie quelconque de l'Afrique ou del'Amé-
ique , on découvrirait des rapports plus
lOfubreux et plus frappants que ceux dont
louH venons ae parler; or, cette méthode,
[iii évidemment ne pourrait conduire qu'à
es résultats tout à fait illusoires, n'est pas
rès-<lifférente de celle que M. d'Ëichtal a
dofitée (806).
Avec toute la déférence due à l'opinion
*un écrivain aussi ingénieux, aussi capable
pc M. d'fiichtal, je persiste toujours à pen-
(M5) Histoin et origine des Foulah$ on Feilan».
ternaires d€ la Soâété ethnologique; Paris, i8ii,
i^', u* part., in-^% p. 1 à 294.)
1 80a) Les exemples suivants, non d'affinité, mais
I coincidenee entre certains mets particuliers, ont
fciléi par le professeur Yater, relativement h la
^ne celtique A Irlande et à riiliome des Algonquins
nord de TAniérique.
ixns. iLooivQrnc
'^ô Ml Vmh Uni r.ii.
tr-Au tisee Itc».
DlCTIO!!:^. D*A?CTnR0P0L061B.
ser que les Foulahs sont une race africaine
pure, que leur langue a une forme de mots
et un genre d'euphonie qui la rapproche des
dialectes des races sénégambiennes, et qu'on
finira par reconnaître qu'il n'existe point
«entre eux et les nations noires du Soudan
une ligne de démarcation aussi prononcée
qu'on l'avait d'abord supposé.
SENS. Voy. Naturr.
SENSIBILITÉ. — La sensibilité est une
propriété fondamentale des êtres vivants, en
vertu de laauelle ils reconnaissent leur exis-
tence et celle des corps extérieurs, par l'im-
pression que ces derniers font sur eux. Elle
est la condition organique du plaisir et de
la douleur : car les lois générales qui résul-
tent de la coordination de la matière dans le
système vivant sont telles, que le plaisir est
hé aux impressions conformes au maintien
de ce système, comme la douleur aux im*
pressions capables de le détruire. On a dit
et répété souvent que la sensualité étant
plus développée chez l'homme que chez les
autres animaux, lui donne nécessairemeni
une grande faiblesse; mais, comme Tobserve
un grand physiologiste, Grimaud, c'est ce
qui assure a l'homme sa prééminence. C'est
elle, en effet, qui devient le fondement de la
société, parce qiie cette débilité répond, dans
l'ordre moraU a ce sentiment indestructible
gui lie l'homme d'une manière nécessaire et
indissoluble à tous les individus de son es*
pèce qui souffrent et qui ont besoin de ses
secours. C'est tout le secret de la fameuse
exclamation de Pascal : «Je suis grand, par */e
que je suis misérable! »
La sensibilité, qui diffère de caractère et
se spéciali se dans les divers organes, à la
peau, apprécie les impressions tactiles, les
changements de température ; à l'œil, la lu-
mière, etc., se divise en sensibilité nutri-
tive et en sensibilité percevante ou psycho-
logique. Tous les mouvements viscéraux les
plus intimes pour les fonctions d'accroisse-
ment, de nutrition et de reproduction,
s'exercent par l'entremise de cette première
forme de sensibilité. On l'a désignée tantAt
sous le nom d'excitabilité, tantAt sons celui
éA sensibilité organique; et les physiolo-
gistes n'ont voulu reconnattre autre chose
en elle que la propriété des corps vivants
d'être aflectés.par les puissances excitantes
et de réagir. L'observation démontre qne
cette faculté vitale, dans ses modes de mani-
festations les plus relevées, comme l'impres-
3ionnabilité morale et la réaction qui en est
la conséquence, est indépendante de la force
Boy
Lai*ttil«
Caccim
I^re.
KakiM.
noniy mapla
Toai
Chaqne dios<)
Ces eiemples de ressemblance sont plus irappantu
qu'aucun de ceux qui ont été découVv'its entre les
langues foulah et polynés enne.
Dans le tt*oi8iè:uc volume du Mit'iridaie^ nous
trouvons une liste assez longue de mots qui se res-
Rcmblent presque autant, et dont les uns appartien-
nent il riiliome des Araucans, lea autres au grée ei
âtt knin. U nom Ciittt quelque e* — ^ *-"* ^^ lit
l5i!S
SEN
MCTIOXNAIRE
ISSS
et (le rénergie e de la plasticité. C'est le
contraire chez tous les animaux; leur im-
f}ressionaabilité, par conséquent leur éduca-
>ilit^S est liée à 1 exubérance de leur nutri-
tion. Si Ton compare des chiens, des chevaux
bien nourris à d'autres qu*on laisse manquer
de nourriture etde soins, on s'aperçoit que
les premiers sont vifs, attentifs et prêts à
obéir au moindre signal, tandis que les au-
tres restent indifférents à tout, sont insen-
sibles au fouet et à Téperon. Chez Thomme,
au contraire, la trop grande activité de for-
ces nutritives amène la paresse et Tinsou-
ciance, ainsi qu*ou le remarque chez les
personnes surchargées d'embonpoint.
Ce fait non-seulement parle en faveur de
la supériorité d'organisation de Thomme,
mais il établit mieux encore Tindépendance
relative de son principe moral, des lois qui
régissent la matière animée.
La sensibilité morale ou psychologique,
comme nous l'avons déjà vu, est celle qui
nous donne la conscience de nos impres-
sions; origine ainsi de phénomènes d'un or-
dre supérieur, depuis les grandes concep-
tions ue l'intelligence jusqu'à cette faculté
d'être ému par les maux d'autrui, et (jui est
la compassion ou la pitié. Le vulgaire, en
nommant cette dernière Bensibilité^ a reconnu
instinctivement les rapports qui existent en-
tre ce mouvement moral et la force scnsi-
tive physiologique. En effet, leurs relations
sont très-grandes : on verra plus loin que
la perversion de la sensibilité générale en-*
traîne souvent celle de cette émotion mo-
rale qui caractérise au plus haut degré l'hu-
manité. Ce fait, qui peut-être est un des
plus surprenants delà physiologie humaine,
est en mémo temps un des plus propres à
faire ressortir tout l'avantage que l'homme
doit retirer, pour sa vie morale, de la pros-
cription des excès. Puis ensuite, C3t antago-
Bisme entre ces deux ordres de sensibilité
ne ressort-il point de l'influence du système
nerveux qui exerce son empire suprême,
mais occulte, sur tous les actes de la vie?
Toutes les impressions de conscience, ou
purement vitales, en quelque point qu'elles
aient lieu, retentissent et s avivent dans son
sein; d*où il devient en un sens, centre de
tous les mouvements volontaires ou même
involontaires. De même que dans la vie
plastique il unit tous les organes, les met
en repos, enchaîne et coordonne tous les
mouvements, ainsi il est le lien physique des
deiLt vies, la vie organique, la vie morale et
sociale. Son excellence chez Thomme lui o
départi rtn^ source de force et d'irritabilité
qui le rend capable de manifester la plus
grande puissance, soit en bien, soit en mal.
Ce qu'Iielvétius a dit de la puissance en gé-
néral : « L'abus en est aussi inséparable que
l'effet de la cause, ^ s'applique également au
grand développement de la force sensitive
dans Tesuèce numaine. Si cette force est
preuves tirées de pareilles ressemblances de mou,
pour que nous puissions admcUra la suppositior
il* une origine counuuue rclalivemcnt à des Dations
mal dirigée, elle se dépense en actes malfri-
sants, depuis le vice honteux ja$qa*aa crime,
l'épouvante de la société.
La vérité la plus importante qui découle
des lois même ne la sensibilité , c'est qu'é-
tant une propriété vitale que l'homme tient ,
en quelque sorte, sous l'empire de sa volonté,
qu'il exalte et apaise à son gré , il ne doit
Texercer qu'avec mesure pour demeurer
dans un calme heureux. S'il la monte sur un
ton trop soutenu , il s*expose à des orages
qui bouleverseront ses deux vies, sa vie
morale et sa vie physique. Puis , après cette
période d'exaltation, plus ou moins lonzue,
arrivera celle d'épuisement, dans laquelle il
n'éprouvera plus cette jouissance particu-
lière qui constitue le plaisir d'exister. Triste
et languissant , i4 tombera dans une inouié-
tude vague , dont le sentiment pénible se
confond avec l'ennui de l'existence, et arri-
vera sans espoir vers le tombeau ; heureux
encore s'il na prévenu par une mort volon-
taire cette douloureuse consomption !
Afin de mieux saisir le mode d'influenee
exercé par les plaisirs des sens, soit sur
l'organisation de l'homme, soit sur son moral,
nous devons reconnaître, avant tout, les
modifications diverses éprouvées par la fen-
èibilité lorsqu'elle est soumise à 1 action dis^
stimulus (807). Elles sont tellement générales
et constantes , qu'en physiologie elles ont
reçu le nom de toi».
1* La sensibilité augmente , dans chaque
partie , en raison directe des mouvements
qui s'v exercent au détriment des autres or^
nés. (Barthbz, Science de thomme»)
^ Aucune force vitale ne présente plus
d'irrégularité , d'inconstance dans ses mou-
vements. Elle est tour à tour exaltée, tour k
tour déprimée, tour à tour fixe, tour à tour
vacillante.
3"* Aucune n'est plus susceptible d'épuisé
ment, soit par l'exoès du plaisir^ soit par
l'excès de la douleur. Cette circonstance Iteo-
drait*elle à ce qu'il se trouve dans les nerfis
un principe subtil, impondérable, dont on ne
peut démontrer pas plus que nier Texi*-
tence? Quoi qu'il en soit, il est certain qa'i»o
a vu des personnes périr tout à coup au
milieu des jouissances de l'organisme véoe*
rieiîi, d'autres» sous le couteau de l'opérateur
L'exemple suivant fera mieux compren-
dre cette dernière loi. Un oâl exercé au grand
jour , sans excès , le supporte liciletneBt ,
ainsi que son action, et distingue clairemeiii
les objets : voilà la vigueur. Si la lumière
augmente, il tombe dans la stupeur ««
l'éHilouissement : enfin , dans la cécité ani^* 1
plète, s'il n'est soustrait à l'action désorrfcN-
née de la lumière. Ceci s'applique , de tivjt
point , aus autres sens , soit externes, scm
internes.
k" La sensibilité, plus qu*aucune astrv
faculté vitale , est susceptible de perver^i'C
h la suite des stimulus exagérés. Les bûi:-
ainsi séparées.
(807) Les plaisirs sensuels doivent
comme des sliroulusL
\xn
SEN
D*ANTIHIOPOLOr.lf:.
SKN
i.VUl
mes de UiUe , api^s avoir surexcité leurs
organes digestifs par des mets épicés, éprou-
vent très-souvent des boulimies , des sodas,
qui ne sont antre chose que des perversions
du sens digestif.
5' Enfin , Texpérience prouve , et nous
désirons surtout propi^er cette vérité , que
les altérations diverses de la faculté sensitive
entrMnent après elles d'immenses et d'irré-
parables d^ordres dans les actes de la vie
morale.
«I Les plaisirs, dit Bossuet , ont amené
dans le monde des maux inconnus au genre
humain ; et les médecins nous enseignent ,
(l'un commun accord, que les funestes com-
plications de symptômes et de maladies qui
déconcertent leur art, confondent leur expé-
rience , démentent si souvent leurs anciens
aphorismes, ont leurs sources dans les plai-
sirs (806). »Un pareil langage, si inusité dans
la bouche d*un orateur chrétien, doit frapper
d'autant mieux , que Bossuet adressait ces
mémorables paroles à la cour sensuelle et
dissolue de Versailles , où il avait pu médi-
ter sur las suites énervantes de la volupté.
Les mémoires du temps fournissent des ren-
seignements précieux sur le grand et rapide
essor que prirent , dans le milieu du xviu'
siècle, les maladies convulsives et hystéri-
ques. Et Ton sait que le mesmérisme ne dut
uu*à l'exaltation de la susceptibilité nerveuse,
cnez les grands personnages de Tépoque, la
Tozue si extraordinaire de ses supercheries.
Celaient presque toujours des femmes vapo^
reuses , des gentilshommes débauchés , oui
venaient tomber en convulsion devant les
baouets du fameux empirique.
Il nous serait facile aadjoindre à Tautorité
si ^ave de Bossuet, le témoignage non
moms imposant de tous les médecins illus-
tres oui ont légué de solides travaux à reve-
nir. Nous nous bornerons cependant à un
seul. Il aura d'autant plus de poids, çiue l'on
saura que c'est Broussais même qui parle.
« Le plaisir, dit-il, dans ses nuances modé-
rées, favorise l'exercice des fonctions et
donne de l'énergie. C'est un fait dont tout
le monde convient : mais que dans ses fortes
nuances il soit une cause puissante de ma-
ladies , par les spasmes, les convulsions, les
congestions viscérales; quil produise Tir*
régularité des mouvements et l'épuisement
dos forces, co sont des faits aussi avérés que
les précédents. Nervosfrangit quœcunque t;o-
luptat (809). »
La pratique de la médecine oblige de re-
connaître deux ordres d'altérations dans l'or-
ganisme par l'abus des plaisirs. Les unes,
primitives, sont liées à l'habitude de l'ex-
citation nerveuse, comme l'effet à la cause :
telles sont les maladies du genre nerveux ,
rhyjK>cond rie, l'hystérie, la manie, etc. Tou-
tes ces maladies, qui se multiplient en rai-
son directe de la civilisation, qui suivent la
débauche comme Tombre suit le corps, in-
diquent une perversion dans la sensibilité.
et, par suite les for?es motrices. On sait, ef-
fectivement, que les affections nerveuses
sont le tourment dos personnes qui en sont
atteintes par les mouvements irréguliers
et rétrogrades qu'elles déterminent dans les
viscères. Les va|)oreuxont la sensation d'une
boule qui leur monte du bas-ventre jusqu'à
la gorge: éprouvent des palpitations, des
besoins fréquents d'uriner, par le spasme
des vaisseaux urinaires.
Le second mode d'altération est plus ef-
frayant par ses suites , car il 6te à 1 hommç
son pouvoir de réB\$tancevitalt^ lorsqu'il de-
vient la proie du mal physique. Ce point, le
plus important de l'hygiène, considérée dans
ses rapports avec la morale, mérite que nous
nous y appesantissions.
Au milieu des préjugés sans nombre et
des erreurs populaires qui régnent au sujet
de la médecine, surnagent cependant quel-
ques vérités que la science ne fait que sanc-
tionner. Cette droiture de sens du vulgaire
se remarque toujours dans le cas suivant :
On homme sain en apparence est frappé , au
milieu de ses occupations, d'une maladie
simple en elle-même ; l'expérience de tous
les temps, de tous les lieux, de tous les hom-
mes, affirme que cette maladie, dan$ les cir*
constances ordinaires, doit suivre des pé*>
riodes fixes, régulières, et se terminer par
le retour à la santé. Dans le cas dont nous
parlons, il n'en est rien : le sujet atteint
est en^porté en peu de jours. Les personnes
étrangères à l'art de guérir , mais qui con*
naissaient les excès de longue date auxquels
le malade s'était antérieurement livré , ont
soutenu que chez cet homme us/, la mala-
die , quoique légère , devait revêtir un haut
caractère de gravité. Elles ont raisonné par-
faitement juste , puisqu'elles ont reconnu
une organisation modiHée^ qui a elle-mémo
imprimé un caractère runeste k une maladie
bénigne.
Ainsi, voilà un fait exprimé d'abord par
une croyance miy^j qui s est toujours main-
tenue malgré les vicissitudes et les fortunes
diverses des systèmes médicaux. La physio-
logie nous dira-t-elle pourquoi ce tiouton ,
cet érysipèle, cette légère éruption, ont en-
traîné en peu d'heures ce malade, auquel
tout promettait de longs jours? Elle le peut.
La Providence, qui a envoyé à l'homme
les maladies, a en même temps réparti à son
organisation des ressources pour les conju-
rer. Ce n'est point la belle et harmonique
disposition des organes , les merveilles de
leur texture et de leur configuration qu6
nous devons admirer le plus, ce sont sur-
tout ces mouvements intimes, ces ressour-
ces immenses que déploie le principe de vie.
En même temps que nous dépensons à cha-
que heure, à chaque minute, à chaque se-
conde, dans les actes journaliers de notre
vie, une somme telle de mouvements vitaux
que les auteurs appellent forces agissantes •
il reste dans notre organisme une somme de
(Sei) Sêfm^n $ur I mMur dê$ plamn, tome lY,
(809) BaocssAis, Examen dm iNclnit nMkaU$^
I. m, p. 367, tri. sur Gere*^ *^'
1359
SEN
DICTIONNAIRE
SEN
4:4'T
rorces, de naissance deslinée à faire faceaax
dépenses aes premières, eesonl les forces
radicales. Dans l'état de maladie, si ces der-
nières forces déploient une énergie sulïi-
sanlo, la -réaction salutaire a lieu; dans le
cas contraire, c'est-à-dire si elles sont dé-
truites, il ne reste plus au mélecin ou'à se
voiler la face, son malade est destiné h pé-
rir. Or, l'abus des clioses naturelles, comme
les plaisirs de la table, l'amour, etc., en at-
taquant le fon-iement de toutes les fonctions,
épuisent les forces radicales, et ôtent toutes
cnances de salut aux hommes de plaisir.
Comme ils ont fait abus plus particulière-
ment des forces sensitives, lien des sympa-
thies et des synergies nécessaires pouf la so-
lution des maladies, pour déterminer les
crises , ils sont privés de ce bénéfice de la
nature dans leurs maladies intercurrentes.
Ces dernières revêtent alors ce caractère de
malignité et à*ataxie qui es* l'effroi de tous.
Les anciens médecins grecs, Hippoci-ate, en-
tre autres, étaient tellement frappés de la
marche terrible, insolite de ces maladies,
qn'ilsy admettaient un divinumquid{rù cm*).
Us voulaient expliquer par une cause incon-
nue des effets qu'ils ne pouvaient rapporter
à des causes sensibles, et que ne pouvaient
surmonter les forces des corps vivants. C'est
une chose assez frappante que les effets
promptement mortels des maladies malignes
aient toujours produits de Tétonnement.
Ce qui précède etpli<iue le sens profond
de ces paroles du livre de Vlmttation :
« L'homme devrait tendre, de jour en jour,
h devenir plus fort (810). » L'hygiène des mé-
decins, composée seulement de préceptes
préventifs, ne dit pas autre chose. L'homme
Ti toujours besoin de forces, mais plus narti-
culièrement dans la maladie (811), où il faut
une remarquable énergie d'efforts répara-
teurs pour restituer son organisme à l'unité.
Ainsi, à chaque pas que Ton fait dans l'é-
tude de l'existence de l'homme, on reconnaît
de plus en plus que Tâme doit commander
au corps et régler ses appétits; que la vo-
lonté, disposant en souveraine des organes,
peut exercer une influence fâcheuse sur la
santé. C'est une belle prérogative qui nous
distingue des autres animaux, dont l'intelli-
genceest asservie à des besoins, dont l'orga-
nisation détermine la volonté; mais en méaie
temps c'est une prérogative qui peut nous
coûter bien cher, si nous méconnaissons les
lois de notre nature, si nous entrons dans un
ordre subversif, en donnant la prééminence
au physique sur le moral. Si nous usons de
notre liberté dans le mal, nous y faisons
înentôt des progrès ; car notre perfectibilité
jUous impose la nécessité d'avancer. Par ce
(810) Et hùc deberetesse nêootittm notêrfim
Qnotidie seipso fortiorem fieri» (Lib. i, cip. 5.)
(8t1) Le corps humain ne vit que {Kir son unilé.
La maladie n'est qu'un commencement de division
entre les différentes parties du corps. Le mot la(in
morbus vient de deux mots grecs : ^ôpoç^ divisioti^ et
pM, force ; morbus, division dos forces.
• ' (81i) Ajoutons encore que les excès sensuels sont
une cause puissante de raiiénaiion mentale. Le doc-
moyen encore, la Provideoce, qui tire parti
du mal physique pour notre ameadeoiem
moral, nous a vertical le que, dè$ cette terre,
un châliment iatal est imposée celiiî qui se-
carte de la ligne de ses devoir».
Si la créature humaine était née pour être
seule, si tout, dans son organisatioii , ain^i
que dans les circonstances où elle se trouve
placée, concourait à ne lui assigner d'autre
but que celui de vivre isolément, on ne
pourrait, à la rigueur, lui faire un erîme ùe
ses penchants k la sensualité. Plongée fou(
entière dans le présent, elle devrait, pous»-
sée par les instincts d'un étroit égoïsnie,é|^
nouir, à sa plus grande satisfaction , toutes
ses surfaces sentantes aux impressions de la
volonté. Si, avant le temps, elle était conse-
mée par le plaisir , on pourrait , tout au
plus, V accuser d*avoir dépensé d'une ma-
nière trop prodige les forces de son orga-
nisme. Tout serait dit après cela: elle a voulu
vivre peu, mais délicieusement. Mais, oomnie
il n'en est point ainsi, puisque l'homme e5'
un être raisonnable et social, il fallait pour
honorer la raison, comme dit Bosstret, m . ttr*
des bornes aux plaisirs des sens, et ne livrei
pas au corps l'homme tout entier, à la honiv
de l'esprit. La brute est nécessairement sen-
suelle, riiomme a des motifs intérieurs e;
extérieurs pour ne pas l'être.
La vérité expérimentale Ja plus terrible,
celle à laquelle cependant les hommes de
plaisir réfléchissent le moins, est celle-ri;
nous la reproduisons telle ^*eHe a été fw-
mulée f>ar l'immortel écrivain que nous ve-
nons de citer : « La volupté affaiblit le c opur
de l'homme et énerve le principe de droi-
ture (812). y» Nous avons admis des rapports
entre la sensibilité physiologique et le sen-
timent de pitié. Quel est le uen mystérieux
qui unit ces deux mouvements, l'un organi-
que, l'autre moral? Nous l'ignorons ; mais
les faits sont trop nombreux pour révoquer
en doute son existence. Oui, ce qu'il y a de
grand, de noble, de généreux, dans la nature
morale est étouffé par la volupté. L^bomme
de plaisir es-t d'abord égoïste; plus tard il
deviendra cruel , parce qu'il tend à se déta-
cher davantage de ses semblables. Ce n'est
pas dans l'âme de l'homme de dét)auche« d s
femmes mondaines et vaporeuses, que I on
rencontre ces élans sympathiques à de nia-
bles actions et de touchants malheurs, tîi*-
bert fl flétri en des vers d'une ironie st-
blime toute Taridité de cœur des fenun**-
sensuelles du règne de Louis XV î
SI quelque jeune fat, en passant, éventé,
Frappe, en courant, son chien, qui jappe éponv:>ni'* .
La voilà qui se meurt de tendresse et d'^aiarme^:
Un papillon mourant lui fait verser des larm^
leur Parchappe, de Roaeu, dans une iMicice s«r I ^
causes de cette dernière maladie, a reooniiu qmt Tm»-
Ûuence des excès sensuels sur le dévdoppeoMrt dr i «
folie était dans une pn^rtioa de 75 sur 9B5 ca-
ou, en d'autres termes^ de 19 sur iOO. Ils tieiuiraf
pour Tordre de la frëquciioe, le haut de la cobu-.
où sont inscrites toutes les autres causes, (^r*^
Becherchet statistiques sur tes causes de VûtUnai-*^*
mentale; Paris, 1839. j
1361
SUi
DX^NTUROPOLOCrE.
SEN
15G2
il est Trai : mais aussi qu*â la mort oondamoé,
Laly S'til eu spectacle a réchafaud traîné,
Ulf in la première à cette horrible fèie
MarrhaïKler le pbisir de toît tomber sa télé !
II est presque impossible de rencuiiirer
daos rtiistoire un tyran qui ne tùi pas vo*
iuplueux« PJus la sensualité domine, plus
les penchants de Thomme deviennent exé-
crables. Si Ton a le courage d*approfondir,
dans leurs détails, les cruautés inouïes de
quelques-uns des Césars, on décèle dans
leurs actes je ne sais quoi de convulsé et
de bigarre, iiul atteste un état maladif de
leur sciuibîlité générale. La multitude
Daienne qui, selûn saint Paul, marchant dans
la vanité de ses sens , se laissait dominer
parla c!:aîr, ne manifestait pas moins de
goût etd*appétit pour lesau;^. Elle était sans
pillé (»our le glaiiateur aux plaies sai{$iian*
te:> et vives, sans reconnaissance }Our les
hommes rares qui se dévouaient encore pour
cîle.
L'homme sensuel, dans la fureur de Si:s
h NÛii> à satisfaire, pressé par Taiguillon de
hi vnlupté, veut tout concentrer vers lui. Il
fûut <|u*il ail des ressources, et il consume,
p Mjr son prnpre compte, ces éléments suljt-
lanlîe!s dont les peuples ont besoin pour vi-
^vro. 11 (allait le monde à Héiid^aLale pour
eu^raisser sa sensualité. De nos jours, il
£aut dcTor, et à tout prix, même à celui de
la cfmscience, qu'on livre à ratheleur,
comme ces jeunes débauchés qui vont dép^i-
ser entre les mains crispées de Tusure un
oljet précieux auquel se rattachent de tou-
rnants souvenirs de famille. Jadis TEvangile,
éi 'omplissant ces travaux herculéens dont
parle la Fable, eBàça du monde ancien les
^oui^ures dont le polythéisme Tavait cou>
vert. Vest-il pas nécessaire que son courant
;«icré repasse dans notre société pour ba-
laver les ini|<uretés qui la déshonorent?..
"Ainsi la volupté est une cause de perver-
sion morale, elle nuit essentiellement à Tin-
Xelligence, qu'elle paralyse.
L'exercice de cette dernière demande,
avant tout, de la constance et de la régula-
rité, les hommes de plaisir sont incapables
«reflbrts soutenus. Ils apportent à Télude,
(Mutes les fois (ju ils s'y livrent, cette incons-
tance, cette mobilité, que nous avons vue
inhérentes à leurs mouvements vitaux. L'é-
tviJc exige qu'on pTcnne au sérieux sou oL-
J- t, et les hommes de plaisir contrat lent la
1.1 «lieuse habitude de ne rien prendre au
>Jrîeux. On les voit rire de tout, du vite
I i.iiiuie de la vertu. Bossuet, dans sa pro-
fondeur accoutumée, a rajjporîé à la nature
ftjOaae de la sensualité la cause de celle iiu-
l»r*».-sion mentale. La concupiscence, c'esl-à-
c.'ir« raïuour des plaisirs, est toujours chan-
^4^-aiife, parce que toute son ardeur lan^j^uît
et uieurtda^s la continuité, et que c'est le
ef um^emeot cfiii la iail revivre. Aussi qu'esi-
«:e autre chose, la vie des sens, qu'un mou-
vement alternatif de l'appétit au dégoût,
tlofiant toujours incertaine entre Tardeur
iSlIil Lrc. lit., p. iïO.
qui se ralentit el l'ardeur qui se renoa*
velie (813; ?
liais avant tout^ cette torpeur inlellec-
tuelle est produite par la manifestation de
cette loi d antagoaisHie inhérente aux phé^
nomènes de la ïorce seositive. Plus on Té-
puise d'un côté, moins il en reste de l'au-
tre. Saint Bonaventure, une des gloires et
des lumières du moyeu âge,:a reconnu cette
loi d'antagonisme, dont il a donné l'explica-
tion suivante : « 11 ne faut point ignorer ,
dit-il, que les forces naturelles de l'orga-
uisme sont relâchées lorsque les forces ani-
males sont en exercice. C'est pour cette rai-
son que la force nutritive el génératrice agit
moins dans l'homme livré au travail et à la
contemplation. De là découle comme consé-
quence rini|iuissanr4î de la sensualité sur
1 homme adonné à l'étude. « Aimez les £cri-
« tures,disait saint Jérôme, et vous prendrez
« en dégoût les vices de la chair (814).»
Comme on aime généralement à prendre
en défaut une doctrine trop sévère, surtout
lorsqu'elle attaque la sensualité de nos pen-
chants, on va déterrer tous les exemples
exceptionnels de vérité qu'elle proclame
pour la réduire en {.oussière. C'est la con-
duite qu'on tient chaque jour contre cette
philosophie, prétendue morose, qui blâme
l'amour iles plaisirs et en signale les dan-
fers. Ou aime à citer, et j'avoue que notre
poque présente assez de types en ce genre,
des nommes ((m réunissent aux facultés les
{>lus belles, aux aptitudes les plus diverses,
'amour du luxe et de l'intempérance : tel
brille dans la carrière du Itarreau , tel à la
tribune , tel dans la diplomatie , etc. L'ob-
servation de ces hommes est capaltle d'é*
branler les esprits superficiels ; mais si l'oa
scrute leurs vies, ou verra que tout y est
loin d'être splendeur et éclat ; elles présen-
tent une face ternie. Si ces hommes d' ex-
ception ont pu associer dans leur existence
deux éléments contradictoires, c'est qu'ils
étaient en possession de cette surabondance
de force iniellectuelle que la sensualité n'a
pu étouffer; mais qu'on estime le degré de
perfcitionnement auquel ils fussent parve-
nus si la modération dans les plaisirs eilt
doublé leur autivîlé!' Qu'on songe que ces
hommes , pour la plupart , apportent dans
leurs travaux mêmes une sorte d'incons-
tance, d'irrégularité qui leur'âte une partie
de riuiluirnce qu*ils devraient exercer. Le
dé.-ordre de leur conduite les prive |)our
toujours de cette considération, véritable
couronne du génie. Pourquoi Mirabeau a-t-
il laissé à cOté de sa gloire , qu'un homme
mor<d ne ( eut envier, 5i peu d'estime pour
sa personne? C'est que sa conduite a porté
rempreinte desdésordres produits par la vo-
lupté, c'est que chez lui tout a été incohé-
4'ent, tout a été ùésordOBné, jusqu'à cette
aflreuse agonie, où les remèdes les plus
puissants ne purent calmer l'exaltation si
douloureuse de sa sensibilité. Pourquoi
Barras, et (juclques membres du Directoiro
^Xi J} Cc/r/t'î^/ium tUvL, l. VU, liv. u, p. TH-
l5Go
&EM
DICTIONNAIRE
SEN
m
onMls laissé une mémoire arilie? Pour-
quoi, enfin...? Je m*arréle, des noms trop
modernes Tiendi*aient se placer sous ma
plume.
8i l'eicercice trop prolongé des plaisirs
grossiers nuit à TAme humaine, qu'il fait dé-
t^énérer, il est d'autres jouissances qui se rap-
portant au développement des facultés mo-
rales, les agrandissent et les améliorent ; je
veux parler de celles qui naissent de la mise
3n action de deux sens, celui de la vue et
celui de l 'ouïe. C'est avec raison qu'on les a
nommés sens intellectuels, parce que les
impressions qu'ils transmettent sont celles
qui ébranlent le plus fortement Torgane cé-
rébral et font naître les idées.
Les beaux-arts, c'est-à-dire la réalisation
sous des formes matérielles du fteauet du 6ten,
exaltent la sensibilité, et procurent à l'hom-
me ces nobles jouissances qui, loin de Té-
puisér, le maintiennent dans un calme har-
monique. Leur culture chez un peuple doit
être, et a été , en eflfbt, envisagée par l'bis*
toire comme un élément de moralisation.
Les beaux-arts produisent sur tout Torga-
iiisme une impression aussi forte, peut-être,
que cet état d orgasme qui accompagne les
jouissances charnelles; mais avec cette diffé-
rence, que cette réaction est plus salutaire :
ils enfontent le sentiment d'admiration qui ,
en nous identifiant avec les objets de son
culte, nous portent k grandir avec eux. Le
sentiment d admiration est d'un ordre supé-
rieur, comme le remarque M. Kératry (81c),
parce qu^l ne nous est possible de rien ad-
mirer que de grand, et qui tient à une na-
ture supérieure. Les jouissances de la sensi-
bilité physique laissent toujours après elles
une sensation d'anéantissement, tandis qu'au
contraire les jouissances de la sensibilité
morale réveillent en nous le sentiment de
notre immortalité. Chaque homme a pu en
faire l'expérience. Par conséquent, tout ce
qui exalte la sensibilité, en offrant de beaux
mod^es aux sens de la vue et de Toute, est
profoudén^ent utile ; on sait que les grands
artistes, en général , soit peintres, soit
sculpteurs I so^l musiciens, s'attachent les
sympathies publiques ^ aussi bien par ce
louas inépuisable de générosité qu'on re-
marqua en eux, que par les productions de
leur génie. Us en sont redevables à cette
contemplation journalière du beau et du
bien, plus puissante sur leur âme que les
plaisirs auxquels souyent Us se livrept avec
excès.
Puisque >a multitude est sensuelle, qu'elle
aime toujours les jeux et les spectacles »
qu'elle court avec avidité aux représenta-
tions extérieures, il faut que les gouverne-^
ipents tirent le parti le plus avantageux
(815) K^iuWy /nrfticltons moraieê et phfiêwlfigi^
f^; 1847, ^ 540. '
(816) ApfBav, Baffuet^ priêom et criminek^ t. l %
p. 47 ; 183B.
M. Fr^er, dans son excellent ouvrage, dît avec
mitou : fl Plus rhomme est pauvre et siget au tr^e
vail, plus il doit éprouver de délassement et de éh-
|riic4ioa dans mi amusement propre à émouvoir sou
de ce goût instinctif. Il faut, puisque les
masses sont dépourvues de la culture mo-
rale et intellectuelle suffisante pour appré*
cicr la beauté littéraire, diriger leur éduca-
tion au moyen des sens de la vue et de Tome.
On s'adressera à la première par des expo-
sitions publiques remplies d'images, de
sculptures reproduisant de grands eiempte
de vertus, de moralité et de patriotisme. Ui-
dame de Staël a dit, avec beaucoup de vé-
rité, que rien n'est plus propre que la mu-
sique a élever FAme : Tbarmonie renfermant
en elle-même quelque chose de suave et de
mélodieux qui dispose le cceur à la mansué-
tude. Il est certain que cet art opère un effet
sédatif sur le système nerveux agité, quii
refoule tous les instincts brutaux et gros-
siers pour faire place à des émotions bien-
faisantes. On ne saurait faire trop de vomi
pour attirer Tattention des gouvernants sur
rétablissement régulier de ces concerts mtr
jestueux dont la multitude fait tous les frais,
et où elle dépense si utilement ses moments
de loisir. Les personnes qui ont étudié
d*une manière soutenue le caractère des
criminels , ont apprécié à sa juste valeur
toute Futilité de la musique comme moyen
moralisateur. On pourrait , selon Tune d'el-
les, M. Appert (816), se servir de cet art
l)Our sonder le fond des flmes des criminels,
et reconnaître si elles sont susceptibles oo
non d'émotions douces et vertueuses. Cest,
k sou avis, un signe auquel on se trompe-
rait difficilement; et il pose en principe ([ud
rhomme sensible aux accents de la musique
ne saurait être perdu sans retour.
Gomme le plaisir, la douleur physique est
une modification de la sensibilité, mais une
modification fftcbeuse à laquelle rhomme
cherche à se soustraire. Ses sources dam
l'organisme sont plus multipliées que œllf)
du plaisir physique ; en effet » outre les lé*
sions de toutes les extrémités nerveuses, <ie
tous les cordons, de tous les filaments , on
trouve encore des foyers de douleur dans
les maladies d'un grand nombre de tissas
et d'organes qui ne donnent jamais de plai-
sir dans Tétat normal. Ce défaut de rapport
dans les conditions organiques qui prôuui*
sent la somme de bien et de mal être phy-
sique, est remarquable au point de vue reli-
gieux , et semble confirmer cette loi mjsl^
rieuse et terrible qui , au commencement
de toutes les théodicées , assigne à Thonime
la souffrance en partage : « L/homme né li»"
la femme est sujet à bien des misères (SIt;.
La physiologie , en rendant compte du
mode d'influence exercé par la douleurjpkj*
sique sur le principe moral, éclaire, (fun^
part , la société et les gouvernants sur. ^
g]:ave question de remploi des pénalité
àme, à Mever eo fiallant ses sens....« De i''"^
beaux-aris, la musique, le ^us pur ea le phis suffi-
sant, est capable de plaire au peuple, et ^^^
tour à tour dans son ame des aentiiaenta éaeig^
et délicats. > (T. D, p. 111.)
(817) Job : Homo natn$ de muHert rcpliMf v>»
imi
S£M
D ANTHROPOLOGIE.
SEN
1366
Tiat^rielles ; de l'autre, elle sert la cause de
la religioD , puisqu'elle s'associe pleinement
à ses tendances miséricordieuses qni ont
pour but d'effacer du monde toute trace de
torture physique. Grâce donc au christia-
nisme , dont l*es[irit pénètre les sociétés
comme ces eaux vives qui s'inQltrent peu è
peu dans de larges surfaces de terre pour les
léconder, on a compris que la société, char-
gée de défendre les intérêts de tous dans les
siens propres, derait également prendre en
eonsiaération ceui de ses membres qui lui
nuisent. On a compris ((ue son rôle devait
être une double réparation : réparation vis-
è-vis d'elle-même, par des pénalités servant
d'exem{>le; réparation de sa part vis-à-vis
du criminel perverti, qu'elle doit relever de
la fSuige du crime. Si donc les pénalités phy-
siques qui engendrent ladouleus, loin d'a-
mender le coupable , le pervertissent davan-
tage, elle doit les rejeter comme des moyens
indignes de sa mission.
Interrogeons l'observation physiologique
et écoutons ce qu'elle va nous répondre :
Le premier égoïste dut être un homme
souffrant, a dit un respectable médecin,
dont la mémoire sera toujours chère à ses
compatriotes (818) La douleur centuple le
fNoinumain, et concentre toutes nos affec-
tions en nous-mêmes. Ce langage peut
étonner les personnes du monde, mais il ne
pourra surprendre le médecin, et surtout
eelui qui se sera tivré h l'observation dans
un çrand hôpital, séjour qu'on peut appeler
celui de la souffrance et de régoisme. Là,
chaque malade trouve son voisin importun :
au heu de tolérer les cris que lui arrache la
douleur, il élève des plaintes acrimonieuses
<M)ntre lui. Il se persuade qu'à lui seul est
réservé le droit d'exhaler sa souffrance en
^missements et en sanglots. Plus elle est
vive, plus elle absorbe 1 individu et le rend
insensible aux maux d'autrui. Si , comme il
arrive souvent , le malade ne trouve plus
(fu'un cadavre dans le lit de son voisin,
qu'on ne songe pas qu'il aille plaindre le
sort du défunt. Cette mort lui cause de l'ef-
froi pour lui-même, parce qu'il prévoit un
»ori semblable : le médecin reçoit la confi-
dence de ses tristes appréhensions , crue le
malade ne prend pas même le soin ne dé-
guiser sous un faux air de pitié en faveur
de celui qui fut son compagnon d'infortune.
Voilà le premier degré d'aberration mo-
rale. Passons à un autre :
Si les exacerbations de la douleur de-
▼iennent atroces, la perversion morale s'ac-
croît dans les mêmes rapports. La vérité de
ce fait est attestée par l'uistoire des grandes
calamités qui ont pesé sur le genre humain.
On a vu, dans une épidémie, dans une fa-
mine, des populations habituellement dou-
ces, paisibles, se transformer tout à coup en
brutes forcenées et sanguinaires. Une des
lus cruelles adversités qui aient épouvanté
es temos modernes, le naufrage ue la Me-
r<
duscy dont la relation nous a été transmise
par un témoin oculaire, le docteur Savi-
gny (819), parle encore bien plus haut. Les
malheureux composant Téquipase, réduits,
pour étancher leur soif ardente, a boire leur
urine, torturés misérablement par la faim ,
ainsi gue par les angoisses d*uu sombre dé-
sespoir, se ruaient les uns sur les autres»
jxïur s'entre-dévorer. Le radeau de la Mé-
duse a été le théâtre de bien des combats
san jlants ! On peut donc affirmer, avec toute
assurance, que la douleur prolongée, de
mêine que le plaisir exagéré, trouble pro-
foi)::ément l'organisation de l'homme et le
porte au mal. De plus , l'affection qu'elle
imprime au système sensible peut être assez
profonde et durable pour exercer sur Tin-
aividu une influence qui devient la source
de ses aversions et de ses penchants. Locke
rapporte l'histoire singulière d*un homme
qui, après avoir été çuéri de la rage, { ar
une o)!ération très-douloureuse , ne put
souffrir la vue de son opérateur, malgré tout
ce que la raison et la reconnaissance purent
lui suggérer. Tout cela nous frappe telle-
ment, que nous nous sentons portes à attri-
buer la dépravation ordinaire des forçats
libérés en partie aux souffrances qu'ik ont
endurées au bagne. Malgré les adoucisse-
ments sans nombre que les progrès sociaux
ont afiportés à leur sort , on ne peut nier
que leur vie de forçats ne soit une vie pas-
sée en de douloureux labeurs et des châti-
ments inflexibles : ils sortent de ces repai-
res réduits à la condition des animaux féro-
ces, dont ils ont acquis non-seulement les
bas instincts, mais encore l'aspect physique^
et s'insinuent sourdementdans la société, où
ils frapperont sans merci de nouvelles vic-
times.
La tyrannie a reconnu de tout temps la
théorie et la pratique de la loi physiologi-
que des souffrances matérielles. Voulant ,
avant tout, l'obéissance jpassive et aveugle à
ses décrets, elle a écrase, par la douleur, le
principe moral de l'homme, et n'a eu, dès
lors entre les mains, que des êtres doués de
la sensibilité purement 'physique , qu'elle
conduisait partout où eue voulait qu'ils
fassent.
Ja douleur physique en matière crimi-
nelle e>t rni dangereux modificateur dont
la société ne doit pas se servir ; plus elle
fera de sacrifices pour la -faire disparaître,
en généralisant les applications du système
pénitentiaire, plus elle en retirera de profit
pour elle-même ; plus ses mesures et ses
soins s'élendront a répandre le bien-être
dans les classes pauvres, moins elle sera
agitée. Ignore-t-on que la douleur physique
est la plus puissante instigation des cohor-
tes de révoltés ? C'est elle qui toujours les
a poussés à ces terribles excès dont gémit
l'histoire. A l'heure même, tout homme qui
réfléchit prévoit des troubles et de grands
boulcrcrsements pour une nation puissante.
(818) Marc Aiitoiue Petit, de Lyoïi, Dixuun Aur
Xj douleur»
<,SI1-) Voy, ssi iliese inaugurale
1367
S£N
DICTIONNAIRE
SCM
tses
La cause eu sera-t-elle le rejet d*un bill ,
les querelles intestines des partis ? Non ; la
raison véritable sera le réveil de plusieurs
millions d'hommes qui demanderont à né
pas succomber aux horreurs de la faim dans
un pays fertile ; qui demanderont à ne plus
-croupir dans des bou^jes fétides, eux et leurs
enfants, en compagnie des pourceaux, lors-
qu'ils aperçoivent, non loin de leurs huttes
dégradées , des châtelienies somptueu-
ses (820).
L*état de souffrance d'une grande masse
de population est irrégulier dans la nature
des choses; il faut, si les institutions n'y
portent remède, qu'une crise sociale sur-
vienne, pour que les hommes se mettent en
é juilibre , que leurs besoins physiologiques
et moraux soient également satisfaits*
A cet égard, nous ajouterons qu'il est
douloureux de penser que, dans notre siè-
cle, sous le beau ciel de notre France, au
sein du luxe et de l'abondance de la plus
brillante capitale de l'univers, des hommes,
en très-^rand nombre, ne (peuvent satisfaire
les premiers besoins de l'existence. Les clas-
ses pauvres et laborieuses ne peuvent se
procurer, par la dure loi de la nécessité, un
logement commode, un bon gtte pour répa-
rer leurs forces affaiblies par le travail, en -
fin respirer un air salunre, l'aliment vital
par excellence, pabulum vilœ^ dont la Provi-
dence a inondé l'univers. La pauvreté qui
leur fait déjà endurer tant de privations, en
les entassant pèle-mème dans des réduits
étroits et infects, empoisonne pour eux seuls
les sources communes de la vie. L'aliment
de la faim leur est donné d'une main avare,
l'aliment de la respiration à son tour se con-
vertit en poison. S'il n'v avait aucun re-
mède à un si triste scanoale, le philantrope
devrait se contenter de verser aes pleurs ;
mais le mal est guérissable et les aamiuis-
irateurs le reconnaissent ; il ne faut pour cela
que queloues capitaux, non pas égoïstes,
mais bieuTaisants, appelés au secours de la
classe pauvre. Par ce moyen, comme le pro*
pose M. Frégier, avec une remarquable lu-
cidité (821), on essaierait des constructions
appropriées à toutes les conditions de la
population pauvre, composée de la pauvreté
honnête et de la pauvreté avilie. Ces cons-
tructions auraient le double avantage de
concourir à la salubrité publique, et do
fournir aux pauvres des moyens de morali-
(820) Uouvrage de M. de Beaumont sur Th^ande
contient des faits inouïs.
fSâl) Les philanthropes , et par-dessus tous les
médecins, ne sauraient trop s'associer à ce projet,
dont Texécution est loin d*étre difficile.
(82S) M. Guizot, dans ses coiors sur la civilisation
européenne et sur la civilisation française, a déve-
loppe oe point de Tbisloire avec celte hauteur de
vues et celte noblesse de pensées qui le caractéri-
bont.
Le Pape Grégoire XVf a signalé sa tendre soUiri-
tufic envers les hommes de couleur dans une buUc
qû possède, comme tout ce qui émane du Vatican,
ii:i cachel d'indéfinissable grandeur :
i Ad fuluram Dei memoriam,
« En vertu de rautorilé apo;>lolique, nous ad-
sation. Un logement. en rapport avec leurs
besoins serait capable de faire naître ebez
eux des goûts de retraite et de paix domes-
tique, si favorables aux bonnes mosun.
D'ailleurs, tout le monde devrait être con-
vaincu que si le superflu des biens de ce
monde peut être réparti d'une manière iné-
gale, il doit y avoir, sauf la plus affreuse
iniquité, é*;ale répartition ce ralimeot;
que là où se voit le luxe et rintempéraoce,
puis à côté des visages hÂves et des corp»
émaciés, se trouvent de grands coupables,
dignes en tout de la malédiction céleste iv^
criie au livre de l'Evangile : « Malheur aux
richesl »
Ce qui est d'une urgente nécessité au point
do vue social, se transforme en devoir au
point de vue chrétien. Le christianisme, en
effet, impose à tout homme, comme soutp-
raine obligation, de détourner la douleur de
la tète de ses frères, et de leur rendre moïm
amères les angoisses de la vie.
Lorsque la société chrétienne devint forte
et puissante par sa hiérarchie, tous ses ef-
forts tendirent à faire prévaloir le grand
principe de solidarité humaine. Partout ou
la vit mettre la douceur à la place de la Tin-
lence brutale des peuples barbares. A Um>
les cris de détresse des peuples injustcoieDt
opprimés, la voix du pontiâcat réfiondit [m
des injonctions sévères aux oppresseurs. En
un mot le christianisme, et par ses principes
divins et par son organisation temjwnMle,
assura l'établissement régulier et physiolo-
gique des sociétés modernes (8â2). Il est
^vrai qu'on a beaucoup parlé des tortures (k
l'Inquisition, qu'on s'est complaisamuieDi
arrêté à la description de ces antres téné-
breux du saint-oiBce, où les san^ots des
victimes sacerdotales étaient étouffés soos
d'épaisses murailles, etc. L'histoire, calme
comme la vérité, s'est chargée de répondre
à l'exagération intéressée des déclamateurs.
L'inquisition, en tant que principe, est M
racine du système pénitentiaire; elle n'est
devenue cruelle et sanguinaire que lors-
qu'elle est tombée des mains pontificales eu
celles des princes féroces qui la détournè-
rent de sa véritable origine, pour s'en sera
vir comme d'un instrument de terreur. Peut
on, sans injustice, charger le catholicisme
et en particulier la pai)Qttté, de rénorniiî*'
des actes de l'inquisition espagnole 5ou>
Philippe II ? « H y a six cents ans, dit le P. La-
monestons avec force, dans le Scigncar, tow ^
rli! éliens, de quelque condition qu'ils poisscat ci«.
et leur enjoignons que nul n^ose, à ravenir, ^tvj
injustement les nèjrcs et les Indiens, et autres hn»-
mes quels qu'ils soient, les dépouiller tic leurs Im* •
ou les réduire en servitude, eu prêter aide el feTta; a
ceux qui se livrent à de tels excès, on exercer irtf"
inhumain, par Icqud les iiolrs, cooune s*tls b'«i»«*»
point des homioes, mais de véritables ei impars »ii-
maux, réduits comme eux en servitude, sao$ ^
cune distinction, contre les lois de la justice H d
riiumanité, sont achetés, vendus, et dévoués à s«af-
frîr les plus dures travaux.
I C'est pourquoi, en vertu de raulorilc 2J^
liquc, nous repoussons les choses susdites ctmssf
absolument indignes du nom chicUia. »
I3i)
SIO
D'àNTimoroLOGIE.
810
ftltf
cordâire, il nw avait pour les lautes des
hommes que aeux tribunaux en vigueur^
les tribunaux civils et'les tribunaux de pé^
nitence chrétienne. L'inconvénient de ceux-
ci était de n*atteindre que les pécheurs açh-
portant volontairement Taveu de leurs cri-
mes ; rinconvénieni de ceux-là, qui avaient
la force en main, éiait de ne posséder au-
cune puissance sur le cœur des coupables,
et de les frapper d'une vindicte sans miséri-
corde. Entre ces tribunaux, les Papes voulu-
rent établir un tribunal qui pût pa^Jonner,
niodîGer la peine même {»rononcée, ensen*
drer le remords même dans le criminel, et
faire suivre pas à pas le remords par la
bonté ; un tribunal aui pût changer le sup-
plice en pénitence, fcchafaud en éducation :
ce tribunal c*est l'inquisition (823,^ »
J*ai eu pour but, dans tout ce qui pré-
cède, d*établir sur des bases inébranlables
cette proposition : Tout ce que nous avons
de bien, de noble, et qui soit en rapport avee
la nature humaine, nous vient de 1 Évangile;
tout ce que nous avons de mauvais, de fu-
neste, d*anormal, provient de la violation de
ses préceptes.
SENTIMENTS. Voy. Affections morales.
SÉTÊBOS, être supérieur invoqué |,/ar les
Pata^^ons. Foy. MfcDiTEEBA?iéEsrs.
SHULUS. \oy. Aborigènes.
SKiNES, leur rôle dans la pensée. Voy,
Langage.
SIMON (Iules). Voy. Langage.
SiOUX. — Les Sioux et les tribus qui ap^
partiennent à la même souche sont, parmi
les races aborigènes de TAmérique du Nord,
une des familles de nations les plus large-
ment répandues. L'histoire de cette race est
intéressante sous plus d*un point de vue, et
particulièrement en raison des différences
que nous présentent dans leurs caractères
physiques quelques-unes des nations qui y
appartiennent. La famille des Sioux est divi-
sée par M. Gallatin en quatre branches
distinctes, qui sont : 1** les Winel^agos ; 2" les
Sioux proprement dits, ou Dahcoias, et les
AssinitK>ines ; 3* les Minetaris et les tril>us
qui leur sont alliées ; k* les Osâmes, et d'au-
tres tribus de la même race qui habitent la
Louisiane méridionale.
1* Les Winebagos, connus sous ce nom
l*ar les Anglais, qui Tout emprunté aux
Algonquins, sont les Puants des Français.
Entre eux, ils se nomment Hochuugohrah»
ou la nation truite. Us demeurent sur la
rivière au Renard fFox River), celle qui se
jette dans le lac Michi^an, et un jjeu plus
loin vers le nord , sur la rivière Wisconsin ;
ils forment une population totale d'environ
quatre mille six cents âmes.
â* Les Sioux proprement dits, ou Naudo-
vk'essies,qui se donnent à eux-mêmes le nom
de Dahcotas, et quelquefois aussi désignent
leur nation sous celui de « Sept-Feul, » se
divisent, comme ce nom l'imliijue (82V), eu
sept tribus oui occupent des districts consi-
dérables sur le Iwat Miasisaipi et sur la
rivière de Saiot-Pierre ; quelques bandes
mêmes se sont avancées à l'ouest jusqu'au
Missouri. Les Dahcotas des quatre tribus les
Ïlus orientales sont nommés Gens du Lac et
^eupleê des FeuiUts. Les premiers cultivent
la terre, et habitent, à t'est du Mississipi, un
canton qui s'étend depuis la prairie du Chien -
jusqu'au lae de l'Esprit, c'est«4<iire du 33' au
fcë* degré de latitude nord. Les tribus occi-
dentales sont les Yanktous, les Yanktoahaus
et les Tétons. On suppose que la population
de la nation sioux peut monter à environ
vingt mille âmes. Les Assinihoines ou ln<-
dienS'Pierre (Stone-Indians), qui habitent
sur les bords de la rivière Rouge, non loin
du lac Winipeck, sont une branche détachée
du tronc sioux. Les Shyeanes ont été comp-
tés aussi au nombre des Bioux ; mais au-
jourd'hui l'on nous dit qu'ils parient une
langue différente. Les Sioux sont un peuple
d'un caractère singulier et curieux à otoer*
ver, en cd qu*il a conservé, beaucoup plus
que les races de Test, les habitudes primi-
tives des Américains aborigènes du nord.
Une peinture très^nimée oe leurs roœnrs
nous a été laissée par Carver, qui voyageai!
il y a cent ans dans leur pays. Le mission-
naire Hekewelder supposait que leur langue
était alliée de loin à celle des iroquois ; mais
cette opinion ne s'aci^-orde pas avec celle des
auteurs plus récents, n Les Dahcotas, dit le
professeur Keating* qui voyageait dans leur
pays il y a quelques années, sont une grande
et puissante nation, qui par ses mcrars, sa
langue, ses habitudes el ses croyances, se
distingue des Chipeways, des Sauks, des
Renards et des Nahiawahs, ou Kilistenos,
aussi bien que de toutes les autres nations
de souche algonquine. Us ne ressemblent
pas non plus aux Pawnaes et aux Minetaris
ou Gros-Venires. » Le imyor Pike va plus
loin, et dit : « Leur prononciation gutturale,
leurs pommettes saillantes, les contours
osseux de leur visage, leurs coutumes parti-
culières, eniin leurs traditions, confirmées
par le témoi^ua^e des nations voisines, nous
prouvent qu ils sont venus de la pointe nord-
ouest de rAinériuue, où ils avaient dû arri-
ver en traversant Vétroit bras de mer qui sé-
pare de ce cùié les deux continents : ainsi
nous voyons en eux, sans aucun doute, les
descendants d'une tribu tartare. j»
Pike, cepcnJaat, parait s*être trompé, au
moins sui* un point; car le professeur Kea-
tin^ nous ahsure que les Dahcotas n*onl
point de tradition qui se rapporte à une
émi ^ration ancienne, et croient, au contraire»
qu'ils ont été créés par r£tre suprême dans
le pays qu ils o;:cupenl aujourd'hui.
U** La troisièuie branche de cette famille
de nations se compose des Minetaris; leur
langue a'a que dus rapports très-éloit^oés
avec celle des Dahcotas, mais elle appartient
cependant à la li.ême souche.
Dans la nation minelari sont comi:rise^
(825) Lacordaire, Jtémoire pour $enir au rétabUi^
aSMeal dei Frères préch^uT*.
(8it) ri;a<;iic t:Ilu a sou feu de conscU.
an
sio
DICTIONNAIRE
StO
1^7!
\
trois trilms : celle des MandanSi qui est peu
considérable^ celle des Minetaris sédentaires,
et celle qu on connaît sous le nom d'Indiens^
Gorbeaui (Crow-Indians).
La preuve que ces trois tribus sont trois
rameaux d*une même branche, et tiennent
h la sou3be des Sioux, se trouve dans les
ailinités de leurs langues; et c'est ce que
M. Gallatin a parfaitement mis en évidence.
Llitôtoire physique et morale de ces diffé-
rentes tribus offre quelques traits curieux.
Comme les Manduns ont ta peau d'une teinte
beaucoup plus claire que leurs voisins, quel-
ques personnes supposent que ce sont eut
qu'on avait en vue en pailant d'une tribu
américaine qui devait descendre des Gallois
du prince Madoc. Ils ont, relativement à leur
origine, une tradition des plus bizarres : ils
disent que leurs pères habitaient primitive-
ment sous la terre, et qu'un' jour ils en sor-
tirent en pimpant le long d'une grande
liane ; ils ajoutent que celte liane finit car se
briser sous le poids de eeux qui montaient :
de sorte qu'il resta en arrière une partie de
la nation, à laquelle ils espèrent aller se
réunir après leur mort. Les Mandans et les
Minetaris ont été pour M. Catlin l'ol^jet d'une
attention particulière, et la deicription qu'il
en a donnée renferme une foule de détails
curieux et intéressants.
h^ La quatrième division de la race sioux
comprend plusieurs nations qui sont répan-
dues dans les parties méridionales de la
grande vallée du Mississipi, et habitent sur
»5 horJs des rivières tributaires de ce beau
fleuve. Tels sont les Osages ou Wausashes
sur la rivière Osage, les Kansas, les lowajs,
les Missouris. les Ottoes, les Omahaws et
les Puncas. L'affinité entre ces nations et les
Sioux est un fait depuis longtemps re-
connu (SSd). Les Osaçes se croient indigènes,
mais teâ traditions ofes cinq autres nations
les font venir du Nord, conjointement avec
les Sioux winebagos, lesquels s'arrêtèrent
près du lac Michigan, tandis qu'eux-mêmes
s'avancèrent plus loin vers le sud.
A l'ouest des Ottoes, dans une portion du
fays traversé par la Platte, se trouvent les
awnees, qui forment deux nations : les
Pawnees proprement dits, et les Ricaras ou
Pawnees noirs. Us ont une langue distincte
de toutes les autres langues américaines, à
moins toutefois, comme le remarque M. Gal-
latin, qu'on ne vienne à découvrir qu'il y a
Suelque affinité entre leur dialecte et celui
es Panis de la rivière Rouge.
Caractères physiquei et moraux des Sioux
0t des autres nations du Missouri, — D'après
ce que nous apprend M. Gallatin, il n'y a,
dans toute la région que nous venons de
considérer, qu'un très-petit nombre de tribus
qui s'occupent d'ajjricuUure. Ce sont : à
1 ouest du Mississipi, les Sauks et les Indiens
Renards, les uns et les autres de race algon-
quine; au nord de la rivière Rouge, les
Pawnees; et dans la famille des Sioux, seule*
ment les tribus qui appartiennent au groupe
(8io) PiHE, Exphratnru /rnnWs, p. 1 73
méridional, en y agoutant toutefois les Man-
dans et les Minetaris sédentaires. Les sii
tribus occidentales des Dahcotas, les Assini-
boines, les Indiens Corbeaux, et beaucoup
d'autres encore, tant à Test qu'à l'ouest des
montagnes Rocheuses, ne cullivenl absolu-
ment rien. Ceux qui sont à Test de cetlc
grande chaîne de montagnes font leur prin-
cipale affaire de la chasse du bison, et k
chair de cet animal est pour ainsi dire leur
unique aliment. Au reste, les Indiens qui
habitent la région des prairies à fouest liu
Mississipi offrent, sous le rapport des liaLi-
tudes et du caractère, une différence mar-
quée avec ceux qui habitent la région (les
forêts comprises entre ce lleuve et TAllan-
tique. Les habitants de la rive occidealac
sont pattout moins féroces que ceui de la
rive orientale : à la vérité, comme tous les
sauvages, ils mettent à mort les itriboonieis
faits dans les combats; mais l'horrible cou-
tume de leur infliger les plus douJooreuseî
tortures pendant des jours entiers ne se
retrouve, dit-on, nulle part audelï du Mis-
sissipi. Ces observations, cepentiant, parais
sent s appliquer plus particuhèrement aui
tribus agricoles du groupe méridional de la
famille des Sioux et à ceile des Pawnees. Le
docteur Say, pendant sa résidence chez les
Omahaws, a fait quelques remarques impor-
tantes qui sont également applicables ï leurs
voisins au sud du Missouri, les Sioui méri-
dionaux et les Pawnees.
« Les Omahaws , nous dit-il , ne résident
dans leurs villages que pendaut cinq mois
au plus; pendant ce temps ils s'occupent
principalement des semailles, de la recolle
du maïs et de la culture de quelques autres
végétaux ; deux des mois d'hiver sont coo-
sacrés par les hommes à la chasse du castor
et d'autres animaux à fourrure ; enfin, à uD"
certaine époque la population entière se dé-
place et vient s'établir dans les pays à bisons
où elle demeure le reste de 1 année, vivant
presque exclusivement de la chair de res
animaux, dont une partie cependant est pré-
parée et mise en réserve pour l'arrière-saisoa.
9 Ils adressent leurs prières à Wahcon la,
le créateur et le conservateur du monûe,
qu'ils reconnaissent comme présent en lou<
lieux, et auquel ils attribuent une puissamv
sans bornes. Ils croient aussi à une vie fu-
ture, mais il ne paraît pas que cette t^^û.-
croyance ait aucune influence sur leur f'i»-
duite. De même que tous les Indiens, iU«o'
surtout foi dans-leurs rêve?, dans les pri-
sages, dans les jongleries de leurs sorcitr>»
dans le pouvoir de divinités fantastiques
créations de leur imagination , et dans c^>
reliques consacrées que les Canadiens tuït
désignées sous le singulier nom de JfWecil;^•
Chez les Indiens missouris leshoaucp
sont d'une taille supérieure à la taille uni*
naire des Européens; mais les femmes sofi
en proportion plus petites et plus srosse^'f
corps. La moyenne de l'angle facial est, enj-
eux, de 78% celle des Cherokees étant de î^:
I5TS
SIO
D*ANTIIIIOPOLOGIE.
SIO
1571
leurs yeux sont fendus transversalement et
sans aucune obliquité ; leur nez est aauilin,
leurs lèvres sont plus épaisses que celles des
Européens 9 leurs pommettes sont saillantes
sans être aiimleuses. Les enfants nouveau-
oés sont dSm brun rougeâtre qui devient
plus blanc au bout de quelque temps, puis
enfin arrive par degrés à cette teinte qui
n est fà6 oomplétement identique chez tous
les IndienSt etque, foute d'un meilleur terme
(le comparaison y nous nommons couleur
cuivrée. Eux, à leur tour, désignent celle
des Européens par des mots qui signifient
blanc ou pâle. Leur coloration n*est pas un
effet de 1 exposition k Tair et au soleil, car
elle est la même sur les parties cou-
vertes du corps. Les femmes se marient très-
jeunes; elles portent des enfants depuis Tâge
de treize ans jusqu'à celui de quarante, et
elles en ont généralement de auatre à six.
Les Mandans sont une braucoe de la même
soache que les Dahootas ; mais il y a beau*
coup de différence entre les uns et les autres,
quant aux caractères physiques. M. Catlin,
qui voit dans cette tribu de la famille des
Sioux les descendants gallois de Tarmée du
prince Hadoc» fait connaître en détail les
Niractères physiques qui leur sont propres ;
caractères très*remarquables, qui n ont rien
le commun avec ceux des Sioux en général
^t des autres peuples de la même race. Ce
jue cette tribu offre de plus singulier, c'est
me diversité de couleurs qui ne se trouve
;hez aucune autre nation américaine.
< En entrant dans le village des Mandans,
lit M. CatJin, le voyageur est' frappé tout
l'aliord par les différences qu'il observe
laus les tons de la peau, dans la couleur des
cheveux des personnes qui l'entourent, et il
'Si sur le point de s'écrier : « Ce ne sont
' )K)int là des Indiens. «
« Il y a parmi les Mandans beaucoup d'in-
lividus dont le teint est aussi clair que celui
les métis. Parmi les femmes surtout, on en
oii qui ont la peau presque blanche et les
eux d'une nuance claire (noisette, gris ou
leu), avec des traits réguliers et délicats;
uelqucs-unes de ces femmes sont réelle-
lent belles, et toutes sont agréables par
expression de douceur et de sérénité qui
^,;ne sur leur visage, comme )>ar la modes-
:e qui se montre dans leur maintien.
« Je ne saurais dire à quoi tient cettediver-
'\^é de teint, et eux-mêmes n'ont aucunema*
ière (Fen rendre compte, puisaue dans leurs
éditions, autant que j*ai pu les connaître,
n'est aucunement fait mention d'anciens
apports avec des blancs; il paratt nïéme
u*ils n*en avaient jamais vu avant le voyage
e Lewis et Clarke, qui visitèrent leur vil-
ir^f il y a trente-trois ans. Depuis ce temps
s n ont eu que de très-rares rapports avec
es blancs, et ces rapports, eussent-ils été
eaucoup plus fréuuents, n'auraient pas suffi
ms doute pour cnanger la couleur et les
jutumes de toute une nation. Je me rap-
ellc parfaitement bien que le gouverneur
larke me dit, avant que je commençasse
lou voyage, que je trouverais dans les Man-
dans un peuple singulier et à moitié blanc.
« La diversité de couleur n'est pas moins
Srande pour les cheveux que pour le teint :
ans un groupe un peu nombreux on peut
observer toutes les nuances qui se voient
dans notre propre pays, à l'exception du
roux et du châtain doré; cela est surtout
sensible parmi les femmes, qui ne.se don-
nent pas la peine, comme les hommes le font
souvent, de changer la couleur naturelle de
leurs cheveux.
« Il y a encore chez ce peuple une parti-
cularité bien plus étrange, qui n'existe pro-
bablement nulle part ailleurs, et que rien
ne saurait expliquer. Ils ne savent eux-
mêmes à quoi l'attribuer et la considèrent
comme un caprice de la nature. On voit
quantité d'individus des deux sexes (et
parmi les enfants et les adultes comme parmi
les vieillards) qui ont les cheveux d'un gris
brillant et argenté, et quelquefois complè-
tement blancs. Celte bizarre anomalie se
remarque beaucoup plus fréquemment chez
les femmes que chez les hommes ; ceux-ci,
en effet, paraissent en être honteux et cher-
chent à cacher cette imperfection en apprê-
tant leurs cheveux avec une espèce de colle
et de la terre rouge ou noire. Les femmes,
au contraire, en paraissent fières et laissent
tomber sur leurs épaules cette singulière
chevelure qui est parfois si longue qu'elle
leur descend jusqu aux genoux. Je me suis
assuré par des observations répétées que,
sur dix ou douze individus pris au hasard
dans cette tribu, on en trouve au moins un
qui est ce que les Français appelleraient
une tête grise ; j'ai constaté, de plus, que cet
étrange et inexplicable phénomène n'est pas
le résultat d'une maladie ou d'une dispo-
sition particulière de la constitution, mais
que c'est indubitablement un caractère hé-
réditaire, qui se transmet dans les familles,
et n'indioue aucune infériorité de disposi-
tion ou d intelligence. J'ai souvent passé la
main dans cette sorte de cheveux, et je le3
ai toujours trouvés gros et durs comme des
crins de cheval, différant encore essentielle-
ment par ce caractère des cheveux d'autres
couleurs, qui, chez les Mandans, sont génér
ralement fins et doux comme de la soie. »
Dmrx autres tribus appartenant à la même
branche de la grande famille des Sioux, les
Minetaris et les Crows (Indiens Corbeaux)
nous présentent également, chacune, un
exemple des variations qui peuvent survenir
dans une race, ou, si l'on veut, des diffé-
rences qui peuvent s'observer entre les
rejetons d'une même souche. Les Crows
sont remarquables par la longueur de leurs
cheveux qui, chez les hommes, descendent
quelquefois jusqu'à terre. Ils en ont grand
soin, et dans toute la nation, peut-être, U
n'y a pas un seul individu qui ne les en -
duise d'une profusion de graisse d'ours. Du
reste, ils ne sont pas moins recherchés dans
le reste de leur toilette, et leurs vêtements
sont toujours bien entretenus. Ce sont en
général des hommes bien bAtis et de btmua
mine.
SIO
DXHONNAIftE
IS>!
tf La forme de Mte pariieulière aai Crows
peat, dit M. Catlin, être citée eomme exemple
de CCS traits qui caraetéiiseut physiquement
ime nation ; elle est, 80ua ce rapport, très-
di^e de fixer ratteotioDf aussi y revien-
drai-ie plus lard. Cette particularité est très-
visible dans les deux portraits dont je viens
de parler ; comme ils sont tous les deux pris
de profd, la silhouette de leur visage montre
parfaitement cette forme semi-lunaire dont
j'ai (arlé plus haut, forme tout à fiiit ca-
ractéristique, qui dislin^e de la manière la
|ilus tranchée les Crows des Pieds-Noirs,
des Sbiennies, des Knisleneaux, des Man-
dans, et ne permet pas de supposer qu*il*
aient avec ces tribus, non plus qu'avec les
autres qui existent maintenant dans ces
régions, la moindre relation de parenté.
« il est bien entendu que le caractère
dont nous parlons est, comme tous ceux qui
distinguent les nations entre elles, sujet à
quelques exceptions ; mais ces exceptions
sont peu nombreuses , et la grande majorité
des Crows nous offre ce protii arrondi, qui
tient à Texcessive saillie du nez, dont le con-
tour fortement arqué secontinue en hautavec
la ligne fuyante du front. Chez les hommes les
es frontaux sont en effet tellement inclinés en
arrière qu'ils nous rappellent tout à fait la
fi>rme de cette partie chez les Indiens Tètes-
Plates qui vivent de Vautre c6té des mon-
tagnes nocheuses ; mais chez ces' derniers
Vhorrible déformation dont nous parlons
est artificielle, tandis que, chez les Crows,
l'aplatissement du front est naturel, et peut,
par eonséquent, être considéré comme un
caractère de race et comme un caractère des
plus importants, s
M. Catlin a décrit aussi les Osaees, les
Konzas, les Mahas et les Ottoes, qu*»l recou-e
naît comme appartenant k une seule et môme
Bation.
Tribus du pied des moniagnen Rockeuiei,
— Piedi^oim. — A Touest du pays des
Minetaris, entre le territoire de cette tribu
et les montagnes Rocheuses, est une vaste
contrée arrosée par le Missouri et le Yel-
)ow-Stone, dans la partie supérieure de leiu*
cours, et par la branche méridionale du
Saskatschawin, rivière qui, prenant naissance
dans la chaîne de montagnes que nous ve-
nons de nommer, va se perdre dans le lac
Winipck. Cette contrée, formée principale-
ment de grandes prairies abondantes en
troupeaux de bisons, est le séjour de deux
nations indiennes qui parlent des langues
différentes: les Pieds-Noirs et les Gros-Ven-
tres ou Indiens de la Cascade (FaU-/fidîans,
Rapid'Indians). Les Pieds-Noirs sont un peu-
ple très-puissant et très^ombreux; leur
population est estimée à trente mille
ànies (825).
'M. Catlin dît que les Pieds-Noirs sont une
des tribus les plus nombreuses de TAmc'-
rique du Nord. Ils occupent tout le pays
voisin des sources du Missouri^ depuis 1 em-
(IM) G Ail. A TIN , Arehœetû^n AmerUana , pag.
îoù.
bouchure de la rivière Yeilow-fitooe, jv*
qu'aux montagnes Rocheuses. Les Pieds.
Noirs , proprement dits , se divisenl en
Îuatre bandes^u familles, savoir: la bande
es Pa-e-^ns, qui comptent cinq teirt?
loges ; la liandes des Pieds-Noirs propremnc
dits, de quatre cent cinquaute loges; h
bande du Sang, de quatre oeot dnquante;
celle du Petit-iiodeur {Smail Rarer) de dm
cent cinquante. Ces quatre bandes forment
donc à peu près un ensemble de deux mille
cinq cents loges, et chaque loge représen-
tant ou moyenne phis de dîi têtes, leur
population totale ne peut guère ètreso-
dessous de trente mille âmes (9SXj.
Les Shoshonees on Indiens-Serpents, qui
habitent le haut pays situé de deux oMésde
la Cordillère de TAmérique du Nord, sont
en guerre perpétuelle avec les Keds-N«ire,
qui prétendent leur interdire la chasse dans
les prairies à bisons. Lewis et Clarke nous
les dépeignent comme des homaies In-
pus, assez petits, maigres et ayant les pom*
mettes hautes.
Plus loin, au sud, surrArkansasettaPhUe,
se trouvent plusieurs tribus d'Indiens que
Ton comprend sous le nom de Padncastce
sont les letans, nommés Ctimanofaes par les
Espagnols, les Kiawas et les Dtahs. Cestà
Pike que nous devons de savoir que ctWi
dernière tribu parle la même laogua que les
deux autres ; les U*ois réunies forment use
nation très-nombreuse. Le nom de Paduca»
ap[idrtient à toute la race; c'est celui qus
leur donnent leurs voisins, les Pawnees
Nous devons au major Pike les renseigne*
ments suivants sur la distribution géo^-
phique des diverses tribus de Paducas.
Les Kyaways errant aux environs d^
sources de la rivière Platte; ils possède!
d'immenses troupeaux de chevaux, et soQt «i
E;uerre ouverte avec les Pawnees et les
etans, de môme qu'avec les Sioax. ha
Utahs, dont la vie est également nomade,
fréquentent les sources du Rio del Norte.
Les letans qui forment la plus puissante ues
trois tribus, sont peut-être les moins civilisé!
de tous ces Indiens ; sans cesse en IKOQv^
ment, ils ne s'occupent jamais de culture, et
subsistent uniquement du produit de ia
chasse. Leurs courses ont pour liroite. à
Touest les frontières du Nouveau-Mexique,
au sud le territoire des nations du bas de h
rivière Rouge, & Test le pays des Pawnees fl
des Osages, et au nord celui des Dlabs, d»
Kyaways, et d'autres nations moins coniiur.
Pike ajoute que les Utahs et les Kyaways fca-
bitent les montagnes du nord du Mexiquet
et une les letans se tiennent vers les sourifi
de la rivière Kouge de TArkansas et du lUo
del Norte (827).
I^es Apaches sont une nation d'Indiens qui
se (rou vent depuis les montagnes Noire^idu
Nouveau-Mexique jusqu*à la provinte d«
C/>gguilla (Cohaguilaj, et qui tiennenld^»*
un état continuel aalarmes les l'xonli< t^^
(8^7) Exploratory travcU^ p. 194 ci ii4.
iZTî
SfO
DATriiaorOLOCIE.
î;om
1578
<ies troi& provinces limitrophes : celle nalivu
.s'éîeDilait auirelbis depuis la source de Rio*
Grande jusqu'au golfe de Californie. Les
Nanabaus occupent un canton situé au noni-
ouest de Santa-Fé; on suppose qu'ils sont
forts de deux mille guerriers. « Ces Indiens,
dH Pike, de même que d'autres t^ui se trou-
Tent, plus à Touest, dans le voisinage de la
Californie, parlent les langues des Apaches
et des Lee Panis» peuples dont le territoire
ost encore sur la même ligne, mais du côté
o;*poséy et en aUant vers ] Atlantique. »
Vater eonjeeture, d'après la ressemblance
des noHi» de Lee Paiiis et de Pavnees, qu'il
existe entre les deux nations des liens de
eonsoigiunité ; mais cette opinion iiaratt
u'ètre pas d'accord avec celle de Pike.
Les naturels des hautes régions des mon-
tagnes Rocheuses, sur l'un et Tautre versant,
ont, de même que les habitants des pays
élevés dans l'ancien ix)ntînen(, une couleur
de peau plus claire que les habitants du plat
pays. M. James nous assure que les Indiens
Kiàwset Kaskaias ont souvent, pendant leur
Îiremière jeunesse, les cheveux d'une cou-
eur beaucoup plus claire que ceux des na-
tions du Missouri ; il dit : «Un jeune garçon
de quinze ans environ, qui est venu nous
voir aujourd'hui, était tout h fait blon-l. La
roaleur de ses cheveux était d'un jaune
foncé. »
Il parait que cette teinte claire de la peau
ot des cheveux, qui est un cas exceptionnol
parmi les races américaines, se préfcule
au^si dans la ra?e des Apacîies. C'est' à ceiie
rare qu'appartient la nation des Lee Panis,
l'ation cmi, selon ce que Pike nous apircnvl,
a pousse ses excursions assez avant dans fa
province du Texas. « Son ancienne résidence,
nous dit ce voyageur, était près des borJs
fie la mer, vers l'embouchure du Rio^îrande,
point où les montagnes se rapprochent beau-
loup de la côte. Les Lee Panis, ajoule-t-il,
<^ont divisés en trois bandes. Ils ont les rhe^
veux blondgy et sont généralement des hom-
ises de belle apparence. Leurs armes sont
la tance, l'arc et les flèches. »
Dans la partie septentrionale des monta-
unes Rocheuses, Alexandre Mackenzie a
U ouvé diverses nations dont lorii^ine et la
langue sont inconnues.D'aprèsun Délit voca-
bulaire que ce voyageur a donné uu dialecte
de la nation des Atnahs, il y a lieu de croire
que ces langues sont du nombre de celles
qui ont unu certaine ressemblance avec le
mexicain, par la réj étition fréquente de cer-
taines articulations j^artirulières. Quelques-
unes des tribus qui ont élé trouvées sur les
|iarties élevées du versant occidental de celle
grande chaîne de montagnes, s'éloignent
considérablement, quant aux caractères phy-
siques, des traits généraux des abori^/ènes
ou TAmérlque du NorJ. Des Indiens que
Mackensie désigne sous le nom d'Indiens
(8Î8-29) l.es phénomi^nos cliîmîqiifsde la rr^pira-
lîon, qiift êei appareil iicneux dclerniine, par Tin-
UMiuëuiaire des divisions pulmoiiai.es do grand
tics montagnes Kocbeuses ont, nous dit-on,
la peau d*un jaune sale. Plus à Touest en-
core, est le viîlage des Amis [Friendly vil-
lage)^ dont les habitanîs ont le visa;^e rond,
les jjommeftes arrondies et le teirJ "entre la
couleur olfve et la couleur cuivrée. Ils ont
de pe'Jts yeux gris avec une nuance de
rouge et des cheveux d'un brunfoncé^ tirant
sur le noir. Ils atiparfienncnt à une nation
distincte de la première. Une autre tribu,
plus voisine des montagnes, est dépeinte
dans des termes è peu près semblables. « La
couleur de leurs yeux* est d'un gris tirant
sur le roux ; ils ont tous les pommettes hau-
tes, et ce caractère est surtout très-marqué
chez les femmes. »
D*a[Tès tout ce aue nous venons de voir,
il est évident que l'on a été beau o-ip trop
loin dans ce que l'on a dit de Tuniformitô
des caractères physiques chez les racos amé-
ricaines ; il V a de nombreuses déviations
du type général, et quelques-unes très-fraj>
pantes, comme celles dont nous venons de
Ijarler, je veux dire l'apparition de nuan-
ces claires dans la couleur de la peau et
dans celle des cheveux chez des hommes gui
habitent des réf^ons élevées; cette déviation
du reste est une de celles dont les autres
grandes divisions du genre humain nous
offrent également des exemples dans des
circonstances analogues.
SLAV£$. Yoy* Ecmore hodebhe.
SOMMEIL. — Nos organes tendent natu-
rellement an repos; le mouvement les im-
portune , un eiereioe un peu prolongé les
affaiblit, les épuise ; aussi ne pouvons-nous
les employer que pmdant un certain temps
oui même se trouve renfermé dans de très*
étroites limites.
A peine, en effet, quelques heures se sont-
elles écoulées dans rexercice de la pensée ,
dans l'expression des idées, et dansia produc-
tion des mouvements, que nos appareils sen-
silifs perdent leur faculté transmissive, et
nos muscles leur contractîlîté. lî se déve-
loppe alors dans notre organisation des mo-
ditications vitales perceplibles qui nous
font sentir qu'ils ont besoin de repos. D'a-
bord la tè!e devient lourde, une douce lan-
gueur se répand dans tout l'organisme, des
nâillements fréquents annoncent que Tin-
fluence de l'encéphale sur le système pul-
monaire a perdu de son activité (828-19 .
Des pandiculations cherchent vainement
è dissiper rengourdîssement du système
musculaire; la station verticale devient
impossible, le corps ne peut plus se soute-
nir, il chancelle, il pl?e, i! a besoin de repo-
ser sur le bassin ; et même, dans cette situa-
tion, un appui étranger r.ui s'oppose ^ sa
chute lui oerient nécessaire, ou, ce qui e^t
le plus ordinaire , il faut qu'il soit étendu
sur un plan horizontal, position qoi est la
plus favorable au repos des mosdes. Bientôt
!;Tn)palbif|ne, lannissent; il faut ipi^vne iiM|Nnlioa
pi\ToT.f1e et ane lenCe eip'ratioo vu mim les rafti
mer, et le bàUlemeni s>ierce.
1379
SO»
D3<.tio.n.nair;:
SOM
izm
les yeux s^appesanlissent , se troublent , la
lumière n'est plus perçue , ils se ferment;
1e^ instruments du tact et du toucher, ceux«
de Toriorat et du eoût , suspendent leurs
fonctions ; ensuite le sens de rouïe, qui est
le dernier à devenir inactif, cesse de trans-
mettre les vibrations sonores. Nous ne pou-
vons alors le plus ordinairement « ni rece-
voir les impressions extérieures, ni exprimer
nos idées, ni nous mouvoir; et cet état , où
nos instruments refusent de nous servir ,
où tous nos rapports avec les objets qui
nous environnent se trouvent interrompus ,
où notre substance matérielle n*exerce plus
que les fonctions internes relatives à I en-
tretien des organes, constitue ce que l'on
appelle le sommeil.
Toutefois, bien que le sommeil soitTeffet
inévitable de Taction des organes sensitifs
et locomoteurs qui s*épuisent dans les fonc-
tions qu'ils exercent, il demeure cependant
soumis, jusqu*à un certain point, à rempire
de la volonté. Ainsi , alors même que par
un trop long exercice, nos sens tendent for-
tement à se fermer et que nos muscles se
relâchent h la suite des contractions trop
violentes ou trop longtemps soutenues, nous
pouvons,pendant un certain temps du moins,
vaincre cette tendance , quelque intense
qu'elle soit, et ce relâchement , ramener ces
organes h leurs actions accoutumées, et
montrer ainsi que l'être qui veut agir n'est
pas celui qui tend au repos, qu'ils sont, par
cela seul, opposés de nature , puisque I un
commande impérieusement la veille, tandis
que l'autre réclame vivement le sommeil.
Ces différences de nature se montrent en-
core d'une manière évidente dans ce repos de
l'organisation. L'homme, en effet, ne parti-
cipe nullement à l'inaction de ses organes;
il veille^ tandis que ses instruments 1 aban-
donnent et que tout dort autour de lui : et
cela parce que , n'étant point matière^ le
repos n'est point dans son essence, et que,
pour lui, être c'est a^ selon sa nature ,
c'est-à-dire peneer (830). Aussi tandis que les
parties de sa substance matérielle qui le
servent, affaiblies, épuisées par des mouve-
ments trop prolongés , le laissent livré h
lui-même, il ne cesse point d'exercer ses
facultés intellectuelles, et ne perd rien de
son activité.
Mais il ne peut penser sur rien de ce qui
l'entoure ; le présent lui est ravi , tous ses
sens sont fermés. Il n'a donc plus à sa dis-
position que le passé et rarenir , et il ne
peut mettre eu action que l'imagination et
la mémoire. On appelle r^ret les produits
divers de ces deux fonctions.
La mémoire rappelle le plus souvent les
idées récentes, ou celles , plus anciennes,
qui ont iait une vive impression. L'iroaçina-
tion reproduit, dans ses combinaisons diver-
sesi celles qvi se rattachent à des projets fm*-
temeot conçus ». à 4es espérances vivement
(830) L'h«nne n'est pu le Mattie de ne pas pM-
ssr; la peméeesi sa «m, «enNne ios lnDcttoi» ciin-
ttiuiciit celle de la matière orgaoîséi' : il n'y a que le
«onttes , h des sentiments prolondément
éprouvés, h des accidents que Von redoute •
à des événements que Ton désire , k des
succès que l'on attend. De là ce^ rAv«s où le
passé se retrace avec la plus grande exacti-
tude , ces questions obscures qui s*éc1air-
cissent , ces problèmes difficiles que Ton
résout avec tant de facilité, ces pressenti-
ments , ces espèces de prédictions que Ion
voit s'accomplir d*une manière si étounante.
parce que, dans tous ces cas, l'être intelli-
gent, tout entier h l'objet dont il s'occupe ,
n'étant distrait par rien du dehors , s'en
pénètre profondément , • le considère sou<
toutes ses fiices , ne laisse échapper «ucun
de ses rapports, juge des événements futurs
avec une sagacité extrême, en calcule tontes
les chances, en apprécie toutes les dilllcaltés,
et lit dans 1 avemr, pendant le repos de ses
organes, avec plus de clarté que lorsqa*il les
a À sa dispositiun.De là aussi cescompositions
du génie qui étonnent, lorsque le sommeil a
cessé, qui brillent du plus vit éclat , étant
nées d'un esprit libre de toute gêne, toat es-
tier h lui-même, qui a conçu vivement toutes
les convenances des objets ; ou bien ces pro-
ductions bizarres, ces monstres horribles, c?s
accidents fâcheux , ces espérances réalisées,
enfautésdaiis le délire des (tassions vielentes«
illusions qui ne se dissipent pas foujonrs au
moment du réveil. De la, enun, cette agita-
tion, ces soubresauts , ces tressaillements ,
ces mouvements produits par la frajenr» ces
soupirs , ces gémissements , ou bien ces
éclats de rire, ces cris de joie , et quelque-
fois ces expressions articulées, ces discours
suivis, et même ces mouvements locomo-
teurs dirigés par la mémoire dans un but
&\e (le somnambulisme) ; car les instru-
ments de l'homme ne sont pas dans une
inaction générale, et souvent ses ap|iaretls
sensitifs seuls lui sont ravis. Il est même
digne de remarque que celui de Touîe « qai
est le dernier à cesser d'agir, conlinae qnef-
quefois d'exercer ses fonctions pendant que
tous les autres se reposent ; ainsi iJ n'e^i
pas rare de voir des individus endormis
surtout des somnambules , répondre exacte-
ment aux questions çu'on leur adresse* H
montrer la même rectitude de jugement que
s'ils étaient éveillés.
Toutefois, le plus souvent, aans le som-
nambulisme, tous les sens sont fermés anx
impressions extérieures ; le somnambule
n'entend rien, ne voit rien de ce qui se passse
autour de lui. Ses appareils mêmes du Im*
cher et du tact sont insensibles. Cesl aîM^
qu'on le voit heurter sans s'éveiller, cnatre
les corps que Ton place sur ses pas, alhiia^«
sans la voir, une lampe pour se conduire,
quoique une autre, qu'il ne voit pas dara»-
ta^e, éclaire le lieu où il se trouve. Cependanc,
par le seul secours de la mémoire-* il par-
court, sans s'é^rer et sans faire die cbuc^*
les chemins les plus tortueux, les plus
choix «k ses idées et «le ses actes qpA sois a sa
posUion.
m
SOM
D*ANTimorOLOGie.
SOM
13SI
|>r('Ut, ies plus dUnciles, et il etécutc avec
la plus grande précision des actes qnW n'ac-
complirail pas aussi bien s*il était dirigé pai
les sens. On peut donc dire que le somnam-
bulisme est une ahstraction, une rêverie
profonde pendant le sommeil, qui, aidée
empire ueiinîelligei
tous les instruments de la locomotion (831).
Tous ces phénomènes, ainsi que ceux que
BOUS venons d'exposer relativement aux ré-
yes, démontrent évidenmient que Thomme
n'est point son organisation, et conflrmcnt
pleinement tout ce que nous avons dit de
son immatérialité dans nos prolégomènes.
En effet, puisque Tencéphale ne reçoit plus
rien par les sens, que, par conséquent, au-
cune impression mat(:rielle ne s*exerce sur
lui, et que, d'une autre part, la matière
esl inerte , passive , et ne peut agir et
se mouvoir aune manière spontanée, il est
éviilent que ce n*est pas lui qui pense,
qui stnit, qui se meut, dans les rêves, qui
conçoit des idées, qui éprouve des alToctions,
(|ui 1ns exprime, qui provoque et dirige des
inouve;nents : c'est donc un autre être, un
èire qui n'est point matière^ pour qui même
lu matérialité serait un obstacle insurmonta-
ble aux fonctions qu'il exerce, et cet être,
c'est Vétre intelUqent,
Avouons toutefois que certaines conditions
organiques sont nécessaires pour la produc-
tion des songes. Dans l'ivresse, la mémoire
ne peut les rappeler ; lorsque le vin n a pro-
duit que de la gatté, les rêves sont prompts
et continuels, et on en conserve au réveil,
un parfait souTenir. Ënfm dans le sommeil
produit par l'opium, les rêves sont très-ani-
més, très-brillants , très-variés {Joum. de
physiologie de Magbndie, t« VIII, p. 31â et
313) ; et comme, dans le premier cas, le cer-
velet est, dit-on , profondément affecté, et
(fuil l'est peu ou point dans les autres, on en
a conclu que cet organe produisait les son-
ges, comme étant Faboutissant de presque
tous les nerfs sensitifs. Mais nous ferons
remarquer, à ce sujet, que les nerfs de la
vue, de rouïe, de 1 odorat et du goût, ne
^v rendent point, et que, par conséquent, le
îiiésocéphale et le cerveau pourraient à bon
Imit réclamer la même prérogative.
Quoi (^u'il en soit, faut-il conclure de ces
<»its, qui semblent prouver que le cervelet
nilue sur les songes, que c'est cet organe
|ui les produit immédiatement 1 En un mot
jue c'est lui qui rêve ? Mais comment une
uiistance matérielle pourrait-elle se ressou-
onir et imaginer? Nous avons démontré
Hr:. E^cépbale). Que ces actes intellectuels
tïtnient point dans sa uature. Si donc ta
lémoire ne lui appartient point et si Tima-
inatton lui est étrangère, il demeure évident
qu'elle ne saurait rêver. Tout ce que Ton
peut attriimer au cervelet, dans certaines
* circonstances, comme à tout le reste de l'ap-
Sareil encéphalique , quels que soient les
léments de cet appareil qui influent sur la
production des songes, c'est l'état organique
qui y donne lieu. On peut concevoir qu'il se
développe, dans l'encéphale, certaines in-
fluences matérielles, ou, si l'on veut, des
mouvements analo^iies à ceux que produi-
sent des impressions antérieures, ou que cet
appareil conserve pendant un certain temps
les impressions transmises, et que ces mou-
vements et ces impressions donnent lieu,
pendant le sommeil à des perceptions imagi-
naires, et, par suite, à la chaîne des i<iées
dont les rêves sont composés. Mais ces mou-
vements et ces impressions qui ne sont
que (les déplacements matériels, ne peuvent
constituer des idées, que le jugement seul
peut produire; d'où il faut nécessairement
conclure que les rêves ne peuvent appartenir
à l'encéphale, et qu'ils sont l'attribut d'un
être immatériel.
Mais q^ui pourrait dire quels sont les rap-
ports qui lient entre eux, dans ces cas, les
songes et Tétat de la matière encépbaHque ?
Ils ne sont pas moins obscurs que ceux qui
existent entre les impressions extérieures et
la perception, et notre faible intelligence
doit s'abaisser devant de si profimds mystè-
res. Nous savons seulement que dans les
songes, Thomme petite, tantôt^ la suite d'irn-
I)ressions récemment éprouvées, et d'autres
'ois indépendamment de toute excitation ex-
térieure, montrant ainsi que, dans cet acte,
il ne conserve plus de rapports sensibles avec
son organisation.
Au reste, cet isolement de l'homme, rela-
tivement à son organisation, est bien ma-
nifeste même dans la veille, et nous mon-
tre la véritable, nature des rêves. Combien
de fois, en effet, n'abandonnons-nous pas
nos organes pour. nous replier au dedans
de nous-mêmes, pour nous reporter vers
le passé, ou pour nous élancer dans l'ave-
nir? Combien de fois, dans ces méditations
profondes, ne voyons-nous pas se dérouler
devant les yeux tout le tableau de nos jours
écoulés, tous les événements de notre vie,
ou bien se présenter à nos regards l'exécu-
tion de nos projets, tous les succès dont
l'espérance nous berce, ou tous les fâcheux
accidents que nous redoutons? Ne sommes-
nous pas alors en tout semblables h celui
que le sommeil retient sous son empire,
et faisons-nous autre chose que rértr f Ne
rêvons-nous pas surtout, lorsque nous nous
abandonnons h nos rêveries et que mille
iiiées, quelquefois sans liaiv^ons intimes, se
succèdent, se ci*oisent, se mêlent dans no-
tre esprit, naissent d'abord d*une idée pre-
mière, puis se confondent avec une foule
(H5I) Au réveil, le sonnambule a oublié tous ses nous nous livrons psmlani la ?eille; lors4|De mws
it^s , parce qu*ib n'avaient pour objet que des revenons à ce r,;ii nous entoure, nous iw povvoLs
'iisstions pasMes plus ou moins éloigpées, on des r?.ppclor h notre mémoire tes olij^ts doct noue «s-
li^s conçues depius un temps plus ou moins lon^r. pr.i sVst ociupé.
i'ii Obi de même après les révçries auRquellcs .
1585
SOM
WCTlONNAmE
son
m
iTïilCtes ûc(*cssr»1rc?s, qxif mènie souyent n'y
uni aucun rapport.
Voyez aussi ce qui a lieu dans les affec-
tions eitaliques, voyez encore ce qui se
nasse dans ce délire nerveux qui sur-
vient après les grandes opérations chirur-
f^irales, et que M. Dupuytren a fait connaî-
tre dans Y Annuaire méaico-chirurgital de$
hôpitaux fl8l9). Dans \e wreinier cas Tor^a-
nîsatîon est poiir le malade comme si elle
n'existait point; Tôtre intelligent exerce
seul, isolément par lui-môme et sans le se-
cours de la matière, toutes ses facultés,
preuve évidente qu'il forme un être à part,
et entièrement différent de ses Organes.
Dans te second, ces mômes organes ne sont
que des instruments passifs dont il se sert
pour exercer les actes qu'une imagination
exaltée provocjue; mais dans l'un et dans
l'antre, comme dans le somnambulisme,
les malades ne perçoivent aucune impression
extérieure, quelque vive qu'elle soit, et
toutes les fonctions intellectuelles s'exercent
indépendamment de l'influence de l'appa-
reil encéphalique; considérations impor-
tantes qui ramenèrent Georj^et à la doctrine
du spiritualisme, et qui lui (irent déposer si
ffénéreusemenl sa nouvelle profession de
loi dans le testament qu'il écrivit peu <îe
temps avant sa mort (832).
Les rêves de Timasp nation ont leur source
non-seulement dans des idées déjà conçues,
maïs encore dans dos perceptions présentes;
ainsi un bruit que l'on entend en rêvant se
môle au rêve par les idées au'il fait naître
et en change la nature; i abondance de
la licrueur prolifique dans les vésicules sé-
minales produil une impression dont la
Krceptîon donne lieu à des rêves Jascîfs ;
ction des urines sur les parois de la ves-
sie fiiit sentir pendant le sommeil le besoin
d'uriner, et j^roduit des rêves qui s'y rap-
portent. Des illusions analogues naissent de
^rertains états maladifs ; une digestion labo-
rieuse par excès d'aliments, dans laquelle
rabaissement du diaphragme est gêné et la
resfnration pénible, fait rêver la présence
<rnn poids qui oppresse, ou d'un élre ani-
mé , de forme variée, bizarre ou effrayante,
qui comprime le thorax, phénomène au-
quel on a donné le nom d'incube; des affec^
tions organi(fues du cœur causent dos r^vcs
suffocants, et qui produisent ce réveil en
sursaut si fréquentent dans ces maladies ;
tes hydropisies diverses, l'ascite surtout,
en font naître qui ont pour objet des eaux
^'écoulant en torrent, tombant en cascade
ou inondant les lieux où l'on se trouve pla-
cé, etc. Tous ces rêves proviennent des im-
pressions variées que les causes qui les dé-
(83i) Voiei cette (lédaraiien d'un écrivain qui iPa
pMnt map de rëpwlier Terreur, et de revenir 4 la
vérité qu*il avait abandonnée.
€ £n 1821, dans mon ouvrage sur la physiologie
4o syaltae nerveux, j*âi hautemenl professé le mm-
iénmiiême. L'année précédente , j'avais publié un
iraité sur Is folie, dans lequel sont émis des prin-
cipes contraires ou du moins en rapport avec les
croyances remues généralement (p. 4â, 51, 52 et lU) ;
terminent Ibnt sur les prolongements eor^
phaliques internes, et que notre toe, libre
de ses rapports extérieurs , et par consé-
quent de toute distraction, perçoit avec la
plus çrande exactitude.
Mais une chose digne de remarque dan^
la pensée des rêves , c'est sa fugaeUé, h\
effet, bien que l'hoœme rêve toujours pen-
dant la suspension des fonctions de ses or-
ganes (car il est une intelligeiioe, etlon
ne peut le concevoir un instant sans pensée
puiscpie la pensée est sa vie , comme celle
de la matière omnisée consiste dans m
fonctions), toutefois ordinairemeia au ré-
veil les rêves se dissipent, l'esprit demeure
entièrement vide de ces conceptions, la
mémoire ne peut rien rappeler de ce qu'elie
a retracé pendant ie sommeil , ni de tout ee
que Timagination a pu produire. Et cela
ne doit pas nous surprendre ; Tboflame nV
gissant alors que sur des sensations on des
idées qu'il ne fait, pour ainsi dire, quVt-
âeurer, qu'il parcourt avec une rapidité ei-
Irême, et seulement de souveuir, n*ea peut
recevoir une impression profonde, et t-cue
impression est pron)ptement efibcéeauié-
veii par des réalités. Le même phénomène
a lieu pendant la veiUe ; combien de fots
des sensations , des idées ou des prodaits
de Timagination ne s'écfaappenl41s pas de
notre mémoire au moment où ils viennent
de nattre , de telle sorte que nous ne pou-
vons tes ressaisir qu'avec une grande diffi-
culté? Au reste, si souvent les rêves s'éva-
nouissent avec tant de promptitude, cela n'a
lieu que lorsqu'ils ont pour objet des idées
qui nous frappent faiblement, et il n'est \4%
rare que nous i)uissions, à notre réveil, et
m^roe après un assez long intervalle, en
rappeler tous les détails avec la plus grande
exactitude. On peut même, lorsqu'un rêve
a été interrompu, en provoquer et en déte^
miner volontairement la suite, en fiiaot
fortement notre pensée sur ce qui en était
l'objet , et en nous livrant de nouveau ao
sommeil ; nouvelle preuve qn'il ne saurati
■être un produit de la matik*e.
Tout ee que nous avons dît jusqu*id dé-
montre |ileinement que le sommeil u appar-
tient point à Thomme, qu'il lui est étran^'T'r.
qu'il n'est que ie repos des organes, qui fa-
tigués, affaiblis, épuisés par leur exerti».
ont perdu la faculté de le servir.
Mais quelle est la cause immédiate de rH
état organique ? Consiste-t-eUe dans un e th
gercement du cerveau?... Une compressioii
cérébrale, les narcotiques, tout ce qui pro-
duit dans cet or^e un afflux considérsbi<
du fluide sanguin, le développe; et, d aprr^
cela, il semblerait évidemment qu'il nX
et a peine aTsis-je mis au jour la pbysialoftie à
SYStème perveux, que de Doovefles raédiiaiians 9» »
phénomène bien extraordinaire, le somnimbttiisiy.
ne me permirent plus de dooter de Texistfoce. <i
Boas ei hors de nous, d'an pmcipe hadÈifoa mi
à fait digèrent dêt extUemm tnatérieliet. Il t a (ki
moi, à cet égard, une eoneietian profonde^ fûâk m
de* faite qm je cr^U imcmteeiMea.,... i" wga
im. >
frSj
SOM
D*ANTnHOrOLOGlE.
son
I38tf
dû qu'à l*6xcës de plénitude des vaisseaux
cérébraui. Toutefois le soffimeil est volon-
taire; il suffit de se dérober à la lumière et
au bruit, de suspendre tous ses mouvements,
et de vouloir dormir, pour le produire, tant
la matière vivante a de tendance vers le re*
posi tant elle ne se soutient en action que
par (les excitations plus ou moins vives 1
ScraiMl donc en notre pouvoir d'engorger à
volonté notre cerveau, dont les mouvements
vitaoi, comme ceux de tous les autres or-
ganes, échappent à notre empire (833)7
Avouons que la cause immédiate du som-
meil nous est inconnue, et contentons-nous
de dire qu'il dépend de la diminution ou de
raffaiblissem^nt du principe matériel, quel
qu'il soit, qui détermine tes transmissions
sensitives, les manifestations diverses, les
mouvements do la locomotion, et que la vo-
lonté dirige, et qu'il a été établi par l'intel-
licence suprême, aGn que ce principe fsûlse
reparer par rinaction suffisamment prolon-
gée des instruments de nos relations. Voilà
pourquoi tout accès se ferme aux impres-
sions extérieures, et tout mouvement est
soustrait à l'empire de la volonté par l'en-
gourdissement de l'encéphale.
Mais dès que le principe des fonctions
;ensitives et locomotrices a repris son
énergie , dès que les appareils sensitifs et
ocomoteurs ont retrouve dans le repos l'ac-
irité qu'ils avaient perdue, les premiers
ouvrent aux impressions extérieures, qu'ils
»euvent de nouveau transmettre, et les
pronds offrent h l'homme leur force locomo-
ice qu'ils peuvent alors exercer ; en un
lot , les uns et les autres s'éveillent , car
éveil ne peut appartenir qu'à la matière ,
ui, seule, a besoin de se reposer et dont les
*nction$ sont nécessairement intermitten-
s, et ne peut être exercé par un être imma-
riel, intelligent, dont lactivité constitue la
e, et qui ne dort jamais. Aussi , bien que
)s instruments fatigués réclament vivc-
cnt un repos encore nécessaire, dans pju-
[îur:$ circonstances nous les forçons de
reiller^ et même nous en limitons le fom-
r.'i], et nous lui donnons une régularité de
irée très-rf»marquahle ; nouvelle preuve
iiJente de l'existence d'un être intelligent
>entiellenient libre au'milieu de nos orga-
s , et par conséquent immatériel. Cela
liserve dans les cas où une idée prédomi-
nte occupe fortement l'esprit, et où un
•jet conçu, des occupations forcées , fixent
!emps du repos des organes.
iansd*9utres cas, ce repos est troublé, non
rit directement par I^omme lui-même,
is par des causes venues du dehors ; nos
trunaeDts alors sont réteillés. Un bruit
s ou moins intense, une lumière plus ou
ins rive , une impression plus ou moins
sibie sur le système cutané , ime odeur
plus ou moins i énétrante , des impressions
internes , telles que celles produites par les
matières fécales ou les urines sur les parois
des intestins ou de la vessie , produisent ce
phénomène. Les appareils qui reçoivent ces
impressions , et qui en sont plus ou moins
vivement excités, les transmettent tantôt
faiblement, et tantôt avec une intensité plus
ou moins considérable. Dans le premier cas,
l'homme les perçoit obscurément , et il ne
réveille ses organes que d'une nianière lento,
et pour ainsi dire avec réflexion , ou même
il les laisse en repos, jugeant que leur réveil
n'est pas nécessaire. Lorsque , au contraire,
la transmission est vive, le réveil est rapide,
et l'homme alors ouvre tous ses appareils
aux impressions extérieures, se meut même
si les circonstances l'exigent, bien que ses
organes soient plus ou moins engourdis
(nouvelle preuve qu'il n'a aucun rapport de
nature avec la matière, qui ici tend évidem-
ment au repos) , ou bien il les abandonne à
eux-mêmes , si leur action est inutile , et ils
reprennent leur sommeil.
Un phénomène non moins rcmarauablo
est le réveil déterminé par un bruit iéi;er,
insolite, ou qui se lie à quelque idée i)récé-
demment conçue, tandis que le souiu)cil
n'est pas troublé par un bruit beaucoup plus
fort , mais que l'on a l'habitude d'cntcndro
et qui n'offre aucun intérêt. Dons ces deux
cas, l'appareil auditif restant le même, il est
évident que la matière organique n'y est
pour rien , et que la cause en est intellec-
tuelle. Dans le premier, l'être intelligent
éprouve une sensation qui lui est inconnue,
il veut en voir la cause ; ou qui l'intéresse ,
et il veut la juger ; il réveille alors ses orga-
nes. Dans le second cas, le bruit qu'il entend
est le même qui l'a longtemps frapjjé , il le
sait ; rien alors ne l'excite , et il laisse dor-
mir ses appareils. Si ces phénomènes étaient
purement matériels, le contraire devrait
arriver. Ils dépendent <lonc d'une autre cause,
et cette cause, c'est Vattention^ portée vive-
ment , dans l'un , sur une perception incon-
nue ou qui attire , détournée , dans l'autre ,
d'un bruit accoutumé , et démontrant ainsi
que le sommeil est étranger à l'intelligence.
Enfin il est des circonstances où les rêves
eux-mêmes déterminent le réveil. C'est
lorsque une émotion vive , brusque , nous
agite , comme dans ceux où nous croyons
tomber dans un précipice , où un ennemi
nous poursuit et est près de nous atteindre ,
ou bien lorsque nous y éprouvons les dou-
ceurs d'un bonheur inespéré , les angoisses
du désespoir ou l'agitation d'une joie exces-
sive. Dans tous ces cas , une modification
organique perceptible se développe, comme
dans la veille, au dedans de nous, et nous la
percevons, ce qui démontre encore que c'est
un être spirituel qui pense et qui sent dans
o3) Le désengorgeons-nous lorsque nous résis-
au sommeil, que nous le combattons eflicaoe-
c« qiie nous le dissipons; lors surtout que nous
» éveillons à notre gré, à Tiieure que notre vo-
* prescrit, qu'elle a déterminée d*avance? On ne
DicTi0!v?i. d'Anturopologie.
peut pas dire non plus que ce soit le cerceau qui
6*engorge et se désengorge xolontaîrement lui-ntènie,
car la mafière ru peut vouloir. Qu'est-ce donc que ir
sommeil?... 0 ahitudo.
4'»
4587
SOM
DICTIONNAIRE
SOR
m
les rêves ; celte perception le fait réagir sur
ses instruments , soit pour fuir le mal dans
lequel rima^pnation Tavait plongé, soit pour
posséder plus pleinement le bien dont elle
te faisait jouir , et , par cette réaction , tous
ses sens excités , reveillés , s*ouvrent aux
impressions extérieures, et le ramènent à la
réalité (834).
Le sommeil ou le repos des organes qui
est, terme moyen, d'une durée de six heures,
f résente des variétés remarquables dans les
ges, les sexes, les individus, les professions,
la manière de vivre, les climats, les saisons.
Dans Tenfance , où les appareils sensitifs
et locomoteurs s'exercent continuellement
etavec beaucoup de vivacité, leur épuisement
est très-rapide; aussi leur sommeil est-il
fréquent et profond; il est court, léger, in-
terrompu dans la vieillesse par une raison
contraire; et, dans la jeunesse et la virilité,
il présente une infinité de nuances entre ces
deux extrêmes, dépendantes de l'exercice
f)lus ou moins actif des sens et des organes
ocomoteurs.
La femme se rapproche de l'enfant par la
rapidité de l'épuisement de ses organes, et
un long sommeil est pour eux d'une rigou-
reuse nécessité.
Cela se remarque aussi dans les individus
dont l'organisation est analogue à la sienne,
ou dont les professions exigent un exercice
violent et prolongé des sens et de l'appaveil
locomoteur. Toutefois, si cet exercice laisse
des impressions douloureuses dans les mem-
bres., leur perception trouble , empêche ou
du moinsTetarde le sommeil, qui n'a lieu que
lorsqu'elles sont entièrement dissipées, parce
çiue, dans l'inquiétude qu'il éprouve, l'être
intelligent qui lés perçoit réagit sur ses ap-
Earcils sensitifs"et locomoteurs, et les force
rester dans l'état de veille.
C'est par la même raison que la douleur,
qu'une idée prédominante, qu'une affection
morale vive, empêchent de aormir.
Il est des individus qui dorment profon-
dément au milieu du bruit le plus éclatant ;
il eu est d^autres quele moindre souffle, pour
ainsi dire, réveille. Les sens des premiers
s'épuisent profondément; ceux des seconds
conservent toujours de leur faculté trans-
missive.
L'habitude influe encore sur ces phéno-
mènes. Un bruit empêche de dormir celui-ci,
pour qui il est insolite; son attention portée
sur l'objet qui le produit en est la cause.
Celui-là, au contraire, qui j est accoutumé,
pour qui il n'a plus rien qui frappe, qui s'en
aétourne aisément, qui I oublie, dort paisi-
blement au milieu de tout son érJat. Cette
faculté que nous possédons de fixer notre
attention sur une impression reçue ou de
l'en éloigner à notre gré, démontre évidem-
mentrimmatérialité de notre être. Elle expli-
que aussi pourquoi le sommeil du pusilUi'
(834) Nous ignorons, au réveil, l'époque à la-
quelle nous nous sommes endormis, et la durée
qu'a eue notre sommeil. Gela provient de ce que, le
ncmps ne se mesurant que par des mouvements, et
fitmeest toujours léger, agité, dans la frayeur
qu'un danger même éloigné lai inspire, et
pourquoi celui du courageux est paisible au
milieu du péril le plus imminent.
Un régime très-substantiel , l'usage des
liqueurs spiritueuses, rendent le repos des
organes long et profond; ils engourdissent
les sens et affaiblissent leur faculté trans-
mîssive.
Enfin les climats extrêmes, l'équatorial ei
l'hyperboréen, influent aussi sur le sommeil,
et en augmentent la profondeur et ladurée,
l'un en épuisant rapidement les appareils
des sens et de la fonction locomotrice, et
l'autre en les engourdissant. Les deoi sai-
sons qui s'y rapportent exercent des in-
fluences analogues.
SON. Foy. Orbhxe,
SORGHO, HoDLQCB Sorgho (Sofjkttm rvi-
yare,Wild.; Holcus sorghtm^ Lin.).— Le sor-
gho est cultivé dans tout l'Orient^ iusqura
fond de l'Inde, sur les cfrtes orientales et oc-
cidentales de l'Afrique, enfin dans TEurope
méridionale, particulièrement en Portugal.
Cette espèce de millet est beaucoup pios
productive, et ses grains sont beaucoup plus
fros Que ceux des espèces que nous arons
tudiees précédemment. Dans l'Europe mé-
ridionale, on cultive une autre espèce, \e
sorgho sucré {sorghum saccharatum) moins
pour son grain que pour sa tige etladi$||û-
sition de ses pamcules, qu'on emploie à faire
des houssoirs. Dans 1 Inde onentale, od
cultive encore le sorgho bicolor^ qui n*e$(
qu'une simple variété du sorghum tulçort
et le sorghum cernuum. Suivant Roiltourg,
dans les contrées où le riz ne vient point, le
sorgho fait la nourriture de plusieurs peu-
{)laaes, surtout de celles des montapes. Si
a culture de cette plante avait été précé-
demment aussi répandue en Orient qo'elli
l'est maintenant, les auteurs anciens naoi
auraient fourni sur son compte des rensei-
gnements plus multipliés que nous n'ei
trouvons. Les anciens parlent d'un fromed
élevé, qui croit dans la Bactriane, et dont )'
grain pouvait être aussi gros que des olire5,
d'une graminée qui avait des feuilles (le
quatre pouces de large; d'une autre grami-
née, enfin, cultivée dans l'Inde, nonuD^e
j3oo"ftoîoc.
Mais toutes ces dénominations ne présen-
tent rien de précis. Bechman fait, arec bea^ J
coup de justesse, application à la nni«
noire du sorgho de ce que Pline dit (^wf-
nat., 1. XVIII, c. 7) sur un grand milJel»»'
dont les feuilles ressemblent à celles du n-
seau, et qui alors avait été transporté *
rinde depuis dix ans. Il ne parait poiniqti^
lors ce grain se soit beaucoup répandu^cs'
aucun des écrivains qui l'ont suivi n'ff '
lesorp
aucun mouvement eKtéfiear n'écantparc*'*'^
ment du sommeil et pendant sa dék, t^
pouvons apprécier ni cette durée ni le uKMDetf^'
a commenoe.
j
IS89
SOU
D'ANTHROPOLOGIE.
SOU
1390
Le nom de Mohrhirse^ que lui donneni les
AlIemandSi est composé de Mohrj maure, et
de Hine^ millet; c'est pourquoi on rappelle
encore en Allemagne grain noir {Negerkorn).
On u'a trouvé aucune espèce de millet à
i'état sauvage.
SOUDAN, ou Nations noires qui habitent
INTÉRIEUR DE l'Afrique. — Ricu n*a plus
contribué à répandre des notions vagues et
erronées en matière d'ethnologie que l'usage
impropre de certains noms généraux. Ainsi
on n'est pas toujours d*acconi quand il s*a-
git de déterminer quelles sont, parmi les
races africaines, celles que Ton doit consi-
dérer comme des races nègres, le sens de
cette expression n'ayant été jamais rigoureu-
sement déterminé. 11 faut bien se le rappe-
ler, le mot nègre n'est point un nom de na-
tion, un nom que certains peuples se soient
a;jpliqué à eux-mêmes; il désigne seule-
ment un t^Kpe idéal résultant de l'ensemble
d'un certain nombre de caractères physiques
tels que ceux çue nous présentent les natu-
rels de la Guinée, dans l'Afrique méridio-
nale» et leurs descendants en Amérique et
aux Antilles.
Quand quelques-uns de ces caractères
viennent à manquer dans une nation afri-
caine, quoiqu'elle ait la peau noire ou pres-
que noire et les cheveux laineux, bien des
eens ne veulent point la comprendre parmi
les races nègres. Ainsi on a dit que les Ca-
fres et les Uotteutots ne sont pas nègres.
D après ce même principe, il faudrait aussi
faire une exception pour les nations de l'in-
térieur de l'Afrique ou du Soudan, dont
quelques-unes ne nous offrent réellement
pas dans leurs traits de ressemblance bien
marquée avec les nègres de Guinée.
On croit que l'Afrique centrale est parta-
gée par une immense chaîne de montagnes
\ni s'étend sur toute la largeur du continent,
kdiideçrés environ au nord de l'éçiuateur,
lepuis Te cap'Guadarfui à Test, jusqu'au
rap Roxo, à l'ouest. Une partie de cette
ha/ne, du' côté oriental, était désignée
«r les anciens sous le nom de montagnes
le la Lune , montagnes qu'ils suppo-
aient receler les sources du Nil. La partie
ccidenlale au-dessus du Mandara, ainsi que
eus l'apprennent Denham et Clapperton,
st appelée aujourd'hui par les musulmans
ei)el-Kumra, ce qui veut dire aux montagnes
e la Lune ; ce nom enQn est appliqué par
'S géographes modernes à la chaîne entière,
on t la continuité est plutôt probable que bien
)inplétement prouvée. La chaîne au Kong
ui traverse dans une direction semblable
grande projection occidentale de l'Afrique,
irait être une prolongation du même sys-
me de montagnes. C'est immédiatement au
id de cette chaîne que se trouvent les seu-
s races africaines qui présentent les carac-
res distinctifs des jiègres dans leur com-
et déToloppement et portés au plus haut
'Çré. Cet te. chaîne sépare la portion compa-
livement cirilisée de l'Afrique, les pays
ibités par des musulmans, des vastes soli-
des du midi , pays sauvages où ne pénè-
trent jamais les chameaux et les caravanes,
navires et flottes du désert.
Les montagnes du Mandara, d'après ce
?ue que nous dit D'onham , ne sont pas très-
ievees, mais elles ne sont que les premiers
contre-forts d'une vaste chaîne alpine. On
assura à notre voyageur qu'elles se prolon-
fent vers le sua jusqu'à une distance égale
celle Qu'on peut parcourir dans deux mois
de marche, et que, dans plusieurs endroits,
elles sont dix fois plus hautes que celles qui
dominent los plaines du Mandara. Les seules
communications qui existent entre le Sou-
dan et leG régions les plus reculées vers le
sud se font par l'entremise d'un petit nom-
bre d'esclaves affranchis, hommes aventu-
reux, qui pénètrent dans l'intérieur des
montagnes avec des verroteries et d'autres
artixiles de commerce qu'ils apportent du
Soudan. Ils reçoivent en échange des peaux
et des esclaves.
Les nations qui habitent ces lieux sauvages
sont très-nombreuses. Chez presque toutes on
trouve la coutume de se peindre le corps de
différentes couleurs. On dit que dans les rela-
tions des sexes, il règne une complète promis-
cuité, et que même les liens de parenté n'y ap-
portent aucune restriction. Le pays renferme
un assez grand nombre de lacs très-étendus,
abondants en poissons; les vallées produisent
des mangues, des fieues sauvages , et des pis-
taches de terre. Dennam décrit les habitants de
ces montagnes comme aj'ant des cheveux lai-
neux ou plutôt crépus et durs, qu'ils laissent
retoraberjusquesur leurs yeux ; il vit autour
de leurs bras et à leurs oreilles des anneaux
qui lui parurent faits en os; chaque homme
portait en outre à son cou, de un à six rangs
de dents provenant des ennemis qu'il avait
tués à la guerre. Denham leur vil aussi des
dents et des fra;^racnts d'os attachés à l'ex*
trémité des mèches feutrées de leurs sales
cheveux. Leurs corps étaient marqués en
différents points de plaques rouges, et leurs
dents étaient teintes de la même couleur.
Cette sorte de parure, le caractère de leur
physionomie, leurs gestes, tout leur exté-
rieur enfin avait quelque chose de si sau-
vage et à la fois de si farouche qu'on ne
Eouvait manquer d'en être vivement frappe,
es tentatives qu'on fit pour établir avec
eux des relations furent sans aucun succès :
ils se refusèrent h toute communication;
mais ayant obtenu qu'on leur donnât la car-
casse d'un cheval qui venait de mourir, ils
s'empressèrent de l'emporter dans leurs mon-
tagnes , et les feux qui brûlèrent pendant
toute la nuit, ainsi que les hurlements sau-
vages qui faisaient retentir la vallée, prou-
vèrent qu'ils y célébraient leur sale festin.
Au nord de la ligne gue nous avons ci-
dessus indiquée, les nations africaines sont
comparativement civilisées. Elles s'occupent
d'agriculture et possèdent non-seulement
les arts nécessaires à la vie, mais encore
quelques-uns de ceux qui servent à l'em-
bellir; elles ont de grandes villes dont plu-
sieurs, dit-on, contiennent de 10 à ^,000
habitants, ce qui suppose une industrie assez
1595
TAl
DICTIONNAIRE
T\l
IS96
leur aroiis comparé^ les réformés ont été
Srescnie aussi nombreux que les appels dé-
nitifs.
La connaissance de ces faits est d*un ^rand
intérêt pour Téconomie poliliaue aussi bien
que pour la physiologie ; et elle peut don-
ner lieu à des considérations Irès-imporlan-
tes sur les règles qui doivent guider dans
les tentatives à faire pour Tamélioralion des
races de bestiaux.
En France» la taille de Thomme est peu
élevée. D'après les recherches publiées il y a
une quinzaine d^années sur le recrutement
de l'armée, on voit que la taille moyenne
des conscrits de vingt ans était alors de
1 m. 398 roil.9 et sur 100 de ces jeunes gens,
on en comptait 28 environ qui étaient réfor-
més par défaut de taille, c'est-à-dire qui
avaient moins de 1 m. 299 mil.
Depuis cette époque, la taille est un peu
plus élevée en France, et cela s'explique fa-
cilement, car depuis le retour de la paix, le
bien-être général s'est augmenté.
II serait difficile au juste d'apprécier cette
augmentation et de déterminer quelle est au-
jourd'hui la taille moyenne en France ; car
l'administration de la guerre ne tient plus
compte que de la taille des hommes du con-
tingent, c'est-à-dire ayant la taille recpiise
par la loi ; mais parmi ceux-ci nous sa-
vons par des relevés exacts que sur 100 il y
en a:
52 qui ont moins de 1, 651 millimètres ;
16 qui ont de 1, 651 à 1, 678 mil. ;
15 qui ont de 1, 678 à I, 705 mil. ;
3 qui ont de 1, 732 à 1, 759 mil. ;
7 qui ont de 1, 732 à 1, 787 mil. ;
et 1 seulement de 1, 787 millimètres.
A Paris, la taille des jeunes gens trouvés
bons |)our le service militaire est de 1 m.
6^ mil. ; mais il faut toujours se rappeler
que ce contingent ne constitue guère qu'en-
viron la moitié des conscrits, et que sur le
nombre des réformés, il en est 25 pour 100
qui ont pour motif le défaut de taille.
Du reste, la taille des hommes varie beau-
coup dans les diflérentes parties de la
France, ainsi qu'on le peut voir par les car-
tes figuratives, dont l'intensité des teintes
sur les divers départements indiquent à peu
f^rès le rang qu*ils tiennent chacun dans
'échelle totale. Dans la Bretagne, les hom-
mes sont les plus petits de la France. Au
midi leur taille est un peu plus grande ; au
noi*d-est elle est à son maximum. 11 existe
toujours, comme nous l'avons dit plus haut,
un rapport entre la taille et la richesse;
mais ce rapport est moins constant qu'à Pa-
ris. Gela tient à ce que d'autres causes de
perturbation viennept se joindre aux pre-
mières ; ce sont par exemple les différences
des races.
La taille est toujours plus élevée dans les
Ï^ays tempérés ; ainsi les Patagons paraissent
es hommes les plus grands, tandis que les
Lapons sont les plus petits. En Europe la
taille est peu variée. On a écrit que la trans-
plantation des races tend toujours à aug-
menter la taille de Thomme ; cette assertion
a besoin de preuves.
Les voyageurs modernes, les navigateors
surtout, ont pris avec soin la taille moyenne
des divers peuples qu*ils ont visités. Pour
mieux fixer les idées à ce sujet, nous allons
donner quelques-unes de ces mesures, en
ne citant que les extrêmes :
PEUPLES DE PETITE TJL1L&.C.
Boschiinans montagnards.
Esquimaux,
Papous métis d*OflEaick ,
Kamtschadales,
Tarlares mongols.
Millimétits.
f,i99
1,299
4,499
i,570
1,570
PEUPLES DE CnASIDE TAILLE.
Hillimélres.
Nouveaux Zélandais, i,8U
Caraïbes de T Amérique méridionale, i,8(>8
Habitants des fies des Navigateurs, 1,895
Patagons, les plus grands, 1,949
Ainsi la taille moyenne des peuples nains
estde lm.299mil.,etceliedespeuplesgéanls
est de 1 m. 9i9 mil. ; la movenne entre ces
deux extrêmes est de 1 m. Gàï mil. Mais pour
obtenir la vraie moyenne de la tailledu genn*
humain, il faudrait mesurer dans chaque
peuplade la même fraction du nombre
des nommes qui la composent, et prendra
la moyenne de tous les résultats. Ce genre
de recherches se ferait aisément pour une
nation en particulier, habitant-une porUoii
de la surface terrestre, séparée de toutes
les autres par des barrières naturelles.
En suivant cette marche , qui a déjà fiié
l'attention de quelques savants , on appren*
drait enfin si la taille des hommes éprouve
ou non quelque variation générale. Aujour-
d'hui que les circonstances atmosphériques
sont arrivées à un état stationnaire , il semble
qu*i] en soit de même pour tous les êtn-s
organisés ; en sorte que le genre humain
possède un jfirincipe de vie capable d'entre-
tenir à perpétuité certaines dimemioiLs
moyennes du corps, au milieu de toutt*^
leurs variations accidentelles. Mais on |)eut
croire aussi que ce principe se fortifie , ou
bien qu'il s'affaiblit d'une manière continue,
ou enfin qu'il doit avoir une marche as-
cendante et descendante , analogue à c^lle
de chaque individu en particulier»
Il est à peu près certain que la taille de
l'homme n a point varié depuis les tem^ts
historiques les plus reculés. C'est ce que
prouvent les momies égyptiennes, et ce que
prouverait au besoin la connaissance de«
mesures de lantiquité. En admettant, ce qui
est infiniment probable , que ces mesures
ont été prises sur la nature humaine , on
trouve que la taille des Egyptiens était «ie
lm.701 millim.; celle des Grecs, de liD.7Ui
millim.; celle des Romains, 1 m. 669 mr.-
lim. ; et celle des Arabes, 1 m. 81% millim.
Enfin il serait bon de connaître les va-
leurs extrêmes de la taille humaine dan^
son état actuel , c'est-à-dire la taille d« •
plus petits nains et celle des plus gran.-
géants. Rarement les premiers ont eu moia^
de 650 millim.; mais on ne cornati i^
1397
TEM
D'ANTiiaOPOLOGIE.
TEM
1396
aussi bien la limite des tailles gigantesques.
( Voy. GÉANTS. )
TAITIENS. Voy. Malaise (Race).
TAMANàQCES. Voy. Caribes.
. TAMOULS. Voy. Aborigèhes.
TATOUAGE. Voy. Malaise (Race).
TAUREAU. Foy. BoECF.
TEMPÉRAMENT NERVEUX , ses atah-
TAGES ET SES nfco^vÉxiE^rTs. — Il est des
fihysiologistes qui, n'envisageant la ques-
tion que sous un rapport , n*onl tu dans le
tempérament dont il s*agit que Timminence
des dangers et des maladies qu'il entraîne ;
d'autres^ au contraire, n^ontétefrappés que de
seM avantages ; on a même pousse les choses
jusqu'au paradoxe. Un docteur allemand a
l'ait réloge de la maladie ; d'Autreau, poète
français , a célébré la gale ; un médecin sa-
vant et judicieux, M. le professeur Fouquier,
oVl-il pas tracé avec talent, le tableau des
avantagée d'une comtiiulion faible^ sans
doute par motif de consolation? L'erreur
me parait évidente des deux côtés. Tâchons
donc de reconnaître le bien et le mal , pres-
que toujours mélangés ; da chercher la vé-
rité où elle est ordinairement, dans une ri-
goureuse impartialité.
Une haute stature , une vaste charpente
osseuse , revêtue de masses musculaires
compactes et saillantes; une ample poitrine,
de fortes épaules, un bras herculéen, peu-
rent être les attributs de la force physique,
mais ne donnent aucune garantie pour une
santé inaltérable. Cet organisme prouve
seulement que le système musculaire e^t
Ir^s -développé, que la contractilité prédo-
mine. Mais quelle est la condition indis-
pensable pour conserver la santé et prolon-
ger l'existence ? La voici : un accord parfait
des fonctions , un juste équilibre des for-
f-es , une balance exacte et proportionnelle
des actions organiques. Or c'est ce qui n'a
l*as toujours lieu dans les corps athlétique-
nient constitués. La nature, chez l'homme
robuste, triomphe toujours par l'énergie
des mouvements ; mais il arrive tel obs-
tacle qu'elle ne peut surmonter; alors
cette lorce devient un ennemi pour celui
qui la possède. L'intensité constitutionnelle
des forces doit donc se calculer par leur
régularité^ leur pondération , jamais par
leur excès. Si la sensibilité extrême prédis-
pose à une foule d'affections pathologiques,
la puissance contractile, hors de proportion
avec les autres facultés, présente les mêmes
résultats. Une santé exubérante touche
de près à son altération. Trop de sang,
trop de chair , trop de vie • source inévi-
table de maladies. Celse en a foi t la re-
marque en parlant des athlètes : Ea cor-
pora quœ more eorum repleia suni , celer-
rime êtnescuni et œgrotant; et pourtant,
dans l'antiquité , la force du corps était en
singulier honneur. La couronne, aux jeux
olympiques, ornait souvent leïrontd'un lut-
teur Ignorant , d'un grossier' athlète. Quoi
qu'il en soit , ces corps si vigoureux en ap-
parence n'ont qu'une sorte d'énergie en
quelque sorte mécanique; la force radicale
leur manque, celle du principe nerveux.
D'ailleurs, de deux cnoses l'une : ou
l'homme vigoureux est apathique; alors,
exerçant peu la force de ses membres, il
se manifeste un état pléthorique, véritable
imminence morbide; ou bien, comme il ar-
rive trop souvent , se conGant imprudem-
ment à cette vigueur qui Ta secondé tant de
fois, il $*abandoune à des excès qui abou-
tissent tôt ou tard à la maladie. Celle-ci est-
elle légère, l'équilibre se rétablit promp-
tement; mais il peut arriver que la cause
morbifique résiste : alors la violence et Tim-
f>étuosité des mouvements sont telles , que
'art et la nature deviennent impuissants ;
le mal s'aggrave , les désordres sont irrépa-
raldes, la gravité des symptômes s'accroît
rapidement, l'orage éclate , et le chêne or-
gueilleux tombe déraciné.
L'homme de lettres , le savant, l'artiste,
assez souvent d'une constitution, çrêle et
iaible , ne se laissent pas aller facilement
aux excès; ils ménagent leur santé, si aisé
ment insultée par le moindre écart. Sobres,
continents, réservés, ils agissent avec pru-
dence et circonspection , au moins quand ils
savent raisonner leur existence. D'ailleurs ,
la sensibilité dont ils sont si libéralement
pourvus par la nature les préserve d'une
infinité dedangers. Eveillée à chaque instant,
elle parcourt rapidement tous les organes ,
les avertit du moindre choc, du plus petit
accident nuisible à leur faible mécanisme.
Sentinelle vigilante , elle ne laisse s'enraci-
ner aucune cause de destruction, en s'exal-
tant facilement dans chaque organe aux
prises avec le mal. A la vérité, ces hommes
sont souvent malades ; mais aussi la maladie*
Ear cela même que la constitution est dé-
ile, marche-t-elle ou avec moins d'inten-
sité, ou avec plus de lenteur; le malade et
le médecin ont le temps de concerter leurs
moyens pour la combattre : enfin , les acci*
dents sont moins rapides , la lutte moins
vive , le roseau plie et ne rompt pas,
Aiesi on peut établir que les indiridus
doués d'un tempérament nerveux avec di-
minution de la contractilité, comme la plu-
part des penseurs, sont en général peu ex-
posés aux maladies graves, pourvu qu'ils
écoutent la voix de Ta nature. S'ils s'éloi-
gnent des limites de la modération , ils y
sont bientôt ramenés par la faiblesse de leurs
organes. La sagesse est ici de nécessité phy-
sique ; or, il faut l'avouer , le tempérament
est le vrai moule de la philosophie pra-
tique.
Au reste, la tempérance chez le savant,
chez l'artiste qui a réfléchi sur lui-même,
est une vertu qui coûte peu et rapporte
beaucoup ; cette heureuse impuissance où il
est de ne point s'écarter des lois d'hygiène,
est la source de son bonheur, souvent même
de sa gloire , parce qu'il peut se livrer aux
travaux qui la fondent. Ajoutons que plus
on a cultivé son esprit, et moins on cherchi^
à être homme ))ar ses organes. Oui , quoi
qu'on en dise, la culture de l'inlelligenrc
simplifie les besoins, diminue l'âpreté pouc
I31K>
TEM
DICTIONNAIRE
TEM
m
le lotre, ôte h la richesse matérielle une par-
tie de son importance. Sans doute Tbomme
délicat, nerveux, très-impressionnable, doit
s'étudier, se regarder vivre, appliquer sa
pénétration à connaître juqu*à quel point
il lui est donné de satisfaire ses désirs ; mais
au moins jouit-il de Tabsence du mal, sinon
de plaisirs trop vifs ; il a sans cesse les jelom
à la main. Personne plus que lui ne sent le
prix de la santé, ce qui le dispose à faire le
Rlus de sacrifices possibles pour la conserver,
'en esl-il pas recompensé à chaque heure,
à chaque instant? Ne sait-il pas que l'avenir
est la compensation du présent? Il ne néglige
donc ni remarques, ni soins, ni précautions
pour atteindre son but. A qui le blâmerait,
voici sa réponse : La nature m'a refusé des
forces irapables de résister aux causes des
maladies, j'y supplée par ma prudence. Je
suis né faible, et pourtant je vis; bien plus
je vis presque exempt de maux, et avec des
chances de longévité. Il y a en effet, dans cer-
tains hommes faibles de complexion, une té-
nacité de vie qui étonne, mais dont on trouve
aisément les raisons, quand on examine
avec quel art ils soutiennent la lutte contre
les agents destructeurs de la vie.
Supposons maintenant le cas de maladie
pour lliomme délicat ainsi que pour l'homme
robuste et musculeux ; eh bien ! Tavantaçe
reste souvent au premier. Outre, comme je
l'ai dit, que la nature ne précipite pas les
mouvements et les secousses chez l'individu
faible, celui-ci se résigne assez facilement ;
il attend, il espère, etla bénigne influence
de cette disposition tarde rarement à se faire
sentir; et même si le mal résiste, il sait
composer avec lui; il s'arrange pour lui
donner droit de bourgeoisie; il lui fait, pour
ainsi dire, sa part de tyrannie, à condition
de garder la sienne de liberté. Souvent il
linit par l'adoucir, le dompter, à force de
soins et de patience. Les valétudinaires, les
êtres faibles, les femmes surtout en donnent
(le fréquents exemples aux médecins. Cer-
tains gens de lettres, débiles et malingres,
ont également prouvé la vérité de ces asser-
tions. On sait que Métastasio fut atteint de
bonne heure d'une grave maladie nerveuse,
et il vécut quatre-vingts ans. Palissot, assez
faible dans son enfance et sa jeunesse ,•» fut
reçu maître es arts à douze ans , bachelier
de théologie à seize ; à dix-neul ans il était
marié, père de famille, auteur de deux tra-
gédies; et à quatre-vingts, malgré une vie
très-agitée, sa santé était encore ferme , et
son esprit plein de vigueur. N'a-t-on pas vu
de notre temps Andrieux, homme de let-
tres, conduire avec art et très-loin une petite
et frêle santé?
Il faut pourtant en convenir, ces exemples
sont assez rares, et j'en, dirai les motifs plus
tard. Quoi qu'il en soit, le penseur maladif
se façonne, se familiarise en quelque sorte
avec le mal ; ils se connaissent depuis long-
temps l'un et l'autre. Il n'en est pas de même
de 1 homme vigoureux -.[la maladie le sur-
prend toujours, c'est une étrangère qui Vef-
fraye ; car il en est d'une forte santé comme
d'une longue prospérité; on est d'autant plu
blessé du malheur de la perdre, qa'on en a
joui plus longtemps; l'homme chez lequella
partie animale prédomine, par conséquent,
sain et robuste, met une confiance extrême
dans la force de sa constitution , il en a le
sentiment exagéré, accoutumé qu'il est à se
regarder comme l'enfant gâté de la nature.
Hais à peine est-il frappé par la maladie, on
le voit s'étonner, s'indigner de ce qu'eOe
ait osé l'atteindre ; la force morale manque
tout à fait ; voilà Torigine de l'ancien pro-
verbe : « Aussi sot qu'un athlète malaae. •
En effet, si le mal résiste, les réfleiioDs
tristes se succèdent, le quomodo cecidUfortii
est toujours là, troublant sans cesse rimagi-
nation. Cet homme robuste pense qnin'iu-
bitablement la cause du mal est bien vio*
lente, puisqu'elle a pu ral)attre, que l'art
n'y pourra rien, l'attaque ayant été si tItc
et SI profonde. De là le découragemenlf l'af-
faissement mélancolique, la prostration des
forces, si nuisibles au rétanlissement des
fonctions. J'en atteste la pratique journalière
des médecins. Les anciens avaient fait ces
remarques ; témoin cette réflexion d*Hippo-
cvàte: nobustior es tibi in tnorbum incidmt^
œgrius restituunlur, {De alimento.)
Ainsi, même sous le rai)port de la santé,
de la maladie, de la longévité, beaucoup de
chances sont en faveur de la constitution
avec prédominance nerveuse, celles des ar-
tistes et des gens de lettres. Gardons-nous
toutefois de mettre ces avantages en pw-
"mière ligne. Il en est d'autres iramenses,
incontestables, également le résultat de celle
constitution ; ce sont ceux de la pensée.
Si l'esprit est l'homme même; si, par son in-
telligence, le genre humain se détacbe de la
chaîne animale; si la vie matérielle e5l p^i
en elle-même, et que la sphère de Teiis-
tence se mesure par la sphère morale, M
sans contredit au développement du sysièffl'
nerveux que nous devons cette prérogatire;
mais quand cette perfection se trouve à son
dernier terme, est-ce donc là un don ^^
l'on doive dédaigner? Tout individu, pcsaœ-
ment, matériellement organisé, a nécessair^
ment une intelligence bornée ; on dirait cpe
la force des ressorts en exclut la délicatesse
et le fini. Celui-là est esclave' et né p^ur
obéir, qu'il ne s'en prenne qu'à la naïur?.
Souvent, au contraire, dans un corps déîiH^
épuisé, d'où la vie semble à chaque instaci
prête à s'exhaler, se remarque un api^ared
organique puissant, cïue donne à cet ifl'l'-
viau une délicatesse de sens moral, et p?
cela même une supériorité qu'on lui con-
teste en vain. Celui qui a le droit et la mis-
sion d'éfclairer et de régir les homme?, cejïî
dont la pensée s'élève par delà les ide.:^
communes, qui agite le monde de ses oj**
{nions, et le contraint à être attentif; qni '«
subjugue par ses idées, l'enîvre de ses u-*
sions, lui impose jusqu'à ses systèmes o\i^
■'' rêves ; qui sait charmer nos ennuis, ^^^^^
vir à nous-mêmes, dissiper les ténèbre> «
notre àme, celui-là n*à rien envier an
autres mortels. Sa vie a encore des cdcIu»*
tMl
TEM
D'ANTHROPOLOGIE.
TEM
1102
temenU» malgré les rigoeors de la nature et
les déceptions de la fortune. On comprend
dès lors le sens et la Térité de ce que dit
sur son propre sort un ancien [rfiilosophe.
Epict&e naquit dans Vuelawigt^ boiteux^
wtLisi pauvre qu*Iru$^ et eepenâmi cnéRi de$
dieux. {Nuitê ailiquesy 1. ii, ch. 18.)
Cette pensée peut certainement s*appli-
quer à une foule d*bommes célèbres dans
tous les genres. Us sont heureux par le
principe même qui d*ordinaire gâteVexis-
tence, une faible organisation. D'abord, cette
organiMtion sent et jouit arec un je ne sais
quoi d'exquis inconnu aux autres ; puis les tra-
Taux mêmes de la pensée aident singulière-
ment à ce genre de félicité, qui consiste à
jouir du présent et même par avance des
hommages de la postérité. Espérer de couler
en bronze son avenir, de laisser après soi
un nom et quelques vérités qui se trans-
mettront d*âge en dgo, donne certainement
è la vie un charme tout particulier. La pré-
sensation de la gloire est déjà un à-compte
sur le bonheur quelle promet; et ce bon-
heur-là, du moins, ne saurait échapper. Il
j a une joie intime et profonde à créer, à
penser, à imaginer, à méditer, dont le vul-
gaire n'a aucune idée. La plus légère diffi-
culté vaincue accrott ici les jouissances. Un
orateur grec donna la liberté à un esclave
Ïui se trouvait par hasard à côté de lui, à la
o d'une période dont il était pleinement
satisfait. Que si la gloire couronne les efforts
de rhomme de génie, son existence prend
une incalculable extension ; circonscrit dans
le temps comme individu, il étend son in-
fluence sur la durée indéûnie de Tespèce
humaine; et quand la mort va le frapper, il
peut dire :
Semo me de lacrymh decoret , nec ftmera fictu
Fojit. Cur? VoUto tivu' per ara rimm.
{Tuicul., Ub. 1.)
On ne conçoit pas que M** de Staël ait
appelé la gloire le deuil éclatani du bonheur.
Cette proposition est du moins trop géné-
rale. Non, ce rêre dimmortalité qui aide
ici-bas à souffrir et à mourir, n*est pas tou-
jours Tennemi de notre félicité ; il ne s'agit
<]ue de le considérer sous un point de vue
philosophique, c'est-à-dire de l'estimer ce
qu*ilvaut, ni trop haut, ni trop bas. Et même,
à ne considérer la gloire que sous le rapport
de la santé, notre objet particulier, on se
troiDf>erait en croyant que cette dernière est
toujours compromise. 11 y a dans l'homme
qui désire ou possède une célébrité hono-
rable, queUpie chose d*actif qui anime et
soutient la force vitale, qui fait vivre et bien
vivre. Cette satisfaction de soi-même ou'on
éprouve, après l'enfantement d'une belle et
noble pensée, n'est pas indifférente pour la
santé. Un bon ouvrage qui a du succès, met
du baume dans le sang; demandez-le aux
artistes et aux poètes les plus renommés.
Bien plus, Texercice puissant et viril des
facultés mentales, quand on ne violente pas
la nature, entendons-nous bien, suffirait seul
pour imprimer à l'économie une activité qui
tourne au profit de la santé. Celle-ci main-
tenue, qui doute que le sentiment du bien-
être qui l'accompagne toujours, n'influe à
son* tour avantageusement sur l'imaginatioB,
source premitee de notre bonheur et de nos
infortunes?
D'ailleurs, la célébrité n'est pas constam-
ment le besoin des profonds penseurs. Sou-
vent il leur faut, dans le silence, une ceuvre
à laquelle ils puissent confier, pour leur
repos, les pensées qui les accablent, car le
cerveau n'est pas toujours le maître de cel-
les <mi sont mûres. L'unique moyen qu'ils
ont de s'en délivrer, est donc de leur donner
l'essor en les exprimant. Après l'explosion,
le calme renatt dans l'économie. « Sans
exercice d*esprit, dit Bvron, j'aurais déjà
succombé sous le poids de mon imagination
et de la réalité. » M'oublions pas que, chez
d'autres, la découverte de ce qui est suffit
à leur bonheur. L'illustre Bonnet n'a-t-il
pas soutenu que le bonheur dans la vie fu-
ture consisterait uniquement d conwUtre?
« Si je concevais, dit Bossuet, une nature
purement intelligente, il me semble que je
n'y mettrais qu'entendre et aimer la vérité,
et que cela seul la rendait heureuse. » (De la
eonnaiêêance de Dieu et de sot-mime.] Qui
pourrait en douter? La recherche de la vé-
rité peut être laborieuse, difficile, mais sa
contemplation amène toujours d'ineffables
plaisirs. Le taurobole offert aux dieux par
Pvthagore, ravi d'avoir trouvé le carré de
l'hypothénuse, en est un exemple célèbre
dans l'antiquité.
En supposant même qu'on manque de ce
genre inquiet, remuant, audacieux, qni tour-
mente et produit, n'est-ce pas un heureux
privilège donné à cette organisation que le
goût de l'étude ? On a beau dire que le siè-
cle est tout positif, que l'industnalisme est
le roi de l'époque, combien d'hommes con -
sacrent encore leur rie aux sciences, aux
arts, à la poésie 1 Combien s'abritent dans la
philosophie par Textrême désir de la paix
de l'âme, ou se réfutent dans la science,
par un immense besoin de savoir 1 Le doux
parfum du miel des muses les attire et les
retient dans de paisibles retraites. S<Ht dé*
dainde la gloire, qui coûte tant à ceux qui la
donnent et à ceux qui l'obtiennent; soit
que ce charme intérieur, cette possession de
soi-même, inséparables de l'étude, les aient
séduits, ils oublient bientôt le monde, ses
erreurs, ses inégalités si absurdes et si cho->
quantes. On connaît rinscriptiou mise par
Nicolas Heinsius à la porte ae sa bibliothè-
que : Hic vivo et reano; c*est là qu>n effet
se trouve la véritable existence du savant.
Heyne conseillait à Forster, lancé dans le
tourbillon de notre révolution, de faire
comme lui, de s'eitfermer dans le oerdedeson
foyer domestique, et de contempler les fo-
lies des hommes par une fente de son cabinet
détude. Succès, renommée, éclatantes pro-
messes de l'avenir, qu'est-ce que cela sans
le repos du cœur, sans la rie calme etdoace?
Il ne faut pas croire d^ailleurs oue les scien-
ces exigent toujours de grands efforts de
1105
TEU
MCTIONNAIRE
TEM
1104
Tespnt pour attacher et se plain) à leur
étude. Tout intéresse dans Timm^nse na-
ture : ici les vérités les plus sévères sont
encore avant les illusions les plus heureu-
ses. La fleur la plus humble, le grain de
sable, le ruisseau qui serpente, la ta;le d'a-
raignée, l'insecte qui bourdonne, la goutte
do pluie sur l'aile de l'oiseau, on) leur in-
térêt scientifique et leur idéalité poéîique.
C'est souvent avec de petits objets qu'un
esprit vigoureux et pénétrant s'élance vers
ce inonde des idées que les choses représen-
tent: tout dépend du coup d'œil et de l'intel-
ligence. Il y a ici d'abondantes jouissances
pour celui qui sait les recueillir. « Je sou-
ris quelquefois, dit Wilson l'ornithologiste,
en me surprenant absorbé par la contem-
plation du plumage d'une alouette, en sui-
vant des yeux les contours d'une chouette,
avec toute l'ardeur d'un amant passionné,
tandis que d'autres forment des projets d'a-
grandissement et de fortuue, acnètent des
terres, bâtissent des villes, accumulent 'des
richesses dont ils ne savent pas jouir. » (1er-
très,) Haller couchait dans sa bibliothèque^
quelquefois même il y passait plusieurs mois
sans en sortir : il y prenait toujours ses
repas ; et lorsque sa famille s'y rendait pour
les partager avec lui, il réunissait tout ce
qu'il avait de plus cher au monde (835). Ici se
retrouve tout ce qu'on a dit de l'étude et de
ses avantages pour le bonheur réel, de cette
passion de s'instruire qui échauffe et anime
sans consumer; qui imprime à l'économie
des mouvements si vifs et pourtant si peu
tumultueux, qui s'empare de l'esprit, le
plonge dans de ravissantes contemplations,
Tarrache aux inquiétudes, aux regrets, et,
l'attachant avec force à la conquête de la
vérité, lui donne, en échange de ses travaux,
je ne sais quelle indicible quiétude, quel
contentement intérieur et secret dont les
effets se font sentir à chaque instant et pen-
dant toute la vie. Or, quand un homme en
est là, on peut défier la fortune de le séduire
et la gloire de l'enivrer. Il y a plus, cet
homme a toutes les chances d'une santé
ferme, d'une vie longue, parce que chez lui
le rhythme vital est toujours régulier, qu'il
a le doux sentiment de l'existence, si bien
nommé le plaisir d'être.
Est-ce donc là tout ce que présente d'a-
vantages la constitution éminemment ner-
veuse? II est encore une faculté qui lui est
inhérente , et que nous nous garderons
d'oublier, l'imagination. On dit et l'on ré-
pète : C'est la folle du logis, idée beaucoup
trop exclusive, c[u'on doit considérer moins
comme une vérité que comme une saillie»
Assurément il faut se méfier des prestiges
de l'imagination ; il y a de funestes poisons
dans sa coupe brillante; mais aussi quel
doux et salutaire breuvage, quand la raison
(8^) Les hommes de cette trempe sont les seuls
Î[iu aient résolu cet important problème, obtenir de
a vie tout te bonheur quelle peut donner, problème
donc voici la formule abrégée, Vintérét dans le
eatme, ou bien encore, comme Rousseau Ta si lieu-
en tempère l'ardeur 1 Distinguons donc, se-
lon la rigueur logique, l'imagination sensée
de l'imagination délirante. Corneille, Ra-
cine, Pope, Addison, Métastase, eurent la
première ; Alfieri, Rousseau , Byroii, Z^cba-
rie Werner, furent les victimes de la se-
conde.
Il n'y a point d'homme de lettres qui,
doué de celte belle faculté, ne trouve en
lui-même des ressources infinies pour com-
battre les maux de la vie ou leur donner le
change. Soit qu'il méprise ou qu'il boive à
longs traits le nectar de la gloire, le poêle,
l'artiste idolÂlre du vrai, du grand, du t^eau,
du noble, enfin de toutes ces choses qui nous
prennent par les entrailles^ trouve dans la
contemplation assidue de ces objets un
moyen assuré d'embellir son existence. L'i-
magination jette un voile de perfection sur-
tout ce qui est cher à l'artiste ou au poët^ ;
c'est une cause éternellement renaissante de
délices. Heureux celui qui s'abuse ainsi ! 11
puise sans cesse et n'épuise jamais, .parée
que la source ne tarit point. L'image chérie
fuit toujours devant lui , sans le quitter un
instant, et ses illusions sont poussées jus-
qu'à tromper le cœur et la raison. Un an-
cien hymne dit de Dieu : « Tout est à mei,
car je possède tout en moi. » De mèxne un
homme doué d'une grande puissance d*ima-
gination, véritable faculté providentielle,
prête à tous les objets des qualités dont iL
sont privés; leur beauté part de lui, e^l
en lui.
Mais voici venir l'homme positif, se hâ-
tant de briser le prisme avec sa règle et son
équerre ; à l'entendre, ce sont là de pures
chimères. Qu'est-ce à dire? Est-il queloue
chose de plus réel pour le bonheur que ]e>
rêves d'une philosophie douce , que de s'é-
garer à loisir dans le monde encnanté de h
poésie ? Tout plaisir senti et jugé tel, n'e*^l
point chimérique ; on est heureux ou iufor*
tuné précisément parce qu'on croit Tètre;
le type et la mesure du bonheur sont en
nous, l'illusion fait tout; laissez faire
rhomme qui en agit ainsi, à coup sûr il est
de ceux à qui la Divinité a fait une part
bien belle en cette vie. A chaque instant il
a de ces songes dorés que la Providem^
permet au génie ou à la vertu pour qu ih
aient sur la terre quelque reuet du ciel.
Mais de pareilles jouissances exigent U
constitution nerveuse, mobile, impression-
nable, donb j'ai parlé, et par conséquent une
imazination s*exaltant avec facilité. L*homiue
froia insiste; cette imagination ne cons-
truira, dit-il, que des châteaux en Espagne.
Encore une foi^, que nous importe? Nou5
répondrons avec un philosophe : « Ce n'est pas
chez moi, c'est dans mon château en Espa-
gne que je suis pleinement satisfait. Ansà
je me hâte bien vite, ajoute-t*il, si quelque
reu sèment exprimé: c Cet état simple et peraanm.
qui n'a rien de vif en lui-même, mats dont la dett
accroît le charme au point d*y troaver eollo la st-
prème félicilé. >
m
TRM
D^ANTllROPOLOCIE.
TSM
1406
l
(fvéDementle renverse, d'en rebâtir un au-
tre. C'est là que je me sauve des fâcheux,
des méchants, des importuns, des envieux ;
c'est là que j'habite les deux tiers de ma
vie (836). »
C*e$t aussi là qu'il faut se réfugier dans
les temps orageux de la politique. Si le
goût de rétude, né souvent d'une organisa-
tion délicate et nerveuse , est un don pré-
lieui, on en sent bien autrement le prix
aux époques désastreuses où la société se
décompose et se dévore, brise et refait ^s
œuvres. On est toujours sûr alors de trou-
ver un abri contre ce destin qui nous en-
traîne et nous écrase , pauvres vermisseaux
humains 1 On l'a dit et redit, eh bien I il faut
encore le répéter , parce que c'est une vé-
rité d'expérience incontestable : Quand Tes-
ril est occupé, les passions s'émoussent,
e sang se rafraîchit, la santé se fortifie et
I existence coule avec douceur. Cette force
de l'esprit, pour agir dynamiquement et
non matériellement , n'en est pas moins
réelle. Un pareille phénomène physiologico-
fflorai est surtout commun dans les crises
politiques, lorsque les intérêts se choquent
de toutes parts, que les droits et les devoirs
nont plus de notions corrélatives, que la
loi n'est qu'un nom et l'ordre une exception.
Cruel spectacle donné si souvent à notre
pauvre France 1 Que de fois u a-t-onpas vu,
dans ces pénibles circonstances, des gens de
lettres, des guerriers, des administrateurs,
retrouver , après avoir payé leur dette à la
patrie , cette délicieuse tranquillité si peu
connue et tant recherchée 1 II y a donc tou-
jours un asile muré contre la fureuj* des
partis. Montaigne, qui, dans le siècle où il
vécut, fut, dit-il, pelaudé à toutes mains par
les factions qu'il méprisait, trouva la paix
de l'âme dans certaine petite tour de son
château, où il composa en partie ses immor-
tels Essais, Bacon, de Thou, le chancelier de
Lhospital, le cardinal de Retz et tant d'au-
tres, en sont de mémorables exemples. Une
fois l'ancre jetée profondément, on ne con-
çoit même pas comment on a pu se lancer
sur cette mer orageuse d'ambition, tant les
ittraits de la science finissent par captiver
l'esprit. Serait-ce insouciance ? serait-ce
^^oïsme ? nullement : c'est mépris de ces
lyramides de sables sur lesguolles le peuple
ilose ses favoris ; c'est pitié pour ces serfs
encore attachés à la glèbe des intérêts ma-
ériels.
(S56) Quelc[uefoi8june sorte d^ivresse fantastique,
ûzarre, g*empare de Timaginalion d'boromes céle-
ris, ivresse que ni leur génie ni leurs succès ne
arviennent à guérir, et cependant elle ne nuit pas
ïujours à leur bonheur. Dans ses étourdissantes ex-
isesy Rousseau dit : c Je trouve mieux mon compte
rec les éCres chimériques que je rassemble autour
t moi, qu'avec ceux que je vois dans le monde, i
Cartlan assurait qu'il voyait distinctement lesi ob-
is surnaturels. Van-Helmont dit qu'un génie lui
[^paraissaîl dans toutes les circonstances impor-
intes de sa vie. Bien plus, en 1653, il aperçut sa
ropre àme sous la Ûgure d'un cristal resplendissant,
n sait que le graveur anglais Bracke était dominé
un ttl point par son imagination , qu'il passait
Mais voici la grande objection : Ce chA-
teau en Espagne, bâti par l'imagination et
si vanté, est souvent le séjour de la pau-
vreté, la gloire n'jr suffit pas ; ce sont des
hommes qui l'habitent, et les dieux seuls
vivent d'encens. Sans doute : beaucoup de
gens de lettres ou de savants n'ont encore,
même aujourd'hui , où le calcul est la base
de tout, que la richesse de Casaubon, lihros
et libéras ; mais quand l'existence est douce ,
égale, paisible ; quand l'esprit jouit des tré-
sors de la science, (ju'ii est plongé dans
l'ascétisme philosophique; cjuand la santé
est ferme, stable, ou qu'elle est du moins à
l'abri des violentes secousses, il ne faut pas
se plaindre. De constantes observations mé-
dicales ont fait voir que dans ce cas, soit par
la mansuétude d'un cœur facile et résigné
qui adoucit les coups du sort, soit par une
certaine roideur stoïque qui supporte les
privations avec une noble lierté, le chagrin
ne pénètre jamais au plus profond de l'âme.
C'est là au contraire qu'on trouve cette i)hî-
losophie verte, gaie et naïve dont parle Mon-
taigne. D'ailleurs, un nom connu, des tra-
vaux justement appréciés, apportent bien
des compensations aux rigueurs de la for-
tune. Quand la pauvreté est ombragée par
des lauriers, qui donc épouvaute-t-elle ? Le
célèbre naturaliste Auanson était de ces
hommes supérieurs qui ne connaissent au
monde que la science et ses attraits. Quand
la révolution éclata , toutes sortes de mal«
heurs vinrent fondre sur lui ; mais il se
trouva prêt, et jamais sa patience, son cou-
rage, sa résignation, n'en furent un instant
ébranlés. Il perdit tout, à l'exception de son
ardeur pour le travail. Plus que septuagé-
naire, il manquait des premières nécessités.
L'Institut l'ayant invite à assister aux séan-
ces, comme ancien membre de l'Académie
des sciences, il répondit qu'il ne pouvait y
aller, parce qu'il manquait de souliers, « Mais
tant qu'il put méditer, écrire, dit son pa-
négyriste, il ne perdit rien de sa sérénité.
C'était une chose touchante de voir ce pau-
vre vieillard, courbé près de son feu, s'éclai-
rantà la lueur d'un reste de tison, cher-
chant d'une main faible k tracer encore
quelques caractères, et oubliant toutes les
peines de la vie pour peu qu'une idée nou-
velle, comme une fée douce et bienfaisante,
vint sourire à son imagination. »
La mort mit bientôt hn à cet état doulou-
reux.
pour visionnaire. Il s'entoura toute sa vie des créa-
tions de son cerveau échauffé. Oubliant entièrement
le présent, il ne vivait que dans le passé. Doué d*une
crando puissance d'abstraction, il se retirait âu bord
de la mer pour y converser avec Moïse , Homère,
Virgile, Dante, Milton, qu'il croyait fermement avoir
connus jadis. Il affirmait que ces génies lui apparais-
saient et venaient peupler sa solitude ; et comme on
rinterrogeait sur leur aspect, il répondait : c Ce sont
tous des ombres pleines de majesté , grisâtres,
mais lumineuses, et dépassant de beaucoup la tailla
ordinaire des hommes. > Beaucoup de grands es '
Çrits ont éprouvé de pareilles hallucinaUons, eomme
asse, Pascal, Nicole, Rousseau, Caaotte, etc.
1107
TCM
DiCTlONNÀlIlE
TEU
im
« Il demanda, par son testament» qu^une
çuirlande de fleurs» prise dans les cinquante-
nuit familles qu*il avait établies» fût la seule
décoration de son cercueil : passagère mais
touchante image du monument plus durable
qu*il s'est érige lui-même. » (CuyiBR.)
On sait que Fhistorien Anquetil fut du pe-
tit nombre des gens de lettres qui refusa de
courber sa tête sous le joug napoléonien. 11
tomba d&ns le plus affreux dénuement. Ha-
bitant un bôtel garni où on ne le connaissait
Sas, il virait de pain et d'un peu de lait,
on revenu n'allait pas» dit-on» au delà de
vingt-cinq centimes par jour» et il n'en dé-
pensait ré^lièrement que les trois cinquiè-
mes. « J*ai du superflu» disait-il » et je puis
encore donner deux sous par jour au fier
vainqueur de Marengo et d'Austerlitz. —
Mais si vous tombez malade » lui objectait
un ami» une pension vous deviendrait né-
cessaire ; faites comme tant d'autres : louez
l'empereur» vous avez besoin de lui pour
vivre. — Je n'en ai pas besoin piour mou-
rir. » Eh bieni Anquetil vécut sain et long-
temps» car il ne mourut que dans sa quatre-
vingt-quatrième année; encore disait-il la
veille a ses amis : Venez voir mourir un
homme qui meurt tout plein de vie.
Ce qui vient d'être dit» prouve donc avec
évidence combien sont grands les avantages
du tempérament avec une prédominance
marquée de sensibilité» quel que soit du
reste l'ensemble de l'orgaiiisation. Pour peu
2u'on suive les indications de la nature» on
chappe à ujie infinité de maux. En effet, si
à un système nerveux très-développé se
trouve jointe une constitution robuste, l'é-
norgie vitale est au plus haut degré» lescau-
sos morbiûques sont aisément neutralisées ,
la santé reste florissante. Au contraire»
comme on le remarque plus souvent» la
constitution est-elle délicate en même temps
qu'éminemment nerveuse, les tissus orga-
niques sont souples» faciles à irriter» à sti-
muler, mais instantanément; l'impression
est prompte et passagère ; on sent vivement,
il est vrai» cependant la sensation est fugitive
et la douleur aussi. A moins de cause ex-
traordinaire » les maladies n'ont que rare-
ment le caractère aigu et violent. Mais il
faut s'étudier, mais il iaut se connaître,
mais il faut comprendre que la prééminence
de Torgane encephaliquedoit être restreinte
dans une certaine mesure ; en un mot» il
faut savoir se guider, combiner avec orties
forces de l'économie et les travaux qu'on
•entreprend : de cette manière on obtient du
tempérament dont il s'agit tous les avanta-
ges qu'il contient. Etre débile par l'organi-
(S57) H est incofleevable jusqu^à quel degré cer-
tuines personnes émîiieiMiient nerveuses soDt aviëes
de 'SeosalîoDS extrÔBies , d*en parcourir Téchelle
complète. Tout leur semble bon pourvu qu*i] y ait
en résultat une impression vive quelconque. On sait
qiie Montaigne n'était pas Caché d'^irouver une dé-
faiUanee» parce qa'inunédîatement après venait une
sensation délidease de bien-être. Byron , atteint
«Viine fièvre inlermitlente» disait qu'à tout prentke,
I !i lièYres sont plutôt du bien que du mal, la sensa-
sation, être fort par Tintellii^eDce , vivre
beaucoup par les affections, et dominer par
la pensée ; avoir un corps £uble, chétif , es-
clave» une Ame grande» active , scaveraine,
telles sont les prérogatives de ce tempéra-
ment. Les hommes qui l'ont reça de la na-
ture n'ont rien à envier aux autres hommes,
pas même la santé» quand la raison les guide ;
ils forment, comme on l'a dit, la cinquième
partie des mortels valant bien les quatre au-
tres.
• Le lecteur a dû voir, par ce qui précède ,
combien sont grands les avantages de la
constitution avec prédominance nerveuse.
J*ai fait mes efforts pour démontrer que ceUe
constitution n'est, en définitive, ni aussi
dangereuse pour la santé, ni aussi illusoire
pour le bonheur qu'on l'a prétendu. Esàhc
donc cependant la plus désirable de toutes?
Ne nous prononçons pas encore; cxaminoas
avec la même bonne foi philosophique que
nous l'avons fait pour les avantages, les in-
convénients oui lui sont inhérents; voyons
si ceux qui l ont re^ de la nature doivent
s'applaudir ou se plaindre d'un pareil don.
Il est certain que si l'individu doué d^une
exquise sensibilité voulait» par une conti-
nuelle observation de lui-même , maintenir
cette propriété dans un état compatilile avec
la santé, ne jamais préférer Tabus , le tour-
ment de ses facultés à leur naturel et légi-
time emploi » en un mot , économiser celle
exubérance de vie qu'il a reçue , il est cer-
tain, dis-je, que ce serait Têtre heureux par
excellence ; mais il semble que la chose est
im|)ossible, du moins si l'on en ju^ par la
rareté de ce phénomène. Une vie agitée» une
vie *d*émotions , de combats » de regrets,
d'impressions vives et soutenues» voilà ce
que nous désirons presque toujours. En gé-
néral, l'homme mesure son existence sur h
plus grande somme possible de ses sensa-
tions. Or» celui qui en a reçu Tinslrumeot
perfectionné n'ira^t-il pas au-devant des im-
pressions de toute espèce? N en sera-t-il pas
insatiable? Sans jouissances vives, sans af-
fections profondes, la vie ne lui senâiile-i-elle
pas obscure» incertaine, languissante, comme
engourdie et suffoquée (837) ? Plus il sent»
[>lus il vit» plus il savoure à longs traits
'existence, et, parvenant rapidement au der-
nier terme» il jépuise tout» il abuse de tout.
Dans ses travaux intellectuels» le vaste champ
de la pensée lui semble trop étroit. 11 veut
d'abord tout ce qu'il peut ; mais hient<)t il
veut aller au delà de ce qu*il peut; ce qu'il
a fait l'occupe moins que ce qu'il a dessein
de faire. Qu'arrive-t-il, cependant? Le s«-
tème nerveux, principe de cette activité mo*
lion après Vaecèê étant oomme si Ton ëiait débar-
rassé de son corps pour tout de boa. ¥oîd ce ^*c-
crit k ce sujet Mlle de Ijcapinasse : « le dîna ir
tout^ ce qne disait une femme d'etprU en pariant àe
ses deux neveux : J'aime mon nemu rmmi ^«v<
qu'il a de Puprit » et fmme wum nracn te e&iet fmm
qu'il e$t bête. Oui , elle avait raison » et je dim
comme elle : J'aime la moutarde parce quéit f^-
piquante et forte, et j*aime le UaDC-nanafT
um'ïI est doui. •
1109
TEM
D*ANT11R0P0L0G1C.
T6U
UIO
rtle, resie en deçà des eQoris de la Tolonté ;
car, il ne faut jamais l'oublier, ce système
n*a reçu qa'one dose limitée d'énerâe. Ainsi,
éiefer 1 exdtatioa nerreuse au-dessus du
de^ normal ou régulier, tourmenter, sol*
lîciter, proToquer sans mesure et sans fin
les forces encéphaligues, c'est précipiter Tin-
nenration et en épuiser la source , c'est sui-
rre la Ugfïe la plus directement contraire à
Tharmonie vitale; et ou' on le croie bien,
ce n*est jamais impunément L'eitrême de
tout tempérament est déjk un pas de fait
▼ers les maladies dont il contient la raisoif.
Distinguons donc soigneusement ractivité
urganiqoe renfermée oums les limites phy«
sioiogiques , de Faction excessive qui tou-
che au domaine pathologique , et constitue
rimminence morbide. Dans la première se
trouvent les avantages, et dans la seconde
les inconvénients du tempérament» oiqet de
notre étude.
Lorsque le système nerveux est le seul de
réconomie perpétuellement en action, il se
produit deux effets également contraires h
la santé. Le premier est un appel continuel
des forces vitales sur rappareil qui en dis-
pense le plus , dès lors l équilibre se rompt,
ta répartition de ces forces cessant d*étre
^ale. Le second est que Tencéphale, sur
lequel se concentre cet excès aaction, se
maintient dans un état d'excitation, tantôt
▼isible et patente, tantôt sourde et cachée ,
naais habituelle, continue, incessante, source
et principe d'une infinité de maux.
Cet exercice violent et hors de mesure
des forces cérébrales, a pour but de donner
une grande extension à l'intelligence. On
Teut tout sacrifier à Tesprit et à ses instru-
ments, liAter les résultats qu'on attend, se
préeipiierdans la gloire^ selon la magnifique
expression de Bossuet. Mais le corps, mé-
pnsé, dédaigné, privé jusqu'à un certain
r>int de rinfluence nerveuse , ne tarde pas
s altérer et i réagir d'une manière fâcheuse
sur 1 organe de la pensée; car il est aussi
impossible de nier les réactions viscérales
sur le cerveau que TioAuence de celui-ci sur
le moral et le reste de l'économie. Calculez
maintenant les conséquences de cette vio-
lation des lois physiologiques, examinez
les funestes atteintes qu'elle porte h la santé,
à l'existence et au bonheur. Ohl qu'il en
coûte à celui qui, par ignorance des lois de la
Tie, on par de ftux piîncipes, néglige l'es-
prit pour le corps ou le corps pour l'esprit ,
et met perpétuellement en désaccord lesdeux
principe^ qui constituent l'homme. Si, livré
tout entier au mécanisme animal, on se ren-
ferme dans les jouissances grossières et ma-
térielles, l'organisme prend trop d'empire,
on TÎt sain, mais l'intelligence s'obscurcit ,
on descend dans les rangs inférieurs de Ta-
nimalité. Veut-on, au contraire, n'exer*
c^er que la pensée, et l'exercer sans |)ru-
denoe , sans réserve, bientôt la partie phy-
sique de rètre s'altère et se décompose.
Alors, il est vrai, le sentiment de 1 exis-
tence est plus vif et plus intime ; mais que
de fms ce sentiment devient amer 1 La sen-
sibilité plus exquise rend le plaisir plus
pénétrant, mieux senti ; mais aussi l'aiguil-
lon de la ;douleur n'en est que plus acéré ;
s'il y a de' grands plaisirs il y a de grandes
peines; les jouissances sont étendues, mul-
tipliées, les besoins le sont aussi ; le moral
se perfectionne , le physique se détériore ;
les affections sont d'une grande vivacité,
mais on épuise vite la coupe de l'existence,
et on en trouve aussitôt la lie. Le bonheur
embrasse plus d'objets, mais il offre plus de
points de contact aux coups du sort. Ainsi,
cette sensibilité exçiuise, délicate, cette ca-
pacité d'affections innombrables, source de
tant de biens et de tant de maux , pour la-
quelle rien n'est indifférent, hâte l'exis-
tence qu'elle grandit , et consume la vie
qu'elle devait embellir. Il est donc prouvé
que la médecine tient absolument le même
langage que la sagesse : rien d'exclusif, rien
d'extrême , parce que rien n est plus con«-
traire à la nature de l'homme.
Une loi positive et invariable du système
nerveux est que plus il est excité, plus il
s'affaiblit, et que plus il s'affaiblit, plus il est
disposé à l'excitation. On remarque ici un
cercle cruel d'irritation et d'affaiblissement,
dans leauel s'usent et se consument radica -
lement les forces. Il en résulte que la fai-
blesse nerveuse en amène nécessairement
la mobilité; or cette habitude d'irritabilité
rend toujours l'individu maladif et langui -
sant. Elle conduit à la disposition dont j'ai
d^à parlé, à la itêBceptibitiié netreuêe mor-
bide, élat singulier où l'on ne trouve ni la
santé, ni la maladie proprement dite. Ea
effet, dans ce tempérament artificiel, dépravé,
véritable anomalie j:^ysiolo}pque, existent
la fiiiblesse et l'activité réunies et Jamais ré-
gulières ; le rh^thme vital n'est m constant,
ni mesuré, toujours le spasme et l'atonie s'y
succèdent rapidement. L influx nerveux étant
irrégulier, les forces organiques le sont
également, dans leur action, dans leurs mou-
vements ordinairement tumultueux, affaiblis
ou exagérés. Les fonctions, soit isolément,
soit dans leur ensemble, sont continuelle*
ment troublées, interverties, sans qu'il y ait
pourtant d'accidents graves. Souvent le corps
usé, flétri, fatigué, ne demande que du repos,
le cerveau ne veut que des stimulants, qui
bouleversent de nouveau l'économie, car
cha<|ue impression un peu vive touche aux
limites de la douleur ; et cependant on désire
le mouvement, l'agitation. C'est une chose
malheureusement confirmée par l'expérience
qu'uae sensibilité extrême ne laisse aucun
repos à la vie , et que s'il arrive quelques
instants proloneés de ce repos tant désiré,
une sorte de langueur et d'ennui samt
aussitôt : cruelle alternative d une vie excès*
sive et douloureuse, ou d'une mort anticipée.
liais de même que le physique, les forces
morales pr^ntent la même irrégularité
d'action ; elles s'élèvent et retombent avec
une étonnante facilité ; à chaque instant il /
a découragement sans cause connue ou évi-
dente; jamais dans l'esprit une satisfaction
pleine et entière, comme jamais dans l'or^ja*
1411
TEM DICTIONNAIRE
n\STne, un état de bien-être ^éel, complet,
TEM
illi
parfait. D'ailleurs Timagination tend tou-
jours à peindre les choses sous le point de
vue le plus triste. Sauf quelques instants, où
un rayon de joie la traverse, tout lui sem-
ble insipide et repoussant. Le succès est peu
senti, les moindres revers le sont inûniment ;
en marchant sur les roses on n'en ressent
que les épines. Je ne sais quel poison d'in-
quiétude sur l'avenir gâte sans cesse le pré-
sent. Le moindre choc est un rocher qui
doit écraser, le plus petit revers un accident
formidable ; et comme on Ta remarqué, Ja
plus légère contrariété dérange alors la tôle
d'un homme de génie, comme un çrain de
sable tourmente sa machine et finit par la
détruire. Enfin, qu'on arrive à ce point où la
vie s'use dans une perpétuelle alternative
d'excitation et de prostration, où tout fati-
gue et déplaît, où Ton est irrité par la société,
accablé par la solitude, ennuyé par le mou-
vement et le repos, où Ton n'a m la force de
vivre, ni celle de souffrir, ni le courage de
mourir. Triste et désolant effet d'une sura-
bondance d'activité vitale imprudemment
reportée sur le système nerveux. Peut-être
remarquera-t-on que cet état pathologique
n'est nullement particulier aux gens de
lettres, aux artistes ou aux savants ; assuré-
ment, car il atteint tous les individus doués
d'une vive sensibilité; aussi beaucoup de
gens du monde sont dans ce cas. Mais (qui-
conque passe sa vie à méditer, à combiner
des idées, à les exprimer, arrive prorapte-
ment à cette funeste disposition de l'écono-
mie, s'il n'a soin de la combattre do bonne
heure. « Ce n'est pas assez, selon Laroche-
foucauld, d'avoir de grandes qualités, il faut
en avoir l'économie. » On peut affirmer
que la plupart des hommes célèbres , ces
princes de l'ordre intellectuel à qui il a été
donné une grande puissance de comprendre,
d'aimer et de souffrir, ont failli par là ; ils
ont les avantages de ces mêmes qualités, ils
en ont aussi les inconvénients. Parmi ces
derniers, et même un des plus constants ,
es% à coup sûr, l'affaiblissement plus ou
moins rapide des forces organiques par
l'exercice violent, continu de hautes qua-
lités morales et intellectuelles.
Ainsi toutes les fois qu'on donnera à la
sensibilité une énergie vicieuse et contre
nature, les autres fonctions s'affaibliront
inévitablement, mais surtout la réaction or-
ganique contractile et ce qui comprend le
système musculaire, en vertu de la loi (]ue
nous avons posée précédemment. Si origi-
nairement le système musculaire est forte-
ment développé, sa puissance d'act-ion peut
se soutenir, mais la prédominance nerveuse
finit par l'emporter, et la santé s'altère par
une conséauence forcée, par la perte rigou-
reuse et fatale de l'organisation. Diderot
avait reçu de la nature un corps, robuste ;
son imagination volcanisée l eut bientôt
desséché. La vie de Mirabeau présente le
même phénomène à l'observation médicale:
Ce n'est pas que la maladie fasse toujours
une irruption soudaine; loin de là, il arrive
ordinairement que le corps reste longtemps
épuisé, importunant sans cesse par les soins
qu'il réclame, car plus il est faible, plus il
exi(;e, plus il commande ; rien de plus vrai
et ne mieux connu.
Il faut donc se résoudre, quand les ressorts
sont affaiblis, détendus, à une vie toute de
précautions, ayant besoin d'étais à chacpie
instant. La'santé d'aujourd'hui ne donne point
de probabilités pour celle du lendemain,
elle se compte par jour et par heure. Délicate
et frêle, cette santé est, pour ainsi dire, à la
merci des causes les plus légères, des cir-
constances les plus variables où Tbomme
est placé. Or comment distinguer celles qui
peuvent aider ou nuire, balancer leui^
avantages et leurs inconvénients 7 Comment
toujours éviter celles qui sont décidément
nuisibles? Un jour de santé passable est sou-
vent acheté par des semaines ou des mois
d'abattement. Ajoutons que les personnes
qui ont une constitution débile ou qui lont
rendue telle, ne peuvent souvent rien adie-
ver, rien compléter de grand : cela suppose
des forces qui ne sont pas ou qui sont con-
sumées. Leur existence se passe continuelle-
ment à s'observer .vivre, à scruter minutieu-
sement chaque fonction ; le travail d'exister
absorbe toute leur attention. Malheur à elles,
si, franchissant d'étroites limites, elles s'é-
cartent de la ligne tracée 1 des douleurs plus
ou moins vives, un malaise indéfinissable se
font aussitôt sentir. Le moindre écart de
régime, la plus petite infraction aux lois de
l'hygiène, sont sévèrement réprimées par un
accroissement de maux.
Un souffle, une ombre, un rien, Kmi leur doene b
[fiévie.
(Là Fontaise.)
Triste jouet de ce qui l'entoure, lliomme
débile et sensible n'a pas. besoin qu^on lui
dise que l'atmosphère est'charaée a électii-
cilé, que l'air est pur ou nébuleux, que le
vent du nord soume, que la température a
varié ; ses nerfs délicats l'ont déjà prévenu
avec plus d'exactitude que les instruments
météorologiques les plus pai*faits. Mais, dira-
t-on, cet nomme ne peut-il suppléer aux
forces qui lui manquent? D'une part, il
trouve dans les arts plusieurs moyens de
combattre les causes des maladies ; de Tautre,
il évite soigneusement ces mêmes causes.
Cela est vrai jusqu'à un certain point, et
Pourtant qu'y gagne-t-on? La nature est in-
exible. On a beau se soustraire à Factioo
des agents modificateurs de l'économie, il$
nous atteignent malgré nos précautions, et
leur action est alors d'autant plus dange-
reuse. Plus la sensibilité organique est c»é-
nagée, choyée, pi us elle devient impressioB*
nable, susceptible, exigeante, de sorte que
les impressions très-légères deviennent rm-
iivemeni des impressions redoutaliles. he^
plus petites altèrent l'organisme aussi promp-
teroent, aussi certainement, quand elles sont
contraires à l'état nortnal, que les plus lor-
tes, si le oorns eût été robuste. Tout devifHtt
ennemi, et Von ne peut tout éviter. Les
1413
TEM
D'ANTIIROPOLGGIE.
TEM
UU
Sybarites ayant trouvé qu'ils étaient éveillés
trop matin par les coqs, finirent par les chas-
ser de leur ville ; mais bientôt ils ne purent
. dormir, tourmentés qu'ils étaient par le pli
d'une feuille de rose. Cherchez, inventez,
retournez-vous de cent façons diverses, cette
feuille de rose pliée vous blessera toujours.
On voit dès lors combien est fausse la spécu-
lation qu'on a faite.
D'un autre côté, rien nMnspire à TAmeune
tristesse profonde, comme une santé tou-
jours chancelante, un corps qui appelle sans
cesse l'attention par la douleur. L'esprit
même perd de sa capacité, de sa force, de
son étendue. « Je crains que c*est un traistre,
dit Montaigne ; il est si estroitement affrété
an corps, qu*il m'abandonne a tous coups,
pour le suivre en sà nécessité.... Si son
compaignon a la colique, il semble qu'il
Vayi aussy. » En effet, l'intelligence, pour
ainsi dire, gênée dans un corps souffrant^ ne
peut que bien rarement déployer l'exercice
plein et entier de la pensée, la produire
aussi forte, aussi pure, aussi éthérée qu'elle
l'a conçue. Il y a plus, c'est que lés qualités
du cœur sont quelquefois aussi altérées par
la souffrance continuelle. Il est certain que
l'homme faible est souvent personnel, et
que la douleur centuple le moi humain. Le
mojen d'avoir le caractère toujours doux et
facile, quand le mal irrite à chaque ins-
tant ? Swift quitta la maison de Pope, disant
qu'il était impossible à deux amie mdaies de
vivre ensemble. Ces principes, je le sais,
sont hautement contestés ; on dit, on répète,
on lit partout que l'éme, toujours libre,
s'élève triomphante sur les débns du corps,
qu'on voit des personnes faibles, valétu-
dinaires, montrer un caractère ferme et
décidé. Entendons-nous, et consultons les
faits, l'oracle de la vérité. Or que disent-
ils ? Il est vrai que dans certains cas et dans
certaines maladies, l'encéf^ale restant intact,
les manifestations de l'âme sont libres de
toute entrave, l'intelligence est aussi éner-
^que, aussi brillante que dans le corps le
plus sain. Hais si, directement ou sympa-
tliiquement, le cerveau est altéré, les fa-
cultés affectives et intellectuelles ne tardent
pas elles-mêmes à décroltres et à varier. La
paralysie de la raison n'a souvent pas d'au-
tre cause que la paralysie d'un membre ou
d'un organe Quelconque. C'est là le principe
de cet affaiblissement subit ou gradué aa
l'intelligence, de ces inégalités, de ces bi-
zarreries de caractère, de ces petitesses des
grands hommes qui les remettent sous le
niveau commun oe l'humanité. Leur ima-
gination souffreteuse, ravagée de fantômes,
d'idées incohérentes, systématiques ou ex«
travagantes, est presque toujours l'effet d'un
vice oraanique sourdement et progressive^
ment développé. La plupart ces grandes
qualités du cardinal ximenès furent ter-
(838) Le câébre lloii|;e, fondateur de nScole po-
lytèichniqne, n*éfail nias, dans les derniers temps de
sa vie, qne Fombre de ce <ia*îi avaîi été. A Touver-
ture dn crkne, on Ironva le eerveaa rédnit à un état
nies par un caractère dur, opiniâtre, singu-
lier. A sa mort, on trouva le crâne composé
d'un seul os sans sutures. Cette soudure
exacte des os du crâne fut regardée, non
sans raison, comme une des causes de la
bizarrerie d'esprit de ce grand politique.
L'anatomie pathologique fournirait des
preuves nombreuses à l'appui de cette as-
sertion ^838). Souvent il arrive que les
lésions dont je parle échappent à nos in-
vestigations, mais soyez bien convaincu
qu'elles existent. 11 faut si peu de chose
pour altérer, pour affaiblir notre intelli-
gence 1
S'il est un préjugé fatal à la santé des
penseurs, c'est celui de croire que la force
morale est tout, que l'esprit s'accroît et se
conserve sain, en raison de la dégradation
de l'économie animale. «.Courage, mon
âme, dit un Père de l'Eglise, défions la fai-
blesse du corps. » Que d'hommes illustres
ont répété cette exclamation, se souciant
peu de ruiner leur constitution, pourvu
Îue le feu intérieur conservât son énerve I
l'histoire de la vie privée d'une infinité
d'hommes célèbres est la preuve la plus
complète de mon assertion. J'en citerai un
insigne exemple ; c'est celui de Pascal, que
Bavle appelait avec tant de vérité, un indi-
vidu j»aroaox«de l'espèce humaine: écoutons
d'abord l'auteur du Génie du Christianisme :
« 11 y avait un homme qui, à douze ans;
avec des barres et des ronds^ avait créé les
mathématiques ; qui, à seize, avait fait le
plus savant traité des coniques qu'on eût vu
depuis l'antiquité ; qui, à dix-neuf, réduisit
en machine une science qui existe tout en-
tière dans l'entendement ; qui, à ving-trois,
démontra les phénomènes de la pesanteur de
l'air et détruisit nne des grandes erreurs de
l'ancienne physique ; qui, à cet âge où les
autres hommes commencent à peine de
naître, ayant achevé de parcourir le cercle
des sciences- humaines, s'aperçut de leur
néant, et tourna ses pensées du côté de la
religion ; qui, depuis ce moment jusqu'à sa
mort, arrivée dans sa trente-neuvième an-
née toujours infirme et souffrant, fixa la
langue que parlèrent Bossuet et Racine,
donna le modèle de la plus pariïiite plaisan-
terie comme du raisonnement le plus fort ;
enfin qui, dans les courts intervalles de ses
maux, résolut par abstraction un des plus
hauts problèmes de géométrie, et jeta sur le
' \papier des pensées qui tiennent autant de
Dieu que de l'homme. Cet effrayant génie se
nommait Biaise Pascal.»
! Certes, voilà bien ce même génie dans
toute sa force et sa puissance. Voyons main-
tenant sa victime.
^ 11 y avait un homme qui, dès l'enfance,
se hâta d'altérer sa constitution par des
études opiniâtres, disproportionnées à son
âge ; qni| persuadé que le corps ne nous est
de fw/pe difuenle td, qn^on fat obligé de le soute-
nir ponr en Cure Texanien. On ne ooncevaii pas
que, dans œ puîtUawt , il eût aotrefois gerjié %»k%
pensées lones et de nantet ooncqAîons.
U15
TEM
mi riONNAlRE
TEM
nu
prêté que pour senrir, le traita ^ans. ména-
gement, comme uu esclave sur lequel ' ^me
à droit de vie et de mort, et payant cette
erreur de sa santé, ne mesura bientôt ses
années que ^par ses maux, ses jours que par
ses douleurs ; ^i, se rejetant dans le sein
de la religion, a6im/ dans cette étude, médi-
tant sans relâche sur la mort et Téternité,
rêvant Tinfini, captif dans la vie, éleva son
Âme à une telle hauteur, qu'elle ne voyait
f)lus ou ne voyait qu*avec dédain son enve-
oppe se décomposer, la maladie étant d'ail-
leurs Vétat naturel du Chrétien ; qui, obligé
par ses amis de faire pour sa santé quelque
chose qui flattât ses sens, avait un soin ex-
trême d'en distraire son esprit, afin d'en
écarter toute idée de plaisir et de péché ;
qui, raisonneur exact, logicien sans pareil,
n^ayant rien oublié de ce qu'il avait fdit, lu
ou pfîue, fut en proie aux chimères de son
imagination, associa aux conceptions de son
rare çénie les bizarreries d'un délire mé-
lancolique ; qui toujours dévoré d'un feu
âpre et sombre, poursuivi par une idée fixe
et terrible^ languissant, exténué, éprouvant
jour et nuit d'intolérables souffrances, mou-
rut à la fleur de Tflge, après une agonie de
trois ans. Cet être infortuné se nommait
Biaise Pascal.
Toute comparaison de style à part, on doit
voir dans ce parallèle le tableau exact de ce
que j'ai établi en principe ; et qu'on ne s'y
trompe pas, il n'y a point ici de contradic-
tion. Précédemment j*ai peint l'homme émi -
nemment nerveux, usant de ses facultés ; .ici
c'est l'homme abusant de ces mêmes facultés
et qui en porte la peine. Je conviens que
tous les penseurs n'arrivent pas à cette com-
plète et radicale dégradation de forces vi-
tales, mais aussi, tous ne sont pas des
Pascal ; tant d*Ame pour user le corps n'est
pas donné à la foule des philosophes
Quoi qu'il en soit, lorsque, loin de se con-
naître, loin de lutter contre la loi fonda-
mentale que nous avons reconnue contre la
prédisposition organique^ on s'y abandonne
sans restriction, alors les inconvénients de
la constitution nerveuse se développent
avec une étonnante rapidité. Parmi ces in-
convénients il faut toujours remarquer l'ex-
trême exagération du système sensitif. On
a beau dire que c'est le principe des jouis-
sances exquises et délicates, je le redis
encore, c'est aussi la source des douleurs
les plus intenses. Les unes et les autres sont
élevées à la plus haute puissance, et leur
maximum d'action est absolument le même.
Gela est si vrai, qu'il a été possible de ré-
duire ce principe en une espèce d'équation.
(859) f La malaéie ressemble aux corps denses,
et la santé aux corps rares. La santé s étend sur
beaucoup d'années oe suite , et néann^oiiis el}e né
contient que peu de bien. La maladie ne s^éteud que
sur quelques jours, et néanmoins elle renferme
l)eaucottp de mal. SA Ton avait des balances pour
peser une maladie de quinze jours et une sajilé de
quinie ans, on verrait ce que ion éprouve quand on
met en équilibre un sac de plume et un sac de
Soit la sensibilité S, le plaisir P, la don-
leur D ; nous aurons 8S 8P SD. 11 est très-
vrai encore que si Ton établissait nos sen*
sations sur une échelle synebronique, on
trouverait un équilibre assez juste au bout
de quelaues années ; voilà pour la partie
matérielle ou physiologique. Mais quant
à l'application morale, au retentissement
de nos sensations sur le moi, les cboses
se passent bien différemment, et il faut
Tavouer, tout est à Tavantage de la dou-
leur. Celle-ci est évidemment Tuni té mul-
tipliée par les sentiments et les ré-
flexions; aussi le plaisir nous semble-t-il
rapide, passager, idéal, la douleur toujours
matérielle, positive, persévérante f839J. C'est
bien pis quand Tintelligence perfectionnée,
fait que cette douleur est profondément
sentie et raisonnée, qu*il faut souffrir non-
. seulement par la sensation, mais encore par
la prévision et la mémoire I Or, je le de-
mande, quel instrument pour la félicité
qu'une flme faible à la joie, stérile dans le
Elaisir ou le bonheur, oui en doute, qui sV
abitue promptement, s en dégoûte de même
et n'en connaît le prix qu'en le perdant. Oh!
que cette âme agit bien différemment dans
la douleur I quelle étendue, quelle activité
quelle force inépuisable de sensibilité
quand il ne s*agit que de souffrir 1 Ule se
multiplie, se développe, s'arme de toutes
ses facultés, et semble si bien faite pour la
souffrance, quelle cherche et trouve das
raisons pour Téterniser, pour aller au-de-
vant. C'est que la nature physiaue de
l'homme se contente de peu et que 1 ima^-
nation est insatiable. Alors s'observe cet
étrange phénomène moral dont parle Rous-
seau. « Sans que rien change en toi, dit41 à
Emile, sans que rien t'onense, sans que
rien touche a ton être, que de douleurs
peuvent attaquer ton âme 1 que de maux tn
peux sentir sans être malade ! aue de maui
tu peut sentir sans mourir ! » B où provient
cet état contre nature ? Manifestement d'u»"*
sensibilité originairement très-excitable el
et qu'on n a point ménagée ; d*une inten-
sité extrême d'affections morales et d>piïli-
cation intellectuelle ; de ce qu'on voit tou-
jours un but, sans calculer les fon-t^
indispensables pour l'atteindre ; de ce qu'on
se refuse à étendre la loi de la néce-ssite aut
choses morales ; du désir de donner à 5e5
facultés une extension indéGnie au lieu ce
limiter son être pour le posséder tout en-
tier; de ce penchant funeste à immoler
sans cesse le présent à l'avenir. On se bâtit
je ne sais quel roman de bonheur qui
échappe toujours , et l'on fuit le repos, el
l'on néglige la santé, bien sans lequel {e5
plomb. > (Batlb, Dictionnaire kistoriqut et mtifv.
J^ajoutorai que le plaisir physique a beaaoctc»
«oins d'extension que la douleur. H se borne a
auelques organes ; il ne se glisse pas dans Pos, da»
roQffle, dans la dent, dans le tendon, dans la plos pOAt
fibrille nerveuse; au lieu que la cnielie doaleor »V
cbappe de tous côtés, se produit dans ioBs ks poiiA
de l'économie, pour gêner et tounaenler tcirt
sensitif.
\\\1
TFM
D'ANTUKOPOLOGIE.
TEM
1418
«ntics sont nuls^ OU plutdl dont ils suppo-
sant lu possession.
I Parmi ces infortonés de cœar et dMmagi'*
nalioo, plaçons aa premier ran^ les poètes-,
les artistes et certains sayants. tsant rapide*
ment les forces Ti taies, ils donnent de lM>nne
heure à leur sensibilité un immense déve^
lop4^em6nt. La contention d^esprit, le traTail
forcé du Genrean, auxquels ils s*assujettis^
sent, soit pour pénétre^ les secrets de la
natare, soit pour s'élancer au delà de Tor-
bite des choses humaines, manquent rare*
ment de fatiguer les ressorts de 1 organisme.
Ainsi, loin d opérer sur le système nerveux
par Toie de tédation^ ils agissent au con*
traire par la stimulaiion, d*où résulte un état
d'eicitation morbide qui s^accrolt d*un rien»
boaleverse à chaque instant l'économie et
pour les causes les plus frivoles : c'est un feu
continuel qui s'attache également à la paille
et au bois de cèdre.
Un bit bien reconnu, est que ceux qui se
livrent avec exeês aux profondes et perpé-
tuelles méditations de l'esprit, présentent
rarement de l'uniformité dans le rhythme
vital, au physique et au moral. L'état ora-
geux est l'état ordinaire de ces cœurs chauds
et véhéments. Ardents, exagérés, ayant le
sentiment actif et passionné ae la chose pré^
sente pIutAt que d'en avoir le sentiment
exact et mesuré, ils gouvernent peu avec ce
plein calme de la raison qui aide si bien à
découvrir les vrais rapports des choses hu-
maines avec le monde. Aussi sont-ils rassa-
siés de mécomptes et de dégoûts; ce sont
}ions, comme dit Cliarron, qui font tout à
bon escient, sauf de rirre. Est-il possible, en
ctfet, de voir toujours bien, toujours jnSie
avec les oscillations d'une $en$ibitUé maladi-
Tement excitable, qui fortifie et abat, qui ra-
nime et qui tue, qui tantAt élève son martyr
jusqu'au ciel, et tantôt l'enchaîne sur un lit
fie douleur, se dirigeant sans cesse sur tous
les points où existe luie cause physique ou
morale qui la stimule, qui l'attire *et la fait
▼îbrer?
Dans ce perpétuel changement d'état de
rëconomie, il Bi4 des instants où le corps
«épuisé, languissant, frappé d'impuissance
ruusculaire prononcée, inspire un sentiment
cJe faiblesse et de défaillance aussi complet
c]ue décourageant; espèce de torpeur qui
«semble n'être qu'une moyenne proportion-
nelle entre la mort et la vie; alors on fait
efTort, on abandonne tout, on oublie tout'
jpout se cramponner à la vie, qui parait
l^rès de 8*éteindre. Dans d'antres moments,
une eertaine exaltation d'idées se mani-
feste; elles se pressent, elles débordent,
rnais les organes n'y répondent pas« et
1m force d'élaboration manque. Ces idées
&oat tou^urs confuses, peu développées «
man travail suivi ne pouvant les féconder.
J^ guoi d'ailleurs aboutirait ce travail ? à
j-uiner totalement la santé pftr les efforts
<:f ii*il exige. Comment alors s'inspirer de peu*
«^^es d'avenir et d'immortalité avec la mort
^f ^iis le sein. Comment se livrer à de savan-
t,^TS élucubrauons, suivre une carrière active,
DlCTIO!!^. n'AlCTBaorOLOOIE.
supporter les fatiçues du barreau, les tra-
vaux assidus de l'administration , les vio-
lentes émotions de la tribune, les agitations
de la place publique^ bien moins encore di-
riger d'une main ferme et sûre le vaisseau
de l'Etat dans la tourmente politique 7 Ainsi
cette chaleur d'accès de l^imagination, qui
semblerait devoir être la compensation des
lacultés perdues, est une nouvelle cause de
désesnoir et d'ennui. Quant à moi^ je dirai
avec Pascal : « J'admire comment on n'entre
pas en désespoir d'un si misérable état. *
Notez bien que ces dispositions du corps
influent inévitablemeiit sur les conceptions
de l'esprit ; et cette considération ménterait
bien de fixer l'attention des penseurs pro^
fcnids, si celle de leur santé leur paratt trop
frivole. Car souvenons-nous toujours que
les idées , les sentiments^ les affections, la
vie en un mot, sont le reflet du monde d'or^
§anisation, et que les œuvres d'un homme
e génie ftont le résultat fécond des laits, des
pensées, des émotions, des inspirations de
sa vie entière.
En vain, dira-t'-on, tous âppliguez-Vous 1
rembrunir le tableau. Quand ir serait vrai
que la constitution éminemment nerveu^e^
lorsqu'on en abuse, entraînât les maux que
vous avez peints, les dédommagements' et
les dons qui l'accompagnent, seraient encore
une compensation préférable è tout. L'homme
supérieur, né avec cette puissance de tète et
de volonté appelée è déplacer les limites dé
Tinteiligence , est toujours au^essus des
infirmités qui l'accablent. Ses jouissances
mêmes sont d'autant plus puresi qu'elles
sont indépendantes de son organisation, de
la nature, de la fortune et du reste de l'uni «
vers. Voilà ce qu'une éloquence menteuse
et piperesêe^ ne cesse de répéter dans la
bouche des panégyristes. Mais la vie privée
des hommes célèbres, les maux qu'ils endu-
rent, leurs aveux, soit dans l'intimité de
] amitié, soit aux médecins, prouvent com«
bien on doit rabattre de cet enchantement
extérieur et factice, de ces éloges menson-
gers, espèce de met-à-nens oratoire. S*il y
a au monde quelque cnose de démontré,
c'est que l'excitation anormale du système
nerveux et particulièrement du cerveau ; c'est
que l'inégale répartition des forces, la tu-
multueuse discx)rdance des actes vitaux,
troublent l'intégrité fonctionnelle des or-
ganes, entravent l'exerdce de la vie, anéan-
tissent la santé et le bien^tre. Pourquoi
donc vouloir trouver dans la vie ce que la
nature a refusé d'y mettre, un organisme
constamment à l'épreuve de sensations ïor^
tes, d'émotions enivrantes et d'un esprit sans
repos ? Pourquoi désirer, avec un corps f/a-
gile^ des jouissances et des lumières suHbu*
maines?
Sors Ima morialis, non ett tnotiate (fkod opta$.
(Ov».)
Dans une vie grevée de toutes les amer^'
tûmes de la gloire, je ne crains pas de l'ajQSr^
mer, la plus douloureuse est assurément lit
perte de la ^anté. Le baume moral d'«tt
fil»
TEM
DICTiONNAIRE
trrt
aaiour-pronre satisfait, n adoucit pas tou-
jours complètement les regrets qui en sont la
suite/Si on se pénétrait bien de ces vérités»
fondées sur la nature même de Thomme, le
trop-penser, cet ennomi né de notre espèce,
ne ferait pas tant de victimes. On ne verrait
pas une foule de savants, d'artistes, delitté-
rateurSy de jurisconsultes, etc., construire
f le tissu de leurs propres tourments, dessé^
cher de bonne heure les sources de la pensée
et manquer k leur destin^^e. Il faut que tout
soit dosé, calculé, mesuré ; que la rèzle du
plus ou du moins soit appliquée a tout,
même aux quantités morales ; c'est la plus
jrrande loi de la nature, puisqu'elle est celle
(le l'harmonie des êtres.
Toutefois, j'ai beau faire, on croira tou-
jours que le trait est forcé pour le rendre
plus frappant; il. n'en est rien cependant.
Demandez aux médecins c[ui exercent dans
une çrande ville, eux qui voient si souvent
dans l'endroit caché des cœurs l'amertume qui
les flétrit, ils vous diront combien cette force
extra-naturelle de réflexion est dangereuse
povLT rhumauité. On répond ordinairement
(lue la position sociale, que les circonstances
I exigent ainsi ; sans dou'.e, mais le mal n'en
ost pas moins réel. D'ailleurs je dirai que,
dans chaque circonstance, il est possible
de le diminuer, et qu'on peut alléger le fardeau
quand on le veut bien. On argue encore en di-
sant que ces principes manquent de vérité»
ou sont au moins exagérés, qu'il y a de nom-
breuses exceptions. Ces exceptions sont plus
rares qu'on ne le croit; car remarquez bien
que, parmi les hommes qui se livrent à ce
^enre d'excès, les uns vivent assez long-
temps, mais languissants, épuisés, et que les
autres meurent au commencement de leur
rarrière, connus seulement de leurs amis,
de leurs médecins. Combien de jeunes gens
surtout, moissonnés de bonne heure, ne se
reposent point à l'ombre du laurier qu'ils ont
semé 1 Les exceptions les plus nombreuses
se trouvent parmi les hommes qui, sacrifiant
])aisiblement aux muses, et traitant la répu-
tation comme les honneurs, savent en jouir
ou s'en passer. Mais du moment que poussé
par le démon de la célébrité, on veut ins-
rrire son nom sur le bronze séculaire ; que
le besoin. rongeur de la louange des autres se
fait sentir ; qu'on se décide à arracher feuille
à feuille ce laurier morte venalem^ comme
dit si bien Horace; qu'on a toujours présent
à l'esprit le qu'en diront les Athéniens '( la
vie cesse de s exercer selon ses lois ordinai-
res de régularité. Je ne sais quel feu pénètre
et consume l'économie, quelle impétuosité
de mouvements intérieurs, quel bouillon-^
nement du sang, quelle ajj;itation fiévreuse
se manifestent. I>es forces motrices et con-
tractiles diminuant peu k peu, la sensibilité
prédomine outre mesure. Dèslors plus d'é-
auilibre, plusdharmonie dans les fonctions :
1 unité élémentaire organique se trouve rom-
pue, et les maladies naissent en foule. Re-
marquons toujours que la vie s'altère et se
détruit ici par deux caus«^s, parce que su»
action a été hâtée, précipitée, exagérée puis
parce qu'elle a été irrégulière, tant il est nai
qu'il faut des bornes à la méditation, au
travail de tête, au désir d'acquérir des m-
naissances, de solliciter sans cesse la renom-
mée et la fortune, en un mot, qu'il faut sa-
voir avec sobriété, aussi bien oue Ti^reavec
tempérance. Le génie qui voulant arracher
aux dieux leur secret, reste frappé de j'ana-
thème céleste, est un emblème aussi jnsie
que frappant des tourments de certains Ijoid^
mes illustres. Ceci nous explique également
ce symbole de l'antique et suprême sagesse:
a Dieu a marqué d'un si^e formidabJe le
fruit de l'arbre de la science; ce frmtesi
doux et savoureux, mais souvent il donne
la mort : » Gustans gusiavi pauluhm ml
lis et ecce morior.
TENDONS. Voy. I'Introduction.
TÊTES-PLATES. F. Noon^A-CowwBiE^s,
THIBETAINS. —Entre l'Inde et la Chine.
le Thibet et le Boutan, pays de tris-hautes
montagnes, sont habités par une raceindooe-
tartare dont la civilisation est un mezio ur-
mine de celle des deux grands peuples Toi-
sins. Le missionnaire Cassiano a recueilli
sur le Thibet des matériaux curieux insérés
dans le travail deGeorgi {SkO). De nos jours
le Hongrois Csoma de Koros a dit, dans re
pays, un séjour assez long pour y Induire
une vaste encjrelopédie. D'après ces deux ao-
torités aussi bien que d'après les re^herche^
des sociétés asiatiques anglaises, les Tiiilié*
tains sont une colonie indienne |)ar leurs
lois, leur écriture, leur religion. Celle-ci e<l
la nuance du boudhisme qui a pris le qodi
de lamaïsme, d'après le titre de sou graod
prêtre on Lama.
Un dogme qui recommande la contempla-
tion et permet la paresse, ne peut aroir )Ti^
naissance que dans un climat doux et fer-
tile. Un t>ays où l'hiver est très-long ellrè^-
rigoureux aurait bientôt altéré un dogu^e
pareil, comme on l'a vu dans les croyances
émanées de l'Asie et transformées en reli-
gions guerrières et féroces à mesure qu'ellf>
approchaient du Nord. Le contact delliul''
et de la Chine, métropoles intellectuelles H
commerciales, a prolé^jé contre le cUmal le
dogme mais non les mœurs, car les Thil)é-
tains en guerre sont accusés de manger l«
foie de leurs ennemis morts ou gisant suri**
champ de bataille.
L'alphabet thibétain ressemble beauccn?
au sanskrit ; la langue a la même pareoic*
mais ses mots tendent à se briser en mon*'
syllabes selon le système chinois. Qasn^f
boudhisme arriva ou revint aux plateaux <iJ
Thibet et du Boutan, vers le premier «èle
de notre ère, les peuples de ce paysavaieM
une tradition qui les faisait descendra <fuTj«
race de singes. C'est le mythe de quelque i^
vasion d'un peuple mongol qui avait en». «
leor sang et modifié leurs traits.
Quoique lHymalaya soit le plus ^' J
système de montagnes du grand ctfltJ-
(940) Alphabetum ThibelaHum,
fiM
TOd
D*A.%TIIR0P0L0G1E.
TOO
un
lient asiatique» ce ti*est donc pas Ters lui
que remontent les souTenirs les plus re-
culés des premièiles nations. Les Chinois
eux-mêmes accusent les Thibétains d*ètre
ttn peuple prestjue moderne, ce qui tie Téut
prouaBlement dire autre chose qu*un peuple
ancien demeuré barbare, car Gaubil, Kla-
proth et M. Ed. Biot font de la race thibé-
taine les premiers habitants de la Chine re-
présentés encore aujourd'hui par quel-
ques peuplades insoumises api)elées Miào
Mais raymalaya touche de fort près' au
sTstème du Caucase indo^Bactrien dont il
n^est séparé que par la vallée du haut Indus.
Les contreforts septentrionaux du même
Caucase tiennetit % rAltaî d*où Cuvier tire
la race mongole ; disons plus p)rudemment
▼ers lequel cette race rattache de très-an-
ciens sourenirs. On connaît le rOle très-im-
portant que jouent les montagnes dans les
religions primitires et p6r conséquent dans
les primitives traditions ae l'humanité. Nous
apercevons déjà assez clairement le point
du globe où ces traditions se confonoent;
la source commune d*où elles émanent avec
les migrations des peuples divers et d*aprts
Taveu explicite de ces peuples. Les Tndous,
les Perses rapportent leur origine au Nord-
Ouest, les Chinois à TOcddent, lesCbaldéens
«H Nord-Est. Le Caucase Indo^Bactrien est
le centre où convergent tous ces rayons de
la boussole historique.
Achevons le tour de notre immense hori-
zon pour ne pas conclure à la légère : cir-
conspection est précisément Tusage de
cette opération oe Tœil et de Tespritl
LjCs Scythes (voy. au mot Sctthbs) dont
l'histoire est la plus connue mais aussi
la plus lotigue et la plus concluante, les
Scythes rapportent leur origine au Midi
et à rOrient. Les nègres n*ont pas d'annales
et nous réduisent aux analogies tirées de
leurs langues et de leur organisation. Les
Polynésiens et les Malais son t un appendice des
Indiens et des nègres. Le vaste continent des
Américains qui semble séparé de tous côtés
du vieux monde y touche cependant par
le Septentrion. C'est du Septentrion aussi
que les traditions d'Amérique font arriver
les races de leurs aïeux.
TIMBRE. Voy. Voix.
TISSUS ORGANIQUES, leurs propriétés.
Voy, Habmoxib des fouctious dans le corps
humain.
TOBAS. Voy. MÉDrrBBBAxéBiis
TOLTÈQUES. Voy. Mexicains.
TON. Voy. Voix.
TONtiOUSES. Voy. Nomades.
TOUARICKS. Voy. Abobigèxes.
TOUCHER. — Un ^rand nombre oe pro-
longements encéphaliques , divisions d'un
prolongement principal, là moelle épiniêre^
sortent du canal vertébral par les trous dont
(941) Leor section abêtit la contracUlîlé mosco-
laire , sans q«e h transmisnon des imfiressîons
se trouve percée sa surface latérale. Les n is
naissent die la colonne antérieure de cette
moelle, se distribuent aux muscles volon-
taires, et déterminent les mouvements loeo*
moteurs (8^1). Les autres prennent leur ra •
cinedans la colonne postérieure; ils vont
animer tous les orgahes, ou par eux-mêmes,
ou par d'autres nerfs intermédiaires avec
lesmiels ils s'anastomosent, et forment, à la
surface externe des téguments, ub réseau
nerveux très-abondant. Ils transmettent à
rètre intelligent , par l'intermédiaire de la
partie supéneure du segment basilaire (Ser-
res, Anaiomit comparée du cfnrveau), les im-
pressions extérieures qui agissent sur le
système cutané, et les modifications organi-
ques internes perceptibles (8^2). Ce sont
donc ces derniers auxquels se joint, dans
les téguments de la fiice du crAne » le neif
de la cinquième paire, qui donne lieu aux
perceptions tactiles.
Le système cutané forme , aVec les nerfs
qui se distribuent à sa surface , auxquels il
sert de soutien, et que son épiderme et
Thumeur onctueuse qui le recouvre proté-
fent contre des impressions trop Vives ,
instrument au moyen duquel l'homme per-
çoit certaines qualités des corps que les au-
tres sen& ne sauraient lui transmettrei qu'il
peut seul lui communiquer, et que par cette
raison nous appelons tactilee.
Puisque les nerfs transmetteurs de ces
Spalités ou plutôt des impressions qu'elles
ont sur nous , sont répandus sur toute k.
surface extérieure du système cutané, il est
évident que toutes les régions de ce sys-
tème sont capables de cette transmission
Aussi percevons-nous ces impressions par
tous les points de la peau> qui forme un
vaste intermédiaire entre les corps exté-
rieurs et nous. Ce mode de perception s'ap-
pelle le tact. On je distingue d'un autre
mode qui s'exerce au moven d'un appareil
particulier, dont le système cutané forme
toujours l'agent principal , ouiis qui s^appli-
'Gue d'une manière plus exacte sur les corps
- dont nous voulons connaltres plus {parfaite-
ment les qualités taetilee^ ce qui lui a valu
le nom de toucher.
Nous percevons^ au moyen de l'instrument
du tact^ la présence des corps, par la résis-
tance qu'ils opposent à cet organe et les di-
verses impressions qu'ils lui font éprouver.
Nous ne concevons leurs différentes qualités
que par l'intermédiaire du jugement.
Le tact varie selon les Ages, les sexes, les
individus, les orofessions, la nature des vê-
tements, les climats, les diverses régions
du corps.
Il est exquis dans le nouveau-né , dont le
système dermique jouit d'une activité de
transmission extrême, parce qu'il n'a encore
éprouvé aucune des impressions qui, à la
longue, finissent par le diminuer. II s'é-
(842) La Iransmissioii des impressions o'a plot
lieu apm la ligatoie oq h section des nerfs, undis
que les mascM conserfeni leur faiailté oontrac-
âle.
1
UiS
TCU
nCTlOMNAmE
TOU
m
mousse peu à peu avec Tdge par les impres-
sions conlinuelles que reçoit le systèiue
cutané, et qui modifient les nerfs de ma-
nière è afifaibiir l'énergie de leur fonction
trausmissive. Acelte cause se joint l'augmen-
tation do l'exhalation épidermique que le
frottement continu des vêtements déter-
mine , et qui amortit déplus en plus les im-
pressions extérieures. Dans le vieillard,
dont la peau est ridée, desséchée, endurcie ,
l'épiderme épais, la faculté transmissive des
n^rfs cutanés est considérablement dimi-
nuée.
* La femme a la peau plus molle, plus unie,
J'épiderme plus mince que l'homme; les
impressions extérieures y ont, par consé-
quent, plus d'intensité , leur transmission
y est plus active et le tact plus exquis.
Les individus qui se rapprochent le plus
de Ja femme pour la structure de la peau ,
chez lesqiiels cet organe est peu couvert de
poils, onrent aussi avec elle une grande
analogie sous le rapport de l'activité de U
fonction transmissive des nerfs cutanés.
Si un frottement peu prolongé rend la
peau plas impressionnable, il n en est pas
de même de cette action lorsqu'elle est per-
manente.
Aussi les individus dont les professions
exigent de grands mouvements du corps, et
{produisent par conséquent des frottements
^équemment répétés du système cutané
contre les vêtements qui le recouvrent, per-
çoivent moins vivement que ceux d une
profession opposée, les impressions diverses
qui naissent du contact des corps extérieurs,
il en est de même de ceux dont les vête-
ments qui touchent immédiatement la peau
sont d*un tissu grossier; leurs nerfs perdent
à la longue, par la rudesse des frottements
qu'ils éprouvent, de leur faculté de trans-
mission, et les sensations que produit le tact
ne sont plus aussi vives.
Une douce chaleur favorise la transmis-
sion des impressions tactiles ; mais 11 n*ea
est pas de même d'une haute température qui
affaiblit cette action vitale des nerfs cutanés.
Dans les climats chauds, où un soleil brû-
lant irrite constamment la peau, l'engorge ,
l'épaissit , malgré les substances grasses
dont on la revêt , et diminue, par consé-
quent, la faculté transmissive des nerfs qui
s^y distribuent, les sensations produites par
les impressions extérieures ont peu de viva-
cité. Aussi les peuples de ces régions appli-»
quent-ils le feu sur le système cutané dans
jiresque toutes les maladies , et sans en
éprouver une bien vive douleur; aussi se
font-ils de profondes blessures, qu'ils per-
çoivent à peine, et dont les cicatrices sont
pour eux aes ornements, et même des mar-
ques distinctives de supériorité sociale.
Les climats froids produisent les mêmes
«ffet^ par. une cause ^contraire. Le système
cutané s'y engourdit' par la lenteur de sa
(845) L*boaiine peut seul opposer le pooce^ aux autres doigts , ce qui rend sa main an des priAd
^u& instrumeuts de «on inldligenoe.
circulation capillaire , et Taction nerveuse
y est faible par défaut de vitaUté.
C*est dans les climats tempérés , où cette
action jouit de toute son énergie, que les
perceptions tactiles, comme toutes les autr^
'sensations, ont le plus de vivacité.
Toutes les régions du système cutané ne
jouissent pas au même degré de la faculté
de transmission des impressions extérieu-
res. Celles où la peau est fine, molle, l'é-
piderme peu épais, où les nerfs sont al^on-
dants, la possèdent à un plus haut point que
celles où elle offre un état contraire. Ce^t
pour cela qu'elle est plus prononcée aui
régions latérales du thorax qu'k lauté-
rieure et à la postérieure , à la uartie in-
terne des bras et des cuisses qu'à I eiterne ,
à la région plantaire du pied (ju^à la dorsale;
ce qui est 1 inverse de la main , où elle est
bien plus active à la région dorsale qu'à la
palmaire , où la peau et son épidémie oni
plus d'épaisseur. Cependant cette ré^noa
appartient à l'organe du toucher; ce qui
démontre que la perfection de cet instni-
ment tient moins à la fonction de transmi-
sion plus active de la région du svstèiDe
cutané qui l'enveloppe, qu'à la dispbsiiiun
des parties dont il est composé , et qui k
rendent propre à se mouler sur les corps
de la manière la plus exacte. Il est mèioc à
remarquer que la transnoission vue de
l'impression des corps extérieurs aurait nui
à ces fonctions, qui sont plus intellectuelles
que sensitives, qui (ionnent plus aux idée^
qu'aux sensations. On sait que le toucher ne
peut s'exercer lorsque la peau des doigts,
dépouillée de son épiderme , transmet vive-
ment les impressions qu'elle reçoit.
Articulé avec les os de Tavant-bras d'un?
manière assez lâche, l'instrument de celle
fonction perceptive peut exécuter des mou-
vements de Dexi^n, d'extension, d'adduction
et d'abduction très-étendus , ce qui faeiliie
sin^^ulièrement toutes les positions qu'il
doit prendre dans l'exploration des corps.
Il est composé dans sa partie centralf^ (ie
carpe et le métacarpe) a'un nombre a^se^
considérable de petits os articulés lâclie-
menl aussi entre eux âe manière à ce qu'ils
puissent se mouvoir assez facilement les
uns sur les autres ; il se termine par cioq
appendices allongés très-mobiles (les doigts
Souvant se réunir f s'écarter, s'étendre » se
échir, s'opposer les uns aux autres (8i3;
et enfin il est recouvert par la peau <pi
adhère fortement à sa face palmaire pour
donner plus de fixité à ses points d'appui,
et qui forme au bout des doigts un cous-
sinet élastique soutenu par les ongles, pou-
vant s'appliquer sur les corps les mieux
polis, et susceptible de recevoir ^^1J^^'
sion des inégalités les plus légères. Cette
structure les rend très-propres à saisir les
corps avec facilité, même ceux des dimen-
sions les moins considérables, à s'appliqo^^
exactement sur toutes les surfaces , à se
IISS
TOU
D*ANT.ÎR0P0L0GIE.
TftO
UU
prêter à tontes les formes, à se fiier solide-
luent sur tons les objets , et par conséquent
à recevoir des impressions plus nombreuses
que Tiustrument du tact, et h les transmettre
arec plus d'exactitude.
Nous percevons par le toucher comme ]iar
je tact rexisience réelle des corps, leur tem-
pérature, leur consistance , les divers états
de leur $«rface , leur mouvement , et de
plus, leur ^zure, leur forme , leurs dimen-
sions, leurs distances respectives , etc., dont
cet appareil ne nous donne point ordinaire*
ment la conscience. 11 est , sous ce rap|.ort,
congénère de celui de la vue , dont il con-
flrme ou rectifie les transmissions.
Les perceptions tactiles ne se comrertis-
sent en idées que par Tinfluence de la com*
])araison et du jugement. Considérées isolé-
ment^ elles ne seraient pour nous que des
sensations , et non des productions vérita-
blement intellectuelles, et les qualités des
f orps nous seraient entièrement inconnues;
car nos connaissances sur les objets qui
nous entourent ne sont que les résultats de
la comparaison.
L*ap])areil du toucher peut être remplacé
par celui du tact dans les parties des mem-
bres les plus flexibles, et capables de saisir
et d'embrasser plus ou moins exactement
les corps» comme, par exemple , à la région
«le Tarliculation de lavant-bras avec le bras,
% celle de la jambe avec la cuisse, à la sur-
face inférieure du pied , à laquelle on a vu
f habitude de donner toute la souplesse de
la main»
De^ même que le tact, le toucher varie se-
l'iu Tâge, le sexe, les individus , les profes-
sions qu'ils exercent.
Dans Tenlance, son appareil est très-actif,
^t transmet des impressions très-vives , à
cause du peu d*épaisscur de Tépiderme et
de la souplesse de la peau. Mais ces impres*
sions ne produisent que tardivement des
idées sur les qualités tactiles des corps, parce
t|ue leur appréciation dépend du jugement
et n*est que te fruit d'une assez longue ex-
1»érience. U perd ses facultés dans le vieil-
anl par le dessèchement et le plissement de
la peau et de l'épiderme, suites de Tabsorp-
tion de la graisse qui soutenait le chorion.
L'instrument du toucher est plus impres-
sionnable chez la femme que chez Tbomme,
à cause de la délicatesse de son tissu cutané.
Il transmet aussi plus vivement les im-
pressions extérieures chez les individus qui
ne se livrent point h des travaux manuels
rudes et pénibles, que chez ceux dont Tépi-
derme des mains s*est épaissi par un frotte-
ment intense et fréquemuicul répété.
Si rinstrument du tact perd de son im-
pre^siounabilité par Texercice , il n'en est
j>as de même de celui du toucher, qui va
^ans cesse acquérant une activité nouvelle ,
non point relativement aux impressions que
1 oo peut appeler sm$itives , parce qu'elles
' ^ i * I Daos ce» individas , une autre cause con-
ro;irl à donner au toucher un^ gramle finesse; c>st
i'iiitentioD qu*iJs portent dans Teiploralion des qua-
ne donnent que des sensations , tenes que
celles de la température des diverses subtan-
ces, mais par rapport à celles qui produisent
en nous la conscience de ce oui est relatif à
la figure oa à la forme des omets. On sait ,
en effet, que ce n*eat que par fliabitude que
Ton perçoit avec exactitude ces sortea d'im^
pressions, comme on le voit chez les aveu-
gles (9kk).
Nous trouvons , dans les perceptions tac-
tiles , les mêmes mystères que dans les vi-
suelles. Nous ignorons complètement com-
ment les actions des corps extérieurs sur
notre système cutané, qui se réduisent tou-
tes à des mouvements moléculaires , identi-
ques dans leur nature, peuvent donner lieu
à des perceptions si diverses. Nous n'igno-
rons pas moins le mode de transmission de
CCS impressions, et le mécanisme delà per-
ception qui en est la suite. Ici, comme aans
tous les phénomènes de la nature , reffet
nous est connu, mais la cause intime nous
échappe ; nous percevons, et nous ne savons
point comment la perception s'opère. Mais
nous savons positivement que ce n'est point
le cerveau qui perçoit, et qu'il n'est qu'un
icstrumeut que nous appliquons à cette
fonction importante.
TRANSFORMATIONS EMBRYOLOGl -
QUES. Yoy, Emvbtolocib.
TRÈFLE, LUZERNS. — jues anciens ne
connurent point la culture du trèfle ; il n'est
point répandu dans les parties chaudes de
l'Europe, et même il n'est connu en Allema-
gne que depuis le xvi' siècle. On cultivait à
sa place la luzerne^ medicago «arira, autre-
ment herbe de Médie; elle était le fourrage
communément usité dans lanliaiiilé; elle
pouvait bien venir de la Médie, d'où elle a
tiré le nom qu elle porte. La luzerne sauvage
est maictenant une plante très-commune
dans l'Europe méridionale.
THOU AUDITIF. Yoy. Tbou occiprrjiL.
TROU OCaPlTAL cl TROU AUDITIF.—
On appelle trou occipital le point où la co-
lonne vertébrale s'articule avec la tête. Rela-
tivement à la situation de ce trou, Sœmme-
ring a dit, mais sans être ailirmatif à cet
égard, qu'elle est un peu plus reportée en
arrière dans la race éthiopienne aue dans la
caucasique : de telle sorte que la colonne
vertébrale du nè^e s'articulerait plus en
arrière que chez les descendants de la race
caucasique. H. Owen a remarqué que chez
l'Européen adulte ce trou est place immé-
diatement en arrière d'une ligne transversale
qui couperait en deux parties égales le dia-
mètre antéro-postérieur. Il reste donc à sa-
voir s'il conserve cette position dans toutes
les races. Pricliard l'airirme, et dit avoir com-
paré à cet égard la tête du nègre à celle de
l'Européen.
La position du irou auditif tarie-t-elle
tirant les races M. Dureau de la MaUe a
sui
émis sur ce sujet une assertion singulière :
Htés tactiles des corp$, ef qui n est point troublé par
les perceptions vi^ucikfe.
1427
TRO
BICTiaNNAIRE
jm
m
Cesi que le trou auditif des momies^ et i)ar
conséquent des anciens Egyptiens, était placé
filus haut que cheai pous : de sorte qu'une
igné horizontale menée de ce trou rers la
partie antérieure de la face a^tteindrait la
région de TcmI sur les têtes d'anciens Esyf)-
tiens, tandis que chez nous elle se rendrait
à la base du nez. La même disposition au-
rait été constatée chez des Juifs non mélan-
gés. M. Dureaa de la ttalle aflirme que si
MM. Flourens et Dubreuil n'ont pas trouvé
ce caractère sur les momies qu'ifs ont exa-^
minées, c'est que ces momies provenaient
d'un pays où il y avait eu mélange de vain-
queurs et de vaincus.
Au lieu de s*occuper de U situation plus
ou moins élevée du conduit auditif, d'autres
personnes ont pris en considération sa situa-
tion plus ou moine antérieure. Ainsi on a dit
que plus Fintetligence est développée dans
les races humaines, plus le trou auditif est
voisin de l'occiput. Cette assertion» rappro-
chée de l'opinion généralement admise tou-
chant 1^ situation du trou occipital, va me
fourni KMitière à quelques remarques critin
ques qui, je le suppose, auront le mérite de
la nouveauté.
Ce qne |e vais dii^e à ce sujet montrera
que les corps savants accueillent parfois
avec une singulière fi^^Hté, et consacrent
en quelque sorte, en s^abstenant de les sou-
mettre à li^ cipitique^ certaines propositions
scientifiques que le moindre èxan^en eût
fait rejeter. Nous avons vu établir que le
trou occipital se spéculait dans les races qui
ttcnnent un rang peu distingué sous le rapt
port de^ l'intelligenoe et de la civilisation.
Voici, en effet, ce que Virey lisait à la séance
^Jc riuititut du 25 octobre 1841 : La seule
fositivn du trou occipiiat^ et son rapproche-
ment au voile du palais ^ offrent la mesure du
fedressement de Vhomme et du degré de per-t
fection de ses races^ mieux encore que l ou-
verture dp Vangle facial de Camper. Nous
(ivojis vu affirmer, d'une autre part, que le
iroii auditif était plus rapproché de la partie
postérieure que de l'antérieure de la tète,
dans Içs races qui ont porlé trèsrloin le
culte des sciences et les progrès de la civili-
sation. Cette opinion est positivement énon-.
vée par M. le professeur Dubreuil, dans un
Mémoire^ sur h caractère des races^ pris de la
tête osseuse^ mémoire communiqué aussi à
r Académie des sciences.
Or, si, comme il résulterait de ce qui a été
(professé devant Tlnstitut, le trou occipital et
Q iiçm aqditijf se déplacent constamment çn
sens inverse: si le pi^emier se porte en avant
et si le second recule dai^ les races intelli*
gcntes, si le contraire a lieu d^ns la race
éthiopienne, il est clair que la situation re-
lative dp ces dpux trous ne devra pas être la
même dans une tète de Français et dans
Vine tête de n^gire. En additionnant les deux
petites différences qui résultent de leur dé-
placement ea sens invei^se, on devra obtenir
une différence assez marquée, poureonûrmer
la vérité des deux propositions que j'eia-
mine. Eh bien 1 il n'en est rien. Voici ce qui
a été constaté à cet égard. Une li^ne trans-.
versale, tirée de la partie postérieure d'un
conduit auditif à l'autre, sur une tète d'Eu-
ropéen,, passe sur le bord antérievr du con- ^
tour du trou occipital. Or, cette ligne passe
précisément avi même endroit sur une télé
d*£thiopiei\ t
Mais, dira-t-on, la double loi dont il est
question pourra-t-elle au moins se véri&er
f)ar la comparaison des têtes des brutes arec
a tète de 1 homme? Soumettons-la doac à ce
nouveau critérium. Sur la tète de Torang-
outans, le trou occipital ne siège pas, comme
cliez. l'homme , immédiatement en arrière
d*une ligne transversale qui couperait en
deux parties égales le diamètre antéro-pos-
térieur : il occupe le milieu du tiers pust^*
rieur de la base du crflne. Chose remarque-
ble , il conserve avec le trou auditif absolu-
ment le même rapport que che^ rhommel...
Je me trompe, il y a une légère différence;
mais elle est précisément en senç in?ersede
celle que nous aurions dû constater {mot
confirmer la loi proposée , car la ligne tirée
d'un conduit auditii à Tautre empiète on
peu sur la partie antérieure du trou occipi-
tal. Mais chez le sap^gou les deux trous ont
le même rapport que chez l'homme. Donc^
s'il est bien vrai que, ainsi que l'a démontri
Daubenton , le trou occipital se recule de
plus en plus, dans les espèces animales, k
mesure qu'elles s'éloignent davantage de
Thomme, il ne l'est pas que le trou auditif
marche en sens inverse. La loi qu'on a toolu
établir ici au profit de la phrénolc^e est
fausse, et doit être remplacée par ceue-ri :
Le trou occipitaly en se déplaçant, enirmu
avec lui U trou auditif. Et comment en se-
rait-il autrement? Le nerf acoustique, qn^ ^
répand dans le sens de l*ouïe, ne ualtMi()3)
constamment de l(i même partie du système
nerveux, et cette partie du système nerrew
n'est-elle pas constamment située dans i»^
environs du trou occipital? La loi qnejV-
nonce ici se vérifie encore lorsque, paswnt
de Torang-outang aux autres t;fad<irufié>ieN
on voit le trou occipital se rJacer à laf>ari.t
la plus reculée du crftoe. Cepentlant ici («
observe deux variétés dont il serait |)e4ii-^tn;
intéressant de rechercher la cause : le tnii
auditif restant parfois quelque peu enavan!
du trou occipital, comme on l'observe fh«i
le chien, le lion, le mouton, le cerf, le (^^
val (chez celui-ci l{t différence esi de piu-
d'un pouce), ou bien se trouvant an pes
plus reculé que chez Thomme, comme on !<:
voit chez le sanglier.
ïSCHUK^TSSCfflS. Yoy. Icthtophages.
TUMULUS SEPDLCRAUX, Voy. Eworsn
TURCS. Voy. Evrofe modpbkb , SoTiC
et Nomades.
i4tr
UNI
D*ANTHROPOLOGIC.
tW'
1130
V
UBAUHS (l'abW). Voy. Langage.
UGALYACHMUTZI. Voy. Nootea-Colim-
UGRIENS ou «ACE LGOBiEîisB. Voy. No-
mades.
UNION DE l'ame et du corps. Voy, Pdy-
SIOLOGIE NTELLECTLELLE.
UNITE DE coMPOsiTiO!! Orga?(iql£. Voy.
A5AT0M1E COMPABÉE*
UNITÉ DE L'ESPÈCE HUMAINE.
l'Diié, oniié »l«olae de V^ti-te bn-
main^, rX variété de ^es racles : Idle
«st Mi deniii*r résultai, la amelumm
générale ci cenaiae de umis les faiu
arquis sor Tbisioire naiorclle de
Hiomne. (FuxrBns).
lie sayant auteur de rourrage Dieu^ Thomme
H le mondé , a résamé d'une manière lucide
el pleine d'intérêt tes travaux les plus soH«
des, les recherches les j)lns décisives et les
Elus concluantes , qui aient été publiés sur
I question de l'unité des races humaines.
Nous Mi empruntons ce travail important.
Quand on a voulu, dit-il, discuter la ques-
tion d'unité ou de plurali té d'espèce humaine,
en Be-eensidérant que l'homme physique,
on a conunis la même faute philosophique ,
ta même erreur scientifiaue qu'en zoologie,
lorsque , laissant de côté le vérilable carac-
tère de l'animalité , la sensibilité et la loco-
motilité oui en est la conséquence, on a pris
soit le séjour , soit le genre de nourriture ,
soit les dents , soit la couleur ou la qualité
du sang pour servir de base et de principe à
ce qu'on voulait être la méthode naturelle.
0>mme il n'y avait dans tous ces caractères
rien d'animal, mais qu'ils convenaient pres-
que tous aussi bien aux corps orj^anisés
Tégétaux qu'aux corps organisés animaux ,
quoique dans des degrés divers, il étaitimpos*
sible de constituer la science des animaux ,
j>uisqu'on ne faisait aucune attention à ce
qui fait que les animaux sont animaux.
De même , en considérant l'homme sous
«e point de vue fmrement physique , il est
ijnpossible d'arriver à aucune conclusion
torque , à aucune démonstration scientifi-
c]ue , parce que les principes d^où l'on part
ne sont pas tirés du sujet , et qu'ils ne peu*
vent lui être aiipliqués. En eObC le caractère
iin|K>rtantde Inomme, son caractère vrai->
ment naturel , c'est son âme ; le corps n*est
crhez lui que secondaire, comme le séjour, la
nourriture et le sang ne sont que secondai-
ff-es dans l'animal. Tout cela, sans doute, est
nécessaire à l'animal ; mais s'il n'y avait que
e^-ela , l'animal ne serait qu'un v^étal : tous
€'t*s caractères secondaires sont soumis à la
5^ .^nsibîlité, !^ l'animalité et dominés par elle.
^^^ Thomme aussi n'avait que son corps , il
? serait qu'un animal ; mais ce qui lo fait
homme, c'est que tons les caractères de
l'animalité sont soumis à son intelligence,
et dominés par elle. De même donc que les
végétaux sont distincts des minéraux , parée
qu ils sont organisés , qu'ils vivent et se
reproduisent ; que les animaux sont au-des-
sus des Tégétaux , parce qu'ils sentent et
qu'ils se meuvent ; de même l'homme', qui
est organisé , qui vit , se reproduit , sent et
se meut , est au-dessus des animaux , parce
qu'il est une intelligence active, libre et
morale. Ici le principe est le même , il est
applicable dans toute son étendue à tous les
êtres créés , puisou'il les distingue par leur
caractère le plus élevé , le plus essentiel ; on
ne peut donc pas plus confondre l'homme
avec l'animal, qu'on ne peut confondre l'ani^
mal avec le végétal , et le végétal avec le
minéral.
Ce principe étant accepté , pour être logi-
Jue et suivre une marche vraiment scienti-
que , il faut donc envisager la question de
l'espèce humaine, non-seulement sous le
point de yue physique , mais plus encore
sous le point de vue intellectuel et moral.
C'est ce que l'on n'a point fait assez jusqu'ici,
et c'est ce que nous devons faire. Y a-t-il
CIttsieurs espèces humaines, ou bien tous les
ommes sont-ils sortis d'un seul couple?
telle est la question que nous allons exami*
ner d'abord au point de Tue physique.
L'homme , comme être organisé , est sou*
mis aux mêmes lois que les animaux ,. sauf
l'empire de son caractère distinctif,. l'intelli-
gence et la moralité. Pour connattre vérita-
blement et surtout philosophiquement l'or-
ganisation humaine, il faut lui comparer
celle des animaux , en tenant compte toute-
fois des distinctions importantes que nous
venons d'établir. Ce serait manquer à la
logique et à la science que de ne pas admet-
tre pour l'organisation humaine ce que l'on
admet pour les animaux. Par exem|)le, dans
la question qui nous occupe , il serait dérai-*
sonnable de vouloir exiger plus de preuves
pour l'unité de l'espèce humaine, que pour
celle d'une espèce animale quelconque. Les
yariétés qui n'empêchent pas de regarder
Îlnsienrs races animales comme appartenant
une même espèce, ne doivent pas non plus
empêcher de rapporter à une seule espèce
toutes les variétés des races humaines, pourvu
qu'il n'y ait aucun autre motif pour établir
la pluralité d'espèces. Jetons clone d'abord
un coup d'œil rapide sur les principales
modifications que l'on observe dans les races
d'une même espèce animale , afin de mieux
juger les mêmes modifications dans les varié-
tés ou races humaines. Nous trouvons dans
les animaux domestiques des espèces qui ont
éprouvé dans leurs formes des modifications
qui ont établi des races tellement distinctes,
qu'on pourrait les regarder comme des espè-
ces particulières de leur genre, si nous
n'étions certains que toutes ces races «ppar-
1431
UNI
DICTIONNAIRE
PM
iia
tiennent à la même espèce , et nou^ ne les
voyions se former sous nos yeuï.
L*espèce cberal compte aujourd'hui une
trentaine de races bien distinctes, et dont
plusieurs sont si différentes dans leurs for-
mes, qu'elles semblent être de3 espèces par*
ticulières. Le cheyal arabe, avec sa tète
c'arrée, son encolure de cerf, sa taille mé-
diocre* ses jambes fines, sa queue relevée;
et le cheval ondalou, avec son corps fluet,
ses jambes allongées et flexibles, aifTèrent
singulièrement du cheval de trait, au corps
massif, à la taille éi)ai$se et ramassée, aui
pieds lourds et garnis d'une touffe de lon;;s
poils. La race hollandaise, qui a cinq pieds
et au delà, ne semble pas de la même es-
pèce que le cheval Japon qui n'a que trente^
trois ou tr^qterquatre pouces. Dans presque
toutes les espèces, le poil est court, n^ais
dans la race crépue d'Asie, dans le cheval
))askir, le pelage est composé de lon^s poils
blancs, épais et frisés, tandis que d'autres
faces sont entièrement privées de pqils.
En Egvpte, en Perse, en Arabie, à peine
si l'âne le cède au cheval en grandeur, en
force et en beauté. Dans nos contrées froides
de TEurope, il est rabougri , mal fait et
jipathique. En Espagne, il en existe une
grande race recherchée pour la production
des mulets^
L'espèce du chien est une de celles qui
pffptîat le plus de variétés. Tout le monde
connaît le^ énormes différences qu il y a
entre 1q dogue de forte race, avec sa tète
courte Qt grosse, son front relevé, le déve-
loppemeqt de sa corpulence, et le lévrier
dont le museau est allongé, la tète efTilée,
le corps fluet et pliant comme un arc, Tab-
domen rétréci. Même le basset, avec ses
jambes courtes et souvent torses, ferait en-
core un contraste assez frappant avec le
lévrier pour, la formé du corps ; cependant
des faits tendent à prouver que ces deux
chiens, ainsi que le courant, le braque, le
danois,' ne sont que; des variétés d'une même
race. Le barbet et le chien turc sont encore
des formes qui semblent faites par opposi-
tion : le pf^mier a le front très-relevé et il
est recouvert d^une riche toison ; le second
fi la pçau nue et sa tète est allongée ; mais
qu'il y ^ de distance du petit bichon à tète
roudeu Qt comme voilée d'une longue pe-
juche blanche'et sQveuse, au grand danois,
par exemple, dont le poil est cpurt partout
et la t^te Dien différente I
Il exista des chiens qui ont les oceilles
courtes et redressées comme, celles du re-
nard ; tels sont les chiens des Esquimaux,
je chien-loup, celui du berger, etc. D'autres
les portent longues, pendantes et chargées
de poils, comme l'épagneiil, le pyrame, le
gredin, etc. Enfin, une race entière , le do-
(;uin, que l'on rencontre fréquemment dans
es rues de Paris, présente le caractère sin-
gulier d'avoir la mâchoire supérieure telle «
ment raccourcie que les dents incisives de
l'inférieure sont tout à fait en dehors.
Sous le rapport de la taille, les chiens
offrent toutes les dimensions; il y a des
nains et des géants; pourtant^ toutes ces
races si variées peuvent produire ensem-
ble ; tous les chiens s'accouplent naturelle-
ment, et sans aucun secours de Fart; ils
sqqt tous de la même espèce.
Le mouton nous offre les mêmes variéiés
de fondes survenues dans son espèce, et
qui , maintenues par la génération, consti-
tuent des races tout à fait distinctes. Sans
parler du mouflon d'Afrique, de celui d'A-
mérique^ de l'argali, habitant des steppes
de la Sibérie, qui ont la taille et le poil du
cerf avec son agilité ; le mouflon de Gorsi?,
que Ton a regardé comme 1^ souche de dos
botes à laine, en diffère d'une manière tel-
lement tranchée, qu'il n'est pas plus que les
précédents ie Tespèce de nos moutons.
Mais en restreignant à ses vraies limites
l'espèce mouton, il y a encore assez de ra-
riétés. Le mouton morvan, venu des cMes
de la Guinée et de la Barbarie, se distingua
par sa grandeur: il est long de quatre pieds
et haut de trois ; sa tète a neui pouces de
longueur, ses oreilles cinq et sa queue dii-
sept ; sa forme est e(Qanquée, son chanfreio
brusqué, ses cornes médiocres, son cou
orné do longues pendeloques; enfin, il «e
fait remarquer par une crinière épaisse qui
lui couvre le cou et les épaules. Cette n»
se rapproche du mouflon par son poil court
et roide» et qui n'a rien de laineux; du resta
elle offre des individus de toutes les cou-
leurs, fauves, bruns, blaqcsi etc.
Le mouton flandrin ou du Teiel y qui pa-
rait dériver du précédent, se distingue i>ar
sa laine très«longue, et parce que les hnW
donnent constamment par année plusieurs
agneaux. Ce moutoq est aussi très*grand.
En Irlande et en Norvège, il se tn^uve, au
contraire, une race qui n est que de petite
(aille, dont les cornes irréguhères varient
de deux à six pouces et même davantage;
elles n'ont qu'une seule courbure en arrière
ou de côté. Ce mouton a trois sortes de
poils, un jars très-Ions et grossier en dehors,
un duvet très fin sur la peau, et une iaia^
grossière entre les deux ; tandis que sa tète^
sa queue et l'extrémité de ^es janabes sooi
couvertes d'un poil court et dur. Sa couleur
générale est d'un brun rougefttre, mais ^
queue, courte, est noire, et sa poitrine noi-
râtre.
La race si singulière par l'énorme dé^^
loppement de sa queue, a protiuit en soa
particulier des variétés assez différente
f>Our établir chez elle plusieurs sous-ra<e5;
'une d'elles a les oreilles pendantes, m
laine tombant à grosses mèches, des corne-
fortes, qui cependant quelquefois n'eiJ^
tent pas, et qui souvent sont quadru|»l*^'
sa queue est renflée sur les côtés. On J
trouve en Barbarie, en Ethiopie, en Arai-^*
en E^^yote, au Cap.
Une autre, dans la Haute-Eg>Tl^» « ^
chanfrein presque droit, la queue très-»oo-
gue, dont la loupe surpasse en largeur «
corps de l'animal. Au cap de Bonne-fcp^
rance, une troisième variété se fait retn^'^
quer seulement par la longueur de^cs ^^'♦'■
fi:5
LM
irA!fTnRorouK;iE.
CM
iru
)es pendantes, par le conTexité très-pronon-
cée du chanfrein, le peu de déTeloppement
de ses cornes et Textréme longueur de sa
queue.
Le mouton de Talacbiet le mérinos, sont
encore des races parfaitement distinctes. En
France, la race flandrine, celle de Sologne,
la berrichonne, la roussillonne, et celle de
nos petits moutons de Bretagne, sont nette-
ment tranchées entre elles. Dans la petite
race bretonne, comme dans plusieurs autres,
on Yoit des brebis porter des cornes comme
les mAles, quoique les autres femelles n'en
aient pas ordinairement.
L^esfièce de la chèvre offre également des
races nombreuses et extrêmement variées ;
i'égagre du Caucase, la chèvre de Syrie, celle
d'Angora, de Cachemire ; la chèvre de Wi-
dah, en Guinée ; la chèvre imt>erbe, celle
d*Afrique ; le bouc de la Haute- ^ypte.
Dans Tespèce bœuf, il y a des races pour-
vues de cornes et d'autres qui en sont pri-
Tées ; dans la partie septentrionale de i Is-
lande, toutes les vaches qu'on nourrit avec
du poisson séché, faute d'herbases, man-
quent de cornes ; tandis gue celles de la
Grtie méridionale de cette Ue en ont comme
» nôtres. Les bœufs du Jutland, ceux des
fies les plus septentrionales de TEcosse, per-
dent de même leurs cornes. Des buffles sans
cornes, venus de la Chine à Moscou, s'y pro-
pagent aussi bieu que dans leur pays. On
en trouve aussi à Madagascar et en Afrique.
Ces races sans cornes étaient très-ancienne-
Tuent connues {èk5). Ainsi le genre de nour-
riture et le climat font perdre les cornes aux
hiEuIs ; le même phénomène a lieu pour les
nioutons, dont les uns n'ont point de cornes,
les autres en ont quatre et même six.
Parmi les bceufs, les plus grandes races
atteignent jusqu'à six pieds au garrot ; d'au-
tres, au contraire, ne surpassent pas la
hauteur de nos boucs. La race à bosse grais-
seuse, connius sous le nom de xébu^ qui ha-
bita l'Inde, la partie méridionale de la
Perse, l'Arabie, l'Afrique située an midi
de l'Atlas jusqu'au Cap, a éprouvé à elle seule
plusieurs modifications qui se sont main-
tenues dans la grandeur, la couleur, l'ab-
sence ou la présence des cornes. Tandis
qu'une de ces variétés est si grande que sa
loupe graisseuse peut peser jusqu'à cin-
quante livres, une autre ne dépasse pas la
taille de nos veaux ordinaires. A Surate,
une race a pour caractère particulier d*avoir
contracté deux l>osses.
Le cochon offre un très-grand nombre de
irariétés ; le lapin, le chat même, en ofIre*it
lin certain nombre aussi, quoique plus
restreintes.
Les oiseaux, quoique moins susceptibles
d'éprouver des variétés que les mammifères,
en présentent ce{>endant d'assez différentes:
la |;ouIc, par exemple, a ses races de géants
et de nains, avec des plumages de toutes
m'} Camper {(lEuvrcf de), ton. 1", pag. SW cl
rz'ir
nuances ; il en est de même du Cusan.
Le passage des anîmaux domestiques )
l'état sauvage non-seulement achève de
rendre indubitable qu'une espèce peut
éprouver des modifications dans sa forme,
mais il prouve de plus que cela se fait eu
très-peu de temps. Un demi siècle a suffi en
Colombie, pour fiiire perdre à notre cochon
domestique tous les caractères de la domes-
ticité, et prendre les allures du sanglier et
même des plus (vononcées , puisque son
poil est crépu, ou même qu'il le perd com-
Elétement. Le mouton , la chèvre, le boeuf,
$ cheval, qui ont été transportés au non veau
monde par les Européens, y ont acquis de
nouveaux caractères qui les distinguent de
leurs ancêtres bien connus. On peut en dire
autant du chien, qui lui même est devenu
sauvage en Amérique.
Les animaux sauvages, bien que moins
sujets aux variétés, donnent pourtant des
races distinctes.
L'ours brun présente des variétés assez
distinctes pour qu'on ait voulu en faire des
espèces, mais sans aucun fondement. L^
lion de l'Atlas surpasse far sa grandeur ce-
lui du Sénégal; les renards et les loups sont
|:4us grands dans le nord de l^urope que
dans le sud de cette partie du monde.
On peut dire hardiment qu'il n> a pas
une seule espèce animale qui n'offre des
variétés, et plus on s'élève dans l'échelle
animale, en se rapprochant de la domesti-
cité, !ilus ces variétés sont nombreuses {8M)
£n résum:^, la même espèce animale prè*
sente des races qui diffèrent notablement
entre elles : f dans la tête : son développe^
ment, les proportions de ses parties, l'é-
tendue et lélévation du front, la longueur
et le développement des parties de la face;
â* dans la taille générale du corps, et dans
les proportions de chacune de ses parties,
comme les oreilles, les jambes et la queue ;
3* dans le pelage, qui varie pour la couleur,
la lonsueur, la finesse du poil, qui affecte
aussi la forme crépue, qu^ même est souvent
absent , aussi bien que 1^ cornes ; hr dans
le nombre des produiU de la génération par
dhaque portée, et dans le nombre des portées
par chaque année. Toutes ces différences
pourtant n'empêchent pas et ne peuTent
empêcher de considérer toutes ces rac<^
avec leurs variétés comme appartenant à la
même espèce naturelle.
Quand même donc nous trouverions les
mêmes variétés dans les races de T'espèc^
humaine, nous devrions en conclure, pour
être logiques , que cela m'empêche pas de
n'admettre qu'une seule espèce ; mais si
nous trouvons moins de variétés, avec ce-,
pendant plus de causes de modifications, il
semble qu'il soit impossible de se refuser h
confesser qu'il n'y a qu'une seule espèce hu-
maine.
Dans l'impossibilité d'établir plusieurs
(846) On pevi consetler VEx4tmem érs qmfMtiotu
iàemUf^ês de tfiqe du monéf, par M. laNc topr-
LB't5, ùo^ t*:ll^•mc^:• cin.
ÎW
UNI
DiCTIONNAIRB
«NI
ïm
espèces dans le genre humaio, par le fait d*une
or^nisalioa essentiellement différente; il
suturait pour résoudre la question en faveur
de Tunité, de montrer que les différences
çntre les races humaines peuvent survenir
dans une mém'^ espèce, sans qu*il soit be-
soin de montrer quand, ni par quelle cause,
de pareils changements ont pu s'opérer.
Mais ce travail était trop difficite, troc long
et surtout peu chanceux pour des opinions
préconçues. Pour nous, qui sommes guidés
par d'autres princi^)es, nous ne devons crain-
dre ni le travail, m Tanalyse des faits.
Les naturalistes les plus compétents n'ont
pas craint de n'admettre qu'une seule espèce
humaine, le grand Buffon à leur tète. Blii-
Rienbachne connaissait qu'une seule espèce
et admettait cinq races; Camper n'admettait
aussi qu'une seule espèce; Cuvier n'admet
non plus qu'une seule espèce et trois races ;
M, Etienne-Geoffroy Saint-Hilaire a consacré
une ou deux leçons, dans ses cours, à dé-
montrer que l'espèce humaine est unique et
qu'elle doit être séparée desanimaux (8il^7);
(: est aussi la thèse de M. de Blainville. Tous
les grands naturalistes n'admettent donc
qu'une seule espèce et en général trois races,
.savoir: l*" La race caucasique distinguée par-
ticulièrement par la beauté de l'ovale que
forme la tète et par la blancheur de la
peau* 2* La race jaune ou mongolique, qui
commence à l'orient du rameau tartare de la
race caucasique. Ses caractères sont d'avoir
des pommettes saillantes, un visage plat, des
yeux étroits et obliques, des cheveux droits
et noirs , une barbe çrêle, un teint olivâtre.
Cette race comprend les Chinois, les Mant-
choMX,^ les Japonais, les Kalmouks, les Kal-
kas nomades. On y joint aussi les habitants
des îles Mariannes et des Iles de l'Archipel
indien. S** La race noire, conûnée au midi de
TAtlas, et répandue depuis le Sénégal jus-
qu'au cap Négro , caractérisée par son teint
noir, ses cheveux crépus, son nez eèrasé,
son museau saillant et ses grosses lèvres.
Ce serait une erreur grave de croire que
toutes les variétés de ces races sont aussi
tranchées les unes que les autres; il y a des
nuances telles qu'il est assez difficile de dis-
tinguer le passage d'une race à une autre, et
souvent même impossible. Ce n'est que
dans les points extrêmes que le caraetère est
nettement tranché.
Pour mettre plus de méthode et de clarté
dans nos investigations, nous étudierons les
peuples des cinq parties du monde,' en com*
che à l'Amérique, puis l'Afrique, et enfin
rOcéanie. Cette marche nous permettra de
mieux apercevoir les nuances et de les mieux
constater.
L Europe. — L'Europe est comprise entre
le 35* et le T2r de latitude nord ; elle est bor-
(847) On a calomnié M. Saint-Hilaire quand on a
dit , dans une de ses biographies, qu^il admetlaît
deui espèces humaines. Les analyses de ses pre^'
née au nord , par l'Océan glacial ajKtîque, \
l'ouest par TOcéan atlanlioue, au sud par la
mer Méditerranée, la mer noire, les chakios
du Caucase et la mer Caspienne ; à l'est, par
la mer Caspienne et les monts Ourals. Sous
le point de vue qui nous occape, on peut la
partager en trois zones ou bandes : la l)an(ie
nord , la bande moyenne et la bande méri-
dionale. La bande nord comprend depuis
la Laponie jusqu'au Danemark; la bande
moyenne depuis le Danemark jusqu'à TEs-
egne et l'Italie, qui sont comprises dans la
nde méridionale. La Russie peut être con-
sidérée comme appartenant aux trois bandes.
!• Bande nord. — Les Lapons, les Danois,
les Suédois, les Moscovites, appartiennent à
une même variété ; ils habitent un climat
glacial et malsain , vivent de chasse ou de
pô<!he; les Lapons ont le visage large et
{dat, le nez écrasé, l'iris de l'œil jaune brun,
es paupières retirées vers les tempes, les
joues élevées , la bouche très-grande, le bas
du visage étroit, les lèvres grosses et rele-
vées, la tète grosse, les cheveux noirs et
lisses, la peau basanée : la plupart n'ont qua
quatre pieds de hauteur, et les plus grands
n'en ont que quatre et demi.
Les Ostiaks et les SarooïèJes se rappro-
chent beaucoup des Lapons , et se lient aux
Tongouses.
Les Danois et les Suédois habiteni un
pays déjà plus tempéré ; ils sont grands et
assez bien faits, leurs cheveux sont d'un
blood jaune et leur teint assez clair. Ds pa.^-
sent pour vivre longtemps , surtout les Sué^
dois. Les Goths sont de haute taille, ils ont
les cheveux lisses, d'un blond argenté, e<
l'iris de l'œil bleuâtre. Les Finois ont le coq^s
musculeux et charnu, les cheveux blonde-
jaunes et longs, et Tiris de l'œil jauae foncé,
approchant des Lapons.
Les Moscovites étaient presqrue barbares
encore avant le czar Pierre le Grand ; leurs
mœurs étaient à peu près celles des Lapons :
aujounrhui qu'ils sont civilisés, ils cultivent
les arts et 1m sciences. Les Ingriens et les
Caréliens, qui habitent les provinces se|»-
tentrionales de la Moscovie et qui sont le^
naturels du pays des environs de Péter<-
bour^, sont des hommes vigoureux et d^une
constitution robuste; ils ont pour la plupart
les cheveux blonds ou blancs; ilsres^env
blent assez aux Finois, que nous avons tu>
se rapprocher des Lapons,
2* Bande moyenne. — Les hommes à «'lie-
veux noirs et bruns sont encore rares er
Angleterre, en Flandre, en Hollande et éèu^
les provinces septentrionales de rAllema-
gne. Le teiixt de tous ces peuples est à peu
près le mèmcv leur taille est généralement
Î;raDde. La France se lie à ces peuples par
e nord , mais à tpesure qu*on descend ws
le midi, le teint devient plus basané, les che-
veux plus noirs, Iva taille plus petite, et le<
miers cours, où il en h à traiter eeUe quesliôa,
tiennent la doctrine ^t\ Tunilé dVî^pccc ol rHÎe *j^
riiomme n'e&t pas un animal.
<i37
1}!fl
D^ANTHROPOLOGIE.
CM
tl5S
Franems méridicMiaax se lient ainsi aax peu-
ples de la troisième liande.
La Prusse et rAutriche appartiennent à
cette seconde bande, qui se lie par TAu-
triche méridionale à lltalie.
3* Bamde méridianaiê. — Les Grecsf, les
Napolitains , les Siciliens, les habitants de
la Corse, de la Sardaigne et les Espagnols,
étant situés à peu près sous la même paral-
lèle sont assez semblables pour le teint ;
tons ces peuples sont plus basant que les
Français et les peuples du Nord.
Les Grecs de la partie septentrionale sont
fort blancs ; ceux des Iles ou des prOTinces
méridionales sont bruns.
Les Espagnols, maisres et assez petits, ont
la taille fine, la tète belle, les traits réguliers,
les jeux beaux, les dents assez bien rangées;
mais ils ont le teint jaune et basané et les
chereux quelquefois frisés. Les enfants nais-
sent fort blancs; mais en grandissant leur
teint change d*une manière surprenante;
1 air les jaunit, le soleil les brûle, et il est
aisé de distinguer un Espagnol de toutes
les autres nations européennes. On a re-
marqué que, dans quelques provinces d*Es-
pame, comme aux environs de la rivière de
PiJassoa, les habitants ont les oreilles d*une
grandeur démesurée.
Telles soni les principales nnances que
présentent les divers peuples de l'Europe ;
ces nuances se continuent, d*une part par le
uord et Test, avec 1* Asie ; de Tautre , par le
midi, avec l'Afnqne.
IL ASK. — L'Asie s'étend depuis l'équa-
teur jusqu'à 76* de latitude nord. Elle peut
se diviser en région glaciale , gui comprend
TAsie septentrionale, la Sibérie ou Russie
d'Asie ; la région centrale, qui comprend
rimmense plateau de la Tartarie; la re^on
orientale qui comprend la Mongolie, la Tar-
tane chinoise et la Chine ; la région occi-
dentale, qui comprend les pays situés au-
tour de la mer Caspienne, de la mer Noire,
d ^ la Méditerranée et le golfe Persique ; la
région méridionale, qui comprend Tlnde et
rAraliie.
1* AsiesepienManak. — Les Tartares sep-
tentrionaux sont regardés par Buffon comme
appartenant h la variété Laponne, sous tous
les rapports.
2* Asie centrale. — Elle est habitée par les
Tartares. Cette nation est répandue dans
toute l'étendue de terre oui est depuis la
Jlussie jusqu'au Kamtschatka. Les Tartares
l>oment la Chine du cAté du nord et de
Touest; les royaumes de Boutan, d'Ava,
I*empire du Mogol et celui de Perse, jusqu'à
la mer Caspienne, du côté du nord : ils se
sont aussi répandus le long du Volga et de
la cAle occidentale de la mer Caspienne ; ils
ont pénétré jusqu'à la cAte septentrionale
de la mer Noire, et ils se sont établis dans
la Crimée et dans la petite Tartarie, près de
la Moldavie et de TLkraine. Tous ces peu-
ples ont le haut du visage fort large et ndé ,
xiiéme dans leur jeunesse ; le nez court et
ros, les yeux petits et enfoncés, les joues
rt élevées, le bas du visage étroit, le men-
ton long et avancé, la mâchoire supérieure
enfoncée, les dents longues et séparées, les
sourdls gros, couvrant les yeux, les paupiè-
res épaisses, la iace plate , le teint basané et
olivâtre, les cheveux noirs ; ils sont de sta-
ture médiocre, mais très-forts et très-robus-
tes ; ils n'ont que peu de l)arl>e, et elle est
]Mir petits épis connne celle dos Chinois. Ils
se lient, d'une part , aux Tartares septen-
trionaux, qui eux-mêmes se rattaclient aux
Lapons, et de l'autre aux Chinois. Mais il y
a parmi les Tartares eux-mêmes de très-
grandes variétés ; les principales sont les
Tartares kalmouks , les plus difformes , et
après eux, les plus laids sont les Tartares du
Daghestan ; les Tartares nogais qui habitent
près de la mer Noire, sont moins laids. A
mesure qu'on avance vers l'Orient , dans la
Tartarie indépendante, les traits des Tarta-
res se radoucissent un peu, mais les carac-
tères essentiels à leur race restent ti)ujours ;
et enfin les Tartares mantchoux, qui ont
conquis la Chine, et qui, de tous ces peu-
ples, étaient les plus policés , sont encore
aujourd'hui ceux gui sont les moins laids et
les moins malfatts ; ils ont cependant ,
comme tous les autres , les yeux petits, le
visage large et plat, peu de barbe mais tou-
('ours noire ou rousse ; le nez écrasé et court,
e teint basané , mais moins olivâtre. Les
peuples du Thibet et des autres provinces
méri^onales de la Tartarie sont, aussi bien
que les Tartares voisins de la Chine, beau-
coup moins laids que les autres.
Asie orieniale. — Le sang tartare s'est
mêlé, d'une part avec les Chinois, et de
l'autre avec les Russes orientaux, et ce mé-
lange n*a pas fait disparaître en entier les
traits de cette race ; car il y a parmi les
Moscovites t>eaucoup de visaçes , de tailles
et de formes tartares. Les Cninois, d'après
toutes les descriptions des voyageurs , pa-
raissent être de la même race que les Tar-
tares; ils ont les membres bien proportion-
nés, et sont gros et gras généralement ; ils
ont le visage large et rond , les yeux petits,
les sourcils grands, les paupières élevées, le
nez petit et écrasé ; d autres disent assez
lar^^e et élevé dans le milieu ; ils ont les lè-
vres assez déliées, peu de barbe, le teint
couleur de rendre , Tes cheveux noirs. Ceux
qui habitent les provinces méridionales sont
(ilus bruns et ont le teint plus basané que
es autres ; ils ressemblent par la couleur
aux peuples de la Mauritanie et aux Espa-
gnols les plus basanés, au lieu gue ceux^ qui
habitent les provinces du milieu de l'em*
pire sont blancs comme les Allemands.
Les Japonais sont assez semblables aux
Chinois pour qu'on puisse les regarder
comme ne fiiisant quune seule et même
race dliommes ; ils sont seulement pms
jaunes ou plus bruns, parce qu'ils habitent
un climat plus méridional ; ils out la taille
ramassée, le visage lar^e et plat, le nez de
même , les yeux petits, peu de barbe, les
cheveux noirs. Les Co«Aiinchinois et les
Tonquinois ap|»artiennent à cette même
race, et diffèrent peu des Chinois.
14S9
1}>H
DiCTlONNAlAE
m
tliO
VAsie méridionale comprend d*abord les
indiens et les peuples des îles voisines ; l^s
Indiens ont le teint basané, tirant parfois
sur le rouge , le visage plat et ovale. Les
Siamois, les Pékans, les habitants d*Ara-
can, de Laos, etc., se rapprochent beaucoup
des Chinois. Les Siamois , suivant Lalou-
bère, ont le corps bien fait ; la figure de
leur visage tient moins de Tovale que du
losange ; il est large et élevé par le haut des
joues, et tout d*un coup leur front se rétré-
cit et se termine autant en pointe que leur
menton ; ils ont les yeux petits et fendus
obliquement, le blanc de Tœil jaunitre , les
joues creuses, parce qu^elles sont trop éle*
vées par le haut; la bouche grande , les lè-
vres grosses et les dents noircies ; leur
teint est grossier et d'un brun mêlé de
rouge, d'autres voyageurs disent, d'un gris
cendré. Ils ont le nez court et arrondi par le
bout, les oreilles plus grandes que les nô-
tres, et ils les travaillent pour les allonger. .
Les habitants de Pounahtan ont le teint
jaune comme les Brésiliens. Les Javanais,
comme les Malais, sont de couleur rouge
mêlée de noir; ils ont le visage plat, les
joues pendantes et gonflées , les sourcils
gros et inclinés, les yeux petits, la barbe
nuire ; ils en ont fort peu et très-peu de
cheveux , qui sont courts et très noirs. Les
Lettres édifiantes disent que les Javanais
sont d'un rouge pourpré , ce qui revient as-
. sez à la couleur rouge mêlée de nQir. Ces
peuples font le passage aux habitants de la
presqu'île de Malacca et de l'Ile de Sumatra,
qui sont noirs, petits, vifs et bien propor-
, tiennes dans leur petite taille. Il y a chez
ces peuples des albinos nyctalopes, connus
sous le nom de Chacrelas^ et analogues des
albinos nègres
Les habitants de Bornéo et de Baly ont le
. teint plutôt noir que bazané ; mais d'autres
voyageurs disent qu'ils sont seulomeul
, bruns comme les autres Indiens.
Tous ces détails nous montrent donc qu'il
V a un passage presque insensible de la cou-
leur blanche à la couleur jaune, de la
jaune à l'olivâtre, de celle-ci a la basanée,
de la basanée à la rouge pourprée ou mêlée
de noir ; de celle-ci enfin à la couleur noire
de Sumatra et de Malacca , qui conduit aux
noir^ des lies Manilles et Philippines , dont
quelques-uns ont les cheveux crépus comme
les noirs d'Angola , tandis que les autres les
pnt lones.
Les Mogols, sur lesquels nous devons re*
yenir, présentent, avec les Bengalais , d'au-
fres nuances : les premiers sont olivâtres
et tiennent beaucoup aux Chinois ; les Ben-
galais sont plus jaunes. Les habitants de la
côte de Coromandel sont plus noirs que les
Bengalais, et ceux du Malabar sont encore
plus noirs ; ils ont tous les cheveux noirs ,
lisses et fort lonxs ; ils sont de la taille des
Européens. Les habitants de Ceylan ressem-
blent assez à ceux de la côte du Malabar :
ils ont les oreilles aussi larges , aussi basses
et aussi pendantes; ils sont seulement*
moins noirs, quoiqu'ils soient cependant
.lort basanés. Les autres Indiens sont plos
ou moins jaunes ou olivâtres. Les Perses
qui avoisinent l'Inde, participent aui kx-
mes et à la couleur des Indiens. Comme le
climat de la Perse est extrêmement Tarié,
on y trouve des nuances de couleur en rap^
port; les Perses. sep tentrionaui sont blanc^
tandis que les méridionaux sont jaunes et
basanés.
Asie occidentale, — Les peuplesde la Perse,
de la Turquie, de l'Arabie, de l'Egypte el
de toute la Barbarie peuvent être regarda
comme une même nation, qui, dans le
temps de Mahomet et de ses successem^,
s'est extrêmement étendue , a enyahi des
terrains immenses , et s'est prodigieusement
mêlée avec les peuples naturels de tous ce&
pays. Ces peuples relient l'Asie ^vec VEu-
rope par la Grèce , et se r^^ttachent de l'autre
côté avec l'Afrique, Les Arabes, qui ont le
teint couleur de cendre ou fort basané, res<
semblent par la forme aux Abyssioa.
Nous ne partpns point des luifs, qui,
quoique ne se mésalliant jamais , ont \m>
tant pris la couleur et les formes des çajs
qu'ils habitent depuis longtemps : ainsi, il
y a des Juifs blancs, comme ceux d'Alle-
magne et de Pologne ; il y en a de basanés
en Portugal; il y en a même de noirs aui
Indes et en Ethiopie , etc.
III. Amébiqub. — L'Amérique , la plus
grande des cinq parties du monde, est situéj
entre le 56' de latitude sud et le 5*7* de ln^
titude nord. Son climat est généraleme&l
moins varié que celui des autres parties dû
monde.
Les Groënlandais , les sauvages oui habi-
tent au nord des Esquimaux, sont les peu-
Files les plus septentrionaux de l'Amérique.
Is appartiennent aux Lapons pour la taille,
les formes, le teint et les mœurs; lesLv
pons, les Samoïèdes, les Tartares septen-
trionaux, les Groënlandais , les Esquimaui
ont tous le visage larse et plat , le nez cdt
mus et écrasé , Fiiis de l'œil jaune , brun el
tirant sur le noir, les paupières retirées
vers les tempes , la tête grosse , les cheyeui
noirs et lisses; et la peau basanée. Us
Samoïèdes sont plus trapus et plus basanés
que les Lapons; les Groënlandais encore
Elus basanés , sont couleur d'olive foncée.
es sauvages , qui sont au nord des Esqui-
maux , et même dans la partie septentrio;'
nale de l'île de Terre-Neuve, ressembleuù
ces Groëlandais : ils sont, comme eux, (k
très-petite stature ; leur visage est large el
plat, leur nez camus, leurs veux plusgroi
que ceux des Lapons. Ainsi donc lEurofCi
1 Asie et l'Amérique offrent au nord \<^^
mômes traits , les mômes formes el les IL^
mes couleurs.
Au-dessous de ces sauvages, répanujfî
dans les parties les plus septentrionales ai
l'Amérique, on trouve d autres sauvages
plus nombreux et tout différents des piv-
miers : ce sont ceux du Canada et de toutf
la profondeur des terres. Tous assez graD>.
robustes et assez bien faits, il ontleschf-
veux et les yeux aoirs, les dénis If^
fUI
u!a
D-aSTUROPOLiOGIE.
IM
H;i
blanches* le teint basané, pen de barbe» et
point ou iNresqae point de poil en aucune
partie du eorpa ; enfin, m ressemblent
si fort aux Tar4ares orientaux, par la.
couleur de la peau rouge, des cbeyeux et
lies 'yeux, par le peu de barbe ou de poil,
et aussi par le naturel et les mceurs, qu'on
les croirait issus de cette nation, si on ne
les regardait pas comme séparés les. uns des
autres par une raste mer; ils sont aussi
sous la même latitude : ce qui prouve en-
core combien le climat influe sur la couleur
et même sur la figure des hommes. En un
mot , on trouve dans le nouveau continent,
comme dans Tancien , d abord des hommes
au nord semblables aux Lapons, et aussi
des hommes blancs et k cheveux blonds sem-
blables aux peuples du nord de TEurope ,
ensuite des nommes velus, semblables aux
sauvages d'iéso , et enfin les sauvages du
Canada et de toute la Terre-Ferme, jusqu'au
golfe du Mexique, qui ressemblent aux
Tartares par tant d'endroits que plusieurs
auteurs ne do<iteot pas qu ils ne soient Tar«;
lares en effet.
Les habitants de la Floride, du Mississipi
et des autres parties méridionales du conti-
nent de TAmâîque septentrionale sont plus
basanés que ceux du Canada. Les naturels
des llesLucayes sont moins basanés que
ceux de Saint-Domingue et de Tlle de Cuba.
Les autres contrées de VAroérique se rap-
prochent plus ou moins de tous les fieuples
l'récédents; mais tant de nations diverses
se sont réunies là, qu*il serait difficile au-
jourd'hui d*y rien démêler de bien carac-
téristique.
Les In Jiens du Chili, du Pérou , etc., sont
de couleur cuivrée et basanée tirant sur le
] rouge (8W).
' IV. OciA!ii«.— Tous les navigateurs qui
ont visité TOcéanie avaient déjà reconnu ,
parmi les nombreuses peuplades qui occu-
pent ces fies, deux princii>ales races diffé^»
rentes l'une de Tautre ; mais ce n'est qu'aux
expéditions scientifiques de rrrofiff, de ia
Coquiïh et surtout de F Astrolabe^ exécutées
clans ces dernières années, que nous sommes
redevables des observations exactes que
nous possédons sur ces nombreux insu-
laires.
Considérée en général , l'une de ces prin-
cipales races oITre des hommes d'une taille
moyenne , avec des formes et des membres
assez réguliers , h teint jaune , olivâtre plus
ou moins clair, k cheveux lisses, bruns ou
noirs ; c'est donc encore ici la même nuance
que chez les peuples de Tlnde et autres
asiatiques. M. d'Urville observe d'ailleurs
que cette race ofTre , autant de nuances di-
verses que fa race caucasique ou blanche
qui habite l'Europe. L'autre race se com-
pose d'hommes è teint très^rembruni , son-
vent d'une couleur de suie, quelquefois
presqu aussi noir quecelui des Cafres. Leurs
(848) Xous avons snîvi Bofibn daos Tanalysc de
fx!s faits , et il ne faat pas croire qa*il soii ar-
cheveux sont frisés, crépus, flocouneui ,
mais rarement laineux; leurs traits sont
déîtagréables et leurs formes peu ré^lières;
ils ont les extrémités souvent grèies et dif-
formes.
c Toutefois, dit M. d'Unrille, capitaine
de r Astrolabe ^ les noirs de TCK^anie offrent
dans leurs couleurs , leurs formes et leurs
traits, tout autant de variétés que 1 on peut
en observer parmi les nombreuses nations
qui habitent le continent de l'Afrique et qui
constituent larace éthiopienne des auteurs. »
Suivant l'opinion de M. d'Urville, les noirs
de la Mélauésie appartiennent à la même
race que ceux de Sumatra , de Malacca et de
l'archipel Indien (8i9).
V. AraïQCB. — Ce grand continent est si-
tué entre 37* de latitude nord et 3^* de lati-
tude sud. Il offre la forme d'une pyramide
renversée , dont la base fait fare à la Médi-
terranée et à l'Europe, et dont le sommet
avance dans l'Océan Austral. Pour suivre ce
qne nous avons à dire des peuples qnï l'ha-
bitent, il faut tirer une première li^ne du
nord au snd, partant du détroit do Gibral-
tar et de l'AÎsérie , descendant le long des
côtes de l'Ocâin Atlantique jusqu'au cap de
' Bonne-Espérance. Cette ligne, qui conj prend
l'Afrique occidentale , renferme la Rarbarie,
le Maroc, la Sénégamoie, la Guinée supé-
rieure , la Guinée inférieure. Tirant ensuite
une seconde ligne depuis l'E^pte jusqu'au
cap de Bonne-Espérance, le long des côtes
du golfe Arabique et delà merdes Indes,
nous aurons l'Egypte, la Nubie, l'Abyssinie,
le royaume d'Adel , la côte d'Ajan , le Zan^*
gnebàr et Mozambique. Par ces deux lignes,
rAfrique se rattache à TEurope et à TAsie.
Puis nous aurons au centre Soudan on Itf
Nigritie, et enfm, au midi, ou tout à fait au
sommetde la pyramide, nous trouverons la
Cafrerie, la Hôttentotie ot le cap de Bonne-
Espérance.
1* Afrique occidentale. — Les Maures, qui
habitent le plus au nord , sont une belle ra4-e«
semblable par la taille, la physionomie et
la chevelure, aux nations les mieux consti^
tuées de l'Europe et de l'Asie occidentale,
seulement brunie par les ardeurs du soleii ;
iis ont, pour le teint, beaucoup de rapport
avec les habitants du midi de la France ^
de l'Espagne et de l'Italie. Cette partie
de l'Afrique est habitée par un mélange
d'Arabes et de différents peuples qui a|'par'«
tiennent à la rare caucasique ; et tons ont à
peu près la même couleur. Cependant, sui*
vaut Marmol, les habitants des montagnes
de la Barbarie sont blancs, aii lieu que les
habitants des côtes de la mer et des plaines
sont basanés et très-bruns. II dit expresse'»
ment que les habitants de Capez, ville du
royaume de Tunis sur la Méditerranée, sont
de pauvres gens fort noirs; que ceux qui
liabitent le long de Dara, dans la province
d'Escure, au royaume de Maroc, sont fort
(849) Pour plus de délaib sur ces peuples, Voy.
V Examen des qui9tions sir Cmaiqnité , etc., pÂr
U. Tabbé Fobiciio?i, ducicur-Hiédevifl.
14 4S
tlKt
mCTlONNAlRB
CM
m
hasanes; quau contraire , les habitants de
Zarhon et des montagnes de Fez, du côté
du mont Atlas» sont fort blancs. Et à ré,$ard
des habitants de la Numidie, il dit qu*ils sont
plutôt basanés que noirs, mais que les habi*
tants du Guaden, dans le fond de la Numidie,
sur les frontières du Sénégal, sont plutôt
noirs que basanés. Voilà donc une suite de
nuances dans la couleur qui nous amène du
midi de la France et de l'Espagne iusqu'à la
Séné^ambie. Entre les Maures et les Séné-
galais, il 7 a un peuple qui fait la nuance
de passage, ce sont les Foulahs, qui pour-
raient bien n'être que des mulâtres produits
par le mélange des aeux nations ; ces Foulahs
ne sont pas tout à fait noirs comme les nègres,
mais ils sont bien plus bruns que les Maures,
et tiennent le milieu entre les deux.
Les premiers nègres qu'on trouve sont
ceux qui habitent 'le bord méridional du
Sénégal ; ces peuples i aussi bien que ceux
qui occupent toutes les terres comprises
entre cette rivière et cellfrde Gambie, s'ap-
pellent Yoloffs. Us sont tous fort noirs, bien
proportionnés» et d'une taille as^ez avanta-
Seuse ; les traits de leur visage sont moins
urs que ceux des autres nègres. Us ont de
la beauté les mêmes idées que les Européens,
car ils veulent de beaux yeux, une petite
houche> des lèvres proportionnées et un nez
bien fait ; il n'y a que sur le fond du tableau
qu'ils pensent différemment, il faut que la
couleur soit très-noire et très-luisante ; ils ont
aussi la peau très-flne et très-douce. La cou-
leur seule est donc la difiérence qui les se-*
ftare des Européens. Cependant ils ont tous
es cheveux noirs et presque tous crépus;
ils ont aussi Todeur propre aux nègres, quand
ils sont échauffés. Le P. Dutertre dit que» si
presque tous les nègres sont camus, c'est
5>arcc que les pères et mères écrasent le nez
i leurs enfants, qu'ils pressent aussi les
lèvres pour les rendre pius grosses , et que
ceux auxquels ou ne fait ni l'une ni Tautre
de ces opérations, ont les traits du visage
aussi beaux, le nez aussi élevé et les lèvres
aussi minces que les Européeos; cependant
ceci ne doit s entendre que des nèsrcs du
Sénégal, qui sont de tous les nègres les plus
beaux et les mieux faits.
Les nègres de Ttle de Gorée et de la côte
du Cap- Vert sont, comme ceux du bord du
Sénégal, bien faits et très-noirs, et ils font
ub grand cas de leur couleur.
Les peuples de Sierra-Leone et ceux de
Guinée sont d*un noir un peu moins foncé
que les Sénégalais» mais moins bien faits et
beaucoup plus débauchés ; ce qui abrège
leur vie au point qu'ils sont très-vieux à
cinquante ans.
Les nègres de la côte de Judah et d'Arada
sont moins noirs que ceux du Sénégal et de
Guinée, et même que ceux du Congo. Ces
derniers ne sont pas tous également noirs $
ils sont nuancés, et ont pour la plupart les
cheveux noirs et crépus ; mais quelques-uns
les ont roux. Les hommes sont de grandeur
médiocre; les uns ont les yeux bruns et les
autres couleur de verl de mer ; ils n'ont pas
les lèvres si grosses que les autres nègres, et i
les traits de leur visage sont assez semUaUesi
à ceux des Européens. Voilà donc, dans cette'
première ligne occidentale, la couleur noire
qui se perd et qui vient au cuivre des Hot-
teutots.
2* Afrique orientait. — Au nord de cette
ligne nous rencontrons les l^rptiens^ qui
appartiennent à la race asiatique méridioDale
et qui se rattachent aussi aux Grecs. Quoique
les femmes soient communément assez pe«
tites en Egypte, les hommes sont ordinaire-
ment de haute taille. Les uns et les autres
sont, généralement parlant, de couleur oli^
vâlre , et plus on s'éloigne du Caire en
remontant, plus les habitants sont basanés,
iusque-là que ceux qui sont aux confins de
la Nubie sont presque aussi noirs que les
Nubiens mêmes. Une particularité assez re-
marquable^ c*est que le trou auriculaire
parait plus élevé chez les Egyptiens que
chez les autres peuples , cela se remarque
aussi chez les Juifs et les Arabes.
Les Ethiopiens sont de couleur brune ou
olivâtre , tirant sur le noir; ils ont la taiJ.a
haute, les traits du visage bien marqués,
les yeux beaux et bien fendus ^ le nez bien
fait, les lèvres petites et les dents blandies;
au lieu que les habitants de la Nubie ont le
nez écrasé, les lèvres grosses et épaisses, et
le visage fort noir« Ces Nubiens, aussi bien
oue les Barbérius, leurs voisins du côté de
1 occident, sont des espèces de nègres assez
semblables è ceux du Sénégal.
Les habitants des hauteurs de l'Abyssiûle
sont d'une teinte semblable à celle des Es-
pagnols ou des Napolitains, tandis que ceui
des plaines sont presque noirs.
Les peuples de Madagascar et de Hozaim
bique sont noirs , les uns plus, les autres
moins ; ceux de Madagascar ont les cheîeui
du sommet de la tète moins crépus que ceui
de Mozambique. Les nègres de Monomotapa
sont assez grands, bien faits dans leur taille
et de bonne comfdexion. Ils nous amèneol
aux Cafres , chez lesquels nous rencontrons
plusieurs variétés. Depuis longtemps, en
effet, on a reconnu la différence que présent
tent les Cafres' répandus dans 1 Afriq^ue
australe et sur les contrées orientales, les
noirs ont le crâne élevé; leur nez s'approche
de la forme arquée; leur chevelure crépue
est moins laineuse que celle des nègres de la
c6te opposée; leurs traits sont plus réguliers*
leur mâchoire est moins allongée» leur teint
moins noir et leur peau moins luisaoiei
mais leurs lèvres sont encore épaisses^ et
leurs pommettes sont saillantes.
Dans la Cafrerie. maritime, en remmitanl
du sud au nord la c6te de Natal, on observe
les Koussas, que les vovageurs représentent
comme ayant une belle tête, unestatore
haute» des formes régulières, utie démarciie
ferme. Leur couleur est comparée à celle du
femnnîvellement forgé»
On connaît encore dans ^intérieur de \é
Cafrerie d'autres variétés, les Temboos, k^
Briquas, les Cafres rouges. On cite les Bel-
jouanas^ répandus entre les 20* et 25* degrts
i4l5
UNI
D*A.NTBROPOLOGI&
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îUê
de Isîitude. Ils sont dépeints avec des
formes plus élégantes que les Cafres; la
coupe de leur figure est celle des Roussas. On
ohserye parmi eux plus fréquemment des nez
arqués, des lèvres qui se rapprochent de la
forme européenne; leur peau brune tient le
milieu entre le noir brillant des nègres et le
jaune terne des Boltentots.
3r Afrique eenirale. — Les nations nom-
breuses qui boitent les cAles de la Méditer-
rannée depuis l'Egypte jusqu'à TOcéan , et
toute la profondeur des terres de Barbarie
jusqu'au mont Atlas et au delà, sont des
peuples de différente ori^ne ; les naturels
du pays, les Arabes, les Vandales, les Espa*
gnolsj^ et plus anciennement les Romains et
tes Égyptiens, et même les Grecs, ont peu-
plé cette contrée d^hommes assez différents
entre eux, mais qui rattachent les formes de
rÀfrique aux formes européennes.
Dans Imtérieur de l'Atrique, la variété
lies formes est un phénomène qui se re-
trouve d'une manière d'autant plus remar-
quable qu*un çrand nombre de tribus de
nègres qui habitent les contrées du Soudan
oûrcnt des traits qui se rapprochent davan-
tage des nôtres d'après les observations de
M. Caillié. Ce courageux voyageur, dans son
trajet de Kakondy k Tomboucton , a observé
que les Foulahs du pays d^nanké ont le
teint de couleur marron un peu clair; leur
fî 4iire est belle, leur front un )>eu élevé, leur
liez aquilin et leurs lèvres minces. La forme
de leur tète est presque ovale ; leurs cheveux
sont crépus ; ils se tiennent en général très-
droits et conservent en marchant un air de
dignité.
Les habitants de Fouta^Dhialo ont à peu
pi-ès les mêmes traits. II en est de même de
ceux du Baleya , situé à l'ouest du Fouta et
au sud du Sangaran. Les femmes de ce pays
\ ont le teint fort noir , de beaux traits , une
chevelure crépue , le nez légèrement aqui-
lin, les lèvres minces et de grands yeux.
Les habitants de Toron offrent encore une
variété : ils sont noirs comme les Mandin-
gues 9 mais ils n'ont rien de leurs traits ;
leur visage est un peu rond , leur nez court
5ans être aplati, leurs lèvres minces
Les noirs du Sangaran , d'après ceux du
premier village situé dans le voisinage de
Kankan , ont , avec les mêmes cheveux , le
teint plus clair, le nez un peu aquilin, les
lèvres minces , et leur visage est presque
ovale.
Les Foulalis du Ouassoulo ont le teint
l«lus clair que celui des Mandingues et un
i»eu plus foncé que celui dos uè^^'es du
Fouta-Dhialo.
En allant de Jenné à Tomboucton, M. Ca'.llié
a otiservé que les Dirimans , avec des che-
Teux crépus et un teint noir , avaient aussi
de beaux traits , un nez aquilin , des lèvres
uiinces et de ^ands yeux. Pareillement à
T(>m}iouctou , il dit que les Kissours , qui
composent la majeure partie de la popula-
tion, sont des hommes bien faits , se tenant
très-droits, et qu*ils ont une démarche
a^^urée.
k* Afrique méridionale. — Enfin, nousarri*
vous aux fiottentots, que tout le monde
s'accorde k regarder comme appartenant à
la race éthiopienne. Ces peuples sont ré|Nin-
dus depuis les environs du cap Negro ius-
qu'au cap de Bonne-Espérance ; ils touchent
aux peuples de l'Afrique occidentale, à ceux
de 1 Afrique orientale par les Cafres , et k
ceux de 1 Afrique centrale. Les Hottentots
ont les cheveux crépus comme les nègres,
les lèvres grosses et saillantes , la tète com-
f)rimée, la face un peu triangulaire ; la con-
eur de leur peau est d'un jaune terne se rap-
Ërochantde la terre d'ombre ; les voyageurs
ollandais disent qu'ils sont plus petits que
les Européens, qu us ont le teint roux brun*
quelques-uns plus roux et d'autres moins «
qu'ils sont fort laids, très-malpropres et
assez maigres. Chez eux , la couleur noire
est donc revenue à des teintes plus claires ;
la taille est plus petite. Si Ton joint à cela
la laideur et la malpropreté , il sera difficile
de ne pas les rapprocher des Lapons et de ne
pas reconnaître certaines analogies entre les
peuples qui habitent aux deux pôles opposés.
Dans cette rapide analyse des faits , nous
sommes descendus du nord au sud, et nous
avons vu les nuances de couleur , de taillei
de forme , passer insensiblement d'un peu^
pie k un autre, depuis les Lapons jusqu aux
Hottentots; nous avons vu Clément ces
mêmes nuances passer d'une partie du monde
k l'autre et enchaîner ainsi toutes les races |
de sorte qu'en suivant de proche en proche t
il est presque impossible d'établir des nuan-»
ces assez tranchées pour admettre même des
races différentes ; ce n'est qu^en prenant des
degrés fort éloignés sur cette grande échelle
de la terre et en les considérant isolément
des degrés intermédiaires , qu'on arrive k
trouver des cara^rtères tranches et des diffé-*
renées bien marquées.
Un fait bien remarquable qui ressort de la
même analyse, c'est que, de même qu'on Ta
fait pour la géographie botanique , on peut ,
pour la géographie humaine , considérer le
globe comme deux grandes montagnes oppo^
sées base k base à l'équateur; et alors «
ccjmme en botanique cela a lieu pour les
végétaux , et aussi en zoologie pour les ani-
maux, on trouvera les mêmes analogies dans
la taille , les couleurs et les traits , entre les
variétés de l'espèce humaine qui habitent
sous les diverses latitudes de la terre et celles
qui habitent dans les plaines , les vallées et
sur les montagnes d'une même contrée.
Ainsi , pour n'en citer qu'un exemple , les
Abyssins, qui habitent sur les hauteurs, sont
d'une teinte semblal>le k celle des Espagnolsi
tandis que ceux qui habitent dans les plai«
nés sont presque noirs.
En étudiant donc tous les peuples dit
monde k ce point de vue , et fondés sur les
données de ranalyse précédente , nous arri"
verons k des résultats assez curieux pour
mériter d'être étudié;. Noos partagerons le
globe en cinq zones , et nous commencerons
notre étude par la zone mitoyenne ; nous la
comprenons entre les 35' et 50* degrés de
iUt
tjM
DlCTiONN;tlR£
mi
Um
\
latitude doi'd ; la Méditerranée en occupe à
lieu près le contre. En commen/^nt par
rouest , cette zone renferme : 1*" la France ,
uue partie de Tltalie et de rAlIema^ne méri-
dicnale , l'Espagne , le nohl de 1 Afrique i
entre le 10* de longitude et le 10" de longi-*
tude ouest ;
L'autre partie de l*Alleinagne méridionale
etdeTItahe, rAutriche, la Turquie d'Eu-
rope, rancienne Grèce , un coin de la ftus«
sie méridionale , l'ancienne Asie Mineure ,
TAfriiiue du nord et TÉ^ypte septentrionale,
entre le 10* et le 38* de longitude est ;
Le reste do Id Russie méridionale , de la
Turquie d*Asie , la Syrie f l'Arabie septen-
trionale , la Perse , la Tartarie méridionale ,
la Mongolie , Teolpire chinois , le Japon f
entre le 30* et 1^0* de longitude est ;
Enfin 9 les peuples de TAmérique compris
entre les mêmes parallèles.
Si Ton considère que c'est dans cette zone
que se sont accomplis tous les grands éréne^
ments de Thistoire du genre humain ; crue
c'est là généralement que se trouvent Jes
nations les plus policées et qui ont porté les
sciences et les arts à leur plus haut degré de
perfection ; que le climat qui règne sous
toute cette zone est le pi us tempéré, le mieux
conditionné, sous tous les rapports, de toute
la terre ; que la végétation et les animaux
s>y trouvent dans les conditions les plus
favorables à leur développement naturel, on
conviendra facilement que c'est là le point
de départ et de comparaison qu'il faut choi-
sir pour étudier les autres zones. Ici , en
effet , tout est ménagé et calculé pour four-
nir aux êtres organises les meilleures con<-
ditions d'existence; ni le froid excessif, ni
la chaleur brûlante , si ce n'est par des acci-
dents de localité dans le sol , ne pèsent sur
eux. Les lois physiques de l'atmosphère, du
climat , du sol, etc. , y ayant moins de puis-
sance , les lois organiques y exercent un
#.npire plus libre, et soustraient davantage la
matière organisée aux lois de la matière
brute.
Aussi tous les peuples qui habitent sous
cette zone ont-^ils les uns avec les autres des
analogies frappantes ; ils appartiennent tous
à la race blancne ou à la race jaune, et ils en
sont les plus parfaits dans la taille, les for-
mes, les proportions et la couleur. La taille
est moyenne, les formes bien dé.^agées
et bien proportionnées ; la couleur tient le
milieu entre celle de tous les peuples qui
habitent sous les autres zones. Mais ce qu'il
y a de plus remarquable , c'est que toutes
ces qualités se nuancent insensiblement pour
passer aux deux zones suivantes, entre les-
quelles celle que nous étudions est placée.
Ainsi , le nord de la France , la Suiese , la
Belgique, etc.t passent à la.taille élevée, aux
cheveux blonds , au teint blond ou pâle des
{peuples qui sont plus au nord ; tandis q^ue
'Italie, l'Espagne et la Grèce passent au teint
basané des Maures et des peuples de l'Afri-
que septentrionale ; et ceux-ci se joindront
aux nègres proprement dits par des nuances
iulerinédiaires.
A l'autre éxt^éoiité, les Taflares méridio-
naux, lés Mogols et les Chinois, sont les peu-
}>les de la race jaune les mieux conformés et
es mieux proportionnés ; mais entre leurs
couleurs et leurs formes, et celle des peuolei
précédents , il y a des nuances intermédiai-
res qui font un passage imperceptible des
uns aux autres ; on pourrait considérer la
Turquie et la Perse comme occupant le point
central de ce passage. En outre i comme jes
peuples de l'Occident , ceux-ci se lient au
nora et au midi i aux peuples de race jauoe
qui habitent les deux zones, entre lesquelles
se trouve située la zone moyenne ; les Tar^
tares et les Mogols passent aux Tartares sep-
tentrionaux ; les Tartares plus méridionaui
passent aux Thibétains , qui , avec les Chi-
nois i passeront aux ludous et aux Cochia-
chinois, chez lesquels la teinte basanée,
tirant sur le rouge pourpré mêlé de noir,
passera à la couleur tout à fait noire tie
i'Océanie.
On doit en dire autant des peuples de i A-
mérique sous cette zone.
Les deux zones suivantes doivent être
étudiées parallèlement et opposées iW à
l'autre.
La première s'étena entre le 50* et le 60*
de latitude nord ; elle comprend , en allant
de l'ouest à l'est f 1** la Grande Bretagne, k
midi de la Norwége et de la Suède, le Dane-
mark, les Pays^Uas, le nord de l'Allemagne^
la Prusse, la Polosne, la Russie proprement
dite^ entre le 13° de longitude ouest et le iàff
de longitude est;
2° Les Tartares septentrionaux, la Sibérief
une partie des Mantchoux, le Kamtschatka,
jusqu'au 160° de longitude est ;
^ Les sauvages du nord de rAmériqae
septentrionale.
La seconde tonei qui est méridionale, sV*
tend entre le 35" de latitude nord et le it'
de latitude sud ; elle comprend : 1* la Séné*
Kambie, la Guinée supérieure et inférieure,
le Soudan ou Nigritie^ la Nubie, rAbyssioie,
le Zanguebar en Afrique, entre le 19* de
longitude ouest et le 40" de longitude est;
2r L'Indoustan, ia Cochinchiue et le Ton*
quin, Sumatra, Bornéo, Java, et une partie
de rOcéanie«
Ces deux zones sont opposées pour le
climat, et aussi pour la nature et les cir-
constances du sol ; la végétation est tranchée
entre ces deux grandes bandes ^ le climat
froid de la zone septentrionale porte h^
grandes forêts d'arbres toujours yeris, oe
pins, de sapins, de bouleaux, etc.; les ani*
maux s'y couvrent de fourrures épaisses et
atteignent de grandes dimensions; lebuâl^
Télan, etc., en sont des preuves. Dans la zone
méridionale, la végétation est plus actife et
plus rapide; elle est double. Il y a rionc mw
sorte de compensation. Les animaux y attei-
gnent aussi de grandes dimensions ; la p;
rafe, l'hippopotame, les chameaux, les /lé-
phants, etc., en sont des exemples; maÎM»
revanche ils y perdent leur fourrure.
Les inèrnes analogies opposées vont ^'
retrouver dân^ les races numaints. L<'
un
UM
D*ANTIiaOIH)LCCIE.
UM
1453
peuples dtt Nonl qui oecupeni la zone sep>
tenlrionale sont généralemcul d'une toilïo
élefée, d'un teint paie, blond tirant sur le
Manc; leurs cheveux sont longs, lisses et
blonds ; la barbe participe aux mêmes qua*
Utés. Les Anglais, les Hollandais, etc., sont
dans ce cas.
Les penples d* Afrique qui habitent la zone
ofiposée sont de tous les nègres les plus
grands par la taille et les proportions du
corps, ils sont aussi les plus noirs; ils ont
les chef eux courts, noirs et crépus, peu de
barbe et peu de poil sur le corps; ce qui
les rapproche des animaux qui nvent sur le
même sol.
Les Tartares septentrionaux, les Sibé-
riens, les Hantchoux, sont aussi les plus
pâles dans leur teint, les plus élanc& dans
leur taille pour laulrc extrémité; ils ont les
cbeTeux plats etassez longs. Les Indous, les
Cochinchmois, et les races jaunes de Java,
de Sumatra, de Bornéo et celles de TOcéanie,
correspondent aux races nè.^res de TAfrique;
la teinte brune rougeâtre déclinant vers le
noir, le peu de barbe, la taille assez grande,
les rapprochent et les opposent aux peuples
correspondants de la zone norJ. Mais dans
ces deux zones comme dans la zone moyenne,
il y a un passage imperceptible des couleurs
ei des formes entre les peuples de rOccident
ei ceux de TOrient ; ainsi les Afrirains sé-
négalais sont plus noirs que les Nubiens,
reui-ci plus que les Indous à teinte rouge
et pourprée, et que les Océaniens jaunes.
Enfin les deux dernières zones vont nous
offrir des rapprochements non moins impor-
tants et non moins curieux.
La zone nord s*élend entre le 60* de lati-
tude nord et le pôle arctique ; elle comprend,
toujours en allant de Touest k Test : 1* la
Norwé^, la Suède du Nord, la Fialaude, U
Laponie, lé nord de la Russie, jusqu'au 60*
de longitude est; 2" la Sibérie, les Sa-
Biolèdes, les Ostiaks, les Tangouses dans
TAsie; ^ les Esquimaux, les Groênlandais
dans r Amérique.
La zone sud s*étend du 10" de latitude sud
an pôle antarctique; elle comprend : 1* les
derniers nèzres de TAfrique occidentale, les
Hottentots, les Cafres, le Monomotapa« Mo-
zambique et Madagascar; 2" TOcéanie méri-
dionale; 3* TAménque méridionale, termi-
née au sud par la Patagdate.
La zone nord est la terre la plus inhospi-
talière du globe; le climat toiqours glacé
j arrête le développement de tous les êtres
organisés ; les végétaux et les animaux de
fa Laponie sont petits et rabougris ; fant-il
3*élonner qu'il en soit de même des hommes?
On peut en. dire autant du Groenland et du
pays des fequimaux. La zone d i sud, quoi-
que plus favorisée parce qu'elle est plus rap-
|Hroc»ée de Téquateur, est pourtant en gé-
néral UB pays malsain ; ce qui le rapproche
de la zone nord correspondante. Cest là
qnon trouve les animaux et les végétaux les
|ilii8 singuliers dans leurs formes et leur
friructure, qu'on a été jusqu'à croire ano-
maiïes, avant de les mieux connaître.
SirriOBfif. D*A5TBB0P0ux;iB«
Ces deux zones renferment les races bu*
maines les plus difformes : les Lapons, aveo
leur taille rabougrie, leur grosse tèle, leur
teint plus ou moins jaune, répondent assez
aux Hottentots, qui sont aussi petits, dif-*
formes, et ont le teint jaune plutôt que noir.
Les SamoîèJes et les Ostiaks, avec les
langouses, contrastent aussi bien avec les
peuples méridionaux de TOcéanie, les plus
difformes de cette partie du monde. Eûûn
les Groënlandais et les Esquimaux sont aussi
difformes dans leurs allures lapones que les
Pata^ns dans leur taille de géant si dispro-
portionnée.
Tous ces penples sont les plus grossiers
et les moins dvilisés du elobe; il n*y a vé-
ritablement entre eux d autres différences
que celles qui sont occasionnées par les cir-
constances diverses de latitude et de climat.
Les Lapons se relient par les Finlandais
aax Norwégiens et aux Suédois, et ceux-ci
se continuent dans leurs nuances avec les
peuples de la zone précédente. Les Hotten-
tots, à leur tour, se rattachent par les Cafres
et les nègres de Benguela et a Angola aux
nègres sén^lais et aux Nubiens.
Les Samoièdes et les autres peuples qui
les entourent se rattachent par les Sibériens
aux Tartares septentrionaux; et les noirs de
rOcéaaie aux Indous, etc.^ \mr les nuances
des jaunes qui habitent la même partie du
monde*
Ces rapports de tous les peuples avec le
sol et le climat qu'ils habitent {trouvent ,
nous semble-t-il, jasqu*à la dernière évi-
dence que Tespèce humaine esU comme les
végétaux et les animaux, susceptible d'éprou-
ver des modifications produites par Tin-
fluence du sol et du climaL II faut rattacher
à cette cause deux autres causes qui en dé-
pendent ; je veux parler du genre de nourri-
ture, des moBurs et de la civilisation. Alors
on ne devra plus s'étonner des modificatioas
^es. races humaines, qui d'ailleurs ne pa-
raissent si considérables et si grandes que
parce qu'on les compare aux points extrêmes
de réc-nelle; mais en les suivant pas à pas
comme nous Tavons fait, on serait tenté dH
croire qu'il n'y a que de simples variétés
plutêt que des races, bien loin d'admettre
plusieurs espèces. .
Nos preuves ne s'arrêtent pas là. On doii
se rappeler que les races et les variétés ani-
males offrent dans le même pays, sous le
même climat, des modificatioas bien frins
extrêmes que l'espèce humaine ne nous en
présente sous des climats bien plus divers
et plus variés. L'espèce chien nous offre ea
France toutes les tailles, toutes les formes
de tête, toutes les modifications de couleur,
de proportions dans le corps, les oreilles et
les membres. L'espèce humaine ne prési^nte
jamais autant de variété, à ouelque point
de l'échelle qu'on l'observe. Nous avons vu
dans les moutons et ks bœufs l'absence et
la présence de cornes, leur multiplicité;
l'aosence et la présence de loupes grais-
seuses; les formes les plus variées du poil
dans les moutons. Jansais l'espèce humaine
46
iiM
UM
DICTIONNAIRE
UNI
iiS»
436 perti aucune de ses parlies organiques,
pas même des poils, qui ne sont que des pro-
ckiits; ils sont sans doute plus ou moins
abondants, plus ou moins variés dans leur
couleur et leur forme; mais jamais ils ne
disparaissent. On pourrait parcourir toutes
les i^Tties de ror^janisine, et nous défions
que Ton ffùi y rcnoontrer autant de diffé-
rence qu'il y^n a entre ces mêmes parties
iJans les races et les variétés animales. Si
donc ces différences n'einpêchent pas de re-
garJer comme appartenant à la même espèce
tant de races et de variétés animales, pour-
quoi veut-on raisonner autrement quand il
sa^it de l'espèce humaine, qui offre bien
moins de variétés? Il y a là absence de logi-
que, défaut d'études sérieuses ou mauvaise
foi.
Les' plus grandes différences de l'esnèce
humidifie portent uniquement sur la oouleur
et sur les formes de la tète. Analysons ces
deux points :
•Les nuances infinies que présente la cou-
leur des races humaines, prouvent, à n'en pas
douter, que notre espèce est sujette, comme
beaucoup d'animaux, à prendre des variétés
de tétnte très-différentes. 11 ne faut qu'ob-
server dans un point très-limité, occupé par
ta race blanche elle-même, pour voir des
familles ou des individus à teint olivâtre,
tandis quje près d*eux d'autres sont d'une
blancheur qui porte et sur la peau et sur la
chevelure. L'onalomicprouve que la couleur
n'est que le i)roduit d'une sécrétion; or, les
sécrétions sont, de toutes les fonctions de
l'économie, celles tjui sont le plus sujettes
à éprouver des modifications.
La peau de l'homme, comme celle des ani-
maux, est composée de six parties essentielles
et de deux parties de perrectionnement; les
six parties essentielles sont : 1^ le tissu mus-
culaire qui sert h remuer -la peau, et qui
pour cela prend le nom de peaussier; 2' le
derme, qui est la peau proprement dite; 3' le
tissu vasculaire qui apporte le sang, la lym-
phe et tous les liquides ; 4.° leréseau nerveux,
siège de la sensibilité périphérique; 5* le
|)igmentum, qui est une partie inorganisée,
I>roduite, et qui donne sa couleur à la peau;
^•* l'jépiderme, qui est aussi une partie pro-
«iuile.
Les deux parlies de perfectionnement
50Tit : 1* 4e« cryptes, qui forment tout le sys-
tème glandulaire et excréteur; 2** les pha-
aières, qui produisent les poils, les cornes,
les écailles, les dents, etc.
La partie delà peau qui doit fixer ici notre
attention, c*est le pigmentum^ substance pro-
duite et susceptible de diverses couleurs;
elle n'est point organisée , puisqu'on peut
toujours ! enlever avec un pinceau. C'est
celte production qui tapisse l'œiU et sert à
la vision, pour éteindre les rayons lumineux
qui empêcheraient la netteté des ima^x»s;
c'est son absence ou sa trop petite quantité
qui fait que les nyctalopes ne peuvent voir
que la nuit, et que le grand jour les iucom-
moJe. La couleur du pigmentam ntie sui-
vant les animaux et suivant les milieuioù
ils habitent. Comme cette substance parât
évidemment produite par l'exsudation de
vaisseaux sanguins, et que d'ailleurs de;
expériences positives ont démontré que ic
pigmentum de la peau est priiicipalemen!
lormé de carbone, on conçoit facilemenl que
les animaux qui se nourrissent de vé^étaui
doivent avoir un pigmentum plus noir; on
conçoit également que les peuples nè.;re*
dont la nourriture est plus spécialement vé-
gétale, et qui habitent sous un climat brûlant,
doivent sécréter dans leur peau un pigmen-
tum plus abondant et plus noir.
« La sécrétion de la matière colorante de
la peau est très-sujette elle-même à varier
d'intensité : l'âge, les passions, l'état de ges-
tation, les maladies, peuvent la suspendre,
la diminuer ou l'accroître; et, par unedisiKh
sition originelle , telle ou telle partie des
téguments peut sécréter plus ou moins de
pigmentum. 1^ matière cotopanle est-elle en
petite quantité , le sujet a une peau très-
blandie , les yeux bleus et la cherelure
blonde; augmente-t-elle un peu, c'est la
couleur châtain qu'elle produit; si elle est
plus abondante, les yeux et les cheveai sont
noirs et la peau brune. Or, il est bonde
noter que , quoique cette matière colorante
existe dans la peau de toutes les races hu-
maines, ce n'estcependanlquedanslesnègres
que sa substance est bien visible par elle-
même; ce qui donne lieu de soupçonner
que la couleur du nègre ne tient pais seule*
ment à la teinte plus foncée de cette matièrei
mais qu'elle peut dépendre aussi de la qua-
lité (850). »
Les enfants des races de couleur naissent
blancs, et ils ne prennent la couleur foncée,
cuivrée, bronzée ou noire, que quelque
temps après leur naissance, quand ils «ut
éprouvé l'influence du climat. Parmi les nè^
f;res adultes même, on en remar(}ue ekz
esquels cette matière colorante u est pro-
duite que par certaines parties de la peau;
ces individus blancs portent le nom dep/n.
D autres n'ont jamais de pigmen/um; leurs
cheveux, leur peau sont lianes, leurs ye«i
routes, et supportantdiflicilemenllalumièn:;
on les appelle Albinos.
L'albinisme s'observe aussi dans la rar?
blanche et cuivrée; il s'observe chez le*; ani-
maux; le lapin blanc en est un exeoipif
remarquable. MaiS'ies Albinos humains sid:
surtout en plus grand nombre dans les na-
gions équatorîales, puisque sur certai»^
points ils ont paru former des peuj>iftii'»
entières.
D*appès tous ces faits, il semble' que ta ei^
leur noire doive être atlribu<Se è unesécrélk*
nius active et plus abondante dnpignini*'*
la végétation , l'organisalioa aDÎmale >r'j<
beaucoup plus actives sous la zone équa'>' -
rialcque partout ailleurs; l'organismebuo:4ii
doit y être soumis aux mômes lois, et ttïmofe
tous les produits organiques sont sécrétée fi
^830) roFic<!iON, docteur-médecin , Examen des questlom scientifitjucs de Cage dn monde, p, 4T9.
1455
IIM
D*ANTIinOIH>LOGlE.
UNI
UM
b pcAU, il ne faut pi us s'étonner si la substance
colorante est si abondante chez ces peuples.
Et en cffcU en changeant de climat, les nè-
gres ne tardent |ias a devenir moins fonces,
ei on en a vu qui, imrvenus à un âge assez
arancé, auquel la vie organique est moins
active, éprouvent une décoloration complète
(Je leur peau. Cette même décoloration se
remarque aussi chez les blancs.
L'opmion qui prétend que la couleur
noire des nègres est le produit d'une mem-
brane sécrétoire particulière, bien que très-
cipressément démeatie par l'observation
anatomiaue , Test encore par le fait qu'on a
TU des blancs devenir complètement uoirs^
et du même noir que les nègres, sous l'in-
fluence de causes morales. Le Bulhlin de la
Faculté de médecine de Paris ^UX^iSiT^ p.5^^i,
cite une femme née à Saint-Priest (Eure-el-
Loir)en 17i6, qui s'était bien portée jusqu'à
soixante-dix ans. De grands chagrins et un
accident affreux arrivé à sa fille, Timpres-
.sionnèrent d'une manière si violente, crue
ddoslespace d'une nuit elle devint complè-
tement noire; son corps, examiné de la tète
aux piods présentait absolument Taspect de
celui d'une négresse. Ayant été observée
après sa mort, sa peau présentait immédia-
tement SOU.S l'épiderme une couche linéaire
uûiro, qui paraissait avoir son siégc dans la
couche du tissu muqueux.
Le piqmentum des nègres n'est donc pas
))Iusdû aunorgane particulier que celui des
autres hommes et de tous les animaux. 11
est, encore un coup, dâ au climat et au genre
(le nourriture. Des faits de l'histoire natu-
relle en fournissent la preuve. Le bouvreuil
nourri de chènevis devient bicnlôl noir; en
nourrissant des cochons avec de la garance,
leurs os deviennent rouges, et chez les oi-
^('aux nourris de cette substance, le bec et
le$éoaiUe« des pattes deviennent également
routes. Mais ce qui prouve encore mieux
^ue la couleur de la chair, de la peau des
iH'grcs, n'est due qu'à la nourriture et au cli-
îiat, c'est qu'on trouve dans les mêmes pays
les animaux dont la chair et la peau parti-
•ipent aux mêmes qualités. Au Paraguay, à
iJuénos-Ayres, dans les Cordillères des An-
les, il se trouve des poules qui ne diffèrent
ms des autres auant à la forme, mais qui
>iit la peau« la ctmir* les pieds, les plumes,
a crête noirs; la peau est encore colorée
|uan:l elle est cuite. A Mozambiaue, il
^\iste aussi des poules nègres dont la chair
'st également noire. Notre sanglier, qui est
ertainementde la même e»pèce que le co-
Ijon domestique, a la chair et la peau beau-
;oup plus noires que celles du nègre.
Enun , il est prouvé par les relations de
ous les voyageurs, que l'art de se nourrir
:st extrêmement peu avancé chez les peuples
lègres ; qu'ils prennent oresque brutes les
iroductioos du pays; qu en outre, les chefs
't les plus riches dé ces peu4>leç qui usent
l'une nourriture plÛ3 recherchée, Isont beau*
:oup moins fonces dans leurs couleurs qiie
'**u\ (]ui vivent pour ainsi dire comme des
iiiiuuux.
Les variétés de couleur sont d'ailleurs
bien moins considérables dans Tespèce hu-
maine que chez les animaux, qui présentent
dans la môme espèce toutes les nuances pos-
sibles. Concluons donc de tous ces faits que
rien moins que la diversité des couleurs, ne
peut conduire à admettre une diversité d'es-
pèces dans le genre humain.
Les moJifications de la tête sont de
toutes les modifications que peut éprouver
l'organisme, les plus nombreuses et les plus
faciles à produire, sans doute à cause du
grand nombre d'os de la tête et de leur forme
plate et lamelleuse. Nous les avons vues
dans les animaux se varier considérabfemen't
dans la même espèce, telle que les chiens,
par exemple. Il est à remarquer que les mo-
difications et les qualités acquises dans Ib
domesticité par les animnux se transmettent
par la génération; sans ctela nous n'auriows
pas de races domestiques, mais seulement des
individus qu'il faudrait former à chaque gé-
nération. Or, si l'on considère qu'elle est
beaucoup plus exposée qu'aucune espèce
animale aux causes déformantes, loin d être
surpris de ses nombreuses variétés de for-
mes, on sera étonné qu'il n'y en ait pas da-
vanta;?e. Les animaux cherchent, quand ils
sont libres, le climat, le sol et les milieux
qui leur conviennent mieux; l'homme, au
contraire, habite partout; ni les froids ex-
cessifs, ni les chaleurs brûlantes, ni les cli-
mats insalubres ne l'arrêtent; la terre est
son domaine, il en a pris possession par-
tout, et j»en(Iant que les espèces animait^s
sont confinées sous des latitudes oxlrêmd-
ment limitées, riiomnic habite sous toutes
les latitudes. Là, dans des circonstances aussi
variées de climat, de travail, dT> mœu^s , ■ de
civilisation , de nourrituie , comment ses
formes ne dévieraient-elles pas de leur état
normal?
Une grande cause oe déformation à la-
quelle les animaux échappent, tamiis qno
I espèce humaine seule y est soumise, cest
l'intelligetice et la moralité même, qui ca-
ractérisent cette espèce humaine. Ces deUx
causes, qui n'en font qu'une, agissent de
deux manières sur le développement des
formes organiques, d'abord parla manifes-
tation même de rJntclligence, et en second
lieu par son ignorance. C'est rintelligenf'o
qui forme son corps, nous l'avons jvouvé en
montrant que le corps de Thomnie est fait
pour son intelligence. Plus rintcHigence est
développée, plus les formes du corps et sur-
fout de la tête sont belles et harmonieuses;
ce fait est facile à constater, nous en avons
exposé les données précédemment Pins, au
contraire, l'intelligence est înactive , et pltis
les formes de son corps sont dégradées. L'i-
gnorance, le préjuçé, la superstition sant
une seconde cause de déformation. Il est do »
{peuples qui aplatissent artiliclellement le
iront de leurs enfants, qui leur écrasent le
nez et leur pressent les lèvres pour les ren-
dre plus belles, à leur avis. H ne faut pas
sortir de France pour constater des faits ana-
logues; ainsi la coutume barbare de corai»
U55
TM
MCTIONNAIRe
VM
m
nés contrées de autre pays qui fait emaiaiilot-
ter la tète des petits enfaïu-s» leur donne une
forme extrêmement allonge d*avant en ar-
riiVe. Cela se remarque surtout dans certaines
contrées du norJ et du midi de la France^et
surtout dans les femmes ciui, ayant le plus
souvent la tète continuellement entourée
de li(^amentSy prennent, sous leur influence,
une tète en pain de sucre. J*ai vu moi-même
de CCS tètes tellement déformées, qu'il n*y
avait plus apparence de front; et certes, si
les tètes de nègres offraient de semblables
monstruosités, je concevrais qu'on pût en
faire une obiectioa. Cette coutume dont nous
parlons est la cause d*unc fuulc de maladies
mentales ; et il n'est pas rare de rencontrer,
dans nos maisons d*aliénés, de ces tètes qui
ressemblent plutôt à des sinies qu'à des
hommjs. Si les déformations de la tète suf-
fisaient donc |)Our établir plusieurs espèces
humaines, il serait beaucoup plus facile de
les caractériser en France même, et parmi
des Français, que parmi les divers peuples
du globe ; il y a, nous ne craignons pas dô
ramrmer, après l'avoir vu, plus de différen-
ces notables entre les tètes oes diverses con-
trées de France, au'il n'y en a entre les Euro-
péens et les Sénegambiens, par exemple.
Cependjant, marc;ré tant de causes modi-
fiantes, l'espèi^e lium^ne n'offre pas autant
de différences dans les variêlés que les races
d'une même espèce animale. Jamais, en ef-
fet, les variétés de l'espèce humaine ne per-
dent de leurs parties, pas même de celles qui
ne sont que des produits, comme les poils ;
tandis qu'il y a des espèces animales qui
perdent leurs poils et leurs cornes.
Concluons donc que les modifications dans
les formes de la tète ne peuvent étayer d'une
ombre de preuve la tnèse de la diversité
d'espèce humaine.
Après avoir répondu à toutes les princi-
pales objections contre l'unité d'espèce hu-
maine, il nous reste à dire un mot de la
preuve la plus forte de celte unité d'espèce ;
cette preuve suffit à elle seule pour démon-
trer notre thèse. Nous avons donné et prouvé
la seule définition scientifiçiue de l'espèce,
la seule appuyée sur un principe invariable,
la génération. Il suit de cette définition que
toutes les fois que deux ou plusieurs varié-
tés peuvent produire ensemble des indivi-
dus féconds et propres à se perpétuer, elles
appartiennent nécessairement à la même es-
pèce. C'est là un point de la science de l'or-
ganisation qu'il est impossible de révoquer
en doute sans détruire toute la science. Or,
toutes les races de l'espèce humaine, toutes
les variétés de ces races produisent ensem-
ble des individus féconds et propres à se
perpétuer; le fait est assez largement cons-
taté pour que personne n'ose désormais le
révoquer en doute. Donc toutes les races,
toutes les variétés humaines quelque nom-
breuses qu'elles soient, appartiennent à une
seule et unicme espèce.
Les caractères 2oologiques de Tespèee se
tirent du produit de la génération, des or-
ganes de la génération, dos signes ou pavil-
lons spécifiques, et, dans iesmammiOrefii^^
plus élevés, de la considération de cerlaiocs
dents.
Le produit humain de la généraliofl ne
présente aucune différence appréeiaMe, ni è
rétal de germe, ni à Tétai d'œuf, ni i Vëui
de fœtus.
Les organes de la génération , aussi \m
mâles que femelles, sont parfaitement sem-
blables dans toutes leurs parties, chez tou(e>
les races humaines; il n'y a cjuedes dilTérenri .<
dans le développement accidentel de certai-
nes parties extérieures, comme les mamelles
mais qui peuvent toutes se rencontrer da
plus au moins dans toutes les variétés.
Il n'y a, dans l'espèce humaine, d'antres
signes ou pavillons spécifiques que la barbe
qui distingue l'homme ; or, elle est plus ou
moins abondante et de couleurs eilré:ne-
ment variées, suivant les individus, dam la
même variété et quelquefois dans la mé»ue
famille.
Les dents, chez toutes les yariélés on ra-
ces de l'espèce humaine, ne pré^e^lent abso-
lument aucune différence spécifinue; m
cette différence spécifique ne peut elrerri»
que de la dernière molaire ou de la molaire
principale. Or, il n'y a aucune différenre
entre toutes ces dents chez les diverses ra-
ces. Ainsi donc, dans tous les organes qui
peuvent fournir des caractères vraiment
spécifiques, il.n'y a absolument aucune dif-
férence appréciable et nettement tranchée
entre toutes les variétés humaines. La con-
clusion lo^que et rigoureuse , c'est qnil
n'existe qu une seule espè::e humaine.
Qu'importent après cela toutes les variétés
des organes qui ne sont pas s))écifiqQe^, ei
({^ui sont immédiatement sous 1 influenoedes
circonstances extérieures? Elles peu^eBl
faire impression sur des esprits snperûciels
mais elles n'en feront jamais sur les esprits
sérieux qui savent un peu ce que c'est que
la science» ce que c'est qu'une es| èœ ani-
maie.
Nous avons démontré, en effet, qu'une es-
pèce avait ses limites de variations en pltt«
ou en moins çui ne pouraient être dép.i^
sées sans que 1 espèce périsse. Or, l'esi^è^
humaine, qui est la seule qui soit véritai)le*
ment omnivore, qui habite sur tous l<^
points du dobe, sous tous les climaLs qui
porte en elle-même les plus grandes cau.<*s
de variations, est éiridemment celle dans la-
quelle nous devrions rencontrer les variéip>
les plus extrêmes et les plus nombre1ls^:
et cependant cela n*est pas, car nous arf'fi?
constaté dans les chevaux , dans les bœu^.
dans les moutons, dans les ebieiis,etc.dH
variations bien nlus considérables ; pers»^'
les moutons et les hœats perdent knn rcv-
nés, que certains moutons en ont sii; q^
les cnevaux perdent ou acquièrent ;':
f)oiI, etc. ; que les chiens dans leur laiHe* ' ->
ormes de leur corps, et sartoul de *»
tète, etc., offrent les pivs grandes diS^r^
ces.
Tout donc, au physique, démontre de i
1457
UNI
D^ANTilROIHMilGIE.
UNI
11.^
niaiiière la plus éTidenle runité de l'espèce
humaioe.
!• Noos arons prouvé Tuoité de Tespèce
humaine au seul poinl de rue de l'organisa-
lion: nous avons donc répondu par là aux
organologistes Mais quand même» ce qui
nest pas, ils pourraient réussir h étàjer
d'une ombre de preuve la llièse de la plu-
ralité d'espèces humaines au point de vue
de Torainisation, ils n*auraient encore rien
fait. L^omme, en effet, n étant pas un être
purement organique, mais étant avant tout
intelligent et moral, les caractères organi-
3ues sont nécessairement dominés par ceux
e Tintelligence et de la moralité. Pour que
la thèse de la pluralité d'espèces fût logique
et scientifiquement démontrée, il fendrait
donc prouver qu'il y a, intellectuellement
et moralement, plusieurs espèces humaines;
ou , en d'autres termes , que l'intelliuence
humaine et sa moralité ne sont pas identi-
quement et fondamentalement les mêmes
{K>ur toutes les races et variétés de l'espèce
lumaine. Or, c'est ce que Ton ne fera ja-
mais. Si nous, au contraire, nous prouvons
que rintelligence et la moralité numaine
sont identiquement et fondamentalement
les mêmes , pour toutes les variétés , nous
aurons , nous semblc-t-il , victorieusement
démontré qu'il n'y a et ne peut j avoir
qu'une seule espèce humaine.
S* Ceux qui ont prétendu cjuerintelligence
des races noires était inférieure à celle des
blancs n'ont aperçu qu'un résultat dont ils
n'ont point connu la cause; l'observation
aveugle, sans critique et sans principe, a en-
core été ici seule écoutée. L'intelligence du
nè^^re, a-t-on dit, est moins active que colle
du blanc, donc il en a moins. Ce raisonne-
ment ressemble absolument h celui-ci : Les
habitants de nos campagnes n'exercent que
peu leur intelligence, en comparaison de nos
^avants, etc.; donc ils ont moins d'intelli-
gence; ou mieux encore à celui-ci : Le che-
val qui a des entraves aux jambes court
moins bien que celui qui n'en a pas; donc
il est moins agile. Les phénomènes de l'in-
telligence ne se mesurent pas au compas; ils
ne se pèsent pas dans la balance; ils sont au-
dessus de la matière et la dominent , bien
qu entravés par elle dans une foule de cir-
constances, il faut donc partir de principes
plus élevés pour iuger de la nature et du dé-
veloppement de l'intelligence.
L intelligence humaine est essentiellement
lîlire et active; c'est là sa nature première
et fondamentale; mais elle est unie à un
corps matériel et sensible, muni d'organes k
5nn senrice, et à l'aide desquels le monde
extérieur agit sur elle ; et elle à son tour,
réa^t sur ce monde par ces mêmes organes.
Sa condition d'être unie à son cor|>s, qui vit
f »r4aniquement d'abord, la soumet nécessai-
reiiimt aux influences de la vie organique,
aux influences du monde extérieur physi-
que, aux influences de ses semblables. Par
elle-même, Tintelligence ne possède que la
(851) Ost une des fonnos de la thèse pauithéisli<ittc.
{>uissence de mettre en exercice son activité
ibre de se manifester, sous l'influence de
conditions données, de connaître la vérité,
de l'embrasser, de s'en nourrir et de péné-
trer par li plus avant dans la vie intellec-
tuelle, qui n'est autre chose que la posses-
sion et la iouissance d'une plus grande
somme de vérités. Lorsqu'on dit que rintel-
ligence se développe, on se sert d'un terme
impropre ; car il n jr a pas précisément dé-
veloppement dans l'intelligence qui est un
être simple. Pour qu'il y eût développement
réel dans l'intelligence, il fiiudrait qu'elle
pût ajouter à sa substance une nouvelle sub-
stance. Mais où prendrait-elle cette sub-
stance? Serait-ce dans un réservoir ou dans
une masse de substance intellectuelle circu-
lant, pour ainsi dire, dans l'univers (851)?
Une pareille absurdité ne peut conduire qu'à
l'absurdité du matérialisme. Dira-t-on que
l'intelligence puise la substance de son dé-
Telop[)ement oans la vérité? Mais outre que
la vérité n*e$t pas jirécisément une sub-
stance, elie ne s identifie pas avec l'intelli-
gence, qui sait parfaitement se distin^er de
ses connaissances. L'artiste qui depuis long-
temps a exercé son oreille et sà voix, ou
son pinceau et son œ&l avec sa main, a-t-fl
dans l'intelligence quelque diose de plus que
celui qui, ayant les mêmes aptitudes, ne
s'est jamais exercé? Non, sans doute, puis-
que le second en s'exerçant pourra devenir
égal au premier ou même le surpasser. On
ne peut donc pas dire gue l'intelligence se
développe; combien d'intelligences, en effet,
f>lus fortes et plus capables que d'autres, ne
es égaleront jamais par les resultats de leur
activité, parce qu'elles ne se sent jamais
trouvées dans les circonstances favorables à
leur action. L'intelligence de Tenfant a-t-elle
moins de puissance, moins de dévelo|pe-
ment que celle de son père? On ne peut f^s
le dire, seulement elle est depuis moins
longtemps dans le monde, elle s'est moins
exercée, elle a moins acquis ; mais donnez-
lui le temps d'appliquer son activité, don*
nez le temps aux organes de devenir ca[rfi-
bles de la servir, et vous verrez qu'elle
E^urra même surpasser celle de son père,
'aliéné, qui, avant sa maladie, était un es-
prit remarquable, a4-il perdu quelque chose
de son intelligence, l'a-t-il diminuée? La
preuve du contraire, c'est que si vous pou-
vez réussir, comme cela a lien souvent, k
rétablir son.organisation dans son état nor-
mal, vous aurez aussi rendu à son intelli-
gence tontes ses facultés. L'intelligence ne
grandit ni ne diminue donc; mais elle se
manifeste, elle agit, elle accroît sa posses-
sion, la somme de ses connaissances. Elle
existe tout entière et complète dés le pre-
mier instant de son existence : nous l'avons
largement prouvé. Mais, comme elle a be-
soin des organes du corps pour agir, elle ne
peut le fSiire que quand ils sont suffisam-
ment développa; bien plus, elle les déve*
loppe même par lexerace ; ainsi la main de
U59
UN!
DICTlONNAinE
UM
m
Tartiste se développe par la pratique de son
art; ]a main du forgeron acquiert plus de
force par le travail ; le cerveau du penseur
acquiert plus de volume à mesure que l'in-
teîîîgence eiige de lui plus de travail. Ce
. fait est remarquable et prouve notre thèse.
Une population livrée tout entière aux tra-
vaux manuels, présente à peu près chez tous
• les individus les mêmes types de tôle, et
le même développement du crâne, et dans
les mêmes parties; mais faites sortir de cette
population un ou plusieurs individus pour
les appliquer aux travaux intellectuels, et
au bout de quelques années comparez leur
léte et surtout leur front à ceux des autres
individus de la môme population, et vous y
trouverez une différence immense. Nous
avons nous-mêmes constaté ce fait; bien
plus dans la môme famille nojus avons vu
des frères du môme â^e, à peu près, nés dans
les mêmes circonstances, élevés jusqu*à l'â^c
de douze ou quatorze ans de la même ma-
nière, et présentant alors les mômes traits et
la môm 3 conformation de tétc; mais ayant
été séparéiî, et Tun d'eux ayant cinbrassé
une profession manuelle, tandis que l'autre
s'était livré avec une activité dévorante à l'é-
tude; arrivés vers l'âge de trente ans, ils
n'avaient plus la même conformation de la
tôte, le second avait le crâne et le fVont beau-
coup plus développés que le premier. Ce
&it et bien d'autres semblables prouvent
donc que l'intelligence développe ses orj;a-
nes, mais non qu elle se développe elTe-
même.
3^ Mais puisque l'intelligence humaine ne
peut, par elle- i.ôme, arriver à la vérité, à la
connaissance, à la science, dont elle a le fond
en. soi, dans sa substance et sa raison; il
faut bien qu'elle soit aidée du dehors, soit
por les créatures, soit par le Créateur. Si
4 intelligence humaine ne pouvait être et n'é-
tait en rapport qu'avec les créatures, évi-
.demment elle ne connaîtrait de vérité.que
ce que les créatures en renferment; dans les
êtres créés matériels, elle ne trouverait pri-
mitivement que des vérités. de faits, que
l'observation pourrait lui faire apercevoir.
. V Dans ses semblables, les autres intelli-
gences humaines, elle ne trouverait que ces
mêmes vérités de faits, tirées du monde ma-
tériel, et de plus les faits intimes tenant à
la nature dé l'intelligence humaine; elle y
trouverait encore, et elle pourrait tirer dQ
. tous ces faits la notion de cause, et par suite
l'existence d'un être su{)érieur à tous les
êtres et leur Créateur; mais jamais elle ne
|K>urrait s'élever aux vérités religieuses ré-
vélées, aux règles de la loi morale imposées
.|uir Dieu lui-môme; car ni les unes, ni les
auîri^s no sont nettement exprim&^s dans les
créatures.
5" Sans communication avec Dieu donc,
. Vintolligeace humaine, soumise aux inlluen-
coj de son organisation, ne rechercherait
naturellement et primitivement que son
bien-êîre physique et matériel; elle n'ac-
q lerrait jamais la possession des vérités né-
cessaires à sa vie intellectuelle et morale ;
tous les faits prouvent cette vérité, car
les peuples arrivés à un haut degré de ci-
vilisation, n'y sont arrivés que par suite
de l'influence religieuse de larévélalionplus
ou moins nettement acceptée; et plus celte
révélation a été acceptée netteraenl cl posi-
tivement, plus aussi les peuples se sont éle-
vés à un haut degré de vie intellectuelle el
de civilisation. L intelligence humaine est
donc soumise à Ja communication de Dieu
lui-même, sous peine de ne pouvoir jamais
déployer toute son activité; e! alors une
fois la société des intelligences en possession
de la vérité divine, chaque intelli^^encepcal
y puiser les éléments de sa vie.
C'est par la révélation seule que lebutel
la fin de l'homme lui sont connus, gue sa
nature et son origine lui sont enseignéts
primitivement.. Si, plus tard, giiîdi^s par les
principes de la révélation» les hommes ool
pu arriver à démontrer scienlifiquomenlceà
mêmes vérités.ce n'est qu'à la longue elpr
un travail pénible qui ne peut être jamais à
la portée <les masses; et celle démonstration,
d'ailleurs, n'étant opérée que par suite et
sous rinduencc de la vérité religieuse, il esl
bien difficile d'admettre et surtout imjiossi-
ble de prouver que l'esprit humain aurait pu
par lui-môme arriver à celle démonslraliuu
posilive. Dans ces questions sigraTes,<Hi
raisonne toujours à faux, quand on raisonne
abstraction faite de Dieu; car Texistence de
Dieu, ses rapports nécessaires avec ses créa-
tures, sont des réalités primitives dont oo
ne peut sortir sans tomber dans une hypo-
thèse qui, n'eïistant pas, ne peut pas con-
duire a la vérité. Dieu, sans doute, en «
manifestant dans la création, s*estmiskla
portée de rintelligence humaine, cl il y a là
d'abord un premier fait qui ne permet pas à
l'homme d échapper entièrement à Dici:
mais par cela seul le genre humain aurait-il
atteint sor* développement social complet!
On no jHïut pas le dire, car il y a un autre
fait tout aussi cerlain que la création; c'est
la révélation, laquelle a présidé aux déTc-
loppements de ces sociélés. En raisonDao;
.donc, jSibslraction faile de ces deux graûi.^
fails, la manifestation de Dieu par son œu-
vre, et sa manifestation par sa parole, on ^
jette dans un ordre de considérations qui
, n'ayani jamais eu de réalité, ne peut pa^^^;'''
connu. Rentrons donc daiis la rôaliié'ifs
choses pour arriver au vrai, puisque la ^^
rite, c'est ce qui est. Puisque rinlcllir^enn'
humaine reçoit du monde extérieur, /*\'^';
de ses semblaidcs et reçoit de Dieu, il b^-'
de toute néciessîté ces trois condition^ 1*'»^^
qu'elle puisse exercer, dans toute son éiea-
duc, son activité libre; et qu'on noti' -'
pas qu'il y a des intelligences qui rfjei- f
Dieu nt qui» pourtant, arrivent dar.^ J
science à \m point très-élcvé; car enîia <?
Jnlolligeuces, tout en rejetaiit Dieu, re«:'j-
vent de lui, malgré elles en puisant ilûR> ^
société dont elles loni partie et à l'influa'' "l
de laquelle elles ne peuvent échap|>or'<^
qui elle-même a reçu, de Dieu. Cei^eno^-
supposons pour un instant iiirun»' ^'j.^'^
m
LM
DANTlIKOfOLOClE
UM
UH
quelcoogue n*ail[.*as uellciuent accopto Dieu
et son influence, qu'arrivcTû-l-il? N'ayant
plus d'autre but qu^ le bien-éîre matériel
t'i physique, tous ses eirorls tendront né-
cessairement vers Tacquisition de ce bien-
ù re matériel. Mais comme les besoins, mô-
mes physiques, d'une «société, sont en raison
lie son développement social, il s'ensuit que
(.est dans une société déjà perfectionnée que
CCS besoins sont plus étendus et plus pres^
5tmLs et poussent, par conséquent, à une
activité intellectuelle plus grande. C'est en
effet 1? civilisation qui développe les andû-
(ions et les désirs de tout genre, qui crée de
nouveaux besoins i^our satisfaire ces ambi-
t onsetccsdésirsîTintclUffcnce^alopsaii^uil-
lonnéc, se livre à l'étude de tout ce quil'en-
loiirc pour en faire sortir les moyens de ré-
]ondre aux exigences qui la pressent. N'est-
ce pas en effet à cette cause que sont dus
//Mjheureusement tous nos progrès matériels
dans les sciences? Cependant, ces progrès
arrivés à un certain degré, réagissent néces-
sairement sur l'intelligence pour la con-
traindre à formuler les lois dont elle a be-
soin dans rapj)lication; et c'est alors que se
trouvant dans l'impossibilité de le faire par
)a seule connaissance des faits, elle est en-
(iviinée malgré elle à chercher en dehors de
CCS faits mêmes les principes qui les domi-*
mmU et elle rencontre Dieu et la vérité,
terme où elle revient en dernier lieu comme
nous venons de le voir.
Mais pour épuiser toute la question, et
l'envisager sous toutes ces faces, supposons
qu'un certain degré de civilisation ait pu
s'effectuer sans rinfluence divine; comme
alors les besoins matériels seront les seules
-auses excitatrices, Tintelligence ne cher-
'hera évidemment que leur satisfaction ;
uai5, si rhomme trouve dans les circons-
ances du monde phy Nique qui l'entoure
outes les conditions nécessaires h la satis-
iKttron des besoins physiques sans aucuti
ravail, vous ioignez une foule de causes o|i-
lessives de i intelligence ; au lieu d'avoir
►rogrès, vous aurez nécessairement déca-
ence, qui conduira rintolligence aussi bas
u'elle peut descendre sans j)érir. Mais y
ura-t-il la preuve de moins grand dévclo|>-
emcn( (Inintelligence T Non, sans doute;
lais seulement preuve d'activité moins e\-
tre et même entravée, et voilà tout.
G" Ainsi donc l'intelligence ne se développe
is, mais elle exerce son activité sous l'in-
lencc de trois ordres de conditions : les
]c\s venant du monde extérieur et des
étitures physiques ; les autres venant do
s semblables; et les derniè^res enfm, ou
ieux les premières et les plus élevées , ve-
nt de Dieu lui-même. A Paidc de ces
tncî(»c.s, étudions ce (pi'est et ce que peut*
•r» /'inteîligence de l«i race nèxre.
f^uan 1 on cherche l'or^une cie cette opi-
>n fini attribue moins d'intelligence h la
K.".-r) H^-^ri iur Us tiwuns d'extirper ie% préjnii^t
Otarie* roui e la d.i l nr tie% Af icains et ?.€s
j v.i /«.'A , oav.aj? c r. o j: c pur lu ÎSoci<?lc h un •
race noire qu'à la race blanche, on ne tarde
pas à se convaincre qu'elle est moderne et
née de la cupidité la plus inlSme.Un éVrivaiin
M. Linstant, a fait suf ce point des recher-
ches curieuses, et d'autant plus pemarqua-
bles, qu'elles réfutent par le fait même lc«
))réjugés, puisque l'auteur est de race noire
et originaire d'Haïti ; ce qui ne l'empêche
pas d'avoir tout au tan td'intelliçencft et même
plus, nous lui rendons ce témoignage d'après
son livre (852), que beaucoup des" ennemis
systématiques ou intéressés de sa couleur.
Voci le résultat de ses recherches, aiïi)uyé
sur les monuments de l'histoire.
Le vulgaire qui ne juge que superficielle-
ment, a dû être disposé è établir entre l'in-
telligencc de l'homme blanc et cette de
l'homme noir la même diflérence qu'il avait
remarquée entre les deux couleurs. Et de
là le^ sophismes des infftmes marchands
d'hommes.
L'esclavage d'une partie de l'humanité au.
profit de l'autre est un fait de toutes les
sociétés antiques ; et partout nous trouvons
l'esciavage des noirs établi concurremment
avec celui des blancs. Son ancienneté ne
prouverait donc pas plus contre les uns que
contre les autres.
L'Egypte fut d'abord peuplée par dos
Ethiopiens ou noirs; plus tard, une popu-
lation blanche vint s'implanter sur celle-ci,
lui iniposa sa loi et en fit ses esclaves. Les
caravanes dès lors traversaient les déserts , ,
et allaient chercher des esclaves dans l'inté- -
rieur de l'Afrique. La difficulté de la navi-
gation fut cause qu'il en arrivait peu par
mer. Mais pour les Phéniciens, le peuple le
F lus navigateur et le plus commerçant de
antiquité, le commerce des esclaves prit
une nouvelle face. Ils anportaient du fer, du
cuivre aux peuples <le l'intfHri^ur de l'Afri
que, et en recevaient en échange de l'or, de
I argent et des esclavtîs. Ils en fournirent
aux Egyptiens, aux Cyrénéens , aux Cartha-
ginois, aux Grecs, aux Romains, mais en
moins grand nombre. Ils en employaiem.
donc beaucoup, soit à leur pi*opre usa(;e.».
soit comme marchandise. Les Cartbaginoif»^
en succédant aux Phéniciens sur les mers»,
continuèrent leur trafic. Us fournirent des
esclaves noirs aux Romains, aux iles situéeti
sur les cêtes de l'Afrique, aux iles Baléares r
et comme i4s avaient déjà des colonies daub
l'ancienne Ibérie, ils y transportèrent une
grande partie de leurs esclaves nègres, ('o
commerce se continuait encore dès Te pre-
mier temps de la possession de rEs()agne
par les Maures; ce qui aurait pu contribuer
à donner aux Espagnols, surtout à ceux do
l'Andalousie, leur couleur brune. Ainsi ,
nous voyons l'esclavage des nègres venir de
l'Egypte, de la Phénîcie,^ traverser la Grèce,
de la passer à Rome, et enfin s'arrêter en
Ibérie, où ce commerce se ralentit et se per-
dit même dans les flots des événements qui
CAîse pour rnholilion de rosclaraje, en I84C; par
S. LnsTA>T, (rHsii:i.
il«5
vm
DICTIONNAIRE
UNI
m
se snccédèrenl si rapidement par rinyasion
des Barbares. Et, pendant toute la période
qui précéda le xir' siècle, ce trafic fut tota-
lement abandonné. Mais, dans tout cet es-
pace de temps que nous venons de parcou^
rir depuis l'Egypte jusqu'en Ibéne , les
esclaves nègres n étaient pas distingués des
esclaves blancs ; chez les Romains mêmes,
ils paraissent avoir été mieux traités, et le
préjugé de la couleur ne semble avoir influé
en rien sur leur sort.
Les Maures, chassés d'Espagne et refoulés
dans le nord de l'Afrique, se virent enlever,
par les Portugais, de 1U5 k lUO, un grand
nombre de pnsonniers, lorsqu'ils s^avisèrent,
en 1W2, de les échanger contre des nègres ;
ces échanges excitèrent la cupidité des Por-
tugais, et de là uaqtuit chez eux la traite des
noirs» Les Espagnols, poussés par l'appât du
gain, entreprirent h leur tour ce commerce,
et transportèrent des esclaves noirs à Madère
et aux Canaries, découvertes en 11^20, et là
ils étaient employés h la culture de la canne
i sucre. La cfécouvorle de TAmérique par
Colomb, en H92, accrut cet in! Ame trafic,
au point q^ue le nombre des nè^s intro-
duits dans la seule colonie do $aint-Domin-
gue, s*éleva, de l'année 1680 à 1776, à plus
de huit cent mille.
Après le Portugal et l'Espagne, la France
et FAngleterre prirent, pour les mêmes cau-
ses, part à ce trafic détestable. Sans suivre
l'auteur dans l'histoire des colonies, nous
remarquerons avec lui un fait de la plus
haute importance, né d'une conscience natu-
rellement juste, mais qui cherche à s'étour-
dir et à se tromper pour légitimer ses actes
mauvais. C'est que tous les efforts se tournè-
rent, dans les colonies, à opprimer les hom-
mes de couleur et à les em{)êcher d'éclairer
leur intelligence, pour avoir le droit de la
dire inférieure et de la tenir en sujétion.
Ainsi donc lopinion qui regarde comme
inférieure rinlelligence du nègre, est née de
)a cupidité et de la barbarie des marchands
de cnair humaine. Son origine n'est pas
noble. Ce()cn(lant, des hommes systémati-
ques, considérant ces tristes résultats, sans
tenir compte des causes, ont osé soutenir la
Kièmo thèse au point de vue de la science ;
et il est nécessaire de discuter leur opinion,
et d'en peser la valeur.
Les contrées habitées par les nègres sont
les plus riches et les plus fertiles delà terre ;
la végétation y est active et continuelle, le
climat n'^y relâche jamais ses ardeurs; les
fruits les plus succulents y sont abondam-
ment proJuits» sans aucune culture; la cha-
leur du climat ne force jamais ses habitants
k se prémunir contre les rigueurs du froid »
et le reuillage toujours renaissant d'une végé-
tation vigoureuse leur procure un ombrage
toujours frais; ils n'ont besoin ni de mai-
sons ni de vêtements. L'humidité excessive
que la plupart éprouvent, dans leur climat»
détrempe, relâchesanscesseleurcomplexion,
au point que tous les nègres sont plus ou
moins d'un tempérament lymphatique ,
iucvto, mollasse ; que plusieurs ont des glan-
des engorgées ; toutes leurs parti» V^Cais-
sent érrangement par cette bamidité prédc-
minante. C'est même cette humidité cWe
qui rend le nègre si paresseux, si indolent,
et qui, favorisant sans cesse uoe Té^étalion
riche et abondante, n'oblige ces p«iuples^
aucun .travail pour vivre. De là vient que les
nègres ne s'évertuent en rien, et passeront
des milliers de siècles sans se perfeciionoer,
accroupis ou sommeillant sous un ajouf^
de feuillages, tandis que croissent auprès
d'eux les ignames et le bananier. Avec dès
besoins aussi restreints, quelle cause met-
trait en exercice leur activité intellectuelle?
Le pays et le climat façonnent leur organi-
sation de la manière la plus désavantageuse
pour servir leur intelligence.
Dans un tel pays, tous trouvant abondam-
ment de quoi satisfaire leurs besoins clleaR
désirs, l'ambition n'a plus de cause, le pro-
grès même matériel, s arrête ; il n'y a |<asde
gouvernement régulier possible sous ce point
de vue, car il n'y a aucun droit, aucune pos-
session à protéger ni à défendre. Ainsi doue
l'influence des êtres créés pour l'homme est
k peu près nulle sur rintelligence du nègre.
La société étant toujours dans uoe sorte
d^nfance, sans aucun besoin de chercher à
se dévelonfier, il n'y a aucune élude des
êtres matériels, aucune étude de soi-même,
puisque l'on vit au jour le jour, sans inquié-
tude et sans souci pour le lendemain, qui
sera aussi riche et aussi prodigue que la
veille, et qui fournira à la famille et aui
enfants du nègre la même fortune qu*à lui-
même, sans aucune crainte de la perdre par
les revers d'un commerce qui n'existe pas.
Partant, point d'éducation de famille, yoinl
d'éducation sociale, parce qu'on n'en sent
pas le besoin ; Tintelligence de l'individu ne
reçoit donc encore qu'une très-faildc in-
fluence de l'intelligence de ses sem!) alfe
Mais l'influence divine, celle qui déve-
loppe proprement la société, qu'cst-eileet
qu'a-t-elle été pour les nègres 7 C'est là uû
lioint ( apital . L'homme est naturellement reli-
gieux ; la religion est un besoin de sa ua-
ture, tout aussi important et tout aussi dô-
cessaire à satisfaire que les besoins physi-
ques : en preuve, c*est qu'il n'y a }»> un
peuple qui n'ait une religion quelconque. La
religion est à fa vie intellectueUeet morale,
ce c[ue la nourriture est & la vie du cor)<s.
Mais, de môme c[ue le corps n'a pas en lui-
même sa nourriture, qu'il est oblijîé tie !a
puiser au dehors, de niême aussi rinlelli-
gence, l'être moral, n'a pas en lui-mèuic ni
reliijion, il doit nécessairement la rnrev •:
du dehors. Cependant, d'où la recevra-l-ii*
Ce ne sera pas des créatures, puisiju'el''^
ne l'ont pas. Ce sera donc du Créateur. La
religion, c'est Texpression des rapixjrls u^
créatures au Créateur, et des créatures ruir?
elles ; Dieu seul connaît ces vrais rapp^rN
qui sont endélinitivo la loi de suprême i.;^
nionie et de conservation de son œuvre. Pi«*'>
seul donc a pu les faire connaître k riiomu' •
et ced est un fait historique et moral *m^
est impossible de nier sans nier toute r:!»*
I4IS
m
n'AMTOROraUlGIE.
BM
tMi
foire, tout lait moral. Dn «atre fiât non
moins imnortant, non moins bien prouvé,
c'est «pie le secours dÎTin est nécessaire à
l'homme pour se maintenir dans b connais-
sance et fa pratique de la religion Yéritable.
Ge secours divin est nécessaire, soit comme
rérélation immédiate, soit comme autorité
vivante et permanente qui puisse empêcher
Taltération de la vérité révélée. Sans ce
secours divin, la religion ne peut demeurer
pure et intacte, et, par conséquent, les vrais
rapports naturels de lliomme avec son Créa-
teur, et des cràitures entre elles, ne peuvent
être connus, ni accomplis. Mais, comme le
bes<Mn religieux de lliomme est aussi pres-
sant que tout autre besoin, il ne peut v
échapper entièrement. Et, comme son intef-
ligence est libre ici comme dans tout le reste,
c|u*elle peut même commander an besoin,
elle pi^ut se soustraire à la véritable sati^c-
tion de sa nature morale, pour se créer à
elle-même une autre religion, à la nécessité
de laquelle elle ne peut échapper. Hans ce
ras rinlelligence n*ajant plus de soutien
«*t d*appui pour s*élever à Dieu tombe sons
Tempire des sens, et $a religion devenant
dès lors purement matérielle, il n'y a plus
de progrès possible, et tout l'être humain
tombe sous Fempire de la matière. Cette
série de Cuts n'est que Thistoire de toutes
les sociétés humaines échappées d'une ma-
nière quelconque au secours divin. La seule
nation juive et les nations chrétiennes, étant
toujours demeurées sous Tinfluence de ce
secours, sont aussi les seules qui aient suivi
le développement normal. Les autres peu-
ple«, dans la voie du développement anor>
mal, ont fait plus on moins de progrès, sui-
vant qu'ils ont plus ou moins conservé ou
reçu de notions sur la vérité révélée.
Cela posé, quelle est Tbistoire religieuse
et sociale des peuples noirs? C'est un fait de
la tradition universelle* que l'Afrique a été
peuplée par les descendants de Cham, fils de
Koé; ils s'éudilirent d*abord dans TE^ypte,
peu de temps après le déluge; ils en furent
cbassés un peu plus tard par une autre bran-
che de la famille humaine, et furent refoulés
vers TEthiopie, où ils étaient déjà établis. La
race de Cham fut dès rori^ine en hostilité
avec les deux autres races oe Sem et de Ja-
pbet Plusieurs canses amenèrent cet étal de
choses ; Tautorité paternelle, toute puissante
et sacrée alors, avait maudit la race de Cham
j|Our le crime de son père, et lavait prophé-
tiquement soumise à la servitude de ses frè-
res; de li une inimitié déclarée et un droit
presque acquis aux autres races sur cclbs-
ci; c'était un chiitiment moral d'une foute
morale, et cjui ne devait disparaître que par
la réJemption universelle , qui est aussi un
des granos foi ts de l'histoire morale du monde.
(853) La foalror H les défonnatioiis physiques
4es Bcgr» ODi été aUriboées à la malédictimi por-
tée csnlie €iia«« b-ar père, donc le teim s^alléra et
«ieviot Boîr. (Œm-es de CcMpei, L il, p. 461.) De
qadqae bçoo qu*ofl rpovisa^e, celle opiaioa est
trè^-souteoâble ; car, si rorigine 4e la ooulear noire
daie de b oulàliciiony les circonstances cUmateri ^
La race de Cham* soumise i Tanathime ,
se sépara des ses frères, s'éloigna la pre-
mière du berceau commun ; la première elle
prit les armes pour chasser les autres races
des pays qu'elles habitaient ; liemrod était
fils de Chus, qui lui même était fils de
Cham ; et Nemrod fut le premier qui com-
mença k foire la guerre pour se donner on
trône et un empire. Ces dispositions durent
réveiller les autres races, les porter k la
défense ; et elles finirent par refouler dans
l'Afrique la race de Cham. De là une sépara-
tion presque complète des descendants de
Cham, et une scission entre eux et les autres
peuples (ffi3). Si dans l'Ethiopie, ces peuples
refoulés atteignirent un assez haut degré de
civilisation, dans le principe et par suite de la
vigilance continuelle rù ils durent être contre
les peuples qui les chassèrent de l'E^pte, ils
ne tardèrent pi» k la perdre, comme le prou-
vent leur histoire et surtout leur état posté-
rieur. Pour les autres, è mesure qu'ils recu-
lèrent vers les contrées éqnatoriales ou qu'ils
les dépassèrent , ils durent subir l'influence
de toutes les causes débilitantes du climat.
Séparés par d'immenses déserts des antres
peuples , ils n'eurent plus à craindre leurs
nostilités , mais aussi ils n'en reçurent plus
rien. Soustraits par là, encore plus qu'aucun
peuple du monde , à Tempire de la religion
véritable , qui n'avait pas encore accompli
toute SA ré?élation, et gui, d'ailleurs, n*avait
sur eux aucune autorité vigilante pour les
maintcm'r et les diriger dans ce qu'ils en
avaient reçu , ils furent abandonnés à eux-
mêmes. Les besoins physiques , qui se font
toujours sentir les premiers, absorbèrent
toutes leurs facultés ; et dans un sol si riche,
dont ils fnrent les seuls et uniques maîtres ,
Tapathie, naturelle à l'homme , n'étant plus
contre-balancée par aucun poids , finit |)ar
les ensevelir dans la matière. Ils altérèrent
ce qu'ils possédaient de vérité ; et le besoin
religieux chercha , comme tons les autres
besoins , sa satisfaction dans la matière. De
là sortit le fétichisme, avec toutes ses supers-
titions grossières et dégradantes. Plus d'au-
torité générale et divine , plus de secours
divin ; chaque individu demeura isolé ; cha-
cun se fit son dieu à sa guise ; ce fut le pro-
testantisme de la matière. Par conséquent ,
Tintelligence de ces peuples, ne recevant
plus du Créateur, laissa engourdir son acti-
vité, et sa liberté devint captive de la matière»
qui la domina.
Lorsque, plus tard, le commerce et la cu|H-
dité pénétrèrent, soit au moyen des carava-
nes, soit par la navigation, jusque dans ces
contrées, ce fut pour dérimer une popula-
tion dégénérée et sans défense. Si une cer-
taine puissance ^uvemementaleexista parmi
eux, on la séduisit par l'appât des jouissan-
qoes n*aaront fait que la perpétuer, et si les races
noires ont été confinées dans leurs pajs par suite
de b malédiction et de la répolsion des autres peu-
ples, la couleur noiic, résultat du cfiniat, des
■Kr«irs, etc., n*en sera pas maitts due an fait pii»
mitif, etc.
iiG7
liM
ini;ïiONNA!RK
D&il
m
ces malurieilcs, qui seules pouvaient avoir
acres sur une semblable puissance; et loin
(.le devenir protex^lriî^e, elle devint oj^pres-
sivc; SOS sujets naturels, ou soumis par la
ff>pcc, ne furent plus qu'une marchandise,
un moyen de richesse et de jouissances i^hy-
.siques. De là nécessairement la dissolution
omplètede ces sociétés imparfaites, dont
tous les membres cherchèrent leur sécurité
dan<i la fuite; les plus forts s^armèrenl con-
tre les plus faibles, une j;uerro cruelle, in-
tosiine et continuelle, dautani plus farouche
qu'elle avait pour mob'le, d'une part U
cupidité seule, sans aucune ap)»arence de
iustîce et de droit, et de laulie la défense
légitime de son existence et de sa vie. De
la encore nulle alfection pour tes chefs, nul
attachement, mais, au contraire, la trahison
et la mort, toutes les fois qu'elles étaient
possibles Tout donc contribuait à em^îôeher
aucune organisation sociale; et si Ton con-
5.1 II le qu 3 cet état de choses ilure depuis
les Egyptiens et les Phéniciens jusqu aux
Ktals-Unis d'Améri(|ue, on comprendra faci-
lement qu'il ne peut y avoir d'autres causes
dj» ra[>alhîe inlelloctùelle de ces peuples.
Pour pouvoir ju^er si réellement leur in-
telli;^ence est inférieure h celle des blancs,
il aurail fallu la placer dans les mêmes cir-
constances et pendant un lenips é^al; or»
c'est ce qui n a jamais oii lieu : tout, au con-
traire, a conlrit)liéà endormir leuracliviîé.
Maintenant (|ue notre th^se e«t |K>sée, étu-
dions la valeur des objections, et nftus ver-
rons qu elles viendront confirmer tout ce
(jue nous avons dit, loin de le détruire ou
niéiuederinlirmer.
Première objection. — ïOn prétend que les
crânes ties Africains sont moins étendus que
ceux de tous les autres peu(4es,el môme des
Américains. Mais, dit-on, inJépendammeiït
de ce fait constaté, donirempreinle est mémo
manifeste sur le front abaissé du nèjçre, con-
sultons; rbi**toire de son espèce sur tout le
glob;?. Quelles sonlles idées religieuses aux-
quelles il a pu s'élever de lui-môme sur la
nature ôes choses ? Elles sont lun des plus
sûrs moyens d'évaluer la capacité intellec-
tuelle. Nous le voyons partout prosterné de-
vant de grossiers fétiches, adorant tantôt un
serpent, une pierre, un coquilla^je , une
plume, et;., sans s'élever môn)e aux idées
théolo^iques des anciens Egyptiens ou d'au-
tres peuples adorateurs des animaux, coujme
emblèmes de la Divinité (85'i). »
Il n'e3l nullement prouvé qu'aumn peu-
Jde jmisse s'élever par lui-même aux iilées
religieuses sur la nature des dîotes. Tous
les peuples qui ont eu une reli^^ion formulée
en ont jmiséles principes dans la révélation,
qu'ils ont plus ou moins falsifiée; tous les
peuples de l'antiquité, en Asie, en Europe et
dans l'Egypte, ont eu les uns avec les autres
des communications continuelle?, et sont re-
tombés presque partout dans les uémes iJées
comme dans les mêmes erreurs. L'Aniéri(iue
et l'Afrique ont été seules isolées, ol dam
l'un comme dans l'autre iiays, les idées reli-
gieuses sont demeurées dans le même éiat
d'inertie. Puisque de fait nul peuple ne s'est
élevédelui-mêmeà des idéesrelisieuses, mais
que, au contraire, tous les peuples abandon-
nées à eux-mêmes ont falsiiie et iaussélcs véri-
tables idées religieuses, elles ne peuvent pa^
être, sous ce rapport, l'un des nlussûrs moyens
d'évaluer la capacité intellectuelle. Mais,
( omtne elles sont la cause et non le résultai
4ie l'a.Uivité intellectuelle, leuc pertn ou leur
olisence doit nécessairement débiliter la puis-
sance de rinlelligence.
^ Deuxième objection, — « Dans les institu-
tions politiques, les nègres n ont rien ima-
giné, en .\frique, au delà du goiiverneraenl
de la famille et de l'autorité absolue; ce qui
n'annonce aucune combintiison. «
D'abord on peut en diie tout autant des
peuples isolés ou sauvages. Mais ensuite t<s
institutions politiques sont le résulta ('e^
institutions religieuses, des progrès de la
civilisation, des besoins physiques et moraui
qui appellent une protectK>a par des lois;
toutes ces causes et cMlos qui en déj>eii-
dent , enfantent les instiMil-ons politique^.
Or, chez les nègres, nous avons vu qu'il n)
avait pas d'institutions religienses possi-
bles, (partant point de progrès dans la ciWii;
sation. Tous les besoins physiques ([tant plei-
nement satisfaits par la richesse du j^ayà
qu'ils habitent, lequel fournit abondarameDl
à tous 5ans aucun travail, il n'y avait pas Iw-
soin de protéger par des lois ce que 1^»»
n*élait [las exjiosé h perdre. En outre, ron»!
nuellemcnt en butte aux hostilît(^s(les dm-
gers et à la cupidité les uns des autres, j«r
suite de TappAt et de la séduction des joui-
sauces matérielles, la retraite, risolcnicHtet
la fuitedans un pays vaste et nche, deraieiii
être la première conséquence d'un j^ni
état de cnoses et le plus grand obstailea
toute institution politique. Legouverneiiunt
do la famille est inhérent à la nature nicoi^
)hysique do l'iioûimo, pour lequel il nej^eiil
.auiais disparaître. L'autorité absolue n a |u
Mre chez eux qu'une suite de leur étal el'i
conséquence de la force matérielle. Tout M'S
chez les nègres s'est continuellemculop(?<)-^
à l'établissement des institutions | oliti<F^
qui ne peuvent donc encore servir de îwe^urc
h leur capacité intellectuelle.
Troisième objection. — « Los ncjsrcs/'î'
de grands enfants ; parmi eux, il n'y a j^^fi'
de lois, point de gouvernement li\e. Cha ^'^
vit à l'cu près à 5a manière; celui cui p»/^''
le plus intelligent ou qui est le pics n-"*
devient juge des ditférends, ol souvent iN
fait roi, mais sa royauté n'est rien; car, br''
quïl ^:ui se quelquefois opprimer ses >'Uj<'''
les faire esclaves, les vondre, les fuer, i-'
n'ont pour lui aucun attachement, il^^ »^;^|
obéissent cjuc par force, ils neformenl^u ^^'
Etat, ils ne se doivent rien entre euï. •
11 n'y a point de lois ni de gouvernen-ep'
lixe parmi les nègres, mms en avofi^ "•••'"
{S5SJ lictivHinûr: d'I.i.'.oirc nAurlU\ art. .Và/r, r-" ViRRV, c.'U. do Dcfcivillc.
\m
UNI
D*A5TnR0P0Lar.lE
U?CI
1470
les raisons. Que le plus riche et ie plus in-
telligent se fasse roi , cela est dans Tordre
(les choses humaines, et il n*y a rien d*éton«
nant. Mais que sa royauté ne soit rien , et
que ses sujets n'aient pour lui aucun atta-
(■nement, cela doit être encore chez des peu-^
pies qui n*ont rien à protéger ni h défendre,
qui ne tiennent pas au soU puisqu'ils ne le
lK)ssèdent ps; qui n'ayant par conséquent
aucun motif, ne peuvent pas s'attacher à un
homme qui les opprime, les vend et les lue.
Lespeuplesciviiiséssupporteraicnt-ilsuue
pareille tyrannie? Non sans doute; ils se t{**
voileraient. Les nè^^res prennent la fuite ou
(uent leur roi ; ils prouvent donc par là
qu'ils ont, comme les peuples civilises, l'a-
mour de rindé|:endaucc et de la litwîrté, et
1 on peut même «lire que ces sentiments sont
chez eux portés à un plus haut degré; ce
qui ne prouve pas une infériorité d intelli-
f:^'nce, mais bien la même nature intellec-
iiielle, sauf qu'elle est placée dans des cir-
fonstancos différentes. Quant à ce qu'ils
n'obéissent que par force, on peut en dire
aillant de tous leij peuples, quand ils n'ont
pflç (les motifs plus puissants el quand leurs
iniérêts les ])ortent h ne pas obéir, comme
c'est le cas des nègres, qui, n'ayant que
peu de besoin les uns des autres, ne peuvent
sf* rion devoir entre eux.
Quatrième objection. — « Par rapport à
inJnstrie sociale, ils n'y ont jamais foit
i'eii\ soûls les moindres progrès : ils n'ont
;as bAti de villes, de grands édifices comme
'ont exécuté les Egyptiens, même pour se
ous(raîre aux ardeurs du soleil ; ils ne s'en
rarantissent nullement par des tissus légers,
v^mmo fcnt les Indiens; ils se ronlentent
le cabanes et de l'ombrage des palmiers. Ils
l'ont doncî point il'arls, point d'inventions
ui cl larment les ennuis de leurs loisirs sur
n sol si riche. »
Et tout cela précisément, parce cjue leur
r)l est riche. Les arts et les inventions sont
ne suite des lîO«oins et du luxe de la civi-
sation, les r.ègrfs n'ont ni besoins ni luxe
e civilisation. Los Egyptiens, les Indiens,
fUT des peuples les plus civilisés de l'anli-
uité, no peuvent servir de mesures do
nnparaîson aux noirs, parce que leursi-
lation, lour état , etc., diffèrent du tout au
>ul. A quoi serviraient les tissus aux nè.;re.«,
li trouvent l'ombrage des palmiers tout prôt
)ur les garantir, clquin'ont besoin quede
urs cabanes? A quoi bon pour eux les villes
les grands édificesdes Egyptiens, puisqu'ils
ont lîiînstitutionspolitiques, ni institutions
li^^'ciises, ni gouvernement, et qu'ils no
fuvent en avoir, qu'il est même dans leur
térèty au moins apparent et clair ]nn\v
1, de n*en pas avoirTOn ne bâtit do villes
de grands édifices que par suite d'une ci*
[fsacion très^vancée. Que les nègres n'aient
nais fait d'eux seuls les moindres progrès
n% J*inilu$triesociaiei cela n'est pas élon-
nt, puisque aucun peuple du monde n'a
nais fait de lui seul , pas même les Chi-
is, quoiqu'on en dise, de progrès dnns
I lu^lric sociale ;ft peine h la France, l'An-
gleterre ei ii>utes les nations d'Kurojie réu-
nies et mettant en commun tous leurs ef*^
forts , ont pu arriver à conduire aucune
partie de l'industrie sociale è un point de
perdition où il n'y ait plus rien h désirer.
Toutes ces nations se sont poussées mutuel*
lement dans la voie du progrès, ol l'on vou-
drait que les nè^^res y fussent entrés et y
eussent marché d'^ux seuls ; si cela avait eu
lieu, leur intelligence eût été assurément
bien aunlessus de celle des blancs.
Cinquième objection. — « Leurs langages
très-bornés manquent d«* termes pour les
abstractions. Ils ne i*euvent rien concevoir
que des objets matériels et visibles; aussi
ne pensent-ils guère loin dans l'avenir,
comme ils oublient bientôt h passé; sans
histoire, ils n'avaient |)as même une écri-
ture de signes ou d'iiiéroglyphcs. » •
Il n'est pas bien prouvé que les hiérogly-
f)hesne soientpas venus d'Elhiopieen Egypte;
)ien des raisons, au (ontraire, porteraient à
le croire. Que leurs lam^ages manquent de
termes pour les abstrat^lions, cela n'est pas
étonnant; le plus (^rand nombre des patois
de nos proviuccs sont des langages de nè-
gres sous ce rapport. Les idées et les ter-
mes abstraits 6ont le résultat d'une civi-
lisation et d'institutions politiques et reli-
gieuses très-avancées; l'éducation seule et
l'exercice de la pensée donnent lieu aux
idées abstraites, et fournissent les termes
pour les exprimer; les gens de la campagne,
en Europe, ont peu d'idées et de termes abs-
traits, et quand ils emploient ces termes, ils
ne les comprennent pas; on ne parvient j.3-
mais guère h les instruire» même de leurs
devoirs religieux, que par des figures et ilo$
comparaisons matérielles; nous parlons d'a-
près notre expérience et celle de bien o'au-
tres; et, si les persornes qui font celle ol)-
jeclion pour prouver l'infériorité intellec-
tuelle des nègres, avaient été chargées seu-
lement d'apprendre le catéchisme aux pau-
vres enfants de nos campagnes et même à
leurs parents, nul doute qu elles en eussent
fait une espèce différente des habitants des
villes, et surtout de ceux qui ont passé leur
vie h étudier; et sans doute que nos cam)a-
gnards leur eussent paru des nègres, moins
la couleur, et quelquefois le lils, après avoir
étUilié, a pu être amené à conclure que son
l>ère est une intelli«t^enro nègre, et qu'il est,
parrouféqucnt, d'une autre espèce cpie lui-
même; c'est une sévère conclusion de la
lo.^iquo.
SiJ inné objection. — <t Des faits particuliers
d'intelligence remarquable chez des nègres,
comme tous ceux cités par les auteurs « no
prouveront que des exceptions, tant que des
nations nègres ne se civiliseront pas iVelleê
stuiett^ comme l'a fait A^ elle-même la race
blanche. Le temps et l'espace ne manquent
t>oint à l'Africain ; cependant il est resté
)rut et sauvage, lorsque les autres peuples
de la terre se sont plus ou moins élancés
dans la noble carrière de la perfection so-
ciale. Aucune cause politique ou morale ne
relient le sort du nèjre en Afri pie, comiuo
fi7f
Ufll
MGTIOSNAflIfi
UM
liT!
ceUes qui enchaînent Tosprit du Chinois. Le
climat (Je TAfrique a permis un assez grand
iJév '^oppement intellectuel aux anciens ^yp-
tiens; il faut donc conclure que la médio-
crité perpétuelle de Tesprit, chez les nègres,
résulte de leur conformation seule; car,
dans les îles de la mer du Sud, où ils se
trouvent avec la race malaie, également sau*
va^e, ils lui restent encore inférieurs sans
en être asservis. »
La race blanche ne s'est point civilisée
d'elle-même ; le prétendre serait soutenir
qu'elle a inventé Dieu et sa religion, absur-
dité démentie (wr toute la suite de Tbistoire
du genre humain. La religion est un fait di-
vin, historiquement, philosophiquement et
moralement prouvé ; elle est la cause de la
civilisation, et nul peuple, sans une religion
révélée, n'est jamais arrivé à une civilisa*
lion complète ; c'est encore un fait histori-
que. Il faut donc en conclure oue la race
Manche ne s'est point civilisée d e/Ze-m^me;
et vouloir que les nations nègres se civilisent
d'elles seules, c'est un paradoxe; les Romains
ont reçu des Grecs, les nations modernes
rmt reçu des Grecs et des Romains, et sur-
tout du christianisme; pourquoi les nègres
ne seraient-ils pas soumis h la même loi?
XK^s faits particuliers d'intelligence renuir-
quable chez des nègres placés dans des cir-
constances favorables, loin de prouver des
exceptions, prouvent, au contraire, que les
nègres sont soumis à la même loi de manifesta-
tion intellectuelle que les blancs , et que si
des nations nègres étaient placées dans ces
mêmes circonstances favorables t elles ne
tarderaient pas à s'élancer dans la noble car-
rière de la perfection sociale. Dire aue le
temps et l'espace n'ont pas manaué à l'Afri-
cain, ce sontdeux erreurs graves; le temps, ea
effet, lui a toujours manqué, puisque depuis
les Egyptiens et les Phéniciens jusqu'à no-
tre siècle, les races noires n'ont cessé d'être
pourchassées et refoulées ^ar tous les peu-
ples qui ont pu semer parmi elles la diaconle
et la cupidité, pour arriver plus lacilement
à les décimer et à les trahir les unes par les
autres. Pendant tout ce temps, l'éducation
religieuse et morale, sans laquelle il n'y a
point de civilisation, a été nulle pour ces
peuples. Le temps leur a donc manqué. L'es-
pace, il est vrai, ne ne leur a pas manqué,
et c'est justement pour cela qu ils n'ont pu
même arriver aux premiers aegrés de la ci-
vilisation. L'espace dissémine les familles,
sépare les peuplades et les empêche de se
communiquer. Un pays resserré se peuple
t>lus rapidement, et force ses habitants à se
ivrer h l'industrie et au commerce, les deux
urand mojrens, et à la fois les deux suites
de la civilisation. L'Egypte , resserrée dans
la vallée du Nil, chercha dans le commerce,
la culture et Tindustrie, les moyens de
nourrir sa population nombreuse. La Grèce,
renferii>ée dans le Péloponèsc et l'Attique ,
fut promptement peuplée et chercha dans le
commerce et Tinaustrie, et par suite dans
les arts, les éléments do sa vie et de sa ci-
.yili?ation , qui fut portée à un très-haut de^
gré de perfection ; tandis que les iirers da
Nord et de la Macédoine, qui étaient de la
même souche et des mêmes familles primi-
tives, demeurèrent assez loin derrière la
Grèce proprement dite, parce qu'ils araieM
de l'espace. Les Romains, resserrés daDsTlu-
lie, devinrent par s^ite et en partie pour les
mêmes causes, les maîtres au monde. La
France, resserrée entre l'Océan, la Méditer-
ranée, les montagnes de l'Est et la Manche,
s'est peuplée rapidement , et elle n a pas
tardé à marcher a la tête des nations euro-
péennes qui avaient bien plus d'espace
qu'elle. Dans cette France même, œ sont les
provinces, où il y a le dIus d'espace, qui sont
les moins peuplées et les moins civilisées,
tandis que les grandes villes, dont la popula-
tion est resserrée, sont aussi les pIuscÎTili-
sées. L'es|)ace est donc un obstacle à la ri-
vilisation, etl'espacen'apas manqué aas ne-
fres, puisou'au milieu des vastes déserts de
Afrique, leurs peuplades sont disséminées
sur les oasis séparées par d'immenses mers
de sables brûlants ; ils ont donc rencoalré
là un grand obstacle à la civilisation.
« Aucune cause politique ou morale no
retient l'essor du nè^re en Afrique. » Nous
avons largement prouvé tout le contraire.
Toutes les causes politiques et morales se
réunissent pour retenir l'essor du nè^e en
Afrique; point de religion civilisatrice, iioiol
d'£tat constiUié, l'isolement et l'hostilité en-
tre les peuples ; la domination de la force
Sar leurs rois, qui les oppriment , les ven-
cnt ou les tuent; point de commerce, ix)in(
d'industrie • la terre fournit à *ous leurs
besoins, cl favoriîie I apatiiie la pius niiu-
plèle.
« Il faut donc conclure que la médiocrité
per(jétuelle do l'esprit, chez les nègres, re-
suite de leur conformatioii> seule. > Cet!c
conclusion est tout aussi fausse que les pré-
misses, et doit être remplacée nar celle-ci:
// faut donc conclure que la tnédiocriU ftr*
pétuelU de Vesprit , enez les nègres , résalle
de leur histoire, de leur état politique vis-à-
vis des autres peuples, de leur situation syr
la terre , de leur climat, de leur i^oraore
de la vraie religion , et , par suite de tout
cela , de l'absence des conditions favorables
au développement de l'activité inlelieiv
tuelle.
Que les nègres soient inférieurs k la laoi
malaie dans les iles de la mer du Sud , c'e>l
une assertion sans fondement, et qui « {«^
conséquent, ne prouve rien ; mais fût-elle
fondée, il faudrait encore rechercher si le*
causes inilucnles sont les mêmes |)our€e>
doux peuples, s'ils sont depuis aussi ion.;;-
temps dans Tétat sauvage; s'ils n ont pâ>
conservé, les uns plus que les autres, desiK»-
tions religieuses et conservatrices, etc.,etc>î
et c est ce qu'on n'a pas fait. Une asserli»û
fon Jée sur un examen superficiel , dans m
question au^si grave et aussi compliquée ,
est nulle.
. De tous les faits que nous avons eiposé*
jusqu'ici, sort une grande et roraarqu«bw
conséquence , qu'il es*. l)On de tirer avônt
fllS
CNl
D'
ITM
1171*
^ (rallerplusIoindansTexainendesobjections.
L'intelligence hnnuiiiie est la maîtresse des
orgaues « nous Tavons prouvé ; elle les fa-
çonne et les développe par Texerrice , nous
lavons encore prouvé; mais si elle ne peut
s exercer, elle unit par être dominée par le
corps, qui se porte alors tout entier vers les
appétits sensuels; c*est une eonséfuencede
la double nature humaine; s*il n*y a pas
rontre*poids entre la nature spirituelle et
la nature physique, celle-ci finit par domi*
ner. Or, nous venons de voir que ^ous le
raiiport intellectuel les peuples nègres ont
été continuellement placés dans les cireons^
tances les plus défavorables et les plus débi-
litantes pour leur intell ij^ence. Les instincts
physiques ont donc dû prédominer; c*est
une loi de la nature. Nous avons là déjà la
solution des objections suivantes :
Septième objection. — «De savan's anato-
mistes allemands ont fait voir que le cer*
veau du nè^re était compirativement plus
étroit que celui du blanc , et que les nerfs
qui en sortaient étaient plus gros dans le
premier que dans \^ second. Plusieurs au-
tres observateurs ont remaraué , en outre ,
i|ue la lace du nè^re se développait d'aulant
l>his que son crâne se rapetissait; ce qui
donne une différence d*un neuvième de plus
entre la capacité de la tète d*un blanc et
celle d*un nè^re....»
De tous les or^^anes , le cerv^u est celui
qui est le plus soumis à rfnfluence de
I intelligence; c*est lui qui la sert immédia-
tement ; il ne s*exerce et ne travaille que par
elle ; or moins un or,^e travaille, moins il
se développe; c*est un lait général , admis
d'ailleurs par les auteurs que nous comtiatp-
tons. L*intelli^ence du nè^e étant donc
înactive depuis des siècles , son cerveau
n'ayant plus aucun travail, aucun exercice,
se nourrit moins, et par suite doit être néces-
sairement moins développé. Mais donner
comme un fait général quelques observations
particulières démenties par d*autres observa-
liens, ce n'est rien prouver. En effet, beau-
coup d'autres observateurs n'ont trouvé au-
cune différence entre le développement du
crâne des nègres du Séné^l, par exemple, et
le développement de celui des blanits. Nous
avons nous- même observé un assez grand
nombre de crânes de nègres qui étaient lieau-
eoup plus développés, surtout dans la partie
frontale elle vertex, que les crânes de beau-
eoopde Français que nous leuravons compa-
rés.S'il fallait mesurer la puissance de Fintel-
lîgencepar le développement du crâne, beau-
coup d'intelligences remarquables en France
seraient des nègres , tandis que beaucoup
d'hommes sans instruction et sans portée
intellectuelle devraient être des intetligen-
ees supérieures. Ce n est pas précisément le
développement du crâne et du cerveau qui
constitue la puissance d'action plus ou
moins grande d'une intelligenire ; mais elle
résulte bien plus du développement pro-
portionnel et harmonique de toutes les
parties de ce siège de l'intelligence. La
capacité plus ou moins gran Je du crâne ne
prouverait donc rien; il faudrait en «étudier
tontes les proportions et l'harmonie ; et si
Ion arrivait a trouver sous ce rapport de
l'infériorité dans le nègre, cela ne prouve-
rail encore rien pour son intelligence en
elle-même, puisque c'est elle qui développe
surtout le cerveau et gu'elle n'a pu s'exercer
depuis longtemps. L'instrument intellectuel
du nègre ne s'étant donc jamais exercé t
tandis que, au contraire, la vie organique et
physique a été continuellement en activité,
et cette acti rite même étant favorisée par le
sol et sa richesse , par le climat , par les
m€9urs,par l'état social et religieux, qui
leur maiMiuent, il n'y a rien d'étonnant que
les neris soient plus développés proportion-
nellement que le cerveau , puisque depu's
longtemps ils sont dans un exercice conti-
nuel.
Huitième objection, — ^ Ces remarques sur
les pioportions entre le c>^ne et la race du
nègre, entre la grosseur comparative de son
cerveau et de ses nerfs , nous offrent des
considérations très-importantes. En effe> ,
plus un organe se développe, plus il obtient
d'activité et de puissance; de même, à me-
sure qu'il perd de son étendue, cette puis-
sance est diminuée. On roit donc que si le
cerveau se rapetisse , et si les nerfs qui en
sortent grossissent , le nègre sera moins
porté à faire usage de sa pensée qu'à se li-
vrer à ses appétits physiques, tandis qu'il en
sera tout autrement dans le blanc. Le nègre
a les organes de l'odorat et du goût plus dé-
velop|)és que le blanc; ces sens auront donc
une plus grande influence sur son moral
Îu'ils n'en ont sur le n6tre ; le nègre sera
onc plus adonné aux plaisirs physiques :
nous, à ceux de l'esprit.»
Toutes ces considérations très-importan-
tes ne prouvent rien contre notre thèse.
« Plus un organe se développe, plus il ob-
tient d'activité et de puissance; » cela est
rrai. « De même, à mesure qu'il perd de son
étendue, cette puissance est diminuée ; » cela
est encore vrai. « Donc , si le cerveau se ra-
petisse, et si les nerfs qui en sortent gros-
sissent , le nègre sera moins porté à faire
usage de sa pensée, qu'à se livrer à ses ap-
pétits physiques. » Tout cela est vrai. Mais
pourquoi le cerveau diminue-t-il dans le
nègre 7 Nous l'avons vu , c'est par défaut
d'exercice , et ce défaut d'exercice vie:«t de
toutes les circonstances contraires dans les-
quelles son intelligence est [ilacée; cela ne
prouve donc pas infériorité d'intelligence »
mais bien défaut d'activité. Le cerveau rape-
tissé , les nerfs grossissent par contre et
nécessairement, et ce n'est qu'un nouvel
obstacle, né de tous les autres, à l'exercice
de ractivité libre de l'intelligence; mais cela
n'enlève rien à sa nature. Loin donc de
prouver contre nous, ces faits sont, au con-
traire, pour nous. L'auteur nous fournit lui-
même une admirable réponse, lorsqu'il dit:
c Nous voyons à peu près la même cbofe
ailleurs. Ces personnes si adonnées aux
plaisirs de la table, ces énormes mangeurs,
ces gourmands crapuleux qui sem|ilent no
i475
UM
INCTM>3IMtR£:
LM
1471
rÎTre que \iStr la lH>aclie, sont comme hébé-
tés; ils ne connaissent que la bonne chère,
et^digérant toujours, ils deviennent presque
incapables de réfléchir. Caton Tancieu di-
sait : A quoi peui être bon un komme qui est
(oui ventre depuis la bouche jusqu'aux par"
lies naturelles ? 11 est certain que les orga*
nés de la pensée s^alfaiblissent d*autant
plus que les or(^anos de la nutrition se forti-
Henl davantage ; aussi les hommes d'esprit
ont tous un ostouiac faibie. » Or supposons
un peuple d'hommes sensuels, que sera leur
intelligencet Ils deviendront presque incar
|)ables de rétléohîr. C'est précisément oe que
sont les nègres; la uotrition est leur princi-
pale occupation, et nous avons suffisamment
prouvé qu'il ne pourrait en être autrem^tt,
tant qu'ils demcoreraientdaBS les circons-
tances où ils sont placés.
' La pusillanimité , la foiblesse de l'ftme ,
tous les défauts qui en sont la suite , \ei
noirceurs , les trahisons ténébreuses, etc.,
ne sont qu'une conséquence rigoureuse de
ce que nous avons exposé jusqu'ici , et ne
prouvent par conséquent rien. Qu'on en-
lève le principe, et les conséquences dispa-
raîtront.
Neuvième objection. — « Pour ces hommes,
il n'y pas d'autre frein ({ue la néc/Cssité, et
d'autre loi que la force ; ainsi l'ordonnent
leur constitution et la nature de leur cli-
mat. »
Nous admettons ces faits; mais il est as-
sez singulier qu on se contredire de la sorte;
car, dans toutes les objections précédentes,
on a pris h tâche de prouver que le nègre
n'était pas ce qu'il est par le climat, mais
bien par su nature première; et voilà qu'ici
il est ce qu'il est, parce qu'ainsi rordonneni
sa. contitulion et la nature du climat: et ail-
leurs, on a prouvé avec juste raison que la
constitution était le résultat du climat. On
ne pouvait \)as mieux prouver notre thèse
(iu*en la combattant par de pareilles armes;
et pourtant on ose bien dire ensuite :
Dtjcicau objevtion. — « Les auteurs qui
veulent expliquer cette infériorité par une
prétendue déj^énéralion que l'esnôco bu-
Uiaiiie aurait subie en Afrique d un excès
de chaleur, et par des nourritures grossiè-
res, peuvent c^intoinpler iles nè^^rcs très-
robustes, très bien constitués, soit on AlVi-
que, so.'t dans les colonie^ ou pATlout ail-
leurs, sans que la dimension de leur cer-
veau et leurs facultés y gagnent davantage. »
« Les auteurs qui veulent expliquer ci^tte
infériorité par. une prétendue dégénération
que l'espèce humaiuo aurait subie en Afrique
u'un excès de chaleur et par ^ies nourritures
grossières, » ont raison, puisau ainsi Vor-
donnent la nature du climat et leur constilu--
tion^ qui est le résultat du climat.
Si l'on peut contempler dos nègres très
robustes, trcs-bieu constitués, soit.cn AlVi-
quQ, soit dans les colonies ou partout ail-
leurs, ils n(î çonl clpnc pas tous d'une or;;a-
Jiibation inférieure aux blancs, comme on
le prétend; il y -a donc chez eux, coroiue
chez les blancs, des nuances de force et de
faiblesse. Mais que malgré cette eonstitu-
tien très-robuste la dimension de leur cer-
veau et leurs focultés n*v gagnent pas d«TUh
tage, cela est encore nécessaire, puisque h
force organique, d'après notre auteur lui*
même, diminue le cerveau et les facultés
intellectuelles. En outre, en Afrique,les nè-
gres demeurent toujours dans les mêmes
circonstances, et le développement physique
ne peut amener la manifestation de l'intel-
ligence, puisqu'il y est un obstacle et que
tout concourt à endormir lactivité intellec-
tuelle qui ne i)eut agir que sous Finfluenee
ûes causes qui ne se trouvent pas dans la
condition du nè^re en Afrique. Uans les crv
lonies on a toujours fait ce que l'on a pu
pour éteindre et opprimer rintelligence du
nègre; et , malgré cela, il y a eu des âmes
assez fortes pour triompher de l'oppression
et surpasser leurs l)arbares maîtres.
Onzième objection, — « Tout annonce donc
que les nègres fbrroent non^seulement une
race, mais fans doute une es|.èce distincte
de tout temps, comme*la nature en a créé
parmi les autres classes d'êtres vivants. Ûo
a élevé avec soin des nègres, on leur a
donné la n^me éducation dans des écoles et
des collèges qu'aux blancs , et ils n'ont pas
pu cependant pénétrer dans les connaissan-
ces humaines au même degré que ceux-ci. ■
Tout cela* est faux, complètement foui.
D'abord rien n'annonce, noua l'avons prûu>
vé, que les nègres forment une espèce (lié*
tincte de tout temps; tout annonce le loa-
traire. « On a élevé avec soin des nègresielc,
etilsn ont pas pu pénétrer au inèmedegrétlan»
les connaissances humaines que les blancs. •
G est faux. D'abord tous les blancs ne pénè-
trent pas aussi avant dans. les connaissances
humaines les uns que les autres ; il doit (fi
être de même pour les noirs, et Texpérience
prouve qu'il y en a eu beaucoup paruii oui
qui ont dé|>assé les blancs eux- mêmes, mal-
gré leur origine d*unc société peu avanecc.
Les faits qu'il nous reste è citer, outre quii;:
répondront à cette dernière objection, :>i"
it>nt une preuve directe et positive que Pio-
telligenee des nègres est absolument la
même que celle des blancs, et que, par con-
séquent, ils sont de la n^énie espèce.
8" A peine les nègres sont-ils en contact
ovec les blancs, qu on voit changer leur»
allures. <t Pour peu qu'on cxamiae le nh^
créole, on reconnaît chee lui le ty{)e Afri-
cain oui s'efface , et le type de 1 bomoK
civilise qui se forme, et que ses traits tt
sont relevés, les lignes du visage sont plus
nettement dessinées, la physionomie a p)u>
d'expression, le regard plus Ue tinessef8^r' '
Plus on i)énètrc dans l'intérieur de i îViD*
que, plus la civilisation y est dévelopiec
Cela se conçoit: les nègres agricoles de Tiu-
térieur, étant moins en contact avec les Bi^^
chaniis Européens, ont conservé. toute Iti^r
honnêteté, leur douceur; c^ont {ilas iai'^'
(Srri; .\. Lv(;iumiikRK, Uéficjicits mr TaffréUîcLL cîn€:ii (!^$ cscUva; 1858, p. t7 clâtl.
im
CM
irANTHROPOLOClE.
UNI
U7t
neax , et n*ont point les Tices «les nègres des
côtes qui ont appris des hlancs à être rusés,
et k s*adonner k la déhanche. Aujourd'hui ,
ftartout où des rapfiorls d'amitié se sont
établis entre les Européens et les nè^^res ,
les usages euro{)éens ont été aJo4)lés. Vers
fci CdliMJ'Or, on trouve lie fort bons ou-
vriers, des maçons « ûcs charpentiers, iies
maréchaux habiles. — Sierra-Luone voit ses
écoles fréquentées par une nombreuse jeu-
nesse noire. La c*olonie de Libéria ne laisse
non plus aucun doute sur la capacité inteU
leetuelle des nègres.
Mais la répubUçiue d*IIaïti ne permet plus
de discuter la puissance d'intelligence et de
civilisation des noirs. « Les faits pMOsitifs
que la statistique d*Haïti fournissait, eh
1837, à la Même Britannique^ montre à quel
|K>int Talfranchissement d'une population
de noirs influe sur son accroissement, son
liien-étre, son industrie et ses mœurs, alors
même qu'elle aurait conquis, comme à Saini-
]>omin.;ue, la liberté par la violence et Tau-
rait longtemps disputée aui armes de Té-
Cranter et aux discordes intestines. D'ail-
leurs la situation actuelle de cette lie est, au
plus haut dCj^ré, digne de fixer latientifin
publique. Une vaste contrée, occu)iée par
des hommes qui , |}assant tout k coup de la
condition d'esclaves k celle de citoyens, fon-
dent leur existence politique et letîr liberté ;
qui, sortant de l'état de nature (dégradée),
atteignent en peu de temps un assez haut
degré de civilisation, et se créent une con»-
tîtution et un gouvernement; une telle con-
trée présente un spectacle k la fois nouveau
dans Thistoire de l'espèce humaine, et pi-
quant |)ar les disparates qu*il parait réunir
el concilier....
« La calomnie contre les noirs s'est k peu
près épuisée... La moindre justice qn^on
finisse leur rendre, est de convenir que
trompant l'aîtente générale, et dissip- nt les
craintes que nous avions conçues, ils se
sont montrés les voisins les plus paisibles ,
tandis qu'il ne tenait qu'k eux d'être les voi-
sins les plusinquiétants et lesplusdauc^ereux.
• En 1769, le nombre des Espagnols de
Ssint-Domingue était de 110,000 liahitaiils
lilires, et de 130,000 esclaves. En 17:26, la
population française s'élevait k 100,000 nè-
gres et 30,000 Jlancs. En 1789, M. Morean
<le Satnt-.¥éry jiorta le nombre ùes esclaves
k ^5^,000; M. Hryant Edfiart k &80,000; et
M. Prieur, dans son raj»port fait k l'Assern-
l»lée nationale, restiine k 509,000 noirs et
^0,000 t»:ancs. Qiu^ si Ton ajoute maintenant
«•«; nomlire, peut-éîro exagéré, k celui des
habitants de la |iorti<in es|»agnole, on verra
qu'au commencement de la révolution !a
jiopuiation n'alla t pas au delà de €05,000
âoies. De|Hiis celle (.*\ oque , ju*qu'en 1807,
qae Tarmée française tut définitivement et-
I»u!$ée de l'île, le pays a été dévaslé par une
suite non interroraitue de guerres sanglantes;
ce qui n'a pas arrêté raccroissement proili-
Ifieux de la population. D'après le rec^nse-
ruent fait en 182^, elle s'élevait k 933,335
in iividus.
« La force militaire de ce pays est propor-
tionnée k la masse de ses habitants; 45,520
soldats composent l'armée active, et la irarde
nationale est forte de 113,3^; ce qui forme
un total de 158,8^8 hommes exercés au
maniement des armes. Ces estimations sont
officielles; elles ont été faites en vertu d'un
orJre du président Boyer, du 6 janvier i92k.
« Une résolution prise par cette même
autorité, au mois de mai 1824, aura pour
effet d'accroître encore davantage la popu-
lation : elle |)orte qu'il sera reçu des Etats-
Unis d'Amérique 6,G00 noirs libres et hom-
mes de couleur; qu'ils seront l'artiellement
indemnisés par l'Etat de leurs frais de voyage,
et qu'il leur sera concédé des terres et fourni
des instruments aratoires pour coicmcnccr
leurs travaux de défrichement. Ainsi, dans
le cours de trente-cinq ans, el malgré l'état
de guerre qui s'est prolongé dans Flfe
d'Haïti, la population aura augmenté de
665,000 k 935,000 éme^.
« Que l'on compare cet accroîsseirenf ex-
traordinaire k la marche (!e la population (!c
nos colonies des Antilles, et l'on verra que
l'état de liberté offre k cet é^ard des résul-
tais bien différents de ceux que fournit
l'élat d'esrlavai;e... Bans toutes nos colonies
des Antillcf , k l'excention de la Barbade et
des Iles Bahamanes, la population a 5ubi un
décroissement continu , qui, dans le cours
des trois années antérieures k IfêO, a été de
6,000 âmes par an.
« Du rapide accroissement qu'a éprouvé la
populaiioii d'Haïti, on est fondé k conclure
que ses produits suffisent aux besoins te
se€ habitants. Quant aux productions {«irti-
culîèrcs qui faisaient la richesse de l'an-
cienue colonie, telles que le sucre, le coîci:,
le café, il résulte des rapports officiels M:r
l'état du commerce généiat de nie, qu'il a
été exporté, dans 1 année 1822, (352,541 li-
vres de sucre, 891,950 livres (*e colon,
35,118,834 livres de calé, el une quantité
considérable de cacao, de bois de tein*
ture, etc., etc. En comprenant i\nns la
somme des pro<luits, le su-re, le café et le
coton qui ont été consommés dans Tinté-
rieur, la valeur des matières exportées, en
1822, est de 9,000,000 de dollars, ou plus de
60,000,000 de francs; celle des matières i. i-
norlées approche de 75,000,000 de franr*^ ; et
le commerce dHmporiation et d'exportr-
tion a occupé un tonnage de 200,000, réparti
sur 1,835 bâtiments.
'^ A ces faits concluants nous ajoutercn*;,
pour l'édification de ceux qui méprisent
tout commerce qui ne rapporte rien au fisc,
que les droits d'entrée et de sortie des pro-
duits d'Haïti, ont excédé 16,950,000 francs,
revenu que ne déJaignerait nas la drnas'Tc
la plus ancienne el la plus légitime i!e TEu-
roj.e.
« A la suite de l'aperçu rapide que nous
venons d'offrir sur la population, la for.:e
militaire, le commerce elles finani esd'Haïli,
en un mot, sur la statistique de cette réjm-
blique, passons k des observations plus
éten.iues '^nr la situation mora!e. Un exti ait
UTi)^
UNI
Dir.TioNN.\ifte
«M
m
d*UBe lettre du général In^ao, secrétaire
d*£tat du président Royer, présente sur cette
matière des 6claircisi»eiuents précieux ; il dé-
mon tre avec quel soin on s*occupe à Haïti
de l'objet le plus important qui puisse fixer
l*attention des gouvernements^ de celui au-
quel se raltackent essentiellement toutes les
améliorations sociales; nous voulons parler
de rinstruclion publique. Il fait connattre
en même tem[»Sf les progrès de Tagriculture
et du commerce, et rexeellent esprit qui
])ro(ége cette lie contre toute iavasion étran-
gère, »
Dautres documents authentiques nous
apprennent qu'au Port-au-Prince il n'y a
pas moins de quatorze écoles libres, où des
élèves de Tun et de Tautre sexe, au nombre
de 813, apprennent à lire, à écrire, à calcu-
ler, et puisent même des connaissances d'un
ordre supérieur; et qu'au Cap, il y a six
écoles particulières, sans compter les écoles
publiaues, où l'on reçoit, outre l'instruc-
tion élémentaire, des leçons d'algèbre^ ^e
géométrie, d'histoire et de géographie.
En ce qui concerne les mœurs, nous ne
saurions uoniîer une meilleure idée de l'im-
portance qu'on y attache, qu'en rapportant
quelques i^assages d'une lettre de Christo-
phe, publiée dans un numéro du Propaga-
/ei«r, qui s'imprime à Haïti.
« Je m'occupe, dit cet homme extraordi-
naire, de répandre, autant que possible,
narmi mes concitoyens, des principes de re-
ligion et de venu. Uaîs considérez, mon
ami, con)bien il faut de temps et de travaux
pour faire germer des idées de morale dans
tontes lesclassesd'un peuple qui ne fait que
sortir des ténèbres de l'ignorance, qui vient
à peine de briser ses fers, et qui a été, pen<-
dant vingt-cinq ans, en proie aux vicissi-
tudes du sort, aux désastres et aux révolu*
lions.»
« Ces renseignements, émanés de mem*
bres du gouvernement, parattraient-ils sus-
pects ? Des extraits d'un rapport fait à la Con-
vention américaine par un comité pris da»s
son sein, qui a eu pour mission d'examiner
la condition morale et politiqoe des peuples
d'Haïti, d'après les renseignements fournis
par diverses personnes qui ont habité Haïti,
et d'après les pièces officielles qui s'y impri-
ment, il résulte que ces peuples (paraissent
avoir fait, sous le rapport de la civiîisatioa
et des lumières, des progrès presque sans
exemple dans l'histoire des nations.
« Les écoles publiques, établies dans Tilc,
sont, relativement aux besoins de la popu-
lation, plus nombreuses que les institutions
de ce genre connues dans les différents pays
de r£urope, et leurs élèves se distinguent
par leurs progrès.
« Le gouvernement est fort et parait so-
lidement établi L'abondance qui règne
dans l'Ile semble indiquer que le pouvoir
y est exercé avec douceur, et que le peuple
n^'y est soumis ni à des impôts vexatoires, ni
aux abus du monopole.
(S5d ") Revue brilannique, U l''; I857«
« I^s pièaes offideUes et k» feuilles pu-
bliques qui ont paru à Haïti se distinguent'
^énéraiement par un style si pur, ju on
jugement si profond, et par des sentiments si
élevés, qu'on a pensé communément qua
ces é. ries étaient l'ouvrage d'étrangers, et
non de ceux qui les avaient signés. On ^e
refusait à oroire que des hommes de race
noire pussent atteindre au degré de perfec-
tionnement intellectuel que ces documeots
supposent. Quelques doutes ayant été ei|)ri-
mes sur ce point dans un article de la Go-
%etle nationale de cette ville (Pkiladdpkit]^
le rédacteur d'un des meilleurs ^araaux Je
Boston a ai^sté, d'après le témoignage d une
personne 4igne de foi qui a f^it un long
séjour à Haïti, que les écriu en question
sont réellemeot des aMteur$ dont ils {loiieal
les noms (85â*.). »
En présence d une révolutions! reœanjw-
ble, osci*a*t-on bien encore soutenir l'udé-
riorité intellectuelle des nègres? quel e&t
le peuple d'Europe qui ait montré, en si peu
de temps, tant de puissance et d'énergie intel-
lectuelle? £t si maintenant nous parcourons
la liste des hommes célèbres produits dans
ces derniers temns par la race noire, il n'y
aura plus rien a ajouter pour décuontrer
que l'intclligeuce humaine est-la même chez
toutes les races.
Le nègre Amo prit son grade de docleuri
la Faculté de Vitiemberg, dont il devint le
doyen ; la direction du génie fut coaGée, en
Russie, au nègre Uiannil)al. Toussaint Lou-
verture, le premier des noirs, en qni Boas-
|)arte retiouta un rival ; qui, du rang d'es-
clave, s'éleva au pouvoir suprême, et jeu
les racines profeiides de la liberté de ses
frères, était-il un homme si indifférent? li
trahison seule le livra à la Franee où il îiitt
nuujirir. Christophe et Deasalines, ses lieu-
k*nafllSt ainsi que beaucoup d'autres qù
vus naître la révolution do Saiot-Domingue.
ont montré autant de courage et d'énarc^ie
que l«s plus grands capitaines des temps an-
ciens et des tem|>s modernes. Le grand h-
thion, mulâtre né à Saîat-Domingue, dont
on ne retrouve le type que dans l'antiquitéi
et dont on a dit qu'il fut peut-être pins qw
régal de Washington scws le rapjmt de h
capacité, se montra aussi sage aulgistrat qoe
grand capitaine. Julien Reyinond^ Lisiet
lieoiTroy, le premier, fiaeoàbre correspon-
dant de l'Académie des sciences 0M>riles H
politiques; le second, de rAeadéaiie dc«
sciences pbysii^es; ti« Letbierre, de rio5*
titui, qui fut directeur de TAcadémie fm*
Sise de peinture à RoiDe, et dont on Toit
s cbels-d'eMivre au Leuvre, prouvent qoe
les noirs ne sont pas moiRs suseeptibles é»
se distinguer dans les seieaees et les «^
que dans la politique et la Kuewe. Alésai-
dre iDavy Uumas, tils naturel d'une nègres^
et du marquis de la PaiUeterie, fut un dei
plus grands généraux des guerres d'Italie ft
de la Révolution; ses mémoires prourtst
qu'il savait manier la pluaie en métoe tetaf*
14 I
*JiM
D^ANTHROPOLOGie.
UNI
IlSi
que Fé^. Général eo chef de l'année des
ÂtpeSy il fat appelé par le premier oonsul
ruoFatiQS Codés du Tyrol. Alexandre Da-
mas, son fils, est assez conna par ses
drames.
DiTers aatears ont recueilli les exemples
des nègres qa*an talent naturel arail créés
poêles, philosophes, musiciens, artistes plus
ou moins distingués. BlQmenbach assure
avoir lu des poésies latines et anglaises dues
à des nègres, et que des littérateurs euro-
péens eussent été jaloux d*avoir produi-
tes (836). Brissot a vu dans T Amérique sep-
tentrionale des nègres libres, exerçant avec
succ^ des professions qui réclament beau-
eoud d^intolligence et de savoir, telle que la
médecine; un noir faisait sur-le-champ, de
force de tète seule, des calculs prodigieux.
L'évèque Grégoire a composé un Trailé sur
la iUiértUure des nègres^ et parmi les preuves
multipliées qu'il offre de leurs travaux dans
toutes Je5 carrières du savoir, il cite aussi
plusieurs négresses; on remarque entre
autres Philis Veathley, qui, transportée,
dès Fâge de sept ans, de TAfrique en Amé*
rique, puis en Angleterre, j apprit bientôt
les langues anglaise et latine. A Tâge de
dix-neiu ans, elle publia un recueil de poé-
sies anglaises estimées. Le docteur Beattie ne
trouve le nègre inférieur en rien aux blancs,
non plus que Clarkson. LeSuédois Wadstrom,
qui les observa sur les côtes d'Afrique, les
reconnut sosreptibles de diriger des manu-
factures d*ioJigo, de sel, de savon, de fer, etc.
Leurs vertus sociales, ajoute le docteur
Trotter, sont au moins égales aux nôtres;
on les voit constamment hospitaliers et sen*
sibles pour ces mêmes blancs qui les tyran-
nisent (857). Tous ces faits, qui nous sont
fournis par Tauteur des objections que nous
avons réfutées, ne sont pas suspects. Ils
prouvent, nous semble-t-il, plus que des
exceptions ; autrement, il faut dire aussi que
les intelligences remarquables qui sortent,
p^r l'éducation, de nos campagnes, ou qui
s'élèvent au-dessus des autres dans 1a so-
ciété, par une éducation plus forte, sont des
exceptions; et alors il n'j a plus de terme
aa s/stème des exceptions.
Le Sénégal, la patrie des Trais nègres,
n^est pas moins remarquable dans sa marche
ascendante que la république d'Haïti : les
choses s'y passent avec moins de yiolence,
mais non moins sûrement. Il y a maintenant
lies écoles florissantes, un commerce actif;
el bienl^ il y aura un clergé noir, aussi re-
marquable par sa science que par ses yer-
tus. Trois jeunes gens noirs du Sénégal sont
Tenus en France faire leur éducation, ils
r>nt passé cinq ans au séminaire du Saint-
Ksprit à Paris; ils y ont étudié la théologie,
el y ont reçu les saints ordres; ils sont par-
tis eo novembre 1H^2 pour retourner dans
leur patrie. J ai eu le Lonheur de les con-
naître particuIièremenL, et je m*honore de
leur amitié; leur modestie et leurs vertus
(H56) kagaz. fmr phy$ik und uat. kiit. ; G tha,
t. IV, Baod. iH. p. 5 et 8.
IncTiONH. D*AsnrHA0P0L06ir.
égalent lear science ; il y a pea de prêtres
en Europe plus instruits qu*eax. Ils savent
parfaitement bien le latin, le grec, le fran -
çais, Tarabe; ils connaissent llustoire, la
géographie parfaitement. Ils ont étudié avec
soin les sciences naturelles; ils possèdent
les arts de la musiaue et du dessin, et Tua
d*eux peint admirahlemenk La théologie et
l'Ecriture sainte^ont été, naturellement poui
eux, Tobiet d*études profondes. Leur des*
sein génmux est de fonder un collège dans
leur patrie. Daigne le Père commun de tons
les hommes les bénir et faire fhictifier leur»
travaux; et dans quelques années ils prou-
veront aux détracteurs de leur race com-
bien leur âme est belle et leur intelligence
élevée !
^ d* Nous nous arrêtons là, dans la liste des
citations d'intelligences remarquables chez
les noirs, que nous pourrions multiplier.
Nous en avons dit assez pour prouver que
l'intelligence humaine est la même cnez
tous les hommes, de quelque couleur qu'ils
soient ; et que, par conséquent , il n^y a
qu'une seule espèce humaine, puisque c'est
surtout l'intelligence qui fait l'homme.
Enfin, la moralité de l'espèce humaine
prouve tout aussi puissamment l'unité d'es-
pèce. La moralité humaine a sa base dans
ractivité libre de l'intelligence et dans la
loi qu'elle peut observer ou enfreindre. La
loi a son principe unique en Dieu , dans sa
puissance et sa souveraine autorité. Nul être
créé n'a le droit par lui-même d'imposer
des lois à un autre être. En outre, la loi mo-
rale étant, comme nous l'avons ru, néces-
saire à la conservation et à la perpétuité de
la création , il est évident que Dieu seul
pouvait en être l'auteur. Il suit de là que
cette loi est une comme Dieu, une comme la
création ; elle peut rarier dans l'étendue de
son accomplissement par suite de la liberté
humaine, mais elle est toujours fondamen-
talement la même ; et toutes les lois humai*
nés découlent d'elle et lui empruntent leur
principe et leur force. La loi morale ne
régit et ne peut régir que Tespèce humaine ;
les animaux ne sont pas des êtres moraux ;
ils ne sont pas responsables de leurs
actes. L'homme seul , étant maître de ses
actes, peut aussi en répondre. La loi
morale étant une, et n'étant que pour
l'homme, il s'agit de savoir si toutes les ra-
ces humaines sont soumises à la loi morale ;
personne n'oserait le nier. Les faits d'ail-
leurs sont là pour donner le démenti à une
E treille prétention. Le droit des gens est un
it et un principe de la loi morale ; or, il
existe entre toutes les nations, sans distinc-
tion de couleur ou de forme. Le juste et
l'injuste, la vertu et le vice, la Tenté et le
mensonge, sont admis et reconnus fonda-
mentalement les mêmes chez tous les peu-
ples, même les plus abrutis et les plus sau-
vages; seulement l'ignorance peut égarer
dans l'application. La religion, qui est la
(857) Dictimm. iTListoire nztureile, art Nègre^ par
Tirey.
kl
I«5
VAR
MCTIONNAIRE
VAR
m
grande loi morale^ existe chez tous les peu-
ples malgré les erreurs par lesquelles ils la
défigurent. Mais il est prouvé aujourd'hui,
par des faits suffisants , accomplis sur toute
la face de la terre, qu'il n'est pas un peuple
qui ne soit susceptible de connaître, aaimer
et de pratiquer la seule religion véritable,
une fois qirelle lui a été annoncée ; les obs-
tacles mêmes qui s'opposent à sa propaga-
tion chez les peuples divers prouvent la
liberté morale ae ces peuples. Puisqu'il n'y
a donc qu'une loi morale , et que toutes les
races humaines sont soumises à cette loi
morale , qu'elles l'accomplissent autant
qu'elles la connaissent, il s ensuit qu'il n'y
a réellement qu'une seule espèce humaine.
Dira-t-on qu'il y a des degrés dans la mora-
lité fondamentale des peuples; alors il^ faut
dire aussi qu'il y a des dezrés dans l'acti-
rité intellectuelle et danslaïiberté humaine;
et si la race nègre a moins de moralité,
moins de liberté que la blanche, elle ne
peut plus être soumise à la loi morale qui
est une et qu'elle ne peut plus accomplir
dans son intégrité ; la race noire se trouve ,
sous ce rapport entre l'homme et le singe,
et dès lors il faut reconnaître, dans le singe
et dans tous les animaux, un degré plus ou
moins grand d'activité intellectuelle et de
liberté morale ; mais quelles lois morales
imposerez-vous aux singes, aux tigres , aux
lions, et en descendant plus bas dans l'é-
chelle des animaux , aux vers de terre, à
l'hydre verte et enfin à l'éponge. Faites donc
des traités de paix avec les animaux féroces
qui vous dévorent; faites des alliances avec
les insectes qui dévorent vos cultures et to»
moissons.
Non, il n'est plus permis de soulever la
Îuestion de pluralité d'espèce humaine,
l'émancipation des races noires est désor-
mais un fait accompli. En prenant rang
parmi les nations politiques , en faisant re-
connaître leurs droits , en marchant les
égales des nations dont elles ont secoué le
joug, en les forçant à traiter avec elles de la
paix et de la guerre, du commerce et de
toutes les relations politiques et civiles, les
races noires ont prouvé leur véritable na-
ture. Et l'unité de l'espèce humaine est dé-
sormais une question moralement et politi-
quement résolue par des faits accomplis, el
par la conduite de toutes les nations cirili-
sées, dont les actes sont la dernière, la plus
solennelle et la plus puissante réponse qui
ait été jamais faite aux esprits systémati-
ques, qui peuvent encore se bercer d'illu-
sions el de rêves, mais qui ne peuvent, sans
folie, donner le démenti à la grande vérité
politique et morale qui s'est enfin mani-
festée de nos jours par les actes solennels de
toutes les nations civilisées.
Nous avons prouvé que toutes les races
humaines étaient de la même espèce physi-
3ue et corporelle ; nous avons vu la vanité
es objections opposées à cette thèse, et
enfin 1 intelligence et la moralité humain^
le caractère naturel le plus élevé de l'homme,
nous ont prouvé plus puissamment encore
l'unité d'espèce. Concluons donc que tons
les hommes sont nés d'un seul couple,
comme le dit Moïse.
V
VALROGER (L'abbé de). Fo j/. Langage.
VARIATION DANS LES ESPECES ANI-
MALES. — Si nous pouvions nous procurer
des renseignements exacts et complets sur
tous les phénomènes qui se rattachent aux
variations des races dans les différents êtres
organisés, connaître l'étendne de ces varia-
tions, leur nature précise, et les circons-
tances qui les font naître, nous n'éprouve-
rions que peu ou point de difficulté pour
arriver à une détermination relativement à
la question qui nous occupe^ savoir : si les
diversités qui existent entre les différentes
races d'hommes constituent des caractères
spécifiques, ou seulement des exemples de
déviation similaire. Nous ne pouvons espérer
d'obtenir dès à présent, relativement au
premier de ces desiderata^ toutes les données
qu'on aura par la suite; mais nous devons
nous efforcer d'en réunir autant que possi-
ble, et ce que nous en avons déjà à notre
disposition est suffisant pour nous conduire
à reconnaître comme un fait général que,
dans les raees d'animaux domestiques et
parmi les plantes cultivées, les phénomènes
de variation se sont manifestés de la manière
la plus remarquable.
Si nous pouvions comparer nos faceâ
d'animaux domestiques avec es souches
sauvages dont elles ont tiré leur orl-
fine, il n'y aurait que peu de difficulté
fixer l'étendue des limites des variations
qui peuvent se produire dans le cours àe^
temps; mais, malheureusement, il esldiffi-
cile de faire naître l'occasion d'établir celte
comparaison , et, dans certains cas, cela est
tout à fait impossible.
Il est rare qu'on puisse reconnaître, parmi
les animaux sauvages répandus à la surfat^
du globe, les souches primitives de nos api-
maux domestiques dans leur état primitif:
pour plusieurs , nous ignorons absolumeni
ce quelles sont devenues, h moins de sup-
poser qu'elles aient été entièrement subju-
guées par l'homme. On trouve, il est rraî.
des bœufs, des moutons, des chèvres et «1^^
chevaux sauvages ; mais, dans la plupart <Je>
cas, on ne peut voir là que des mnmi
qui, après avoir vécu dans un état plus ^
moins complet de domesticité, ont recouir;
leur indépendance, et sont revenus ius'iuJ
un certain point h leur état naturel. >*""'
ignorons le plus souvent l'époque à laqu**' '
a eu lieu ce retour à la vie sauvage, et ^^
circonstances dans lesquelles il s est pro-
duit; et nous ne savons pas mieux, p-^'
14»
TAR
^ANTOROPOLOGie:
VAR
UM
rordinaire, qnelle est parmi (ootes les races
domestiques qae nous rapportons à une
même espèce^ celle de laquelle descendent
les indindus que nous obsenrons. 11 ▼ a
cependant de nombreuses et importantes
obsenrations à faire sur les direrses races
d*animaux qui ont été transportées d'Europe
en Amérique, depuis la découTerte du nou-
reau continent, c est-à-dire depuis la fin du
XT* siècle. Plusieurs de ces races ont extrê-
mement multiplié sur un soi et sous un cli-
mat qui leur étaient également farorables.
Quelques-unes se sont répandues dans les
Tastes forêts de TAmérique, y sont devenues
sauvages, et ont perdu les marques les plus
apparentes de ta serrilude. On a remarqué
que ces races marronnes diffèrent physique-
ment des races domestiques dont on sait
3u*elles sont descendues, et il y a tout lien
e considérer ce changement comme lui
retour partiel aux caractères primitifs de la
souche sauvage (858). Une comparaison en-
tre les animaux qui ont aussi recouvré leur
indépendance et ceux qui vivent parmi
nous à rétat de domesticité, peut, dans tous
les cas, donner lieu à de curieuses et inté-
ressantes remarques.
Les animaux qui ont été transptjrtés en
Amérique, par les Espagnols, sont : le porc,
le cheval, Vâne, le mouton, la chèvre, la
vache, le chien, le chat, et quelques oiseaux
de basse-cour. Les changements que cha-
cune de ces espèces a subis , par suite de
son retour à I état sauvage, ont été Tobjet
de quelques observations, que nous allons
présenter ici.
Les porcs, ainsi que nous l'apprenons ac
H. Ronlin, furent introduits à Saint-Domin-
gue, dès répoque de la découverte de cette
Ile par Christophe Colomb, au mois de no-
Tembre 14%, et ils le furent successive-
ment en tous les lieux où les Espagnols
formèrent des étatilissements.
Les premiers qui parurent sur le plateau
de Bogota y étaient venus par un chemin
très-indirect : ils n*avaient pas remonté la
Magdeleine à la suite de Quesada, mais ils
Tenaient du Pérou, amenés par les soldats
de Benalcazar, un des lieutenants de Pizarrc.
Ces soldats, oui marchaient depuis tonte
une année à ta recherche du fabuleux El-
Daradoj avaient pris avec eux des porcs
mâïes et femelles, pour faire race dans leur
future colonie. Ces animaux se multiplièrent
^i rapidement, que, dans Tespace d*un demi-
5»iècle, ils s'étendirent depuis le 25* de iat.
I^.» jusqu'au M)" de Iat. S. A Saint-Domingue,
les porcs se répandirent oar si «randes trou-
($158) On trouve linéiques détails sur ces espèces
risluralisées en Amérique aussi bien que sur k» esr-
f^^es indigènes , dans un livre d^à connu depuis
longtemps, les Recherches sur le Paragwnf^ de don
YtiA\ D*AzAEA. Mais c*est un ouvrage récent de
M. Ronlin {Mémoires présentés par dtters satants à
tAcûdémU des seiemees de Clnstitui de France ;
Fans, i835, L VI, i»4*, p. 3il), qui nous a fc i ni
les remeigncaients les plus eiacts et les pins riv
ci*'ttx.
M. Ronlin a passé six ans en ColoiuLiîC; cl il a
pes dans le pays, qu*à Tépoque de Tintro-
duction de la canne à sucre il fut néces-
saire d en détruire un grand nombre.
Nous savons par Oviedo, que moins de
trente ans après la découTerte de TAméri-
que, il existait des cochons marrons à Cuba,
à Porto-Rico, à la Jamaïque, etc. Cet auteur
ne croyait pas qu il pût s'en trourer sur le
continent, a cause des bètes féroces qui de-
vaient, suivant lui, les détruire dès qu*ils
ne seraient plus sous la protection de
lliomme ; mais M. Ronlin a vu des cochons
marrons dans les plaines ou llanot qui
s'étendent à Test de la Cordillère des Andes,
notamment sur la rive gauche do Meta, pays
où les couguarset les jaguars sont cependant
très-nombreux. Ces animaux, errant en toute
liberté dans les vastes forêts du nouveau
monde, ne se nourrissant que de fruits sau-
vages, étant revenus, en un mot, au genre
de vie de leurs premiers ancêtres, en ont
aussi repris en partie les caractères iiliysi-
aues. Leur aspect, en effet, rappelle, a bien
es égards, celui du sanglier de nos forêts;
leurs oreilles sont redressées, leur tête s est
élargie, relevée à la partie supérieure;
enfin, leur couleur n offre plus ces variétés
aoe Ton trouve dans les races domestiques ;
s sont presque uniformément noirs.
Les porcs peu nombreux que Ion trouve à
l'état de domesticité chez les habitants des
Paramos^ c'est-à-dire des régions monla-
cneuscs situées k plus de 2,500 mètres d'é-
lévalion, ont beaucoup de l'aspect de nos
sangliers de France. Leur poil est épais,
souvent un peu crépu, et présente en des-
sous, chez quelques individus, une espèce
de laine. Par suite du froid et du début de
nourriture suOisante, ces j^orcs sont petits
et raliougris.
Dans queloues parties chaudes de TAmé-
rique, le cochon n*est pas noir comme celui
qui vient d'être décrit, mais roux, comme le
|)écari dans son jeune Age. A Melgar et dans
d autres lieux, il s en trouve qui ne sont pas
entièrement noirs, et qu'on nomme sanglés
{cinchados}^ parce qu'ils ont sous le ventre
une large bande blanche qui va communé-
ment se réunir sur le dos, tantôt en se ré-
trécissant, et tantôt en conservant la même
largeur.
La réapparition des caractères du ^anzlier
sauvage dans une race provenant de cocnons
domestiques fera cesser tous les doutes, s'il
pouvait encore en subsister sur Tidentité
d*origine ; et nous pouvons en toute sûreté
nous livrer à une comparaison de détail
des caractères physiques do ces deux races,
consacré une partie de ce temps à recueillir li*s
rirnsci^nements qn*il nous comnmnlqne dans si*ii
mémoire. Ses obsenrations, comme il le dédarr, ne
sont rebtîves qn*à la Nouvelle-Grenade et an VéiM^
zuéla; mais ces pays, étant traversés par U Coniîl-
lère des Andes, offrent^ dans un conlenu assez res-
treint, une grande variété de climats.
Quant att\ rens^ignemetifs sur les tribus sauvagrs
du Paragiiav, nons les devons to«is k FonTrate dr
M. dAzara.
1487 VAR DICTIONNAIRE
on les considérant comme les variélés d'une
même espèce. Le retour à une couleur noire
uniforme et l'apparition de poils épais et en
partie laineux, au lieu de soies rares et
clairsemées, voilà des faits qui doivent être
notés dans les observations de M. Roulin.
La différence qui existe, sous le rapport
de la forme, entre la tête du cochon marron
et celle du cochon domestique est aussi
très-remarquable. Il y a longtemps que Blû-
raenbach a fait une remarque semblable, en
comparant le crâne du porc de nos basses-
cours et celui du sanglier des forôts euro-
péennes. Il a vu que cette différence est
tout à fait comparable à celle qui s'observe
entre le crâne du nègre et le crâne de l'eu-
ropéen. « Les personnes, dit-il, qui n'au-
raient pas occasion de vérifier ce fait, pour-
ront du moins consulter Jes figures que
Daubenton a données des crânes de ces deux
animaux. Je laisserai de côté, ajoule-l-il,
les variétés de race peu prononcées que l'on
doit trouver chez les porcs comme chez les
hommes, et je ne parlerai que d'un fait qui
m'a été garanti par M. Solder ; c'est que la
singularité observée dans l'espèce humaine
chez les Indous, d'avoir l'os de la jambe
remarquablement long, a élé observée pa-
reiUement chez les porcs de la Normandie.
Ils ont le train de derrière très-long, de
sorte qu'ils ont la croupe plus élevée que
l'épaule, d'où il résulte que leur dos forme
une sorte de plan incliné, et que la lête con-
tinuant dans la même direction, le groin
touche presque à terre.
a Les porcs, continue Bliimenbach, ont
dégénéré à un tel point dans certaines con-
trées qu'ils dépassent en singularité tout ce
qui a pu être trouvé de plus étrange dans les
variétés de l'espèce humaine. Les porcs
solipèdes, ou à sabot non divisé", étaient
connus des anciens, et on en trouve beau-
coup en Hongrie et en Suède. De même les
porcs de l'Europe, qui furent transportés
par les Espagnols, en 1509, dans Tile de
Uubagua, célèbre à cette époque pour sa
pêcherie de perles, ont dégénéré en une
race monstrueuse, qui a des pinces d'une
demi-palme de long, v
On trouve des cochons solipèdes dans
quelques parties de l'Angleterre ; on en
trouve aussi qui ont le sabot divisé en cinq
parties.
Buffon avait déjà remarqué les vari^étés
de l'espèce cochon. « En Guinée, dit-il, celte
espèce a pris de longues oreilles couchées
sur le dos ; en Chine, le ventre gros et pen-
dant, et les jambes très-courtes ; au Cap-Vert
çt dans d'autres lieux, de grandes défenses
comme les cornes recourbées du bœuf ; en
domesticité, des oreilles à demi pendantes et
blanches. »
Le bétail à cornes fut introduit à Saint-Do-
mingue au second voyage de Colomb, et s'y
multiplia si rapidement que, vingt-sept ans
après la découverte de l'Ile, on pouvait voir,
ainsi que nous l'apprend Oviedo, des trou-
VAR
m
peaux de 8,000 têtes. En 1530, le prix de ces
animaux était tellement tombé ou'on les
tuait seulement pour en avoir la peau.
En 1587, l'exportation des cuirs, de cette Ile
seule fut, au rapport d'Acosta, de plus de
trente-cinq mille, et dans la même année on .
en exporta de la Nouvelle-Espagne plus de '
soixante mille. \
Il y a longtemps que don Félix d'Azara a
observé que les bœufs sauvages de l'Amé-
rique méridionale diSèrent pour la couleur
des bœufs domestiques du même pays. >
<c Les troupeaux de bétail domestique,
dit-il, nous offrent une grande variété de
nuances, mais la couleur des boeufs sau-
vages est constante et invariable : les par-
ties supérieures sont d'un brun rouge, elle
reste du corps est noir. »
Ce fait lui semble indiquer que la coulear
f Primitive de l'espèce devait être celle que
es Espagnols désignent sous le nom d'Oiro.
D'Azara nou5 cite un autre fait intéres-
sant observé dans le même pays, la forma*
tion d'une race particulière sans cornes.
a En 1770, il naquit un taureau mocho ou
sans cornes, dont la race s'est tràs-mulii.
pliée (859). » Quand lô lauTOâu n*'i«<îl5
cornes, ks veaux en sont également dé^
pourvus.
M. Roulin nous dit avoir vu, dans quel-
ques parties très-chaudes de l'Amérique
méridionale, une variété de l>œufs dool le
poil est extrêmement rare et fin, ce que Tnn
nomme par antiphrase pelones ; celte variété
est reproduite par la génération, mais on ne
cherche pas à en favoriser la multiplication»
car, comme une partie du bétail qaon élève
en ces lieux est destinée à la consommation
des villes de la Cordillère, etdoit, ataot
d'être tuée rester quelques mois à s'engrais-
ser dans des pâturages situés en climat
tempéré, ces pelones, trop sensibles au
froid, ne sont pas propres & l'exportation.
Au reste, les bœufs nés dans les mêmes
districts que les pelones, mais qui n'offrent
point la particularité k laquelle ceui-d
doivent leur nom, souffrent toujours lors-
qu'on les amène dans la Cordillère, et leor
acclimatation ne s'y fait jamais sansqaelqae
difficulté.
Les pelones constituent évidemment une
variété harmonisée avec un certain climat.
Parfois aussi il natt dans ces régions
chaudes des individus dont la peau est en-
tièrement nue ; on les connaît sous le Dom
de calongosy nom qui appartient plus par-
ticulièrement à une race de chiens sarrs
poils originaires de Calongo ou Cacongosur
la côte de Guinée, et qu'on -appelle en fran-
çais chiens turcs. Les animaux qui offrerl
ce caractère sont faibles et délicats ;iUe
parait pas au'il en naisse jamais dans te
parties froides du pays.
M. Roulin, dans sou mémoire, cile,relili'
vement aux bœufs de l'Amérique du sud,
un fait qui parait très-remarquable, et qui
se trouve signalé comme tel dans le rappcft
(850) Yoîjagct dans IWménque méndionalc, par don F. de Aixkx ; Paris, tSW, L I" p. 578.
I48t
VAR
D*ANTOROPQLOG1F.
TAR
iiaa
que M. Geoflfroy Sainl-Hilaire a Cait à TAca-
uémie des sciences sur ce mémoire (860).
En Europe, on trait généralement la yacbe
depuis le moment où elle dcTtent féconde
jusqu'à celui où elle cesse de Tètre. Cette
pratique incessamment répétée chez tous les
indîTidus pendant une longue suite de géné-
rationsy a produit sur la race ce résultat,
que la sécrétion du lait y est devenue Une
umction constante dans l'^nomie animale ;
les mamelles ont acquis une ampleur plus
qu'ordinaire, et le lait continue d'y affluer
dors même que le nourrisson est enlevé.
En Colombie, l'abondance du bétail, et
diverses autres circonstances qu'il est inutile
de mentionner ici, ont interrompu cette
habitude : or, remarque M. Ronlin, il n'a
fallu qu'un petit nombre de générations,
pour que l'ori^anisation libre de contraintes
remontât vers son type normal. Aujourd'hui
donc, si Ton destine une vache à donner du
lait, le premier soin est de lui conserver
son veau ; il faut que tout le jour son nour-
risson soit avec elle, et puisse la téter ; on
les sépare seulement le soir, pour profiter du
lait qui s'amasse dans la nuit. Le veau vient-
il à mourir, le lait tarit aussitôt.
Cette observation est importante en ce
qurtle preaie que la permanence du lait,
chez nos vaches d'Euroîie, n'eslqu'une mo-
ciitication de l'économie animale.
M. Geoffroy Saint-Hilaire fait remarquer
encore deux autres observations très-impor-
lantes de M. Roulin , lesquelles portent
sur le fait de la transmission héréditaire
d'habitudes données dans l'origine aui pa-
rents, dans un but déterminé, et au moyen
d'une certaine éducation. Je présenterai
plus tard d'autres exemples de ce fait , mais
pour le moment, je ne m'occuperai que des
observations de M. Roulin.
Les chevaux que l'on élève dans les fer-
mes du plateau ae la Contillère sont dres-
sés à l'amble et au pas relevé ; ce mode de
progression ne leur est pas naturel, mais on
les y accoutume de bonne heure, et tant
qu'on les monte, on a le plus grand soin de
ne jamais leur permettre de prendre un au-
tre pas. Il arrive fréç^uemment qu'après un
certain temps, les jambes de ces chevaux
s'engorgent ; alors s'ils sont d'ailleurs d'une
belle forme, on les lâche dans les pâtura-
ges comme étalons. Il résulte de là une
race chez laquelle l'amble est l'allure na-
turelle. On donne à ces chevaux le nom
d'aiguiltilas.
Le second lait observé par M. Roulin est le
développement d'un nouvel instinct qui de-
vient héréditaire dans la race des chiens que
l'on trouve chez les habitants des bords de
la Magdeloine, et que l'on emploie à lâchasse
du pécari. Je citerai les propres paroles de
Fauteur.
« L'adresse du chien consiste à modérer
son ardeur, à ne s'attacher à aucun animal
en particulier, mais à tenir toute la troupe
en échec. Or, parmi ces chiens on en voit
maintenant qui, la première fois qu'on les
mène au hois, savent déjà comment atta*
quer; un chien d'une autre espèce se lance
tout d'abord, est environné, et quelle que soit
sa force, il est dévoré dans un instant. »
Il parait que l'aboiement est une habittide
acquise, transmise héréditairement, et qui
devient naturelle aux chiens domestiques ;
les jeunes en effet apprennent à aboyer,
même lorsqu'ils sont, d&la naissance, sé-
parés de leurs parents.
On a supposé que l'aboiement était un es-
sai d'imitation de la voix humaine ; quoiqu'il
en puisse être, les chiens sauvages n'aboient
pas.On en trouvedes troupes nombreuses dans
l'Amérique du Sud , principalement dans les
Pampas ; il v en a aussi dans les Antilles,
et dans les lies situées près de la cête du
Chili. En recouvrant la liberté, ces animaux
ont perdu l'habitude d'aboyer, et, comme
cela a été remarqué chez d'autres chiens
dont la race n'a jamais reçu les soins de
l'homme, ils ne savent généralement que
hurler.
On sait que deux chiens, amenés des con-
trées occidentales de l'Amérique en Angle-
terre par le voyageur Maclenzie, n'aboyè-
rent jamais, et continuèrent à faire enten-
dre leur hurlement habituel, tandis qu'un
chien, qui naquit de ceux-ci en Eurooe, ap-
prit à aboyer.
On a observé pareille chose pour les
chiens de l'Ile de Juan Femandez, qui des-
cendent de ceux que les Espagnols y laissè-
rent, antérieurement à l'expédition de lord
Anson, dans le but d'exterminer les chèvres;
chez eux, l'habitude de l'aboiement parait
s'être tout à fait perdue.
Une autre observation curieose de M. Rou-
lin, c'est que les chats aussi ont perdu ces
miaulements incommodes que l'on entend si
souvent, pendant la nuit, dans nos pays
d'Europe.
L'âne n'est point devenu sauvage dans les
différentes parties de l'Amérique du Sud,
que M. Roulin a visitées; quant aux che-
vaux sauvages, il en a vu en troupes, il est
vrai peu nombreuses, dans plusieurs pro-
vinces de la Colombie, dans les plaines de
San-Martin, entre les sources du Meta, le
Rio-Négro et rUmadéa. Dans quelques lieux
élevés où Ton élève de^ chevaux, et où l'on
n'a pas eu soin de renouveler la race par
des croisements, la taille de ces animaux,
qui vivent cependant dans de bons pâtura-
§es« parait avoir diminué, et leur poil est
evenu si touffu, qu'il les tend presoue dif-
formes.
Azara nous apprend que les chevaux* du
Paraguay sont tous de la même couleur,
tandis que les chevaux domestiques de ce
pays sont, comme ailleurs, de nuances va-
riées. Les chevaux sauvages sont tous châ-
tains ou bai -brun. «Cela pourrait faire
penser, dit notre auteur, que le bai-brun
était la couleur du cheval original ou ori*
miUf(861). >
(8G0) Mémoire du
, u ivn, p ioi
(861) AzARi, ubi tiiprff, p. 574.
im
VVR
DlCllONNAIRe
?AII
m
La race des moutons qui a été introduite
en Amérique par les Espagnols, n*est point
la race du mouton mérinos, mais celle qu*ils
nomment de lana burda y basiUf est très-
rommune sur la Cordillère , depuis 1000
jusqu'à 2,500 mètres de hauteur, mais elle
no s*accommode point des [)laines basses et
brûlantes, comme celles qui s'étendent entre
le Meta et le pied de la Cordillère.
Même dans la vallée de la Magdeleine, qui
sépare la chaîne orientale de la chaîne
moyenne, les moutons sont peu nombreux ;
mais, dans ces contrées, ils présentent un
f)hénomène digne de fixer 1 attention. La
aine, chez les agneaux, crott à peu près de
la mènae isantère que chez ceux des climats
tenTjTérés ; si on la coupe, elle repousse telle
qu'elle était d'abord, et la toison se forme
comme à Tordinaire; si on la néglige, elle
s'épaissit, se feutre et finit par se détacher
par plaques qui laissent au-dessous d'elles,
non une laine naissante, non une peau nue
et dans un état maladif, mais un poil court,
brillant et bien couché, très-semblable à
celui de la chèvre dansles mêmes climats ;
dans les [)laces où ce poil a paru, il ne re-
naît jamais de laine.
La chèvre, dans l'Amérique méridionale,
est devenue plus agile et plus svelte qu'elle
ne l'est en général dans nos pays; sa tête est
Elus élégante et porte de plus petites cornes.
>e signe le plus évident de domesticité dans
notre chèvre d'Europe, l'ampleur des ma-
melles, a presque complètement disparu
dans la chèvre américaine.
Nous savons par Azara que, dans l'Amé-
rique du Sud, les brebis et les chèvres ont
deux portées par an, et que leur produit
annuel esl au moins de deux ou trois
petits.
L'introductîQn aes oies en Amérique offre
im exemple de la marche graduelle de l'ac-
l'iimalalion. L'introduction de cette espèce,
sur le plateau de Bogota, remontait, à 1 épo-
(nie oi^ écrivait M. Roulin, à une vingtaHie
d'années seulement. Au commencement les
pontes furent rares, elles se composaient
cj'un petit nombre d'œufs, dont un quart à
Seine venait à éclore, et plus de la moitié
es jeunes oisons mourait dans le premier
mois. Ceux qui échappèrent, formèrent une
seconde génération qui déjà réussit mieux
que la première, et aujourd'hui l'espèce,
sans être au3si féconde qu'elle l'est en ce
moment en Europe, tend évidemment à ar-
river au môme point (862).
On a remarqué la même chose pour les
eallinacés; scion Garcilasso, il se passa
eaucoup d'années avant qu'on pût obtenir
de poulets des œufs pondus par les poules
qu'on amenait à Cusco, quoiqu'on ne ren-
contrât pas la môme difficulté dans quelques
(862) Une observption du même genre a été com-
muniquée à M. Prichard par M. Rankin , qui a eu
cannaissance du fait à Sierra - Leone. Lorsqu>n
sème, dans ce pays, du froment anglais, il pousse
des tuyaux dont les épis ne contiennent que très-
peu de grains. A ta seconde génération, ces grains
produisent davantage; bref, au bout de quelques
villes peu éloignées de i:ell&Hn. Aujourd'hui
la rare primitivement introduite est partoai
très-féconde , mais la race anglaise qu'on a
amenée depuis un petit nonobre d'annies,
pour obtenir des coqs de combat, n*est pas
encore arrivée à ce point de fécondité, el
dans les premières années, on s'estimait
heureux aavoir deux ou trois poulets pour
toute une couvée.
Il V a entre cette race et la prentière,
quana on les observe l'une et Tautre dans
les pays chauds, une différence cariense:
le poulet qui appartient à la race depuis
longtemps acclimatée, ou pour me servir de
l'expression de M. Roulin, le poulet créole,
dont les pères ont vécu pendant des siècles
dans un climat chaud , natt avec un peu de
duvet qu'il perd bientôt, et reste complète-
ment nu jusqu'à la croissance des plumes de
l'aile.
Le poulet de race anglaise nouvellement
importé est couvert d'un duvet très-serré.
« Le petit animal est encore vêtu comme
pour vivr^ dans le pays d'où ses pères ool
été apportés depuis peu d'années. »
Une variété de poule assez commune dans
la Noùvelle-Gr«nade est celle que Ton dé-
signe communément en France sous le nom
de poules nègres^ et qu'on nomme à Bogota,
poules de Nicaragua. Cette couleur noire, oo
f>our nous servir de l'expression de M. Rou-
in, ce roélanisme, rend les animaux oui en
sont atteints peu recherchés pour 1 usage
de la table ; cependant ils sont assez com-
muns, et comme on ne cherche pas à les pro-
pager, cela semble indiquer, ainsi que lob-
serve M. Roulin, que, outre les individus qni
héritent de leurs parents celte couleur noire,
il en naît d'autres qiii présentent la même
difformité, quoique provenant de père et de
mère à l'état normal. M. Roulin a fait une
remarque générale très-importante, c'est
que, dans toute l'Amérique tropicale, le mé*
lanisme et l'albinisme à différents degrés se
montrent fréquemment chez les animaux à
sang chaud, et que ces deux espèces de
monstruosités sont au nombre de cellesqoise
transmettent le plus facilement par voie de
génération. « Peut-être, ajoute-t-il, lamêm«
remarque sera-t-elle applicable dans toute
sa généralité à un pays situé aux antipodes
de celui dont je m'occupe; elle est au moin5
exacte poar les poules, et Marsden nous
apprend qu'à Java on en trouve beaucoup
affectées de mélanisme. Quant à l'albi-
nisme, plusieurs voyageurs nous appren-
nent que dans les îles de la Sonde, il st»lr
serve assez fréquemment dans l'espèce hu-
maine (863). ï»
Selon M. Roulin, le mélanisme des pouV^
de Bogota se montre moins dans la conlecr
de la peau que dans celle de la crête, du |h^
générations , et après avoir passe par des pktst-^
toutes semblables à celles que les oies cTEttropeêtfi-
vent traverser avant que leur race soit mise en ^r;
inoiiie avec le climat de TAniérique du Sod, le lié
devient acclimaté dans TAfriqtie troptcak.
. (863) M. Roulin aurai! pu aussi parler des é^
JtliaiHs blancs du paya de Siam.
tm
vae
DVtNTHBOPOLOGIE.
TAU
IJM
rioste , des mèîDonuies séreuses, et de la
coacbe cellulaire qui entoure les muscles.
Quelque chose de semblable a été obsenré
sur les poules noires du Malabar.
M. Roulin déduit des faits exposés dans
son mémoire les conséquences suirantes :
m r Lorsqu'on transporte dans on climat
Doureau certains animaux, ce ne sont pas
les individus seulement, ce sont les races
qui ont besoin de s'acclimater.
< 2* Lorsque cette acclimatation a lieu, il
s'opère communément dans ces races cer-
tains changements durables qui mettent leur
organisation en harmonie avec les climats
où ils sont destinés à rÎTre.
« 3* Les habitudes d'indépendance amè-
nent aussi leurs changements, qui, en gé-
néral , paraissent tendre à ftire remonter
les espèces domestiques rers les espèces
sauvages, qui en sont évidemment la sou-
che. 9
Deux autres remarques peuvent encore
être ajoutées comme résultats incidents des
faits cités par M Roulin.
1* Des altérations ou modifications per-
manentes dans les fonctions de la vie ani-
male peuvent être le résultat d'un change-
ment dans les habitudes qui inSuent sur ces
fonctions, si ces nouvelles habitudes conti-
nuent pendant un temps assez long. C'est
ce qui est prouvé par le fait de la perma-
nence du lait chez les vaches de l'Europe.
2* Il peut se former des instincts hérédi-
taires, certains animaux transmettant à leur
postérité des habitudes acquises , et les ca-
ractères psychologiques des races étant, aussi
)»îen que leurs caractères physiques, suscep-
tibles de changements sous Tinfluence des
c^duses extérieures.
Toutes ces variations, d'ailleurs, sont res-
treintes dans de certaines limites.
Nous venons de parcourir lasériedes faits
relatifs aux modifications survenues , dans
Tespace de trois siècles, chez les races d'a-
nimaux domestiques transportés dans le nou-
Teau monde, et nous y avons vu les exem-
ples les plus frappants, les mieux constatés
peut-être, des effets ou'un changement dans
les circonstances extérieures peut produire
sur les animaux soumis à son influence.
Ces faits servent, dans tous les cas, k nous
faire pressentir la nature des déviations que
nous pouvons nous attendre à découvrir
dans les circonstances semblables.
Si dans les cas que nous avons examinés ,
les causes extérieures avaient a^i pendant
un temps plus Ions, lesdéfiations produites,
nous sommes fondés à le croire, auraient été
pins considérables. C'est ce dont il sera fa-
cile de nous convaincre en comparant les
différentes races des animaux de l'ancien
continent, dont la domesticité remonte à
l'époque la plus reculée.
Dans ce nouvel examen , il est vrai, nous
ne pouvons pas toujours obtenir d'une ma-
nière aussi positive la preuve que les diffé-
rentes raccrs descendent originairement d'une
uième souche, mais nous avons dans beau-
coup de cas un ensomble de semi-preuves
qui nous autorise k admettre le fait au moins
comme extrêmement probable.
Les différences que l'on observe dans les
races d'animaux domestiques sont très-gran-
des, si l'on compare les termes extrêmes ;
mais elles sont aussi très-nombreuses , et
entre les points les plus distants de la chaîne,
il se trouve tant d anneaux intermédiaires ,
qu'il n'y a point de ligne de séparation mar-
quée comme nous en trouvons générale-
ment entre les espèces distinctes. Il y a
passage des uns aux autres par degrés pres-
que imperceptibles; de plus, les modifica-
tions qui se produisent dans la structure,
comme les perfectionnements correspondants
211 s'opèrent dans l'instinct et les autres
cultes animales, sont en général d'une im-
portance proportionnée a l'état plus ou
moins avancé de la domestication, à la diffé-
rence qui existe entre la condition primitive
de l'espèce sauvage et celle de l'espèce cul-
tivée qui en tire son origine, aux soins qu'il
a fallu pour l'amènera cet état, et, enfin,
au temps qui s'est écoulé depuis qu'elle a
perdu son indépendance. Nous avons en ef-
fet, dans bien des cas, des preuves irrécu-
sal)lesde pareils changements survenus dans
l'organisation et les habitudes , sous l'in-
fluence d'un changement dans le genre de
vie, et particulièrement à la suite du trans-
port dans un nouveau climat, et nous voyous
3ue les prinei|,aux effets de ces déviations
u type primitif ont été l'oblitératioa de cer-
tains caractères et le développement de quel-
ques autres.
Pour mieux faire comprendre-ces remar-
ques, j'2youterai aux faits déjà exposés, quel-
cjues autres faits qui mettent en évidence
1 influence des causes externes sur les races,
et je donnerai une courte- description des
variétés les plus remarquables observées
dans les différentes espèces domestiques.
Le mouton est un des animaux lo plus an-
ciennement réduits en domesticité, et les
variétés qu il nous présente sont tr^ -gran-
des. On a cru longtemps, et cda parait
même avoir été l'opinion de Cuvier, que
toutes les races de moutons domestiquées
provenaient, soit de l'argali de Sibérie, soit
du mouflon ou musmon de Barbarie. Aujour-
d'hui plusieurs naturalistes regardent la
chose comme douteuse; cependant, il ne pa-
rait pas y avoir de motif pour croire ^uc
les races de moutons domestiques appartien-
nent à plus d'une espèce, quoiqu'elles diffè-
rent extrêmement dans différents pays.
En Europe, les races varient beaucoup
sous le rapport de la taille, de la nature de
leur toison, du nombre et de la forme des
cornes, qui sont grandes chez quelques-uns,
et petites chez d'autres, qui manquent quel-
quefois aux femelles ou même à toute une
race. Les variétés européennes les plus inté-
ressantes sont : celles d'Espagne à laine fine
et crépue, et chez lesquelles tes béliers ont
de longes cornes en spirale, celles d'Anele-
terre, qui diffèrent beaucoup entre elles
pour la taille et la qualité de la laine ; enfin
VAR
I»CTI0^{NÂ1IIE
VAR
m
la race à longue queue, des parties méri-
dionales de la Russie.
Les moutons de llnde et de TAfrique, gui
ont aussi la queue très-longue, se distin-
guent par leurs jambes élevées, leur chan-
frein très-convexe, leurs oreilles pendantes,
et parce qu'ils ne sont couverts que d*un
poil ras.
Le nord de l'Europe et de l'Asie a, pres-
que partout, de petits moutons à queue
fort courte. La race de Perse, de Tartarie et
de Chine, a la queue entièrement transformée
en un double globe de graisse ; celle de Sy-
rie et de Barbarie Ta, à la vérité, longue,
mais aussi chargée d'une grosse masse de
graisse. Dans toutes deux les oreilles sont
pendantes, les cornes grosses aux béliers,
médiocres aux moutons et aux brebis, et la
laine mêlée de poils (864).
Plusieurs naturalistes ont soutenu que les
races particulières de moutons conservent
leurs caractères distinclifs, lorsqu'on les
transporte dans des climats différents de
ceux où ils constituent la race dominante.
Mais cette assertion n'est pas rigoureuse-
ment vraie; du moins elle souffre des ex-
ceptions. Pallas, dans sa description des
moutons de Kirghis, animaux dont la con-
formation très-remarquable présente l'exa-
gération du type do la race tartare, avait
Mit la remarque expresse que ces moutons
enlevés à leurs plaiues natales (les hauts
plateaux du centre de l'Asie), conservent,
sous quelque climat qu'on les transporte,
leurs caractères distinctifs, caractères qui
sont très-saillants, car nulle autre race ne
nous offre un aspect aussi étrange, une
aussi haute stature. Les moutons Kirghis
sont plus grands qu'un veau qui vient de
naître, très-lourds de forme, et ont quelque
ressemblance pour les propfortions avec les
races de l'Inde. Leur tête est trèâ-protubé-
rante ; leurs oreilles sont grandes et pen-
dantes; leur lèvre inférieure dépasse de
beaucoup la supérieure. La plupart ont sous
le cou des caroncules couvertes de poil ; au
lieu d'une queue véritable , ils ont une
énorme masse de graisse de forme arron-
die, et qui par-dessous est presque com-
plètement dépourvue de pofl (865). Voilà
les renseignements que nous donne Pallas;
mais un voyageur allemand, très-bon obser-
vateur, qui a parcouru récemment l'Asie
septentrionale, a eu occasion de les rectifier
. en un point important.
M. Ermann nous apprend que les mou-
tons à grosse queue des Kirghis, lorsqu'on
les transporte en Sibérie, ne conservent
Ï)oint les particularités qui les distinguent;
es herbages secs et amers des steppes ne
sont point favorables à la formation de la
matière adipeuse, et les moutons y perdent
bientôt la masse de graisse de leur queue.
C'est ce qu'il a eu occasion d'observer près
Î864| GoTiER, Bègne animal, 1. 1", p. 278.
865) Pallas, Beise durch Sibérien, etc.
866) On ne cite, comme exception , qu'un soûl
cas, et encore est il douteux. Pour tons les faits qp.i
de Schaitansk, au nord de TsharensbeK.
Même dans l'Oural méridional, dans les
pâturages d'Orenburg, ces moutons peinent
leur grosse queue après un petit nombre de
générations.
Il n'est pas rare, dans nos pays, de Toir
former de no«velles races de moutons chez
lesquelles prédominent certains caractères
particuliers estimés par tels ou tels éleyeurs.
Cela se fait de deux manières ; d'une psrt,
en croisant des races déjà établies et bien
4X>nnues ; de l'autre, et c'est plus fréquem-
ment le cas, en choisissant peur la reprodoc-
tion, dans tout un troupeau, les indlTidos
qui présentent déjà à un plus haut degré qoe
les autres les particularités recherchées, et
en procédant ainsi pendant plusieurs géné-
rations successives; dans ces cas, la variélé
naturelle ou congénitale qui apparaît, peut-
être pour la preniière fois, dans un indi-
vidu, se perpétue en vertu de la transmission
héréditaire des caractères, qui estuneloide
l'économie animale.
On trouve un exemple frappant de ce fait
dans la formation d une nouvelle race de
moutons dans l'état de Mâssachussets, exem-
ple cité par plusieurs auteurs oui se sont
occupés de cette question.
En 1791 , dans la ferme de Seth-Wright,
une brebis mit bas un jeune mftie qui, sans
cause connue, se trouva avoir le corps pins
long et les jambes plus courtes qujB le reste
de sa race; les jambes de devant étaient cro-
chues. La conformation dje cet animal, le
rendant incapable de sauter par-dessus les
clôtures, on voulut tenter de propager la
particularité qui le distinguait, et lexpé-
rience réussit : on obtint une nouvelle race
de moutons que Ton nomma, d'après la forme
du corps, la race loutre. Lorsque le père et
la mère appartiennent à cette race, les
agne^iux qui en naissent héritent de celte
particularité de forme (866) : c*est, à ce qu il
parait, un fait constant
On trouve des chevaux à l'état sautaje
dans quelques parties de l'Asie et